Les habitants du quartier connaissent bien cette fresque de 15 mètres de long qui court sur tout le rez de chaussée de l'immeuble du 8 rue de l'agent Bailly.
Ils n'y prêtent plus attention, elle fait partie de leur paysage.
C'est le plus beau compliment qu'on puisse faire à l'art dans la ville. Il est là, essentiel, comme le ciel ou les arbres. S'il disparaissait, alors soudain on serait moins heureux, on respirerait moins bien.
Yvon Taillandier (né à Paris en 1926, mort en Avignon en 2018) choisit cette ancienne menuiserie pour atelier en 1970. Pendant 40 ans elle le resta!
Dès son arrivée dans cette étroite rue il peignit tous les volets de la façade puis l'ensemble jusqu'à l'encadrement de la porte d'entrée de l'immeuble.
On dit que les taggeurs qui n'hésitent pas à utiliser toute surface disponible quelle qu'elle soit, respectèrent ce monde foisonnant et joyeux créé par leur aîné.
Au fond c'était très diplomatique car nous sommes en présence d'une ambassade, celle du Taillandier-Land!
Et quelle ambassade! Celle de la vie dans sa diversité, son foisonnement, sa gaité, sa folie, son incongruité, son érotisme, ses machines, ses tubes, ses manèges, ses rêves.
Parce que ces images de "figuration libératrice" ne cherchent pas à vous en mettre plein la vue, elles cherchent seulement à capter votre regard pour l'intégrer à son mouvement. Elle cherche à faire de vous l'un des acteurs de cet univers où nous sommes tous reliés les uns aux autres. Où nos jambes, nos têtes se multiplient et se métamorphosent, où nos bouches, nos ventres abritent de petits êtres prêts à participer au jeu.
Les machines font partie de ce monde et cessent d'être métalliques et bruyantes, elles sont de matière charnelle et n'interrompent pas la grande unité, la grande communication.
Il y a quelque chose de vertigineux en même temps que rassurant dans cet univers où tout est mouvement.
Le vertige c'est la rencontre et la multiplication des taillandiers, c'est le labyrinthe, la jungle où ils naviguent. Ce qui est rassurant c'est qu'il y a des frontières qui empêchent l'éclatement, la dissolution, l'éparpillement dans l'espace de tout ce peuple qui se tient.
Une ambassade représente un pays.
Un pays donne à ses habitants des frontières qui loin d'enfermer, protègent. Elles permettent au rêve de se déchaîner en douceur, au chaud à l'abri des murs familiers.
Bon! je délire! Mais c'est parce que je réponds à l'invitation d'Yvon Taillandier! Il vous invite vous aussi, avec votre monde qui rejoindra le sien, accueilli, respecté, enfantin et joueur.
Vous aurez des pieds en surnombre...
des têtes démultipliées...
des aéronefs complices
des animaux familiers comme des maisons.
"Mes tableaux se veulent des chants joyeux, voire des hymnes à la joie"
Parmi les sept chapelles qui rayonnent autour du chœur, la plus belle assurément est celle de la Vierge. La richesse de son décor nous laisse imaginer ce qu'aurait pu être la splendeur des mosaïques si, conformément au projet initial, tous les culs-de-four des chapelles avaient reçu leur parure.
Cul de four de la chapelle de Saint Ignace. Mosaïque du Christ au cœur
Pour rappel, une seule chapelle, celle de Saint-Ignace de Loyola a vu cette partie richement décorée.
La chapelle de la Vierge est située au milieu du déambulatoire. Elle est différente des autres par son plan carré.
L'ornementation est d'inspiration byzantine caractérisée par les fonds dorés. On est frappé par la lumière profonde et chaude qui en émane.
D'où vient cette vibration des fonds dorés? C'est que les tesselles utilisées pour ces ciels mystiques ne sont pas semblables. Elles ont des tons différents et sont de tailles variées, ce qui au lieu de donner un fond uni et plat, le transforme en surface vivante comme un pointillisme d'or. Voilà qui contredira ceux qui ne veulent voir que l'académisme dans cette basilique.
mur ouest
Avant de revenir à la coupole, nous voyons sur les murs latéraux, entre les arcatures, les médaillons de vierges vénérées dans le monde chrétien.
mur est
On y reconnaît quelques Vierges célèbres :
N. D. du Mont Carmel
N.D. de Boulogne sur sa barque
N.D. de Pontmain
N.D. du perpétuel secours
N.D. de grâce
N.D. du Sacré-cœur
Au-dessus des portes, deux médaillons, toujours en mosaïques : Mère des douleurs et Mère des bons conseils :
Les mosaïques reproduisent des cartons qui eux-mêmes reproduisent des représentations connues de la vierge et vénérées dans des sanctuaires. Pas d'innovation, une copie aussi fidèle que possible... le grand art des mosaïstes reste cependant admirable.
L'autel est dominée par une statue de la vierge et son enfant, devant des vitraux qui remplacent ceux que le bombardement de 1944 a détruits. On peut le regretter car ils étaient l'œuvre de Henri Marcel Magne qui en a réalisé dans différentes églises où on peut admirer leurs teintes profondes et leur sty art-déco.
Et maintenant, il faut lever la tête pour découvrir la fameuse coupole, œuvre elle aussi de H.M. Magne.
Les écoinçons représentent quatre saints qui ont privilégié la place de Marie dans leur spiritualité :
Saint-Bernard qui porte le livre "Missus est" de ses homélies à la gloire de Marie
Saint-Dominique qui serait l'initiateur du rosaire, prière qui s'égrène avec le chapelet.
Louis Marie Grignon de Montfort ne sera proclamé "saint" qu'en 1925. Il fonda la Compagnie de Marie et il expose grand ouvert son "Traité de la vraie dévotion à la très Sainte Vierge."
Jean Eudes qui au XVIIème siècle, bien avant Marguerite-Marie, est un ardent propagandiste du culte du Sacré-cœur.
Il ne sera proclamé "saint" qu'en 1947.
La coupole représente l'assomption de la vierge qui bien que fêtée depuis Byzance n'est devenue dogme qu'en 1950 sous le pontificat de Pie XII.
La base de la mosaïque représente le tombeau de la Vierge avec, constatant le miracle : Jean, Marie-Madeleine, Thomas, Pierre...
