Je reviens à Montmartre avec un grand soleil après trois mois loin de la Butte. La foule des touristes est toujours là.
6 octobre
La rue Ronsard entre le musée et le square est désormais réservée aux piétons.
7 octobre
Dans le jardin des Abbesses (Passage des Abbesses). Entraînement sportif.
8 octobre
La mairie avait repeint de noir le buste de Dalida croyant protéger des mains admiratives ou curieuses les seins de Dalida. Une semaine après les seins sont de nouveau dorés. (Place Dalida)
9 octobre
La rue de l'Abreuvoir, une des plus photographiées de la Butte. Une des plus peintes également. Encore aujourd'hui par des simili Utrillo!
10 octobre
Le défilé des Vendanges 2026. Focus sur les héros du jour malgré la ringardise de cette coutume!
11 octobre
La maison restaurée de Poulbot avenue Junot. Quand Francisque avait le moyens, le succès aidant, de choisir l'avenue la plus chère de la Butte.
12 octobre
Les mariés sont revenus (rue de l'Abreuvoir). Mais je remarque qu'ils sont de moins en moins nombreux à Montmartre.
13 octobre
Quand les toits deviennent un petit théâtre! (rue Muller)
14 octobre
La caresse au chat de sable (rue du Chevalier de La Barre)
15 octobre
Le clochard mythique (rue Saint Eleuthère)
16 octobre
Drôle d'engin! (rue Norvins)
17 octobre
La manifestation sans les exactions. (rue Utrillo. Boulevard de Rochechouart)
18 octobre
Les mots d'amour. (Square Nadar)
19 octobre
Casquettes roses devant maison rose! (rue de l'Abreuvoir)
20 octobre
Nouvelle mode à Montmartre. La visite en side cars. (rue des Abbesses)
21 octobre.
Soleil sur crânes (rue Utrillo). Soleil sur châle (square Louise Michel)
22 octobre
Une belle passante (square Louise Michel)
23 octobre
Parapluies sous parapluie (boulevard Marguerite de Rochechouart)
23 octobre
La montée vers le ciel (le téléphérique est en panne!).Rue Foyatier.
24 octobre
Le roi fait la gueule (place Valadon)
25 octobre
Faute de touriste, on peint des toutous! (Place du Tertre)
26 octobre
Selfie avec petit compagnon
27 octobre
Une touriste orientale dans ses voiles d'aquarelle devant le bassin des Tritons.
28 octobre.
Les macarons envahissent Montmartre!
29 octobre
Dalida aux seins d'or protège les amoureux. (Place Dalida)
30 octobre
La place Goudeau, la mal nommée!
31 octobre
Les chiens d'Halloween pour terminer le mois avec le sourire, non pour les maîtres mais pour les chiens qui acceptent tout, même ,d'être ridiculisés, de ceux qu'ils aiment.
Le cimetière de Montmartre, c'est une histoire de famille pour Catherine Ringer dont nous ne pouvons nous habituer à la disparition brutale.
Elle le connaissait bien ce cimetière puisque c'est là dans le "quartier" juif que sont enterrés son père Samuel Ringer et sa mère Jeannine Etlinger.
La tombe familiale est surmontée d'une stèle couverte de noms. Samuel Ringer, de son nom de peintre Sam Ringer y figure au-dessus de son fils Luc.
C'est un homme exceptionnel qui a survécu à l'horreur nazie. Juif de Pologne, il fut évidemment arrêté et, étant jeune et robuste, fut envoyé comme terrassier sur le chantier du camp d'Auschwitz. Ensuite, on a du mal à imaginer ce qu'il vécut, transféré d'un camp à un autre dont Buchenwald et Theresienstadt.
Le mort vivant qui fut libéré dut passer des mois dans les hôpitaux pour retrouver des forces. En 1946 il quitta la Pologne pour choisir la France en 1947. Il était peintre et avait commencé des études aux Beaux Arts de cracovie.
En France il reprit des études et commença à peindre avec passion, se rattachant à l'Ecole de Paris.
