Ier septembre. Dernier jour de surveillance de la plage. Derniers vacanciers dans les vagues!
2 septembre. La plage est aux aînés!
3 septembre. Retour des bécasseaux!
4 septembre. Le goéland… "C'est l'âme d'un matelot qui plane au-dessus des flots".
5 septembre. Surf matinal.
Souvent ce mois est somptueux, estival sans excès. Les vacanciers sont rentrés chez eux. Arrivent alors, avec leur mobil-home, les retraités aux cheveux d'argent, couleur d'écume.
5 septembre. La famille en balade.
6 septembre. L'épave du Presidente Viera. St-Trojan.
7 septembre. Allons à la pêche aux tellines (ici les louisettes).
8 septembre. Châteaux Chapeaux.
9 septembre. Les surfeurs délivrés des "baignassoutes"... (les baigneurs en langage local un tantinet méprisant!)
10 septembre. Le retour du guerrier.
Et puis, après deux semaines ou parfois trois, ils s'en vont à leur tour. L'île appartient aux rêveurs, aux surfeurs, aux promeneurs avec leur chien. Elle redevient sauvage avec ses grandes marées qui dévorent les plages, avec le vent d'ouest qui se fait plus mordant et qui disperse les goélands.
11 septembre. Le repos du surfeur.
12 septembre. Un penchant pour la lecture.
13 septembre. Jouer avec le globe terrestre!
14 septembre. Surfeurs avec l'été revenu!
15 septembre. Le repos de la guerrière.
16 septembre. Le chien et Superman. Plage de St-Trojan
17 septembre. Mon amie la mouette rieuse
18 septembre. Médusées par la méduse.
19 septembre. L'homme meilleur ami du chien.
20 septembre. Chacun sa trajectoire.
21 septembre. Comme un papillon.
22 septembre. Goéland du soir.
C'est le 22 septembre que la décision a été prise d'euthanasier notre petite chatte recueillie il y a 6 ans au refuge de la ville voisine. Le vétérinaire nous attend le 24 à 10h30.
23 septembre. La mère des goélands. La Cotinière.
24 septembre. Aujourd'hui mort de notre Bella. 6 années de tendresse et des larmes.
L'été s'est arrêté pour nous ce jour-là. Dans quelques jours nous rentrerons à Paris sans elle. Avec Plume recueillie le même jour et qui la cherche partout où elle allait, partout où elle dormait, partout où elle se cachait.
25 septembre. L'automne est bien là.
26 septembre. Le rhinocéros.
27 septembre. Le pêcheur et la mer.
28 septembre. Le sauteur de dunes
29 septembre. La marée montante.
30 septembre. L'inquiétude.
"Aimer c'est être inquiet"
Dernière photo de notre île où nous laissons de beaux jours, des moments de tendresse et notre petite compagne.
Dans l'église Notre Dame de la Mer qui domine le port et les chalutiers de La Cotinière, une chapelle est consacrée aux gens de mer.
Les couleurs égaient l'église sombre un peu écrasée par une charpente, remarquable certes, mais lourde.
Les vitraux sont dus au maître verrier Jean Lesquibe (1910-1995) qui a créé des murs de lumière dans plus de 75 églises, chapelles ou oratoires en France et à l'étranger.
Un premier vitrail rappelle la prière bretonne : "Protège-moi mon Seigneur. Ma barque est si petite et ta mer est si grande"
Le deuxième commémore en 1966 le centenaire de la création d'une station de sauvetage (une des premières de France) à La Cotinière.
… ll rend hommage aux Péris en mer et à ceux qui tentent au péril de leur vie de les sauver.
Sur les murs des croix sont alignées. C'est la seule église de l'île où le nom des morts sont inscrits sur des croix et non sur des plaques de cuivre.
Il y aurait là l'influence des marins bretons venus à La Cotinière au XIXème siècle pour apprendre aux pêcheurs oléronnais l'art de piéger les sardines. Dans les îles de Sein et d'Ouessant ces croix qui sont courantes portent le nom de proellas.
Deux maquettes de bateaux naviguent immobiles au-dessus des croix. La première maquette est celle de la Muiron.
Elle a été offerte par un marin pêcheur de La Cotinière, Etienne Tétaud. Il a voulu par cette offrande, remercier le Ciel de l'avoir protégé pendant les tempêtes et les épreuves.
La Muiron au Musée de la Marine
La Muiron est une frégate capturée par Bonaparte pendant la Campagne d'Egypte. Une maquette en a été faite sur demande de l'Empereur pour commémorer l'acte héroïque du colonel Muiron qui lui avait sauvé la vie. Sur le pont d'Arcole il s'était jeté devant lui pour le protéger et recevoir en pleine poitrine la balle qui lui était destinée.
La maquette est exposée au musée de la Marine et c'est elle que copia le marin pêcheur de La Cotinière...
La 2ème maquette est celle du Père Emile. Son origine est mystérieuse, son donateur n'a pas voulu qu'on le connaisse quand il a offert l'ex voto au curé de la paroisse qui s'appelait Emile.
Une croix plus grande porte le nom des dix victimes du naufrage de l'Essor lors de la Fête de la Mer, le 11 août 1996.
Comme chaque année, en mémoire des péris en mer et des disparus, une grande fête avait lieu à La Cotinière. Le port et les bateaux étaient pavoisés, l'ambiance était au sourire… Le patron de l'Essor avait embarqué sa famille et des passagers sans doute trop nombreux (son navire n'avait droit selon le certificat de l'Inspection maritime qu'à une vingtaine de personnes.)
Quand le curé jeta la gerbe de fleurs à la mer après l'avoir bénie, tout le monde se précipita du même côté, une vague prit le bateau par l'arrière et précipita le naufrage.
Loïc Riou patron du bateau perdit 7 membres de sa famille.
