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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

Publié le par chriswac
Publié dans : #WACRENIER

Une des premières oeuvres de Jean Loup Wacrenier fut cet homme crucifié dont la bouche a cherché jusqu'à l'ultime seconde un peu d'air et de vie. La croix ne se limite pas à deux poutres ajustées mais divise la toile et l'espace sans permettre au regard d'errer au-delà, d'échapper à ce cloisonnement. Elle se soulève sur la droite, du côté de ce bras qui fait signe peut-être et qui bien que cloué appelle à l'aide. "Frères humains". En vain
 L'ocre rouge de la terre atteint avec l'ombre du bois noir une partie du ciel alors que le blanc du ciel descend vers la terre, vers ceux qui regardent et lisent le nom en lettres noires, la signature qui semble être celle-là même de l'homme supplicié.

Comme elle est rude la matière de ce bois, ce dernier contact du mourant avec la réalité du monde !
Le visage ne se penche pas vers le sol, il se disloque et cherche l'épaule où se reposer. Le regard blanc a perdu son iris. Il est le ciel sans couleur, il est l'interrogation douloureuse. Il est l'espoir peut-être comme dans nos nuits, la lueur familière qui passe sous la porte.

Il est l'invitation muette à la fraternité et le silence de notre refus.

Lien Jean-Loup Wacrenier poème et dessins de Masques





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Publié le par chriswac
Publié dans : #WACRENIER
                  J'ai rêvé une église débarrassée de tous ses vieux démons, une église soucieuse de vivre l'Evangile et non de multiplier décrets, dogmes et interdits, une église ouverte aux femmes, une église qui n'inventerait pas une obligation de célibat à ses prêtres, pas plus que Jésus ne l'avait exigé de ses disciples, une église définitivement purgée de ses tentations antisémites... le fameux peuple déïcide! Comme si ce n'était pas nous, les Chrétiens qui chaque jour mettions à mort notre Dieu!
Je me réveille sonné, avec une gueule de bois qui me pousse à gueuler. Arrête ton char Benoît! Ne laisse pas remonter en toi les souvenirs de l'enfance et les défilés nazis, n'ouvre pas les bras à des hommes qui nient jusqu'à l'existence de la Shoah! C'est comme si toi-même niais l'existence du Christ! tu aurais bonne mine!
Quand je refais l'histoire, je donne à Pie XII le rôle du grand héros de la résistance et du courage. Je lui enlève ses mitaines de velours rouge, sa tiare trop raide et ses phrases contournées et diplomatiques. Il parle. Il s'adresse aux Chrétiens. Refusez. N'obéissez pas au diktat nazi. C'est votre âme qui serait en péril. Vivez l'Evangile : "Ce que vous ferez au plus petit, au plus faible, au plus persécuté, c'est à moi que vous le ferez". Faites barrière de vos corps pour empêcher que l'on arrête vos frères juifs. Refusez les lois iniques. Accrochez tous une étoile jaune à vos vêtements.
Pie XII, si tu avais parlé ainsi tu aurais changé la face du monde et tu aurais fait comprendre à tous ce que signifiait être chrétien. Peut-être aurais-tu comme l'a fait Salièges permis que nous retrouvions enfin nos frères juifs. Mais ton ami Benoït trouve que tu as été impeccable puisqu'aujourd'hui, il envisage de te canoniser!
Et toi André, mon évêque, qui n'as de vint-trois que le nom, il paraît que la décision du pape te met une arête dans la gorge, mais, t'empresses-tu de préciser, cette arête ne t'empêche pas de respirer! Respire donc André! Quelle taille devra avoir l'arête pour provoquer quelque gêne à ta respiration tranquille?
Dernier point. Puisque ceux qui ont refusé les décisions de Vatican II et Jean Paul II sont absous de cette désobéissance et qu'ils peuvent librement s'en moquer, on ne pourra rien reprocher aux chrétiens qui comme moi refusent le décret de Benoît XVI.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux

Il faut beaucoup d'attention pour discerner sur les murs sombres de l'église les fresques qui ornent le choeur et les bas-côtés. De loin, on a l'impression que des fantômes s'agitent dans la pénombre. Il faut dire que le programme pictural ambitieux des origines n'a jamais été parachevé. Ainsi les peintures du choeur dues à un certain Planzeau (dont j'avoue ne rien connaître) n'ont été que partiellement réalisées. Il s'agit en fait de toiles marouflées qui représentent à droite les Noces de Cana et à gauche la Cène.


