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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

Articles avec #peintres catégorie

Publié le par chriswac
Publié dans : #CHARENTE MARITIME, #Peintres, #WACRENIER

 

                                                       L'ange de l'Annonciation (l'archange Gabriel)

                                                              L'église

Pourquoi les fresques de l'église de Saint-Sornin sont-elles si peu connues alors qu'elles sont un témoignage remarquable de la peinture religieuse de la fin de la Renaissance?

 

Il faut s'asseoir dans le choeur et les regarder se détacher peu à peu, prendre vie et couleurs...

 

On a l'impression en découvrant ce qui a pu en être sauvé après le retrait de plusieurs couches de badigeon, de sentir la main de l'artiste qui les a créées.

Un artiste inconnu, un spécialiste des anges qu'il devait côtoyer, perché sur son échafaudage. J'ai lu quelque part qu'il s'agirait d'un certain Gaultier. je n'en ai trouvé aucune confirmation. Mais pourquoi pas Gaultier? Un nom de vieux terroir et de poètes médiévaux.

Bien qu'à l'évidence plusieurs peintres aux styles différents aient participé à la réalisation de ces fresques...

Dans la belle église romane, l'ancien choeur détruit par les Anglais a été reconstruit au XVème siècle. Un choeur gothique donc, composé de deux travées voûtées d'ogives, terminées par un chevet plat. C'est sur les murs du choeur qu'ont été peintes les scènes que nous découvrons aujourd'hui.

                                                  L'Adoration des Mages

  Sur le mur du chevet, à droite, c'est la partie la mieux conservée. La comète comme un trait de feu désigne l'enfant qui est déjà un petit homme occupé à bénir ceux qui se prosternent devant lui.

 

Les corps penchés autour de l'enfant( la vierge et Joseph à gauche, les mages à droite) font autour de lui un cercle chaleureux. 

 

Les visages sont doux et graves. Le peintre s'est sans doute inspiré des gens qu'il côtoyait. Ce sont des visages réels, individualisés, sans formalisme. La vierge aux grands yeux baissés fait une moue un peu ridicule, comme celle que l'on voit sur le visage des mamans qui grondent tendrement leurs petits. 

                                                    Les bergers (nativité)

                                                             

Sur le côté gauche, la fresque a été plus endommagée. Elle représente les bergers adorant l'enfant que l'on peut deviner, vague forme blanche dans les bras de sa mère. On peut tenter de voir derrière les mains jointes de l'homme du premier plan la tête du boeuf de la crêche.

 

Comme on peut imaginer l'âne aux oreilles grises  à côté de l'épaule de Marie.

Ainsi devant ces fresques parvenues jusqu'à nous malgré vicissitudes et dégradations, sommes-nous invités à créer, à être peintre, à être poète.

La vierge a les yeux baissés et les mains jointes, tandis que dans les hauteurs l'ange qui a guidé les bergers, chante la gloire de dieu.

 

 

 

                                                                        

                                               L'Annonciation

 

Toujours sur la mur du chevet, au-dessus des deux fresques de la Nativité, est peint l'archange Gabriel aux ailes rouges, descendant au milieu des nuages, fleur de lys à la main pour annoncer à Marie qu'elle va devenir mère de Dieu...

Cette fresque à elle seul assurerait à l'ensemble sa renommée... L'ange est beau, à la fois aérien et solide. Il apparaît entre ses ailes de feu comme l'ange de la Résurrection.

J'interprète sans doute mais j'aime penser que le peintre a voulu que cet ange de Noël fût aussi celui de Pâques.

 

Marie agenouillée reçoit bras ouvert l'apparition. Son visage déjà est tourné vers la terre.

Au-dessus de cette scène, sous la voûte piquée d'étoiles, on peut distinguer un ange un peu dodu qui porte la couronne destinée à la servante du seigneur

De l'autre côté, une assemblée d'anges contemplent et commentent... comme s'ils étaient installés dans un salon de nuages, en train d'échanger les dernières nouvelles!

La tonalité brun rouge de l'ensemble me fait penser sans chercher de cohérence aux murs de Pompéi et à l'effacement des images. Ici aussi il y a eu incendies, morts, destructions... et cette présence obstinée de la trace humaine, de la peinture comme d'un entêtement de la vie et de la beauté.

 

A suivre : les fresques des murs latéraux.  Saint-Sornin. Eglise. Fresques. (2)

 

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Liens : Charente Maritime. tous les articles :

Charente Maritime. Classement alphabétique. Liens.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #Peintres
Féministes. Les lettres noires contre le féminicide.
Féministes. Les lettres noires contre le féminicide.

     Les lettres noires comme des coups de poing, des coups de gueule, ont fait leur apparition sur les murs de Montmartre un peu avant le grand confinement.

Féministes. Les lettres noires contre le féminicide.

     Elles ne restent pas longtemps en place, vite arrachées, vite recouvertes de tags, vite oubliées...

Féministes. Les lettres noires contre le féminicide.

    Mais avec acharnement elles reviennent comme une herbe qu'on voudrait déraciner et qui s'entête à renaître...

Féministes. Les lettres noires contre le féminicide.

     C'est à Marseille qu'elles ont pour la première fois fait parler les murs. C'était en août 2019. 

Féministes. Les lettres noires contre le féminicide.
Féministes. Les lettres noires contre le féminicide.

        Marguerite Stern, féministe radicale des Femen en est à l'origine. Lorsqu'elle apprend qu'une jeune femme corse, après avoir porté plainte par cinq fois à la police, a été assassinée, elle transforme sa rage en lettres noires peintes sur des feuilles A4.

La nuit tombée elle les colle sur les murs. Le mouvement est lancé.

 

Féministes. Les lettres noires contre le féminicide.
Féministes. Les lettres noires contre le féminicide.

      Dans un squat d'artiste du 14ème arrondissement, des femmes alignent les lettres pour en faire des phrases dénonciatrices, des cris.

"Elle le quitte, il la tue" revient souvent. C'est la première raison donnée par les assassins. Comme si leur "possession" leur "bien" leur échappait, remettant en cause leur statut de maître, de mâle dominant...

Féministes. Les lettres noires contre le féminicide.
Féministes. Les lettres noires contre le féminicide.

      Quand la ville peu à peu s'endort, les volontaires vont avec les seaux de colle, les pinceaux et les feuilles afficher les lettres noires en essayant de ne pas être vues et verbalisées.

      

Féministes. Les lettres noires contre le féminicide.
Féministes. Les lettres noires contre le féminicide.

   L'action des femmes de ce collectif est pourtant plus respectueuse de l'environnement que bien des tags laids et pollueurs.  Les feuilles s'arrachent, se décollent sans abîmer leur support. C'est du moins ce que les "colleuses" espèrent. Souvent là où une lettre a été arrachée, apparaît une autre lettre, peinte cette fois directement sur le mur. La belle idée de départ est difficile à réaliser tant est rapide et acharnée la réaction de ceux qui se sentent agressés par ces dazibaos.

Féministes. Les lettres noires contre le féminicide.
Féministes. Les lettres noires contre le féminicide.

       Il y a aujourd'hui plus de cent femmes engagées dans le combat des lettres noires. Les hommes, d'après ce que je sais, ne sont pas admis. Je le regrette. Il me semble que ces combats se gagnent par l'union de tous. 

