Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

Publié le par chriswac
Publié dans : #POEMES...Divers

 

 

 marianne-006.JPG

 

Marianne

 

 

 

Marianne

 

C'est la nuit la plus longue et la nuit la plus sombre

La nuit des sans-abri qui veillent dans nos ombres

Enfermés dans les rues qui n'ont pas de fenêtre

Guetteurs sans illusion du matin qui va naître

 

C'est la nuit de l'hiver la nuit de Bethléem

La nuit de l'homme nu perdu dans les couloirs

A qui nul ne murmure à l'oreille un je t'aime

Qui pourrait accrocher l'étoile à sa mémoire

 

C'est la nuit de décembre et la nuit de douleur

La nuit de l'asphyxie de ma petite soeur

Le combat inutile et la dernière peur

Les gants noirs de la mort sur le cou du nageur

 

C'est la nuit de Noël et la nuit de l'urgence

La nuit des mots à dire et la nuit de la chance

Si je fermais les yeux et si j'ouvrais mon coeur

Viendrais-tu respirer entre mes bras ma soeur

 

marianne-004.JPG

marianne-001.JPG

 

 

Liens. Poèmes à Marianne.

Poème: Petite soeur au cimetière.

Poème. Mort de ma petite soeur.

Marianne ou la vie

 

Liste et liens des poèmes. Divers.

 

..............................................................................................................;

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir les commentaires

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.
Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Voilà un endroit de Montmartre qui semble préservé et qui pourtant est l'un de ceux qui a été ravagé par les bombes alliées en 1944.

 

Quand tombe la nuit il reste vibrant de l'âme montmartroise et il nous transporte, avec la voix de Morelli qui habitait à deux pas, dans un autre monde, une autre histoire.

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Je l'aime profondément. J'y ai vécu alors que je commençais à enseigner, au 19 de la rue Paul Albert, tout contre la maison où vivaient Monique Morelli et Léonardi.

la maison n'a pas changé. Le chapeau de paille de Morelli est resté accroché à la fenêtre comme si, un jour de soleil, elle allait le remettre avant de sortir et dévaler la rue jusqu'au marché qu'elle aimait avenue Trudaine.

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Presque en face de chez elle, dans la rue du Chevalier de la Barre, au 23, elle ouvrit le cabaret, "Chez Ubu" en 1962 où elle reçut ses amies Brigitte Fontaine et Colette Magny entre autres.

                                               Morelli et Colette Magny

Mais, cornegidouille, elle n'était pas bonne gestionnaire et, trop accaparée par ses tours de chant, elle ferma boutique en 1969, année où elle chanta en 1ère partie de Brassens à Bobino.

                                      Morelli, Brassens et Mac Orlan

 Voilà 15 ans qu'elle a quitté sa maison sous le lierre pour le grand jardin du cimetière de Montmartre.

                                                 Travaux du funiculaire

Revenons en arrière, du temps où elle n'était pas encore née à l'ombre du beffroi de Béthune. Nous sommes à la fin du XIXème siècle. La Butte est sens dessus-dessous depuis que les travaux de la Basilique ont commencé avec leurs charrois, leur multitude de terrassiers, de maçons, de sculpteurs...

Au fond les 2 maisons rescapées du village

Au fond les 2 maisons rescapées du village

Les lotissements vont bon train et  le quartier va être bouleversé.

 Exception faite des maisons qui sont de part et d'autre du passage Cottin et qui sont restées telles qu'elles étaient quand Montmartre était un village. 

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.
Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Celle du 18 date de 1850 et abritait un bougnat. Un tableau de Lucien Génin en perpétue la mémoire.

                                                       Lucien Génin

Quelques commerces lui succédèrent jusqu'à ce qu'un restaurant s'y installe pendant une dizaine d'années, sous le nom d'Atmosphère, bien que nous soyons loin  de l'hôtel du Nord.

Les 18 et 20 Chevalier de la Barre (1937. Takanori Ogisu)

Les 18 et 20 Chevalier de la Barre (1937. Takanori Ogisu)

Le pan coupé, sur le passage Cottin fut longtemps décoré par un portrait d'Arletty. Plus rien ne l'orne aujourd'hui et le petit immeuble campagnard avec ses volets bleus a repris ses airs d'antan.

 

Des plaques de grès dissociées qui formaient une frise avec vrilles, pampres, grappes et  divinités bachiques décorent la façade.

Elles auraient été récupérées dans la célèbre Tour de Solférino qui était située un peu plus haut, rue Lamarck.

                                            Les 18 et 22 et le passage Cottin (Gazi)

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Le petit immeuble rescapé qui lui fait face, de l'autre côté du passage Cottin, au 20, abrite aujourd'hui une crèche.

Le CIM, "Centre Israélite de Montmartre" en fit l'acquisition en 1989. Le bâtiment était près de s'effondrer et il fallut entreprendre d'importants travaux pour le consolider et sauvegarder la façade classée. Une dizaine de piles furent nécessaires pour l'ancrer à la roche à une cinquantaine de mètres de profondeur. De tels travaux furent financés en majeure partie par une donation de Marcel Bleustein-Blanchet dont la crèche porte le nom.

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Le 22 est une reconstruction à l'identique après les bombardements de 1944 qui ont détruit une partie de cet immeuble et de la grande maison qui en était voisine. 

 

On peut voir sur la gauche le bâtiment qui abritait le panorama de Rome

On peut voir sur la gauche le bâtiment qui abritait le panorama de Rome

La maison, au 24, saccagée par les bombes avait elle même été élevée sur le terrain où était proposé en 1900 aux badauds et aux pèlerins un "panorama", alors très à la mode, grande fresque circulaire qui donnait l'illusion au spectateur placé au milieu de la rotonde, d'être immergé dans le paysage

On en comptait plusieurs sur la Butte : le panorama de Patay, rue Becquerel, celui du Sacré-Cœur rue saint-Eleuthère, celui de Jérusalem qui nous intéresse aujourd'hui et qui en 1905 se transforma en panorama de Rome.

Le panorama lorsqu'il était animé par des jeux de lumière prenait le nom de diorama...

le diorama de Jerusalem

le diorama de Jerusalem

toile peinte par Olivier Pichat pour le panorama de Jérusalem.

toile peinte par Olivier Pichat pour le panorama de Jérusalem.

Les attractions s'avérant peu rentables, le panorama fut supprimé et sur son terrain fut édifiée en 1913 une maison avec atelier, construite pour le peintre Fernand Jobert (1876-1949).

Cette gravure d'Eugène Veder (1921) permet de se faire une idée de cette maison qui présente quelques similitudes avec la maison Neumont place du Calvaire. Son architecte est Albert d'Hont qui associé avec Félix Le Nevé, mort en 1906, a conçu plusieurs immeubles à Paris, notamment 98 boulevard Malesherbes et 11 rue Magellan.

Maison Neumont côté place du Calvaire.

Elle fut réalisée selon les indications du peintre qui avait largement les moyens d'en faire un une habitation-atelier idéale.

Bien qu'il passât une bonne partie de son temps en Bretagne, à Moëlan, il aimait l'atmosphère de la Butte et faisait partie de "la bande à Dorgelès" qui parle de lui comme d'un "peintre riche" opposé à Maclet "peintre pauvre."

 

 

Il aimait les peintres de Pont-Aven et fréquentait les Nabis. Montmartre ne semble pas l'avoir beaucoup inspiré, amoureux qu'il était des rivages bretons.

