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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

montmartre monuments. cabarets. lieux

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux
Edith Piaf et Montmartre.

   Eh oui, Piaf connut et aima Montmartre!

Cet attachement, nous l'oublions trop souvent et quand nous évoquons les chanteuses montmartroises, nous filons illico rue d'Orchampt devant le portail de la maison de Dalida, ou bien nous nous rendons rue du Mont-Cenis, chez Patachou, quand nous ne descendons pas sur le boulevard retrouver Yvette Guilbert ou Frehel. Mais Piaf, jamais!  

 

   Et pourtant elle a marché sur nos pavés, elle a vécu dans nos hôtels, elle a chanté dans nos cabarets! Bien sûr nous aurions préféré qu'elle naquît rue des Martyrs ou rue Norvins plutôt qu'à Belleville, mais les Buttes sont jumelles et partagent leur histoire populaire... le souvenir de cette histoire! 

Piaf et Momone

Piaf et Momone

   Edith rencontre Simone Berteault dans son quartier de Ménilmontant. Elles deviennent de vraies "soeurs" comme l'écrira simone Berteault. Edith a quinze ans et "Momone" moins de treize quand elles parcourent les rues pour gagner un peu d'argent. C'est Edith qui chante et Simone qui quête, dos voûté, tête baissée pour émouvoir le chaland.

Edith Piaf et Montmartre.

 

  Montmartre et ses légendes attirent Edith qui trouve une petite chambre assez minable, rue Véron à Montmartre. Momone et Edith ont pour adresse temporaire l'hôtel de Clermont, au 18. L'hôtel est toujours là et nous verrons qu'il aura son importance dans la vie et le destin de Piaf. Les fresques du peintre américain Neil Gittings ont été récemment restaurées et ont retrouvé les couleurs que Piaf a sans doute connues.

 

 La vie n'est pas facile pour les deux "sœurs". Et puis Edith, à 17 ans, tombe amoureuse, comme si souvent elle le fera. Son désir d'amour est tel qu'elle idéalise les hommes de rencontre.  Celui-là s'appelle Louis Dupont, "P'tit Louis". 

 

    Avec lui elle vit quelques mois rue Des Abbesses, à l'hôtel Pompéa" dans un petit immeuble dont le rez de chaussée était occupé par un restaurant qui a survécu, "La Mascotte". L'hôtel abrite les couples de passage et il fait le plein dans un Montmartre qui aime cacher les amours irrégulières! Le Pompéa malgré son nom évocateur disparaîtra au profit de l'Antinéa qui lui même, comme l'Atlantide, finira par sombrer. Seule subsiste la Mascotte qui s'est spécialisée dans les fruits de mer.

 

Piaf retrouve ensuite Belleville et avec Louis elle a une fille, Marcelle, "Cecelle" qu'elle porte dans ses bras pour chanter dans les cours. Elle revient chanter à Montmartre avec Momone.

Après le départ de Louis qui n'accepte pas qu'Edith puisse utiliser leur fille pour émouvoir les badauds, la seule survie possible est toujours dans le chant et le passage dans les cabarets. 

On la voit au 62 rue Pigalle, au "Juan les Pins" aujourd'hui hideux immeuble-verrue, mais alors petit établissement en rez de chaussée qui deviendra la célèbre roulotte de Django Reinhardt.

 

 

1935 est une année décisive pour Edith qui perd sa fille morte de méningite tuberculeuse à l'âge de 28 mois. Epreuve terrible qui la contraint à la prostitution pour payer les frais d'inhumation de la petite. C'est aussi l'année où elle est remarquée par Louis Leplée qui le premier comprend l'intensité, la profondeur, le tragique de la jeune femme, petite et vive qui évoque pour lui un moineau parisien, un piaf!

C'est lui qui lui donne ce nom qu'elle habite aussitôt et qui sera celui de sa célébrité.

Nous somme loin de Montmartre, sur les Champs Elysées où Leplée possède son cabaret. Elle y connaît un beau succès mais c'est à jacques Canetti (nous retrouvons Montmartre) qu'elle doit le vrai début de sa carrière grâce au disque qu'il lui fait enregistrer, le célèbre "Les mômes de la cloche" en 1936, année de l'assassinat de Leplée.

  Par chance jacques Canetti qui la programme sur Radio Cité lui permet d'être entendue et reconnue par Raymond Asso et Marguerite Monnot qui seront liés à elle jusqu'à sa mort.

    C'est à Montmartre qu'elle rencontre Jean Cocteau, lui-même habitué de la Butte puisque jusqu'à l'âge de 18 ans, il avait vécu chez ses grands-parents rue La Bruyère, une rue proche de Pigalle. 

Il écrit pour elle une pièce dans laquelle elle triomphera en 1940 avec son nouvel amant Paul Meurisse dont le rôle est muet, "Le Bel Indifférent".

     En 1941 elle est l'héroïne d'un film tourné par Georges Lacombe "Montmartre sur Seine". Des couples s'aiment, se jalousent, se déchirent dans des hôtels ou des rues de la Butte qui depuis les débuts du cinéma ne cesse de séduire les réalisateurs. Piaf y est Lili aimée par Michel (Jean-Lous Barrault) mais amoureuse de Maurice (Henri Vidal).

                          Piaf et Henri Vidal dans "Montmartre sur Seine")

Marguerite Monnot écrit la musique et Piaf (avec Marguerite) les paroles des quatre chansons qu'elle y interprète : "J'ai dansé avec l'amour"... "L'homme des bars"... "Tu es partout"... "Un coin tout bleu".

   

                                 1943. Tournée d'artistes français chez Hitler.

     Passons sur l'occupation et le manque de courage et d'engagement d'Edith Piaf qui pour "promouvoir la chanson française" fait deux voyages à Berlin. On est toujours triste de voir les artistes qu'on aime ne pas correspondre à l'héroïsme qu'on attendrait d'eux. 

En 1944, elle triomphe au Moulin Rouge où chante en première partie un certain Yves Montand. C'est le coup de foudre! Et c'est Montmartre qui va abriter cette nouvelle passion.

Plus précisément  avenue Junot, l'hôtel Alsina où elle loue une chambre à l'année.

 

 C'est l'hôtel que Clouzot choisira pour tourner "l'assassin habite au 21"  (en réalité l'hôtel est au 39) et Truffaut pour "Baisers volés".

 

 

Pas vraiment volés les baisers qu'abrite ce refuge montmartrois...

 

   En 1945, Edith Piaf aime chanter dans un cabaret fondé par 5 compagnons de la Libération : "le Club des Cinq", 13 rue du faubourg Montmartre. Le lieu est apprécié des artistes et Gabin, Prévert, Carné le fréquentent régulièrement.

Le cabaret deviendra le cinéma "le Club" avant de devenir "le Passage du Nord Ouest" ouvert aux amateurs de rock, et enfin, en 1997 le Théâtre du Nord Ouest animé par la compagnie théâtrale l' Elan.

C'est dans le cabaret que Piaf rencontre pour la première fois Marcel Cerdan en 1946. C'est là que la foudre frappe de nouveau. C'est là que commence la belle et tragique histoire d'amour, la passion pour être plus juste, qui réunit Edith et Marcel.

Edith Piaf et Montmartre.

C'est à Montmartre que Piaf et Cerdan se retrouvent, dans l'hôtel de Clermont rue Véron, le même hôtel où Momone et Piaf avaient trouvé refuge quelques années plus tôt. C'est que Marcel y a ses habitudes.

                              L'hôtel de Clermont et le café, vus par Michel Cordi

Il apprécie le bistrot tenu par Ammad passé maître dans l'art du couscous, un plat qui lui rappelle sa jeunesse marocaine.

La Cloche d'or, rue Mansart.

La Cloche d'or, rue Mansart.

Edith et Marcel aiment aller au restaurant de la rue Mansart "la cloche d'or", établissement qui était dirigé par Anatole Moreau, le père de Jeanne Moreau.

Les histoires d'amour finissent mal en général. Celle là est foudroyée par le crash de l'avion qui emmenait Cerdan à New York où l'attendait Edith.

Après la mort de Marcel, Edith fuit dans l'alcool et la morphine. Elle n'a pas la force d'assister aux funérailles de son amant.

Elle hésite à revenir à Montmartre où déjà tant de souvenirs l'assaillent. C'est Montmartre qui va vers elle quand en 1955, dans le film de Renoir "Moulin Rouge" elle interprète Eugénie Buffet qui, comme elle, se fit connaître en chantant dans les rues de la Butte.

 

Mais Montmartre étant une petite capitale du Music Hall, avec le temps elle retrouve le goût d'y retourner pour applaudir des chanteurs qu'elle aime.

C'est "Chez ma cousine" où elle est venue entendre Mouloudji qu'elle rencontre Francis Lay qui l'entraîne dans sa bande après le spectacle.

Enfin, c'est "Chez Patachou" qu'elle se rend le 17 février 1962 afin de soutenir un garçon qui avait été son secrétaire : Claude Figus.

                                                  Piaf et Claude Figus

Ce chanteur fait partie de l'histoire de la chanson française puisque, amoureux de Charles Aznavour, c'est lui qui lui aurait inspiré un de ses textes les plus célèbres : "Comme ils disent".

Un petit texte de Piaf est émouvant car il est écrit peu de temps avant le suicide du jeune chanteur :

"Claude Figus était amoureux de la chanson mais la chanson ne l'était pas de lui. On dit que l'amour appelle l'amour, à son tour la chanson est devenue amoureuse de Claude Figus. S'il lui reste fidèle, alors il est probable qu'ils finiront leurs jours ensemble et qu'ils vivront un grand amour! (Edith Piaf)

En venant soutenir Claude Figus, Edith dont la santé est précaire est accompagnée de son dernier amour Théo Sarapo. Elle veut faire de lui un chanteur et réalise avec lui un duo "A quoi ça sert l'amour" qu'elle espère être un tremplin vers sa gloire.

