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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places., #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.
Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

.Le versant est de la Butte était composé en bonne partie de terrains vagues où poussaient les herbes folles et où aimaient jouer les gamins du maquis.

Bien avant le début des travaux titanesques du Sacré-Cœur qui allaient à jamais transformer la campagne en site touristique mondialement connu, un homme avisé, savoyard d'origine, comme la future cloche de la basilique, eut l'idée d'acheter pour quelques sous un terrain….

Rue Sainte-Marie. Aujourd'hui Paul Albert.

Rue Sainte-Marie. Aujourd'hui Paul Albert.

    Un espace idéalement situé entre trois rues : Lamarck, Sainte-Marie et des rosiers.

Rue Sainte Marie

Rue Sainte Marie

Aujourd'hui Paul Albert

Aujourd'hui Paul Albert

     Deux de ces rues ont changé de nom : la rue des rosiers est devenue, pied de nez à la France catholique, Chevalier de La Barre, et la rue Sainte-Marie est devenue rue Paul Albert. 

Le Rocher Suisse au début du XXème siècle

Le Rocher Suisse au début du XXème siècle

     C'est aujourd'hui, malgré les destructions, un coin de Montmartre qui a gardé son charme et si l'on est indulgent, son aspect villageois!

 

     Notre savoyard, monsieur Daudens, aimait la Suisse où il avait passé quelques années et apprécié la cuisine dont il avait appris les recettes roboratives et les secrets.

Rue Feutrier

Rue Feutrier

     C'est à un gros propriétaire qu'il acheta son terrain. Ce propriétaire qui possédait une partie du flanc est de la Butte a laissé son nom dans le quartier où une rue porte son nom : Feutrier.

Le Rocher Suisse

Le Rocher Suisse

     On dit et répète sur les sites consacrés à Montmartre que Daudens paya son terrain 7 francs le m2. Ce qui ne nous dira rien à moins de convertir cette monnaie en euros. 7 francs en 1857 sont l'équivalent de 21 euros en 2018. Il y a eu, comme on le voit une petite évolution depuis le 2nd Empire puisque le moindre mètre carré d'un appartement dans le quartier vaut au bas mot 12 000 euros et non 21!

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

    Mr Daudens fit construire un bâtiment rustique auquel il s'acharna à donner des allures alpestres avec cloches de vaches et mangeoire. La plus belle réalisation était le jardin dans lequel furent aménagées des grottes, construites par les rocailleurs dont l'art était alors à la mode et qui plus tard oeuvreraient dans le square Saint-Pierre où il subsiste aujourd'hui la grotte des amoureux avec le couple sculpté par Emile Derré.

 

Le Rocher Suisse connut un succès qui ne se démentit pas après le rattachement de Montmartre à Paris (1860) et il attira les parisiens avides d'air pur et de bonne cuisine jusqu'en 1880.

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     C'est alors que l'établissement fut repris par Mr Dorlancourt, gendre du premier propriétaire. Les cartes postales nous donnent une idée de l'aspect que prit alors la maison. Adieu chalet, adieu cloches de vaches, adieu mangeoire. On se mit à la mode montmartroise avec petit orchestre et bal en plein air. Mais il était difficile de lutter avec les cabarets du boulevard Rochechouart. Le bal ne fit pas recette et remisa ses flonflons. 

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Le restaurant se spécialisa dans les noces et banquets dans la grande salle où se retrouvèrent un jour de juin 1886 une petite bande d'amoureux de la Butte soucieux de la protéger et de lutter contre la spéculation outrancière et les saccages qui l'accompagnaient.

 

     Ils fondèrent la Société d'Histoire et d'Archéologie du Vieux Montmartre aujourd'hui connue sous le nom d'"Amis du Vieux Montmartre".

Qui étaient ces passionnés?

La mort d'Orphée (Emile Bin)

La mort d'Orphée (Emile Bin)

    Avant de les présenter individuellement, citons leurs noms :  (sans ignorer que tous les spécialistes de la spécialité ne sont pas d'accord et présentent des listes où deux ou trois noms diffèrent!)

Emile Bin, Wiggishoff, Léon Lamquet, Jean Noro, Charles Sellier, Jules Mauzin, Morel, Rab, Vautier.

Emile bin. Photo de Mulnier.

Emile bin. Photo de Mulnier.

     Emile Bin, nous le connaissons car il jouissait d'une célébrité certaine,  réalisait la décoration de nombreux hôtels particuliers et avait des commandes des églises parmi lesquelles Saint-Sulpice et Saint-Nicolas du Chardonnet. Il avait le cœur à gauche (plutôt centre) et bien que sympathisant de la Commune, il disparut opportunément pendant les jours sombres pour ne réapparaître que plusieurs mois plus tard.

Persée délivrant Andromaque (Emile Bin)

Persée délivrant Andromaque (Emile Bin)

    Nous pouvons le classer parmi les peintres académiques auxquels s'opposèrent les grands mouvements qui révolutionnaient et régénéraient la peinture.

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Il fut maire du XVIIIème arrondissement, révoqué, dit-on (bien que ce soit contesté) pour avoir peint un portrait du général Boulanger. C'est son adjoint et ami Wiggishoff qui prit sa place.

Flacon "héliotrope blanc" de Wiggishoff.

Flacon "héliotrope blanc" de Wiggishoff.

Jacques Charles Wiggishoff (1842-1912) était industriel en parfumerie et grand collectionneur d'ex-libris!

On peut reconnaître sur cet ex-libris à son nom, la vieille église Saint-Pierre.

     Il fut maire du XVIIIème de 1889 à 1899. Ses seuls essais sont consacrés aux parfums et aux ex-libris! Il n'écrivit rien sur ce Montmartre qu'il aima pourtant, étant né au cœur du vieux village, rue Traînée (aujourd'hui rue Poulbot). 

La mairie du XVIIIème place des Abbesses. Elle sera détruite et remplacée par la mairie actuelle en 1905.

La mairie du XVIIIème place des Abbesses. Elle sera détruite et remplacée par la mairie actuelle en 1905.

     Léon Lamquet (1836-1886) fut aussi adjoint au maire du XVIIIème! A croire que toutes la bande avait la passion municipale! Mais ce qui caractérise cet homme-là et le rend éminemment sympathique c'est son engagement pour la défense des animaux. En cela il ressemble à Louise Michel, attentive aux souffrances infligées aux bêtes.

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Il fit partie de la SPA dont il fut directeur et où il lutta notamment contre la vivisection. Son engagement pour les animaux ne l'empêchait pas de se dévouer aux causes humanitaires (que de gens encore aujourd'hui opposent ces deux engagements, comme si tous les êtres vivants n'étaient pas liés dans le même mystère de l'existence et de la souffrance).

La statue de Fourier par Derré, boulevard de Clichy, fondue par le régime de Vichy .

La statue de Fourier par Derré, boulevard de Clichy, fondue par le régime de Vichy .

     Il consacra une partie de sa vie à l'éducation populaire en faveur des adultes. Enfin il défendit Emile Derré dans son projet pour la statue de Fourier boulevard de Clichy. Il était en effet fouriériste convaincu.

Il y a toutes les raisons de ne pas oublier Léon Lamquet.

     Le 4ème homme fut Jean Noro, un authentique amoureux de Montmartre qui s'engagea pendant le Commune. Il fut commandant du 22ème bataillon des Gardes Nationaux et nous avons de lui un rapport d'un des nombreux massacres commis par les Versaillais.

Harem (Jean Noro)

Harem (Jean Noro)

     Il dut s'exiler après la Semaine Sanglante. Il revint après l'amnistie à Montmartre, rue Ravignan où son atelier de peintre devint le siège d'un petit club littéraire "La Butte" ouvert aux poètes et aux écrivains. Paul Alexis qui en faisait partie le décrit  dans une lettre à Zola : "Bon type et joliment sympathique. D'origine italienne, très brun, maigre comme Don Quichotte".

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

    Un autre signataire présent au Rocher Suisse lors de la création de la Société montmartroise est Charles Sellier, à ne pas confondre avec son homonyme, peintre nancéen.

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Ce Charles Sellier (1897-1912) est un ingénieur des Ponts et Chaussées, intéressé par l'histoire et l'art puisqu'il sera adjoint au musée Carnavalet et inspecteur des fouilles de la ville de Paris. Il est un de ceux qui s'opposera bec et ongles à la destruction de la vieille église Saint-Pierre.

Maison de Rosimond (musée de Montmartre)

Maison de Rosimond (musée de Montmartre)

     Je n'ai rien trouvé sur Jules Mauzin sinon qu'il a écrit plusieurs articles dans le bulletin de la société du vieux Montmartre, notamment sur Rosimond, l'auteur et acteur de théâtre du XVIIème siècle qui avait acquis sur la Butte une grande maison entourée de vignes. Cette maison accueille aujourd'hui le musée de Montmartre.

Peut-être n'était-il comme les deux derniers, Morel et Rab qu'un "simple amoureux de Montmartre".

 

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Peu de temps après la création de la Société du Vieux Montmartre, un banquet réunit cinquante trois chansonniers et poètes qui immortalisèrent leur réunion en posant sur les marches de l'escalier de la Fontenelle (aujourd'hui rue du Chevalier de la Barre).