Le peintre quitta donc sa belle maison qui fut occupée alors par l'historien d'art, petit-fils de Gustave Eiffel, Georges Salles (1889-1966) spécialiste de l'Orient et, au temps de sa jeunesse, archéologue en Iran, Afghanistan et Chine.

Pendant les années où il vivait rue du chevalier de La Barre, il était directeur du musée Guimet.

Après guerre il deviendra directeur des musées de France. Il luttera alors pour la création d'un musée d'Art Moderne au Palais de Tokyo (aujourd'hui le MAM) et sera à l'origine de la commande pour le Louvre d'un superbe plafond peint par Braque et d'un mur par Picasso. 

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Cet homme remarquable à l'esprit ouvert et audacieux a également publié un recueil de nouvelles qu'il serait temps de redécouvrir : "Le Regard". Il y parle de la sensualité du regard, indispensable à qui désire comprendre un tableau. Un beau tableau selon lui est semblable à un bon repas : "Sa plus ou moins grande spiritualité ne sera jamais que la prolongation d'une jouissance organique."

Il n'est pas à Montmartre dans la nuit du 20 avril1944 quand ont lieu les bombardements alliés sur Paris destinés à toucher les bases arrières allemandes et les entrepôts de la RATP.

            Clichés Roger Violet. La maison à gauche est celle du peintre Fernand Jobert.

La maison gravement touchée ne sera pas reconstruite, contrairement à l'immeuble du 22.

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

On peut voir sur ce cliché de 1948 le terrain arasé où s'élevaient la maison et l'immeuble du 22.

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Aujourd'hui un ensemble assez banal occupe cet espace. Il ne porte aucun vestige des dioramas ou de la demeure d'artiste qui occupèrent un temps cet endroit si particulier de Montmartre.

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Le côté impair de la rue du Chevalier est occupé par le CIM, Centre Israélite de Montmartre qui accueille des personnes en grande difficulté, notamment des mamans.

Pendant la guerre de nombreux orphelins y étaient hébergés jusqu'au jour où, transférés dans un autre abri après les bombardements, Ils furent raflés par la Gestapo et envoyés dans les camps de la mort.

Une plaque rappelle ce crime, une plaque semblable à celles si nombreuses qui ont été apposées sur le mur de nos écoles. 

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Avant la construction de ce centre, un restaurant avec jardins occupait tout l'espace de ce côté de la rue. Il s'agit du célèbre Rocher Suisse auquel nous avons consacré dans ce blog un long article.

Immeuble remplacé aujourd'hui par le CIM

Immeuble remplacé aujourd'hui par le CIM

Rappelons qu'à l'origine, un savoyard avisé, Mr Daudens acheta les terrains à un gros propriétaire dont une rue voisine porte le nom, Mr Feutrier. Peu à peu il le transforma en restaurant rustique qui évoquait ses Alpes natales.

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

L'établissement connut divers avatars et divers propriétaires avant de rendre l'âme définitivement en 1921, racheté par la Société Israélite caritavive.

Rues Chevalier de La Barre, Lamarck, Paul Albert. Un carrefour sous les bombes. Diorama de Jerusalem. Maison Fernand Jobert. Centre Israélite de Montmartre. Le Rocher Suisse. Morelli.

Il y aurait bien des anecdotes encore à raconter sur ce petit quartier montmartrois que nous aimons et qui a, comme l'aurait dit Arletty,  "une gueule d'atmosphère"

                                                 Le 18 avec Arletty

Liens

Les rues et places de Montmartre

Les peintres, artistes et célébrités de Montmartre

Monuments et curiosités

Je tiens à remercier Hélène, grande amie montmartroise qui m'a fourni des éléments indispensables et précieux pour cet article. 

 

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités

Parmi les plus originaux, généreux, révoltés et fraternels poètes qui fréquentèrent notre Butte, voilà sans doute l'un des plus authentiques : Gaston  Couté!

Je me rappelle comment ma voisine de la rue Paul Albert chantait ses textes, accompagnée à l'accordéon par Léonardi. J'ouvrais mes fenêtres pour mieux l'entendre et pour voyager dans le Montmartre à la fois misérable et étincelant du début du XXème siècle.

 

La voix intense, à fleur de blessure, forte et près de la brisure de Morelli me révélait des textes qu'à ma grande honte j'ignorais comme ce "jour de lessive", ce désir fou de sortir de la boue pour retrouver la pureté de l'enfance. Le poème est une métaphore. Le jeune désenchanté revient chez sa mère un jour de lessive :

Je suis parti ce matin même,
Encor soûl de la nuit mais pris
Comme d’écœurement suprême,
Crachant mes adieux à Paris…
Et me voilà, ma bonne femme,
Oui, foutu comme quatre sous…
Mon linge est sale aussi mon âme…
Me voilà chez nous !

Ma pauvre mère est en lessive…
Maman, Maman,
Maman, ton mauvais gâs arrive
Au bon moment !…

Tout comme le linge confie
Sa honte à la douceur de l’eau,
Quand je t’aurai conté ma vie
Malheureuse d’affreux salaud,
Ainsi qu’on rince à la fontaine
Le linge au sortir du cuvier,
Mère, arrose mon âme en peine
D’un peu de pitié !

Et, lorsque tu viendras étendre
Le linge d’iris parfumé,
Tout blanc parmi la blancheur tendre
De la haie où fleurit le Mai,
Je veux voir mon âme, encor pure
En dépit de son long sommeil
Dans la douleur et dans l’ordure,
Revivre au Soleil !…

 

Gaston Couté à Montmartre. Poète anarchiste.

Mais avant de désirer ardemment ce retour impossible vers l'enfance, Gaston Couté a rêvé de Paris depuis Meung sur Loire où Villon fut emprisonné, où Jean de Meung écrivit le Roman de la Rose et où son père était un riche meunier. Déjà la poésie et déjà les moulins (fussent-ils à eau). 

                                                 Moulin à Meung sur Loire

Il n'aime pas l'école même s'il ne manque pas de dons qui se révèlent déjà. Il la quitte pour devenir commis à la recette des impôts d'Orléans. Il est difficile de l'imaginer dans un tel poste! Il compense en écrivant dans le Progrès du Loiret et en publiant des poèmes, parfois en parler beauceron. Encouragé par des critiques flatteuses, il décide d'aller à Paris. Il a 18 ans.

 

Le Paris des poètes, des maudits, des révoltés, c'est Montmartre bien sûr! Et c'est à Montmartre qu'il débarque pour partager la vie difficile des artistes.

 

  Il va y mener la vie de bohème et loger au jour le jour dans des hôtels borgnes ou à la belle étoile. Parfois il est hébergé dans les cabarets où il commence à dire ses poèmes.

                       Le décor de céramique qui a survécu sur la façade de l'Âne Rouge

Il est accepté à l'Âne Rouge avenue Trudaine où, paraît-il, il n'est payé qu'en nature avec un café-crème quotidien. La légende de l'anarchiste miséreux est sans doute "embellie" par ce détail et il y a de fortes présomptions que selon l'habitude du cabaret il ait été payé de boissons plus fortes et de quelque relief de repas. 

Sur la droite "Souvenirs" le 84 où était le Chat Noir et sur la gauche, le 88, immeuble moderne où était Al Tartane.

On le retrouve au 88 boulevard de Rochechouart, aux soirées chantantes du modeste cabaret Al Tartane (la tartine) presque voisin du premier Chat Noir (au 84) où il dit ses poèmes devant un public qui commence à le reconnaître.

 

Gaston Couté à Montmartre. Poète anarchiste.