Féministes. Les lettres noires contre le féminicide.

Parfois les messages excluent les hommes comme s'ils étaient forcément les ennemis. 

"Ni dieu, ni mec, ni patron" me semble être de ceux-là, inspiré par le devise anarchiste dont une des plus belles figures, Louise Michel luttait à égalité avec les hommes.

Féministes. Les lettres noires contre le féminicide.

    Mais là, j'entre dans un autre débat sur certains mouvements féministes ouvertement lesbiens et pour lesquels tout mâle est suspect. 

Je préfère n'en pas parler et tirer mon chapeau que je n'ai pas à ces combattantes de la nuit qui jettent à la figure de tous ces faire-part de deuil, ces lettres noires qui claquent comme des drapeaux.

Féministes. Les lettres noires contre le féminicide.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #Peintres
Les peintres naïfs. Exposition du musée Maillol. Ferdinand Desnos, René Rimbert, Jean Eve, Louis Vivin, Dominique Peyronnet,  André Bauchant, André Bombois, Rousseau, Seraphine.

     Quel rapport avec Montmartre?

     Ni Rousseau ni Séraphine ne sont de notre village et pourtant… Les peintres que l'on appelle "naïfs"l ont toujours aimé Montmartre.

La Butte est déjà un tableau qui leur ressemble, avec ses dômes blancs, ses arbres en son jardin  vertical où s'accrochent de petits personnages...

Jean Eve. Le Sacré-Coeur de Montmartre de face. 1946.

Jean Eve. Le Sacré-Coeur de Montmartre de face. 1946.

… Et puis… c'est à Montmartre qu'eut lieu pendant des années la "foire aux croûtes" où les peintres qui ne vendaient pas leurs toiles les exposaient en espérant trouver un acheteur providentiel! 

 

Louis Vivin. Paris, basilique du Sacré-Coeur de Montmartre. 1930.

Louis Vivin. Paris, basilique du Sacré-Coeur de Montmartre. 1930.

     Le Sacré-Coeur que certains continuent de décrier est en lui-même un monument naïf, une ville orientale, un narthex ouvert sur la houle des toits...

    Louis Vivin le peignit plus de dix fois! Il fit partie avec Bombois des vendeurs de la "Foire aux croûtes".

Cette toile paraît simple et pourtant, rien de réaliste… le monument est déplié, vu simultanément de face et de côté… On peut remarquer le même personnage démultiplié gravissant la Butte. L'inattendu, l'étrange sont présents dans un paysage qui semblait sans mystère.

Les peintres naïfs. Exposition du musée Maillol. Ferdinand Desnos, René Rimbert, Jean Eve, Louis Vivin, Dominique Peyronnet,  André Bauchant, André Bombois, Rousseau, Seraphine.

    Lorsque Uhde (le découvreur de Séraphine Louis) organisa une exposition des peintres qu'il aimait et qu'il avait souvent rencontrés à Montmartre, il l'intitula "Les peintres du cœur sacré".

C'était un beau titre. Référence au monument emblématique en même temps qu'à l'aspect amoureux du geste de peindre sans prétention, avec un regard clair, avec le cœur simple.

Ferdinand Desnos. Autoportrait aux chats. 1953.

Ferdinand Desnos. Autoportrait aux chats. 1953.

     Dans cette riche exposition j'ai choisi quelques œuvres que j'ai particulièrement aimées. Je n'ai  pas insisté avec Rousseau qui connaît la gloire qu'il mérite ni avec Séraphine la mystique aux fleurs tourmentées aujourd'hui mondialement reconnue.

Voilà Ferdinand Desnos, cousin du poète. Un autoportrait qui fait penser à Chagall, avec des chats joueurs, amis des artistes. 

Ferdinand Desnos. Portrait de Paul Léautaud et ses chats. 1953.

Ferdinand Desnos. Portrait de Paul Léautaud et ses chats. 1953.

     Il a été ami des écrivains et poètes (il a fait un portrait d'André Breton) et a représenté Léautaud avec qui il partageait l'amour-passion des chats.

André Bauchant. Autoportrait aux dahlias. 1922.

André Bauchant. Autoportrait aux dahlias. 1922.

     André Bauchant s'est réfugié dans la peinture à son retour du front en 1918. Lui qui était pépiniériste et aimait ses fleurs, lui qui était amoureux fou de sa femme, il retrouva sa pépinière saccagée et sa femme frappée de folie.

    Il y a dans ses toiles de la douceur et de la tristesse mêlées.

André Bauchant. Les baigneuses. 1923.

André Bauchant. Les baigneuses. 1923.

Dominique Peyronnet. La falaise. Non daté.

Dominique Peyronnet. La falaise. Non daté.

    J'ai découvert un peintre que je ne connaissais et qui m'a plu avec ses rivages oniriques et ses vagues d'opéra : Dominique Peyronnet.

  Il peint avec application et sans effets. Ses paysages ont la précision inquiétante des rêves.

Dominique Peyronnet. Après le bain. 1931.

Dominique Peyronnet. Après le bain. 1931.

Dominique Peyronnet. Mer brumeuse à marée basse. Non daté.

Dominique Peyronnet. Mer brumeuse à marée basse. Non daté.

…. Et maintenant nous entrons dans une salle consacrée à une des stars de la peinture naïve : André Bombois.

Nous lui avons déjà consacré un article lors de l'exposition qu'organisa en son honneur le musée Maillol... 

    Il est assurément le plus sensuel des peintres de cette exposition. Le seul à peindre des femmes nues et à réaliser à sa manière son "origine du monde!

 

    Il va droit au but et n'essaie pas d'atténuer son intérêt pour ce sexe qui l'attire (pas de censure s'il vous plaît, notre homme n'agressa personne et prit pour modèle sa femme dont il aima les rondeurs sensuelles).

 

     Bien différent est René Rimbert qui fut dessinateur pour l'Etat Major pendant la première guerre mondiale. Il eut pour admirateur Max Jacob et s'il fut classé parmi les naïfs c'est après avoir exposé une toile représentant l'apothéose du douanier Rousseau.

 

    On y voit le douanier s'élever, palette à la main, vers les nuages où la muse est entourée d'Ingres, Delacroix, Courbet, Cézanne et Renoir. Ces maîtres sont ceux qu'admire Rimbert qui a compris avant bien des critiques d'art qu'il n'y avait pas de frontière hermétique entre le Douanier et les grands maîtres reconnus.

On devine en bas du tableau, Rimbert derrière sa fenêtre jouant de la flûte et accompagnant ainsi le Douanier dans son voyage glorieux!

Les peintres naïfs. Exposition du musée Maillol. Ferdinand Desnos, René Rimbert, Jean Eve, Louis Vivin, Dominique Peyronnet,  André Bauchant, André Bombois, Rousseau, Seraphine.

la plupart de ses toiles représentent la ville, avec ici et là de rares passants esquissés. Le silence, l'espace font penser à Chirico. 

 

    Pour terminer cette visite personnelle il faut bien saluer le douanier Rousseau et Séraphine Louis, les seuls peintres nommés dans le titre de l'exposition.

   Par leur prestige  ils attireront au musée Maillol des amateurs d'art "naïf" et leur permettront peut-être de voir briller au ciel de leur panthéon personnel quelques étoiles nouvelles!

