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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

   L'auberge du clou, 30 avenue Trudaine, fait partie de l'histoire montmartroise. Il était difficile d'imaginer qu'elle serait un jour sacrifiée malgré les protestations des riverains et des amoureux de Montmartre. Voilà! C'est chose faite, elle a été saccagée et remplacée il y a quelques mois par un établissement aseptisé et sans âme qui fait partie d'une chaîne : le Season Martyrs, "restaurant healthy au cœur de Pigalle"!

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

"Season" un nom angliche pour être branché et faire comme si le mot ne venait pas du français "Saison" et "Martyrs" pour rappeler la rue voisine plus "bobo" que l'avenue Trudaine qui est la véritable adresse du restaurant.

Martyrs, c'est bien choisi au fond pour un lieu historique saccagé

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

    Il faut rappeler ce qu'était ce lieu et l'importance qu'il a eue dans la vie mouvementée et créatrice du quartier.

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

     Il est créé en 1881 par Jules Mousseau, acteur qui jouit d'un certain renom pour avoir joué avec succès dans l'Assommoir, pièce tirée du roman de Zola. Mousseau  a pour associé Paul Tomaschet dont la femme (la mère Tomas) figure dans l'encadrement de la porte sur le cliché ci-dessus.

                                                   Jules Mousseau (à gauche) dans l'Assommoir).

     Le succès de l'auberge est immédiat. Il est dû en bonne partie à Depaquit. Ce dernier s'est brouillé avec Rodolphe Salis et pour marquer son irritation décide de ne plus fréquenter le Chat Noir. Il quitte ce cabaret avec toute sa bande des hydropathes et trouve refuge à l'auberge du clou!

Depaquit, maire de la Commune libre de Montmartre.

Depaquit, maire de la Commune libre de Montmartre.

    Une précision sur le nom de l'établissement. Il est dû à une habitude que l'on trouve dans d'autres cabarets, celle de planter sur le mur des clous qui permettent aux artistes fauchés d'accrocher un tableau afin de payer leur écot.

 

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

     Les murs sont vite surchargés et il faut entreposer les oeuvres dans la cave! D'autant plus que neuf grandes toiles de Willette occupent une bonne partie des surfaces disponibles! Malheureusement ces toiles ont disparu comme beaucoup d'autres qui ornaient les cabarets de Montmartre.

 

   Un autre artiste de Montmartre, et non des moindres, participe au décor. Il s'agit de Steinlen, le peintre des chats, l'humaniste du Cat's cottage.

 

    Dans la cohorte qui suit Depaquit on trouve Alphonse Allais, Jehan-Rictus, Léon Paul fargue, Alfred Jarrry... Que du beau monde, des artistes marginaux qui mettent de l'ambiance dans les cabarets montmartrois qu'ils fréquentent.

   

 Dans la grande pièce du rez de chaussée trône un vieux piano qui malgré ses notes déficientes permet à Erik Satie d'improviser de courts récitals qui servent à régler ses additions fortement alcoolisées par l'absinthe.

Satie (Valadon)

Satie (Valadon)

         C'est à l'auberge du clou que Satie rencontre Valadon pour qui il éprouve illico une passion dévorante. La liaison durera cinq mois, ce qui n'est pas mal à Montmartre. Il n'est pas sûr que Suzanne ait éprouvé la même attirance pour le musicien mais ce qui est sûr c'est que ce dernier eut l'imprudence de lui présenter un de ses bons amis, Paul Moussis, qui séduira la jeune femme et l'épousera.

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

   Un autre musicien aime se mettre au piano, c'est Achille de Bussy, le futur Claude Debussy! Il vient sans doute mettre en pratique les leçons qu'il a reçues d'Antoinette Mauté, sa prof qui le reçoit non loin de là, rue Nicolet où sa fille Mathilde élève son fils George, fruit de son mariage avec Paul Verlaine qui s'est enfui loin du logis familial avec Rimbaud.

Courteline (Charles Léandre)

Courteline (Charles Léandre)

    Un des habitués les plus fidèles n'est pas musicien mais écrivain. Courteline a sa table située à un endroit stratégique d'où il peut observer et entendre. Il note dans ses carnets les réparties les plus savoureuses susceptibles d'être réutilisées dans ses pièces. Il est au fond l'inventeur des "brèves de comptoir".

"Le chalet" du 5 rue d'Orchampt où habita Courteline.

"Le chalet" du 5 rue d'Orchampt où habita Courteline.

     Il ne fait défection qu'en 1903 lorsqu'il quitte Montmartre, le cœur brisé, pour s'installer dans un quartier en pleine expansion du côté de Picpus. Il a 45 ans et il vit cet exil comme un adieu à sa jeunesse excentrique et bohême. Il cesse d'écrire neuf ans plus tard, loin de son "cabinet de travail" de l'auberge du clou.

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

Pour le plaisir, quelques phrases qu'il a peut-être écrites à l'auberge du clou :

"On change plus facilement de religion que de café".

"L'alcool tue lentement. On s'en fout. On n'est pas pressés."

"Les pianos devraient être frappés de deux impôts. Le premier au profit de l'Etat, le second au profit des voisins." (j'imagine qu'il ne parlait ni pour Debussy ni pour Satie!)

"Je ne vais pas à la messe car c'est à l'heure de l'apéritif."

 

Maurice Chevalier et Mistinguett.

Maurice Chevalier et Mistinguett.

    Parmi les derniers clients célèbres  on peut citer Raimu qui peut-être venait jouer aux cartes à se fendre le cœur, Maurice Chevalier et Mistinguett...

Le clou peu avant sa "transformation"

Le clou peu avant sa "transformation"

le Seasons Martyrs!

le Seasons Martyrs!

     Et de nos jours, il y a quelques mois, à l'abri du silence covidien, en l'an de grâce 2021, l'auberge du clou a rendu son âme qui faisait partie de la grande âme de Montmartre. Rien ne rappelle son existence 30 avenue Trudaine, pas une plaque, pas une décoration....  

     Un habitant révolté rapporte ce qui lui a dit un ami américain : "C'est comme si on transformait le Lapin agile en Mc Do".

In memoriam!

In memoriam!

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Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

   S'il est un endroit qu'aimait Utrillo c'est bien ce croisement entre les rues Saint-Vincent et du Mont-Cenis. Montmartre y tentait de survivre et résistait tant mal que bien aux assauts de la spéculation immobilière.  

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

   Il fallait se hâter de sauver ne serait-ce qu'en images le vieux village qui sur ce versant nord voyait disparaître une à une ses vieilles maisons. Utrillo qui ne peignait pas toujours en s'inspirant de cartes postales venait de la rue Cortot voisine où il vivait avec sa mère Suzanne Valadon et Utter depuis 1912. Il n'avait à parcourir que deux cents mètres à peine! 

Le triste carrefour aujourd'hui! Sur la droite l'école reconstruite, au 2ème plan l'immeuble qui a écrasé la maison de Berlioz et en face l'autre immeuble qui l'a devancé.

Le triste carrefour aujourd'hui! Sur la droite l'école reconstruite, au 2ème plan l'immeuble qui a écrasé la maison de Berlioz et en face l'autre immeuble qui l'a devancé.

Le même carrefour en 1912...

Le même carrefour en 1912...

Au 1er plan la maison de Berlioz, en face l'autre maison villageoise. Les deux maisons ont été remplacées par les grands immeubles ingrats. et écrasants!

