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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

montmartre. rues et places.

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
Rue Blanche. Deuxième partie. Du 27 à la place Blanche.

     Nous reprenons notre ascension de la rue Blanche où nous nous étions arrêtés au 25, devant l'église protestante allemande.

Où s'élève aujourd'hui le 27 a vécu un peintre oublié, Achille Gratien Gallier (1814-1871).

L'immeuble de 1910 qui a remplacé l'hôtel où vivait Gratien mort en 1871.

    Il fait partie de ces peintres paysagistes très appréciés au milieu du XIXème siècle dont les paysages (surtout italiens) étaient à la mode. Il paraît banal aujourd'hui bien que Corot paraît-il l'eût admiré.

                                               Vue de la campagne romaine

Rue Blanche. Deuxième partie. Du 27 à la place Blanche.

Les 24-28 sont l'adresse des pompiers! Ils accueillent le 1er groupement d'incendie et de secours de la 7ème compagnie.

La partie la plus ancienne a servi d'hôpital à la maison militaire de Louis XVIII puis d'école pour les musiques de la garnison de Paris sous Louis-Philippe avant d'être intégrée à l'ensemble construit entre 1901 et 1907 par l'architecte Louis Sauffroy.

Rue Blanche. Deuxième partie. Du 27 à la place Blanche.

Il s'agit d'ailleurs du dernier ouvrage de Louis Sauffroy (1847-1907). Parmi ses réalisations  les plus spectaculaires, citons le Grand Hôtel de Saint-Lunaire et le Castel Sauffroy qui est aujourd'hui le siège de la mairie..

 

     Le 43 rue Blanche est connu des fans de Berlioz bien qu'il n'y ait jamais vécu.

Il utilisa pour lui-même cette adresse postale mais c'est surtout là qu'en 1844 vint vivre Harriet Smithson alors que son mari après l'avoir quittée s'était installée avec Marie Recio rue de Provence. Harriet y vivra pendant 4 ans avant de déménager au 65 rue Blanche puis rue Saint-Vincent où elle mourra non loin de la maison où elle avait vécu avec Berlioz et où son fils était né. 

Aujourd'hui une même adresse réunit au cimetière de Montmartre, un peu plus haut, Berlioz et les deux femmes de sa vie.

     Toujours au 43 a vécu en 1836 Paul Gavarni, dessinateur, illustrateur qui reste très lié au quartier (il habita rue Fontaine et rue Saint-Lazare).

Il a immortalisé les petits métiers de Paris et a donné l'image la plus connue des lorettes et des grisettes. Le monument de la place Saint-Georges lui rend hommage.

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 Avant la construction du 44, immeuble assez banal, il y avait à cet emplacement un hôtel particulier où vivait Jean-François Boursault dont le nom de comédien était Boursault-Malherbe (nom choisi pour l'admiration qu'il portait au poète).

     Jean-François Boursault (1750-1842) fut un révolutionnaire prudent mais surtout un homme de théâtre passionné.

                                                        Charles-Philippe Ronsin (1751-1794)

    Il fit construire à paris en 1791 près de la rue Quincampoix le théâtre Molière où il monta les pièces révolutionnaires de Ronsin, général de division de la Révolution et auteur dramatique. Ses pièces cessent d'être jouées et le théâtre est fermé le jour où il est guillotiné, accusé à tort de complot militaire. En 1795 (an IV) Boursault reprend la salle qu'il nomme "théâtre des Variétés nationales et étrangères" et y monte des pièces de son auteur favori Shakespeare.

Rue Blanche. Deuxième partie. Du 27 à la place Blanche.

   Ce personnage étonnant était passionné d'horticulture et fit installer des serres sur des terrains alors campagnards qui allaient jusqu'au Pigalle actuel. Il introduisit de nouvelles fleurs en France et fut le créateur de la rose "Boursault" qui existe encore aujourd'hui, contrairement à la Rose de son poète, préféré : "Et Rose elle a vécu ce que vivent les roses, l'espace d'un matin"

   

                                Alberte de Rubempré peinte par Delacroix en Catherine d'Alexandrie

 

       Pour l'anecdote, notons qu'une de ses filles, d'une grande beauté, Alberte Alexandrine, mariée à 17 ans à Marie Emile Cozette de Rubempré, malheureuse dans son couple, fut la maîtresse de Stendhal à qui elle inspira quelques aspects du personnage de Mathilde de la Mole dans "Le Rouge et le Noir". Elle avait fort bon goût puisqu'elle fut également la maîtresse de Mérimée, Delacroix et Rossini!

Rue Blanche. Deuxième partie. Du 27 à la place Blanche.

   Au 45 vécut Pierre Humbert (1848-1919) un des plus importants architectes parisiens qui contribua à la transformation de Paris. On ne compte plus ses réalisations parisiennes, hôtels particuliers, immeubles, notamment dans le XVIème arrondissement. Un Montmartrois ne manquera pas de retenir qu'il fut l'auteur du 58 rue Caulaincourt où vécut Steinlen et qu'il créa l'élégant square de Montmartre (aujourd'hui Kriegel-Valrimont). 

124 av. Victor Hugo (Pierre Humbert)

124 av. Victor Hugo (Pierre Humbert)

    J'ai une sympathie particulière pour le 124 avenue Victor Hugo, élevé à l'emplacement d'un hôtel où vécut l'écrivain représenté au-dessus de l'entrée.

Le 47

Le 47

    Au 47 (à son emplacement plus exactement) a vécu Manuel Francisco de Barros e Sousa  (1791-1856),homme politique portugais qui fut ministre d'Etat et ministre des Affaires étrangères.

Jugé trop modéré il s'exila à Paris où il se consacra aux études historiques qu'il aimait. Il fut à l'origine du terme de "cartographie".

                                                 Carte de l'Atlas de Barros e Sousa 

Le 49 a perdu la mémoire. Il s'est transformé en un passage qui conduit à une résidence Alzheimer! "Les parentèles de la rue Blanche".

Rue Blanche. Deuxième partie. Du 27 à la place Blanche.

   Les notes de piano qui s'y élevaient ont disparu elles aussi. C'est pourtant un des plus grands pianistes français qui y vécut : Louis Diémer (1849_1919). Il se produisit dans de nombreux pays et il redécouvrit le répertoire du clavecin.

Rue Blanche. Deuxième partie. Du 27 à la place Blanche.

    Il eut pour élèves au Conservatoire, à la fin du XIXème siècle, entre autres, Robert Casadesus, Alfred Cortot, Georges Enesco, Marcel Dupré.

Il fut aussi compositeur apprécié. Il repose aujourd'hui au cimetière de Montmartre où son buste semble humer le ciel et entendre venues des nuages, des notes légères de clavecin. 

51

51

    Le 51 est un immeuble protégé, typique de l'architecture de la Restauration avec sa cour en U et son portail fermé orné de vasques. 

    Le 54 est plus récent, construit dans la deuxième moitié du XIXème et adresse aujourd'hui d'un restaurant.

 

     Il y eut à cet endroit une institution-pension pour jeunes-filles dont l'une des directrices fut Euphémie Vauthier, autrice, journaliste, enseignante qui marque une date dans l'histoire toujours à approfondir des femmes.

     

 

Elle dirige avec trois de ses soeurs l'institution du 54 rue Blanche tout en ne cessant d'écrire. Sa rencontre avec Lamartine l'impressionne et l'encourage. C'est lui qui écrira la préface de son roman "Léonie" (1860) après l'avoir incitée à se lancer : "Mademoiselle il faut tout quitter pour écrire".

Féministe, elle milite dans plusieurs associations comme celle du "Droit des femmes". Son nom restera célèbre car il est celui de la première femme à avoir été poursuivie pour un délit commis par voie de presse. 

                                                         Louis Rossel

En effet, engagée dans la défense des victimes de la Commune, elle écrit un article après l'exécution de Louis Rossel, colonel qui a rejoint la Commune et après l'écrasement a refusé l'exil que lui proposait Thiers soucieux de ne pas en faire un martyr. Il fut fusillé à 27 ans  :

"Ils croient l'avoir tué et à jamais ils le font vivre" écrit Euphémie.

 

Lors de son procès en cour d'assises, elle est soutenue par Victor Hugo. Elle sera acquittée et restera dans l'histoire!

    C'est toujours au 54 que Firmin Gémier mourut en 1933. Cet acteur marqué par les théories d'Antoine fut un de ces hommes qui œuvra pour un vrai théâtre populaire. Il est d'ailleurs le créateur du TNP (Théâtre National Populaire) en 1920. 

   Notons qu'il fut, comme Malraux le sera pour Jean Moulin l'organisateur du transfert de Jean Jaurès au Panthéon.

Le fils qu'il eut avec Mary Marquet, mourut au camp de Buchenwald en 1943.

     Le 70 fut le domicile (1er étage) de la baronne Copens, de son vrai nom Stéphanie Marie Arnoult de Joyeuse. Elle fut une adversaire active du coup d'Etat du Prince Président en 1851 et elle réunit dans son appartement de la rue Blanche, le 2 décembre,  une soixantaine d'opposants dont Victor Hugo, Arago, Edgar Quinet... 

 

    C'est aussi à cette adresse que vécut, après son exil, le patriote vénitien Daniele Manin (1804-1857) qui lutta contre les Autrichiens et fut chef de la République de Saint-Marc. Il mourra à Paris sans avoir vu se créer l'unité italienne pour laquelle il s'était engagé corps et âme. Une statue lui rend hommage à Venise.

Une rue de Paris, près des Buttes Chaumont, le rappelle à notre mémoire.

Vue d'ensemble

Vue d'ensemble

Au 72 a vécu presque toute sa vie Jules Garcin (1830-1896) violoniste, chef d'orchestre et compositeur. Il déménagea quelques années avant sa mort pour la rue Victor Massé voisine.  

 

     Il fut élève de maîtres célèbres comme Adolphe Adam et Ambroise Thomas. Premier prix de violon, il rejoignit l'orchestre de l'Opéra de paris où il fut ensuite chef d'orchestre.

                                Il est enterré au cimetière de Montmartre.

Toujours au 72 nous rencontrons un auteur dramatique, vaudevilliste à succès, bien oublié aujourd'hui : Paul Barré (1854-1910).

   Il a écrit des livrets d'opérettes, des pièces qu'on pourrait appeler "de boulevard" dans lesquelles il aimait laisser libre cours à sa verve gauloise. Ce qui le rend un peu plus actuel, c'est le titre de sa première pièce, en 1877, "Les Gilets Jaunes"!

Le 75

Le 75

     La façade du 75 porte une plaque, fait rarissime dans cette rue qui a pourtant abrité de nombreuses célébrités.

Cette plaque prend une valeur particulière car il est impossible de se recueillir sur la tombe d'une belle actrice qui a voulu donner son corps à la science et dont les cendres ont été dispersées dans la fosse commune du cimetière de Thiais.

     Entrée à la Comédie Française, elle y a passé l'essentiel de sa vie professionnelle. Quand en 1966, elle la quitte c'est pour être professeur au Conservatoire et former de jeunes comédiens parmi lesquels Daniel Auteuil, Patrick Chesnais, Nicole Garcia, Sabine Azéma, Francis Huster... 

                                                  Dans la Marseillaise de Renoir

     Elle a connu une brillante carrière cinématographique sous la direction de quelques uns des grands cinéastes français (Renoir, Tourneur, Cayatte, René Clair).

                                                 Dans le Capitan de Hunebelle

Le 77

Le 77

     Au 77 Edgar Degas eut un atelier de 1873 à 1876, une de ses nombreuses adresses à Montmartre. Ces années correspondent à une intense créativité du peintre.

 

Rue Blanche. Deuxième partie. Du 27 à la place Blanche.

