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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

peintres

Publié le par chriswac
Publié dans : #CHARENTE MARITIME, #Peintres
Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Pas possible de passer l'été dans l'île d'Oléron sans visiter à quelques encablures le lumineux musée Hèbre de Saint-Clément à Rochefort.

Le musée ressemble à la ville ordonnée et rêveuse, la ville des Demoiselles et de l'Hermione.

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.
Pierre Loti par le douanier Rousseau
Pierre Loti par le douanier Rousseau

Une exposition propose d'y "voir" en 3D la maison de Pierre Loti, ce palais d'un poète extravagant obsédé par le passage du temps.

Elle tente de faire patienter les curieux qui ne pourront la visiter qu'après sa restauration qui devrait s'achever à la fin de l'année.

La maison de Pierre Loti en restauration. Une façade austère cache un palais des rêves entre Chine et Turquie!

La maison de Pierre Loti en restauration. Une façade austère cache un palais des rêves entre Chine et Turquie!

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

C'est un petit portrait qui aujourd'hui retient mon attention.

La douceur inquiète, le sourire tendre et triste d'un petit garçon assis devant un panier de cerises...

Il a été peint en 1778 par Brossard de Beaulieu (1727-1810) un peintre et sculpteur qui vécut à La Rochelle avant de s'installer à Paris. Il reste mystérieux et l'on ne connaît de lui qu'une petite trentaine de portraits ou tableaux de genre.

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Comme cette toile moralisante qui fait penser à Greuze (dont Brossard de Beaulieu fit le portrait).

Un prêtre "directeur de conscience" sermonne un jeune garçon.

L'enfant baisse la tête.

Il reçoit la remontrance (c'est le titre du tableau) sans tenter de plaider sa cause. Nous sommes dans un monde où les adultes ont raison et où les enfants n'ont pas d'autre choix que de se soumettre.

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Le garçon n'est pas sans rappeler celui du portrait aux cerises, en plus grave.

On lui a appris ce qu'était une "faute" et il se courbe sous la culpabilité.

Le prêtre est à la fois sévère et avenant. Il est persuadé d'agir pour le bien de l'enfant et en bon pédagogue, il mêle douceur et rigueur à sa leçon

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Notre petit bonhomme, comme son aîné, est un enfant poli, habitué à bien se tenir...

Nulle négligence dans sa tenue qui ressemble à celle des adultes, veste près du corps et col en dentelles...

Il ne regarde pas le peintre, cet homme étrange qui le fixe pour capturer au vol son image et la déposer sur la toile avec des gestes délicats comme ceux d'un chasseur de papillons qui épingle sa proie sur un bouchon..

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Il regarde sur le côté, peut-être vers sa mère assise non loin de lui pour assister à la séance...

Il n'ose prendre à pleines mains les fruits rouges et brillants.

Il sait que c'est interdit et s'il approche la main en regardant ailleurs, c'est pour toucher du bout des doigts deux cerises, de celles que dans la campagne, les cueilleuses accrochent à leur oreilles.

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Il sourit mais une interrogation soulève ses sourcils

Pourquoi l'oblige t-on à rester immobile devant le panier de cerises?

Aura t-il en récompense le droit de les manger?

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Devant son regard humble et doux, on rêve de lui parler, de lui offrir le panier de cerises et de le libérer de cette toile où il est condamné à rester, sage et immobile avec à l'intérieur de lui même le plaisir et le jeu refoulés qui colorent ses joues...

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Liens : Peintres et oeuvres étudiées dans le blog :

-Peintres-et-oeuvres-etudiees-classement.htmlhttp://

Liens :articles sur Rochefort et sur la Charente Maritime

Charente-maritime-classement-alphabetique-liens-99077965

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Publié le par chriswac
Publié dans : #OLERON, #OLERON EGLISES Cimetières, #OLERON PLAGES, #Peintres
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps

J'ai souvent photographié les cabanes ostréicoles de l'île d'Oléron.

Elles font aujourd'hui partie de l'image qu'exploitent les campagnes publicitaires....

Elles sont de plus en plus souvent investies par des "créateurs" de toutes sortes...

Sur le port de Saint-Trojan, les plus vieilles, parfois délabrées, sont en elles-mêmes des "créations".

L'homme, le vent la pluie, les années sont leurs auteurs.

Art du hasard, art modeste, art de l'invitation à l'imaginaire....

Ces quelques photos pour rendre hommage à ces oeuvres de l'éphémère...

Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Soulages?

Soulages?

Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
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Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps
Saint-Trojan. Les cabanes. Art du hasard. Peintures couleur du temps

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Publié le par chriswac
Publié dans : #Peintres, #VOYAGES...
Chapelle Baroncelli. Taddeo Gaddi. Noël à Florence.

J'aime le jour de Noël revoir ces fresques de la chapelle Baroncelli dans l'église Santa Croce de Florence.

Elles ont été peintes entre 1328 et 1338 par Taddeo Gaddi qui était l'assistant, le disciple et l'ami de Giotto.

Elles rayonnent de la simplicité, de l'humanité, de l'imaginaire quasi onirique qui sont les caractéristiques du Maître!

Un décor simplifié, une architecture minimale concentrent l'attention sur les acteurs du mystère.

Chapelle Baroncelli. Taddeo Gaddi. Noël à Florence.
Chapelle Baroncelli. Taddeo Gaddi. Noël à Florence.

Les anges y sont présents à chaque étape de l'histoire, comme ils sont présents dans nos vies si nous faisons l'effort de les voir!

Marie tête levée reçoit la nouvelle incroyable.

