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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

Articles avec #montmartre peintres.artistes.clebrites catégorie

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places., #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Rue choron. Paris 9ème arrondissement. Choron, Manzana-Pissaro, Hanriot.

     Rue Choron!

Mais serait-ce la rue du professeur Choron? 

Une rue "essentielle" comme on dit aujourd'hui!

Une rue qui sonne humour, irrévérence, rire énorme, mauvais goût et joie de vivre!

Le professeur  Choron

Le professeur Choron

... Et non!  Ce n'est pas le professeur es-humour noir qui lui a donné son nom mais c'est elle qui le lui a donné. Enfin disons plutôt que c'est lui qui le lui a "emprunté"!

   Il n'était pas né quand cette courte artère fut créée en en 1866 à l'emplacement d'une impasse : la cour Saint-Guillaume.

Une précieuse photo de Marville nous montre cette cour en impasse avec, au fond, les immeubles qui seront démolis en 1896 pour permettre la jonction avec la rue des Martyrs.

La cour Saint Guillaume en 1866.

La cour Saint Guillaume en 1866.

Rue choron. Paris 9ème arrondissement. Choron, Manzana-Pissaro, Hanriot.

   La nouvelle rue mesure 230 mètres. La photo nous permet de voir que rien ne subsiste de la cour Saint-Guillaume sinon l'immeuble d'angle sur la droite (aujourd'hui 5 rue Rodier et 6 rue Choron). Toute la partie gauche de la rue (numéros impairs) a été détruite pour permettre l'élargissement de la voie à 12 mètres.

Rue choron. Paris 9ème arrondissement. Choron, Manzana-Pissaro, Hanriot.

    En 1868 la rue est baptisée du nom d'Alexandre Emile Choron (1771-1834) musicien et pédagogue, auteur de nombreux ouvrages sur la musique. Sous Napoléon 1er il fut nommé Directeur de la Musique des Fêtes Religieuses. Plus tard il devint régisseur de l'Opéra avant de créer en 1817 l'Institution Royale de Musique Classique et Religieuse.

Rue choron. Paris 9ème arrondissement. Choron, Manzana-Pissaro, Hanriot.

    Le premier immeuble "historique" de la rue Choron est le 4, à proximité de la rue de Maubeuge.

Rue choron. Paris 9ème arrondissement. Choron, Manzana-Pissaro, Hanriot.

     Il s'agit de l'immeuble qui abrita Hara-Kiri à ses débuts en 1960. Georget Bernier (1929-2005) qui en fut le créateur avec Cavanna et Fred, choisit de prendre pour patronyme le nom de la rue. Cavanna donne pour titre cette adresse au livre qu'il écrit en 65.

 

Cavanna et Choron

Cavanna et Choron

Quelques uns des meilleurs dessinateurs et caricaturistes de l'époque les rejoignent : Wolinski, Reiser, Cabu...

On sait que le journal fut interdit après la couverture jugée irrévérencieuse "Bal tragique à Colombey, un mort" qui présentait ainsi la mort de De Gaulle, associée à l'incendie de la discothèque qui fit 146 morts à Saint Laurent du Pont.

   

 Mais le journal avait déjà quitté la rue Choron pour la rue Montholon voisine. Le professeur Choron et ses complices créérent alors Charlie...

Cabu

Cabu

Rappelons-nous en passant quelques unes des pensées du professeur Choron qui pourront nous plonger dans un abîme de réflexion intense!

"C'est terrible d'allonger la vie en prolongeant seulement la vieillesse."

"C'est toujours le chauve qui trouve le peigne dans la galette des rois."

"Celui qui écoute aux portes la prend souvent en pleine gueule."

"Comme la tartine, l'ivrogne tombe toujours du côté qui est complètement beurré."

"Qui sème le vent court après son chapeau."

Rue choron. Paris 9ème arrondissement. Choron, Manzana-Pissaro, Hanriot.

     Nous traversons la rue Rodier, ancienne rue Neuve Coquenard. On voit sur la photo de Marville, sur la gauche au milieu du cliché l'immeuble d'angle de la cour Saint Guillaume, seul rescapé de l'ensemble des maisons.

Rue Choron 1910

Rue Choron 1910

Rue choron. Paris 9ème arrondissement. Choron, Manzana-Pissaro, Hanriot.

Peu d'immeubles remarquables dans cette rue qui commençait en fanfare!

5 rue Choron

5 rue Choron

     Au 5 nous trouvons le bureau de poste typique des années 30 qui privilégient les baies vitrées et le rythme simplifié des façades.

Le 7

Le 7

     Le 7 est un bel immeuble post haussmannien, un des rares dans la rue à porter l'année de construction, 1879, et la signature de son architecte: H. Descaves. 

Henry Arsène Descaves (1840-1896), fils d'architecte, était installé à Paris où il réalisa plusieurs immeubles de rapport dont le 8 rue Hippolyte Lebas dans la rue parallèle à la rue Choron.

Les 8 et 8bis
Les 8 et 8bis

Les 8 et 8bis

     Le 8 bis abrite le secrétariat de l'église Notre-Dame de Lorette ainsi qu'une grande chapelle et des salles de réunion.

Le 9

Le 9

Le 10

Le 10

Les 9 et 10 presque jumeaux...

Le 14

Le 14

     Avec le 14 nous arrivons au carrefour avec la rue Milton. Les immeubles sont à pan coupé, donnant l'impression qu'ils entourent une placette. 

Le 16

Le 16

Autre immeuble à pan coupé le 16....

Rue choron. Paris 9ème arrondissement. Choron, Manzana-Pissaro, Hanriot.

    Il abrite une galerie aux trésors "l'estampe moderne" où sont proposées de rares affiches guettées par les amateurs.

 

     C'est à cette adresse que vécut quelques années et mourut le peintre Jules Armand Hanriot (1853-1930).

                                            Nymphe endormie (Hanriot)

Cet artiste connu pour ses tableaux de nus féminins et ses illustrations de livres érotiques, fait partie à son corps défendant de l'histoire de la peinture.

Madame Manet (Suzanne Leenhoff) par Manet

Madame Manet (Suzanne Leenhoff) par Manet

     En effet, jeune et sans le sou il est accueilli et hébergé par Manet et il a une aventure comme on dit avec Suzanne Leenhoff la femme de son hôte.

Nu dans la clairière (Hanriot)

Nu dans la clairière (Hanriot)

     Il est plus jeune qu'elle de 24 ans, ce qui a endormi la méfiance du mari lui même volage mais qui entra dans une rage folle quand il apprit cette liaison. Il menaça de mort l'ingrat qui prit ses jambes à son cou et disparut.

Il se réfugia à Arcachon où il continua à peindre des femmes nues et à illustrer des ouvrages divers et variés, parfois érotiques.

Angle Milton-Choron, l'école publique.

Angle Milton-Choron, l'école publique.

    De l'autre côté on trouve des bâtiments de l'école publique du 5 rue Milton. En 1870, c'est un temple protestant, une école mixte et un pensionnat qui furent édifiés à cette adresse, entre les rues Lebas, Milton et Choron.

                                Façade du temple protestant rue Hippolyte Lebas

    Les bâtiments conservés ont été transformés en école primaire en 1962.

Le 15

Le 15

    Côté impair il ne reste qu'un long immeuble un peu pesant qui se termine avec son pan coupé sur la rue des Martyrs et qui porte gravée son année de construction : 1895.

 

Le 18

Le 18

Rue choron. Paris 9ème arrondissement. Choron, Manzana-Pissaro, Hanriot.

Côté pair le 18, harmonieux avec une belle entrée ornée d'un  macaron....

Le 20

Le 20

     Le 20 porte la signature en partie effacée de son architecte et sa date de construction : E. Guigardet 1881. Cet architecte est très actif à Paris dans le dernier quart du XIXème siècle. On lui doit entre autres le 2 rue Belgrand, Place Gambetta, 227 boulevard voltaire...

Georges Manzana Pissarro

Georges Manzana Pissarro

    Dans cet immeuble le fils de Camille Pissarro, Georges Manzana-Pissarro (1871-1961) eut pendant quelques années son atelier.

Louveciennes (Manzana-Pissarro)

Louveciennes (Manzana-Pissarro)

    Evidemment influencé par son père et les nombreux artistes qu'il fréquentait il commença à peindre comme néo impressionniste.

Son engagement politique le rapprochait des libertaires.

Rue choron. Paris 9ème arrondissement. Choron, Manzana-Pissaro, Hanriot.

     Par une ironie du sort, il commence à avoir du succès avec ses toiles néo impressionnistes alors qu'au début du vingtième il s'en détachait et changeait de style.

Influencé par Gauguin et par l'art japonais, il crée un univers particulier, orientalisant. Il s'intéresse aux objets, meubles, tapis, tapisseries, verreries. Cette partie de son oeuvre reste à redécouvrir.

Rue choron. Paris 9ème arrondissement. Choron, Manzana-Pissaro, Hanriot.

    Je ne résiste pas au plaisir de partager quelques unes de ses toiles où l'on peut rencontrer Matisse, Gauguin, les estampes japonaises dans un univers qui est pourtant bien à lui! 

Rue choron. Paris 9ème arrondissement. Choron, Manzana-Pissaro, Hanriot.
Rue choron. Paris 9ème arrondissement. Choron, Manzana-Pissaro, Hanriot.
Rue choron. Paris 9ème arrondissement. Choron, Manzana-Pissaro, Hanriot.

     Après de telles merveilles, nous passons vite devant l'immeuble de briques du 22 avant d'arriver devant le 24, dernier numéro pair de la rue dont l'adresse principale est rue des Martyrs.

 

C'est l'Ariel, bar tabac au décor d'ancienne brasserie avec comptoir de zinc, rendu célèbre par les Garçons bouchers, groupe rock alternatif :

"Dans la salle du bar tabac de la rue des Martyrs

Y a des vieux gars tatoués qui racontent leurs souvenirs..."

Rue choron. Paris 9ème arrondissement. Choron, Manzana-Pissaro, Hanriot.

     La rue Choron s'arrête là, rue des Martyrs, un peu penaude de n'avoir pas retenu tous les oiseaux flamboyants de Manzana-Pissarro pour mettre de la couleur dans le gris parisien!

Rue choron. Paris 9ème arrondissement. Choron, Manzana-Pissaro, Hanriot.

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Publié le par chriswac
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Place Jean Baptiste Clément Montmartre.
Place Jean Baptiste Clément Montmartre.

     Elle a du mal à se donner l'allure d'une place malgré son nom. Large espace sans unité architecturale, elle est pourtant, au cœur de Montmartre un lieu riche en histoires et en histoire!  

Place Jean Baptiste Clément Montmartre.