     Il apprécie les escaliers de la Butte qui lui permettent, jour après jour, de pratiquer un exercice de forçat : gravir les marches, un sac pesant sur les épaules, le dos courbé le pas alerte. C'est qu'il s'agit de perdre les quelques centimètres de sa petite taille qui, si modeste fût-elle, ne lui permettait pas d'échapper au service militaire et à la conscription. N'étaient exemptés que les hommes mesurant 1m54 ou moins. Or notre pacifiste engagé mesurait 1m56.

 

Des gâteux qu’on dit immortels,
Des louftingues en redingote
L’adorent au pied des autels
De leur ligue de patriotes :
Des écrivassiers de mon cul
En touchants mélos d’ambigu
Ou romances pour maisons closes
Nous chantent cette horrible chose :
La Guerre !

Oui mais, si nous avions la guerre,
Devant le feu, qui donc filerait comme un pet ?
Voyons les cabots de la guerre,
Foutez-nous la Paix ! .

   

C'est Théodore Botrel qui ,l'un des premiers, reconnaît son talent et lui offre de participer à sa revue "La Bonne Chanson". Sans doute est-il séduit par la poésie franche, marquée par son terroir, de Couté. Plus sans doute que par ses idées libertaires et par son engagement avec les dreyfusards alors que Botrel fait partie des patriotes anti-dreyfusards.

Jehan-Rictus (Steinlen 1895)

Jehan-Rictus (Steinlen 1895)

    Mais Couté ne pouvait qu'attirer l'attention d'un autre poète, bien plus proche de lui par ses idées, Jehan-Rictus.  Comme lui, Rictus qui aime employer le langage populaire et patoisant est révolté par les injustices sociales et le conformisme qui écrase et nivelle. On peut dire qu'il est son frère en poésie et l'on peut trouver chez l'un et l'autre les mêmes thèmes.

 

Extrait du Christ en bois de Couté

« Mais, toué qu’les curés ont planté
Et qui trôn’ cheu les gens d’justice,
T’es ren !… qu’un mann’quin au sarvice
Des rich’s qui t’mett’nt au coin d’leu’s biens
Pour fair’ peur au moignieaux du ch’min 

 Extrait du Revenant de Rictus                             

Avoue-le va... t’ es impuissant,
Tu clos tes châss’s, t’ as pas d’ scrupules,
Tu protèg’s avec l’ mêm’ sang-froid
L’ sommeil des Bons et des Crapules.
Et quand on perd quéqu’un qu’on aime,

Tu décor’s, mais tu consol’s pas. 

   

 

 

 

 

 

Gaston Couté à Montmartre. Poète anarchiste.

Rictus l'admire et écrit de lui qu'il est "un adolescent de génie qui a des dons extraordinaires".

Il lui facilite l'accès aux cabarets montmartrois : Les Quat'z'arts boulevard de Clichy, les Funambules, la Truie qui file rue Fontaine et bien sûr le mythique Lapin Agile.

 

    Couté impressionne mais n'est pas impressionné par les disputes et les querelles artistiques. Il juge élitiste et coupé des réalités le débat sur le cubisme par exemple. En revanche il ne manque pas de provoquer l'intérêt des habitués du Lapin. Il se lie d'amitié avec Carco, Mac Orlan, Dorgelès.

Mac Orlan est convaincu que ce jeune provincial est habité par le feu dévorant de la révolte poétique comme le fut, arrivant à Montmartre, Rimbaud. "Son renom grandira tout d'un coup un jour quelconque de l'avenir!"

  Mais le gars ne cherchait pas à plaire et à briller. Les artistes devenus célèbres qui l'ont connu ont fort peu parlé de lui, comme s'il était marginal parmi les marginaux, trop marqué par son goût pour le patois beauceron, trop engagé, trop violent par ses textes, trop révolutionnaire.... Bref il arrivait sur la Butte avec une trentaine d'années de retard, il avait manqué la Commune et son idéal libertaire.

 

 De plus, le beauceron qui ne s'aimait pas physiquement devait effaroucher les femmes. Il vivait la plupart du temps en solitaire.

Il était une fois un gars si laid, si laid
Et si bête ! qu'aucune fille ne voulait
Lui faire seulement l'aumône d'un sourire 

 

 

 

Gaston Couté à Montmartre. Poète anarchiste.

Son adresse principale à Montmartre, la seule qui soit certaine, c'est à l'hôtel Bouscarat, refuge d'artistes fauchés. Il louait là un garni. L'hôtel qui faisait partie du Montmartre légendaire a été détruit et remplacé par un petit immeuble qui enlaidit  la place du Tertre.

 

Ironie du sort, le restaurant qui occupe le rez de chaussée s'appelle aujourd'hui "La Bohème". Couté aurait eu du mal à s'y payer un café-crème!

Une plaque a été apposée sur le mur de briques côté rue du Mont-Cenis. Des touristes de bonne volonté tentent de la lire sans comprendre qui est honoré en ce lieu. 

 

     Parmi les autres lieux qu'il fréquenta dans le quartier il y a la Maison du Peuple, impasse Pers,  le Progrès Social rue de Clignancourt... Il participa à  plusieurs journaux libertaires, "la Barricade" et surtout "La Guerre Sociale" hebdomadaire anti militariste où il publiait chaque semaine une chanson.

 

Son ami le journaliste Victor Méric évoque cet engagement populaire de Couté :

"Il connut, impasse Pers, de prodigieux succès. Il entrait de plain-pied dans la confiance populaire. Ses poèmes colorés, directs, aux images audacieuses et brutales, frappaient les imaginations, allaient au cœur des foules. Xavier Privas devait plus tard l’appeler le  Mis­tral de la Beauce. Et il ajoutait :

            N’est-ce pas le sourire aux lèvres et le couplet joyeux à l’esprit que ce paysan philosophe a fustigé l’hypocrisie sociale et cinglé les vices humains ?"

 

 

(...) Mais en nos âmes de vingt ans,
Gronde une révolte unanime :
Nous ne voulons pas plus longtemps
Être des tâcherons du crime !
Pourtant, s’il faut encore avant
De jeter nos armes au vent
Lâcher leur décharge terrible,

Nous avons fait choix de nos cibles :
En nos mains de semeurs de blé
Dont on voyait hier voler
Les gestes d’amour sur la plaine,
En nos mains de semeurs de blé
Puisqu’on vous tient, fusils de haine !…
Tuez ! s’il faut tuer demain,
Ceux qui vous ont mis en nos mains !…

Il ne connaîtra pas la terrible boucherie de la première guerre puisqu'il mourra en 1911.

 

Gaston Couté à Montmartre. Poète anarchiste.

   C'est dans son garni de la place du Tertre qu'il traîne une tuberculose aggravée par ses conditions de vie et son goût trop prononcé pour l'absinthe. Il est frappé d'une congestion pulmonaire et transporté à l'hôpital Lariboisière où il meurt le 28 juin 2011. 


 

Il sera inhumé à Meung sur Loire, dans la ville où Villon quelques siècle plus tôt, écrivait son "Testament" en commençant par ces mots "En l'an trentième de mon âge."

Gaston Couté lui est en l'an trentième et demi de son âge. 

Il était une fois un gars si laid, si laid
Et si bête ! qu'aucune fille ne voulait
Lui faire seulement l'aumône d'un sourire ;
Or, d'avoir trop longtemps souffert l'affreux martyre
De ne pas être aimé lorsque chante l'amour,
Le pauvre gars s'en vint à mourir un beau jour...
On l'emmena dormir au fond du cimetière,
Mais, son âme, un Avril, s'échappa de la terre
Et devint une fleur sur sa tombe, une fleur
Qu'une fille cueillit et mit près de son cœur.


