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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

montmartre monuments. cabarets. lieux

C'est un cabaret qui a laissé son nom dans l'histoire (politique et artistique) mais sans le tableau de Manet, ce nom aurait sans doute moins d'éclat!

Tout commence au XVIIIème siècle quand la frontière de Paris s'arrête à ce qui sera plus tard la place de Clichy.

Le village de Clichy la Garenne a sur son territoire plusieurs hameaux dont celui des Batignolles où une ferme accueille les parisiens pour leur servir le petit vin guinguet.

Les affaires étant rentables, la ferme se transforme en cabaret, vraisemblablement vers 1765, "Au père Lathuille".

La construction de la barrière des Fermiers Généraux est une aubaine pour le cabaret où viennent de plus en plus nombreux les parisiens qui apprécient de payer moins cher le vin et les alcools qui n'ont pas eu à passer la barrière de l'octroi.

La barrière de Clichy (bureau de l'octroi, pavillon de Ledoux)

La barrière de Clichy (bureau de l'octroi, pavillon de Ledoux)

Horace Vernet.30 mars 1814

Le cabaret entre dans l'histoire le 30 mars 1814.

Le tableau d'Horace Vernet rappelle ce jour héroïque.

On y voit le maréchal Moncey dirigeant la défense de Paris et donnant des ordres à un colonel.

On remarque le pavillon de l'octroi de Ledoux sur la gauche et au fond le cabaret du père lathuille. g>

Le peintre rend hommage au cabaretier qui ouvre les portes de son établissement aux gardes nationaux, leur sert à boire et à manger sans lésiner. On lui prête la phrase historique adressée aux combattants qui allaient affronter l'armée russe :

"Mangez, buvez, mes enfants! Il ne faut rien laisser à l'ennemi!"

La résistance menée par Moncey fut assez héroïque pour tenir jusqu'à l'armistice. Des boulets russes détruisirent une partie du cabaret, l'un d'eux se ficha dans le comptoir. On l'y laissa et il put être caressé comme une relique par les clients jusqu'en 1860!

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.
Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.

Le cabaret se trouvait au n°7 actuel de l'avenue de Clichy qui s'appelait alors grande rue des Batignolles.

Aujourd'hui à son emplacement s'élève un cinéma militant qui promeut les oeuvres de création, c'est le Cinéma des Cinéastes, apprécié des cinéphiles,

Chez Aubry

La paix revenue, le cabaret accueille une clientèle plus large et son restaurant est apprécié pour ses plats originaux comme "la sole Moncey" ou "le poulet Lathuille" (aux fonds d'artichaut).

Jouxtant l'établissement, au n°9 de l'avenue actuelle, Aubry, gendre du père Lathuille ouvre en 1830 un café au décor luxueux. La grande salle est décorée de peintures et, comble de luxe, éclairée au gaz. On peut jouer au billard dans une deuxième salle ou profiter du soleil dans un jardin à l'arrière.

Une porte de communication permet de passer du cabaret du père Lathuille au café Aubry. Ce café deviendra célèbre quand Guerbois le rachètera.

Beaucoup d'artistes fauchés habitent le quartier où les loyers sont moins élevés que dans la Nouvelle Athènes voisine. Les peintres, s'approvisionnent en matériel chez Hennequin, ami de Manet, dont la boutique est au 11 rue Grande des Batignolles.

De la boutique au café Guerbois, il n'y a qu'un pas. Entre 1866 et 1875, le café est un lieu de rencontres et de réunions. On y voit Monet, Cézanne, Degas, Renoir, Pissaro, Sisley, Manet!

Le café figurera dans le roman de Zola "l'Oeuvre" sous le nom de café Baudequin (contraction de Baudelaire qui fréquenta le café Guerbois et Hennequin le marchand de peintures)

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.

Manet peint son fameux tableau en 1880.

Zola le décrit ainsi :

"Il y a au salon de cette année une scène de plein air, Chez le père Lathuille, deux figures à une table de cabaret, d'une gaieté et d'une délicatesse de tons charmantes (...) "

Manet représente Louis, le fils du patron attablé à côté d'Ellen Andrée, actrice de renom qui joue notamment dans les pièces de Courteline et qui sert de modèle à de nombreux peintres comme Renoir ou Degas. Manet l'a déjà représentée dans un tableau peint en 1875 : la Prune.

Manet. La prune. (Ellen André)

Manet. La prune. (Ellen André)

La jeune-fille en blanc.

Manet habitué du cabaret choisit encore pour modèle la fille du père Lathuille, Marguerite Gauthier-Latuille, pour son tableau, "La jeune-fille en blanc".g>

Louis Gauthier-lathuille (1879)

Il peint une nouvelle fois Louis, le fils du père Lathuille, déjà représenté avec Ellen Andrée, dans un autre tableau...

Le restaurant du père Lathuille cesse d'être à la mode dans les dernières années du XIXème siècle et Louis Gauthier-Lathuille qui a succédé à son père ne parvient pas à lui redonner le lustre d'antan.

Il est vrai que la plupart des grands peintres qui fréquentaient l'établissement sont morts!

avenue de Clichy (à gauche le Kursaal)

avenue de Clichy (à gauche le Kursaal)

Le cabaret ferme ses portes en 1906.

Il est remplacé entre 1907 et 1927 par un Music-Hall, le Kursaal où se produisent, entre autres, Maurice Chevalier, Fréhel, Lucienne Boyer ou Berthe Silva...

Tampon de l'Eden.

Tampon de l'Eden.

Le music-hall périclite comme la plupart des établissements montmartrois quand la vogue du 7ème art se répand. Il est transformé en cinéma-music-hall, l'Eden, avant de n'être plus qu'un cinéma le Mirage puis le Pathé Clichy (1943).strong>

En 1987 Claude Berri en prend la direction avec la Société des Auteurs réalisateurs et producteurs (l'ARP)

Dernière métamorphose en 1996 quand le cinéma est baptisé par sa marraine Fanny Ardant : Le Cinéma des Cinéastes!

On y trouve au 1er étage "le bistrot des cinéastes" sympathique mais un peu terne, sans un père Lathuille pour lui donner du panache!

Y aura t-il des cinéastes pour utiliser son décor et lui assurer comme l'ont fait les Impressionnistes pour le cabaret du père Lathuille une renommée internationale?!!!

Fresque dans le Cinéma des Cinéastes.

Fresque dans le Cinéma des Cinéastes.

En complément les panneaux historiques (pelles Starck) devant le 7 et le 9 de l'avenue de Clichy....

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.
7 avenue de Clichy. Le Père Lathuille.

7 avenue de Clichy. Le Père Lathuille.

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.
9 avenue de Clichy. Guerbois.

9 avenue de Clichy. Guerbois.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux, #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités

     Il faut beaucoup d'imagination pour se représenter ce qu'était au XIXème siècle l'avenue de Clichy nommée dans cette partie avant 1868 Grande rue des Batignolles.

                                                                         1904

      Imaginez qu'aux premiers numéros impairs se succédaient une guinguette "chez le père Lathuille" et un restaurant "le café Guerbois", tous deux connus pour avoir été lieux de rendez-vous de quelques uns des plus grands peintres et des plus grands écrivains de leur temps.

Le café Guerbois 9 avenue de Clichy.

    Ces deux établissements étaient situés aux numéros 7 et 9, espace aujourd'hui occupé par un cinéma et par un magasin de vêtements pour hommes. 

Le café Guerbois 9 avenue de Clichy.

     Avant l'implantation de ces commerces modernes il y eut à la fin du XIXème un music hall qui connut de belles heures : le Kursaal.

Quelques grands artistes s'y produisirent comme Lucienne Boyer, Maurice chevalier, Fréhel ou Berthe Sylva.

Le café Guerbois 9 avenue de Clichy.

      Aujourd'hui nous nous intéresserons au Café Guerbois mais reviendrons plus tard sur le Père Lathuille qui le mérite bien.

 

                                         Auguste Guerbois (Henri Michel-Levy)

        Au 9 donc, Auguste Guerbois reprend un restaurant créé par le gendre du "Père Lathuille"  mitoyen de ce dernier (situé au 7) et qui se voulait plus chic. Il était possible de passer directement d'un restaurant à l'autre.

Edmond Duranty (Degas 1879)

Edmond Duranty (Degas 1879)

Le romancier réaliste Duranty le fréquente et le décrit ainsi :

 [...] Il est curieux et agréable [...] fondé en pleine banlieue jadis, il a conservé en partie son ancien aspect de province […] Ainsi, la première salle, blanche et dorée, pleine de glaces, criblée de lumières, ressemble à la terrasse des cafés du boulevard […] dans la seconde salle l’endroit devient étonnant. A l’entrée, six colonnes trapues forment une avenue qui la divise en deux espèces de chapelles rétrécies, derrière lesquelles s’étend au fond, comme un chœur, un champ de billards. Des vitrages irrégulièrement ouverts dans le plafond […] créent partout des recoins mystérieusement éclairés. Il n’y a ni glace ni dorures […] Au fond, un grand vitrage qui garnit toute la largeur de la salle fait voir en pleine clarté un jardin avec des arbres, entre lesquels apparaît une maisonnette à galerie, à petites colonnes peintes en vert tendre. »

Le café Guerbois 9 avenue de Clichy.

      Cet écrivain aujourd'hui oublié aimait les marionnettes au point d'installer au jardin des Tuileries un petit théâtre dont il demanda à Courbet de réaliser les décors. Il proposa également à George Sand, qui partageait le même goût que lui, plusieurs dizaine de saynètes enjouées et spirituelles. Les livres illustrés qui contiennent ses saynètes ainsi que des indications de mise en scène sont très recherchés.