Tout autour se développe une procession de saints telle qu'on peut en voir dans l'église Saint-Apollinaire de Ravenne ou, au XIXème siècle dans l'église Saint-Vincent de Paul (œuvre de Flandrin)
La grande réussite de la coupole est assurément la ronde des anges autour de Marie, dans cette vibration des ailes blanches sur un fond qui scintille comme sable au soleil!
L'ensemble a été réalisé d'après les cartons de Henri Marcel Magne (1877-1944). Il était bien placé pour participer à l'immense chantier de la basilique, étant arrière-petit fils, petit-fils et fils d'architecte! Son père Lucien Magne fut choisi pour être architecte du Sacré-Cœur en 1905.
Peut-être est-ce la troupe de ces anges qui sont légion dans la basilique qui lui permet de s'élever comme une montgolfière dans le ciel de Montmartre!
Liens : quelques articles sur le Sacré-Coeur dans mon blog :
1er mars. La nuit sur la Butte. Que sera ce mois qui dit-on "rit malgré les averses et prépare en secret le printemps"?
2 mars. Rue Lepic. Copines après le collège...
3 mars. De la musique avant toute chose... Au moindre rayon de soleil, ils sortent avec leur instrument... Montmartre est leur domaine.
4 mars. Square Nadar. C'est un des rares endroits de Montmartre où la Tour Eiffel se laisse voir. "Bergère ô Tour Eiffel" comme l'appelle Apollinaire.
5 mars. Les ailes de la rue Lepic. (Pour Pierre)
6 mars. Un drôle de chien sur un étalon! Square Louise Michel.
7 mars. Amateurs d'art place Suzanne Valadon. On dit que Suzanne Valadon est la mère d'Utrillo. C'est faux. Utrillo est le fils de Suzanne Valadon.
8 mars. Tous les endroits sont bons pour prendre le soleil! (boulevard Marguerite de Rochechouart)
9 mars. Le visage de la musique. Place des Abbesses.
10 mars. C'est un nid de verdure...
11 mars Square Louise Michel
11 mars. Le petit chien a vu le photographe! Square Louise Michel.
12 mars. Garez-vou!
Samedi 13 mars. Sacratissimo. Ou le pigeon qui se prend pour le "Saint-Esprit"!
13 mars. Sportifs du week end dans l'escalier Foyatier!
14 mars. Un cycliste rue Saint Rustique. Pas besoin de piste cyclable.
Lundi 15 mars. Sur les pavés de l'escalier Chevalier de la Barre
Mardi 16 mars. Un rayon de soleil rue Antoine.
17 mars. Mise en scène pour fêter la Commune. Marianne a trouvé un amoureux (square Louise Michel)
18 mars. Ier jour de la Commune (18 mars 1871)
Louise Michel. Enseignante, poète, féministe, protectrice des animaux, humaniste adepte de la laïcité qui libère et de la justice sociale qui ensoleille le monde.
19 mars. Le bas de la rue du Chevalier de La Barre. Départ de l'ascension...
20 mars. Passage Cottin. Un des endroits préférés d'Utrillo.
21 mars. Impasse Girardon. Une assise et deux allongés de papier.
22 mars. Toujours des amoureux par tous les temps.
23 mars. Loïe Fuller de retour place du Tertre.
24 mars. L'armée a remplacé les touristes! (Esplanade du Sacré-Coeur).
25 mars. Trois amis pour la vie. Square Nadar.
26 mars. Je ne chante pas pour passer le temps... (Place Emile Goudeau)
27 mars. Menace sur la ville. Rue Azaïs.
28 mars. Rue Azaïs... Un collage rappelle qu'à cet endroit étaient entreposés les fameux canons de Montmartre.
29 mars. Le dernier salon où l'on cause. Rue de la Mairie.
30 mars. Une plage à la mode.
31 mars. "Sur la place chauffée au soleil, une fille s'est mise à danser, elle danse toujours pareille aux danseuses d'antiquité". (Jacques Brel)
... Et voilà le mois de Mars est parti en beauté, dans un soleil qui aime fouiner dans les moindres ruelles de Montmartre et qui nous ferait presque oublier la présence parmi nous d'un ennemi invisible et perfide qui nous oblige à nous masquer alors que nous voudrions rire, visage nu dans le soleil!
Il vécut à Montmartre et pourtant aucune plaque, spécialité de la Butte s'il en est, n'y évoque son nom.
La cour Saint-Hilaire où de Feure eut un atelier.
Une injustice ou un oubli ? Il est vrai que la mode privilégie aujourd'hui quand il s'agit de baptiser les rues, des femmes, politiques ou artistes, lesbiennes ou hétéro, noires ou blanches qu'importe, mais des femmes! Histoire de réparer la vieille domination patriarcale qui se traduit par la présence sur la quasi totalité des plaques de nos villes de patronymes masculins...
Georges de Feure est né à Paris en 1828 et il y est mort en 1943, abandonné de tous et misérable.
Avec la guerre franco prussienne ses parents se réfugient aux Pays-Bas et quand ils reviennent à Paris en 1889, ,Georges de Feure s'installe sur la Butte. c'est là qu'il rencontre Pauline Domec avec qui il aura deux enfants.
Il aime passer ses soirées dans les cabarets de Pigalle, notamment au Rat Mort et au Chat Noir. Il fréquente dans les mêmes cercles des poètes et des musiciens parmi lesquels Debussy, Ravel ou Satie! Il faut croire qu'il avait un goût musical très sûr!
La source du mal (Georges de Feure)
Ses admirations littéraires vont en priorité aux poètes, parmi lesquels Baudelaire et Rodenbach. Ses premières oeuvres sont nettement inspirées par la vision baudelairienne de la femme tentatrice et dangereuse :
(...) Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,
S'avançaient, plus câlins que les anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s'était assise.
Jules Chéret
On peut voir l'évolution de sa création depuis sa participation dans des journaux auxquels il propose ses caricatures jusqu'aux premières commandes qu'il reçoit pour des affiches. Il est alors influencé par Chéret, considéré comme le, maître du genre.
Il illuste également des livres, comme "La Porte des Rêves" de Schwob.
Dans les années 1900-1910 il se réalise vraiment et trouve son style. Il est considéré comme un des plus éminents représentants de l'Art Nouveau. Il crée quelques unes des plus belles affiches de cette époque.
La nudité disparaît. Les femmes sont parées de soies et de plumes. Elles sont prises dans des toilettes somptueuses ou extravagantes. Elles sont royales, dominatrices, inaccessibles...