Séraphine Louis. Le bouquet de feuilles. 1929.

Séraphine Louis. Le bouquet de feuilles. 1929.

Le Douanier Rousseau. Deux lions à l'affût dans la jungle 1909.

Le Douanier Rousseau. Deux lions à l'affût dans la jungle 1909.

Les peintres naïfs. Exposition du musée Maillol. Ferdinand Desnos, René Rimbert, Jean Eve, Louis Vivin, Dominique Peyronnet,  André Bauchant, André Bombois, Rousseau, Seraphine.

 J'ai oublié d'ajouter cet autoportrait de Jean Eve que Nicole aime particulièrement pour sa douceur mélancolique. Il y a  quelque chose  chez ce peintre de la précision trompeuse de Magritte. Le paysage est tableau et le tableau sur le chevalet est paysage. Entre les deux le peintre incertain  hésite à effacer un peu plus les contours de la réalité menacée où il vit.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #CHARENTE MARITIME, #Peintres
Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

Voilà un peintre qui fut accusé d'académisme, moqué par les critiques et les écrivains (Zola, Huysmans), oublié pendant plus d'un siècle...

Le premier deuil. (Adam et Eve découvrent le cadavre de leur fils Abel).

Le premier deuil. (Adam et Eve découvrent le cadavre de leur fils Abel).

     William Bouguereau (1825-1905) est né et mort à La Rochelle dont il a aimé la lumière. Les acheteurs américains qui n'avaient pas de parti pris ont aimé ses œuvres et ont acheté la plus grande partie de ses toiles qui se trouvent aujourd'hui dans les musées américains...

Dante et Virgile

Dante et Virgile

     Certes il fut "académique" c'est à dire dans la grande tradition picturale réaliste, multipliant les portraits d'enfants un peu sucrés, les scènes mythologiques fleuries... mais il ne fut pas que ça. Il y avait parfois dans son inspiration une force noire, un romantisme brutal. C'est ce que rappela le musée d'Orsay qui mit en valeur son "Dante et Virgile" lors de l'exposition "L'Ange du bizarre" en 2013...

Les Saintes Femmes au tombeau

Les Saintes Femmes au tombeau

    Et bien avant, c'est ce qu'affirma Salvador Dali qui avait pour lui la plus grande admiration et qui sans souci des époques, l'opposa à Picasso "qui fabriquait du laid par peur de Bouguereau"!

Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

     Après avoir perdu sa femme et deux de ses enfants en 1877, Bouguereau se consacra à la peinture religieuse. De cette période date la coupole de la chapelle de la Vierge dans la cathédrale St-Louis de La Rochelle. Un ensemble remarquable que je n'avais pas remarqué depuis tant d'années où je vais à La Rochelle!!! Il est vrai qu'il fut longtemps caché par les échafaudages de la restauration...

Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

     Le plafond représente, en bas, la découverte par les apôtres du tombeau vide de la vierge, tandis que dans le ciel les anges l'emportent vers le divin séjour. La représentation est conventionnelle mais la perspective est pertinente qui place les apôtres là où se pose le regard du spectateur qui devient l'un d'eux et n'a plus qu'à lever un peu plus la tête pour découvrir les anges élégants et vigoureux qui propulsent la Vierge vers les hauteurs plus sûrement que les moteurs d'Ariane à Kourou.

Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

     Bouguereau aime les anges.. Il leur donne une beauté botticellienne et il soigne attentivement leurs ailes et leur tunique. Dans l'assomption, ils sont différenciés et leurs robes sont de couleurs différentes. Nous verrons qu'ils évoluent avec les scènes représentées autour de cette apothéose.

Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

La vie de la Vierge est représentée par 6 scènes autour de l'Assomption.

Chronologiquement :  L'Annonciation :

 

     La vierge un peu conventionnelle reçoit de l'ange habillé de parme, la fleur de la pureté à la main, la nouvelle qui semble ne provoquer en elle qu'un mouvement de tendresse..

2ème scène : La visite à Elisabeth. (La Visitation)

 

     C'est peut-être la tenue sombre des deux femmes qui étonne ici comme si elles pressentaient les souffrances à venir. La présence de Joseph est aussi une originalité. Il veille sur sa femme qu'il a accompagnée. 

La 3ème scène est la Nativité :

 

     L'enfant au bas de la composition est le centre d'un rayonnement qui éclaire le visage de Marie et Joseph, et en arrière plan celui des anges vêtus de blanc ou de gris pâle dont la chevelure semble touchée par le vent qui  semble naître du rayonnement...

La 4ème scène est la fuite en Egypte.

 

     Le représentation est conventionnelle. Marie est de face, comme une icône. Elle tient son fils endormi contre elle. Joseph conduit l'âne qui comme on le sait sera plus tard l'animal qui portera l'enfant devenu homme sur son dos, pour entrer à Jérusalem où il vivra sa passion. 

La 5ème scène est l'évanouissement :

 

     A droite le Christ qui est tombé sous le poids de la croix est violemment frappé par un de ses bourreaux.  A gauche, la mère ne supporte plus les souffrances infligées à son enfant, elle perd connaissance et est recueillie dans les bras de Jean, agenouillé qui ressemble aux anges. C'est elle qui a les bras en croix, comme si elle voulait endurer elle-même le supplice de son fils...

La 6éme scène est la déposition.

 

     C'est la plus forte des scènes. la composition est remarquable. La vierge est crucifiée, mais ses bras sont libres, emportés dans un mouvement ascendant comme un envol. Elle porte son fils sur ses genoux comme elle portait l'enfant contre son ventre sur l'âne. La mort commence à raidir le cadavre. On pense aux plus grandes représentations de cet épisode comme la Piéta d'Avignon.

Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

     La seule tache rouge est celle de la tunique de Jean. Le rouge c'est la passion aux deux sens du terme, la souffrance du martyre et le plus grand amour.

     Au pied du Christ, Madeleine embrasse celui dont elle lavait les pieds avec les parfums et les essuyait de sa chevelure.

     Derrière le groupe dévasté, les anges aux ailes couleur de cendres se lamentent, les yeux clos.

 

Remarquable scène qui à elle seule suffirait à Bouguereau pour être considéré comme un des grands peintres du XIXème siècle...

Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #CHARENTE MARITIME, #Peintres
Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

     Les ex voto de la cathédrale de la Rochelle sont regroupés dans une chapelle latérale, la chapelle des marins, protégés par une lourde grille depuis que l'un d'entre eux a été volé. Il est donc difficile de les regarder face à face!

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

Un vitrail les éclaire… Il représente un navire voiles déployées, surmonté d'un médaillon rappelant l'épisode évangélique du Christ apaisant la tempête.

    La prière des disciples effrayés est écrite sous le médaillon : "Salva nos perimus" (Sauvez-nous, nous allons mourir).

 

On ne peut voir correctement que les tableaux qui sont face à nous sous ce vitrail. Ils sont au nombre de 5.

La Fée

La Fée

 

     Le 1er en partant de la droite représente la navire "La Fée" commandé par Mr Thomas Bertrand. 1748.

Le bâtiment est en mauvaise posture; il enfourne dans une mer démontée. Un homme s'adresse à la Vierge, son dernier recours, tandis qu'un autre s'active. 

