Elle est connue et inconnue de tous cette rue qui passe entre le Sacré-coeur et le square Louise Michel...
Connue parce que tout visiteur de Montmartre l'a empruntée, inconnue parce qu'aucun habitant ne l'a pour adresse!
Début de la rue Lamarck, aujourd'hui rue Cardinal Dubois.
Marchandes rue Lamarck (Cardinal Dubois aujourd'hui)
Elle faisait partie de le rue Lamarck dont elle était le début sur 125 mètres avant de recevoir en 1930 le nom du cardinal Dubois.
Louis Ernest Dubois (1856-1929) est un de ces hommes d'église qui essayait de mettre en pratique sa foi. Il pensait que là où était la beauté, là était Dieu et il consacra une partie de son temps à écrire des ouvrages d'Art et d'Archéologie.
Il ressentait une forte compassion pour l'humanité souffrante et comme chez Louise Michel, cette compassion s'étendait à toute la création. Il ne supportait pas les souffrances infligées aux animaux et ne comprenait pas qu'on puisse jouir du spectacle de la corrida :
"Il n'est pas douteux que les catholiques doivent s'abstenir d'assister à ces spectacles essentiellement cruels."
Il se montra ennemi farouche de l'Action Française (mouvement nationaliste, royaliste, antisémite, anti Francs Maçons, anti protestants et xénophobe de surcroît).
Si la rue montmartroise porte son nom c'est qu'il assista à la consécration de la basilique en 1919, peu avant d'être nommé archevêque de Paris (ce qui lui vaudra d'être inhumé dans la crypte de Notre-Dame et d'avoir son gisant contre la clôture du chœur).
La rue qui porte son nom commence à la hauteur de la rue Utrillo qui vient la croiser avec ses escaliers qui mènent à la basilique...
La rue Lamarck. Sur la droite et la gauche la rue Muller (aujourd'hui Utrillo)
A l'angle entre l'ancienne rue Muller (Utrillo) et la rue Lamarck un restaurant attirait la clientèle en vantant sa vue, une des plus belles sur Paris. C'était "la Savoyarde" du nom de la cloche installée dans le campanile.
Il a été peint par Utrillo qui aimait poser son chevalet devant la terrasse et qui connaissait bien "le roi des photographes de la Butte", François Gabriel qui habitait un peu plus bas dans la rue Muller aujourd'hui rue Utrillo.
Le restaurant a disparu transformé en appartement. Ne restent que quelques photos, quelques menus et la toile (pas la meilleure) d'Utrillo.
Un coup d'oeil en passant sur cette rue Utrillo qui comme l'échelle de Jacob va de la terre au ciel! Une des plus montmartroise des rues de la Butte (ce qui lui vaut de servir de décor à de nombreux films...dont l'inusable Amélie Poulain!)
Rue Utrillo 1ère partie
Rue Utrillo 2ème partie.
La rue du Cardinal commence donc à cet endroit, après la rue Utrillo.
La légende de la carte serait aujourd'hui : Escaliers Utrillo, rue du Cardinal Dubois...
Une des entrées du square Louise Michel donne sur la rue. Ce square que la rue va longer jusqu'au funiculaire offre des échappées sur Paris que l'on peut découvrir avec son océan de toits et ses monuments remarquables.
Square Saint-Pierre avant les plantations.
Ce grand jardin a été commencé en 1877 alors que la basilique n'existait pas encore. Le terrain instable et menacé d'effondrement à cause des carrières de gypse surexploitées fut réaménagé par Alphand en 1889, à la mode romantique avec ponts rustiques, rocailles, grottes...
Paul Abadie, fidèle au projet inachevé d'Alphand prit sa relève avant que Formigé en 1900 ne termine l'aménagement du square de presque 24 000 m2.
La guerre interrompit cette transformation et ce n'est qu'en 1927 que le square fut inauguré, prenant le nom de Willette, peintre de Montmartre, créateur du Pierrot...
Exit Willette en 2004 quand le Conseil de Paris le chassa du lieu pour cause d'antisémitisme notoire (il s'était présenté aux élections législatives de 1889 sur le seul programme de chasser les Juifs!)
Apparut Louise Michel, tout à fait à sa place en ce lieu qu'elle aima, non loin de l'école où elle enseigna, plus près encore des terribles événements de la Commune.
Rappelons que nous sommes à l'emplacement du "champ des Polonais" où étaient gardés les fameux canons que les Montmartrois défendirent pour empêcher les Versaillais de s'en emparer.
Le square mérite une visite que nous ferons plus tard. Il abrite quelques trésors comme la fontaine de Gasq, les oeuvres de Derré (la fontaine dite des Innocents, la grotte des amoureux).
On y trouve quelques arbres remarquables parmi lesquels un marronnnier de 120 ans, un ptérocaryer du Caucase plus vieux encore et bien d'autres qui font de ce lieu un arboretum! Ma préférence va au ginkgo qui ensoleille l'automne....
Photo prise à partir de la rue Dubois.
Nous parcourons une cinquantaine de mètres et arrivons devant les escaliers qui au nord mènent à l'esplanade du Sacré-coeur et au sud offrent une vue époustouflante sur Paris.
Les escaliers sont comme des gradins qui donnent sur une scène ayant le ciel pour décor. C'est un endroit idéal pour les jeunes artistes...
...Ou pour des films publicitaires qui y sont tournés, comme ce jour-là pour les bas DIM!
La rue continue ensuite jusqu'à la station du funiculaire et la rue Foyatier.
Funiculaire, rue Foyatier et ancien Repos de Béthanie.
Le funiculaire qui à l'origine était prévu pour un plus long trajet et devait être ponctué par six stations monte sur 108 mètres évitant aux pélerins les 220 marches abruptes de la rue Foyatier.
Il a été ouvert en 1900. Il était alors hydraulique.
Rénové en 1935, il se modernise et devient électrique et c'est en 1991 qu'il prend l'allure qu'il a aujourd'hui, brave funiculaire à vitres panoramiques, un peu poussif et le plus souvent chargé de touristes dans une boite de sardines!
Gare haute en 1912
Gare haute, rue Dubois, aujourd'hui.
Gare basse
Les stations actuelles ont été dessinées par l'architecte François Deslaugiers, celui-là même qui dessina le TGV atlantique! Le lièvre et la tortue!
Il transporte plus de 3 millions de passagers chaque année (exception faite des tristes périodes de confinement). Il apparaît dans plusieurs films, parmi lesquels "Ripoux contre ripoux" de Claude Zidi, "Les randonneurs" de Philippe Harel, "Une affaire d'état" d'Eric Valette ou "Bob le flambeur de Melville"....
Il s'est fait tirer le portrait par le peintre Jean Marchand (musée d'Art moderne). Il n'a pas dédaigné de jouer les vedettes dans "L'énigme du funiculaire" de Boileau Narcejac...Bref il n'est pas sans avoir sa petite notoriété!
Jean Marchand. Le funiculaire
Je ne résiste pas au plaisir d'ajouter un autre tableau de ce peintre cubiste que j'aime bien. Il s'agit des escaliers de Montmartre. Lesquels? A vous de jouer!
(Pierre qui est un vrai Montmartrois m'a donné la réponse que je m'empresse de joindre à l'article. Il s'agit de la rue du Mont Cenis avant destruction de la maison de Berlioz...)
Rue Foyatier
Rue Foyatier s'arrête notre balade dans une rue au sommet de la Butte où nul n'habite mais où on rencontre des amoureux du monde entier!
Dans le vieux cimetière Saint-Vincent, sa tombe nous accueille dès l'entrée (division 7, 1er rang) avec une femme nue, une muse qui entoure de ses bras son visage et désigne sa signature : Faria.
Un visage rond de bon vivant chapeauté et moustachu, très "fin de siècle"....
Le sculpteur s'est inspiré d'une des rares photos du peintre pour réaliser ce "médaillon" si ressemblant. Ce sculpteur, ami de Faria n'est pas n'importe qui! Il s'agit d'un artiste très en vogue qui reçut de nombreuses commandes de l'Etat : Félix Charpentier....