   Le 78, classé, est un des beaux immeubles de la rue. Il s'agit d'un hôtel particulier construit dans la deuxième moitié du XIXème siècle dans le style néo Renaissance par l'architecte Théodore Ballu, pour lui-même.

 

    L'architecte qui est grand connaisseur de l'histoire de l'architecture et des styles, a laissé de nombreux témoignages à Paris de son talent et de son éclectisme.

Le "etc" de la plaque aurait pu être précisé par l'église Saint Ambroise, l'église Saint-Joseph, le beffroi de la mairie du Ier arrondissement entre Saint-Germain l'Auxerrois et la mairie construite par Hittorf, la restauration de la tour Saint-Jacques....

                           Une rue qui commence rue Blanche porte son nom

Voilà que nous arrivons à la fin de cette rue qui avait tant à nous raconter. Un dernier numéro, le 96, aura droit à notre attention. C'est en effet dans cet immeuble qu'André Antoine, si présent à Montmartre, loua en 1887 un atelier. C'est l'année où il crée au 37 de la rue Antoine actuelle "le Théâtre Libre".

Rue Blanche. Deuxième partie. Du 27 à la place Blanche.

    Et maintenant nous sommes sur la place Blanche qui, elle aussi, a bien des souvenirs à nous raconter pendant que le Moulin Rouge laisse entendre à l'ombre de ses ailes immobiles le frou frou des dentelles qui affolèrent les noctambules!

                                                                              Camoin

Liens :

Rue Blanche 1ère partie (de la Trinité au 25)

Liste des rues de Montmartre visitées sue ce blog

                                                           Bassin de la Trinité

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La rue Blanche. Première partie, du début au 25.

    La couleur de la place Blanche c'est le rouge du moulin que photographient tous les touristes! C'est sur cette place que commence la rue homonyme qui descend plein sud vers l'église de la Trinité. Une des rues les plus riches en histoire et histoires de Montmartre.

La rue Blanche. Première partie, du début au 25.

    Pourquoi ce nom?

La tradition affirme qu'il est dû aux carrières de gypse de la Butte. Les charrois descendaient les rues pentues, chargées de plâtre qui ne manquait pas sous l'effet des cahots et du vent de se disperser en partie sur la chaussée. 

Les Porcherons avec le château du Coq dont il ne reste que le ,om d'une impasse sur la rue Saint-Lazare.

Les Porcherons avec le château du Coq dont il ne reste que le ,om d'une impasse sur la rue Saint-Lazare.

     L'étude des différents noms des rues depuis leur création raconte une autre histoire. Il y avait en effet, succédant à l'ancien chemin qui allait du village des Porcherons à la place une rue qui avait pris le nom de "rue de la Croix Blanche". Elle le devait à  l'enseigne d'un cabaret très fréquenté, le cabaret de la Croix Blanche. En 1793, alors qu'on efface autant que possible toute référence religieuse dans les noms, la rue prend le nom qu'elle a gardé : rue Blanche. 

Sur la droite de l'église, début de la rue Blanche.

Sur la droite de l'église, début de la rue Blanche.

    Partons donc du bas de la rue, là où elle commence, place d'Estienne d'Orves, à quelques pas de l'église de la Trinité.

 

    Il y avait là en 1765 ce qu'on appelait "la clôture", un poste d'octroi qui taxait les marchandises entrant dans Paris.

Le poste existera jusqu'à la construction du fameux mur des Fermiers Généraux qui passera plus au nord, à la hauteur de la place Blanche actuelle.

La rue Blanche. Première partie, du début au 25.

Au n° 2, bel immeuble avec cariatides où a vécu le général Charles Guillemaut (1809-1886) inhumé au cimetière de Montmartre.

Il faisait partie de cette gauche républicaine et laïque qui nous manque aujourd'hui. Il a pour titre d'honneur de s'être illustré dans la bataille du plateau d'Avron en 1870. Il était vigilant quant au respect de la laïcité et s'est opposé à la création d'aumôniers militaires.

La rue Blanche. Première partie, du début au 25.

Le bel immeuble post-haussmannien est dû à l'architecte Charles Forest dont j'ignore malgré quelques recherches quelles ont été ses autres réalisations. Qu'importe! son nom restera gravé sur la pierre sur l'un des plus beaux immeubles du IXème arrondissement!

                                                       16 rue de Penthièvre (Forest)

     (Je rajoute après publication de l'article, grâce aux informations que m'a données Maxime B. que l'on doit plusieurs immeubles parisiens à cet architecte, boulevard Saint-Germain, rue de Florence, rue de Penthièvre. Aucun cependant n'a l'allure ni le développement de celui de la rue Blanche.)

La rue Blanche. Première partie, du début au 25.

    Là où s'élève le 3 vivait Camille Paganel (1795-1859).  Encore un homme politique mais du bord opposé. Un conservateur bon teint bien que fils du conventionnel Pierre Paganel qui, prêtre avant la Révolution, fut élu à l'Assemblée où il attaqua les prêtres réfractaires et vota la mort du roi, ce qui lui valu d'être exilé pour régicide en 1816.

                                                               Pierre Paganel

Camille eut une vie moins tumultueuse;  il fut député du Lot et Garonne puis Secrétaire d'Etat au Ministère de l'Agriculture et Directeur des Haras bien que ne connaissant rien à la gent chevaline.

La rue Blanche. Première partie, du début au 25.

    Le 5 qui fait partie du même groupe d'immeubles est une adresse intéressante à plusieurs titres. Elle est celle depuis 35 ans de la fondation Danielle Mitterrand qui se présente comme radicale et utopiste.

Ses engagements politiques et écologiques sont nombreux. Il suffit de mentionner la défense constante du peuple kurde ou celle du peuple tibétain pour tirer son chapeau!

     Il y eut avant la construction de l'immeuble un hôtel où vécut Martin Gaudin duc de Gaëte (1756-1841) qui fut ministres des finances sous le consulat et l'Empire.

Il fit preuve de rigueur et d'honnêteté, ayant acquis sa réputation d'homme intègre pendant la période révolutionnaire. En effet il accepta d'être nommé en 1795 au poste périlleux de responsable des recettes (pour ne pas dire des impôts), ce qui lui valut de nombreuses dénonciations. Il n'en sauva pas moins sa tête comme il parvint à sauver celle des 48 receveurs généraux que Robespierre voulait envoyer à la guillotine!

     

        Toujours au 5 a vécu Emile Paul Salmson (1893-1966) qui a été un des plus grands constructeur aéronautique et automobile français.

Le 6

Le 6

    Le 6 abrita les premiers locaux de la librairie Simon et Lucien Kra qui créèrent les Editions du Sagittaire bien connue pour avoir publié quelques livres essentiels.

De 1921 à 1923 elles furent dirigées par André Malraux avant de devenir la maison d'édition des surréalistes avec Breton comme auteur attitré!

     Au 8 a vécu (et est mort) un des auteurs dramatiques les plus joués dans la deuxième moitié du XIXème siècle.

 Il s'agit de Léon Laya dont la pièce "le Duc Job", jouée au Théâtre Français fut un des plus grands succès de son temps. On le retrouva pendu au bout de sa cravate à son domicile de la rue Blanche. Il laissait deux lettres, l'une au directeur du Gymnase où devait être donnée sa dernière pièce (elle contenait tout le 4ème acte qui manquait encore) et l'autre à son actrice principale. Il est inhumé au cimetière de Montmartre.

Le 10

Le 10

     Au 10 a vécu Léon Faucher, homme politique qui fut sous Louis Napoléon Bonaparte Ministre de l'Intérieur et donc Président du Gouvernement en 1851, année où refusant de cautionner le coup d'Etat, il quitta définitivement la vie politique.

                                                     Léon Faucher (Daumier)

Ce qui lui, permit de se consacrer à ses études sur l'économie et d'aller en Italie pour suivre une cure qui ne lui porta pas chance, puisqu'au retour il mourut de la fièvre typhoïde à Marseille. 

La rue Blanche. Première partie, du début au 25.
Au 15, le Théâtre de Paris.

Au 15, le Théâtre de Paris.

     Nous trouvons au 15 un théâtre qui a son histoire puisqu'il y eut à l'origine, là où il est établi, un pavillon de fêtes créé par le duc de Richelieu en 1730. Nous étions alors dans la campagne aux portes de Paris. Ce pavillon isolé sous les arbres fut, dit-on fréquenté par Louis XV et la Pompadour.

 

     Au XIXème siècle il connut plusieurs avatars, passant d'un parc d'attractions à une église puis à une patinoire pour les amateurs de patin à roulettes devenus très tendance

 

    C'est en 1891 que renaît le Théâtre qui sur l'impulsion de Lugné Poe fait connaître Ibsen et les auteurs nordiques.

     Réjane, quelques années plus tard, alors qu'elle est au sommet de sa gloire, en devient propriétaire et le baptise "Théâtre Réjane". "Madame sans-Gêne" y est donné à guichets fermés! 

    En 1918 le théâtre est racheté par Léon Volterra qui lui donne le nom, très original, de "Théâtre de Paris".

En 1929 Pagnol y crée sa fameuse trilogie. Une deuxième salle sera ouverte plus tard, en 1958, sur l'initiative d'Elvire Popesco, le "Petit Théâtre de Paris". Différents directeurs se succèdent dont Robert Hossein et des acteurs célèbres s'y produisent comme Delon, Romy Schneider, Belmondo, Depardieu, Giraudeau.

   

Au début du XXIème siècle le théâtre connaît un nouvel essor avec la direction de Stéphane Hillel. Aujourd'hui il reste un des théâtres parisiens très fréquentés même s'il a un peu oublié qu'il fut un théâtre d'avant-garde.

17

17

 

    Le 17, classé, est l'hôtel le Marois, construit en 1829 par l'architecte Antoine Joseph Pellechet pour le général comte Le Marois, ancien garde de camp de Napoléon. L'immeuble de pierres de style palladien était jadis orné d'une statue au centre de la cour.

21

21

    Le 21  est le plus bel immeuble de la rue, chef d'œuvre Art Nouveau : l'hôtel de Choudens construit par l'architecte Charles Girault en 1901 pour l'éditeur de musique Paul de Choudens.

 

    Charles Girault est sans conteste un des grands architectes fin de siècle, marqué à la fois par le baroque italien et les audaces de l'Art Nouveau.

 

On lui doit un des monuments les plus élégants et les plus originaux de Paris : le Petit Palais édifié pour l'expo de 1900. Léopold II fut tellement séduit par le monument qu'il demanda sa réplique exacte à Bruxelles. Girault refusa de dupliquer son oeuvre mais il reçut de nombreuses commandes en Belgique.

   

A Paris, il coordonna également les travaux du Grand Palais et il réalisa à la demande de la famille  le très beau tombeau de Pasteur dans l'Institut qui porte son nom.

   

Paul de Choudens pour qui l'hôtel a été construit est moins célèbre que son architecte. Il fut musicien et éditeur de musique. L'hôtel fut construit grâce aux revenus considérables que lui assura la publication du Faust de Gounod et du Carmen de Bizet.

Hôtel à l'abandon après le départ de l'Ecole.

Hôtel à l'abandon après le départ de l'Ecole.

      L'hôtel connut quelques vicissitudes. Il abrita la fameuse école  de théâtre connue sous le nom d'école de la rue Blanche qui prit possession du bâtiment abandonné. Elle y restera jusqu'à don déménagement pour Lyon en 1997. L'hôtel alors n'est pas en bon état et plusieurs années de vacance et d'occupation sauvage le dégradent.

 

    En 2003 il est vendu par la Ville à une société immobilière qui le restaure. Il abrite aujourd'hui des salles de sport qui ont essayé tant bien que mal de respecter l'originalité et la valeur d'un décor unique.