En quittant l'église j'ai rencontré sur le port celle que j'appelle "la mère des goélands".
Malgré les interdictions et les remontrances, elle est chaque jour sur le quai où elle nourrit les goélands voraces qui l'entourent...
J'ai pensé, alors que je venais de lire les noms des péris et des disparus en mer dans l'église, à la chanson écrite par Lucien Boyer pour Damia :
C'est un mémorial, un hommage à une petite compagne de 6 ans de vie qu'il a fallu euthanasier le 24 septembre 2019.
août 2019
Juillet 2019
Nous l'avons recueillie il y a juste 6 ans au refuge des Pachats du Bastion au Château d'Oléron. Elle était à part, dans la petite infirmerie de 4 m2. Elle ne supportait pas d'être avec de trop nombreux chats dans les grands enclos où elle se mettait à l'écart et s'enfermait en elle-même.
juillet 2019
juillet 2019
Alors Cosette créatrice du refuge où elle prend soin de plus d'une centaine de chats abandonnés ou maltraités, l'a mise dans un local où elle voyait les autres par les baies vitrées mais où elle avait son petit royaume préservé, bien à elle. Quand je l'ai rencontrée, elle y était depuis 3 ans.
mai 2019
mars 2019
Elle avait été ramassée dans un terrain vague, ensanglantée, à demi mourante. A force de soins et de tendresse, elle avait repris goût à la vie au point de devenir grassouillette et câline. Quel âge avait-elle? Les chats ont la grâce de ne pas vieillir et ils sont sveltes et beaux pendant longtemps. Cosette lui a donné pour date de naissance le jour de son recueil alors qu'elle avait sans doute déjà plus de 7 ans.
janvier 2019
decembre 2018
Nicole au début hésitait à la prendre. Mais Bella sans savoir ce qui se jouait se frotta contre elle, mit sa tête dans sa main et ronronna. La partie était gagnée!
Oct 2016
Nous l'avons prise avec une petite chatte aux yeux étonnés qui venait d'être recueillie dans le refuge. C'était Plume qui allait devenir la compagne inséparable de Bella.
février 2017
février 2017
Inséparables… au point que presque toutes les photos les montrent l'une près de l'autre, l'une contre l'autre, l'une sur l'autre… Partout où se couchait Bella, Plume venait et trouvait sa place, en partie dans la fourrure de l'autre!
avril 2017
Juin 2017
6 ans de compagnonnage! Plus que du compagnonnage! Bella était devenue la mère de Plume qui allait où elle allait, mangeait ce qu'elle mangeait, dormait où elle dormait...
Juillet 2017
Juillet 2017
Alors… notre vie avec elles se tissa, trames et fils entrecroisés. Tous ceux qui aiment les animaux savent les comprendre, savent voir la variété, la drôlerie, la finesse de leurs comportements. Nous avons connu ce petit personnage avec ses façons bien à lui de dire "je vous aime".
Juillet 2017
août 2017
Elle se mettait entre l'écran de l'ordinateur et moi. Après avoir patienté quelques minutes, elle se retournait, me regardait de ses grands yeux ronds. Elle attendait. Il fallait que je comprenne que la minute présente était précieuse, plus que mes élucubrations sur fichiers. Je l'ai compris mais pas assez. Jamais assez quand on pense qu'il est trop tard.
sept 2017
oct 2017
Ce qui caractérisait Bella c'était sa confiance totale dans le genre humain. Elle venait sur les genoux de tout visiteur, bien ou mal disposé. Elle avait décidé que nous étions tous de gentils humains. Elle s'est trompée parfois, elle a même reçu un coup de pied… (il faut dire que c'était un pied de grand manitou de la Boucherie!)
Nov 2017
février 2018
Il y a un an et demi la vétérinaire a détecté un souffle au cœur et des problèmes de thyroïde. Bella a avalé chaque jour ses deux cachets en protestant à peine… les parents de chats savent à quel point il est difficile d'imposer cette prise aux petites panthères!
février 2018
mars 2018
Ces dernières vacances dans l'île où elle est née, elle a dépéri. Elle qui ne sortait jamais de son jardin, elle a commencé à se réfugier dans des ruelles, dans d'autres jardins déserts pour se cacher. Un animal qui sent la mort venir recherche paraît-il un endroit isolé et sûr où partir en silence, sans être dérangé et sans gêner personne.
juin 2018
juillet 2018
Mais elle revenait le soir, elle gardait ses habitudes. Elle sautait encore sur mes genoux et je caressais son pauvre corps en sentant sous mes doigts la saillie de chaque vertèbre.
août 2018
août 2018
Elle a commencé à souffrir et à nous adresser de faibles appels au secours. La dernière nuit elle est restée dans la douche et le matin elle a eu la force de venir à nous et de nous regarder encore. La toute dernière photo, avant le départ pour aller chez le vétérinaire, j'ai hésité à la publier. Et puis oui, je la mets sur cet hommage. Ce n'est plus elle et c'est encore elle.
oct 2018
sept 2019
Chez le vétérinaire, elle s'est laissée faire, comme toujours, confiante. Mes mains ne l'ont pas quittée. Elle m'a entendu jusqu'au dernier éclair de conscience dire son nom. Elle a gardé les yeux ouverts, ses grands yeux ronds...
Son cœur a cessé de battre.
Elle est partie comme elle a vécu, modeste et présente, soucieuse de ne pas poser de problème. Le problème bien involontaire qu'elle nous laisse c'est de nous débrouiller sans nos habitudes de tendresse, sans le réveil du matin au son de ses miaulements et sans son corps lové contre nous deux, entre nous deux, dans le lit.
Elle est enterrée dans son jardin sous les pierres ramassées sur la plage. Seules les roses trémières fleurissent encore sur sa tombe.
Plume la recherche, tourne en rond, inspecte la douche. Plume réclame le double de caresses.