                                Dernière sortie de Piaf. Chez patachou.

C'est encore "Chez Patachou", au coeur de Montmartre que Piaf fait sa dernière apparition en public, soutenue par Théo Sarapo, quelques mois avant sa mort en octobre 1963, un peu plus d'un mois après le suicide de Claude Figus.

Aujourd'hui nulle plaque à Montmartre ne rappelle le passage de Piaf. Mais dans le square Louise Michel,, les moineaux dont elle porte le nom, n'arrêtent pas de chanter et d'enchanter Montmartre sur Seine.

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux, #MONTMARTRE. Rues et places.
Le lion de la place des Abbesses.

     La place des Abbesses enlaidie par un vilain manège plastic et fluo était jadis protégée par un lion furieux qui aurait sans doute protégé son territoire s'il avait été là. 

Le lion de la place des Abbesses.

    C'est en 1901 que la Ville en fait l'acquisition, ce qui prouve qu'elle avait bon goût car la sculpture ne manque ni de force ni d'intensité.

Le lion de la place des Abbesses.

     Le lion a été sculpté par Henri Léon Cordier (1857-1926).

Sculpteur, fils de sculpteur, il a fait ses armes dans l'atelier d'Emmanuel Fremiet, connu pour ses œuvres animalières, parmi lesquelles le spectaculaire "éléphant pris au piège" sur l'esplanade du musée d'Orsay, son "gorille enlevant une femme" du musée de Nantes

 

N'oublions pas son St Michel au somment de l'abbaye du Mont éponyme, occupé à massacrer un dragon, ou sa Jeanne d'Arc qui assiste sans pouvoir descendre de son cheval aux meetings traditionnels d'un parti politique créé par un breton borgne.

Cordier fils obtint de nombreuses commandes officielles parmi lesquelles le monument aux frères Montgolfier (Annonay) ou le monument au général Lasalle (Lunéville).

 

    Son "lion rugissant, patte gauche tendue" est installé au milieu de la place, là où actuellement un cercle de pierre rescapé et une grille protègent une bouche d'aération.

                   L'ancien socle et en arrière fond l'abominable manège!

Le lion de la place des Abbesses.

    Le lion fut  bien accueilli par les riverains bien qu'il eût été nécessaire de le protéger des poulbots qui aimaient s'accrocher à sa queue pour se balancer comme Tarzan avec des lianes.

 

Hélas il ne resta qu'une dizaine d'années. Aujourd'hui il n'y a plus un seul Montmartrois vivant pour se souvenir de lui.

Ligne Nord-Sud, station Lamarck

Ligne Nord-Sud, station Lamarck

En effet, en 1910 les travaux du métro (nous sommes sur la ligne Nord-Sud entre Montparnasse et Montmartre) chassent le fauve qui est remisé dans les entrepôts de la Ville.

Le lion de la place des Abbesses.

    Rappelons que la station Guimard classée qui orne la place n'a pas été conçue pour elle mais a été transportée en 1974 depuis la place de l'Hôtel de Ville où elle avait été érigée. C'est ce qui s'appelle déshabiller Jacques pour habiller Paul!

Le lion de la place des Abbesses.

    Notre place ne reverra pas son lion. Nulle autre statue ne viendra l'agrémenter. La ville d'Orly en revanche récupère avec enthousiasme le fauve qui se morfondait dans les entrepôts. Nous sommes en 1931 et c'est dans le parc de la Cloche qu'il est installé. Sa queue qui servait de balançoire aux poulbots a disparu dans les divers transports. Nul ne sait où elle est passée....

 

    Et nul ne sait malgré tous les Dupont et Dupont du Val de Marne qui a volé le pauvre lion sans queue. Il disparut malgré toute l'attention que lui portait la ville qui assura sa restauration en 2010.

Cette restauration aurait dû lui porter chance quand on connaît le nom de sa restauratrice : Zelinski! Et bien non! en 2012 le lion fut kidnappé et les barbares qui s'en emparèrent courent toujours! Il fut remplacé par un autre lion en granit dû au scupteur Harut Yekmalian.

               Le lion de Yekmalian (non pas celui d'Orly mais celui d'Arras en lavedan)

Notre place des Abbesses, site classé, a vu débarquer un vilain manège qui à l'origine était décoré de poulbots botoxés.

 

Devant la réaction des riverains, les gnomes boursouflés furent effacés mais le manège resta. Il est là depuis plus de dix ans et personne n'est venu nuitamment le voler!

Il faut croire que les malfaiteurs ont bon goût!

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux, #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Chez Patachou. Rue du Mont-Cenis. Historique. Cabaret.

     Elle porte un nom gourmand qui vous met l'eau à la bouche, un nom pâtissier et léger qui évoque son sourire généreux et complice. Patachou! Patachou de Montmartre!  

Chez Patachou. Rue du Mont-Cenis. Historique. Cabaret.

    Son cabaret "Chez Patachou" a longtemps été un des plus emblématiques de Montmartre et quand on l'évoque aujourd'hui, c'est avec la nostalgie d'une époque où la butte attirait encore les jeunes poètes de la chanson et leur servait de tremplin d'où ils s'élanceraient vers les étoiles.

 

    Sa carrière de chanteuse mériterait un roman et nous nous en tiendrons ici à sa présence à Montmartre, 13 rue du Mont-Cenis où elle s'installe en 1948. Elle ne porte pas encore son nom si craquant, elle est Henriette Billon, née Ragon et elle a déjà pratiqué plusieurs métiers qui ne la satisfaisaient pas. Elle a trente ans, un âge décisif, celui qui permet encore tous les possibles.

Chez Patachou. Rue du Mont-Cenis. Historique. Cabaret.

   Jouxtant une pâtisserie, un local commercial en piteux état est à louer.  Il sera transformé en salon de thé où sont servies des spécialités à base de pate à choux puis en restaurant. Les Montmartrois surnomment les restaurateurs Monsieur et Madame Patachou !

 

   La chance fait que l'occasion se présente d'agrandir le restaurant qui devient comme tant d'autres sur la Butte, un endroit convivial où un accordéoniste tient lieu d'orchestre et joue les vieilles goualantes de Paris chantées par Jean qui a un bel organe. Un soir le bel organe est grippé et c'est Henriette qui se lance. Et pour un lancement, c'est une réussite! Sa voix séduit, mi railleuse, mi romantique. Une voix spirituelle et joueuse capable d'amuser et d'émouvoir

    D'autant plus que le contraste est frappant entre l'allure bourgeoise, habillée de chic bon genre de la chanteuse et son répertoire grivois dans la tradition libertine d'un Montmartre qui déjà faisait partie du passé.

Patachou est donc née à trente ans, sur la Butte loin du XIIème arrondissement où Henriette Ragon vit le jour le 10 juin 1918!

 

    Le succès est immédiat et Patachou en animatrice qu'on jurerait chevronnée invite les spectateurs à reprendre avec elle les refrains plus ou moins égrillards de ses chansons. Lorsqu'un convive rechignait à chanter, armée d'une paire de ciseaux, elle coupait sa cravate! 

Cette castration cravatière consentie devint très vite célèbre et les amateurs l'attendaient comme un rituel qui les faisait entrer dans la grande famille qui avait pour adresse "chez Patachou"! 

En 1950, Jacques Canetti qui ne pouvait ignorer la dame du Mont-Cenis, lui rend visite, l'invite aux Trois Baudets sur le boulevard et lui fait enregistrer son premier disque. Le succès est au rendez-vous et bientôt le cabaret devient un lieu incontournable.

 

Un lieu qui entre dans la légende montmartroise, dans son histoire tout simplement, quand un chanteur un peu bourru, sans le sou, y est invité, en 1952. Patachou a aussitôt senti chez lui le cœur et l'âme d'un poète. Il s'agit de Brassens bien entendu! 

"Quand il est arrivé, j'ai surtout vu qu'il était beau... Et puis on a écouté dix, vingt, trente merveilles..."

Elle enregistre un disque de ses chansons et contribue ainsi à le faire connaître et aimer.

Il faudra des années pour que Brassens devienne plus célèbre que celle qui l'a reconnu et aidé.

En effet, admirée de Maurice Chevalier qui lui aurait donné le surnom qui l'accompagnera dans ses tournée internationales "Lady Patachou", elle est applaudie aux Etats-Unis, au Canada, au Moyen-Orient...

 

Elle représente aux yeux et aux oreilles du public étranger "la parisienne" à la fois élégante et spirituelle, capable d'amuser et d'émouvoir.

C'est encore une chanson de Brassens "Margot" que chante Patachou dans le premier film où elle joue "Femmes de Paris" de Jean Boyer en 1953.

                                                      French Cancan (1955)

Sa carrière au cinéma sera moins riche qu'à la télévision mais au moins deux grands réalisateurs l'invitent : Jean Renoir dans "French Cancan" où elle est Yvette Guilbert et Sacha Guitry dans "Napoléon" où elle est évidemment Madame Sans-Gêne!

Bien plus tard de jeunes réalisateurs lui rendront hommage en lui confiant un rôle dans leur film : Léos Carax dans "Pola X" et Ducastel et Martineau dans "Drôle de Félix".

 

                                           Drôle de Felix (2000) avec Sami Bouajila

Mais revenons rue du Mont-Cenis, dans  notre Montmartre où la lady continue de promouvoir de jeunes talents. C'est le tour de Jacques Brel qui loue dans une chambre dans un petit hôtel de la rue des Trois Frères et qui a du mal à se faire connaître bien que le Tire-Bouchon, minuscule cabaret de la rue Norvins l'accueillît souvent.  