   

                                  Manet et Duranty attablés (Antoine de Specht)

   Duranty qui manie l'humour british avec talent s'oppose à Manet au sujet de Vallès. Ce n'est qu'un prétexte pour Manet pour le provoquer en duel. En effet, le peintre n'a pas apprécié les comptes rendus de Duranty après le salon de 1869. Il lui envoie une gifle bien appliquée qui ne peut qu'être suivie d'un duel!

    Le duel a lieu le 23 février 1870 avec Zola pour témoin (le même Zola qui sera l'exécuteur testamentaire de Duranty.) Après le duel arrêté à la première écorchure, les deux hommes se réconcilient.  

Le café Guerbois 9 avenue de Clichy.

     L'atelier de Manet (34 rue des Batignolles) est proche du Café Guerbois. Un célèbre tableau de Fantin-Latour nous en donne une image

    

     On voit sur la toile quelques uns des peintres (plus Zola) qui font partie du "groupe, des Batignolles" et se retrouvent au café Guerbois.

                                                                 Bazille

     On peut reconnaître Manet assis devant son chevalet, Renoir avec un chapeau, Zola, Bazille (qui mourra en 1870 en tentant de protéger une femme et ses enfants pendant la guerre franco-prussienne.)

       

                               La tireuse de cartes. (Bazille, un an avant sa mort)

      Regrettons au passage la mort de ce peintre pré impressionniste fauché dans sa jeunesse et dont l'œuvre portait la promesse d'un bel épanouissement à côté de ses amis Renoir ou Monet.

 

                                                   Hennequin en 2015

     Manet aime acheter ses peintures chez Hennequin à côté de "chez Guerbois", au 11. Cette boutique historique avait survécu bon an mal an aux destructions du quartier et ce n'est qu'en 2016 qu'elle disparut. On s'étonnera toujours du peu d'attention que nos élus portent à notre patrimoine jugé par eux sans importance quand il n'est pas spectaculaire.

                                                Hennequin devenu Rudy! 

     C'est dans le Café Guerbois que les peintres, sans Manet, décident d'organiser une exposition indépendante chez Nadar. C'est la dernière fois que le Café joue un rôle dans l'histoire artistique du quartier.

                                        ateliers de Nadar boulevard des Capucines

L'exposition a lieu boulevard des Capucines, dans les studios de Nadar qui prête ses locaux par conviction et aussi (surtout?) par besoin d'argent.

                                                           Aujourd'hui

     Cette exposition qui regroupe de  nombreux peintres dont un certain nombre n'ont rien à voir avec les courants en pointe, sera appelée par les critiques "la première exposition impressionniste". Elle se tient du 15 avril au 15 mai 1874 et expose entre autres Eugène boudin, Cézanne, Degas, Berthe Morisot, Pissarro, Renoir, Sisley....

La lecture ou l'ombrelle verte (Morisot)

La lecture ou l'ombrelle verte (Morisot)

    Après cette apothéose, le Café Guerbois cesse d'être fréquenté par les peintres qui trouvent dans le quartier de Pigalle de nouveaux ateliers et choisissent pour se réunir "Le Café de la Nouvelle Athènes".

                                 La Nouvelle Athènes 1904

                                                    Aujourd'hui!

     Le café Guerbois n'est plus qu'un nom sur une  plaque commémorative de l'avenue de Clichy. Aucune toile célèbre ne le représente vraiment bien que l'on sache que "le Bon Bock" de Manet y eût trouvé son inspiration et son modèle, comme "l'Absinthe" de Toulouse Lautrec qui donne un petit aperçu de l'endroit. Enfin un dessin de Manet en donne un croquis enlevé: 

Au café. (Manet 1869)

                                                  Le Bon Bock (Manet 1873)

                                                     L'Absinthe (Degas 1875)

    Pour tous les piétons de Paris, il reste dans l'air quand on marche sur l'avenue, des bruits confus de discussions, de rires... comme si le groupe des Batignolles n'avait jamais quitté le Café Guerbois! Reste aussi la tristesse de la buveuse d'absinthe de Degas si proche de la solitude que l'on rencontre parfois dans les bistros du quartier.

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux
Exposition Héroïnes Romantiques au musée de la vie romantique.
Exposition Héroïnes Romantiques au musée de la vie romantique.

     Depuis le 6 avril et jusqu'au 4 septembre le musée de la vie romantique rue Chaptal présente une exposition dont le titre  ambitieux laisse espérer découvertes et émerveillements.

 

    En réalité, si l'on abandonne cet espoir (peu d'œuvres exceptionnelles ayant fait le voyage et certaines n'ayant accompli un périple que de quelques mètres entre le musée et les salles d'exposition) on se laissera agréablement guider au long d'un parcours pédagogique, modeste et séduisant.

Exposition Héroïnes Romantiques au musée de la vie romantique.

   "La mort d'Antigone" (Victorine Genève-Rumilly 1830). Antigone vient de se donner la mort, son fiancé Hémon s'apprête à se poignarder.

     Dans la première pièce, nous rencontrons des héroïnes mythologiques ou historiques vues par des artistes du début du XIXème siècle. Si l'un des intérêts de l'exposition vient de la place faite également aux femmes peintres pour la plupart méconnues, leur regard sur les héroïnes, amoureuses, appelées à une fin tragique, est conforme à celui des hommes.

                        "Sapho à Leucate" (Gros 1801)

  Sapho tenant sa lyre contre son visage va se jeter dans les flots par amour pour Phaon. Ciel parcouru de nuages, mer houleuse, lune en miroir, voiles blancs, feu du sacrifice allumé sur la tour, tout correspond dans cette toile à l'idée que nous nous faisons du romantisme. L'originalité vient de la posture de Sapho, tête levée, pied appuyant sur le sol dans un élan qui évoque plus l'ascension que la chute. La mort d'amour est une transfiguration.  

Exposition Héroïnes Romantiques au musée de la vie romantique.

       Les héroïnes sont séduisantes, vêtues de voiles qui les dévoilent. 

"Velléda dans la tempête", tableau de Léon Cogniet fidèle à la description de Chateaubriand dans Les Martyrs. La prêtresse germanique apparaît à Eudore l'homme qu'elle aime, blanche, les seins nus, indifférente aux éléments déchaînés.

    Alexandre Evariste Fragonard. "Jeanne au bûcher" (1822)

    Jeanne d'Arc a un statut à part parmi les héroïnes romantiques. Si elle est amoureuse c'est de son Dieu, sinon, elle se dépouille de tous les attributs féminins pour devenir la pucelle guerrière et les peintres romantiques se gardent bien de "l'érotiser". 

Exposition Héroïnes Romantiques au musée de la vie romantique.

    Dans le tableau conventionnel et ennuyeux de Claudius Jacquand "Jeanne d'Arc conduite en prison (1827)", elle est masculine, campée fermement sur ses jambes musclées. Elle regarde vers la lumière, lourde image de sa sainteté tournée vers la divinité.

Un détail échappe à la banalité du tableau, c'est cet homme au premier plan, accompagné de son chien. Eclairé comme un La Tour, le regard tourné vers nous, il tient la flamme vacillante à l'entrée des souterrains.

Esquisse pour "Médée furieuse" (Delacroix avant 1838)

     Une deuxième salle évoque la violence qui pour les hommes de cette époque ne pouvait convenir à la douceur, la fragilité, le dévouement féminins! Le sujet est rare et représente des mères coupables d'infanticide. 

C'est Delacroix et sa "Médée furieuse" sacrifiant ses enfants pour se venger de Jason. L'aile noire de la mort semble flotter derrière elle qui tourne le dos à la lumière, prête à descendre dans l'ombre où elle entraîne ses enfants confiants, blottis contre elle. 

"Marguerite tenant son enfant mort" (Ary Scheffer 1846)

C'est Marguerite tuant l'enfant né de son amour pour Faust par Ary Scheffer qui fut l'habitant de cette maison.

Méphisto la tête contre Faust et l'enveloppant dans ses bras l'entraîne dans un sabbat où il peut voir la femme qu'il aime, blanche comme la mort tenant comme un poids mort le petit cadavre qui s'accroche encore à sa mère.

Alors que les événements révolutionnaires sont encore présents dans bien des mémoires, les femmes remarquables, les vraies héroïnes de ces temps terribles n'inspirent pas les peintres. Ni olympe de Gouges, ni Théroigne de Méricourt ne sont représentées...

Henry Scheffer esquisse de "l'Arrestation de Charlotte Corday" 1830

Henry Scheffer esquisse de "l'Arrestation de Charlotte Corday" 1830

Une exception pour Charlotte Corday qui ne trouvera cependant aucun peintre capable de lui donner la stature de courage et d'effroi que nous trouvons chez David.

Dans l'esquisse d'Henry Scheffer, elle se tient droite parmi les hommes furieux qui s'excitent contre elle. Celle que Lamartine qualifia d'"ange de l'assassinat" ne cesse de brouiller le regard de ceux qui la jugent. 

Pierre-Jérôme lordon "La communion d'Atala" 1808.

Pierre-Jérôme lordon "La communion d'Atala" 1808.

La dernière salle, la plus riche nous présente quelques héroïnes imaginées par les écrivains. Il a bien fallu faire un choix tant elles sont nombreuses. Chateaubriand bien sûr avec Atala.

    Le peintre Pierre-Jérôme Lordon nous montre le moment où avant de mourir Atala, jeune indienne convertie au christianisme qui a préféré s'empoisonner plutôt que de succomber à sa passion pour Chactas, reçoit la communion. Le tableau est romantique par sa lumière lunaire et par l'intensité de la scène. Une fois encore l'héroïne romantique ne peut vivre librement son amour, ici contrarié par la religion.

Eugénie Henry. Quasimodo sauvant Esmeralda des mains du bourreau. 1832.

Eugénie Henry. Quasimodo sauvant Esmeralda des mains du bourreau. 1832.