Un christ très conventionnel emplit miraculeusement les jarres d'un vin délicieux. Les invités s'étonnent qu'on ait gardé le meilleur cru pour la fin des noces.
En dehors de la symbolique de l'eau changée en vin, lui-même appelé à devenir sang,ce miracle me plaît. Il aurait dû convertir ma femme qui se damnerait pour un petit rosé bien frais.
A gauche, la Cène. Jésus y apparaît plus électrifié que jamais. Saint-Jean s'appuie contre lui amoureusement.
Je ne sais si l'on doit regretter de n'avoir pas laissé le loisir au sieur Planzeau de peindre le fond du choeur où a été badigeonné un rideau beigeasse.

Les fresques des deux chapelles me semblent plus intéressantes bien que dans un piètre état. Paroissiens de Saint-Jean, à vos porte-monnaie !


Marie qui pour une fois a un teint de Palestine intercède pour ceux qui souffrent (c'est un sacré boulot, avouez-le !)

Pour ces blessés soutenus par des religieuses ou pour ce soldat juste marié et qui part pour les tranchées.

 
 Les fresques sont d'Eugène Thiéry, prix de Rome. Je m'inquiète quand on précise ainsi. Vous imaginez : fresques de Van Gogh, prix de Rome ! Impossible me direz-vous puisque le Van Gogh en question n'a jamais reçu de prix. En admettant qu'il  eût été décoré, son génie n'aurait certes pas besoin pour éclater au grand jour de cette rosette minuscule à sa boutonnière. Bon ! En fait, il ne manque pas de talent Thiery même si son nom n'est guère passé à la postérité...


De l'autre côté, un barbu. C'est Joseph le menuisier, patron des artisans. Il accueille la foule des travailleurs parmi lesquels l'artiste a eu la modestie de représenter les peintres :

Et les musiciens... Le violoniste n'est autre que l'organiste de l'époque, Vadon :

Les autres fresques représentent 4 stations du Chemin de Croix. Elles ne sont pas terribles terribles.Mais je ne peux m'empêcher de regarder le visage du Christ tombé. Il me rappelle un ami qui avait les yeux bleus et qui maltraité par la vie se relevait toujours, jusqu'au jour où...


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Publié le par chriswac
Publié dans : #WACRENIER
Mardi 20 janvier. Je vais voir mon père comme chaque semaine. Il n'est pas dans son studio dont la porte est ouverte. j'entre. Personne. Le store pend lamentablement sur la terrasse. Je vais chez son amie, à côté. Il est là, installé dans un fauteuil. je l'embrasse et lui dis mon nom. Il est heureux de me voir car je ne viens jamais me dit-il.
-Mais papa je viens chaque semaine.

Je n'insiste pas. Je ne suis pas là pour moi. Son amie Mauricette est ressuscitée. Il y a 15 jours, il l'avait envoyée contre un mur en s'accrochant à elle pour éviter de s'étaler. Elle s'était alitée après que sa tête avait rebondi violemment sur la paroi. Plusieurs jours elle n'avait plus bougé, se faisant monter dans sa chambre les plateaux repas. Elle n'avait retrouvé un peu de force que lorsque j'avais proposé à mon père de boire du champagne à sa santé en regrettant qu'elle ne puisse  partager avec nous. Elle avait alors trouvé la force de se redresser, de saisir une coupe et de la vider. Aujourd'hui elle est bien sur ses pattes, parfumée et maquillée. Elle enfourne dans la bouche de mon père une cuiller de sirop.
-Il tousse, il a pris froid et je dois le soigner... Savez-vous ce qu'il a fait hier? Alors qu'il y avait un vent de tempête, il est sorti pieds nus sur sa terrasse et a voulu baisser le store. Le vent a arraché la toile et le châssis de fer a failli retomber sur lui.

Je regarde mon père. Il confirme. Il s'est battu avec la toile qui le fouettait. Il a réussi à la faire remonter mais il pense avoir tout cassé. Il a peur de ce qu'on va lui dire.Je vais vérifier. C'est vrai. La toile automatique descend bien mais elle bat, dégagée de son châssis. Je parviens à la réajuster. Ce n'est pas grand chose mais j'imagine la panique de mon père dans les bourrasques avec cette toile épaisse qui lui battait le visage.