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

     Le 2ème est exceptionnel dans cette chapelle consacrée aux gens de mer. Rappelons que beaucoup de ces ex votos ont été offerts par des marins qui ont échappé aux tempêtes et représentent donc leur navire. Ici, pas de mer démontée mais un puits d'où sort une jeune fille qui a échappé à la mort.

"Une Demoiselle Etant Tombée Dans un Puis en Est Sortie miraclusement Sans Le Secours de Personne Mais Par l'intersession De La Ste Vierge. 1741."

    Si l'orthographe n'est pas toujours correcte, la profusion des majuscules est à la hauteur du miracle et de l'Immense Reconnaissance dont veut témoigner la famille de la jeune rescapée.

Le Stella Maris

Le Stella Maris

    Vient ensuite le "Stella Maris"... Le navire est démâté et il est chahuté par la tempête. Certains hommes sont à la mer et attendent d'être secourus tandis que d'autres sur le pont s'activent avec des haches pour séparer les mâts du bâtiment. Un autre homme sur la droite implore le ciel. 

 

Le Bel Amy

Le Bel Amy

    Le "Bel Amy" commandé par M. Rullier 1749. Les voiles hautes sont affalées et sur le pont, une fois de plus les hommes n'ont plus de recours que de se tourner vers la miséricorde divine. En général ils s'adressent à la Vierge que l'on voit sur la grande majorité des ex votos, avec, le plus souvent son fils dans les bras.

 

 

     Le dernier tableau sur ce mur représente une barque de Trouville qui navigue paisiblement.

Il date de 1866 et ne présente pas beaucoup d'intérêt. On peut lire au-dessus du dessin : Alexandre, patron Hailey.

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

Sur le mur latéral droit, "La Fortune" 1729.

Le navire file par bon vent sur une mer calme. Un des marins est sur le pont, peut-être pressent-il ou redoute t-il un danger imminent ou bien plus simplement fait-il sa prière, en chrétien consciencieux, pour que le voyage se poursuive sans encombres.

 

Le Saphir

Le Saphir

"Le Saphir", capitaine H.D. Rossal. 1741.

Après 4 mois et demi de traversée, le navire se trouve pris dans un calme plat. On voit ici un des navires négriers qui fit la fortune de son propriétaire. Ce "commerce" qui paraissait "normal" en son temps jette une ombre sur la fortune de La Rochelle qui a participé à ce crime contre l'humanité.

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

Ici, ce n'est pas la Vierge qui est implorée mais le Christ . Comble d'humour "noir", certains esclaves supplient en même temps que les marins un dieu que pour la plupart ils ignorent, d'autres sont tournés vers le capitaine et attendent de lui un salut temporaire.

La Louise de Canada.

La Louise de Canada.

     "La Louise de Canada", commandée par Mr de Bonaventure. Ce navire spécialisé dans le transport des fourrures en provenance du Canada est menacé par la tempête. Il en est sorti indemne avec sa cargaison de peaux. Les animaux du Canada ont eu moins de chance que lui. 

L'Orphée

L'Orphée

"L'Orphée" commandé par Pierre DO...T (lettres illisibles) est pris dans la tempête. Dans les mâts, au péril de leur vie, les marins replient les voiles.

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

    Une grande toile, au-milieu du mur représente la Vierge et son fils au-dessus de La Rochelle. Elle ne possède pas le même caractère naïf des ex-voto qui l'entourent. Les photos prises à travers les grilles déforment un peu la toile qui est assez conventionnelle.

 

La Vierge entourée d'angelots veille sur la ville de La Rochelle. Ici la métaphore du refuge, le Port de Salut, convient à La Vierge dont c'est un des noms comme à la ville qui accueille les navires menacés entre ses tours.

Le Bon Pèreon

Le Bon Pèreon

Sous la grande toile du Port de Salut, se trouvent quatre ex-voto: 

"Le Bon Père" Capitaine Knell jeune, 1799. Le navire est pris dans la tempête et les hommes supplient le Ciel, bras levés.

La facture naïve du tableau est cette fois plus expressive, plus stylisée, pour tout dire plus originale et plus proche du Douanier Rousseau.

                                                     Douanier Rousseau

Notre Dame de grase (grâce)

Notre Dame de grase (grâce)

     "Notre Dame de grase" commandée par F. (un capitaine modeste qui n'a pas voulu que son nom soit inscrit!).  1755. Une fois encore le navire est pris dans la tempête et "miraculeusement" sauvé. Son nom le prédisposait à cette protection divine!

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

La "Louise Ester" commandée par M. Vaullemarin, 1738. Le navire est menacé par les vagues immenses qui le malmènent.

Le tableau porte le nom de son auteur, ce qui est rare sur les ex-voto. Il s'agit d'un dénommé Frizie. ("Frizie le fit").

La Suzanne Marguerite

La Suzanne Marguerite

     La "Suzanne Marguerite" a pour commandant M. Hardy en 1768. Ce tableau est un des trois avec l'"Orphée" et l'"Aimable Louise" (plus bas) à avoir été réalisé par le même peintre. Dans les trois on retrouve le sens du contraste et la grande liberté dans la manière expressive de peintre les vagues.

                                                       Dans l'église de Saint-Martin de Ré

Un tableau représentant le même navire est conservé dans l'église de Saint-Martin dans l'île de Ré. Il est exposé derrière une maquette ex-voto dont les mâts se confondent avec ceux du tableau!

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

Il reste encore 4 tableaux, à droite de Notre Dame du Port de Salut. Ce sont les plus difficiles à photographier. 

La Gloire

La Gloire

     "La Gloire" commandée par Mr de La Place. 1745. Le navire échappe à la tempête. On le voit ici bien assuré, comme apaisé après les épreuves. 

L'Aimable Louise

L'Aimable Louise

     Il n'en est pas de même de l'Aimable Louise, commandée par le Capitaine François en 1784.  Elle est en fâcheuse posture, couchée par babord, un mât brisé. Les barriques sont emportées par les vagues et un canot de sauvetage a été mis à la mer. Les hommes ont survécu mais l'Aimable Louise a sans doute sombré. Comme pour le Père Félix, le peintre montre un talent plus original, sans souci du réalisme.( Il est l'auteur de l'Orphée et de la Suzanne Marguerite.)

Le "Marquise de Surgère"

Le "Marquise de Surgère"

     Le "Marquise de Surgère" est un bâtiment commandé par le capitaine Beauregards, 1751. L'originalité du tableau tient en la triple représentation d'une traversée périlleuse. En-haut, le navire passe entre de terribles écueils. En-bas à gauche un homme tombe à la mer, à droite le navire affronte la tempête.

                                             Un homme tombe à la mer

Une traversée mémorable! Pas étonnant que cette fois, les hommes aient demandé l'intervention du Christ en personne, croix à la main!

Le Saint-Pierre

Le Saint-Pierre

Le dernier en haut, le plus difficile à photographier est le "Saint-Pierre". Le navire se démène dans la tempête. On devine dans les mats le scintillement des feux de Saint-Elme, annonciateurs d'orage. Les marins y voyaient la protection du saint.

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

     Espérons qu'un jour il sera possible de mieux voir ces tableaux qui ne cessent de nous toucher parce qu'ils racontent des drames surmontés, des tempêtes et des périls avec une foi et une naïveté qui en font des poèmes en peinture!

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

Liens

Charente Maritime

 


 

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Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

Chemises blanches, chemises de fête et de  noces...

