5 août. Jour de crachin. Il est où le soleil, il est où?
6 août. Quatre copains au repos devant la corderie royale de Rochefort.
7 août. Dans le port de la Cotinière.
8 août. Costumes typiques de cette région.
9 août. On joue comme on pneu!
10 août. Le bain du chien. Comme une frise antique!
11 août. Glissade.
12 août. Couple de surfeurs et leur reflet.
13 août. La maison dans l'eau. Petit-Village.
14 août. "Enfin je ne peux pas te prendre sur ma planche!"
15 août. Pas de quoi déranger les mouettes! (Plage de la Cotinière).
16 août. Chorégraphie.
17 août. Leçon par temps gris.
18 août. Nouvelle religion! Surf akbar!
19 août. Cygnes sauvages sur le marais de Brouage.
20 août. A la queue leu leu...
21 août. Promenade du vieux chien aveugle.
22 août. vague à lame.
Le 23 août à la Rochelle. Le jongleur et ses chiens.
24 août. Matin clair sur le chenal d'Ors.
25 août: le bateau perdu dans le marais d'Ors.
26 août. La passe au goéland.
27 août. La dame au p'tit chien.
28 août. P'tit bonhomme.
29 août. Le seau rouge.
30 août. Les ailes bleues.
31 août. Terminer le mois en beauté.
Et voilà! l'été s'achève, les touristes sont partis, le rivage appartient aux goélands et comme chanterait Bardot, "coquillages et crustacés" sont tranquilles sur "la plage abandonnée". Il a fait froid, il a fait chaud, il a plu, il a fait soleil, il y a eu du vent, beaucoup... mais lumineux ou gris les jours se sont enfuis, de plus en plus vite avec l'âge qui monte, de plus en plus mélancoliques...
Je n'aime pas l'automne mais il est là, avec ses matinées trop fraîches et ses chasseurs qui préparent leurs armes.
Il y a quelques années j'avais été impressionné par l'ensemble des treize tapisseries de la Genèse dans l'église de l'abbaye aux Dames. Je leur avais consacré un premier puis un deuxième article.
J'ai tenu à les revoir cette année où les visiteurs entrent masqués dans la nef vouée à la musique pendant le festival de juillet. C'est justement pour que le son se répartisse mieux sans résonnance que naquit le projet à la fin des années 80 de couvrir de tapisseries une partie des murs.
Figure centrale de la 3ème tapisserie
Jean-François Favre, passionné d'art roman, fut choisi pour réaliser les 13 cartons qui seront fidèlement reproduits sur canevas de lin par des brodeuses et brodeurs enthousiasmés de participer à une oeuvre communautaire. De 1982 à 1996, plus de 700 personnes s'y impliquèrent.
La 1ère tapisserie : "L'esprit de Dieu planait sur les eaux"
Le visage de Dieu est au centre. Sa concentration va faire jaillir de la nuit le feu d'artifice de la vie. Mais tout est calme encore. Le silence règne mais l'immobilité frémit déjà autour de lui comme les ondes autour d'un caillou tombé dans l'eau.
La 2ème tapisserie : "Dieu sépara la lumière et les ténèbres".
Les ténèbres commencent à vibrer et à être percées par les yeux grands ouverts du hibou, tandis qu'au-dessous la lumière s'éveille, jouant avec les formes. Un visage sort de la nuit et garde un oeil encore nocturne tandis que se soulève la paupière de l'autre, comme un nouveau soleil sur l'horizon.
La 3ème tapisserie : "Qu'il y ait un firmament au milieu des eaux et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux."
Les eaux d'en haut, celles qui sont portées par les nuages, les eaux d'en-bas, celles des lacs, des rivières et des mers. Larmes de tristesse, larmes de joie... déjà se prophétisent l'abondance et l'irrigation mais aussi l'inondation et le déluge.
La 4ème tapisserie : "Que les eaux inférieures au ciel s'amassent en un seul lieu et que le continent paraisse."
Magma, soulèvement des montagnes, jaillissement des eaux... Le visage de Dieu est au centre comme un soleil. On retrouve dans ce dessin l'inspiration des arts dits primitifs, la géométrie, les couleurs aussi bien d'Afrique que d'Amérique du sud.