Je lui demande pourquoi il n'y a plus de serrure à sa porte. Il ne comprend pas. Il y a une serrure. Depuis qu'il a changé de studio, il a des problèmes avec sa clé. Il m'avait dit qu'on l'avait enfermé la nuit et qu'il ne pouvait plus sortir. Une autre fois il m'a affirmé que quelqu'un avait changé sa porte car il ne pouvait plus entrer. Je me suis renseigné. Effectivement, pendant la nuit, le veilleur s'est rendu compte que mon père ne pouvait plus sortir (pourquoi désirait-il sortir à 2 heures du matin?) Il a vérifié la serrure qui était défectueuse et il a demandé qu'on l'enlève au plus vite pour raison de sécurité. On allait lui en installer une autre.Mais je suis énervé par cette histoire; Il a déjà tant de mal à retrouver ses repères et voilà qu'on l'angoisse inutilement. Personne ne l'écoutait quand il prétendait ne pas pouvoir entrer chez lui ou rester prisonnier sans réussir à ouvrir sa porte. Tout ce qu'il disait était mis sur le compte de sa maladie. Alors que sur ce point, c'est lui qui avait raison. Je m'interroge sur la manière que nous avons de respecter les malades atteints de ces troubles de la mémoire. Trop souvent nous mettons sur le compte de leur pathologie ce que nous jugeons incohérent ou dérangeant. En agissant ainsi nous ne faisons qu'aggraver leur angoisse et leur panique.

-Papa tu as vu Sylvie et Vincent dimanche?
-Non j'ai vu personne.
-Mais si Papa, Vincent vient te voir chaque dimanche et il prend ton linge.
-Oui on prend mon linge.
Je me tourne vers Mauricette : -N'est-ce pas que Vincent vient le voir chaque dimanche? Elle me regarde de ses yeux presque morts : -Je ne m'avancerai pas sur ce sujet.
Allons bon!Autre chose! Même Mauricette perd la mémoire! Je pense au tableau de Brueghel : des aveugles accrochés les uns aux autres  suivent leur chef de file qui les mène tout droit à l'abîme.

Après avoir bu le champagne, nous descendons dans la salle de restaurant. interminable repas. Mon père qui avait ces derniers temps tendance à manger gloutonnement sans même regarder ce qu'il portait à la bouche, picore désormais miette à miette. Il mâche interminablement d'infimes morceaux. Il me dit qu'il n'a pas faim. J'en profite égoïstement pour lui conseiller de ne pas terminer, que ce plat de blettes est insipide... Par contre, il boit bien. Après le champagne, du Moulin à Vent. La tarte au citron arrive enfin... Il prend un peu de ce gateau et l'étale sur du pain. Il semble apprécier la pâtisserie qu'il termine comme il l'aurait fait d'une tranche de pâté. Il ne parle presque pas. Mauricette occupe l'espace et la parole. Elle me dit en riant qu'il lui a proposé de l'épouser mais que c'était une idée absurde car elle lui aurait fait perdre la pension de son mari. Elle est très étonnée quand je lui dis que mon père ne saurait être bigame...qu'il est séparé mais non divorcé de ma mère. -Ah! Il ne me l'a jamais dit! Il a toujours prétendu qu'il pouvait m'épouser!

Mon père écoute sans entendre. Ses yeux semblent errer vers le jardin, la pelouse jaunie et les buissons roussis.
-Je te trouve beau!
C'est à moi qu'il a parlé soudain. Je suis surpris et un peu décontenancé.
-C'est toi qui en es responsable mon dad!
C'est drôle comme nous sommes sevrés pendant l'enfance et l'adolescence de ces compliments qui rassurent, comme il faut essayer de se construire seuls sans regard valorisant et puis tardivement, si tardivement, alors que la vieillesse déjà chiffonne votre visage et rouille vos os, vous recevez ces phrases inutiles désormais, celles qui vous auraient aidé à grandir.

Quand nous sommes remontés, mon père s'est encore trompé de chemin. Il veut aller à son ancien studio. Je lui rappelle qu'il a déménagé (comme si le déménagement de son cerveau n'avait pas été suffisant). -Non toutes mes affaires sont chez moi.
-Viens Papa, je vais te conduire.
Il entre dans son studio. Il paraît étonné. Comme la dernière fois, il dit en regardant sur la droite la salle de bains : -Oh! Il y a une salle de bains!
Il est fatigué, il veut se reposer. Je l'embrasse. Il me serre dans ses bras.
 Je garde mes larmes pour tout à l'heure.