Mais la boue et le sang comme des balafres qui lient les corps des amoureux dans la souffrance et la mort.

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

L'exposition du peintre bosniaque Safet Zec (né en1943) devenu vénitien rend hommage à deux amoureux fauchés en pleine jeunesse en 1993 à Sarajevo.

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

     Ils sont les Roméo et Juliette victimes d'une guerre non pas entre deux familles mais entre deux "peuples" qui avaient appris avant la folie meurtrière à s'apprécier et à vivre en paix.

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

    Bosko est serbe et chrétien. Sa famille a quitté Sarajevo pour se réfugier à Belgrade mais lui n'a pas voulu fuir. Il est resté parce qu'il aime Admira, bosniaque et musulmane, qui lui rend son amour.

Les deux amoureux devant le danger de plus en plus menaçant et le risque d'être torturés et assassinés par les factions qui n'admettent pas que l'on puisse trahir son camp, décident de partir, de franchir le pont de Vrabna vers la Tchécoslovaquie.

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

     Les soldats serbes et bosniaques les autorisent à passer. Est-ce l'un d'eux, est-ce un sniper? Bosko est abattu le premier, il tombe face contre terre. Admira rampe vers lui et l'enlace avant d'être tuée à son tour. Les amoureux vont rester ainsi une semaine entière, liés l'un à l'autre, avant d'être ramassés et inhumés.

Photo d'Admira et Bosko

Photo d'Admira et Bosko

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

    Safet Zec qui en 2017 exposait dans la même église de la Piéta sur le quai des Schiavoni, à deux pas de la place Saint-Marc, des toiles racontant le voyage souvent mortel des migrants (Exodus) nous invite cette année à être témoins de l'assassinat des deux amoureux pour qui les luttes politiques et les intransigeances religieuses comptaient peu devant la liberté d'aimer.  

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

S'embrasser, s'enlacer, s'accrocher l'un à l'autre pour ne pas se séparer… 

Les toiles nous donnent à voir cette urgence de l'étreinte que la mort n'interrompt pas.

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

Parfois ce n'est que le jaillissement de la couleur rouge qui nous rappelle que nous sommes devant une étreinte tragique. Un éclat, une zébrure, un trait de feu...

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

Quelques œuvres évoquent la descente de croix et le corps supplicié reçu par la femme aux bras et au cœur ouverts qui porte l'homme et le tient debout.

 

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

Sur d'autres toiles, la couleur du sang n'apparaît pas. Le blanc des linges domine. Linge de linceul ou tumulte des vêtements sous l'urgence des caresses?

 

 Dans la contemplation des œuvres qui sont à leur place dans cette église, le spectateur comprend que si la violence impose sa loi c'est la force inouïe de l'amour qui s'exprime… 

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

C'est bien ce qui domine dans cette exposition, ce sentiment de la vérité des corps qui se tiennent l'un à l'autre face à la barbarie.

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

"Embraces" 

Embrassements c'est le nom de l'exposition qui dans cette biennale 2019 exceptionnelle de Venise fait écho aux ponts construits par Lorenzo Quinn, ces mains qui se réunissent par dessus les eaux vertes.

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

 

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      Il y avait dans l'atelier de François Gabriel, un tableau étonnant de Marcel Matho, l'artiste qui conçut l'affiche que le photographe utilisait comme enseigne, au 36 rue Muller, aujourd'hui 2 rue Utrillo.

 

         Panneau de Matho qui servait d'enseigne à François Gabriel

   Le tableau représente quatre des gloires de la vie artistique de la fin du XIXème siècle. Elles y sont croquées d'un trait vif et élégant. 

Ces caricatures méritent d'être connues. Elles viennent s'ajouter à des milliers d'autres, mais, étant inédites, elles apportent un regard nouveau sur ces artistes... 

 

      Tout d'abord, Edouard de Max, bien oublié aujourd'hui mais qui fut considéré comme le plus grand acteur lyrique de son temps. Il est né en 1869 en Roumanie et il fit sa carrière à Paris où il connut vite la célébrité. Il a joué aux côtés de Marguerite Moréno, Sarah Bernhardt et Antonin Artaud.

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      Il ne craignait pas de faire scandale en affichant ouvertement son homosexualité et en jouant nu dans le Prométhée de Jean Lorrain dont il fut l'amant.

de Max prométhée 

 Un dessin plus tardif de Cocteau le montre, cou relâché, cheveux teints... mais toujours l'air très satisfait de lui-même! 

 

de Max

Nous découvrons ensuite, dans sa maturité rayonnante, la grande, l'unique, l'irremplaçable Sarah Bernhardt.

      On a du mal à imaginer la passion qu'elle suscitait et les foules qu'elle déplaçait en Europe comme en Amérique...

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Cette femme exceptionnelle possédait un charisme qui subjuguait les spectateurs. Victor Hugo la surnomma "la voix d'or" et Jean Cocteau inventa pour elle l'expression aujourd'hui galvaudée de "monstre sacré".

 

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 Elle inspira bien des créateurs de l'Art Nouveau dont Mucha qui devint son affichiste officiel lorsqu'elle reprit le théâtre des Nations qu'elle rebaptisa modestement théâtre Sarah Bernhardt.

 Edmond Rostand  écrivit pour elle "l'Aiglon" et Oscar Wilde répondit à la commande qu'elle lui fit d'une nouvelle "Salomé".

 

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                                                   Affiche de Mucha pour Médée.

 

Elle s'engagea politiquement avec courage en soutenant Emile Zola lors de l'affaire Dreyfus et en prenant fait et cause pour Louise Michel. Enfin, elle milita sans relâche, bien avant Badinter, contre la peine de mort.

 

 

 Edmond Rostand l'appréciait beaucoup et lui dut en grande partie le formidable succès de l'Aiglon. (Quelle Sarah Bernhardt du XXIème siècle serait capable de redonner vie à cette pièce injouable?)

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 Il pose ici en académicien, moustache conquérante et oeil vif! 

      La dernière caricature est celle de Polaire, de son vrai nom Emilie Marie Bouchaud, née à Alger, bien loin de la banquise!

Elle plut beaucoup à Willy et Colette qui lui confièrent le rôle de Claudine au théâtre. Les trois firent la paire, si l'on peut dire, puisqu'ils vécurent un certain temps une relation qui défraya la chronique.

 

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Polaire avait une voix qui plaisait et qui lui permit de créer des "tubes" comme "tha ma ra boum  di hé" ou "tchique tchique". Elle obtint également un grand succès en interprétant "la prière de la Charlotte" de Rictus que Monique Morelli, une autre chanteuse montmartroise, reprendra plus tard... 

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      Sa taille de guêpe et sa sensualité sont restées légendaires...

 

Alors quel plaisir de retrouver nos quatre artistes sur ce tableau…

     Remarquons que Marcel Matho n'a pas gâté les hommes mais a traité les femmes avec beaucoup plus de sympathie... Les hommes font la gueule et les femmes sourient, mais tous sont tournés vers le public et attendent les applaudissements…

 Dessin de Matho pour le dernier "Chat Noir" 68 boulevard de Clichy.

 

     Matho est un véritable Montmartrois, bien, que né à Lille (1881), il a vécu l'essentiel de sa vie sur la Butte et il y a été amoureux au point de se marier quatre fois! 