                                                Brel chez Patachou

Brel va être engagé pour trois ans  chez Patachou et c'est pendant ces années difficiles que grâce à la stabilité et à l'attention qu'elle lui offre, il se révèle comme un des grands poètes de la chanson.

Aznavour rue Poulbot (avec quelques vrais poulbots)!

Aznavour rue Poulbot (avec quelques vrais poulbots)!

Le cabaret poursuit sa brillante carrière malgré les absences prolongées de sa créatrice. Aznavour qui vit alors modestement à Montmartre, rue des saules, y chante parfois. Il s'en souviendra et il est responsable d'une chanson que l'on entend aujourd'hui à tous les coins de rues de la butte , "La Bohème". 

"Montmartre en ce temps-là ...... Accrochait ses lilas... Jusque sous nos fenêtres"...

                                           Aznavour rue Saint-Rustique

     Un autre poète va être invité à chanter chez Patachou, Léo Ferré. Il avait rencontré au Lapin Agile Caussimon qui en était l'habitué le plus fidèle. Les deux poètes étaient alors devenus amis et ils le resteraient jusqu'à la fin de leur chemin.

                                           Les deux amis en 1985!

    Une animatrice espiègle Souris, remplace la Lady quand elle est en tournée et présente au public de nouveaux talents comme Fanon, Hugues Auffray, Claude Nougaro qui tombera amoureux de la Butte et achètera un hôtel particulier avenue Junot (rue Dereure).

     Il faut enfin citer Guy Béart pour qui Patachou ressent une grande amitié et une grande admiration. Elle l'engage sans hésiter. Une de ses chansons sera un de ses plus grands succès "bal chez Temporel".

"Si tu reviens jamais danser chez Temporel
Un jour ou l'autre
Pense à ceux qui tous ont laissé leurs noms gravés
Auprès du nôtre"

 

 

 

Chez Patachou. Rue du Mont-Cenis. Historique. Cabaret.

    La plaque apposée sur la façade cite quelques uns des chanteurs qui passèrent en ce lieu, qui ont disparu mais dont  "les chansons courent encore dans les rues."

On ne s'étonnera pas d'y trouver quelques chanteurs américains que Patachou avait connus lors de son séjour aux Etats-Unis, notamment Sinatra avec qui elle lia une véritable amitié.

                                   Piaf et Sarapo chez Patachou. Dernière sortie.

Mais les années s'enfuient et peu à peu le cabaret se démode. Quelques chanteurs y passent encore, parfois, mais comme une escale en nostalgie. Edith Piaf y chantera pour la dernière fois en 1963...

                                         

   

 Pas de plus bel adieu que ce passage rue du Mont Cenis de celle qui allait s'éteindre la même année 1963. Le cabaret ferma ses portes en 1964. Patachou quitta Montmartre pour l'Avenue de l'Opéra puis (quo non ascendet) pour le restaurant de la Tour Eiffel.

Elle n'oubliera pas ses années montmartroises pendant lesquelles le 13 rue du Mont-Cenis porta chance à des poètes et des chanteurs au temps de leur vie de bohème. 

Un autre établissement s'empara de son nom sur la place du Tertre, histoire de toujours le voir briller dans la nuit de la Butte. Mais c'était une usurpation et il a fermé ses portes, remplacé par une galerie d'art, comme le cabaret de Patachou avait lui-même été remplacé par la galerie Roussard.

André Roussard est un des grands historiens amoureux de Montmartre, de ses peintres et de ses artistes. Sa galerie rend hommage à Patachou et expose quelques photos qui rappellent la vie du lieu.

 

    On y accède par un passage qui permet d'apercevoir la maison qui fut aménagée par la chanteuse et qui à l'origine était une des plus vieilles maisons du village, remontant au XVème siècle.

 

Avant de quitter Lady Patachou, laissons le dernier mot à Brassens :

"Vous serez conquis par cette bouche qui sourit et qui boude en même temps, et ses cheveux d'épis de maïs, et ses mains qui décrochent les étoiles"

Il savait de quoi il parlait, lui qui fut une de ces étoiles!

Liens :

rues de Montmartre

Lieux et curiosités de Montmartre

Peintres, célébrités de Montmartre

(Merci à "Montmartre en revu" et à Gérard Letailleur chez qui j'ai trouvé des renseignements précieux)

 

 

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Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.
Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Voilà un endroit de Montmartre qui semble préservé et qui pourtant est l'un de ceux qui a été ravagé par les bombes alliées en 1944.

 

Quand tombe la nuit il reste vibrant de l'âme montmartroise et il nous transporte, avec la voix de Morelli qui habitait à deux pas, dans un autre monde, une autre histoire.

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Je l'aime profondément. J'y ai vécu alors que je commençais à enseigner, au 19 de la rue Paul Albert, tout contre la maison où vivaient Monique Morelli et Léonardi.

la maison n'a pas changé. Le chapeau de paille de Morelli est resté accroché à la fenêtre comme si, un jour de soleil, elle allait le remettre avant de sortir et dévaler la rue jusqu'au marché qu'elle aimait avenue Trudaine.

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Presque en face de chez elle, dans la rue du Chevalier de la Barre, au 23, elle ouvrit le cabaret, "Chez Ubu" en 1962 où elle reçut ses amies Brigitte Fontaine et Colette Magny entre autres.

                                               Morelli et Colette Magny

Mais, cornegidouille, elle n'était pas bonne gestionnaire et, trop accaparée par ses tours de chant, elle ferma boutique en 1969, année où elle chanta en 1ère partie de Brassens à Bobino.

                                      Morelli, Brassens et Mac Orlan

 Voilà 15 ans qu'elle a quitté sa maison sous le lierre pour le grand jardin du cimetière de Montmartre.

                                                 Travaux du funiculaire

Revenons en arrière, du temps où elle n'était pas encore née à l'ombre du beffroi de Béthune. Nous sommes à la fin du XIXème siècle. La Butte est sens dessus-dessous depuis que les travaux de la Basilique ont commencé avec leurs charrois, leur multitude de terrassiers, de maçons, de sculpteurs...

Au fond les 2 maisons rescapées du village

Au fond les 2 maisons rescapées du village

Les lotissements vont bon train et  le quartier va être bouleversé.

 Exception faite des maisons qui sont de part et d'autre du passage Cottin et qui sont restées telles qu'elles étaient quand Montmartre était un village. 

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.
Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Celle du 18 date de 1850 et abritait un bougnat. Un tableau de Lucien Génin en perpétue la mémoire.

                                                       Lucien Génin

Quelques commerces lui succédèrent jusqu'à ce qu'un restaurant s'y installe pendant une dizaine d'années, sous le nom d'Atmosphère, bien que nous soyons loin  de l'hôtel du Nord.

Les 18 et 20 Chevalier de la Barre (1937. Takanori Ogisu)

Les 18 et 20 Chevalier de la Barre (1937. Takanori Ogisu)

Le pan coupé, sur le passage Cottin fut longtemps décoré par un portrait d'Arletty. Plus rien ne l'orne aujourd'hui et le petit immeuble campagnard avec ses volets bleus a repris ses airs d'antan.

 

Des plaques de grès dissociées qui formaient une frise avec vrilles, pampres, grappes et  divinités bachiques décorent la façade.

Elles auraient été récupérées dans la célèbre Tour de Solférino qui était située un peu plus haut, rue Lamarck.

                                            Les 18 et 22 et le passage Cottin (Gazi)

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Le petit immeuble rescapé qui lui fait face, de l'autre côté du passage Cottin, au 20, abrite aujourd'hui une crèche.

Le CIM, "Centre Israélite de Montmartre" en fit l'acquisition en 1989. Le bâtiment était près de s'effondrer et il fallut entreprendre d'importants travaux pour le consolider et sauvegarder la façade classée. Une dizaine de piles furent nécessaires pour l'ancrer à la roche à une cinquantaine de mètres de profondeur. De tels travaux furent financés en majeure partie par une donation de Marcel Bleustein-Blanchet dont la crèche porte le nom.

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Le 22 est une reconstruction à l'identique après les bombardements de 1944 qui ont détruit une partie de cet immeuble et de la grande maison qui en était voisine. 

 

On peut voir sur la gauche le bâtiment qui abritait le panorama de Rome

On peut voir sur la gauche le bâtiment qui abritait le panorama de Rome

La maison, au 24, saccagée par les bombes avait elle même été élevée sur le terrain où était proposé en 1900 aux badauds et aux pèlerins un "panorama", alors très à la mode, grande fresque circulaire qui donnait l'illusion au spectateur placé au milieu de la rotonde, d'être immergé dans le paysage

On en comptait plusieurs sur la Butte : le panorama de Patay, rue Becquerel, celui du Sacré-Cœur rue saint-Eleuthère, celui de Jérusalem qui nous intéresse aujourd'hui et qui en 1905 se transforma en panorama de Rome.

Le panorama lorsqu'il était animé par des jeux de lumière prenait le nom de diorama...

le diorama de Jerusalem

le diorama de Jerusalem

toile peinte par Olivier Pichat pour le panorama de Jérusalem.

toile peinte par Olivier Pichat pour le panorama de Jérusalem.

Les attractions s'avérant peu rentables, le panorama fut supprimé et sur son terrain fut édifiée en 1913 une maison avec atelier, construite pour le peintre Fernand Jobert (1876-1949).

Cette gravure d'Eugène Veder (1921) permet de se faire une idée de cette maison qui présente quelques similitudes avec la maison Neumont place du Calvaire. Son architecte est Albert d'Hont qui associé avec Félix Le Nevé, mort en 1906, a conçu plusieurs immeubles à Paris, notamment 98 boulevard Malesherbes et 11 rue Magellan.

