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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

Publié le par chriswac
Publié dans : #ASIE

Dans la grotte de Pak Ou sur une falaise qui domine le Mékong, des milliers de statues ont été apportées par des fidèles. Il paraît que certaines d'entre elles d'une grande valeur artistique ont été volées ou dans le meilleur des cas transportées dans des musées. Ne reste donc qu'une foule de petits personnages poussiéreux dont chacun est venu ici porté par des mains respectueuses et messager d'un voeu secret ou d'une espérance profonde.

Souvent dans les temples, à côté de l'effigie principale, devant et derrière elle, vit tout un peuple de statues. Bouddha sous toutes ses formes. Celui qui tient les bras le long du corps, légérement écartés, les mains vers la terre, c'est la plus laotienne de ses représentations. Il figure le don, la charité, les faveurs répandues. On l'appelle aussi Bouddha de la pluie. Il est élégant, androgyne. Il porte sur le sommet du crâne, une protubérance effilée qui en Thaïlande prendra forme de flamme. Son visage est long, la bouche mince et le nez fin et étroit.

Dans le Vat Visoun, le grand Bouddha est représenté dans la pose de l'illumination, la main droite, paume en dedans touche la terre pour la prendre à témoin.Il symbolise la victoire sur Mâra qui est à la fois la mort et le dieu des désirs. Mâra tente d'interrompre la méditation de Bouddha en lui présentant toutes sortes de distractions sensuelles. Le sage touche la terre pour la prendre à témoin et lui demander de l'aider. 

Il  est entouré de statues debout dans la pose de l'argumentation, une main levée, paume en dehors. Je dois avouer que la multiplication des bouddhas, leur prolifération, leur répétition ont sur moi un effet soporifique. Ils sont partout. D'immenses statues couronnent des collines, de minuscules effigies s'entassent dans les grottes.... Je finis par avoir une overdose. Le bouddhisme souvent présenté comme une philosophie a-t-il besoin de toutes ces idoles? Les  jeunes occidentaux réfractaires aux saint-sulpiceries et aux pratiques bigotes d'un certain christianisme semblent accepter sans problème les superstitions et les rituels magiques du bouddhisme. Ainsi en est-il de cette religion comme des autres... elle apporte à ceux qui en ont besoin tout un attirail de gestes et de pratiques superstitieuses et à ceux qui veulent aller plus loin un enseignement qui se moque des pratiques... Jésus et Bouddha sont frères. Ils n'ont besoin ni de statues, ni de cierges, ni d'encens, ni de formules magiques.

En contournant la statue principale, je découvre une autre statue qui forme avec son frand frère un couple d'oursins.
Ce petit temple, je l'ai beaucoup aimé. Il est à l'écart d'un village, au-dessus du Mékong. c'est le Vat Lonkhoune. De jeune moines habitent  dans son enclos. A l'intérieur, une atmosphère calme et dorée vous accueille. Vous pouvez vous y asseoir et écouter tourner la terre.

La statue de taille humaine vous regarde et vous sourit. Prends le temps de t'arrêter. Débarrasse-toi de tes préoccupations vaines. Ecoute respirer le monde et toutes ses créatures. Tu fais partie de cette respiration qui porte avec elle tant d'illusions et de souffrances. Un jour peut-être, toi aussi tu atteindras l'illumination. Tu t'assiéras, jambes croisées, la main vers le sol. Tu atteindras le Nirvâna. Tu n'existeras plus.
Bon! C'est pas tout, j'ai bien envie d'un petit verre de rouge et d'un bon sandwich...

Au Vat Xieng Dong, les Bouddhas de la pluie sont si nombreux qu'une inondation est à craindre... Ici et là, vous apprenez que Bouddha est passé. Il a laissé son empreinte, une immense trace de pied... Il y en a au bord du fleuve au Vat Tich (que j'aime beaucoup car il porte le nom de ma chatte et que j'y ai vu effectivement plusieurs petits félins se prélassant dans les chars de procession), il y en a sur la falaise du Vat Phou, il yen a.... A croire que Bouddha était chaussé des bottes de sept lieues et qu'il mesurait quelques dizaines de mètres. Nicole fut irritée en Thaïlande de ne pouvoir pénétrer dans le temple qui abritait une de ces traces... Interdit aux femmes.