 

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #album
Oui mais il parle aux oiseaux. Peintre place du Tertre.

Oui mais il parle aux oiseaux. Peintre place du Tertre.

Je revois les centaines de photos prises à Montmartre depuis des années et je sélectionne ici quelques-unes qui sont mes préférées. Album de fin d'année, album du temps qui fuit, des passants éphémères sur notre Butte qui se croit éternelle. 

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

L'homme statue se dirige vers son socle. Rue du Chevalier de La Barre.

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Amoureux chez eux à Montmartre

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Le funambule place du Calvaire

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Valse devant les tritons

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

L'amour en équilibre

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Les chanteurs perchés comme des gargouilles!

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Montmartre à perdre la tête

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Il est souvent là cet acrobate du ballon. Ce soir-là il avait le soleil pour partenaire.

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Le Père Noël est tombé sur la tête

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Dans la vitrine boulevard Magenta

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Etranges et belles ces deux guitaristes en miroir

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Une grande tendresse pour ces trois poulbotes de la rue Gabrielle

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

L'envol des mariés!

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Amour toujours

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

La mendiante endormie et la chatte Juliette (morte depuis)

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Le balayeur pétrifié

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Quand le souffleur de bulles capture une passante

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Seuls les enfants ont des oreilles!

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

La chance d'avoir un chien, à la vie, à la mort

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Plus on est de chiens plus on vit

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Il est toujours là ce peintre, avec son double fidèle

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Un SDF endormi dans un canapé. Voyage dans le rêve.

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Les cariatides dans un film de Cocteau.

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Cité des Arts. Montmartre-village.

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Un jour de neige blanche et de chien noir 

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Encore l'amour avec un rayon de soleil

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Montmartre et son double rue Muller

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

La statue descend de son socle

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Le kid et une vie de chien. Hommage à Charlot!

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Amoureux comme deux oiseaux au-dessus de la ville.

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Montmartre cinématographique. Place du Calvaire.

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

L'enfant qui court après son ombre (escaliers de la rue du Chevalier de La Barre)

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Une exception! Lui il mendie sur les Champs-Elysées!

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

Cet homme-là qui semble venir du 18ème siècle mendie devant le Sacré-Coeurt!

Mes Photos de Montmartre. Mes photos préférées.

One love

nAlbums photos de Montmartre mois après mois

                      Passant devant un collage de Levalet rue d'Orsel

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #album
Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

1er novembre. La Toussaint sur le manège.

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

2 novembre; Le jour des morts. La douleur, cimetière de Montmartre.

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

3 novembre. Entre deux averses, la ville a le blues

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

4 novembre. Le peintre et son double (Place du Tertre).

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

5 novembre. Jeux d'enfants. Le petit de droite me fait penser à un Jamel Debbouze miniature!

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

6 novembre. Lumière du soir sur la basilique. Ce n'est qu'à la mi-octobre qu'a été lancée la procédure d'inscription du Sacré-Cœur à la liste des monuments historiques! En théorie ce classement sera effectif avant la fin de l'année! 

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

7 novembre; Sans les amoureux Montmartre ne serait plus Montmartre! 

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

8 novembre. Ciel en bataille. Dans ces combats c'est toujours le monstre noir de la nuit qui l'emporte.

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

9 novembre. Harmonie en rose et vert le soir au coucher du soleil.

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

10 novembre. "Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie". Déjà le jardinier, sur la droite manie le sécateur!

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

11 novembre. Paraît que c'est le jour de l'armistice.

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

12 novembre. Lumière du soir sur le Progrès entraînant le Commerce et l'Industrie (Jules Dalou) sur le fronton des Galeries Dufayel.

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

13 novembre. L'élan immobile du cheval. Square Louise Michel.

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

14 novembre. Soir mouillé rue du Chevalier de La Barre et dans les escaliers étoilés par Alekan.

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

15 novembre. Jeux de mains. Le Passe-muraille place Marcel Aymé.

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

16 novembre. 3 comiques à la fenêtre. (rue Feutrier)

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

17 novembre. Le poulbot aux pigeons.

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

18 novembre. Lumière du soir sur le Moulin de la Galette

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

19 novembre. Le banc et son double place du Calvaire.

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

20 novembre. Rue Saint-Rustique.

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

21 novembre. la mère Noël arrive à Pigalle!

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

22 novembre. Dans les escaliers de Montmartre même les militaires ont une allure de comédie musicale.

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

24 novembre; Le mercredi rouge. Les églises couleur sang pour rappeler le sort de 360 millions de Chrétiens persécutés dans le monde.

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

25 novembre. Je suis si petit.

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

26 novembre. Jamais sans mon smartphone.

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

27 novembre. Un révolutionnaire égaré sur la Butte.

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

28 novembre. Soir rue du Mont-Cenis.

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

29 novembre. Un endroit où Montmartre est resté Montmartre. (Passage Cottin, rue du Chevalier de La Barre).

Photos jour après jour. Album de novembre 2022  à Montmartre.

30 novembre. Rue du Calvaire.

Un rayon de soleil pour le dernier jour du mois.

Liens

Liste des albums

 

Voir les commentaires

Chez Mimiche. Temple Debray. 48 rue du Chevalier de La Barre. Michel Lafond dit Mimiche.

Voilà une maison devant laquelle on passe, entre colifichets et tableaux montmartrois peints en Chine, sans savoir qu'elle a sa modeste part dans l'histoire de la Butte.

Chez Mimiche. Temple Debray. 48 rue du Chevalier de La Barre. Michel Lafond dit Mimiche.

Lorsque la rue s'appelait rue des rosiers, cette maison était située au 20. Elle était au XIXème siècle la propriété d'Auguste Pierre Debray. Un nom bien connu sur la Butte, celui d'une famille de meuniers qui a su en temps voulu passer des moulins aux affaires.

Abside de l'église et jardins (1900)

Abside de l'église et jardins (1900)

La maison commence à se faire remarquer quand les archéologues à la recherche des vestiges gallo romains de Montmartre situent le temple de Mars à proximité de l'église Saint-Pierre. 

Abside vers l'endroit où s'élevait le temple.

Abside vers l'endroit où s'élevait le temple.

L'un d'eux, Vacquer, émet l'hypothèse qu'il s'élevait à l'emplacement de la maison, dans le prolongement du cimetière du Calvaire. 

                           Une des colonnes gallo-romaines de réemploi dans l'église

Il appelle "Temple Debray" le fameux édifice qui aurait pu donner son nom à Montmartre bien que linguistes et spécialistes soutiennent la thèse selon laquelle c'est du temple de Mercure, situé plus à l'ouest que viendrait ce nom  (Mont Mercure.... Montmarcre.... Montmartre).

 L'explication la plus serinée "le mont des martyrs", est assurément la plus fantaisiste.

Chez Mimiche. Temple Debray. 48 rue du Chevalier de La Barre. Michel Lafond dit Mimiche.

Ce même Vacquer  que contredisent ses collègues reconnaîtra s'être trompé quand il découvrira les substructions du temple de Mars à l'est du chevet de l'église, sur un espace aujourd'hui occupé par la rue du Cardinal Guibert et le flanc ouest du Sacré-Cœur. Peu importe! Le nom de Temple Debray subsistera longtemps après la rectification.