Les hommes sont peu représentés et quand ils le sont, ils sont ternes, fripés, plus petits que la femme, "chiens à l'attache" ou "suiveurs"...
Le suiveur
Nous voyons là le grand paradoxe de l'Art Nouveau, le plus féminin des arts (mais représenté par des hommes), le plus exacerbé dans ses courbes, ses volutes, ses danses, ses couleurs.... et en même temps celui qui, tout en semblant donner à la femme et à son univers la prééminence, en fait une créature à part, non pas l'égale de l'homme mais sa prédatrice.
Toujours est-il que le principal promoteur de l'Art Nouveau, Samuel Bing choisit Georges de Feure pour décorer son pavillon de l'exposition universelle 1900.
L'artiste connaît alors un grand succès avec ses panneaux décoratifs représentant les différents artisanats, ses vitraux, ses diverses créations de verrerie ou ferronnerie.
Panneaux de Georges de Feure pour le pavillon Art Nouveau de l'exposition universelle 1900
Vitrail
Après cette apothéose Georges de Feure reçoit de nombreuses commandes. Son style va évoluer peu à peu vers l'Art Déco. Il s'intéresse au théâtre (il avait été un temps acteur aux Pays-Bas), au décor et au costume. Il passe de la femme-oiseau au plumage chatoyant à la femme libre dans sa géométrie, sa chevelure courte, ses yeux francs....
Il conçoit la décoration intérieure d'appartements particuliers.
Madeleine Vionnet qui est alors une grande couturière (créatrice du drapé, de la coupe en biais) qui représente la mode française dans le monde entier lui confie la décoration de son hôtel particulier et de sa maison de couture.
Georges de Feure devient alors un des talentueux représentants de l'Art Déco.
Il suffit de voir sa décoration du grand salon de la maison de couture et une reproduction en noir et blanc d'une des fresques disparues qui ornaient ses murs pour s'en convaincre.
Il serait injuste d'oublier que Georges de Feure fut aussi un peintre de grand talent, influencé par le symbolisme mais créateur d'un univers bien à lui qui fait parfois penser à Félix Vallotton.
Dans les années 1930, Georges de Feure cesse d'être à la mode. Nous entrons dans une époque qui avant la catastrophe de la guerre invente une nouvelle architecture influencée par le Bauhaus. La pure décoration n'a plus sa place. Le Corbusier pointe le bout de son nez. Nous nous acheminons vers le confort certes, le pratique bien sûr et la froideur...
On détruit sans état d'âme les stations de Guimard, les hôtels art nouveau... Georges de Feure qui n'a jamais su gérer ses revenus, meurt, misérable, dans un Paris occupé.
L'abîme (musée d'Orsay)
Aujourd'hui on le redécouvre. On voudrait revenir en arrière et lui éviter la dernière gifle que lui envoya le Ministère des Beaux Arts quand en 1941 il refusa le don que lui faisait George de Feure de deux de ses toiles jugées indignes de faire partie des collections nationales. C'était quelques mois avant sa mort.
C'est une jolie rue de Montmartre, calme et quasi provinciale à deux pas de la nerveuse rue Lepic et de la très branchée rue des Abbesses!
Comme bon nombre de ses consoeurs montmartroises, elle doit son nom au propriétaire qui fit lotir ses terrains dans la deuxième moitié du XIXème siècle.
L'ancienne impasse Cauchois qui fait partie aujourd'hui de la rue.
Il existait une impasse qui portait son nom et qui fut absorbée par la rue lorsqu'elle fut prolongée. Cette impasse n'a que des numéros impairs, elle est comme une excroissance de la rue qui après cette hernie, poursuit son chemin jusqu'à la rue Constance et l'Impasse Marie Blanche.
Courte rue mais grand passé.... Sur ses 133 mètres de nombreux personnages plus ou moins célèbres ont vécu...
Au commencement, rue Lepic, se trouve le Café des deux moulins que le film Amélie Poulain a fait connaître au-delà de nos frontières. Il n'est pas rare de voir des Japonais, souriants et émus, y faire de selfies...
Le 3
Au 3, petit immeuble sans éclat, le peintre Amédée Buffet (1869-1934) eut son atelier.
Oublié aujourd'hui, il connut le succès et reçut des commandes nombreuses. Avec son frère Paul, il fut chargé de remplacer les toiles de Goya qui avaient été détruites dans la Chartreuse espagnole d'Aula Déi. Le fantôme du génial Espagnol ne le paralysa pas tout à fait!
Pour preuve de son renom, on le trouve dans la délégation envoyée officiellement pour représenter les artistes français à l'Exposition Universelle de 1905, aux côtés de Renoir, Sisley et Monet!
Le 4
Au 4, jouxtant les 2 Moulins, il y eut au début du XXème siècle un restaurant dont une photo garde le souvenir, avec le sourire des marchandes de fleurs faisant une pause avant d'escalader la Butte et de proposer aux passants leur bouquets.
Le 4 aujourd'hui
Ce restaurant a une histoire et par chance le petit-fils du patron qui habite toujours rue Cauchois nous a confié des souvenirs qui appartiennent désormais à notre quartier et qui en font la continuité et la vie. Son grand-père venu d'Auvergne, Joseph Fabry, en a été pendant des années le "patron".
Photo 1925
On le voit assis sur sa chaise devant son établissement le restaurant Cauchois.
C'était alors la tradition de se faire photographier devant la vitrine avec famille et employés. Très souvent il y avait un petit chien improbable et joyeux de poser pour l'éternité.
Photo 1928
Sur cette autre photo de 1928, un zoom sur les pieds de Joseph Fabry permet de voir qu'il travaillait en pantoufles. Non qu'il fût pantouflard, loin de là mais il se trouve qu'il fut violemment heurté par une poussette d'enfant rue Lepic et que la blessure mal traitée ne cessa de le faire souffrir. Plus tard la gangrène gagna et l'amputation devint inévitable. Joseph Fabry mourut en 1966.
Alors que les Juifs du quartier étaient raflés, un jeune garçon, Joseph Weismann qui avait été emmené au camp de Beaune la Rolande avec la seule perspective de se voir offrir un voyage aller sans retour pour Auschwitz, après s'être évadé et avoir rejoint Paris, poussa les portes du restaurant de Joseph Fabry.