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Nous ignorons les raisons de ce banquet mais c'est un plaisir de reconnaître dans la bande : Aristide Bruant(un peu trouble) reconnaissable à son chapeau aux larges bords, Gaston Couté le poète anarchiste et écorché qui savait si bien parler la langue populaire, Marcel Legay, le fils de mineur, ami de Bruant, Eugénie Buffet, Alphonse Allais et qui écrivit la chanson qui fait pleurer tous les Artésiens (dont je suis!) "Ecoute ô mon cœur".

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Je signale ici qu'André Roussard, spécialiste connu de Montmartre qu'il aimait et où il vivait, situe à tort dans son dictionnaire des lieux de Montmartre, la photo en 1912, alors que Couté qui y figure est mort en 1911 et que visiblement la rue des Rosiers n'est pas encore détruite et les travaux du Sacré-Coeur ne sont pas entamés.

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

    Passées ses heures de gloire, le Rocher Suisse n'a plus grand chose à nous raconter. Il est acheté en 1892 par un hôtelier dévot qui aurait été choisi par les oblats du Sacré Cœur soucieux d'éloigner de leur périmètre sacré un établissement profane dont la porte était surmontée de trois grâces affriolantes et nues.

 

    Les grâces furent congédiées et le bal supprimé.

    Le Rocher vécut un ultime avatar en 1909 quand il passa entre les mains d'un dénommé Chipault.

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     En 1921, fin de l'histoire. Il sombra définitivement. Il fut vendu à la Société Asile de jour Israélite qui créa le Centre d'hébergement toujours en activité et la Crèche de la rue Lamarck. 

La plaque commémorative rappelle les 71 enfants juifs de la crèche assassinés à Auschwitz.

La plaque commémorative rappelle les 71 enfants juifs de la crèche assassinés à Auschwitz.

     Alors commença une autre histoire… qui s'écrirait pendant la guerre non plus dans les flonflons du bal ni les rires des banquets mais dans les rafles, les bombardements et la mort.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Yvette Guilbert à Montmartre

     Elle est une des grandes figures, une des "stars" de l'âge d'or montmartrois et c'est sans doute Toulouse Lautrec qui nous "parle" le mieux d'elle. Il n'a pas cherché à la flatter, il ne l'a pas auréolée de lumières, il l'a saisie sur scène, comme un photographe saisit en plein vol un oiseau.

Yvette Guilbert à Montmartre

     Ses ailes, ses grands bras gantés de noir, amplifiaient ses gestes et lorsqu'elle s'arrêtait de chanter pendaient le long de sa robe verte…. 

Yvette Guilbert à Montmartre

    Mais revenons en arrière, avant que Toulouse Lautrec n'immortalise ce drôle d'oiseau...

Yvette Guilbert à Montmartre

     Nous sommes le 20 janvier 1865 quand vient au monde Laure Esther Guilbert, dans le Marais, rue du Temple, dans un quartier alors populaire. Son père est comptable et sa mère chapelière.

Maison close (Toulouse Lautrec)

Maison close (Toulouse Lautrec)

     Son enfance dans un milieu modeste est marquée par la défection du père qui joue l'argent du ménage, aime fréquenter les maisons closes et finit par disparaître.

A 12 ans, elle quitte l'école et aide sa mère qui travaille à domicile et charge sa fille de livrer ses commandes.

Elle rencontrera plus tard alors qu'elle sera au sommet de sa gloire une ancienne cliente bourgeoise qui chargeait sa mère de découdre les étiquettes sur des robes bon marché et de recoudre des étiquettes de grand couturier. Cette dame aisée "oubliait" de payer ses couturières, ce qu'Yvette ne manquera pas de lui rappeler en public!

Les magasins du Printemps reconstruits après l'incendie.

Les magasins du Printemps reconstruits après l'incendie.

     A 16 ans, elle est pour quelques mois mannequin avant de devenir vendeuse au magasin du Printemps reconstruits après le grand incendie de 1881.

 

Charles Zidler. (créateur du Moulin Rouge)

Charles Zidler. (créateur du Moulin Rouge)

     C'est en 1885, alors qu'elle a 20 ans que sa vie prend un autre tour. Elle rencontre dans la rue Charles Zidler, directeur de l'Hippodrome (celui de l'Alma qui sera remplacé par celui de la rue Caulaincourt) et futur créateur du Moulin Rouge. Il est intéressé par cette longue fille et c'est lui qui la dirige vers le cours de théâtre et diction de l'acteur du Gymnase, Joseph Landrol.

                 Théâtre du Gymnase boulevard de Bonne Nouvelle

     Zidler, enfant du peuple qui a un souvenir douloureux de son enfance en bord de Bièvre, dans la puanteur des tanneries, dira plus tard à sa "p'tite Yvette" comme elle le raconte dans ses mémoires, "Ma vie en chansons" :

"Vois-tu, j'suis comme toi, fils de mes œuvres… Je m'suis fait tout seul!" 

Théâtre des Variétés, boulevard Montmartre.

Théâtre des Variétés, boulevard Montmartre.

    Il l'engage pour les tournées des Variétés comme comédienne. Car c'est pour le théâtre et la récitation de poèmes que la jeune femme se sent prédestinée!  Elle tient un petit rôle dans une pièce de Feydeau et d'autres rôles aussi secondaires, aussi peu valorisants, toujours aux Variétés.

 

 

    Le succès ne lui sourit pas, c'est à peine si quelques spectateurs l'applaudissent. Comme ils seront très tièdes à l'Eden, à l'Eldorado ou à l'Horloge où elle s'ose à la chanson et assure un lever de rideau.

L'Eldorado, aujourd'hui remplacé par le Comédia, boulevard de Strasbourg.

L'Eldorado, aujourd'hui remplacé par le Comédia, boulevard de Strasbourg.

     C'est à l'Eldorado, en 1889, que Freud de passage à Paris vient l'écouter. Il est séduit par son tempérament et son talent et il gardera toujours dans son bureau une de ses photos dédicacée. Il y aura entre eux une correspondance suivie et Yvette de passage à Vienne lui rendra à son tour visite. Cette relation nous éclaire sur la personnalité d'Yvette Guilbert, capable d'intéresser ou séduire de grands intellectuels.

Yvette Guilbert à Montmartre

    Découragée, elle quitte Paris. Elle passe une année en Belgique où elle rencontre pour la première fois un succès  d'estime avec une chanson dont elle a écrit les paroles et qui deviendra plus tard un classique de ses spectacles :  "La pocharde".

 

    Paris manque à cette vraie parisienne et elle ne tarde pas à revenir, aidée par Zidler qui a ouvert son Moulin Rouge. Elle fait alors la connaissance de Xanrof qui la conseille et l'exhorte à se créer un personnage vite identifiable en même temps qu'il lui confie quelques chansons comme le célèbre "Fiacre".

 

    

    Avant d'interpréter ses textes et ceux de Bruant, elle suit ses conseils et se crée autour de ses gants noirs une tenue qui deviendra légendaire, taille de guêpe, chevelure flamboyante, robe verte.

                                                Plâtre de Cappiello

 

       La grande Yvette Guilbert est née!

 

Bennewitz von Lofen

Bennewitz von Lofen

     Elle commence à plaire au Divan Japonais où des admirateurs l'attendent à la sortie. Mais c'est en 1891 avec Müsslek des Concerts Parisiens qu'elle rencontre le vrai succès...

 

Yvette Guilbert à Montmartre

     Elle se produit aux Ambassadeurs et à la Scala.

                                       Affiche de Steinlen.

     Proust lui consacre son premier article dans la revue "le Mensuel". Mais les proustiens se rappellent peut-être que dans "Sodome et Gomorrhe", le duc de Guermantes unit dans le même mépris les "chansonnettes de Mademoiselle Yvette Guilbert" et les "expériences de Charcot"!

Coïncidence étrange car si, comme nous l'avons vu, Freud est allé écouter Yvette Guilbert à l'Eldorado, ce fut sur les conseils de… la femme de Charcot!

Yvette Guilbert à Montmartre

     Malgré ce parrainage éminent, c'est en 1893 qu'Yvette Guilbert rencontre celui qui allait lui assurer l'immortalité : Toulouse Lautrec. Il dessine des croquis, des esquisses, il conçoit des affiches..

 

    Elle ne se trouve pas flattée et écrit sur ce dessin : "Petit monstre!! Mais vous avez fait une horreur!!

 

     Et c'est vrai qu'il n'essaie pas de l'embellir! Il est fasciné par son charisme. Il capte en elle la force, l'intelligence, l'humour. Son trait vif nous restitue sa présence, avec cet enracinement dans le sol, comme un arbre dont les ramures bougeraient sous le vent.

 

 

    En réalité Yvette Guilbert était moins ingrate que sur les dessins faits par le "petit monstre". Elle avait, comme les vedettes montmartroises, sa cohorte de soupirants et, ce qui fait d'elle une artiste moderne, elle gardait dans son spectacle une distance ironique. Elle savait que sa voix n'avait rien d'extraordinaire, alors elle interrompait ses chansons, commentait, se moquait puis repartait dans la musique...

 

    Les écrivains et les poètes l'apprécient. Zola lui dira "Quelle vérité dans vos accents, Mademoiselle, quelle actrice vous êtes!"