    Esmeralda a sa place dans cette galerie. Femme libre qui refuse d'aimer sans amour, elle est typiquement tout ce que depuis des siècles les hommes reprochent aux femmes : elle les attire par sa sensualité, les fascine par ses pouvoirs. Elle est accusée de sorcellerie bien sûr. Mais cette sorcière au bûcher, nouvelle Jeanne d'Arc, guerrière non pas de Dieu mais de l'amour, est une des plus belles figures de femme que la littérature ait donnée.

 

                                     Lélia (Delacroix)

   Georges Sand si présente dans ce musée a inspiré Delacroix dans cette scène où le moine Magnus découvre Lélia devant le corps du jeune Sténio qui par amour pour elle qui le refusait s'est suicidé. 

Parmi les grandes figures romantiques une place importante est donnée aux héroïnes shakespeariennes. C'est en effet en pleine période romantique qu'est redécouvert et aimé le dramaturge élisabéthain. 

"Desdémone maudite par son père" (Delacroix 1852)

"Desdémone maudite par son père" (Delacroix 1852)

      Les scènes les plus tragiques sont choisies par les peintres comme celle où Desdémone est maudite par son père.

C'est une des belles oeuvres de l'exposition par sa composition et son intensité. Le père debout, puissant, rejette sa fille. Sa posture est l'exact contraire de celle du père prodigue de Rembrandt accueillant son enfant. Desdémone, vêtue de noir, éplorée, à genoux tend la main vers le coeur de son père.

 

                         "Lady Macbeth" (Charles Muller)

  Le peintre prête à Lady Macbeth les traits de Rachel, la tragédienne la plus célèbre de l'époque romantique. Elle est représentée au moment où elle sombre dans la folie et se tord les mains qu'elle ne parvient pas à laver du sang du roi assassiné. 

 "Rachel dans le rôle de Phèdre" (Frédérique O'Connell. 1850)

 

 

"Roméo et Juliette au tombeau des Capulet." (Delacroix 1850)

"Roméo et Juliette au tombeau des Capulet." (Delacroix 1850)

Petite toile originale de Delacroix qui montre Roméo serrant sans pouvoir le retenir le corps de Juliette qu'il croit morte et qui est à moitié vêtue de son linceul. Roméo habillé de noir regarde dans le vide, avant de se donner la mort, et Juliette dont la tête est tournée vers le tombeau semble, de la jambe gauche esquisser un pas. Ce tableau noir et blanc oppose la vie et la mort et le peintre donne plus de vie à celle qui n'a que l'apparence de la mort qu'à celui qui n'a plus que l'apparence de la vie.  

Ophélia (Leopold Burthe 1852)

Ophélia (Leopold Burthe 1852)

Ophélie, héroïne inventée par Shakespeare a inspiré poètes et peintres du romantisme. Dans cette représentation, celle qui est devenue folle se couche dans un ruisseau, la main saisissant une branche légère qui représente la vie. Son visage est paisible. Sujet romantique s'il en est que celui de la mort et de la beauté. Ici la beauté semble l'emporter l'espace d'un instant. 

Exposition Héroïnes Romantiques au musée de la vie romantique.

En sortant dans le jardin, nous restons de plain pied dans le romantisme, dans le jardin de la maison où Ary Scheffer reçut nombre d'artistes parmi les plus grands, Chopin, Delacroix, Rossini, Tourgueniev...

 Dans la rue Chaptal, nous rencontrerons les ombres d'autres artistes qui après le romantisme ont aimé ce quartier de la Nouvelle Athènes : Xenakis, Frehel, Gainsbourg...

On ne perd jamais son temps à arpenter les rues de ce quartier romantique. Ici ou là le charme intact des lieux contredit un instant la fameuse phrase de Baudelaire :

"La forme d'une ville  change plus vite hélas que le cœur des mortels". 

 

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Montmartre liste des monuments et lieux d'intérêt

Montmartre peintres, personnages, célébrités.

                       Atala (Girodet 1808)

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Publié le par chriswac
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l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

    La mairie du village de Montmartre située sur la place des Abbesses a été construite en 1836-37, en un temps où Montmartre n'imaginait pas qu'un jour il serait annexé à la capitale.

Elle donnait sur la rue de la Cure, ancien nom de la rue des Abbesses et sur la rue de la mairie, devenue rue de la Vieuville.

    L'impasse qui s'ouvre dans le coude de cette rue rappelle par son nom la présence de la mairie disparue : "Cité de la Mairie".

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

     Son architecte, Paul-Emile Lequeux est en vogue dans la première moitié du XIXème siècle.  Classique et sobre, il ne dérange personne par d'éventuelles audaces!

 

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

     La liste de ses réalisations est éloquente : des mairies, des églises et un asile d'aliénés. Parmi les mairies, deux au moins ont été détruites, celle des Abbesses et celle des Batignolles. Parmi les églises, la plus connue des Montmartrois est Notre-Dame de Clignancourt, maigre et sans grâce (ce qui est le comble pour une église) face à la nouvelle mairie luxueuse et ostentatoire construite à partir de 1888 par Marcelin Varcollier.

 

La mairie eut pour premier maire Véron qui a aujourd'hui sa rue, parallèle à celle des Abbesses.

Seveste, du Théâtre de Montmartre aurait  donné, le jour de l'inauguration une représentation gratuite si l'on en croit André Roussard et sa bible montmartroise. Le hic c'est que l'année de l'inauguration, 1837, Seveste était mort depuis 12 ans! Donc oublions!

 

Le bâtiment comportait un rez de chaussée avec porte centrale et trois fenêtres de chaque côté, un premier étage et un attique de 7 fenêtres surmonté d'un lanternon. Il s'étendait sur 32 mètres rue de la Cure (Abbesses) et 35 sur la rue de la Mairie (Vieuville). 

La seule salle décorée de peintures était celle des mariages qui comme l'on sait est toujours la plus ornée et la plus somptueuse dans les mairies. 

 

     La vieille mairie avant de disparaître a connu quelques heures de gloire.

 

     Inaugurée par le préfet de la Seine le comte de Rambuteau, elle a vu passer quelques personnages illustres parmi lesquels Georges Clémenceau n'est pas le moindre.

     Il est nommé maire du XVIIIème par Etienne Arago lui-même nommé maire de Paris en 1870 par Gambetta.

Mairie de Montmartre mars 1871

Mairie de Montmartre mars 1871

      C'est à la mairie qu'il rencontre Louise Michel et retrouve Blanqui. Homme de justice il tente en vain de s'opposer à la foule qui livre les généraux Thomas et Lecomte au peloton, d'exécution, rue des rosiers (Chevalier de la Barre aujourd'hui)  comme il protège les gendarmes poursuivis par les fédérés et cachés dans les caves de la mairie.

                                       La vieille mairie peinte par Maclet

    Le 23 mars il est expulsé de la mairie par le Comité de vigilance qui n'a pas apprécié ses tentatives de conciliation. Ici s'arrête son court passage place des Abbesses. Il continuera de travailler pour les habitants de Montmartre en dirigeant non loin de la place son dispensaire de la rue des Trois Frères.

     23 rue des 3 frères, le dispensaire de Clémenceau

    Homme de dialogues et de paix, il aura tenté en vain de concilier les inconciliables. La Semaine Sanglante lui prouvera qu'il avait sous estimé l'intransigeance et la cruauté du camp adverse. 

                          Exécution sommaire des Communards

    Homme intègre et juste, il est contre la colonisation comme il sera un peu plus tard dreyfusard.

Il est à notre époque où les politiques jouent avec le feu identitaire, un exemple de rigueur et d'honnêteté. Farouche défenseur de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, Laïc sans concession et sans "oui mais", adversaire de la peine de mort... un grand homme assurément qui a préféré pour sa dernière demeure un humble cimetière de sa Vendée natale à la gloire glacée du Panthéon. 

 

 

  La mairie a connu un autre personnage célèbre qui est présenté sur les plaques de rue comme maire du XVIIIème à partir du 19 mars  1871 (lendemain du départ de Clémenceau) jusqu'au 20 mai.

C'est une erreur historique puisque la Commune ne voulut pas élire de maire. Jean Baptiste Clément, ardent communard, occupa à la mairie le poste de délégué à la commission aux subsistances puis aux ateliers de fabrication des munitions mais ne fut jamais maire quoi qu'en dise la plaque qui n'est pas à une erreur près!

    La 2ème erreur est dans le trait d'union entre Jean et Baptiste. En effet le père du poète, s'appelant Jean-Baptiste lui aussi mais avec trait d'union, déclara son fils sans ce trait d'union, afin qu'il n'y eût pas d'erreur administrative.

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

   Jean Baptiste Clément est l'immortel auteur du Temps des cerises dont il remania le texte écrit avant la Commune afin de lui donner le sens qu'il a aujourd'hui pour nous, un hymne au courage et au sacrifice des insurgés.

 

Prise de la dernière barricade, rue de la fontaine au roi.

Prise de la dernière barricade, rue de la fontaine au roi.

Il est dédié à Louise, ambulancière héroïque rencontrée sur la dernière barricade, rue de la Fontaine au roi.

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

 

  Un autre homme célèbre serait, selon certaines hypothèses hasardeuses, passé par la mairie. Il s'agit de Paul Verlaine pour son mariage avec Mathilde de Mauté. Les de Mauté habitaient dans le 18ème, rue Nicolet et abritaient dans leur hôtel le jeune couple. le mariage eut bien lieu en août 1871 en l'église Notre-Dame de Clignancourt mais il n'y a aucune trace de son passage dans la vieille mairie. En revanche la mairie de Clichy a enregistré ce mariage le 24 juin 1871. 

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

     La mairie a mal vieilli. Non seulement elle est trop petite pour un arrondissement dont la population ne cesse de croître mais encore elle subit comme beaucoup d'immeubles montmartrois, des dégâts provoqués par la proximité des carrières. Elle se lézarde, menace de s'écrouler malgré de lourds étais. Elle est finalement détruite en 1890 et remplacée par la nouvelle mairie rue Ordener.

