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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

peintres

Publié le par chriswac
Publié dans : #CHARENTE MARITIME, #Peintres
Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

Voilà un peintre qui fut accusé d'académisme, moqué par les critiques et les écrivains (Zola, Huysmans), oublié pendant plus d'un siècle...

Le premier deuil. (Adam et Eve découvrent le cadavre de leur fils Abel).

Le premier deuil. (Adam et Eve découvrent le cadavre de leur fils Abel).

     William Bouguereau (1825-1905) est né et mort à La Rochelle dont il a aimé la lumière. Les acheteurs américains qui n'avaient pas de parti pris ont aimé ses œuvres et ont acheté la plus grande partie de ses toiles qui se trouvent aujourd'hui dans les musées américains...

Dante et Virgile

Dante et Virgile

     Certes il fut "académique" c'est à dire dans la grande tradition picturale réaliste, multipliant les portraits d'enfants un peu sucrés, les scènes mythologiques fleuries... mais il ne fut pas que ça. Il y avait parfois dans son inspiration une force noire, un romantisme brutal. C'est ce que rappela le musée d'Orsay qui mit en valeur son "Dante et Virgile" lors de l'exposition "L'Ange du bizarre" en 2013...

Les Saintes Femmes au tombeau

Les Saintes Femmes au tombeau

    Et bien avant, c'est ce qu'affirma Salvador Dali qui avait pour lui la plus grande admiration et qui sans souci des époques, l'opposa à Picasso "qui fabriquait du laid par peur de Bouguereau"!

Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

     Après avoir perdu sa femme et deux de ses enfants en 1877, Bouguereau se consacra à la peinture religieuse. De cette période date la coupole de la chapelle de la Vierge dans la cathédrale St-Louis de La Rochelle. Un ensemble remarquable que je n'avais pas remarqué depuis tant d'années où je vais à La Rochelle!!! Il est vrai qu'il fut longtemps caché par les échafaudages de la restauration...

Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

     Le plafond représente, en bas, la découverte par les apôtres du tombeau vide de la vierge, tandis que dans le ciel les anges l'emportent vers le divin séjour. La représentation est conventionnelle mais la perspective est pertinente qui place les apôtres là où se pose le regard du spectateur qui devient l'un d'eux et n'a plus qu'à lever un peu plus la tête pour découvrir les anges élégants et vigoureux qui propulsent la Vierge vers les hauteurs plus sûrement que les moteurs d'Ariane à Kourou.

Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

     Bouguereau aime les anges.. Il leur donne une beauté botticellienne et il soigne attentivement leurs ailes et leur tunique. Dans l'assomption, ils sont différenciés et leurs robes sont de couleurs différentes. Nous verrons qu'ils évoluent avec les scènes représentées autour de cette apothéose.

Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

La vie de la Vierge est représentée par 6 scènes autour de l'Assomption.

Chronologiquement :  L'Annonciation :

 

     La vierge un peu conventionnelle reçoit de l'ange habillé de parme, la fleur de la pureté à la main, la nouvelle qui semble ne provoquer en elle qu'un mouvement de tendresse..

2ème scène : La visite à Elisabeth. (La Visitation)

 

     C'est peut-être la tenue sombre des deux femmes qui étonne ici comme si elles pressentaient les souffrances à venir. La présence de Joseph est aussi une originalité. Il veille sur sa femme qu'il a accompagnée. 

La 3ème scène est la Nativité :

 

     L'enfant au bas de la composition est le centre d'un rayonnement qui éclaire le visage de Marie et Joseph, et en arrière plan celui des anges vêtus de blanc ou de gris pâle dont la chevelure semble touchée par le vent qui  semble naître du rayonnement...

La 4ème scène est la fuite en Egypte.

 

     Le représentation est conventionnelle. Marie est de face, comme une icône. Elle tient son fils endormi contre elle. Joseph conduit l'âne qui comme on le sait sera plus tard l'animal qui portera l'enfant devenu homme sur son dos, pour entrer à Jérusalem où il vivra sa passion. 

La 5ème scène est l'évanouissement :

 

     A droite le Christ qui est tombé sous le poids de la croix est violemment frappé par un de ses bourreaux.  A gauche, la mère ne supporte plus les souffrances infligées à son enfant, elle perd connaissance et est recueillie dans les bras de Jean, agenouillé qui ressemble aux anges. C'est elle qui a les bras en croix, comme si elle voulait endurer elle-même le supplice de son fils...

La 6éme scène est la déposition.

 

     C'est la plus forte des scènes. la composition est remarquable. La vierge est crucifiée, mais ses bras sont libres, emportés dans un mouvement ascendant comme un envol. Elle porte son fils sur ses genoux comme elle portait l'enfant contre son ventre sur l'âne. La mort commence à raidir le cadavre. On pense aux plus grandes représentations de cet épisode comme la Piéta d'Avignon.

Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

     La seule tache rouge est celle de la tunique de Jean. Le rouge c'est la passion aux deux sens du terme, la souffrance du martyre et le plus grand amour.

     Au pied du Christ, Madeleine embrasse celui dont elle lavait les pieds avec les parfums et les essuyait de sa chevelure.

     Derrière le groupe dévasté, les anges aux ailes couleur de cendres se lamentent, les yeux clos.

 

Remarquable scène qui à elle seule suffirait à Bouguereau pour être considéré comme un des grands peintres du XIXème siècle...

Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #CHARENTE MARITIME, #Peintres
Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

     Les ex voto de la cathédrale de la Rochelle sont regroupés dans une chapelle latérale, la chapelle des marins, protégés par une lourde grille depuis que l'un d'entre eux a été volé. Il est donc difficile de les regarder face à face!

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

Un vitrail les éclaire… Il représente un navire voiles déployées, surmonté d'un médaillon rappelant l'épisode évangélique du Christ apaisant la tempête.

    La prière des disciples effrayés est écrite sous le médaillon : "Salva nos perimus" (Sauvez-nous, nous allons mourir).

 

On ne peut voir correctement que les tableaux qui sont face à nous sous ce vitrail. Ils sont au nombre de 5.

La Fée

La Fée

 

     Le 1er en partant de la droite représente la navire "La Fée" commandé par Mr Thomas Bertrand. 1748.

Le bâtiment est en mauvaise posture; il enfourne dans une mer démontée. Un homme s'adresse à la Vierge, son dernier recours, tandis qu'un autre s'active. 

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

     Le 2ème est exceptionnel dans cette chapelle consacrée aux gens de mer. Rappelons que beaucoup de ces ex votos ont été offerts par des marins qui ont échappé aux tempêtes et représentent donc leur navire. Ici, pas de mer démontée mais un puits d'où sort une jeune fille qui a échappé à la mort.

"Une Demoiselle Etant Tombée Dans un Puis en Est Sortie miraclusement Sans Le Secours de Personne Mais Par l'intersession De La Ste Vierge. 1741."

    Si l'orthographe n'est pas toujours correcte, la profusion des majuscules est à la hauteur du miracle et de l'Immense Reconnaissance dont veut témoigner la famille de la jeune rescapée.

Le Stella Maris

Le Stella Maris

    Vient ensuite le "Stella Maris"... Le navire est démâté et il est chahuté par la tempête. Certains hommes sont à la mer et attendent d'être secourus tandis que d'autres sur le pont s'activent avec des haches pour séparer les mâts du bâtiment. Un autre homme sur la droite implore le ciel. 

 

Le Bel Amy

Le Bel Amy

    Le "Bel Amy" commandé par M. Rullier 1749. Les voiles hautes sont affalées et sur le pont, une fois de plus les hommes n'ont plus de recours que de se tourner vers la miséricorde divine. En général ils s'adressent à la Vierge que l'on voit sur la grande majorité des ex votos, avec, le plus souvent son fils dans les bras.