La sirène. Gare de Lyon. Félix Charpentier.
C'est un bon représentant de l'Art Nouveau dont on peut voir des bas reliefs en façade du Grand-Palais ou de la gare de Lyon. Pour le monument funéraire de Faria, il s'inspire d'une "Flora" qu'il avait sculptée dans le marbre.
Le monument est réalisé l'année même de la mort de Faria, en 1911. On peut dire que le peintre meurt en pleine activité puisque c'est dans son atelier situé 6 rue de Steinkerque qu'il est terrassé par une crise cardiaque à l'âge de 62 ans.
Le 6 rue de Steinkerque a subsisté, bien que modifié. C'était une de ces petites maisons villageoises du quartier qui voyait fondre sur lui les promoteurs alors que le chantier du Sacré-Cœur commençait....
Faria a 33 ans quand il arrive en France en 1882, venu de son Brésil natal, de Rio de Janeiro où il a fait des études à l'Académie Impériale des Beaux Arts.
Dès ses 17 ans il avait commencé une carrière de caricaturiste avant de créer un journal satirique " O Mosquito"
En France, son talent est vite apprécié et lui permet de vivre en illustrant des chansons ou des livres, en créant des affiches pour des chanteurs célèbres comme Dranem ou Ouvrard.
Il crée également des affiches pour le commerce, des "réclames" comme on disait alors.
Mais c'est le cinéma qui va lui permettre de donner toute la mesure de sa créativité.
L'art de Faria tient en la précision de son trait, son sens du portrait, son goût pour la couleur.
Le cinématographe est né en 1895 mais c'est en 1902, alors que la Société Pathé est en plein essor qu'elle le choisit comme principal créateur d'affiches de ses films.
Bien que les films soient en noir et blanc, parfois colorisés, Faria aime utiliser les contrastes, les couleurs vives... comme pour donner par la peinture une équivalence du jeu très expressif des acteurs du muet.
Il crée des affiches pour Ferdinand Zecca, Camille de Morlhon et autres réalisateurs qui font partie de l'histoire du cinéma des origines! Beaucoup de crimes, d'histoires sordides et aussi beaucoup de sujets religieux!
Parfois le goût du merveilleux, des voyages interstellaires inspire les réalisateurs qui ont pour maître génial Georges Méliès.
De son passé de caricaturiste, Faria a gardé le sens de la drôlerie. Par ses cadrages, son sens du découpage, il peut être considéré comme un des précurseurs de la Bande Dessinée.
Jacques Bonneaud, affiche pour "Les Enfants du Paradis" de Carné.
Dans son atelier de la rue de Steinkerque il forme de jeunes artistes attirés par sa renommée et sensibles à sa disponibilité et son caractère chaleureux. Parmi eux Jacques Bonneaud qui plus tard assurera par ses affiches la promotion de réalisateurs célèbres (L'Herbier, Grémillon, Bunuel, Raoul Walsh, Clouzot, Carné.)
... Gustave Soury qui deviendra peintre animaliste et se spécialisera dans les affiches de cirque.
Affiche de Jacques Faria
Mais celui qu'il influencera le plus c'est son propre fils, Jacques, qui partage dans le cimetière Saint-Vincent la même tombe.
Si le nom de Faria est aujourd'hui effacé de nos mémoires, il reste bien présent à l'esprit des cinéphiles et des collectionneurs d'affiches qui s'arrachent celles qui ont survécu dans les remises des vieux cinémas...
Elles nous parlent d'un temps où les peintres étaient associés à la promotion des films et où le cinéma se préparait à passer du noir et blanc à la couleur. Faria n'avait pas attendu et dès ses débuts l'avait imaginé en technicolor!
Ier novembre. Cimetière Saint-Vincent. Peu de visiteurs en ce 1er jour de re- confinement. Mais la nature a mis des couleurs sur les tombes d'Utrillo, Steinlen, Carné.....
2 novembre. Journée de la jupe. Rue des saules.
3 novembre. Les joggeurs ont fait des petits!
4 novembre. Nouveaux touristes sur la Butte.
5 novembre. Le p'tit chien suit avec attention la conversation de ses "maîtres".
6 novembre. Un "sans-papiers" parle aux pigeons.
7 novembre. Contrôle.
8 novembre. L'artiste de rue nous fait voyager... Rue André del Sarte.
9 novembre. Les escaliers de la Butte ne sont pas durs aux petits chiens!
10 novembre. Sortie scolaire masquée boulevard de Rochechouart
11 novembre. Rue Antoine.
12 novembre. Les serpents pétrifiés. Un arbre du square Louise Michel.
13 novembre. Déchirure dans le ciel gris. Un peu de bleu pour un anniversaire tragique, un 13 novembre qui pour toujours a changé nos vies.
14 novembre. Amoureux qui ne se bécottent pas sur les bancs publics. Place Emile Goudeau.
15 novembre. Même confinée, elle est belle notre ville!
16 novembre. Avant la nuit.
17 novembre.
18 novembre. Mercredi sur les chevaux du manège qui ne tourne plus.
19 novembre. Sa Majesté bébé.
20 novembre. La halte. Escaliers de la rue Paul Albert.
21 novembre. Jamais Montmartre n'avait été aussi sportif! rue Foyatier.
22 novembre. Jamais Montmartre n'avait été aussi canin! Square Nadar.
23 novembre. P'tits poulbots disciplinés. Square Louise Michel.
24 novembre. On déménage le Sacré-cœur? Square d'Anvers.
25 novembre. De ma fenêtre vers rue Muller. Le jour la nuit et leur reflet.
26 novembre. Singing in the sun. Place des Abbesses.
27 novembre. Confinement ou pas, Montmartre sera toujours Montmartre!
28 novembre. Un air de jeunesse square Louise Michel.
29 novembre. Mexico..o...o...
30 novembre. Terrasse au-dessus des coquillages rue Lepic.
Boulevard de Clichy
... et voilà que ce mois de novembre confiné se termine dans le gris et le froid méritant tardivement ses noms révolutionnaires de brumaire et frimaire. Tardivement car il fut si l'on en croit les spécialistes de la spécialité le novembre le plus ensoleillé à Paris depuis 1993!
Souhaitons que décembre (frimaire et nivôse) soit lumineux de toutes les étoiles que Noël fait briller dans les yeux des petits et des grands!
Par chance une des rues montmartroises en conserve le souvenir et garantit à ce prénom une survie temporaire.
Rue du Cardinal Dubois. Au niveau des vélos, début de la rue Saint-Eleuthère.
Une rue qui commence dans le prolongement de la rue du Cardinal Dubois, entre les raides escaliers de la rue Foyatier .....
...et se termine rue du Mont-Cenis (place Jean Marais) en plein cœur du vieux village.
Fin de la rue Saint-Eleuthère, jadis rue du Pressoir.
La partie la plus ancienne, longue de 70 mètres est celle qui prolongeait jadis une voie qui conduisait à l'église Saint-Pierre. Cette voie s'appelait rue du pressoir et fut rattachée à la capitale en 1863.
La partie le plus récente (80 mètres) à partir de la rue Foyatier, ouverte en 1867 s'appela d'abord rue Saint-Paul avant d'être deux années plus tard réunie à la rue du pressoir pour former la rue saint Eleuthère.
Eleuthère! Eleuthère! Vous avez dit Eleuthère!
Statue de St-Eleuthère (XIVème siècle)
Pas si bizarre en réalité ce nom bizarre! L'église catholique qui possède un catalogue hors concours de saints du monde entier, propose un choix non négligeable d'Eleuthères, des évêques et des martyrs des premiers siècles... et mystère... le nôtre ne figure pas sur la liste.
Saint-Denis square Suzanne Buisson
Pourtant il a tenu jusqu'au bout, sans faillir, son rôle de martyr comme le narre la légende qui pour nous Montmartrois n'en est pas une. Prêtre et compagnon de Denis, le premier évêque de Paris, il fut décapité avec lui sur la Butte sous la persécution de Dèce ou Valérien au 3ème siècle.