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

    Malgré la rapacité des promoteurs elle ne cède pas la place à de nouveaux immeubles de rapport. Le terrain qu'elle laisse libre deviendra un jardin aménagé en 1936 et restructuré en 1994, le square Jehan Rictus dans lequel a été édifié en 2000 le fameux mur des "je t'aime' qui écrit ces mots en 311 langues ou dialectes.  Les couples du monde entier se font photographier devant les carreaux émaillés

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

En hommage à Clémenceau qui avait de l'humour et un sens aigu de la répartie, quelques citations qui montrent à quel point il avait l'esprit montmartrois....

"La guerre! C'est une chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires."

"La vie m'a appris qu'il y a deux choses dont on peut très bien se passer : la présidence de la République et la prostate."

Clémenceau par Manet

Clémenceau par Manet

"La France est un pays extrêmement fertile, on y plante des fonctionnaires et il y pousse des impôts".

"Un escalier de ministère est un endroit où des gens qui arrivent en retard croisent des gens qui partent en avance."

"Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, surtout quand elles sont veuves." 

        Clémenceau maire de Montmartre (Carjat)

"L'anglais n'est jamais que du français mal prononcé".

"Pour mes obsèques je ne veux que le strict nécessaire, c'est à dire moi."

Sur Lyautey : "Voilà un militaire qui a des couilles au cul. L'ennui c'est que ce ne sont pas toujours les siennes."

"Je connais un tas de types à qui je ne pardonnerai jamais les injures que je leur ai faites."

                     Clemenceau par Eugène Carrière

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Les arènes de Montmartre. rue Chappe.

    Montmartre conserve de la période gallo-romaine quelques vestiges comme des colonnes de temples (temple de Mars, temple de mercure) réemployées dans l'église Saint-Pierre sous le buffet d'orgue et dans le choeur.... alors pourquoi pas des arènes antiques?

 

    Les Montmartrois aimeraient sans doute que ce fût une vérité historique mais évidemment il n'en est rien et nos arènes ne sont antiques que de 80 ans !

 

Le panorama du Sacré-Coeur (rue Saint-Eleuthère) à l'emplacement des arènes.

Le panorama du Sacré-Coeur (rue Saint-Eleuthère) à l'emplacement des arènes.

     Il y eut à leur emplacement, pendant la construction du Sacré-Cœur, un des quatre "panoramas" montmartrois. Il y avait sur la Butte "le panorama de la bataille de Patay" rue Becquerel, "le panorama des Croisés d'Orient" rue Lamarck (24), celui de "Jerusalem", puis de "Rome" toujours rue Lamarck (18), enfin celui qui nous intéresse aujourd'hui "le panorama de la Terre Sainte", appelé également "panorama du Sacré-Cœur" dont l'entrée se trouvait rue Saint-Eleuthère.

 

    Un panorama était une attraction populaire qui permettait au visiteur de découvrir sur 360° sur les murs d'une rotonde un paysage ou un événement historique peint en trompe l'oeil. Il était très en vogue à la fin du XIXème siècle et on en comptait une vingtaine à Paris!

 

     Le panorama fut détruit pour deux raisons.

            Construction du réservoir (avant la basilique) en 1887

La première, commerciale, due à la déréliction croissante du public, la deuxième au mouvement inquiétant du terrain. Les carrières n'étaient pas en cause mais la pression énorme de la construction au-dessus de la rue Saint-Eleuthère, le réservoir monumental de la rue Azaïs achevé en 1889.

 

    Il fallut adosser au terrain un épais remblai consolidé par un mur. Cette consolidation forme aujurdhui le côté nord des arènes, en contrebas de la rue Saint-Eleuthère.

 

    Le terrain sécurisé entre la rue Saint-Eleuthère et la rue Gabrielle, à l'abri des spéculations, fut confié en 1941 à l'oeuvre des P'tits Poulbots qui cherchait un endroit où se réunir et répéter.

 

    Lucien Pinoteau nommé président à vie de la République de Montmartre par Poulbot, avait fondé en 1933  cette association.

Il était aussi passionné de cinéma et les chiens ne faisant pas de chats (ou le contraire), son fils Claude choisit d'être cinéaste ("Le Silencieux" "La Gifle", "La Boum") sans oublier de s'occuper des P'tits poulbots après la mort de son père.

Les arènes de Montmartre. rue Chappe.

    Lucien fait construire les gradins en maçonnerie qui bien que ne formant qu'un demi-cercle sont vite appelés "arènes" alors qu'elle ressemblent plus à un théâtre qu'à ces lieux de passion sanglante et de tortures que sont les arènes antiques et les arènes tauromachiques.

 

    Le jardinier, breton d'origine, fait venir d'Illifaut dans les Côtes d'Armor des pommiers qu'il plante autour du théâtre. 27 ans plus tard, le barde breton Izel Breizh montmartrois lui aussi mais natif d'Illifaut obtient le jumelage de Montmartre avec sa commune natale. En 1969, cette commune fait cadeau à Montmartre d'un pressoir à pommes. Ainsi pendant quelques années y eut-il récoltes de pommes et production de cidre sur une Butte pourtant amoureuse de ses vignes et de son grand cru!

"Chaque année nous nous retrouvions à Montmartre pour commémorer le jumelage et presser le cidre. Nos sorties étaient accompagnées des poulbots" (souvenirs de la fille du barde).

Les arènes de Montmartre. rue Chappe.

    La présence bretonne prit fin en 1975, année où les arènes furent restituées à la Ville de Paris. Il fallut neuf ans pour réaménager ce petit espace, arracher les pommiers remplacés par des oliviers, des arbustes, quelques pieds de vigne et faire disparaître le vieux pressoir.

Les arènes de Montmartre. rue Chappe.

      Les arènes deviennent alors le lieu principal du Festival de Montmartre dirigé par Guy Shelley, auteur et metteur en scène.

Les années COVID ont malmené cette manifestation ouverte sur la diversité et la créativité. Mais les arènes sont toujours là, prêtes à accueillir les festivals à venir.

 

... Et les cinéastes qui comme Rivette choisit d'intégrer ce lieu inattendu de Montmartre dans son film "Paris nous appartient".

                          Paris nous appartient (Rivette)

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Monuments et lieux de montmartre

 

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Utrillo

Utrillo

     Il est incontestablement une des stars de Montmartre, le "monument" le plus photographié avec le Sacré-Cœur et le Moulin rouge, celui que le monde entier connaît sous le nom de Moulin de la Galette.

Le moulin de la Galette. Le Radet.

    Beaucoup d'études lui ont été consacrées mais il me semble que la plus précise et la plus claire soit celle que propose "Montmartre en revue" de décembre dernier, signée Jean-Manuel Gabert.

Le moulin de la Galette. Le Radet.

    Sur son origine les spécialistes se disputent mais la plus simple des hypothèses et sans doute la plus vraisemblable est celle qui fait de lui un authentique Montmartrois dont l'existence est mentionnée dès le début du XVIIIème siècle (ce qui n'empêche pas les cartes postales de le faire naître en 1295!)

 

   En effet c'est en 1717 que le meunier François Chapon après s'être constitué un beau domaine qui, pour ceux qui connaissent la Butte, couvrirait toute la Cité des Arts, entre les rues Norvins, Girardon et de l'Abreuvoir, exploite le petit moulin qui existait à cet endroit. 

Le moulin de la Galette. Le Radet.

     

Les Montmartrois lui donnent alors pour nom : "Moulin Chapon".

Le moulin de la Galette. Le Radet.

    Il reste Chapon jusqu'au milieu du XVIIIème siècle quand il est saisi (1744) peu après la mort du meunier en faillite et qu'il change de propriétaire.

Impossible de connaître la date exacte de son nouveau baptême qui le voit passer de Chapon à Radet. 

Années 50

Années 50

          Aucun de ses propriétaires ou de ses meuniers ne porte ce nom qui semble venir de nulle part. Nous avons évoqué dans notre article sur la rue des Moulins (Norvins) plusieurs hypothèses plus ou moins fantaisistes.

Alors que la future rue Lepic est appelée rue de l'Empereur (1852) le moulin aurait pris dans la foulée le nom d'un glorieux général de la Grande Armée, Etienne Radet.

Autre hypothèse, un montmartrois connaisseur des moulins à eaux, appelés moulins à radet aurait pu par comparaison avec un assemblage de planches qui ressemblent à un radeau, l'appeler ainsi.

Enfin, le plus vraisemblable serait que ce nom n'aurait été autre que celui d'un des meuniers qui s'y sont succédé et dont nous n'avons gardé aucune trace.

Le Blute-Fin aujourd'hui, toujours au même emplacement que lors de son baptême!

Le Blute-Fin aujourd'hui, toujours au même emplacement que lors de son baptême!

    C'est  sous ce nom de Radet qu'il est acquis en 1812 par Nicolas-Charles Debray qui depuis 1809 est déjà propriétaire du majestueux Blute-Fin toujours en place rue Lepic.

Le 1 avenue Junot, avant-dernier emplacement du Radet.

Le 1 avenue Junot, avant-dernier emplacement du Radet.

    Le meunier avisé décide de "rapprocher "ses deux moulins et en 1834 après avoir démonté le Radet l'installe à l'entrée de sa ferme, à peu près au 1 avenue Junot actuel. Les deux moulins se trouvent inclus dans la même propriété Debray et peuvent comme des sémaphores communiquer entre eux!

Le moulin de la Galette. Le Radet.

    L'emplacement du Radet est idéal et il est l'endroit rêvé pour boire le petit vin de la Butte et manger les bons produits de la ferme, sans oublier les galettes bien dorées confectionnées par la meunière avisée. Le Radet est alors appelé avec reconnaissance par les promeneurs du dimanche, "moulin de la galette".

Le moulin de la Galette. Le Radet.

     Moulin de la Galette il est, moulin de la Galette il restera.

