Chemises blanches, chemises de fête et de noces...
Mais la boue et le sang comme des balafres qui lient les corps des amoureux dans la souffrance et la mort.
L'exposition du peintre bosniaque Safet Zec (né en1943) devenu vénitien rend hommage à deux amoureux fauchés en pleine jeunesse en 1993 à Sarajevo.
Ils sont les Roméo et Juliette victimes d'une guerre non pas entre deux familles mais entre deux "peuples" qui avaient appris avant la folie meurtrière à s'apprécier et à vivre en paix.
Bosko est serbe et chrétien. Sa famille a quitté Sarajevo pour se réfugier à Belgrade mais lui n'a pas voulu fuir. Il est resté parce qu'il aime Admira, bosniaque et musulmane, qui lui rend son amour.
Les deux amoureux devant le danger de plus en plus menaçant et le risque d'être torturés et assassinés par les factions qui n'admettent pas que l'on puisse trahir son camp, décident de partir, de franchir le pont de Vrabna vers la Tchécoslovaquie.
Les soldats serbes et bosniaques les autorisent à passer. Est-ce l'un d'eux, est-ce un sniper? Bosko est abattu le premier, il tombe face contre terre. Admira rampe vers lui et l'enlace avant d'être tuée à son tour. Les amoureux vont rester ainsi une semaine entière, liés l'un à l'autre, avant d'être ramassés et inhumés.
Photo d'Admira et Bosko
Safet Zec qui en 2017 exposait dans la même église de la Piéta sur le quai des Schiavoni, à deux pas de la place Saint-Marc, des toiles racontant le voyage souvent mortel des migrants (Exodus) nous invite cette année à être témoins de l'assassinat des deux amoureux pour qui les luttes politiques et les intransigeances religieuses comptaient peu devant la liberté d'aimer.
S'embrasser, s'enlacer, s'accrocher l'un à l'autre pour ne pas se séparer…
Les toiles nous donnent à voir cette urgence de l'étreinte que la mort n'interrompt pas.
Parfois ce n'est que le jaillissement de la couleur rouge qui nous rappelle que nous sommes devant une étreinte tragique. Un éclat, une zébrure, un trait de feu...
Quelques œuvres évoquent la descente de croix et le corps supplicié reçu par la femme aux bras et au cœur ouverts qui porte l'homme et le tient debout.
Sur d'autres toiles, la couleur du sang n'apparaît pas. Le blanc des linges domine. Linge de linceul ou tumulte des vêtements sous l'urgence des caresses?
Dans la contemplation des œuvres qui sont à leur place dans cette église, le spectateur comprend que si la violence impose sa loi c'est la force inouïe de l'amour qui s'exprime…
C'est bien ce qui domine dans cette exposition, ce sentiment de la vérité des corps qui se tiennent l'un à l'autre face à la barbarie.
"Embraces"
Embrassements c'est le nom de l'exposition qui dans cette biennale 2019 exceptionnelle de Venise fait écho aux ponts construits par Lorenzo Quinn, ces mains qui se réunissent par dessus les eaux vertes.
16 mai. Le dormeur de la Butte. Pelouse du parvis du Sacré-Coeur.
Mai le joli mai… c'est un mois qui se plaît à Montmartre malgré les souvenirs d'abord exaltants puis tragiques de la Commune. C'est la dernière semaine de ce mois printanier qu'eut lieu la Semaine Sanglante dont la Butte a gardé pour toujours mémoire.
17 mai. Solitude… Là où commença l'insurrection der la Commune...
18 mai. Simone et les chats du square Louise Michel.
20 mai. Attente. Rue du Mont-Cenis.
21 mai. Confidences. Square Louise Michel.
22 mai. Prise dans la bulle! Rue du Calvaire.
Le square qui portait le nom de Willette a été rebaptisé et porte désormais celui de Louise Michel.
23 mai. Farniente boulevard de Clichy.
24 mai. Rencontre. Rue Norvins.
25 mai. L'accordéoniste. Place Jean-Baptiste Clément.
Il joue sans doute "le temps des cerises"!
26 mai. La mariée dans les roses. Rue du Cardinal Dubois.
27 mai. La mendiante. rue Azaïs.
28 mai. Pour immortaliser un grand amour. Place du Tertre.
29 mai. Public en herbe pour batterie de cuisine. Square Louise Michel.
30 mai. Devant la fontaine des tritons.
31 mai. Rue du Chevalier de La Barre.
1er juin. D'une main à l'autre. Passe-muraille.
2 juin. Retour à la vie sauvage. Rocailles du square louise Michel.
3 juin. La gym joyeuse. Esplanade du Sacré-Cœur.
