Chaque début d'été c'est une fête et un plaisir de retrouver les ruelles fleuries de l'île d'Oléron.
Mais cette année 2020 décidément différente des autres années, les roses trémières toujours belles ont cependant un petit air fatigué, comme si le confinement leur avait porté un coup sur le pétale!
Cela est dû sans doute à un mois de mai de plein soleil et de chaleur estivale suivi d'un mois de juin pluvieux à l'excès. Les roses en ont gardé un côté chiffonné et las.
J'ai photographié quelques unes d'entre elles sur le port de Saint-Trojan où les cabanes de couleurs leur offrent le cadre idéal qui sied à leur beauté fragile.
Sur la tombe de notre chatte Bella morte en septembre dernier, une rose trémière s'est élancée vers le ciel. C'est la seule de notre petit jardin.
j'offre à ces fleurs fidèles le poème que j'ai écrit pour elles. Je le redis chaque année quand je les retrouve, droites contre vents et marées, la tête dans le soleil.
La rose trémière
La rose dans mon île est rose du vertige
Sur sa dernière fleur il pousse une autre fleur
Qui se hausse du col au sommet de sa tige
Et par-dessus le mur jette un oeil en couleur
La rose dans mon île est la rose trémière
Elle est née au printemps sur le chemin de pierres
Dans la ruelle étroite au pied des maisons blanches
C'est une courte rue de Paris (160 mètres) mais quelle richesse! Quelques unes des plus grandes "stars" de la première moitié du dix-neuvième siècle y ont vécu, au cœur de ce quartier à la mode dont les artistes qui y vécurent firent une "Nouvelle Athènes" dans un Paris qui artistiquement était le centre du monde.
Hôtel de Lestapis, emplacement du moulin des Dames (avec son voisin)
Le nom de la rue a pour origine un moulin de pierres, au niveau du 2 actuel, qui appartenait depuis le quinzième siècle aux abbesses de Montmartre.
Cette tour existait encore en 1820 quand se lotissait la rue. Elle était située entre l'hôtel Lestapis et son voisin avant d'être détruite.
Village des Porcherons.
La rue porta différents noms quand elle faisait encore partie du village des Porcherons. Ruelle Baudin, rue Baudin, puis en 1789 rue de la tour des Dames.
Hôtel de Mlle Mars
Façade sur jardin.
Au numéro 1 nous voyons l'hôtel particulier de Mlle Mars. Nous avons consacré un article à cette actrice qui fut une star de son époque.
Mademoiselle Mars (Gérard)
L'actrice préférée de Napoléon fut pendant 40 ans la vedette de la Comédie Française. "Elle est divine, elle est parfaite" écrivit Stendhal qui fermait les yeux en l'écoutant de peur de tomber amoureux.
Son hôtel appartint à Bougainville pour qui il fut construit en 1820 par l'architecte Visconti, un des meilleurs représentants du style "Restauration" auteur entre autres du tombeau de Napoléon aux Invalides et de la fontaine de la place Saint-Sulpice.
Mademoiselle Mars (François Lagrenée)
Mlle Mars qu'on appelait "le diamant" fut une grande amoureuse, fidèle plusieurs années à plusieurs hommes successifs avant de connaître un dernier grand amour avec un homme de 25 ans plus jeune qu'elle et qui l'aima jusqu'à sa mort.
Le 2 est l'hôtel de Lestapis construit entre 1822 et 1824 par l'architecte Biet pour le Prince de Wurtemberg. Son nom vient de la famille qui l'acquit et l'occupa entre 1838 et 1870,
Le 3 est un autre hôtel particulier qui fut celui d'une actrice, une tragédienne qui fut la Phèdre de son temps: Mademoiselle Duchesnois (1777-1835)
Mademoiselle Duchesnois n'avait pas la grâce de sa voisine. Elle était un peu hommasse mais habitée par le sens de la tragédie. En pleine période romantique elle resta fidèle à Racine. Chaque représentation de Phèdre à la Comédie Française se donnait à guichets fermés!
Elle fut, elle aussi, une grande amoureuse et eut trois enfants de trois pères différents.
L'hôtel qu'elle acheta en 1822 avait été construit deux ans plus tôt par Auguste Constantin, un des principaux architectes de la Restauration.