C'est aux Beaux Arts qu'il rencontra Jeannine Etlinger qui étudiait l'architecture et qui allait devenir sa femme.
Catherine devant un tableau de son père
Catherine lui consacre une chanson : "C'était un homme" :
Oh c’est pour vous dire Oh se souvenir Et pour vous raconter D’où je suis née
Près d’Auschwitz Mon père grandissait C’était un juif polonais Aux Beaux Arts à Cracovie Il rêve de Paris
Et puis la guerre l’a surpris Ils l’ont pris à 19 ans Il fit pendant ces cinq ans Neufs camps différents
Un homme C’était un homme Difforme Dans sa personne Dont le for intérieur Avait encore peur
Mais toujours lui est resté Le sens de la beauté On m’a dit quand tout s’écroulait Comme il dessinait, Comme il résistait
Miracle, il en est sorti Il a réussi à tenir Et à venir à Paris Peindre et donner la vie
Oh c’est pour vous dire Se souvenir Et pour vous raconter
Texte pudique et sans sensiblerie inutile qui évoque ce père dont le corps était déformé par les violences subies et qui parvint à survivre par la force de la pensée et de l'imagination, refuge dont la lumière finirait par vaincre l'effroyable nuit nazie.
Elle écrit à l'occasion du don qu'elle fit de ses toiles au musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme : "Il a encensé la vie, les couleurs. Il m'a transmis sa force de vie".
Sous le nom de Sam celui de son fils Luc est gravé. Un fils qui mourut à 32 ans.
Il n'y avait plus de place sur la stèle de marbre quand sa mère, Jeannine Ringer mourut à 88 ans. Il fallut donc graver son nom sur la pierre.
Elle avait épousé Sam en 1957 et tandis qu'il travaillait dans son atelier, elle dessinait des plans sur sa table d'architecte.
Sur la stèle sont gravées, comme sur de nombreuses tombes juives les lettres qui sont l'équivalent, en plus fort et plus beau du "Rest In Peace" ; "Que son âme soit liée au faisceau de la vie"
En novembre 2007 Catherine Ringer se rend de nouveau au cimetière et cette fois pour accompagner le grand amour de son existence, Fred Chichin.
Le monument funéraire n'est pas encore édifié. Sur le sol de nombreux objets sont déposés et notamment une guitare.
Une des belles chansons de Catherine évoque son compagnon brutalement emporté, après une hépatite qui semblait guérie, par un cancer foudroyant du foie. Ce mot foudroyant si définitif sera celui qui qualifiera le même cancer du foie qui tuera Catherine 19 ans plus tard.
MAHLER
C'est ton visage Et puis tes mains Et puis ton torse Sur le mien Doucement Dans mon dos Tu viens Et tu me tiens Tu me calmes
Pas trop de pleurs De larmes Et je te sens serein Quand je sèche Les miens
Ta chère odeur a disparu Bien que mon âme l'ait retenue Bien que mon âme ait ton parfum Et tu me tiens
Si tu n'étais pas mort Je serais avec toi On marcherait dehors Et puis on rentrerait Si tu étais vivant On serait bien ensemble On irait de l'avant C'est beau comme on s'aimerait
Au fond de moi Oui c'est bien toi Encore toi Qui me fait rire là Ton regard est dedans mes yeux Oui c'est ta flamme Et je suis deux
Fred avait comme Catherine un père qui aimait peindre. Il fut également passionné de cinéma et créa une revue qui parut pendant quelques années "Miroir du Cinéma" dans laquelle il signait de son nom de plume Jean-Louis Pays. Il mourut deux ans après son fils.
Catherine Ringer, savait depuis que Fred avait été inhumé dans le cimetière Montmartre où l'on est en compagnie de bien des peintres, musiciens, chanteurs qu'on admire et qu'on aime, qu'un jour elle le rejoindrait pour qu'ils y dorment ensemble jusqu'à la fin du monde comme dit la chanson.
