1er février. Enlèvement? (devant la fontaine de Gasq)
Février n'est pas un mois que j'aime beaucoup. Non pas à cause de ses journées trop brèves mais parce que c'est un mois où l'on meurt. Les personne âgées y sont plus vulnérables et ce mois m'a enlevé celles que j'aimais tant qu'il m'était impossible d'imaginer qu'un jours elles ne seraient plus là.
2 février. Les chiens de la Commune! (Rue de Clignancourt).
3 février. Le goûter des petites filles, pas modèles du tout!
4 février. Les deux artistes. rue du Calvaire.
Alors, dans mes balades sur la Butte, j'ai guetté tout ce qui souriait, tout ce qui parlait de vie et d'amour. Les couples en escapade, les animaux et leurs amis...
5 février. La jeunesse qu'on aime!
6 février. Ce mendiant par exemple. Il vit avec ses deux petits compagnons depuis 8 ans. Il ne fait pas de trafic de chiens comme l'en soupçonnent les passants. Pour rien au monde il n'abandonnerait ses petits amis de galère. La première fois que je l'ai photographié, pendant les fêtes avec ses chiens déguisés en Père Noël, je l'ai soupçonné d'être un de ces marchands de chiots venus de l'Est. Maintenant je le connais et je connais ses chiens Ismaïl et Diana.
7 février. Cliché! Il faut bien que la Butte ressemble un peu à son image d'exportation! Avec des marches qui parlent toutes les langues.
8 février. La police à roulettes.
9 février. La chatte libre de la rue Poulbot. Elle ne craint personne et se balade, curieuse et attentive, sur la place du Tertre et dans la rue Norvins où elle est mitraillée par les touristes.
10 février. Square Nadar. Love in black and white.
11 février. Promenade allée des brouillards.
12 février. Les pickpockets ont toutes les audaces!
13 février. Les chiens qui dansent!
14 février. En route vers le ciel.
15 février. Jamais sans ma tétine.
16 février. Chanter malgré les crocodiles. (rue du Calvaire)
17 février. Toujours aussi enchantée, la rue Saint-Rustique!
18 février. Le magicien des bulles.
19 février. Le peintre et son modèle. T'as d'bell's lunett's tu sais!
20 février. Rencontre. Un coeur sur la main.
21 février. Question. Rue du Chevalier de La Barre.
22 février. Baiser place du Calvaire (la mal nommée).
23 février. Je surveille ma maîtresse!
24 février. Comme on est bien dans ce rayon de soleil!
25 février. Comme un p'tit air de printemps.
26 février. Avant France Ecosse au parc des princes.
27 février. Poils blancs. C'est lui encore, un des peintres emblématiques de la place du tertre! Ils sont quelques uns, de vrais artistes un peu perdus parmi les barbouilleurs, toujours fidèles au poste, prêts à offrir leur talent aux touristes et aux animaux de passage
28 février. Pour le dernier jour du mois, un petit concert de flûte et guitare sur le Rochechouart.
Et voilà, le mois de février est déjà derrière nous et fait partie du passé! Mars nous accueille avec un grand soleil dans un ciel bleu et glacé.
Parfois il faut bien descendre de la Butte pour aller à Paris comme disent les Montmartrois. C'est l'occasion de découvrir à quel point la ville est une fête.
Quelle belle surprise en effet d'assister à une "invasion" pacifique, sur le boulevard Haussmann et place Diaghilev, d'animaux ronds comme des caresses !
"Le patriarche" n°1
"Le dos argenté" n°7
Ils sont nés sous les mains d'un sculpteur dont le nom lui-même évoque la solidité de la pierre et le chant de baryton du basson .
Michel Bassompierre. J'aime jouer avec les noms surtout lorsqu'ils s'accordent avec la réalité. Le basson est un instrument à vent de la famille des bois dont le chant est grave (bas son) et rond. Vivaldi l'a invité dans plus de trente de ses concertos.
Il va bien avec les sculptures qui se sont installées sur le boulevard et qui évoquent à la fois la force tranquille de la pierre et la grave harmonie du basson.
Le gorille n'a nulle intention agressive. Lui qui a été décimé au point d'être menacé de disparition, passe sur le trottoir, comme les promeneurs, le regard intéressé et doux, histoire de nous rappeler que nous sommes de la même famille...
L'ours le plus grand, dressé sur ses pattes, derrière l'Opéra, face aux terrasses des Galeries où se pressent les touristes, évoque un King Kong pacifique, incapable de faire du mal, curieux et amical.
Il pourrait envoyer promener d'un coup de patte les homoncules qui le photographient. Mais non, il est attentif et accueillant. Il se dresse comme un humain. Il n'est pas un animal de foire, dressé pour amuser ou effrayer. Il est un lien entre deux mondes qui se respecteraient, qui apprendraient à se connaître.
Comme un hommage à l'Opéra, Il esquisse avec grâce un pas de danse place Diaghilev.
L'ours polaire est venu lui aussi. Tout en lui évoque la banquise, la blancheur infinie, la pureté des matins glacés.
Un petit chien noir s'était réfugié entre ses pattes, le jour où j'ai pris cette photo. Il s'appelle Onyx et il se sentait si bien, si protégé, qu'il n'avait plus aucune envie de retrouver le sol.
Michel Bassompierre rend hommage à François Pompon et comme lui il nous invite à la douceur, à la main qui se tend et rencontre la plénitude.
Ses animaux ont quelque chose de la sensualité des fruits.
Il y a encore des ours d'or, ceux du conte de Boucle d'Or sans doute...
Celui qui n'ose frapper à la porte de l'église Saint Louis d'Antin. Peut-être l'aurait-il tenté si l'église avait été consacrée à Saint François qui assurément l'aurait accueilli avec ces mots : "Bienvenue mon frère ours"!
la pèche au saumon
Cet autre ours d'or n'a pas besoin de lunettes pour pécher le saumon!