 

 

     Le dernier tableau sur ce mur représente une barque de Trouville qui navigue paisiblement.

Il date de 1866 et ne présente pas beaucoup d'intérêt. On peut lire au-dessus du dessin : Alexandre, patron Hailey.

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

Sur le mur latéral droit, "La Fortune" 1729.

Le navire file par bon vent sur une mer calme. Un des marins est sur le pont, peut-être pressent-il ou redoute t-il un danger imminent ou bien plus simplement fait-il sa prière, en chrétien consciencieux, pour que le voyage se poursuive sans encombres.

 

Le Saphir

Le Saphir

"Le Saphir", capitaine H.D. Rossal. 1741.

Après 4 mois et demi de traversée, le navire se trouve pris dans un calme plat. On voit ici un des navires négriers qui fit la fortune de son propriétaire. Ce "commerce" qui paraissait "normal" en son temps jette une ombre sur la fortune de La Rochelle qui a participé à ce crime contre l'humanité.

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

Ici, ce n'est pas la Vierge qui est implorée mais le Christ . Comble d'humour "noir", certains esclaves supplient en même temps que les marins un dieu que pour la plupart ils ignorent, d'autres sont tournés vers le capitaine et attendent de lui un salut temporaire.

La Louise de Canada.

La Louise de Canada.

     "La Louise de Canada", commandée par Mr de Bonaventure. Ce navire spécialisé dans le transport des fourrures en provenance du Canada est menacé par la tempête. Il en est sorti indemne avec sa cargaison de peaux. Les animaux du Canada ont eu moins de chance que lui. 

L'Orphée

L'Orphée

"L'Orphée" commandé par Pierre DO...T (lettres illisibles) est pris dans la tempête. Dans les mâts, au péril de leur vie, les marins replient les voiles.

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

    Une grande toile, au-milieu du mur représente la Vierge et son fils au-dessus de La Rochelle. Elle ne possède pas le même caractère naïf des ex-voto qui l'entourent. Les photos prises à travers les grilles déforment un peu la toile qui est assez conventionnelle.

 

La Vierge entourée d'angelots veille sur la ville de La Rochelle. Ici la métaphore du refuge, le Port de Salut, convient à La Vierge dont c'est un des noms comme à la ville qui accueille les navires menacés entre ses tours.

Le Bon Pèreon

Le Bon Pèreon

Sous la grande toile du Port de Salut, se trouvent quatre ex-voto: 

"Le Bon Père" Capitaine Knell jeune, 1799. Le navire est pris dans la tempête et les hommes supplient le Ciel, bras levés.

La facture naïve du tableau est cette fois plus expressive, plus stylisée, pour tout dire plus originale et plus proche du Douanier Rousseau.

                                                     Douanier Rousseau

Notre Dame de grase (grâce)

Notre Dame de grase (grâce)

     "Notre Dame de grase" commandée par F. (un capitaine modeste qui n'a pas voulu que son nom soit inscrit!).  1755. Une fois encore le navire est pris dans la tempête et "miraculeusement" sauvé. Son nom le prédisposait à cette protection divine!

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

La "Louise Ester" commandée par M. Vaullemarin, 1738. Le navire est menacé par les vagues immenses qui le malmènent.

Le tableau porte le nom de son auteur, ce qui est rare sur les ex-voto. Il s'agit d'un dénommé Frizie. ("Frizie le fit").

La Suzanne Marguerite

La Suzanne Marguerite

     La "Suzanne Marguerite" a pour commandant M. Hardy en 1768. Ce tableau est un des trois avec l'"Orphée" et l'"Aimable Louise" (plus bas) à avoir été réalisé par le même peintre. Dans les trois on retrouve le sens du contraste et la grande liberté dans la manière expressive de peintre les vagues.

                                                       Dans l'église de Saint-Martin de Ré

Un tableau représentant le même navire est conservé dans l'église de Saint-Martin dans l'île de Ré. Il est exposé derrière une maquette ex-voto dont les mâts se confondent avec ceux du tableau!

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

Il reste encore 4 tableaux, à droite de Notre Dame du Port de Salut. Ce sont les plus difficiles à photographier. 

La Gloire

La Gloire

     "La Gloire" commandée par Mr de La Place. 1745. Le navire échappe à la tempête. On le voit ici bien assuré, comme apaisé après les épreuves. 

L'Aimable Louise

L'Aimable Louise

     Il n'en est pas de même de l'Aimable Louise, commandée par le Capitaine François en 1784.  Elle est en fâcheuse posture, couchée par babord, un mât brisé. Les barriques sont emportées par les vagues et un canot de sauvetage a été mis à la mer. Les hommes ont survécu mais l'Aimable Louise a sans doute sombré. Comme pour le Père Félix, le peintre montre un talent plus original, sans souci du réalisme.( Il est l'auteur de l'Orphée et de la Suzanne Marguerite.)

Le "Marquise de Surgère"

Le "Marquise de Surgère"

     Le "Marquise de Surgère" est un bâtiment commandé par le capitaine Beauregards, 1751. L'originalité du tableau tient en la triple représentation d'une traversée périlleuse. En-haut, le navire passe entre de terribles écueils. En-bas à gauche un homme tombe à la mer, à droite le navire affronte la tempête.

                                             Un homme tombe à la mer

Une traversée mémorable! Pas étonnant que cette fois, les hommes aient demandé l'intervention du Christ en personne, croix à la main!

Le Saint-Pierre

Le Saint-Pierre

Le dernier en haut, le plus difficile à photographier est le "Saint-Pierre". Le navire se démène dans la tempête. On devine dans les mats le scintillement des feux de Saint-Elme, annonciateurs d'orage. Les marins y voyaient la protection du saint.

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

     Espérons qu'un jour il sera possible de mieux voir ces tableaux qui ne cessent de nous toucher parce qu'ils racontent des drames surmontés, des tempêtes et des périls avec une foi et une naïveté qui en font des poèmes en peinture!

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

Liens

Charente Maritime

 


 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #VOYAGES..., #Peintres
Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

Chemises blanches, chemises de fête et de  noces...

Mais la boue et le sang comme des balafres qui lient les corps des amoureux dans la souffrance et la mort.

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

L'exposition du peintre bosniaque Safet Zec (né en1943) devenu vénitien rend hommage à deux amoureux fauchés en pleine jeunesse en 1993 à Sarajevo.

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

     Ils sont les Roméo et Juliette victimes d'une guerre non pas entre deux familles mais entre deux "peuples" qui avaient appris avant la folie meurtrière à s'apprécier et à vivre en paix.

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

    Bosko est serbe et chrétien. Sa famille a quitté Sarajevo pour se réfugier à Belgrade mais lui n'a pas voulu fuir. Il est resté parce qu'il aime Admira, bosniaque et musulmane, qui lui rend son amour.

Les deux amoureux devant le danger de plus en plus menaçant et le risque d'être torturés et assassinés par les factions qui n'admettent pas que l'on puisse trahir son camp, décident de partir, de franchir le pont de Vrabna vers la Tchécoslovaquie.

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

     Les soldats serbes et bosniaques les autorisent à passer. Est-ce l'un d'eux, est-ce un sniper? Bosko est abattu le premier, il tombe face contre terre. Admira rampe vers lui et l'enlace avant d'être tuée à son tour. Les amoureux vont rester ainsi une semaine entière, liés l'un à l'autre, avant d'être ramassés et inhumés.

Photo d'Admira et Bosko

Photo d'Admira et Bosko

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

    Safet Zec qui en 2017 exposait dans la même église de la Piéta sur le quai des Schiavoni, à deux pas de la place Saint-Marc, des toiles racontant le voyage souvent mortel des migrants (Exodus) nous invite cette année à être témoins de l'assassinat des deux amoureux pour qui les luttes politiques et les intransigeances religieuses comptaient peu devant la liberté d'aimer.  