Les deux mains levées, c'est le geste de l'apaisement, de l'absence de craintes.

A Vientiane (Ville de la Lune ou Ville du Santal) ils sont plus de deux mille au Vat Sisaket. Assis, debout, couchés....et toujours souriants.
Je reconnnais humblement mon manque de connaissance profonde de cette religion qui à en juger par la gentillesse, le sourire, l'accueil de ses pratiquants a bien des vertus sociales et humaines. Pas de foules fanatisées, pas de tristes intégristes...

Et puis, je crois comprendre que le véritable bouddhiste, respectueux de toute vie et sensible à toute souffrance devrait être végétarien. J'en ai vu au Sri Lanka et parfois au Népal. Mais que dire de la Chine où tout animal provoque des désirs d'accommodation et de dégustation. Au Laos même où vous rencontrerez les êtres les plus doux et les plus attachants, cochons, poulets et poissons passent à la casserole.  Nobody is perfect.
Il y a une histoire que j'ai entendue ici et que j'ai bien aimée. Bouddha et ses compagnons furent contraints de manger du porc. Les compagnons moururent en se tordant de douleur. Bouddha s'éloigna en se tenant le ventre, persuadé qu'il était menacé du même sort. Il essaya de s'apaiser, de calmer ses entrailles. La libération lui fut apportée : il mit au monde une belle crotte qui le débarrassa de tous ses maux. Un temple s'élève aujourd'hui à l'endroit précis où le colombin atterrit. Cette histoire nous dit peut-être que nous nous empoisonnons à manger des animaux, que nous ajoutons de la souffrance à la souffrance et qu'il est très possible de changer nos habitudes et de rendre le monde moins cruel...

Le grand Bouddha naïf qui a remplacé Shiva dans le temple Khmer du Vat Phou m'a fait un petit clin d'oeil. Il veut sans doute me dire gentiment que j'ai encore beaucoup à apprendre
... 

Lien : Laos. Le Mékong. Photos.  

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Publié le par chriswac
Publié dans : #ASIE


Il y a des fleuves qui vous entraînent dans des contrées sauvages où le temps n'est pas le nôtre, où les les hommes, les animaux et les esprits se partagent et se disputent parfois le territoire mouvant des eaux. Le Mékong est de ceux-là. Il traverse plusieurs pays, naît au Tibet, passe sans rancune par la Chine avant d'être frontière entre Birmanie et Laos, Thaïlande et Laos, faire un tour au Cambodge et se perdre dans la mer au Vietnam. Son nom laotien signifie : "Mère des eaux". Une mère qu'on a violentée en de certains endroits, en coulant du béton dans son lit pour jeter d'une rive à l'autre des barrages, gros fournisseurs d'hydroélectricité et de catastrophes écologiques. Ainsi des villages ont-ils été rayés de la carte et des territoires où vivaient des espèces rares et parfois non encore recensée ont-ils été noyés.

 

Sur les 4 400 km qu'il parcourt, presque 1 900 sont au Laos qui est donc le pays où il semble être le plus à l'aise malgré ces violences. Il est vrai que la traversée de la Chine l'avait bien préparé à ces brutalités. 


 Un jeune pêcheur jette son filet. Le rêve de chacun est de capturer un de ces poissons chats mythiques (le pa beuk ) dont on dit que certains pèsent plus de 350 kg. Les Thaïlandais les payent un bon prix, ce qui a  précipité sa raréfaction. Il continue cependantd'être bien vivant dans les légendes villageoises et dans les peurs des enfants. Lorsqu'ils se baignent, ils veillent à ne pas s'éloigner et à ne pas tomber dans les trous où le poisson-dragon guette ses proies avec une prédilection particulière pour la chair fraîche des petits laotiens.
Les buffles élevés pour aider les paysans dans les champs et les rizières ont plus de chance que le dauphin blanc qui comme le pa beuk est en voie de disparition. On l'appelle dauphin de l'Irrawady, du nom du fleuve birman où il prospérait jadis. Il rejoindra bientôt à son corps défendant le Nirvâna, la bienheureuse non-existence promise par  bouddha!
Une photo du bateau qui nous permit de naviguer jusqu'au Vat Phou (dont il porte le nom), temple Khmer plus ancien qu'Angkor et construit au pied d'une colline appelée Linga Parvata, les hindouiste y voyant un phallus, un Linga, image même de Shiva.
Le temple dont on ne voit ici qu'un bâtiment fait partie aujourd'hui du patrimoine de l'humanité. Une humanité qui ne sera  pas dépaysée avec la pierre sacrificielle et les serpents qui recevaient le sang des victimes.