Il y a les ours d'argent, couleur des clairs de lune, qui s'enfuient sans vraiment s'inquiéter et qui n'ont aucune envie de se réfugier dans les Grands Magasins!
Et puis il y a les ours bruns qui nous rappellent ceux que nous martyrisions lorsque nous étions gamins mais qui ne nous ont jamais quittés malgré leur poil en partie pelé et leur œil arraché.
Ceux-là sont bien dans leur peau, joueurs ou malicieux. Ils nous invitent à la tendresse et au regret de ne pouvoir les prendre contre nous comme nous le faisions jadis.
Et voilà.... J'aimerais en rencontrer d'autres encore, marcher dans la ville comme dans un paradis perdu.
Je voudrais remercier l'artisan du rêve qui nous invite à traverser le miroir et à marcher sur les boulevards, guidés par l'ours blanc qui connaît le chemin vers l'étoile polaire !
Quelques confidences de Michel Bassompierre écrites sur le socle des sculptures :
Elle est connue dans le monde entier, photographiée, mitraillée, avec ou sans selfies, elle voyage sur tous les continents, faussement modeste, fièrement humble.... La Maison Rose!
Et pourtant, celle qui revendique autant de clichés que le Taj Mahal n'est rien qu'une petite maison, retapée, restaurée, peinte, repeinte, dans ce qui fut un village sans prétention sur le versant nord d'une Butte qui se croyait protégée des tentacules urbaines.
Avant de retracer son histoire, c'est avec ceux qui plantèrent devant elle leur chevalet qu'il convient de la découvrir. Ses peintres ne savaient pas que la simple maison aurait un jour, grâce à eux, le statut de Joconde montmartroise.
Le plus connu de ses admirateurs fut bien sûr Utrillo.
Notre Maurice, fils d'une mère aussi talentueuse que lui, sinon plus, la peignit bien des fois alors qu'il habitait à cent mètres d'elle, rue Cortot.
Il eut le loisir de la représenter telle qu'elle était, maison de village, sans originalité sinon celle d'être située en face de la maison de Bruant, au carrefour entre les rues de l'Abreuvoir, des Saules et Cortot. Il l'immortalisa avant qu'elle ne s'appelât "la maison rose". Elle avait alors les mêmes murs crayeux que ses consoeurs villageoises.
L'aspect simple et naïf des toiles ainsi que l'image d'un Paris villageois et pittoresque eurent l'heur de plaire. La maison sous le ciel gris ou bleu, sous le soleil ou sous la neige devint l'un des sujets de prédilection du peintre.
On ne compte plus les artistes qui prirent la suite d'Utrillo. Parmi eux, Elysée Maclet, montmartrois de coeur et de pinceau.
Parmi les plus connus figure bien sûr Bernard Buffet qui géométrisa Montmartre...
Et parmi les modernes, j'aime cette esquisse de Jean-François Rabasse avec cette tache rose dans un univers fluide sans rien en elle qui pèse ou qui pose.
Et maintenant, essayons de mieux connaître cette petite maison construite vers 1810 dans le village qui était encore un village avec ses fermes et ses moulins. La maison commence son histoire officielle avec son achat par un peintre catalan qui tombe sous son charme et l'aménage. Nous sommes en 1903.
Il s'agit de Ramon Pichot qui fit très vite partie de la bande des Catalans de Montmartre dont Picasso était la vedette.
Ce peintre qui au début de sa carrière était influencé par l'impressionnisme trouve sur la Butte, au contact de ses compatriotes une autre inspiration et un autre talent qui justifieraient une redécouverte.
Scène de cabaret (Ramon Pichot)
Il épouse en 1908 Laure Germaine, danseuse au Moulin Rouge, modèle de plusieurs peintres dont Casagémas, fou amoureux d'elle, qui se suicida alors qu'il qu'il partageait avec Picasso son atelier de la rue Gabrielle.
Portrait de Germaine (Picasso)
C'est elle qui, charmée par les maisons colorées de Catalogne où elle se rendit avec son mari, émit le désir d'ouvrir un restaurant et de peindre en rose l'établissement.
La maison sans nom, maintes fois photographiée sur les cartes postales, maintes fois peinte quand elle était crayeuse, se métamorphosa alors en "maison rose" pour l'éternité montmartroise!
L'endroit est apprécié des peintres et poètes. Bruant y vient en voisin avant de choisir un grand appartement dans l'opulent immeuble de la rue Christiani, proche des Galeries Dufayel.
Ramon Pichot meurt en 1925 et Germaine se retrouve seule pour s'occuper de la Maison Rose. Les temps sont difficiles car dans ces années de spéculation, la Butte est la proie des promoteurs qui n'hésitent pas à racheter les vieilles maisons, les détruire et élever à leur place des immeubles lourdingues
"Des maisons d'six étages....Ascenseur et chauffage....Ont r'couvert les anciens talus.... Le P'tit Louis réaliste est dev'nu garagiste.... Et Bruant a maint'nant sa rue...
Bruno Emile Laurent
Voyez ce qu'il advint de la maison de Mimi Pinson, de celle de Berlioz! De tant et tant d'autres! Bien sûr la Maison rose comme ses voisines fut menacée et on se demande comment Gabrielle put résister aux sirènes des spéculateurs.
Nathalitay
Parce qu'elle a refusé de disparaître la Maison Rose!
Autour d'elle d'autres maisons plus luxueuses, plus hautes, ont été élevées. La petite maison est restée là et c'est peut-être pour cette raison qu'elle est plus qu'une image de Montmartre, plus qu'un cliché : un symbole de la résistance montmartroise, pot de terre contre pot de fer, mais parfois victorieuse.