4 juin. Deux sans-abris. Square louise Michel
Juin a joué cette année les capricieux. Il a commencé par le soleil puis s'est laissé aller à la pluie...
13 juin. Paris-pluie. Place Saint-Pierre.
14 juin. Différence-Indifférence. Quai de Seine.
J'ai été infidèle à Montmartre pendant plusieurs jours et à mon retour d'Italie, j'ai continué de l'être quelques jours encore pour les quais du bassin de la Villette.
16 juin. Face au canal. Quai de Seine.
17 juin. La balançoire. Jardins Renoir. Rue Cortot.
Et puis.. j'ai retrouvé mes lieux de prédilection, comme les jardins Renoir où l'impressionnisme semble toujours vivant.
18 juin. Baiser mis en scène. Rue Cortot.
19 juin. Accordez accordez donc l'aumône à l'accordéon… rue St-Eleuthère.
21 juin. Lever du soleil vers Clignancourt.
22 juin. Au sommet du monde. Terrasse du Sacré-Coeur.
La chaleur est arrivée soudain. D'abord tolérable puis au fil des jours tyrannique.
23 juin. Lever du jour. 5h30. Rue Muller.
24 juin. Chaleur sur Paris.
25 juin. Montmartre en guerre?
26 juin. La recherche de l'ombre.
27 juin. Conciliabule. Marches du Sacré-Cœur.
28 juin. Sauter à la corde un jour de canicule! Rue Utrillo.
La canicule est si écrasante que je ne sors plus de chez moi. 39° sont prévus aujourd'hui! Pour la dernière photo avant les vacances, je triche un peu avec ces écoliers passant hier devant le Monde en Couleurs rue André Del Sarte.
...Je souhaite à tous de belles vacances en couleurs!
Ninette Aubart (Fannie Brett, "Titanic" de James Cameron)
Dans le cimetière Saint-Vincent (division 13) à quelques mètres du mur qui la sépare de la rue des Saules et du Lapin Agile, une tombe banale laisserait le passant indifférent si n'étaient gravés sur la pierre quelques mots qui intriguent....
Ninette Aubart 1887-1964 - Rescapée du TITANIC
Impossible de ne pas chercher à en savoir plus! Qui est cette Ninette Aubart qui après avoir échappé à la catastrophe est venue s'échouer sur la Butte?
C'est à Montmartre, au Lapin Agile, de l'autre côté du mur, qu'elles'est fait connaître grâce à un physique très parisien, fait de sensualité et de gouaille et une voix spirituelle.
Malgré ses qualités et son talent, elle n'aurait sans doute laissé aucune trace dans la vie montmartroise si elle n'avait embarqué à Cherbourg, le 10 avril 1912 sur le navire dont le nom est resté dans l'histoire.
Elle n'a pas un goût particulier pour la Butte qui à la fin du XIXème siècle est un vaste chantier, entre avenues nouvelles et maquis. Elle préfère habiter dans les beaux quartiers, là où vivent les familles respectables!
C'est à Montmartre pourtant que la chance lui sourit. Elle séduit un Américain fortuné, amoureux de Paris au point d'y avoir acheté un grand appartement et d'y séjourner parfois sous divers prétextes. Il s'agit de Benjamin Guggenheim, homme marié et père de trois filles dont la dernière, Peggy illustrera son nom en devenant une des plus avisées et des plus audacieuses collectionneuses d'art, en même temps qu'un généreux mécène.
Benjamin est à ce point mordu qu'il propose à Ninette de rentrer avec lui aux Etats-Unis. Il a déjà réservé sa cabine sur le Lusitania qui doit quitter Cherbourg au début du mois d'avril 1912
Ninette n'hésite pas un instant et accepte de suivre son amant qui pour lui prouver sa reconnaissance la comble de présents achetés dans les joailleries et les magasins de haute couture.
Dans ses malles, Ninette fait ranger soigneusement par sa femme de chambre, Emma Sägesser, 24 paires de chaussures, 24 robes, plusieurs "jeux" de culottes, des dizaines de pièces de lingerie fine...
Elle n'oublie pas de serrer dans ses coffrets les bijoux offerts par son amant dont les plus beaux sont d'or serti d'émeraudes.
Ninette aime à la folie ces pierres couleur d'eau profonde.
Le Titanic
Les bagages sont prêts, la date se rapproche quand par malheur le départ est différé. Le Lusitania connaît des avaries et doit être inspecté et réparé. Le Carminie est prévu pour le remplacer, mais Benjamin Guggenheim préfère réserver sa cabine de 1ère classe et celle de Ninette sur un autre navire dont tout le monde parle et qui s'apprête à faire sa croisière inaugurale, le TITANIC.