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

S'embrasser, s'enlacer, s'accrocher l'un à l'autre pour ne pas se séparer… 

Les toiles nous donnent à voir cette urgence de l'étreinte que la mort n'interrompt pas.

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

Parfois ce n'est que le jaillissement de la couleur rouge qui nous rappelle que nous sommes devant une étreinte tragique. Un éclat, une zébrure, un trait de feu...

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

Quelques œuvres évoquent la descente de croix et le corps supplicié reçu par la femme aux bras et au cœur ouverts qui porte l'homme et le tient debout.

 

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

Sur d'autres toiles, la couleur du sang n'apparaît pas. Le blanc des linges domine. Linge de linceul ou tumulte des vêtements sous l'urgence des caresses?

 

 Dans la contemplation des œuvres qui sont à leur place dans cette église, le spectateur comprend que si la violence impose sa loi c'est la force inouïe de l'amour qui s'exprime… 

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

C'est bien ce qui domine dans cette exposition, ce sentiment de la vérité des corps qui se tiennent l'un à l'autre face à la barbarie.

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

"Embraces" 

Embrassements c'est le nom de l'exposition qui dans cette biennale 2019 exceptionnelle de Venise fait écho aux ponts construits par Lorenzo Quinn, ces mains qui se réunissent par dessus les eaux vertes.

Safet Zec. Exposition EMBRACES. Venise. Les amants de Sarajevo.

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #Peintres

 

      Il y avait dans l'atelier de François Gabriel, un tableau étonnant de Marcel Matho, l'artiste qui conçut l'affiche que le photographe utilisait comme enseigne, au 36 rue Muller, aujourd'hui 2 rue Utrillo.

 

         Panneau de Matho qui servait d'enseigne à François Gabriel

   Le tableau représente quatre des gloires de la vie artistique de la fin du XIXème siècle. Elles y sont croquées d'un trait vif et élégant. 

Ces caricatures méritent d'être connues. Elles viennent s'ajouter à des milliers d'autres, mais, étant inédites, elles apportent un regard nouveau sur ces artistes... 

 

      Tout d'abord, Edouard de Max, bien oublié aujourd'hui mais qui fut considéré comme le plus grand acteur lyrique de son temps. Il est né en 1869 en Roumanie et il fit sa carrière à Paris où il connut vite la célébrité. Il a joué aux côtés de Marguerite Moréno, Sarah Bernhardt et Antonin Artaud.

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      Il ne craignait pas de faire scandale en affichant ouvertement son homosexualité et en jouant nu dans le Prométhée de Jean Lorrain dont il fut l'amant.

de Max prométhée 

 Un dessin plus tardif de Cocteau le montre, cou relâché, cheveux teints... mais toujours l'air très satisfait de lui-même! 

 

de Max

Nous découvrons ensuite, dans sa maturité rayonnante, la grande, l'unique, l'irremplaçable Sarah Bernhardt.

      On a du mal à imaginer la passion qu'elle suscitait et les foules qu'elle déplaçait en Europe comme en Amérique...

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Cette femme exceptionnelle possédait un charisme qui subjuguait les spectateurs. Victor Hugo la surnomma "la voix d'or" et Jean Cocteau inventa pour elle l'expression aujourd'hui galvaudée de "monstre sacré".

 

      sarah-photo.jpg

 

 Elle inspira bien des créateurs de l'Art Nouveau dont Mucha qui devint son affichiste officiel lorsqu'elle reprit le théâtre des Nations qu'elle rebaptisa modestement théâtre Sarah Bernhardt.

 Edmond Rostand  écrivit pour elle "l'Aiglon" et Oscar Wilde répondit à la commande qu'elle lui fit d'une nouvelle "Salomé".

 

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                                                   Affiche de Mucha pour Médée.

 

Elle s'engagea politiquement avec courage en soutenant Emile Zola lors de l'affaire Dreyfus et en prenant fait et cause pour Louise Michel. Enfin, elle milita sans relâche, bien avant Badinter, contre la peine de mort.

 

 

 Edmond Rostand l'appréciait beaucoup et lui dut en grande partie le formidable succès de l'Aiglon. (Quelle Sarah Bernhardt du XXIème siècle serait capable de redonner vie à cette pièce injouable?)

      edmond_rostand-photo.jpg

 Il pose ici en académicien, moustache conquérante et oeil vif! 

      La dernière caricature est celle de Polaire, de son vrai nom Emilie Marie Bouchaud, née à Alger, bien loin de la banquise!

Elle plut beaucoup à Willy et Colette qui lui confièrent le rôle de Claudine au théâtre. Les trois firent la paire, si l'on peut dire, puisqu'ils vécurent un certain temps une relation qui défraya la chronique.

 

polaire photo

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Polaire avait une voix qui plaisait et qui lui permit de créer des "tubes" comme "tha ma ra boum  di hé" ou "tchique tchique". Elle obtint également un grand succès en interprétant "la prière de la Charlotte" de Rictus que Monique Morelli, une autre chanteuse montmartroise, reprendra plus tard... 

Polaire-photo-2.jpg

      Sa taille de guêpe et sa sensualité sont restées légendaires...

 

Alors quel plaisir de retrouver nos quatre artistes sur ce tableau…

     Remarquons que Marcel Matho n'a pas gâté les hommes mais a traité les femmes avec beaucoup plus de sympathie... Les hommes font la gueule et les femmes sourient, mais tous sont tournés vers le public et attendent les applaudissements…

 Dessin de Matho pour le dernier "Chat Noir" 68 boulevard de Clichy.

 

     Matho est un véritable Montmartrois, bien, que né à Lille (1881), il a vécu l'essentiel de sa vie sur la Butte et il y a été amoureux au point de se marier quatre fois! 

                               Dessin de Matho (Chat Noir, bd de Clichy)

                                              6 rue Paul Albert (adresse de Marcel Matho)

               2 rue Utrillo (atelier et logement de François Gabriel)

En 1914, il habite 6 rue Paul Albert à proximité du studio et de l'appartement de François Gabriel, le photographe qui est aujourd'hui une partie de la mémoire populaire de la Butte.

Photo de François Gabriel dans l'escalier de la rue Muller (aujourd'hui rue Utrillo)

 

     Il est témoin au mariage de celui qui est devenu un ami et il lui offre cette toile de 2 mètres de longueur avec les quatre têtes complices qui semblent tournées vers leur public.

    

                                   Rêverie d'artiste. 1906.

     Il tient une boutique d'antiquaire 91 rue des Martyrs (preuve s'il en était besoin que l'art ne nourrit pas son homme)  lorsqu'il meurt en 1950. Il est grand temps de le redécouvrir et je serais preneur de tout document, de toute reproduction qui le concernerait.  

Lien :  Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

 

 

 

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Publié le par chriswac
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C'est un des tableaux les plus célèbres de la Renaissance, emblématique de l'Ecole de Fontainebleau. Il est une source inépuisable de rêverie, de fantasmes, de questions...

Et une fois qu'on en a donné une explication rationnelle, il garde toute son étrangeté. 

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A gauche la duchesse de Villars, Julienne d'Estrées, pince le téton de sa soeur Gabrielle. La "belle Gabrielle" est la favorite du roi Henri IV depuis 1591 (le tableau est peint en 1594) et elle attend un premier enfant de lui. On la voit dans sa baignoire de cuivre recouverte d'un drap comme on le faisait alors pour éviter tout contact du corps avec le métal.

La duchesse prend délicatement entre pouce et index le téton gonflé de sa soeur qui attend un enfant. 