Non loin de là, sur le terrain où devaient s'élever trois immeubles de 7 étages, sensible à la mobilisation des habitants parmi lesquels le moins virulent n'est pas Poulbot, la ville rachète le terrain où seront plantées les vignes, en souvenir du glorieux passé viticole de la Butte.
Gabrielle meurt en 1948 et n'a pas un long voyage à faire pour rejoindre le petit cimetière Saint-Vincent où Ramon l'attend sans impatience depuis des années.
La maison est rachetée par Béatrice Miolano. Elle continue d'être fréquentée par des artistes, des écrivains qui aiment son trottoir ensoleillé.
Dalida en 1970. Le Maison Rose est alors blanche!
Aznavour en 1960, voisin du restaurant puisqu'il habita rue Saint Rustique
Audrey Hepburn? Hélas non mais le mannequin de Givenchy qui lui sert de modèle (Jacky)
La suite de l'histoire n'est pas palpitante. La maison célèbrissime poursuit sa carrière de star.. Après quelques années elle passe de gérance en gérance, change de couleur, oublie son glorieux passé.
Finalement, c'est la petite fille de Béatrice Moliano, Laurence qui en 2017 redonne au restaurant son aspect d'antan.
Les touristes sont au rendez-vous, les amoureux de Montmartre sont rassurés, la Butte n'est pas près de perdre une de ses dernières maison, un témoignage modeste au fond, une image immortalisée par Utrillo... chantée par Aznavour ... au temps où Montmartre accrochait ses lilas jusque sous nos fenêtres.
Aznavour rue Cortot près de la Maison rose.
"Quand on descendait de la Butte où je vivais à mes débuts...Nous y avions un point de chute accroché à un coin de rue... On l'appelait la maison rose, rose bonbon décolorée... Comme une maison de poupée..."
Aznavour et les gosses de Montmartre, rue Poulbot
Quand il revenait sur la Butte, il ne manquait pas de s'y rendre et et de faire mentir sa chanson qui prétendait que "Montmartre semblait triste et les lilas étaient morts."
Passage des Abbesses. Le myocastor crestas. (myocastor à crête)
Les Montmartrois guettent l'apparition sur leurs murs d'animaux fabuleux, jamais agressifs, espiègles, narquois, indifférents parfois. Ils apparaissent, sont vandalisés par des grognons professionnels, ou effacés peu à peu par les pluies et les vents qui restituent aux murs leur tristesse.
Dinosaure Dimetrodon (ceux-là auraient pu se rencontrer avant l'extinction des dinosaures)
Rue de la Vieuville
Hemileuca Rattus (papillon-rat)
Rue du Chevalier de La Barre
Un artiste, un rêveur, un type qui fait partie des enchanteurs de rues, est leur créateur.
Place du Calvaire. Testudo octopus (Tortue Pieuvre)
Lepus Draco (Lièvre Dragon)
Rue Jean-Baptiste Say
Il s'amuse plus que Dieu qui en sept jours se prit au sérieux et donna à l'homme pouvoir sur tous les animaux qu'il avait imaginés.
Strombus Myrmecophagus. Mollusque qui se nourrit de fourmis.
Rue Briquet
Aries Cypris (Bélier crustacé)
Dieu n'a pas moufté devant le résultat de ses élucubrations. Partout la souffrance infligée, la transformation des êtres vivants en produits, la mort. Mais Codex n'a pas la même responsabilité. Ses êtres n'ont jamais fait de mal à personne. Ils appartiennent à la poésie.
Cilonia Helix (Cigogne Escargot)
Rue Antoine
Codex est aujourd'hui connu et reconnu.
Il expose, il explose, il dispose d'espaces où il s'exprime.
Je sais.
Mais je regrette d'avoir manqué les rendez-vous avec tant de ses chimères, les jours où je n'avais rien pour les photographier. Je regrette aussi toutes ces photos numérisées que je ne retrouve plus dans le capharnaüm de mon ordinateur.
Podarcis Crangon (Reptile-Crevette)
Rue du Calvaire
Proteus Jocularis (traduction difficile mais peut-être Salamandre Papillon)
Rue Manuel
Alors je me dépêche de sauver celles que j'ai pu récupérer et d'ajouter quelques nouvelles, capturées ces jours derniers dans les rues de Montmartre.
Rencontres contre nature de la carpe et du lapin, elles osent tous les métissages.
Shistocerka Engraulis (Criquet anchois)
Macropus Pieris (Marsupial -Pieris (sorte de papillon).)
Rue Poulbot
Celle -là sur fond rouge je l'aime particulièrement. Elle avait trouvé sa place rue Poulbot, regardant avec gentillesse les passants. Le patron du Tirebouchon l'a renvoyée dans les limbes. C'est triste, c'est dommage. Il devrait exister une brigade pacifique qui défendrait l'art des rues et le protégerait. (Que dire de l'effacement sauvage des femmes libres et impertinentes de Miss.Tic? La plus belle, rue Véron vient d'être vandalisée par les services (sévices) municipaux.)
Muraena Giraffa (Murène Girafe)
Passage des Abbesses
Eubalaena Diceros (Baleine-Rhinocéros)
Rue de Clignancourt
Alligator Ratus (Alligator Rat)
Rue Lebas
Codex est plus prudent que Miss.Tic. Son bestiaire est répertorié. Ses animaux ne se perdront pas et pourront réapparaître dans les rues où on les guette, où on les aime, où on se dit que c'est chouette quand même d'habiter une ville qui vit, s'anime, couvre de créatures mystérieuses ses murailles aveugles.
