La tradition de confier aux petits des écoles la décoration des escaliers de la Butte a été pendant deux ans interrompue par un virus qui n'aime pas les artistes...
C'est d'habitude pour accueillir en couleurs le printemps que les contremarches se mettent à chanter mais cette année elles le font pour les Vendanges retrouvées.
C'est "pour fêter le futur" que les élèves et leurs profs d'art plastique ont réalisé ces peintures éphémères.
Il leur a été donné le nom de "montées futuristes". Oublions que ce sont aussi des "descentes" !
Plusieurs écoles ont participé à la métamorphose des escaliers.
La rue Foyatier reprend quatre fois le même motif du Sacré-Coeur pastellisé sur lequel vont et viennent les coureurs et les promeneurs.
Rue Barsacq un arbre a été planté par l'école Cavé...
Rue Gabrielle (école Houdon) c'est un robot en mosaïque qui semble assis face au funiculaire.
Le CM1 de la rue Lepic a signé son oeuvre!
Joyeuse symphonie de couleurs et de formes, fruits, animaux, visages dans une tapisserie imaginative et foutraque...
Enfin, le dernier escalier est celui de la rue Becquerel (école Hermel)
Le plus beau peut-être et c'est normal dans une rue où vécut Nadja et qu'empruntèrent souvent Gala, Eluard, Dali...
Un petit clin d'oeil à Eluard (même si la Terre ici n'est pas bleue comme une orange) et à Dali et son obsession du temps et des montres...
Maintenant, libre à vous d'emprunter ces "montées futuristes" que les pluies d'automne effaceront bientôt.
En attendant qu'au printemps les escaliers de la Buttes redeviennent la palette géante des enfants!
Septembre! C'est encore l'été et c'est presque l'automne.
"Les ardeurs de l'été s'éloignent et voici que s'avance vers nous la saison surannée..."
3 septembre. L'infini pour moi tout seul!
4 septembre. Voyage à deux!
4 septembre. La sirène.
Les vacanciers sont partis pour la plupart et ne restent que les anciens et les très jeunes. La plage change d'aspect et accueille des solitaires ou des couples. Les photos témoignent de ce grand remplacement!
5 septembre. Le sable, la forêt, le ciel et les nuages.
6 septembre. Tous les deux sur une île déserte.
7 septembre. Un p'tit coin d'parapluie.
7 septembre. Couleurs.
L'animation revient pendant le week-end et le mercredi. Les activités sportives, notamment le surf, repeuplent les immenses plages.
8 septembre. Coucher du soleil, 20h30.
9 septembre. Tiendrons-nous debout devant la grande marée?
10 septembre. Drôle de bestiole sur la plage de Saint-Trojan.
11 septembre. Seuls face à l'immensité.
12 septembre. Un dimanche d'été! Les chiens ne sont plus interdits sur la plage.
Mais rien n'y fait, nous avons changé de monde. Coquillages et crustacés ne pleurent pas la fin de l'été. Ils reprennent possession de leur royaume avec les goélands et les vents de noroît.
13 septembre. Rayon d'argent sur le surf!
14 septembre. Grand chien et petite maîtresse!
15 septembre. Il est là le bonheur, il est là!
16 septembre. Le bonheur de vivre dans la nature avec les animaux!
Les chiens, les chevaux sont de nouveau autorisés à tutoyer les vagues....
17 septembre. Les "baignassoutes" partis, c'est le tour des chevaux! (les "baignassoutes" sont en langage oléronnais le terme qui désigne les baigneurs.)
18 septembre. Matin gris et voiles rouges.
19 septembre. Icare prêt à l'envol.
20 septembre. Les goélands prennent le vent.
21 septembre. On se protège du soleil!
22 septembre. Un film de Bergman?
23 septembre. Surf-vitrail.
24 septembre. Le goéland et son reflet.
25 septembre. Les pêcheurs de tellines (les "louisettes" à Oléron).
26 septembre. 18H sur la plage de grand Village. Seul dans la beauté du monde.
27 septembre. Le marais aux oiseaux de Dolus. Les oies au pas de l'oie et les bernaches du Canada. Une halte avant la migration et le viseur des chasseurs.
Les bernaches sont appelées "outardes" au Canada.
"Plus légère que la plume d'outarde si tu la lies à une autre vie, ta vie".(Félix leclerc).