La 5ème tapisserie : "La terre produisit des herbes portant semence selon leur espèce."
On voit la montée des plantes vers le ciel et le délire ordonné des feuilles et des fleurs. La gamme des couleurs surprend. Le douanier Rousseau peignait la jungle plus verte que verte. Ici le rouge et le violet dominent. Le rouge couleur de la pulsion de vie, de la sève comme du sang. Le violet couleur du mystère, dans la liturgie couleur d'avant Noël et d'avant Pâques. Avant la naissance, avant la mort, avant la résurrection. C'est le cycle de la nature, de la graine à la plante qui s'épanouit, qui meurt et qui renaît.
La 6ème tapisserie : "Qu'il soit des luminaires au firmament du ciel pour éclairer la Terre"
Un visage qui me fait penser à mon chat, ouvre les yeux pour assister à l'apparition des astres, constellations, lunes... comme un soir de 14 juillet mais avec des feux qui ne s'éteignent pas après nous avoir éblouis.
La 7ème tapisserie : "Que les eaux grouillent de bêtes vivantes."
Le visage a des yeux qui ressemblent aux poissons, il n'a pas de bouche étant dans les profondeurs, dans le monde du silence. La tapisserie représente moins un grouillement qu'une harmonie de vies, petits soleils des semences, passage dans un sens et dans l'autre des poissons muets.
La 8ème tapisserie : "Que les oiseaux volent au-dessus de la Terre contre le firmament du ciel."
Au-dessus de la terre sombre avec ses maisons aux toits pointus, les aigles-totems font la liaison entre le monde des hommes et le ciel. Les visages montent comme des montgolfières et battent des ailes.
La 9ème tapisserie : "Que la Terre produise des êtres vivants selon leur espèce."
Le visage a les yeux presque clos, comme si le créateur était trop concentré sur son oeuvre pour la regarder se réaliser. Les animaux apparaissent : éléphant, buffle, gazelle, lion, partageant paisiblement la même nature. Vision idyllique de l'oeuvre divine à laquelle Victor Hugo opposera ses vers : "Le monde est une fête où le meurtre fourmille et la Création se dévore en famille." Mais restons confiants, le prophète Isaïe nous annonce des temps où le petit de la vache dormira avec le lion!
10ème tapisserie : "Dieu fit toutes les bestioles selon leur espèce."
Les bestioles! Tous ces petits êtres qui ont un rôle essentiel dans le renouvellement des plantes... les insectes avec leur carapace, leurs antennes, leurs mille pattes, courent et vrombissent parmi les autres animaux, parmi les oiseaux, sous le regard du lièvre qui replie ses oreilles comme le lapin d'Alice au pays des merveilles.
11ème tapisserie : "Faisons l'homme à notre image comme à notre ressemblance"
Et voilà celui que l'on attendait et pour lequel tout a été créé dans l'espoir naïf qu'il prendrait soin du trésor qu'on lui confiait : L'homme. Le fond a la couleur de la terre avec laquelle il a été modelé. Double visage, il est homme et il est femme.
12ème tapisserie : "Dieu vit tout ce qu'il avait fait. Il bénit le septième jour et le sanctifia."
La Création terminée, Dieu peut la bénir et se reposer. Les yeux éclosent, démultipliés, sur la beauté du monde. On peut reconnaître quelques symboles du peuple de la Bible, la ménorah, l'étoile de David. Le rouge et le bleu se complètent et chantent l'harmonie de la vie.
13ème et dernière tapisserie : Les sept jours de la Création.
Sept jours et sept visages, attentifs, étonnés, satisfaits. Dieu est content de lui, "Il vit que cela était bon". La dernière tapisserie beaucoup plus grande est à part, dans le transept. Elle est un résumé des douze tapisseries de la nef. Chant de couleurs, de formes, elle ramasse la semaine dans un ovale, une mandorle qui annonce celle qui entourera le Christ dans la sculpture romane ou dans les icônes.