Carabus Girafa (Scarabée-Girafe)
Rue Audran
Dytiscos Monoceros (Coléoptère Licorne)
Rue Labat
Hetrodes Connochaetes (Criquet Gnou)
Rue Ramey
Codex est un poète érudit qui baptise ses créatures avec des noms savants, les noms justes, le plus souvent latins ou grecs. Ils sont précis, difficiles à traduire avec exactitude. Ils font exister les êtres accouplés d'étrange manière. Ils sont indiscutables. Ils actent l'apparition de nouvelles races alors que chaque jour disparaissent de la Terre des races à jamais perdues.
1er janvier. Fidèle au poste et inamovible par tous les temps
2 janvier. futur champion de handball à l'entraînement.
3 janvier. Matin pluvieux.
4 janvier. Le smartphone remplace les livres!
5 janvier. Dancing in the rain.
6 janvier. La trottinette en poussette!
7 janvier. Un rayon de soleil pour le Noël orthodoxe. Jour où Cyril le patriarche russe milliardaire lira sans honte à Moscou le récit de la nativité, de la venue d'un roi misérable, sur la paille, sous les bombes
8 janvier. Metro Anvers. Quand la pauvreté contraint les jeunes à la mendicité.
9 janvier. Bonheur partagé avec les amis chiens.
10 janvier. Boulevard de Rochechouart. Les yeux levés, les yeux baissés.
11 janvier. Le mur rouge Passage Briquet.
12 janvier. Le casse croute sur un banc. Square Louise Michel.
13 janvier. le soleil prisonnier du réverbère?
14 janvier. Le peintre a changé de chapeau
15 janvier. Rue Ravignan.
16 janvier. Rue d'Orchampt, les plus étroits trottoirs de Paris.
17 janvier. Les yeux fermés de la lune.
18 janvier. Le kiosque à journaux du boulevard de Rochechouart métamorphosé!
19 janvier. Bd de Rochechouart. Une passante.
20 janvier. Japonaise à l'enfant-chien
21 janvier. Deux devant l'infini.
22 janvier. C'est moi? (Square Louise Michel).
23 janvier. Ah pour être voilées on n'en est pas moins femmes!
24 janvier. On est bien tous les trois!
25 janvier. La chevauchée fantastique. Square Louise Michel.
26 janvier. Rez de chaussée rue Berthe. Deux petits curieux.
27 janvier. Double selfie sur les marches.
28 janvier. Les sacs verts.
29 janvier. Mystérieuse créature avec ses poireaux sur les pelouses du square Louise Michel.
30 janvier. Jour mouillé place du Tertre.
31 janvier. Pour le dernier jour du mois, un secret murmuré à l'oreille du chien. Square Nadar.
Cet attachement, nous l'oublions trop souvent et quand nous évoquons les chanteuses montmartroises, nous filons illico rue d'Orchampt devant le portail de la maison de Dalida, ou bien nous nous rendons rue du Mont-Cenis, chez Patachou, quand nous ne descendons pas sur le boulevard retrouver Yvette Guilbert ou Frehel. Mais Piaf, jamais!
Et pourtant elle a marché sur nos pavés, elle a vécu dans nos hôtels, elle a chanté dans nos cabarets! Bien sûr nous aurions préféré qu'elle naquît rue des Martyrs ou rue Norvins plutôt qu'à Belleville, mais les Buttes sont jumelles et partagent leur histoire populaire... le souvenir de cette histoire!
Piaf et Momone
Edith rencontre Simone Berteault dans son quartier de Ménilmontant. Elles deviennent de vraies "soeurs" comme l'écrira simone Berteault. Edith a quinze ans et "Momone" moins de treize quand elles parcourent les rues pour gagner un peu d'argent. C'est Edith qui chante et Simone qui quête, dos voûté, tête baissée pour émouvoir le chaland.
Montmartre et ses légendes attirent Edith qui trouve une petite chambre assez minable, rue Véron à Montmartre. Momone et Edith ont pour adresse temporaire l'hôtel de Clermont, au 18. L'hôtel est toujours là et nous verrons qu'il aura son importance dans la vie et le destin de Piaf. Les fresques du peintre américain Neil Gittings ont été récemment restaurées et ont retrouvé les couleurs que Piaf a sans doute connues.
La vie n'est pas facile pour les deux "sœurs". Et puis Edith, à 17 ans, tombe amoureuse, comme si souvent elle le fera. Son désir d'amour est tel qu'elle idéalise les hommes de rencontre. Celui-là s'appelle Louis Dupont, "P'tit Louis".
Avec lui elle vit quelques mois rue Des Abbesses, à l'hôtel Pompéa" dans un petit immeuble dont le rez de chaussée était occupé par un restaurant qui a survécu, "La Mascotte". L'hôtel abrite les couples de passage et il fait le plein dans un Montmartre qui aime cacher les amours irrégulières! Le Pompéa malgré son nom évocateur disparaîtra au profit de l'Antinéa qui lui même, comme l'Atlantide, finira par sombrer. Seule subsiste la Mascotte qui s'est spécialisée dans les fruits de mer.
Piaf retrouve ensuite Belleville et avec Louis elle a une fille, Marcelle, "Cecelle" qu'elle porte dans ses bras pour chanter dans les cours. Elle revient chanter à Montmartre avec Momone.
Après le départ de Louis qui n'accepte pas qu'Edith puisse utiliser leur fille pour émouvoir les badauds, la seule survie possible est toujours dans le chant et le passage dans les cabarets.
On la voit au 62 rue Pigalle, au "Juan les Pins" aujourd'hui hideux immeuble-verrue, mais alors petit établissement en rez de chaussée qui deviendra la célèbre roulotte de Django Reinhardt.
1935 est une année décisive pour Edith qui perd sa fille morte de méningite tuberculeuse à l'âge de 28 mois. Epreuve terrible qui la contraint à la prostitution pour payer les frais d'inhumation de la petite. C'est aussi l'année où elle est remarquée par Louis Leplée qui le premier comprend l'intensité, la profondeur, le tragique de la jeune femme, petite et vive qui évoque pour lui un moineau parisien, un piaf!
