Au rez de chaussée de l'hôtel de Bel Air au musée de Montmartre une petite exposition affiche un titre un tantinet provocateur : "Sous les Jupes de Montmartre".
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Elle porte un regard actuel sur le French Cancan qui a été une étape de la libération féminine pour celles qui l'ont illustré.
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Ce n'est pas sur la Butte qu'il trouve ses origines mais dans les bals populaires parisiens qui se terminent par "le chahut", jambe levée, dans la première moitié du XIXème siècle.
Moment de défoulement et de liberté, parfois appelé coin-coin.
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Figure impertinente s'il en est à une époque où les femmes portent des culottes fendues.
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Le Chahut inspire le fameux quadrille, danse populaire et provocatrice, emblématique du Second Empire. Offenbach a composé celui qui sera le plus célèbre : le galop infernal d'Orphée aux enfers.
Nous avons sur la façade de l'Elysée Montmartre une illustration de ce quadrille que les touristes prennent à tort pour le french cancan. Il est venu du bal Mabille pour élire domicile à Montmartre.
Céleste Mogador en fut, notamment au bal Mabille, la plus célèbre interprète. Elle fit une tournée en Angleterre où les british baptisèrent sa danse si "parisienne" French Cancan.
Quadrille à l'Elysée Montmartre
C'est ce quadrille naturaliste qui débarqua à Montmartre en 1885 avant de devenir définitivement French Cancan avec des danseuses vedettes comme la Goulue et Grille d'égout.
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la Goulue et Grille d'Egout.
L'exposition montre à quel point cette danse jugée scandaleuse a été un moment de libération de la femme. Ce qui va à l'encontre des jugements féministes qui l'assimilent à une utilisation à des fins mercantiles du corps des danseuses.
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La plus célèbre de ses interprètes est assurément Louise Weber, La Goulue.
Le Moulin Rouge fait d'elle sa tête d'affiche.
Elle séduit par son franc parler, sa liberté de gestes et de réparties.
Toulouse Lautrec la transforme en icône de la Belle Epoque.
Mais elle n'est pas la seule! Des dizaines de cancaneuses participent à ce tsunami de gaité et d'impertinence.
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Les noms qu'elles choisissent sont révélateurs de leur esprit moqueur.
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Jane Avril
Nini Pattes en l'Air, la Môme Fromage, la Panthère, Demi Siphon, la Torpille, Cascade, la Bombe, la Vorace, Mimosa, Eglantine, Saphir, Reine des Prés, la Fauvette...
Elles ont leurs fans qui collectionnent les cartes de visite avec dessin ou photographie de leurs préférées.
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La Môme Fromage
L'affiche de Chéret représente dans des médaillons quelques unes des célébrités du bal du Moulin Rouge.
Avec le succès, le french cancan se diversifie et s'enrichit.
Une vraie chorégraphie s'élabore avec de nombreuses figures qui requièrent un grand entraînement et beaucoup de souplesse.
Ces figures portent un nom précis : le croisement, le chahut, le port d'armes, le brisement assis, la charge, le salut militaire, le sceptre, la cathédrale, le pape, le moulinet, la mayonnaise...
Le chahut
Le croisement
L'exposition présente plusieurs gravures de Louis Legrand qui fut proche de Nini Pattes en l'Air..
Le brisement assis
Willette publie lui aussi quelques dessins dans les revues satiriques.
Le sceptre
Le même Willette (dont le square Louise Michel portait le nom avant d'être débaptisé en raison de l'antisémitisme revendiqué par l'artiste) nous montre une jeune femme qui lève la jambe pour indiquer au passant la direction d'une rue connue alors pour ses maisons de rendez vous.
La rue Navarin... aux Pommes?
Ce dessin souligne avec humour l'ambiguïté de la danseuse de cancan.
Elle fascine, elle est symbole de liberté et d'audace en même temps qu'elle suscite les jugements moraux d'une bourgeoisie qui n'en est pas à une contradiction près.
L'exposition ne prétend pas épuiser le sujet! Elle est utile en ces jours où certains voudraient censurer la chanson de Souchon "Sous les jupes des filles"!
Alors n'hésitez pas à aller "Sous les jupes de Montmartre" et honni soit qui mal y pense!