Je suis sorti de l'église de pierres blanches avec un sentiment étrange. Cette belle histoire de la Création du monde m'enchante évidemment comme un livre d'images, comme un conte pour enfants. Mais elle m'évoque une lointaine époque où l'homme ne voyait que profit infini dans la nature inépuisable.
Aujourd'hui, nous avons sous les yeux une nature blessée. les animaux disparaissent victimes du goût insatiable des hommes pour l'argent et la puissance. Les glaciers fondent, les forêts brûlent. Peut-être les tapisseries de l'Apocalypse d'Angers sont-elles plus d'actualité!
C'est une des curiosités de la région : la croix hosannière de Moëze...
Elle se dresse dans le cimetière, à quelques pas du clocher gothique rescapé des Guerres de Religion et que les Réformés épargnèrent pour la seule raison qu'il pouvait servir d'amer et guider les navires.
L'église ancienne n'a pas eu la même chance, elle a disparu corps et âme!
La croix hosannière a l'allure d'un petit temple grec carré surmonté d'une pyramide.
Elle a été élevée au XVIème siècle (on avance la date de 1530) à proximité de l'église où se trouvait l'ancien cimetière.
C'est un édifice funéraire, comme les lanternes des morts.
On en trouve dès le Xème siècle dans l'ouest de la France. On peut en voir une cinquantaine dans la région Poitou-Charente et 31 dans le seul département des deux-Sèvres.
Croix hosannière de Gourgé (Deux-Sèvres)
Croix hosannière d'Aulnay de Saintonge
Mais la plus belle, la plus monumentale, unique en son genre, est bien celle de Moëze!
Il est facile de comprendre pourquoi on l'appelle aussi "le temple" de Moëze.
Sur une base carrée, le péristyle est formé de vingt colonnes corinthiennes à fût cannelé, dont 4 sont en retrait, à l'intérieur.
On s'interroge sur la destination de ce monument. On a pu penser qu'il abritait un ossuaire ou qu'il s'élevait sur une fosse commune mais ce n'est qu'une hypothèse fragile. Ce qui est sûr c'est qu'il servait de point de ralliement lors de la procession du Dimanche des Rameaux qui ouvre la Semaine Sainte.
Son nom de "croix hosannière" viendrait des cantiques à la gloire de Dieu que l'on chantait alors : "Hosanna in excelsis Deo" en brandissant des palmes qui rappelaient celles avec lesquelles la foule avait salué l'entrée du Christ à Jérusalem.
Une autre hypothèse plus contestée suggère que le nom viendrait de l'hosanne, nom que l'on donne dans le Poitou au buis que l'on bénissait aux Rameaux et qu'on déposait au pied du monument.
Une inscription latine court sur les quatre côtés:
"Pueri hebraeorum..."
Les enfants des Hébreux
"...portantes Ramos olivarum..."
...portant des rameaux d'olivier
" ...obviaverunt Dominus clamantes..."
...allèrent à la rencontre du Seigneur en chantant
" ...et dicentes Hosanna in excelsis."
et en disant : hosanna au plus haut des cieux.
Ce n'est qu'en 1629 que le "temple" fut surmonté d'une croix sur un support pyramidal à bossages, un peu maigrelet de proportions.
Les conventionnels rochefortais obtinrent qu'elle fût démontée... Il fallut attendre 1825 pour qu'elle retrouvât sa place.
Mais ses mésaventures n'étaient pas terminées!
La tempête de 1999 l'abattit et il fallut la remonter de nouveau là où elle est décidée à ne plus broncher en attendant le Jugement Dernier!
On peut voir sur un des côtés une pierre saillante qui servait d'autel pour la célébration des offices.
Il y est gravé : "Occurunt turbae cum floribus et palmis".
"Les foules accoureront avec des fleurs et des palmes."
Notons enfin que les auteurs de cet élégant édifice seraient les architectes italiens ramenés dans ses malles par Madame de Soubise, gouvernante de Renée de France, duchesse de Ferrare...
Ainsi aurions-nous un peu d'Emilie en Saintonge!