Déjà l'inscription sur la stèle avait été changée comme une promesse de retrouvailles
Le 19 septembre, cinq jours après sa mort, Catherine est accompagnée par de nombreux artistes. La foule des anonymes aurait été immense si l'accès du cimetière leur avait été autorisée car elle était aimée pour son talent unique autant que pour sa qualité humaine, sa simplicité malgré d'apparentes extravagances, sa générosité.
Un peu plus tard, quand tout sera terminé bien des admirateurs et amis viendront lui parler en silence et parfois déposer un message, un caillou, une broche
Quelques dessins seront posés au milieu des fleurs.
Sur la stèle ses collants rayés ont été négligemment jetés comme on les jette sur un dossier de chaise avant de se coucher.
Et puis il y a un détail qui n'en est pas un que je n'avais pas tout de suite remarqué. La fameuse guitare de Fred qui était restée là depuis presque 20 ans, avec son poème : "Quelques vents lunaires t'ont emporté gratter sur une étoile", était toujours là mais elle avait changé, elle s'était métamorphosée. Elle avait repris vie.
Raoul Chichin le jour de l'enterrement
Elle était bien là, sans son poème d'adieu.
Mais avec la couleur de la passion, la couleur de la vie, du sang qui irrigue les chansons et qui bat le rythme, qui bat quand deux êtres s'aiment, qui bat jusqu'à la fin de leur éternité.
Je suis ressorti de ma visite à l'exposition du musée de Montmartre "Le Cirque, fabrique de l'Art Moderne", avec le désir d'y revenir aussi vite que possible.
Expo du 16 octobre 26 au 14 février 27
Elle donne au Montmartrois que je suis le regret de n'avoir pas vécu cette période où le cirque enchantait Paris qui n'en comptait pas moins de 25 et était considérée comme la capitale des arts circassiens.
Maquette de Médrano.
La deuxième salle est consacrée à un peintre rare, un passionné de cirque, un habitué de Fernando puis Médrano, capable d'immortaliser ces créatures de paillettes, d'éclats de rires et de larmes que sont les clowns. Médrano était d'ailleurs nommé "cirque des clowns".
Sur la piste du cirque Médrano (Faverot. 1915)
Faverot, de ses vrais prénoms Baptiste Benjamin Joseph, naquit à Montmartre en 1862 d'une mère brodeuse et d'un père tailleur. Peut-être son enfance dans un petit appartement-atelier où son père taillait des costumes et sa mère brodait de paillettes et de fils d'or les robes des artistes, l'a t-elle rendu sensible aux tenues extravagantes et diaprées des clowns...
Il ne quitta jamais longtemps le quartier, sinon pour un séjour à Auvers où il rencontra sa femme. Il vécut boulevard de Rochechouart puis rue Duperré, près du boulevard de Clichy, à quelques encablures du cirque qui était sa deuxième maison.
Il fut très tôt attiré par la peinture et fréquenta les Beaux Arts où il fut élève de Gérôme, un des plus célèbres peintres du Second Empire. Sans doute fut il marqué par la rigueur et le goût de la tradition de ce maître qui le dissuada de se laisser contaminer par l'impressionnisme qu'il détestait.
Il avait cependant le goût des couleurs et des lumières, surtout orientales. Il représenta également des cirques bien différents de ceux qui passionneront Joseph Faverot .
Nous ne présenterons pas ce peintre dans la diversité de ses créations mais dans sa passion pour les clowns qui fait l'essentiel de sa renommée. Ses toiles présentées à l'exposition immortalisent quelques uns des plus grands artistes de la fin du XIXème et du début du XXème en même temps qu'elles transmettent l'image d'autres clowns moins célèbres et qui sans lui seraient peut être oubliés.
La plus grande toile de l'exposition et l'une des plus belles représente un numéro de clowns avec Bottom dont le nom rappelle le personnage de Shakespeare transformé en âne par Puck (Le Songe d'une Nuit d'été). Ce Bottom me touche particulièrement car c'est dans le cirque Médrano, quelques mois avant sa destruction scandaleuse qu'Ariane Mnouchkine présenta une de ses plus belles mises en scène. Ce fut justement celle de cette pièce de Shakespeare jouée sur un sol couvert de peaux de moutons.