 

25

25

     Le 25 est une église. Il s'agit de l'église du Christ, église évangélique allemande qui de 1933 à 1945 fut ressentie comme ennemie par les riverains. Elle l'était puisque financée par la tendance protestante la plus proche du régime nazi et tint le rôle de paroisse militaire. On pense à Dylan : "Though they murdered six million in the oven they fried, the Germans too have God on their side".

 

Elle a été construite en 1894 par l'architecte Edouard-Jean Niermans (1859-1928) qui fut un représentant brillant de l'Art Nouveau et de l'Art Déco. 

Pas loin de là, rue Saint-Lazare, on peut admirer la brasserie Mollard qui est son oeuvre, comme le sont à des degrés divers les Folies Bergère, le Casino de Paris ou le Moulin Rouge (dessiné par Willette, le fameux bal est transformé en théâtre concert en 1903 par Niermans).

La rue Blanche. Première partie, du début au 25.

On lui doit également l'hôtel le plus célèbre de Nice, le Négresco.

La rue Blanche. Première partie, du début au 25.

Nous nous arrêtons un moment avant de reprendre la prochaine fois la montée vers le Moulin Rouge, sûrs de faire d'autres découvertes surprenantes dans cette rue Blanche qui nous en fait voir de toutes les couleurs!

 

(Deuxième partie de la rue Blanche, du 27 à la place)

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C'est un cabaret qui a laissé son nom dans l'histoire (politique et artistique) mais sans le tableau de Manet, ce nom aurait sans doute moins d'éclat!

Tout commence au XVIIIème siècle quand la frontière de Paris s'arrête à ce qui sera plus tard la place de Clichy.

Le village de Clichy la Garenne a sur son territoire plusieurs hameaux dont celui des Batignolles où une ferme accueille les parisiens pour leur servir le petit vin guinguet.

Les affaires étant rentables, la ferme se transforme en cabaret, vraisemblablement vers 1765, "Au père Lathuille".

La construction de la barrière des Fermiers Généraux est une aubaine pour le cabaret où viennent de plus en plus nombreux les parisiens qui apprécient de payer moins cher le vin et les alcools qui n'ont pas eu à passer la barrière de l'octroi.

La barrière de Clichy (bureau de l'octroi, pavillon de Ledoux)

La barrière de Clichy (bureau de l'octroi, pavillon de Ledoux)

Horace Vernet.30 mars 1814

Le cabaret entre dans l'histoire le 30 mars 1814.

Le tableau d'Horace Vernet rappelle ce jour héroïque.

On y voit le maréchal Moncey dirigeant la défense de Paris et donnant des ordres à un colonel.

On remarque le pavillon de l'octroi de Ledoux sur la gauche et au fond le cabaret du père lathuille. g>

Le peintre rend hommage au cabaretier qui ouvre les portes de son établissement aux gardes nationaux, leur sert à boire et à manger sans lésiner. On lui prête la phrase historique adressée aux combattants qui allaient affronter l'armée russe :

"Mangez, buvez, mes enfants! Il ne faut rien laisser à l'ennemi!"

La résistance menée par Moncey fut assez héroïque pour tenir jusqu'à l'armistice. Des boulets russes détruisirent une partie du cabaret, l'un d'eux se ficha dans le comptoir. On l'y laissa et il put être caressé comme une relique par les clients jusqu'en 1860!

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.
Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.

Le cabaret se trouvait au n°7 actuel de l'avenue de Clichy qui s'appelait alors grande rue des Batignolles.

Aujourd'hui à son emplacement s'élève un cinéma militant qui promeut les oeuvres de création, c'est le Cinéma des Cinéastes, apprécié des cinéphiles,

Chez Aubry

La paix revenue, le cabaret accueille une clientèle plus large et son restaurant est apprécié pour ses plats originaux comme "la sole Moncey" ou "le poulet Lathuille" (aux fonds d'artichaut).

Jouxtant l'établissement, au n°9 de l'avenue actuelle, Aubry, gendre du père Lathuille ouvre en 1830 un café au décor luxueux. La grande salle est décorée de peintures et, comble de luxe, éclairée au gaz. On peut jouer au billard dans une deuxième salle ou profiter du soleil dans un jardin à l'arrière.

Une porte de communication permet de passer du cabaret du père Lathuille au café Aubry. Ce café deviendra célèbre quand Guerbois le rachètera.

Beaucoup d'artistes fauchés habitent le quartier où les loyers sont moins élevés que dans la Nouvelle Athènes voisine. Les peintres, s'approvisionnent en matériel chez Hennequin, ami de Manet, dont la boutique est au 11 rue Grande des Batignolles.

De la boutique au café Guerbois, il n'y a qu'un pas. Entre 1866 et 1875, le café est un lieu de rencontres et de réunions. On y voit Monet, Cézanne, Degas, Renoir, Pissaro, Sisley, Manet!

Le café figurera dans le roman de Zola "l'Oeuvre" sous le nom de café Baudequin (contraction de Baudelaire qui fréquenta le café Guerbois et Hennequin le marchand de peintures)

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.

Manet peint son fameux tableau en 1880.

Zola le décrit ainsi :

"Il y a au salon de cette année une scène de plein air, Chez le père Lathuille, deux figures à une table de cabaret, d'une gaieté et d'une délicatesse de tons charmantes (...) "

Manet représente Louis, le fils du patron attablé à côté d'Ellen Andrée, actrice de renom qui joue notamment dans les pièces de Courteline et qui sert de modèle à de nombreux peintres comme Renoir ou Degas. Manet l'a déjà représentée dans un tableau peint en 1875 : la Prune.

Manet. La prune. (Ellen André)

Manet. La prune. (Ellen André)

La jeune-fille en blanc.

Manet habitué du cabaret choisit encore pour modèle la fille du père Lathuille, Marguerite Gauthier-Latuille, pour son tableau, "La jeune-fille en blanc".g>

Louis Gauthier-lathuille (1879)

Il peint une nouvelle fois Louis, le fils du père Lathuille, déjà représenté avec Ellen Andrée, dans un autre tableau...

Le restaurant du père Lathuille cesse d'être à la mode dans les dernières années du XIXème siècle et Louis Gauthier-Lathuille qui a succédé à son père ne parvient pas à lui redonner le lustre d'antan.

Il est vrai que la plupart des grands peintres qui fréquentaient l'établissement sont morts!

avenue de Clichy (à gauche le Kursaal)

avenue de Clichy (à gauche le Kursaal)

Le cabaret ferme ses portes en 1906.

Il est remplacé entre 1907 et 1927 par un Music-Hall, le Kursaal où se produisent, entre autres, Maurice Chevalier, Fréhel, Lucienne Boyer ou Berthe Silva...

Tampon de l'Eden.

Tampon de l'Eden.

Le music-hall périclite comme la plupart des établissements montmartrois quand la vogue du 7ème art se répand. Il est transformé en cinéma-music-hall, l'Eden, avant de n'être plus qu'un cinéma le Mirage puis le Pathé Clichy (1943).strong>

En 1987 Claude Berri en prend la direction avec la Société des Auteurs réalisateurs et producteurs (l'ARP)

Dernière métamorphose en 1996 quand le cinéma est baptisé par sa marraine Fanny Ardant : Le Cinéma des Cinéastes!

On y trouve au 1er étage "le bistrot des cinéastes" sympathique mais un peu terne, sans un père Lathuille pour lui donner du panache!

Y aura t-il des cinéastes pour utiliser son décor et lui assurer comme l'ont fait les Impressionnistes pour le cabaret du père Lathuille une renommée internationale?!!!

Fresque dans le Cinéma des Cinéastes.

Fresque dans le Cinéma des Cinéastes.

En complément les panneaux historiques (pelles Starck) devant le 7 et le 9 de l'avenue de Clichy....

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.
7 avenue de Clichy. Le Père Lathuille.

7 avenue de Clichy. Le Père Lathuille.

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.
9 avenue de Clichy. Guerbois.

9 avenue de Clichy. Guerbois.

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Publié le par chriswac
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Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

    Comme chaque année au printemps, les enfants des écoles sont pendant une journée, propriétaires de quelques escaliers où avec des craies, ils mettent en couleurs les marches grises. Si les escaliers de la Butte sont durs aux miséreux, ils sont pour les poulbots terrains de jeux!

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.
Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

    Rue Jules Méthivier, ils accueillent des ours polaires et des pingouins sur la banquise qui disparaît jour après jour. 

Rue Barsacq

Rue Barsacq

    Rue Barsacq ce sont des gosses de l'école de la Plaine dans le XXème arrondissement qui sont venus dessiner cet arbre de vie aux fruits colorés comme des oiseaux.

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

 Rue Gabrielle, l'école élémentaire Torcy va droit au but avec un cœur sur des marches couleurs de l'Ukraine.

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

Rue Girardon, les petits artistes du centre de loisirs Constantin Pecqueur n'ont pas cherché le réalisme!

Des plages de couleurs où l'on est libres de voir des oiseaux, des palais, ou simplement des paysages de craie. Un croissant de lune est pourtant reconnaissable, celle que chantait Bruant, "La lune en croissant qui brillait blanche et fatidique, sur la p'tite croix d'la basilique..." 

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

     Rue du Mont-Cenis, les petits de la maternelle ont imaginé leurs vacances, sable jaune, vagues bleues, palmier, soleil orange et ciel d'azur.

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

     Rue Patureau, les marches se transforment en un mur de briques multicolores organisées comme les motifs d'un tapis ou les ailes d'un papillon géométrique!

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

     Rue Chappe, longeant les arènes, l'école Maurice Genevoix a jeté ces couleurs dans des rectangles et des carrés, pastels abstraits, caresses de craie qui me font penser à la palette de Marie Laurencin.

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

      Voilà un des escaliers les plus rudes et les plus célèbres de Montmartre, la rue Foyatier.  Impossible aux petits artistes de peindre ses 222 marches!

La première partie est un escalier dans l'escalier, savant trompe l'œil qui a dû amuser les enfants.

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

     La 2ème volée correspond mieux à l'imaginaire enfantin avec ce débonnaire mille pattes sur l'herbe verte, sous le ciel bleu.

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

Rue Paul Albert, l'école Christiani a déjà la tête dans les jeux Olympiques de 2024. 

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

    L'école Cugnot a planté un lion au bas de la rue Becquerel, la rue que tous les amoureux connaissent car c'est celle où vivait Nadja "aux yeux de fougère" de l'Amour Fou.

André Breton aurait aimé ce lion débonnaire capable de veiller sur son amoureuse guettée par la folie.

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

    Dans les volées supérieures, les mains ouvertes laissent échapper des cœurs.  "L'amour est toujours devant vous. Aimez." (André Breton)

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

    Rue du Chevalier de La Barre, l'école Flocon (quel joli nom!) raconte le Petit Chaperon Rouge.

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

    Le loup bien sympa malgré ses crocs est dominé par un Chaperon rouge immense. C'est comme ça que les enfants conjurent la peur que pourrait inspirer le prédateur. 

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

Au-dessus, un petit bonhomme qui ressemble au Petit prince vole dans les nuages.

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

... Salut les p'tits poulbots!

Merci pour vos sourires, pour vos couleurs, et merci à vos profs qui vous font gravir des marches en jouant.

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Publié le par chriswac
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 Rue du Mont Cenis. Sculpture d'Anna Waisman. La gloire des démolisseurs.

     En ce lieu central de Montmartre, près de la place du Tertre, une pierre sculptée voit passer la foule des visiteurs rue du Mont-Cenis au tournant de la plus ancienne ruelle du village, la rue Saint-Rustique.

 Rue du Mont Cenis. Sculpture d'Anna Waisman. La gloire des démolisseurs.

    Elle semble être là de toute éternité, avant que la Butte ne fût devenue romaine autour des temples de Mars et de Mercure, avant le cheminement de Saint-Denis portant sa tête ensanglantée et de ses compagnons Rustique et Eleuthère....