Ninette se réjouit de voyager sur le plus beau bateau du monde, en compagnie de la meilleure société.
Elle y embarque avec Emma Sägesser et s'installe dans la luxueuse cabine B-35.
Pas de suspense! On connaît la suite!
Deux jours plus tard, dans la nuit du 14 avril le TITANIC heurte un iceberg. Ninette qui a ressenti la première secousse l'a jugée sans gravité et est retournée se coucher.
Benjamin la réveille et la conduit ainsi que sa femme de chambre jusqu'aux canots de sauvetage, réservés par priorité aux passagers de 1ère. Il assiste à la mise à l'eau du canot n°9 dans lequel elles ont été hissées.
Il revêt ensuite son plus beau costume et participe à l'organisation des secours. Il trouve le temps d'écrire une lettre à sa femme et de la confier à un steward.
Il ne lui raconte pas d'histoire en lui parlant d'amour éternel, il lui dit simplement qu'il espère avoir fait de son mieux en remplissant son devoir.
Ninette qui a tout perdu et qui plus tard dressera la liste de ses bijoux et de ses vêtements en espérant être indemnisée, assiste à la disparition du TITANIC et de l'homme qui devait changer sa vie.
Une fois débarquée aux Etats-Unis, elle n'a plus rien pour survivre. C'est la femme de Benjamin Guggenheim qui lui paye le billet de retour. Sans doute désire-t-elle l'éloigner au plus vite afin d'empêcher que s'ébruite une liaison qui, dans l'Amérique prude de ce temps, aurait porté préjudice à la réputation morale de son mari.
Ninette Aubart, sans ce naufrage, serait restée une illustre inconnue, une maîtresse parmi d'autres dans la liste d'un amateur de femmes.
Ninette Aubart (Fannie Brett) et Benjamin Gugenheim (Michael Ensign) Titanic de Cameron.
Rescapée du naufrage, elle a vécu en France une vie banale.
Quelques rares photos nous montrent une femme apparemment sans histoire!
45 ans après le naufrage. Ninette joue au bridge.
Ninette Aubart préfère sa Versailles au Titanic!
Elle repose aujourd'hui à quelques mètres du cabaret où elle a été chanteuse, très loin de la fosse marine où a été englouti son célèbre amant dans une eau de la couleur des émeraudes qu'il lui avait offertes.
Il est passé comme une météorite dans le ciel de Montmartre. Nocturne, enflammé, se consumant de sa propre énergie. Il déboule au Chat Noir de Salis en 1881. Huit ans plus tard il meurt après six mois de souffrances à l'hôpital Lariboisière. Il a 34 ans.
Ce qui nous intéresse c'est avant tout son passage à Montmartre mais il faut rappeler sa naissance peu banale. Il arrive en effet dans une famille d'origine écossaise, son arrière-grand père écossais étant venu en France pour être garde du corps du roi Louis XV! On raconte qu'il s'en fallut de peu qu'il ne perdît la tête sur la guillotine.
Petit séminaire de Saint-Mesmin
Il vient au monde un quart d'heure après son frère jumeau Donald.
Il fera ses études au petit Séminaire de Saint-Mesmin. Aristocratie, religion… on ne peut pas dire qu'il sera partie prenante de l'une ou de l'autre! Il est vrai que dans sa famille les idées socialistes et progressistes étaient à l'honneur...
Il a 21 ans quand il arrive à Paris où il trouve un travail pas trop contraignant, celui d'employé de la Poste, ce qui lui donne le temps et surtout la disponibilité intellectuelle pour écrire, dessiner et participer à la vie intellectuelle du quartier latin où il habite d'abord.
Emile Goudeau
C'est là, loin de la Butte qu'il rencontre Emile Goudeau et s'inscrit au Club des Hydropathes en 1878. Grâce à cette rencontre, il change de quartier en 1881 quand Goudeau se laisse convaincre par Rodolphe Salis de le rejoindre au cabaret du Chat Noir qu'il vient de créer à Montmartre.
Sarah Bernhardt au club des Hydropathes
C'est ainsi que Mac Nab devint montmartrois! Lui qui ne manquait pas d'humour, habitué à la fréquentation de Charles Cros ou d'Alphons Allais (tous deux hydropathes) dut s'amuser d'apprendre que le cabaret de Salis s'était ouvert dans un ancien dépôt postal!
Le Chat Noir 84 boulevard de Rochechouart
Ce premier Chat Noir avait pour adresse le 84 boulevard de Rochechouart et son enseigne (aujourd'hui au musée Carnavalet) était l'œuvre de Willette.