Boum Boum et Batiss (Faverot 1900)
Le plus ancien des clowns n'est autre que Geronimo Medrano qui fut la vedette du cirque Fernando sous le nom de Boum Boum et qui lorsque Fernando se retira prit la relève et donna son nom au "nouveau" cirque. On imagine mal sa popularité et son image quasi religieuse car on racontait qu'un enfant malade, un de ses grands admirateurs, avait demandé, sur son lit d'hôpital où il était dans un état désespéré de le revoir. Boum Boum lui rendit visite, l'enfant guérit.
C'est lui qui fait appel aux Fratellini alors que son succès commence à se tarir. PLus tard, son fils Jérôme, né en 1907 prendra la relève.
Boum Boum (Fernand Pelez. 1886)
Il y a dans l'exposition un portrait de lui attribué à Pelez, (auteur d'une toile immense, une des plus belles consacrées aux artistes circassiens, au Petit Palais).
Boum Boum (Joseph Bouet. 1890)
"Le cirque des clowns" privilégiait les numéros toujours inventifs de ces artistes.
Clown du cirque Fernando dans l'entrée du papillon (1890)
Clown aux fleurs de lilas (1900)
M. Auguste au cirque Fernando (1900)
Clown dresseur de chiens (1900)
Clown aux gants musicaux (1900)
Antonio et Averino dans l'entrée de l'automobile
Averino est déjà célèbre quand il est engagé en 1902.
Avec son partenaire Antonio il présente de nombreux sketches, des "entrées" qui connaissent un grand succès (l'entrée est le nom donné aux sketches des clowns entre les numéros de cirque).
"L'entrée de l'automobile" eut un grand succès avec sa brouette transformée en bolide!
L'auguste Bario et le clown Ilès à la guitare (Medrano 1913)
Bario lui aussi eut une grande renommée. De son vrai nom Manrico Meschi, il créa un personnage qui sera maintes fois copié d'Auguste ivrogne. On le voit ici avec Ilès, son partenaire qu'il rejoindra en Suède pendant la guerre. Il travaillera également avec Cerrato pour former un trio.
Dario et Cerrato
Sur cette toile, à mon avis l'une des plus belles de l'exposition, on peut voir le frère de Bario, Dario avec Cerrato. C'est Dario qui entraîna son frère dans l'art des clowns et qui réalisa plusieurs entrées avec lui.
Le clown et l'âne (1900)
Entrée clownesque à Medrano (1900)
Sydney et Mazzoli dans l'entrée du bilboquet (1900)
Grâce à Faverot, nous pouvons avoir une idée de ce qu'étaient les spectacles qu'offraient les clowns dans les 25 cirques parisiens qui existaient à l'époque. Il n'en reste qu'un aujourd'hui. Le cirque d'hiver, bien nommé après le printemps et l'été somptueux de l'art du cirque dans un Paris qui en était la capitale.
Pour nous les Montmartrois, une photo triste à pleurer nous montre la destruction de Médrano, avec en premier plan Annie Fratellini qui refusant de pleurer, essaie de sourire, le regard levé vers le toit déjà saccagé.
Joseph Faverot meurt en février 1918. Il n'y avait pas de clowns dans l'église St Pierre pour l'office funéraire, ni au cimetière de Montmartre où il fut inhumé.
Pour accompagner la très belle exposition du musée de Montmartre sur le cirque, je publie de nouveau cet article sur le clown Boum Boum représenté sur plusieurs toiles par Joseph Faverot, le grand peintre des clowns de Médrano.
Une élégante chapelle de pierres s'élève au bord d'une des avenues "chic" du cimetière Montmartre (avenue Berlioz, division 2). Elle porte, gravé sur sa façade, un nom célèbre qui a longtemps brillé sur le fronton d'un des plus beaux cirques de France... le cirque Médrano sur le boulevard Rochechouart.
Un surnom de la famille est mis à l'honneur, un surnom qui résonne aussitôt dans le silence des tombes : Boum Boum!
Boum Boum!