                                     Dernier déménagement du Radet

     Pourtant, il lui reste à franchir quelques mètres encore pour s'arrêter définitivement là où nous le voyons aujourd'hui, à l'angle des rues Lepic et Girardon.

Le moulin de la Galette. Le Radet.

   C'est en hommes d'affaires avisés que les Debray engagent un  orchestre pour faire guincher les Parisiens qui se dépaysent à Montmartre. Le Blute-Fin est agrémenté d'une terrasse avec vue sur tout Paris et entre lui et son petit frère sont construites des salles de bal.

Renoir. Bal au Moulin de la Galette;

Renoir. Bal au Moulin de la Galette;

     C'est la grand époque du Radet devenu Moulin de la Galette. Peintres, poètes, écrivains l'immortalisent.

                                 Bal au Moulin de la Galette.(Lautrec).

     Il ne sait pas qu'il est menacé par Auguste Debray, "le petit père Auguste", qui pour agrandir son domaine veut le faire disparaître au profit de salles plus grandes et d'un restaurant.

   

 En 1925, le moulin est démonté et à sa place une laide construction commerciale et fonctionnelle est érigée. Montmartre gronde, les amoureux de la Butte n'acceptent pas ce sacrilège. Debray pour calmer le vent de révolte décide de remonter son moulin au-dessus de ses nouveaux bâtiments. L'effet est franchement désastreux. Le pauvre moulin n'en croit pas ses ailes. Et pourtant il restera là, moulin juché sur son béton, pendant presque un demi siècle.

 

    En 1977,  la restauration du vieux Montmartre est menée tambour battant, le moulin est restauré, le porche d'entrée belle époque est reconstruit après qu'eut été rasée la hideuse construction de Debray.

Le moulin de la Galette. Le Radet.

     Et voilà! Notre moulin de la Galette peut attendre, heureux face au vent et au soleil, le Jugement Dernier. Il reste impassible quand il entend certains guides affirmer qu'il n'est pas le vrai moulin de la Galette et que celui qui mérite ce nom est situé à une centaine de mètres, altier et intact sur sa terrasse.

Il est vrai qu'une entrée au pied du moulin en haut de la rue Tholozé, peut tromper. C'est que la famille Debray avait donné ce nom à tout son domaine, une enseigne commerciale rêvée et qui faisait fi de la susceptibilité du plus grand, du mieux conservé des deux derniers moulins de Montmartre qui était fier d'être le Blute fin!

 

     Et pour terminer notre coup de chapeau par dessus les moulins, voici quelques hommages rendus au Moulin de la galette, alias Radet, par les peintres, le principal, le plus amoureux étant bien sûr Utrillo.

 

Utrillo

Utrillo

Utrillo

Utrillo

Van Gogh

Van Gogh

           Buffet (à l'époque où le moulin était perché sur la vilaine construction de béton

Jacques Ruiz

Jacques Ruiz

Merio Ameglio

Merio Ameglio

Elysée Maclet (un peu copié d'Utrillo)

Elysée Maclet (un peu copié d'Utrillo)

Gen Paul

Gen Paul

                                                 Le Radet par la fenêtre (Camoin)

Le Moulin de la Galette (Yaki)

Le Moulin de la Galette (Yaki)

Utrillo pour finir en beauté!

Utrillo pour finir en beauté!

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Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

      La seconde partie de la rue Norvins (ancienne rue des Moulins) commence côté pair rue des Saules et côté impair place Jean-Baptiste Clément. Moins photographiée que la première partie (rue Traînée), elle est cependant riche par ses monuments et par son histoire.

La ligne des moulins, photo prise en 1845 par Hyppolite Bayard.

La ligne des moulins, photo prise en 1845 par Hyppolite Bayard.

    Elle devait son nom aux nombreux moulins situés sur la ligne de crête qu'elle longeait. Curieusement il subsiste à Paris une rue des Moulins qui évoque les ailes que l'on voyait sur la Butte depuis le quartier du Palais Royal. 

Le salon du 6 rue des moulins

Le salon du 6 rue des moulins

     Cette rue des Moulins, proche de l'avenue de l'Opéra n'est pas sans rapport avec Montmartre puisque le peintre emblématique de notre quartier, Toulouse Lautrec, y fréquenta la maison close située au 6 où il peignit le salon.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Passée la rue des Saules qui évoque Bruant  ("Son p'tit fichu sur les épaules, ell' rentrait par la rue des Saules, rue Saint-Vincent") nous trouvons au 20, ô surprise, une boutique de cartes et reproductions, une "galerie" qui vend quelques toiles.

 Elle a pris la place d'une épicerie plus qui se spécialisait dans les grains de café à moudre ....

 

     Les 22 et 22 bis sont une des plus belles adresses de Montmartre. Il s'agit de la Folie Sandrin.

La Folie Sandrin

La Folie Sandrin

     Il y eut tout d'abord à son emplacement, au début du XVIIIème siècle, une riche demeure, nommée à juste titre "Palais Bellevue". Son histoire commence vraiment en 1774 lorsqu'il est racheté par Antoine Gabriel Sandrin, homme des Lumières s'il en fut car il était maître chandelier, c'est à dire fabricant et marchand de bougies et chandelles. Il crée un parc à l'anglaise avec petit temple et rocailles. Il construit une extension et arrive à compter 24 pièces en sa demeure.

 

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Le Palais Bellevue devient "la Folie Sandrin". Etrange prémonition que ce nom qui comme chacun sait signifiait "feuillée", maison de campagne mais qui déjà avait le sens qu'on lui connaît aujourd'hui. En effet c'est un aliéniste, le docteur Prost, qui l'acquiert en 1805 pour en faire un lieu d'accueil et de thérapie pour ceux que l'on nomme fous. Loin des méthodes traditionnelles violentes, il obtient de remarquables résultats en respectant ses patient, en vivant avec eux et partageant leurs repas.

     En 1820, l'établissement est cédé au célèbre docteur Esprit Blanche qui poursuit l'œuvre de Prost.

Son patient le plus célèbre est Gérard de Nerval qui décrit la maison où il séjourna "fashionable et même aristocratique". Incapable de payer une pension fort élevée, il fut reçu aux frais du docteur Blanche qui le prit en charge comme il le fit pour d'autres artistes.

 

    Après la clinique, la folie connut divers avatars, institution pour jeunes filles de bonne famille (jusqu'en 1875), école normale pour jeunes filles (années 1950-1960), école religieuse...

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Elle se délabrait et peu à peu devenait ruine quand les promoteurs avisés s'en emparèrent en 1970, la restaurèrent et la débitèrent en appartements de grand luxe.

Quelques célébrités y vécurent plus ou moins longtemps comme Jean Marais qui faisait des allers-retours entre Vallauris et Montmartre,  Gérard Oury, Michèle Morgan (qui n'y séjourna que brièvement).

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.
Entrée du réservoir rue Norvins.

Entrée du réservoir rue Norvins.

     En face de la Folie Sandrin au 9 subsiste un monument original qui n'est autre que l'ancien château d'eau du village, construit en 1835 dans un style néo Renaissance élégant. L'édifice octogonal donne rue Lepic et il est agrémentée d'une fontaine, une urne de bronze ornée de naïades et de tritons.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

    Une pompe hydraulique installée à Saint-Ouen et relayée par une autre pompe passage Cottin alimentait le réservoir de 125 000 litres.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     La population montmartroise augmentant au XIXème siècle avec le lotissement du maquis et la constructions de "maisons d'six étages, ascenseur et chauffage", il fallut en 1860 rehausser le réservoir pour lui permettre de recevoir plus de 260 000 litres.

 

Utrillo

Utrillo

     L'ajout disgracieux disparut en 1969, le réservoir ayant été désaffecté une vingtaine d'années plus tôt. Aujourd'hui il abrite des expos temporaires et sert surtout de siège à la Compagnie du Clos de Montmartre chargée de défendre et promouvoir la piquette réalisée grâce aux vignes voisines, exposées plein nord! 

                                  La rue Norvins (Utrillo) avec à gauche la folie Sandrin et à droite le réservoir.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Le 11 est une reconstruction des années 1920. Il a en effet reçu le 7 août 1918 un obus attribué à tort à la Grosse Bertha (en réalité tiré par les canons allemands à longue portée, les "Pariser Kanonen").  L'obus le fit voler en éclats, en même temps que plus au sud d'autres obus frappaient l'église Saint-Gervais et la façade de Notre-Dame. 

Les 15-17

Les 15-17

     À l'emplacement des 15-17, était situé le moulin de la vieille tour (1623-1840). Il occupait le terrain situé entre les rues Norvins et Lepic actuelles.

(Sur cette gravure, on voit en premier plan le chemin qui deviendra la rue Lepic. A droite le moulin de la Vieille Tour (15-17 rue Norvins) et le moulin de la Petite tour (21 rue Norvins). Le chemin qui s'ouvre à gauche sera la future rue Girardon.)

 

Le moulin de la Petite Tour (1647-1854) devient en 1824 "la Tour à Rollin" du nom de son nouvel acquéreur, Joseph Rollin. Quand il est détruit ses pierres servent de soubassement au pavillon sur la rue Norvins.

 

                                              Le 21 rue Norvins (aussi 4 rue Girardon)

    Remplaçant le moulin dont les ailes légères tournaient dans le ciel montmartrois, un gros immeuble cossu typique des constructions qui détruisent le vieux Montmartre au début du XXème siècle, s'est installé sans état d'âme.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Malgré sa lourdeur l'immeuble est connu de tous les admirateurs de Céline. L'écrivain raciste après avoir vécu 13 ans rue Lepic y emménagea en 1941 avec Lucette Almanzor et le chat Bébert récupéré chez Le Vigan.