L'enseigne de Willette pour le Chat Noir
Aussitôt il obtient un franc succès. Son allure rigide, son côté "croque-mort", son sérieux imperturbable pour débiter des histoires absurdes ou drôlatiques, des poèmes décalés ou provocateurs plaisent au public d'étudiants et d'artistes.
"(…) Qu'il est doux d'être deux! Deux hier, deux demain,
Deux toujours au banquet d'amour et d'harmonie!
S'il est vrai qu'ici-bas on ne puisse être heureux
Sans qu'on se soit donné le plaisir d'être deux,
Il faut bien l'avouer, dans la nature entière
L'être le plus à plaindre est le ver solitaire!"
Mac Nab qui s'exprime avec difficulté dans le quotidien et qui est entravé par un bégaiement dont il n'a jamais pu se débarrasser trouve en public une facilité d'élocution et une liberté qui l'étonnent lui-même.
Place Pigalle
Il apprécie Montmartre et aime se balader dans ses rues avant de rejoindre le Chat Noir :
" Hier soir vers cinq heures, je faisais tranquillement mon tour du Lac. Ce qu'on appelle le Lac à Montmartre, c'est le bassin de la place Pigalle; cet endroit est très fréquenté au moment de l'absinthe."
Le Chat Noir rue Laval (Victor Massé)
Quand Salis, le succès aidant, trouve un lieu plus vaste rue Laval (aujourd'hui rue Victor Massé) pour y installer son Chat Noir, Mac Nab suit le mouvement et poursuit sa carrière de poète-chansonnier, sans souci de carrière ni de fortune car contrairement au refrain de Bruant : "Je cherche fortune tout au long du Chat Noir, et au clair de la lune à Montmartre le soir.." il ne cherche pas à s'enrichir et se fait payer avec les verres qui lui sont offerts pendant toute la soirée!
C'est l'époque la plus créative de sa courte carrière. Il publie ses "Poèmes mobiles" en 1885 qu'il dédie, en termes médiévisant à son hôtesse joueuse :
"A vous très chère et très plaisante araignée qui souvente fois vintes vous esbattre en les régions perturbées de ma folle teste."
Il publie ses "Poèmes Incongrus en 1887 :
"Gloire à ceux qui rient et font rire les autres, ils sont les véritables bienfaiteurs de l'humanité (…)"
La préface a été écrite par Voltaire qui ne manque pas, venu d'outre-tombe de fréquenter le Chat Noir!
L'expulsion
"Les princes c'est pas tout : plus de curés,
Plus de gendarmes ni d'mélétaires!
Plus d'richards à lambris dorés,
Qui boit la sueur des prolétaires!
Qu'on expulse aussi Léon Say
Pour que l'mineur il s'affranchisse,
Enfin que tout le monde soye expulsé,
Il rest'ra plus qu'les anarchisses"
Un de ses plus grand succès lui est assuré par "le grand métingue du métropolitain". Il y met en scène un ouvrier îvre-mort qui est emmené au poste au cours d'une manifestation anti-métro :
"Peuple français la Bastille est détruite
Il y a z'encore des cachots pour tes fils!
Souviens-toi des géants de quarante-huite
Qu'étaient plus grands qu' ceuss' d'aujour d'aujourd'hui
Car c'est toujours l'pauvre ouverrier qui trinque
Même qu'on le fourre au violon pour un rien!
C'était tout de même un bien chouette métingue
Que le métingue du métropolitain!"
Le Chat Noir, extérieur et intérieur.
Evidemment la "présence" physique nous manque qui permet de comprendre le succès du chansonnier. Il gardait un air sinistre en disant des absurdités ou en assénant des images macabres. Sa voix était étrange, à la fois rauque et zézéyante.
Parmi ses textes les plus connus figure "les fœtus" où il donne la parole à ces créatures qui flottent dans des bocaux de formol :
Illustration Henry Gerbault
"(…) Mais que leur bouche ait un rictus,
Que leurs bras soient droits ou tordus,
Comme ils sont mignons ces fœtus!"
...
"Et vous seuls, vous savez, peut-être,
Si c'est le suprême bien-être
Que d'être mort avant de naître!"
De sa vie amoureuse on ne sait pas grand chose sinon qu'il resta célibataire. Un de ses plus étranges poèmes parle des femmes d'une manière qui nous ferait croire qu'il n'aimait pas trop s'y frotter. La ballade des derrières froids nous en donne une idée :
"(…) Aussi quand la luxure ardente, irraisonnée,
Dans les chauds soirs d'automne ou dans la matinée,
Invisible serpent me poursuit et me mord,
Je redoute à l'égal d'une arme empoisonnée
La froideur du derrière, image de la mort."