Le sang cascadait sur les marches avant de couler entre les têtes des serpents. Mais revenons au fleuve qui nous réserve de belles surprises... comme les chutes de Khong Pha Beng.

 Un peu plus loin, le fleuve s'élargit et avant d'arriver au Cambodge. Il enserre de nombreuses îles. la région de Khong est appelée pays des 4000 îles...

Comme l'île de Khone que les guides présentent comme une petite enclave dans le passé colonial français! Il faut beaucoup de bonne volonté pour débusquer ce passé... Quelques maisons, une ligne de chemin de fer recouverte de lianes et dans la forêt, une vieille locomotive en train de rouiller. Une nostalgie à la Duras..; Elle n'est pas très loin la concession de "la femme blanche" de Barrage contre le Pacifique et moins loin encore la plainte de la mendiante de Savannakhet qui obsèdait à la folie le vice consul amoureux d'India Song.

L'île est aujourd'hui le domaine de jeunes venus de toute l'Europe, des Etats Unis et d'Australie... Ils louent pour quelques sous des chambres dans les guest houses, se balancent dans des hamacs, se laissent flotter dans des bouées sur les eaux tièdes, assistent aux prières des moines, chantent et s'aiment dans un monde dont la moiteur et le calme les entourent d'un liquide amniotique

.
Tandis que les Laotiens s'activent et les regardent avec bienveillance ...
Et que ce rocher immuable continue d'abriter dans ses flancs des milliers de statues qui regardent de haut couler le fleuve et la vie des hommes...

Lien : Laos. Les enfants du Mékong. Photos.  

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Publié le par chriswac
Publié dans : #ASIE

Les enfants du Laos... Ils sont comme leur pays, souriants et doux. Nulle agressivité, aucune mendicité. Ils ne sont pas habitués comme en Inde à poursuivre les touristes et à quémander une pièce. Ils ne sont pas surchargés de bricoles ou de souvenirs à vendre aux étrangers. Je n'en ai pas vu un seul mal réagir au mitraillage photographique. Et pourtant... Nous avions bonne mine avec nos accoutrements d'occidentaux ! Avec nos numériques tenus à bout de bras ! Je crois qu'ils avaient bien conscience que les bêtes curieuses, c'était nous...Au bord du Mékong, ils font penser au Paradis. Ils sont nus dans la chaleur tropicale, ils jouent sur les plages et se plongent dans l'eau tiède. le village est plus haut avec ses maisons sur pilotis, ses ruelles poussiéreuses, ses chiens faméliques. La pauvreté prend de la hauteur, elle s'établit sur les falaises, à l'abri des crues. Au bord du fleuve, on pourrait croire qu'elle n'existe pas.

   
Un des chapeaux les plus appréciés, c'est la casquette à oreilles. On la trouve plantée sur la tête de nombreux bébés comme si elle préfigurait une future réincarnation.



Les écoles des villages nous ouvrent leurs portes. Nous entrons avec nos gros sabots dans les classes où attentifs et soyeux comme des chats les enfants ouvrent leurs grands yeux sur les intrus.





J'ai vu tant de sourires et tant de gentillesse sur tant de dénuement... Ce petit garçon ne ressemble-t-il pas déjà à Bouddha?


ùù



Dans ce village où cette mère berce un enfant, je n'ai presque pas pris de photos. La misère était telle et notre passage si lourd et si voyeur que j'en ai eu honte. Les villages font partie du circuit "ethnique" comme disent les guides. On vous explique les différents groupes, leur origine, leur culture. et vous numérisez à mort... jusqu'au moment où vous croisez le regard de cette mère. Grave et résigné. Non loin de là des enfants moins rieurs que ceux du Mékong, des enfants saisis de toux, des enfants à peine vêtus de loques. Notre guide nous parle de tuberculose et d'autres maladies.