Au 1er plan la maison de Berlioz, en face l'autre maison villageoise. Les deux maisons ont été remplacées par les grands immeubles ingrats. et écrasants!

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Triste spectacle! Le même endroit aujourd'hui

Triste spectacle! Le même endroit aujourd'hui

     Songez qu'il y avait là la grande ombre de Louise Michel qui avait été directrice de l'école 26 rue du Mont-Cenis, celle de Berlioz qui avait vécu trois ans dans la maison d'en face, et un peu plus bas le vieux cimetière du village où quelques Montmartrois devenus célèbres reposaient.

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

     Berlioz avait "choisi" Montmartre pour des raisons financières, les loyers sur la Butte incommode d'accès étant bien inférieurs à ceux pratiqués dans Paris et notamment dans le quartier à la mode de la Nouvelle Athènes pourtant construit sur les terrains de la vieille commune de Montmartre

   

                                             Angle actuel Saint-Vincent, Mont-Cenis.

       La maison avait alors pour adresse 10-12 rue Saint-Denis (aujourd'hui 22-24 rue du Mont-Cenis). La rue ne changera de nom qu'après le rattachement de Montmartre à Paris, par un décret de juillet 1868, un an avant la mort du compositeur.

Harriet Smithson par Dubufe.

Harriet Smithson par Dubufe.

     Berlioz y emménagea en 1834 et y resta jusque fin1836. C'est là que naquit son fils Louis, fruit de l'amour du compositeur et de l'actrice irlandaise Harriet Smithson.

Maison côté jardin

Maison côté jardin

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

    Pendant cette période paisible, le jeune garçon vécut librement : "Nous avons une vue superbe sur la plaine Saint-Denis et un grand jardin où notre garçon court, crie et rit de toutes ses forces".

Le jardin et le puits.

Le jardin et le puits.

   

                                La maison à gauche et la montée de la rue du Mont-Cenis.

                                                  La maison et l'escalier en 1905

      Berlioz composa pendant ces années intenses Harold en Italie, Sara la baigneuse sur un poème de Victor Hugo (1834), la cantate "le cinq mai" (1835), l'opéra Benvenuto Cellini (1836), tout en appréciant la beauté de la campagne montmartroise : "Notre jardin est magnifique, on ne se lasse pas du coup d'oeil de la plaine Saint-Denis..."

 

Maison côté rue Saint-Vincent.

Maison côté rue Saint-Vincent.

Maison angle St-Vincent et Mont-Cenis

Maison angle St-Vincent et Mont-Cenis

     Mais la solitude en couple avec enfant finit par peser et les charmes campagnards par lasser. 

"Il n'y a que les rossignols ici qui, tout le jour et toute la nuit, chantent sous nos fenêtres et commencent à me fatiguer."

Les hivers sont longs loin d'un Paris qu'il est difficile de gagner quand les chemins boueux entravent la circulation des calèches : "Nous sommes seuls ici, dans une maison isolée. Dans l'été nos amis viennent bien nous voir, mais l'hiver les abords sont si rudes qu'ils s'abstiennent volontiers d'encourir embourbage."

      En 1836, après un hiver particulièrement rude, la famille Berlioz revient vivre à paris, rue de Londres.

                      Rue Saint-Vincent. Sur la gauche le mur du vieux cimetière.

     En 1844, c'est la séparation, sans divorce, et Harriet comme si elle voulait se rapprocher de l'endroit où elle avait été heureuse s'installe rue Blanche, puis rue Saint-Vincent. Elle mourra dix ans plus tard et sera enterrée dans le vieux cimetière du village. Berlioz n'aura cessé de prendre soin d'elle, d'assurer tous ses frais, d'être présent pendant sa maladie. 

Cimetière Saint-Vincent. Tombe d'utrillo.

Cimetière Saint-Vincent. Tombe d'utrillo.

   C'est dans le petit cimetière Saint-Vincent  (où sera inhumé Utrillo) qu'elle est enterrée, non loin de la maison qui donnait côté nord sur cette rue Saint-Vincent. En 1864, ses restes seront transférés au cimetière de Montmartre où deux ans plus tôt avait été enterrée Marie Recio, la 2ème femme de Berlioz.

 

 

    Louis Berlioz, l'enfant qui aima Montmartre et y vécut ses années insouciantes, meurt en 1867 de la fièvre jaune à La Havane. Deux ans plus tard, son père meurt à son tour et rejoint dans la même tombes ses deux épouses.

Il reste donc montmartrois et passe avec les femmes qu'il a aimées son éternité temporaire.

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

    Utrillo s'attacha à la maison de Berlioz, comme à un lieu hanté. Les murs se fissuraient et parfois devaient être étayés. De l'autre côté de la rue un massif immeuble de briques grises avait mangé le ciel, mais le jardin subsistait, les ombres du couple romantique se devinaient à travers les fenêtres.

De nombreuses toiles représentent la petite maison proche de l'immeuble qui lui fait face rue du Mont-Cenis.

 

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

    Maurice Utrillo pouvait s'imaginer enfant, jouant près du puits, aimé par sa mère artiste et par un père qui l'aurait reconnu. 

 

     Le peintre connaissait les menaces qui pesaient sur la maison qui se délabrait. Des amis et admirateurs avaient bien tenté de la sauver en créant la Fondation Berlioz. 

 Un pélerinage fut même organisé le 13 décembre (anniversaire de Berlioz) 1908 au cours duquel fut apposée la plaque qu'Utrillo ne manqua de représenter sur la façade de la rue du Mont-Cenis.

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

    Pendant quelques années le pèlerinage fut maintenu. Une souscription fut proposée pour racheter la maison et en faire un musée. Mais ce fut un échec et la dernière propriétaire, Mademoiselle Barbier ne put lutter contre l'expropriation et la destruction. Un gros immeuble gris et disgracieux enlaidit définitivement la Butte...

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

   Sur la façade, bien piètre hommage à la demeure disparue, des moulages grossiers représentent la maison et le puits. Une nouvelle plaque fut aposée en 1984.

 

   Si la maison disparue de Berlioz reste vivante malgré le vandalisme immobilier, ce n'est pas grâce à cette plaque mais à Utrillo qui fut aussi, à sa façon, un romantique, c'est à dire un homme de tourments habité par des forces contraires et qui avec des couleurs comme Berlioz avec des notes de musique contribua à embellir le monde.

 

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
Fin de la rue d'Athènes (rue d'Amsterdam)

Fin de la rue d'Athènes (rue d'Amsterdam)

    Il serait logique que la rue d'Athènes fût rattachée au quartier de l'Europe, or il n'en est rien puisqu'elle fait partie du quartier Saint-Georges, un quartier dont une partie a été édifiée sur les terrains communaux de Montmartre.

Rue d'Athènes vers la rue de Clichy

Rue d'Athènes vers la rue de Clichy

    Mais.. en réalité il n'est pas si étonnant que cette rue fît partie d'un quartier qu'on appelait, par sa richesse créatrice et le nombre d'artistes qui l'habitaient "la Nouvelle Athènes"!

Jardins de Tivoli

Jardins de Tivoli

     En 1826, à sa création, la rue s'appelle rue de Tivoli, ce qui est naturel puisque comme plusieurs rues du quartier elle est édifiée sur l'ancien parc de Tivoli.

Elle ne devient rue d'Athènes qu'en 1881.

Début de la rue d'Athènes à partir de la rue de Clichy

Début de la rue d'Athènes à partir de la rue de Clichy

     Longue de 211mètres et large de 12, elle commence rue de Clichy (19) et se termine aux 38 rue de Londres et d'Amsterdam.