Maison Neumont côté place du Calvaire.

Elle fut réalisée selon les indications du peintre qui avait largement les moyens d'en faire un une habitation-atelier idéale.

Bien qu'il passât une bonne partie de son temps en Bretagne, à Moëlan, il aimait l'atmosphère de la Butte et faisait partie de "la bande à Dorgelès" qui parle de lui comme d'un "peintre riche" opposé à Maclet "peintre pauvre."

 

 

Il aimait les peintres de Pont-Aven et fréquentait les Nabis. Montmartre ne semble pas l'avoir beaucoup inspiré, amoureux qu'il était des rivages bretons.

Le peintre quitta donc sa belle maison qui fut occupée alors par l'historien d'art, petit-fils de Gustave Eiffel, Georges Salles (1889-1966) spécialiste de l'Orient et, au temps de sa jeunesse, archéologue en Iran, Afghanistan et Chine.

Pendant les années où il vivait rue du chevalier de La Barre, il était directeur du musée Guimet.

Après guerre il deviendra directeur des musées de France. Il luttera alors pour la création d'un musée d'Art Moderne au Palais de Tokyo (aujourd'hui le MAM) et sera à l'origine de la commande pour le Louvre d'un superbe plafond peint par Braque et d'un mur par Picasso. 

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Cet homme remarquable à l'esprit ouvert et audacieux a également publié un recueil de nouvelles qu'il serait temps de redécouvrir : "Le Regard". Il y parle de la sensualité du regard, indispensable à qui désire comprendre un tableau. Un beau tableau selon lui est semblable à un bon repas : "Sa plus ou moins grande spiritualité ne sera jamais que la prolongation d'une jouissance organique."

Il n'est pas à Montmartre dans la nuit du 20 avril1944 quand ont lieu les bombardements alliés sur Paris destinés à toucher les bases arrières allemandes et les entrepôts de la RATP.

            Clichés Roger Violet. La maison à gauche est celle du peintre Fernand Jobert.

La maison gravement touchée ne sera pas reconstruite, contrairement à l'immeuble du 22.

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

On peut voir sur ce cliché de 1948 le terrain arasé où s'élevaient la maison et l'immeuble du 22.

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Aujourd'hui un ensemble assez banal occupe cet espace. Il ne porte aucun vestige des dioramas ou de la demeure d'artiste qui occupèrent un temps cet endroit si particulier de Montmartre.

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Le côté impair de la rue du Chevalier est occupé par le CIM, Centre Israélite de Montmartre qui accueille des personnes en grande difficulté, notamment des mamans.

Pendant la guerre de nombreux orphelins y étaient hébergés jusqu'au jour où, transférés dans un autre abri après les bombardements, Ils furent raflés par la Gestapo et envoyés dans les camps de la mort.

Une plaque rappelle ce crime, une plaque semblable à celles si nombreuses qui ont été apposées sur le mur de nos écoles. 

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Avant la construction de ce centre, un restaurant avec jardins occupait tout l'espace de ce côté de la rue. Il s'agit du célèbre Rocher Suisse auquel nous avons consacré dans ce blog un long article.

Immeuble remplacé aujourd'hui par le CIM

Immeuble remplacé aujourd'hui par le CIM

Rappelons qu'à l'origine, un savoyard avisé, Mr Daudens acheta les terrains à un gros propriétaire dont une rue voisine porte le nom, Mr Feutrier. Peu à peu il le transforma en restaurant rustique qui évoquait ses Alpes natales.

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

L'établissement connut divers avatars et divers propriétaires avant de rendre l'âme définitivement en 1921, racheté par la Société Israélite caritavive.

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Il y aurait bien des anecdotes encore à raconter sur ce petit quartier montmartrois que nous aimons et qui a, comme l'aurait dit Arletty,  "une gueule d'atmosphère"

                                                 Le 18 avec Arletty

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Monuments et curiosités

Je tiens à remercier Hélène, grande amie montmartroise qui m'a fourni des éléments indispensables et précieux pour cet article. 

 

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Chez Mimiche. Temple Debray. 48 rue du Chevalier de La Barre. Michel Lafond dit Mimiche.

Voilà une maison devant laquelle on passe, entre colifichets et tableaux montmartrois peints en Chine, sans savoir qu'elle a sa modeste part dans l'histoire de la Butte.

Chez Mimiche. Temple Debray. 48 rue du Chevalier de La Barre. Michel Lafond dit Mimiche.

Lorsque la rue s'appelait rue des rosiers, cette maison était située au 20. Elle était au XIXème siècle la propriété d'Auguste Pierre Debray. Un nom bien connu sur la Butte, celui d'une famille de meuniers qui a su en temps voulu passer des moulins aux affaires.

Abside de l'église et jardins (1900)

Abside de l'église et jardins (1900)

La maison commence à se faire remarquer quand les archéologues à la recherche des vestiges gallo romains de Montmartre situent le temple de Mars à proximité de l'église Saint-Pierre. 

Abside vers l'endroit où s'élevait le temple.

Abside vers l'endroit où s'élevait le temple.

L'un d'eux, Vacquer, émet l'hypothèse qu'il s'élevait à l'emplacement de la maison, dans le prolongement du cimetière du Calvaire. 

                           Une des colonnes gallo-romaines de réemploi dans l'église

Il appelle "Temple Debray" le fameux édifice qui aurait pu donner son nom à Montmartre bien que linguistes et spécialistes soutiennent la thèse selon laquelle c'est du temple de Mercure, situé plus à l'ouest que viendrait ce nom  (Mont Mercure.... Montmarcre.... Montmartre).

 L'explication la plus serinée "le mont des martyrs", est assurément la plus fantaisiste.

Chez Mimiche. Temple Debray. 48 rue du Chevalier de La Barre. Michel Lafond dit Mimiche.

Ce même Vacquer  que contredisent ses collègues reconnaîtra s'être trompé quand il découvrira les substructions du temple de Mars à l'est du chevet de l'église, sur un espace aujourd'hui occupé par la rue du Cardinal Guibert et le flanc ouest du Sacré-Cœur. Peu importe! Le nom de Temple Debray subsistera longtemps après la rectification.

Le restaurant dans la 3ème maison en partant de la gauche.

Le restaurant dans la 3ème maison en partant de la gauche.

La maison n'a pas fini son voyage historique. Elle se transforme en restaurant au début du XXème siècle. Restaurant dont le nom n'est pas forcément engageant : "Chez ma concierge".

Chez Mimiche. Temple Debray. 48 rue du Chevalier de La Barre. Michel Lafond dit Mimiche.

Et puis un beau jour, une belle personne haute en couleurs et au cœur plus grand que lui, le clown Mimiche remplace la concierge pour donner son nom au nouveau restaurant : "Chez Mimiche".

 

Mimiche a abandonné sa tenue de clown blanc mais il continue de pratiquer son instrument favori, le violoncelle. Il aime jouer avec Marcel Aymé avec qui il a noué des liens d'amitié, dans la fanfare créée par le peintre Gen Paul : "la Chignolle à Gégène".

                                                       La Chignolle à Gégène

L'enseigne aujourd'hui disparue le représentait penché sur son instrument.

 

     Il faut dire quelques mots maintenant de cet homme exceptionnel dont le vrai nom est Michel Lafond, né à Boulogne sur mer en 1899.  Il entre au Conservatoire pour apprendre le violoncelle. En même temps il est attiré par le cirque installé près de la boulangerie de ses parents. Il est doué et descend à Paris pour parfaire sa formation. La guerre le rattrape, il est mobilisé. Il échappe à la tuerie et quand il revient, il trouve un poste de violoncelliste au Café de Paris à Monaco. Ainsi jouera-t-il dans la cathédrale Saint-Charles pour le baptême du Prince Rainier.

 

Il n'a pas oublié son désir d'une autre vie, tournée vers les autres, afin de les faire rire et parfois pleurer. Quand il découvre les Fratellini, il décide de remettre sa tenue de clown blanc et de chanter, de raconter des histoires tout en ponctuant son numéro avec les mélodies joyeuses ou plaintives de son violoncelle. Il rencontre le succès sous le nom de Melody's et joue dans des salles prestigieuses comme l'Olympia ou le Lido. 

                                                       Les Fratellini

Il se produit souvent bénévolement afin d'aider des orphelinats, notamment à Bruxelles, ville dont il recevra une décoration reconnaissante. Quand il rencontre les clowns Antonet et Baby, il se laisse entraîner par eux et, changeant de nom pour devenir Mimiche, petit nom affectueux qu'employaient ses parents, il se produit dans de grands cirques en France et à l'étranger.

 

Quand il revient à Paris, le poste convoité de chef d'orchestre des Folies bergère lui est proposé. Il l'accepte comme il acceptera celui du Caveau du Moulin Rouge. C'est l'époque où il se lie d'amitié avec quelques personnalités comme Edith Piaf ou Mermoz.

 

La 2ème guerre, on n'ose écrire la seconde, le rattrape une fois encore. Quand il est libéré, il passe d'un orchestre à l'autre, de Léo Vali à Ray Ventura et sa générosité naturelle, sa curiosité des autres font qu'il est apprécié de nombreux artistes comme Dufy, Lorjou, Jean-Pierre Cassel ou Marlène Dietrich.

                                                    Ray Ventura

 Il décide de jeter l'ancre sur la Butte qu'il connaît bien puisque qu'elle est habitée par des gens qui sont devenus ses amis et avec lesquels il aime passer de longues soirées. Il y devient brocanteur-antiquaire puis, l'occasion faisant le larron, il tombe sur le 48 rue du Chevalier où ses économies lui permettent de créer son restaurant, ouvert aux amis, aux artistes, aux chanteurs des rues qui sont nourris dans cette bonne auberge!