C'est lui qui lui donne ce nom qu'elle habite aussitôt et qui sera celui de sa célébrité.
Nous somme loin de Montmartre, sur les Champs Elysées où Leplée possède son cabaret. Elle y connaît un beau succès mais c'est à jacques Canetti (nous retrouvons Montmartre) qu'elle doit le vrai début de sa carrière grâce au disque qu'il lui fait enregistrer, le célèbre "Les mômes de la cloche" en 1936, année de l'assassinat de Leplée.
Par chance jacques Canetti qui la programme sur Radio Cité lui permet d'être entendue et reconnue par Raymond Asso et Marguerite Monnot qui seront liés à elle jusqu'à sa mort.
C'est à Montmartre qu'elle rencontre Jean Cocteau, lui-même habitué de la Butte puisque jusqu'à l'âge de 18 ans, il avait vécu chez ses grands-parents rue La Bruyère, une rue proche de Pigalle.
Il écrit pour elle une pièce dans laquelle elle triomphera en 1940 avec son nouvel amant Paul Meurisse dont le rôle est muet, "Le Bel Indifférent".
En 1941 elle est l'héroïne d'un film tourné par Georges Lacombe "Montmartre sur Seine". Des couples s'aiment, se jalousent, se déchirent dans des hôtels ou des rues de la Butte qui depuis les débuts du cinéma ne cesse de séduire les réalisateurs. Piaf y est Lili aimée par Michel (Jean-Lous Barrault) mais amoureuse de Maurice (Henri Vidal).
Piaf et Henri Vidal dans "Montmartre sur Seine")
Marguerite Monnot écrit la musique et Piaf (avec Marguerite) les paroles des quatre chansons qu'elle y interprète : "J'ai dansé avec l'amour"... "L'homme des bars"... "Tu es partout"... "Un coin tout bleu".
1943. Tournée d'artistes français chez Hitler.
Passons sur l'occupation et le manque de courage et d'engagement d'Edith Piaf qui pour "promouvoir la chanson française" fait deux voyages à Berlin. On est toujours triste de voir les artistes qu'on aime ne pas correspondre à l'héroïsme qu'on attendrait d'eux.
En 1944, elle triomphe au Moulin Rouge où chante en première partie un certain Yves Montand. C'est le coup de foudre! Et c'est Montmartre qui va abriter cette nouvelle passion.
Plus précisément avenue Junot, l'hôtel Alsina où elle loue une chambre à l'année.
C'est l'hôtel que Clouzot choisira pour tourner "l'assassin habite au 21" (en réalité l'hôtel est au 39) et Truffaut pour "Baisers volés".
Pas vraiment volés les baisers qu'abrite ce refuge montmartrois...
En 1945, Edith Piaf aime chanter dans un cabaret fondé par 5 compagnons de la Libération : "le Club des Cinq", 13 rue du faubourg Montmartre. Le lieu est apprécié des artistes et Gabin, Prévert, Carné le fréquentent régulièrement.
Le cabaret deviendra le cinéma "le Club" avant de devenir "le Passage du Nord Ouest" ouvert aux amateurs de rock, et enfin, en 1997 le Théâtre du Nord Ouest animé par la compagnie théâtrale l' Elan.
C'est dans le cabaret que Piaf rencontre pour la première fois Marcel Cerdan en 1946. C'est là que la foudre frappe de nouveau. C'est là que commence la belle et tragique histoire d'amour, la passion pour être plus juste, qui réunit Edith et Marcel.
C'est à Montmartre que Piaf et Cerdan se retrouvent, dans l'hôtel de Clermont rue Véron, le même hôtel où Momone et Piaf avaient trouvé refuge quelques années plus tôt. C'est que Marcel y a ses habitudes.
L'hôtel de Clermont et le café, vus par Michel Cordi
Il apprécie le bistrot tenu par Ammad passé maître dans l'art du couscous, un plat qui lui rappelle sa jeunesse marocaine.
La Cloche d'or, rue Mansart.
Edith et Marcel aiment aller au restaurant de la rue Mansart "la cloche d'or", établissement qui était dirigé par Anatole Moreau, le père de Jeanne Moreau.
Les histoires d'amour finissent mal en général. Celle là est foudroyée par le crash de l'avion qui emmenait Cerdan à New York où l'attendait Edith.
Après la mort de Marcel, Edith fuit dans l'alcool et la morphine. Elle n'a pas la force d'assister aux funérailles de son amant.
Elle hésite à revenir à Montmartre où déjà tant de souvenirs l'assaillent. C'est Montmartre qui va vers elle quand en 1955, dans le film de Renoir "Moulin Rouge" elle interprète Eugénie Buffet qui, comme elle, se fit connaître en chantant dans les rues de la Butte.
Mais Montmartre étant une petite capitale du Music Hall, avec le temps elle retrouve le goût d'y retourner pour applaudir des chanteurs qu'elle aime.
C'est "Chez ma cousine" où elle est venue entendre Mouloudji qu'elle rencontre Francis Lay qui l'entraîne dans sa bande après le spectacle.
Enfin, c'est "Chez Patachou" qu'elle se rend le 17 février 1962 afin de soutenir un garçon qui avait été son secrétaire : Claude Figus.
Piaf et Claude Figus
Ce chanteur fait partie de l'histoire de la chanson française puisque, amoureux de Charles Aznavour, c'est lui qui lui aurait inspiré un de ses textes les plus célèbres : "Comme ils disent".