Notre guide, Somphone, accepte mal mes critiques de ce tourisme là. Elle me dit qu'ils sont contents de nous voir. Elle m'affirme que des touristes de retour chez eux aident ces villages. Peut-être a-telle raison. Peut-être cette mère qui lave sa fillette dans la fontaine du village nous dit-elle l'illusion du bonheur et des richesses et nous rappelle-t-elle l'émerveillement de l'instant, éphémère et amoureux.


Lien : Laos moines et novices

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux


L'étrange église édifiée  au début du XXème siècle par Anatole de Baudot, architecte révolutionnaire et trop peu reconnu abrite un autel unique en son genre qui fut dessiné par Baudot lui-même. Il est comme l'église en ciment armé et orné de motifs de grès semblables à ceux qui ornent une partie de la façade et du porche.

Le procédé Bigot consiste à poser les motifs de grès sur le ciment frais. il a été utilisé sur les parties courbes du porche, sur les cordons qui courent entre les briques et sur les fenestrages. Il me rappelle la technique iranienne des décors floraux de céramique posés à même l'enduit. Nous sommes loin évidemment de la splendeur d'Ispahan mais on ne peut s'empêcher de voir dans ce rayon de soleil un clin d'oeil que se font deux religions et deux époques.


Baudot aimait l'Orient, comme beaucoup des artistes de son temps et comme les créateurs du Modern Style, mais il ne laissa cette influence s'exercer que sur quelques éléments décoratifs de ses constructions. Quelques éléments trop rares serais-je tenté de dire. Le futur dépouillement et la froideur de l'architecture des années trente me font horreur. Ils accompagnent sans les trahir les fascismes, nazismes et autres joyeusetés. Il faut aimer l'excès, les paillettes, les lumières et les guirlandes. L'art français s'en méfie comme du mauvais goût mais le facteur Cheval chez nous et Gaudi à Barcelone faisant fi de cette critique donneront au monde des palais qui feront rêver les enfants et les fous.




Des motifs de bronze représentent les quatre évangélistes, tels qu'ils apparaissent dans l'Apocalypse : le jeune homme symbolise Mathieu, le lion Marc, le taureau Luc et l'aigle Jean. "Au milieu du Trône et autour de Lui, se tiennent quatre Vivants, constellés d'yeux par-devant et par-derrière. Le premier Vivant est comme un lion; le deuxième vivant est comme un jeune taureau; le troisième vivant a comme un visage d'homme; le quatrième Vivant est comme un aigle en plein vol."

Les bronzes sont l'oeuvre de Pierre Roche (ainsi que les "cul-de-lampe" du porche.)


Au centre de l'autel, la porte du tabernacle avec les symboles eucharistiques : les épis de blé et les feuilles de vigne, le pain et le vin. Sur la croix, l'agneau du sacrifice tend le cou au couteau du boucher.

 Religion des victimes, des abandonnés, des persécutés, le christianisme oublie parfois ses origines, n'est-ce pas Benoît?


Je rentre à la maison et jette un coup d'oeil aux vignes encore enneigées. Confiance! le printemps va finir par arriver!

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Publié le par chriswac
Publié dans : #WACRENIER

Un beau jour d'hiver au soleil clair, la gare de Sceaux... Je vais voir mon père, avec joie, avec tristesse. La petite gare est familière. "Voyageur déjà de tant de voyages sans valise..." Les gares fussent-elles de banlieue génèrent une mélancolie douce. Dans quelques jours je serai au Laos. Je ne verrai pas mon père pendant trois semaines. Bien que je sache qu'il oublie ma visite une minute après mon départ, je ne me débarrasse pas d'une inquiétude diffuse. Il paraît que Mishima, avant de se faire hara-kiri a écrit quelques mots sur une feuille : "une vague inquiétude..."