    En son centre, un maigre square triangulaire  a été transformé en "espace de bio diversité" laissé savamment à l'abandon. Il se veut outil pédagogique avec panneaux explicatifs, photos et invitation à regarder de loin "l'hôtel à insectes" mieux lotis que les artistes bohêmes du Montmartre d'antan!

 

Place Jean Baptiste Clément Montmartre.

     Prenons la place par le sud, là où les rues Ravignan et Gabrielle font leur jonction. Ce qui nous permet de rappeler que les Montmartrois appelaient Place Ravignan celle qui allait se métamorphoser en Jean Baptiste Clément en 1905.

     C'est dans cette maison du 38 rue Gabrielle que Picasso eut en 1901 son premier atelier qu'il partageait avec Casagemas et qu'il ne quitta qu'après le suicide de son ami.

                                              Casagemas (Picasso)

 

 

 

      La place commence par une grosse maison divisée en plusieurs lots.

                                             19 rue Ravignan

La maison dont une partie donne sur la rue Ravignan forme avec ses trois numéros impairs le côté ouest de la place!

                                        1 à 5 place Jean Baptiste Clément

                    l'ensemble a été construit en 1911 sur les plans de L. Defais.

 

                 Il est un peu incongru au sommet de la Butte et fait penser aux grosses maisons en meulières ornées de céramiques qui "fleurissaient" dans les banlieues de bonne bourgeoisie. Il est clair qu'elle nous procure un dépaysement de plus dans ce Montmartre qui n'en manque pourtant pas. 

Place Jean Baptiste Clément Montmartre.

      On le voit représenté par Elysée Maclet qui lui donne des proportions plus modestes! Son interprétation d'artiste remodèle la ville ! 

Rue de la Mire

Rue de la Mire

Rue Lepic

Rue Lepic

     Après cette maison, on trouve la rue de la Mire et la rue Lepic. Les numéros impairs de la place se poursuivent dans la continuation de la rue Lepic.

Le 7

Le 7

Le 9

Le 9

    Le 7 et le 9 sont des pavillons qui évoquent eux aussi la banlieue. Ils ont remplacé les modestes maisons du village derrière leur jardinet. On peut les apercevoir avant la tour du réservoir sur cette carte de 1904. 

 

C'est le jardin du  réservoir qui termine ce côté de la place bien que le réservoir ait pour adresse officielle le 9bis rue Norvins.

Utrillo (on peut voir encore une des petites maisons de la place)

Utrillo (on peut voir encore une des petites maisons de la place)

                      Le réservoir côté place Clément.

Le réservoir côté place Clément.

  Le vieux réservoir qui avait été rehaussé pour répondre aux besoins en eau des Montmartrois a été désaffecté après la construction du grand réservoir près du Sacré- Cœur et son adjonction de briques détruite en 1969. Aujourd'hui l'élégant bâtiment orné d'une fontaine sert de salle d'exposition et de siège de la Compagnie du Clos de Montmartre qui promeut la piquette folklorique vendangée plus bas dans les vignes les plus photographiées au monde!

                     Haut de la place vers la rue Norvins.

Haut de la place vers la rue Norvins.

La folie Sandrin

La folie Sandrin

     Nous arrivons rue Norvins dominée par la Folie Sandrin et devons redescendre de quelques pas pour retrouver la place qui nous intéresse aujourd'hui. Cette partie haute a été peinte maintes fois par Utrillo, par tous les temps.

 

 

Place Jean Baptiste Clément Montmartre.

     Ce côté de la place (numéros pairs) fut jadis la rue Feuchère.

La vieille boulangerie qui restait un des rares commerces utiles aux habitants du quartier a été remplacée par une boutique pour touristes (fermée en ce moment pour cause de corona virus).

 

 

Place Jean Baptiste Clément Montmartre.

    Toujours au numéro 12 une pelle Stark signale qu'à cet emplacement fut érigée la mire du nord.

Place Jean Baptiste Clément Montmartre.

 

 

   En réalité, ce n'est pas à cet endroit que l'on peut voir la fameuse mire dite de Cassini, mais à deux cents mètres dans une propriété privée de la rue Girardon.

 

    Les spécialistes du balisage touristico-historique ne sont pas à une erreur près. Prenons l'exemple du panneau de cette place Jean Baptiste Clément....

   Elle contient deux erreurs. La première est ce trait d'union fautif entre Jean et Baptiste. En effet le père de notre "héros de la Commune" s'appelait Jean-Baptiste Clément et pour qu'il n'y ait pas de confusion avec son fils sur les documents écrits, il le déclara Jean Baptiste sans trait d'union. Et de fait notre "auteur du Temps des Cerises" n'écrivit son prénom qu'ainsi! 

Place Jean Baptiste Clément Montmartre.

     La deuxième erreur est d'en faire le maire du XVIIIème arrondissement alors qu'il ne le fut jamais et qu'à la date indiquée c'est Clémenceau qui occupait le poste!

Clément fut élu au Comité de Vigilance du XVIIIème puis à la Commune à la Commission des Services Publics. Maire il ne le fut jamais!

Place Jean Baptiste Clément Montmartre.

      Il n 'empêche qu'il mérite amplement l'honneur de cette place en plein Montmartre, lui qui fut un Montmartrois de coeur, n'ayant pas moins de douze adresses sur la Butte, lui qui fut un Communard généreux et utopiste comme Louise Michel, lui enfin qui réécrivit son  poème "Le Temps des Cerises" après la Commune, pour Louise une ambulancière rencontrée sur la barricade de la rue de la Fontaine au Roi, une des dernières de la Commune, et qui refusa de quitter son poste au mépris de la mort.

Place Jean Baptiste Clément Montmartre.

"Cerises d'amour aux robes pareilles

Tombant sur la feuille en gouttes de sang"

(...)

"C'est de ce temps-là que je garde au cœur

Une plaie ouverte..."

Place Jean Baptiste Clément Montmartre.

    Après le 12, un immeuble sans grâce, le 10 a pour intérêt un stuc au-dessus de sa porte. Il représente la Tour Montmartre, 114 rue de l'Empereur.

Place Jean Baptiste Clément Montmartre.

    La rue de l'empereur (ancien nom de la rue Lepic) aboutissait rue Norvins. Le 114 aurait été situé approximativement au milieu de la place Clément, sur la pelouse du square maigrelet et bio. 

La tour Montmartre

La tour Montmartre

     La tour Montmartre qui permettait aux amateurs de piquette et de billard de jouir d'un point de vue imprenable sur Paris agrémentait une guinguette située comme bien des immeubles de Montmartre sur un  sol qui à cause des carrières de gypse s'apparentait à du gruyère.

La tour s'écroula comme le firent plusieurs maisons et moulins et ne fut pas reconstruite. Il ne reste pour s'en souvenir que le décor de stuc du 10 place Clément.

La tour Solférino

La tour Solférino

    Elle est parfois confondue avec la tour Solférino située plus à l'est à l'emplacement de la rue Lamarck et de la rue de la Fontenelle (aujourd'hui Chevalier de la Barre)

Place Jean Baptiste Clément Montmartre.

       Les 8 bis et 8 font partie des petites maisons rescapées de l'ancien village. Elles nous permettent d'imaginer ce que fut la Butte avant l'invasion des promoteurs.

 

Place Jean Baptiste Clément Montmartre.
Le 6

Le 6

     Le 6 est un petit immeuble de rapport avec sur sa façade un "témoin" placé sur une fissure, spécialité des maisons de la Butte contraintes pour ne pas être avalées par un fontis de consolider leur sous-sol.

Place Jean Baptiste Clément Montmartre.

    Le 4 ne brille pas par son originalité architecturale. Pas étonnant c'est une école.  elle a été construite dans les années 90-91.

Place Clément (Gen Paul) les 4-6-8-10 et 12 actuels.

Place Clément (Gen Paul) les 4-6-8-10 et 12 actuels.

     Sur un terrain qui s'étendait vers l'est jusqu'à la rue Poulbot actuelle. Il y avait là quelques maisons de un ou deux étages, des entrepôts... qui furent rasés sans état d'âme.

Place Jean Baptiste Clément Montmartre.

     Il ne reste plus que le 2, immeuble qui fait l'angle avec la rue Gabrielle et construit en 1932. Sur sa façade des noms badigeonnés sans égards révèlent à qui réussit à les déchiffrer le nom des architectes : Boucher et Bouriquet. On penserait presque à Bouvard et Pécuchet!

Schifrine

Schifrine

     Et voilà! Nous avons fait le tour de cette place atypique! Il ne reste plus qu'à la retrouver sous le pinceau des peintres, essentiellement Utrillo qui venu en voisin de la rue Cortot a su la voir avec ses yeux d'artiste.

Utrillo

Utrillo

Place Jean Baptiste Clément Montmartre.
Place Jean Baptiste Clément Montmartre.
Place Jean Baptiste Clément Montmartre.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
Max Jacob à Montmartre. rue Ravignan, rue Gabrielle...

     Ce grand poète, cet homme d'exception a sa place, une des premières, dans l'épopée montmartroise. Loin de nous la prétention de le "saisir" dans sa complexité, ses ombres et ses chatoiements, nous nous proposons de l'approcher dans ses années Montmartroises, dans les liens qu'il y tissa avec les peintres et les poètes.

33 boulevard Barbès

33 boulevard Barbès

     Son arrivée dans notre quartier date de 1903, année où Apollinaire qui sera son ami écrit "la Chanson de mal-aimé".

"Et je chantais cette romance

En 1903 sans savoir

Que mon amour à la semblance

Du beau phénix s'il meurt un soir

Le matin voit sa renaissance."

Si l'on parle beaucoup de sa présence 7 rue Ravignan, le 33 boulevard Barbès est moins souvent cité. Nous sommes aux limites de Montmartre, sur un boulevard en pleine mutation où les immeubles de pierres post haussmanniens bousculent les petites maisons crayeuses.

33 boulevard Barbès (à droite rue Poulet).

33 boulevard Barbès (à droite rue Poulet).

    Certes Max Jacob a connu plusieurs adresses parisiennes auparavant mais c'est là sa base quand il fréquente le milieu artistique Montmartrois, là qu'il rencontre au Chat Noir du boulevard de Clichy Braque, Matisse , Modigliani...

                                                Max Jacob (Modigliani)

    Il n'a pas le sou et pour survivre accepte de petits métiers qui l'épuisent et le découragent. Pendant ces années noires, son amitié avec Picasso, le jeune peintre catalan rencontré en 1901 est pour lui un bien précieux...

L'amitié indéfectible de ces deux-là a prêté parfois à des interprétations superficielles. Certes Max jacob était homosexuel mais le sentiment qu'il éprouvait pour Picasso, homme à femmes, était un amour-admiration qui jamais ne se démentit et qui influença son art. On a pu dire que certains textes du poète relevaient du cubisme que Picasso (avec Braque) avait inventé!