28 septembre. Tentative d'envol!
29 septembre. Surfeurs du mercredi sur la Grande Plage de St-Trojan.
30 septembre. Dernier jour. Un couple dans le soir. Dernière photo. Dans un mois dans un an quand nos reverrons-nous?
Je suis étonné qu'Oléron, l'île lumineuse, ait inspiré si peu de peintres... bien sûr il y a le plus célèbre, Omer Charlet qui créa quelques chefs d'oeuvre d'inspiration religieuse (exception faite de l'émouvante "orphelines de la mer") mais à part lui, il est difficile de nommer d'autres artistes de valeur.
Les orphelines de la mer (musée Hèbre, Rochefort)
Et pourtant le musée de Saint-Pierre consacra en 2008 une exposition à deux d'entre eux. Deux et pourtant un puisqu'ils sont père et fils et portent le même nom : Lessieux.
Le premier Ernest-Louis, né en 1848 et le second Louis-Ernest en 1874. Ils ne sont pas toujours facile à différencier et leurs prénoms facilitent la confusion!
Luois Lessieux dans son atelier parisien
Aujourd'hui intéressons-nous au plus jeune que l'on a l'habitude d'appeler Louis, gardant Ernest pour le père.
Le Comombier (Louis Lessieux)
Notons, n'en déplaise à la fierté oléronnaise qu'Ernest se fixa à Menton où il mourut et où la ville reconnaissante érigea un buste en son honneur. Il est vrai cependant qu'il fit l'acquisition d'une maison au village du Colombier à la Cotinière où il aima séjourner. Louis y passa plus de temps que son père, heureux de trouver un refuge où se reposer de la vie parisienne.
Les ajasses.
La maison s'appelait "les ajasses", ce qui en patois local désigne les pies.
Pie jeune (Louis Lessieux)
Petite émotion au passage car la maison de mes grands parents, dans le Pas-de-Calais s'appelait "les agasses", presque le même mot d'un patois à l'autre.
La maison des Ajasses (Louis Lessieux)
Louis fut en partie parisien. Il avait son atelier Villa Brune. Il me ramène un instant à Montmartre car il fut en 1890 à l'Ecole des Arts Décoratifs de Paris élève de Luc Olivier Merson, l'auteur de l'immense et spectaculaire mosaïque du Sacré-Coeur.
La Cotinière (Louis Lessieux)
Femmes au puits (Louis Lessieux)
Il fut influencé par son père et peignit, surtout à ses débuts, de nombreuses aquarelles. Plusieurs sont exposées dans le petit musée de Saint-Pierre. Celles d'Ernest comme de Louis ne sont pas très originales et peinent à traduire la lumière si paticulière de l'île.
Effets du soir à Oléron (Louis Lessieux)
Cependant Louis sut parfois se détacher de l'influence paternelle et se montrer plus audacieux, ne cherchant plus à reproduire la réalité mais n'hésitant pas à utiliser des couleurs plus franches qui le rapprochent parfois des nabis. Il fut d'ailleurs plus que son père oléronnais et séjournait plus souvent que lui dans l'île.
La Cotinière (Louis Lessieux)
Certaines de ses plus belles oeuvres ont La Cotinière pour sujet. Cette huile est selon moi une de ses plus belles toiles, plus expressive et plus vivante que ses aquarelles. On y voit une parenté avec Pont-Aven et surtout les Nabis.
Barque à La Cotinière (Louis Lessieux)
La jetée de la Cotinière (Louis Lessieux)
Quai de la Loge (Louis Lessieux)
Une de ses réalisations les plus spectaculaires fut la décoration des salles de l'hôtel de l'Horizon.
Il aimait la Cotinière où il posait souvent son chevalet et il n'est pas étonnant qu'un tel décor lui eût été confié pour cet établissement qui donnait sur le port.
Louis Lessieux réalisa les fresques et les toiles entre 1925 et 1932. Il y représentait quelques sites de l'île et quelques uns de ses habitants.
Ce n'est qu'en 1977 que le nouveau propriétaire "débarrrassa" les murs de toiles qu'il jugeait démodées. Elles furent démontées et vendues à la salle des ventes!
Le propriétaire précédent avait gardé pour lui quelques oeuvres qui ornaient la petite salle et qui de ce fait ont été sauvegardées.