Le restaurant dans la 3ème maison en partant de la gauche.

Le restaurant dans la 3ème maison en partant de la gauche.

La maison n'a pas fini son voyage historique. Elle se transforme en restaurant au début du XXème siècle. Restaurant dont le nom n'est pas forcément engageant : "Chez ma concierge".

Chez Mimiche. Temple Debray. 48 rue du Chevalier de La Barre. Michel Lafond dit Mimiche.

Et puis un beau jour, une belle personne haute en couleurs et au cœur plus grand que lui, le clown Mimiche remplace la concierge pour donner son nom au nouveau restaurant : "Chez Mimiche".

 

Mimiche a abandonné sa tenue de clown blanc mais il continue de pratiquer son instrument favori, le violoncelle. Il aime jouer avec Marcel Aymé avec qui il a noué des liens d'amitié, dans la fanfare créée par le peintre Gen Paul : "la Chignolle à Gégène".

                                                       La Chignolle à Gégène

L'enseigne aujourd'hui disparue le représentait penché sur son instrument.

 

     Il faut dire quelques mots maintenant de cet homme exceptionnel dont le vrai nom est Michel Lafond, né à Boulogne sur mer en 1899.  Il entre au Conservatoire pour apprendre le violoncelle. En même temps il est attiré par le cirque installé près de la boulangerie de ses parents. Il est doué et descend à Paris pour parfaire sa formation. La guerre le rattrape, il est mobilisé. Il échappe à la tuerie et quand il revient, il trouve un poste de violoncelliste au Café de Paris à Monaco. Ainsi jouera-t-il dans la cathédrale Saint-Charles pour le baptême du Prince Rainier.

 

Il n'a pas oublié son désir d'une autre vie, tournée vers les autres, afin de les faire rire et parfois pleurer. Quand il découvre les Fratellini, il décide de remettre sa tenue de clown blanc et de chanter, de raconter des histoires tout en ponctuant son numéro avec les mélodies joyeuses ou plaintives de son violoncelle. Il rencontre le succès sous le nom de Melody's et joue dans des salles prestigieuses comme l'Olympia ou le Lido. 

                                                       Les Fratellini

Il se produit souvent bénévolement afin d'aider des orphelinats, notamment à Bruxelles, ville dont il recevra une décoration reconnaissante. Quand il rencontre les clowns Antonet et Baby, il se laisse entraîner par eux et, changeant de nom pour devenir Mimiche, petit nom affectueux qu'employaient ses parents, il se produit dans de grands cirques en France et à l'étranger.

 

Quand il revient à Paris, le poste convoité de chef d'orchestre des Folies bergère lui est proposé. Il l'accepte comme il acceptera celui du Caveau du Moulin Rouge. C'est l'époque où il se lie d'amitié avec quelques personnalités comme Edith Piaf ou Mermoz.

 

La 2ème guerre, on n'ose écrire la seconde, le rattrape une fois encore. Quand il est libéré, il passe d'un orchestre à l'autre, de Léo Vali à Ray Ventura et sa générosité naturelle, sa curiosité des autres font qu'il est apprécié de nombreux artistes comme Dufy, Lorjou, Jean-Pierre Cassel ou Marlène Dietrich.

                                                    Ray Ventura

 Il décide de jeter l'ancre sur la Butte qu'il connaît bien puisque qu'elle est habitée par des gens qui sont devenus ses amis et avec lesquels il aime passer de longues soirées. Il y devient brocanteur-antiquaire puis, l'occasion faisant le larron, il tombe sur le 48 rue du Chevalier où ses économies lui permettent de créer son restaurant, ouvert aux amis, aux artistes, aux chanteurs des rues qui sont nourris dans cette bonne auberge!

 

André Roussard dans son dictionnaire des lieux de Montmartre évoque le restaurant dans ses heures joyeuses : "Une faune bien particulière de personnages farfelus, amateurs de canulars, attirait un grand nombre de jeunes femmes assez libres de moeurs. On y montait des canulars qui feraient dans les jours suivants l'actualité de la Butte. Par exemple, un jour on avait décidé d'installer nuitamment un panneau de rue avertissant le piéton du passage de gros gibiers. Ce panneau resta plusieurs mois...

 

Mimiche n'oublie pas sa ville natale où il se rend souvent pour parrainer l'orphelinat de la Marine dont il devient bienfaiteur. Sans avoir connu Poulbot, c'est à lui cependant qu'il ressemble le plus. 

                                                      Poulbot et les gosses

Quand Jeanne, sa femme qui gérait le restaurant, meurt, il se retrouve seul et désemparé. Il passe des nuits entières à jouer sur son violoncelle. (Les sanglots longs des violons...)

Son instrument est un Cecilium qui résonne un peu comme un harmonium et qui fut souvent utilisé dans les églises quand leur orgue avait été détruit pendant la guerre.

Il meurt peu de temps après Jeanne.

Il a pris soin de donner son argent à des œuvres caritatives et de léguer son violoncelle aimé au Conservatoire de Boulogne où, silencieux, protégé par une vitrine, il attend le Jugement Dernier pour retrouver Mimiche.

 

La suite n'a pas grand intérêt. L'enseigne de Mimiche disparut.

Le restaurant connut plusieurs avatars, service rapide, trattoria, avant de devenir récemment un commerce qui attire les passants narcissiques qui désirent se faire photographier l'iris! Opération qui ne se fait pas à l'oeil!

 

Chez Mimiche. Temple Debray. 48 rue du Chevalier de La Barre. Michel Lafond dit Mimiche.

C'est donc une parcelle de notre histoire montmartrois que raconte ce numéro 48 de la rue du Chevalier de la Barre. Une étincelle du joyeux kaléidoscope que fut notre Butte. Un temple romain, un clown, un violoncelle, du vin, des canulars, des rencontres amoureuses.... parfums d'une époque révolue mais que continuent de humer en passant les amoureux de Montmartre!

Mais je laisse la dernière parole à Mimiche qui a confié sa devise à son ami journaliste Roger Lemaire :

"Tu vois, ne penser qu'aux autres, c'est comme ça qu'on meurt heureux." 

 

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux
La sculpture mystérieuse du Sacré-Cœur. Le sculpteur inconnu.

Nous avons étudié dans leur richesse et leur diversité les sculptures de la Basilique mais sommes restés interrogatifs et intrigués devant l'une d'elles.

La sculpture mystérieuse du Sacré-Cœur. Le sculpteur inconnu.

Elle n'est pas très visible et il faut se coller le dos au mur du jardin de l'église Saint-Pierre, rue du Cardinal Guibert pour l'apercevoir là où peu de touristes ne la détectent.

La sculpture mystérieuse du Sacré-Cœur. Le sculpteur inconnu.

Elle est peu spectaculaire et ne porte pas ombrage aux nombreuses gargouilles, monstres ou animaux plus familiers qui hérissent le monument.

Comme l'on sait, au Moyen-Âge les monstres et les gargouilles à l'extérieur de l'église étaient censés la protéger du mal, des mauvais esprits diaboliques qui tenteraient d'y entrer.

D'ailleurs la sculpture qui occupe l'angle gauche de l'arc où se tient notre sculpteur représente bien une chimère, un improbable rapace à tête de chouette, saisissant dans ses serres un malheureux poulet.

En bonne logique elle aurait dû avoir sa pareille dans l'angle qui lui fait face. 

Or tel n'est pas le cas! la seule sculpture qui ne représente pas une chimère ou un animal  (mis à part la façade, le Saint-Michel du chevet et les figures du tambour du dôme) c'est cet homme allongé en train de pratiquer son art.