                                  Yvette Guilbert (Philippe Klein 1895)

     Montesquiou qui la rencontre un soir lui reproche de chanter Bruant qui selon lui auréole la vie de gens ordinaires des boulevards extérieurs alors que tant de vies sont magnifiques et méritent d'être chantées. Yvette lui tient tête : "Bruant ça ne s'explique pas, ça se chante, ça se parle, ça se pleure. La vie magnifique c'est l'âme de Bruant!"

                          

 

    Tout Yvette Guilbert est dans cette réponse. Son esprit critique, son humanité, son sens du dérisoire.

    On a du mal aujourd'hui à appréhender  son talent qui se déployait dans ses gestes, ses mimiques, sa distance. Elle n'hésitait pas à grimacer, à outrer ses expressions (ce que saisit Lautrec) et à impressionner par son masque blanc aux yeux soulignés de noir et aux lèvres trop rouges.

 

     Entre 1893 et 1900, elle connaît un succès qui dépasse Montmartre et la France. Les cachets qu'on lui propose sont dignes des plus grandes stars de l'époque et la conduisent en Angleterre, en Allemagne, aux Etats-Unis. Elle ne choisit pourtant pas la facilité et chante ou dit des textes de Gaston Couté, de Jean Lorrain comme de Xanrof ou Bruant. 

Elle maîtrise l'art de passer en douceur dans ce qu'elle appelle le "rythme fondu" du chant au texte parlé et vice-versa. Certains mélomanes affirment qu'elle ne fut pas sans inspirer Schönberg, Alban Berg puis Kurt Weill.

Yvette Guilbert "la diseuse nationale" Caricature de Léandre

Yvette Guilbert "la diseuse nationale" Caricature de Léandre

     Il suffit pour se convaincre de sa notoriété de découvrir les caricatures dont elle fait l'objet ainsi que le nombre étonnant d'imitateurs qu'elle inspire dans des spectacles travestis.

                                Numéro de travesti. Yvette Guilbert par Bertin

Cléo de Mérode, le roi Léopold II et Yvette Guilbert!

Cléo de Mérode, le roi Léopold II et Yvette Guilbert!

     Ce sont les grandes années d'Yvette Guilbert. Tout lui réussit dans la vie, comme sa rencontre à Vienne avec un jeune chimiste, Max Schiller qu'elle épouse en 1897 et qui sera l'homme de sa vie. Elle se réfugiera avec lui dans le sud pendant l'occupation pour le protéger des rafles anti sémites.

Réussite financière aussi qui lui permet de se faire construire un hôtel particulier boulevard Berthier et d'acheter une maison de campagne.

Bennevitz von lofen

Bennevitz von lofen

     Mais une maladie de reins dont elle commence à subir les atteintes en 1896, vient interrompre quatre ans plus tard cette trop belle réussite. Elle rembourse les cachets qu'elle a touchés pour ses tournées programmées. Ses admirateurs craignent de ne jamais la revoir.

Yvette Guilbert à Montmartre

     Elle réapparaît pourtant, quasiment guérie en 1906 pour un concert au Carnegie Hall de New York.

Elle ajoute à son répertoire des chansons plus littéraires et des poèmes médiévaux.

Yvette Guilbert à Montmartre

     De 1915 à 1922 elle est accompagnée dans ses récitals par la pianiste Irène Aïtoff. 

Elle tourne également dans quelques films (dont un chef d'œuvre de Murnau: "Faust") et elle écrit et met en scène une pièce : "Madame Chiffon"...

     Mais Lautrec est mort depuis longtemps, les lumières de Montmartre pâlissent, la guerre approche qui mettra un point final au rayonnement de la ville-lumière, capitale des arts et des plaisirs.

     Picasso pourtant aura le temps de la sublimer dans une œuvre où s'exprime leur double génie!

Le Vel d'Hiv en 1942

Le Vel d'Hiv en 1942

     Vient le temps où les "loups sont entrés dans Paris". Bien des music-halls ferment leurs portes, se compromettent ou cèdent la place à des salles obscures tandis que le Vel d'Hiv s'apprête à ouvrir les siennes.

Dans le midi où elle s'est réfugiée avec son mari, elle reçoit encore une lettre de Freud qui lui écrit de Londres. Il rend une dernière fois hommage à son talent et  s'adressant à Max Schiller il écrit : "Durant ces dernières années, j'ai été privé de n'avoir pu redevenir jeune, l'espace d'une heure, grâce au charme d'Yvette".

La tombe d'Yvette Guilbert, section 94 au Père Lachaise. Quasi abandonnée!

La tombe d'Yvette Guilbert, section 94 au Père Lachaise. Quasi abandonnée!

     Elle meurt à Aix en Provence le 3 février 1944.

                              La croix de bronze et ses lettes entrelacées.

    Elle a été dans une époque dominée par les hommes, une voix singulière, indépendante qui par les textes qu'elle choisissait et surtout sa manière de les interpréter, affirmait sinon la supériorité du moins l'égalité de la femme. Dans ses textes grivois ce sont les hommes qui étaient ballots, stupides, dominés par leur désir…

 

Sa postérité s'appelle Piaf, Barbara, Anne Sylvestre, Marie-Paule Belle…. jusqu'à Catherine Ringer.

Yvette Guilbert à Montmartre

     Elle a reçu à titre posthume le grand prix de l'Académie Charles Cros, mais en dernier hommage, c'est un texte du poète anglais Arthur Symons venu la voir aux Ambassadeurs en 1894 qui terminera le mieux l'hommage que nous rendons à cette artiste aux ailes noires :

Yvette Guilbert à Montmartre

(…) Car les fleurs se fanent devant elle; voyez la lumière

S'éteint sur cette pauvre joue, la laissant blanche;

Elle chante la vie, la gaieté et tout ce qui se meut

La fantaisie de l'homme dans le carnaval des amours;

Et un frisson me saisit pendant qu'elle chante

La pitié des choses humaines dont nul ne prend pitié."

Yvette Guilbert à Montmartre

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Publié le par chriswac
Publié dans : #album
Rue Saint-Rustique.

Rue Saint-Rustique.

      Novembre à Montmartre, contraste des jours de pluie et de soleil mais toujours ce passage, ce brassage, ces rencontres…. 

Selfie de cheveux d'or

Selfie de cheveux d'or

Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos

     Et ce monument écrasant et controversé, le Sacré-Coeur!

Oui il est assis sur les rêves de la Commune mais par contagion peut-être, il s'est mis lui aussi à rêver… ville orientale, minaret et dôme, reflet du soleil ou des étoiles, il est un décor de cinéma, un mirage dans le ciel...

Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos

La statue vivante se prépare à l'envol...

Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos
Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos

Cheval d'aujourd'hui et cheval d'hier, la même noblesse...

Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos

Les rois-mages sont en avance...

Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos
Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos

Ce platane est plus ancien que la basilique. Il a été planté en 1840! Montmartre était encore un village...

Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos

Le passe-muraille et son double...

Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos
Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos
Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos

Paris-tendresse. La ville à nos pieds comme une houle.

Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos
Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos

Passage des ombres rue du Chevalier de la Barre.

Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos
Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos
Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos

Lumière du soir sur le fronton des Galeries Dufayel sculpté par Dalou.

Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos

Rue Saint-Rustique, une des plus vieilles rues de Montmartre...

Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos

La statue a retrouvé son socle...

Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos

Un tremplin pour voyager au-dessus de la ville...

Le rouge et le bleu. Un film de Godard?

Le rouge et le bleu. Un film de Godard?

Le cheval du manège s'échappe

Le cheval du manège s'échappe

Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos
Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos
Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos

C'est la rue Paul Albert qui essaie de s'envoler!

Place du Tertre

Place du Tertre

Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos

Le ciel en croix… 

Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos

Baiser du Sacré-Coeur, moins mythique que celui de l'Hôtel de Ville mais plus authentique!

Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos

Le petit chaperon rouge devant la Bonne Franquette rue des saules...

Poète devant la fontaine des Tritons

Poète devant la fontaine des Tritons

Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos

Attente rue Foyatier

Album de novembre 2018 à Montmartre. Photos

Les amants se cachent à l'envers! Rue d'Orsel.

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Publié le par chriswac
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Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     La rue de Douai court entre la rue Jean-Baptiste Pigalle et le boulevard de Clichy. Elle s'est formée en plusieurs fois, reliant entre eux trois tronçons distincts.

Rue de Douai (à droite rue Fontaine)

Rue de Douai (à droite rue Fontaine)

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

    En janvier 1841 elle est ouverte sur 124 mètres entre les rues Fontaine et Blanche et s'appelle rue de l'Aqueduc (allusion aux canalisations qui couraient sous le sol et acheminaient les eaux venues du canal de l'Ourcq vers l'est et le centre de Paris).

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     La 2ème partie est ouverte en juin 1841 entre la rue Blanche et le boulevard de Clichy sur une partie des jardins du Nouveau Tivoli, détruits sans état d'âme au profit des spéculateurs. Rappelons que ce nouveau Tivoli s'étendait sur les terrains d'une folie du XVIIIème siècle qui s'était spécialisée dans un sport (!) venu d'Angleterre, le tir aux pigeons vivants. cette activité ravissait le bourgeois qui après avoir tué quelques volatiles, se sentait d'autant plus viril pour se livrer au libertinage dans le parc où les jolies dames attendaient leur pigeon à plumer.

 

En 1846 les deux tronçons sont baptisés d'un nom commun : rue de Douai.