Rue Saint-Rustique
Il partagea ce triste sort avec Rustique, un diacre dont la rue pittoresque est proche de la sienne. Tous deux après avoir perdu la tête comme Denis l'accompagnèrent sur quelques kilomètres jusqu'à l'endroit où l'évêque s'arrêta et où sera édifiée la basilique-nécropole des rois de France.
Ce curieux panneau de bois sculpté qui fut longtemps exposé au musée de Montmartre avant d'être hélas récupéré par le musée Carnavalet représente librement la Butte et la décapitation des trois martyrs tandis qu'un moulin vire au vent...
On retrouve sur le tympan nord de la basilique les trois saints en voie de décapitation.
Et dans l'église, le reliquaire de saint Eleuthère ....
Le premier numéro de la rue, le 2, est à lui seul une histoire! Il s'agit à l'origine d'un pavillon de l'exposition universelle de 1900 remonté à flanc de Butte pour servir de halte aux pèlerins que l'on attendait par milliers : Au Repos de Béthanie.
2020
2015
En cette période de confinement l'établissement qui vend des souvenirs kitsch et des sandwiches élastiques est fermé. Elle est loin l'animation du début du siècle!
Restaurant de 2ème classe.
Tout le bâtiment était occupé par le Repos de Béthanie, avec salles de restaurant, de détente... qui n'oubliaient pas de séparer riches et pauvres en réservant tel ou tel espace à la première classe ou à la deuxième!
Le succès ne fut pas au rendez-vous et le Repos prit sa retraite, remplacé par le Montmartre Belle Vue...
Un café occupait alors la rotonde et proposait aux noctambules de prolonger la soirée au "grenier de la Butte", installé dans une sorte de hangar, un peu plus loin, à la pointe actuelle du square Nadar.
En 1929, le bâtiment est remanié, enlaidi et si le café subsiste encore, c'est un atelier qui occupe l'essentiel de l'espace qui donne sur la rue Foyatier. Pas n'importe quel atelier!
Lacourière et Lapoujade
C'est Roger Lacourière (1892-1966) qui le crée et qui en fait un centre rayonnant de l'art de la gravure. Grâce à lui de nombreux artistes s'y initient et l'utilisent dans leurs créations : Braque, Chagall, Miro, Dali, Matisse....
Sans oublier Picasso fidèle à ce Montmartre où il a débarqué et où il a vécu. Lacourière le guide dans l'utilisation du burin et lui fait découvrir l'aquatinte au sucre!
Le collaborateur de Lacourière, Jacques Frélaut est associé à la direction de l'entreprise qui en 1957 prend le nom d'"Atelier Lacourière-Frélaut". A la mort de Lacourière, Frélaut poursuit avec fidélité et passion la collaboration avec de grands artistes. son neveu prendra sa suite et il faudra attendre 2008 pour que les portes soient définitivement fermées...
.... fermées puis rouvertes sur l'univers moins artiste mais plein "d'esprit" des amateurs de whisky. Le "Corcoran" est particulièrement bruyant les jours des matches de rugby France-Irlande... où la bière prend le relais du whisky.
La rue Chappe
Passé ce numéro 2, plus de numérotation sur 80 mètres... Nous passons devant l'escalier de la rue Chappe...
Les arènes
Puis, donnant en partie sur cette rue, devant les arènes de Montmartre... qui heureusement n'ont jamais accueilli de corrida!
Il y avait là une pommeraie dont subsistent dans le jardin quelques rescapés à côté de prunus, d'oliviers et de quelques pieds de vigne.
Il avait été nécessaire, sous risque de glissement de terrain, de consolider le sol en forte pente qui subissait le poids considérable du réservoir. Les P'tits Poulbots intervinrent pour qu'à cette occasion soit créé un théâtre de plein air, idéal pour les répétitions. Ce qui fut fait en 1941.
Le lieu est aujourd'hui accueillant aux jeunes troupes, aux artistes circassiens, aux chanteurs. Plusieurs festivals montmartrois l'ont choisi pour cadre et c'est un plaisir, pendant les douces soirées d'été d'assister, face à Paris, avec pour mur de scène les immeubles de la rue Gabrielle, à un spectacle dont l'atmosphère magique est telle que l'on ne l'oublie pas!
Paris nous appartient (Rivette)
Plusieurs scènes de "Paris nous appartient" de Rivette y ont été tournées (film rare où on peut voir Brialy, Giani Esposito, Betty Schneider et le dieu Godard himself!
Côté sud toujours, la vue sur Paris se dégage peu à peu et après jardins et vieilles maisons, la star apparaît au loin, photographiée en temps normal par des milliers de touristes....
Du côté nord de cette première partie de la rue s'ouvre le square Nadar. Inutile de présenter ce pionnier de la photographie, auteur de clichés célèbres, véritable galerie de tout ce que le monde artistique du XIXème siècle comptait de créateurs.
Nadar. (Victor Hugo en 1870)
Le square a une double particularité sympathique : il est accueillant à la gent canine, ce qui en fait un rendez-vous des promeneurs accompagnés de leur toutou et une aire de jeux rêvée pour tout un monde qui va du minuscule chi hua hua à l'impressionnant danois!
Sa deuxième particularité est d'avoir vu s'installer en 2007, avec l'aide d'une association de défense des animaux, un pigeonnier 5 étoiles.
Le square est orné d'une statue du Chevalier de La Barre, jeune homme qui fut torturé, brûlé, décapité pour avoir en 1766 refusé de saluer le Saint-Sacrement lors d'une procession.
Les combattants de la laïcité qui voyaient d'un mauvais œil l'érection du Sacré-Coeur à l'endroit où commença la Commune, obtinrent que la rue qui menait à la basilique et la contournait portât le nom du jeune martyr, en même temps qu'une statue fût érigée face au monument qu'ils vouaient aux gémonies.
En 1905 la statue fut installée, faisant grincer les dents des pèlerins et du clergé. Elle représentait un jeune homme attaché à un poteau au pied duquel un bûcher était préparé prêt à détruire le blasphémateur et le Dictionnaire philosophique honni, posé en évidence sur le côté.
En 1926 après de nombreuses interventions de l'église, la statue fut déplacée et installée dans le square. Là ne s'arrêta pas son calvaire! En effet, le gouvernement Pétain la déboulonna en 1941 et la fit fondre, comme si le supplice initial n'avait pas suffi!
Il faut attendre 2001 pour qu'une nouvelle statue réapparaisse sur le socle d'origine qui n'avait pas bougé. Des Associations laïques étaient à l'origine de cette résurrection qui provoqua quelques débats, certains voulaient une reproduction à l'identique, d'autres optaient pour une représentation plus impertinente.
C'est le Chevalier que nous voyons aujourd'hui, adolescent, campé sur ses deux jambes, les mains dans les poches, le chapeau bien vissé sur une tête qui refusait de se courber. Elle est l'œuvre d'Emmanuel Ball et en ces temps incertains où bien des hommes et femmes politiques nous vendent une laïcité de compromis, une liberté de caricaturer MAIS... elle rappelle que la liberté de pensée, la liberté de critiquer, la liberté de se moquer n'est pas un acquis définitif et que des Chevalier de La Barre paient de leur vie aujourd'hui encore le seul fait de la défendre.
Dans le tournant qui grimpe vers le centre du vieux village commence la 2ème partie (70 mètres) de notre rue Saint-Eleuthère.
Sur la droite, longeant la rue Azaïs et dominant le paysage urbain comme une forteresse apparaît le Réservoir construit de 1887 à 1889 dans un style néo byzantin qui s'accorde avec la basilique. Le bâtiment massif ne manque pas d'allure et semble couronner Montmartre d'une citadelle imprenable.
Il est l'œuvre de l'architecte Arthur Stanislas Diet à qui l'on doit le 36 quai des orfèvres ainsi que la reconstruction de l'Hôtel Dieu
Hôtel Dieu (Diet)
Il est construit avec la fameuse pierre de Souppes (comme le Sacré cœur) qui s'auto nettoie avec la pluie.