Il y était connu car son père y venait parfois. Il y fut reçu, nourri, mais ne put être caché car la police était zélée et ne manquait pas d'inspecter les cafés et les restaurants du quartier chaque soir. Malgré la rafle du Vel d'Hiv, les autorités n'étaient pas satisfaites, n'ayant pas arrêté un nombre suffisant de Juifs. L'occupant risquait de leur taper sur les doigts, d'autant plus que Bousquet s'était engagé par grand souci d'humanité à ne pas séparer les enfants de leur famille. C'est ainsi que 6000 enfants périrent dans les chambres à gaz.
Le petit Joseph fut confié à une dame du quartier qui se chargea de le protéger. Plus tard il racontera son histoire dans un livre qui a inspiré un film tourné en partie dans le quartier.
Aujourd'hui, à 90 ans, il continue de rencontrer de jeunes élèves pour leur transmettre un message de fraternité et de vigilance.
Le 7
Le 7 se protège derrière de hauts murs qui abrite une villa du XIXème classée. C'est là que vécut pendant 35 ans, le commissaire Bourrel, le fin limier de l'émission télévisée "Les 5 dernières minutes".
"Sur le Banc". Souplex et Sourza.
Raymond Souplex (1901-1972) commença comme chansonnier et se produisit souvent au Théâtre des Deux Ânes sur le boulevard voisin.
Peu à peu s'effacera son souvenir tant il est vrai qu'il ne brilla jamais dans des chefs d'œuvre.
On le connaît encore un peu pour avoir été le clochard de "Sur le Banc" avec sa complice, Jane Sourza.
On oubliera peut-être aussi qu'il répondit à l'invitation du Reich et alla à Berlin en 1943, tous frais payés, représenter la chanson française. Ce qui lui valut un blâme à la Libération.
Il ne fut pas le seul dans le convoi dont Piaf et Viviane Romance faisaient partie...
Le 10.
Le 10 est un somptueux immeuble aux larges fenêtres et au décor 1900-bourgeois (par opposition au 1900-artiste de Guimard).
Le 10
Dans cet immeuble a vécu Copi le génial dessinateur de la femme assise qui nous a réjouis à chaque parution du Nouvel obs.
Copi a accompagné avec son humour et sa poésie toute la période de libération sexuelle cruellement meurtrie par les années Sida. Il a dessiné pour Hara Kiri, Charlie Hebdo puis pour Libération avec son personnage de Libérett', transexuelle qui a choqué nombre de lecteurs pas si libérés que ça!
Ses pièces ont été montées par quelques grands metteurs en scène comme Lavelli (La journée d'une rêveuse avec Emmanuelle Riva).
Une visite inopportune. (Duchaussoy, Hiégel)
C'est alors qu'il participe aux répétitions de sa pièce "une visite inopportune" (un homosexuel vit ses derniers jours sur un lit d'hôpital) qu'il meurt, le 14 décembre 1987, deux ans avant Koltés son voisin du 15 bis.
A gauche, au fond de l'ancienne impasse, le 11...
Le 11 est aujourd'hui une maison au style architectural affirmé, manifeste du "rationalisme" des années vingt, à la fois fonctionnel et original. (seul bâtiment classé de la rue avec le 7)
Mais... ce n'est plus le nid d'amour, détruit, d'un couple hors normes, d'un homme et d'une femme exceptionnels qui s'aimèrent jusqu'à ce jour de 1922 où ils quittèrent ce monde, non pas sur la butte, mais à la montagne... à Chamonix.
Il s'agit de Marcel Sembat et Georgette Agutte.
Il serait prétentieux de vouloir retracer la vie et le destin de ces deux amoureux! Simplement rappeler que Marcel Sembat (1863-1922) que beaucoup ne connaissent que par la station de métro, ligne 9, la rue et le square du XVIIIème, fut un grand humaniste, un socialiste de conviction et de cœur, adepte de la transparence, hostile aux privilèges que s'octroient les puissants.
Il fut un des initiateurs de la Loi de séparation des églises et de l'Etat, que certains beaux esprits remettent en cause aujourd'hui!
Il fut ministre des Travaux Publics en 1914... Il adhéra à la Franc Maçonnerie et créa à Montmartre la Loge de la Raison.
Il fut également un passionné d'art et notamment de peinture, défenseur des Fauves, ami et admirateur de Matisse. Il écrivit sur ce peintre la première monographie connue.
Il meurt d'une hémorragie cérébrale en 1922 à Chamonix
Georgette Agutte est un peintre qui apprit de Gustave Moreau la liberté et l'audace, se lança de toute sa conviction dans la combat du fauvisme. Elle était collectionneuse et possédait une collection remarquable, de Matisse notamment.
Après un premier mariage, elle rencontre Marcel Sembat. Ils se ressemblent, partagent le même idéal de justice, de paix, le même goût pour l'art libre et audacieux... Les Cahiers noirs de Marcel Sembat nous livrent sans fard, la force sensuelle et spirituelle de leur union.
Tous deux habitent 11 rue Cauchois. Ils vont souvent à Bonnières sur Seine où Sembat possède une maison familiale et à Chamonix où ils ont acquis un chalet, le "Murger".
Le jour où Marcel sembat meurt brutalement, Georgette Agutte après l'avoir veillé, écrit à son neveu :
"Je ne peux pas vivre sans lui. Minuit. Douze heures déjà qu'il est mort. Je suis en retard".
Elle se tire une balle dans la tête.
Le 15
Au 15, dans l'ancienne impasse, un autre peintre eut son atelier : Charles Bombled (1862-1927).
Charles Bombled. Cheval à l'écurie.
Né à Chantilly, il aimait les chevaux. Sa gloire relative lui venait de ses représentations nombreuses de militaires, de scènes de combats napoléoniens....
Mais aussi de sa participation à des journaux comme la Caricature ou le Chat Noir.
Enfin, il participa au théâtre d'ombres avec ses tableaux en silhouettes de la conquête de l'Algérie.
C'est encore au 15 que vécut et eut son atelier un autre peintre : Léon Huber (1858_1928).
Cet homme étonnant, bon vivant, humaniste, poète et soucieux de venir en aide aux pauvres gens de son quartier à qui il offrait chaque matin un repas, avait une passion : les chats!
Grün, un de ses fidèles amis, l'a caricaturé, à moitié métamorphosé en chat, en train de peindre une toile à l'aide de sa queue-pinceau!
Léon Huber mit en scène les petits animaux "domestiques" dans toutes les situations, les plus tendres ou les plus cocasses. Son style était classique, un tantinet mièvre. Mais il plut.