 Rue du Mont Cenis. Sculpture d'Anna Waisman. La gloire des démolisseurs.

  Elle évoque des temps primitifs où les pierres ne jouaient pas à faire joli mais étaient porteuses de forces venues du profond de la terre pour que dialoguent  le ciel et les hommes.

   

     Je me suis souvent arrêté devant elle et quand Montmartre retrouve en hiver la paix et l'humilité de ses origines, j'ai posé les mains sur elle comme on les pose sur le tronc d'un arbre centenaire. 

     Et le 15 mai 2022, jour de soleil et de fanfare, j'ai appris son histoire... au cours d'une "ré-inauguration" et de la pose d'une plaque qui paraît-il exista avant de disparaître.

Comme on le sait nous sommes dans le quartier du "passe-murailles"! Ce qui est vrai pour les hommes peut l'être pour les plaques!

 Rue du Mont Cenis. Sculpture d'Anna Waisman. La gloire des démolisseurs.

    L'histoire commence loin de la Butte, là où un pont-viaduc franchissait la Seine reliant la gare d'Auteuil à la gare de Grenelle-ceinture. Ouvrage imposant, construit (en 1867) par l'architecte Bassompierre, il faisait l'admiration des Parisiens. Théophile Gautier parlait d'une "merveilleuse résurrection de l'architecture romaine".

 Rue du Mont Cenis. Sculpture d'Anna Waisman. La gloire des démolisseurs.

    Avec la disparition du chemin de fer de ceinture, il fut jugé démodé et peu pratique. Donc on le démolit comme on aime démolir à Paris ce que l'on trouve ringard. Période de vandalisme qui aura son âge d'or sous Pompidou, maire de la ville, donnant son accord à la destruction des Halles de Baltard, du cirque Médrano, du Palais de marbre rose.... et la liste peut se dérouler longtemps.

Démolition du viaduc d'Auteuil par Pierre Louis Jamet

Démolition du viaduc d'Auteuil par Pierre Louis Jamet

    Les démolisseurs se mirent au travail et l'ouvrage majestueux fut jeté à bas, pierre à pierre. C'est alors qu'apparaît une femme qui, comme le colibri participe avec sa goutte d'eau à éteindre l'incendie, va avec sa passion, redonner vie à ce pont, ce viaduc qui justement, comme son nom l'indique, était fait pour permettre à la vie de circuler.

 

     Elle s'appelle Anna Waisman. Elle est belle et légère et forte et fragile. Adjectifs qui définissent bien les danseurs, car elle a été danseuse, de celles qui touchent les étoiles.

De celles qui sont frappées et qui tombent soudain parce le corps a ses limites et qu'il cède quand on exige trop de lui.  

 

     La danseuse privée de danse a par chance une autre passion, celle de la création bien sûr, non plus de l'éphémère des corps qui s'envolent, mais de l'éternité des pierres qui se transforment par la volonté du sculpteur.

 

     Anna Waisman trouve avec le chantier du viaduc une carrière de belles pierres où elle va s'installer, dans une cabane de planches, et jour après jour donner une vie nouvelle aux pierres sacrifiées.

 

   

                                                   Zadkine (La Sainte Famille)

     Elle a connu Zadkine qui vivait dans le même quartier qu'elle. Son œuvre ne va cesser d'évoluer et il faudrait un livre pour en parler. Aujourd'hui contentons nous de cette sculpture que ce 15 mai remet en valeur.

 Rue du Mont Cenis. Sculpture d'Anna Waisman. La gloire des démolisseurs.

  Jour de fête, de fanfare, un peu foutraque, montmartrois donc, où "les Joyeux Lurons" dont la devise est un art de vivre : "Pour ce qui est contre et contre ce qui est pour" avec les autorités du folklore local, maire de Montmartre en tête, après des discours plus ou moins inspirés re-dévoilent la sculpture d'Anna Waisman.

 

     En effet le dévoilement inaugural a eu lieu, il y a belle lurette, le 26 mai 1960 avec le maire Pierre Labric et ses adjoints Gabriello et Fred Bretonnière.

  En 2022 le fils d'Anna, Samuel et sa femme Sibylle sont présents, heureux et émus. Le soleil aussi est là et comme il brille pour tout le monde et rayonne pour la foule des touristes qui tentent de se frayer un chemin pour passer vaille que vaille rue Saint Rustique. Pieds écrasés, côtes endolories, petits noms d'oiseaux.... Tout est là pour que  la fête soit complète!

     La maire de Montmartre, le député, Samuel fils d'Anna, le fils de Fred Bretonnière, Sibylle la femme de Samuel.

    La sculpture s'est exprimée par la voix des orateurs, elle qui est là, muette et impassible depuis 62 ans. Elle a été amenée à cet endroit par celui qui dirige l'entreprise de démolition qui a mis à bas le viaduc, Jean Valentin, lui aussi adjoint au maire.

                                                      Tableau de Renoux

     Il l'offrit à la Commune de Montmartre qui l'installa devant le Grenier 7 rue du Mont Cenis. Le patron du bistro, Fred Bretonnière, était peintre et marin et vénérait Gauguin. La référence à Gauguin n'est pas anodine quand on voit notre sculpture.

Le Ceni's ou la statue prise en otage

Le Ceni's ou la statue prise en otage

     Le tableau de Renoux nous permet de voir comment la sculpture était mise en valeur au temps pas si lointain où le Grenier la respectait. Aujourd'hui un nouveau restaurant, le Ceni's n'a pas la même éthique et prend possession de l'espace sans égard pour l'œuvre qui ne lui appartient pas mais fait partie du patrimoine. Des tables sont installées autour d'elle. Certains jours elles envahissent une partie de l'étroite rue Saint-Rustique. Il y a du vandalisme à traiter ainsi cette sculpture. Tout Montmartrois et tout amoureux de l'art ne peut que pousser un coup de gueule. 

   

     Après cette juste colère revenons à Jean Valentin, le donateur, à qui l'on prêta un lien familial avec Valentin le Désossé dont il aurait été le petit-fils.

Une galéjade de plus direz-vous, non, une légende de plus sur une Butte qui les adore.

 Rue du Mont Cenis. Sculpture d'Anna Waisman. La gloire des démolisseurs.

     La statue est dédiée aux démolisseurs, plus exactement à leur gloire. On y voit un marteau et on y ressent la force des figures qui l'entourent. Etrange dédicace à ceux qui ont jeté à bas un ouvrage d'art qui était admiré de tous. Ou bien accusation indirecte à ceux, politiques, urbanistes, qui ont planifié cette démolition. Les ouvriers n'avaient pas le choix. Ils exécutaient un ordre. Anna a sympathisé avec eux et leur a rendu justice.

 Rue du Mont Cenis. Sculpture d'Anna Waisman. La gloire des démolisseurs.

Aujourd'hui la statue est là, bien plantée au sommet de la Butte. Une plaque a été apposée qui lui redonne mémoire.

        Et nous attendrons la paix du matin pour poser de nouveau nos mains sur ces têtes de pierre et entendre le fracas des pierres qui tombent, le marteau de celle qui les ressuscita, et plus ténu, à peine audible, le pas léger d'une danseuse qui à défaut d'atteindre l'inaccessible étoile a conquis l'Himalaya parisien, notre Butte sacrée! 

Anna Waisman

Anna Waisman

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Publié le par chriswac
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Rue Biot

Rue Biot

...Bien sûr quand on pense à Gainsbourg on pense à la rue de Verneuil où il a vécu et où il a tiré sa révérence, mais c'est oublier l'importance qu'a eue Montmartre dans sa vie.

Gainsbourg et Montmartre.

     C'est dans la Nouvelle Athènes, 11 bis rue Chaptal qu'il vient vivre en 1932  alors qu'il n'a que 4 ans  avec ses parents Joseph et Olia Ginsburg.

 

       Il est né près de Notre-Dame, à l'Hôtel-Dieu, de parents qui ont fui Odessa.  Tous deux artistes, elle chanteuse lyrique, lui pianiste, ils courent les cachets aussi modestes fussent-ils pour permettre à leur famille de vivre correctement.

Serge qui s'appelle alors Lucien a une sœur jumelle, Liliane, et une sœur aînée, Jacqueline, de deux ans plus âgée. Le frère aîné, Marcel, n'a pas survécu à une pneumonie.

Gainsbourg et Montmartre.

     La rue Chaptal n'est pas une adresse passagère. C'est là que pendant quinze ans la petite famille va vivre.

   

               Lucien, Jacqueline et Liliane Ginsburg

         C'est dans le petit appartement que Lucien subit avec ses sœurs des leçons de piano. En effet quand on a 6 ou 7 ans, on apprécie moyennement l'heure d'exercice pianistique que vous imposent vos parents, chaque jour à la sortie de l'école. Exercices qui se terminent souvent dans les larmes.

Gainsbourg et Montmartre.

    Il est comme il le dira, un enfant trouillard qui a du mal à s'endormir et dont les rêves sont peuplés d'images inquiétantes venues des contes qu'il dévore (Grimm, Andersen). Sur le petit lit pliant installé dans la salle à manger qui lui sert de chambre, il appelle Jacqueline afin qu'elle le rassure la nuit tombée.

Ecole 15 rue Chaptal.

Ecole 15 rue Chaptal.

    Enfant solitaire, il joue seul le plus souvent avec son meccano ou des voitures miniatures. Il  aime son fusil à air comprimé qui lui est confisqué lorsqu'il casse un carreau de l'école maternelle en face de chez lui.

Gainsbourg et Montmartre.

    Il descend la rue Blanche pour aller au square de la Trinité, devant l'église qu'il n'aime pas " la plus laide église que j'aie jamais vue".

Il joue au ballon ou il fait flotter un bateau sur le petit bassin aux fontaines.

La cité Chaptal où vivait Fréhel.

La cité Chaptal où vivait Fréhel.

    Parmi ses souvenirs liés à la chanson, il y a cette rencontre avec Fréhel qui habitait le même quartier, cité Chaptal et qui était alors très populaire.

 

   Le jeune Lulu venait de recevoir la croix d'honneur dans son école et rentrait fièrement, en l'exhibant.

     Fréhel passait par là et émue par le gamin se pencha sur lui.

 

 

  Voici comment en parle sans ménagement Gainsbourg :

"J'avais neuf-dix ans et voilà que je croise Fréhel qui ressemblait à un tas immonde et qui habitait à deux pas, dans l'impasse Chaptal où il y avait le Grand Guignol. Elle se baladait dans la rue avec un pékinois sous chaque bras, en peignoir, avec un gigolo à distance réglementaire, cinq mètres derrière, comme à l'armée. Je revenais de mon école communale et j'avais la croix d'honneur sur mon tablier. Fréhel m'a arrêté, elle m'a passé la main dans les cheveux, elle m'a dit : T'es un bon petit garçon (elle ne me connaissait pas!). Tu es sage à l'école, je vois que tu as la croix d'honneur, alors je vais te payer un verre. Je revois parfaitement la scène, c'était en terrasse du café qui fait le coin de la rue Chaptal avec la rue Henner. Elle s'est pris un ballon de rouge et m'a payé un diabolo grenadine et une tartelette aux cerises."

Gainsbourg et Montmartre.

Au 15 rue Chaptal, le café et sa terrasse sont toujours là. A nous d'imaginer Fréhel et ses deux pékinois, son gigolo à proximité, assise à côté de Lulu qui arborait sa croix d'honneur, peu de temps avant de la remplacer par l'étoile jaune, son "étoile de shérif".

Gainsbourg et Montmartre.

     "L'étoile de shérif" c'est ainsi que Lulu appelle l'étoile jaune qu'il est contraint de porter, cousue sur son tablier.

Il fréquente l'école de la rue Blanche où son instituteur, monsieur Charlet, plutôt que de prononcer son nom l'appelle "le petit juif".