Le 4 est l'hôtel Cambacérès. On a vu que le fameux moulin s'élevait en partie sur le terrain où il fut construit. Son architecte est Clouet.
Cet hôtel me pose deux problèmes. Son architecte tout d'abord, inconnu au bataillon, Cambacérès ensuite car Wikipédia qui sait tout prétend que c'est le comte Etienne Hubert de Cambacérès, archevêque de Rouen qui l'acquit en 1826, or à cette date le saint homme était mort depuis huit ans!
Dans la lignée Cambacérès le seul dont les dates pourraient correspondre est Pierre Hubert de Cambacérès, pair de France sous Louis Philippe, Duc sous le 2nd Empire et qui à partir de 1832 devint conseiller municipal de Verrières le Buisson où il acquit un grand domaine.
Je livre cette double énigme à d'éventuels lecteurs amoureux du quartier.
Le 5
Au 5 a vécu le peintre Horace Vernet ( 1789-1863) qui fut célèbre en son temps pour ses toiles de bataille et ses sujets orientaux. Amoureux des paysages algériens, il acheta, la gloire venue, un vaste domaine près de Hyères où il se fit construire un grand château composite.
Iéna (Vernet)
Baudelaire est sévère avec lui et le définit comme "un militaire qui fait de la peinture"!
Mazeppa
Il se montrait sans doute sévère. Si le succès du peintre lui était assuré par ses toiles historiques, il fut un romantique par son goût de l'orient, par la violence des contrastes. Il peignit à la mort de sa fille "l'Ange de la mort" qui aurait pu toucher le poète des Fleurs du Mal.
L'architecte de cet hôtel est Louis Pierre Haudebourt surtout connu pour avoir eu pour femme une artiste de grand talent, Hortense Haudebourt-Lescot dont quelques toiles sont conservées au Louvre.
Autoportrait (Hortense Haudebourt-Lescot)
Le 7
Avec le 7 nous sommes en pays de connaissance car le peintre Paul Delaroche (1797-1836) qui y vécut n'était autre que le gendre d'Horace Vernet qui vivait au 5!
Les enfants d'Edouard (Delaroche)
Il est peintre lui aussi et comme son beau-père connaît un grand succès en un temps où l'on aime les scènes historiques et les anecdotes célèbres. Son tableau "Les enfants d'Edouard" connut un vif succès. La scène des enfants emprisonnés dans la tour de Londres et bientôt assassinés ne manque pas d'émouvoir un public sensible au thème comme au style "troubadour".
Il consacra quatre années à peindre la fresque de l'amphithéâtre des Beaux-Arts.
L'architecte du 7 est Auguste Constantin qui réalisa comme nous l'avons vu le plus bel immeuble de la rue, celui de Mademoiselle Duchesnois.
Du 8 au 12
Un coup d'œil sur le belle façade un peu écrasante de cet immeuble post haussmannien (1910) qui après divers avatars a été transformé en logements sociaux. J'aurais aimé pendant mes années de galère trouver une HLM dans un tel immeuble!
Le 9
Le 9 fut l'hôtel de Talma (1763-1826) le comédien le plus populaire de son temps et apprécié de Napoléon. Il faut avouer que l'acteur préféra sa soeur la Princesse Pauline Bonaparte avec qui il eut une liaison.
Il révolutionna la manière de dire les vers tragiques de façon plus naturelle. Sa déclamation tranchait avec celle de ses rivaux. Quand il jouait Le Cid à la Comédie Française, tout Paris pour Rodrigue avait les yeux de Chimène!
Il fit construire en 1820 son hôtel de la rue de la Tour des Dames et il demanda à Delacroix d'en assurer la décoration. Le jeune Delacroix était un grand admirateur du tragédien qu'il rencontra peut-être grâce à Vernet. Il peignit pour la salle à manger de l'hôtel quatre panneaux représentant les saisons. Malheureusement ces œuvres ont été dispersées.
L'architecte à qui Talma confia les travaux est Paul Lelong (1799-1846). On lui doit le Bazar de l'Industrie boulevard Poissonnière ainsi que les bâtiments de la rue de la Banque dont il supervisa le percement.