                               Dessin de Matho (Chat Noir, bd de Clichy)

                                              6 rue Paul Albert (adresse de Marcel Matho)

               2 rue Utrillo (atelier et logement de François Gabriel)

En 1914, il habite 6 rue Paul Albert à proximité du studio et de l'appartement de François Gabriel, le photographe qui est aujourd'hui une partie de la mémoire populaire de la Butte.

Photo de François Gabriel dans l'escalier de la rue Muller (aujourd'hui rue Utrillo)

 

     Il est témoin au mariage de celui qui est devenu un ami et il lui offre cette toile de 2 mètres de longueur avec les quatre têtes complices qui semblent tournées vers leur public.

    

                                   Rêverie d'artiste. 1906.

     Il tient une boutique d'antiquaire 91 rue des Martyrs (preuve s'il en était besoin que l'art ne nourrit pas son homme)  lorsqu'il meurt en 1950. Il est grand temps de le redécouvrir et je serais preneur de tout document, de toute reproduction qui le concernerait.  

Lien :  Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

 

 

 

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C'est un des tableaux les plus célèbres de la Renaissance, emblématique de l'Ecole de Fontainebleau. Il est une source inépuisable de rêverie, de fantasmes, de questions...

Et une fois qu'on en a donné une explication rationnelle, il garde toute son étrangeté. 

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A gauche la duchesse de Villars, Julienne d'Estrées, pince le téton de sa soeur Gabrielle. La "belle Gabrielle" est la favorite du roi Henri IV depuis 1591 (le tableau est peint en 1594) et elle attend un premier enfant de lui. On la voit dans sa baignoire de cuivre recouverte d'un drap comme on le faisait alors pour éviter tout contact du corps avec le métal.

La duchesse prend délicatement entre pouce et index le téton gonflé de sa soeur qui attend un enfant. 

Ces doigts qui enserrent avec tendresse le téton donnent à la scène sa force troublante. Ils évoquent ceux de l'amant, de l'amoureux des femmes qui connaît la douceur et la délicatesse de ce bourgeon de chair.

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Gabrielle tient avec la même délicatesse une bague. Main de la femme, main de l'amante qui elle aussi connaît la sensibilité de son amant dont elle effleure et touche la "bague" du sexe.

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      Henri IV en Mars (Jacob Bunel. 1605). Tableau peint pour la Galerie de Diane à Fontainebleau. Allusion à peine voilée dans la main droite du sexe royal!

Cette bague a une histoire et rappelle la quasi royauté de la favorite. C'est un cadeau du roi qui désirait l'épouser et en était empêché par l'impossible répudiation de la reine officielle, Marguerite de Valois  avec laquelle il ne vivait plus depuis des années.    

En février 1599, cinq ans après ce tableau et comme pour en réaliser la prédiction, le roi, lors d'un bal donné au Louvre annonce son intention de passer outre aux obstacles dressés par la reine et par le pape. Il offre à Gabrielle l'anneau du sacre. Une fois de plus l'art devance la réalité! 

Ce que n'annoncent pas les corps gracieux et clairs, les chairs épanouies, la sérénité des visages, c'est que six semaines après le bal du Louvre, la belle Gabrielle, enceinte d'un quatrième enfant est emportée par une apoplexie foudroyante. Son agonie est épouvantable. Son beau visage convulsé noircit, au point que les rares témoins diront qu'elle a été étranglée par le diable.

Le roi ne se remettra pas de cette mort. Alors qu'il lui était interdit comme à tous les rois de France, de porter le deuil, il s'habille de noir. Il dit  "la racine de mon coeur est morte". Il ajoute qu'elle ne "rejettera pas", c'est à dire qu'elle ne donnera aucun rejet, aucun espoir de renaissance. Ce roi galant et amateur de femmes est aussi un grand amoureux, fidèle à celle qu'il aime passionnément depuis des années.

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Le tableau se présente comme une scène théatrale. Les rideaux rouges s'écartent et les deux stars apparaissent dans le plus simple appareil, avec un naturel étonnant. Elles sont nues et elles sont belles. Peu importe l'avis des grincheux! Elles se savent regardées et n'en éprouvent aucune gêne, leur regard est tourné vers le spectateur qui entre dans la pièce intime. Un instant nous sommes nous-mêmes, devant le tableau, le roi qui regarde, ému, la beauté de ces corps.

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Dans la perspective une couturière est penchée sur son ouvrage, sans doute un vêtement destiné à l'enfant qui va naître. Au-dessus de la cheminée, un tableau nous laisse entrevoir les jambes écartées d'un homme dont le sexe est recouvert d'un tissu rouge. Allusion au royal amant censé cacher sa relation!

Ce qui frappe dans cette scène, c'est la sensualité et l'élégance. Un équilibre entre hiératisme quasi religieux et érotisme. Les deux femmes sont droites, leur port de tête élancé évoque les tableaux de la Vierge.

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La nudité et le gonflement des seins n'est pas sans rappeler l'Agnès Sorel de Fouquet.

La rencontre de la théâtralité de la scène, des échos mystiques et de la nudité charnelle est sans doute la source de la  fascination qu'exerce cette oeuvre.

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Le tableau s'inspire d'une oeuvre de Clouet fort connue, représentant Diane de Poitiers. 

On y voit Diane au premier plan, la main droite posée sur une planche recouverte d'une toile chargée de fruits et de bijoux. Cette habitude de tendre une toile sur la table avant d'y disposer les parfums, les brosses et les bijoux, a donné en français le mot "toilette".

En perspective une solide nourrice donne le sein à un poupon, tandis qu'un enfant la main sur le rebord de la baignoire louche vers la coupe de fruits et tend la main vers une grappe de raisin. Toujours dans la perspective, comme sur la toile qui nous intéresse, on voit une servante devant une cheminée.

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Le tableau de Clouet est quasiment copié en 1596, Diane étant remplacée par Gabrielle.  Le garconnet gourmand et chapardeur serait alors César, l'enfant annoncé dans le premier tableau. Le poupon dans les bras de la nourrice serait Catherine Henriette, soeur de César.

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Le thème est souvent traité par les peintres de Fontainebleau. On en voit ici une autre version. On reconnaît le même geste de la main dont les doigts tiennent une bague. En perspective une servante est penchée sur un coffre. La nudité de la femme est pudiquement recouverte d'un voile transparent comme on le devine sur le tableau précédent. 

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Il existe au musée de Lyon un 3ème tableau de Gabrielle au bain. L'attitude des jeunes femmes est différente. Julienne ne touche plus sa soeur. Il n'est pas nécessaire de vérifier si elle attend un enfant puisque le rejeton est né. On le voit dans les bras de la nourrice. Le sein de sa mère s'est donc gonflé de lait pour rien! A moins que le royal amant n'en ait profité. Le collier de perles rares est sans doute un cadeau du roi reconnaissant à sa maîtresse de lui avoir donné un garçon.

Ce tableau qui ne manque ni d'élégance ni d'étrangeté a cependant moins de mystère, moins de magie que le premier, celui qui est exposé aujourd'hui au Louvre, là où le roi Henri un soir de février eut l'audace d'annoncer son mariage avec son amoureuse peu de temps avant que sa beauté ne fût saccagée par la souffrance et anéantie par la mort.