Ces doigts qui enserrent avec tendresse le téton donnent à la scène sa force troublante. Ils évoquent ceux de l'amant, de l'amoureux des femmes qui connaît la douceur et la délicatesse de ce bourgeon de chair.

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Gabrielle tient avec la même délicatesse une bague. Main de la femme, main de l'amante qui elle aussi connaît la sensibilité de son amant dont elle effleure et touche la "bague" du sexe.

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      Henri IV en Mars (Jacob Bunel. 1605). Tableau peint pour la Galerie de Diane à Fontainebleau. Allusion à peine voilée dans la main droite du sexe royal!

Cette bague a une histoire et rappelle la quasi royauté de la favorite. C'est un cadeau du roi qui désirait l'épouser et en était empêché par l'impossible répudiation de la reine officielle, Marguerite de Valois  avec laquelle il ne vivait plus depuis des années.    

En février 1599, cinq ans après ce tableau et comme pour en réaliser la prédiction, le roi, lors d'un bal donné au Louvre annonce son intention de passer outre aux obstacles dressés par la reine et par le pape. Il offre à Gabrielle l'anneau du sacre. Une fois de plus l'art devance la réalité! 

Ce que n'annoncent pas les corps gracieux et clairs, les chairs épanouies, la sérénité des visages, c'est que six semaines après le bal du Louvre, la belle Gabrielle, enceinte d'un quatrième enfant est emportée par une apoplexie foudroyante. Son agonie est épouvantable. Son beau visage convulsé noircit, au point que les rares témoins diront qu'elle a été étranglée par le diable.

Le roi ne se remettra pas de cette mort. Alors qu'il lui était interdit comme à tous les rois de France, de porter le deuil, il s'habille de noir. Il dit  "la racine de mon coeur est morte". Il ajoute qu'elle ne "rejettera pas", c'est à dire qu'elle ne donnera aucun rejet, aucun espoir de renaissance. Ce roi galant et amateur de femmes est aussi un grand amoureux, fidèle à celle qu'il aime passionnément depuis des années.

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Le tableau se présente comme une scène théatrale. Les rideaux rouges s'écartent et les deux stars apparaissent dans le plus simple appareil, avec un naturel étonnant. Elles sont nues et elles sont belles. Peu importe l'avis des grincheux! Elles se savent regardées et n'en éprouvent aucune gêne, leur regard est tourné vers le spectateur qui entre dans la pièce intime. Un instant nous sommes nous-mêmes, devant le tableau, le roi qui regarde, ému, la beauté de ces corps.

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Dans la perspective une couturière est penchée sur son ouvrage, sans doute un vêtement destiné à l'enfant qui va naître. Au-dessus de la cheminée, un tableau nous laisse entrevoir les jambes écartées d'un homme dont le sexe est recouvert d'un tissu rouge. Allusion au royal amant censé cacher sa relation!

Ce qui frappe dans cette scène, c'est la sensualité et l'élégance. Un équilibre entre hiératisme quasi religieux et érotisme. Les deux femmes sont droites, leur port de tête élancé évoque les tableaux de la Vierge.

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La nudité et le gonflement des seins n'est pas sans rappeler l'Agnès Sorel de Fouquet.

La rencontre de la théâtralité de la scène, des échos mystiques et de la nudité charnelle est sans doute la source de la  fascination qu'exerce cette oeuvre.

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Le tableau s'inspire d'une oeuvre de Clouet fort connue, représentant Diane de Poitiers. 

On y voit Diane au premier plan, la main droite posée sur une planche recouverte d'une toile chargée de fruits et de bijoux. Cette habitude de tendre une toile sur la table avant d'y disposer les parfums, les brosses et les bijoux, a donné en français le mot "toilette".

En perspective une solide nourrice donne le sein à un poupon, tandis qu'un enfant la main sur le rebord de la baignoire louche vers la coupe de fruits et tend la main vers une grappe de raisin. Toujours dans la perspective, comme sur la toile qui nous intéresse, on voit une servante devant une cheminée.

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Le tableau de Clouet est quasiment copié en 1596, Diane étant remplacée par Gabrielle.  Le garconnet gourmand et chapardeur serait alors César, l'enfant annoncé dans le premier tableau. Le poupon dans les bras de la nourrice serait Catherine Henriette, soeur de César.

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Le thème est souvent traité par les peintres de Fontainebleau. On en voit ici une autre version. On reconnaît le même geste de la main dont les doigts tiennent une bague. En perspective une servante est penchée sur un coffre. La nudité de la femme est pudiquement recouverte d'un voile transparent comme on le devine sur le tableau précédent. 

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Il existe au musée de Lyon un 3ème tableau de Gabrielle au bain. L'attitude des jeunes femmes est différente. Julienne ne touche plus sa soeur. Il n'est pas nécessaire de vérifier si elle attend un enfant puisque le rejeton est né. On le voit dans les bras de la nourrice. Le sein de sa mère s'est donc gonflé de lait pour rien! A moins que le royal amant n'en ait profité. Le collier de perles rares est sans doute un cadeau du roi reconnaissant à sa maîtresse de lui avoir donné un garçon.

Ce tableau qui ne manque ni d'élégance ni d'étrangeté a cependant moins de mystère, moins de magie que le premier, celui qui est exposé aujourd'hui au Louvre, là où le roi Henri un soir de février eut l'audace d'annoncer son mariage avec son amoureuse peu de temps avant que sa beauté ne fût saccagée par la souffrance et anéantie par la mort.

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Le peintre qui a réalisé cette oeuvre ne l'a pas signée. Il est un des anonymes les plus célèbres de la longue histoire de la peinture!

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Comme la Joconde, comme beaucoup d'oeuvres célèbres, le tableau se prête à la parodie et à la caricature. Il est particuliérement parodié dans le monde gay. On peut s'en amuser avant de revenir à l'original et à sa trouble sensualité.

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                                                                     Eleazar

Gabrielle Qiu Mei Xian

                                 A la manière de Gabrielle d'Estrées. Qiu Mei Xian

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                                                                      Harald

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                                                                Robert Combas

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                                                                            Luzier

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                                         Nils and Phil. Polaroïd. Bertrand David.

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                                                           Francesco Marero

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                               François et Jean-François par Large


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Liens tableaux célèbres :


Chagall. Abraham et les Anges. L'hospitalité.

Camille Bombois. La femme. (II)

Séraphine de Senlis

Fontevraud. Fresques de Thomas Pot.

Tombeau d'Agnès Sorel. Loches.


Gustave Moreau. Le christ et les deux larrons.

Gustave Moreau. La Vie de l'Humanité.

Gustave Moreau. Jupiter et Sémélé.

Gustave Moreau. Prométhée foudroyé.


Lautrec. CHA-U-KAO la clownesse.

Lautrec. André Gill. Le Lapin agile.

 

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Musée Cernuschi. Walasse Ting. Exposition

À quelques encablures de Montmartre, près du Parc Monceau, s'élève un des plus beaux musées parisiens, connu pour ses collections d'art asiatique.

L'affiche qui annonce une exposition de Walasse Ting "Le voleur de fleurs" est si belle qu'elle incite à passer la frontière de la Butte pour descendre dans la plaine et pousser les portes de Cernuschi!

Musée Cernuschi. Walasse Ting. Exposition
Sans titre (Femmes à l'éventail. Couleur et encre sur papier. Vers 1975-1980)

Sans titre (Femmes à l'éventail. Couleur et encre sur papier. Vers 1975-1980)

Walasse Ting (1929-2010) a légué une partie de son œuvre au musée qui lui rend hommage aujourd'hui.

Musée Cernuschi. Walasse Ting. Exposition

Son parcours artistique lui a fait quitter la Chine en 1946, venir à Paris puis s'installer à New-York où il s'est frotté aux courants picturaux américains.