 

André Roussard dans son dictionnaire des lieux de Montmartre évoque le restaurant dans ses heures joyeuses : "Une faune bien particulière de personnages farfelus, amateurs de canulars, attirait un grand nombre de jeunes femmes assez libres de moeurs. On y montait des canulars qui feraient dans les jours suivants l'actualité de la Butte. Par exemple, un jour on avait décidé d'installer nuitamment un panneau de rue avertissant le piéton du passage de gros gibiers. Ce panneau resta plusieurs mois...

 

Mimiche n'oublie pas sa ville natale où il se rend souvent pour parrainer l'orphelinat de la Marine dont il devient bienfaiteur. Sans avoir connu Poulbot, c'est à lui cependant qu'il ressemble le plus. 

                                                      Poulbot et les gosses

Quand Jeanne, sa femme qui gérait le restaurant, meurt, il se retrouve seul et désemparé. Il passe des nuits entières à jouer sur son violoncelle. (Les sanglots longs des violons...)

Son instrument est un Cecilium qui résonne un peu comme un harmonium et qui fut souvent utilisé dans les églises quand leur orgue avait été détruit pendant la guerre.

Il meurt peu de temps après Jeanne.

Il a pris soin de donner son argent à des œuvres caritatives et de léguer son violoncelle aimé au Conservatoire de Boulogne où, silencieux, protégé par une vitrine, il attend le Jugement Dernier pour retrouver Mimiche.

 

La suite n'a pas grand intérêt. L'enseigne de Mimiche disparut.

Le restaurant connut plusieurs avatars, service rapide, trattoria, avant de devenir récemment un commerce qui attire les passants narcissiques qui désirent se faire photographier l'iris! Opération qui ne se fait pas à l'oeil!

 

Chez Mimiche. Temple Debray. 48 rue du Chevalier de La Barre. Michel Lafond dit Mimiche.

C'est donc une parcelle de notre histoire montmartrois que raconte ce numéro 48 de la rue du Chevalier de la Barre. Une étincelle du joyeux kaléidoscope que fut notre Butte. Un temple romain, un clown, un violoncelle, du vin, des canulars, des rencontres amoureuses.... parfums d'une époque révolue mais que continuent de humer en passant les amoureux de Montmartre!

Mais je laisse la dernière parole à Mimiche qui a confié sa devise à son ami journaliste Roger Lemaire :

"Tu vois, ne penser qu'aux autres, c'est comme ça qu'on meurt heureux." 

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux
La sculpture mystérieuse du Sacré-Cœur. Le sculpteur inconnu.

Nous avons étudié dans leur richesse et leur diversité les sculptures de la Basilique mais sommes restés interrogatifs et intrigués devant l'une d'elles.

La sculpture mystérieuse du Sacré-Cœur. Le sculpteur inconnu.

Elle n'est pas très visible et il faut se coller le dos au mur du jardin de l'église Saint-Pierre, rue du Cardinal Guibert pour l'apercevoir là où peu de touristes ne la détectent.

La sculpture mystérieuse du Sacré-Cœur. Le sculpteur inconnu.

Elle est peu spectaculaire et ne porte pas ombrage aux nombreuses gargouilles, monstres ou animaux plus familiers qui hérissent le monument.

Comme l'on sait, au Moyen-Âge les monstres et les gargouilles à l'extérieur de l'église étaient censés la protéger du mal, des mauvais esprits diaboliques qui tenteraient d'y entrer.

D'ailleurs la sculpture qui occupe l'angle gauche de l'arc où se tient notre sculpteur représente bien une chimère, un improbable rapace à tête de chouette, saisissant dans ses serres un malheureux poulet.

En bonne logique elle aurait dû avoir sa pareille dans l'angle qui lui fait face. 

Or tel n'est pas le cas! la seule sculpture qui ne représente pas une chimère ou un animal  (mis à part la façade, le Saint-Michel du chevet et les figures du tambour du dôme) c'est cet homme allongé en train de pratiquer son art.

La sculpture mystérieuse du Sacré-Cœur. Le sculpteur inconnu.

 Il tient à la main ses outils. Son visage est réaliste et fait penser aux photos du début du XXème siècle quand tout homme qui se respectait se devait de porter moustache.

 

Les principaux sculpteurs de la Basilique sont connus et leurs œuvres répertoriées. Il faudrait l'aide d'un spécialiste de cette sculpture de la fin du XIXème et début du XXème pour attribuer à notre statue mystérieuse son créateur. 

Barrias, Michel, FagelBarrias, Michel, FagelBarrias, Michel, Fagel

Barrias, Michel, Fagel

Quand des photos existent des plus connus de ceux qui ont été choisis pour donner vie à la fameuse pierre de Chateau-Landon, il faut reconnaître qu'ils ont tous un air de ressemblance et portent moustache!  De plus leur renommée leur aurait rendu difficile un travail quasi clandestin. 

La sculpture mystérieuse du Sacré-Cœur. Le sculpteur inconnu.

Les sculpteurs les plus connus sont Barrias et Gustave Michel, choisis par Charles Garnier et très appréciés en leur temps. Il faut leur ajouter Léon Fagel, Hubert-Louis Noël et Hyppolite-Louis Lefebvre à qui l'on doit les statues équestres de la façade. 

La sculpture mystérieuse du Sacré-Cœur. Le sculpteur inconnu.

On sait que des dizaines de sculpteurs moins connus travaillèrent au chantier et réalisèrent quelques-unes des gargouilles qui hérissent la basilique. C'est sans doute l'un d'eux qui s'est représenté modestement, à peine détectable, sur le flanc ouest du Sacré-Cœur.

 

Pourquoi? Pour immortaliser son travail? Pour dire qu'il était là, participant à l'oeuvre colossale? Il aurait alors inscrit son nom sur la pierre.

Il a bien pris la peine de graver des lettres sur le socle, non pas celles de son nom mais cette phrase : "Qu'il lui soit beaucoup pardonné".

Libre à nous d'imaginer alors ce qui poussa cet homme à se représenter pour demander d'être absous de ses fautes par un pardon accordé sans compter ("beaucoup")

Marie Madeleine au pied du Christ (Hippolyte Lefebvre. Portail)

Marie Madeleine au pied du Christ (Hippolyte Lefebvre. Portail)

Se sentant coupable de fautes qu'il a peine à porter, peut-être a-t-il pensé à  Marie-Madeleine, dont l'image est présente dans la statuaire de la basilique. "Ses nombreux péchés ont été pardonnés car elle a beaucoup aimé".

                                     Marie Madeleine (Louis Noël. Façade)

Le parfum qu'il a à offrir, c'est ce qu'il a de plus précieux, son art de sculpteur, ce sont les heures passées à donner vie à cette pierre de Chateau-Landon si difficile à travailler.

La sculpture mystérieuse du Sacré-Cœur. Le sculpteur inconnu.

    On sait que cette pierre possède une qualité bien à elle, une qualité exceptionnelle, elle s'auto-nettoie avec la pluie. C'est la raison pour laquelle le Sacré-Cœur n'a pas besoin de ravalement. 

 

La sculpture mystérieuse du Sacré-Cœur. Le sculpteur inconnu.

    Enfin! Disons que les parties de cette église exposées à la pluie restent blanches et immaculées tandis que celles qui sont au nord ou à l'abri des averses noircissent. Notre sculpteur mystérieux a choisi un humble emplacement, en partie exposé, en partie protégé. En partie blanc, en partie noir!

Mais l'espoir est permis, avec le dérèglement climatique, qu'un bon déluge parachève le travail et le rende un jour blanc comme un agneau! Sa prière aura alors été entendue!

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C'est un cabaret qui a laissé son nom dans l'histoire (politique et artistique) mais sans le tableau de Manet, ce nom aurait sans doute moins d'éclat!

Tout commence au XVIIIème siècle quand la frontière de Paris s'arrête à ce qui sera plus tard la place de Clichy.

Le village de Clichy la Garenne a sur son territoire plusieurs hameaux dont celui des Batignolles où une ferme accueille les parisiens pour leur servir le petit vin guinguet.

Les affaires étant rentables, la ferme se transforme en cabaret, vraisemblablement vers 1765, "Au père Lathuille".

La construction de la barrière des Fermiers Généraux est une aubaine pour le cabaret où viennent de plus en plus nombreux les parisiens qui apprécient de payer moins cher le vin et les alcools qui n'ont pas eu à passer la barrière de l'octroi.

La barrière de Clichy (bureau de l'octroi, pavillon de Ledoux)

La barrière de Clichy (bureau de l'octroi, pavillon de Ledoux)

Horace Vernet.30 mars 1814

Le cabaret entre dans l'histoire le 30 mars 1814.

Le tableau d'Horace Vernet rappelle ce jour héroïque.

On y voit le maréchal Moncey dirigeant la défense de Paris et donnant des ordres à un colonel.

On remarque le pavillon de l'octroi de Ledoux sur la gauche et au fond le cabaret du père lathuille. g>

Le peintre rend hommage au cabaretier qui ouvre les portes de son établissement aux gardes nationaux, leur sert à boire et à manger sans lésiner. On lui prête la phrase historique adressée aux combattants qui allaient affronter l'armée russe :

"Mangez, buvez, mes enfants! Il ne faut rien laisser à l'ennemi!"

La résistance menée par Moncey fut assez héroïque pour tenir jusqu'à l'armistice. Des boulets russes détruisirent une partie du cabaret, l'un d'eux se ficha dans le comptoir. On l'y laissa et il put être caressé comme une relique par les clients jusqu'en 1860!

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.
Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.