De son véritable nom Geronimo Médrano. Il était clown de son métier et quand il entrait sur la piste, il se tournait vers l'orchestre et en claquant des mains, il disait "boum boum". Aussitôt les tambours battaient et la musique de déchaînait.
Les spectateurs le surnommèrent très vite avec cette onomatopée et il entra dans la grande histoire du cirque avec ce nom déclencheur d'orages!
Il est né loin de Montmartre, en Espagne, en 1848. Il est très tôt attiré par le cirque et plus particulièrement par le trapèze volant. C'est en voltigeant dans les airs, sous le chapiteau de toile qu'il commence sa vie de saltimbanque.
Les trapézistes. (Toulouse Lautrec)
Attiré par Paris, la ville de tous les possibles et de toutes les lumières, il est embauché par Fernando (de son vrai nom Ferdinand Wartenberg) qui, le succès aidant, s'installe sur un terrain vague, boulevard de Rochechouart en 1873.
Le cirque est alors à la mode et la fréquentation est telle que Fernando peut faire construire en 1875 un bâtiment en dur, un cirque remarquable de deux mille deux cents places, dû à l'architecte Gustave Gridaine.
Un bâtiment exceptionnel, un des plus beaux cirques jamais construits. Il ne survivra pas aux années pompidoliennes et sera détruit, comme les Halles de Baltard, comme le Palais Rose de l'avenue Foch, comme les quais de Seine! Tristes années où Paris voit disparaître, sous la présidence d'un fin lettré qui à l'époque faisait office de maire de Paris, quelques uns de ses trésors architecturaux!
... A sa place, un indigent immeuble, agressif et sinistre s'élève, défigurant ce quartier de music halls !
Dans l'écrin disparu, Boum Boum fut pendant quinze ans la vedette aimée du public. Il séduisait par son justaucorps à fleurs, sa coiffure de chanvre hérissée de cornettes.
Il était drôle et poète à la fois, s'entourant d'animaux familiers qui lui obéissaient avec confiance. Il plaisait beaucoup aux enfants qui n'avaient aucune peur devant ce bonhomme original et léger dont Mac Do n'aurait pu s'inspirer pour créer son hideux épouvantail.
On imagine mal sa popularité. Elle atteignit une apothéose après une anecdote qui fut considérée quasiment comme un miracle.
Un enfant gravement malade avait émis le vœu de revoir le célèbre Boum Boum qui l'avait fait rire deux ans avant qu'il eût été quasi paralysé. Boum Boum se rendit au chevet du gamin, régulièrement.... et un jour, après une de ses visites, l'enfant commença à aller mieux. Il guérit et sortit de l'hôpital.
Il n'en fallait pas plus pour que le public mît une auréole sur la tête du clown généreux!
Le cirque "Fernando" est à la mode et attire toutes les classes sociales. Les peintres montmartrois font partie de ses adeptes. Le cirque leur offre le sujet de leurs toiles et de leurs dessins. Les plus grands artistes y ont peint : Van Dongen, Renoir, Seurat, Toulouse Lautrec, Degas, Picasso.......
Quand Fernando se retire, c'est Geronimo qui prend la direction du cirque. Le succès sera constant et Boum Boum devenu gestionnaire fait appel à des talents nouveaux, notamment aux Fratellini. Les clowns ont changé, le goût du public a évolué. Le gentil Boum Boum, un peu rêveur, un peu naïf, n'est plus à la mode.
En 1905, il perd le grand amour de sa vie, sa femme Charlotte Blanche. C'est pour elle qu'il fait édifier la chapelle du cimetière Montmartre.
Plus tard, il se remarie et devient père. Son fils Jérôme né en 1907 prendra un jour la relève.
En 1912, Boum Boum qui avait commencé sa vie de saltimbanque en voltigeant dans les airs, est frappé de paralysie. Il meurt le 27 avril... à 64 ans.
S'il revenait sur le boulevard de Rochechouart, il aimerait dire "boum boum" et faire disparaître le blockhaus qui a écrasé le cirque où Degas peignit Mademoiselle Lala qui s'envolait vers les étoiles!