 

Antoine Doinel. Le vol de la machine à écrire. (Les 400 coups)

Antoine Doinel. Le vol de la machine à écrire. (Les 400 coups)

     Cette période de sa vie fait penser à celle d'un autre enfant, moins aimé cependant, le jeune héros des 400 coups. Rappelons que Truffaut passa son enfance non loin de la rue Chaptal,  33 rue de Navarin dans le 9ème arrondissement où il fera habiter dans son film, sorti en 1959, Antoine Doinel et ses parents.

     Lucien n'aime pas l'école. Il rêve, il fait la classe buissonnière, il chaparde dans les magasins : "Je deviens un petit voleur. Je chaparde des soldats de plomb de grand prix, des petites voitures de course, des pistolets que j'arrachais des panoplies et faisais tomber dans mon cartable."

   

Joseph entouré de Lucien , Liliane et Jacqueline (debout)

      La famille depuis la fin des années 30 passe l'été à Dinard où Josef exerce son art de pianiste dans des établissements comme le Balnéum. L'été 40, la famille envisage de ne pas rentrer à Paris afin d'échapper aux menaces qui se précisent. Lucien ne souffre pas de ce premier exil temporaire à Dinard. Jacqueline parlera de cet été comme un temps de vacances et d'insouciance : "Comme les enfants sont inconscients, la grande attraction c'était d'aller sur la place du Marché regarder l'arrivée des camions et des charrettes de l'exode."

Collège de Saint-Léonard de Noblat

Collège de Saint-Léonard de Noblat

    Mais il faut renoncer au retour à Paris où la chasse aux Juifs est de plus en plus active, avec un peu plus haut à Montmartre, un Céline dont les écrits violemment antisémites sont largement diffusés.

    C'est à Limoges, ville accueillante aux persécutés que se réfugient les Ginsburg. Il est cependant plus prudent de changer de nom et Ginsburg se mue en Guimbard, allusion peut-être à la guimbarde, modeste instrument de musique, appelé aussi "jew's harp" aux Etats-Unis où il accompagne les récits d'humour juif. Pour plus de sécurité, il est interne au collège de Saint Léonard de Noblat.

 

    Par chance le proviseur protège les Juifs et lorsqu'il apprend la visite de la milice, il prévient Lucien.

"Petit Ginsburg, il va y avoir une descente des miliciens pour voir, s'il n'y a pas de sémite ici. Je te donne une hache, tu files dans les bois et si tu croises des SS ou des miliciens, tu dis que tu es fils de bûcheron. J'ai attendu quelques jours et il m'a contacté en disant: tu peux rentrer."

    La guerre finie, Lucien reprend ses études à Condorcet où il s'ennuie. Il provoque la colère de ses parents en refusant d'aller jusqu'au bout de la terminale et de passer le bac (1945).

     Académie de Montmartre (Fernand léger) 104 bd de Clichy

Il continue de fréquenter avec plaisir l'Académie Montmartre devenue Académie Fernand Léger où il apprend le dessin et la peinture.

    C'est là qu'il rencontre en 1947 Elisabeth Levitsky, fille d'immigrés russes et mannequin.

 

      Elle habite près de la place Clichy où il la raccompagne après les cours et où il finit, malgré sa timidité par lui demander s'il peut monter chez elle. C'est Elisabeth qui évoque ce moment : "On se disait vous, il m'expliquait tous les accords de guitare très compliqués. Moi j'étais sur le lit de ma toute petite chambre et je me disais : "Qu'est-ce qu'il attend?" Il était trop tard pour son dernier métro. Alors je me suis poussée et je lui ai dit : "Viens donc!" Il s'est assis à côté de moi, il a posé sa guitare et il a éteint..."

                                            Autoportrait

    C'est le début d'une vie de bohême marquée par "la dèche" et l'amour. Serge continue de peindre sans oser vendre ses toiles. Il dira plus tard que cette période a été malgré la misère une des plus belles de sa vie :

        Enfants au square, tableau offert par Gainsbourg à Greco.

"J'avais trouvé là un art majeur qui m'équilibrait... La chanson et la gloire m'ont déséquilibré. J'ai tellement aimé la peinture..."

Rue Royer Collard

Rue Royer Collard

    Bientôt les amoureux vont quitter Montmartre pour changer de rive et  habiter notamment à l'hôtel Royer Collard (aujourd'hui disparu) près de la Sorbonne,  dans la chambre où avaient vécu un temps Verlaine et Rimbaud et à côté d'un autre couple, Léo Ferré et Madeleine.

L'histoire de Gainsbourg et Montmartre s'arrête là. Ses rêves d'être un grand peintre cesseront un peu plus tard.

        Il a épousé Elisabeth en 1951 et a divorcé six ans plus tard. Elle ne supportait pas les nombreuses conquêtes de son mari qui avouera: "Parce que je suis con... Parce que je suis polygame."

Gainsbourg et Montmartre.

   Nous pouvons encore citer quelques attaches avec Montmartre comme le cabaret "chez Madame Arthur" où il remplace son père au piano, ou les Trois Baudets où il rencontre Canetti qui le pousse à se lancer sur scène.

      C'en est fini du Gainsbourg de la Butte. On prétend que l'homme est l'enfant ce celui qu'il a été avant son adolescence... Serge Gainsbourg est donc l'enfant du montmartrois Lucien Ginsburg de la rue Chaptal et du boulevard de Clichy!

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Publié le par chriswac
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La rue Saint-Rustique à Montmartre.
La rue Saint-Rustique à Montmartre.

    La plus ancienne rue de Montmartre est aussi la plus haut perchée. Elle est, modeste et villageoise, au sommet de la Butte avec ses 110 mètres de long et ses 2,6 mètres de large.

 

        Par chance elle ne fut pas détruite comme tant de rues du vieux village, écrasées par de lourds immeubles. Il s'en fallut de peu pour qu'elle ne soit rasée. Les plans du baron Haussmann prévoyaient déjà d'élargir la rue Lepic qui aurait rejoint par la rue Norvins la place du Tertre en détruisant les maisons anciennes. La rue Saint Rustique faisait partie des plans et transformée en artère de 12 mètres de large  aurait relié les rues du Mont-Cenis et des Saules. Comment réussit-elle, vers 1920 à se faire oublier quand les promoteurs s'abattirent sur la rue du Mont Cenis et réduisirent en miettes les maisons de Mimi Pinson et de Berlioz?

 

    Au Moyen-Âge, simple chemin de terre entre jardins et vergers, elle ne se couvre de maisons qu'au XVIème siècle. Elle s'appelait alors chemin Notre-Dame, puis rue Notre-Dame avant d'être baptisée Saint-Rustique en 1867.

La rue Saint-Rustique à Montmartre.

     Saint Rustique doit plaire aux adversaires du genre car des sites qui se prétendent sérieux, comme de nombreuses cartes postales font de lui une sainte. Rue Sainte Rustique!

                                 Un exemple parmi d'autres de "Sainte-Rustique".

Saint Rustique est pourtant un homme et sa légende est connue. 

Basilique de St-Denis. Au centre St Denis, à gauche et à droite St Rustique et St Eleuthère.

   Il était avec Eleuthère un compagnon de Saint-Denis avec qui il subit le martyre, c'est à dire qu'il fut décapité sur la Butte. La chapelle du martyrium rue Yvonne le Tac perpétue le souvenir de ce supplice.

Panneau sculpté (XVIème) représentant le martyre dans un Montmartre imaginaire. Le panneau jadis prêté au musée de

Panneau sculpté (XVIème) représentant le martyre dans un Montmartre imaginaire. Le panneau jadis prêté au musée de

   Si Eleuthère et Rustique ont leur rue à Montmartre, St Denis n'en a plus depuis que celle qui portait son nom a été rebaptisée rue du Mont Cenis en 1863.

La rue Saint-Rustique à Montmartre.

   La rue commence 5 rue du Mont Cenis avec un café-restaurant très fréquenté par les touristes  mais assez décrié en réalité pour la qualité de sa cuisine et l'amabilité de l'accueil, le Ceni's (on se met à la mode comme on peut!)

La rue Saint-Rustique à Montmartre.

    Les maisons dont bon nombre datent du XVIème siècle n'ont rien de remarquable sinon qu'elles participent au charme authentique de la rue. Les rez de chaussée sont souvent humides et peu agréables. Au 2 ont vécu jusque dans les années 2000 deux vrais Montmartrois, gouailleurs, misérables, généreux : Christiane et Pépère. Leur rez de chaussée sans électricité et sans lumière sert aujourd'hui d'annexe (je crois) au Ceni's. Je suis peut-être un des derniers qui pense à eux chaque fois que je passe dans cette rue dont ils gardaient quelque chose de l'âme et la mémoire. 

La rue Saint-Rustique à Montmartre.

    Parfois les numéros impairs de la rue sont l'arrière d'établissements donnant sur la place du Tertre ou sur la rue Norvins. C'est le cas de la façade rouge de La Mère Catherine un des plus célèbres cabarets de Montmartre qui vit sur sa légende avec assez de profit pour avoir dévoré pour s'agrandir la vieille brocante-librairie du Singe qui lit, aujourd'hui disparue.

Chez ma cousine.

Chez ma cousine.

La rue Saint-Rustique à Montmartre.

      Un autre cabaret ouvert en 1928 a lui aussi son arrière sur la rue Saint-Rustique :"chez ma cousine".

La rue Saint-Rustique à Montmartre.
La rue Saint-Rustique à Montmartre.

  Au 7 habitait Georges Roudière, plombier de 28 ans qui après avoir abondamment arrosé le réveillon, alla, sans doute pour éviter une diète trop brutale, dans un café de la rue Lepic. Il se prit de querelle avec un consommateur et "s'affaissa soudain en gémissant. Son adversaire l'avait frappé d'un coup de couteau à l'aine. Il a été transporté à l'hôpital Bichat. L'agresseur a pris la fuite." (journal Le Temps, 26/12/1925)

La rue Saint-Rustique à Montmartre.

    Toujours dans le domaine des faits divers voici le 8 qui se dissimule derrière ses hauts murs. C'est là qu'habitait en 1869 le maréchal ferrant Louis H. Il rendit visite à un voisin qui lui montra  fièrement sa collection de rasoirs. Le maréchal en saisit un et se tourna contre la muraille. Il s'enfonça le rasoir dans la gorge avec une telle force que la lame ne fut arrêtée que par les vertèbres cervicales (...) Le blessé qui perdait tout son sang , ne tarda pas à succomber. La cause de ce suicide accompli de façon si étrange, est restée ignorée. (Le Temps 01/07/1869)

La rue Saint-Rustique à Montmartre.

    Pas grand chose à dire des vieilles maisons qui se succèdent jusqu'à la fin de la rue. En revanche ces derniers numéros font partie du Montmartre mythique. Avant de les rejoindre, mentionnons le 18 où vécut Charles Aznavour dans les années 50.

 

    Il habitait un petit deux pièces sur cour et si la vie était dure pour lui, elle lui a laissé les souvenirs éblouis d'une jeunesse artiste et fauchée dans un Montmartre accueillant où la vie de Bohême était difficile mais joyeuse....

"Montmartre en ce temps-là

Accrochait ses lilas

Jusque sous nos fenêtres...."

De la rue des Saules

De la rue des Saules

Entre Bonne Franquette et Consulat.

Entre Bonne Franquette et Consulat.

      La rue se termine entre La Bonne Franquette et le Consulat auxquels nous avons consacré des articles sur ce blog.

La guinguette (Van Gogh) Les jardins existent toujours. Le restaurant s'appelait alors "les Billards en bois".

     Les deux établissements furent fréquentés et peints par quelques uns des plus grands peintres qui vécurent à Montmartre.

 

Utrillo.

Utrillo.