Un de ses poèmes parle aussi de la tuberculose. C'est la maladie qui s'acharne sur lui et le torture.
Il continue néanmoins d'assurer ses passages au Chat Noir, fiévreux et grelottant...
Il joue les spécialistes en médecine et écrit une "thèse" qu'il présente devant le jury hilare de l'Université de Montmartre. Le sujet en est "le mal de cheveux et la gueule de bois"!
Mais on a beau se moquer de la mort qui guette, on ne joue pas à armes égales. Mac Nab part en 1888 pour Cannes où il est employé des postes à mi-temps. Le climat qu'il espérait bénéfique ne l'est en rien et c'est à Paris, à l'hôpital Lariboisière qu'il passe les derniers mois de sa vie.
Il meurt le matin de Noël 1889...
Son ami Charles Cros imagine la mort dans son poème "le testament" avec des mots qu'on aimerait être ceux de Mac Nab :
Pendant les mois de la biennale, les rencontres les plus surprenantes se font le plus souvent non pas à l'intérieur des murs mais dans la ville même, au hasard des rues et des canaux.
Ainsi dans la petite chapelle de l'ancien hospice Orseolo, la chiesa di San Gallo, non loin de la place Saint-Marc, pouvons-nous rencontrer comme dans une gare d'étranges voyageurs...
Ils sont en mouvement ou ils attendent un train, un ami...
Leurs corps est en partance, déjà ailleurs, déjà dans d'autres histoires, d'autres rencontres.
Leur visage est touché par la lumière dorée tandis que leur corps s'allège, laisse place à l'air, au ciel, à la transparence.
Le passe muraille de Marcel Aymé traversait les murs, eux ils traversent l'atmosphère et, perdant une partie d'eux-mêmes, ils accueillent le regard de l'autre qui les recompose… Ils ont besoin pour se reconstituer de cette complicité.
Ils sont eux-mêmes et ils sont vous. Vous êtes vous mêmes et vous êtes lui ou elle.
Ils sont aussi la menace de disparition, de désintégration. Comment ne pas penser aux bombes qui font des carnages dans les gares? La haine qui désintègre les corps ?
C'est la sourde inquiétude qu'évoquent aussi en nous ces corps incomplets.
Ils sont l'œuvre de Bruno Catalano, sculpteur français né en 1960, qui travaille à Marseille et avait lâché ses voyageurs en bord de mer en 2013 quand Marseille fut capitale européenne de la culture.
Son Van Gogh avait alors impressionné les passants. Quel portrait plus juste peut-on imaginer de ce peintre tourmenté qui avait tant de mal à rester corps et âme à la même place et qui jetait ses forces dans ses toiles, comme si une partie de lui même migrait et laissait le paysage, champs, ciel, cyprès apparaître à travers lui.
Dans la même exposition, d'autres voyageurs regroupés ne présentent pas la même "transparence".
Ils sont en argile. Leur fragilité est là, dans cette matière vulnérable. Comme on dit que l'homme fut pétri avec un peu de terre… et comme on dit qu'il retournera à la terre.
Ces voyageurs dans cette chapelle où les bagages sont entassés au pied des autels, s'ils faisaient quelques pas laisseraient apparaître dans le vide qui les compose la lagune, les monuments, les couleurs de Venise… Ils seraient Venise tout en restant des voyageurs c'est à dire des passants éphémères et menacés.
Arsenal nord d'autres statues font écho à ces voyageurs. Ce sont les visages qui semblent sortis des mers d'Igor Mitoraj…
et l'on pense aux sculptures sauvées de l'oubli par les archéologues, celles qui nous arrivent après des siècles de sommeil et dont notre, imagination doit recréer les membres disparus.
On se rappelle l'évènement que représenta à la biennale de 2017 les deux mains jaillies du canal pour soutenir un palais vénitien et le garder de l'écroulement promis (la ville s'enfonce un peu plus chaque année).
Métaphore impressionnante de la lente destruction de la ville glorieuse et fragile, victime de l'appât du gain qui la livre aux croisiéristes, aux monstrueux navires qui la traversent en polluant, en envoyant contre les fondations des ondes de mort tandis qu'alignés avec caméras et smartphones, les touristes participent conscients ou non à ce viol.
L'œuvre était de Lorenzo Quinn (ancien acteur et fils d'Anthony Quinn) qui cette année, alors que tous les signaux sont au rouge, a préféré nous délivrer un message d'espoir.
Le vaporetto poussif qui nous conduit de l'aéroport au centre de Venise passe au large de l'Arsenal.. et nous permet d'apercevoir sur un bassin entre les murs de briques des mains se rejoignant au-dessus de l'eau. Une "vision" assez forte et onirique pour nous donner l'envie le lendemain d'y aller voir de plus près...