La sculpture mystérieuse du Sacré-Cœur. Le sculpteur inconnu.

 Il tient à la main ses outils. Son visage est réaliste et fait penser aux photos du début du XXème siècle quand tout homme qui se respectait se devait de porter moustache.

 

Les principaux sculpteurs de la Basilique sont connus et leurs œuvres répertoriées. Il faudrait l'aide d'un spécialiste de cette sculpture de la fin du XIXème et début du XXème pour attribuer à notre statue mystérieuse son créateur. 

Barrias, Michel, FagelBarrias, Michel, FagelBarrias, Michel, Fagel

Barrias, Michel, Fagel

Quand des photos existent des plus connus de ceux qui ont été choisis pour donner vie à la fameuse pierre de Chateau-Landon, il faut reconnaître qu'ils ont tous un air de ressemblance et portent moustache!  De plus leur renommée leur aurait rendu difficile un travail quasi clandestin. 

La sculpture mystérieuse du Sacré-Cœur. Le sculpteur inconnu.

Les sculpteurs les plus connus sont Barrias et Gustave Michel, choisis par Charles Garnier et très appréciés en leur temps. Il faut leur ajouter Léon Fagel, Hubert-Louis Noël et Hyppolite-Louis Lefebvre à qui l'on doit les statues équestres de la façade. 

La sculpture mystérieuse du Sacré-Cœur. Le sculpteur inconnu.

On sait que des dizaines de sculpteurs moins connus travaillèrent au chantier et réalisèrent quelques-unes des gargouilles qui hérissent la basilique. C'est sans doute l'un d'eux qui s'est représenté modestement, à peine détectable, sur le flanc ouest du Sacré-Cœur.

 

Pourquoi? Pour immortaliser son travail? Pour dire qu'il était là, participant à l'oeuvre colossale? Il aurait alors inscrit son nom sur la pierre.

Il a bien pris la peine de graver des lettres sur le socle, non pas celles de son nom mais cette phrase : "Qu'il lui soit beaucoup pardonné".

Libre à nous d'imaginer alors ce qui poussa cet homme à se représenter pour demander d'être absous de ses fautes par un pardon accordé sans compter ("beaucoup")

Marie Madeleine au pied du Christ (Hippolyte Lefebvre. Portail)

Marie Madeleine au pied du Christ (Hippolyte Lefebvre. Portail)

Se sentant coupable de fautes qu'il a peine à porter, peut-être a-t-il pensé à  Marie-Madeleine, dont l'image est présente dans la statuaire de la basilique. "Ses nombreux péchés ont été pardonnés car elle a beaucoup aimé".

                                     Marie Madeleine (Louis Noël. Façade)

Le parfum qu'il a à offrir, c'est ce qu'il a de plus précieux, son art de sculpteur, ce sont les heures passées à donner vie à cette pierre de Chateau-Landon si difficile à travailler.

La sculpture mystérieuse du Sacré-Cœur. Le sculpteur inconnu.

    On sait que cette pierre possède une qualité bien à elle, une qualité exceptionnelle, elle s'auto-nettoie avec la pluie. C'est la raison pour laquelle le Sacré-Cœur n'a pas besoin de ravalement. 

 

La sculpture mystérieuse du Sacré-Cœur. Le sculpteur inconnu.

    Enfin! Disons que les parties de cette église exposées à la pluie restent blanches et immaculées tandis que celles qui sont au nord ou à l'abri des averses noircissent. Notre sculpteur mystérieux a choisi un humble emplacement, en partie exposé, en partie protégé. En partie blanc, en partie noir!

Mais l'espoir est permis, avec le dérèglement climatique, qu'un bon déluge parachève le travail et le rende un jour blanc comme un agneau! Sa prière aura alors été entendue!

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #POEMES...Divers
Poème. La mort est un toréador.


  


La mort est un toréador
brodé d'argent et tissé d'or
Dans son costume de folklore 
Et son coquet petit gilet
Trop ajusté

Le travesti joue du chiffon
Le corps cambré en flamenco
moulé de soie et de nylon 
Sur son derrière de mignon
Et ses roustons

Il sait bien que le fier taureau
Avec sa corne et ses sabots
Son odeur de marais sauvage
Est plus vulnérable qu'un veau
Au doux pelage

Il a pour s'amuser de lui
Comme un sadique et un bourreau
Les picadors  les banderilles
Les cris frénétiques des filles
Et des poivrots



Mais attention joyeux public
dont les hurlements hystériques
Saluent les nouvelles blessures
Les coups d'épée les coups de pique
Et la torture

Vous penserez à ce taureau                                                          Le jour votre tour viendra                                                            De vous retrouver face à face                                                        Avec la mort bien dégueulasse                                                        Ses scalpels et sa muleta                                                             Olé Ola










lien Poème. Automne sale saison.  



...


















 

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #WACRENIER


         (...)  Côte à côte serrés, sans plainte, sans murmure,
           Nos soldats grelottants écoutent l'âpre cri
           D'un rapace de nuit, là-haut dans la ramure.
           L'eau monte, envahit tout. Et l'implacable ciel
           Semble pleurer sans fin de la glace et du fiel.


                                                                     Bois des Caures, devant Flabas, le 13 novembre 1914

                 L'homme qui écrit ces vers dans les tranchées parmi les plus abominables de la Grande Guerre survit sans doute grâce à la poésie qui lui permet de s'élever au-dessus de la boue et de la peur. Il est alors au Bois des Caures, un endroit qui fut jadis idyllique et qui au début de l'offensive allemande est transformé en enfer de sang et de terre mêlés. En février, la violence de l'assaut sera telle que 90% des chasseurs français seront décimés après avoir vu tomber plus de 80 000 obus... 

                        Je suis celui qui vient du monstrueux carnage,
                     L'anonyme blessé que la mort a frôlé,
                     Celui dont les yeux clairs ont vu l'ardent mirage
                     Flamber dans la mitraille et le souffle et l'orage...

                  



     (Illustration d'Arthur Mayeur pour le recueil de Paul Wacrenier : Par les Sentiers de la Guerre.) 


      Il a raconté comment, grièvement blessé, il s'est retrouvé cloué au sol, empêtré dans un réseau de barbelés. On ne pouvait le secourir tant était nourri le feu ennemi qui abattait comme au casse-pipe tout ce qui se dressait au-dessus du sol. Il eut recours à la prière et il vit soudain tomber la nuit. Il crut que la mort déjà l'enveloppait et il ferma les yeux. Ce n'est que quelques jours après qu'on lui raconta comment le ciel soudain s'était obscurci et comment une pluie serrée s'était mise à tomber sur les tranchées, enlevant toute visibilité aux tireurs allemands qui ne virent pas s'approcher les brancardiers.


      

 




                 Les poèmes de Verdun et des champs de bataille de Flandres et de Belgique évoquent la beauté des campagnes et des villes et par opposition le gâchis sanglant des destructions :

                                   Il était des sentiers d'ombre et de rêverie,
                                   Des sentiers parfumés, troublants, mystérieux,
                                   Et d'autres, lumineux, faits pour la griserie,
                                                Bordés d'herbe tendre et fleurie
                                                Où l'on marchait silencieux...

                                   (...)  Qu'êtes-vous devenus, là-haut, dans la fournaise?
                                           Quels informes débris gisent sous vos rameaux,
                                           Quel cauchemar rougit votre terre française,
                                                            sentiers où l'on cueillait la fraise
                                                            A l'ombre auguste des hameaux? 