Le réservoir est en lien avec l'usine élévatrice de la place Saint-Pierre qui fait monter les eaux de la Seine et de la Dhuys jusqu'au réservoir qui reçoit 11 000m3.
Des compartiments distincts reçoivent l'eau de rivière utilisée pour le lavage des rues et l'eau de source réservée aux heureux habitants de Montmartre!
Construction du réservoir (1887)
Le réservoir a pris la place du vieux pressoir de l'abbaye. La rue Azaïs actuelle s'appelait justement rue du pressoir et elle continuait jusqu'à la rue du Mont-Cenis, sur la portion haute de la rue Saint-Eleuthère actuelle.
On voit sur la droite de la rue Saint-Eleuthère, jadis rue du pressoir, l'impressionnant réservoir et la maison du gardien.
La rue longe ensuite la salle paroissiale de l'église Saint-Pierre (ancienne chapelle divisée en deux horizontalement pour créer des espaces de rencontre). Avant d'arriver devant l'église Saint-Pierre, elle change de nom au profit de la rue du Mont-Cenis et de la placette baptisée "Jean Marais" en 2008.
De l'autre côté de la rue, les maisons font partie d'un même ensemble qui date du XVIIIème siècle. L'entrée principale se faisant par la place du Tertre, il n'y a qu'un seul numéro rue Saint-Eleuthère, le 1.... ce qui est surprenant car il est du même côté que le 2, l'ancien Repos de Béthanie. Ne cherchons pas à comprendre! Les deux font la paire et sont les seuls numéros de cette rue!
C'est à cet endroit qui avait été l'ancien presbytère que fut installée la première mairie de Montmartre dont l'entrée se faisait place du Tertre. On comprend le désarroi (!) du Montmartrois qui découvre la plaque de cette 1ère mairie en trois endroits différents : rue Saint-Eleuthère, rue Norvins et Place du Tertre!
Rue Saint-Eleuthère... La pelle Stark et la mention de la mairie à cet endroit...
La rue Norvins et la plaque mentionnant la mairie à cet endroit!
La place du Tertre et la plaque rzevendiquant la mairie!!!
Quel imbroglio!
C'est qu'il s'agit en réalité du même ensemble de maisons, propriété de Desportes et que nous ne sommes pas tout à fait sûrs de la situation exacte des locaux communaux, Desportes ayant consacré une partie de son vaste logement à la mairie dont l'adresse incertaine se trouve ainsi trinitaire!
Mairie 3 place du Tertre.
En 1789, l'Assemblée Nationale avait publié un décret obligeant toute ville à créer une municipalité. Montmartre venait d'être amputé par le mur des Fermiers Généraux de toute sa partie basse devenue parisienne. La Commune de Montmartre fut créée en 1790 avec ce qui subsistait de l'ancien village au nord de l'enceinte.
Félix Desportes fut nommé maire et il le resta pendant deux ans. Il était patriote et proposa, comme nous l'avons vu, que soit installée la mairie dans une partie de sa maison (entrée 3 place du Tertre). Il était populaire, très apprécié des 400 habitants que comptait alors Montmartre.
Il appela une de ses filles Pierrette de Montmartre, tant il était attaché à sa commune et à sa maison proche de l'église Saint-Pierre. Trop proche peut-être car il fut accusé sous la Terreur d'avoir entretenu de bonnes relations, donc suspectes, avec l'abbesse Mme de Montmorency Laval (guillotinée en 1794).
Desportes sut se tirer d'affaires et après s'être fait oublier pendant l'année terrible, il commença une longue carrière sous des régimes différents. Sa fille Pierrette de Montmartre devint baronne après avoir épousé Anne-François de Boucheporn dont le père avait été guillotiné lui aussi en 1794. Il faut croire que le martyr de Saint Denis inspirait beaucoup le Tribunal révolutionnaire!
Tombe de Desportes dans le vieux cimetière du calvaire, contre l'église Saint-Pierre, dans ce Montmartre qu'il aimait.
Et voilà! nous avons parcouru les 150 mètres d'une rue montmartroise en plein ciel, un balcon sur Paris qui s'étend à ses pieds!
Voilà une petite rue qui, bien que n'ayant pas à raconter d'histoires extraordinaires, est typiquement montmartroise
Elle a été ouverte sur des terrains occupés par de pauvres constructions de bric et de broc aux confins du maquis, en 1897, année où triomphe la pièce qui va devenir la préférée des Français "Cyrano de Bergerac" d'Edmond Rostand.
Mais le nom qui lui est donné rend hommage, non pas au héros romantique de la pièce mais à l'écrivain Savinien Cyrano de Bergerac (1619-1655), libertin qui n'a rien de gascon étant tout ce qu'il y a de parisien. Rostand s'inspira avec beaucoup de liberté de ce que l'on savait de lui ! Parmi ses œuvres les plus novatrices, on cite bien sûr son roman de science-fiction dont le langage audacieux et poétique séduit aujourd'hui encore : "Les Etats et empires de la lune et du soleil".
Notre courte rue va sur une centaine de mètres de la rue Francœur à la rue Marcadet avec au premier tiers un escalier qui lui confère son côté montmartrois.
A l'angle avec la rue Francœur, un restaurant italien "In bocca al lupo" et un autre restaurant réputé pour ses brunches "Les Inséparables".
"In bocca del lupo" est une formule superstitieuse pour les Italiens et son équivalent français serait notre mot de Cambronne, ce qui pour un restaurant est assez culotté!
Le 1 et le 3 vont jusqu'à la rue Jouy. Immeubles construits comme toute la rue pour une petite ou moyenne bourgeoisie qui ne peut s'offrir les appartements post-haussmanniens de la rue Caulaincourt voisine. Aucun immeuble de la rue ne porte, gravé sur sa façade le nom de son architecte. La plupart sont dans le même style, vaguement renaissance avec leur appareillage de briques et pierres.
Palais de l'Industrie (Atget)
Un article du Figaro de 1901 nous apprend qu'une partie des immeubles des rues Cyrano, Jouy, Francoeur et Caulaincourt ont utilisé les pierres de l'immense Palais de l'Industrie de l'exposition universelle.
Le pan coupé du 3 nous réserve une petite surprise.
Un ancien commerce en rez de chaussée a été transformé en appartement, avec sur le trottoir un jardinet et un gardien à poils qu'il ne faut pas toucher comme l'exige un avis écrit sur une feuille!
Le 2
Le 2 a conservé la ferronnerie qui portait une enseigne disparue. modeste vestige d'un commerce disparu.
Le 4
Le 4 est un bâtiment qui fait partie de la FEMIS. C'est tout un pan de la culture française qui s'élève en cet endroit et on ne peut qu'être ému en pensant aux chefs d'œuvre qui furent tournés dans les studios Pathé qui occupaient un hôtel particulier et des bâtiments industriels, la plupart rue Francœur.
Parmi plus de cent films parmi lesquels "le déjeuner sur l'herbe" de Renoir, "Pépé le Moko" de Duvivier, "les Dames du bois de Boulogne" de Bresson, je ne peux m'empêcher de privilégier Carné et ce chef d'œuvre absolu que sont "les Enfants du paradis". C'est donc là que Garance-Arletty avec son accent parigot répondit en se moquant de Frédérick Lemaître qui la draguait et craignait que Paris soit trop grand pour la retrouver si elle ne donnait pas son adresse : " Paris est tout petit pour ceux qui s'aiment comme nous d'un aussi grand amour"!
L'escalier vers Marcadet
Nous tombons ensuite sans nous faire de mal sur l'escalier d'où l'on a une vue complète sur le reste de la rue jusqu'à la rue Marcadet. On peut voir que le lotissement s'est fait rapidement, ce qui confère à la rue son unité (et sa monotonie).
L'escalier vers Francoeur
Ici et là tout au long de la rue des cartons incitent les passants à utiliser poubelles et cendriers afin de ne pas réciter le poème de Prévert et sa contrepèterie : "Je vous salis ma rue".