Nous quittons cette rue qui garde malgré la fréquentation touristique un charme et une simplicité venus du vieux village de Montmartre.

Utrillo et quelques autres l'ont aimée et l'ont peinte....

La rue Saint-Rustique à Montmartre.

    Il existe de nombreuses représentations de la rue par Utrillo. Elles n'ont pas toutes la même valeur et parfois trahissent une répétition, une facilité dues à l'urgence de gagner un peu d'argent. Mais quand elles échappent à cette nécessité, elles prennent une dimension onirique, la rue s'élargit, change de couleurs...

Quelques passants sont happés par elle et disparaissent. L'angle de vue est presque toujours le même, à partir de la rue des Saules vers la basilique dont le dôme se tasse ou s'affine selon l'humeur du jour...

La rue Saint-Rustique à Montmartre.
La rue Saint-Rustique à Montmartre.
La rue Saint-Rustique à Montmartre.
La rue Saint-Rustique à Montmartre.

  De nombreux peintres ont essayé après Utrillo de représenter cette rue si pittoresque, avec plus ou moins de bonheur....

                                                              César Bron (1930)

                                                               Jean-Pierre Sahuc

                                                  André Renoux, le seul à ma connaissance qui ait choisi une autre orientation, depuis la rue du Mont-Cenis.

Monique Langlois

Monique Langlois

Elysée Maclet Utrillo pas loin!)

Elysée Maclet Utrillo pas loin!)

    De grands photographe l'ont eue dans leur collimateur. Parmi eux Atget qui l'a saisie vers l'ouest, déserte comme d'habitude sur ses clichés...

 

 

Je vous conseille de parcourir cette rue le matin quand elle est encore elle-même, simple et calme, surgie du passé presque intacte. Vous y serez un passant d'Utrillo....

La rue Saint-Rustique à Montmartre.

    Ou bien vous retrouverez quelques poulbots comme cet écolier qui n'est autre qu'un ami, un vrai Montmartrois.... Pierre C. qui l'empruntait chaque jour pour aller à l'école.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux, #MONTMARTRE. Rues et places.
Utrillo

Utrillo

     Il est incontestablement une des stars de Montmartre, le "monument" le plus photographié avec le Sacré-Cœur et le Moulin rouge, celui que le monde entier connaît sous le nom de Moulin de la Galette.

Le moulin de la Galette. Le Radet.

    Beaucoup d'études lui ont été consacrées mais il me semble que la plus précise et la plus claire soit celle que propose "Montmartre en revue" de décembre dernier, signée Jean-Manuel Gabert.

Le moulin de la Galette. Le Radet.

    Sur son origine les spécialistes se disputent mais la plus simple des hypothèses et sans doute la plus vraisemblable est celle qui fait de lui un authentique Montmartrois dont l'existence est mentionnée dès le début du XVIIIème siècle (ce qui n'empêche pas les cartes postales de le faire naître en 1295!)

 

   En effet c'est en 1717 que le meunier François Chapon après s'être constitué un beau domaine qui, pour ceux qui connaissent la Butte, couvrirait toute la Cité des Arts, entre les rues Norvins, Girardon et de l'Abreuvoir, exploite le petit moulin qui existait à cet endroit. 

Le moulin de la Galette. Le Radet.

     

Les Montmartrois lui donnent alors pour nom : "Moulin Chapon".

Le moulin de la Galette. Le Radet.

    Il reste Chapon jusqu'au milieu du XVIIIème siècle quand il est saisi (1744) peu après la mort du meunier en faillite et qu'il change de propriétaire.

Impossible de connaître la date exacte de son nouveau baptême qui le voit passer de Chapon à Radet. 

Années 50

Années 50

          Aucun de ses propriétaires ou de ses meuniers ne porte ce nom qui semble venir de nulle part. Nous avons évoqué dans notre article sur la rue des Moulins (Norvins) plusieurs hypothèses plus ou moins fantaisistes.

Alors que la future rue Lepic est appelée rue de l'Empereur (1852) le moulin aurait pris dans la foulée le nom d'un glorieux général de la Grande Armée, Etienne Radet.

Autre hypothèse, un montmartrois connaisseur des moulins à eaux, appelés moulins à radet aurait pu par comparaison avec un assemblage de planches qui ressemblent à un radeau, l'appeler ainsi.

Enfin, le plus vraisemblable serait que ce nom n'aurait été autre que celui d'un des meuniers qui s'y sont succédé et dont nous n'avons gardé aucune trace.

Le Blute-Fin aujourd'hui, toujours au même emplacement que lors de son baptême!

Le Blute-Fin aujourd'hui, toujours au même emplacement que lors de son baptême!

    C'est  sous ce nom de Radet qu'il est acquis en 1812 par Nicolas-Charles Debray qui depuis 1809 est déjà propriétaire du majestueux Blute-Fin toujours en place rue Lepic.

Le 1 avenue Junot, avant-dernier emplacement du Radet.

Le 1 avenue Junot, avant-dernier emplacement du Radet.

    Le meunier avisé décide de "rapprocher "ses deux moulins et en 1834 après avoir démonté le Radet l'installe à l'entrée de sa ferme, à peu près au 1 avenue Junot actuel. Les deux moulins se trouvent inclus dans la même propriété Debray et peuvent comme des sémaphores communiquer entre eux!

Le moulin de la Galette. Le Radet.

    L'emplacement du Radet est idéal et il est l'endroit rêvé pour boire le petit vin de la Butte et manger les bons produits de la ferme, sans oublier les galettes bien dorées confectionnées par la meunière avisée. Le Radet est alors appelé avec reconnaissance par les promeneurs du dimanche, "moulin de la galette".

Le moulin de la Galette. Le Radet.

     Moulin de la Galette il est, moulin de la Galette il restera.

                                     Dernier déménagement du Radet

     Pourtant, il lui reste à franchir quelques mètres encore pour s'arrêter définitivement là où nous le voyons aujourd'hui, à l'angle des rues Lepic et Girardon.

Le moulin de la Galette. Le Radet.

   C'est en hommes d'affaires avisés que les Debray engagent un  orchestre pour faire guincher les Parisiens qui se dépaysent à Montmartre. Le Blute-Fin est agrémenté d'une terrasse avec vue sur tout Paris et entre lui et son petit frère sont construites des salles de bal.

Renoir. Bal au Moulin de la Galette;

Renoir. Bal au Moulin de la Galette;

     C'est la grand époque du Radet devenu Moulin de la Galette. Peintres, poètes, écrivains l'immortalisent.

                                 Bal au Moulin de la Galette.(Lautrec).

     Il ne sait pas qu'il est menacé par Auguste Debray, "le petit père Auguste", qui pour agrandir son domaine veut le faire disparaître au profit de salles plus grandes et d'un restaurant.

   

 En 1925, le moulin est démonté et à sa place une laide construction commerciale et fonctionnelle est érigée. Montmartre gronde, les amoureux de la Butte n'acceptent pas ce sacrilège. Debray pour calmer le vent de révolte décide de remonter son moulin au-dessus de ses nouveaux bâtiments. L'effet est franchement désastreux. Le pauvre moulin n'en croit pas ses ailes. Et pourtant il restera là, moulin juché sur son béton, pendant presque un demi siècle.

 

    En 1977,  la restauration du vieux Montmartre est menée tambour battant, le moulin est restauré, le porche d'entrée belle époque est reconstruit après qu'eut été rasée la hideuse construction de Debray.

Le moulin de la Galette. Le Radet.

     Et voilà! Notre moulin de la Galette peut attendre, heureux face au vent et au soleil, le Jugement Dernier. Il reste impassible quand il entend certains guides affirmer qu'il n'est pas le vrai moulin de la Galette et que celui qui mérite ce nom est situé à une centaine de mètres, altier et intact sur sa terrasse.

Il est vrai qu'une entrée au pied du moulin en haut de la rue Tholozé, peut tromper. C'est que la famille Debray avait donné ce nom à tout son domaine, une enseigne commerciale rêvée et qui faisait fi de la susceptibilité du plus grand, du mieux conservé des deux derniers moulins de Montmartre qui était fier d'être le Blute fin!

 

     Et pour terminer notre coup de chapeau par dessus les moulins, voici quelques hommages rendus au Moulin de la galette, alias Radet, par les peintres, le principal, le plus amoureux étant bien sûr Utrillo.

 

Utrillo

Utrillo

Utrillo

Utrillo

Van Gogh

Van Gogh

           Buffet (à l'époque où le moulin était perché sur la vilaine construction de béton

Jacques Ruiz

Jacques Ruiz

Merio Ameglio

Merio Ameglio

Elysée Maclet (un peu copié d'Utrillo)

Elysée Maclet (un peu copié d'Utrillo)

Gen Paul

Gen Paul

                                                 Le Radet par la fenêtre (Camoin)

Le Moulin de la Galette (Yaki)

Le Moulin de la Galette (Yaki)

Utrillo pour finir en beauté!

Utrillo pour finir en beauté!

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Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

      La seconde partie de la rue Norvins (ancienne rue des Moulins) commence côté pair rue des Saules et côté impair place Jean-Baptiste Clément. Moins photographiée que la première partie (rue Traînée), elle est cependant riche par ses monuments et par son histoire.

La ligne des moulins, photo prise en 1845 par Hyppolite Bayard.

La ligne des moulins, photo prise en 1845 par Hyppolite Bayard.

    Elle devait son nom aux nombreux moulins situés sur la ligne de crête qu'elle longeait. Curieusement il subsiste à Paris une rue des Moulins qui évoque les ailes que l'on voyait sur la Butte depuis le quartier du Palais Royal. 

Le salon du 6 rue des moulins

Le salon du 6 rue des moulins

     Cette rue des Moulins, proche de l'avenue de l'Opéra n'est pas sans rapport avec Montmartre puisque le peintre emblématique de notre quartier, Toulouse Lautrec, y fréquenta la maison close située au 6 où il peignit le salon.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Passée la rue des Saules qui évoque Bruant  ("Son p'tit fichu sur les épaules, ell' rentrait par la rue des Saules, rue Saint-Vincent") nous trouvons au 20, ô surprise, une boutique de cartes et reproductions, une "galerie" qui vend quelques toiles.

 Elle a pris la place d'une épicerie plus qui se spécialisait dans les grains de café à moudre ....

 

     Les 22 et 22 bis sont une des plus belles adresses de Montmartre. Il s'agit de la Folie Sandrin.

La Folie Sandrin

La Folie Sandrin

     Il y eut tout d'abord à son emplacement, au début du XVIIIème siècle, une riche demeure, nommée à juste titre "Palais Bellevue". Son histoire commence vraiment en 1774 lorsqu'il est racheté par Antoine Gabriel Sandrin, homme des Lumières s'il en fut car il était maître chandelier, c'est à dire fabricant et marchand de bougies et chandelles. Il crée un parc à l'anglaise avec petit temple et rocailles. Il construit une extension et arrive à compter 24 pièces en sa demeure.

 

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Le Palais Bellevue devient "la Folie Sandrin". Etrange prémonition que ce nom qui comme chacun sait signifiait "feuillée", maison de campagne mais qui déjà avait le sens qu'on lui connaît aujourd'hui. En effet c'est un aliéniste, le docteur Prost, qui l'acquiert en 1805 pour en faire un lieu d'accueil et de thérapie pour ceux que l'on nomme fous. Loin des méthodes traditionnelles violentes, il obtient de remarquables résultats en respectant ses patient, en vivant avec eux et partageant leurs repas.

     En 1820, l'établissement est cédé au célèbre docteur Esprit Blanche qui poursuit l'œuvre de Prost.

Son patient le plus célèbre est Gérard de Nerval qui décrit la maison où il séjourna "fashionable et même aristocratique". Incapable de payer une pension fort élevée, il fut reçu aux frais du docteur Blanche qui le prit en charge comme il le fit pour d'autres artistes.