Il paraît que traditionnellement on enterrait les prêtres au pied de la croix hosannière mais à Moëze, il y a, à proximité une tombe plus originale et touchante.
Des mains aimantes ont cassé les belles assiettes de la défunte pour composer un puzzle naïf et vivant.
En attendant qu'un jour d'avril tous ces morceaux se réassemblent pour un repas joyeux qui ressuscitera les fêtes du passé!
Une autre tombe, récente porte le même nom de famille que Pierre Loti enterré dans le jardin de la maison des aïeules dans l'île d'Oléron.
Le défunt dont l'âme s'élève avec le goéland avait-il un brave chien qui l'attend sur le rivage, et deux chats gris, deux chattes peut-être comme celles de Pierre Loti qui leur consacra un de ses plus beaux livres.
Pas étonnant que les morts soient si vivants à l'ombre de la croix hosannière de Moëze!
Pendant deux semaines de juillet le petit musée de Saint-Pierre d'Oléron a connu une affluence exceptionnelle. Je ne sais si ce succès était dû à l'exposition qu'il propose et qui a pour thème les costumes traditionnels de l'île ou si plus prosaïquement le mauvais temps, sorte de Toussaint en plein été en était la cause!
Disons pour ne mécontenter ni les dieux de la météo ni les responsables du musée que cette réussite est due aux uns et aux autres!
Plus sérieusement, l'expo est faite avec pédagogie et goût. Des mannequins dont la tête a été remplacée par un miroir ovale portent les costumes d'antan et, jolie surprise qui plaît aux enfants de tout âge, de jolies poupées anciennes dans leur vitrine sont habillées des mêmes costumes miniatures.
La mariée
Contentons-nous aujourd'hui des coiffes qui sont si particulières et si variées sur cette terre qui sut préserver longtemps ses partIcularités.
A tout seigneur, tout honneur, la première, la plus belle est le "ballon", la coiffe de la mariée.
Ample et couvert de dentelle, elle pose sur la tête des plus ou moins heureuses élues une tiare blanche, une couronne parfumée de fleurs d'orangers.
Le ballon est la plus grand coiffe des régions françaises. Il a été porté jusqu'en 1914 et peut mesurer jusqu'à 75 cm de large et 40 cm de haut.
Il était très coûteux et seules les mariées de famille aisée pouvait l'acheter (il valait le prix de deux braves et bons boeufs). Les autres le louaient.
La calotte
Il était monté sur la calotte et sur un bonnet qu'on appelait "berthe".
Voisine de la mariée dans la vitrine, la poupée porte la "coiffette".
C'était une coiffe à l'origine très simple qui sous l'influence de la mode parisienne à la fin du XIXème siècle devient plus sophistiquée avec broderies, plissé, dentelles.
Elle est utilisée couramment dans la vie sociale, les jours de marché par exemple. La légende qui figure sous le couple d'enfants montre bien qu'elle ne se faisait pas remarquer et appartenait au quotidien :
"Tu fais fi d'moué parce que je suis en coiffette, mais si tu voyais mes dessouts..."
Jene femme avec coiffette.
Voici maintenant la colinette, belle coiffe qui fait penser en plus simple au ballon de la mariée. Il en existe deux sortes, la colinette de jour et la colinette du dimanche, plus ornée.
C'est une coiffe "de sortie" que l'on aime porter en société.. Elle permet une grande fantaisie et aucune n'est semblable à l'autre, sinon dans la forme générale qui est ample et met en valeur le visage.
Elle est portée, comme le ballon sur la calotte où elle est épinglée.
La coiffe suivante est à l'honneur puisque deux poupée en sont coiffées.
Il s'agit du ballet dont le nom proviendrait de l'auvent, appentis construit près de la maison et nommé ainsi en saintonge.
Il est en réalité un chapeau de soleil, posé sur la calotte et destiné à protéger la peau des belles charentaises des rayons qui brunissent le teint, ce qui était peu apprécié de ces messieurs! Les temps et les moeurs changent vite!
Constitué de feuilles de carton sur lequel est fixé un tissu de "nankin", coton serré de couleur bistre, il ne sera jamais lavé et servira toute une vie.