 

     Il appréciait l'endroit d'où il avait une vue imprenable :" Moi j'avais, c'est vrai mon 7ème (en réalité il habitait au 5ème)! L'air! La vue! Lointaine! Cent bornes! Toutes les collines jusqu'à Mantes! Mais quelle haine cet air m'a valu! Cette vue!... personne me les pardonne encore!..."

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Comme si cette haine prétendue était due à la jalousie et non aux ignobles pamphlets qu'il continua d'écrire alors qu'il habitait Montmartre! "Les Beaux Draps" datent de 1941.

Je ne sais à quoi pensait Céline lorsqu'en 1942 il voyait de son appartement si bien placé les bus de la  rafle qui stationnaient en haut de l'avenue Junot.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

    En 1944, il assiste de sa fenêtre au bombardement de Paris qu'il décrit dans "Féérie pour une autre fois" : "Le miroitement des tuiles! bijoux! diamants!...les bombes éclatent là-dedans en fleurs! rouges! rouges! en œillets!..."

     Et peu après, il prend courageusement la fuite avec les collabos, sachant qu'il risquait d'être jugé et condamné à mort.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Ironie de l'histoire, dans ce même immeuble avaient lieu des réunions secrètes de la Résistance comme le rappelle une plaque récemment apposée sur la façade.

23 oct 2021. Cérémonie pour la pose de la plaque commémorative. Je passais par là! Sur la droite, de dos, Pierre-Yves Bournazel député du 18ème.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

Revenons maintenant où nous étions restés côté pair, après la Folie Sandrin. 

Le 24 est à la fois un petit square qui porte le nom de "jardin Frédéric Dard" et une cité d'artistes. Il faisait partie à l'origine de la Cité Norvins et s'appelait "square de la Cité-Norvins" à son inauguration en 1958.

                          Le jardin en février 2022, fermé pour réaménagement. Une interminable fermeture!

    Ce petit espace de 620 m2 actuellement fermé pour cause de réaménagement est une concession que fit la ville aux riverains irrités de voir tout l'espace occupé par la cité (6000 m2 avec ses arbres, sa nature originelle) fermé aux riverains et aux promeneurs depuis 1999.

Et même cette "concession" minimale fut-elle contestée par certains résidents de la Cité, inquiets de perdre leur tranquillité!

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     De vieilles photos du début du siècle nous montre l'endroit tel qu'il était, ouvert à tous, véritable havre de verdure et de calme au cœur du vieux village, miraculeusement épargné des appétits voraces de la spéculation immobilière.

 

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

    La Cité-Norvins fut rachetée par la ville afin d'interdire son lotissement, pour devenir "la Cité des Arts". Elle est composée de vieux immeubles et maisons du XIXème siècle ainsi que d'immeubles d'ateliers du début du XXème siècle. Elle est utilisée comme résidences pour les artistes et gérée par la Cité Internationale des Arts qui possède un autre site dans le Marais.

 

     Le 24 avant d'être loti porta la star des moulins montmartrois, le moulin de la Galette (aujourd'hui à l'angle des rues Lepic et Girardon).

 

    Sa présence est attestée au début du XVIIIème siècle quand sur le vaste terrain acquis par François Chapon, il prend fièrement le vent qui à cet endroit ne ménage pas sa peine. Il a pour nom, comme il se doit, Moulin Chapon.

Le Radet et plus loin le Blute-Fin.

Le Radet et plus loin le Blute-Fin.

     Son histoire est mouvementée mais pour la résumer, disons que passant de propriétaire en propriétaire il finit par devenir le moulin Radet. Nom mystérieux puisqu'aucun propriétaire ne le porta. J'émets une hypothèse hasardeuse. Les Montmartrois entichés de Napoléon (la rue Lepic actuelle est nommée rue de l'Empereur) auraient pu avoir envie d'honorer un général de la Grande Armée, Etienne Radet, qui de plus dirigea l'enlèvement du pape Pie VII.

     Sans doute est-il plus sage de penser que le "Radet" du moulin aurait été un des meuniers locataires du lieu.

   Une dernière hypothèse vient de m'être suggérée par un ami lecteur qui relève que dans un ouvrage sur la meunerie il est question de moulin à radet. Il s'agit il est vrai de moulins à eaux avec une plateforme flottante. La terrasse des moulins faite de planches ressemblant à un radet (radeau) a pu conduire les villageois à lui donner ce nom. Why not? 

      C'est en tout cas le plus célèbre meunier de Montmartre, de la dynastie des Debray, Nicolas-Charles qui en fit l'acquisition en 1812 après avoir enrichi son patrimoine trois ans plus tôt  d'un autre moulin, plus grand, le Blute-Fin, celui que l'on découvre, splendide et altier depuis la rue Tholozé. 

 

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Debray a la lumineuse idée, pour raison commerciale de faire déménager  en 1834 son Radet qui franchit une centaine de mètres pour se fixer près de son emplacement actuel (photo).

Il lui reste encore à franchir, un peu plus tard, une petite distance jusqu'à l'angle de la rue Lepic (rue de l'empereur à l'époque).

 

 

   

 C'est là qu'il est photographié par des hordes de touristes qui ignorent qu'il fut de 1924 à 1977 perché sur un socle de béton lourd et laid. Il sera restauré en 1977 ainsi que son entrée belle époque. 

 

 

Fin de la rue avec à gauche les jardins transformés en immeuble et place Marcel aymé

Fin de la rue avec à gauche les jardins transformés en immeuble et place Marcel aymé

Nous arrivons maintenant au dernier numéro de la rue Norvins, le 26.

    les terrains libres sur lesquels était installé le Radet, ont été dans leur partie ouest sacrifiés au profit d'un imposant immeuble et d'une place.

Marcel Aymé rue du Mont-Cenis.

Marcel Aymé rue du Mont-Cenis.

     Il s'agit de la place Marcel Aymé (1902-1967) du nom de l'écrivain qui vécut dans cet immeuble pendant les trois dernières années de sa vie, et y mourut.

Il était Montmartrois d'élection, ayant eu pour adresses successives le 9 rue du square Carpeaux,  le 9 ter rue Paul Féval (pendant 30 ans) et enfin le 26 rue Norvins. 

   

Après sa mort, Jean Marais réalisa en son hommage une sculpture qui illustre une de ses nouvelles les plus connues, "Le passe-muraille". La sculpture fut inaugurée en 1989 et elle attire les touristes qui aiment se faire photographier devant elle.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Jean Marais qui à l'occasion se découvrait sculpteur donna à son passe-muraille la tête de Marcel Aymé et les mains de Jean Cocteau.

 

     Marcel Aymé eut pour voisin dans cet immeuble un musicien qui fut célèbre en son temps :

 

    Je retiens, outre ses créations que je connais peu, qu'il a été pendant presque 20 ans l'époux de Colette Steinlen, fille de notre Alexandre, le peintre humaniste engagé pour les humains et pour les chats! 

                                                               Colette et un chat (Steinlen)

    Il ne se contenta pas de la belle puisqu'il eut deux autres épouses. Après ses trois mariages, il fallut bien conclure par un enterrement qui eut lieu en 1965 dans le vieux cimetière Saint-Vincent où il a pour colocataires Alexandre Steinlen et Marcel Aymé!

 

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La rue Norvins en février.

La rue Norvins en février.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Nous sommes avec la rue Norvins au cœur du cœur de Montmartre et par chance elle a gardé en partie l'image de ce que fut le vieux village. Un article déjà ancien lui a été consacré sur ce blog mais il nous semble intéressant de l'actualiser et de réparer quelques oublis! 

La rue Norvins à partir de la rue des saules vers la place du Tertre

La rue Norvins à partir de la rue des saules vers la place du Tertre

     Cette étroite artère célébrisime figure sur les plus anciens plans de Montmartre sous le nom de rue Traînée ou Trenette dans sa partie entre la place du Tertre et la rue des saules, et rue des moulins dans celle qui va de la rue des saules à la rue Girardon.

La rue Norvins à partir de la rue Girardon (ancienne rue des moulins)

La rue Norvins à partir de la rue Girardon (ancienne rue des moulins)

    C'est un décret de 1868, huit ans après le rattachement de Montmartre à Paris qui lui donne son nom toujours actuel de rue Norvins.

 

                                 Portrait de Jacques Marquet de Montbreton de Norvins par Ingres

    Il y avait à l'époque un vénération pour Napoléon, d'autant plus ardente qu'elle permettait par opposition d'amoindrir et de critiquer Napoléon III, appelé par Hugo "Napoléon le Petit". Il se trouve que Jacques Marquet de Montbreton de Norvins, né la même année que Napoléon (1769), fidèle entre les fidèles, a écrit un livre-somme "Histoire de Napoléon" qui connaît un vif succès. Il prête trois excès à son héros, "l'excès du génie, l'excès de la fortune, l'excès du malheur".

Il en fait ainsi un personnage romantique idéalisé!

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Évidemment le nom de la voie est raccourci afin de n'avoir pas à dérouler l'interminable patronyme : Jacques Marquet de Montbreton de Norvins ! La particule elle même a pris la poudre d'escampette. 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Commençons donc la visite par la première partie de la rue, entre la place du Tertre et la rue des saules. Au début, Seul le côté pair est construit, formant un des côtés de la place du Tertre,  du 2 au 8.

 

    Le 2 est un petit immeuble assez disgracieux qui a pris la place du fameux hôtel du Tertre qui lui même avait été construit sur les culs-de-basse-fosse de la prison de ces dames, Abbesses de Montmartre. C'est un haut lieu du Montmartre artiste et bohême où venaient siroter l'absinthe, au Rez de chaussée, chez Bouscarat, Degas, Toulouse Lautrec, Puvis de Chavannes.

Le  2 (premier immeuble à droite), Hôtel du Tertre.

... Le relais fut pris par Satie qui venait en voisin de la rue Cortot, Modigliani, Couté, Max Jacob, Carco...

                                          Le 2, aujourd'hui

    Plus tard encore on y rencontrera Picasso, Renoir ou Vlaminck....