Avant de traverser le canal avec la navette...
Après avoir traversé la biennale nous arrivons, arsenal nord, à un endroit où une navette nous permet de franchir le canal...
… et d'arriver devant les "ponts" de Lorenzo Quinn. "Building Bridges". "Construire des Ponts"...
Ces bras et ces mains sont blancs comme le marbre de Venise, comme les statues. Nulle indication de race ou de sexe, elles sont les mains de l'humanité qui vit sur une seule et même planète.
Chaque "pont" s'élève à une hauteur de 15 mètres sur une largeur de 20 mètres. Les mains se rejoignent au-dessus de l'eau, d'un quai à l'autre… on aimerait dire d'un pays à l'autre, d'un continent à l'autre, au-dessus des murs et des frontières.
L'amitié
Le premier pont est celui de l'amitié. Paume contre paume, il s'agit d'une adhésion de l'un à l'autre, sans brutalité mais avec un grand respect, une grande sensibilité.
La foi
Le deuxième pont est celui de la foi. Non pas la foi aveugle dans une divinité monothéiste mais la confiance totale de l'enfant qui se laisse guider par ses parents. Une main plus petite saisit un doigt de la main plus grande comme font les tout petits quand pour marcher ils on besoin de se tenir à l'autre pour ne pas tomber.
Le troisième pont symbolise l'aide. Appeler au secours et trouver une main pour vous sauver… Le pont prend un sens particulier dans cette Italie où tant de migrants ont tenté de venir au risque de leur vie et où les mains secourables les ont parfois sauvés.
Le quatrième pont c'est l'amour. Les doigts s'entrecroisent pour former un lien solide. Ils évoquent les corps qui s'unissent, le miracle de ne faire plus qu'un.
Le cinquième pont c'est l'espoir. Les doigts s'entrelacent et forment comme "la cathédrale" de Rodin une voûte qui s'élève dans le ciel. Une fois encore il ne s'agit pas de "l'espérance" en un au-delà idéal, mais de "l'espoir" en un ici-bas meilleur et plus juste.
Le dernier pont est celui de la sagesse. Une main de vieille femme (la belle-mère du sculpteur a servi de modèle) et une main plus jeune symbolisent la transmission de la connaissance et de la tolérance. La connexion se fait "du bout des doigts" c'est à dire en douceur.
On se prend à rêver devant ces ponts, dans la ville qui en compte tant, d'un avenir d'échanges et de paix :
Un jour viendra, couleur d'orange
Un jour d'épaules nues
Où les gens s'aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche!
Allez savoir pourquoi cet endroit de la Butte porte le nom de Turlure?
Ce qui est avéré c'est qu'au XVIIIème siècle y fut construit le treizième et dernier moulin montmartrois, à proximité du moulin de la Lancette qui serait aujourd'hui à l'emplacement des bâtiments annexes du Sacré-Coeur et du moulin Paradis qui serait en léger contrebas.
Moulin de la Lancette
Emplacement du moulin de la Lancette
Le meunier Pierre Debray et sa femme Catherine Blanchard achetèrent ce terrain en 1769 pour y édifier un moulin qui prit le nom de son lieu de naissance.
Tombe des meuniers Debray au cimetière paroissial du Calvaire.
Ce nom désignait au Moyen-Âge une tirelire. Il était également porté par une sorte de cornemuse ("Ture" étant un instrument de musique et "Loure" une grande musette).
Nous passerons sous silence ou presque "la turlute" québécoise qui est une façon de chanter par onomatopées sur un air de violon et "la turlute" française qui est comme chacun sait une fantaisie dont la haute tenue morale de mon blog m'interdit de dire plus!
Parc de la Turelure.
Pourtant...vous connaissez les Montmartrois! Ils ont souvent la langue qui fourche et il leur arrive de parler du "parc de la turlute" avant de se reprendre, l'air penaud : Euh ! Pardon! De la Turlure!
Ce moulin de la Turlure ne fut pas une tirelire pour les Debray car après une soixantaine d'années il fut vendu par la veuve Debray et disparut corps et ailes comme avait disparu quelques années plus tôt, en 1817, le moulin Paradis englouti par les carrières de plâtre.
Tel fut le sort de nombreux moulins, fragilisés par les carrières quand ils n'étaient pas avalés par elles.
Le moulin de la Lancette connut le même sort et fut détruit avant de risquer d'être aspiré comme Jonas par la baleine mais sans espoir de résurrection!
Toujours est-il que le seul des trois disparus dont on se rappelle le nom c'est notre moulin !