                                                       Max Jacob (Picasso)

     Picasso vit une période difficile après le suicide de son ami Casagémas et l'attention prévenante de Max jacob lui est d'un grand secours. Dès la première rencontre, Max Jacob qui était la générosité même avait donné au jeune peintre tout ce qu'il avait de plus précieux, dont des gravures sur bois de Dürer. Quand en 1902 Picasso était revenu à Paris, c'est chez Max Jacob qu'il trouva refuge dans la chambre du boulevard Voltaire. Max Jacob évoque cette cohabitation :  "Picasso vint habiter dans ma chambre. Il dessinait toute la nuit et quand je me levais pour aller au magasin, il se couchait pour se reposer."

                                                 Max Jacob Picasso

On dit que pour la célèbre sculpture du "Fou" Picasso aurait pris pour modèle son ami qu'il aurait coiffé d'un bonnet de bouffon, un soir qu'ils revenaient tous deux du cirque Médrano sur le Rochechouart (détruit sauvagement pendant les années pompidoliennes).

 

    De la période du Barbès il nous reste également une carte adressée à Max Jacob par Apollinaire, un autre de ses amis essentiels, un autre de ses coups de foudre. Apollinaire a rencontré Marie Laurencin avec qui il vit rue Léonie (aujourd'hui Henner) près de la place Blanche. Max jacob est jaloux en amitié et il a pris ses distances avec celui qui allait devenir le plus grand poète français de ce début du XXème siècle.

Max Jacob à Montmartre. rue Ravignan, rue Gabrielle...

    Apollinaire rédige une carte qu'il envoie au 33 boulevard Barbès... une carte venue jusqu'à nous.

                                  7 rue Ravignan

7 rue Ravignan

     En 1907 Max jacob quitte le Barbès pour une petite chambre 7 rue Ravignan. "Ma chambre est au fond d'une cour et derrière des boutiques. Le n° 7 de la rue Ravignan! tu resteras la chapelle de mon souvenir éternel!" 

Il se rapproche ainsi de Picasso qui depuis 1904 a trouvé un logement-atelier dans l'immeuble hétéroclite qui sera connu sous le nom que Jacob lui donna "le Bateau Lavoir". L'adresse en est alors 14 rue Ravignan. La place sur laquelle il donne ne recevant le nom d'Emile Goudeau qu'en 1911.

Le bateau lavoir en 1904

Le bateau lavoir en janvier 2021

Le bateau lavoir en janvier 2021

On oublie parfois que Max Jacob aimait dessiner et peindre malgré le manque de lumière de son réduit.

                                  Dans un théâtre de Montmartre (Max jacob)

 

     C'est Picasso qui le dissuada de tenter une carrière de peintre. Il lui fit comprendre que là n'était pas sa vocation mais dans l'écriture. Il ne se trompait pas même si quelques uns de ses dessins ne manquent pas d'originalité...

 

     Fernande Olivier qui commençait une liaison amoureuse avec Picasso fut témoin de la présence affectueuse de Max Jacob : "Il l'a soutenu, encouragé, aidé quand tout jeune il connaissait une immense tristesse". Max Jacob qui fut pauvre et le resta, donna toujours le peu qu'il avait. On peut dire que son affection généreuse pour le "génie" catalan ne fut pas vraiment payée en retour!

Max Jacob à Montmartre. rue Ravignan, rue Gabrielle...

     C'est dans la chambre du 7 rue Ravignan qu'eut lieu l'événement qui allait bouleverser la vie du poète. C'est le 22 septembre 1909 : "Je suis revenu de la Bibliothèque Nationale, j'ai déposé ma serviette; j'ai cherché mes pantoufles et quand j'ai relevé la tête, il y avait quelqu'un sur le mur! Il y avait quelqu'un! Il y avait quelqu'un sur la tapisserie rouge. Ma chair est tombée par terre! J'ai été déshabillé par la foudre! Oh impérissable seconde! Oh vérité! Inoubliable vérité! Le Corps Céleste est sur le mur de la pauvre chambre!"

                          Crucifixion (Max jacob)

Crucifixion (Max jacob)

    Cette "conversion" qui n'est pas sans rappeler celle de Claudel, non pas dans la splendeur d'une cathédrale mais dans la vétusté d'un logis de pauvre va conduire le poète juif vers le baptême cinq ans plus tard, avec Picasso pour parrain à Notre-Dame!

                                                            Max jacob

    Après sa conversion, Max Jacob se sentira un peu plus écartelé entre ses aspirations et sa sexualité, il culpabilisera mais restera soumis à ses pulsions! Il continuera de draguer les garçons mais après consommation il ira se confesser, comme l'écrit Julien Green, quand il le connaît  plus tard à Montparnasse:

"Il passait toutes les soirées dans les cafés à courir après un garçon qu'il ramenait chez lui. Le lendemain il allait se confesser à l'église..."

Max Jacob (Elysée Maclet)

Max Jacob (Elysée Maclet)

    Son "mysticisme" lui même se fait sensuel (comme tout mysticisme authentique). Imaginant qu'il saisit le Christ déposé de la croix : "J'aime sentir ton corps dans mes bras. Ton ventre est dur lui aussi. Dieu jeune homme plus que charmant, plus que séduisant, plus que génial (...) Corps de mon coeur, coeur de mon corps, reviens que je t'aime encore."

   

 Notons que cette rue Ravignan où Max jacob reçut la vision qui marqua sa vie a pour nom un jésuite, Xavier de la Croix de Ravignan (1795-1858) qui fut notamment prédicateur à Notre-Dame.

 

 

17 rue Gabrielle.

17 rue Gabrielle.

     Chaque lundi, les soirées de la rue Ravignan rassemblent peintres et poètes dans la pauvre chambre... Ces réunions vont se poursuivre le mardi quand Max jacob quitte le 7 rue Ravignan en janvier 1913 pour le 17 rue Gabrielle, cette rue où Picasso avait vécu avec son ami Casagémas au 49.

17 rue Gabrielle

17 rue Gabrielle

     Le logis n'est pas reluisant pour autant. Hubert Fabureau qui connaissait la Bohême de la Butte et s'intéressait aux poètes le décrit ainsi : "Une pièce dans un sombre rez-de-chaussée au fond d'une cour pleine d'enfants sordides qui exploitent sa bonté".

 

La Savoyarde

La Savoyarde

    Les réunions ne peuvent y avoir lieu et Max jacob convoque ses amis dans les salons d'un café aujourd'hui disparu, à l'angle des rues Utrillo (alors Muller) et Lamarck. Il s'agit de "La Savoyarde" où se rendent volontiers Artaud, Radiguet, Malraux...

Emplacement de la Savoyarde aujourd'hui

Emplacement de la Savoyarde aujourd'hui

    La rue Gabrielle sera la dernière adresse de Max Jacob à Montmartre. En 1921 il part pour Saint-Benoit sur Loire. C'est une autre histoire qui commence...

Il reviendra à Paris en 1928 mais ce ne sera plus sur la Butte. "Montmartre n'est plus pour moi que les environs de la Basilique où je vais chaque matin m'entraîner à une vie qui paraît plus noble et l'est peut-être moins."

                                              Max Jacob (Pierre de Belay)

Il y a chez lui une nostalgie mêlée de rejet de ses années de bohême, dominée par des amitiés décevantes et des amours sans clarté. 

Il pourra écrire   "Je te regrette ô ma rue Ravignan!

La rue Ravignan est celle que j'adore

Pour les coeurs enlacés de mes porte-drapeaux.

Là, taillant des dessins dans les perles que j'aime,

Mes défauts les plus grands furent ceux de mes poèmes."

                              Rue Ravignan vers la rue des Abbesses

Comme il pourra exprimer un sentiment contraire :

"Ah non je n'aime pas à me souvenir de Montmartre! C'était le séjour de la crasse et de la honte. Ah! Que l'on construise des immeubles neufs! Qu'on arrache jusqu'au dernier arbre! Qu'on supprime tout ce qui perpétue les souvenirs soi-disant attendrissants de ce que vous appelez la Bohême et que j'appelle la misère, qu'on invite tous les sous-Mürger à se taire..."

Peut-être avait-il pressenti ce que risquait de devenir un quartier qui commençait à se parer pour mieux se vendre des noms des artistes misérables qui y avaient vécu. Peut-être refusait-il la vision romantique telle que plus tard Aznavour la chanterait, d'une bohême idéalisée. Peut-être avait-il mal à son passé qui l'avait blessé et que les baumes de la religion ne parvenaient pas à cicatriser?

A t-il pensé à la rue Ravignan, à Picasso, Apollinaire... aux amis qu'il avait aimés, à ceux qui tentaient de le sauver après qu'il avait été arrêté à Saint-Benoit et interné à Drancy en attente d'un convoi pour Auschwitz?

Max Jacob à Montmartre. rue Ravignan, rue Gabrielle...

Toujours est-il qu'un ange noir lui permit de mourir à l'infirmerie lui évitant de vivre la nuit et le brouillard, les chiens allemands, la nudité, la chambre à gaz.

Max Jacob à Montmartre. rue Ravignan, rue Gabrielle...

Il est aujourd'hui une des étoiles qui brillent sur le pavé mouillé de Montmartre.

 

"Seigneur tout est fini

Voilà que tout commence"

 

"La mort est donc céleste pour la première fois"

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Publié le par chriswac
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Affiche de Faria pour "les vampires de la côte".

Affiche de Faria pour "les vampires de la côte".

De Faria Candido. Peintre en technicolor. Affichiste. Cimetière Saint-Vincent.

     Dans le vieux cimetière Saint-Vincent, sa tombe nous accueille dès l'entrée (division 7, 1er rang) avec une femme nue, une muse qui entoure de ses bras son visage et désigne sa signature : Faria.

 

Un visage rond de bon vivant chapeauté et moustachu, très "fin de siècle"....

 

     Le sculpteur s'est inspiré d'une des rares photos du peintre pour réaliser ce "médaillon" si ressemblant. Ce sculpteur, ami de Faria n'est pas  n'importe qui! Il s'agit d'un artiste très en vogue qui reçut de nombreuses commandes de l'Etat : Félix Charpentier....

La sirène. Gare de Lyon. Félix Charpentier.

La sirène. Gare de Lyon. Félix Charpentier.

    C'est un bon représentant de l'Art Nouveau dont on peut voir des bas reliefs en façade du Grand-Palais ou de la gare de Lyon. Pour le monument funéraire de Faria, il s'inspire d'une "Flora" qu'il avait sculptée dans le marbre.