Aujourd'hui encore les chats de Léon Huber sont recherchés des collectionneurs et adorateurs des petits félins.
Le 15 bis
Le 15 bis
Le 15 bis est un bel immeuble original avec bow-windows.
Pendant quatre années de sa courte vie, un des écrivains de théâtre les plus audacieux et les plus torturés y vécut.
Il s'agit de Bernard-Marie Koltès (1948-1989) dont Patrice Chéreau mit en scène quelques pièces.
Joué dans le monde entier et toujours actuel, il a été frappé en pleine créativité, emporté par le SIDA.
Parmi ses pièces les plus représentées, on compte "Combat de nègre et de chiens" ou "Dans la solitude des champs de coton".
Il est enterré à une centaine de mètres de la rue Cauchois, cimetière Montmartre...
La pierre blanche de la tombe de Bernard Marie Koltès
Quelques phrases saisies dans tel ou tel de ses textes afin de lui redonner parole :
Et je suis ici, en parcours, en attente, en suspension, en déplacement, hors-jeu, hors vie, provisoire, pratiquement absent, pour ainsi dire pas là (...)
Les souvenirs sont des armes secrètes que l'homme garde sur lui lorsqu'il est dépouillé.
Mes racines ? Quelles racines ? Je ne suis pas une salade ; j'ai des pieds et ils ne sont pas faits pour s'enfoncer dans le sol.
j'ai toujours pensé que, si on regarde longtemps et soigneusement les gens quand ils parlent, on comprend tout.
Ma mère m’a toujours dit qu’il était sot de refuser un parapluie lorsqu’on sait qu’il va pleuvoir.
Et comme il va pleuvoir et que personne ne me propose de parapluie, je me dépêche de quitter cette rue montmartroise où vécurent de si nombreux artistes qu'elle en a gardé je ne sais quoi de nostalgique et de lumineux.
Les musiciens sont chez eux à Montmartre. Saison après saison, ils chantent et ils enchantent. La ville est devant eux comme un immense théâtre.
Mars 2021
janvier 2020
janvier 2020
février 2021
février 2021
Parfois seuls, parfois en groupe.... Ils s'accompagnent avec leur instrument ou bien ils n'ont que leur voix pour trouver la voie qui va émouvoir les passants et peut-être ouvrir leur porte-monnaie.
mars 2021
mars 2021
Ils sont les héritiers d'une vieille tradition dans un quartier qui se souvient de Patachou, de Bruant, des poètes qui tentaient de survivre en chantant leurs vers dans les cabarets...
février 2021
janvier 2021
février 2021
Ils ne jouent pas pour passer le temps. Ils ne jouent pas du tout. Ils respirent, ils vivent corps à corps avec leur instrument aussi fidèle que l'est pour le mendiant le chien qui l'accompagne. Ils jouent pour payer leur loyer. Ils jouent pour pouvoir jouer...
février 2018
février 2018
mars 2020
Ils offrent au ciel de Montmartre ses éclaircies et ses arcs en ciel.
Le jazz, le rap, la ritournelle, les poèmes, le classique.... Il y en a pour tous les goûts, tous les fous. Leonard Cohen est à sa place comme Jean Sébastien Bach....
mars 2020
février 2020
février 2020
janvier 2017
janvier 2017
février 2017
mars 2017
mars 2017
Depuis un an Montmartre a moins de voix, moins de couleurs.
mai 2017
juin 2017
juin 2017
oct 2017
oct 2017
oct 2017
oct 2017
oct 2017
oct 2017
oct 2020
juin 2020
juin 2020
Il n'y a plus de visages découverts sur la Butte, plus de chant pour faire tourner les moulins...
Le virus n'aime pas les chanteurs! Il n'aime pas la vie, ce qui est la même chose. D'ailleurs c'est aux poumons qu'il s'attaque afin de priver de souffle les chanteurs.
oct 2017
nov 2017
nov 2017
dec 2017
nov 2020
Et pourtant, Jean Baptiste Clément nous l'a dit il y a bientôt 150 ans, il reviendra le temps des cerises, le temps des chansons, des merles moqueurs et des piafs...
nov 2020
nov 2019
nov 2019
oct 2019
oct 2019
oct 2019
Il reviendra avec les amoureux de Paris accourus de tous les coins du monde.
Il reviendra.
Vous verrez que Montmartre retrouvera son sourire quand la musique irriguera de nouveau ses ruelles
Comme la sève dans les arbres du square Louise Michel
Comme le sang dans les veines du Chevalier de La Barre, le jeune insolent qui a gardé son chapeau sur la tête comme d'autres auront gardé entre leurs mains leur guitare!
La rue de Bruxelles va de la place Blanche à la rue de Clichy en passant par la place Adolphe Max qui la coupe en deux tronçons.
Square Berlioz (anciennement square de Vintimille).
Une ordonnance de 1841 permet son ouverture. Pour sa partie la plus proche du boulevard de Clichy, il faut attendre 1844 et le lotissement des jardins de Tivoli accompagné de la destruction du Pavillon La Bouëxière, harmonieuse folie du XVIIIème siècle.
Folie La Bouëxière
Le 6.
Il reste à cette adresse quelques rares vestiges de ce qui fut un hôtel particulier donnant également sur le boulevard de Clichy à l'emplacement actuel de la chapelle Sainte Rita patronne des causes désespérées, très fréquentée par les péripatéticiennes et les péripatéticiens qui travaillent sur le boulevard.
Cour intérieure du 6
L'hôtel devint en 1883 la propriété du peintre Jean-Léon Gérôme (1834-1904) qui fut célébré comme le grand peintre quasi officiel du 2nd Empire et qui passa sans dévier de sa route à côté des grands mouvements picturaux de la 2ème moitié du XIXème siècle.
Diogène
Il obtint des médailles aux salons et sut s'adapter au goût de ses contemporains, commençant par des sujets antiques, toujours marqués par la précision et le goût des couleurs, avant de faire une incursion dans la religion puis dans les sujets orientalistes très en vogue avec les conquêtes coloniales.
St-Vincent de Paul
Comme souvent, les "grands" peintres académiques, après avoir connu la déréliction, sont redécouverts aujourd'hui grâce à des expositions. Notre sensibilité moderne leur reconnaît une dimension poétique en même temps qu'une remarquable maîtrise du dessin et de la couleur.