Elle reçoit le double de caresses.
La moitié est pour Bella qui a terminé son petit passage sur notre terre et qui continue son histoire dans notre cœur.
Les cabanes ostréicoles du port du Château d'Oléron sont devenues un atout touristique. Repeintes, retapées, elles ont pour la plupart oublié leur vocation huîtrière...
Des artistes de toute sorte les occupent et proposent aux touristes leurs créations. Un pont très fréquenté passe au milieu de ce quartier multicolore et vivant en été.
Ce pont s'appelait "le pont vert" jusqu'au jour où un collectif d'artisans et d'artistes a eu l'idée de lui donner un pouvoir magique, celui de réaliser les rêves de ceux qui passant par là, y accrocheraient une coquille d'huître sur laquelle ils auraient écrit leurs désirs.
Il devint alors alors "le pont des rêves".
Le collectif FOHF (Fournisseur Officiel d'Huîtres à Ficelle) mit à disposition des visiteurs des coquilles lavées, trouées, avec des bouts de ficelle prêts à être noués sur les grilles du pont.
Le Montmartrois que je suis regrette que les commerçants de la Butte n'aient pas eu l'idée de proposer une alternative aux sinistres cadenas accrochés devant le Sacré-Coeur.
Toutes les idées sont bienvenues! Palettes de peintre miniatures, jarretières du Moulin rouge....
Et pourtant… Une huître me contredit avec humour...
On trouve, écrits à l'encre végétale des voeux et des rêves dont la plupart du temps la banalité nous lasse. Mais quoi de plus sincère et de plus évident que de demander l'amour et la santé pour soi et pour ceux qu nous sont chers...
J'ai photographié quelques unes de ces coquilles. Sans doute n'ai-je pas vu les plus étonnantes, les plus rêveuses. Il y en a plus de mille!
Certaines inscriptions sont illisibles, délavées… D'autres ont complétement disparu…
C'est selon les initiateurs du site, leur destinée positive. En effet, les mots emportés par les embruns tombent dans le chenal et sont emportés à la mer.. C'est là dans l'écume et la houle qu'ils se réalisent…
Alors je souhaite à mon tour que l'enfant qui rêvait d'avoir un chien ait rencontré son compagnon à quatre pattes, que celui qui voulait un cheval galope dans ses rêves réalisés...
Un souhait direct et matériel !
Mes deux préférés, je les garde pour la fin! Le premier plein d'humour rêve que Léonardo DiCaprio survive au naufrage du Titanic
Le dernier est le plus beau…
Espérons qu'il se réalisera pour le poète qui l'a écrit.
A défaut il aura toujours pour enchanter ses balades les couleurs des cabanes du port, le ciel et les nuages, les merveilleux nuages...
Les ex voto de la cathédrale de la Rochelle sont regroupés dans une chapelle latérale, la chapelle des marins, protégés par une lourde grille depuis que l'un d'entre eux a été volé. Il est donc difficile de les regarder face à face!
Un vitrail les éclaire… Il représente un navire voiles déployées, surmonté d'un médaillon rappelant l'épisode évangélique du Christ apaisant la tempête.
La prière des disciples effrayés est écrite sous le médaillon : "Salva nos perimus" (Sauvez-nous, nous allons mourir).
On ne peut voir correctement que les tableaux qui sont face à nous sous ce vitrail. Ils sont au nombre de 5.
La Fée
Le 1er en partant de la droite représente la navire "La Fée" commandé par Mr Thomas Bertrand. 1748.
Le bâtiment est en mauvaise posture; il enfourne dans une mer démontée. Un homme s'adresse à la Vierge, son dernier recours, tandis qu'un autre s'active.
Le 2ème est exceptionnel dans cette chapelle consacrée aux gens de mer. Rappelons que beaucoup de ces ex votos ont été offerts par des marins qui ont échappé aux tempêtes et représentent donc leur navire. Ici, pas de mer démontée mais un puits d'où sort une jeune fille qui a échappé à la mort.
"Une Demoiselle Etant Tombée Dans un Puis en Est Sortie miraclusement Sans Le Secours de Personne Mais Par l'intersession De La Ste Vierge. 1741."
Si l'orthographe n'est pas toujours correcte, la profusion des majuscules est à la hauteur du miracle et de l'Immense Reconnaissance dont veut témoigner la famille de la jeune rescapée.
Le Stella Maris
Vient ensuite le "Stella Maris"... Le navire est démâté et il est chahuté par la tempête. Certains hommes sont à la mer et attendent d'être secourus tandis que d'autres sur le pont s'activent avec des haches pour séparer les mâts du bâtiment. Un autre homme sur la droite implore le ciel.
Le Bel Amy
Le "Bel Amy" commandé par M. Rullier 1749. Les voiles hautes sont affalées et sur le pont, une fois de plus les hommes n'ont plus de recours que de se tourner vers la miséricorde divine. En général ils s'adressent à la Vierge que l'on voit sur la grande majorité des ex votos, avec, le plus souvent son fils dans les bras.
Le dernier tableau sur ce mur représente une barque de Trouville qui navigue paisiblement.
Il date de 1866 et ne présente pas beaucoup d'intérêt. On peut lire au-dessus du dessin : Alexandre, patron Hailey.
Sur le mur latéral droit, "La Fortune" 1729.
Le navire file par bon vent sur une mer calme. Un des marins est sur le pont, peut-être pressent-il ou redoute t-il un danger imminent ou bien plus simplement fait-il sa prière, en chrétien consciencieux, pour que le voyage se poursuive sans encombres.
Le Saphir
"Le Saphir", capitaine H.D. Rossal. 1741.
Après 4 mois et demi de traversée, le navire se trouve pris dans un calme plat. On voit ici un des navires négriers qui fit la fortune de son propriétaire. Ce "commerce" qui paraissait "normal" en son temps jette une ombre sur la fortune de La Rochelle qui a participé à ce crime contre l'humanité.