Un petit texte de Piaf est émouvant car il est écrit peu de temps avant le suicide du jeune chanteur :
"Claude Figus était amoureux de la chanson mais la chanson ne l'était pas de lui. On dit que l'amour appelle l'amour, à son tour la chanson est devenue amoureuse de Claude Figus. S'il lui reste fidèle, alors il est probable qu'ils finiront leurs jours ensemble et qu'ils vivront un grand amour! (Edith Piaf)
En venant soutenir Claude Figus, Edith dont la santé est précaire est accompagnée de son dernier amour Théo Sarapo. Elle veut faire de lui un chanteur et réalise avec lui un duo "A quoi ça sert l'amour" qu'elle espère être un tremplin vers sa gloire.
Dernière sortie de Piaf. Chez patachou.
C'est encore "Chez Patachou", au coeur de Montmartre que Piaf fait sa dernière apparition en public, soutenue par Théo Sarapo, quelques mois avant sa mort en octobre 1963, un peu plus d'un mois après le suicide de Claude Figus.
Aujourd'hui nulle plaque à Montmartre ne rappelle le passage de Piaf. Mais dans le square Louise Michel,, les moineaux dont elle porte le nom, n'arrêtent pas de chanter et d'enchanter Montmartre sur Seine.
La place des Abbesses enlaidie par un vilain manège plastic et fluo était jadis protégée par un lion furieux qui aurait sans doute protégé son territoire s'il avait été là.
C'est en 1901 que la Ville en fait l'acquisition, ce qui prouve qu'elle avait bon goût car la sculpture ne manque ni de force ni d'intensité.
Le lion a été sculpté par Henri Léon Cordier (1857-1926).
Sculpteur, fils de sculpteur, il a fait ses armes dans l'atelier d'Emmanuel Fremiet, connu pour ses œuvres animalières, parmi lesquelles le spectaculaire "éléphant pris au piège" sur l'esplanade du musée d'Orsay, son "gorille enlevant une femme" du musée de Nantes
N'oublions pas son St Michel au somment de l'abbaye du Mont éponyme, occupé à massacrer un dragon, ou sa Jeanne d'Arc qui assiste sans pouvoir descendre de son cheval aux meetings traditionnels d'un parti politique créé par un breton borgne.
Cordier fils obtint de nombreuses commandes officielles parmi lesquelles le monument aux frères Montgolfier (Annonay) ou le monument au général Lasalle (Lunéville).
Son "lion rugissant, patte gauche tendue" est installé au milieu de la place, là où actuellement un cercle de pierre rescapé et une grille protègent une bouche d'aération.
L'ancien socle et en arrière fond l'abominable manège!
Le lion fut bien accueilli par les riverains bien qu'il eût été nécessaire de le protéger des poulbots qui aimaient s'accrocher à sa queue pour se balancer comme Tarzan avec des lianes.
Hélas il ne resta qu'une dizaine d'années. Aujourd'hui il n'y a plus un seul Montmartrois vivant pour se souvenir de lui.
Ligne Nord-Sud, station Lamarck
En effet, en 1910 les travaux du métro (nous sommes sur la ligne Nord-Sud entre Montparnasse et Montmartre) chassent le fauve qui est remisé dans les entrepôts de la Ville.
Rappelons que la station Guimard classée qui orne la place n'a pas été conçue pour elle mais a été transportée en 1974 depuis la place de l'Hôtel de Ville où elle avait été érigée. C'est ce qui s'appelle déshabiller Jacques pour habiller Paul!
Notre place ne reverra pas son lion. Nulle autre statue ne viendra l'agrémenter. La ville d'Orly en revanche récupère avec enthousiasme le fauve qui se morfondait dans les entrepôts. Nous sommes en 1931 et c'est dans le parc de la Cloche qu'il est installé. Sa queue qui servait de balançoire aux poulbots a disparu dans les divers transports. Nul ne sait où elle est passée....
Et nul ne sait malgré tous les Dupont et Dupont du Val de Marne qui a volé le pauvre lion sans queue. Il disparut malgré toute l'attention que lui portait la ville qui assura sa restauration en 2010.
Cette restauration aurait dû lui porter chance quand on connaît le nom de sa restauratrice : Zelinski! Et bien non! en 2012 le lion fut kidnappé et les barbares qui s'en emparèrent courent toujours! Il fut remplacé par un autre lion en granit dû au scupteur Harut Yekmalian.
Le lion de Yekmalian (non pas celui d'Orly mais celui d'Arras en lavedan)
Notre place des Abbesses, site classé, a vu débarquer un vilain manège qui à l'origine était décoré de poulbots botoxés.
Devant la réaction des riverains, les gnomes boursouflés furent effacés mais le manège resta. Il est là depuis plus de dix ans et personne n'est venu nuitamment le voler!
Aujourd'hui 22 mai 2022 Miss Tic est allée peindre sur les nuages ses femmes impertinentes et sensuelles. Elle reste bien vivante, généreuse et libre sur nos murs.
Quelques mois après sa mort plusieurs de ses peintures ont été détruites. Je republie cet article pour signaler ce vandalisme municipal qui me révolte.
Avec le succès, Miss Tic ne hante plus les rues comme elle le faisait jadis.
Elle s'expose dans les galeries même si on la rencontre encore sur les murs des ruelles ou l'asphalte des trottoirs.
Période révolue où on avait l'impression que c'était pour nous seuls qu'elle sortait la nuit pour nous offrir son ironie sensuelle!
Aussi est-ce avec un plaisir redoublé que l'on tombe nez à nez avec une de ses créatures, comme rue Androuet...
..où elle nous fait penser à Anna Karina dans "Une femme est une femme" :
Je ne suis pas infâme, je suis une femme!
Elle est présente sur les devantures de quelques boutiques de Montmartre , non plus en squatteuse mais en "Guest-Star" ...
Rue Véron....
Cette belle peinture impertinente a été détruite. C'était une des plus belles.
Il reste bizarrement l'inscription, comme une accusation!
Rue Houdon... au 19
Rue Lepic
Rue Lepic
Rue Lepic, un clin d'œil à Barbara...