 

     Le monument est réalisé l'année même de la mort de Faria, en 1911. On peut dire que le peintre meurt en pleine activité puisque c'est dans son atelier situé 6 rue de Steinkerque qu'il est terrassé par une crise cardiaque à l'âge de 62 ans.

 

Le 6 rue de Steinkerque a subsisté, bien que modifié. C'était une de ces petites maisons villageoises du quartier qui voyait fondre sur lui les promoteurs alors que le chantier du Sacré-Cœur commençait....

De Faria Candido. Peintre en technicolor. Affichiste. Cimetière Saint-Vincent.

  Faria a 33 ans quand il arrive en France en 1882, venu de son Brésil natal, de Rio de Janeiro où il a fait des études à l'Académie Impériale des Beaux Arts.

Dès ses 17 ans il avait commencé une carrière de caricaturiste avant de créer un journal satirique  " O Mosquito"

    En France, son talent est vite apprécié et lui permet de vivre en illustrant des chansons ou des livres, en créant des affiches pour des chanteurs célèbres comme Dranem ou Ouvrard.

 

 

De Faria Candido. Peintre en technicolor. Affichiste. Cimetière Saint-Vincent.
De Faria Candido. Peintre en technicolor. Affichiste. Cimetière Saint-Vincent.

Il crée également des affiches pour le commerce, des "réclames" comme on disait alors.

 

Mais c'est le cinéma qui va lui permettre de donner toute la mesure de sa créativité.

De Faria Candido. Peintre en technicolor. Affichiste. Cimetière Saint-Vincent.

L'art de Faria tient en la précision de son trait, son sens du portrait, son goût pour la couleur.

 

     Le cinématographe est né en 1895 mais c'est en 1902, alors que la Société Pathé est en plein essor qu'elle le choisit comme principal créateur d'affiches de ses films.

 

     Bien que les films soient en noir et blanc, parfois colorisés, Faria aime utiliser les contrastes, les couleurs vives... comme pour donner par la peinture une équivalence du jeu très expressif des acteurs du muet. 

 

De Faria Candido. Peintre en technicolor. Affichiste. Cimetière Saint-Vincent.

     Il crée des affiches pour Ferdinand Zecca, Camille de Morlhon et autres réalisateurs qui font partie de l'histoire du cinéma des origines! Beaucoup de crimes, d'histoires sordides et aussi beaucoup de sujets religieux!

 

   Parfois le goût du merveilleux, des voyages interstellaires inspire les réalisateurs qui ont pour maître génial Georges Méliès.

 

De Faria Candido. Peintre en technicolor. Affichiste. Cimetière Saint-Vincent.
De Faria Candido. Peintre en technicolor. Affichiste. Cimetière Saint-Vincent.

     De son passé de caricaturiste, Faria a gardé le sens de la drôlerie. Par ses cadrages, son sens du découpage, il peut être considéré comme un des précurseurs de la Bande Dessinée.

De Faria Candido. Peintre en technicolor. Affichiste. Cimetière Saint-Vincent.

Jacques Bonneaud, affiche pour "Les Enfants du Paradis" de Carné.

     Dans son atelier de la rue de Steinkerque il forme de jeunes artistes attirés par sa renommée et sensibles à sa disponibilité et son caractère chaleureux. Parmi eux Jacques Bonneaud qui plus tard assurera par ses affiches la promotion de réalisateurs célèbres (L'Herbier, Grémillon, Bunuel, Raoul Walsh, Clouzot, Carné.)

De Faria Candido. Peintre en technicolor. Affichiste. Cimetière Saint-Vincent.

... Gustave Soury qui deviendra peintre animaliste et se spécialisera dans les affiches de cirque.

De Faria Candido. Peintre en technicolor. Affichiste. Cimetière Saint-Vincent.

Affiche de Jacques Faria

    Mais celui qu'il influencera le plus c'est son propre fils, Jacques, qui partage dans le cimetière Saint-Vincent la même tombe. 

 

     Si le nom de Faria est aujourd'hui effacé de nos mémoires, il reste bien présent à l'esprit des cinéphiles et des collectionneurs d'affiches qui s'arrachent celles qui ont survécu dans les remises des vieux cinémas...

 

De Faria Candido. Peintre en technicolor. Affichiste. Cimetière Saint-Vincent.

     Elles nous parlent d'un temps où les peintres étaient associés à la promotion des films et où le cinéma se préparait à passer du noir et blanc à la couleur.  Faria n'avait pas attendu et dès ses débuts l'avait imaginé en technicolor!

 

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Publié le par chriswac
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Rue saint-Eleuthère. Montmartre.
Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

Qui connaît saint Eleuthère?

Qui donnerait aujourd'hui ce prénom à son garçon?

Par chance une des rues montmartroises en conserve le souvenir et garantit à ce prénom une survie temporaire.

Rue du Cardinal Dubois. Au niveau des vélos, début de la rue Saint-Eleuthère.

Rue du Cardinal Dubois. Au niveau des vélos, début de la rue Saint-Eleuthère.

     Une rue qui commence dans le prolongement de la rue du Cardinal Dubois, entre les raides escaliers de la rue Foyatier .....

...et se termine rue du Mont-Cenis (place Jean Marais) en plein cœur du vieux village.

Fin de la rue Saint-Eleuthère, jadis rue du Pressoir.

     La partie la plus ancienne, longue de 70 mètres est celle qui prolongeait jadis une voie qui conduisait à l'église Saint-Pierre. Cette voie s'appelait rue du pressoir et fut rattachée à la capitale en 1863.

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

     La partie le plus récente (80 mètres) à partir de la rue Foyatier, ouverte en 1867 s'appela d'abord rue Saint-Paul avant d'être deux années plus tard réunie à la rue du pressoir pour former la rue saint Eleuthère.

Eleuthère! Eleuthère! Vous avez dit Eleuthère!

                                         Statue de St-Eleuthère (XIVème siècle)

      Pas si bizarre en réalité ce nom bizarre!  L'église catholique qui possède un catalogue hors concours de saints du monde entier, propose un choix non négligeable d'Eleuthères, des évêques et des martyrs des premiers siècles... et mystère... le nôtre ne figure pas sur la liste. 

Saint-Denis square Suzanne Buisson

Saint-Denis square Suzanne Buisson

    Pourtant il a tenu jusqu'au bout, sans faillir, son rôle de martyr comme le narre la légende qui pour nous Montmartrois n'en est pas une. Prêtre et compagnon de Denis, le premier évêque de Paris, il fut décapité avec lui sur la Butte sous la persécution de Dèce ou Valérien au 3ème siècle. 

Rue Saint-Rustique

Rue Saint-Rustique

    Il partagea ce triste sort avec Rustique, un diacre dont la rue pittoresque est proche de la sienne. Tous deux après avoir perdu la tête comme Denis l'accompagnèrent sur quelques kilomètres jusqu'à l'endroit où l'évêque s'arrêta et où sera édifiée la basilique-nécropole des rois de France.

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

     Ce curieux panneau de bois sculpté qui fut longtemps exposé au musée de Montmartre avant d'être hélas récupéré par le musée Carnavalet représente librement la Butte et la décapitation des trois martyrs tandis qu'un moulin vire au vent...

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

On retrouve sur le tympan nord de la basilique les trois saints en voie de décapitation.

Et dans l'église, le reliquaire de saint Eleuthère ....

    Le premier numéro de la rue, le 2, est à lui seul une histoire! Il s'agit à l'origine d'un pavillon de l'exposition universelle de 1900 remonté à flanc de Butte pour servir de halte aux pèlerins que l'on attendait par milliers : Au Repos de Béthanie.

 

2020

2020

2015

2015

     En cette période de confinement l'établissement qui vend des souvenirs kitsch et des sandwiches élastiques est fermé. Elle est loin l'animation du début du siècle!

Restaurant de 2ème classe.

Restaurant de 2ème classe.

    Tout le bâtiment était occupé par le Repos de Béthanie, avec salles de restaurant, de détente... qui n'oubliaient pas de séparer riches et pauvres en réservant tel ou tel espace à la première classe ou à la deuxième! 

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

     Le succès ne fut pas au rendez-vous et le Repos prit sa retraite, remplacé par le Montmartre Belle Vue... 

Un café occupait alors la rotonde et proposait aux noctambules de prolonger la soirée au "grenier de la Butte", installé dans une sorte de hangar, un peu plus loin, à la pointe actuelle du square Nadar.

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

    En 1929, le bâtiment est remanié, enlaidi et si le café subsiste encore, c'est un atelier qui occupe l'essentiel de l'espace qui donne sur la rue Foyatier. Pas n'importe quel atelier!

Lacourière et Lapoujade

Lacourière et Lapoujade

     C'est Roger Lacourière (1892-1966) qui le crée et qui en fait un centre rayonnant de l'art de la gravure. Grâce à lui de nombreux artistes s'y initient et l'utilisent dans leurs créations : Braque, Chagall, Miro, Dali, Matisse....

   

 Sans oublier Picasso fidèle à ce Montmartre où il a débarqué et où il a vécu. Lacourière le guide dans l'utilisation du burin et lui fait découvrir l'aquatinte au sucre!

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

     Le collaborateur de Lacourière, Jacques Frélaut est associé à la direction de l'entreprise qui en 1957 prend le  nom d'"Atelier Lacourière-Frélaut". A la mort de Lacourière, Frélaut poursuit avec fidélité et passion la collaboration avec de grands artistes. son neveu prendra sa suite et il faudra attendre 2008 pour que les portes soient définitivement fermées...

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

     .... fermées puis rouvertes sur  l'univers moins artiste mais plein "d'esprit" des amateurs de whisky. Le "Corcoran" est particulièrement bruyant les jours des matches de rugby France-Irlande... où la bière prend le relais du whisky. 

La rue Chappe

La rue Chappe

   Passé ce numéro 2, plus de numérotation sur 80 mètres... Nous passons devant l'escalier de la rue Chappe...

Les arènes

Les arènes

    Puis, donnant en partie sur cette rue, devant les arènes de Montmartre... qui heureusement n'ont jamais accueilli de corrida! 

Il y avait là une pommeraie dont subsistent dans le jardin quelques rescapés à côté de prunus, d'oliviers et de quelques pieds de vigne.

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

     Il avait été nécessaire, sous risque de glissement de terrain, de consolider le sol en forte pente qui subissait le poids considérable du réservoir. Les P'tits Poulbots intervinrent pour qu'à cette occasion soit créé un théâtre de plein air, idéal pour les répétitions. Ce qui fut fait en 1941.

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

     Le lieu est aujourd'hui accueillant aux jeunes troupes, aux artistes circassiens, aux chanteurs. Plusieurs festivals montmartrois l'ont choisi pour cadre et c'est un plaisir, pendant les douces soirées d'été d'assister, face à Paris, avec pour mur de scène les immeubles de la rue Gabrielle, à un spectacle dont l'atmosphère magique est telle que l'on ne l'oublie pas!