Ici, ce n'est pas la Vierge qui est implorée mais le Christ . Comble d'humour "noir", certains esclaves supplient en même temps que les marins un dieu que pour la plupart ils ignorent, d'autres sont tournés vers le capitaine et attendent de lui un salut temporaire.
La Louise de Canada.
"La Louise de Canada", commandée par Mr de Bonaventure. Ce navire spécialisé dans le transport des fourrures en provenance du Canada est menacé par la tempête. Il en est sorti indemne avec sa cargaison de peaux. Les animaux du Canada ont eu moins de chance que lui.
L'Orphée
"L'Orphée" commandé par Pierre DO...T (lettres illisibles) est pris dans la tempête. Dans les mâts, au péril de leur vie, les marins replient les voiles.
Une grande toile, au-milieu du mur représente la Vierge et son fils au-dessus de La Rochelle. Elle ne possède pas le même caractère naïf des ex-voto qui l'entourent. Les photos prises à travers les grilles déforment un peu la toile qui est assez conventionnelle.
La Vierge entourée d'angelots veille sur la ville de La Rochelle. Ici la métaphore du refuge, le Port de Salut, convient à La Vierge dont c'est un des noms comme à la ville qui accueille les navires menacés entre ses tours.
Le Bon Pèreon
Sous la grande toile du Port de Salut, se trouvent quatre ex-voto:
"Le Bon Père" Capitaine Knell jeune, 1799. Le navire est pris dans la tempête et les hommes supplient le Ciel, bras levés.
La facture naïve du tableau est cette fois plus expressive, plus stylisée, pour tout dire plus originale et plus proche du Douanier Rousseau.
Douanier Rousseau
Notre Dame de grase (grâce)
"Notre Dame de grase" commandée par F. (un capitaine modeste qui n'a pas voulu que son nom soit inscrit!). 1755. Une fois encore le navire est pris dans la tempête et "miraculeusement" sauvé. Son nom le prédisposait à cette protection divine!
La "Louise Ester" commandée par M. Vaullemarin, 1738. Le navire est menacé par les vagues immenses qui le malmènent.
Le tableau porte le nom de son auteur, ce qui est rare sur les ex-voto. Il s'agit d'un dénommé Frizie. ("Frizie le fit").
La Suzanne Marguerite
La "Suzanne Marguerite" a pour commandant M. Hardy en 1768. Ce tableau est un des trois avec l'"Orphée" et l'"Aimable Louise" (plus bas) à avoir été réalisé par le même peintre. Dans les trois on retrouve le sens du contraste et la grande liberté dans la manière expressive de peintre les vagues.
Dans l'église de Saint-Martin de Ré
Un tableau représentant le même navire est conservé dans l'église de Saint-Martin dans l'île de Ré. Il est exposé derrière une maquette ex-voto dont les mâts se confondent avec ceux du tableau!
Il reste encore 4 tableaux, à droite de Notre Dame du Port de Salut. Ce sont les plus difficiles à photographier.
La Gloire
"La Gloire" commandée par Mr de La Place. 1745. Le navire échappe à la tempête. On le voit ici bien assuré, comme apaisé après les épreuves.
L'Aimable Louise
Il n'en est pas de même de l'Aimable Louise, commandée par le Capitaine François en 1784. Elle est en fâcheuse posture, couchée par babord, un mât brisé. Les barriques sont emportées par les vagues et un canot de sauvetage a été mis à la mer. Les hommes ont survécu mais l'Aimable Louise a sans doute sombré. Comme pour le Père Félix, le peintre montre un talent plus original, sans souci du réalisme.( Il est l'auteur de l'Orphée et de la Suzanne Marguerite.)
Le "Marquise de Surgère"
Le "Marquise de Surgère" est un bâtiment commandé par le capitaine Beauregards, 1751. L'originalité du tableau tient en la triple représentation d'une traversée périlleuse. En-haut, le navire passe entre de terribles écueils. En-bas à gauche un homme tombe à la mer, à droite le navire affronte la tempête.
Un homme tombe à la mer
Une traversée mémorable! Pas étonnant que cette fois, les hommes aient demandé l'intervention du Christ en personne, croix à la main!
Le Saint-Pierre
Le dernier en haut, le plus difficile à photographier est le "Saint-Pierre". Le navire se démène dans la tempête. On devine dans les mats le scintillement des feux de Saint-Elme, annonciateurs d'orage. Les marins y voyaient la protection du saint.
Espérons qu'un jour il sera possible de mieux voir ces tableaux qui ne cessent de nous toucher parce qu'ils racontent des drames surmontés, des tempêtes et des périls avec une foi et une naïveté qui en font des poèmes en peinture!
Ier août. Je ne fais que passer. Grande Plage de St-Trojan.
"Je ne fais que passer"... comme ce surfeur, comme chacun de nous, passants sur la terre, conscients ou non de sa fragilité. Un mois encore, un beau mois d'été s'achève au moment où je publie ces photos comme autant de grains de sable encore imprégnés de soleil et d'écume...
2 août. Deux amis dans l'écume! Plage de Grand-Village.
3 août. Les cyclistes et leur reflet. Port des Salines. Petit-Village.
4 août. Le paradis des oiseaux. Marais de Petit-Village. Hélas une réserve de chasse où bientôt les chasseurs canarderont et abattront des espèces en voie de disparition en toute légalité...
4 août : l'arbre aux aigrettes. Marais de Petit-Village.
Le chenal de la Baudissière à marée basse. Un côté "Brel" : "avec un ciel si bas qu'un canal s'est perdu… avec un ciel si bas qu'un canal s'est pendu…"
7 août. La leçon. Surtout ne va pas sur la plage surveillée interdite aux chiens!