C'est une initiative sympathique et citoyenne qui parfois ne rencontre pas l'adhésion de tous, apparemment...
Contre l'escalier, un panneau peint en mai 2020 rappelle le premier confinement
Il porte les dates de début et de fin de l'épreuve infligée par le virus perfide. Le blason a pour armes une guitare et une palette tandis que le chien noir du jour et le loup blanc de la nuit veillent sur le "village" Cyrano de Bergerac. Sur le fond, on chante au balcon, on applaudit les soignants "vous n'êtes pas seuls, on vous aime"
Couleurs vives, goût de vivre... un beau partage qui donne envie de boire une flûte de champagne avec les villageois!
L'oeuvre est signée Rupert Shrive, artiste britannique qui vit entre Londres et Paris.
Les immeubles n'ont pas la même imagination!
Côté pair :
Les 6 et 8
Le 10
Le 12
Le 12 en pierres de taille est un peu plus cossu, comme le sont souvent les immeubles à pan coupé.
Côté impair :
Le 7
Le 9
Le 11
Les 11 et 12 en partie rue Marcadet marquent avec leur pan coupé la fin de la rue Cyrano de Bergerac.
Une rue à flanc de Butte, assez loin du cœur de Montmartre pour n'avoir pas à subir les invasions touristiques, mais assez près pour en respirer l'atmosphère chère à Arletty!
Qui se souvient encore de la Houppa? Peut-être quelques octogénaires qui l'acclamaient pendant les "Six jours" dont elle fut la reine? Mais qui se souvient des Six jours? Le temps fait passer les couleurs, ronge la mémoire et puis éteint la lumière.
C'est par hasard que je suis tombé sur sa tombe au cimetière de Montmartre, 27ème division. J'étais venu saluer Berlioz installé dans son monument de marbre noir quand mon regard fut attiré par une croix du même marbre. Un nom se dédorait, gravé dans la pierre :
Hé bien cette Marcelle Capronnier (1900-1987) qui choisit de s'appeler "la Houppa" à cause de sa chevelure blonde qui lui faisait une houppe de lumière, fut une des artistes les plus populaires de son temps, dans les années 1930...et après guerre.
Non pas pour sa carrière d'actrice qui fut modeste et la vit participer à quelques films comme "Les Misérables" de Raymond Bernard en 1934 ou aux "Casse-pieds" de Dréville en 1948 (où elle est une prostituée qui chante) mais pour son activité à la radio et pour ses talents de chanteuse fantaisiste.
Elle débuta au music-hall, au Petit Casino boulevard Montmartre et à L'Empire avec des chansons aussi peu intellectuelles que possible, simples et joyeuses, parfois un peu lourdingues dans le sous-entendu comme on les aimait alors.
Un de ses titres de gloire fut sa participation aux Six jours de Paris qui étaient une véritable fête populaire, course créée par Bob Desmarets directeur du Vel d'Hiv.
C'est en 1936 qu'elle obtient sa consécration, les coureurs reprenant en chœur avec elle ses chansons! Evidemment le lieu ignorait quel triste symbole il allait devenir six ans plus tard et qui resterait cousu à son souvenir comme une triste étoile.
Pendant l'occupation, La Houppa se réfugie dans le sud où elle participe à l'animation de Radio Nïmes.
Après la guerre elle retrouve son appartement modeste du 55 faubourg Saint-Denis où elle est venue vivre dès 1928 et où elle mourra.
Les cyclistes l'apprécient et il n'est pas étonnant qu'ils lui demandent de devenir Présidente d'honneur des "Roule-Toujours" (surnom donné aux porteurs de journaux) qui organisent une grande course annuelle qui les conduit jusqu'à la place du Tertre après l'ascension héroïque de la rue Lepic.
Avec Malcuit vainqueur en 1958
Les femmes participent aussi à la compétition dans leur catégorie. La plus grande championne fut Andrée Régnier qui remporta la coupe onze années consécutives ( de 1948 à 1958)!
La Houppa et Andrée Regnier!
Avec le temps, va tout s'en va et peu à peu la Houppa cessa d'être la chanteuse populaire et flamboyante qu'elle avait été. Dans son quartier elle organisa une commune libre, clin d'œil à celle de Montmartre et comme Michou plus tard, elle n'eut de cesse de venir en aide aux déshérités, notamment aux personnes âgées sans ressources.
Elle meurt en 1987, âgée de 87 ans. Une plaque a été apposée sur son immeuble :
"Ici a habité Marcelle Capronnier dite "La Houppa", artiste de music-hall, femme d'action engagée, pionnière de la radiodiffusion"
Des mots d'hommage qui éveillent de moins en moins d'écho dans les mémoires et qui ne disent rien de cette femme sensuelle et généreuse, gouailleuse et optimiste, une des incarnations populaires de la parisienne!
C'est ce qu'il y a de plus spectaculaire dans la décoration de la basilique, c'est aussi par sa composition, ses couleurs, sa précision une grande réussite. L'immense mosaïque du chœur attire le regard dès que l'on a franchi la porte de bronze.
Le bleu et l'or dominent et créent une voute poétique où l'on s'attend à voir filer les étoiles.
Basilique Saint-Marc.
Il y eut d'âpres discussions pour savoir quel type de décor serait choisi. La fresque ou la mosaïque. La seconde fut choisie pour répondre à la cohérence du monument romano-byzantin voulu par Abadie.
Ravenne
Le projet initial était plus modeste. Abadie aurait souhaité un Christ surmonté d'anges et à ses pieds une procession de pauvres et de riches représentant l'humanité conduite vers la vie éternelle. Sorte d'inversion de la danse macabre où riches, hommes d'église, paysans sont entraînés vers la mort.
Dès 1911 le programme se fait plus ambitieux lorsqu'il est décidé de faire appel à un des peintres les plus en cour auprès des responsables religieux : Luc Olivier Merson (1846-1920) qui est présenté en cette première moitié du XXème siècle comme "le grand artiste chrétien"!
La source (Luc Olivier Merson) étude pour les fresques de l'Opéra Comique.
Il a pourtant commencé sa carrière comme peintre proche du symbolisme. Et peu à peu il s'est spécialisé dans les sujets historiques et religieux. Mais il est aussi auteur de fresques dans le goût fin de siècle, à l'Opéra comique de Paris :
Plafond de l'escalier d'honneur. (Merson)
Parmi ses réalisations marquantes, citons, proche de son travail pour le Sacré-Cœur, la chapelle byzantine de l'Institut Pasteur destinée à recevoir le tombeau de Pasteur et de sa femme.
Il reçoit pour adjoints les Magne père et fils (Lucien architecte de la basilique et Henri-Marcel peintre (1877-1944). Ce dernier est chargé de la maquette et des cartons grandeur nature réalisés à partir des peintures de Merson. Les ateliers du mosaïste René Martin reçoivent les premiers cartons en 1918.
Une des premières études de Merson pour le Christ de la mosaïque.
En 1920 Merson meurt et il est remplacé par son élève Marcel Imbs (1882-1935). On verra que l'élève est fortement influencé par son maître quand il conçoit une mosaïque pour l'arc triomphal de l'église Saint-Jean Baptiste de la Salle!
Les travaux de préparation de la voûte prennent beaucoup de temps car elle doit supporter le poids des tesselles en pâte de verre, plus de 68 tonnes!
Merson qui avait réalisé les dessins de la partie centrale (Christ, Esprit, Dieu) n'a fait qu'ébaucher les parties latérales. Le relais est donc pris par Magne et Imbs. La mosaïque sera terminée en 1923.
Elle couvre une superficie de 474 m2 d'un seul tenant. La seule tête du Christ fait deux mètres de haut!
Le Christ est debout, les bras ouverts, dévoilant son cœur .... Il apparaît dans la mandorle qui rayonne derrière lui et qui a pour épicentre le cœur couronné d'épines. Les bras ouverts évoquent la croix.
Au-dessus du Christ l'Esprit rayonne lui aussi, les ailes ouvertes. Il fait le lien avec la dernière mandorle dont on ne voit qu'une partie et dans laquelle apparaît Dieu, couronné d'or et de gloire.