              Parfois cet homme bon écrit des mots de haine qu'on ne peut comprendre si l'on n'a vécu comme lui et ses compagnons la boucherie de Verdun. Par ailleurs la haine du "boche" était bien ancrée au coeur des gens du nord qui avaient vécu massacres et destructions sans répit. La maison des Wacrenier avait été détruite pendant la guerre de 1870; la nouvelle demeure fut  anéantie en 1914  et le dernier refuge brûla sous les bombardements qui martyrisèrent Arras en 1940. Certains vers violents ne sont pas sans rappeler La Marseillaise si contestée aujourd'hui....
 

                                           Colère et pitié

                         Ces massacreurs d'enfants sont des hommes; des pères,
                         Ils ont une femelle et des jeunes là-bas.
                         Mais si le ciel est juste ils ne reverront pas
                         La vermine qu'ils ont laissée en leurs repaires
.

    Ou cet autre extrait d'un long poème écrit à la gloire des combattants sacrifiés et qui apostrophe l'Allemagne :


                   (...) Et toi, savante Germanie,
                         Dont les scandaleux attentats
                         Auréolent la félonie,
                         Toi qui déchires par manie
                         Les traités et les concordats,
                         Toi que le monde excommunie,
                         Toi dont la lourde tyrannie
                         A préparé notre agonie,
                         Que ta puissante ignominie
                         enfin se heurte à nos soldats.(...)


   Parfois la poésie est visionnaire et semble décrire celui qui moins de trente ans plus tard imposera au monde sa folie sanguinaire. Hitler a alors 25 ans, tout comme celui qui écrit ces vers :
                                    
                       Pourquoi?
                       Pour qu'un gredin maboul et sanguinaire
                       Puisse offrir à sa bande  un monstrueux butin.
                       Pourquoi?
                       Pour qu'un sinistre et vaniteux crétin
                       Puisse tenir en laisse un peuple mercenaire.
                       Pourquoi?
                       Pour qu'un rapace emporte dans son aire
                       En insultant le Ciel, la Vie et le Destin,
                       Les informes débris d'un rêve millénaire....


  Le blessé est emmené loin du front dans une école d'Alès transformée en hôpital militaire. Il subira plusieurs opérations et sa convalescence sera longue. Avant de subir sa première intervention, il voit s'approcher une belle infirmière portant sur un plateau un verre de rhum. Il n'y avait à ce moment là rien d'autre à proposer à ceux qui allaient être opérés. L'infirmière était pâle et le verre tremblait sur le plateau de métal. Le blessé s'adressa à elle et la pria d'avaler un alcool dont visiblement elle avait un besoin plus urgent que lui-même. Je ne sais si l'infirmière s'exécuta mais ce qui est sûr, c'est que quelques mois plus tard elle épousera ce poète un tantinet fanfaron. Il lui dédie un poème, prélude à bien d'autres : Fiançailles :



                            Un jour, je fus guéri ; je vous parlai tout bas,
                            J'entendis votre voix qui me disait : Peut-être...
                            Et tout à coup je vis où me portaient mes pas.

                            J'admirai la Bonté tendre du Divin Maître
                            Et je m'agenouillai, plein de trouble et d'émoi.
                            Un radieux bonheur envahit tout mon être :

                            Votre main se tendit, tremblante... Et ce fut Toi ! 



   Le mariage eut donc lieu à Alès et deux garçons naquirent dans cette même ville : Charles et Louis. Tout à fait guéri et ayant terminé ses études de droit (ce qui lui valut l'animosité temporaire de son père, chemisier dans le Nord et qui tenait à ce que son fils reprît l'entreprise familiale. Mais Paul avait été très jeune choqué par les injustices et par la condition difficile des paysans et des mineurs et avait décidé de consacrer sa vie à essayer de les aider). De retour dans sa région, il aura deux autres enfants : Jean et Aline.





      Il eut le temps avant de mourir en 1940 de se consacrer à ceux qu'il voulait assister de ses conseils. Il fut surnommé à Arras, l'avocat des pauvres et il fut plus souvent payé avec des pommes de terre et des poules qu'avec des espèces sonnantes et trébuchantes ! Il ne cessa d'écrire des vers qu'il dédia souvent à ses compagnons de combat. Comme tous ceux qui avaient vécu le temps des tranchées, toute sa vie en fut comme obsédée. Il présida cependant les Rosati,cercle de poètes artésiens où un certain Robespierre lui même natif d'Arras taquina la muse avant de se lancer dans la tourmente révolutionnaire. 

    Je vous propose, avant de quitter Paul Wacrenier, un poème différent où apparaissent sa sensibilité et son inquiétude :


                                           Sonnet


                                                             A mon père, à ma mère, à ma soeur.


                        Viens mon âme, c'est là que tu rêvais naguère...
                        Ne reconnais-tu pas la mousse et le gazon
                        Du chemin préféré que hantait ta chimère
                        A l'heure où les oiseaux chantent leur oraison ?

                        Le crépuscule monte avec un long frisson....
                        Voici le vieux lilas où m'attendait mon père,
                        Et l'on vient d'allumer l'antique reverbère
                        Dont la clarté blanchit le mur de la maison....

                        La fenêtre vers nous glisse un rais de lumière.
                        Rien n'est changé; le pont léger, sur la rivière,
                        S'offre à nos pas tremblants pour guider notre émoi...

                        Entrons par le jardin... On nous attend peut-être...
                        Et nous allons pleurer, et nous allons renaître...
                        Oh! Grâce! Assez d'horreur... ô mon âme... tais-toi!







 

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités

     L'exposition du musée de Montmartre "Fernande Olivier et Picasso" (jusqu'au 19 février) présente les illustrations faites par Van Dongen pour illustrer le livre de son ami de bohème Roland Dorgelès "Au beau temps de la Butte".

Dorgelès parle du peintre dans son ouvrage : "Un grand fauve qui n'est pas gâté par le sort. Deux bouches à nourrir: sa femme et sa fille, or ses scènes de bal et ses fêtes foraines aux couleurs flamboyantes effraient les amateurs et rebutent  les marchands."

Page de titre"Comment! Vous me connaissez?"

Page de titre"Comment! Vous me connaissez?"

Dans son Prélude, l'écrivain, de retour sur la Butte après la 2ème guerre, rencontre une jolie femme qui lui rappelle celle qu'il a connue au Lapin Agile une trentaine d'années plus tôt. Il est "interdit" quand il l'entend le saluer par son nom.

"-Comment! vous me connaissez?

-Oh non! Mais maman vous connaît très bien.

Une dame parut. Elle avait les cheveux gris... C'était elle ma jeunesse, et non la blonde aux cheveux dorés." 

Lapin Agile. Frédé.

Lapin Agile. Frédé.

Van Dongen. Lithographies pour le livre "Au beau temps de la Butte" de Dorgelès

 La tonalité du livre est résumée par ce prélude. Dorgelès part à la recherche d'un Montmartre qu'il a aimé lorsqu'il était jeune. Un Montmartre qu'il ne retrouvera pas, pas plus que sa jeunesse !

Le Lapin Agile a changé lui aussi et survit grâce à sa réputation. En 1949 quand Dorgelès publie son livre, Frédé vit dans la garenne céleste où l'âne Lolo continue de peindre des couchers de soleil. Dorgelès se rappelle Frédé "courbé sur sa guitare, murmurant les Stances de Ronsard ou lançant à pleine gorge "la vigne au vin" que les braillards reprennent au refrain".