  L'hôtel fut vendu par Bouscarat pour être détruit et remplacé en 1938 par l'immeuble actuel qui enlaidit la place du Tertre et dont le café restaurant en s'appelant "La Bohême" a couru en vain après la légende montmartroise puisque depuis la pandémie ou à cause d'elle il a fermé ses portes.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Le 4 est le célèbre "Cadet de Gascogne" qui n'est pas si ancien qu'on pourrait le penser. Henri Borde, un gascon qui avait du flair racheta un petit commerce de village pour créer son restaurant en 1928.

Il est cadet de famille et selon la tradition gasconne, les biens revenant à l'aîné, il devait partir à l'aventure, à la recherche de la fortune. La fortune fut au rendez-vous, le gascon avisé acheta, succès aidant, le restaurant "Patachou" et l'énorme maison, de l'autre côté de la place, avec vue sur tout Paris, habitée aujourd'hui par Nagui de la télévision française!

On peut voir clairement sur cette carte que le restaurant n'occupait que les deux tiers du petit immeuble. Il avait pour voisin "Le singe qui lit" qu'il avala en partie pour occuper l'ensemble de l'immeuble.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Il faut dire un mot de ce singe sacrifié dont vous pouvez lire l'article complet sur ce blog. En 1908, il y avait là un bric-à-brac, une brocante foutraque tenue par un personnage hors pair, Emile Boyer, "brocanteur, anarchiste, fort en gueule, caractériel, marchand de frites et de peintures".

Emile Boyer et sa friteuse

Emile Boyer et sa friteuse

    Il était ami d'Utrillo et de Gen Paul dont il vendait dessins et toiles. Après lui il y eut un autre patron, Gremillet, puis une boutique de souvenirs made in China, mais la vieille enseigne et le décor avaient été respectés, jusqu'en 2018 où tout fut détruit pour agrandir la mère Catherine!

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

 Au 6 vit donc cette ogresse de   "mère Catherine" . A l'origine il s'agissait d'une brave citoyenne, Catherine Lamotte (nom parfois orthographié Lamothe) qui en 1793, année connut pour sa douceur et sa tolérance, acquit l'ancien presbytère vendu comme bien national.

 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    En 1814, elle subit le passage des cosaques, grands amateurs d'alcool, qui pour être servis sans attendre criaient "bistro" c'est à dire "vite"! Ainsi le mot bistro serait né chez la mère Catherine. Aujourd'hui une plaque perpétue la légende que serinent les guides.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

       En réalité le mot n'apparaît qu'en 1884 dû à l'abréviation du provençal "bistroquet". Peu importe à Catherine qui aurait fait fi de la controverse si en 1844 elle n'avait rendu son âme à Dieu, renversée par une pièce de vin qu'elle descendait à la cave. On ne dira jamais assez que l'alcool tue!

   

 Après elle d'autres propriétaires se succèdent parmi lesquels le gros Guillaume, auréolé de son passé de garde national pendant la Commune puis le père Lemoine, 2ème maire de Montmartre, connu sous le pseudo de "père La Bille" pour avoir installé dans son restaurant un billard. 

Le 8 rue Norvins

Le 8 rue Norvins

     Au 8 dans une vieille maison du XVIème siècle, le petit comptoir remplace un "estaminet" qui lui-même remplaçait un humble commerce villageois.

Début côté impair de la rue Norvins (1, 1bis, 1ter).

Début côté impair de la rue Norvins (1, 1bis, 1ter).

     Nous pouvons maintenant nous intéresser aux numéros impairs qui commencent là sur une sorte de placette dont le premier immeuble donne sur la place du Tertre. Il faisait corps à l'origine avec le 1bis et le 1ter.

     Ô surprise ineffable, une enseigne temporaire annonce l'ouverture d'une boutique de souvenirs "le singe qui lit"! Ainsi le nom de ce singe sauteur ne quittera t-il pas Montmartre!

Auparavant était installé dans cette maison le syndicat d'initiative de Montmartre qui est descendu de quelques dizaines de mètres jusqu'au 7 rue Drevet.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Une plaque nous rappelle (!) qu'à cet endroit, le 24 décembre 1898, arriva "une voiture à pétrole pilotée par Louis Renault, marquant ainsi le départ de l'industrie automobile française". Soyons fiers Montmartrois, nous abriterions le premier "bistro" de France et serions à l'origine d'une industrie qui fut le fleuron de notre pays! 

 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.
La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Il y avait jusqu'en 1921 une terrasse ouverte entre ce groupe de maisons dont une partie fut détruite. Il resta un terre-plein central racheté par la ville, sans doute pour élargir la rue Norvins et qui aujourd'hui forme cette placette pittoresque sur laquelle donnent ces vieilles maisons villageoises.

Le 10.

Le 10.

    En face côté pair, le 10, malgré les pétitions des Montmartrois a vu s'installer une enseigne américaine qui ouvre la voie aux MacDo et autres joyeusetés mondialisées.

Il subsiste de vieilles cartes qui ressuscite le quartier ancien et le siège de la Commune Libre du temps de Depaquit.

Les 12, 14, 16....

Les 12, 14, 16....

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Pas grand chose à dire des autres numéros pairs sinon que les maisons où ils sont installés sont d'authentiques maisons du vieux village miraculeusement conservées.

Arrêtons nous seulement au 18, présent sur toutes les cartes postales, "le Consulat".

 

     Il est peint sur de nombreuses toiles et il est fréquent de voir des peintres (notamment asiatiques) poser leur chevalet devant le restaurant en figure de proue entre les rues Norvins et Saint-Rustique.

                                                                     Utrillo

Utrillo

Utrillo

     Il y eut à son emplacement la "Friterie, liqueurs à emporter" du père Luc avant que l'emplacement idéal n'attirât les artistes qui prirent très vite l'habitude de venir y boire et manger.

     Peintres et poètes s'y rencontrent bien avant que le Consulat d'Auvergne ne devienne Consulat de Savoie dans les années 60 quand son propriétaire monsieur Poppon voulut rendre hommage à la région dont il était originaire.

 

     Une affiche encadrée rue Saint-Rustique et rue Norvins rappelle le nom de quelques artistes qui le fréquentèrent, sans oublier les cinéastes qui apprécièrent son côté si "pittoresque"!

Woody Allen est un des derniers à avoir situé à proximité quelques scènes de  "Tout le monde dit I love you" et de "Midnight in Paris". 

 

      Revenons côté impair que nous avions laissé au 1ter. De petits immeubles se succèdent, témoins eux aussi du vieux village. Chacun d'eux abrite un commerce de restauration ou de souvenirs formatés pour les touristes. 

Le 3 années 60

Le 3 années 60

Les 3 aujourd'hui

Les 3 aujourd'hui

     Entre le 3 et le 5 s'ouvre une courte impasse, anciennement nommée "Cul-de-sac Saint-Vincent" et baptisée "Impasse du Tertre" en 1867.

 

     Une plaque recommande aux automobilistes de ralentir pour ne pas heurter les petits poulbots!

Voilà une alerte bien anachronique pour notre temps où les voitures ne peuvent emprunter la rue et où les enfants habitant le haut Montmartre ont disparu depuis belle lurette! Comme les sauriens découverts dans les carrières de la Butte!

       Le 7 est un restaurant au nom désuet : "la Pétaudière" qui comme chacun sait est un lieu où règne l'anarchie et la confusion.

L'expression viendrait de Rabelais et de sa "cour du roi Pétaud", joyeuse assemblée où chacun avait la même autorité que le roi!

 

     C'était le nom d'un cabaret fameux, 10 rue Tholozé, dirigé par le chansonnier Léon Zanroff auteur du fiacre chanté par yvette Guilbert.

En 1928 le cabaret disparut, remplacé par le studio 28, cinéma célèbre pour ses lustres dessinés par Cocteau.

Impasse Traînée, aujourd'hui rue Poulbot.

Impasse Traînée, aujourd'hui rue Poulbot.

     La Pétaudière donne en partie rue Poulbot, ancienne impasse traînée. Son nom venait de la manière dont on chassait le loup, "à la traînée" en tirant sur le pavé une charogne dont l'odeur ne pouvait manquer d'allécher le pauvre loup qui tombait dans une trappe dissimulée sous des branchages.

Rue Poulbot. La Pétaudière à droite, le Tire-bouchon à gauche.

Rue Poulbot. La Pétaudière à droite, le Tire-bouchon à gauche.

       Ce n'est qu'en 1967 que l'impasse se transforma en rue et prit le nom de Poulbot. 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.
La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     En face de la Pétaudière, au 9 rue Norvins a survécu un vieux cabaret, le Tire-Bouchon. 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Le cabaret ouvert après la 2ème guerre a été une pépinière de talents venus tenter leur chance à Paris. De nombreux jeunes chanteurs y ont débuté et donné pour quelques sous un court récital.

                                                     Brel non loin du Tire-Bouchon, rue Poulbot

     Parmi eux comment ne pas citer Brassens ou Brel qui tous deux passèrent du Tire-Bouchon au cabaret de Patachou un peu plus loin, rue du Mont-Cenis. Bernard Dimey, Francis Lai, Fernand Sardou aimèrent l'ambiance artiste et bon enfant du lieu.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    La rue continue avec ses ennuyeuses boutiques pour s'arrêter, dans sa première partie, avec ce qui fut longtemps la dernière boulangerie du haut Montmartre.

On la voit encore sur les cartes postales des années 60. Elle a survécu aussi longtemps qu'elle a sut résister aux sirènes de la spéculation et des offres de rachat.

 

    C'est fini depuis une quinzaine d'années...

 

     Il n'y a plus de boulangerie dans ce quartier. Une boutique de souvenirs, une de plus, a pris sa place. Elle donne en partie sur la place Jean-Baptiste Clément.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Ici s'arrête la première partie de la rue Norvins, celle qui s'appelait rue Traînée. La prochaine fois nous arpenterons la deuxième partie, l'ancienne rue des moulins.