Par chance le soleil a été fidèle à la Butte et malgré un temps un peu frisquet, il a accompagné le traditionnel défilé des vendanges qui part des vignes de la rue des Saules pour rejoindre la mairie en passant par la rue de l'Abreuvoir, la rue Girardon, l'avenue Junot, la rue Caulaincourt et la rue du Mont Cenis. Un parcours joyeux dans une partie de Montmartre qui ne craint pas la crise!
Comme d'habitude les poulbots ouvrent la marche. Ils sont toujours les vedettes et cette année ils sont passés avec émotion avenue Junot, devant la maison juste restaurée de leur "père" Francisque Poulbot
Viennent ensuite, cape noire et écharpe rouge les clones d'Aristide Bruant, attachés aux traditions de la Butte, à la préservation de tout ce qui peut encore y être sauvegardé et protégé de la folie touristique et mercantile.
Malgré la présence bon enfant du garde champêtre, il n'est pas sûr qu'ils puissent remplir complètement une mission quasi impossible.
J'ai été frappé cette année par la quasi disparition des sociétés pinardières. Leurs délégations étaient peu nombreuses et les spectateurs qui espéraient un petit verre offert généreusement seront rentrés le gosier à sec!
Mais ils auront pu se consoler en regardant quelques représentant de la Belle Epoque boire à leur santé!
En revanche les groupes représentant les habitants de l'arrondissement venant de pays différents étaient plus nombreux. L'Espagne, la Grèce, le Japon, la Géorgie...
l'Ukraine était là avec son drapeau jumelé avec celui de l'Europe.
Cette année, elle ne dansait pas, elle ne chantait pas. Elle vit trop de souffrances, de deuils et d'abandon pour avoir vraiment le coeur à la fête.
Une nouvelle fois étaient au rendez vous des associations qui aiment les rencontres et la fête et qui savent être créatives sans prendre la grosse tête.
On reconnaissait Zézette sans qui Montmartre ne serait plus tout à fait Montmartre, la joyeuse bande des "Chapeaux fous", "Les Déjantés".... et quelques originaux indépendants...
Ils ont contribué à la réussite de la fête grâce à leur humour et à leurs chants.
Le cabaret nous faisait un clin d'oeil à sa manière, fidèle au défilé et à la mémoire de notre Michou impossible à oublier.
Peut être moins d'associations sportives cette année... Mais plusieurs groupes de joueurs de tambour qui ont fait osciller la Butte sur ses fondements et ont sans doute provoqué l'effondrement de quelques carrières!
Ils avaient une énergie folle, un moral à faire oublier la dette, un talent qui irradiait dans les groupes et les unissait dans un élan vital.
Enfin pour finir en beauté le défilé qui a reçu un accueil enthousiaste, les reines de Montmartre (Miss 2026 des années précedentes) descendaient avec ou sans leur cavalier vers la mairie qui célèbre demain une cérémonie des "non demandes" en mariage (sans se rendre compte qu'aujourd'hui c'est parfaitement ringard!)
Après le défilé, le ciel s'est couvert de nuages mais les Montmartrois et les touristes ont eu l'occasion de prendre un bon bain de couleurs, de rythme, d'humour... de quoi rentrer chez soi avec un chapeau fou sur la tête!
Dans le vaste hall d'entrée du musée de la rue Ronsard, des ustensiles de cuisine sont pendus aux murs.
Peut-être sommes nous dans la cuisine de la reine de coeur d'Alice, mais sans aucun risque de nous faire couper la tête!
Approchons nous pour entendre chanter ou murmurer les casseroles, les couvercles, les plats de métal.
Tous ces ustensiles du quotidien n'ont plus aucune envie de retenir l'eau bouillante ou de garder au chaud les purées et les ragoûts. Ils ont pris leur indépendance. Ils sont libres et le disent.
Ils ne cachent pas leur état d'âme, d'objets inanimés enfin considérés.
Ils sont tombés par le plus heureux des hasards entre les mains d'un poète
Un poète musicien et sculpteur dont les mains caressent les objets, les auscultent, entend battre en eux une vie que les autres n'entendent pas.