8 août. A la queue leu leu… Plage des Allassins.
9 août. Les nuages comme une bombe atomique sur les dunes!
10 août. Champions du monde sur plage!
11 août. ciel gris. Mer démontée. T'es sûr qu'on se baigne? (les Allassins)
12 août. Le chef d'orchestre des nuages.
13 août. Assouplissement avant la vague.
14 août. Le rameur et la dormeuse. Port des Salines.
15 août. La vague verte.
16 août. La forteresse submergée.
17 août. Allez les petits, on se met en rang!
18 août. Le jugement de Pâris!
19 septembre. Nuage-Narcisse. Port des Salines.
20 août. D'une princesse à l'autre. Place de Verdun, La Rochelle.
22 août. Fauteuil d'orchestre!
23 août. A l'heure au rendez-vous!
24 août. Les noces marines.
25 août. Morituri te salutant
26 août. "Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes sont projetés" (Gibran. Le prophète)
27 août. Jumeaux surfeurs!
28 août. La Liberté version volleyball.
29 août. La famille casquette.
30 août. Nicole infidèle à sa Méditerranée.
30 août. Créature des sables.
31 août. Fin des vacances. On se reverra l'année prochaine?
Encore une rue du bas Montmartre qui a bien des histoires à raconter et qui malgré ses modestes 274 mètres entre les rues Blanche et de Clichy aligne de remarquables immeubles.
Théodore Ballu
Elle s'appelait rue De Boulogne avant d'être baptisée en 1886 du nom de l'architecte de l'église de la Trinité et (avec un collègue) de la reconstruction de l'Hôtel de Ville incendié pendant la Commune.
Si l'on remonte un peu plus haut dans le temps, on trouve en 1760 à l'emplacement de la rue et d'une partie de celles qui l'environnent, une grande propriété qui appartenait à Jean Gaillard de la Bouëxière, opulent fermier général. Il y fit tracer un jardin ornementé de statues et de bosquets autour d'un pavillon qui se voulait inspiré du Petit Trianon.
Hôtel de La Bouexière (XVIIIème)
On parle alors de la Folie Bouexière. La propriété fut vendue en 1779 et en partie lotie d'hôtels particuliers.
Fragment de bas-reliefs de Le Jeune pour la Folie-Bouexière
L'autre partie fut louée pour accueillir un parc d'attractions, le Nouveau Tivoli, troisième du nom. Il est connu pour avoir permis à la bonne société de massacrer allègrement plusieurs centaines de milliers de pigeons, tirés pour le plaisir de ces chasseurs d'opérette. Ce "sport" nous venait d'Angleterre où il aurait dû rester!
La rue Ballu en 1902.
Ce n'est qu'en 1840 que la Folie est détruite pour permettre le percement de notre rue Ballu, alors rue de Boulogne.
Début de la rue Ballu (à partir de la rue de Blanche).
C'est rue Blanche où habitait Ballu (au 78) que commence notre rue...
Hôtel particulier de Théodore Ballu 78 rue Blanche
Le 1 rue Ballu.
Le 1 en partie à pan coupé sur la rue Blanche est occupé au rez-de-chaussée par un bar-tabac au nom très original : Le Ballu!
Le 5 rue Ballu
Mais très vite de beaux immeubles apparaissent qui témoignent de l'habitat de la grande bourgeoisie du milieu du XIXème siècle. Le 5 qui appartint à l'ingénieur Narcisse Maugin fut acquis en 1960 par la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) dont le bâtiment principal est au 11bis.
Le 7
Cet élégant hôtel fut comme son voisin du 7 construit par l'architecte J. Brevet. Le 5 est la Maison des Auteurs, lieu de rencontre et de travail des membres de la Société. Le 7 abrite une remarquable bibliothèque de plus de 200 000 documents du XVIIème à nos jours consacrés aux arts du spectacle.
(J'ai eu beau fouiner sur le net je n'ai rien trouvé d'intéressant sur Narcisse Maugin et J. Brevet!)
Le 11 bis est l'épicentre de cet ensemble harmonieux et cossu. Il s'agit de l'hôtel Blémont (1858) construit à l'origine pour le banquier Eugène Bertin dans un style composite devenu avec le temps le style Napoléon III.
Il est acheté au début du XXème siècle par Emile Blémont qui l'habite jusqu'à sa mort en 1927. Il prend alors le nom de son propriétaire.
Emile Blémont est bien oublié aujourd'hui alors qu'il fut ,en son temps un poète reconnu et apprécié. Sic transit Gloria mundi!
Proche des Parnassiens et des symbolistes il fut un ami de Victor Hugo et si l'on parle encore de lui c'est grâce à Rimbaud qui lui offrit le précieux autographe de "Voyelles" un de ses plus mystérieux poèmes.
Manuscrit de "Voyelles" offert par Rimbaud à Blémont.
Notons encore à son crédit qu'il est un des fondateurs de la Société des Poètes Français et qu'il dirigea une revue importante pour la vie littéraire : La Renaissance Littéraire et Artistique.
Verlaine peint par Bazille.
Enfin, il fut un de ceux qui reconnurent le génie de Verlaine alors qu'il était de bon ton de se moquer de ce poète. Verlaine ne l'oubliera jamais et il lui adressa un poème.
"La vindicte bourgeoise assassinait mon nom (…)
Mais vous, du premier jour vous fûtes simple, brave,
Fidèle; et dans un cœur bien fait cela se grave."
Sur le célèbre tableau de Fantin Latour "Coin de table" maintes fois reproduit pour Verlaine et Rimbaud qui y figurent, on peut voir au centre de la composition Emile Blémont.
Pour donner une idée de son talent citons quelques uns de ses vers, assez verlainiens, qui terminent son poème Brumaire dans lequel la nature agonise...
"On n'entend plus le cri de l'hirondelle!