 

    Après la clinique, la folie connut divers avatars, institution pour jeunes filles de bonne famille (jusqu'en 1875), école normale pour jeunes filles (années 1950-1960), école religieuse...

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Elle se délabrait et peu à peu devenait ruine quand les promoteurs avisés s'en emparèrent en 1970, la restaurèrent et la débitèrent en appartements de grand luxe.

Quelques célébrités y vécurent plus ou moins longtemps comme Jean Marais qui faisait des allers-retours entre Vallauris et Montmartre,  Gérard Oury, Michèle Morgan (qui n'y séjourna que brièvement).

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.
Entrée du réservoir rue Norvins.

Entrée du réservoir rue Norvins.

     En face de la Folie Sandrin au 9 subsiste un monument original qui n'est autre que l'ancien château d'eau du village, construit en 1835 dans un style néo Renaissance élégant. L'édifice octogonal donne rue Lepic et il est agrémentée d'une fontaine, une urne de bronze ornée de naïades et de tritons.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

    Une pompe hydraulique installée à Saint-Ouen et relayée par une autre pompe passage Cottin alimentait le réservoir de 125 000 litres.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     La population montmartroise augmentant au XIXème siècle avec le lotissement du maquis et la constructions de "maisons d'six étages, ascenseur et chauffage", il fallut en 1860 rehausser le réservoir pour lui permettre de recevoir plus de 260 000 litres.

 

Utrillo

Utrillo

     L'ajout disgracieux disparut en 1969, le réservoir ayant été désaffecté une vingtaine d'années plus tôt. Aujourd'hui il abrite des expos temporaires et sert surtout de siège à la Compagnie du Clos de Montmartre chargée de défendre et promouvoir la piquette réalisée grâce aux vignes voisines, exposées plein nord! 

                                  La rue Norvins (Utrillo) avec à gauche la folie Sandrin et à droite le réservoir.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Le 11 est une reconstruction des années 1920. Il a en effet reçu le 7 août 1918 un obus attribué à tort à la Grosse Bertha (en réalité tiré par les canons allemands à longue portée, les "Pariser Kanonen").  L'obus le fit voler en éclats, en même temps que plus au sud d'autres obus frappaient l'église Saint-Gervais et la façade de Notre-Dame. 

Les 15-17

Les 15-17

     À l'emplacement des 15-17, était situé le moulin de la vieille tour (1623-1840). Il occupait le terrain situé entre les rues Norvins et Lepic actuelles.

(Sur cette gravure, on voit en premier plan le chemin qui deviendra la rue Lepic. A droite le moulin de la Vieille Tour (15-17 rue Norvins) et le moulin de la Petite tour (21 rue Norvins). Le chemin qui s'ouvre à gauche sera la future rue Girardon.)

 

Le moulin de la Petite Tour (1647-1854) devient en 1824 "la Tour à Rollin" du nom de son nouvel acquéreur, Joseph Rollin. Quand il est détruit ses pierres servent de soubassement au pavillon sur la rue Norvins.

 

                                              Le 21 rue Norvins (aussi 4 rue Girardon)

    Remplaçant le moulin dont les ailes légères tournaient dans le ciel montmartrois, un gros immeuble cossu typique des constructions qui détruisent le vieux Montmartre au début du XXème siècle, s'est installé sans état d'âme.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Malgré sa lourdeur l'immeuble est connu de tous les admirateurs de Céline. L'écrivain raciste après avoir vécu 13 ans rue Lepic y emménagea en 1941 avec Lucette Almanzor et le chat Bébert récupéré chez Le Vigan.

 

     Il appréciait l'endroit d'où il avait une vue imprenable :" Moi j'avais, c'est vrai mon 7ème (en réalité il habitait au 5ème)! L'air! La vue! Lointaine! Cent bornes! Toutes les collines jusqu'à Mantes! Mais quelle haine cet air m'a valu! Cette vue!... personne me les pardonne encore!..."

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Comme si cette haine prétendue était due à la jalousie et non aux ignobles pamphlets qu'il continua d'écrire alors qu'il habitait Montmartre! "Les Beaux Draps" datent de 1941.

Je ne sais à quoi pensait Céline lorsqu'en 1942 il voyait de son appartement si bien placé les bus de la  rafle qui stationnaient en haut de l'avenue Junot.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

    En 1944, il assiste de sa fenêtre au bombardement de Paris qu'il décrit dans "Féérie pour une autre fois" : "Le miroitement des tuiles! bijoux! diamants!...les bombes éclatent là-dedans en fleurs! rouges! rouges! en œillets!..."

     Et peu après, il prend courageusement la fuite avec les collabos, sachant qu'il risquait d'être jugé et condamné à mort.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Ironie de l'histoire, dans ce même immeuble avaient lieu des réunions secrètes de la Résistance comme le rappelle une plaque récemment apposée sur la façade.

23 oct 2021. Cérémonie pour la pose de la plaque commémorative. Je passais par là! Sur la droite, de dos, Pierre-Yves Bournazel député du 18ème.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

Revenons maintenant où nous étions restés côté pair, après la Folie Sandrin. 

Le 24 est à la fois un petit square qui porte le nom de "jardin Frédéric Dard" et une cité d'artistes. Il faisait partie à l'origine de la Cité Norvins et s'appelait "square de la Cité-Norvins" à son inauguration en 1958.

                          Le jardin en février 2022, fermé pour réaménagement. Une interminable fermeture!

    Ce petit espace de 620 m2 actuellement fermé pour cause de réaménagement est une concession que fit la ville aux riverains irrités de voir tout l'espace occupé par la cité (6000 m2 avec ses arbres, sa nature originelle) fermé aux riverains et aux promeneurs depuis 1999.

Et même cette "concession" minimale fut-elle contestée par certains résidents de la Cité, inquiets de perdre leur tranquillité!

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     De vieilles photos du début du siècle nous montre l'endroit tel qu'il était, ouvert à tous, véritable havre de verdure et de calme au cœur du vieux village, miraculeusement épargné des appétits voraces de la spéculation immobilière.

 

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

    La Cité-Norvins fut rachetée par la ville afin d'interdire son lotissement, pour devenir "la Cité des Arts". Elle est composée de vieux immeubles et maisons du XIXème siècle ainsi que d'immeubles d'ateliers du début du XXème siècle. Elle est utilisée comme résidences pour les artistes et gérée par la Cité Internationale des Arts qui possède un autre site dans le Marais.

 

     Le 24 avant d'être loti porta la star des moulins montmartrois, le moulin de la Galette (aujourd'hui à l'angle des rues Lepic et Girardon).

 

    Sa présence est attestée au début du XVIIIème siècle quand sur le vaste terrain acquis par François Chapon, il prend fièrement le vent qui à cet endroit ne ménage pas sa peine. Il a pour nom, comme il se doit, Moulin Chapon.

Le Radet et plus loin le Blute-Fin.

Le Radet et plus loin le Blute-Fin.

     Son histoire est mouvementée mais pour la résumer, disons que passant de propriétaire en propriétaire il finit par devenir le moulin Radet. Nom mystérieux puisqu'aucun propriétaire ne le porta. J'émets une hypothèse hasardeuse. Les Montmartrois entichés de Napoléon (la rue Lepic actuelle est nommée rue de l'Empereur) auraient pu avoir envie d'honorer un général de la Grande Armée, Etienne Radet, qui de plus dirigea l'enlèvement du pape Pie VII.

     Sans doute est-il plus sage de penser que le "Radet" du moulin aurait été un des meuniers locataires du lieu.

   Une dernière hypothèse vient de m'être suggérée par un ami lecteur qui relève que dans un ouvrage sur la meunerie il est question de moulin à radet. Il s'agit il est vrai de moulins à eaux avec une plateforme flottante. La terrasse des moulins faite de planches ressemblant à un radet (radeau) a pu conduire les villageois à lui donner ce nom. Why not? 

      C'est en tout cas le plus célèbre meunier de Montmartre, de la dynastie des Debray, Nicolas-Charles qui en fit l'acquisition en 1812 après avoir enrichi son patrimoine trois ans plus tôt  d'un autre moulin, plus grand, le Blute-Fin, celui que l'on découvre, splendide et altier depuis la rue Tholozé. 

 

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Debray a la lumineuse idée, pour raison commerciale de faire déménager  en 1834 son Radet qui franchit une centaine de mètres pour se fixer près de son emplacement actuel (photo).

Il lui reste encore à franchir, un peu plus tard, une petite distance jusqu'à l'angle de la rue Lepic (rue de l'empereur à l'époque).

 

 

   

 C'est là qu'il est photographié par des hordes de touristes qui ignorent qu'il fut de 1924 à 1977 perché sur un socle de béton lourd et laid. Il sera restauré en 1977 ainsi que son entrée belle époque. 

 

 

Fin de la rue avec à gauche les jardins transformés en immeuble et place Marcel aymé

Fin de la rue avec à gauche les jardins transformés en immeuble et place Marcel aymé

Nous arrivons maintenant au dernier numéro de la rue Norvins, le 26.

    les terrains libres sur lesquels était installé le Radet, ont été dans leur partie ouest sacrifiés au profit d'un imposant immeuble et d'une place.

Marcel Aymé rue du Mont-Cenis.

Marcel Aymé rue du Mont-Cenis.

     Il s'agit de la place Marcel Aymé (1902-1967) du nom de l'écrivain qui vécut dans cet immeuble pendant les trois dernières années de sa vie, et y mourut.

Il était Montmartrois d'élection, ayant eu pour adresses successives le 9 rue du square Carpeaux,  le 9 ter rue Paul Féval (pendant 30 ans) et enfin le 26 rue Norvins. 

   

Après sa mort, Jean Marais réalisa en son hommage une sculpture qui illustre une de ses nouvelles les plus connues, "Le passe-muraille". La sculpture fut inaugurée en 1989 et elle attire les touristes qui aiment se faire photographier devant elle.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Jean Marais qui à l'occasion se découvrait sculpteur donna à son passe-muraille la tête de Marcel Aymé et les mains de Jean Cocteau.

 

     Marcel Aymé eut pour voisin dans cet immeuble un musicien qui fut célèbre en son temps :

 

    Je retiens, outre ses créations que je connais peu, qu'il a été pendant presque 20 ans l'époux de Colette Steinlen, fille de notre Alexandre, le peintre humaniste engagé pour les humains et pour les chats! 

                                                               Colette et un chat (Steinlen)

    Il ne se contenta pas de la belle puisqu'il eut deux autres épouses. Après ses trois mariages, il fallut bien conclure par un enterrement qui eut lieu en 1965 dans le vieux cimetière Saint-Vincent où il a pour colocataires Alexandre Steinlen et Marcel Aymé!

 

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La rue Norvins en février.

La rue Norvins en février.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Nous sommes avec la rue Norvins au cœur du cœur de Montmartre et par chance elle a gardé en partie l'image de ce que fut le vieux village. Un article déjà ancien lui a été consacré sur ce blog mais il nous semble intéressant de l'actualiser et de réparer quelques oublis! 

La rue Norvins à partir de la rue des saules vers la place du Tertre

La rue Norvins à partir de la rue des saules vers la place du Tertre

     Cette étroite artère célébrisime figure sur les plus anciens plans de Montmartre sous le nom de rue Traînée ou Trenette dans sa partie entre la place du Tertre et la rue des saules, et rue des moulins dans celle qui va de la rue des saules à la rue Girardon.

La rue Norvins à partir de la rue Girardon (ancienne rue des moulins)

La rue Norvins à partir de la rue Girardon (ancienne rue des moulins)

    C'est un décret de 1868, huit ans après le rattachement de Montmartre à Paris qui lui donne son nom toujours actuel de rue Norvins.