Femme du Caire
Gérôme fut également sculpteur, avec un goût de la polychromie qui paraît audacieux aujourd'hui où l'on oublie que l'art antique fut polychrome, comme l'art roman ou gothique!
Il est mort dans son hôtel particulier où il avait également son atelier, en 1904.
Le jugement baudelairien sur l'artiste paraît sévère : "La facture de M. Gérôme, il faut bien le dire, n'a jamais été forte ni originale. Indécise, au contraire, et faiblement caractérisée, elle a toujours oscillé entre Ingres et Delaroche."
Duel après un bal masqué
Le 8 n'aurait pas grand chose à nous raconter s'il ne présentait pas, sculptées dans un cartouche au-dessus le la fenêtre du rez-de-chaussée quatre lettres intrigantes : M.A.C.L
Il s'agit là d'une des curiosités parisiennes qui date du XVIIIème siècle. En effet les assurances de ce temps n'assuraient pas les immeubles malgré les nombreux incendies qui se déclaraient dans tous les quartiers de Paris. Au milieu du siècle, une compagnie d'assurances a l'idée d'assurer les maisons contre l'incendie. Très vite une plaque ou des lettre sculptées dans la pierre signalent au locataire ou à l'acheteur le standing de l'immeuble qui ne risque plus de ruiner ses habitants : Maison Assurée Contre L'incendie
Ces signes extérieurs d'assurance cessent en 1880 quand il devient obligatoire de passer sous les fourches caudines des assureurs!
Les Parisiens des années révolutionnaires s'amusent avec ce sigle qui devient :
Marie Antoinette Cocufie Louis
Mes Amis Chassons Louis.
Au 10 un élégant immeuble 1840 est devenu en 2015 un hôtel 5 étoiles, la maison Souquet. La décoration évoque en même temps les maisons closes de Pigalle et les intérieurs luxueux et un peu exubérant des écrivains de la première moitié du XIXème siècle.
Le 14. Bel immeuble fin de siècle qui abrite un nid de masseurs et masseuses, enfin disons plutôt de masseuses et de masseurs, enfin soyons téméraires et disons masseur.euse.s (pas sûr d'avoir bon!)
Le 18 (nous ne suivons pas l'ordre numérique car le 15 qui nous intéresse est situé de l'autre côté de la place Adolphe Max) est dû à un architecte très en vogue à la fin du XIXème siècle, Emile Hennequet.
Il a beaucoup travaillé dans le IXème avec des immeubles avenue Trudaine, rue Condorcet, rue Chaptal... On peut l'appeler post-haussmannien par son goût de l'ornementation et l'aspect cossu et harmonieux de ses façades.
Nous arrivons sur la place Adolphe Max qui interrompt notre rue. Elle a été ouverte en 1841, comme la rue de Bruxelles sur les terrains des jardins de Tivoli. Le château de la Boüexière et sa pièce d'eau étaient exactement à l'emplacement de cette place et du square qui est en son centre.
La place s'est d'abord appelée place de Vintimille (la rue existe toujours) du nom de la comtesse de Vintimille (1787-1862) épouse du comte de Ségur, avant de prendre le nom de l'homme politique belge Adolphe Max (1869-1939) au prénom malencontreux à l'époque où il vivait. Avant la carrière brillante comme on sait d'Adolf Hitler, il fut un vrai résistant pendant la première guerre et fut "l'hôte" de plusieurs prisons allemandes. Il est connu comme bourgmestre efficace de Bruxelles et comme lutteur infatigable pour le suffrage universel et le vote des femmes.
Au milieu de la place, un jardin public a été créé orné en 1886 d'une statue en bronze d'Hector Berlioz (due à Alfred Lenoir) qui sera fondue sous Pétain comme tant d'autres. Aujourd'hui une statue de pierre érigée après guerre en 1948 la remplace (due à Georges Saupiquet).
Une autre statue fit parler d'elle lorsque la place fut aménagée en 1844.
Il s'agissait d'un Napoléon-Prométhée plus grand que nature (2,20 mètres) entièrement nu à l'exception de l'inévitable feuille de vigne. Elle choqua les hypocrites de tout bord et après avoir été vandalisée, fut détruite sur demande de son auteur.
Notons qu'avant de s'appeler square de Vintimille, l'endroit fut nommé square de Sainte Hélène. Un admirateur de l'empereur avait en effet rapporté d'un pèlerinage sur la tombe de Sainte Hélène, une pousse de saule qu'il fit planter dans le jardin.
Quelques numéros de la place méritent notre attention.
Le 1
Le 2
Les 1 et 2 immeubles élégants du milieu du XIXème siècle avec balcons à modillons, sobres comparés au style haussmannien qui prévaudra bientôt.
Le 3 fait l'angle avec la rue De Calais. Il fut le siège du Comité Central des oeuvres sociales EDF-GDF (lointaine époque!) et fut le théâtre d'une occupation mouvementée quand en 1951 l'organisation fut dissoute par le gouvernement de René Pleven. Mais la police vida les lieux sans ménagement.
Une plaque rappelle qu'à cet emplacement s'élevait un immeuble de rapports où Edouard Vuillard vint vivre avec sa mère en 1908.
Square Berlioz (Vuillard)
Il habitait un cinquième étage avec vue sur le square et la place de Vintimille qu'il peignit sous tous les temps dans sa série des jardins publics.
Le 5
Le 19 rue de Vintimille qui fait l'angle avec le 5 de la place Adolphe Max.
Bel immeuble au 5, la majeure partie donnant sur la rue de Vintimille.
Les 6 et 7
Le 8
Le 9
Le 10
Le 10 s'abrite derrière une grille. ancien hôtel particulier, il a gardé le goût du secret....
Le 11
Au 11 se trouve la dernière adresse parisienne d'Eugène Boudin (1824-1898) qui porte un nom aussi peu poétique que possible. Le nom de sa mère, Buffet, ne peut rien arranger. Et pourtant! Quel poète de la lumière, de la légèreté, des nuages chers à Baudelaire!
Eugène Boudin dont la tombe se trouve dans le vieux cimetière Saint-Vincent au coeur de Montmartre est à juste titre considéré comme le grand précurseur de l'Impressionnisme. Bien qu'il eût toujours été humble et beaucoup plus prompt à admirer les autres peintres qu'à se vanter de son travail, il a été reconnu par ses pairs. Courbet qui l'admirait est devenu un ami.