Autour du Christ, sa mère est debout à sa droite tandis qu'à gauche c'est Saint Michel.
Tous deux sont de même échelle, ils sont les plus grands personnages après le Christ, tandis que plus petits, on voit devant la Vierge le pape Léon XIII et devant Saint-Michel, Jeanne d'Arc et la France portant la couronne.
Léon XIII, Jeanne d'Arc, la France....
Les autres parties de la mosaïque ne sont plus l'oeuvre de Merson bien que s'inspirant pour certaines d'esquisses qu'il avait eu le temps de dessiner. Dans la partie basse, le monde terrestre, dans la partie haute le divin...
A la droite du Christ est représenté le cortège des saints et des bienheureux de l'Eglise universelle :
Les auréoles portent le nom des élus : Pierre, Jean, Paul, Ignace d'Antioche, Agnès, Augustin, Dominique, François d'Assise, Ignace de Loyola, Gertrude, Catherine de Sienne, Rose de Lima, Thérèse d'Avila
A la gauche du Christ ce sont les saints de l'église de France qui cheminent dans le ciel :
Lazare de Marseille, Marie-Madeleine, Marthe, Denis dont l'auréole reste accrochée sur la tête coupée), Martin, Geneviève, Bernard, Louis, François de Sales, Vincent-de-Paul, Marguerite-Marie, Jean-Eudes, Madeleine-Sophie Barrat. Ces trois derniers liés au culte du Sacré-cœur.
Dans la partie inférieure, entre des arcades qui font penser à des décors de Ravenne, on peut voir, sous le cortège des saints de l'église universelle trois scènes qui rappellent ,avec des personnages plus petits, l'institution du culte du Sacré- cœur :
C'est sans doute la partie la plus faible de la mosaïque, réaliste, peu inspirée: Clément VII institue la fête du Sacré-Coeur. Pie IX étend cette fête à toute l'église. Léon XIII consacre le genre humain au Sacré-Coeur.
Sous le cortège des saints de France, les scènes historiques représentent (de droite à gauche) la grande peste de Marseille qui en 1720 poussa les autorités politiques et religieuses à prononcer le voeu qui plaçait la ville sous la protection deu Sacré - cœur.
Louis XVI et la famille royale au Temple. Le roi confie son sort et celui du pays au Sacré-cœur.
Le voeu national par lequel les autorités religieuses, morales, politiques veulent consacrer la France au Sacré-coeur...
Un souci de réalisme habite la composition assez plate : les généraux Soris et de Charrette tiennent la bannière, devant eux se tiennent les initiateurs de la basilique, Legentil et Rohault de Fleury, enfin on reconnaît les trois cardinaux qui ont présidé à la construction : Guibert, Richard et Amette.
Malgré l'évidente influence des mosaiques byzantines, il est vain de comparer cette oeuvre à celles qui ne cessent de nous émerveiller et de nous émouvoir à Ravenne comme à Venise. Cependant il est juste de reconnaître la réussite de cette immense mosaïque qui projette en avant le Christ vêtu de blanc, avec la même efficacité que se projette dans le ciel de Paris la basilique blanche. Le ciel bleu, les vibrations de l'or donnent à l'ensemble une dimension poétique et quasi onirique.
Le cimetière Saint-Vincent est celui du vieux village...
Il en a gardé les proportions modestes et l'aspect tranquille.
Et pourtant!
Il raconte bien des histoires.
Il abrite des Montmartrois qui aimèrent leur village et participèrent à sa célébrité.
Cette première visite en annonce de nombreuses autres.
Elle nous mènera devant les tombes les plus célèbres, celles qui font partie du circuit minimal obligatoire!
Le lapin Agile vu du cimetière
Le cimetière fut créé sur un terrain en friche par Jacques Bazin (1762-1833) qui fut maire de Montmartre de 1829 à 1831. Il fut inauguré en 1831 par son adjoint qui lui succéda, Jean-Louis Véron.
Jacques Bazin mourut peu après, en 1833 et y fut enterré. Il n'est pas nommé parmi les personnalités du cimetière alors que sans lui ce lieu n'existerait pas! Sa tombe qui a perdu, depuis presque deux siècles, toute inscription, peut se voir division 12, 1ère ligne...
Il serait temps qu'une plaque rappelle que sans lui il n'y aurait à cet endroit que des immeubles semblables à ceux de la rue Caulaincourt!
Le cimetière était entouré de murs qui subsistent aujourd'hui mais l'entrée était alors située 40 rue Neuve Saint-Denis, à l'emplacement de la rue Saint-Vincent actuelle et non comme aujourd'hui rue Lucien Gaulard à proximité de la place Constantin Pecqueur ...
Une visite rapide nous mènera devant les tombes des "célébrités" locales
Nous aurons le temps (une éternité) de nous recueillir plus tard devant des personnalités moins connues mais qui ont joué un rôle dans l'histoire montmartroise.
Avenue transversale, le vieux calvaire
Voici par ordre alphabétique les "stars" auxquelles nous rendrons visite dans ce premier article :
Marce Aymé (10ème division)
Harry Baur (9ème)
Eugène Boudin (12ème)
Marcel Carné et Roland Lesaffre (4ème division)
Jules Chéret (5ème)
Dorgelès (13ème)
Dumesnil (8ème division)
Arthur Honnegger (8ème division)
Claude Pinoteau (3ème division)
Steinlen (14ème division)
Utrillo (4ème division)
Je rajoute en cette Toussaint 2020 Michou figure emblématique du Montmartre des cabarets (division 12)
Tombe de Marcel Aymé (10ème division)
Marcel Aymé (1902-1967)
Inutile de présenter cet écrivain à part, indépendant, libre de style et d'esprit!
Enfant on a pris plaisir aux Contes du Chat perché, plus tard on a souri avec sa Jument verte et malgré les critiques qui le considéraient comme un petit écrivain douteux, on s'est réjoui de son indépendance et de sa truculence.
N'oublions pas son combat contre la peine de mort (la Tête des autres, mise en scène par Barsaq au théâtre de l'Atelier, de l'autre côté de la Butte)
Place Marcel aymé. Le Passe-Muraille (Jean Marais)
Le "terrien" attaché à sa Franche-Comté a choisi de vivre à Montmartre.
Il a d'abord habité 9 ter rue Paul Féval, à quelques mètres du cimetière, puis 26 rue Norvins. La rue a changé de nom au niveau du 26 et s'appelle désormais place Marcel Aymé. Une sculpture de Jean Marais représentant l'auteur en passe-muraille veille sur le lieu...
Il se peut que la nuit Marcel Aymé passe à travers le marbre noir de sa tombe pour se balader dans le quartier qu'il aimait!
Tombe de Marcel Carné et Roland Lesaffre. (4ème division)
comment l'imaginer étendu sous ce marbre triste, lui le magicien de la lumière.
Avec Prévert il a réalisé quelques uns des plus beaux films du cinéma français : Drôle de drame, Le Quai des brumes, Hôtel du nord, Le jour se lève... et surtout le chef d'oeuvre absolu et indémodable : Les Enfants du paradis!
Les Enfants du paradis! Arletty et J.L. Barrault.
Sous le même marbre est enterré Roland Lesaffre (1927-2009) second rôle dans les films de Carné mais premier dans son coeur!
Au point d'être le légataire universel du cinéaste... et de passer la nuit infinie avec lui!
Roland Lesaffre (L'Air de Paris de Marcel Carné)
Tombe de Harry Baur (9ème division)
Sous un marbre noir sinistre, repose un acteur dont on imagine mal quelle fut la gloire dans la première moitié du XXème siècle.
Harry Baur (1880-1943) a investi de sa nature sensible et puissante des héros légendaires et populaires comme Jean Valjean ou Vidocq.
Il a tourné dans de nombreux films de metteurs en scène de son époque, Dréville ou Tourneur. Il a incarné Beethoven chez Abel Gance et Volpone (avec Jouvet) chez Tourneur.