La sève a peur sous le froid qui la mord;
Tout fait silence; et, seul, l'amour fidèle
Chante et fleurit au souffle de la mort."
La serre de l'hôtel Blémont
Le 11 bis est comme nous l'avons vu le siège de la SACD (Société des auteurs compositeurs dramatiques) qui avant de choisir en 1829 ce sigle s'appelait depuis 1777, année de sa création par Beaumarchais, Bureau de législation dramatique.
Le 6
Comme nous ne pouvions dissocier les numéros impairs du 5 au 11 bis qui font partie de la SACD, nous avons délaissé les numéros pairs. Réparons illico cet injuste traitement et traversons la rue pour tomber sur le 6, gros immeuble post art-déco qui a écrasé le petit hôtel incapable de se défendre devant l'appétit carnassier des promoteurs.
Son géniteur a signé son œuvre réalisée en 1932. Il s'agit de Jacques Bonnier (1884-1964) qui est aussi le responsable du massif immeuble du carrefour Duroc à Paris et qui conçut le pavillon de la Marine Marchande de l'expo de 1937.
Square Montsouris
Il avait plus d'imagination quand, plus jeune, il créa pour le "square Montsouris" une soixantaine de villas qui sont aujourd'hui, comme la villa Léandre de Montmartre, une enclave calme et poétique dans la grande ville.
Dans l'hôtel qui existait au 6, était installé le "Théâtre des Pantins". Le lieu était décoré par Bonnard et Vuillard (Bonnier qu'as-tu donc fait!)
Il est célèbre pour avoir représenté en 1897 avec des marionnettes, "Ubu Roi" de Jarry, donné sur scène au Nouveau Théâtre l'année précédente
Alexandre Dumas fils au cimetière Montmartre.
Au 10 bis rue Ballu s'élève un immeuble récent sans intérêt architectural. Il a pris la place de celui où a vécu Alexandre Dumas quelques années. S'il ne reste aucun souvenir de lui dans la rue, il suffit de marcher quelques centaines de mètres pour le rencontrer au cimetière Montmartre, là où il passe son éternité, les doigts de pied en éventail, non loin de son héroïne, Marie Duplessis (Alphonsine de son vrai prénom), devenue sous sa plume Marguerite Gautier, "la Dame aux camélias".
Tombe d'Alphonsine Duplessis. (Marie Duplessis)
Le 13
Le 13 est un immeuble intéressant construit en 1868 par l'architecte Jules Amoudru dont on connaît le bel hôtel du 17 cité Malesherbes.
C'est aujourd'hui le siège de la fédération des syndicats pharmaceutiques de France. On remarquera les rares cariatides engaînées de la façade.
Un imposant et hideux immeuble moderne a fait disparaître entre les 16 et 18 l'ancienne impasse Tivoli.
En 1836, au cours des terrassements qui suivirent la destruction de l'impasse, fut découverte une nécropole gallo-romaine d'une cinquantaine de squelettes. Avec les ossements furent exhumés des objets de bronze, des poteries de terre vernissée et des monnaies datant du règne de Constantin.
Le cimetière de Montmartre voisin a donc eu un antique prédécesseur!
Le 19
Le 19 est un élégant petit hôtel...
Le 23. Accès à la Villa Ballu
Avec le 23 s'ouvre la Villa Ballu, un des endroits les plus romantiques de Paris, resté indemne, on ne sait grâce à quelle bonne fée!
Détails du 23
Après le succès de l'Assommoir, Zola y vécut au 2ème puis au 1er étage, avant de déménager pour la rue de Bruxelles toute proche, où il trouva la mort en 1902, dans les conditions que l'on connaît. Il ne fut jamais prouvé malgré de fortes probabilités que le feu de cheminée à l'origine de son décès avait été criminel.
Il resta voisin de son quartier tant qu'il occupa sa tombe du cimetière Montmartre, avant de la quitter pour changer de rive et gagner le Panthéon.
Degas. Autoportrait 1857.
C'est encore au 23 que l'on trouve en 1890 Edgar Degas qui comme l'on sait fut un enfant du 9ème arrondissement où il eut plusieurs adresses jusqu'à la dernière, avenue de Clichy.
Villa Ballu
Dans l'impasse de la Villa (ancienne Cité Ballu) subsistent plusieurs belles demeures qui furent achetées par de riches propriétaires comme le marquis de Custine, le comte de Feydeau, le banquier Grenouillet. Notons que l'établissement de ce dernier deviendra la banque Hervet puis HSBC!
Le 6 Villa Ballu
Le 24
Le 24
Bel hôtel particulier au 24 qui respecte la tradition banquière de la rue puisqu'il sert de siège à la Société Financière d'Investissement!
Le 27 est un opulent immeuble construit en 1904 par les architectes H. Azière et L.Vuldy, deux compères sur lesquels je n'ai rien trouvé d'intéressant mais qui n'hésitaient pas à signer leurs réalisations, ce qu'on aimerait voir aujourd'hui!
Le 28
Le 28 étonne par son style flamand qui rappelle les maisons de Bruxelles ou de la grande place d'Arras.
Il a été construit en 1891 par l'architecte Gaston Dézermeaux qui pour moi a une certaine importance car il est l'auteur de l'Hôpital Maritime de Berck, la ville de mon enfance!
Mais loin de la côte d'opale, c'est pour Charles Wislin (dont le W est sculpté sur la façade), un peintre qui n'avait rien de flamand, qu'il dessina les plans de cet hôtel particulier somptueux.
Charles Wislin
Le peintre bien oublié aujourd'hui connut un grand succès qui assura sa fortune. Maupassant l'admirait pour ses paysages normands
Le 31. Belle façade.
le carrefour avec la rue de Vintimille a été baptisé "place Lili Boulanger". Parmi les 4 immeubles à pan coupé qui la composent, le 36 retiendra notre attention...