Baudelaire devant des études au pastel se montre prophète : "Plus tard, sans aucun doute, il nous étalera dans des peintures achevées les prodigieuses magies de l'air et de l'eau."
En 1898, Eugène boudin se sentant proche de la fin quitte son appartement pour Deauville où il veut mourir face à la mer et au ciel, rejoignant dans l'immensité le petit mousse qu'il avait été enfant.
Deuxième partie de la rue de Bruxelles vers la rue de Clichy.
Après avoir tourné autour de la place nous retrouvons notre rue de Bruxelles.
Le 13
Au 15 a vécu et est mort un auteur dramatique Amédée Achard (1814-1875) à ne pas confondre avec son homonyme beaucoup plus célèbre, Marcel Achard (mort presque un siècle après lui).
Il est bien ignoré de nos jours et pourtant, ce journaliste et reporter infatigable a écrit plus de quarante romans (beaucoup dans le genre cape et épée) et une quinzaine de pièces. J'avoue ne rien connaître de lui qui fut paraît-il admiré par Alexandre Dumas.
Le 17
21
Le 21 est un monument national! C'est là que vécut Emile Zola, c'est là qu'il écrivit "J'accuse"!
C'est aussi à cet endroit qu'il fut assassiné . On dut attendre des années avant que le ramoneur Henri Buronfosse, ardent nationaliste et anti dreyfusard, n'avouât son crime.
On ne peut retenir son émotion devant cet hôtel où un immense écrivain, un humaniste intègre vécut, écrivit et mourut. Il fut enterré non loin de son domicile, au cimetière de Montmartre, avant d'être transporté au Panthéon.
Le 23 est un des plus beaux immeuble de la rue. Représentatif, bien que construit en 1860 d'un style troubadour néo-Renaissance.
Le 26
Au 26 vécut et mourut Tony Johannot qui fut un des plus célèbres et des plus recherchés graveur et illustrateur de son temps.
Le génie du christianisme
Les plus grands écrivains désiraient pour leurs œuvres les illustrations de cet artiste dont Théophile Gautier disait : "Ce que tant de génies ont rêvé, il a pu le rendre et le transporter dans son art ."
Werther
C'est avec lui qui nous quittons cette rue qui comme chaque rue de ce quartier révèle une histoire que le passant négligent ignorerait tout à fait si n'étaient apposées des plaques qui sont comme des signes de la main que nous font ceux qui nous précédèrent.
Signes que n'apprécie pas tout le monde à en croire cette affichette déchirée qui rappelle que vécut au 27 Jacqueline Pino arrêtée à l'âge de 8 ans sous le régime de Vichy et assassinée dans les camps. Il manqua en ces années de meurtres un Emile Zola pour accuser les assassins et leurs complices. Il n'y avait, un peu plus haut, rue Girardon qu'un Céline!
La rue Lamartine va sur 341 mètres de la rue Marguerite de Rochechouart à la rue des Martyrs. Elle a eu plusieurs noms avant de rendre hommage au poète du Lac.
Elle s'est appelée rue Coquenard (on trouve sur certains documents Goguenard). Une chapelle qui dépendait de Saint-Pierre de Montmartre y avait été édifiée, dédiée à Notre Dame de Lorette, ce qui permettra à la rue de prendre ce nom de Notre Dame de Lorette (rien à voir avec la rue actuelle). La chapelle sera détruite pendant la Révolution après avoir été vendue comme bien national et dans le même mouvement éradicateur, la rue redeviendra Coquenard!
Ce n'est qu'en 1848 que Lamartine prend la relève, lui qui, outre sa renommée romantique et le grand succès de son Lac, est apprécié pour sa participation à la Révolution de 1848.
Lamartine (Baron Gérard)
La rue lui va bien, dans ce quartier proche de la Nouvelle Athènes où vivent quelques unes des gloires romantiques.
Début de la rue Lamartine à partir de la rue Marguerite de Rochechouart.
Prenons notre rue par son commencement, rue Marguerite de Rochechouart... Et commençons en musique et en fêtes! En effet, du 1 au 3 actuels se trouvait une guinguette qui attirait les Parisiens, étant hors des murs de la ville (ce qui arrivera un peu plus tard à Montmartre quand les limites de la ville seront repoussées jusqu'aux barrières).
Guinguette au XVIIIème siècle. Chez Ramponneau.
L'endroit s'appelait le Grand Salon et il était si accueillant qu'il pouvait recevoir plus de huit cents personnes les soirs de fête ou de carnaval. Il était un lieu de rencontre idéal entre une clientèle populaire et des dames et messieurs de la "bonne société" venus s'encanailler. Voilà encore des prémisses de nos cabarets montmartrois!
Le Grand Salon laissera place en 1815 à une caserne où la discipline ne sera pas la même!
Au 4 où aujourd'hui on trouve un hôtel, je sais grâce à Pierre, fidèle ami et Montmartrois de naissance qui habita cette rue, qu'il y eut une laiterie aujourd'hui disparue...
Le 5 fut le siège en 1947 d'une revue communiste "Regards" qui créée en 1932 privilégiait, en avance sur son époque, le photo reportage.
Willy Ronis (de la colonne de la Bastille)
Quelques grands photographes comme Cartier-Bresson, Capa ou Willy Ronis y participèrent. La revue déménagea pour le faubourg Poissonnière jugé plus populaire.
Willi Müzenberg
Il y eut également à cette adresse les bureaux de l'agence de presse "Nouvelle Allemagne" créée par Willi Münzenberg, opposant sans concessions à Hitler puis à Staline, réfugié en 1933 à Paris où il s'occupa de l'édition Carrefour en langue allemande. Il fréquenta les intellectuels français (Gide, Malraux, Aragon, Romain Rolland) avant d'être interné par Daladier dans un camp pour étrangers en 1940. On retrouva son corps pendu à un arbre. Sans doute aidé dans sa fuite du camp par un espion stalinien a t-il été exécuté par ce dernier.
Le 6
Il suffit de passer sur le trottoir du 6 pour partir en voyage, loin de Paris, dans des pays d'Orient fleuris et parfumés. Depuis bientôt un siècle cette boutique attire les gourmets, les amateurs d'épices et de sensations! Le slogan l'affirme : "Les clients d'Hératchian vivent plus longtemps". C'est certainement vrai à voir s'attarder ente les grands sacs de graines et d'épices de vieux amateurs aussi alertes et souriants que les enfants de l'école d'en face!