Il est large (40 à 60 cm) et haut (40 à 50 cm) et il est utilisé pendant le travail, aux champs ou à la côte.
Nous terminons avec la coiffe la plus connue, celle qui fut portée jusqu'au milieu du siècle dernier sur l'île et qui l'est encore, surtout au nord, par de vieilles oléronnaises: le quichenot (souvent appelé kissnot)
Elle était de genre masculin malgré son usage réservé aux femmes. Peu à peu le féminin a pris le dessus et aujourd'hui elle est souvent présentée comme la quichenot.
L'origine du nom a fait naître une légende que beaucoup prennent pour historique. L'île comme on le sait faisait partie d'une région "occupée" du XIIème au XIVème siècle par nos "amis" anglais. Les charentaises pour se défendre des approches galantes des occupants, auraient inventé cette coiffe qui protège le visage, bien en avant et fait barrage aux tentatives de baisers. Kiss not! Ne pas m'embrasser!
La réalité est moins romanesque. Le nom "quichon" existe dans le centre et le midi de la France. Il désignait un tas de foin et les faneuses étaient appelées quichenottes.
Cette coiffe portée sur un mouchoir de tête ou un bonnet protégeait les Charentaises, non des baisers britanniques, mais des morsures du vent et des brûlures du soleil.
Le quichenot est de loin la coiffe la plus portée et on peut encore de nos jours le rencontrer sur quelques vieilles femmes. Ne parlons pas des groupes folkloriques qui, naturellement, conservent la tradition et veillent avec attention sur l'authenticité des costumes.
La coiffe est en percale blanche et tombe sur les épaules. Elle est teinte en noir pour le deuil.
Et c'est avec elle que nous quittons le musée où les poupées dans leur vitrine, les yeux écarquillés, regardent passer les enfants et les visiteurs cheveux à l'air et visage à moitié mangé par un masque anti covid qu'on pourrait appeler à juste titre kissnot!
Quand vous quittez l'île d'Oléron à la recherche d'une ville digne de ce nom, vous n'avez qu'une vingtaine de kilomètres à parcourir pour entrer dans Rochefort "ville nouvelle du XVIIème siècle".
Rochefort, depuis que Jacques Demy l'a réveillée avec ses Demoiselles, nous attire vers sa grande place, la place Colbert qu'enchantèrent Catherine Deneuve et Françoise Dorléac...
Sur cette place large et lumineuse, typiquement charentaise avec ses façades claires, ses toits de tuiles et ses grands arbres, un arc de triomphe surmonté d'une indolente sculpture nous attire.
Carte postale (1907)
Il s'agit en réalité d'une fontaine monumentale érigée en 1757 sur la place Colbert qui portait alors le nom des Capucins avant d'être "baptisée" à la Révolution, Place de la Liberté et d'être par la même occasion dotée d'une guillotine très active.
Au sommet du monument, un homme couronné et une femme joignent leurs mains et poussent de l'avant-bras comme pour un bras de fer.
Le royal personnage n'est autre que l'Océan Atlantique qui se prend pour Poséidon.
La femme, modeste et consentante, est la Charente. Peut-être ressent-elle quelque crainte avant de s'engager avec un époux si imposant.
Le bras de fer n'en est pas un mais au contraire union des mains pour le mariage de cet époux considérable et de la Charente, la nonchalante Charente, la capricieuse Charente qui transforma en s'en retirant, le port de Brouage voisin en un village campagnard en pleine terre, étonné de ses inutiles remparts.
Le groupe représente ce mariage entre les deux célébrités, la réunion de leurs eaux, le moment où l'une se jette dans l'autre pour s'y perdre.
Royale sculpture qui porte bien la marque de son siècle et qui est due à Victor Bourguignon, illustre artiste dont je ne connais aucune autre production.
Sur les piliers de l'arc, sont représentés des symboles de la rivière et de la mer. Roseaux, coquillages, fleurs des rives...
Les cartes postales anciennes permettent de voir qu'il y avait une vasque sur pied au milieu de l'arc. Elle a aujourd'hui disparu pour être remplacée par un jet d'eau maigrelet...