Paris nous appartient (Rivette)

Paris nous appartient (Rivette)

     Plusieurs scènes de "Paris nous appartient" de Rivette y ont été tournées (film rare où on peut voir Brialy, Giani Esposito, Betty Schneider et le dieu Godard himself!

 

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

     Côté sud toujours, la vue sur Paris se dégage peu à peu et après jardins et vieilles maisons, la star apparaît au loin, photographiée en temps normal par des milliers de touristes....

 

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.
Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

    Du côté nord de cette première partie de la rue s'ouvre le square Nadar. Inutile de présenter ce pionnier de la photographie, auteur de clichés célèbres, véritable galerie de tout ce que le monde artistique du XIXème siècle comptait de créateurs. 

                                                Nadar. (Victor Hugo en 1870)

     Le square a une double particularité sympathique : il est accueillant à la gent canine, ce qui en fait un rendez-vous des promeneurs accompagnés de leur toutou et une aire de jeux rêvée pour tout un monde qui va du minuscule chi hua hua à l'impressionnant danois!

 

    Sa deuxième particularité est d'avoir vu s'installer en 2007, avec l'aide d'une association de défense des animaux, un pigeonnier 5 étoiles.

 

     Le square est orné d'une statue du Chevalier de La Barre, jeune homme qui fut torturé, brûlé, décapité pour avoir en 1766 refusé de saluer le Saint-Sacrement lors d'une procession.

 

     Les combattants de la laïcité qui voyaient d'un mauvais œil l'érection du Sacré-Coeur à l'endroit où commença la Commune, obtinrent que la rue qui menait à la basilique et la contournait portât le nom du jeune martyr, en même temps qu'une statue fût érigée face au monument qu'ils vouaient aux gémonies.

 

     En 1905 la statue fut installée, faisant grincer les dents des pèlerins et du clergé. Elle représentait un jeune homme attaché à un poteau au pied duquel un bûcher était préparé prêt à détruire le blasphémateur et le Dictionnaire philosophique honni, posé en évidence sur le côté.

   

 En 1926 après de nombreuses interventions de l'église, la statue fut déplacée et installée dans le square. Là ne s'arrêta pas son calvaire! En effet, le gouvernement Pétain la déboulonna en 1941 et la fit fondre, comme si le supplice initial n'avait pas suffi!

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

     Il faut attendre 2001 pour qu'une nouvelle statue réapparaisse sur le socle d'origine qui n'avait pas bougé. Des Associations laïques étaient à l'origine de cette résurrection qui provoqua quelques débats, certains voulaient une reproduction à l'identique, d'autres optaient pour une représentation plus impertinente.

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

     C'est le Chevalier que nous voyons aujourd'hui, adolescent, campé sur ses deux jambes, les mains dans les poches, le chapeau bien vissé sur une tête qui refusait de se courber. Elle est l'œuvre d'Emmanuel Ball et en ces temps incertains où bien des hommes et femmes politiques nous vendent une laïcité de compromis, une liberté de caricaturer MAIS... elle rappelle que la liberté de pensée, la liberté de critiquer, la liberté de se moquer n'est pas un acquis définitif et que des Chevalier de La Barre paient de leur vie aujourd'hui encore le seul fait de la défendre.

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

     Dans le tournant qui grimpe vers le centre du vieux village commence la 2ème partie (70 mètres) de notre rue Saint-Eleuthère.

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

     Sur la droite, longeant la rue Azaïs et dominant le paysage urbain comme une forteresse apparaît le Réservoir construit de 1887 à 1889 dans un style néo byzantin qui s'accorde avec la basilique. Le bâtiment massif ne manque pas d'allure et semble couronner Montmartre d'une citadelle imprenable.

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

     Il est l'œuvre de l'architecte Arthur Stanislas Diet à qui l'on doit le 36 quai des orfèvres ainsi que la reconstruction de l'Hôtel Dieu

                                                            Hôtel Dieu (Diet)

Il est construit avec la fameuse pierre de Souppes (comme le Sacré cœur) qui s'auto nettoie avec la pluie.

Le réservoir est en lien avec l'usine élévatrice de la place Saint-Pierre qui fait monter les eaux de la Seine et de la Dhuys jusqu'au réservoir qui reçoit 11 000m3.

 

     Des compartiments distincts reçoivent l'eau de rivière utilisée pour le lavage des rues et l'eau de source réservée aux heureux habitants de Montmartre!

Construction du réservoir (1887)

Construction du réservoir (1887)

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

       Le réservoir a pris la place du vieux pressoir de l'abbaye. La rue Azaïs actuelle s'appelait justement rue du pressoir et elle continuait jusqu'à la rue du Mont-Cenis, sur la portion haute de la rue Saint-Eleuthère actuelle.

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

     On voit sur la droite de la rue Saint-Eleuthère, jadis rue du pressoir,   l'impressionnant réservoir et la maison du gardien.

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

     La rue longe ensuite la salle paroissiale de l'église Saint-Pierre (ancienne chapelle divisée en deux horizontalement pour créer des espaces de rencontre). Avant d'arriver devant l'église Saint-Pierre, elle change de nom au profit de la rue du Mont-Cenis et de la placette baptisée "Jean Marais" en 2008.

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

    De l'autre côté de la rue, les maisons font partie d'un même ensemble qui date du XVIIIème siècle. L'entrée principale se faisant par la place du Tertre, il n'y a qu'un seul numéro rue Saint-Eleuthère, le 1.... ce qui est surprenant car il est du même côté que le 2, l'ancien Repos de Béthanie. Ne cherchons pas à comprendre! Les deux font la paire et sont les seuls numéros de cette rue!

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

    C'est à cet endroit qui avait été l'ancien presbytère que fut installée la première mairie de Montmartre dont l'entrée se faisait place du Tertre. On comprend le désarroi (!) du Montmartrois qui découvre la plaque de cette 1ère mairie en trois endroits différents : rue Saint-Eleuthère, rue Norvins et Place du Tertre!

Rue Saint-Eleuthère... La pelle Stark et la mention de la mairie à cet endroit...

La rue Norvins et la plaque mentionnant la mairie à cet endroit!

La place du Tertre et la plaque rzevendiquant la mairie!!!

 

Quel imbroglio!

C'est qu'il s'agit  en réalité du même ensemble de maisons, propriété de Desportes et que nous ne sommes pas tout à fait sûrs de la situation exacte des locaux communaux, Desportes ayant consacré une partie de son vaste logement à la mairie dont l'adresse incertaine se trouve ainsi trinitaire!

                                        

                                Mairie 3 place du Tertre.

Mairie 3 place du Tertre.

     En 1789, l'Assemblée Nationale avait publié un décret obligeant toute ville à créer une municipalité. Montmartre venait d'être amputé par le mur des Fermiers Généraux de toute sa partie basse devenue parisienne. La Commune de Montmartre fut créée en 1790  avec ce qui subsistait de l'ancien village au nord de l'enceinte.

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

    Félix Desportes fut nommé maire et il le resta pendant deux ans. Il était patriote et proposa, comme nous l'avons vu, que soit installée la mairie dans une partie de sa maison (entrée 3 place du Tertre). Il était populaire, très apprécié des 400 habitants que comptait alors Montmartre.

 

     Il appela une de ses filles Pierrette de Montmartre, tant il était attaché à sa commune et à sa maison proche de l'église Saint-Pierre. Trop proche peut-être car il fut accusé sous la Terreur d'avoir entretenu de bonnes relations, donc suspectes, avec l'abbesse Mme de Montmorency Laval (guillotinée en 1794).

 

     Desportes sut se tirer d'affaires et après s'être fait oublier pendant l'année terrible, il commença une longue carrière sous des régimes différents. Sa fille Pierrette de Montmartre devint baronne après avoir épousé Anne-François de Boucheporn dont le père avait été guillotiné lui aussi en 1794. Il faut croire que le martyr de Saint Denis inspirait beaucoup le Tribunal révolutionnaire!

                             Tombe de Desportes dans le vieux cimetière du calvaire, contre l'église Saint-Pierre, dans ce Montmartre qu'il aimait.

Rue saint-Eleuthère. Montmartre.

    Et voilà! nous avons parcouru les 150 mètres d'une rue montmartroise en plein ciel, un balcon sur Paris qui s'étend à ses pieds! 

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Publié le par chriswac
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La houppa. Cimetière de Montmartre. Marcelle Capronnier.

     Qui se souvient encore de la Houppa? Peut-être quelques octogénaires qui l'acclamaient pendant les "Six jours" dont elle fut la reine? Mais qui se souvient des Six jours? Le temps fait passer les couleurs, ronge la mémoire et puis éteint la lumière.

La houppa. Cimetière de Montmartre. Marcelle Capronnier.

     C'est par hasard que je suis tombé sur sa tombe au cimetière de Montmartre,  27ème division. J'étais venu saluer Berlioz installé dans son monument de marbre noir quand mon regard fut attiré par une croix du même marbre. Un nom se dédorait, gravé dans la pierre :

 

La houppa. Cimetière de Montmartre. Marcelle Capronnier.

    Hé bien cette Marcelle  Capronnier (1900-1987) qui choisit de s'appeler "la Houppa" à cause de sa chevelure blonde qui lui faisait une houppe de lumière, fut une des artistes les plus populaires de son temps, dans les années 1930...et après guerre.

 

   Non pas pour sa carrière d'actrice qui fut modeste et la vit participer à quelques films comme "Les Misérables" de Raymond Bernard en 1934 ou aux "Casse-pieds" de Dréville en 1948  (où elle est une prostituée qui chante) mais pour son activité à la radio et pour ses talents de chanteuse fantaisiste.

 

    Elle débuta au music-hall, au Petit Casino boulevard Montmartre et à L'Empire avec des chansons aussi peu intellectuelles que possible, simples et joyeuses, parfois un peu lourdingues dans le sous-entendu comme on les aimait alors.

 

     Un de ses titres de gloire fut sa participation aux Six jours de Paris qui étaient une véritable fête populaire, course créée par Bob Desmarets directeur du Vel d'Hiv.

La houppa. Cimetière de Montmartre. Marcelle Capronnier.

   C'est en 1936 qu'elle obtient sa consécration, les coureurs reprenant en chœur avec elle ses chansons! Evidemment le lieu ignorait quel triste symbole il allait devenir six ans plus tard et qui resterait cousu à son souvenir comme une triste étoile.

La houppa. Cimetière de Montmartre. Marcelle Capronnier.

     Pendant l'occupation, La Houppa se réfugie dans le sud où elle participe à l'animation de Radio Nïmes.

 

La houppa. Cimetière de Montmartre. Marcelle Capronnier.