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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #Peintres



     Par un jour très gris, nous sommes allés, Nicole et moi, au musée Maillol voir l'exposition consacrée à Séraphine de Senlis mise à la mode par Yolande moreau dans le beau film consacré à cette artiste au coeur simple et à l'esprit visité par les anges et les démons. (voir : Séraphine de Senlis )
Nous sommes restés longtemps devant le grouillement inquiétant des fleurs carnivores et des feuilles griffues, le regard emprisonné dans la toile sans horizon, sans sortie sinon vers le haut et le ciel..  
   Notre surprise fut grande, en quittant les salles de l'exposition de découvrir un artiste naïf, plein de vie et d'optimisme qui nous a aussitôt ensoleillés.


 
    Camille Bombois dont le nom même fleure la nature et la vie simple est un solide bourguignon qui après avoir été valet de ferme, lutteur de cirque, marin, ouvrier de tunnel dans le métro parisien et travailleur de nuit dans une imprimerie, parvint enfin à vivre de sa passion, la peinture vers 1940. Après la première guerre et son retour du front il fut étonné de voir que sa femme, Eugénie Christophe qu'il avait épousée à la mairie du XVIIIème et qu'il aima au point de ne pouvoir peindre qu'elle, avait réussi à vendre plusieurs de ses toiles. Ce qui l'encouragea à exposer dans les rue de Montmartre comme le faisaient alors de nombreux peintres de talent (ce qui a hélas a bien changé!) Plus tard il sera remarqué par Mathot, un marchand de la rue des Martyrs qui vendra avec succès de nombreuses toiles. Ainsi, Camille put-il installer son atelier rue Caulaincourt où il eut tout le loisir de peindre encore et toujours son grand amour.



 
   Il aimait ses formes généreuses et la douceur de son visage. Il  regardait Emilie accomplir les gestes du quotidien avec infiniment de reconnaissance et de désir.
  Son regard écarte les cuisses, fait remonter la robe, caresse la chaleur et le mystère de la femme.



 
   Pour lui, le sexe est bien l'origine du monde comme le nomme Courbet, mais c'est aussi sa vérité, sa permanence, le lieu où l'homme devient homme. Il s'y réfugie sans cesse, lui le bourguignon massif et nul doute qu'il se laisse féconder, qu'il laisse son esprit accueillir les délicatesses et les teintes qui sont femmes.





  De nombreuses toiles montrent des femmes qui soulèvent leur tablier ou leur robe, très simplement, pour recueillir des cerises par exemple, ou des fleurs.


 
   Sur celle-ci, nous voyons à droite une de ces femmes jambes entrouvertes. Au centre, sur le pavé une autre se penche vers un minuscule chaton noir devant un petit garçon. On peut rêver longtemps devant cette peinture. La rue comme un chemin entre deux rangées de maisons qui sont comme des jambes, avec en ligne de fuite ce trou d'ombre qui attire et ce chat au beau milieu qui quête les caresses. tout cela sous le regard d'un petit mâle impressionné
 



 Un jeune mâle qui guettera plus tard entre les joncs ces baigneuses allongées dans la douceur de l'eau, les jeunes seins durcis, les jambes qui s'écartent
...






   Nous rentrons à Montmartre avec le sentiment d'avoir rendu visite à deux artistes étonnants et étrangement opposés : Séraphine qui ne peut retenir l'éclatement des cellules, des cancers, des obsessions dévoreuses de lumière et Camille qui ramasse le monde et ses questions à l'intérieur des forme les plus douces et les plus voluptueuses.

...

Liens : Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Saisons. Divers


Matin du 7 janvier, en me penchant par la fenêtre, je découvre le square Louise Michel poudré de blanc. j'aime cette falaise qui s'élève à la verticale avec ses rochers et ses arbres.

Les grilles du jardin sont fermées pour raison de sécurité, paraît-il. Dommage pour les petits poulbots qui ne pourront pas se laisser glisser sur les fesses jusqu'au bas de la Butte.

Les bancs restent déserts et nul n'a le désir de s'y laisser congeler face au moutonnement des toits serrés comme à l'étable pour se tenir un peu chaud

Ma vieille église prend des allures montagnardes et les touristes bientôt devront chausser leurs skis...

Les arènes sommeillent sous la neige. Il leur faudra attendre le printemps pour retrouver les acteurs et les chanteurs habitués du festival de Montmartre.

Le chevalier de la Barre ne risque plus aujourd'hui en gardant son chapeau vissé sur la tête, face au Sacré Coeur frigorifié, d'être supplicié en place publique...

Le musée, ancienne maison de Roze de Rosimond, acteur de Molière qui écrivit lui-même quelques pièces oubliées retrouve son allure campagnarde.