Le parc actuel étant toujours appelé "parc de la Turlure" par les Montmartrois malgré sa métamorphose en 1988 en "square Marcel Bleustein- Blanchet".
Malgré ce que prétend le panneau informatif, le moulin ne fut pas élevé "sur les terrains appartenant aux sœurs du Cénacle" pour la bonne raison que les susnommées ne s'installèrent en ces lieux qu'à la fin du XIXème siècle.
Le Cénacle, rue Lamarck
Elles en restèrent propriétaires jusqu'à ce la mairie les incite à en vendre une partie, aussitôt transformée en logements sociaux et en résidence pour personnes âgées.
La grotte du parc.
De leur sainte occupation ne subsiste qu'une grotte, ancienne réplique miniature de celle de Lourdes. Les statues sulpiciennes en ont été enlevées et l'accès a été protégé par des grilles qui en interdisent l'accès aux enfants pour lesquels une aire de jeux a été installée.
Le parc s'étend côté sud rue du Chevalier de la Barre :
Entrée rue du Chevalier de La Barre
L'entrée principale est ornée d'un éphémère pochoir de Louise Michel. La Vierge Rouge est pour toujours présente, à proximité des fameux canons et non loin de l'école qu'elle dirigea.
Rue de la Bonne
Le côté ouest du parc longe la rue de la Bonne dont le nom rappelle la fontaine de la bonne eau située dans sa partie basse.
Côté nord vers la rue Lamarck.
Le côté nord donne sur l'escalier de la rue de la Bonne et la résidence pour personnes âgées.
Faisons un petit tour dans le parc apprécié des enfants et des amoureux…
Plusieurs espaces sont bien délimités :
La partie haute est "le grand salon" qui jouxte l'allée sous les tonnelles de glycines.
Le jardin a été conçu par l'architecte Antoine Grumbach, celui-là même qui a restructuré le centre de Shangaï! Il a sur, sur un terrain relativement réduit, donner l'impression de variété et d'espace.
...L'allée verte qui relie le "grand salon" au "salon vert".
"Le salon vert" abrite un amphithéâtre trop peu utilisé.
Il y avait jadis en fond de scène un mur d'eau qui est malheureusement tari aujourd'hui et qui n'est plus qu'un mur...
La partie basse est occupée par l'aire de jeux...
Par une pente quasi sauvage...
Et par le boulodrome sur lequel donnent les fenêtres de la résidence pour les seniors...
Marcel Bleustein-Blanchet
Pourquoi la Turlure a t-elle reçu le nom de Bleustein-Blanchet?
C'est que l'homme est lié à Montmartre où il a passé son enfance. C'est aussi sur le Barbès qu'il commença à vendre des meubles avant d'être attiré par la publicité (la réclame!)
Edouard Vaillant
Notons que sa femme est la petite fille d'Edouard Vaillant, élu de la Commune dont on sait à quel point elle est liée à l'histoire de Montmartre.
Pas étonnant de retrouver le jeune Marcel dans la Résistance, en première ligne pendant l'occupation (pendant laquelle il prend le nom de Blanchet).
Rue du Chevalier de La Barre. A gauche la crèche Marcel Bleustein-Blanchet
… Une crèche porte son nom rue du Chevalier de la Barre à 200 mètres du square. Elle doit son existence, pour l'essentiel à une donation considérable qu'il lui a faite.
On s'amusa en remarquant que ses initiales étaient prémonitoires M.B.B. "Aime bébés"!
Et voilà comment nous sommes passés de la Turlure à la tututte!
Retenons encore que sur ce haut-lieu de Montmartre où l'on fusilla sans procès pendant la Commune, le parc porte le nom d'un homme dont la fille Elisabeth Badinter soutint sans relâche son mari qui obtint grâce à son courage et sa volonté l'abolition de la peine de mort.
Depuis des années on annonce que leur fin est proche...
Les monstres d'acier qui font trembler les fondations fragiles de Venise seraient bientôt interdits...
Voilà combien de temps que l'on entend cette promesse?
Promis juré, en 2016, ils ne passeront plus devant la place Saint-Marc...
Ils n'emprunteront plus le canal de la Giudecca ...
Nous sommes en été 2019, et ils sont toujours là!
Parce que les "Costa" et autres compagnies vendent le passage au cœur de Venise aux touristes qui, massés sur les ponts dominent les toits et les campaniles qu'ils mitraillent à qui mieux mieux...
Savent-ils que les vibrations du monstre qui les porte cognent contre les pieux de bois sur lesquels la ville a été bâtie?
Imaginent-ils les dégâts causés par leur palace en ferraille?
Si les amateurs de croisière concentrationnaire refusaient un tel passage, ce serait le début de la sagesse!