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Le peintre qui a réalisé cette oeuvre ne l'a pas signée. Il est un des anonymes les plus célèbres de la longue histoire de la peinture!

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Comme la Joconde, comme beaucoup d'oeuvres célèbres, le tableau se prête à la parodie et à la caricature. Il est particuliérement parodié dans le monde gay. On peut s'en amuser avant de revenir à l'original et à sa trouble sensualité.

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                                                                     Eleazar

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                                 A la manière de Gabrielle d'Estrées. Qiu Mei Xian

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                                                                      Harald

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                                                                Robert Combas

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                                                                            Luzier

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                                         Nils and Phil. Polaroïd. Bertrand David.

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                                                           Francesco Marero

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                               François et Jean-François par Large


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Liens tableaux célèbres :


Chagall. Abraham et les Anges. L'hospitalité.

Camille Bombois. La femme. (II)

Séraphine de Senlis

Fontevraud. Fresques de Thomas Pot.

Tombeau d'Agnès Sorel. Loches.


Gustave Moreau. Le christ et les deux larrons.

Gustave Moreau. La Vie de l'Humanité.

Gustave Moreau. Jupiter et Sémélé.

Gustave Moreau. Prométhée foudroyé.


Lautrec. CHA-U-KAO la clownesse.

Lautrec. André Gill. Le Lapin agile.

 

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                  Jardin de Paris: Jane Avril, 1893. Lithographie 4 couleurs (124 x 91,5 cm)

 Jane Avril est à part dans le monde nocturne de Montmartre. Elle n'a pas la sensualité débridée de Nini patte en l'air ou de la Goulue. Elle séduit sans se prostituer; elle danse sans se déshabiller. Etrange et mystérieuse, elle traverse la nuit comme un navire traverse un détroit houleux.  

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Toulouse Lautrec ne s'y trompe pas... Il la reconnaît comme une soeur douloureuse. Pour elle, il délaisse la Goulue à la sensualité débordante. Il la regarde, il l'aime, il saisit sa solitude, son désarroi, sa dignité. Il la montre telle qu'elle est quand elle danse, avec cette énergie qui stupéfie, avec cette distinction qu'on retrouvera plus tard chez Marlène dietrich...

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                      Jane Avril entrant au Moulin Rouge. 1892. Huile sur carton (102 x 55 cm)

Dans la rue, elle marche seule, avec son lourd passé de petite fille mal aimée, d'enfant battue par une mère alcoolique qui n'était préoccupée que d'elle et d'elle seule. Elle se sait fragile, à la merci d'une crise d'épilepsie. Elle a rendu visite à Charcot à la Salpétrière. Elle a espéré qu'il la guérirait de ses angoisses et de cette hystérie qui parfois la submerge et lui vaut des surnoms sans pitié : Jane la folle, Mélinite...

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      Entre artistes on se comprend. On voit ce que les autres ne voient pas. Cette tristesse, ce refuge du corps dans les étoffes fermées.

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         Jane Avril sortant du Moulin Rouge. 1893. Peinture et gouache sur carton (84,3 x 63,4 cm)

Ce désir inexprimé d'un ailleurs. D'une vie avec un homme aimé, loin des paillettes et des bulles de champagne.

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Comment imaginer que ce visage-là déchaîne l'enthousiasme et la passion?

C'est qu'elle est double Jane Avril. Elle est la danseuse montmartroise, du Divan Japonais, des Folies Bergères... Elle est en même temps l'amie d'écrivains rares comme Huysmans ou Alphonse allais qui rêve de l'épouser...

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Sur l'affiche du Divan Japonais, elle est assise devant la scène où Yvette Guilbert croise ses gants noirs, mais c'est elle la vedette. Elle est la longue dame noire. Elle est l'élégante à l'éventail vers qui se penche Edouard Dujardin, ami de Mallarmé et passionné de Wagner ...

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                              Jane Avril dansant. 1892. Huile sur carton (85,5 x 45 cm)

Elle est l'ambassadrice d'un French-Cancan qui serait dansé par une reine. C'est elle qui à Londres ou à Madrid, en donnera l'image la plus vive et la plus poétique. Une danse violente de sexe et de passion, mais aussi une danse de l' immédiat, du moment réel contre l'éternité abstraite.

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Jusqu'à la mort du peintre, elle restera son amie. Il y eut entre eux une proximité plus forte que l'union des corps.

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                       Jane Avril. 1899. Lithographie 4 couleurs (56 x 34 cm)

Le peintre l'a vue, l'a peinte comme un voyant sait peindre. Le mouvement, l'ondulation, le jeu, la tragédie...

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Le serpent qui frôle le sein sur la robe noire. Le serpent de Cléopâtre. Le serpent du temps qui glisse...

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Jane Avril a fini par trouver l'homme de sa vie, le journaliste et dessinateur Maurice Biais qu'elle a suivi à Jouy en Josas pour y vivre 16 années un peu plus paisibles...

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                                              Jane Avril par Maurice Biais

Quand il meurt, il la laisse sans un sou et Jane n'a même pas la ressource de vendre les dessins et les croquis que Toulouse Lautrec lui a offerts. Il y a longtemps déjà qu'elle en a fait cadeau à des amants de passage...

Sacha Guitry interviendra pour la faire entrer dans un hospice où elle passera les dix dernières années de sa vie.

 Elle dansera une ultime fois, à 67 ans, invitée par Max Dearly.

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Elle mourra huit ans plus tard et sera enterrée au Père Lachaise.

Sans doute eût-elle préféré Montmartre où elle rencontra son  grand ami, Toulouse Lautrec, celui grâce à qui elle est vivante aujourd'hui....

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Liens :

Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

Musée de l'érotisme. Pigalle.

Poulbot. Panneaux de Faïence. Rue Damrémont. Montmartre.

 

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Musée Cernuschi. Walasse Ting. Exposition

À quelques encablures de Montmartre, près du Parc Monceau, s'élève un des plus beaux musées parisiens, connu pour ses collections d'art asiatique.

L'affiche qui annonce une exposition de Walasse Ting "Le voleur de fleurs" est si belle qu'elle incite à passer la frontière de la Butte pour descendre dans la plaine et pousser les portes de Cernuschi!

Musée Cernuschi. Walasse Ting. Exposition
Sans titre (Femmes à l'éventail. Couleur et encre sur papier. Vers 1975-1980)

Sans titre (Femmes à l'éventail. Couleur et encre sur papier. Vers 1975-1980)

Walasse Ting (1929-2010) a légué une partie de son œuvre au musée qui lui rend hommage aujourd'hui.

Musée Cernuschi. Walasse Ting. Exposition

Son parcours artistique lui a fait quitter la Chine en 1946, venir à Paris puis s'installer à New-York où il s'est frotté aux courants picturaux américains.

Mais ce qui dans son œuvre est, pour moi, le moins intellectuel, le plus émouvant et le plus beau à la fois, ce sont ses femmes, à l'encre noire ou en couleurs...

Nu allongé (encre sur papier. Vers 1980)

Nu allongé (encre sur papier. Vers 1980)

Femme au perroquet (Encre et couleur sur papier. vers 1980)

Femme au perroquet (Encre et couleur sur papier. vers 1980)

Femmes offertes, femmes précieuses, femmes malicieuses, femmes nobles et belles dont l'éventail effleure la poitrine...