La Charente s'exprime en termes choisis pour remercier les Rochefortais :
"Nymphe heureuse, j'errais depuis longtemps au milieu des campagnes variées Plus heureuse aujourd'hui je coule dans vos murs"
Elle ne dira pas que depuis son mariage que rappelle cette sculpture, elle s'est amenuisée et a perdu de sa superbe devant un océan qui ne compte plus le nombre de ses conquêtes.
Je republie cet article qui date de 2013! Je croyais alors que ce manège "monument historique" resterait à La Rochelle qui le conserverait jalousement. Il n'en est rien. Il n'y a plus de manège Bayol à La Rochelle. Vous verrez à la place une vilaine attraction et des sanitaires.
La Rochelle ne manque pas de monuments qui font de la ville un des sites les plus visités de France. Parmi les trésors qu'elle recèle, il n'y a pas que les monuments historiques architecturaux, il y a près du port, un manège qui réjouit les petits et les amateurs d'art forain : le carrousel de Bayol...
La revue "Louvre" parle de lui comme d'un "bijou rarissime"...
Il faut dire qu'il ne reste presque plus de manèges intacts de la fin du XIXème siècle et que parmi eux, ceux d'Auguste Bayol, artiste angevin de génie, ne sont plus que deux. L'un est à Vienne au Prater, l'autre à la Rochelle...
Il n'est donc pas surprenant que ce témoin précieux d'une époque et d'un art perdus ait été classé et fasse désormais partie du patrimoine français.
Bayol a sculpté bien des animaux mais ce sont les chevaux qu'il préférait et dont il savait rendre la nervosité et l'élan.
Il n'existe pas de plus beaux chevaux forains que les siens. Ils sont à la fois réalistes et magiques, ils s'échappent des contes de l'enfance et nous regardent avec des yeux doux et sauvages...
La ville de la Rochelle consciente de leur valeur a tenté de les racheter mais leur propriétaire a refusé de s'en séparer comme il avait refusé quelques années plus tôt de les céder à un riche américain qui lui offrait plusieurs millions de dollars...
Le carrousel reste en France et ne connaîtra pas le triste sort des cloîtres romans du sud-ouest démontés pierre à pierre pour être remontés à New York loin du soleil doré qui donnait vie aux chapiteaux sculptés...
Créé en 1883, Il est aujourd'hui le plus ancien manège de France.
Moi qui suis montmartrois, je rêverais de le voir tourner sur la place des Abbesses où un ignoble manège en plastique fluo s'est échoué depuis quelques mois...
Mais je dois reconnaître qu'il est mieux à la Rochelle (où il a élu domicile depuis 1975) dans la lumière claire et vibrante de l'Atlantique, avec pour voisins les voiliers et les goélands...
Parmi les animaux favoris de Bayol, on trouve le chat, le coq, le cygne, le cochon et l'âne...
Le chat plaît particulièrement aux petites filles...
La tempête de 1999 s'abattit sur le manège et endommagea quelques sculptures ainsi que l'orgue de Gasparini de 1870.
Cet orgue exceptionnel est depuis en réparation et l'on s'impatiente de cette convalescence interminable.
Les automates, emprisonnés et muets, sont protégés par un grillage...
c'était à l'origine un instrument à cylindre, transformé en 1900 en orgue à cartons...
Souhaitons que le carrousel de Bayol continue longtemps son voyage, lui qui a déjà franchi plusieurs fois la distance de la Terre à la Lune!
Voilà neuf mois que je n'étais pas retourné au refuge des Pachats et comme chaque été c'est avec émotion que je pousse la lourde porte rouge du jardin où sont recueillis les chats abandonnés de la commune du Château d'Oléron.
Chaque fois que je retrouve ce petit village de cabanes construites pour permettre aux chats de trouver un endroit bien à eux, je repense à mes deux chattes que j'y ai recueillies il y a 7 ans déjà.
Plume et Bella du refuge des Pachats
Dans l'infirmerie, là où j'ai rencontré pour la première fois Bella qui bien que n'étant pas malade avait besoin de ce refuge dans le refuge par goût de l'indépendance, il y avait Shana.