La fin de sa vie fut tragique puisque, après avoir tourné (sans état d'âme) en 1942 à Berlin, il fut accusé par la presse française malodorante d'être Juif.
Il s'en défendit mais ne put éviter d'être arrêté et déporté avec sa femme. Après quatre mois d'enquête, les Nazis, convaincus qu'il n'avait pas commis le crime de naître juif, le libérèrent.
Mais l'épreuve avait atteint l'acteur en profondeur et il mourut 4 mois plus tard.
Tombe d'Eugène Boudin (12ème division)
Qu'elle est triste la tombe d'Eugène Boudin (1824-1898)!
Lui, l'homme du grand large, des ciels immenses, des météores.... il est enterré sous une pierre grise, à un endroit que caresse rarement le soleil!
Ce précurseur (involontaire et modeste) de l'Impressionnisme, cet amoureux de la mer (il fut mousse) et des plages immenses, lorsqu'il sentit la mort approcher, demanda qu'on l'emmenât à Deauville pour mourir face à la mer.
C'était par un jour lumineux du mois d'août, le 8. Il y avait des voiles blanches sur la mer et des amoureux sur la plage.
L'Impératrice Eugénie sur la plage à Trouville (Eugène Boudin)
Admiré de Baudelaire, de Zola, inspirateur de Monet... il fait partie de la grande histoire de l'art français.
Quel mystère que ce sombre carré où dort sous la terre celui qui a ouvert tant de fenêtres sur l'espace et le rêve!
Eugène Boudin
Dans la 5ème division un monument plus opulent avec des médaillons de bronze qui pleurent sur la pierre signale la tombe de Jules Chéret.
Jules Chéret (1836-1932) est un peintre connu pour son talent d'affichiste.
Il est un des premiers à avoir transformé un art mineur en art à part entière et il n'est pas étonnant que Toulouse Lautrec l'ait admiré et ait été influencé par lui.
Si on peut voir à Paris ses décors peints pour l'Hôtel de Ville ou pour le théâtre du musée Grévin, ce sont ses affiches qui constituent le meilleur de sa production.
Elles donnent l'image la plus éclatante de le Belle Epoque.
Elles sont "en mouvement" comme celles de Lautrec sans pour autant chercher à aller au-delà de la surface trompeuse des visages.
Lautrec est mouvement et mélancolie.
Chéret est mouvemen et insouciance.
Revenons à la littérature avec Roland Dorgelès (1885-1973) 5ème division.
Si un écrivain est à sa place au coeur de Montmartre, c'est bien lui!
On connaît les blagues qu'il aimait faire avec ses amis de la bohême et notamment la présentation au Salon des Indépendants d'une toile de Boronali peinte par l'âne Lolo, alias Aliboron, dont la queue avait été trempée dans des seaux de peinture! C'était juste de l'autre côté du mur du cimetière, au Lapin Agile!>
Il est ami des plus illustres Montmartrois : Carco, Mac Orlan, Utrillo, Max Jacob....
Il a eu plusieurs adresses sur la Butte ou dans le IXème arrondissement : rue Lepic, rue La Bruyère, rue Victor Massé ou rue Camille Tahan, près du cimetière Montmartre.
On lui doit des pages vives et nostalgiques sur notre quartier : "Au beau Temps de la Butte"
"Cet après-midi-là j'étais monté sur la Butte, promenade dont je ne me lasse pas. Parfois, c'est la joie qui m'entraîne, comme si je devais retrouver ma jeunesse là-haut; certains jours, en revanche, ce sont les regrets qui me poussent et je vais à Montmartre comme on se rend au cimetière."
"Les Croix de Bois" sont le plus connu de ses romans, oeuvre composite, kaléidoscope de destins où les hommes tiennent debout grâce à la camaraderie et sont spectateurs de l'horreur, symbolisée par ces croix hâtivement plantées sur les cadavres.
La tombe la plus spectaculaire se signale par un groupe de bronze remarquable en bordure de l'allée d'entrée du cimetière pompeusement appelée "Avenue Caulaincourt".
L'oeuvre du sculpteur Emile Bailly représente un ange qui invite avec tendresse une femme à se laisser prendre par la main et guider vers la lumière. Elle évoque un mouvement de danse.
Elle est à sa place sur la tombe d'un homme, René Dumesnil (1879-1967) qui consacra une partie de sa vie à étudier des oeuvres et des musiciens qu'il aimait.
Il fut aussi un grand spécialiste de Flaubert auquel il consacra plusieurs ouvrages.
Malgré la qualité de son travail, René Dumesnil serait sans doute ignoré de la plupart des visiteurs si le groupe de bronze qui danse sur sa tombe n'attirait leur attention.
Tombe de marbre rose d'Arthur Honegger (8ème division)
On n'enterre pas la musique sous le marbre, fût-il rose!
Arthur Honegger (1892-1955) est joué aujourd'hui dans le monde entier. Sa tombe simple et claire est souvent fleurie par des admirateurs.
L'homme est séduisant, généreux, humaniste. Bien que Suisse, il a adopté Paris, alors que des Parisiens fortunés choisissaient déjà le pays des banques sans morale!
Pendant l'occupation, il choisit de rester à Paris et de résister avec ses moyens, ceux de la musique.
Jeanne d'Arc au bûcher. Ingrid Bergman écrit : " Dans les bras de Honegger, la main sur le coeur de Claudel, où pourrais-je me trouver mieux?"
Parmi ses oeuvres les plus populaires, citons le Roi David (1921), Pacific 231 (1923), Jeanne d'Arc au Bûcher (1938) sur le poème de Claudel.
A Montmartre, il a aimé rencontrer Cocteau, Satie, Picasso...
Le petit cimetière Saint-Vincent se console avec lui de n'avoir pas été choisi par Berlioz qui habitait pourtant à moins de 100 mètres. L'inspiratrice de la Symphonie Fantastique, Harriet Smithson y fut quelque temps inhumée avant que Berlioz ne transférât le corps de celle qui avait été sa femme et la mère de son fils au nouveau cimetière de Montmartre.
Tombe de Pinoteau (3ème division)
Dans la 3ème division, repose depuis huit ans et demi un cinéaste populaire, Claude Pinoteau (1925-2012).
Peut-être aurait-il été plus à sa place au cimetière de Neuilly, ville où il vécut et mourut. Il est vrai qu'il y a peu de cinéastes à Saint-Vincent, à part le génial Carné et Méliès!
(Attention, il ne s'agit pas de Georges Méliès le magicien mais de son frère Gaston, lui même cinéaste aux Etats-Unis!)
La Gifle.Adjani, Girardot. (1974)
Ses films les plus célèbres restent "La Gifle" et "La Boum". g>
Pas sûr que dans un siècle on en parle encore!
L'ordre alphabétique garde pour la fin deux artistes emblématiques de Montmartre: Steinlen et Utrillo.
La tombe de Steinlen (1859-1923) dans un angle du cimetière est constituée de pierres à peine taillées, posées les unes sur les autres et disloquées par les racines d'un arbuste.
Elle convient à celui qui resta marginal et lutta toute sa vie pour les déshérités, les victimes d'un ordre social inique. Il habitait non loin de là, sur ce qui fut le Maquis et devint la rue Caulaincourt. Son Cat's Cottage était accueillant aux crève-la-faim et aux chats. Des dizaines de chats efflanqués y trouvèrent refuge et inspirèrent à leur bienfaiteur des croquis et des dessins qui restent inégalés.
Personne mieux que Steinlen n'a dessiné les chats! Il n'est pas étonnant qu'au premier rayon de soleil, ils viennent se coucher sur sa tombe!
A tout Seigneur tout honneur... une des plus belles tombes est celle d'Utrillo.
Inutile de présenter notre Montmartrois!
Rappelons qu'il est né rue du Poteau au bas de la Butte et qu'il a vécu longtemps au coeur du vieux village. Il a peint des dizaines de toiles représentant les rues et les places de notre quartier. Selon les périodes, ses oeuvres sont plus ou moins naïves, plus ou moins mélancoliques. Parfois les immeubles forment un décor de théâtre, sans acteurs, d'autres fois de petits personnages passent et disparaissent.