Mais ce qui dans son œuvre est, pour moi, le moins intellectuel, le plus émouvant et le plus beau à la fois, ce sont ses femmes, à l'encre noire ou en couleurs...

Nu allongé (encre sur papier. Vers 1980)

Nu allongé (encre sur papier. Vers 1980)

Femme au perroquet (Encre et couleur sur papier. vers 1980)

Femme au perroquet (Encre et couleur sur papier. vers 1980)

Femmes offertes, femmes précieuses, femmes malicieuses, femmes nobles et belles dont l'éventail effleure la poitrine...

Si l'influence de certains peintres de l'ancienne Chine, ou celle, plus féconde encore de Matisse est manifeste ...

Femme et servantes. (Encre et couleurs sur papier. 1975-1980)

Femme et servantes. (Encre et couleurs sur papier. 1975-1980)

...l'univers crée par le peintre est reconnaissable et personnel..

Il nous invite à entrer dans la confidence et le secret de sa sensualité... 

Spring morning. (pastel sur papier. Vers 1980)

Spring morning. (pastel sur papier. Vers 1980)

Outside snow white ( acrylique et pastel sur papier 1995)

Outside snow white ( acrylique et pastel sur papier 1995)

... et pour connaître un peu mieux Walasse Ting, plutôt que des articles de critiques savants, il vaut mieux lui laisser la parole, lire le poème de sa vie. 

 

 

Raindrops in my eyes (acrylique sur toile. 1974)

Raindrops in my eyes (acrylique sur toile. 1974)

Walasse Ting par Walasse Ting

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À un an, première fois, chante une chanson 

À deux ans, première fois, me mets debout 

À trois ans, première fois, attrape une sauterelle 

À quatre ans, première fois, fais voler un cerf-volant

À cinq ans, première fois, dessine une  libellule 

À six ans, première fois, respire une  fleur 

À sept ans, première fois, pisse sous la pluie 

À huit ans, première fois, vois le feu embraser une maison 

À neuf ans, première fois, mange du miel

À dix ans, première fois, vois une locomotive

À onze ans, première fois, vois un  homme et une femme faire l’amour

À douze ans, première fois, vois grand-père mourir

À treize ans, première fois, me masturbe au lit

À quatorze ans, première fois, danse dans une  salle de bal

À quinze ans, première fois, écris un poème

À seize ans, première fois, deviens amoureux

À dix-sept ans, première fois, fais l'amour dans le noir

À dix-huit ans, première fois, quitte la chine 

À dix-neuf ans, première fois,  ai vendu des aquarelles

À vingt ans, première fois, fais l'amour avec une prostituée

À vingt et un an, première fois, une exposition à moi

À vingt-deux ans, première fois, prends un grand bateau pour paris

Love me Love me. (series-10- acrylique et crayon sur papier. 1975)

Love me Love me. (series-10- acrylique et crayon sur papier. 1975)

À vingt-trois ans, première fois, fais l'amour avec une femme blanche 

À vingt-quatre ans, première fois, bois du champagne

À vingt-cinq ans, première fois, ressens la mélancolie

À vingt-six ans, première fois, ressens le mal d'amour et le  mal du pays 

À vingt-sept ans, première fois, emprunte de l’argent

À vingt-huit ans, première fois, ne crois  plus en rien

À vingt-neuf ans, première fois, écris un poème 

À trente ans, première fois, arrive en Amérique 

À trente et un ans, première fois, fais l’amour avec une femme noire

À trente-deux ans, première fois, mange un hot dog

À trente-trois ans, première fois  me marie

À trente-quatre ans, première fois, fais pousser ma moustache

À trente-cinq ans, première fois, fais la vaisselle

À trente-six ans, première fois, ai de la peine à payer mon loyer

À trente-sept ans, première fois,  ai une fille

À trente-huit ans, première fois, achète une télé-couleurs

À trente-neuf ans, première fois,  achète une assurance-vie

À quarante ans, première fois, ai un fils

À quarante et un ans, première fois,  me mets nu sous la pluie

À quarante-deux ans, première fois,  me réveille sous la pluie

À quarante-trois ans, première fois,  entends mère tomber  raide morte

À quarante-quatre ans, première fois, vois père dormir dans un cercueil

À quarante-cinq ans, première fois, deviens citoyen des U.S.A

À quarante-six ans, première fois, sens l’odeur de merde de l’argent

À quarante-sept ans, première fois, vois que le soleil est carré

Sans titre (Pastel sur papier. 1957)

Sans titre (Pastel sur papier. 1957)

À quarante-huit ans, première fois, sais que la vie est ronde 

À quarante-neuf ans, première fois, ai acheté une pêche de cristal

À cinquante ans, première fois, mange un serpent vert 

À cinquante et un ans, première fois,  ai acheté une lettre de Gauguin

À cinquante-deux ans, première fois, vais à Tahiti

À cinquante-trois ans, première fois, conduis une Rolls-Royce bleue

À cinquante-quatre ans, première fois, ai un chat

À cinquante-cinq ans, première fois, arc en ciel au petit déjeuner

À cinquante-six ans, première fois me douche avec une symphonie

À cinquante-sept ans, première fois, pleure la mort de ma femme

À cinquante-huit ans, première fois, ressemble à un panda

À cinquante-neuf ans, première fois, achète un flacon de parfum

À soixante ans, première fois,  fais l’amour avec une vierge

À soixante et un ans, première fois, deviens amoureux d’une fille rousse

À soixante-deux ans, première fois,  ai acheté un plein camion de roses

À soixante-trois ans, première fois, ai perdu l’amour

À soixante-quatre ans, première fois,  ressens la mort

À soixante-cinq ans, première fois, vois se lever le soleil

À soixante-six ans, première fois,  respire l’air pur

À soixante-sept ans, première fois, vais pécher en pleine mer

À soixante-huit ans, première fois, peins une  baleine

À soixante-neuf ans, première fois, achète un Bouddha de couleur blanche 

À soixante-dix ans, première fois, achète 2 étoiles filantes

 

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Sans titre. (Pastel sur papier. 1957)

Sans titre. (Pastel sur papier. 1957)

Le poème s'arrête là, à 70 ans, avec l'achat de deux étoiles filantes.

Walasse Ting ne deviendra la 3ème étoile filante que dix ans plus tard.

Il meurt à l'âge de 80 ans.

Musée Cernuschi. Walasse Ting. Exposition

La dernière partie de son poème est envahi par la couleur et le rêve.

Entre sensualité et onirisme.

Elle correspond à sa création la plus gaie, la plus féminine, la plus vibrante..

La naissance de Venus (acrylique sur toile. 1966)

La naissance de Venus (acrylique sur toile. 1966)

Musée Cernuschi. Walasse Ting. Exposition

Je joins à cet article le texte original, si difficile à traduire.

Je suis preneur de toute correction.

J'ai choisi de ne pas le traduire littéralement car l'absence de déterminant dans le texte original donnerait peut-être au français une tonalité exagérément "enfantine". 

Il y a dans "Paterson" le film de Jarmusch, une réplique pertinente : " Traduire un poème c'est comme prendre une douche avec un imperméable".