Les 10 et 10 bis nous accueillent avec des créatures sensuelles et "perruquées"! Ce genre de fantaisies architecturales sont un des charmes de Paris...
Au 11 se développe une aile de l'école maternelle et de l'école élémentaire de la rue Buffault qui remplacèrent une école de filles. Belle architecture du début du XXème siècle avec frises de céramiques.
La rue Buffault que nous passons sans nous y arrêter aujourd'hui possède une belle synagogue qui vint remplacer celle, trop exigüe qui exista à l'emplacement du 23 rue Lamartine et qui fut détruite en 1859
Le 13
Devant le 13, le 18 décembre 1941, un groupe de résistants des bataillons de la jeunesse avec Marcel Bertone, Louis Coquillet et Maurice Touati incendièrent un camion de la Wehrmacht comme ils l'avaient fait la veille rue Mayran.
Louis Coquillet
Bertone fut arrêté et fusillé au Mont Valérien en avril 1942 avec Coquillet et Touati arrêtés peu après l'attentat.
Au 18 est né un philosophe qui pour certains d'entre nous a été cause de longues (et fécondes) heures de dissertations : Henri Bergson (1859-1941).
Il eut le prix Nobel en 1927 et certains de ses ouvrages sont une source intarissable de réflexions et de plaisir.
Quelques citations pour ouvrit l'appétit!
"Choisir donc exclure.
Certains ont défini l'homme comme "un animal qui rit". Ils pourraient aussi le définir justement comme un animal dont on rit.
La route que nous parcourons dans le temps est jonchée des débris de ce que nous commencions d'être, de tout ce que nous aurions pu devenir.
L'humanité entière, dans l'espace et le temps, est une immense armée qui galope à côté de chacun de nous, en avance ou en arrière de nous.
Laissez faire Vénus, elle vous amènera Mars.
Imaginer n'est pas se souvenir.
Le timide peut donner l'impression d'une personne que son corps gêne et qui cherche autour d'elle un endroit où le déposer.
Nous méconnaissons ce qu'il y a encore d'enfantin, pour ainsi dire, dans la plupart de nos émotions joyeuses."
Le 23. Emplacement de l'ancienne synagogue.
Le 28
Détail du 28
Au 28 se trouvait "la cour aux ânes" où les paresseux pouvaient louer ces animaux pour monter jusqu'au sommet de la Butte.
Avec le percement de nouvelles rues et l'amélioration de la voirie ce commerce disparaîtra au milieu du XIXème siècle pour migrer vers les Champs Elysées et le jardin d'acclimatation.
Carrefour avec la rue de Maubeuge.
Les numéros pairs de la rue passent du 28 au 42! Entre les deux la rue de Maubeuge a été percée en détruisant en 1868 tout immeuble qui se trouvait sur son chemin.
Ainsi a disparu le 32 où vécut et mourut, un an avant la destruction de son hôtel, l'un des grands architectes du XIXème siècle Hittorff (1792-1867)que ses coreligionnaires jaloux de son succès appelaient avec mépris 'le Prussien" parce qu'il était né en Allemagne. Il est un de ceux qui ont marqué durablement Paris de son génie.
Il suffit d'égrener la liste de ses réalisations d'abord sous Charles X puis sous Napoléon III pour être impressionné:
L'église Saint-Vincent de Paul, la place de la Concorde (les colonnes rostrales, les fontaines), les mairies du Vème et du 1er, la place du Panthéon, le théâtre du Rond-Point, le cirque d'hiver, la rue de Rivoli, les immeubles de la place de l'Etoile, la gare du Nord!.... sans parler de restaurations et d'aménagements dans cette ville qui lui doit tant et qui a réduit en poussières sa maison!
Le 33 m'est cher car il fut un des domiciles parisiens de Baudelaire, un poète lié à Paris comme nul autre. On lui connaît pas loin de 50 adresses dans la capitale jusqu'à la dernière, en 1867, au cimetière du Montparnasse.
Le 33
Dans notre quartier, nous l'avons rencontré rue Pigalle où il vécut à deux reprises, en 1848 et surtout en 1852-54. En 1848 il vit encore avec Jeanne Duval au 46 mais après des ruptures, des retrouvailles, des tumultes il se sépare d'elle, sans se séparer vraiment, et il vit dans un modeste appartement du 60 rue Pigalle en 1852-1854.
C'est en juin 1846 qu'il vient habiter quelques semaines au 33 de la rue qui s'appelait encore Coquenard. Et c'est tant mieux car il n'aurait pas apprécié de vivre dans une rue qui portait le nom d'un poète qu'il appréciait peu : "Tous les élégiaques sont des canailles!"
Le 39 en ravalement
Il y eut au 39 un hôtel dont cette carte postale a gardé le souvenir...
54-56
Aux 54-56 s'élevait l'église des Porcherons nommée ainsi par les habitants d'un quartier qu'on appelait aussi village des porcherons à cause du château et des terrains qui avaient appartenu à la famille Porcheron (parfois orthographiée Pocheron).
Cette église était en fait dédiée à Notre-Dame de Lorette. Rappelons que la rue Coquenard sur laquelle elle s'ouvrait s'appela un temps rue Notre-Dame de Lorette (aucun rapport avec la rue actuelle). La rue redevint "Coquenard" avec la révolution qui entraîna la vente de l'église comme bien national, suivie de sa destruction. Il faudra attendre 1836 pour que s'élève la nouvelle église Notre-Dame de Lorette.
Parfois l'ancienne chapelle Notre-Dame de Lorette est confondue avec l'église Saint-Jean Porte Latine située non loin de là, entre les rues de Chateaudun et du Faubourg Montmartre.
Cette confusion vient de ce que peu après la destruction de Notre-Dame de Lorette en 1796, elle prit son nom qu'elle garda jusqu'à sa propre destruction en 1846 après l'inauguration de l'église actuelle. De quoi embrouiller tout le monde et notamment les guides et brochures touristiques. En effet trois édifices consacrés portèrent ou portent sur quelques centaines de mètres carrés le même nom : l'église actuelle, St Jean Porte Latine et la chapelle des Porcherons!
Voilà! Nous avons terminé notre balade rue Lamartine sur l'évocation de cette chapelle où venaient prier les gens du quartier. Nous faisons à notre tour une prière païenne à Chronos, sans espoir qu'il nous entende tant elle est rabâchée !
Ô temps suspends ton vol! et vous heures propices,