L'hôtel de l'Horizon a changé de nom plusieurs fois mais il existe toujours sur le port. Il s'appelle depuis 1987 "L'Ecailler" et sa décoration manque totalement d'intérêt!
On connaît d'autres aspects de l'oeuvre de Louis Lessieux qui réalisa quelques affiches comme celle du cognac Otard
C'est une des plus réussies, associant femme et alcool dans la même sensualité délicate.
Il reçut commande d'affiches touristiques assez traditionnelles.... Plusieurs de ses aquarelles servirent à illustrer des calendriers!
Enfin il accompagna parfois son père dans ses voyages en Europe et en Afrique du nord.
Il s'inscrit dans la tradition des peintres orientalistes et n'est sans doute pas le plus inspiré.
Mais nous voilà loin de l'île qu'il aima et qui fut son véritable port d'attache. Il lui a déclaré son amour sans se lasser, toujnours ému par sa beauté et sa lumière changeante. C'est à Paris qu'il mourut en 1938, Villa Brune, loin de son île lumineuse.
A l'entrée de la Grande Plage de Saint-Trojan, du côté de la Giraudière et de Grand-Village, les touristes s'interrogent sur une épave imposante qui n'a émergé des sables qu'en 1987, avec la modification de la côte et le recul de la plage.
l'imposant squelette d'acier se couvre d'une colonie de moules que l'on vient cueillir à marée basse.
Dans la nuit du 18 au 19 novembre 1916, la tempête fait rage sur les côtes. Un vapeur américain de 14 000 tonneaux, originaire de Montevideo et arrivant de New-York, le Presidente Viera, est victime d'une avarie et s'échoue sur la plage où il se casse en deux.
L'équipage de 25 hommes est sauvé. Pour le renflouement du navire, on fait appel aux prisonniers allemands internés dans la citadelle du Château d'Oléron.
Et depuis cette nuit de novembre, le navire échoué attend que peu à peu les vagues couvrent de rouille son souvenir...
Quelques photos de l'épave le 11 novembre 2010. La marée d'équinoxe permet de la voir en entier...
Naufrage du Presidente Viera. Aquarelle d'Ernest Lessieux (1917) coll. part.
Les grandes plages de l'île sont un paradis pour les chiens et leurs "maîtres". Un paradis qui leur est interdit pendant la saison estivale.
Saint-Trojan.
Les Allassins.
Vertbois.
Saint-TRojan
Les soirs d'été, quand rassasiés de soleil et de vagues, les baigneurs rentrent dans leurs villas ou leurs campings, on ne compte plus les mégots, les canettes, les "poches" (comme on dit ici) en plastique. Sans parler des couches abandonnées sur le sable...
St-Trojan.
La Perroche.
Plage de Maumusson.
. Phare de Chassiron.
Pointe de Maumusson
. Grand-Village.
Grand-Village
Mais même pendant la saison, les plages sont si vastes que l'on pourrait délimiter des espaces réservés aux personnes accompagnées de leur chien, comme on réserve des espaces aux naturistes. Il suffirait de marcher quelques centaines de mètres...
Plage de la Giraudière. Grand-Village.
Les Allassins.
Je ne sais pas si cette initiative simple éviterait tous les abandons d'avant les vacances mais même si elle n'en empêchait que quelques uns, ce serait autant d'angoisses, de souffrances, de panique et de mort en moins pour quelques chiens...
Les quelques photos prises pendant la période estivale l'ont été en dehors des heures interdites( qui sont celles de la présence des sauveteurs) le matin avant 10 heures ou le soir après 19h...
Se promener avec son vieux chien aveugle
Elles rendent hommage à ces animaux qui ne sont qu'affection et dévouement et qui, abandonnés, continuent de n'aimer que leur maître.
Il y a des croyants qui affirment que l'amour de Dieu est immense et inépuisable.
C'est un beau portrait exposé dans la galerie des peintures du musée Hèbre de Rochefort. Je cherchais en vain un autre portrait, celui d'un enfant aux cerises auquel j'avais consacré un petit article quand ce jeune garçon, son chien dans les bras attira mon attention.
Un garçon sérieux, doux et triste, jette un regard de côté, comme son chien abandonné au bien-être d'être installé sur les genoux de son petit maître, le museau entre les pattes.