 

exemple plus littéral :

 À un an, première fois, chanter chanson

 À deux ans, première fois, tenir debout

À trois ans, première fois, attraper sauterelle

À quatre ans, première fois, faire voler cerf volant...... etc

 

 

(Merci à Pénélope qui m'a beaucoup aidé et m'a expliqué que ce texte était écrit avec ironie dans un anglais tel que le pratiquerait un Chinois, ou plutôt tel qu'on s'attendrait à ce qu'il le pratiquât)

 

 

 

Musée Cernuschi. Walasse Ting. Exposition
Musée Cernuschi. Walasse Ting. Exposition
Musée Cernuschi. Walasse Ting. Exposition
Musée Cernuschi. Walasse Ting. Exposition

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Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

La Mascarade Nuptiale de José Conrado Roza (1788) est la toile la plus surprenante et la plus étrange du Musée du Nouveau Monde. Elle est aussi la plus révélatrice d'une société aux moeurs arrogantes et racistes.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

Du peintre on ne sait pas grand chose, sinon qu'il était fils de peintre et recevait des commandes des souverains portugais et plus particulièrement de Marie 1ère qui fut reine de 1877 à 1816.

Marie 1ère du Portugal. (att. à Giuseppe Troni)

Marie 1ère du Portugal. (att. à Giuseppe Troni)

La reine était connue pour sa grande piété (ce qui nous interpelle sur ses petits arrangements avec la doctrine chrétienne!) à tel point qu'elle fut surnommée "la pieuse".

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.
Tombeau de Marie 1ère.
Tombeau de Marie 1ère.

Elle eut le cerveau quelque peu détraqué à l'approche de la soixantaine. Elle fut paraît-il très choquée par les événements de France, cette Révolution qui coupait les têtes royales et abolissait l'esclavage.

Au Brésil, possession portugaise où elle se réfugia après l'annexion de son pays en 1807 par le libérateur de l'humanité Napoléon Bonaparte, elle fut surnommée "la Folle". C'est dire qu'à sa manière, elle perdit elle aussi la tête!

Elle mourut en 1816 et son corps fut rapatrié à Lisbonne dans un imposant tombeau érigé dans la basilique d'Estrela qu'elle avait fait construire.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

En 1788, elle passa commande à son peintre favori s'une toile mettant en scène ses esclaves préférés, des nains chargés de la divertir. Elle ne faisait que suivre la mode initiée notamment par la cour espagnole et Philippe IV. Velasquez a représenté quelques uns des nains de cette cour.

Le titre de la toile fait penser à une parodie de mariage, une mise en scène ridiculisant les petits personnages sommés de poser avec sérieux.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

Mais ce titre "Mascarade nuptiale" lui a été attribué bien des années après son exécution. La thèse qui prévaut aujourd'hui sans convaincre, plaide pour la représentation d'un vrai mariage.

Quoi qu'il en soit l'oeuvre revêt une poésie étrange et douce, faite de mystère et de silence. On pense à l'atmosphère qui plus tard habitera certaines oeuvres du Douanier Rousseau avec ses personnages qui flottent dans l'air.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.
Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

La petite mariée est Dona Roza, la naine favorite de la reine qui la couvre de cadeaux et ne se déplace qu'avec elle.

Les détails sur l'âge et l'origine des nains sont écrits sur leurs vêtements.

Dona Roza est âgée de 18 ans, originaire d'Angola. Son esprit enjoué, sa bonne humeur et sa spontanéité plaisent à la reine qui l'habille de vêtements somptueux comme elle le ferait de sa poupée préférée.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

L'heureux marié est Don Pedro, originaire du Luanda. Son âge est incertain, entre 30 et 40 ans...

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

Au-dessus des deux mariés qui sont debout sur une calèche, au sommet de la composition pyramidale de la toile, se tient Martino de Mello e Castro venu de Bahia. Il est âgé de 14 ans.

Il est coiffé d'une mitre d'évêque. Les défenseurs de la thèse du vrai mariage auront du mal à expliquer cet accoutrement. Si vrai mariage il y avait eu, un vrai responsable religieux aurait officié.

Ce déguisement est forcément dérisoire. La scène ressemble plus à un carnaval qu'à une cérémonie religieuse à laquelle la reine et la cour auraient assisté!

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

Devant les mariés, on voit à droite, prêt à jouer de la flûte pour accompagner la noce, Sebastiao, originaire du Mozambique, âgé de 31 ans.

A sa droite un garçon de 12 ans, le seul à n'être pas nain. Il est là comme "curiosité" susceptible de surprendre la cour et ajouter au prestige de la collection royale.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.
Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

Il s'appelle Sicario et il est originaire de Cotingiba au nord-est du Brésil. Sa dépigmentation partielle est un albinisme incomplet qui lui confère sa valeur de pièce rare. Imaginons l'existence de cet enfant, exhibé comme un phénomène de foire par la très pieuse reine du Portugal.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.
Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

A la droite de Sicario on trouve encore Dom José âgé de 30 ans, originaire du Brésil et Dona Anna, âgée de 17 ans, originaires du Mozambique.

Le dernier nain représenté est Marcelino, 26 ans, de Mariua en Amazonie. Il est habillé pour satisfaire la curiosité des courtisans de sa tenue d'Indien. Il brandit un arc bandé dont la flèche est dirigée vers une colombe perchée sur une branche.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

Là encore les tenants de la thèse du mariage sérieux auront du mal à justifier cette pesante allégorie. La blanche colombe symbolise la virginité de la jeune Noire Dona Roza, la flèche le membre viril de son nouvel époux!

Au-dessus la toile peinte pour Marie 1ère. Au-dessous la toile peinte par sa soeur cadette Bénedicte.
Au-dessus la toile peinte pour Marie 1ère. Au-dessous la toile peinte par sa soeur cadette Bénedicte.

Au-dessus la toile peinte pour Marie 1ère. Au-dessous la toile peinte par sa soeur cadette Bénedicte.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

Il existe une première version de cette œuvre, répertoriée sous le nom de "Les nains de la reine Marie de Portugal"

On peut remarquer quelques légère différences comme le phylactère que tient la colombe dans le bec et qui porte le nom de la commanditaire : Bénédicte, sœur de la reine. Il y est précisé que ce tableau contient "les vrais portraits des personnes pour lesquelles toutes les mesures furent exactement prises."

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

Que le tableau porte un titre ou un autre ne change rien à notre appréhension de l'œuvre qui attire et repousse...

Elle attire parce qu'elle est belle et poétique, à la fois naïve et maitrisée...

Elle repousse parce qu'elle fait de nous, malgré nous, des voyeurs, curieux des particularités d'êtres humains qui furent traités comme des objets au même titre que les animaux exotiques qui composaient la collection de la reine.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

Il existe étude passionnante et complète de cette oeuvre sans laquelle je n'aurais pas pu écrire cet article et dont l'érudition est remarquable (même si je ne partage pas du tout l'interprétation du mariage authentique).

La brochure "Mascarade Nuptiale" est en vente au Musée du Nouveau Monde. Elle a été rédigée par Violetta Giraldos et Evelyne Fazilleau.

Le Musée du Nouveau Monde, rue Fleuriau.

Le Musée du Nouveau Monde, rue Fleuriau.

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Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

Au musée du Nouveau Monde, une exposition d'Antoine Tzapoff nous propose une galerie de portraits d'hommes et de femmes, de résistants, indiens pour la plupart, victimes d'un génocide qui permit au Canada et aux Etats Unis de s'édifier.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

Ce qui frappe dès la première approche de ces toiles assez classiques dans leur facture c'est la dignité des visages en même temps que leur profonde tristesse, la conscience d'une tragédie inéluctable.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Cavalier des plaines"

Un guerrier Lakota se prépare au combat comme on le voit à son habillement : la chemise de guerre aux bandes perlées.

En 2007, des survivants de ce peuple sioux ont proclamé l'indépendance de leur territoire (essentiellement le Dakota) et rompu les traités que les blancs n'avaient jamais respectés.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Ioway avec parure"

​"L'avant-veille des Illusions perdues"

Malgré son regard décidé, sa coiffure Roach et son collier de griffes d'ours, cet indien qui a donné son nom à la rivière et à l'état de l'Iowa, ne pourra empêcher la disparition de son peuple dont ne subsiste aujourd'hui qu'un millier d'individus.