Le 11
Le 11 fut habité par Charcot. Là encore je me pose des questions sans trouver de réponses. Il est bien fait mention sur différents sites de cette adresse où aurait vécu le "médecin" Charcot, sans plus de précision. J'ai suivi à la trace Jean-Martin Charcot, fondateur de la neurologie moderne, admiré de Freud… De sa naissance au Faubourg Poissonnière, en passant par la Cité Trévise, la rue du Coq, la rue Laffitte et le faubourg Saint-Germain, je n'ai rien trouvé qui puisse accréditer cette thèse.
J'ai pensé à Jean Charcot (Jean-Baptiste) fils du précédent, médecin lui aussi et célèbre explorateur dont le Pourquoi-pas? fit naufrage en 1936. Rien de probant!
Je me réfère donc à Wikipédia ou à "Paris-Révolutionnaire" pour mentionner cette résidence temporaire de Charcot! Le neurologue ou le commandant, ou aucun des deux. Au fond ça n'a pas d'importance, pas de quoi faire une crise d'hystérie!
Le 13
Le 13 passerait inaperçu s'il n'avait hébergé entre ses murs une de nos gloires nationales Jean-Philippe Smet futur Johnny Hallyday!
Enfant, il vécut chez sa tante paternelle Hélène Mar, ancienne star du muet, dans un deux pièces partagé avec ses deux cousines.
On imagine quelle pouvait être la vie dans un petit appartement sans confort. Il fallait alors pour prendre une douche se rendre à l'établissement de la rue des Martyrs.
On sait que dans ce quartier proche de l'église, il fit partie de la bande de la Trinité avec Dutronc et Eddy Mitchel.
Du 14 au 18 l'ancienne sous-station d'EDF construite en 1929 a été reconvertie, en gardant par bonheur la façade, en centre sportif et d'animation culturelle.
Il y eut à cet emplacement des bureaux de la Poste aux chevaux de Paris dont la façade était 2 rue Pigalle. C'est là que les derniers maîtres de poste, les Dailly transférèrent leur établissement. Ils se firent construire un hôtel particulier aux 67-71 rue Pigalle, détruit pendant les années pompidoliennes qui ne furent pas à un vandalisme près (Médrano, Halles de Baltard, Palais de marbre rose…)
Il ne reste dans la cour du méchant immeuble qui l'a remplacé que l'ancien abreuvoir épargné par les démolisseurs.
Les chevaux ne passent plus dans la rue… les admirateurs n'envoient plus de fleurs à leur "idole", Talma, Mlle Mars ou Mlle Duchesnois… les peintres n'y rêvent plus de batailles…
La rue s'est endormie et n'émeut plus que les amoureux de Paris...
6 juin. Montmartre 1942 rue Androuet. Décor de "Adieu monsieur Haffman".
7 juin. Rue La Vieuville.
8 juin Miss Tic rue Lepic-Véron.
9 juin. Retour au cimetière Montmartre.
10 juin. La statue fait des petits.
11 juin. Rue des saules. Glissade immobile.
12 juin. A pleine voix place Emile Goudeau.
13 juin. Pandémie terrassée… Ravignan-Goudeau.
14 juin. La ville qui navigue. Parvis du Sacré-Coeur.
15 juin. La petite fille-modèle. Place du Tertre.
16 juin. Les cheminées de la rue Gabrielle.
17 juin. Place Emile Goudeau.
17 juin. Rue Poulbot.
18 juin. La rue Nobel en noir et en couleur!
19 juin. Secrets. Square louise Michel.
20 juin. Musicien en herbe. Place des Abbesses.
21 juin. Fête de la musique. Rue André Del Sarte. Le rappeur Réta.
22 juin. Sportifs sauteurs sur les marches du parvis.
23 juin. Le lotus. Jardins Renoir rue Cortot.
24 juin. Les amants de St-Jean. Rue Utrillo.
25 juin. 35° à Paris. Le point d'eau place Valadon.
26 juin. "Amour aveugle" collage de Levalet rue d'Orsel sur le mur du théâtre de l'Atelier
27 juin. Repos avant l'ascension de la rue Foyatier!
28 juin. Le jour naissant...