Début de la rue côté impair

Début de la rue côté impair

Premier numéro

Premier numéro

Le 1, abrite un café "le Hollywood" qui était déjà là au début du XXème siècle.

                                            Intérieur du Hollywood

Le 1 bis (1840) est classé et mérite de l'être.

Non seulement il est digne d'intérêt architecturalement parlant, de style  Louis-Philippe avec son décor composite.

 il fut l'adresse quelques années de celle qui allait devenir la plus grande star de son temps, Sarah Bernhardt.

Rue d'Athènes. Paris.

     Immeuble modeste comparé aux hôtels particuliers qu'elle habitera et notamment à celui de la rue Fortuny qu'elle se fera construire et qui a pour propriétaire actuel un certain Dominique de Villepin!

Le 3

Le 3

   Les 2 et 3 n'ont pas grand chose à nous raconter sinon qu'ils ont été touchés en janvier 1918 par les bombardements allemands. Le 3, immeuble de rapport, date de 1830 et présente une décoration plus riche que celle que l'on trouve habituellement sous la Restauration.

Le 3bis

Le 3bis

     Le 3 bis est classé. Il date de 1857 et a pour architectes "Roze Henri et fils". Malgré mes recherches je n'ai trouvé  que peu de renseignements  sur ces architectes sinon, conservé aux Archives un "Nouveau projet de Halles" pour Paris accompagné du plan d'un nouveau quartier d'habitation "les Innocents".  On sait que la commission chargée d'étudier les projets préféra celui de Baltard (en 1845).  Un ensemble remarquable détruit pendant les années vandales de Pompidou. 

Rue d'Athènes. Paris.

     4 et 6 sont un même immeuble élégant du début du XXème siècle. Il y eut à  l'emplacement du 6 un hôtel particulier qui appartint à Jules Jaluzot, fondateur des magasins "Au Printemps".

De son époque subsiste au Printemps Haussmann les belles façades fin de siècle et les rotondes (façades enlaidies par la surélévation commise dans les années 60)

Le 5.

Le 5.

Le 7.

Le 7.

Le 8

Le 8

    Le 8  d'une indigence architecturale consternante a détruit pour créer des bureaux et salles de réunion un bel immeuble appartenant à la famille Montblanc, acquis en 1892 par la Société des Agriculteurs de France.

 

Rue d'Athènes. Paris.

    Une salle de théâtre à l'italienne y fut alors construite, remarquable par son architecture et sa décoration. Pendant des années elle accueillit, outre les réunions des agriculteurs, des concerts et récitals (de 1894 à 1925).

                                             Congrès de la Société en 1913

       Il n'en reste rien aujourd'hui sinon le souvenir photographique! Les agriculteurs sans utiliser de pesticides ou autres produits calamiteux ont fait disparaître ce bel ensemble pour nous offrir une de ces constructions qui enlaidissent la ville.

10-12-14-16

10-12-14-16

    Les quatre immeubles pairs suivants quasi identiques sont représentatifs des immeubles de rapport de la période de la Restauration.

Le 21

Le 21

    Le 21 est un hôtel qui a changé de nom et qui d'hôtel d'Athènes est devenu hôtel ATN!

Il est connu pour avoir été celui où pendant des années, de 1921 à 1932, Maurice Ravel occupait une chambre chaque fois qu'il rendait visite à ses amis qui habitaient en face, au 22.

Le 22

Le 22

    Ses amis étaient les Godebski.

                                                La famille Godebski par Bonnard

Cipa Godebski et sa femme Ida recevaient dans leur salon leurs amis les peintres Vuillard et Bonnard, le poète Valéry et Maurice Ravel. Pour Ida, Ravel écrivit sa sonatine et pour les deux enfants du couple, Jean et Mimi, "Ma mère l'oye".

Réunion musicale  chez Cipa Godebski (assis à gauche) avec son fils jean... Accoudé au piano Maurice Ravel. (D'Espagnat).

Le 23

Le 23

     Encore un hôtel, le Villathéna, au 23. Il compte trois étoiles dans son ciel de lit mais sa principale étoile est son architecte, Edmond Navarre (1828-1937) qui venait superviser les travaux en voisin car il était un véritable enfant du IXème arrondissement où il naquit et mourut!

                                                        Villa Louis

Il a conçu plusieurs immeubles et hôtels particuliers dans Paris mais s'est rendu célèbre surtout pour la villa Louis de Lion sur mer dont les céramiques Art-nouveau sont dues à Alexandre Bigot (celui de l'église Saint-Jean aux Abbesses, du Castel Béranger de Guimard, du Céramic Hôtel avenue Rapp et  de tant d'autres chefs d'oeuvre dont l'immeuble fantastique de la rue d'Abbeville.... 

                                           Rue d'Abbeville, grès de Bigot

                              Edmond Navarre 53 rue Nollet (grès de Bigot)

Notons qu'il collabora avec Edmond Navarre pour l'hôtel particulier de la rue Nollet dans le XVIIème.

Rue d'Athènes. Paris.

   Le 26, dernier numéro de la rue est une belle maison d'angle construite en 1830, la première sur les terrains de la Folie Tivoli.

Notre Dame de Bonne Nouvelle

Notre Dame de Bonne Nouvelle

     Elle est due à l'architecte Hippolyte Godde (1781-1869) très en vogue dans la première moitié du XIXème siècle, représentatif de l'architecture néo classique. À Paris, il a participé à la reconstruction de l'Hôtel de Ville incendié sous la Commune, il a construit plusieurs églises (Notre Dame de Bonne-Nouvelle, Saint-Pierre du Gros Caillou, Saint-Denys du Saint-Sacrement....)

Rue d'Athènes. Paris.

    Nous sommes maintenant au coeur du quartier de l'Europe et sortons des limites de l'ancien Montmartre. Nous remontons donc vers la Butte sans imiter le pas de ma mère l'oye qui rappellerait une trop sinistre époque!

Rue d'Athènes. Paris.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #album
album photos Montmartre décembre 2021

1er décembre. Travail de force. Les escaliers de la Butte sont durs aux éboueurs. (rue Utrillo)

album photos Montmartre décembre 2021

2 décembre. Tendresse.

album photos Montmartre décembre 2021

3 décembre. Le photographe surpris. (square Louise Michel)

album photos Montmartre décembre 2021

4 décembre. La robe rouge. 'rue du cardinal Dubois)

album photos Montmartre décembre 2021
album photos Montmartre décembre 2021

5 décembre. Apparition des pères Noël avec quelques semaines d'avance!

album photos Montmartre décembre 2021

Le 6 décembre. Le peintre et son reflet sous la pluie, place du Tertre.

album photos Montmartre décembre 2021

Le 7 décembre. Le ginkgo met des couleurs dans la brume. (de la rue Ronsard)

album photos Montmartre décembre 2021

8 décembre. La Tour Eiffel vue depuis Montmartre, le soir. (square Nadar)

album photos Montmartre décembre 2021

9 décembre. Une photo pour que le petit chien n'oublie pas sa visite à Montmartre.

album photos Montmartre décembre 2021

10 décembre. Photo de famille. (escaliers du Sacré-Coeur)

album photos Montmartre décembre 2021

11 décembre . Le Cadet de Gascogne en tenue de Noël. (place du Tertre)

album photos Montmartre décembre 2021

12 décembre.  Rue Chappe. 