J'ai eu envie de connaître cet enfant mélancolique au sourire à peine esquissé. J'ai commencé par découvrir qu'il était le fils de l'auteur du tableau, Pascal Dagnan-Bouveret (1852-1929).
Un peintre dont j'ignorais l'existence bien qu'ayant eu l'occasion de voir sans les lui attribuer certaines de ses réalisations à la Sorbonne, à l'Odéon ou à l'hôtel de ville où y peignit quelques fresques.
Voici en quelques mots les étapes marquantes de sa vie de peintre.
En 1869, il étudie aux Beaux-Arts dans l'atelier de Cabanel. La guerre et la Commune pendant lesquelles j'ignore tout de son engagement éventuel, interrompent ses études qu'il reprend, la paix revenue. Il ne fréquente plus alors l'atelier de Cabanel mais celui de Gérôme. Dans les deux cas, il a été à bonne école!
La première oeuvre qui le fait remarquer au Salon des Artistes (1875) est "l'Atalante", Sujet féministe s'il en est! Une jeune femme met au défi ses adversaires masculins dans une course à pieds qu'elle remporte aisément.
Il est ensuite attiré par les scènes de la vie quotidienne et se range du côté des Naturalistes, admirateurs de Zola. Une de ses toiles "le pardon en Bretagne" est remarquée à l'expo de 1889 où elle obtient la médaille d'honneur.
C'est peu après qu'il évolue vers une peinture proche des Symbolistes et s'intéresse aux sujets religieux.
A la fin de sa carrière, peintre à la mode et couvert d'honneur, il se consacre essentiellement aux portraits.
Tombé dans l'oubli, il est remis dans la lumière en 2002 grâce à une rétrospective organisée à New-York, les musées américains possédant de nombreuses toiles, comme des particuliers qui lui avaient commandé leur portrait.
Mais revenons à notre garçon au chien! Il a été peint en 1890 et représente donc Jean, le fils du peintre.
Jean Dagnan-Bouveret a alors 7 ans (il est né en 1883). La ligne oblique du décor place son visage entre noir et blanc. L'enfant est tourné vers le noir mais regarde vers la lumière.
La lumière ce sont les dons qu'il possède et qui feront de lui un philosophe et un grand médecin, interne des hôpitaux de Paris.
"L'Histoire de la folie" reprend un de ses articles de 1912 sur la dépersonnalisation et l'aboulie.
La partie sombre, c'est la guerre de 14 pendant laquelle il est mèdecin aide-major. Il ne meurt pas au combat mais il est considéré comme victime de cette guerre, frappé en 1917 par la grippe espagnole.
Son père vivra douze ans encore, portant le deuil de ce fils aimé et admiré. Peut-être avait-il gardé le portrait de l'enfant, entre ombre et lumière, tenant contre lui l'animal fidèle, symbole d'un lien indéfectible et d'un amour total.
J'ai repensé à mon enfant aux cerises qui a disparu du musée de Rochefort et je me suis demandé pourquoi, si souvent, les portraits d'enfant étaient doux et mélancoliques, comme résignés. L'enfance aurait-elle un vague pressentiment des blessures à venir?
5 août. Jour de crachin. Il est où le soleil, il est où?
6 août. Quatre copains au repos devant la corderie royale de Rochefort.
7 août. Dans le port de la Cotinière.
8 août. Costumes typiques de cette région.
9 août. On joue comme on pneu!
10 août. Le bain du chien. Comme une frise antique!
11 août. Glissade.
12 août. Couple de surfeurs et leur reflet.
13 août. La maison dans l'eau. Petit-Village.
14 août. "Enfin je ne peux pas te prendre sur ma planche!"
15 août. Pas de quoi déranger les mouettes! (Plage de la Cotinière).
16 août. Chorégraphie.
17 août. Leçon par temps gris.
18 août. Nouvelle religion! Surf akbar!
19 août. Cygnes sauvages sur le marais de Brouage.
20 août. A la queue leu leu...
21 août. Promenade du vieux chien aveugle.
22 août. vague à lame.
Le 23 août à la Rochelle. Le jongleur et ses chiens.
24 août. Matin clair sur le chenal d'Ors.
25 août: le bateau perdu dans le marais d'Ors.
26 août. La passe au goéland.