 

                                 Portrait de Jacques Marquet de Montbreton de Norvins par Ingres

    Il y avait à l'époque un vénération pour Napoléon, d'autant plus ardente qu'elle permettait par opposition d'amoindrir et de critiquer Napoléon III, appelé par Hugo "Napoléon le Petit". Il se trouve que Jacques Marquet de Montbreton de Norvins, né la même année que Napoléon (1769), fidèle entre les fidèles, a écrit un livre-somme "Histoire de Napoléon" qui connaît un vif succès. Il prête trois excès à son héros, "l'excès du génie, l'excès de la fortune, l'excès du malheur".

Il en fait ainsi un personnage romantique idéalisé!

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Évidemment le nom de la voie est raccourci afin de n'avoir pas à dérouler l'interminable patronyme : Jacques Marquet de Montbreton de Norvins ! La particule elle même a pris la poudre d'escampette. 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Commençons donc la visite par la première partie de la rue, entre la place du Tertre et la rue des saules. Au début, Seul le côté pair est construit, formant un des côtés de la place du Tertre,  du 2 au 8.

 

    Le 2 est un petit immeuble assez disgracieux qui a pris la place du fameux hôtel du Tertre qui lui même avait été construit sur les culs-de-basse-fosse de la prison de ces dames, Abbesses de Montmartre. C'est un haut lieu du Montmartre artiste et bohême où venaient siroter l'absinthe, au Rez de chaussée, chez Bouscarat, Degas, Toulouse Lautrec, Puvis de Chavannes.

Le  2 (premier immeuble à droite), Hôtel du Tertre.

... Le relais fut pris par Satie qui venait en voisin de la rue Cortot, Modigliani, Couté, Max Jacob, Carco...

                                          Le 2, aujourd'hui

    Plus tard encore on y rencontrera Picasso, Renoir ou Vlaminck....

  L'hôtel fut vendu par Bouscarat pour être détruit et remplacé en 1938 par l'immeuble actuel qui enlaidit la place du Tertre et dont le café restaurant en s'appelant "La Bohême" a couru en vain après la légende montmartroise puisque depuis la pandémie ou à cause d'elle il a fermé ses portes.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Le 4 est le célèbre "Cadet de Gascogne" qui n'est pas si ancien qu'on pourrait le penser. Henri Borde, un gascon qui avait du flair racheta un petit commerce de village pour créer son restaurant en 1928.

Il est cadet de famille et selon la tradition gasconne, les biens revenant à l'aîné, il devait partir à l'aventure, à la recherche de la fortune. La fortune fut au rendez-vous, le gascon avisé acheta, succès aidant, le restaurant "Patachou" et l'énorme maison, de l'autre côté de la place, avec vue sur tout Paris, habitée aujourd'hui par Nagui de la télévision française!

On peut voir clairement sur cette carte que le restaurant n'occupait que les deux tiers du petit immeuble. Il avait pour voisin "Le singe qui lit" qu'il avala en partie pour occuper l'ensemble de l'immeuble.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Il faut dire un mot de ce singe sacrifié dont vous pouvez lire l'article complet sur ce blog. En 1908, il y avait là un bric-à-brac, une brocante foutraque tenue par un personnage hors pair, Emile Boyer, "brocanteur, anarchiste, fort en gueule, caractériel, marchand de frites et de peintures".

Emile Boyer et sa friteuse

Emile Boyer et sa friteuse

    Il était ami d'Utrillo et de Gen Paul dont il vendait dessins et toiles. Après lui il y eut un autre patron, Gremillet, puis une boutique de souvenirs made in China, mais la vieille enseigne et le décor avaient été respectés, jusqu'en 2018 où tout fut détruit pour agrandir la mère Catherine!

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

 Au 6 vit donc cette ogresse de   "mère Catherine" . A l'origine il s'agissait d'une brave citoyenne, Catherine Lamotte (nom parfois orthographié Lamothe) qui en 1793, année connut pour sa douceur et sa tolérance, acquit l'ancien presbytère vendu comme bien national.

 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    En 1814, elle subit le passage des cosaques, grands amateurs d'alcool, qui pour être servis sans attendre criaient "bistro" c'est à dire "vite"! Ainsi le mot bistro serait né chez la mère Catherine. Aujourd'hui une plaque perpétue la légende que serinent les guides.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

       En réalité le mot n'apparaît qu'en 1884 dû à l'abréviation du provençal "bistroquet". Peu importe à Catherine qui aurait fait fi de la controverse si en 1844 elle n'avait rendu son âme à Dieu, renversée par une pièce de vin qu'elle descendait à la cave. On ne dira jamais assez que l'alcool tue!

   

 Après elle d'autres propriétaires se succèdent parmi lesquels le gros Guillaume, auréolé de son passé de garde national pendant la Commune puis le père Lemoine, 2ème maire de Montmartre, connu sous le pseudo de "père La Bille" pour avoir installé dans son restaurant un billard. 

Le 8 rue Norvins

Le 8 rue Norvins

     Au 8 dans une vieille maison du XVIème siècle, le petit comptoir remplace un "estaminet" qui lui-même remplaçait un humble commerce villageois.

Début côté impair de la rue Norvins (1, 1bis, 1ter).

Début côté impair de la rue Norvins (1, 1bis, 1ter).

     Nous pouvons maintenant nous intéresser aux numéros impairs qui commencent là sur une sorte de placette dont le premier immeuble donne sur la place du Tertre. Il faisait corps à l'origine avec le 1bis et le 1ter.

     Ô surprise ineffable, une enseigne temporaire annonce l'ouverture d'une boutique de souvenirs "le singe qui lit"! Ainsi le nom de ce singe sauteur ne quittera t-il pas Montmartre!

Auparavant était installé dans cette maison le syndicat d'initiative de Montmartre qui est descendu de quelques dizaines de mètres jusqu'au 7 rue Drevet.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Une plaque nous rappelle (!) qu'à cet endroit, le 24 décembre 1898, arriva "une voiture à pétrole pilotée par Louis Renault, marquant ainsi le départ de l'industrie automobile française". Soyons fiers Montmartrois, nous abriterions le premier "bistro" de France et serions à l'origine d'une industrie qui fut le fleuron de notre pays! 

 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.
La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Il y avait jusqu'en 1921 une terrasse ouverte entre ce groupe de maisons dont une partie fut détruite. Il resta un terre-plein central racheté par la ville, sans doute pour élargir la rue Norvins et qui aujourd'hui forme cette placette pittoresque sur laquelle donnent ces vieilles maisons villageoises.

Le 10.

Le 10.

    En face côté pair, le 10, malgré les pétitions des Montmartrois a vu s'installer une enseigne américaine qui ouvre la voie aux MacDo et autres joyeusetés mondialisées.

Il subsiste de vieilles cartes qui ressuscite le quartier ancien et le siège de la Commune Libre du temps de Depaquit.

Les 12, 14, 16....

Les 12, 14, 16....

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Pas grand chose à dire des autres numéros pairs sinon que les maisons où ils sont installés sont d'authentiques maisons du vieux village miraculeusement conservées.

Arrêtons nous seulement au 18, présent sur toutes les cartes postales, "le Consulat".

 

     Il est peint sur de nombreuses toiles et il est fréquent de voir des peintres (notamment asiatiques) poser leur chevalet devant le restaurant en figure de proue entre les rues Norvins et Saint-Rustique.

                                                                     Utrillo

Utrillo

Utrillo

     Il y eut à son emplacement la "Friterie, liqueurs à emporter" du père Luc avant que l'emplacement idéal n'attirât les artistes qui prirent très vite l'habitude de venir y boire et manger.

     Peintres et poètes s'y rencontrent bien avant que le Consulat d'Auvergne ne devienne Consulat de Savoie dans les années 60 quand son propriétaire monsieur Poppon voulut rendre hommage à la région dont il était originaire.

 

     Une affiche encadrée rue Saint-Rustique et rue Norvins rappelle le nom de quelques artistes qui le fréquentèrent, sans oublier les cinéastes qui apprécièrent son côté si "pittoresque"!

Woody Allen est un des derniers à avoir situé à proximité quelques scènes de  "Tout le monde dit I love you" et de "Midnight in Paris". 

 

      Revenons côté impair que nous avions laissé au 1ter. De petits immeubles se succèdent, témoins eux aussi du vieux village. Chacun d'eux abrite un commerce de restauration ou de souvenirs formatés pour les touristes. 

Le 3 années 60

Le 3 années 60

Les 3 aujourd'hui

Les 3 aujourd'hui

     Entre le 3 et le 5 s'ouvre une courte impasse, anciennement nommée "Cul-de-sac Saint-Vincent" et baptisée "Impasse du Tertre" en 1867.

 

     Une plaque recommande aux automobilistes de ralentir pour ne pas heurter les petits poulbots!

Voilà une alerte bien anachronique pour notre temps où les voitures ne peuvent emprunter la rue et où les enfants habitant le haut Montmartre ont disparu depuis belle lurette! Comme les sauriens découverts dans les carrières de la Butte!

       Le 7 est un restaurant au nom désuet : "la Pétaudière" qui comme chacun sait est un lieu où règne l'anarchie et la confusion.

L'expression viendrait de Rabelais et de sa "cour du roi Pétaud", joyeuse assemblée où chacun avait la même autorité que le roi!

 

     C'était le nom d'un cabaret fameux, 10 rue Tholozé, dirigé par le chansonnier Léon Zanroff auteur du fiacre chanté par yvette Guilbert.

En 1928 le cabaret disparut, remplacé par le studio 28, cinéma célèbre pour ses lustres dessinés par Cocteau.

Impasse Traînée, aujourd'hui rue Poulbot.

Impasse Traînée, aujourd'hui rue Poulbot.

     La Pétaudière donne en partie rue Poulbot, ancienne impasse traînée. Son nom venait de la manière dont on chassait le loup, "à la traînée" en tirant sur le pavé une charogne dont l'odeur ne pouvait manquer d'allécher le pauvre loup qui tombait dans une trappe dissimulée sous des branchages.

Rue Poulbot. La Pétaudière à droite, le Tire-bouchon à gauche.

Rue Poulbot. La Pétaudière à droite, le Tire-bouchon à gauche.

       Ce n'est qu'en 1967 que l'impasse se transforma en rue et prit le nom de Poulbot. 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.
La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     En face de la Pétaudière, au 9 rue Norvins a survécu un vieux cabaret, le Tire-Bouchon. 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Le cabaret ouvert après la 2ème guerre a été une pépinière de talents venus tenter leur chance à Paris. De nombreux jeunes chanteurs y ont débuté et donné pour quelques sous un court récital.

                                                     Brel non loin du Tire-Bouchon, rue Poulbot

     Parmi eux comment ne pas citer Brassens ou Brel qui tous deux passèrent du Tire-Bouchon au cabaret de Patachou un peu plus loin, rue du Mont-Cenis. Bernard Dimey, Francis Lai, Fernand Sardou aimèrent l'ambiance artiste et bon enfant du lieu.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    La rue continue avec ses ennuyeuses boutiques pour s'arrêter, dans sa première partie, avec ce qui fut longtemps la dernière boulangerie du haut Montmartre.

On la voit encore sur les cartes postales des années 60. Elle a survécu aussi longtemps qu'elle a sut résister aux sirènes de la spéculation et des offres de rachat.

 

    C'est fini depuis une quinzaine d'années...

 

     Il n'y a plus de boulangerie dans ce quartier. Une boutique de souvenirs, une de plus, a pris sa place. Elle donne en partie sur la place Jean-Baptiste Clément.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Ici s'arrête la première partie de la rue Norvins, celle qui s'appelait rue Traînée. La prochaine fois nous arpenterons la deuxième partie, l'ancienne rue des moulins.

On se dit que le charme de Montmartre a quelque chose de magique pour subsister malgré l'enlaidissement commercial!

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