L'autrice de ce collage est Marianne Mazel. Je me suis dépêché de photographier une autre de ses œuvres, très montmartroise, place Emile Goudeau :

 

album photos Montmartre décembre 2021

13 décembre. Tenue assortie pour la Maison rose. (rue de l'abreuvoir)

album photos Montmartre décembre 2021

14 décembre. Entraînement à la lutte (rue Foyatier).

album photos Montmartre décembre 2021

15 décembre. Un sourire d'Asie qui nous manquait sur la Butte. (square louise Michel)

album photos Montmartre décembre 2021

16 décembre. La tête engazonnée! (square Louise Michel)

album photos Montmartre décembre 2021

17 décembre.  Le penseur. (fontaine de Gasq)

album photos Montmartre décembre 2021

18 décembre... "Je cherche fortune tout autour du Chat Noir, et au clair de la lune à Montmartre le soir."

album photos Montmartre décembre 2021

19 décembre. La musicienne à la cithare chinoise (guzheng) ressemble à la mère Noël!

album photos Montmartre décembre 2021

20 décembre. Les escaliers avec le ciel de Paris le 1er décembre et le 1er juillet par Henri Alekan, directeur de la photo chez Cocteau, Carné, Wenders...

album photos Montmartre décembre 2021

21 décembre. Les sœurs guitaristes....

album photos Montmartre décembre 2021

22 décembre. La statue rentre chez elle. (rue St Eleuthère)

album photos Montmartre décembre 2021

23 décembre. Le moulin de la Galette dans le ciel et les nuages.

album photos Montmartre décembre 2021

24 décembre. Distribution de colis alimentaires.

album photos Montmartre décembre 2021

25 décembre. Coiffure-pompons dans le ciel de Noël. 

album photos Montmartre décembre 2021

26 décembre. Rue du Calvaire, lendemain de fête.

album photos Montmartre décembre 2021

27 décembre. Un éveil? Une danse? Un envol?

album photos Montmartre décembre 2021

28 décembre. Comme sur un balcon pour regarder les lumières du dernier mardi de l'année sur Paris.

album photos Montmartre décembre 2021

29 décembre. Le petit prince a des oreilles.

album photos Montmartre décembre 2021

29 décembre. Moment de tendresse volé, square Nadar.

album photos Montmartre décembre 2021

30 décembre. Couple en couleurs, l'avant-dernier jour de l'année sqare Nadar

album photos Montmartre décembre 2021

31 décembre. Dernier jour de l'année. Des mariés dans la foule. Le soleil au rendez-vous!

Belle année à tous!

 

Lien pour les albums photos de Montmartre mois après mois, année après année.

C'est la dernière photo que j'aie prise en 2021. C'était hier sur le bassin de la Villette. Des mouettes autour d'un éclat de soleil.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités

                                                  Affiche de Lucien Métivet (1896)

      Elle est une des figures les plus étonnantes et les plus originales de la Butte où malgré le succès qu'elle rencontra dans les plus grands cabarets, elle continua de chanter dans les rues pour rester au contact des gens simples et pour donner ce qu'elle récoltait aux pauvres et aux malades. Elle est unique parmi les artistes montmartrois, on pourrait la qualifier de sainte laïque!

     Enfin! On aurait pu si ses engagements politiques n'avaient été, hélas, pour le moins contestables : la Ligue des Patriotes où elle soutint Boulanger (elle fut d'ailleurs emprisonnée pour avoir crié "Vive Boulanger au passage de Carnot) et les Croix de Feu où elle obtint le grade de sergent! Plus tard, elle acquerra une autre image, patriotique et engagée en chantant pour les poilus de la première guerre. Elle sera nommé "caporale des poilus"  et deviendra pour les soldat la caporale Nini!

                                                    Eugénie Buffet (Steinlen)

     Elle est née à Tlemcen, en Algérie en 1866

     Elle évoque son enfance dans un livre de souvenirs : "Ma vie, mes amours, mes aventures".

                                           Couverture illustrée par Steinlen pour les mémoires d'Eugénie Buffet (recueillis par Maurice Hamel)

      Après avoir été violée par son cousin, elle est contrainte par sa mère d'aller à Oran, où elle est employée comme femme de ménage.

 Sa patronne l'envoie régulièrement porter des pâtisseries à un homme qui vit seul, plongé dans l'étude du Coran et de la Bible, Charles de Foucauld.

      Eugénie n'oublia jamais cette rencontre.

                                                                                     Charles de Foucauld

 "Ah les bons regards de Charles de Foucauld !   Regards d'amour sincère, de tendresse vraie. Comme ils me soutinrent aux heures de défaillance."

legay-eugenie-buffet4.jpg

 Lorsqu'elle a 20 ans, Eugénie quitte l'Algérie. Après être passée par Marseille, elle arrive à Paris où elle prend pour chanter et se faire connaître, la dégaine et la toilette des "pierreuses", nom que l'on donnait alors aux femmes qui racolaient dans les rues. 

                                                       Dessin de Toulouse Lautrec

                                                       Elle est très vite remarquée et invitée à chanter dans les cabarets, notamment à la Cigale sur le boulevard de Rochechouart.

                                                         Affiche de Luc Métivet

    Elle habite alors non loin de là, 3 avenue Frochot, au rez de chaussée, et vit une liaison qui durera 18 ans avec Léopold Stévens.

                                                                                            Entrée de l'avenue Frochot

                                                                     Léopold Stevens: affiche pour Eugénie Buffet "la chanteuse populaire".

     Elle connait un grand succès et très vite, Botrel et Bruant composent pour elle.

Son plus grand succès, son "drapeau", c'est "la sérénade du pavé", sérénade reprise en choeur par les montmartrois qui s'arrêtent sur le boulevard ou sur les petites place pour l'écouter... 

 "Sois bonne ô ma chère inconnue                                                                                                       Pour qui j'ai si souvent chanté!                                                                                                           Ton offrande est la bienvenue,                                                                                                          Fais-moi la charité!"  

      Elle plaît aux poètes et aux compositeurs montmartrois pour qui elle est le type même de la chanteuse des rues. Richepin écrit à son sujet :

                                                          Richepin (Ensor)

"Pour ma gloire de poète, je ne souhaiterais qu'une chose, c'est d'écrire beaucoup de chansons naïves et profondes dont elle pût répandre la belle aumône, sans en dire l'auteur, dans cette affreuse et étrange forêt parisienne où les bêtes de proie et les bêtes immondes ont besoin de pleurer parfois, en écoutant pleurer leur âme avec celle du rossignol". 

eugenie-buffet-piaf2.jpg

                                      Piaf-Eugénie Buffet dans "French Cancan"

         Jean Renoir choisira pour incarner Eugénie Buffet dans son film "French Cancan", celle qui lui ressemble le plus et qui comme elle se fit connaître en chantant dans les rues : Edith Piaf.                                

                                        Willette, caricature d'Eugénie Buffet et son cabaret

    Mais elle n'a pas l'étoffe d'une femme d'affaires... Elle ne sait pas en fondant, au 75 boulevard de Clichy, le Cabaret de la Purée, que ce nom sera prémonitoire! Toutes ses économies et celles de Stevens y sont englouties et les restrictions que lui impose le préfet de police Louis Lépine inquiet de l'influence de la chanteuse sur les électeurs de 1902 précipitent la fermeture de l'établissement.

      Eugénie chante alors au cabaret de la Nouvelle Athènes, place Pigalle. Mais les soucis ont eu raison de son couple. Elle quitte Stevens et va habiter seule rue Fontaine.

