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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

Publié le par chriswac
Publié dans : #CHARENTE MARITIME

 

C'est une des curiosités de la région : la croix hosannière de Moëze...

Elle se dresse dans le cimetière, à quelques pas du clocher gothique rescapé des Guerres de Religion et que les Réformés épargnèrent pour la seule raison qu'il pouvait servir d'amer et guider les navires.

L'église ancienne n'a pas eu la même chance, elle a disparu corps et âme!

 

La croix hosannière a l'allure d'un petit temple grec carré surmonté d'une pyramide.

Elle a été élevée au XVIème siècle (on avance la date de 1530) à proximité de l'église où se trouvait l'ancien cimetière.

 

C'est un édifice funéraire, comme les lanternes des morts.

On en trouve dès le Xème siècle dans l'ouest de la France. On peut en voir une cinquantaine dans la région Poitou-Charente et 31 dans le seul département des deux-Sèvres.

                              Croix hosannière de Gourgé (Deux-Sèvres)

 

                                          Croix hosannière d'Aulnay de Saintonge

 

Mais la plus belle, la plus monumentale, unique en son genre, est bien celle de Moëze! 

Il est facile de comprendre pourquoi on l'appelle aussi "le temple" de Moëze. 

Sur une base carrée, le péristyle est formé de vingt colonnes corinthiennes à fût cannelé, dont 4 sont en retrait, à l'intérieur.

 

Moëze- Soubise 041

On s'interroge sur la destination de ce monument. On a pu penser qu'il abritait un ossuaire ou qu'il s'élevait sur une fosse commune mais ce n'est qu'une hypothèse fragile. Ce qui est sûr c'est qu'il servait de point de ralliement lors de la procession du Dimanche des Rameaux qui ouvre la Semaine Sainte.

Son nom de "croix hosannière" viendrait des cantiques à la gloire de Dieu que l'on chantait alors : "Hosanna in excelsis Deo" en brandissant des palmes qui rappelaient celles avec lesquelles la foule avait salué l'entrée du Christ à Jérusalem.

Moëze- Soubise 040

Une autre hypothèse plus contestée suggère que le nom viendrait de l'hosanne, nom que l'on donne dans le Poitou au buis que l'on bénissait aux Rameaux et qu'on déposait au pied du monument.

Une inscription latine court sur les quatre côtés:

 

                                          "Pueri hebraeorum..." 

Les enfants des Hébreux

 

                                     "...portantes Ramos olivarum..." 

...portant des rameaux d'olivier

                                        " ...obviaverunt Dominus clamantes..."

...allèrent à la rencontre du Seigneur en chantant

                                     " ...et dicentes Hosanna in excelsis."

et en disant : hosanna au plus haut des cieux.

 

Ce n'est qu'en 1629 que le "temple" fut surmonté d'une croix sur un support pyramidal à bossages, un peu maigrelet de proportions.

Les conventionnels rochefortais obtinrent qu'elle fût démontée... Il fallut attendre 1825 pour qu'elle retrouvât sa place.

Mais ses mésaventures n'étaient pas terminées!

La tempête de 1999 l'abattit et il fallut la remonter de nouveau là où elle est décidée à ne plus broncher en attendant le Jugement Dernier!

On peut voir sur un des côtés une pierre saillante qui servait d'autel pour la célébration des offices.

Il y est gravé : "Occurunt turbae cum floribus et palmis".

        "Les foules accoureront avec des fleurs et des palmes."

 

Notons enfin que les auteurs de cet élégant édifice seraient les architectes italiens ramenés dans ses malles par Madame de Soubise, gouvernante de Renée de France, duchesse de Ferrare...

Ainsi aurions-nous un peu d'Emilie en Saintonge!

Il paraît que traditionnellement on enterrait les prêtres au pied de la croix hosannière mais à Moëze, il y a, à proximité une tombe plus originale et touchante.

Des mains aimantes ont cassé les belles assiettes de la défunte pour composer un puzzle naïf et vivant.

Moeze--Soubise-044.JPG

En attendant qu'un jour d'avril tous ces morceaux se réassemblent pour un repas joyeux qui ressuscitera les fêtes du passé!

Une autre tombe, récente porte le même nom de famille que Pierre Loti enterré dans le jardin de la maison des aïeules dans l'île d'Oléron.

Le défunt dont l'âme s'élève avec le goéland avait-il un brave chien qui l'attend sur le rivage, et deux chats gris, deux chattes peut-être comme celles de Pierre Loti qui leur consacra un de ses plus beaux livres.

Pas étonnant que les morts soient si vivants à l'ombre de la croix hosannière de Moëze!

 

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Liens : 

Charente Maritime. Classement alphabétique. Liens.

Moëze. Le clocher.

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                               Cygnes sauvages dans les marais de Moëze

 

Commenter cet article
L
Etrange monument qui va bien avec cette lumière triste de c triste été. J'aime l'ouverture sur les tombes qui disent qqchose de leurs occupants, qqchose de vivant.
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V

Il y a beaucoup de croix hosannioères en Poitou mais aucune n'a un tel aspect monumental et un tel mystère. J'adore la tombe aux assiettes.
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Y


La tombe aux assiettes est touchante. en fait c'est de l'art pur et simple. Un art modeste et amoureux.



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K


Un monument très étrange en fait. votre article est complet et donne envie de le visiter.



Répondre
J
Merci, merci pour toutes ces photos passionnantes, on voyage grâce à vous d’Oléron à Montmartre.
L’art funéraire éclaire d’une certaine manière la vie de ceux qui ont vécus en ces lieux, ajoutant de la vie aux recherches généalogiques qui sont l’une de mes passions.

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