     Après la guerre elle retrouve son appartement modeste du 55 faubourg Saint-Denis où elle est venue vivre dès 1928 et où elle mourra.

 

    Les cyclistes l'apprécient et il n'est pas étonnant qu'ils lui demandent de devenir Présidente d'honneur des "Roule-Toujours" (surnom donné aux porteurs de journaux) qui organisent une grande course annuelle qui les conduit jusqu'à la place du Tertre après l'ascension héroïque de la rue Lepic.

 

Avec Malcuit vainqueur en 1958

Avec Malcuit vainqueur en 1958

     Les femmes participent aussi à la compétition dans leur catégorie. La plus grande championne fut Andrée Régnier qui remporta la coupe onze années consécutives ( de 1948 à 1958)!

 

La Houppa et Andrée Regnier!

La Houppa et Andrée Regnier!

   Avec le temps, va tout s'en va et peu à peu la Houppa cessa d'être la chanteuse populaire et flamboyante qu'elle avait été. Dans son quartier elle organisa une commune libre, clin d'œil à celle de Montmartre et comme Michou plus tard, elle n'eut de cesse de venir en aide aux déshérités, notamment aux personnes âgées sans ressources.

 

    Elle meurt en 1987, âgée de 87 ans. Une plaque a été apposée sur son immeuble :

"Ici a habité Marcelle Capronnier dite "La Houppa", artiste de music-hall, femme d'action engagée, pionnière de la radiodiffusion"

La houppa. Cimetière de Montmartre. Marcelle Capronnier.

   Des mots d'hommage qui éveillent de moins en moins d'écho dans les mémoires et qui ne disent rien de cette femme sensuelle et généreuse, gouailleuse et optimiste, une des incarnations populaires de la parisienne! 

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Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Le cimetière Saint-Vincent est celui du vieux village...

Il en a gardé les proportions modestes et l'aspect tranquille.

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Et pourtant!

Il raconte bien des histoires.

Il abrite des Montmartrois qui aimèrent leur village et participèrent à sa célébrité.

Cette première visite en annonce de nombreuses autres.

Elle nous mènera devant les tombes les plus célèbres, celles qui font partie du circuit minimal obligatoire!

Le lapin Agile vu du cimetière

Le lapin Agile vu du cimetière

    Le cimetière fut  créé sur un terrain en friche par Jacques Bazin (1762-1833) qui fut maire de Montmartre de 1829 à 1831. Il fut inauguré en 1831 par son adjoint qui lui succéda, Jean-Louis Véron.

Jacques Bazin mourut peu après, en 1833 et y fut enterré. Il n'est pas nommé parmi les personnalités du cimetière alors que sans lui ce lieu n'existerait pas! Sa tombe qui a perdu, depuis presque deux siècles, toute inscription, peut se voir division 12, 1ère ligne...

Il serait temps qu'une plaque rappelle que sans lui il n'y aurait à cet endroit que des immeubles semblables à ceux de la rue Caulaincourt!

      Le cimetière était entouré de murs qui subsistent aujourd'hui mais l'entrée était alors située 40 rue Neuve Saint-Denis, à l'emplacement de la rue Saint-Vincent actuelle et non comme aujourd'hui rue Lucien Gaulard à proximité de la place Constantin Pecqueur ...

Une visite rapide nous mènera devant les tombes des "célébrités" locales

Nous aurons le temps (une éternité) de nous recueillir plus tard devant des personnalités moins connues mais qui ont joué un rôle dans l'histoire montmartroise.

Avenue transversale, le vieux calvaire

Avenue transversale, le vieux calvaire

Voici par ordre alphabétique les "stars" auxquelles nous rendrons visite dans ce premier article :

Marce Aymé (10ème division)

Harry Baur (9ème)

Eugène Boudin (12ème)

Marcel Carné et Roland Lesaffre (4ème division)

Jules Chéret (5ème)

Dorgelès (13ème)

Dumesnil (8ème division)

Arthur Honnegger (8ème division)

Claude Pinoteau (3ème division)

Steinlen (14ème division)

Utrillo (4ème division)

Je rajoute en cette Toussaint 2020 Michou figure emblématique du Montmartre des cabarets (division 12)

Tombe de Marcel Aymé (10ème division)

Tombe de Marcel Aymé (10ème division)

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Marcel Aymé (1902-1967)

Inutile de présenter cet écrivain à part, indépendant, libre de style et d'esprit!

Enfant on a pris plaisir aux Contes du Chat perché, plus tard on a souri avec sa Jument verte et malgré les critiques qui le considéraient comme un petit écrivain douteux, on s'est réjoui de son indépendance et de sa truculence.

N'oublions pas son combat contre la peine de mort (la Tête des autres, mise en scène par Barsaq au théâtre de l'Atelier, de l'autre côté de la Butte)

Place Marcel aymé. Le Passe-Muraille (Jean Marais)

Place Marcel aymé. Le Passe-Muraille (Jean Marais)

Le "terrien" attaché à sa Franche-Comté a choisi de vivre à Montmartre.

Il a d'abord habité 9 ter rue Paul Féval, à quelques mètres du cimetière, puis 26 rue Norvins. La rue a changé de nom au niveau du 26 et s'appelle désormais place Marcel Aymé. Une sculpture de Jean Marais représentant l'auteur en passe-muraille veille sur le lieu...

Il se peut que la nuit Marcel Aymé passe à travers le marbre noir de sa tombe pour se balader dans le quartier qu'il aimait!

Tombe de Marcel Carné et Roland Lesaffre. (4ème division)

Tombe de Marcel Carné et Roland Lesaffre. (4ème division)

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Marcel Carné (1906-1996). 10ème division. (voir plan)

comment l'imaginer étendu sous ce marbre triste, lui le magicien de la lumière.

Avec Prévert il a réalisé quelques uns des plus beaux films du cinéma français : Drôle de drame, Le Quai des brumes, Hôtel du nord, Le jour se lève... et surtout le chef d'oeuvre absolu et indémodable : Les Enfants du paradis!

Les Enfants du paradis! Arletty et J.L. Barrault.

Les Enfants du paradis! Arletty et J.L. Barrault.

Sous le même marbre est enterré Roland Lesaffre (1927-2009) second rôle dans les films de Carné mais premier dans son coeur!

Au point d'être le légataire universel du cinéaste... et de passer la nuit infinie avec lui!

Roland Lesaffre (L'Air de Paris de Marcel Carné)

Roland Lesaffre (L'Air de Paris de Marcel Carné)

Tombe de Harry Baur (9ème division)

Tombe de Harry Baur (9ème division)

Sous un marbre noir sinistre, repose un acteur dont on imagine mal quelle fut la gloire dans la première moitié du XXème siècle.

Harry Baur (1880-1943) a investi de sa nature sensible et puissante des héros légendaires et populaires comme Jean Valjean ou Vidocq.

Il a tourné dans de nombreux films de metteurs en scène de son époque, Dréville ou Tourneur. Il a incarné Beethoven chez Abel Gance et Volpone (avec Jouvet) chez Tourneur.

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

La fin de sa vie fut tragique puisque, après avoir tourné (sans état d'âme) en 1942 à Berlin, il fut accusé par la presse française malodorante d'être Juif.

Il s'en défendit mais ne put éviter d'être arrêté et déporté avec sa femme. Après quatre mois d'enquête, les Nazis, convaincus qu'il n'avait pas commis le crime de naître juif, le libérèrent.

Mais l'épreuve avait atteint l'acteur en profondeur et il mourut 4 mois plus tard.

Tombe d'Eugène Boudin (12ème division)

Tombe d'Eugène Boudin (12ème division)

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Qu'elle est triste la tombe d'Eugène Boudin (1824-1898)!

Lui, l'homme du grand large, des ciels immenses, des météores.... il est enterré sous une pierre grise, à un endroit que caresse rarement le soleil!

Ce précurseur (involontaire et modeste) de l'Impressionnisme, cet amoureux de la mer (il fut mousse) et des plages immenses, lorsqu'il sentit la mort approcher, demanda qu'on l'emmenât à Deauville pour mourir face à la mer.

C'était par un jour lumineux du mois d'août, le 8. Il y avait des voiles blanches sur la mer et des amoureux sur la plage.

L'Impératrice Eugénie sur la plage à Trouville (Eugène Boudin)

L'Impératrice Eugénie sur la plage à Trouville (Eugène Boudin)

Admiré de Baudelaire, de Zola, inspirateur de Monet... il fait partie de la grande histoire de l'art français.

Quel mystère que ce sombre carré où dort sous la terre celui qui a ouvert tant de fenêtres sur l'espace et le rêve!

Eugène Boudin

Eugène Boudin

Dans la 5ème division un monument plus opulent avec des médaillons de bronze qui pleurent sur la pierre signale la tombe de Jules Chéret.

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Jules Chéret (1836-1932) est un peintre connu pour son talent d'affichiste.

Il est un des premiers à avoir transformé un art mineur en art à part entière et il n'est pas étonnant que Toulouse Lautrec l'ait admiré et ait été influencé par lui.

Si on peut voir à Paris ses décors peints pour l'Hôtel de Ville ou pour le théâtre du musée Grévin, ce sont ses affiches qui constituent le meilleur de sa production.

Elles donnent l'image la plus éclatante de le Belle Epoque.

Elles sont "en mouvement" comme celles de Lautrec sans pour autant chercher à aller au-delà de la surface trompeuse des visages.

Lautrec est mouvement et mélancolie.

Chéret est mouvemen et insouciance.

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Revenons à la littérature avec Roland Dorgelès (1885-1973) 5ème division.

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Si un écrivain est à sa place au coeur de Montmartre, c'est bien lui!

On connaît les blagues qu'il aimait faire avec ses amis de la bohême et notamment la présentation au Salon des Indépendants d'une toile de Boronali peinte par l'âne Lolo, alias Aliboron, dont la queue avait été trempée dans des seaux de peinture! C'était juste de l'autre côté du mur du cimetière, au Lapin Agile!>

Il est ami des plus illustres Montmartrois : Carco, Mac Orlan, Utrillo, Max Jacob....

Il a eu plusieurs adresses sur la Butte ou dans le IXème arrondissement : rue Lepic, rue La Bruyère, rue Victor Massé ou rue Camille Tahan, près du cimetière Montmartre.

On lui doit des pages vives et nostalgiques sur notre quartier : "Au beau Temps de la Butte"

"Cet après-midi-là j'étais monté sur la Butte, promenade dont je ne me lasse pas. Parfois, c'est la joie qui m'entraîne, comme si je devais retrouver ma jeunesse là-haut; certains jours, en revanche, ce sont les regrets qui me poussent et je vais à Montmartre comme on se rend au cimetière."