Il respecte leur apparence, ne les détourne pas de leur essence, non, mais il laisse monter à la surface du métal, leur visage.
Un visage qui exprime un sentiment comme un regard où vous rencontrerez la tristesse ou la joie, l'humour ou la lassitude.
Le poète qui réveille l'âme des objets, vit au Mozambique. Il s'appelle Zeferino Chilaule. Il a un prénom de vent et de douceur. Il donne vie au métal comme s'il était sous ses mains, léger et fluide.
Vous pouvez recontrer ses objets vivants jusqu'au 1er novembre à la Halle Saint Pierre.Vous verrez qu'une fois dans la rue vous ne manquerez pas de voir onduler les réverbères et sourire les plaques de fonte sur les pavés!
Dernier mois de villégiature loin de Montmartre. Bonheur teinté de nostalgie. Les étés de nos vies sont comptés désormais.
1er septembre. Les chevaux ont le droit de revenir sur les plages. Septembre, le mois idéal pour vivre à Oléron.
2 septembre. Des surfeuses se reposent loin de l'école qui vient de rouvrir ses portes!
3 septembre. Envole moi dans le bleu!
4 septembre. Fillette papillon
5 septembre. Le goéland en rase motte!
5 SEPTEMBRE. Une sirène devant l'épave du "Presidente Vieira" (St Trojan)
6 septembre. La vague verte
6 septembre Père à l'enfant
7 septembre. Le bain du York
8 septembre. Être un instant une des demoiselles de Rochefort!
9 septembre. La joie des chiens libres sur la plage libre
10 septembre. Mieux dans le sable que dans une classe?
10 septembre. Inépuisable jeux entre enfants!
11 septembre. Balance moi!
12 SEPTEMBRE. Course de collégiens vers la mer
13 septembre. Mère et enfant au sommet de la vague
14 septembre. Vent, soleil, espace, quelque chose du bonheur intemporel
15 septembre. Les goélands. "Âmes des matelots".
16 septembre. Arrête ton char!
17 septembre. L'heure du bain
18 septembre. 6 pattes et un coeur!
19 septembre. Pas de deux avec une balle de ping pong.
20 septembre. Petit vent de travers, idéal pour les débutants
21 SEPTEMBRE. Papillons
22 septembre. Méditation.
23 septembre. Arrêt tendresse
24 septembre. Trois enfants!
25 septembre. Cours de surf. L'école idéale.
26 septembre. Main dans la patte pour résister aux vagues.
27 septembre. Miroir
28 septembre. Goélands sur la plage déserte.
30 septembre. Famille. Dernière image du mois. Retour à Paris avec une certaine mélancolie et aussi une reconnaissance lumineuse pour ces trois mois de liberté et de bonheur!
Depuis des années je rends visite ax chats du refuge du Château d'Oléron. Je n'oublie jamais que deux des plus douces et des plus affectueuses chattes de ma vie y ont été recueillies, Bella et Plume
Evidemment le refuge n'a plus une place libre, évidemment les bénévoles y donnent sans compter leur temps et leur tendresse.
La canicule a sévi comme partout ailleurs sur le bastion où ont été installés des ventilateurs et où les chats se réfugiaient à l'ombre, sous les tables... victimes d'un dérèglement dont, contrairement à nous, ils ne sont en rien responsables.
J'ai reconnu quelques chats que j'ai pris l'habitude de voir. Certains vistimes d'accidents ou atteint par de graves maladies sont toujours là grâce à la vigilance et au dévouement de Cosette, la créatrice du refuge. D'autres ne sont plus là parce qu'ils ont eu la chance d'être adoptés ou, plus souvent parce que leur vie de chat était arrivée à son terme.
J'ai rencontré Cosette que j'ai interrogée sur la vie du refuge pendant les mois où je suis loin d'Oléron. Les chats sauvés de la rue n'ont pas manqué et cette année les plus jeunes ont été nombreux.