L'Amour l'a choisie pour donner au monde l'amour.

Visage attentif et doux, visage sérieux aussi...

Rien de mièvre ni de convenu dans la peinture de Gaddi...

Chapelle Baroncelli. Taddeo Gaddi. Noël à Florence.

Tout paraît harmonieux et dépouillé...

Tout paraît silencieux...

Et pourtant l'attention se concentre sur la femme qui protège son enfant. Elle est belle et digne comme une reine. Les animaux qui ne se trompent pas tendent la tête vers elle qui porte son enfant.

Côté gauche, ce n'est pas la même ambiance! C'est le côté des hommes, des mâles! On a plus de mal à accepter ce dénuement et ce scandale!

Le peintre ne peut s'empêcher d'ajouter une note ironique et bien masculine en peignant un Joseph mécontent et peut-être soupçonneux! Il faut reconnaître que c'est lui qui a le plus d'efforts à fournir pour accepter la volonté divine. Il se replie sur lui-même, il baisse la tête mais déjà il se transforme... son auréole en est le signe!

Un témoin se penche. Un moine, un spectateur, le regard inquiet et incrédule presque mécontent! Qu'est-ce que c'est que cette histoire?

La-haut, les anges virevoltent comme des gamins!

Chapelle Baroncelli. Taddeo Gaddi. Noël à Florence.

Au-dessus des collines, un ange transperce la nuit pour avertir les bergers.

C'est à eux qu'il s'adresse en premier

Eux les hommes de paix, les plus humbles des hommes

Eux qui vont sans tarder s'agenouiller devant celui qui plus tard sera comme eux berger

Chapelle Baroncelli. Taddeo Gaddi. Noël à Florence.

Ils semblent voler dans les nuages au-dessus de leurs bêtes qui s'éveillent. Ils vont se mettre en chemin sans poser de question.

Chapelle Baroncelli. Taddeo Gaddi. Noël à Florence.

Ce n'est pas l'ange mais le nouveau-né qui apparaît aux rois mages

vision de film fantastique que cet extra-terrestre entouré de rayons

Etonnante apparition

Les puissants de ce monde ont besoin d'un prodige plus grand que de simples anges pour se sentir interpelés!

Chapelle Baroncelli. Taddeo Gaddi. Noël à Florence.

Il y a un contraste marqué entre l'apparition du nouveau-né et la masse des trois hommes

Les rois sont comme saisis et pris dans la lumière qui les soulève

Ils s'étonnent mais ils entendent le message

ils vont suivre l'enfant-étoile

Scène onirique et idéale!

Imaginez les milliardaires de notre temps se mettant en route avec leur fortune vers l'étoile qui brille au-dessus des camps de réfugiés ou des bidonvilles....

Chapelle Baroncelli. Taddeo Gaddi. Noël à Florence.

Quelques jours après Noël, ils arrivent là où l'étoile les a conduits

L'un d'eux se prosterne

Les deux autres debout sur le seuil commentent

Joseph n'est plus à l'écart, il est à côté de sa femme et de son enfant

Chapelle Baroncelli. Taddeo Gaddi. Noël à Florence.

Nous sommes dans la Palestine occupée par les Romains, devant un enfant né du mauvais côté...

Un enfant qui chaque année renaît à Bethleem

Un enfant qui porte comme tout nouveau-né l'espérance des hommes

Chapelle Baroncelli. Taddeo Gaddi. Noël à Florence.

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L'écrivain dans sa mansarde montmartroise.
L'écrivain dans sa mansarde montmartroise.

Poulbot a illustré de nombreux livres et en particulier ceux qui comme Poil de Carotte ou pour la Maternelle avaient pour personnages des enfants pauvres ou maltraités.

Avec les Scènes de la vie de bohême, il délaisse un moment les enfants pour s'intéresser au monde des adultes!

Un monde qu'il traite avec moins de tendresse (et moins de talent?)

Murger par Nadar
Murger par Nadar

Henri Murger (1822-1861) faisait partie du monde des artistes fauchés qu'il décrit dans son livre le plus célèbre.

Les artistes "bohêmes" n'avaient rien à voir avec ceux qu'on appelle aujourd'hui les bobos! D'une part ils étaient de vrais artistes (Murger exclut de son roman les escrocs et les nuls), d'autre part ils étaient pauvres et s'ils habitaient le quartier latin ou Montmartre, c'est que les meublés y étaient alors bon marché! Aujourd'hui ils en seraient chassés!

Murger a vécu à Montmartre les dernières années de sa courte vie. C'est de son dernier domicile,11 rue Véron, qu'il sera transporté à la Maison Dubois, aujourd'hui hôpital Fernand Widal, où il mourra.

Il est enterré au cimetière Montmartre.

Poulbot est né bien presque 20 ans après la mort de Murger mais il a fréquenté à Montmartre des peintres et des poètes désargentés qui menaient une vie comparable à celle De Rodolphe, Marcel ou Schaunard les héros des Scènes de la vie de Bohême.

Il était prévisible que l'on fît appel à lui pour illustrer le célèbre livre. Il en existe deux éditions, une de 1909 et l'autre de 1946. Les reproductions de cet article viennent de la deuxième édition.

Ce sont des aquarelles hors texte.

J'ai recherché les passages qu'elles illustraient pour en citer quelques extraits.

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

"Arrivé devant sa maison que Schaunard eut quelques difficultés à reconnaître, il s'assit un instant sur une borne en attendant Rodolphe et Colline qui étaient entrés chez un marchand de vin encore ouvert, pour y prendre les premiers éléments d'un souper. Quand ils furent de retour, Schaunard frappa plusieurs fois à la porte."