Il est aujourd'hui le 3 de la place qui curieusement rend hommage à Lili et non à sa sœur aînée Nadia qui pourtant naquit et vécut dans le même appartement familial.
Lili Boulanger
Est-ce parce que Lili, compositrice de talent qu'admira Fauré ami de la famille mourut en 1918 à 24 ans après avoir été la première femme à recevoir le 1er grand prix de Rome (pour sa cantate "Faust et Hélène")?
Sa sœur Nadia eut une longue vie puisqu'elle mourut en 1979 après avoir eu une belle carrière de compositrice et surtout de pédagogue renommée dont l'enseignement fut suivi par Gershwin, Michel Legrand, Quincy Jones et beaucoup d'autres!
Croisement rues Vintimille et Ballu. Actuellement place Lili Boulanger.
L'explication de cette "préférence" quant au nom de la place est la date, 1970, de cet hommage. Nadia avait alors 83 ans et, comme l'on sait, il n'était pas d'usage de donner des noms de rues ou de places à des vivants.
Les deux sœurs reposent au cimetière de Montmartre et peut-être serait-il juste de rebaptiser la place de leurs deux noms inséparables.
La poste 31 rue Ballu (1904)
Le 2 place Lili boulanger ancien 31 rue Ballu
Sur la place actuelle, à l'emplacement du 2 qui était le 31 rue Ballu, il y avait la poste de la rue Ballu aujourd'hui supplantée par "les Domaines qui montent" un marchand de vins.
A droite, le 2ème immeuble est le 35
Avant d'atteindre le rue de Clichy, une dernière adresse retiendra notre attention. Il s'agit du 35 où un sacré personnage, Prosper Enfantin, dont le nom est tout un poème, est mort de congestion cérébrale en août 1864. Sa vie, ses idées sont un roman. Pour simplifier rappelons qu'adepte de Saint-Simon il fut un des chefs du mouvement saint-simonien.
Il le fit dériver vers une formation sectaire, se donnant le titre de "père" et partant en Egypte à la recherche de "la mère", femme-messie qui formerait avec lui le couple nouveau. La liberté sexuelle qu'il prônait le met en avance sur son temps. On ne peut ignorer par ailleurs qu'il avait compris l'importance des échanges entre les peuples et avait tenté de convaincre le souverain d'Egypte de l'intérêt d'un canal… Le projet lui sera volé par Lesseps!
Il militait également pour la création d'un état juif.
Canal de Suez.
Nous quitterons la très opulente rue Ballu avec quelques citations du "Père Enfantin" qui rêva d'un monde plus juste et considéra qu'il fallait interdire l'héritage qui privilégie injustement certains dès leur naissance...
...Certains qui sans ce privilège n'auraient jamais pu faire construire leur hôtel rue Ballu!
"Qui n'aime pas en frappant est un bourreau"
"L'homme et la femme, voilà l'individu social; mais la femme est encore esclave, nous devons l'affranchir."
"Le produit des successions provenant du Trésor viendrait en dégrèvement des impôts les plus lourds pour le peuple."
Depuis des années déjà chaque mois de juillet je donne des nouvelles de ce refuge d'où viennent mes deux chattes des rues, précieuses et délicates.
Et malheureusement, comme chaque année des chats que je connaissais pour les avoir brossés entre câlins et ronrons, sont morts.
Cerise
Parmi eux certains que dans mes rêves où je possédais un grand jardin j'adoptais et choyais comme la petite Cerise dont j'étais parrain et qui a fermé les yeux le mois dernier après quinze ans dans le refuge.
Miel en 2018
Il y a aussi ceux qu'il avait fallu regrouper dans un espace à part parce qu'ils étaient atteints de leucose, de "sida" ou de calicivirose. Parmi eux Miel le plus familier et le plus quémandeur de caresses...
Ou Saphir… Le beau chat aux yeux bleus, soigné pendant des mois pour une maladie de peau, guéri, heureux, reconnaissant, familier… Un chat comme on rêve d'en avoir pour petit compagnon. Il a été atteint lui aussi de calicivirose. Il a fermé ses yeux de ciel.
Plume
A propos de calicivirose, je voudrais redonner de l'espoir à ceux dont le chat souffre de cette maladie. Plume que j'ai recueillie au refuge en souffrait. Après arrachage de dents et traitement de trois année à la cortisone, elle est guérie, heureuse, infiniment reconnaissante.
La vie du refuge continue avec ses petits et grands bonheurs, avec le dévouement remarquable des bénévoles. C'est un lieu à part sur notre planète qui saigne. Une petite planète qui redonne espoir.
Je vous avais parlé il y a deux ans de Lily la chatte tricolore du port. Une cabane avait été installée pour elle et elle était suivie et nourrie par Cosette.
Il était devenu difficile de s'occuper d'elle en saison où les touristes trop nombreux et trop curieux la faisaient fuir.
Sa cabane a été remontée dans le refuge et Lily est devenue une des plus ronronnantes pensionnaires! La surprise! On a découvert qu'elle avait un tatouage et qu'elle avait été perdue ou abandonnée il y a 8 ans. Les maîtres contactés par téléphone n'ont pas réagi.
Lily qui a 17 ans terminera sa vie de chatte dans le refuge où dès son arrivée elle s'est sentie à sa place, aimée et respectée!
3 parmi la bande des 9
… Et tous les autres… chacun avec son nom et sa personnalité. Parmi eux, les 9 comme on les appelle parce qu'ils ont été accueillis ensemble.
Ils habitaient dans une caravane où une femme les avait ramassés dans les rues ou ils erraient. Elle a dû partir sans pouvoir les prendre. Elle les a confiés au refuge. Ils sont là toujours ensemble. Ils attendent peut-être le retour de celle qui les avait sauvés et aimés. C'est fou comme ils savent attendre, les animaux, toute une vie s'il le faut. Sans ressentiments, sans récriminations… avec dans leur tête une image qui ne s'éteint pas, celle du visage aimé qui les accompagne jusqu'au bout.