Le Roach est composé d'une frange extérieure en longs poils de porc épic et en poils plus courts de daim. Elle est maintenue à l'arrière par une tresse de cheveux qu'on appelle "la mèche de scalp" car c'est elle qui est coupée par l'ennemi en cas de victoire.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Kwoxot"

Visage moins tragique pour cet indien Yuma (Colorado) qui est un homme de dialogue et de paix, un Kwoxot, diplomate chargé des relations avec les envahisseurs. S'il est homme de parole, il n'en est pas de même des Européens qui n'ont qu'une idée en tête : s'emparer des terres indiennes et signer des traités bidons!

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"La lune du trépas"

Un chef Tlingit (sud-est de l'Alaska et Colombie Britannique) porte le cimier qui représente la lune entourée de fanons de baleine. Son peuple croit en la réincarnation et au retour des parents décédés. Cette croyance qui lui évite la peur de la mort n'a pas suffi à le réincarner en nombre puisqu'il n'y a plus aujourd'hui que quelques centaines de ses hommes dont la culture et la langue sont près de mourir tout à fait.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Armoiries de la baleine tueuse"

C'est encore un Tlingit qui est paré de symboles totémiques. La "baleine tueuse" est l'autre nom donné à l'orque.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Pharaon"

Tel est le nom donné à une des tribus des Apaches Mescaleros (Nouveau Mexique). On peut comprendre à la noblesse de ces hommes ce nom qui pourtant fut choisi par moquerie. Ils vivent de nos jours dans une réserve où ils sont mitraillés par les touristes, comme des animaux dans un zoo.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Camp d'automne"

C'est une des premières toiles d'antoine Tzapoff qui replace l'indien Cree dans son environnement sévère dont il semble faire partie. Les Crees forment aujourd'hui le plus grand groupe des premiers peuples d'Amérique. Ils sont plus de 200 000. Ils étaient ouverts aux échanges et aux unions intertribales. Ils ont formé un peuple métissé, notamment avec les Français du Canada.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Agnier"

C'est le nom donné par les colons français dès le XVIIIème siècle aux Indiens Iroquois Mohawk (Mohawk signifie "mangeurs d'hommes")

Leur langue a quasiment disparu. Une petite communauté de plus de 1000 indiens la parle encore dans le village de Kahnawake près de Montréal.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"La vallée des mélèzes"

Un guerrier Fox en alerte s'apprête à entrer dans la vallée dangereuse. Le peuple Fox a rencontré les Français au cours de guerres qui furent dévastatrices et à la suite desquelles ne survécurent que 500 des leurs.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Le cauchemar de Cumberland"

Les colons craignaient particulièrement les Shawnees, guerriers farouches dont le nom français était "chaouanons" ou "chavanons".

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"La Feuillée à l'aube dorée"

La feuillée est la toilette matinale des femmes. L'une d'elle, Chippewa est de face, l'autre Winnebago de dos. Les broches d'argent dont elles se parent sont l'œuvre des orfèvres de Montréal qui les fabriquaient pour les échanges commerciaux entre colons et autochtones.

Une fois encore, malgré la douceur du matin, le visage féminin est grave.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Chef Joseph (Nes percé)
Chef Joseph (Nes percé)

"Nez percé" ou 1877.

Les Nez Percés qui sont spoliés de 90% de leur réserve attribuée par décret se défendent en 1877 contre les soldats américains menés par le général Olivier O. Howard. A leur tête se trouve Chef Joseph qui après plusieurs succès est vaincu. La plupart des Nez Percés sont massacrés et une poignée d'entre eux parvient à se réfugier au Canada.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Les Ages de la guerre ou la stratégie et le combat"

Le jeune Indien se détourne de son aîné qui a choisi la diplomatie et les tractations avec l'armée américaine. Il est décidé à se jeter sans attendre dans la bataille même s'il est conscient de la disproportion des forces en présence. L'aîné tente de sauver un peu de sa terre et de sa culture. Il sous évalue l'hypocrisie de ses adversaires.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Le charme de guerre"

Le monde magique des Indiens comportait de nombreuses superstitions. Ainsi pensaient-ils être protégés par une simple bandelette qu'ils portaient en bandoulière.

Une cordelette pour lutter contre l'avidité des envahisseurs!

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Tatouages Osages"

Un dignitaire porte les marques des gardiens des "ballots sacrés" (où étaient conservés les objets rituels). Le fer de sa lance comme les bracelets qu'il porte prouvent qu'il entretenait des rapports amicaux en Louisiane et en Nouvelle France avec les Français qui les fabriquaient.

Le nom des Osages reste lié à un arbre, "l'oranger des Osages" dont ils se servaient pour leurs peintures et leurs arcs. Voilà qui me ramène à Montmartre, au square Louise Michel près duquel je vis et où s'élèvent plusieurs de ces arbres!

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Symboles sacrés"

Cette Osage est une officiante de rites religieux comme l'indiquent les symboles peints sur les rochers : cercle solaire et araignée.

Le cercle est symbole même de la vie. Moitié soleil et moitié lune il unit le jour et la nuit. Il a la forme de la vie, des nids, des tentes, du vent qui tourbillonne...

L'araignée a huit pattes comme les huit points cardinaux indiens. Elle appartient à la nuit mais a un rôle positif dans la mythologie indienne puisque c'est elle qui donne le feu aux hommes. Dans les attrape-rêves, c'est elle encore qui permet au jour et à la lumière de renaître après la nuit.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Chamane Caribou"

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Chamane Toungouse"

Le chamane qui est en relation avec les esprits de l'univers portent les objets rituels dans les "ballots sacrés".

Il est ici revêtu de symboles de la création, les oiseaux de fer et les visages.

(Les Toungouses sont un peuple de Sibérie.)

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Chasseur ou le concept de la transformation"

Cet Inuk porte un masque de carcajou (glouton) dont il acquiert ainsi les qualités supposées : la ruse, l'agressivité...

Musée Fleuriau. La chambre à coucher de Mme Fleuriau. La toile de Tzapoff acquise par le Musée.

Musée Fleuriau. La chambre à coucher de Mme Fleuriau. La toile de Tzapoff acquise par le Musée.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"La chute de l'Amérique française"

La statue jetée à terre symbolise la défaite française et la fin de la Nouvelle France.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

Un indien Ottawa (Outaouais pour les Français) reste debout, prêt à combattre encore. Sa tribu a choisi de lutter aux côtés des Français et elle leur reste fidèle. Nous sommes en 1760, date de la chute de la dernière place forte française : Montréal.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

Le guerrier regarde au loin, espérant le retour des Français. Il a mal choisi. Entre les deux rapaces anglais et français, il valait mieux choisir le plus cynique et le plus rusé, celui dont l'Empire était si étendu que jamais le soleil ne s'y couchait!

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"La Nouvelle France"

Le Canada français tel qu'il est idéalisé par le peintre!

L'indienne au visage grave se drape dans un tissu bleu. Elle porte entre les seins un poignard.

Une remarque s'impose au cours de cette exposition sur la façon qu'a le peintre de représenter les femmes. S'il leur donne comme aux hommes ce visage tendu et inquiet, il refuse de le marquer de rides. Ce respect qu'il a de la femme forcément jeune et belle confère à ses tableaux féminins quelque chose de plus stéréotypé.

Il y a dans les codes utilisés par l'artiste quelque chose qui me fait penser aux icônes : le sens du sacré, la dignité des visages, l'espoir d'un renouveau malgré l'apparente victoire de la violence et de la mort...

Ngati Maru. Maori de Nouvelle Zélande armé de son casse-tête.