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

Le dessin de Poulbot est proche de la caricature. Nul romantisme dans son interprétation. Les jeunes artistes (Rodolphe a 24 ans!) paraissent déjà vieux!

Il n'essaie pas "d'embellir" une réalité souvent triviale, dominée par la nécessité de se nourrir et de boire....

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

"Au milieu des allées désertes, Rodolphe voyait souvent fuir devant lui, comme effrayés par le bruit de ses pas, des couples mystérieusement enlacés et cherchant, comme dit le poète : la double volupté du silence et de l'ombre. (...) Il s'assit sur un banc."

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

"(...) Une pièce de monnaie grande comme un écu et à moitié rongée par la rouille et le vert de gris."

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

Le dessin de Poulbot semble ici illustrer un roman de Balzac!

Les trognes sont exagérément expressives et Médicis, le "Juif", à l'arrière-plan correspond à tous les poncifs racistes de l'époque.

Cependant, Poulbot, bien qu'il ait participé à la revue "Bas les pattes" dont bien des collaborateurs étaient antisémites, ne peut être soupçonné de racisme. On ne trouvera pas dans son oeuvre (contrairement à celle de Willette ou Caran d'Ache) des dessins de propagande et de haine.

Tout au plus peut-on regretter que ses gamins, répétant les paroles de leurs parents, se croient autorisés à parler "bêtement" de Zola, soupçonné de vouloir enrégimenter la jeunesse dans le camp des dreyfusards!

Poulbot a 19 ans quand il publie ce dessin. Ses gamins sont encore en gestation. Bientôt ils deviendront de vrais "poulbots, gouailleurs, ironiques et libres d'esprit!

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.
Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

"Marcel rentra avec un pot de fleurs qu'il avait été acheter au marché. Il trouva Musette qui s'était jetée tout habillée sur le lit."

Poulbot retrouve un trait plus gracieux pour représenter les jeunes femmes. On verra cependant qu'il a du mal à les différencier. Mimi, Musette ou Francine se ressemblent comme des soeurs jumelles!

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

"Marcel se remit sans mot dire à son travail; il acheva de noyer un Egyptien dans les flots de la Mer Rouge. Comme il accomplissait cet homicide, Rodolphe laissa tomber une seconde pièce de 5 francs et en observant la figure que le peintre allait faire, il se mit à rire dans sa barbe (...)"

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.
Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

"J'achéterai des gants et je ménerai Laure dîner dans un restaurant où on donne des serviettes."

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

"-Est-ce que tu vas sortir comme ça? dit Marcel à son ami.

-Parbleu, dit Rodolphe, je me moque pas mal de l'opinion. D'ailleurs c'est aujourd'hui le commencement du carnaval.

Et il traversa tout Paris avec l'attitude grave du quadrupède dont il habitait le poil;"

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

C'est l'illustration que je préfère!

Poulbot ne peut s'empêcher d'y glisser un de ses gosses au nez rougi de froid, au regard émerveillé et complice!

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

"Schaunard demeurait à Montmartre. C'était tout Paris à traverser. Cette pérégrination était des plus dangereuses pour Rodolphe."

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

Poulbot est chez lui quand il peint Montmartre!

Il ne peut s'empêcher de mettre deux gamins dans la rue des Saules!

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

Ici nous sommes au café Momus où Barbemuche observe les amis du cénacle en pleine discussion, sans cacher son intérêt ni son désir d'entrer dans la bande.

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"Le personnage étranger considérait cette scène avec une curiosité grave; de temps en temps on voyait sa bouche s'ouvrir comme pour un sourire."

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

On voit ici Rodolphe, Marcel et Schaunard avec leurs compagnes, Mimi, Musette et Phémie tandis que Carolus (Barbemuche) essaie de séduire l'assemblée pour être acccepté dans la confrérie.

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"Rodolphe se montra poli avec Carolus, Schaunard fut familier, Marcel resta froid. Pour Carolus, il s'efforça d'être gai et affectueux avec les hommes, en restant très indifférent avec les femmes."

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

Colline est à la recherche de Rodolphe :

"Il ne veut pas vous répondre, reprit le concierge en déposant à la porte de Rodolphe une paire de bottes vernies et une paire de bottines de femmes qu'il venait de cirer."

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

"Rodolphe courut à l'endroit où il la soupçonnait être, et là il put à loisir s'enfoncer en plein coeur une de ces preuves auxquelles il faut croire quand même. Les yeux bordés d'une auréole de volupté, il vit Mademoiselle Mimi sortir du manoir où elle s'était fait anoblir, pendue au bras de son nouveau maître et seigneur, lequel, il faut le dire, paraissait beaucoup moins fier de sa nouvelle conquête que ne le fût Paris, le beau berger grec, après l'enlèvement de la belle Hélène."

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

"Peu de jours se passaient sans qu'un orage éclatât dans l'un des ménages. Tantôt c'était Mimi et Rodolphe qui, n'ayant plus la force de parler, s'expliquaient à l'aide de projectiles qui leur tombaient sous la main. Le plus souvent c'était Schaunard qui faisait du bout d'une canne, quelques observations à la mélancolique Phémie...."

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

"Marcel avait émargé chez Médicis le prix de 18 portraits de caporaux à 6 francs."

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

Poulbot illustre une des pages les plus émouvantes du roman. Il s'agit de la mort de Francine à qui son amant est allé acheter le manchon dont elle rêvait.

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"C'était le matin du jour de la toussaint, Francine venait de mourir. Deux hommes veillaient au chevet. L'un qui était debout était le médecin, l'autre était Jacques, l'amant de Francine. Il était plongé dans une douloureuse insensibilité."