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....
Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     Mais là ne s'arrête pas l'histoire de cette rue qui ne choisit pas la facilité! En effet, dix ans plus tard, elle est prolongée entre la rue Pigalle et la rue de la Fontaine St-Georges (ancien nom de la rue Fontaine). Mais elle s'appelle alors dans cette partie rue Pierre Lebrun.

                                          Eglise et léproserie St Lazare

     Les travaux de creusement tombent sur un os. En effet ils mettent au jour des centaines de squelettes, ceux du cimetière d'une ancienne léproserie établie en ces lieux. Les ossements sont emportés, comme ceux de nombreux cimetières parisiens dans les catacombes où ils sont artistiquement disposés pour le plus grand bonheur à venir des touristes et des amateurs de têtes de mort.

 

     La rue Pierre Lebrun nettoyée de ses osseux habitants, étant dans le prolongement de la rue de Douai, prit le même nom et donna à cette artère les 605 mètres qu'elle a toujours aujourd'hui.

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     Nous remontons donc la rue en commençant par cette ancienne rue Pierre Lebrun où se trouvent les premiers numéros de la rue de Douai. Inutile de rappeler que le nom lui vient de la ville du Nord de la France célèbre, entre autres, pour ses géants : Gayant, Marie Cagenon et leurs enfants Jacquot, Fillon et Binbin.

                                         Gayant et sa femme.

   

     Côté pair la brasserie "Le sans Souci" fait l'angle avec la rue Jean-Baptiste Pigalle. C'est là que Kessel situe l'action de son roman "La passante du sans Souci". On ne sait pourquoi le réalisateur Jacques Rouffio lui préféra pour cadre de son film, une brasserie du XVème arrondissement!

 

Le 3

Le 3

     Si le 3 est aujourd'hui à l'enseigne de Vénus, il n'en fut pas toujours ainsi. Pendant la Commune, les Versaillais afin de tenter de corrompre les révolutionnaire avaient confié à un triste personnage le soin d'organiser tout un réseau. L'homme s'appelait Georges Vaysset et il s'acquitta de son délicat boulot en louant 7 appartements dans le quartier (rue Frochot, rue Pigalle…) pour y loger ses barbouzes.

                                    Le Général Dombrowski

    Il échoua dans sa noble tache car le Général Dombrowski qu'il devait corrompre, resta fidèle à ses idéaux et finit par mourir sur la barricade de la rue Myrrha.

Dans les derniers jours de la Commune, Vaysset fut arrêté et fusillé sur le Pont Neuf. Son cadavre fut jeté à la Seine.

Le 6

Le 6

   Sur la façade du 6, une plaque rappelle le nom de deux gloires françaises. L'écrivain Edmond About (1828-1885) tout d'abord :

Grand voyageur, il se nourrit de son amour de la Grèce pour écrire "Le Roi de la Montagne", un de ses grands succès.

                   Illustration pour "L'homme à l'oreille cassée".

"L'homme à l'oreille cassée" en fut un autre, porté au cinéma.

Edmond About fut encore journaliste, critique d'art (assez peu clairvoyant pour dénigrer Courbet) et finit académicien, ou presque, puisqu'il mourut à 56 ans quelques jours avant de prononcer son discours devant la docte assemblée!

                  Marthe Gautier (à son côté le professeur Debré)

     L'autre habitant célèbre fut une habitante : Marthe Gautier, principale découvreuse du chromosome de la trisomie 21. Comme souvent, c'est un homme qui faisait partie de l'équipe, Jérôme Lejeune, qui prétendit en être l'inventeur! Mais justice est aujourd'hui rendue à la scientifique….

Le 9

Le 9

   Le 9 garde peut-être le souvenir du peintre le plus emblématique de Montmartre : Toulouse Lautrec. Il est alors, à 33 ans, usé par ses abus d'absinthe mélangée au cognac, cocktail mortifère. Il l'est aussi par la syphilis. Sa mère accourt à Paris où elle loue un appartement dans cet immeuble afin de s'occuper de lui en 1898-1899. Nous sommes alors à deux ans de sa mort. 

Le 15

Le 15

     Le 15 est un immeuble classé. Il a en effet été construit par Violet le Duc en personne!

Le grand architecte, restaurateur un peu vigoureux de Notre-Dame de Paris (entre autres) donne ici un aperçu de son art à la fois simple et soucieux de rendre hommage au passé par des détails ornementaux. 

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     Le 16 est un petit hôtel harmonieux. qui a séduit Julien Duvivier puisqu'il y fait habiter la vedette féminine de son film de mâles : "La Belle Equipe" avec Jean Gabin et Charles Vanel. Un film très Front Populaire malgré sa fin remaniée pour éviter trop de pessimisme dans une époque où on ne voulait pas voir monter l'orage.

Jeannot et Gina (Jean Gabin et Viviane Romance) La Belle Equipe de Julien Duvivier.

Le 19 en 1905
Le 19 en 1905

Le 19 en 1905

     La grande teinturerie du 19 a cédé la place aux guitares (la rue de Douai est connue de tous les amateurs de cet instrument).

Le 22

Le 22

     22 v'là le 22! Le plus bel hôtel de la rue, riche de souvenirs et de fantômes vivants.

     Nous l'avons présenté en arpentant la rue Fontaine et donné l'essentiel de son histoire. Rappelons que c'est dans cet hôtel Halévy que Bizet vint, à trente ans, vivre avec son épouse Geneviève Halévy. C'est là, au 2ème étage qu'il composa l'essentiel de Carmen. Il y vécut six ans avant de mourir épuisé et déprimé par l'échec de son œuvre. qui est aujourd'hui l'opéra le plus joué au monde.

 

40 bis

40 bis

42-44

42-44

     Au 40 bis (aujourd'hui 42) ouvrit en 1896 un cabaret qu'apprécièrent Jehan Rictuss, Emile Goudeau et Marcel Legay. Il s'agit de La Roulotte.

 

     Il tiendra la route, bien que, si l'on en croit le carton d'invitation dessiné par Willette, il eût été traîné par un cheval éthique, jusqu'en 1900. Il s'appellera alors Cabaret de la Trique!

                 Carton d'invitation dessiné par Willette. (1896)

     Si le nom de ce cabaret est resté célèbre, ce n'est pas à la rue de Douai mais à la rue Jean-Baptiste Pigalle qu'il le doit, car c'est là au 62 qu'il déménagea pour devenir un bar à prostituées où se produisit un illustre guitariste entre les deux guerres et qui le racheta à Lulu de Montmartre. Il s'agit de Django Reinhardt!

 

Le 45
Le 45

Le 45

     Au 45, le tapissier a disparu au profit d'un commerce mystérieux puisque son rideau baissé m'a empêché de le qualifier! Mais vérification faite, il a plié bagages et c'est dommage car il s'agissait d'un institut de beauté!

50 (bis)

50 (bis)

     Au 50 bis vécut pendant douze ans un des plus grands écrivains russes, Ivan Tourgueniev.

 

 

     Il y était hébergé par ses amis, Louis Viardot et sa femme Pauline.

La passion qu'il eut pour la mezzo soprano Pauline Viardot, sœur de la Malibran, est une des plus grandes passions qui se puisse imaginer. Maupassant n'hésite pas à écrire que ce fut "la plus belle histoire d'amour du XIXème siècle".

 

     Peut-on imaginer qu'il la suivit pendant quarante ans?

     Après le coup de foudre de sa découverte en 1843 à Saint Petersbourg, il n'eut de cesse de vivre aussi près que possible d'elle. A Paris, à Baden Baden où elle vécut en exil après le coup d'état, et enfin rue de Douai dans l'hôtel particulier des Viardot.

 

     Il occupait le 2ème étage et avait fait aménager un passage qui le conduisait au salon de musique de Pauline.

Il s'y rendait et ne se lassait pas de l'entendre répéter.

Cette femme remarquable avait de multiples dons et composait elle-même. Si elle n'avait pas la beauté de sa sœur aînée, la Malibran, morte en 1836, elle ne manquait pas de charme et Saint-Saëns prétend qu'elle était "une irrésistible laide".

Croquis de Georges Sand

Croquis de Georges Sand

Elle plut à Musset et Georges Sand qui fit d'elle un croquis sut mettre fin à cette attirance. 

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     Tourgueniev se fit construire également une "datcha" sur le terrain de Bougival où ses amis possédaient une résidence. C'est dans cette datcha qu'il passa les derniers mois de sa vie, avec pour confidente Pauline à qui il dicta sa dernière œuvre prophétique "Un incendie sur la mer".

                                            Pauline Viardot

     On s'étonne presque de ne pas voir le nom d'Ivan Tourgueniev sur le menhir de la tombe de Pauline Viardot au cimetière de Montmartre

 

Le 57

Le 57

     Au 57, dans un hôtel remplacé aujourd'hui par un petit immeuble ingrat, a vécu une partie de sa vie, le peintre Hippolyte Bellangé (1800-1866).

 

     Il fut formé à bonne école, celle de Gros, et il fut fervent admirateur de Géricault, peintre majeur dont il aurait dû s'inspirer! Il se spécialisa dans les scènes militaires et illustra de nombreuses batailles du 2nd Empire avant de se consacrer dans les dernières années à l'épopée napoléonienne.

 

Sa dernière œuvre "La garde meurt" (1866) connut un grand succès. Elle fut prémonitoire car il l'acheva quelques jours avant de mourir.