   Elle tente de se refaire une santé financière aux dépens de sa santé physique en s'embarquant dans d'épuisantes tournées en Amérique, aux Antilles...

    Lorsqu'éclate la guerre, elle se consacre corps et âme aux blessés. Elle chante pour les poilus et donne tout l'argent qu'elle récolte aux malheureux et aux veuves. Elle sera décorée plus tard, en reconnaissance de son dévouement, la Légion d'Honneur.

En 1915, les Poilus la nomment caporale! Elle écrit dans ses mémoires :

" L'un d'entre eux détacha le galon rouge de sa veste et vint l'accrocher sur ma manche. Ce jour-là j'ai failli mourir de bonheur".

C'est ainsi qu'Eugénie Buffet devient la Caporale Nini!

     Après la guerre, elle continue de chanter pour les pauvres, pour les grévistes dont elle soutient le combat. Elle s'épuise, sa santé se dégrade et lorsqu'elle a besoin d'être soignée, à une époque où la Sécurité Sociale n'existe pas, une véritable mobilisation des artistes (Gaby Morlay, Maurice Chevalier...) et du public permet de récolter des fonds au cours d'un gala mémorable organisé "pour donner un peu de pain à la cigale qui toute sa vie, n'avait songé qu'à empêcher les malheureux de mourir de faim".

                                                                           Eugénie Buffet, quelques mois avant sa mort.

Elle y apparaît sous un tonnerre d'applaudissements et chante "Ma chanson" :

J'ai chanté comme une cigale

Soeur pauvre des déshérités,

Laissant aux fourmis la fringale

De l'argent et des vanités.

j'ai chanté de toute mon âme

A l'âge de Mimi Pinson

J'avais donné mon cœur de femme

À la chanson

                         eugenie-buffet-flickr.jpg

                                              Photo-montage de Navema. "Eugénie Buffet in Mexico". (flickr)

      Eugénie Buffet meurt en 1934. Elle est enterrée loin de la Butte, dans le cimetière de Montrouge, 51ème division. Sur sa stèle, deux mots sont gravés après son nom : Cigale nationale... Les lettres s'effacent peu à peu...

 

                          Eugenie-buffet-montrouge.jpg

                                                    Cimetière de Montrouge. 

Mais si la cigale a rendu l'âme, elle ne cesse de chanter et d'émouvoir ceux qui ont la curiosité de se promener dans le passé

 

Liens : chanteurs et cabarets de Montmartre:

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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    Sans Toulouse Lautrec, on aurait sans doute oublié ce personnage hors-normes des nuits montmartroises, à la fois danseuse, contorsionniste et clownesse : Cha-U-Kao.

 

Son nom pourrait faire penser qu'elle est Japonaise en un temps où le pays du Soleil levant inspirait les peintres et les artistes  (à commencer par Lautrec lui-même).

Mais il n'en est rien! Son nom vient d'une danse dérivée du cancan, très en vogue au Moulin Rouge : le chahut, mis à la mode par la Goulue et Valentin le désossé. Quant au chaos, il s'agit de l'agitation et des cris qui s'élevaient de la salle quand les artistes faisaient leur entrée.

 

                                                                           Au Moulin Rouge. Entrée de Cha U Kao. (1896)

Parce qu'elle était spectaculaire l'entrée de la dame!

 Perchée sur une mule, encadrée de gardes, elle déboulait dans le hall du Moulin Rouge et gagnait la salle, sous les ovations! 

Sans Lautrec il n'y aurait presque plus de traces (quelques rares photos) de cette femme à laquelle il a offert une "éternité" dans quelques-uns des plus grands musées...

 

... Mais que savons-nous d'elle? Si peu de choses!

Quel était son véritable nom? D'où venait-elle? Pourquoi n'a t-elle suscité aucune recherche d'un quelconque plumitif soucieux de faire revivre le passé glorieux du Moulin Rouge?

     Elle s'est produite au Nouveau Cirque de la rue Saint-Honoré, établissement très à la mode grâce à son éclairage électrique et à sa piste escamotable et transformable en piscine..

Le Nouveau Cirque qui aimait exhiber nains et lilliputiens, avait aussi l'habitude de ponctuer ses spectacles par des apparitions de clowns, parmi lesquels les célèbres Footit et Chocolat. 

                                     cha-u-kao-006.JPG

Une photo nous montre la danseuse nue au temps de sa splendeur. Elle a sur ce cliché une petite allure de Cambodgienne!

     Quand elle se produit au Moulin Rouge, elle n'est plus la jeune et svelte danseuse de ses débuts. Les années ont empâté son visage et alourdi son corps.

C'est alors que ne pouvant plus séduire par sa nudité, elle se déguise, se campe sur ses jambes, prend une allure canaille et apostrophe les spectateurs... Elle devient pour la postérité :  la clownesse Cha U Kao...

       Sur cette toile de 1895, on la voit arriver, avec son costume de scène, au bras de Gabrielle qui ressemble à une concierge mais qui est en réalité une prostituée et modèle que Lautrec a représentée maintes fois comme sur cette huile sur carton: le sofa...

                                     Le Sofa (1894). Au premier plan, Gabrielle.

 

Sur "l'entrée au Moulin Rouge",Cha U Kao est légèrement tournée vers l'arrière comme si elle retardait le moment de son exhibition alors que Gabrielle avance sans hésitation comme une paroissienne allant à la messe!

La clownesse a le regard triste malgré le maquillage et les rubans jaunes de sa coiffure grotesque.

Lautrec n'essaye pas de l'embellir ni de tricher sur son âge. Pourtant ce portrait loin d'être une caricature comme sait les réaliser brillamment le peintre est empreint d'une douceur et d'une mélancolie qui émeuvent. 

                                                                                     La clownesse assise. British Museum. Londres

Là encore, elle sourit, comme surprise par le regard d'un client, alors qu'elle se repose un instant sur la banquette rouge, lasse peut-être d'avoir une fois de plus fait son numéro d'amuseuse. Il y a dans ce sourire de coin quelque chose de désabusé et d'ironique à la fois, l'air de dire que le véritable clown n'est pas celui qu'on pense!

 

            Et cette toile... Une des plus belles, par sa composition, ses couleurs...

La clownesse qui a contraint son corps à entrer dans son déguisement, semble ici sortir de son carcan, la poitrine libérée, le soleil de tulle jaune glissant sur ses hanches.

Elle représente pour Lautrec tout ce qui remet en cause un ordre et des conventions qui font souffrir ceux qui ne correspondent pas aux normes (ce qu'était le peintre).

Cha U Kao est une femme qui joue le rôle réservé aux hommes, celui de clown...

                   Cha U kao est aussi une femme qui aime les femmes.

                                                                              Les deux valseuses. Prague.

Lautrec la peint en train de valser avec une compagne :                                        

Moment de paix, intervalle de tendresse. Le monde des plaisirs et des fêtes frelatées s'efface un instant. Aucune caricature dans cet instant volé, dans cette chaude complicité.

Cha U Kao, sobrement habillée, son déguisement au vestiaire, guide son amie dont la main est posée sur son épaule.

                                                              Le baiser. (1892)

                                                                                              Les deux amies. Albi. (1894)

 

Pour nous, Cha U kao garde son mystère et pour toujours émerge de sa collerette de soleil...

Liens: 

Montmartre: Jane Avril, Toulouse Lautrec.

Montmartre. La Goulue et Toulouse Lautrec.

 

Tous les articles sur les peintres et les personnages montmartrois :

Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

 

 

 

 

 

 

 

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Valadon.