Le cabaret se trouvait au n°7 actuel de l'avenue de Clichy qui s'appelait alors grande rue des Batignolles.

Aujourd'hui à son emplacement s'élève un cinéma militant qui promeut les oeuvres de création, c'est le Cinéma des Cinéastes, apprécié des cinéphiles,

Chez Aubry

La paix revenue, le cabaret accueille une clientèle plus large et son restaurant est apprécié pour ses plats originaux comme "la sole Moncey" ou "le poulet Lathuille" (aux fonds d'artichaut).

Jouxtant l'établissement, au n°9 de l'avenue actuelle, Aubry, gendre du père Lathuille ouvre en 1830 un café au décor luxueux. La grande salle est décorée de peintures et, comble de luxe, éclairée au gaz. On peut jouer au billard dans une deuxième salle ou profiter du soleil dans un jardin à l'arrière.

Une porte de communication permet de passer du cabaret du père Lathuille au café Aubry. Ce café deviendra célèbre quand Guerbois le rachètera.

Beaucoup d'artistes fauchés habitent le quartier où les loyers sont moins élevés que dans la Nouvelle Athènes voisine. Les peintres, s'approvisionnent en matériel chez Hennequin, ami de Manet, dont la boutique est au 11 rue Grande des Batignolles.

De la boutique au café Guerbois, il n'y a qu'un pas. Entre 1866 et 1875, le café est un lieu de rencontres et de réunions. On y voit Monet, Cézanne, Degas, Renoir, Pissaro, Sisley, Manet!

Le café figurera dans le roman de Zola "l'Oeuvre" sous le nom de café Baudequin (contraction de Baudelaire qui fréquenta le café Guerbois et Hennequin le marchand de peintures)

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.

Manet peint son fameux tableau en 1880.

Zola le décrit ainsi :

"Il y a au salon de cette année une scène de plein air, Chez le père Lathuille, deux figures à une table de cabaret, d'une gaieté et d'une délicatesse de tons charmantes (...) "

Manet représente Louis, le fils du patron attablé à côté d'Ellen Andrée, actrice de renom qui joue notamment dans les pièces de Courteline et qui sert de modèle à de nombreux peintres comme Renoir ou Degas. Manet l'a déjà représentée dans un tableau peint en 1875 : la Prune.

Manet. La prune. (Ellen André)

Manet. La prune. (Ellen André)

La jeune-fille en blanc.

Manet habitué du cabaret choisit encore pour modèle la fille du père Lathuille, Marguerite Gauthier-Latuille, pour son tableau, "La jeune-fille en blanc".g>

Louis Gauthier-lathuille (1879)

Il peint une nouvelle fois Louis, le fils du père Lathuille, déjà représenté avec Ellen Andrée, dans un autre tableau...

Le restaurant du père Lathuille cesse d'être à la mode dans les dernières années du XIXème siècle et Louis Gauthier-Lathuille qui a succédé à son père ne parvient pas à lui redonner le lustre d'antan.

Il est vrai que la plupart des grands peintres qui fréquentaient l'établissement sont morts!

avenue de Clichy (à gauche le Kursaal)

avenue de Clichy (à gauche le Kursaal)

Le cabaret ferme ses portes en 1906.

Il est remplacé entre 1907 et 1927 par un Music-Hall, le Kursaal où se produisent, entre autres, Maurice Chevalier, Fréhel, Lucienne Boyer ou Berthe Silva...

Tampon de l'Eden.

Tampon de l'Eden.

Le music-hall périclite comme la plupart des établissements montmartrois quand la vogue du 7ème art se répand. Il est transformé en cinéma-music-hall, l'Eden, avant de n'être plus qu'un cinéma le Mirage puis le Pathé Clichy (1943).strong>

En 1987 Claude Berri en prend la direction avec la Société des Auteurs réalisateurs et producteurs (l'ARP)

Dernière métamorphose en 1996 quand le cinéma est baptisé par sa marraine Fanny Ardant : Le Cinéma des Cinéastes!

On y trouve au 1er étage "le bistrot des cinéastes" sympathique mais un peu terne, sans un père Lathuille pour lui donner du panache!

Y aura t-il des cinéastes pour utiliser son décor et lui assurer comme l'ont fait les Impressionnistes pour le cabaret du père Lathuille une renommée internationale?!!!

Fresque dans le Cinéma des Cinéastes.

Fresque dans le Cinéma des Cinéastes.

En complément les panneaux historiques (pelles Starck) devant le 7 et le 9 de l'avenue de Clichy....

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.
7 avenue de Clichy. Le Père Lathuille.

7 avenue de Clichy. Le Père Lathuille.

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.
9 avenue de Clichy. Guerbois.

9 avenue de Clichy. Guerbois.

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Publié le par chriswac
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     Il faut beaucoup d'imagination pour se représenter ce qu'était au XIXème siècle l'avenue de Clichy nommée dans cette partie avant 1868 Grande rue des Batignolles.

                                                                         1904

      Imaginez qu'aux premiers numéros impairs se succédaient une guinguette "chez le père Lathuille" et un restaurant "le café Guerbois", tous deux connus pour avoir été lieux de rendez-vous de quelques uns des plus grands peintres et des plus grands écrivains de leur temps.

Le café Guerbois 9 avenue de Clichy.

    Ces deux établissements étaient situés aux numéros 7 et 9, espace aujourd'hui occupé par un cinéma et par un magasin de vêtements pour hommes. 

Le café Guerbois 9 avenue de Clichy.

     Avant l'implantation de ces commerces modernes il y eut à la fin du XIXème un music hall qui connut de belles heures : le Kursaal.

Quelques grands artistes s'y produisirent comme Lucienne Boyer, Maurice chevalier, Fréhel ou Berthe Sylva.

Le café Guerbois 9 avenue de Clichy.

      Aujourd'hui nous nous intéresserons au Café Guerbois mais reviendrons plus tard sur le Père Lathuille qui le mérite bien.

 

                                         Auguste Guerbois (Henri Michel-Levy)

        Au 9 donc, Auguste Guerbois reprend un restaurant créé par le gendre du "Père Lathuille"  mitoyen de ce dernier (situé au 7) et qui se voulait plus chic. Il était possible de passer directement d'un restaurant à l'autre.

Edmond Duranty (Degas 1879)

Edmond Duranty (Degas 1879)

Le romancier réaliste Duranty le fréquente et le décrit ainsi :

 [...] Il est curieux et agréable [...] fondé en pleine banlieue jadis, il a conservé en partie son ancien aspect de province […] Ainsi, la première salle, blanche et dorée, pleine de glaces, criblée de lumières, ressemble à la terrasse des cafés du boulevard […] dans la seconde salle l’endroit devient étonnant. A l’entrée, six colonnes trapues forment une avenue qui la divise en deux espèces de chapelles rétrécies, derrière lesquelles s’étend au fond, comme un chœur, un champ de billards. Des vitrages irrégulièrement ouverts dans le plafond […] créent partout des recoins mystérieusement éclairés. Il n’y a ni glace ni dorures […] Au fond, un grand vitrage qui garnit toute la largeur de la salle fait voir en pleine clarté un jardin avec des arbres, entre lesquels apparaît une maisonnette à galerie, à petites colonnes peintes en vert tendre. »

Le café Guerbois 9 avenue de Clichy.

      Cet écrivain aujourd'hui oublié aimait les marionnettes au point d'installer au jardin des Tuileries un petit théâtre dont il demanda à Courbet de réaliser les décors. Il proposa également à George Sand, qui partageait le même goût que lui, plusieurs dizaine de saynètes enjouées et spirituelles. Les livres illustrés qui contiennent ses saynètes ainsi que des indications de mise en scène sont très recherchés.

   

                                  Manet et Duranty attablés (Antoine de Specht)

   Duranty qui manie l'humour british avec talent s'oppose à Manet au sujet de Vallès. Ce n'est qu'un prétexte pour Manet pour le provoquer en duel. En effet, le peintre n'a pas apprécié les comptes rendus de Duranty après le salon de 1869. Il lui envoie une gifle bien appliquée qui ne peut qu'être suivie d'un duel!

    Le duel a lieu le 23 février 1870 avec Zola pour témoin (le même Zola qui sera l'exécuteur testamentaire de Duranty.) Après le duel arrêté à la première écorchure, les deux hommes se réconcilient.  

Le café Guerbois 9 avenue de Clichy.

     L'atelier de Manet (34 rue des Batignolles) est proche du Café Guerbois. Un célèbre tableau de Fantin-Latour nous en donne une image

    

     On voit sur la toile quelques uns des peintres (plus Zola) qui font partie du "groupe, des Batignolles" et se retrouvent au café Guerbois.

                                                                 Bazille

     On peut reconnaître Manet assis devant son chevalet, Renoir avec un chapeau, Zola, Bazille (qui mourra en 1870 en tentant de protéger une femme et ses enfants pendant la guerre franco-prussienne.)

       

                               La tireuse de cartes. (Bazille, un an avant sa mort)

      Regrettons au passage la mort de ce peintre pré impressionniste fauché dans sa jeunesse et dont l'œuvre portait la promesse d'un bel épanouissement à côté de ses amis Renoir ou Monet.

 

                                                   Hennequin en 2015

     Manet aime acheter ses peintures chez Hennequin à côté de "chez Guerbois", au 11. Cette boutique historique avait survécu bon an mal an aux destructions du quartier et ce n'est qu'en 2016 qu'elle disparut. On s'étonnera toujours du peu d'attention que nos élus portent à notre patrimoine jugé par eux sans importance quand il n'est pas spectaculaire.

                                                Hennequin devenu Rudy! 