Si l'influence de certains peintres de l'ancienne Chine, ou celle, plus féconde encore de Matisse est manifeste ...

Femme et servantes. (Encre et couleurs sur papier. 1975-1980)

Femme et servantes. (Encre et couleurs sur papier. 1975-1980)

...l'univers crée par le peintre est reconnaissable et personnel..

Il nous invite à entrer dans la confidence et le secret de sa sensualité... 

Spring morning. (pastel sur papier. Vers 1980)

Spring morning. (pastel sur papier. Vers 1980)

Outside snow white ( acrylique et pastel sur papier 1995)

Outside snow white ( acrylique et pastel sur papier 1995)

... et pour connaître un peu mieux Walasse Ting, plutôt que des articles de critiques savants, il vaut mieux lui laisser la parole, lire le poème de sa vie. 

 

 

Raindrops in my eyes (acrylique sur toile. 1974)

Raindrops in my eyes (acrylique sur toile. 1974)

Walasse Ting par Walasse Ting

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À un an, première fois, chante une chanson 

À deux ans, première fois, me mets debout 

À trois ans, première fois, attrape une sauterelle 

À quatre ans, première fois, fais voler un cerf-volant

À cinq ans, première fois, dessine une  libellule 

À six ans, première fois, respire une  fleur 

À sept ans, première fois, pisse sous la pluie 

À huit ans, première fois, vois le feu embraser une maison 

À neuf ans, première fois, mange du miel

À dix ans, première fois, vois une locomotive

À onze ans, première fois, vois un  homme et une femme faire l’amour

À douze ans, première fois, vois grand-père mourir

À treize ans, première fois, me masturbe au lit

À quatorze ans, première fois, danse dans une  salle de bal

À quinze ans, première fois, écris un poème

À seize ans, première fois, deviens amoureux

À dix-sept ans, première fois, fais l'amour dans le noir

À dix-huit ans, première fois, quitte la chine 

À dix-neuf ans, première fois,  ai vendu des aquarelles

À vingt ans, première fois, fais l'amour avec une prostituée

À vingt et un an, première fois, une exposition à moi

À vingt-deux ans, première fois, prends un grand bateau pour paris

Love me Love me. (series-10- acrylique et crayon sur papier. 1975)

Love me Love me. (series-10- acrylique et crayon sur papier. 1975)

À vingt-trois ans, première fois, fais l'amour avec une femme blanche 

À vingt-quatre ans, première fois, bois du champagne

À vingt-cinq ans, première fois, ressens la mélancolie

À vingt-six ans, première fois, ressens le mal d'amour et le  mal du pays 

À vingt-sept ans, première fois, emprunte de l’argent

À vingt-huit ans, première fois, ne crois  plus en rien

À vingt-neuf ans, première fois, écris un poème 

À trente ans, première fois, arrive en Amérique 

À trente et un ans, première fois, fais l’amour avec une femme noire

À trente-deux ans, première fois, mange un hot dog

À trente-trois ans, première fois  me marie

À trente-quatre ans, première fois, fais pousser ma moustache

À trente-cinq ans, première fois, fais la vaisselle

À trente-six ans, première fois, ai de la peine à payer mon loyer

À trente-sept ans, première fois,  ai une fille

À trente-huit ans, première fois, achète une télé-couleurs

À trente-neuf ans, première fois,  achète une assurance-vie

À quarante ans, première fois, ai un fils

À quarante et un ans, première fois,  me mets nu sous la pluie

À quarante-deux ans, première fois,  me réveille sous la pluie

À quarante-trois ans, première fois,  entends mère tomber  raide morte

À quarante-quatre ans, première fois, vois père dormir dans un cercueil

À quarante-cinq ans, première fois, deviens citoyen des U.S.A

À quarante-six ans, première fois, sens l’odeur de merde de l’argent

À quarante-sept ans, première fois, vois que le soleil est carré

Sans titre (Pastel sur papier. 1957)

Sans titre (Pastel sur papier. 1957)

À quarante-huit ans, première fois, sais que la vie est ronde 

À quarante-neuf ans, première fois, ai acheté une pêche de cristal

À cinquante ans, première fois, mange un serpent vert 

À cinquante et un ans, première fois,  ai acheté une lettre de Gauguin

À cinquante-deux ans, première fois, vais à Tahiti

À cinquante-trois ans, première fois, conduis une Rolls-Royce bleue

À cinquante-quatre ans, première fois, ai un chat

À cinquante-cinq ans, première fois, arc en ciel au petit déjeuner

À cinquante-six ans, première fois me douche avec une symphonie

À cinquante-sept ans, première fois, pleure la mort de ma femme

À cinquante-huit ans, première fois, ressemble à un panda

À cinquante-neuf ans, première fois, achète un flacon de parfum

À soixante ans, première fois,  fais l’amour avec une vierge

À soixante et un ans, première fois, deviens amoureux d’une fille rousse

À soixante-deux ans, première fois,  ai acheté un plein camion de roses

À soixante-trois ans, première fois, ai perdu l’amour

À soixante-quatre ans, première fois,  ressens la mort

À soixante-cinq ans, première fois, vois se lever le soleil

À soixante-six ans, première fois,  respire l’air pur

À soixante-sept ans, première fois, vais pécher en pleine mer

À soixante-huit ans, première fois, peins une  baleine

À soixante-neuf ans, première fois, achète un Bouddha de couleur blanche 

À soixante-dix ans, première fois, achète 2 étoiles filantes

 

.

Sans titre. (Pastel sur papier. 1957)

Sans titre. (Pastel sur papier. 1957)

Le poème s'arrête là, à 70 ans, avec l'achat de deux étoiles filantes.

Walasse Ting ne deviendra la 3ème étoile filante que dix ans plus tard.

Il meurt à l'âge de 80 ans.

Musée Cernuschi. Walasse Ting. Exposition

La dernière partie de son poème est envahi par la couleur et le rêve.

Entre sensualité et onirisme.

Elle correspond à sa création la plus gaie, la plus féminine, la plus vibrante..

La naissance de Venus (acrylique sur toile. 1966)

La naissance de Venus (acrylique sur toile. 1966)

Musée Cernuschi. Walasse Ting. Exposition

Je joins à cet article le texte original, si difficile à traduire.

Je suis preneur de toute correction.

J'ai choisi de ne pas le traduire littéralement car l'absence de déterminant dans le texte original donnerait peut-être au français une tonalité exagérément "enfantine". 

Il y a dans "Paterson" le film de Jarmusch, une réplique pertinente : " Traduire un poème c'est comme prendre une douche avec un imperméable".

 

exemple plus littéral :

 À un an, première fois, chanter chanson

 À deux ans, première fois, tenir debout

À trois ans, première fois, attraper sauterelle

À quatre ans, première fois, faire voler cerf volant...... etc

 

 

(Merci à Pénélope qui m'a beaucoup aidé et m'a expliqué que ce texte était écrit avec ironie dans un anglais tel que le pratiquerait un Chinois, ou plutôt tel qu'on s'attendrait à ce qu'il le pratiquât)

 

 

 

Musée Cernuschi. Walasse Ting. Exposition
Musée Cernuschi. Walasse Ting. Exposition
Musée Cernuschi. Walasse Ting. Exposition
Musée Cernuschi. Walasse Ting. Exposition

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