Et voilà! Le mois s'achève avant la fin! Demain c'est le départ pour Oléron avec les chats. Depuis octobre nous n'avons pas quitté notre perchoir… Il est temps de respirer l'océan et de passer des moulins de la Butte à ceux de l'île aux cent moulins!
Levalet est un des plus doués et des plus originaux des artistes qui se font connaître en décorant les rues de leur collage. On se rappelle comment il avait transformé la rue Véron en galerie surréaliste.
Il nous offre aujourd'hui en ce mois de juin déconfiné une fable amoureuse à la fois élégante et pleine d'humour.
Il faut se dépêcher d'aller la voir avant que les tags ne la recouvrent et les nettoyeurs ne la liquident!
Les lettres noires comme des coups de poing, des coups de gueule, ont fait leur apparition sur les murs de Montmartre un peu avant le grand confinement.
Elles ne restent pas longtemps en place, vite arrachées, vite recouvertes de tags, vite oubliées...
Mais avec acharnement elles reviennent comme une herbe qu'on voudrait déraciner et qui s'entête à renaître...
C'est à Marseille qu'elles ont pour la première fois fait parler les murs. C'était en août 2019.
Marguerite Stern, féministe radicale des Femen en est à l'origine. Lorsqu'elle apprend qu'une jeune femme corse, après avoir porté plainte par cinq fois à la police, a été assassinée, elle transforme sa rage en lettres noires peintes sur des feuilles A4.
La nuit tombée elle les colle sur les murs. Le mouvement est lancé.
Dans un squat d'artiste du 14ème arrondissement, des femmes alignent les lettres pour en faire des phrases dénonciatrices, des cris.
"Elle le quitte, il la tue" revient souvent. C'est la première raison donnée par les assassins. Comme si leur "possession" leur "bien" leur échappait, remettant en cause leur statut de maître, de mâle dominant...
Quand la ville peu à peu s'endort, les volontaires vont avec les seaux de colle, les pinceaux et les feuilles afficher les lettres noires en essayant de ne pas être vues et verbalisées.
L'action des femmes de ce collectif est pourtant plus respectueuse de l'environnement que bien des tags laids et pollueurs. Les feuilles s'arrachent, se décollent sans abîmer leur support. C'est du moins ce que les "colleuses" espèrent. Souvent là où une lettre a été arrachée, apparaît une autre lettre, peinte cette fois directement sur le mur. La belle idée de départ est difficile à réaliser tant est rapide et acharnée la réaction de ceux qui se sentent agressés par ces dazibaos.
Il y a aujourd'hui plus de cent femmes engagées dans le combat des lettres noires. Les hommes, d'après ce que je sais, ne sont pas admis. Je le regrette. Il me semble que ces combats se gagnent par l'union de tous.
Parfois les messages excluent les hommes comme s'ils étaient forcément les ennemis.
"Ni dieu, ni mec, ni patron" me semble être de ceux-là, inspiré par le devise anarchiste dont une des plus belles figures, Louise Michel luttait à égalité avec les hommes.
Mais là, j'entre dans un autre débat sur certains mouvements féministes ouvertement lesbiens et pour lesquels tout mâle est suspect.
Je préfère n'en pas parler et tirer mon chapeau que je n'ai pas à ces combattantes de la nuit qui jettent à la figure de tous ces faire-part de deuil, ces lettres noires qui claquent comme des drapeaux.
Une des voies les plus pittoresques de Montmartre est aujourd'hui fermée aux visiteurs comme aux amoureux de la Butte. Depuis une dizaine d'années on ne la voit plus qu'à travers des grilles et on reste sur le trottoir si on ne connaît aucun des riverains ou si on n'a pas réservé une chambre dans l'hôtel de grand luxe qui s'y taille la part du lion!
Cet hôtel qui a trouvé un nom très original : "Hôtel Particulier Montmartre" est un immeuble Directoire harmonieux qui fut la propriété de la famille Hermès. Il possède un beau jardin de 900 m2 et garantit grâce à la privatisation du passage une paix royale à ses clients.
Selon une légende tenace il aurait abrité une vieille dame de noir vêtue qui sortait de sa solitude pour poursuivre avec son balai les poulbots qui aimaient organiser des courses entre l'avenue Junot et la rue Lepic avant de se retrouver autour du rocher pour fêter avec force cris le vainqueur.