27 août. La dame au p'tit chien.
28 août. P'tit bonhomme.
29 août. Le seau rouge.
30 août. Les ailes bleues.
31 août. Terminer le mois en beauté.
Et voilà! l'été s'achève, les touristes sont partis, le rivage appartient aux goélands et comme chanterait Bardot, "coquillages et crustacés" sont tranquilles sur "la plage abandonnée". Il a fait froid, il a fait chaud, il a plu, il a fait soleil, il y a eu du vent, beaucoup... mais lumineux ou gris les jours se sont enfuis, de plus en plus vite avec l'âge qui monte, de plus en plus mélancoliques...
Je n'aime pas l'automne mais il est là, avec ses matinées trop fraîches et ses chasseurs qui préparent leurs armes.
Il y a quelques années j'avais été impressionné par l'ensemble des treize tapisseries de la Genèse dans l'église de l'abbaye aux Dames. Je leur avais consacré un premier puis un deuxième article.
J'ai tenu à les revoir cette année où les visiteurs entrent masqués dans la nef vouée à la musique pendant le festival de juillet. C'est justement pour que le son se répartisse mieux sans résonnance que naquit le projet à la fin des années 80 de couvrir de tapisseries une partie des murs.
Figure centrale de la 3ème tapisserie
Jean-François Favre, passionné d'art roman, fut choisi pour réaliser les 13 cartons qui seront fidèlement reproduits sur canevas de lin par des brodeuses et brodeurs enthousiasmés de participer à une oeuvre communautaire. De 1982 à 1996, plus de 700 personnes s'y impliquèrent.
La 1ère tapisserie : "L'esprit de Dieu planait sur les eaux"
Le visage de Dieu est au centre. Sa concentration va faire jaillir de la nuit le feu d'artifice de la vie. Mais tout est calme encore. Le silence règne mais l'immobilité frémit déjà autour de lui comme les ondes autour d'un caillou tombé dans l'eau.
La 2ème tapisserie : "Dieu sépara la lumière et les ténèbres".
Les ténèbres commencent à vibrer et à être percées par les yeux grands ouverts du hibou, tandis qu'au-dessous la lumière s'éveille, jouant avec les formes. Un visage sort de la nuit et garde un oeil encore nocturne tandis que se soulève la paupière de l'autre, comme un nouveau soleil sur l'horizon.
La 3ème tapisserie : "Qu'il y ait un firmament au milieu des eaux et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux."
Les eaux d'en haut, celles qui sont portées par les nuages, les eaux d'en-bas, celles des lacs, des rivières et des mers. Larmes de tristesse, larmes de joie... déjà se prophétisent l'abondance et l'irrigation mais aussi l'inondation et le déluge.
La 4ème tapisserie : "Que les eaux inférieures au ciel s'amassent en un seul lieu et que le continent paraisse."
Magma, soulèvement des montagnes, jaillissement des eaux... Le visage de Dieu est au centre comme un soleil. On retrouve dans ce dessin l'inspiration des arts dits primitifs, la géométrie, les couleurs aussi bien d'Afrique que d'Amérique du sud.
La 5ème tapisserie : "La terre produisit des herbes portant semence selon leur espèce."
On voit la montée des plantes vers le ciel et le délire ordonné des feuilles et des fleurs. La gamme des couleurs surprend. Le douanier Rousseau peignait la jungle plus verte que verte. Ici le rouge et le violet dominent. Le rouge couleur de la pulsion de vie, de la sève comme du sang. Le violet couleur du mystère, dans la liturgie couleur d'avant Noël et d'avant Pâques. Avant la naissance, avant la mort, avant la résurrection. C'est le cycle de la nature, de la graine à la plante qui s'épanouit, qui meurt et qui renaît.
La 6ème tapisserie : "Qu'il soit des luminaires au firmament du ciel pour éclairer la Terre"
Un visage qui me fait penser à mon chat, ouvre les yeux pour assister à l'apparition des astres, constellations, lunes... comme un soir de 14 juillet mais avec des feux qui ne s'éteignent pas après nous avoir éblouis.
La 7ème tapisserie : "Que les eaux grouillent de bêtes vivantes."