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

"Musette habitait un charmant appartement à la Chaussée d'Antin. Au moment où on lui remit la lettre de Marcel, elle était en compagnie (...)"

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

"Il se leva sans rien dire et faillit tomber dans la chambre aux premiers pas qu'il fit, tant il était faible et abattu."

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

Une page à la fois romantique et drôle. Rodolphe veut revivre avec sa nouvelle compagne qui s'appelle Juliette, la pièce deShakespeare. Il a tout prévu, l'échelle et en guise de rossignol un pigeon dans sa cage. Hélas, il n'y a rien à manger!

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"Le sort du pigeon-pendule était fixé. Rodolphe avait allumé du charbon, il faisait revenir du lard dans le beurre frémissant; il avait l'air grave et solennel. Juliette épluchait des oignons dans une attitude mélancolique. Le pigeon chantait toujours."

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.
Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

Après la mort des plus faibles, les femmes surtout, les héros sont enfin reconnus dans leur art. La vie de Bohême est finie.

Comme la jeunesse.

Elle laisse au coeur beaucoup d'amertume et de regret.

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Pour la dernière illustration, Poulbot nous montre quelques gamins moqueurs et joueurs derrière un notable en représentation.

Il a comme les héros de Murger mangé de la vache enragée mais a fini comme eux dans la gloire et l'opulence, accompagnant l'évolution de Montmartre où le maquis des gosses a été remplacé par des immeubles cossus et par l'avenue Junot où Poulbot s'est fait construire une immense maison....

Maison de Poulbot, avenue Junot.

Maison de Poulbot, avenue Junot.

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

En conclusion, on peut trouver que les illustrations de Poulbot ne sont pas au diapason du livre ironique et noir de Murger. Poulbot n'est pas à l'aise avec la maladie et la mort qui hantent les Scènes de le vie de bohême.

Il redevient l'artiste rare et généreux qu'il était quand un enfant prend vie sous son crayon.

Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.
Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.
Poulbot. Henri Murger. Scènes de la Vie de Bohême.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #Peintres

La grande toile de Willette, exposée au Musée de Montmartre, est si sombre et désespérée que les visiteurs qui ont de Montmartre une image stéréotypée de gaité et de fêtes ne manquent pas d'en être étonnés.

Willette. Parce Domine.
Willette. Parce Domine.

La toile a été peinte en 1884 pour décorer le Cabaret du Chat Noir.

Une farandole de fêtards se précipite en groupe compact, dans un mouvement irrésistible, vers la Seine, à la suite d'un pierrot qui tient en main le révolver encore fumant avec lequel il vient de se suicider.

C'est la représentation d'une fête quasi hystérique où les êtres sont entraînés sans tenter de s'y opposer dans une danse des plaisirs qui se transforme en danse macabre.

Willette. Parce Domine.
Willette. Parce Domine.

Par un soir neigeux, dans une lumière ocre et brouillée, le cortège descend de la Butte dont les moulins font tourner leurs ailes sur lesquelles sont inscrites les notes et les paroles d'un cantique que Willette avait souvent chanté :

"Parce Domine, parce populo tuo..." Pardonne Seigneur, pardonne à ton peuple...

Le ton est donné. Ce n'est pas une chanson frivole et paillarde telle qu'on en chantait dans le cabaret mais une prière de repentance pour tous les péchés, à commencer ceux de la chair, qui accueille les noctambules venus au Chat Noir s'émoustiller les sens!

Willette. Parce Domine.

A la queue du cortège (et derrière la queue d'un chat noir monstrueux!) apparaissent les communiantes, le cierge à la main, très vite dévêtues, le corps juvénile offert à tous, les cheveux au vent.

Le passage est sans transition de la pureté à la luxure.

Dans son commentaire écrit des années plus tard, Willette, rend coupables les pierrots de cette déchéance: " Les pierrots cherchent à s'emparer de leur innocence par des ruses diaboliques".

Willette. Parce Domine.

Assise en amazone sur un chat noir, compagnon de sabbat des sorcières, une femme rousse (couleur du diable depuis le Moyen-âge) entraîne les troupes en brandissant un bébé.

C'est une image terrible, la plus cruelle sans doute de la scène. Le bébé, tourné vers l'arrière, comme s'il voulait s'échapper, est entraîné dans la fête. On pense ici au sacrifice des nouveau-nés jetés dans le ventre embrasé du dieu Baal.

"Ils ont bâti des hauts lieux pour brûler leurs enfants au feu en holocauste à Baal" (Livre de Jérémie)

Willette. Parce Domine.

Pour arriver plus vite à la fête certains s'entassent dans des omnibus tirés par des chevaux qui ressemblent à ceux de l'Apocalypse.

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"...Tandis que des mortels la multitude vile

Sous le fouet du plaisir ce bourreau sans merci

Va chercher des remords dans la fête servile..." (Baudelaire)

Willette. Parce Domine.
Willette. Parce Domine.

Les couples se forment, on danse on s'embrasse, on se caresse.

Les femmes sont des danseuses et des courtisanes venues tout droit du Moulin Rouge ou de l'Elysée Montmartre, elles lèvent la jambe, elles rient et mènent le bal.

L'une d'elles est différente. Elle résiste au pierrot qui la saisit. Ses ailes sont le symbole d'une pureté qu'on lui arrache. Ce couple central montre assez que Willette fait de l'homme le premier coupable, celui qui est habité de désirs pervers. Dans le couple Adam et Eve, c'est lui qui tendrait la pomme!