     C'est dans le Café Guerbois que les peintres, sans Manet, décident d'organiser une exposition indépendante chez Nadar. C'est la dernière fois que le Café joue un rôle dans l'histoire artistique du quartier.

                                        ateliers de Nadar boulevard des Capucines

L'exposition a lieu boulevard des Capucines, dans les studios de Nadar qui prête ses locaux par conviction et aussi (surtout?) par besoin d'argent.

                                                           Aujourd'hui

     Cette exposition qui regroupe de  nombreux peintres dont un certain nombre n'ont rien à voir avec les courants en pointe, sera appelée par les critiques "la première exposition impressionniste". Elle se tient du 15 avril au 15 mai 1874 et expose entre autres Eugène boudin, Cézanne, Degas, Berthe Morisot, Pissarro, Renoir, Sisley....

La lecture ou l'ombrelle verte (Morisot)

La lecture ou l'ombrelle verte (Morisot)

    Après cette apothéose, le Café Guerbois cesse d'être fréquenté par les peintres qui trouvent dans le quartier de Pigalle de nouveaux ateliers et choisissent pour se réunir "Le Café de la Nouvelle Athènes".

                                 La Nouvelle Athènes 1904

                                                    Aujourd'hui!

     Le café Guerbois n'est plus qu'un nom sur une  plaque commémorative de l'avenue de Clichy. Aucune toile célèbre ne le représente vraiment bien que l'on sache que "le Bon Bock" de Manet y eût trouvé son inspiration et son modèle, comme "l'Absinthe" de Toulouse Lautrec qui donne un petit aperçu de l'endroit. Enfin un dessin de Manet en donne un croquis enlevé: 

Au café. (Manet 1869)

                                                  Le Bon Bock (Manet 1873)

                                                     L'Absinthe (Degas 1875)

    Pour tous les piétons de Paris, il reste dans l'air quand on marche sur l'avenue, des bruits confus de discussions, de rires... comme si le groupe des Batignolles n'avait jamais quitté le Café Guerbois! Reste aussi la tristesse de la buveuse d'absinthe de Degas si proche de la solitude que l'on rencontre parfois dans les bistros du quartier.

 

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Publié le par chriswac
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Exposition Héroïnes Romantiques au musée de la vie romantique.
Exposition Héroïnes Romantiques au musée de la vie romantique.

     Depuis le 6 avril et jusqu'au 4 septembre le musée de la vie romantique rue Chaptal présente une exposition dont le titre  ambitieux laisse espérer découvertes et émerveillements.

 

    En réalité, si l'on abandonne cet espoir (peu d'œuvres exceptionnelles ayant fait le voyage et certaines n'ayant accompli un périple que de quelques mètres entre le musée et les salles d'exposition) on se laissera agréablement guider au long d'un parcours pédagogique, modeste et séduisant.

Exposition Héroïnes Romantiques au musée de la vie romantique.

   "La mort d'Antigone" (Victorine Genève-Rumilly 1830). Antigone vient de se donner la mort, son fiancé Hémon s'apprête à se poignarder.

     Dans la première pièce, nous rencontrons des héroïnes mythologiques ou historiques vues par des artistes du début du XIXème siècle. Si l'un des intérêts de l'exposition vient de la place faite également aux femmes peintres pour la plupart méconnues, leur regard sur les héroïnes, amoureuses, appelées à une fin tragique, est conforme à celui des hommes.

                        "Sapho à Leucate" (Gros 1801)

  Sapho tenant sa lyre contre son visage va se jeter dans les flots par amour pour Phaon. Ciel parcouru de nuages, mer houleuse, lune en miroir, voiles blancs, feu du sacrifice allumé sur la tour, tout correspond dans cette toile à l'idée que nous nous faisons du romantisme. L'originalité vient de la posture de Sapho, tête levée, pied appuyant sur le sol dans un élan qui évoque plus l'ascension que la chute. La mort d'amour est une transfiguration.  

Exposition Héroïnes Romantiques au musée de la vie romantique.

       Les héroïnes sont séduisantes, vêtues de voiles qui les dévoilent. 

"Velléda dans la tempête", tableau de Léon Cogniet fidèle à la description de Chateaubriand dans Les Martyrs. La prêtresse germanique apparaît à Eudore l'homme qu'elle aime, blanche, les seins nus, indifférente aux éléments déchaînés.

    Alexandre Evariste Fragonard. "Jeanne au bûcher" (1822)

    Jeanne d'Arc a un statut à part parmi les héroïnes romantiques. Si elle est amoureuse c'est de son Dieu, sinon, elle se dépouille de tous les attributs féminins pour devenir la pucelle guerrière et les peintres romantiques se gardent bien de "l'érotiser". 

Exposition Héroïnes Romantiques au musée de la vie romantique.

    Dans le tableau conventionnel et ennuyeux de Claudius Jacquand "Jeanne d'Arc conduite en prison (1827)", elle est masculine, campée fermement sur ses jambes musclées. Elle regarde vers la lumière, lourde image de sa sainteté tournée vers la divinité.

Un détail échappe à la banalité du tableau, c'est cet homme au premier plan, accompagné de son chien. Eclairé comme un La Tour, le regard tourné vers nous, il tient la flamme vacillante à l'entrée des souterrains.

Esquisse pour "Médée furieuse" (Delacroix avant 1838)

     Une deuxième salle évoque la violence qui pour les hommes de cette époque ne pouvait convenir à la douceur, la fragilité, le dévouement féminins! Le sujet est rare et représente des mères coupables d'infanticide. 

C'est Delacroix et sa "Médée furieuse" sacrifiant ses enfants pour se venger de Jason. L'aile noire de la mort semble flotter derrière elle qui tourne le dos à la lumière, prête à descendre dans l'ombre où elle entraîne ses enfants confiants, blottis contre elle. 

"Marguerite tenant son enfant mort" (Ary Scheffer 1846)

C'est Marguerite tuant l'enfant né de son amour pour Faust par Ary Scheffer qui fut l'habitant de cette maison.

Méphisto la tête contre Faust et l'enveloppant dans ses bras l'entraîne dans un sabbat où il peut voir la femme qu'il aime, blanche comme la mort tenant comme un poids mort le petit cadavre qui s'accroche encore à sa mère.

Alors que les événements révolutionnaires sont encore présents dans bien des mémoires, les femmes remarquables, les vraies héroïnes de ces temps terribles n'inspirent pas les peintres. Ni olympe de Gouges, ni Théroigne de Méricourt ne sont représentées...

Henry Scheffer esquisse de "l'Arrestation de Charlotte Corday" 1830

Henry Scheffer esquisse de "l'Arrestation de Charlotte Corday" 1830

Une exception pour Charlotte Corday qui ne trouvera cependant aucun peintre capable de lui donner la stature de courage et d'effroi que nous trouvons chez David.

Dans l'esquisse d'Henry Scheffer, elle se tient droite parmi les hommes furieux qui s'excitent contre elle. Celle que Lamartine qualifia d'"ange de l'assassinat" ne cesse de brouiller le regard de ceux qui la jugent. 

Pierre-Jérôme lordon "La communion d'Atala" 1808.

Pierre-Jérôme lordon "La communion d'Atala" 1808.

La dernière salle, la plus riche nous présente quelques héroïnes imaginées par les écrivains. Il a bien fallu faire un choix tant elles sont nombreuses. Chateaubriand bien sûr avec Atala.

    Le peintre Pierre-Jérôme Lordon nous montre le moment où avant de mourir Atala, jeune indienne convertie au christianisme qui a préféré s'empoisonner plutôt que de succomber à sa passion pour Chactas, reçoit la communion. Le tableau est romantique par sa lumière lunaire et par l'intensité de la scène. Une fois encore l'héroïne romantique ne peut vivre librement son amour, ici contrarié par la religion.

Eugénie Henry. Quasimodo sauvant Esmeralda des mains du bourreau. 1832.

Eugénie Henry. Quasimodo sauvant Esmeralda des mains du bourreau. 1832.

    Esmeralda a sa place dans cette galerie. Femme libre qui refuse d'aimer sans amour, elle est typiquement tout ce que depuis des siècles les hommes reprochent aux femmes : elle les attire par sa sensualité, les fascine par ses pouvoirs. Elle est accusée de sorcellerie bien sûr. Mais cette sorcière au bûcher, nouvelle Jeanne d'Arc, guerrière non pas de Dieu mais de l'amour, est une des plus belles figures de femme que la littérature ait donnée.

 

                                     Lélia (Delacroix)

   Georges Sand si présente dans ce musée a inspiré Delacroix dans cette scène où le moine Magnus découvre Lélia devant le corps du jeune Sténio qui par amour pour elle qui le refusait s'est suicidé. 

Parmi les grandes figures romantiques une place importante est donnée aux héroïnes shakespeariennes. C'est en effet en pleine période romantique qu'est redécouvert et aimé le dramaturge élisabéthain. 

"Desdémone maudite par son père" (Delacroix 1852)

"Desdémone maudite par son père" (Delacroix 1852)

      Les scènes les plus tragiques sont choisies par les peintres comme celle où Desdémone est maudite par son père.

C'est une des belles oeuvres de l'exposition par sa composition et son intensité. Le père debout, puissant, rejette sa fille. Sa posture est l'exact contraire de celle du père prodigue de Rembrandt accueillant son enfant. Desdémone, vêtue de noir, éplorée, à genoux tend la main vers le coeur de son père.

 

                         "Lady Macbeth" (Charles Muller)

  Le peintre prête à Lady Macbeth les traits de Rachel, la tragédienne la plus célèbre de l'époque romantique. Elle est représentée au moment où elle sombre dans la folie et se tord les mains qu'elle ne parvient pas à laver du sang du roi assassiné. 