Fin de la rue vers le boulevard de Clichy.

Fin de la rue vers le boulevard de Clichy.

Le 65

Le 65

     Le 65 a été l'adresse de Pierre Bonnard en 1899. Il avait alors son atelier aux Batignolles.

 

67-69

67-69

     A cette adresse se trouvait le studio Wacker qui fut pendant des années, si l'on en croit Dirk Sanders "la Mecque des danseurs".

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     C'est après la révolution russe de 1917 que de nombreux danseurs russes en exil éprouvent le besoin d'avoir un lieu à eux pour se former. L'école ouvre en 1923 au-dessus du magasin de vente de Pianos de Mr Wacker. Elle ne fermera qu'en 1974.

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     Dans les premières années c'est une des plus célèbres danseuses russes qui y enseigne. Il s'agit d'Olga Preobrajenska, prima ballerina au théâtre Marinsky en 1900.

Elle marque par sa science et sa pédagogie de nombreux élèves comme Margot Fonteyn ou Nina Vyroubova qui sera danseuse étoile à l'opéra de Paris.

 

                                                 Nina Vyroubova

     Une autre grande danseuse y enseignera, Nora Kiss. Beaucoup ne l'ont jamais oubliée comme Roland Petit, Jean Babilée, Maurice Béjart, Ludmila Tchérina!

                       Nora Kiss et Béjart au studio Wacker

     Après la fermeture de l'école, le conservatoire du 9ème arrondissement occupe les locaux avant d'être délogé par une école de commerce-gestion et une supérette où ce sont les prix qui valsent...

Lycée Jules Ferry

Lycée Jules Ferry

     Bien qu'il ait son adresse principale sur le boulevard, il faut dire quelques mots du lycée Jules Ferry construit en 1914 avec des préoccupations hygiénistes qui privilégiaient les larges baies vitrées, les terrasses et les cours.

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

    Il fut élevé sur un terrain vague où subsistaient quelques vestiges d'un vieux couvent. En 1934 les derniers murs et salles qui subsistaient furent rasés.

                                                   Paul Birault

C'est ainsi que disparut le local, rue de Douai, qui servait d'imprimerie à un éditeur avant-gardiste passionné de poésie et de peinture: Paul Birault, connu également pour un célèbre canular très montmartrois qui trompa bon nombre de membres de l'Assemblée. (Nous lui consacrerons un article)

Apollinaire (Metzinger)

Apollinaire (Metzinger)

     Apollinaire qui était son ami lui confia l'impression de sa première œuvre "l'Enchanteur pourrissant" et plus tard ses Calligrammes.

 

Paul Birault mourut pendant la guerre en 1918, quelques mois avant le poète, rescapé mais victime de la grippe espagnole.

 

La rue de Douai s'arrête là et se jette dans le boulevard de Clichy comme rivière dans un fleuve. Apollinaire aura le dernier mot, lui qui aima cette ville plus que tout autre.

Lui qui, dans son plus beau poème écrivit :

"Juin ton soleil ardente lyre

Brûle mes doigts endoloris

Triste et mélodieux délire

J'erre à travers mon beau Paris

Sans avoir le cœur d'y mourir"

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

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Publié le par chriswac
Publié dans : #WACRENIER
Maman bientôt 98 ans. EHPAD des Lilas.

    Il a fallu s'y résigner… Maman ne pouvait plus rester chez elle.

    Nous avons espéré ardemment qu'elle ne quitterait son appartement que la nuit où elle s'y endormirait, en douceur, s'éloignant dans un tunnel ouvert sur la lumière, avec là-bas, lui tendant les bras, son père tant aimé, sa mère, son fils et sa fille enfin retrouvés….

Maman bientôt 98 ans. EHPAD des Lilas.

     Mais non! Son corps robuste de fille du nord, a tenu bon dans les tempêtes, comme un marin à la barre.  Un marin qui peu a peu a perdu le pied marin et s'est mis à chavirer, à tomber sur les tapis et ne pouvoir se relever, avec son chat inquiet à ses côtés.

Avec Bruno

Avec Bruno

     Il a fallu s'y résigner, tout laisser, tout abandonner, 60 ans de souvenirs qui avaient poussé dru dans cet appartement où vivait la tribu, 7 enfants!

avec Jean-Loup

avec Jean-Loup

      Il a fallu, après les urgences et l'hôpital, s'exiler dans un EHPAD, bâtiment où l'on concentre les vieux qui vivent trop longtemps.

Avec moi gros poussah!

Avec moi gros poussah!

     Nous l'entourons, nous passons des heures avec elle, nous répondons sans dire la vérité à ses questions pour savoir quand elle rentrera chez elle avec son chat.

Avec Marianne

Avec Marianne

    Mais maintenant je sais quelque chose que je ne savais pas.

    J'ai eu tant de mal ces dernières années à l'aimer sans penser à moi, en oubliant mes plaies...

Je ne comprenais pas qu'à son âge on pût ressembler au nourrisson que son instinct protège et dont la survie ne dépend que des autres.

Avec Jean-Loup

Avec Jean-Loup

Maman bientôt 98 ans. EHPAD des Lilas.

Je ne savais pas qu'un jour

dépouillée de tout 

étrangère à toute souillure

dans une banlieue au nom de fleurs

elle serait reine.

Maman bientôt 98 ans. EHPAD des Lilas.

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Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Je republie cet article qui est devenu "historique" puisque la spéculation a fait disparaître il y a peu le Singe qui lit, dévoré par l'agrandissement de la Mère Catherine aux appétits d'ogresse!

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

   Le Singe qui lit faisait partie des enseignes montmartroises qui avaient survécu à la mutation touristico-immobilière de notre quartier.

Depuis 1908 il y avait à son emplacement, jouxtant le Cadet de Gascogne, une brocante tenue pendant des années par un personnage haut en couleurs comme en suscite souvent la Butte : Emile Boyer.

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
On voit sur cette carte qu'avant la brocante, il y eut une crémerie...

On voit sur cette carte qu'avant la brocante, il y eut une crémerie...

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Emile Boyer (1877-1948) est fils de chiffonnier. Il pratique plusieurs métiers avant de se percher place du Tertre où il gère un bric à brac hétéroclite, à la fois épicerie et brocante! On dit que Gen Paul le chargeait de vendre ses aquarelles qu'il accrochait à l'aide de pinces à linge à un fil suspendu dans la boutique.

On raconte encore qu'Utrillo payait son ardoise de gros rouge avec des toiles que notre brocanteur-épicier collectionnait.

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Rue de Montmartre sous la neige. (Emile Boyer)

Rue de Montmartre sous la neige. (Emile Boyer)

Montmartre; (Emile boyer)

Montmartre; (Emile boyer)

     C'est ainsi que le virus pictural qui circule librement par les rues de Montmartre contamine notre homme qui s'achète un chevalet et bien des années avant l'invasion de la place du Tertre par les barbouilleurs, s'installe sur le trottoir devant son échoppe..

Indifférent aux courants nouveaux et aux précurseurs, il peint à sa manière, réaliste et colorée, sans se soucier des modes. Son oeuvre est restée dans l'ombre malgré une exposition en 1973 au musée de Montmartre. Dans les salles de vente, il est possible d'acquérir une de ses toiles pour un millier d'euros.

Le livre de Martine et Bertrand Willot.

Le livre de Martine et Bertrand Willot.

Un livre lui a été consacré : "Emile Boyer -Années folles-" par Martine et Bertrand Willot.

Voici en quels termes leurs auteurs le présentent :

"Brocanteur, anarchiste, fort en gueule, caractériel, marchand de frites et peintre"!

Bref! un homme complet!

Emile Boyer et sa friteuse!

Emile Boyer et sa friteuse!

...Car... il est le précurseur à Montmartre des "baraques à frites" chères à nos amis nordistes!

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Pourquoi la boutique porte-t-elle ce nom : Le Singe qui lit?

Il y aurait eu à Montmartre à la fin du XIXème siècle une revue d'artistes qui s'appelait ainsi. J'en ai cherché la trace et ne l'ai pas trouvée. Aucun document, aucun témoignage... rien ne permet de confirmer cette source!

Un singe en argot est un patron mais aussi un ouvrier typographe, un typo. Or, parmi ses multiples activités, Emile boyer fut ouvrier typographe! Il est plausible et réjouissant de lui accorder la paternité du nom!

Le singe lecteur. Gabriel von Max (1904)

Le singe lecteur. Gabriel von Max (1904)

Après Emile Boyer, la boutique connaît divers avatars...

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Elle s'appelle pompeusement "Relais des Arts" et se spécialise dans la marionnette.

     Le Relais disparaît à son tour avec ses petits personnages qui laissent le Singe reprendre possession de sa boutique pour ne plus la lâcher.

On voit à droite la brocante de Grémillet

On voit à droite la brocante de Grémillet

     Comme à l'époque d'Emile Boyer un joyeux bric à brac s'y installe, une brocante foutraque encombrée d'objets hétéroclites ou incongrus.

Eau forte de Georges Gremillet

Eau forte de Georges Gremillet

... et c'est un autre artiste qui succède à Emile Boyer : Georges Gremillet.

Il fait sa publicité en vendant ses dessins et ses eaux fortes exposés sur les murs et dans la vitrine...