Rue Lepic
Ces quatre peintures ont été détruites. Un petit supermarché y a mis ses couleurs (noir c'est noir)
Rue Véron
Rue Véron
Rue Audran ! (Oser ironiser avec Lacan! My god!)
Rue Durantin...
Miss Tic deviendrait-elle amère?
Souhaitons que l'amour qui donne des ailes ramène Miss Tic à Montmartre avec ses couleurs et son humour...
Un cheval blanc l'attend pour cavaler à travers les rues et survoler les escaliers en y semant ses sourires et ses jeux de mots poétiques!
Elle porte un nom gourmand qui vous met l'eau à la bouche, un nom pâtissier et léger qui évoque son sourire généreux et complice. Patachou! Patachou de Montmartre!
Son cabaret "Chez Patachou" a longtemps été un des plus emblématiques de Montmartre et quand on l'évoque aujourd'hui, c'est avec la nostalgie d'une époque où la butte attirait encore les jeunes poètes de la chanson et leur servait de tremplin d'où ils s'élanceraient vers les étoiles.
Sa carrière de chanteuse mériterait un roman et nous nous en tiendrons ici à sa présence à Montmartre, 13 rue du Mont-Cenis où elle s'installe en 1948. Elle ne porte pas encore son nom si craquant, elle est Henriette Billon, née Ragon et elle a déjà pratiqué plusieurs métiers qui ne la satisfaisaient pas. Elle a trente ans, un âge décisif, celui qui permet encore tous les possibles.
Jouxtant une pâtisserie, un local commercial en piteux état est à louer. Il sera transformé en salon de thé où sont servies des spécialités à base de pate à choux puis en restaurant. Les Montmartrois surnomment les restaurateurs Monsieur et Madame Patachou !
La chance fait que l'occasion se présente d'agrandir le restaurant qui devient comme tant d'autres sur la Butte, un endroit convivial où un accordéoniste tient lieu d'orchestre et joue les vieilles goualantes de Paris chantées par Jean qui a un bel organe. Un soir le bel organe est grippé et c'est Henriette qui se lance. Et pour un lancement, c'est une réussite! Sa voix séduit, mi railleuse, mi romantique. Une voix spirituelle et joueuse capable d'amuser et d'émouvoir.
D'autant plus que le contraste est frappant entre l'allure bourgeoise, habillée de chic bon genre de la chanteuse et son répertoire grivois dans la tradition libertine d'un Montmartre qui déjà faisait partie du passé.
Patachou est donc née à trente ans, sur la Butte loin du XIIème arrondissement où Henriette Ragon vit le jour le 10 juin 1918!
Le succès est immédiat et Patachou en animatrice qu'on jurerait chevronnée invite les spectateurs à reprendre avec elle les refrains plus ou moins égrillards de ses chansons. Lorsqu'un convive rechignait à chanter, armée d'une paire de ciseaux, elle coupait sa cravate!
Cette castration cravatière consentie devint très vite célèbre et les amateurs l'attendaient comme un rituel qui les faisait entrer dans la grande famille qui avait pour adresse "chez Patachou"!
En 1950, Jacques Canetti qui ne pouvait ignorer la dame du Mont-Cenis, lui rend visite, l'invite aux Trois Baudets sur le boulevard et lui fait enregistrer son premier disque. Le succès est au rendez-vous et bientôt le cabaret devient un lieu incontournable.
Un lieu qui entre dans la légende montmartroise, dans son histoire tout simplement, quand un chanteur un peu bourru, sans le sou, y est invité, en 1952. Patachou a aussitôt senti chez lui le cœur et l'âme d'un poète. Il s'agit de Brassens bien entendu!
"Quand il est arrivé, j'ai surtout vu qu'il était beau... Et puis on a écouté dix, vingt, trente merveilles..."
Elle enregistre un disque de ses chansons et contribue ainsi à le faire connaître et aimer.
Il faudra des années pour que Brassens devienne plus célèbre que celle qui l'a reconnu et aidé.
En effet, admirée de Maurice Chevalier qui lui aurait donné le surnom qui l'accompagnera dans ses tournée internationales "Lady Patachou", elle est applaudie aux Etats-Unis, au Canada, au Moyen-Orient...
Elle représente aux yeux et aux oreilles du public étranger "la parisienne" à la fois élégante et spirituelle, capable d'amuser et d'émouvoir.
C'est encore une chanson de Brassens "Margot" que chante Patachou dans le premier film où elle joue "Femmes de Paris" de Jean Boyer en 1953.
French Cancan (1955)
Sa carrière au cinéma sera moins riche qu'à la télévision mais au moins deux grands réalisateurs l'invitent : Jean Renoir dans "French Cancan" où elle est Yvette Guilbert et Sacha Guitry dans "Napoléon" où elle est évidemment Madame Sans-Gêne!
Bien plus tard de jeunes réalisateurs lui rendront hommage en lui confiant un rôle dans leur film : Léos Carax dans "Pola X" et Ducastel et Martineau dans "Drôle de Félix".
Drôle de Felix (2000) avec Sami Bouajila
Mais revenons rue du Mont-Cenis, dans notre Montmartre où la lady continue de promouvoir de jeunes talents. C'est le tour de Jacques Brel qui loue dans une chambre dans un petit hôtel de la rue des Trois Frères et qui a du mal à se faire connaître bien que le Tire-Bouchon, minuscule cabaret de la rue Norvins l'accueillît souvent.
Brel chez Patachou
Brel va être engagé pour trois ans chez Patachou et c'est pendant ces années difficiles que grâce à la stabilité et à l'attention qu'elle lui offre, il se révèle comme un des grands poètes de la chanson.
Aznavour rue Poulbot (avec quelques vrais poulbots)!