Le regard de Shana trahit un sentiment mêlé de crainte et de confiance, cet appel muet des bêtes qui savent que les hommes peuvent tout, le pire et parfois le meilleur. Je ne cesse de voir ce regard chez le mouton aux pattes liées, chez le boeuf au seuil de l'abattoir. Jusqu'au dernier moment la bête sait que son ultime espoir vient de l'homme.
Shana a été trouvée à Gibou près du Château, une patte arrière lacérée, l'os à vif. Sans doute avait-elle été victime d'un piège et n'avait-elle pu s'échapper qu'en provoquant ces terribles blessures. On voit des animaux capables de se mutiler pour abandonner leur membre captif aux dents du piège.
Elle a eu la chance d'être ramassée par une bénévole du refuge. Elle a été emmenée aussitôt chez le vétérinaire qui a été contraint de la mutiler. Je ne dirai, pas le nom de cet homme dévoué qui aurait pu depuis des années prendre sa retraite et qui a le coeur trop grand pour fermer sa porte. Shana a été choyée, caressée au point de reprendre goût à la vie et sauter sur trois pattes dans le local qu'elle partage avec quelques chatons, en attendant le jour où elle rejoindra le grand espace commun.
Cosette, la créatrice du refuge, me donne quelques nouvelles de ses protégés toujours plus nombreux. Pendant l'épidémie, des familles ont adopté des chatons pour occuper les enfants.. Les vacances venues avec le déconfinement, elles ont dans le mailleur des cas abandonné le chat devenu encombrant. La seule SPA compte 11 000 abandons depuis juin dans ses refuges!
Depuis septembre quelques chats au bout de leur vie ont quitté le refuge où ils ont vécu leurs dernières années en sécurité, suivis avec attention par les bénévoles. Sans le refuge ils auraient connu le sort de tant d'animaux qui tentent de survivre dans notre indifférence. Affamés, transis, malades, chassés...
Quelques chats que je connnaissais sont morts de ce qu'on pourrait appeler leur "belle" mort, c'est à dire de vieillesse.
En février un chat de 19 ans a été mis en pension au refuge. Sa maîtresse hospitalisée ne pouvait faire autrement que le laisser, rassurée malgré sa peine profonde, de le savoir aux Pachats. Le chat cherche sa maîtresse, il ne peut exprimer son désarroi d'être soudain enlevé à 19 années de vie commune, d'habitudes rassurantes et de caresses. Mais ici on l'appelle par son nom, on le considère, il a sa place.
D'autres pensionnaires sont morts de maladie. Je me rappelle quelques uns d'entre eux qui venaient se caresser à mes jambes me suivaient sans me lâcher d'une patte. Dans une autre vie, je reviendrai, je leur consacrerai mon temps et je rendrai aux animaux que pendant ma vie vagabonde je n'ai pas assez aimés, toute l'attention qu'ils méritent.
J'ai pris en photo quelques uns de ces chats différents et semblables. Je sais comme tous ceux qui s'intéressent à eux à quel point chacun d'eux peut développer ses dons quand il trouve une maison où on l'aime.
Les chats ont l'art de porter attention à ce qui est important et de relativiser le fatras qui nous préoccupe.
L'important c'est se poser en rond à la meilleure place et tourner avec la planète autour du soleil.
L'important c'est ouvrir les yeux quand revient l'être aimé, réclamer des croquettes, histoire de se rassurer et de contrôler qu'on ne compte pas pour du beurre.
L'important c'est être fasciné par la poussière qui danse dans le soleil, la mouche qui fait du looping au-dessus des assiettes, la pluie qui ferme portes et fenêtres.
L'important c'est la beauté qui passe sans faire de bruit et s'arrête soudain pour vous donner le temps de l'accueillir
L'important c'est tout ce qui roule dans une petite tête où une bonne place vous est réservée
Voilà, je pourrai pendant des heures chanter un hymne aux chats de tout poil, mais aujourd'hui c'est à Cosette et à la belle équipe des bénévoles que je le chante.