Si les promoteurs de vacances de masse respectaient un patrimoine qui appartient à tous et non à quelques actionnaires et à quelques sociétés dont les comptes sont à l'abri aux îles Caïman, ce serait le début de l'intelligence...
Mais ne rêvons pas!
Si le scandale dure depuis si longtemps c'est que l'argent fait la loi, comme partout, et que les trésors menacés de Venise ne font pas le poids!
La ville elle-même a longtemps profité de la manne déversée par les Armadas polluantes...
Léo Ferré qui vécut près de Florence, l'a dit mieux que quiconque quand il a parlé du capital qui jouait aux dés notre royaume.
On se révolte devant les barbares qui font sauter les bouddhas de Bamyan, qui détruisent les villes antiques de Mésopotamie, mémoire de notre humanité...
D'autres barbares, pour le profit, fragilisent sans scrupules Venise...
Guidés par le fanatisme ou le goût du profit, les barbares menacent ce qu'il y a de plus précieux sur notre terre : la beauté, la poésie, l'héritage que depuis des millénaires l'homme offre à ses enfants pour les aider à vivre et à s'émerveiller...
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Comme chaque année, tradition montmartroise, les enfants des écoles du XVIIIème arrondissement ont pris possession des escaliers de la Butte.
Le 22 mai ils sont venus avec leurs profs, leurs boîtes de craie, leurs sourires, pour dessiner sur les contremarches les formes et les figures préparées en classe, comme ce Sacré-Coeur zébré de bleu et de blanc...
Rue Foyatier
Rue Foyatier
Le marsupilami a toute la place pour déployer sa queue!
Et rue Barsacq, une baleine qui a échappé aux harponneurs japonais remonte le courant...
Rue Chappe, peut-être en connivence avec le fameux sémaphore inventé par le susdit, un phare se hisse vers le sommet de la Butte...
Tandis que tout un monde un peu foutraque de fantômes et de créatures étranges tente de mordre aux mollets les passants...
Rue du Mont-Cenis
La rue du Mont-Cenis moins inventive que l'année dernière dans sa partie haute pose des oiseaux nocturnes, yeux grand-ouverts...
… Et les ballons de couleur permettent à la ville de s'envoler en plein ciel...
Le bas de la rue fait tourner les ailes du Moulin Rouge...
Rue Chevalier de La Barre
La rue du Chevalier de la Barre invite une créature plantureuse, une sirène émancipée dont les rondeurs opulentes font concurrence au dôme de la basilique!
Rue Chevalier de La Barre
Rue Utrillo
Le soleil joue avec la tour colorée de la rue Utrillo dont on ne sait ce quelle veut représenter. Peu importe! Ce qui compte ce sont les couleurs arc en ciel, la fantaisie qui transforment les marches en tapisserie volante!
Rue Paul Albert
La rue Paul Albert fait éclore une grande fleur qui s'épanouira aussi longtemps que la pluie ne ruissellera sur les marches pour emporter les dessins de craie vers les caniveaux où ils disparaîtront avec les rires et la joie des enfants qui, un bel après-midi de mai, les ont tracés sans penser au lendemain!
C'est la période de l'année où l'île est la plus belle avec ses floraisons, ses ciels où les nuages voyagent, ses plages libres….
Grand-Village
Grand-Village
Saint-Trojan Grande Plage
Déjà des amoureux de la mer se risquent dans les vagues…
Saint-Trojan Grande Plage
Plage de Grand-Village
La Perroche
La Perroche
La Perroche
Grand-Village
Vert-Bois
Mais le vent du nord-ouest est aux aguets, avec les pluies et la froidure...
Saint-Trojan
Saint-Trojan
Grand-Village
Vert-Bois
La Perroche
Peu importe!
Les changements de lumière, les brusque éclats de soleil, les tombées de grisaille, le frémissement du vent sur le sable… l'île vit intensément chaque moment, sans souci du lendemain...
Le Château
Les Saumonards Boyardville
Les Saumonards
Les Saumonards
Pointe de Maumusson
Gatseau
Tantôt grise, tantôt bleue, toujours en voyage malgré le pont qui la retient comme une chaîne...
Marais d'Ors
La Cotinière
Plage de la Giraudière
Les Allassins.
Grand-Village
Gatseau
Je l'aime simplement
Humble et fière, familière et sauvage
Avec mon enfance de dunes et d'oyats, de jeux et de peurs…
Avec la maison de mon père comme un feu dans la cheminée..
Avec mes deux chats recueillis dans le refuge du bastion…
Avec ma femme qui est méditerranéenne mais qui accepte par amour de vivre avec moi près du Vieil Océan