Valadon.

Suzanne Valadon (Renoir)

Quand elle vient habiter avec sa mère le bas Montmartre, la jeune Marie-Clémentine Valadon a 16 ans.

Sa beauté qui allie grâce et vigueur attire les peintres qui font d'elle des portraits aujourd'hui célèbres.

Garçon avec un chat (Renoir)

La jeune femme, pendant les séances de pose chez Puvis de Chavannes, Renoir ou Lautrec, ressemble aux chats indifférents qui en réalité observent et méditent...

Raminou (Valadon 1920)

Raminou (Valadon 1920)

Etude de chats (Valadon) 1918

C'est ainsi qu'elle fait l'apprentissage d'un art pour lequel elle avait sans le savoir un véritable don. Elle devient elle même peintre et il n'est pas étonnant qu'elle ait aimé représenter les chats auxquels elle ressemblait!

Etude pour le chat Raminou (Valadon) 1917? Au crayon "mon chat Raminou"

Etude pour le chat Raminou (Valadon) 1917? Au crayon "mon chat Raminou"

Suzanne Valadon et les chats rue Cortot. Raminou.

Sur cette photo prise dans l'atelier de la rue Cortot, on la voit entre son fils et son mari.

C'est un moment heureux, un moment de pose et de pause, d'autant plus harmonieux qu'il y a sur ses genoux le chat Raminou, tête levée vers elle. 

On imagine qu'il ronronne.

Utrillo l'envie peut-être, lui qui a tant souffert de l'absence de sa mère pendant son enfance, lui qui a vu son meilleur ami, André Utter, plus jeune que lui, devenir l'amant puis le mari de sa mère.

Suzanne Valadon et les chats rue Cortot. Raminou.

Raminou

Raminou s'enfuit sous un meuble ou dans les jardins quand Utrillo est en proie à l'un de ses accès de folie. Il attend que le calme revienne avant de retrouver l'atelier lumineux où Suzanne Valadon travaille.

Raminou (Valadon) 1920

Raminou (Valadon) 1920

Raminou  (Valadon1922)

De temps en temps, c'est lui qui se retrouve sur la toile ou sur le carton. Il ignore qu'il sera un jour admiré par les visiteurs des plus grands musées! Les chats n'ont aucune vanité et ne trouvent d'intérêt qu'à la seconde présente!

Suzanne Valadon (Steinlen)

Renoir a croqué Raminou.

Steinlen, l'ami qui vient , en voisin de la rue Caulaincourt dans les jardins de la rue Cortot, l'a souvent caressé. C'est un chat sociable et bien nourri, différent des matous efflanqués du maquis que Steinlen aime saisir dans leur fière indépendance.

Chat sur une balustrade (Steinlen)

Chat sur une balustrade (Steinlen)

Portrait de miss Lily (Valadon) 1922

Portrait de miss Lily (Valadon) 1922

Sur cette toile de 1922 Raminou s'est posé sur les genoux de miss Lily Walton. Il profite de ce temps de silence pour regarder sa maîtresse et s'interroger sur son étrange activité, sur ce pinceau qui court sur la toile comme un moineau. Il a bien essayé alors qu'il était petit de l'attraper mais il a reçu une tape sur l'arrière train qui l'a dissuadé de recommencer!

Parfois d'autres chats que le seigneur Raminou se laissent peindre....

 

 

     Mais le plus souvent, c'est Raminou qui reçoit sur la toile, les caresses de sa maîtresse. Entre le tableau de 1917 et celui de 1932 le représentant, le temps a passé, les jours agités mais souvent heureux de la rue Cortot se sont enfuis.

11 avenue Junot. Maison où mourut Suzanne Valadon.

11 avenue Junot. Maison où mourut Suzanne Valadon.

Suzanne Valadon et André Utter se sont séparés en 1926.

Elle quitte la rue Cortot pour habiter avenue Junot (au 11) dans la maison achetée par son fils avec l'argent qu'a rapporté la vente de ses tableaux.

Suzanne Valadon et les chats rue Cortot. Raminou.

De ces années date le dernier portrait de Raminou. De 1932 exactement. Le chat est âgé d'au moins 16 ans, peut-être 18 puisqu'il a été recueilli adulte.

Le portrait est émouvant. Le vieux Raminou a perdu son éclat fauve. Il est couché sur une table de jardin près d'un bouquet d'œillets dans un pichet.

A côté de lui est posé un linge blanc qui évoque un linceul. Il a les yeux ouverts et regarde toujours sa maîtresse.

Utrillo, Lucie Valore et un chat, au Vésinet.

Utrillo, Lucie Valore et un chat, au Vésinet.

Suzanne Valadon et les chats rue Cortot. Raminou.

     Peut-être vivra t-il encore quelques mois après cet ultime portrait. Trois ans plus tard, c'est Suzanne qui sera hospitalisée et consciente de sa fragilité poussera son fils à quitter l'avenue Junot pour épouser Lucie Valore et vivre avec elle au Vésinet.

Les trois dernières années de Suzanne sont terribles. Elle supporte mal sa solitude, ne sort plus que la nuit pour traîner avec les clochards de la Butte.

Elle meurt d'une hémorragie cérébrale en 1938.

On dit que les chats ont des pouvoirs magiques.

Raminou, le petit compagnon des années heureuses est sans doute venu, à pattes de velours, dans cette nuit brutale. Il a entraîné sa maîtresse dans le grand jardin de la rue Cortot qu'elle aimait tant et où le printemps les a accueillis...

Jardins rue Cortot et atelier de Suzanne Valadon

Jardins rue Cortot et atelier de Suzanne Valadon

Raminou (Valadon)

Raminou (Valadon)

Avec des brins de mimosa et un coussin bleu...

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités

 

      Voilà une figure inoubliable de Montmartre ...

Un homme qui a marqué la Butte de sa gouaille et de sa fantaisie. Un épouvantail, un ivrogne, un dépravé, un magouilleur...

Clochard sublime, roi de la bohême, mythomane kleptomane, affabulateur narquois... Que n'a-t-on dit de lui ! 

    De son vrai nom, André Joseph Salis de Saglia, Bibi La Purée était un trouble personnage, fascinant et repoussant à la fois...

Il était mendiant, pique-assiettes, cireur de chaussures, entremetteur et selon certaines langues vipérines (ou non), indic !

 

    Ce qui est certain c'est qu'il errait dans Montmartre, entre deux vins ou deux absinthes, vêtu de hardes malodorantes. Il assurait aux passants qu'il était en mesure de leur fournir tout ce dont ils avaient besoin. Ainsi était-il souvent chargé d'objets hétéroclites, selon les demandes qu'il avait reçues.

Il s'était spécialisé dans les vols de parapluie et le cirage des pompes.

                                          Bibi cireur de chaussures (Jacques Villon)

    Ce Bibi (1847- 1903) fut aussi compagnon de Verlaine qu'il rejoignait au Quartier latin. Il prétendait être son secrétaire et avoir été son amant. On ne prête qu'aux riches !

                    Verlaine, Bibi et Mallarmé au Procope. (1890, Serafino Macchiati)

    C'est en partie grâce à cette relation avec le poète que l'on parle encore de lui aujourd'hui.

C'est aussi parce qu'il a attiré l'attention de peintres et de poètes qui fréquentaient la Butte et le choisirent pour modèle...

                                                           Bibi la Purée. Picasso.

 

                                                    Bibi la Purée assis. Picasso.