Le visage a des yeux qui ressemblent aux poissons, il n'a pas de bouche étant dans les profondeurs, dans le monde du silence. La tapisserie représente moins un grouillement qu'une harmonie de vies, petits soleils des semences, passage dans un sens et dans l'autre des poissons muets.
La 8ème tapisserie : "Que les oiseaux volent au-dessus de la Terre contre le firmament du ciel."
Au-dessus de la terre sombre avec ses maisons aux toits pointus, les aigles-totems font la liaison entre le monde des hommes et le ciel. Les visages montent comme des montgolfières et battent des ailes.
La 9ème tapisserie : "Que la Terre produise des êtres vivants selon leur espèce."
Le visage a les yeux presque clos, comme si le créateur était trop concentré sur son oeuvre pour la regarder se réaliser. Les animaux apparaissent : éléphant, buffle, gazelle, lion, partageant paisiblement la même nature. Vision idyllique de l'oeuvre divine à laquelle Victor Hugo opposera ses vers : "Le monde est une fête où le meurtre fourmille et la Création se dévore en famille." Mais restons confiants, le prophète Isaïe nous annonce des temps où le petit de la vache dormira avec le lion!
10ème tapisserie : "Dieu fit toutes les bestioles selon leur espèce."
Les bestioles! Tous ces petits êtres qui ont un rôle essentiel dans le renouvellement des plantes... les insectes avec leur carapace, leurs antennes, leurs mille pattes, courent et vrombissent parmi les autres animaux, parmi les oiseaux, sous le regard du lièvre qui replie ses oreilles comme le lapin d'Alice au pays des merveilles.
11ème tapisserie : "Faisons l'homme à notre image comme à notre ressemblance"
Et voilà celui que l'on attendait et pour lequel tout a été créé dans l'espoir naïf qu'il prendrait soin du trésor qu'on lui confiait : L'homme. Le fond a la couleur de la terre avec laquelle il a été modelé. Double visage, il est homme et il est femme.
12ème tapisserie : "Dieu vit tout ce qu'il avait fait. Il bénit le septième jour et le sanctifia."
La Création terminée, Dieu peut la bénir et se reposer. Les yeux éclosent, démultipliés, sur la beauté du monde. On peut reconnaître quelques symboles du peuple de la Bible, la ménorah, l'étoile de David. Le rouge et le bleu se complètent et chantent l'harmonie de la vie.
13ème et dernière tapisserie : Les sept jours de la Création.
Sept jours et sept visages, attentifs, étonnés, satisfaits. Dieu est content de lui, "Il vit que cela était bon". La dernière tapisserie beaucoup plus grande est à part, dans le transept. Elle est un résumé des douze tapisseries de la nef. Chant de couleurs, de formes, elle ramasse la semaine dans un ovale, une mandorle qui annonce celle qui entourera le Christ dans la sculpture romane ou dans les icônes.
Je suis sorti de l'église de pierres blanches avec un sentiment étrange. Cette belle histoire de la Création du monde m'enchante évidemment comme un livre d'images, comme un conte pour enfants. Mais elle m'évoque une lointaine époque où l'homme ne voyait que profit infini dans la nature inépuisable.
Aujourd'hui, nous avons sous les yeux une nature blessée. les animaux disparaissent victimes du goût insatiable des hommes pour l'argent et la puissance. Les glaciers fondent, les forêts brûlent. Peut-être les tapisseries de l'Apocalypse d'Angers sont-elles plus d'actualité!
C'est une des curiosités de la région : la croix hosannière de Moëze...
Elle se dresse dans le cimetière, à quelques pas du clocher gothique rescapé des Guerres de Religion et que les Réformés épargnèrent pour la seule raison qu'il pouvait servir d'amer et guider les navires.
L'église ancienne n'a pas eu la même chance, elle a disparu corps et âme!
La croix hosannière a l'allure d'un petit temple grec carré surmonté d'une pyramide.
Elle a été élevée au XVIème siècle (on avance la date de 1530) à proximité de l'église où se trouvait l'ancien cimetière.
C'est un édifice funéraire, comme les lanternes des morts.
On en trouve dès le Xème siècle dans l'ouest de la France. On peut en voir une cinquantaine dans la région Poitou-Charente et 31 dans le seul département des deux-Sèvres.
Croix hosannière de Gourgé (Deux-Sèvres)
Croix hosannière d'Aulnay de Saintonge
Mais la plus belle, la plus monumentale, unique en son genre, est bien celle de Moëze!