 "Rachel dans le rôle de Phèdre" (Frédérique O'Connell. 1850)

 

 

"Roméo et Juliette au tombeau des Capulet." (Delacroix 1850)

"Roméo et Juliette au tombeau des Capulet." (Delacroix 1850)

Petite toile originale de Delacroix qui montre Roméo serrant sans pouvoir le retenir le corps de Juliette qu'il croit morte et qui est à moitié vêtue de son linceul. Roméo habillé de noir regarde dans le vide, avant de se donner la mort, et Juliette dont la tête est tournée vers le tombeau semble, de la jambe gauche esquisser un pas. Ce tableau noir et blanc oppose la vie et la mort et le peintre donne plus de vie à celle qui n'a que l'apparence de la mort qu'à celui qui n'a plus que l'apparence de la vie.  

Ophélia (Leopold Burthe 1852)

Ophélia (Leopold Burthe 1852)

Ophélie, héroïne inventée par Shakespeare a inspiré poètes et peintres du romantisme. Dans cette représentation, celle qui est devenue folle se couche dans un ruisseau, la main saisissant une branche légère qui représente la vie. Son visage est paisible. Sujet romantique s'il en est que celui de la mort et de la beauté. Ici la beauté semble l'emporter l'espace d'un instant. 

Exposition Héroïnes Romantiques au musée de la vie romantique.

En sortant dans le jardin, nous restons de plain pied dans le romantisme, dans le jardin de la maison où Ary Scheffer reçut nombre d'artistes parmi les plus grands, Chopin, Delacroix, Rossini, Tourgueniev...

 Dans la rue Chaptal, nous rencontrerons les ombres d'autres artistes qui après le romantisme ont aimé ce quartier de la Nouvelle Athènes : Xenakis, Frehel, Gainsbourg...

On ne perd jamais son temps à arpenter les rues de ce quartier romantique. Ici ou là le charme intact des lieux contredit un instant la fameuse phrase de Baudelaire :

"La forme d'une ville  change plus vite hélas que le cœur des mortels". 

 

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Montmartre liste des monuments et lieux d'intérêt

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                       Atala (Girodet 1808)

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Publié le par chriswac
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l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

    La mairie du village de Montmartre située sur la place des Abbesses a été construite en 1836-37, en un temps où Montmartre n'imaginait pas qu'un jour il serait annexé à la capitale.

Elle donnait sur la rue de la Cure, ancien nom de la rue des Abbesses et sur la rue de la mairie, devenue rue de la Vieuville.

    L'impasse qui s'ouvre dans le coude de cette rue rappelle par son nom la présence de la mairie disparue : "Cité de la Mairie".

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

     Son architecte, Paul-Emile Lequeux est en vogue dans la première moitié du XIXème siècle.  Classique et sobre, il ne dérange personne par d'éventuelles audaces!

 

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

     La liste de ses réalisations est éloquente : des mairies, des églises et un asile d'aliénés. Parmi les mairies, deux au moins ont été détruites, celle des Abbesses et celle des Batignolles. Parmi les églises, la plus connue des Montmartrois est Notre-Dame de Clignancourt, maigre et sans grâce (ce qui est le comble pour une église) face à la nouvelle mairie luxueuse et ostentatoire construite à partir de 1888 par Marcelin Varcollier.

 

La mairie eut pour premier maire Véron qui a aujourd'hui sa rue, parallèle à celle des Abbesses.

Seveste, du Théâtre de Montmartre aurait  donné, le jour de l'inauguration une représentation gratuite si l'on en croit André Roussard et sa bible montmartroise. Le hic c'est que l'année de l'inauguration, 1837, Seveste était mort depuis 12 ans! Donc oublions!

 

Le bâtiment comportait un rez de chaussée avec porte centrale et trois fenêtres de chaque côté, un premier étage et un attique de 7 fenêtres surmonté d'un lanternon. Il s'étendait sur 32 mètres rue de la Cure (Abbesses) et 35 sur la rue de la Mairie (Vieuville). 

La seule salle décorée de peintures était celle des mariages qui comme l'on sait est toujours la plus ornée et la plus somptueuse dans les mairies. 

 

     La vieille mairie avant de disparaître a connu quelques heures de gloire.

 

     Inaugurée par le préfet de la Seine le comte de Rambuteau, elle a vu passer quelques personnages illustres parmi lesquels Georges Clémenceau n'est pas le moindre.

     Il est nommé maire du XVIIIème par Etienne Arago lui-même nommé maire de Paris en 1870 par Gambetta.

Mairie de Montmartre mars 1871

Mairie de Montmartre mars 1871

      C'est à la mairie qu'il rencontre Louise Michel et retrouve Blanqui. Homme de justice il tente en vain de s'opposer à la foule qui livre les généraux Thomas et Lecomte au peloton, d'exécution, rue des rosiers (Chevalier de la Barre aujourd'hui)  comme il protège les gendarmes poursuivis par les fédérés et cachés dans les caves de la mairie.

                                       La vieille mairie peinte par Maclet

    Le 23 mars il est expulsé de la mairie par le Comité de vigilance qui n'a pas apprécié ses tentatives de conciliation. Ici s'arrête son court passage place des Abbesses. Il continuera de travailler pour les habitants de Montmartre en dirigeant non loin de la place son dispensaire de la rue des Trois Frères.

     23 rue des 3 frères, le dispensaire de Clémenceau

    Homme de dialogues et de paix, il aura tenté en vain de concilier les inconciliables. La Semaine Sanglante lui prouvera qu'il avait sous estimé l'intransigeance et la cruauté du camp adverse. 

                          Exécution sommaire des Communards

    Homme intègre et juste, il est contre la colonisation comme il sera un peu plus tard dreyfusard.

Il est à notre époque où les politiques jouent avec le feu identitaire, un exemple de rigueur et d'honnêteté. Farouche défenseur de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, Laïc sans concession et sans "oui mais", adversaire de la peine de mort... un grand homme assurément qui a préféré pour sa dernière demeure un humble cimetière de sa Vendée natale à la gloire glacée du Panthéon. 

 

 

  La mairie a connu un autre personnage célèbre qui est présenté sur les plaques de rue comme maire du XVIIIème à partir du 19 mars  1871 (lendemain du départ de Clémenceau) jusqu'au 20 mai.

C'est une erreur historique puisque la Commune ne voulut pas élire de maire. Jean Baptiste Clément, ardent communard, occupa à la mairie le poste de délégué à la commission aux subsistances puis aux ateliers de fabrication des munitions mais ne fut jamais maire quoi qu'en dise la plaque qui n'est pas à une erreur près!

    La 2ème erreur est dans le trait d'union entre Jean et Baptiste. En effet le père du poète, s'appelant Jean-Baptiste lui aussi mais avec trait d'union, déclara son fils sans ce trait d'union, afin qu'il n'y eût pas d'erreur administrative.

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

   Jean Baptiste Clément est l'immortel auteur du Temps des cerises dont il remania le texte écrit avant la Commune afin de lui donner le sens qu'il a aujourd'hui pour nous, un hymne au courage et au sacrifice des insurgés.

 

Prise de la dernière barricade, rue de la fontaine au roi.

Prise de la dernière barricade, rue de la fontaine au roi.

Il est dédié à Louise, ambulancière héroïque rencontrée sur la dernière barricade, rue de la Fontaine au roi.

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

 

  Un autre homme célèbre serait, selon certaines hypothèses hasardeuses, passé par la mairie. Il s'agit de Paul Verlaine pour son mariage avec Mathilde de Mauté. Les de Mauté habitaient dans le 18ème, rue Nicolet et abritaient dans leur hôtel le jeune couple. le mariage eut bien lieu en août 1871 en l'église Notre-Dame de Clignancourt mais il n'y a aucune trace de son passage dans la vieille mairie. En revanche la mairie de Clichy a enregistré ce mariage le 24 juin 1871. 

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

     La mairie a mal vieilli. Non seulement elle est trop petite pour un arrondissement dont la population ne cesse de croître mais encore elle subit comme beaucoup d'immeubles montmartrois, des dégâts provoqués par la proximité des carrières. Elle se lézarde, menace de s'écrouler malgré de lourds étais. Elle est finalement détruite en 1890 et remplacée par la nouvelle mairie rue Ordener.

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

    Malgré la rapacité des promoteurs elle ne cède pas la place à de nouveaux immeubles de rapport. Le terrain qu'elle laisse libre deviendra un jardin aménagé en 1936 et restructuré en 1994, le square Jehan Rictus dans lequel a été édifié en 2000 le fameux mur des "je t'aime' qui écrit ces mots en 311 langues ou dialectes.  Les couples du monde entier se font photographier devant les carreaux émaillés

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

En hommage à Clémenceau qui avait de l'humour et un sens aigu de la répartie, quelques citations qui montrent à quel point il avait l'esprit montmartrois....

"La guerre! C'est une chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires."

"La vie m'a appris qu'il y a deux choses dont on peut très bien se passer : la présidence de la République et la prostate."

Clémenceau par Manet

Clémenceau par Manet

"La France est un pays extrêmement fertile, on y plante des fonctionnaires et il y pousse des impôts".

"Un escalier de ministère est un endroit où des gens qui arrivent en retard croisent des gens qui partent en avance."

"Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, surtout quand elles sont veuves." 

        Clémenceau maire de Montmartre (Carjat)

"L'anglais n'est jamais que du français mal prononcé".

"Pour mes obsèques je ne veux que le strict nécessaire, c'est à dire moi."

Sur Lyautey : "Voilà un militaire qui a des couilles au cul. L'ennui c'est que ce ne sont pas toujours les siennes."

"Je connais un tas de types à qui je ne pardonnerai jamais les injures que je leur ai faites."

                     Clemenceau par Eugène Carrière

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