Ainsi cette chatte et ses cinq petits qui avait tenté d'installer sa famille entre les blocs de ciment qui protègent la plage du Château. 4 des petits ont déjà été adoptés.
D'autres petits encore sur la demande de 30 Millions d'amis qui aident le refuge et se sont trouvés devant la nécessité de sauver des portées entières plus nombreuses que jamais. Beaucoup de gens ne jugent pas nécessaire de stériliser leurs chats et ils contribuent à alimenter la grande machine du malheur et de la vie de misère et de mort qui écrase chaque année les petites créatures livrées aux dangers et à l'indifférence.
On voit ici comment un jeune chat utilise Cosette comme un arbre à chats dans la nursery du refuge!
Une autre chatte a été recueillie après avoir été prise au collet. En effet de nombreux chats meurent chaque année dans les pièges posés par des chasseurs sans scrupules ou des braconniers. Elle a été emmenée d'urgence chez un vétérinaire. Elle est sauvée et n'aura plus à se défier de la cruauté de certains humains.
Depuis que j'ai commencé à connaître le refuge, bien des années ont passé. J'ai adopté des chattes qui sont mortes aujourd'hui; j'ai connu certaines bénévoles qui elles aussi sont parties. Les bénévoles d'aujourd'hui sont de belles personnes qui agissent simplement, avec leur coeur, sans mots inutiles. Elles font ce qu'elles jugent juste.
Mais les chats qu'il faut aider et aimer demandent toujours autant de temps et de dévouement alors que les bonnes volontés, je devrais dire les belles volontés sont moins nombreuses, et de loin, que les abandons et les détresses.
Alors si certains des lecteurs de cet article, vivant du côté de l'île d'Oléron, avaient un peu de temps à donner à ces petits êtres qui ne vivent que grâce à la générosité et au dévouement de quelques uns, ils seraient bienvenus.
Je voudrais être plus jeune pour consacrer plus de temps que je ne l'ai fait dans ma vie active aux animaux. Je supplie mon karma de me réincarner pour me permettre d'être comme Cosette et quelques autres un bâtisseur de refuge.
15 ans après la mort de Fred, je retrouve cet article que j'avais publié alors. Aujourd'hui il est d'actualité puisque celle qu'il aimait et qui l'aima jusqu'au bout de sa vie l'a rejoint quelque part, dans les étoiles ou ailleurs.
Tombe de Fred Chichin. Cimetière Montmartre, 12ème division. Avenue Travot.
Avant que ne soit posée la pierre lourde et blonde et la stèle gravée, la tombe de fred Chichin n'était couverte que de ce léger ciment. Léger... facile à briser, facile à franchir...
Des amis avaient posé quelques fleurs, quelques bougies, quelques mots d'au revoir et une guitare :
"Quelques vents lunaires t'ont emporté gratter sur une étoile".
Alors nul doute qu'il y est allé, Fred, sur son étoile. Nul doute qu'il y gratte et qu'il se penche pour éclairer de son sourire le chemin de Catherine et Thomas, Simone et Raoul...
Alors quand le lourd monument de pierre a été posé plus tard sur la tombe, il n'a pas pesé sur lui, parce qu'il n'y était plus!
Et parce qu'il est musicien Fred Chichin...
...Et la musique ne s'enterre pas! Pas plus que l'amour!
Visite à Fred, le 5 février 2015. La guitare peu à peu se dégrade... Une étoile d'ardoise porte le nom des Rita Mitsouko....
Et, un petit écran s'allume et s'éteint sur la pierre tombale. Il porte le nom de Frédéric et il bat comme un coeur vivant.
Le nom de Frédéric comme un coeur qui bat....
Un petit signe de Fred....
Nicole, ma femme est assise dans le métro ligne 4. Elle lève les yeux sur sa voisine au moment où elle se lève. C'est Catherine Ringer!
Nicole veut lui dire quelques mots mais elle est si émue qu'elle prononce : "Je vous aime"
Catherine est déjà descendue, station Châtelet. Elle se retourne et au moment où les portes se referment, elle envoie à Nicole un baiser qu'elle souffle sur sa main.