On se dit que le charme de Montmartre a quelque chose de magique pour subsister malgré l'enlaidissement commercial!

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Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.
Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.

     La halle Saint-Pierre, plus chanceuse que ses consoeurs "Baltard" du ventre de Paris, sauvagement détruites sous Pompidou, abrite un musée vivant ouvert à l'art brut et à la photographie. Quand il fut créé dans les années 1990, il exposait une partie de la collection d'art naïf de Max Fourny dont il porte toujours le nom.

Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.
Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.

     Et puis les naïfs prirent la poudre d'escampette pour être remplacés par des artistes à la mode, représentants de l'art brut. Mais le musée garde du temps de ses débuts les bannières d'un artiste de rue qui était dans le vent urbain, Speedy Graphito.

Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.

     Ce sont elles qui reçoivent pluie, soleil et fientes de pigeons contre la façade. Elles offrent au passant malgré les injures du temps, leurs dessins de vitraux et leurs couleurs vives.

Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.

     Speedy Graphito, de son vrai nom Olivier Rizzo (né en 1961) est considéré comme l'un des pionniers en France du street-art (beaucoup moins branché quand on l'appelle à la française "art des rues").

Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.

    Dans les années 80, il parcourt nuitamment les artères de la ville pour les décorer de ses pochoirs et ses collages qui sont vite remarqués pour leur originalité et leur gaité. Déjà il donne vie à des personnages stylisés et dynamiques qui ne sont pas sans rappeler Keith Haring.

 

        Parmi eux, des chiens bleus, des diables rouges et un lapin robotisé, Lapinture.

 

 

   En 1985, Speedy est couronné du prix de la meilleure affiche du concours lancé par le Ministère de la Culture pour les mois du musée : "La ruée vers l'art".

 

    Avec le temps, Speedy s'inspire de plus en plus de la culture populaire, des icônes du dessin animé, des personnages de jeux vidéo... dans des compositions où l'humour ne manque pas de pointer le bout de son nez.

 Ce qui ne cache pas l'influence chez lui de peintres qu'il admire comme Miro ou Picasso.

Les frontières du temps et des cultures s'abolissent et Riri peut bien faire du trampoline devant la vague d'Hokusaï...

 

    Aujourd'hui Speedy ne fait plus que rarement le mur. On le rencontre dans des musées, des galeries, des salles des ventes...

Raison de plus pour ne pas manquer de lever la tête vers ses bannières de la Halle Saint-Pierre rue Ronsard, sans oublier de passer devant la porte colorée de la rue Nodier.

Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.
Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.
Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.

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     Voisin de l'Auberge du Clou vandalisée légalement en 2021 pour laisser place au Seasons Martyrs, il y eut un autre cabaret flamboyant de Montmartre : l'Âne rouge.

Là ou était l'âne rouge, vous trouverez le "paprika"!

Là ou était l'âne rouge, vous trouverez le "paprika"!

      Il a depuis fort longtemps cessé de braire et au 28 avenue Trudaine il a laissé place au "Paprika" du nom d'une épice de couleur rouge elle aussi, mais il est hors de question de ne pas le "ressusciter" le temps d'un article, tant il fait partie de l'histoire de notre quartier.

Cartouche (illustration de Tessier et Sarrou).

Cartouche (illustration de Tessier et Sarrou).

     Remontons au second Empire, en 1870, avec le père Laplace que certains appellent "le père de Montmartre". En effet, marchand de tableaux avisé, il eut l'idée d'organiser des rencontres d'artistes, poètes et peintres autour d'un verre, dans sa boutique.  Devant le succès, il la transforma en café,  "La Grande Pinte", hommage à un célèbre débit de boissons (créé en 1724) situé à la barrière d'Antin, là où trône aujourd'hui l'église de la Trinité et qui eut pour fidèle client le brigand Cartouche qui appréciait le puits de l'établissement donnant accès à des souterrains précieux en cas d'alerte.

    La Grande Pinte de Laplace peut être considérée comme un des premiers cabarets montmartrois où s'exprimaient et étanchaient leur soif poètes et chanteurs!

CABARET de l'âne rouge Montmartre, avenue Trudaine.

     C'est en 1889 que commence l'histoire de notre cabaret quand la Grande Pinte est rachetée  par Gabriel Salis pour devenir l'Âne Rouge.

Le Chat Noir de Rodolphe Salis, d'abord sur le bd de Rochechouart (ensuite rue de Laval, aujourd'hui Victor Massé)

Le Chat Noir de Rodolphe Salis, d'abord sur le bd de Rochechouart (ensuite rue de Laval, aujourd'hui Victor Massé)

    Le nom de Salis est familier aux oreilles des Montmartrois ! Salis! Le Chat Noir! Le cœur même du Montmartre des artistes et de la Bohême! Mais attention, un Salis peut en cacher un autre! Le Chat Noir appartient à Rodolphe Salis tandis que l'Âne rouge est la propriété de Gabriel Salis, son frère cadet.

Enseigne de Willette pour le Chat Noir, rue de Laval (aujourd'hui Victor Massé)

Enseigne de Willette pour le Chat Noir, rue de Laval (aujourd'hui Victor Massé)

    Les deux frères ne s'entendent pas, ou alors comme chien et chat (à cause d'une rivalité féminine)! C'est pour concurrencer Rodolphe que Gabriel ouvre son cabaret à proximité du Chat Noir.

   

Le nom aurait été trouvé par Willette pour se moquer du mauvais caractère un tantinet buté de Rodolphe et de sa crinière rousse.  

                                                                  Caricatures de Willette :

- Il fut un temps où je portais la farine au moulin...

_ Mais j'en avais plein le dos de Pierrot et de sa farine...

- Et il est mort depuis...

- Là ousqu'est mon mouchoir?

- Mes amis tout ça est à vous... pour de l'argent! Buvez et multipliez!

- C'est pour la réparation de la Butte qui s'écroule sous le poids de ma gloire

- De l'audace, de l'audasse et encore de l'audasssse et toujours de l'audasssssse!      (Willette)

     Gabriel Salis surnommé le léopard ou encore le don Quichotte de Montmartre, moins autoritaire que son frère entraîne avec lui une partie des habitués du Chat Noir, à commencer par Willette qui accroche dans la grande salle son tableau peint après la Commune "la fédérée de la place du Tertre".

Tableau inspiré par un poème de Richepin qui sera plus ou moins copié par Bruant :

"Le drapeau rouge autour du corps

Lui allait mieux qu'un linceul d'or

Elle est tombée la gueule ouverte

A Mont-merte".

    Parmi les artistes qui participent au "décor" en accrochant quelques unes de leurs œuvres, nous trouvons Steinlen, celui-là même qui a créé pour Salis l'affiche devenue icône de Montmartre.

Nous trouvons encore Georges De Feure peintre symboliste qui avait son atelier à proximité, rue de l'agent Bailly et qui mérite d'être redécouvert.

                                                  Georges de Feure (femme dans la neige)

     L'Âne rouge connaît un grand succès avec la venue de la bande des Hydropathes de Goudeau et avec quelques personnalités marquantes de la bohême montmartroise.  Il suffit de citer Verlaine, Charles Cros, Xavier Privas, Marcel Legay, Gaston Couté, Paul Delmet, Willette, Steinlen, Bottini.... Toutes ces figures montmartroises habituées de l'Âne rouge n'en fréquentent pas moins d'autres cabarets, d'autres lieux mythiques aujourd'hui qui se réclament de leur célébrité.

Gabriel Salis dans son cabaret (caricature de Lepetit)

Gabriel Salis dans son cabaret (caricature de Lepetit)

     Gabriel Salis contribue à l'ambiance joyeuse et impertinente. Il se réjouit de voir s'anémier le Chat Noir de son frère tandis que son Âne est en pleine forme. 

 

    Rodolphe Salis tente de retrouver le succès en organisant des tournées dans toute la France et en innovant avec le théâtre d'ombres dont certaines silhouettes sont conservées au musée de Montmartre. La dernière séance eut lieu en 1896, après quoi Rodolphe pris d'une folie destructrice s'acharna contre le mobilier et la décoration de son établissement, hâtant sa mort définitive.

 

     Il meurt l'année suivante, en 1897. Gabriel Salis eut-il du remords, retrouva -t'il l'affection perdue pour son frère? Toujours est-il qu'il vendit son Âne rouge peu de temps après, en 1898.

Son acquéreur fut André Lesage, dit Andhré Joyeux, compagnon de la première heure et chansonnier apprécié qui n'eut pas le temps de faire ses preuves à la tête de son cabaret car, atteint d'un cancer à l'estomac, il se suicida en septembre 1899.

CABARET de l'âne rouge Montmartre, avenue Trudaine.

      Il ne reste que quelques années de vie à notre Âne rouge qui est racheté en 1900 par Mauricette Renard puis en 1903 par  Léon de Bercy, chansonnier, parolier, membre du Club des Hydropathes et ami de Bruant avec qui il écrit un dictionnaire de l'argot, mais mauvais gestionnaire qui abandonne le pauvre Âne en 1905.

CABARET de l'âne rouge Montmartre, avenue Trudaine.

C'est la fin du cabaret mais pas de son nom. Un certain monsieur Choulot ouvre un restaurant qui garde pour sa publicité l'enseigne devenue célèbre.

 

CABARET de l'âne rouge Montmartre, avenue Trudaine.

     Quelques années plus tard le nom disparaît à son tour. Les fourneaux du restaurant s'éteignent et c'est une boulangerie qui s'installe à sa place. Fin de l'Âne Rouge!

Le Paprika qui aujourd'hui occupe son emplacement n'a pas détruit la céramique originelle au-dessus de la porte avec notre âne rouge gourmand, tenu en laisse par une femme nue virevoltante! Ultime relique du célèbre cabaret!

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