Il n'en fallait pas plus pour qu'elle devînt pour les enfants la sorcière du lieu.
Encore une histoire montmartroise sans doute inventée par un chansonnier de la Butte! Il paraît plus vraisemblable que le rocher étrange et raviné comme une vieille dent cariée qui occupe le centre du passage ait été une fontaine qu'on appelait "la sourcière" avant que l'eau ne fût tarie.
Ce rocher qu'on aperçoit à travers les grilles donne à l'endroit un aspect mystérieux qui a conduit quelques rêveurs à en faire une météorite tombée au sommet de la Butte en des temps très anciens. Si vous regrettez de ne pas pouvoir vérifier de plus près, il y a dans le square Louise Michel des falaises et des rocailles qui vous consoleront.
Le maquis
Quand ce côté de la Butte était encore un vaste terrain sauvage où se réfugiaient les pauvres gens et les artistes bohêmes, une cabane de bric et de broc abrita des artistes circassiens.
La cabane survécut avec ses planches disjointes avant d'être détruite, risquant de blesser les gamins du quartier.
Vous verrez sur certains sites qu'elle est attribuée à Footit et Chocolat, le célèbre duo de clowns qui inventa la dramaturgie du clown blanc et de l'Auguste. Rien n'atteste ce qui une fois encore a toute chance d'être une galéjade de Montmartrois qui n'ont rien à envier aux Marseillais.
Footit, marié et à l'aise vivait en famille et si Chocolat, marié lui aussi, fut dans le besoin quand il sombra dans l'alcool, ce n'est certes pas dans un maquis qui n'existait déjà plus qu'il se serait réfugié.
Ce qui n'est pas une légende en revanche, c'est l'existence, contre vents et marées d'un boulodrome qui s'est installé sur ce coin arboré en 1972. Il a eu chaud lorsque, en 1990, les promoteurs voulurent créer un parking au 23 avenue Junot. Il fallut quatre années de lutte et de mobilisation des Montmartrois autour de leurs boulistes pour que le parking soit enterré (!)
La pétanque est une vieille tradition de la Butte (encore un point commun avec nos amis marseillais). Des photos et des cartes postales en attestent.
Aujourd'hui le boulodrome, classé, est fier de ses neuf pistes, de ses habitués divers et variés, hommes, femmes, enfants, de toutes les origines, de tous les milieux. Des gens qui ont la tête bien faite et ne perdent jamais la boule.
…. Un jour peut-être la sorcière se réveillera t-elle et d'un coup de balai enverra promener les grilles qui emprisonnent ce passage. Tout est possible à Montmartre et ce n'est pas le passe-muraille qui me contredira!
Un square qui avec Vincent Delerm et Modiano est entré dans la poésie et la littérature!
7500 m2 au pied des falaises d'immeubles construits entre 1909 et 1919 par l'architecte Georges Debrie puis Adolphe Bocage pour abriter des familles modestes.
Entrée du square rue Joseph de Maistre. En arrière plan les immeubles Weill.
Alexandre Weill crée sa fondation en 1905 dans un but philanthropique. Plusieurs immeubles sont érigés grâce à elle notamment boulevard Berthier.
L'ensemble de la rue Marcadet est remarquable par son souci de luminosité et ses nombreux balcons. On souhaiterait que nos logements sociaux actuels aient toujours un tel souci esthétique et de confort!
Le porche monumental 205 rue Marcadet porte les trois lettres d'Alexandre et Julie Weil.
Du côté de la rue Carpeaux se développe la splendide façade de la caserne des pompiers, achevée en 1900 par l'architecte Paul Héneux. C'est là que fut organisé en 1937 pour le 14 juillet un bal populaire qui eut tant de succès qu'il fut repris par de nombreuses casernes du pays pour devenir avec les années une fête populaire "traditionnelle".
Le square s'étend sur un terrain qui fit partie jadis du cimetière Montmartre, le cimetière Nord et qui en 1879 fut désaffecté.
Jean-Baptiste Carpeaux (Soumy)
Il reçoit le nom de Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) pour honorer ce sculpteur considéré comme l'un des plus importants du XIXème siècle.