Les vignes jouent les champenoises et préparent leurs fruits qui donneront la célèbre piquette dont seul le prix pourra rivaliser avec les dives bouteilles de Reims ou d'Epernay...

Dalida n'a pas froid aux seins mais s'est coiffée d'un petit bibi tout blanc.


Le chateau des brouillards attend peut-être Nerval.




Mais le fantôme du poète glisse derrière les fenêtres de la Folie Sandrin, la bien nommée, où le Docteur Blanche installa la clinique où il accueillit  artistes et paumés.
 


La Place du Tertre a perdu presque tous ses peintres et leurs croutes alimentaires.



Avant de rentrer à la maison et boire un petit verre au coin du feu avec Nicole, je jette un dernier coup d'oeil sur le jardin où le soleil me fait un signe.

 

En ce début d'année, Titiche envoie des voeux à tous les amis des chats...



Lien :Montmartre. Neige de décembre.





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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Saisons. Divers


Le 6 janvier n'est pas pour moi un jour comme les autres. C'est celui que j'ai choisi, au coeur de l'hiver pour pousser le museau dans le monde. J'étais tranquille, bien au chaud, sans problème et j'ai compris soudain qu'on ne voulait plus de moi au paradis. Et pousse comme je te pousse, me voilà projeté dans le bruit et le froid, accueilli dans une ville du nord par les branches mortes contre les vitres et le papier peint vieux rose de la chambre du premier étage de la maison grand-paternelle.


Le 6 janvier c'est aussi l'Epiphanie, le jour où les rois mages arrivent sous l'étoile pour découvrir un misérable bébé à peine réchauffé par la bonne haleine du boeuf et le bon regard de l'âne. Pour les orthodoxes, c'est Noël. Peut-être est-ce cette coïncidence qui incita ma grand mère à m'appeler aussi longtemps que je fus petit et mignon (ce qui ne dura hélas que quelques courtes années) son "petit prince russe".

Aujourd'hui je ne compte plus les flammes que j'ai éteintes. Je pense à ceux que j'aime, à Nicole qui me met au monde chaque matin, à mes parents qui voyagent dans les wagons blindés de la vieillesse, à mon frère à peine connu que les anges attirèrent à eux en tirant sur la corde qu'il avait imprudemment nouée autour de son cou, à ma soeur aux poumons inondés dans la nuit de Noël et qui demandait avant de s'endormir qu'on l'embrasse et qu'on l'embrasse encore. As-tu fait provision d'assez de baisers pour nous attendre au chaud, ma petite Marianne?
Je pense à vous, frères et soeurs si souvent lointains et pourtant si vivants, si précieux. Je pense à mes amis, à ceux qui veillent toujours avec moi autour du feu qui éloigne les ombres, à ceux qui ne répondent plus et dont la silhouette s'estompe dans la brume.                                 Je pense à tous les animaux que je n'ai pas sauvés, à ceux qui m'ont sauvé...

Depuis des années, mon père oubliait de m'appeler ou de m'écrire le 6 janvier. J'ai retrouvé sa dernière lettre, envoyée plus d'un mois après la date fatidique, alors que pour une raison inconnue il avait pris conscience de son oubli. Je ne résiste pas au plaisir de me l'envoyer aujourd'hui.
J'embrasse tous ceux que j'aime et avec qui je partage la même angoisse et le même émerveillement de vivre. 

EPIPHANIE

Les épis fanés
De l'Epiphanie
Je ne sais pas qui
Les a emmenés,
Ni quel bourbaki
A pu les glaner
sans faire leur tri.
J'en reste contrit
Mais n'ayant pas d'or
D'encens ou de myrrhe,
Toi que j'aime encore
Que toujours j'admire,
Toi mon cher aîné
Reçois ce morceau
De papier monnaie
Qui a cours à Sceaux
Comme à Douarnenez.
Un "acadabra"
Qu'alors tu diras
Le transformera
En fleurs pour Nicole,
Ou en chocolat,
Une chose drôle
Qui plaise à ton chat...
Ou te plaise à toi.
Mais pardonne-moi
Au nom du Bon Dieu 
Cet oubli fâcheux
Qui met dans mes yeux
Des larmes un peu....

                                   Ton vieux père qui perd la tête (et non pas qui pète la Terre).

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Liens: neige à Montmartre :

Montmartre. Neige. 20 janvier. Photos.

Montmartre sous la neige. 19 janvier.

Montmartre. Neige. cartes postales anciennes.

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