Il y a quelques jours, devant le refuge, quelqu'un a déposé une chatte et ses quatre chatons.
Pas un mot, pas un coup de fil, rien. Seulement ces petits animaux laissés là, confiés à des gens qui ont le cœur assez grand pour les accepter. Le matin de mon départ de Paris, il y avait en plein soleil, devant le cabinet du vétérinaire de ma rue, une panière avec un chat effrayé, posée là par des gens qui partaient sans doute en vacances.
On est consternés, déprimés par cette désinvolture de ceux qui gardent des chats ou des chiens tant qu'ils ne les gênent pas et puis s'en débarrassent sans scrupules comme si la peur, l'angoisse ne pouvaient toucher ces êtres sans importance!
J'ai photographié quelques uns des chats du Bastion en ce mois de juillet brûlant. Je leur souhaite de vivre longtemps grâce au dévouement et à la douceur des bénévoles.
Liens : Les Pachats du Bastion. Saisons et années...
La maison-musée de Gustave Moreau, rue La Rochefoucauld au pied de la Butte, est une inépuisable fabrique de rêves. Il suffit de se tenir devant une des œuvres laissées à l'emplacement qu'elles occupaient à la mort du peintre, pour entrer dans un monde de sensualité et de symboles...
Dessin de Gustave Moreau
Les amours de Zeus et de Léda ont inspiré de nombreux peintres et Gustave Moreau plus que d'autres puisque plus de vingt de ses toiles et dessins leur sont consacrés.
Dessin (encres de Chine) de Gustave Moreau.
Le mythe de Léda raconte comment le roi des dieux à l'appétit sexuel insatiable, réussit à posséder la femme du roi de Sparte.
Pour séduire l'épouse fidèle, il demanda conseil à Aphrodite qui imagina une ruse efficace : elle se transforma en aigle et poursuivit Zeus métamorphosé en cygne.
Léda. (Musée G. Moreau)
Léda qui était assise au bord des marais vit le bel animal effrayé venir se réfugier en battant des ailes vers elle. Prise de pitié, elle lui ouvrit les bras afin de le protéger.
Le mythe connaît plusieurs versions mais c'est cette dernière qui est la plus répandue et que Moreau interprète dans les deux toiles qui nous intéressent aujourd'hui.
La 1ère version, celle que je trouve la plus belle, moins travaillée dans le détail que la 2nde, représente Léda abandonnée, déjà conquise, les yeux clos comme dans un rêve.
Son corps est androgyne. Le buste est celui d'un adolescent tandis que le visage évoque le profil d'un héros grec.
Le cygne se dresse contre Léda, un peu en arrière comme pour ne pas la réveiller du charme qui s'empare d'elle. Sa tête semble la protéger tandis que son aile gauche se lève.
Sur la gauche du tableau c'est l'aile sombre de l'aigle qui se déploie. Les deux ailes, la blanche et la noire, sont comme celles du même prédateur, prêtes à se rejoindre et à se refermer sur le corps désiré. C'est l'originalité audacieuse de cette version que l'on ne retrouve pas ailleurs.
L'aile noire d'Aphrodite, l'aile blanche de Zeus, métaphore d'un désir ardent qui enveloppe sa proie.
Léda est passive à l'abri de son apparent sommeil. Elle attend l'étreinte du dieu. Peut-être est-il possible d'interpréter cette attente de Léda comme celle, plus ou moins consciente, du peintre lui-même, attiré par les hommes mais n'assumant pas ce désir. Cette attirance est souvent présente dans son œuvre où elle se réfugie et se dissimule dans la représentation des mythes.
Les génies assistent à la scène, tenant bien haut le feu qui pourrait embraser le monde.
Tout est soumission et abandon dans le corps de Léda. Le décor est à peine esquissé. Nous sommes dans l'ambigüité et l'incertitude du songe, au moment où le corps s'abandonne à l'amour, dans une passivité qui écarte la culpabilisation et le remords à venir.
La deuxième toile, exposée en bonne place dans le musée est la version la plus officielle et la plus achevée. Si la composition est la même, plusieurs éléments différent...
Le corps de Léda est cette fois féminin, les hanches larges, la poitrine affirmée.
Comme dans la première version, ses yeux se ferment. Aucune protestation devant l'insistance du cygne dont la volonté ne fait aucun doute.
Le bras gauche de Léda est levé, comme attaché à des liens que son désir suscite. En réalité ce sont des fleurs qui entourent sa main mais qui suggèrent des entraves telles que l'on en utilise dans certains jeux amoureux.
Le cygne s'est rapproché, sa tête s'appuie sur celle de Léda. Son aile levée s'estompe dans le décor et le voile blanc entre les jambes de la femme glisse comme du lait pour laisser place au séducteur.
Les génies veillent à la scène en portant la couronne du roi des dieux et le feu sacré tandis que l'amour vainqueur s'envole vers d'autres conquêtes...
L'éclair divin forme comme un ostensoir derrière le couple, donnant au mystère de l'amour une dimension mystique.
Le couronnement de la Vierge Marie, elle aussi séduite par un dieu, n'est pas loin!
Dans le décor confus où l'œil averti doit se frayer un chemin, on devine le monde des divinités qui peuplent la nature, tandis qu'agenouillé, les bras ouverts Pan accueille l'univers vibrant et aimant.
Hymne à l'amour, au mystère, à la force des désirs, la 2ème œuvre comme la première est féconde en interprétations et en balades imaginaires.
Elles nous invitent à la rêverie…
Les toiles de Moreau ressemblant à la Nature dont parle Baudelaire :
"L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers."
Liens : les œuvres de Moreau étudiées dans ce blog :