Ngati Maru. Maori de Nouvelle Zélande armé de son casse-tête.

Maria Felix. Mécène d'Antoine Tzapoff.

Maria Felix. Mécène d'Antoine Tzapoff.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

Quelques mots sur Antoine Tzapoff, l'auteur de ces portraits à la fois réalistes et spirituels.

Il est né en 1945 à Paris. Sa mère est française et son père russe (est-ce de ce dernier que lui vient cette proximité avec l'art sacré des icônes?)

Il a longtemps collaboré avec Vasarely avant de trouver sa voie qui allait de pair avec sa fascination pour les peuples premiers. En 1981 il rencontre Maria Felix, la sublime star mexicaine qui, séduite par son œuvre aidera à sa promotion dans tout le Mexique.

Tzapoff poursuit son euvre et cette exposition de La Rochelle rend justice à son grand talent et à sa sensibilité douloureuse et respectueuse pour ces peuples spoliés de leur terre et dont la culture et la spiritualités sont aujourd'hui menacées de complète disparition, ce qui parachèverait le génocide dont ils furent victimes.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #Peintres
Steinlen. Chats et lunes.

Steinlen. Chats et lunes.

Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.

Depuis que le musée de Montmartre a fait peau neuve, il s'est transformé en domaine magique où le temps semble s'être arrêté.

On imagine Renoir en train de peindre "la balançoire" dans les jardins, ou Suzanne Valadon dans son atelier , entourée d'Utrillo et Utter....

Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.
L'atelier de Suzanne Valadon.

L'atelier de Suzanne Valadon.

Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.
Le Cat's Cottage aujourd'hui. (photo JPD)
Le Cat's Cottage aujourd'hui. (photo JPD)

Steinlen, le peintre des chats dont le Cat's Cottage s'élevait à deux cents mètre de là, y a évidemment sa place. Une des premières.

Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.

Une œuvre rare est exposée dans le musée : Chats et Lunes (1885).

Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.
Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.

Les panneaux étroits représentent sur fond de nuit dorée, des chats qui jouent avec la lune, l'agressent ou la snobent selon leur humeur du moment.

Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.

Le plus long panneau est occupé par 7 chats. De vrais chats sauvages, des "Gouttières" comme il y en avait tant dans le maquis et que Steinlen qui les aimait, a représentés sans mièvrerie.

Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.

Le contraste est frappant entre les lunes caricaturales, échappées de chez Méliès et les chats sauvages et naturels.

Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.

Le premier, sur la gauche, s'éloigne et laisse les autres à leurs jeux puérils. Il ne trouve aucun intérêt à cette lune ridicule, ce ballon de carnaval.

Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.

Le deuxième, juché sur la lune, teste ses réactions d'un coup de patte prudent.

Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.

Le troisième a glissé sur l'astre rond et tombe sur le dos, fort mécontent.

Il montre les dents et gronde, humilié de se retrouver dans cette position ridicule.

Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.

les deux suivants se hérissent et attendent le moment de riposter à cette trogne mécontente qui ose les houspiller.

Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.

Les deux derniers s'apprêtent à jouer avec une lune devenue plus accommodante mais qui lève déjà les yeux au ciel... sa patience a des limites!

Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.

Le deuxième panneau met en scène cinq chats.

Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.

Le premier, comme celui du panneau précédent se détourne de ce qui se passe à côté de lui.

Il est le chat indépendant, plus préoccupé par son univers personnel que par un monde extérieur dont il a mesuré l'inintérêt.

Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.

Les deux suivants vont bientôt devenir agressifs devant cette lune mécontente

Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.

Les deux derniers se font plus caressants avec cette lune qui sourit et accepte le jeu...

Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.
Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.

La lune et les chats font partie du folklore montmartrois...

Si Willette créateur du Pierrot de la Butte leur a rendu hommage, si Bruant a fait de lui l'emblème du Montmartre nocturne, c'est cependant Steinlen qui les a le mieux aimés et peints...

C'est lui qui a été et reste le grand peintre amoureux des chats.

Dans le vieux cimetière Saint-Vincent, sur la pierre brute de sa modeste tombe, il n'est pas rare d'en voir un qui médite et ronronne pour lui...

Steinlen. Musée de Montmartre. Chats et lunes.

La butte Montmartre envahie par les chats! Un matou à la place du Sacré-Coeur!

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Publié le par chriswac
Publié dans : #CHARENTE MARITIME, #Peintres
Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Pas possible de passer l'été dans l'île d'Oléron sans visiter à quelques encablures le lumineux musée Hèbre de Saint-Clément à Rochefort.

Le musée ressemble à la ville ordonnée et rêveuse, la ville des Demoiselles et de l'Hermione.

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.
Pierre Loti par le douanier Rousseau
Pierre Loti par le douanier Rousseau

Une exposition propose d'y "voir" en 3D la maison de Pierre Loti, ce palais d'un poète extravagant obsédé par le passage du temps.

Elle tente de faire patienter les curieux qui ne pourront la visiter qu'après sa restauration qui devrait s'achever à la fin de l'année.

La maison de Pierre Loti en restauration. Une façade austère cache un palais des rêves entre Chine et Turquie!

La maison de Pierre Loti en restauration. Une façade austère cache un palais des rêves entre Chine et Turquie!

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

C'est un petit portrait qui aujourd'hui retient mon attention.

La douceur inquiète, le sourire tendre et triste d'un petit garçon assis devant un panier de cerises...

Il a été peint en 1778 par Brossard de Beaulieu (1727-1810) un peintre et sculpteur qui vécut à La Rochelle avant de s'installer à Paris. Il reste mystérieux et l'on ne connaît de lui qu'une petite trentaine de portraits ou tableaux de genre.

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Comme cette toile moralisante qui fait penser à Greuze (dont Brossard de Beaulieu fit le portrait).

Un prêtre "directeur de conscience" sermonne un jeune garçon.

L'enfant baisse la tête.

Il reçoit la remontrance (c'est le titre du tableau) sans tenter de plaider sa cause. Nous sommes dans un monde où les adultes ont raison et où les enfants n'ont pas d'autre choix que de se soumettre.

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Le garçon n'est pas sans rappeler celui du portrait aux cerises, en plus grave.

On lui a appris ce qu'était une "faute" et il se courbe sous la culpabilité.

Le prêtre est à la fois sévère et avenant. Il est persuadé d'agir pour le bien de l'enfant et en bon pédagogue, il mêle douceur et rigueur à sa leçon

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Notre petit bonhomme, comme son aîné, est un enfant poli, habitué à bien se tenir...

Nulle négligence dans sa tenue qui ressemble à celle des adultes, veste près du corps et col en dentelles...

Il ne regarde pas le peintre, cet homme étrange qui le fixe pour capturer au vol son image et la déposer sur la toile avec des gestes délicats comme ceux d'un chasseur de papillons qui épingle sa proie sur un bouchon..

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Il regarde sur le côté, peut-être vers sa mère assise non loin de lui pour assister à la séance...

Il n'ose prendre à pleines mains les fruits rouges et brillants.

Il sait que c'est interdit et s'il approche la main en regardant ailleurs, c'est pour toucher du bout des doigts deux cerises, de celles que dans la campagne, les cueilleuses accrochent à leur oreilles.

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Il sourit mais une interrogation soulève ses sourcils

Pourquoi l'oblige t-on à rester immobile devant le panier de cerises?

Aura t-il en récompense le droit de les manger?

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Devant son regard humble et doux, on rêve de lui parler, de lui offrir le panier de cerises et de le libérer de cette toile où il est condamné à rester, sage et immobile avec à l'intérieur de lui même le plaisir et le jeu refoulés qui colorent ses joues...

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Liens : Peintres et oeuvres étudiées dans le blog :

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Liens :articles sur Rochefort et sur la Charente Maritime

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