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

"Les Croix de Bois" sont le plus connu de ses romans, oeuvre composite, kaléidoscope de destins où les hommes tiennent debout grâce à la camaraderie et sont spectateurs de l'horreur, symbolisée par ces croix hâtivement plantées sur les cadavres.

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

La tombe la plus spectaculaire se signale par un groupe de bronze remarquable en bordure de l'allée d'entrée du cimetière pompeusement appelée "Avenue Caulaincourt".

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

L'oeuvre du sculpteur Emile Bailly représente un ange qui invite avec tendresse une femme à se laisser prendre par la main et guider vers la lumière. Elle évoque un mouvement de danse.

Elle est à sa place sur la tombe d'un homme, René Dumesnil (1879-1967) qui consacra une partie de sa vie à étudier des oeuvres et des musiciens qu'il aimait.

Il fut aussi un grand spécialiste de Flaubert auquel il consacra plusieurs ouvrages.

Malgré la qualité de son travail, René Dumesnil serait sans doute ignoré de la plupart des visiteurs si le groupe de bronze qui danse sur sa tombe n'attirait leur attention.

Tombe de marbre rose d'Arthur Honegger (8ème division)

Tombe de marbre rose d'Arthur Honegger (8ème division)

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

On n'enterre pas la musique sous le marbre, fût-il rose!

Arthur Honegger (1892-1955) est joué aujourd'hui dans le monde entier. Sa tombe simple et claire est souvent fleurie par des admirateurs.

L'homme est séduisant, généreux, humaniste. Bien que Suisse, il a adopté Paris, alors que des Parisiens fortunés choisissaient déjà le pays des banques sans morale!

Pendant l'occupation, il choisit de rester à Paris et de résister avec ses moyens, ceux de la musique.

Jeanne d'Arc au bûcher. Ingrid Bergman écrit : " Dans les bras de Honegger, la main sur le coeur de Claudel, où pourrais-je me trouver mieux?"

Jeanne d'Arc au bûcher. Ingrid Bergman écrit : " Dans les bras de Honegger, la main sur le coeur de Claudel, où pourrais-je me trouver mieux?"

Parmi ses oeuvres les plus populaires, citons le Roi David (1921), Pacific 231 (1923), Jeanne d'Arc au Bûcher (1938) sur le poème de Claudel.

A Montmartre, il a aimé rencontrer Cocteau, Satie, Picasso...

Le petit cimetière Saint-Vincent se console avec lui de n'avoir pas été choisi par Berlioz qui habitait pourtant à moins de 100 mètres. L'inspiratrice de la Symphonie Fantastique, Harriet Smithson y fut quelque temps inhumée avant que Berlioz ne transférât le corps de celle qui avait été sa femme et la mère de son fils au nouveau cimetière de Montmartre.

Tombe de Pinoteau (3ème division)

Tombe de Pinoteau (3ème division)

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Dans la 3ème division, repose depuis huit ans et demi un cinéaste populaire, Claude Pinoteau (1925-2012).

Peut-être aurait-il été plus à sa place au cimetière de Neuilly, ville où il vécut et mourut. Il est vrai qu'il y a peu de cinéastes à Saint-Vincent, à part le génial Carné et Méliès!

(Attention, il ne s'agit pas de Georges Méliès le magicien mais de son frère Gaston, lui même cinéaste aux Etats-Unis!)

La Gifle.Adjani, Girardot. (1974)

La Gifle.Adjani, Girardot. (1974)

Ses films les plus célèbres restent "La Gifle" et "La Boum". g>

Pas sûr que dans un siècle on en parle encore!

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

L'ordre alphabétique garde pour la fin deux artistes emblématiques de Montmartre: Steinlen et Utrillo.

La tombe de Steinlen (1859-1923) dans un angle du cimetière est constituée de pierres à peine taillées, posées les unes sur les autres et disloquées par les racines d'un arbuste.

Elle convient à celui qui resta marginal et lutta toute sa vie pour les déshérités, les victimes d'un ordre social inique. Il habitait non loin de là, sur ce qui fut le Maquis et devint la rue Caulaincourt. Son Cat's Cottage était accueillant aux crève-la-faim et aux chats. Des dizaines de chats efflanqués y trouvèrent refuge et inspirèrent à leur bienfaiteur des croquis et des dessins qui restent inégalés.

Personne mieux que Steinlen n'a dessiné les chats! Il n'est pas étonnant qu'au premier rayon de soleil, ils viennent se coucher sur sa tombe!

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

A tout Seigneur tout honneur... une des plus belles tombes est celle d'Utrillo.

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Inutile de présenter notre Montmartrois!

Rappelons qu'il est né rue du Poteau au bas de la Butte et qu'il a vécu longtemps au coeur du vieux village. Il a peint des dizaines de toiles représentant les rues et les places de notre quartier. Selon les périodes, ses oeuvres sont plus ou moins naïves, plus ou moins mélancoliques. Parfois les immeubles forment un décor de théâtre, sans acteurs, d'autres fois de petits personnages passent et disparaissent.

Utrillo n'est pas décoratif, il n'est pas pittoresque et quand il s'inspire des clichés, il donne à voir une ville où la tristesse suinte sur les murs malgré les couleurs. Son oeuvre est comme suspendue entre l'enfance et la mort.

Suzanne Valadon et son fils

Son monument funéraire est adossé au mur qui le sépare de la rue des Saules et du Lapin Agile qu'il a souvent fréquenté et peint.

Rue Saint Vincent, le Lapin Agile et les murs du cimetière.

Rue Saint Vincent, le Lapin Agile et les murs du cimetière.

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

    Et voilà en ce novembre 2020, le plus jeune des hôtes célèbres du cimetière. Il s'agit de Michou que tous les Montmartrois connaissaient appréciaient et aimaient. 

Ce picard venu à 20 ans à Paris où il pouvait vivre plus aisément son homosexualité dirigera un  cabaret de drag-queens talentueuses aptes à se métamorphoser en Bardot, Dalida, Vartan... 

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

     Il a imposé sa personnalité avec sa veste bleue, ses lunettes démesurées et sa chevelure hyper oxydée. 

Son originalité ne dissimulait pas un cœur plus gros que lui et beaucoup sur la Butte peuvent témoigner de l'attention qu'il portait aux personnes âgées ou isolées.  les invitations qu'il leur adressait pour venir partager champagne et repas dans son cabaret faisaient partie de ces moments de gaité et de partage qui mettent du soleil dans la grisaille.

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

     Il est mort le 26 janvier 2020, un mois et demi avant le grand confinement.

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places., #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.
Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

    Rien ne nous consolera de la destruction sauvage du cirque Médrano qui fut indépendamment de son architecture remarquable un lieu historique que fréquentèrent quelques uns des plus grands peintres qui vivaient alors à Montmartre...

                                                                   Picasso

    Aucun amoureux de paris ne se consolera du vandalisme des années Pompidou qui écrasa les Halles de Baltard, le Palais de marbre rose, les quais historiques…

Les promoteurs connurent avec ce président agrégé et amateur d'art leur âge d'or!

Le cirque est l'école de la fraternité.

Le cirque est l'école de la fraternité.

   Sur l'indigent immeuble qui a pris la place du cirque Médrano, une fresque a été peinte, côté rue des Martyrs. Elle rend hommage à ce que fut ce lieu sans prétendre le remplacer.

                           L'enlaidissement irrémédiable de notre ville!

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

    La mairie du IXème a confié la réalisation à deux artistes, sur le thème de la fraternité. Audrey Feuillet et Oscilia Glé sont ces ceux magiciennes qui eurent l'idée pour illustrer ce thème de rendre hommage au cirque disparu en imaginant un monde réconcilié où les hommes et les animaux vivraient en bonne amitié.

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

     Beaucoup d'humour dans la représentation des artistes et des animaux, tous occupés, face au public, à faire leur numéro ou à flemmarder en regardant la piste.

Sur la droite, Monsieur Loyal est un cheval qui annonce l'entrée des artistes...

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

     Tandis qu'à côté de lui trois castors aux yeux brillants sont bien décidés à "buller"...

Les bulles irisées qui réjouissent les enfants sont partout présentes dans la fresque, comme autant d'invitations à la légèreté et au rêve.

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

     L'éléphant spectateur est assis sur les gradins d'un cirque en plein ciel, en plein voyage sur un fond de ciel et de carte du monde avec les océans et les continents...

Les enfants des écoles ont participé par leurs suggestions à la réalisation et c'est sans doute pourquoi l'éléphant tient des pop-corns sur les genoux. Les insupportables pop-corns qui envahissent les salles de cinéma….

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

    L'hippopotame, le zèbre, la girafe et le lion, côte à côte dans un monde où il n'y a ni prédateur ni proie… Le lion n'oublie pas qu'il est le "roi" et roupille sur le dos à l'abri de la girafe!

Il n'est pas intéressé par les deux acrobates-cyclistes qui unissent leur adresse et leur couleur...

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

     Les orangs-outans font leur cinéma et la ramènent en rappelant à tous le secret du bonheur : Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire... 

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

     Au centre de la piste, un lion-dompteur fait passer un homme à travers le cerceau. Inversion de la tradition qui veut que ce soit l'homme qui exploite les animaux et non le contraire. Y aurait-il un message dans ce numéro?

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

    Le clown et le cochon. Et pas n'importe quel clown!

Il s'agit de Boum Boum! Géronimo Médrano. Ici avec un cochon dressé d'après une photo. Clin d'oeil au célèbre clown qui dort pour l'éternité au cimetière de Montmartre et à un animal intelligent, plus que le chien.

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

     Le prestidigitateur ne fait sortir que des bulles de son chapeau tandis qu'il est porté par le lapin blanc qui habituellement prend la place des bulles!

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

     L'ours n'est plus l'animal cruellement dressé par un montreur de foire mais un spectateur attentif à qui un enfant offre des ballons.

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

                    Le crocodile va à la pêche!

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

    Le tigre fait des bulles...

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

Personne ne fera la peau au jeune phoque qui se roule dans les nuages...

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

   Il ne reste plus à nos trapézistes qu'à jouer avec l'espace tandis que le grand rideau rouge s'ouvre pour nous laisser voir un pays où la fraternité concerne toutes les créatures, un monde idéal comme nos rêves!

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

     ...et où c'est un minuscule oiseau qui aide à écarter les tentures, rappelant à chacun l'histoire du colibri qui lorsque l'incendie dévore la forêt, va et vient porteur d'une simple goutte d'eau dans son bec: "je fais ma part" dit-il.

      Ici il s'agit de promouvoir la fraternité, chacun y a sa part!