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Quand il cède son commerce, c'est la fantaisie et la créativité qui s'en vont avec lui.

Les nouveaux propriétaires en font une boutique de souvenirs made in China, semblable aux dizaines de boutiques qui jalonnent le circuit touristique.

Par chance, ils conservent l'enseigne qui faisait encore il y a peu partie du patrimoine montmartrois.

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

    Mais allez comprendre pourquoi en cette année 2018, le restaurant de la Mère Catherine a pu obtenir l'autorisation de tuer le Singe ?      

N'aurait-elle pas pu conserver au moins l'enseigne?.... et conserver ainsi une petite partie de l'histoire de la Butte!

Il faut croire que les responsables chargés de veiller sur la défense de la Butte, s'ils ne sont pas des singes, ne doivent pas lire beaucoup

Hier

Hier

aujourd'hui

aujourd'hui

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Bazar made in China

Bazar made in China

Singe.. (Gabriel von max 1913)

Singe.. (Gabriel von max 1913)

>Plus une trace, plus un poil du Singe qui lisait.

>Plus une trace, plus un poil du Singe qui lisait.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #Peintres

 

      Il y avait dans l'atelier de François Gabriel, un tableau étonnant de Marcel Matho, l'artiste qui conçut l'affiche que le photographe utilisait comme enseigne, au 36 rue Muller, aujourd'hui 2 rue Utrillo.

 

         Panneau de Matho qui servait d'enseigne à François Gabriel

   Le tableau représente quatre des gloires de la vie artistique de la fin du XIXème siècle. Elles y sont croquées d'un trait vif et élégant. 

Ces caricatures méritent d'être connues. Elles viennent s'ajouter à des milliers d'autres, mais, étant inédites, elles apportent un regard nouveau sur ces artistes... 

 

      Tout d'abord, Edouard de Max, bien oublié aujourd'hui mais qui fut considéré comme le plus grand acteur lyrique de son temps. Il est né en 1869 en Roumanie et il fit sa carrière à Paris où il connut vite la célébrité. Il a joué aux côtés de Marguerite Moréno, Sarah Bernhardt et Antonin Artaud.

Edouard-de-max-photo.jpg

      Il ne craignait pas de faire scandale en affichant ouvertement son homosexualité et en jouant nu dans le Prométhée de Jean Lorrain dont il fut l'amant.

de Max prométhée 

 Un dessin plus tardif de Cocteau le montre, cou relâché, cheveux teints... mais toujours l'air très satisfait de lui-même! 

 

de Max

Nous découvrons ensuite, dans sa maturité rayonnante, la grande, l'unique, l'irremplaçable Sarah Bernhardt.

      On a du mal à imaginer la passion qu'elle suscitait et les foules qu'elle déplaçait en Europe comme en Amérique...

sarah-bernhardt.jpg

Cette femme exceptionnelle possédait un charisme qui subjuguait les spectateurs. Victor Hugo la surnomma "la voix d'or" et Jean Cocteau inventa pour elle l'expression aujourd'hui galvaudée de "monstre sacré".

 

      sarah-photo.jpg

 

 Elle inspira bien des créateurs de l'Art Nouveau dont Mucha qui devint son affichiste officiel lorsqu'elle reprit le théâtre des Nations qu'elle rebaptisa modestement théâtre Sarah Bernhardt.

 Edmond Rostand  écrivit pour elle "l'Aiglon" et Oscar Wilde répondit à la commande qu'elle lui fit d'une nouvelle "Salomé".

 

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                                                   Affiche de Mucha pour Médée.

 

Elle s'engagea politiquement avec courage en soutenant Emile Zola lors de l'affaire Dreyfus et en prenant fait et cause pour Louise Michel. Enfin, elle milita sans relâche, bien avant Badinter, contre la peine de mort.

 

 

 Edmond Rostand l'appréciait beaucoup et lui dut en grande partie le formidable succès de l'Aiglon. (Quelle Sarah Bernhardt du XXIème siècle serait capable de redonner vie à cette pièce injouable?)

      edmond_rostand-photo.jpg

 Il pose ici en académicien, moustache conquérante et oeil vif! 

      La dernière caricature est celle de Polaire, de son vrai nom Emilie Marie Bouchaud, née à Alger, bien loin de la banquise!

Elle plut beaucoup à Willy et Colette qui lui confièrent le rôle de Claudine au théâtre. Les trois firent la paire, si l'on peut dire, puisqu'ils vécurent un certain temps une relation qui défraya la chronique.

 

polaire photo

polaire-photo.jpg

Polaire avait une voix qui plaisait et qui lui permit de créer des "tubes" comme "tha ma ra boum  di hé" ou "tchique tchique". Elle obtint également un grand succès en interprétant "la prière de la Charlotte" de Rictus que Monique Morelli, une autre chanteuse montmartroise, reprendra plus tard... 

Polaire-photo-2.jpg

      Sa taille de guêpe et sa sensualité sont restées légendaires...

 

Alors quel plaisir de retrouver nos quatre artistes sur ce tableau…

     Remarquons que Marcel Matho n'a pas gâté les hommes mais a traité les femmes avec beaucoup plus de sympathie... Les hommes font la gueule et les femmes sourient, mais tous sont tournés vers le public et attendent les applaudissements…

 Dessin de Matho pour le dernier "Chat Noir" 68 boulevard de Clichy.

 

     Matho est un véritable Montmartrois, bien, que né à Lille (1881), il a vécu l'essentiel de sa vie sur la Butte et il y a été amoureux au point de se marier quatre fois! 

                               Dessin de Matho (Chat Noir, bd de Clichy)

                                              6 rue Paul Albert (adresse de Marcel Matho)

               2 rue Utrillo (atelier et logement de François Gabriel)

En 1914, il habite 6 rue Paul Albert à proximité du studio et de l'appartement de François Gabriel, le photographe qui est aujourd'hui une partie de la mémoire populaire de la Butte.

Photo de François Gabriel dans l'escalier de la rue Muller (aujourd'hui rue Utrillo)

 

     Il est témoin au mariage de celui qui est devenu un ami et il lui offre cette toile de 2 mètres de longueur avec les quatre têtes complices qui semblent tournées vers leur public.

    

                                   Rêverie d'artiste. 1906.

     Il tient une boutique d'antiquaire 91 rue des Martyrs (preuve s'il en était besoin que l'art ne nourrit pas son homme)  lorsqu'il meurt en 1950. Il est grand temps de le redécouvrir et je serais preneur de tout document, de toute reproduction qui le concernerait.  

Lien :  Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

 

 

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
Autoportrait (Carjat)

Autoportrait (Carjat)

Victor Hugo (Carjat)

Victor Hugo (Carjat)

     Etienne Carjat est avec Nadar le plus connu des photographes de la deuxième moitié du XIXème siècle…

                                                    Etienne Carjat (autoportrait)

     Indépendamment de son talent ce sont les hommes et les femmes qu'il a photographiés qui assurent sa célébrité!

                                                              Baudelaire (Carjat)

     Certains des plus grands écrivains, peintres, acteurs, politiciens de ses contemporains figurent sur ses clichés et illustrent nombre de livres, recueils, études…

                                                         Verdi (Carjat)

     Et que dire du plus célèbre et peut-être du plus beau, Arthur Rimbaud dont le visage d'ange et de démon est devenu une icône, à l'égal de Che Guevara de Korda. 

                                                        Rimbaud (Carjat)

Etienne Carjat n'est pas seulement photographe et son arc possède plusieurs cordes, celle de caricaturiste, de journaliste et de poète.

                                                   Berlioz. Caricature de Carjat

Victor Hugo, caricature de Carjat.

Victor Hugo, caricature de Carjat.

     L'homme est né dans l'Ain en 1828, dans un milieu des plus modestes, il "monte" à Paris avec ses parents. Sa mère y est concierge.

Daudet (Carjat)

Daudet (Carjat)

     Il travaille dès l'âge de 13 ans comme dessinateur sur soie et il prend le goût qu'il ne perdra jamais de tout ce qui touche à la production artistique.

Monet (Carjat)

Monet (Carjat)

Ce n'est qu'à 30 ans qu'il découvre la photographie, art alors à la mode et en plein essor. Il apprend le métier dans l'atelier de Pierre Petit.

                                                     Pierre Petit (autoportrait)

     Pierre Petit est un photographe bien en cour qui s'est fait une clientèle en or, celle des prélats catholiques, modestement soucieux d'immortaliser leur dignité. Il est surnommé "le photographe de l'épiscopat"!

                                       Monseigneur Freppel évêque d'Angers (Pierre Petit)

     Il est surtout LE photographe officiel de l'exposition universelle de 1867 dont il tire plus de 12 000 clichés et de celle de 1889.

                                             Nain tartare expo 1867 (Pierre Petit)

 

     Enfin il a pu photographier le chantier de la statue de la Liberté alors que les plaques de cuivre de Bartholdi étaient assemblées sur la structure de Eiffel, dans le XVIIème arrondissement.

Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.

    Très vite Etienne Carjat égale son maître dont il retient la leçon, notamment pour l'éclairage et la mise en valeur du modèle qu'il fait poser le plus naturellement possible sur un fond neutre et sans décor qui éparpillerait l'attention.

                                                   Sarah Bernhardt (Carjat) 

 

     Il installe son atelier rue Lafitte (56) où il rencontre le succès. Il est lié au monde des arts et ses convictions politiques le rapprochent d'écrivains et de peintres soucieux de justice sociale.