Utrillo n'est pas décoratif, il n'est pas pittoresque et quand il s'inspire des clichés, il donne à voir une ville où la tristesse suinte sur les murs malgré les couleurs. Son oeuvre est comme suspendue entre l'enfance et la mort.
Son monument funéraire est adossé au mur qui le sépare de la rue des Saules et du Lapin Agile qu'il a souvent fréquenté et peint.
Rue Saint Vincent, le Lapin Agile et les murs du cimetière.
Et voilà en ce novembre 2020, le plus jeune des hôtes célèbres du cimetière. Il s'agit de Michou que tous les Montmartrois connaissaient appréciaient et aimaient.
Ce picard venu à 20 ans à Paris où il pouvait vivre plus aisément son homosexualité dirigera un cabaret de drag-queens talentueuses aptes à se métamorphoser en Bardot, Dalida, Vartan...
Il a imposé sa personnalité avec sa veste bleue, ses lunettes démesurées et sa chevelure hyper oxydée.
Son originalité ne dissimulait pas un cœur plus gros que lui et beaucoup sur la Butte peuvent témoigner de l'attention qu'il portait aux personnes âgées ou isolées. les invitations qu'il leur adressait pour venir partager champagne et repas dans son cabaret faisaient partie de ces moments de gaité et de partage qui mettent du soleil dans la grisaille.
Il est mort le 26 janvier 2020, un mois et demi avant le grand confinement.
Retour à Paris passé à l'écarlate avec le Covid! Pourtant la couleur de la ville n'a pas changé. Les toits sont gris, les toits sont bleus, la lumière est opaline... Paris mon beau Paris je te retrouve après t'avoir trompé trois mois avec une belle maîtresse qui a une partie de mon cœur, l'île d'Oléron!
Le 5 octobre.
La nuit montmartroise
6 octobre. Rayon de soleil au sommet.
7 octobre. Un air de vacances sur la Butte.
8 octobre. La marée des toits de Paris. Le seul paysage de ma ville qui me rappelle l'océan!
9 octobre. C'est toujours le printemps pour les amoureux. Place du Calvaire!
10 octobre. Cours de boxe dans les escaliers de la rue Foyatier.
11 octobre. Hip hop sur l'esplanade du sacré-Cœur.
12 octobre. Les baladins enchantent le monde malgré tout!
13 octobre. le SDF et son vieux chien. Rue de Liège
14 octobre. De la musique avant toute chose... Place Suzanne Valadon.
15 octobre. Une griffe sur le ciel! Rue Saint Eleuthère.
16 octobre. Hitchcock à Montmartre? Rue Cardinal Guibert.
17 octobre. Si belles qu'on n'ose pas leur demander de se retourner! Escaliers du square Louise Michel.
18 octobre. Solitude de l'artiste de rues. Mais que revienne le temps des cerises...et des touristes!
19 octobre. Paris appartient aux amoureux.
20 octobre. Rue Paul Albert, la rue qui danse.
21 octobre. Lumière d'automne rue Lamarck.
22 octobre. Rue Norvins!
23 octobre. Ma rue (André del Sarte) et son jardin vertical
24 octobre. Cinéma muet place Valadon.
25 octobre. Le cheval blanc et les masques.
26 octobre. Insouciance heureuse et à roulettes, square louise Michel.
27 octobre.
28 octobre. Avant le discours de Macron et le nouveau confinement.
29 octobre. Personne pour regarder la statue vivante. Elle s'envole!
30 octobre. Après les égorgements de Nice, le Sacré-cœur sous protection...
31 octobre. Depuis le début du nouveau confinement, les chiens sortent beaucoup plus souvent!
Les cinémas fermés, les théâtres, les opéras... toutes ces fêtes de musique, de poésie et d'images auxquelles nous étions impatients de participer avec nos masques, notre gel, la distance de sécurité... mais rassurons-nous les grandes surfaces avec leurs fêtes de papier toilette, de nouilles, de boustifaille vont continuer avec nos masques, notre gel et sans la distance de sécurité.
Si Berlioz a bien habité rue du Mont Cenis, ancienne rue Saint-Denis, il n'en est pas de même pour Mimi Pinson qui fait partie de la légende, ô combien foisonnante de Montmartre.
Photo 1901
La modeste maison du village qu'on lui attribue a été détruite en 1925 ainsi que celle de Berlioz.
Mais qui est donc cette Mimi Pinson qui n'exista pas et à qui on attribue cette adresse pittoresque?
Utrillo
La demoiselle n'est pas orpheline, elle a un père célèbre, Alfred de Musset qui la fit naître sous sa plume dans un conte écrit en 1845 dans Le Diable à Paris publié par Hetzel (revue qui ne vécut que deux ans et à laquelle collaborèrent Nodier et Nerval).
Le conte nous présente une jeune fille aussi charmante que pauvre qui vit dans une mansarde et dont Eugène, poète bohême, évidemment sans le sou, va tomber amoureux.
Musset fait chanter à son héroïne un poème qui devint vite populaire :
Mimi Pinson porte une rose
Une rose blanche au côté
Cette fleur dans son cœur éclose,
Landerinette!
C'est la gaité.
Quand un bon souper la réveille,
Elle fait sortir la chanson
De la bouteille!
Parfois il penche sur l'oreille
Le bonnet de Mimi Pinson (...)
Gavarni
Le personnage charmant, insouciant, heureux de vivre malgré la pauvreté, connaît une grande popularité et son nom est vite repris dans des opérettes, des films où elle est le prototype de la grisette, jeune modiste sans le sou mais au cœur généreux.
Gustave Charpentier
Quand Gustave Charpentier, Montmartrois d'élection et révolté par les injustices sociales, crée le Conservatoire Populaire pour l'éducation artistique des jeunes ouvrières, il l'appelle "Conservatoire de Mimi Pinson"!
On reconnaît à l'arrière plan, à droite, Gustave Charpentier
"Vous chantez ô Musettes
Ainsi que des fauvettes
Et comme des pinsons
Mimis Pinsons!"
(...)
Je suis sûr que plus d'une
Possède une fortune
Dans le joli casier
De son gosier." Charpentier
Mais pourquoi diable cette maison-là fut-elle choisie par les Montmartrois comme étant celle de Mimi Pinson?
Vachalcade 1897
C'est la Vachalcade de 1897 (défilé carnavalesque organisé par les artistes montmartrois) qui en est responsable! En effet, un des chars représentait en carton-pâte la lucarne en chien assis de la modeste maison qui était nommée "la maison de Mimi-Pinson".
Et voilà! la légende était née! C'est donc à la mi-Carême 1897 que la maisonnette devint officiellement celle de Mimi Pinson et le resta jusqu'à sa démolition, dans les années où les spéculateurs détruisaient les rues du village pour édifier de gros immeubles sans grâce.
Le gros immeuble laid qui s'élève à sa place et a écrasé également la maison où Berlioz composa "Harold en Italie" comme par mauvaise conscience rappelle par des médaillons plâtreux sur sa façade la petite maison qui avant le vandalisme avait connu plusieurs locataires fauchés dont le peintre Van Dongen.
A l'emplacement du jardin de Mimi s'élève le château d'eau de Montmartre, dans un square qui porte le nom de Claude Charpentier et non Gustave. Mais nous sommes dans la continuité puisque cet architecte urbaniste qui rebâtit le Bateau-Lavoir construisit également le conservatoire de musique du XVIIIème arrondissement où des mimis pinsons modernes rêvent de succès.
Si aujourd'hui cette maison reste présente malgré sa destruction, elle le doit bien sûr aux peintres et surtout à Utrillo qui venait en voisin de la rue Cortot pour la "croquer" saison après saison. La maison rose qu'il a peinte également, rue de l'abreuvoir et qui a échappé aux promoteurs est mitraillée par les touristes du monde entier. Celle de Mimi Pinson ne survit que grâce aux vieilles photos et aux toiles plus ou moins réussies qui l'ont honorée.