Napoléon III (Carpeaux)
Homme du nord, de Valenciennes qui recevra selon sa volonté une bonne partie de ses œuvres, il est aussi lié au 2nd Empire, apprécié de Napoléon III et bénéficiaire de commandes officielles.
Ses réalisations sont célèbres et il est difficile de faire un choix. Pour un parisien, le groupe de la danse de l'Opéra reste sans doute son chef d'œuvre, tant il est vivant, vibrant et solaire.
Sa dernière réalisation est la fontaine des 4 parties du Monde dans le jardin de l'Observatoire qu'il termina quelques mois avant sa mort à 48 ans d'un cancer de la vessie.
Dans le square deux sculpteurs ont été sollicités pour deux statues. La première représente Carpeaux avec une austérité qui ne rend pas justice à l'aspect original et quasi baroque de ses œuvres.
La statue est de Léon Fagel (1851-1913) sur une stèle de Henri Bans. Elle date de 1929. Fagel est né à Valenciennes comme Carpeaux et comme lui il y est enterré.
Parmi ses réalisations les plus connues figurent le buste de Carpeaux ainsi que les sculptures de la façade du Petit Palais sur les Arts et métiers (avec J. B. Hugues). On lui doit encore la statue de Lamarck dans les jardins du Museum.
Sans oublier son groupe le plus célèbre, le monument de Wattignies à Maubeuge.
Monument de la victoire de Wattignies à Maubeuge.
Sur la stèle de pierre qui porte la statue du sculpteur sont fixés deux médaillons de bronze. Le premier représente Charles Carpeaux, le fils du sculpteur qui participa aux fouilles d'Angkor et au dégagement du Bayon.
Le second médaillon représente Louis Carpeaux fils cadet du sculpteur et qui fut capitaine de l'Infanterie coloniale.
Pas de médaillon pour Louise Carpeaux, la fille de la fratrie, artiste et sculptrice. Il faut croire que les femmes n'avaient pas la même valeur que les hommes!
La deuxième statue du square fut appréciée des Parisiens qui aimaient poser devant elle.
Il s'agit de "La Montmartroise" parfois appelée "La Parisienne" représentant une grisette, main sur la hanche, portant un tambour.
La statue installée en 1907 est due à Théophile Camel (1863-1911) qui bien que né à toulouse a été un artiste montmartrois, bien oublié aujourd'hui. Elle représente la femme telle que l'idéalisent les peintres à une époque pas vraiment féministe. Elle est couturière, lingère, élégante naturellement et accueillante comme le suggère le petit amour qui l'accompagne.
Montmartre est présent encore par le moulin en voie d'effacement sculpté sur le tambour et la palette qui suggère que la jeune femme posait volontiers pour les peintres de la Butte.
La Montmartroise a été vandalisée et il lui manque l'avant-bras droit et une partie de la main. Il serait grand temps de la restaurer et de lui rendre toute sa grâce!
Avant de quitter ce square, comment ne pas évoquer la chanson de Vincent Delerm "le baiser Modiano."
"C'est le soir où près du métro
Nous avons croisé Modiano (…)
(…) Et le baiser qui a suivi
Sous les réverbères sous la pluie
Devant la grille du square Carpeaux
Je l'appelle Patrick Modiano."
Et comme Paris est une ville enchantée... Modiano qui n'avait jamais parlé de ce square fut surpris au point de croire que Delerm avait fait une enquête et découvert que lorsqu'il avait 20 ans et habitait près du boulevard de Clichy, il aimait s'y promener et s'asseoir sur un banc près de la Montmartroise...
P.S : Un commentaire reçu après l'écriture de cet article me signale que le film de Michel Gondry "La Science des rêves" a été en partie tourné dans le square Carpeaux.
Le square serait donc propice aux rêves et aux apparitions!
Il y a des rues de Paris qui présentent une telle unité architecturale qu'elles sont comme un musée à ciel ouvert. La rue Ziem et la rue Armand Gauthier sont de celles-là!