   Le 56 rue Lafitte aujourd'hui. L'immeuble d'assurances construit en 1914 a supprimé l'immeuble où Carjat avait ouvert son atelier.

 

Emile Zola (Carjat)

Emile Zola (Carjat)

     Son amitié avec Courbet  traversera les années. Il partage avec lui le même enthousiasme pendant la Commune et le soutient dans les poursuites injustes qu'il subit après l'écrasement.

Courbet (Carjat)

 

     Il prend plus de dix photos de son ami et dessine plusieurs caricatures qui laissent percevoir son affection admirative

 

                  Courbet (Carjat)

Courbet (Carjat)

En 1866, Etienne Carjat déménage et installe son atelier rue Pigalle (62). 

62 rue Pigalle aujourd'hui. Là encore l'immeuble où Carjat avait ouvert son atelier a disparu au profit de ce vilain bâtiment.

     Il y restera quelques années avant de déménager une dernière fois, toujours dans le quartier de la Nouvelle Athènes, rue Notre-Dame de Lorette (10)

10 rue Notre-Dame de Lorette. Le seul immeuble qui soit toujours tel que Carjat l'a connu.

 

     Parmi les écrivains qu'il fréquente et considère comme des amis figure évidemment Victor Hugo.

                                                            Hugo (Carjat)

Il lui dédie le premier poème de son recueil "Artiste et citoyen".

 

A Victor Hugo

 

Des champs de la pensée, auguste moissonneur,

Quand ta faucille d'or a nivelé les plaines,

A peine reste-t-il pour le pauvre glaneur

Quelques uns des épis dont tes granges sont pleines;

 

Il faut chercher longtemps dans le creux du sillon,

Pour trouver quelque grain oublié sur la terre,

Mais si petit qu'il soit, ce grain est l'embryon

D'où peut jaillir demain le froment salutaire.

Baudelaire (Carjat)

Baudelaire (Carjat)

    Baudelaire fait aussi partie des admirations de Carjat qui le fréquente en voisin de la rue Pigalle où le poète vit avec Jeanne Duval.

Grâce à cette amitié, nous possédons quelques unes des plus belles photos de Baudelaire. 

Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.

     Mais il est inévitable d'en arriver au plus célèbre des portraits, celui qui a donné de Rimbaud l'image d'un ange inquiétant et fascinant...

 

Rimbaud (Carjat)

Rimbaud (Carjat)

     Etienne Carjat connaît bien Rimbaud car il fait partie avec lui et Verlaine du Club des Vilains bonshommes.

verlaine (Carjat)

verlaine (Carjat)

     Ce club d'inspiration parnassienne compte dans ses rangs Verlaine, Fantin Latour, André Gill, Banville, Mallarmé… et bien d'autres .

"Un coin de table" (Fantin Latour). Une réunion des Vilains Bonshommes. A gauche Verlaine et Rimbaud.

     C'est Verlaine qui y convie  en 1871 Rimbaud qui lit son fameux  Bateau Ivre.

 

     Carjat fait partie de l'assemblée et participe au repas mensuel des bonshommes qui aiment la poésie, le bon vin et l'absinthe!

Place Pigalle. Le Rat Mort (droite) et l'Abbaye de Thélème.

Place Pigalle. Le Rat Mort (droite) et l'Abbaye de Thélème.

     Les repas se terminent souvent sur le trottoir en de mémorables bagarres. C'est au cours de l'une d'elles, devant l'Abbaye de Thélème, place Pigalle, que le jeune Rimbaud blesse à la jambe Etienne Carjat avec une canne-épée.

Pochoir sur une palissade de Raspail (Pedro)

Pochoir sur une palissade de Raspail (Pedro)

     Rimbaud ne reviendra plus dans le club, mais ce qui est regrettable, c'est que Carjat qui avait pris de nombreuses photos du jeune poète, de retour dans son atelier, les eût détruites une à une. Il ne reste par miracle que celle que nous connaissons et qui suffit à la gloire de son auteur.

Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.

     Nous ne sommes pas certains de l'origine d'une autre photo qui représente Rimbaud plus jeune, bien que des exemplaires aient été publiés sur des cartons signés de Carjat.

Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.
Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.

     Les rimbaldiens ont plusieurs hypothèses à ce sujet. La plus vraisemblable serait que Verlaine aurait confié une photo de Rimbaud adolescent à Carjat afin qu'il la restaure.

Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.

     Il nous reste l'extraordinaire regard de Rimbaud sur la photo dont Carjat est assurément l'auteur. Cette photo est sa Joconde, son chef d'œuvre, dû en grande partie au charisme de son modèle.

 

Caricature de Gounod (Carjat)

Caricature de Gounod (Carjat)

     Quatre ans après cette photo, Carjat privilégiera la caricature en fondant la revue "Boulevard"

                                                    Daumier (Carjat)

     Il est marié et a deux enfants mais ce qui compte le plus pour lui c'est la fréquentation des artiste qu'il admire.

    Il est fidèle à ses idées généreuses et utopistes et garde au cœur "le temps des cerises".

Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.

     Il meurt le 9 mars 1906, dans la maison Dubois, (Xème arrondissement) l'ancien établissement fondé par Vincent de Paul et qui en 1953 prendra le nom d'hôpital Fernand Widal.

 

    Sans doute ne connaîtrons-nous jamais l'étendue de son génie de photographe, car la plus grande partie de son œuvre a disparu après avoir été vendue à un certain Mr Roth.

Le mime Debureau (Carjat)

Le mime Debureau (Carjat)

     Peut-être un jour réapparaîtra-t-elle, découverte dans un grenier ou dans une cave…

    Peut-être alors découvrirons nous d'autres clichés uniques et connaîtrons-nous d'autres illuminations!

Whistler (Carjat)

Whistler (Carjat)

Le mime Debureau

Le mime Debureau

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux
Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Jean Baptiste Troppmann, cet assassin qui a fait la une de la presse du Second Empire  a un lien avec Montmartre, en plus de celui de figurer en bonne place sur une toile à la fois naïve et violente exposée au premier étage du musée de la rue Cortot.

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

     En effet, avant que le Lapin agile prît ce nom, le cabaret de la rue des saules s'appelait le cabaret des assassins et ses murs étaient couverts de toiles représentant des crimes célèbres dont celui de Troppmann.

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.
Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Si le peintre est inconnu, le sujet de son tableau ne l'est pas. Il s'agit d'un crime qui passionna la société française tant il parut monstrueux.

Jean Baptiste Troppmann

Jean Baptiste Troppmann

L'histoire est assez compliquée, inutile d'entrer dans les détails.

 Un jeune homme de 20 ans, Troppmann,  empoisonne un père de famille, Jean Kinck, se débarrasse du fils aîné, Gustave Kinck, en le poignardant et en l'ensevelissant dans un champ, près des Quatre Chemins, à Pantin.

La famille Kinck. Jean et Hortense et trois de leurs six enfants.

La famille Kinck. Jean et Hortense et trois de leurs six enfants.

Il élimine ensuite le reste de la famille : Hortense la femme, enceinte de plusieurs mois, sa fillette âgée de deux ans et ses garçons âgés de 8, 10, 13 et 16 ans.

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Il les emmène en voiture de louage à Pantin, leur faisant croire que le père y a loué une maison. Dans le champ où il avait tué Gustave, il se livre à un véritable massacre.

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.
Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Il égorge, tue à coups de pioches, s'acharne sur ses victimes qu'il lacère avant de les enterrer dans une fosse.

D'après les experts, il aurait agi dans une sorte de crise de folie, avec une rage et une force décuplées....

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Le massacre comme tous les faits divers sanguinolents a un retentissement considérable et permet aux journaux de multiplier par dix leur chiffre de vente!

Le jeune criminel fascine et horrifie.

Ses crimes font l'objet de nombreuses études et interprétations. Certains enquêteurs ne veulent pas croire qu'il les  ait commis seul.

On a parlé de complices, de trafic de fausse monnaie...

 

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.
Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

La sauvagerie du massacre, les coups de couteau frénétiques, le démembrement à coups de pioche et de pelle sont détaillés au cours d'un procès suivi par une foule de curieux parmi lesquels des écrivains comme Flaubert, Dumas ou Barbey d'Aurevilly.

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Lautréamont voit en l'assassin un marginal, un révolté absolu se déchaînant contre l'image de la bourgeoisie, contre la famille, contre l'ordre établi...

Il parle dans ses poésies de "la révolte féroce de Troppmann"

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.
Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

S'il est vrai qu'il subsiste des zones d'ombres dans cette sinistre histoire, il est cependant avéré que l'argent en est le mobile.

Les juges ne s'y trompent pas et Troppmann est condamné à la guillotine.

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Il y a foule le 19 janvier 1870 pour assister à l'exécution et pour voir le condamné, soudain habité d'une force terrible, faire sauter les sangles qui le maintiennent sur la planche et mordre la main de son bourreau au point de presque sectionner un de ses doigts!

Parmi les spectateurs se trouve Ivan Tourgueniev qui a pu grâce à Maxime Ducamp rendre visite au condamné dans sa cellule avant d'assister au supplice.

La tête de Troppmann dessinée par Gill....

La tête de Troppmann dessinée par Gill....