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

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Publié le par chriswac
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Levalet. Amour aveugle. 26 juin rue d'Orsel (mur du théâtre de l'Atelier)
Levalet. Amour aveugle. 26 juin rue d'Orsel (mur du théâtre de l'Atelier)
Levalet. Amour aveugle. 26 juin rue d'Orsel (mur du théâtre de l'Atelier)
Levalet. Amour aveugle. 26 juin rue d'Orsel (mur du théâtre de l'Atelier)

     Levalet est un des plus doués et des plus originaux des artistes qui se font connaître en décorant les rues de leur collage. On se rappelle comment il avait transformé la rue Véron en galerie surréaliste.

     Il nous offre aujourd'hui en ce mois de juin déconfiné une fable amoureuse à la fois élégante et pleine d'humour.

Il faut se dépêcher d'aller la voir avant que les tags ne la recouvrent et les nettoyeurs ne la liquident!

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Publié le par chriswac
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Rue Cauchois.  Montmartre.

C'est une jolie rue de Montmartre, calme et quasi provinciale à deux pas de la nerveuse rue Lepic et de la très branchée rue des Abbesses!

Rue Cauchois.  Montmartre.

Comme bon nombre de ses consoeurs montmartroises, elle doit son nom au propriétaire qui fit lotir ses terrains dans la deuxième moitié du XIXème siècle.

L'ancienne impasse Cauchois qui fait partie aujourd'hui de la rue.

L'ancienne impasse Cauchois qui fait partie aujourd'hui de la rue.

Il existait une impasse qui portait son nom et qui fut absorbée par la rue lorsqu'elle fut prolongée. Cette impasse n'a que des numéros impairs, elle est comme une excroissance de la rue qui après cette hernie, poursuit son chemin jusqu'à la rue Constance et l'Impasse Marie Blanche.

Rue Cauchois.  Montmartre.

Courte rue mais grand passé.... Sur ses 133 mètres de nombreux personnages plus ou moins célèbres ont vécu...

Rue Cauchois.  Montmartre.
Rue Cauchois.  Montmartre.

Au commencement, rue Lepic, se trouve le Café des deux moulins que le film Amélie Poulain a fait connaître au-delà de nos frontières. Il n'est pas rare de voir des Japonais, souriants et émus, y faire de selfies...

Rue Cauchois.  Montmartre.

Au 4, jouxtant les 2 Moulins, il y eut au début du XXème siècle un bar-hôtel dont une photo garde le souvenir, avec le sourire des marchandes de fleurs faisant une pause avant d'escalader la Butte et de proposer aux passants leur bouquets.

Le 3

Le 3

Au 3, petit immeuble sans éclat, le peintre Amédée Buffet (1869-1934) eut son atelier.

Rue Cauchois.  Montmartre.

Oublié aujourd'hui, il connut le succès et reçut des commandes nombreuses. Avec son frère Paul, il fut chargé de remplacer les toiles de Goya qui avaient été détruites dans la Chartreuse espagnole d'Aula Déi. Le fantôme du génial Espagnol ne le paralysa pas tout à fait!

Pour preuve de son renom, on le trouve dans la délégation envoyée officiellement pour représenter les artistes français à l'Exposition Universelle de 1905, aux côtés de Renoir, Sisley et Monet!

Le 7

Le 7

Le 7 se protège derrière de hauts murs qui abrite une villa du XIXème classée. C'est là que vécut pendant 35 ans, le commissaire Bourrel, le fin limier de l'émission télévisée "Les 5 dernières minutes".

"Sur le Banc". Souplex et Sourza.

"Sur le Banc". Souplex et Sourza.

Raymond Souplex (1901-1972) commença comme chansonnier et se produisit souvent au Théâtre des Deux Ânes sur le boulevard voisin.

Peu à peu s'effacera son souvenir tant il est vrai qu'il ne brilla jamais dans des chefs d'œuvre.

On le connaît encore un peu pour avoir été le clochard de "Sur le Banc" avec sa complice, Jane Sourza.

On oubliera peut-être aussi qu'il répondit à l'invitation du Reich et alla à Berlin en 1943, tous frais payés, représenter la chanson française. Ce qui lui valut un blâme à la Libération.

Il ne fut pas le seul dans le convoi dont Piaf et Viviane Romance faisaient partie...

Le 10.

Le 10.

Le 10 est un somptueux immeuble aux larges fenêtres et au décor 1900-bourgeois (par opposition au 1900-artiste de Guimard).

Rue Cauchois.  Montmartre.

Pendant quelques années de sa courte vie, un des écrivains de théâtre les plus audacieux et les plus torturés y vécut.

Il s'agit de Bernard-Marie Koltès (1948-1989) dont Patrice Chéreau mit en scène quelques pièces.

Joué dans le monde entier et toujours actuel, il  a été frappé en pleine créativité, emporté par le SIDA.

Parmi ses pièces les plus représentées, on compte "Combat de nègre et de chiens" ou "Dans la solitude des champs de coton".

La pierre blanche de la tombe de Koltès.

La pierre blanche de la tombe de Koltès.

Rue Cauchois.  Montmartre.

Il est enterré à une centaine de mètres de la rue Cauchois, cimetière Montmartre...

Le 10

Le 10

      Dans ce même immeuble et pendant quelques années communes a vécu Copi le génial dessinateur de la femme assise qui nous a réjouis à chaque parution du Nouvel obs.

 

Rue Cauchois.  Montmartre.

    Copi a accompagné avec son humour et sa poésie toute la période de libération sexuelle cruellement meurtrie par les années Sida. Il a dessiné pour Hara Kiri, Charlie Hebdo puis pour Libération avec son personnage de Libérett', transexuelle qui a choqué nombre de lecteurs pas si libérés que ça!

 

    Ses pièces ont été montées par quelques grands metteurs en scène comme Lavelli (La journée d'une rêveuse avec Emmanuelle Riva).

                  Une visite inopportune. (Duchaussoy, Hiégel)

 

     C'est alors qu'il participe aux répétitions de sa pièce "une visite inopportune" (un homosexuel vit ses derniers jours sur un lit d'hôpital) qu'il meurt, le 14 décembre 1987, deux ans avant Koltés.

A gauche, au fond de l'ancienne impasse, le 11...

A gauche, au fond de l'ancienne impasse, le 11...

Le 11 est aujourd'hui une maison au style architectural affirmé, manifeste du "rationalisme" des années vingt, à la fois fonctionnel et original. (seul bâtiment classé de la rue avec le 7)

Mais... ce n'est plus le nid d'amour, détruit, d'un couple hors normes, d'un homme et d'une femme exceptionnels qui s'aimèrent jusqu'à ce jour de 1922 où ils quittèrent ce monde, non pas sur la butte, mais à la montagne... à Chamonix.

Il s'agit de Marcel Sembat et Georgette Agutte.

Il serait prétentieux de vouloir retracer la vie et le destin de ces deux amoureux! Simplement rappeler que Marcel Sembat (1863-1922) que beaucoup ne connaissent que par la station de métro, ligne 9, la rue et le square du XVIIIème, fut un grand humaniste, un socialiste de conviction et de cœur, adepte de la transparence, hostile aux privilèges que s'octroient les puissants.

Il fut un des initiateurs de la Loi de séparation des églises et de l'Etat, que certains beaux esprits remettent en cause aujourd'hui!

Il fut ministre des Travaux Publics en 1914... Il adhéra à la Franc Maçonnerie et créa à Montmartre la Loge de la Raison.

Il fut également un passionné d'art et notamment de peinture, défenseur des Fauves, ami et admirateur de Matisse. Il écrivit sur ce peintre la première monographie connue.

Il meurt d'une hémorragie cérébrale en 1922 à Chamonix

 

Rue Cauchois.  Montmartre.
Rue Cauchois.  Montmartre.

Georgette Agutte est un peintre qui apprit  de Gustave Moreau la liberté et l'audace, se lança de toute sa conviction dans la combat du fauvisme.  Elle était collectionneuse et possédait une collection remarquable, de Matisse notamment.

Après un premier mariage, elle rencontre Marcel Sembat. Ils se ressemblent, partagent le même idéal de justice, de paix, le même goût pour l'art libre et audacieux... Les Cahiers noirs de Marcel Sembat nous livrent sans fard, la force sensuelle et spirituelle de leur union.

Rue Cauchois.  Montmartre.

Tous deux habitent 11 rue Cauchois. Ils vont souvent à Bonnières sur Seine où Sembat possède une maison familiale et à Chamonix où ils ont acquis un chalet, le "Murger".

Le jour où Marcel sembat meurt brutalement, Georgette Agutte après l'avoir veillé, écrit à son neveu :

"Je ne peux pas vivre sans lui. Minuit. Douze heures déjà qu'il est mort. Je suis en retard".

Elle se tire une balle dans la tête.

Rue Cauchois.  Montmartre.
Le 15

Le 15

Au 15, dans l'ancienne impasse, un autre peintre eut son atelier : Charles Bombled (1862-1927).

Charles Bombled. Cheval à l'écurie.

Charles Bombled. Cheval à l'écurie.

Né à Chantilly, il aimait les chevaux. Sa gloire relative lui venait de ses représentations nombreuses de militaires, de scènes de combats napoléoniens....

Rue Cauchois.  Montmartre.

prise de ConstantineMais aussi de sa participation à des journaux comme la caricature ou le Chat Noir.

Enfin, il participa au théâtre d'ombres avec ses tableaux en silhouettes de la conquête de l'Algérie.

Rue Cauchois.  Montmartre.

Un bel immeuble original avec bow-windows fait l'angle avec l'ancienne impasse tandis que se succèdent côté impair de petites maisons avec jardinet qui donnent à la rue son aspect paisible et quasi provincial.

Rue Cauchois.  Montmartre.

Avant de quitter la rue Cauchois et ses fantômes, revenons au 15 où un autre peintre que Bombled vécut et eut son atelier.

Il s'agit de Léon Huber (1858-1928).

Cet homme étonnant, bon vivant, humaniste, poète et soucieux de venir en aide aux pauvres gens de son quartier à qui il offrait chaque matin un repas, avait une passion : les chats!

Rue Cauchois.  Montmartre.

Grün, un de ses fidèles amis, l'a caricaturé, à moitié métamorphosé en chat, en train de peindre une toile à l'aide de sa queue-pinceau!

Rue Cauchois.  Montmartre.

Léon Huber mit en scène les petits animaux "domestiques" dans toutes les situations, les plus tendres ou les plus cocasses. Son style était classique, un tantinet mièvre. Mais il plut.

Aujourd'hui encore les chats de Léon Huber sont recherchés des collectionneurs et adorateurs des petits félins.

On ne peut quitter plus sympathiquement la rue Cauchois.... avec un grand miaou de reconnaissance à cet homme qui fut "artiste, violoniste, fumiste, jem'enfichiste"!

.... et à moitié chat!

 

Rue Cauchois.  Montmartre.

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