                                                           Bibi (Jacques Villon)

                                                         Bibi la purée (Bottini)

 

                                           Bibi à la pittoresque allure a été peint par Picasso, jacques Villon, Bottini et croqué par Steinlen qui avait l'habitude des matous efflanqués...

Il aurait pu l'être par Renoir dont il fréquentait la cuisine, rue Girardon, où Adèle le laissait vider un bocal de cornichons et un litre de rouge, en écoutant d'une oreille distraite les poèmes qu'il débitait pour payer son écot !

                     Il a même été immortalisé dans le bronze par Bailleul!

...Et il apparaît ici ou là dans des poèmes ou des romans.

Jehan Rictus lui consacre une complainte :

                                             Bibi-Rictus-Steinlen.jpg

                                   Dessin de Steinlen pour "Les Soliloques du Pauvre" de Rictus.

 

Complainte pour complaire à Bibi-La-Purée

 

"Stupeur du badaud, gaîté du trottin,

Le masque à Sardou, la gueule à Voltaire,

La tignasse en pleurs sur maigres vertèbres

Et la requinquette au revers fleuri

D'horribles bouquets pris à la poubelle,

 

Ainsi se balade à travers Paris,

Du brillant Montmartre au Quartier latin

Bibi-La-Purée, le pouilleux célèbre,

Prince des crasseux et des Purotins.

 

(...) Va comédien, noble compagnon,

Cabot de misère, ami de Verlaine,

Errant de Paris, spectre d'un autre âge

Que ne renieraient Gringoire ou Villon."

                                                         Dessin de Sophie Pimberton

    Paul Fort le cite dans son poème "L'Enterrement de Verlaine", comme compagnon fidèle et garde du corps du poète !

Poème que Brassens enregistrera un demi siècle plus tard ! 

 

                                                       L'enterrement de Verlaine.

(...) N'importe ! Je suivrai toujours, l'âme enivrée

Ah ! Folle d'une espérance désespérée

Montesquiou-Fezensac et Bibi-la-Purée

Vos deux gardes du corps - entre tous moi dernier."

                                                      Bibi par Géo Dupuis

 

                               Raoul Ponchon lui consacre un poème sans concession :

 

(...) "Qui étais-tu? D'où venais-tu?

Espèce de Bibi têtu,

Entre le vice et la vertu.

 

Paresseux jusqu'au délire

Et maigre au point qu'on pouvait lire

Toutes les cordes de ta lyre !

 

Que le Seigneur et Notre-Dame

Prennent pitié de ta pauvre âme

Ta pauvre loque et chiffe d'âme !"

 

Voilà qui n'est pas très flatteur, mais que savait Ponchon de l'âme de Bibi?

 Ce Bibi qui lui-même se prétendait poète. Ce qui à en juger par ses vers n'est pas évident... 

                                                                 Portrait d'homme (Bibi la purée) Picasso.

 

La Lettre à deux sous

 

"Depuis Monsieur Grévy, l'on corne à nos oreilles

Des journaux, chaque matin

Qu'on nous mijote un beau destin

Tout de velours, d'or, de satin :

Des impôts pour la frime et des lois sans pareilles,

Du pain garni de beurre, au-dessus, en-dessous,

Rien que des folles nuits, après des jours bien calmes,

Des rubans et des croix, des poireaux et des palmes

Et surtout la lettre à deux sous !!!"     (...) 

                                             Portrait de Bibi (Sophie Pimberton)

       Après la mort de Verlaine, en 1896, Bibi se transforme en revendeur officiel d'objets, de lettres, ayant appartenu au poète. Il en fait un commerce lucratif, comme le fut le celui des reliques de la vraie croix au Moyen-Âge!

Ainsi, parvint-il à fourguer plusieurs dizaines de cannes ayant appartenu à Verlaine

                                  

                                            bibi_la_puree-Biscot.jpg

         Bibi meurt quelques années plus tard à l'hôpital de la Pitié. Pendant quelques années son souvenir reste vivace à Montmartre et au Quartier latin. Un char à son effigie est promené par les étudiants lors d'un carnaval et plus tard, en 1934, le film de Léo Joannon portera son nom!

     Personnage étrange qui semble faire un pied de nez à la mort avec son sourire matois et sa dégaine de j'menfoutiste, il n'a pas disparu de la Butte...

Vous le rencontrerez peut-être, rue Lepic ou rue Norvins, et comme il pleut souvent sur la Butte, vous aurez l'occasion de lui acheter un parapluie!

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                                                           bibi la purée (Pablo Tillac)

 

 

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Publié le par chriswac
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             Jardin de Paris: Jane Avril, 1893. Lithographie 4 couleurs (124 x 91,5 cm)

 Jane Avril est à part dans le monde nocturne de Montmartre. Elle n'a pas la sensualité débridée de Nini patte en l'air ou de la Goulue. Elle séduit sans se prostituer; elle danse sans se déshabiller. Etrange et mystérieuse, elle traverse la nuit comme un navire traverse un détroit houleux.  

 

         Toulouse Lautrec ne s'y trompe pas... Il la reconnaît comme une soeur douloureuse. Pour elle, il délaisse la Goulue à la sensualité débordante. Il la regarde, il l'aime, il saisit sa solitude, son désarroi, sa dignité. Il la montre telle qu'elle est quand elle danse, avec cette énergie qui stupéfie, avec cette distinction qu'on retrouvera plus tard chez Marlène dietrich...

    Dans la rue, elle marche seule, avec son lourd passé de petite fille mal aimée, d'enfant battue par une mère alcoolique qui n'était préoccupée que d'elle et d'elle seule. Elle se sait fragile, à la merci d'une crise d'épilepsie. Elle a rendu visite à Charcot à la Salpétrière. Elle a espéré qu'il la guérirait de ses angoisses et de cette hystérie qui parfois la submerge et lui vaut des surnoms sans pitié : Jane la folle, Mélinite...

                                              Jane-Avril-008.JPG

      Entre artistes on se comprend. On voit ce que les autres ne voient pas. Cette tristesse, ce refuge du corps dans les étoffes fermées.

     Ce désir inexprimé d'un ailleurs. D'une vie avec un homme aimé, loin des paillettes et des bulles de champagne.

                               Jane-Avril-012.JPG

 

     Comment imaginer que ce visage-là déchaîne l'enthousiasme et la passion?

C'est qu'elle est double Jane Avril. Elle est la danseuse montmartroise, du Divan Japonais, des Folies Bergères... Elle est en même temps l'amie d'écrivains rares comme Huysmans ou Alphonse allais qui rêve de l'épouser...

       Sur l'affiche du Divan Japonais, elle est assise devant la scène où Yvette Guilbert croise ses gants noirs, mais c'est elle la vedette. Elle est la longue dame noire. Elle est l'élégante à l'éventail vers qui se penche Edouard Dujardin, ami de Mallarmé et passionné de Wagner ...

      Elle est l'ambassadrice d'un French-Cancan qui serait dansé par une reine. C'est elle qui à Londres ou à Madrid, en donnera l'image la plus vive et la plus poétique. Une danse violente de sexe et de passion, mais aussi une danse de l' immédiat, du moment réel contre l'éternité abstraite.

                                   Jane-Avril-018.JPG

Jusqu'à la mort du peintre, elle restera son amie. Il y eut entre eux une proximité plus forte que l'union des corps.

 

                       Le peintre l'a vue, l'a peinte comme un voyant sait peindre. Le mouvement, l'ondulation, le jeu, la tragédie...

