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C'est une église qui après avoir été longtemps ignorée sinon décriée est devenue un monument incontournable de la Butte par son architecture, sa décoration, ses fresques murales et ses vitraux.
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Nous avons étudié sur ce blog les deux vitraux impressionnants des deux cavaliers de l'Apocalypse mais regardons aujourd'hui les grandes verrière qui ornent la nef.
Elles devaient être au nombre de quatre mais le manque d'argent les a limitées à trois, comme il a réduit à deux les fameux cavaliers.
Le maître verrier qui en est l'auteur est Jac Galland (1855-1922) parfois appelé Louis Jacques Galland qui fut peintre, essentiellement portraitiste, et maître verrier exceptionnel.
Il réalisa les vitraux de Saint Jean à partir de cartons du peintre Ernest-Pascal Blanchard (1861-1945).
Ste Louise de Marillac (Blanchard)
Ce dernier est loin d'être un inconnu puisqu'il fut choisi pour réaliser des mosaïques et des vitraux dans le Sacré Coeur.
St François de Sales établit St Vincent comme supérieur des religieuses de la Visitation
Ainsi est il l'auteur de la chapelle de Saint-Vincent de Paul dans la basilique. Mosaïques qui toutefois semblent bien conventionnelles et figées quand on songe à l'interprétation que Jac Galland fera des cartons du peintre.
Sur les 4 grandes verrières de la nef qui étaient prévues, Trois furent réalisées. La 2ème guerre ne permit pas la réalisation de la quatrième.
La première verrière à gauche du choeur représente la multiplication des pains. Ce qui frappe tout de suite, c'est la richesse des coloris, le profondeur de la scène et la souplesse des dessins. Rien de fade ni d'édulcoré dans la scène.
Les couleurs s'imposent comme s'imposent les bleus et les rouges dans les vitraux médiévaux. La partie haute sera plus proche des teintes aimées par les symbolistes, les roses, les mauves,...
La composition est claire avec ses figures qui se détachent de l'ensemble. Le Christ est placé le plus haut, bénissant d'une main et saisissant un pain de l'autre.
Sur la droite, dans le chatoiement des étoffes, quelques disciples assistent au prodige. Sourire étonné et reconnaissant aux lèvres, un homme, peut être Jean, se penche sur un panier empli de poissons. Rappel s'il en était besoin que les poissons aussi ont été multipliés. Symboles des futurs convertis.
De rouge vêtu un disciple, sans doute Pierre le pêcheur, appelé à devenir "pêcheur d'hommes" tient une large corbeille pleine de pains. Une femme à gauche veille sur ses petits.
L'expression des visages est à la fois personnelle et expressive. Chacun est particulier, chacun est unique. L'ensemble irradie une impression de calme et de douceur.
La femme adultère.
Cette fois le Christ ne domine pas. Il se penche au contraire vers la terre et désigne une pierre. "Que celui qui n'a jamais pêché jette la première pierre". Penché derrière lui un disciple est sans doute Jean, le plus proche, le bien aimé.
La femme menacée se cache le visage, retenue par un gardien qui lui serre le bras. Autour d'elle les hommes tiennent des pierres dans leurs mains, prêts pour la lapidation.
Si les couleurs restent éclatantes, la composition est plus serrée. Le paysage ne s'ouvre pas sur une mer turquoise comme dans le vitrail précédent. Impression d'enfermement, de menace.
Les mains sont suspendues, arrêtées net par la parole du Christ. Quel est celui des bourreaux qui pourra prétendre être sans péché?
Le Christ penché, humble et grave, ne condamne pas. Il est dans cet abaissement, "le Très Bas" comme l'appelle Christian Bobin, celui qui s'approche des plus petits et des plus menacés. Ceux qui jugent et condamnent, ceux qui sont prêts à tuer sont debout, sûrs encore de leur bon droit.
La Résurrection de Lazare.
Cette belle verrière est visible depuis peu. Elle était en partie démontée depuis des années afin d'être restaurée. C'est donc une résurrection!
Le Christ occupe la même position que dans la première verrière. Il est un peu au dessus. Il lève le bras et commande à Lazare de sortir de son linceul. Autour de lui, les plus proches ont compris. Une des soeurs de Lazare embrasse sa tunique. Jean est à sa droite, les mains jointes.
Lazare comme emmailloté à la manière d'un nouveau né, semble jaillir de son linceul. C'est une nouvelle naissance, une floraison, un printemps dont il porte la couronne. Son visage est grave, attentif, un peu circonspect.
Autour de lui les visages des spectateurs, comme dans les vitraux précédents sont tous distincts, exprimant surprise, gravité, stupéfaction.
Ces visages nous regardent et nous invitent à entrer dans le mystère.
Voilà donc un aperçu des remarquables vitraux de l'église St Jean, créés à une époque où renaissait l'art du vitrail en grande partie à l'initiative de Puvis de Chavannes qui fut Montmartrois pendant des années.
Colorés, originaux, sans miévrerie, ils sont à leur place dans ce Montmartre dont l'histoire religieuse et artistique est si forte!
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