Certains mouvements sont si bien représentés avec un tel sens du rythme qu'on pense (et c'est rarement le cas dans l'oeuvre de Willette) à Lautrec. La touche est légère, à peine appuyée, au point de laisser deviner la trame de la toile.

Willette. Parce Domine.

Deux autres personnages vêtus de blanc attirent l'attention.

La danseuse qui nous regarde et nous invite à la rejoindre et le pierrot guitariste dont la romance attire comme une proie sa voisine.

On sait que Willette, créateur du Pierrot de Montmartre, écrira ses Souvenirs sous le titre de "Feu Pierrot", un titre qui conviendrait aussi bien à cette oeuvre.

Pour lui, l'artiste corrompt son art fait pour élever l'âme en l'utilisant pour la séduction et le plaisir des corps. L'artiste est coupable de dévoyer pour arriver à ses fins cet art qui est un don divin.

L'inquiétude religieuse et le sens de la culpabilité qui l'accompagne s'exprime ici comme elle s'exprime dans les Fleurs du Mal.

Willette sera l'initiateur d'une messe des artistes qu'il voulait que l'on célébrât le Mercredi des Cendres et pour laquelle il écrira une prière. Cette messe du "Voeu de Willette" est toujours célébrée à Montmartre.

Willette. Parce Domine.

Un couple montre un pierrot répandant son or pour séduire une belle.

Métaphore on ne peut plus claire et souvent reprise dans les dessins de Willette, de l'homme gaspillant ses dons et son talent pour conquérir les femmes.

Il écrit dans son commentaire :"C'est avec l'or de la poésie que les pierrots tendent leurs pièges."

Willette. Parce Domine.
Willette. Parce Domine.
Willette. Parce Domine.
Willette. Parce Domine.

A l'avant du cortège, légèrement séparé de la foule, pierrot vient de se tirer une balle dans le coeu. Une femme vêtue de noir, l'encourage dans ce dernier moment. Ce n'est pas une danseuse sensuelle mais une bourgeoise habillée de noir comme pour aller à une messe funéraire. Ses ailes de papillon sont déployées. Elle donne un dernier baiser au pierrot qui va mourir. Elle venge toutes celles qu'il a séduites.

Willette. Parce Domine.
Willette. Parce Domine.
Willette. Parce Domine.

Quelques pierrots assistent sans y croire à la scène. Ils comprennent trop tard que leur tour est proche...

Willette. Parce Domine.

Le cercueil est emmené dans un ciel sans clarté par des religieuses difformes coiffées de cornettes. Il n'y a pas d'ange dans le ciel, pas de pardon, il n'y a que de dérisoires danseuses de cancan.

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"Je cherche fortune

Autour du Chat Noir

Et au clair de la lune

A Montmartre le soir."

Willette. Parce Domine.

La chanson de Bruant que l'on chantait tous les soirs dans le cabaret résonnait dans les vapeurs d'absinthe sous le "Parce Domine" de Willette.

Combien de noctambules se rendaient compte alors que la lune était une tête de mort?

Willette. Parce Domine.

Il y aurait beaucoup à dire encore de cette oeuvre violente. On pourrait évoquer une nouvelle fois Baudelaire, la double aspiration de l'homme tiraillé entre le ciel et la terre, la malédiction de ne savoir résister au plaisir et d'utiliser pour l'atteindre les dons reçus de Dieu.

Willette était un chrétien torturé, il ne se faisait pas d'illusion sur les capacités de l'homme à lutter et dominer ses vices. Il était un grand pessimiste et ses dessins sur les tares humaines, sur la guerre, sur la justice sont parmi les plus terribles et les plus désespérés que l'on puisse voir.

Léon Bloy décrit le tableau avec ces mots : "c'est une clameur de détresse et d'effroi lancée vers Dieu par un peuple de douloureux."

Willette. Parce Domine.

Liens :

Peintres et artistes de Montmartre.

Oeuvres étudiés dans le blog

Je remercie l'ami internaute, passionné d'art, qui m'a envoyé ces photos du "Parce Domine". Sans lui je n'aurais pas pu écrire cet article.

Willette. Parce Domine.
Willette. Parce Domine.
Willette. Parce Domine.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #Peintres, #CHARENTE MARITIME
Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

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William Bouguereau (1825-1905, né et mort à La Rochelle) fait partie de ces grands peintres du XIXème siècle trop vite classés "académiques" et méprisés pendant longtemps par les critiques.

Les Américains qui ont acheté dès le début la plupart de ses oeuvres, ne l'entendent pas de cette oreille et c'est grâce à eux que des expositions ont pu faire connaître le talent et la puissance créatrice du peintre.

Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

Une des plus belles toiles de l'exposition d'Orsay sur l'Ange du Bizarre était de lui.

Dante et Virgile aux Enfers. Une vision de cauchemar carnivore, un combat infernal et tellurique.

Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

D'autres toiles impressionnent et stimulent l'imagination comme cette Égalité devant la mort, vision funèbre et onirique...

Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

Bouguereau a souvent choisi de peindre des sujets mythologiques, source inépuisable d'inspiration.

Après la terrible année 1876 où il perd son épouse et deux de ses enfants, il se tourne vers des sujets religieux.

Certains de ses tableaux méritent alors d'être taxés d'académisme mais d'autres traduisent une étrangeté et un sens du mystère qui les apparentent à de grandes oeuvres romantiques.

C'est le cas de cette Âme emportée au ciel peinte moins de deux ans après la perte des êtres aimés. Les anges portent délicatement la défunte, avec une légéreté et une délicatesse qui sont celles avec lesquelles l'artiste pense à ses morts. Ils l'emmènent vers la lumière.

Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

Hélas, ce n'est pas une toile de cette force que l'on découvre au Musée des Beaux-Arts de La Rochelle. Cette ville qui devrait s'enorgueillir de compter un tel artiste parmi les siens, ne possède presque rien de lui.

Peut-être même n'aurait-elle rien si Madame Vincens-Bouguereau (Henriette, fille du peintre) n'avait fait don à la ville de l'Océanide un an après la mort de son père.

Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

Les nus féminins de Bouguereau connaissaient un grand succès et le peintre céda à la facilité en les multipliant et en reprenant son modèle de Vénus qui avait tant plu (La Naissance de Vénus)

Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

On trouve la même femme aux formes parfaites, peinte avec une précision ingresque dans de nombreuses toiles comme la Vague ou la Perle!

La Perle

La Perle

Oeuvres qui si elles étaient la seule production de Bouguereau donneraient raison à ses détracteurs et à leur accusation d'académisme.

Et pourtant...

Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle
Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

Deux points retiennent l'attention. Tout d'abord la date de cette oeuvre : 1904.

C'est un an avant sa mort que le peintre l'exécute.

Il n'a plus rien à attendre de la gloire ou des honneurs.

Il choisit en ces derniers mois de sa vie de peindre non pas une résurrection, non pas une vision divine, mais une femme dans la splendeur de sa jeunesse, allongée sur le rivage et léchée par l'écume.

Afin de donner à sa toile un alibi culturel, il l'appelle l'Océanide.

Une océanide est une nymphe des eaux, fille de l'Océan et de Téthys. Elle est en réalité liée aux eaux dormantes et aux fleuves, les nymphes maritimes étant les Néréides.

Peu importe cette approximation!

Notre Océanide est tout entière offerte aux éléments, la douceur du ciel, le mouvement des eaux.

Elle est tournée vers le spectateur qui sur le rivage la contemple, comme une Vénus née de la mer...

Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

Elle n'est que sensualité, la poitrine offerte, les jambes prêtes à s'ouvrir.

Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

Le deuxième point qui retient l'attention est la présence de la vague qui laisse en transparence passer la lumière. C'est la vague que maintes fois Bouguereau a vue sur les plages charentaises, celle qui passe du bleu au vert, celle qui est douceur et puissance.

C'est la vague que je retrouve sur le rivage oléronais.

Ainsi, Bouguereau dans une de ses dernières oeuvres dit à la fois son amour de la vie, de la femme à la fois réelle et divine, son amour aussi de l'océan près duquel il est né, près duquel il mourra.

Son Océanide cesse alors d'être un simple nu académique. Elle est un ultime message, une ultime déclaration d'amour à la femme et à l'océan.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #Peintres, #OLERON EGLISES Cimetières, #OLERON, #OLERON PLAGES
Omer Charlet. Mère au chevet de son enfant mort. Musée de la Rochelle.

Au musée des Beaux-Arts de La Rochelle je découvre une toile d'Omer Charlet, le grand peintre oléronais dont l'un des chefs d'oeuvre est accroché dans l'église de Saint-Trojan, Notre-Dame des Tempêtes.

Il s'agit d'une huile sur toile non datée (H 151cm, l 102cm).

Elle représente une femme au chevet de son enfant. La femme occupe les 2/3 de la toile. Elle est debout, solide, Sa chevelure est relâchée et son corsage ouvert.

Elle n'est pas en représentation. Elle ne pense pas à sa toilette.

Elle est tournée vers la droite, vers une source de lumière, sans doute une porte qui s'ouvre.

Son visage est touché par la lumière

Ses yeux sont mouillés d'une souffrance retenue

Un sourire fragile semble hésiter sur ses lèvres

Omer Charlet. Mère au chevet de son enfant mort. Musée de la Rochelle.

Très doucement, elle fait comprendre à l'intrus qu'il ne faut pas entrer, qu'il ne faut faire aucun bruit.

Omer Charlet. Mère au chevet de son enfant mort. Musée de la Rochelle.
Omer Charlet. Mère au chevet de son enfant mort. Musée de la Rochelle.

Le doigt posé près des lèvres, elle l'invite au silence.

Il ne faut pas réveiller l'enfant qui dort.

Omer Charlet. Mère au chevet de son enfant mort. Musée de la Rochelle.

Le garçon a les yeux clos, les lèvres bleuies

Il ne regarde plus sa mère

Sa tête est retombée sur le côté, le cou raidi

La lumière effleure son front

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On pense à Rimbaud :

" (...)Souriant comme sourirait un enfant malade, il fait un somme :

Nature, berce le chaudement il a froid"..

Omer Charlet. Mère au chevet de son enfant mort. Musée de la Rochelle.
Omer Charlet. Mère au chevet de son enfant mort. Musée de la Rochelle.

La main de sa mère est posée sur lui

Elle est posée sur son coeur

Elle prend la forme de son coeur

Elle le protège, elle l'écoute

Omer Charlet. Mère au chevet de son enfant mort. Musée de la Rochelle.

Silence! il faut faire silence!

Elle perçoit, elle en est sûre un battement infime...

Son coeur de mère est relié au coeur de son enfant

Elle l'entend battre...

Elle veut croire

Elle croit

Que son enfant n'est pas mort

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Elle entre dans un monde qui n'appartient pas aux autres

Elle entre dans la folie

Omer Charlet. Mère au chevet de son enfant mort. Musée de la Rochelle.
Omer Charlet. Mère au chevet de son enfant mort. Musée de la Rochelle.