Nous sommes dans le quartier des Grandes Carrières, dans cette partie de Montmartre livrée à la spéculation immobilière au début du XXème siècle. Les programmes immobiliers s'adressent à une bourgeoisie aisée, comparable à celle qui investit dans les quartiers chics de l'ouest parisien.
Les carrièree en 1804 (Lefranc)
À l'emplacement des carrières de gypse exploitées depuis le Moyen-Âge, subsistaient de petites maisons populaires faciles à exproprier. Un architecte se voit confier le lotissement de ces deux rues. Il s'agit d'Armand Gauthier.
Son nom a été donné à la courte rue, terminée en escalier (nous sommes à Montmartre) où il vécut, satisfait sans doute d'ouvrir ses fenêtres sur ses réalisations! Il est le seul personnage un peu connu qui ait habité cette voie qui aujourd'hui s'apparente à un musée qui lui rend hommage.
Nous sommes dans la première décennie du XXème siècle. Chaque immeuble porte la signature de Gauthier ainsi que sa date de construction, 1906 ou 1907.
La rue Gauthier va de la rue Ziem à la rue Eugène Carrière. Elle suit une courbe harmonieuse et se termine par un escalier.
Ces falaises de pierre claire seraient semblables à beaucoup d'autres sans le rythme et l'ornementation de leurs façades. Gauthier n'est pas un génie de l'Art Nouveau mais il concilie habilement la tradition haussmannienne et les tendances nouvelles.
il sait que ses "clients" soucieux de leur image n'ont pas envie d'investir dans des immeubles de style "nouille" comme ils appellent l'art nouveau trop audacieux pour eux.
Mais il a le sens de l'harmonie, il sait épouser la courbure du terrain et il sait aussi varier le décor de ses immeubles même s'il fait appel à des sculpteurs sans audace.
Le 2
Le 4
Le 6
Côté pair les 2, 4 et 6.
Le 2 donne d'un côté rue Gauthier, de l'autre rue Ziem.
Côté impair, le 1 est le seul immeuble qui ne soit pas de Gauthier. Il est le seul également qui combine la souplesse de l'Art Nouveau avec des décors floraux typiques de cet art. Il est dû à Paul Marteroy et a été édifié en 1907. Cet architecte avait un plus grand renom que Gauthier. Il était architecte en chef de la ville de Paris et on lui doit plusieurs réalisations dans divers arrondissements.
Les 3, 5 et 7. Une belle unité et un sens de l'harmonie… cette rue Gauthier aussi calme qu'une impasse est un havre paisible à deux pas de l'animation du boulevard de Clichy….
L'artère débouche sur la rue Ziem dont tous les immeubles sont l'œuvre d'Armand Gauthier.
La rue porte le nom de Félix Ziem (1821-1911) un peintre qui fit partie de l'école de Barbizon avant de consacrer l'essentiel de son œuvre à Venise dont il fut amoureux. Il y a dans ses toiles une lumière onirique et on comprend en voyant certaines e ses toiles qu'il ait pu être considéré comme un des précurseurs de l'Impressionnisme.
Entre le 2 (à droite) et le 1
Le début de la rue entre le 1 et le 2 a fière allure avec ses immeubles comme des proues de navire!
2 bis
Le 4
Le 6
Le 8
Le 8 est un des plus beaux avec ses sculptures plus originales, ses consoles florales et animales à la fois.
Le 12
Le 12 est le dernier immeuble côté pair. Il est théâtral et termine en beauté ce côté.
On voit que tous ses immeubles au décor varié sont assez sages par rapport au délire poétique du modern style. Mais ils sont aujourd'hui un témoignage du goût d'une époque qui considérait que la beauté des façades était une obligation, un hommage à la ville, à tous les passants occasionnels.
Coté impair, les 3, 5, 7 et 9.
La rue avant de se jeter dans la rue Eugène Carrière, se termine par la place Nattier (Jean-Marc Nattier, portraitiste du XVIIIème siècle).
Nous arrivons ensuite dans le rue Eugène Carrière, peintre lui aussi, spécialiste de la mère et de l'enfant, dans une palette ocre et trouble. Il a sa statue sur la place qui s'appelle depuis un an place Nougaro.
Mais c'est un étrange personnage qui nous dit aurevoir au moment où nous nous éloignons de ces rues harmonieuses et cossues.