Il en a laissé un récit bref et précis : "'L'exécution de Troppmann" 

"A l'apparition de Troppmann, le bruit de la foule se tut comme un monstre qui s'endort.

Enfin retentit un bruit léger de bois qui se heurtent. c'était la chute de la lunette supérieure avec la découpure transversale pour laisser passer le tranchant, la lunette qui prend le cou du criminel et rend sa tête immobile; puis quelque chose gronda sourdement, roula et éructa comme si un grand animal eût craché."
 

 

 

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Quelques mois après la mort de Troppmann, c'est le Second Empire qui est guillotiné à Sedan... bientôt suivi de l'invasion prussienne et de la Commune de Paris.

 Les résistants seront écrasés au cours de massacres sauvages qui ne feront pas le tri sur les barricades entre les hommes, les femmes, enceintes ou non, les gavroches...

Rien à voir me direz-vous avec Troppmann.

Oui vous avez raison mais j'y ai pensé malgré moi à cause de l'auteur du tableau dont le nom est  Douay...

Or c'est le général Douay, commandant des troupes versaillaises qui inaugura le dimanche 21 mai 1871 la Semaine Sanglante!

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Publié le par chriswac
Publié dans : #WACRENIER


         (...)  Côte à côte serrés, sans plainte, sans murmure,
           Nos soldats grelottants écoutent l'âpre cri
           D'un rapace de nuit, là-haut dans la ramure.
           L'eau monte, envahit tout. Et l'implacable ciel
           Semble pleurer sans fin de la glace et du fiel.


                                                                     Bois des Caures, devant Flabas, le 13 novembre 1914

                 L'homme qui écrit ces vers dans les tranchées parmi les plus abominables de la Grande Guerre survit sans doute grâce à la poésie qui lui permet de s'élever au-dessus de la boue et de la peur. Il est alors au Bois des Caures, un endroit qui fut jadis idyllique et qui au début de l'offensive allemande est transformé en enfer de sang et de terre mêlés. En février, la violence de l'assaut sera telle que 90% des chasseurs français seront décimés après avoir vu tomber plus de 80 000 obus... 

                        Je suis celui qui vient du monstrueux carnage,
                     L'anonyme blessé que la mort a frôlé,
                     Celui dont les yeux clairs ont vu l'ardent mirage
                     Flamber dans la mitraille et le souffle et l'orage...

                  



     (Illustration d'Arthur Mayeur pour le recueil de Paul Wacrenier : Par les Sentiers de la Guerre.) 


      Il a raconté comment, grièvement blessé, il s'est retrouvé cloué au sol, empêtré dans un réseau de barbelés. On ne pouvait le secourir tant était nourri le feu ennemi qui abattait comme au casse-pipe tout ce qui se dressait au-dessus du sol. Il eut recours à la prière et il vit soudain tomber la nuit. Il crut que la mort déjà l'enveloppait et il ferma les yeux. Ce n'est que quelques jours après qu'on lui raconta comment le ciel soudain s'était obscurci et comment une pluie serrée s'était mise à tomber sur les tranchées, enlevant toute visibilité aux tireurs allemands qui ne virent pas s'approcher les brancardiers.


      

 




                 Les poèmes de Verdun et des champs de bataille de Flandres et de Belgique évoquent la beauté des campagnes et des villes et par opposition le gâchis sanglant des destructions :

                                   Il était des sentiers d'ombre et de rêverie,
                                   Des sentiers parfumés, troublants, mystérieux,
                                   Et d'autres, lumineux, faits pour la griserie,
                                                Bordés d'herbe tendre et fleurie
                                                Où l'on marchait silencieux...

                                   (...)  Qu'êtes-vous devenus, là-haut, dans la fournaise?
                                           Quels informes débris gisent sous vos rameaux,
                                           Quel cauchemar rougit votre terre française,
                                                            sentiers où l'on cueillait la fraise
                                                            A l'ombre auguste des hameaux? 


              Parfois cet homme bon écrit des mots de haine qu'on ne peut comprendre si l'on n'a vécu comme lui et ses compagnons la boucherie de Verdun. Par ailleurs la haine du "boche" était bien ancrée au coeur des gens du nord qui avaient vécu massacres et destructions sans répit. La maison des Wacrenier avait été détruite pendant la guerre de 1870; la nouvelle demeure fut  anéantie en 1914  et le dernier refuge brûla sous les bombardements qui martyrisèrent Arras en 1940. Certains vers violents ne sont pas sans rappeler La Marseillaise si contestée aujourd'hui....
 

                                           Colère et pitié

                         Ces massacreurs d'enfants sont des hommes; des pères,
                         Ils ont une femelle et des jeunes là-bas.
                         Mais si le ciel est juste ils ne reverront pas
                         La vermine qu'ils ont laissée en leurs repaires
.

    Ou cet autre extrait d'un long poème écrit à la gloire des combattants sacrifiés et qui apostrophe l'Allemagne :


                   (...) Et toi, savante Germanie,
                         Dont les scandaleux attentats
                         Auréolent la félonie,
                         Toi qui déchires par manie
                         Les traités et les concordats,
                         Toi que le monde excommunie,
                         Toi dont la lourde tyrannie
                         A préparé notre agonie,
                         Que ta puissante ignominie
                         enfin se heurte à nos soldats.(...)


   Parfois la poésie est visionnaire et semble décrire celui qui moins de trente ans plus tard imposera au monde sa folie sanguinaire. Hitler a alors 25 ans, tout comme celui qui écrit ces vers :
                                    
                       Pourquoi?
                       Pour qu'un gredin maboul et sanguinaire
                       Puisse offrir à sa bande  un monstrueux butin.
                       Pourquoi?
                       Pour qu'un sinistre et vaniteux crétin
                       Puisse tenir en laisse un peuple mercenaire.
                       Pourquoi?
                       Pour qu'un rapace emporte dans son aire
                       En insultant le Ciel, la Vie et le Destin,
                       Les informes débris d'un rêve millénaire....


  Le blessé est emmené loin du front dans une école d'Alès transformée en hôpital militaire. Il subira plusieurs opérations et sa convalescence sera longue. Avant de subir sa première intervention, il voit s'approcher une belle infirmière portant sur un plateau un verre de rhum. Il n'y avait à ce moment là rien d'autre à proposer à ceux qui allaient être opérés. L'infirmière était pâle et le verre tremblait sur le plateau de métal. Le blessé s'adressa à elle et la pria d'avaler un alcool dont visiblement elle avait un besoin plus urgent que lui-même. Je ne sais si l'infirmière s'exécuta mais ce qui est sûr, c'est que quelques mois plus tard elle épousera ce poète un tantinet fanfaron. Il lui dédie un poème, prélude à bien d'autres : Fiançailles :



                            Un jour, je fus guéri ; je vous parlai tout bas,
                            J'entendis votre voix qui me disait : Peut-être...
                            Et tout à coup je vis où me portaient mes pas.

                            J'admirai la Bonté tendre du Divin Maître
                            Et je m'agenouillai, plein de trouble et d'émoi.
                            Un radieux bonheur envahit tout mon être :

                            Votre main se tendit, tremblante... Et ce fut Toi ! 



   Le mariage eut donc lieu à Alès et deux garçons naquirent dans cette même ville : Charles et Louis. Tout à fait guéri et ayant terminé ses études de droit (ce qui lui valut l'animosité temporaire de son père, chemisier dans le Nord et qui tenait à ce que son fils reprît l'entreprise familiale. Mais Paul avait été très jeune choqué par les injustices et par la condition difficile des paysans et des mineurs et avait décidé de consacrer sa vie à essayer de les aider). De retour dans sa région, il aura deux autres enfants : Jean et Aline.





      Il eut le temps avant de mourir en 1940 de se consacrer à ceux qu'il voulait assister de ses conseils. Il fut surnommé à Arras, l'avocat des pauvres et il fut plus souvent payé avec des pommes de terre et des poules qu'avec des espèces sonnantes et trébuchantes ! Il ne cessa d'écrire des vers qu'il dédia souvent à ses compagnons de combat. Comme tous ceux qui avaient vécu le temps des tranchées, toute sa vie en fut comme obsédée. Il présida cependant les Rosati,cercle de poètes artésiens où un certain Robespierre lui même natif d'Arras taquina la muse avant de se lancer dans la tourmente révolutionnaire. 

    Je vous propose, avant de quitter Paul Wacrenier, un poème différent où apparaissent sa sensibilité et son inquiétude :


                                           Sonnet


                                                             A mon père, à ma mère, à ma soeur.


                        Viens mon âme, c'est là que tu rêvais naguère...
                        Ne reconnais-tu pas la mousse et le gazon
                        Du chemin préféré que hantait ta chimère
                        A l'heure où les oiseaux chantent leur oraison ?

                        Le crépuscule monte avec un long frisson....
                        Voici le vieux lilas où m'attendait mon père,
                        Et l'on vient d'allumer l'antique reverbère
                        Dont la clarté blanchit le mur de la maison....

                        La fenêtre vers nous glisse un rais de lumière.
                        Rien n'est changé; le pont léger, sur la rivière,
                        S'offre à nos pas tremblants pour guider notre émoi...

                        Entrons par le jardin... On nous attend peut-être...
                        Et nous allons pleurer, et nous allons renaître...
                        Oh! Grâce! Assez d'horreur... ô mon âme... tais-toi!







 

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