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Quelqu'un s'est arrêté longuement devant la toile

Il a regardé le titre

Il a tenté de le modifier en mouillant son doigt et le passant sur le dernier mot

Il n'a pas réussi à l'effacer

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Publié le par chriswac
Publié dans : #VOYAGES..., #Peintres

Le maître de Giotto était Cimabue dont nous avons vu le crucifix sauvé des inondations dans l'église Santa Croce de Florence.

Ce chef d'oeuvre ne pouvait qu'influencer l'élève qui tout en vénérant son inspirateur prend ici son indépendance pour devenir à son tour source d'inspiration.

Giotto. Crucifix de Santa Maria Novella. Florence.
Giotto. Crucifix de Santa Maria Novella. Florence.

Après 12 années de restauration c'est en 2001 que le crucifix a repris sa place originelle, celle qu'il occupait au XIIIème siècle au centre de la travée principale  de l'église.

Cette position entre le sol et les voûtes lui donne un aspect aérien et les bras en croix s'ouvrent comme pour un envol.

Le Christ est représenté fidèlement à la tradition de l'époque. Il est le Christ de souffrance dont l'agonie s'est achevée... 

 

Son corps s'est affaissé sur lui-même. Les côtes sont saillantes, les plaies ouvertes dont le sang ultime s'écoule. Le ventre est proéminent sur le périzonium.

Le périzonium c'est le "pagne de pureté" dont on vêt le Christ qu'on n'ose représenter nu comme l'étaient les suppliciés romains. La transparence du pagne peint par Giotto et l'inexistence de toute trace visible du sexe vont inspirer un temps les peintres jusqu'à ce qu'au XIVème siècle ne s'impose le vêtement de toile épaisse et décente!

 

Giotto. Crucifix de Santa Maria Novella. Florence.
Giotto. Crucifix de Santa Maria Novella. Florence.
Giotto. Crucifix de Santa Maria Novella. Florence.

La tête du Christ se penche sur son épaule. Les yeux clos n'interrogent pas le ciel, ils sont baissés vers la terre, vers les témoins du supplice, vers les croyants qui entrent dans l'église.

Les lèvres sèches qui ont crié leur soif sont maintenant figées.

La chevelure est comme teintée par la douleur. L'or de l'auréole semble éclairer son étrange rousseur.

 

Giotto. Crucifix de Santa Maria Novella. Florence.
Giotto. Crucifix de Santa Maria Novella. Florence.

A droite et à gauche, les "tabellone" représentent Marie et Jean.

Ils n'invitent pas du regard comme chez Cimabue les fidèles qui passent devant le crucifix. Ils ont les yeux tournés vers celui dont le martyre vient de s'achever.

Leur visage est le nôtre quand une douleur trop grande nous envahit et que l'on tente de retenir nos larmes, les muscles crispés jusqu'à la douleur.

Ils croisent les mains comme pour les tenir en place et les empêcher de se lever vers le cadavre pour le toucher encore, une dernière fois.

Giotto. Crucifix de Santa Maria Novella. Florence.
Giotto. Crucifix de Santa Maria Novella. Florence.

Le sang coule et se fige peu à peu sous les pieds du Christ. Il atteint les rochers du Golgotha où reposent le crâne et les os d'Adam le premier homme. Le nouvel Adam est venu s'offrir pour qu'à jamais la mort soit vaincue...

Le crucifié de Giotto est plus tragique que celui de Cimabue. Il marque une étape importante dans la représentation de l'Homme-Dieu.

A Byzance, les icônes le représentent comme Dieu avant tout, dans l'or et la splendeur du royaume. Avec Cimabue il est à la fois pleinement Homme et pleinement Dieu. C'est  l'image la plus belle et la plus proche de celle que nous avons des êtres que nous aimons.

Avec Giotto le Christ sur la croix est homme. Il n'est pas encore le Christ lépreux dans lequel se reconnaitront et se réconforteront les malades. Il n'est pas encore le Christ de Grünewald, miroir de toutes les dégradations de la chair. Il y a dans son corps sans vie une douceur et un silence qui impressionnent. Alors que l'on avait l'impression qu'il s'envolait vers les voûtes, on comprend que ses bras s'étendent au-dessus de ceux qui le regardent, que son visage se baisse vers eux.

Peint avec foi, il s'adresse à ceux qui ont la foi et croient que la mort se penchera sur eux avec le même visage grave et fraternel pour les emmener de l'autre côté... 

 

 

Giotto. Crucifix de Santa Maria Novella. Florence.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #Peintres, #VOYAGES...
Masaccio. Adam et Eve. Chapelle Brancacci. Florence.

Dans l'église Santa Maria del Carmine, la chapelle Brancacci est "habitée" depuis bientôt sept siècles par un jeune peintre dont l'oeuvre ne cesse de fasciner et d'étonner.

Masaccio a été choisi par son maître Masolino pour répondre à la commande du couple Brancacci. Il travaille dans la chapelle de 1424 à 1428 année où il part pour Rome où il trouve la mort.

Si Masolino est apprécié et fêté par les riches Florentins, ce n'est pas le cas du jeune Masaccio (il a 24 ans) considéré comme un tantinet sulfureux et irrespectueux des canons picturaux de son temps.

Et quel abîme entre les deux hommes!

Il suffit de regarder sur le mur de droite la scène de la tentation peinte par Masolino, une scène élégante et conventionnelle, pour mesurer l'audace et la profondeur de la fresque peinte en 4 jours par le jeune Masaccio!

Masaccio. Adam et Eve. Chapelle Brancacci. Florence.
Masaccio. Adam et Eve. Chapelle Brancacci. Florence.