Le serpent qui frôle le sein sur la robe noire. Le serpent de Cléopâtre. Le serpent du temps qui glisse...

 

      Jane Avril a fini par trouver l'homme de sa vie, le journaliste et dessinateur Maurice Blais qu'elle a suivi à Jouy en Josas pour y vivre 16 années plus paisibles...

                                                        Jane Avril par Maurice Blais

Quand il meurt, il la laisse sans un sou et Jane n'a même pas la ressource de vendre les dessins et les croquis que Toulouse Lautrec lui a offerts. Il y a longtemps déjà qu'elle en a fait cadeau à des amants de passage...

Sacha Guitry interviendra pour la faire entrer dans un hospice où elle passera les dix dernières années de sa vie.

 Elle dansera une ultime fois, à 67 ans, invitée par Max Dearly.

     Elle mourra huit ans plus tard et sera enterrée au Père Lachaise.

            Sans doute eût-elle préféré Montmartre où elle rencontra son  grand ami, Toulouse Lautrec, celui grâce à qui elle est vivante aujourd'hui....

 

 

Liens :

Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

Musée de l'érotisme. Pigalle.

Poulbot. Panneaux de Faïence. Rue Damrémont. Montmartre.

 

avril-005.JPG

 

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #Peintres

 

Louise Weber est devenue une légende montmartroise et c'est grâce à Toulouse Lautrec qu'elle est aujourd'hui connue dans le monde entier.

Elle ne pouvait naître qu'en été (juillet 1866) dans une banlieue populaire (Clichy La Garenne).

Ses parents sont des Juifs alsaciens modestes qui ne se doutaient certes pas que leur fille poserait ainsi, les seins offerts aux regards avides de ses admirateurs.

 

.la goulue nue

     Elle passe à la postérité sous le nom de "La Goulue" que lui aurait valu sa propension à vider tous les verres qui se trouvaient sur son passage. Peut-être se souvint-on également, en la baptisant, qu'elle fut plus ou moins découverte par un dénommé Goulu-Chilapane qui l'accueillit dans son hôtel particulier de l'avenue du Bois.

Son corps sensuel, un peu provocant correspond au goût de l'époque qui appréciait la féminité généreuse.

goulue st vincent 056

                                      La Goulue (à droite) et Casque d'or (à gauche)

    C'est au Moulin Rouge qu'elle rencontre la gloire, après avoir dansé au Moulin de la Galette, à l'Elysée-Montmartre et au Jardin de Paris.

Il est difficile d'imaginer en voyant ces photos, avec quelle vitalité canaille elle danse le cancan. Elle en est le vedette et elle a toutes les audaces, interpellant les mâles quel que fût leur rang.

Elle n'hésite pas à lancer au prince de Galles, futur Edouard VII : "Hé Galles! Tu paies l'champagne! C'est  toi qui régales ou c'est ta mère qui invite?"

     Imaginez la meneuse de revue du Moulin-Rouge, lançant une telle question à notre président ? 

goulue st vincent 053

                         La Goulue et Valentin le Désossé à l'Elysée-Montmartre

Valentin le désossé en fait son élève préférée. C'est avec elle qu'il danse le chahut. Toulouse Lautrec les représente tous les deux sur la célèbre afffiche du Moulin rouge.

 

Etonnante affiche d'une simplicité qui n'est qu'apparente. Valentin apparaît, silhouetté en gris au premier plan tandis qu'à l'arrière des ombres chinoises suggèrent tout un monde de noceurs, chapeaux hauts- de-forme et aigrettes, tournés vers la vedette, celle qui saute comme "une chèvre" et lève la jambe comme aucune autre, faisant tourbillonner ses jupons affolants.

Le regard est attiré vers ses cuisses, vers la corolle blanche qui accroche la lumière. En quelques traits Lautrec suggère le mouvement et l'audace.

                                                       La Goulue et Valentin

                   Le peintre reste l'ami de la Goulue bien après les triomphes.

               Sur cette photo, ils sont côte à côte, comme un couple de bons vivants...

    Elle est représentée sur cette litho, croquée de dos, silhouette nerveuse et coiffure portée comme un emblème, une plume d'apache!

La femme à ses côtés a parfois été prise pour sa soeur car elle l'accompagnait souvent. Il s'agit en réalité de la Môme Fromage, grande amie de la Goulue.

                                                        Au Moulin-Rouge ou la Promenade (La Goulue). 1892. Peinture sur carton

                                                                        La goulue entrant au Moulin-Rouge. 1892. Huile sur carton.

C'est un des portraits les plus célèbres de la Goulue. Lautrec ne l'a pas flattée. Elle arrive en tenue provocante, les seins presque nus, le corps souple et cambré.

  Elle est saisie à son insu, un sourire amer, un sourire qui tourne à la grimace et qui est empreint de lassitude sur un visage fatigué. Le corps joue toujours le jeu mais le visage tombe le masque. Le temps commence à gagner la partie...  

     Bientôt la goulue plaira moins. Elle se mettra à son compte et s'exhibera dans les foires foraines. Son ami peint pour elle les grands panneaux décoratifs exposés en façade de sa baraque.                                

                                          La danse au Moulin rouge 1895

           Pour attirer le passant, il rappelle le prestigieux passé de l'artiste. Il la représente au Moulin-Rouge avec Valentin le Désossé (Jane Avril apparaît à l'arrière-plan, avec son immense chapeau).

                                                              La danse mauresque, les Almées, 1895.

     Le deuxième panneau est une annonce de son nouveau spectacle donné dans la baraque. On reconnaît au premier plan Jane Avril, Lautrec lui-même, blotti contre elle, le critique Félix Fénéon.

Quelques années plus tard, la Goulue endettée devra vendre ces panneaux qui seront découpés par un marchand cupide et stupide. Ce n'est qu'en 1929 qu'ils seront rachetés et restaurés par le Louvre. Ils sont aujourd'hui exposés au musée d'Orsay.

    Les dernières année de La Goulue ressemblent à un roman tragique. Elle apprend à dompter les fauves qui  l'agressent au cours d'un spectacle. Son mari, Joseph Nicolas Droxler, épousé en 1900, magicien de métier,  ne parvient pas à s'escamoter devant les balles prussiennes et meurt à la guerre de 1914.

        Le Petit Journal. La Goulue et son mari agressés par un puma le 24 janvier 1904

            

               Son fils, né de père inconnu mais qu'elle prétend "prince"meurt à 27 ans.

Goulue-et-Simon.JPG

                                                      La Goulue fait la parade à côté de son fils Simon... 

Elle va vivre dans une roulotte à Saint-Ouen. Elle recueille sans rancune des animaux de cirque éclopés, des chiens et des chats qu'elle nourrit en se privant du nécessaire. 

 

Elle retourne au Moulin-Rouge mais sans y entrer, sur le trottoir où elle vend des cacahuètes et des cigarettes.

Elle meurt à l'hôpital Lariboisière en janvier 1929 et elle est enterrée à Pantin. C'est en 1992 que ses restes sont transférés à quelques dizaines de mètres du Moulin-Rouge, au cimetière de Montmartre où sa tombe est toujours fleurie.

 

          A en croire les nuages qui juponnent si souvent dans le ciel de Paris, La Goulue danse toujours le french-cancan avec les anges tandis que Lautrec, un verre d'absinthe (herbe sainte) dans une main et fusain dans l'autre crayonne sur le ciel blanc.

 

 

Liens : Montmartre: Jane Avril, Toulouse Lautrec.

 

Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique

 

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