C'est début juillet que les dunes d'Oléron se couvrent de fleurs jaune clair qui se haussent sur leur tige, espérant en vain rivaliser avec les roses trémières qui préfèrent les ruelles blanches et les cabanes multicolores des ostréiculteurs.
Entre Saint-Trojan et Vertbois, elles ouvrent leurs corolles à la nuit tombée et au petit matin, pétales légers que le vent balance.
Leur nom le plus courant ne rend pas grâce à leur fragilité. Leurs longues feuilles suggérant les oreilles de l'âne sauvage, on les appelle onagres.
L'onagre ou hémione (tiens! à une lettre près il aurait le nom de la frégate de Lafayette à Rochefort) est comme tant d'autres animaux en voie de disparition. Il tente de survivre vaille que vaille en Asie centrale.
Notre fleur porte plusieurs noms en réalité.
Un nom savant réservé aux botaniste : oenothère. Parmi les dizaines de variétés, notre îlienne est une oenothère biennale. Son patronyme latin "oenothera biennis" vient du grec oinos, le vin, et therion, l'animal sauvage. On croyait que ses racines trempées dans du vin apprivoisaient les animaux sauvages. Une autre version prétend que ces mêmes racines séchées avait une odeur vineuse.
Un de ses plus anciens noms est "la panacée du roi" (king's cure en anglais). Les herboristes lui trouvaient des vertus curatives, notamment pour le traitement du déssèchement de la peau et des démangeaisons. Vertus qui lui sont toujours reconnues grâce à l'huile tirée de ses graines riches en acides gras.
Un autre nom encore rend grâce à son élégance : "belle de nuit". C'est en effet quand le jour baisse qu'elle s'épanouit et embaume. Citons encore "herbe aux ânes" ou "primevères du soir".
Notre belle de nuit n'a pas toujours vécu chez nous. Elle est venue au XVIIème siècle à bord des navires qui commerçaient avec l'Amérique du nord. Les marins et les botanistes avaient appris des autochtones qu'utilisée en cataplasme, elle calmait les affections de la peau.
Personne aujourd'hui ne vient récolter les graines d'onagre dans les dunes protégées (plus ou moins bien).
Pendant un mois, elles parfument les dunes fragiles
Elles les ensemencent de milliers de petites étoiles couleur citron
Elles font partie, sans prétention, de la beauté du monde.
En cet été 2021, je recherche en vain la ville de pierres qui s'étendait année après année sur le rivage de Chassiron.
Sur la route qui va du phare à la plage des Huttes, elle apparaissait soudain comme un mirage...
Une Cappadoce de galets qui semblait venir de la nuit des temps géologiques, un monde onirique par où le facteur Cheval serait passé...
Des amas de pierres dominés par des cheminées de fées, des tours incertaines que le vent déséquilibrait parfois...
Le vieil Océan, les jours où il est bien luné, les caressait du bout des vagues, faisant mousser une caresse d'écume à leur pied....
Quand soufflaient les tempêtes des mois noirs, il changeait d'humeur et renversait les édifices les plus fragiles ...
Mais les bâtisseurs revenaient aux beaux jours et la ville blanche retrouvait ses gratte-ciel, un peu plus nombreux chaque année.
Les passants du hasard, fascinés par ce paysage à la fois figé et tremblant, se prenaient au jeu et devenaient poètes en élevant une tour où chaque caillou était comme un mot dans un alexandrin, un octosyllabe.... parfois un peu boîteux.
Ici ou là, une arche dessinait un cercle de ciel....
Bleu ou gris... La nuit, les étoiles y scintillaient entre les galets...
Ville de rêveurs et d'architectes de l'inutile....
Ville dont chaque pierre avait une histoire qui remontait à la création du monde...
Une histoire de séismes, de falaises, d'arrachement
Une histoire de tangage et de roulis
De lente métamorphose
Et de caresses
Aujourd'hui la ville de pierres a disparu et pas une seule colonne de galets ne reste debout.
Elle a été engloutie et nul n'a songé à la rebâtir avec les galets de la falaise.
La commune de Saint-Denis a jugé dangereux ce rêve de pierres et en a ordonné la destruction.