Le couple de Masolino est fidèle à la tradition, Il est immobile, inexpressif et il prend la pose. Il ne dérange personne. il est pudique dans sa nudité.

Le couple de Masaccio est en mouvement, il est saisi au moment où il est chassé de l'Eden. Lui aussi est fidèle à la tradition mais le peintre en donne une représentation étonamment moderne. Les corps écrasés par l'angoisse restent puissants et sensuels.

Eve se cache la poitrine et le sexe.

Adam ne dissimule pas son sexe vigoureux (plus réaliste que ne sera celui, minuscule et chiffonné donné par Michel Ange à l'Adam de la Sixtine! )

Masaccio. Adam et Eve. Chapelle Brancacci. Florence.

Le dogme catholique de la femme tentatrice et de l'homme soumis à la chair est ici illustré et dénoncé à la fois.

Le sexe tentateur, celui qu'il faut "voiler" c'est celui de la femme!

La vieille malédiction du monothéisme est ici montrée et dénoncée à la fois. La femme responsable de tous les maux, la femme coupable d'entraîner l'homme dans le péché, la femme qu'il faut enfermer sous les voiles...

Et pourtant...

C'est l'homme ici qui baisse la tête et la femme qui la relève...

Masaccio. Adam et Eve. Chapelle Brancacci. Florence.
Masaccio. Adam et Eve. Chapelle Brancacci. Florence.

Son visage est tragique

Mais il est tendu vers le ciel

Il est souffrance et interrogation

La bouche ouverte n'est pas celle du Cri de Munch qui est la porte du néant

Elle est amertune et question

Elle sait qu'il n'y aura ni réponse

Ni pardon

Adam et Eve ont les yeux fermés

Mais les yeux d'Eve s'entrouvrent...

Masaccio. Adam et Eve. Chapelle Brancacci. Florence.

L'ange rouge vole inutilement au-dessus du couple en montrant de l'index la sortie, en bon serviteur de l'autorité suprême...

Le monde nouveau se fera sans lui qui restera le gardien zélé des portes de l'Eden

Son épée qui à l'origine était couverte d'argent

A noirci comme une épée de bois

Adam et Eve marchent sur une terre nouvelle

Sur une glaise qu'ils vont devoir modeler comme Dieu avait modelé l'argile pour créer l'homme

Ils sont les seuls créateurs du monde à venir

Ils marchent...

Adam retarde le moment d'affronter du regard la réalité

Eve terrorisée affronte déjà la vie libre et dangereuse

Tous deux, les pieds sur la terre, marchent vers leur re-naissance

Masaccio. Adam et Eve. Chapelle Brancacci. Florence.
Masaccio. Adam et Eve. Chapelle Brancacci. Florence.

Alors que l'ombre est absente de la fresque de Masolino, comme des icônes, elle est ici présente...

L'ombre d'Adam et Eve est projetée sur le sol...

Elle est derrière eux...

C'est donc vers la lumière

Que ces deux aveugles

Tragiques

Avancent !

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Publié le par chriswac
Publié dans : #VOYAGES..., #Peintres
Cimabue le Crucifix. Santa Croce. Florence.

Il est suspendu entre terre et ciel, immense dans l'église Santa Croce pour laquelle il a été peint par Cimabue en 1287.

Par malchance, peu de temps avant la catastrophe du 4 novembre 1966, il a été transporté dans le musée où il fut recouvert par les eaux boueuses de l'Arno qui inondèrent la Florence historique, détruisant ou endommageant gravement des milliers d'oeuvres inestimables.

En une journée le Crucifix de Cimabue subit des dégradations que sept siècles lui avaient épargnées!

Cimabue le Crucifix. Santa Croce. Florence.
Cimabue le Crucifix. Santa Croce. Florence.

Pendant dix ans des artistes travaillèrent à sa restauration. Ils n'essayèrent pas de reconstituer les parties disparues. Ils fixèrent grain à grain les pigments de couleur qui se détachaient. Là où la toile collée sur le bois avait été délavée, ils appliquèrent une peinture dont la teinte en harmonie avec les surfaces sauvegardées respectait l'oeuvre sans la brutaliser.

Cimabue le Crucifix. Santa Croce. Florence.
Cimabue le Crucifix. Santa Croce. Florence.
Cimabue le Crucifix. Santa Croce. Florence.
Cimabue le Crucifix. Santa Croce. Florence.

... Le Christ est de nouveau exposé aux regards dans sa gloire et sa misère...

Il est à la fois le Christ glorieux des icônes byzantines et le Christ outragé de Grünewald qui porte imprimé dans sa chair les maladies humaines...

Est-ce la raideur de la mort qui le détache de la croix?

Est-ce la légèreté qui déjà le décloue et le projette en avant comme un danseur?

Ses yeux sont clos comme sont clos les yeux de Bouddha endormi

La paupière baissée n'est pas frontière entre les deux réalités

Cimabue le Crucifix. Santa Croce. Florence.
Cimabue le Crucifix. Santa Croce. Florence.

Les mains sont ouvertes

Le corps du crucifié ne tire pas sur elles

Elles se détachent sur un fond de ciel

Elles donnent ce que l'homme a de plus précieux

Elles donnent le sang

Qui est la vie

Marie et jean

Présents et douloureux

Ont les yeux ouverts

Ils nous regardent

Ils nous invitent à venir à leur côté

Cimabue le Crucifix. Santa Croce. Florence.

Image humaine de dieu

Image divine de l'homme

Le Christ de Cimabue sauvé des eaux

A pour toujours le visage menacé par l'oubli

Des morts que nous aimons

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