Le cabaret poursuit sa brillante carrière malgré les absences prolongées de sa créatrice. Aznavour qui vit alors modestement à Montmartre, rue des saules, y chante parfois. Il s'en souviendra et il est responsable d'une chanson que l'on entend aujourd'hui à tous les coins de rues de la butte , "La Bohème".
"Montmartre en ce temps-là ...... Accrochait ses lilas... Jusque sous nos fenêtres"...
Aznavour rue Saint-Rustique
Un autre poète va être invité à chanter chez Patachou, Léo Ferré. Il avait rencontré au Lapin Agile Caussimon qui en était l'habitué le plus fidèle. Les deux poètes étaient alors devenus amis et ils le resteraient jusqu'à la fin de leur chemin.
Les deux amis en 1985!
Une animatrice espiègle Souris, remplace la Lady quand elle est en tournée et présente au public de nouveaux talents comme Fanon, Hugues Auffray, Claude Nougaro qui tombera amoureux de la Butte et achètera un hôtel particulier avenue Junot (rue Dereure).
Il faut enfin citer Guy Béart pour qui Patachou ressent une grande amitié et une grande admiration. Elle l'engage sans hésiter. Une de ses chansons sera un de ses plus grands succès "bal chez Temporel".
"Si tu reviens jamais danser chez Temporel Un jour ou l'autre Pense à ceux qui tous ont laissé leurs noms gravés Auprès du nôtre"
La plaque apposée sur la façade cite quelques uns des chanteurs qui passèrent en ce lieu, qui ont disparu mais dont "les chansons courent encore dans les rues."
On ne s'étonnera pas d'y trouver quelques chanteurs américains que Patachou avait connus lors de son séjour aux Etats-Unis, notamment Sinatra avec qui elle lia une véritable amitié.
Piaf et Sarapo chez Patachou. Dernière sortie.
Mais les années s'enfuient et peu à peu le cabaret se démode. Quelques chanteurs y passent encore, parfois, mais comme une escale en nostalgie. Edith Piaf y chantera pour la dernière fois en 1963...
Pas de plus bel adieu que ce passage rue du Mont Cenis de celle qui allait s'éteindre la même année 1963. Le cabaret ferma ses portes en 1964. Patachou quitta Montmartre pour l'Avenue de l'Opéra puis (quo non ascendet) pour le restaurant de la Tour Eiffel.
Elle n'oubliera pas ses années montmartroises pendant lesquelles le 13 rue du Mont-Cenis porta chance à des poètes et des chanteurs au temps de leur vie de bohème.
Un autre établissement s'empara de son nom sur la place du Tertre, histoire de toujours le voir briller dans la nuit de la Butte. Mais c'était une usurpation et il a fermé ses portes, remplacé par une galerie d'art, comme le cabaret de Patachou avait lui-même été remplacé par la galerie Roussard.
André Roussard est un des grands historiens amoureux de Montmartre, de ses peintres et de ses artistes. Sa galerie rend hommage à Patachou et expose quelques photos qui rappellent la vie du lieu.
On y accède par un passage qui permet d'apercevoir la maison qui fut aménagée par la chanteuse et qui à l'origine était une des plus vieilles maisons du village, remontant au XVème siècle.
Avant de quitter Lady Patachou, laissons le dernier mot à Brassens :
"Vous serez conquis par cette bouche qui sourit et qui boude en même temps, et ses cheveux d'épis de maïs, et ses mains qui décrochent les étoiles"
Il savait de quoi il parlait, lui qui fut une de ces étoiles!
Chaque nouvelle année est porteuse d'espoir malgré tout. Pour l'Ukraine, pour l'Iran, pour chacun de nous.
Alors rêvons!
"L'espoir brille comme un brin de paille dans l'étable"
Revenons à l'album jour après jour de décembre, un mois pluvieux, plus vieux ce matin...
1er décembre. Le mois des vitrines enchantées.
2 décembre. La solitude du marchand de ballons
3 décembre. la deuche à l'assaut de la Butte.
4 décembre. On rencontre toutes sortes de gens à Montmartre!
5 décembre. Le gingko se pare d'or un mois plus tard que les années précédentes.
Le 6 décembre. Le soir rue Paul Albert.
Le 7 décembre. La Tour Eiffel bilboquet
Le 8 décembre. Notre petite chatte Plume, adoptée en 2013 au refuge d'Oléron a été euthanasiée. Je l'ai tenue, serrée, aimée, dans mes bras et son regard immense, étonné, suppliant est resté le même. Que des larmes.
Le 9 décembre. Les rats ont envahi Paris (square Louise Michel).
10 décembre. L'arbre de Noël est bien gardé. Devant le Sacré-Coeur.
11 décembre. Reflet dans la vitre.
Le 12 décembre. Le peintre solitaire et glacé. Place du Tertre.
13 décembre, un ballon près du ciel
14 décembre. Noël malgré tout place du Tertre
15 décembre. Dans la crèche. Saint-Louis d'Antin.
16 décembre. Soir rue Gabrielle.
17 décembre. Lever les jambes devant les pattes!
18 décembre. Des couleurs dans l'hiver.
19 décembre. Rue Foyatier, soir glacé.
20 décembre. Le violoniste place des Abbesses.
21 décembre. Le chat de la place du Calvaire.
22 décembre. Boulevard de Rochechouart.
23 décembre. Sortie pipi.
24 décembre. Un rayon de soleil le soir de la nativité.
25 décembre. Père Noël guitariste.
26 décembre. Les escaliers de la Butte mis à rude épreuve.
27 décembre. Tous les rêves sont possibles.
28 décembre. Un poulbot rue Drevet.
29 décembre. Un banc sous la pluie (place Dalida).
30 décembre. Le regard du tubiste.
31 décembre. Main dans la main pour s'émerveiller le dernier jour de l'année.