La laiterie place du Tertre

La laiterie place du Tertre

Van Dongen. Lithographies pour le livre "Au beau temps de la Butte" de Dorgelès

Van Dongen restitue l'image d'un Montmartre-village avec sa laiterie sur la place du Tertre.

Plus de lait, plus de vaches, plus de village aujourd'hui.... Pas même une boulangerie! La dernière, place Jean-Baptiste Clément, a été remplacée il y a une quinzaine d'années par un bazar de souvenirs made in China.

Van Dongen, Fernande, Picasso, Apollinaire et Max jacob aux Enfants de la Butte.

Van Dongen, Fernande, Picasso, Apollinaire et Max jacob aux Enfants de la Butte.

Voilà une des lithos les plus intéressantes de Van Dongen qui en réalité pense à son Montmartre plus qu'à celui dont parle Dorgelès avec ses trop personnelles histoires. Il se représente de dos, devant le couple mythique que formaient Picasso et Fernande Olivier. Sur le trottoir passent deux autres personnages éminents de cette époque : Apollinaire et Max Jacob... La plus belle figure est celle de Fernande Olivier que Van Dongen respectait plus que ne le faisait Picasso. Dorgelès l'évoque : "sa radieuse compagne aux longs yeux d'odalisque".

La vache enragée terreur de Montmartre

La vache enragée terreur de Montmartre

Pas de Montmartre sans vache enragée! Le fameux défilé carnavalesque organisé par les artistes défraya la chronique.

                                                  La vache enragée (Lautrec)

La vache n'eut pas de veaux et le défilé n'eut que deux éditions mais il marqua les esprits et la fameuse vache devint à l'instar du chat noir, une des icônes de la Butte.

Picasso dans son atelier

Picasso dans son atelier

Hommage à celui qui régnait, capitaine du Bateau-Lavoir, sur la bande qui l'entourait et l'admirait...

 

Max Jacob

Max Jacob

Max Jacob invité par Manolo

Max Jacob invité par Manolo

Deux lithos représentent Max Jacob, le plus aimé, le plus doux des poètes et des amis. Van Dongen l'a bien connu et Dorgelès parle de lui longuement dans son livre.

"Serein, lumineux, nimbé d'or, le voilà le Patron des bohèmes! Max Jacob, Max de la Butte, Max le visionnaire, Max du Sacré-Cœur (...) un tendre sourire aux lèvres et des étoiles au fond des yeux."

Dorgelès va jusqu'à imaginer qu'un jour l'église fera de lui "le bienheureux Max de Drancy!"

Il se trompait! L'amour trop sensuel de Max Jacob pour le Christ avait de quoi rebuter les croyants vertueux (!). Il écrit en effet, s'adressant au Christ décloué de sa croix : "J'aime sentir ton corps dans mes bras. ton ventre dur lui aussi. Dieu jeune homme plus que charmant, plus que séduisant, plus que génial (...) Corps de mon cœur, cœur de mon corps, reviens que je t'aime encore."

Van Dongen et Dorgelès au marché rue des Abbesses

Van Dongen et Dorgelès au marché rue des Abbesses

(...)"Van Dongen m'a représenté près de lui au marché ambulant de la rue des Abbesses."

Ici le peintre illustre un moment d'amitié avec Dorgelès, au temps de leur jeunesse et de leurs balades dans le quartier. Grande liberté du peintre dans le choix de ses lithos et je me demande parfois s'il a vraiment lu le bouquin de son ami ou s'il a préféré simplement évoquer le Montmartre de ses propres souvenirs.

Vlaminck et Derain à Chatou

Vlaminck et Derain à Chatou

Allusion à des peintres dont Dorgelès parle à peine mais qui étaient proches de Van Dongen et du fauvisme.

Chanteurs de rues. Le rêve à bon marché.

Chanteurs de rues. Le rêve à bon marché.

Les chanteurs des rues comme Montmartre les accueillait et comme il les accueille toujours.

 

Utrillo... Litrillo... Deux êtres luttaient en lui

Utrillo... Litrillo... Deux êtres luttaient en lui

     Utrillo est appelé ironiquement "Litrillo" par Dorgelès qui parle de lui comme d'un possédé de l'alcool. Il évoque le temps où pour le prix d'un repas il aurait pu acheter ses toiles, mais il avait préféré inviter une belle à dîner et sans doute prolonger un peu plus la soirée.

Modigliani peintre maudit de Montparnasse

Modigliani peintre maudit de Montparnasse

Dorgelès écrit de nombreuses pages sur le quartier latin et sur celui de Montparnasse. Il a vu comment peu à peu Montmartre s'embourgeoisait et cessait d'attirer les peintres.

                                                  Modigliani et Picasso

Modigliani qui habite rue Caulaincourt où il est ami de la bande à Picasso, notamment de Van Dongen et d'Utrillo, doit quitter Montmartre quand les promoteurs détruisent les vieux quartiers populaires du maquis.

Le moulin de la Galette avant 1914

Le moulin de la Galette avant 1914

Evidemment le fameux Moulin de la Galette est évoqué. Celui, le vrai, qui était alors remonté à l'angle des rues Lepic et Girardon et celui, rue Lepic, devenu jumeau par le nom alors qu'il s'appelle en réalité le Blute fin 

André Salmon et Mac Orlan rue St-Vincent

André Salmon et Mac Orlan rue St-Vincent

       Salmon et Mac Orlan faisaient partie de la même bande d'amis qui fréquentaient le Lapin agile. Salmon habite un temps au Bateau Lavoir et publie son premier recueil avant Max Jacob et Apollinaire. Si l'on veut connaître le Montmartre de la bohème, le livre de Salmon "La négresse du Sacré-Cœur" nous apportera plus d'informations que celui de Dorgelès écrit après la guerre. 

Le Bateau-Lavoir

Le Bateau-Lavoir

Le mythique Bateau Lavoir fait partie des illustrations. Seule sa façade est représentée et non les couloirs et les coursives misérables où furent peintes quelques-unes des toiles les plus célèbres du monde!

 

Poulbot l'ami des gosses

Poulbot l'ami des gosses

Poulbot ne pouvait manquer à l'appel., "le grand Francisque Poulbot, patron des gosses".

 

Les couples du haut de la Butte, comme dans Louise

Les couples du haut de la Butte, comme dans Louise

 "Comme dans Louise", allusion à l'opéra de Gustave Charpentier qui connut un immense succès populaire.

Le compositeur qui habitait sur le boulevard de Rochechouart s'inspirait du petit peuple de son quartier : Louise une jeune couturière et Julien un peintre bohème qui se donnaient rendez-vous sur les hauteurs de la Butte.

Un coin fameux de la Butte, l'impasse Girardon.

Un coin fameux de la Butte, l'impasse Girardon.

La dernière litho de Van Dongen n'est pas la plus originale.

Elle représente l'impasse Girardon où Gen Paul avait son atelier.

     Les lithos de Van Dongen ne sont sans doute pas le meilleur de son œuvre. elles témoignent avant tout de son amitié pour Roland Dorgelès, une amitié nouée pendant les années de bohème et toujours vivace après la 2ème guerre, alors que l'écrivain est devenu célèbre depuis ses "Croix de bois" et le peintre avec ses toiles vendues dans les plus prestigieuses galeries.

La vache enragée fait désormais partie de leur passé et appartient au folklore du Montmartre de leur jeunesse, du beau temps de la Butte.

Voir les commentaires

Archives

Articles récents

Hébergé par Overblog