Il est facile de comprendre pourquoi on l'appelle aussi "le temple" de Moëze.
Sur une base carrée, le péristyle est formé de vingt colonnes corinthiennes à fût cannelé, dont 4 sont en retrait, à l'intérieur.
On s'interroge sur la destination de ce monument. On a pu penser qu'il abritait un ossuaire ou qu'il s'élevait sur une fosse commune mais ce n'est qu'une hypothèse fragile. Ce qui est sûr c'est qu'il servait de point de ralliement lors de la procession du Dimanche des Rameaux qui ouvre la Semaine Sainte.
Son nom de "croix hosannière" viendrait des cantiques à la gloire de Dieu que l'on chantait alors : "Hosanna in excelsis Deo" en brandissant des palmes qui rappelaient celles avec lesquelles la foule avait salué l'entrée du Christ à Jérusalem.
Une autre hypothèse plus contestée suggère que le nom viendrait de l'hosanne, nom que l'on donne dans le Poitou au buis que l'on bénissait aux Rameaux et qu'on déposait au pied du monument.
Une inscription latine court sur les quatre côtés:
"Pueri hebraeorum..."
Les enfants des Hébreux
"...portantes Ramos olivarum..."
...portant des rameaux d'olivier
" ...obviaverunt Dominus clamantes..."
...allèrent à la rencontre du Seigneur en chantant
" ...et dicentes Hosanna in excelsis."
et en disant : hosanna au plus haut des cieux.
Ce n'est qu'en 1629 que le "temple" fut surmonté d'une croix sur un support pyramidal à bossages, un peu maigrelet de proportions.
Les conventionnels rochefortais obtinrent qu'elle fût démontée... Il fallut attendre 1825 pour qu'elle retrouvât sa place.
Mais ses mésaventures n'étaient pas terminées!
La tempête de 1999 l'abattit et il fallut la remonter de nouveau là où elle est décidée à ne plus broncher en attendant le Jugement Dernier!
On peut voir sur un des côtés une pierre saillante qui servait d'autel pour la célébration des offices.
Il y est gravé : "Occurunt turbae cum floribus et palmis".
"Les foules accoureront avec des fleurs et des palmes."
Notons enfin que les auteurs de cet élégant édifice seraient les architectes italiens ramenés dans ses malles par Madame de Soubise, gouvernante de Renée de France, duchesse de Ferrare...
Ainsi aurions-nous un peu d'Emilie en Saintonge!
Il paraît que traditionnellement on enterrait les prêtres au pied de la croix hosannière mais à Moëze, il y a, à proximité une tombe plus originale et touchante.
Des mains aimantes ont cassé les belles assiettes de la défunte pour composer un puzzle naïf et vivant.
En attendant qu'un jour d'avril tous ces morceaux se réassemblent pour un repas joyeux qui ressuscitera les fêtes du passé!
Une autre tombe, récente porte le même nom de famille que Pierre Loti enterré dans le jardin de la maison des aïeules dans l'île d'Oléron.
Le défunt dont l'âme s'élève avec le goéland avait-il un brave chien qui l'attend sur le rivage, et deux chats gris, deux chattes peut-être comme celles de Pierre Loti qui leur consacra un de ses plus beaux livres.
Pas étonnant que les morts soient si vivants à l'ombre de la croix hosannière de Moëze!
Pendant deux semaines de juillet le petit musée de Saint-Pierre d'Oléron a connu une affluence exceptionnelle. Je ne sais si ce succès était dû à l'exposition qu'il propose et qui a pour thème les costumes traditionnels de l'île ou si plus prosaïquement le mauvais temps, sorte de Toussaint en plein été en était la cause!
Disons pour ne mécontenter ni les dieux de la météo ni les responsables du musée que cette réussite est due aux uns et aux autres!
Plus sérieusement, l'expo est faite avec pédagogie et goût. Des mannequins dont la tête a été remplacée par un miroir ovale portent les costumes d'antan et, jolie surprise qui plaît aux enfants de tout âge, de jolies poupées anciennes dans leur vitrine sont habillées des mêmes costumes miniatures.
La mariée
Contentons-nous aujourd'hui des coiffes qui sont si particulières et si variées sur cette terre qui sut préserver longtemps ses partIcularités.
A tout seigneur, tout honneur, la première, la plus belle est le "ballon", la coiffe de la mariée.
Ample et couvert de dentelle, elle pose sur la tête des plus ou moins heureuses élues une tiare blanche, une couronne parfumée de fleurs d'orangers.
Le ballon est la plus grand coiffe des régions françaises. Il a été porté jusqu'en 1914 et peut mesurer jusqu'à 75 cm de large et 40 cm de haut.
Il était très coûteux et seules les mariées de famille aisée pouvait l'acheter (il valait le prix de deux braves et bons boeufs). Les autres le louaient.
La calotte
Il était monté sur la calotte et sur un bonnet qu'on appelait "berthe".
Voisine de la mariée dans la vitrine, la poupée porte la "coiffette".
C'était une coiffe à l'origine très simple qui sous l'influence de la mode parisienne à la fin du XIXème siècle devient plus sophistiquée avec broderies, plissé, dentelles.
Elle est utilisée couramment dans la vie sociale, les jours de marché par exemple. La légende qui figure sous le couple d'enfants montre bien qu'elle ne se faisait pas remarquer et appartenait au quotidien :
"Tu fais fi d'moué parce que je suis en coiffette, mais si tu voyais mes dessouts..."
Jene femme avec coiffette.
Voici maintenant la colinette, belle coiffe qui fait penser en plus simple au ballon de la mariée. Il en existe deux sortes, la colinette de jour et la colinette du dimanche, plus ornée.
C'est une coiffe "de sortie" que l'on aime porter en société.. Elle permet une grande fantaisie et aucune n'est semblable à l'autre, sinon dans la forme générale qui est ample et met en valeur le visage.
Elle est portée, comme le ballon sur la calotte où elle est épinglée.
La coiffe suivante est à l'honneur puisque deux poupée en sont coiffées.
Il s'agit du ballet dont le nom proviendrait de l'auvent, appentis construit près de la maison et nommé ainsi en saintonge.
Il est en réalité un chapeau de soleil, posé sur la calotte et destiné à protéger la peau des belles charentaises des rayons qui brunissent le teint, ce qui était peu apprécié de ces messieurs! Les temps et les moeurs changent vite!
Constitué de feuilles de carton sur lequel est fixé un tissu de "nankin", coton serré de couleur bistre, il ne sera jamais lavé et servira toute une vie.
Il est large (40 à 60 cm) et haut (40 à 50 cm) et il est utilisé pendant le travail, aux champs ou à la côte.
Nous terminons avec la coiffe la plus connue, celle qui fut portée jusqu'au milieu du siècle dernier sur l'île et qui l'est encore, surtout au nord, par de vieilles oléronnaises: le quichenot (souvent appelé kissnot)
Elle était de genre masculin malgré son usage réservé aux femmes. Peu à peu le féminin a pris le dessus et aujourd'hui elle est souvent présentée comme la quichenot.
L'origine du nom a fait naître une légende que beaucoup prennent pour historique. L'île comme on le sait faisait partie d'une région "occupée" du XIIème au XIVème siècle par nos "amis" anglais. Les charentaises pour se défendre des approches galantes des occupants, auraient inventé cette coiffe qui protège le visage, bien en avant et fait barrage aux tentatives de baisers. Kiss not! Ne pas m'embrasser!
La réalité est moins romanesque. Le nom "quichon" existe dans le centre et le midi de la France. Il désignait un tas de foin et les faneuses étaient appelées quichenottes.
Cette coiffe portée sur un mouchoir de tête ou un bonnet protégeait les Charentaises, non des baisers britanniques, mais des morsures du vent et des brûlures du soleil.
Le quichenot est de loin la coiffe la plus portée et on peut encore de nos jours le rencontrer sur quelques vieilles femmes. Ne parlons pas des groupes folkloriques qui, naturellement, conservent la tradition et veillent avec attention sur l'authenticité des costumes.
La coiffe est en percale blanche et tombe sur les épaules. Elle est teinte en noir pour le deuil.
Et c'est avec elle que nous quittons le musée où les poupées dans leur vitrine, les yeux écarquillés, regardent passer les enfants et les visiteurs cheveux à l'air et visage à moitié mangé par un masque anti covid qu'on pourrait appeler à juste titre kissnot!