Le studio est inondé de soleil. Mon père est là, dans son fauteuil. Il semble heureux. Heureux et inquiet. Depuis des mois, cette frayeur légère, une ombre, un éclat me frappe quand je le regarde dans les yeux. Sylvie ma soeur dit qu'il est beau. Elle prend sa main tachée de rouille et elle dit qu'elle est belle. Aujourd'hui je sais qu'elle dit vrai.

Bientôt 90 ans! Les années ont emporté en passant sur ce visage, la vivacité, la fierté, la certitude. Elles ont fait apparaître le plus profond, le plus indestructible : la douceur. La vulnérable douceur. Le dernier rempart des plus faibles contre l'agressivité et la hâte du monde.

Sur les murs, les quelques tableaux qu'il a gardés avec lui après tant de déménagements et de dons. Ce dessin d'un moine canadien que Jean-Loup son fils aîné avait connu et apprécié. Il le lui avait offert, lui qui avait si peu pour vivre. Mon père suit mon regard et me demande ce que ça représente. Mais papa, c'est l'ange de la résurrection qui vient réveiller les morts!
Ah! bon! c'est une bonne idée!
Papa c'est Jean-Loup qui te l'a offert.
Ah! Il faudra que je lui écrive pour le remercier!
Comme il aurait aimé en recevoir des lettres de son père, Jean-Loup qui fit appel à son amour et à son aide jusqu'à son dernier jour. Il ne le sentit pas cet amour pourtant bien réel.

Une croix marquetée de nacre. Il ne sait plus d'où elle vient. Elle a pourtant sa place dans notre famille. Elle a appartenu à un arrière grand-oncle, missionnaire en Chine et torturé à mort avec Chapdeleine et ses compagnons, tous béatifiés par Jean-Paul II. Sa mort fut horrible. c'est celle qu'on inflige aujourd'hui aux chiens dans ce beau pays de Chine; La strangulation lente : Dans une cage, le condamné est suspendu, la tête passée dans une planche, le corps pendant dans le vide, jambes lestées de plomb. Le malheureux essaye de respirer, de prendre appui sur sa nuque mais il étouffe peu à peu, une dizaine d'heures en général. Les chiens, eux sont écorchés vifs alors qu'ils luttent contre l'étouffement. Je préfère que tout cela soit sorti de la mémoire de mon père!
Un peu de douceur avec cette icône que je lui ai rapportée du Liban, du monastère de Mar Yacoub, à côté de Tripoli. La religieuse qui l'a peinte a écrit son nom derrière le panneau de bois. Elle lui souhaite longue vie. Elle a été exaucée.
Pendant le repas, mon père est comme un enfant. Il écoute, parle à peine. Mauricette me dit comme s'il n'était pas présent que la veille, vers 21 heures, il avait voulu sortir en pantoufles dans la neige et le froid glaçant, qu'il avait fallu le retenir de force et l'emmener dans son studio qui n'a toujours pas de clé. Elle me dit qu'elle s'inquiète de plus en plus. Soudain, elle change de conversation; Elle a perdu une de ses boucles d'oreille. Mon père plonge sous la table, il ramasse des miettes qu'il pose sur la nappe. Il finit par émerger, piteusement et il lui promet de lui en acheter une autre.
Dans le couloir, alors que je le reconduis à son studio, nous croisons une femme de ménage dont le grand sourire me paraît exagéré. Nous lui disons bonjour. Elle se met alors à rire, d'un rire éclatant, infini. Elle parvient à prononcer entre deux rafales : "Bonjour monsieur Wacrenier". Son rire nous poursuit dans le couloir.
Est-il devenu la risée de tous ?

Quand je l'embrasse, il me répète que nous sommes, nous ses enfants, ce qu'il a de plus précieux au monde. Il me dit qu'il priera pour moi quand je serai au Laos. Je l'embrasse. Je sais que dans cinq minutes, il ne saura plus que je suis venu le voir.

J'éprouve le besoin de marcher, de passer par le jardin de la Ménagerie. Je regarde l'urne sous laquelle la Duchesse du Maine enterra son chat adoré. Sur la pierre on peut lire : "Ici repose Marlamin, le roi des animaux".
Et je trouve ça très gai et très réconfortant!


Alzheimer. Un poème. (2)





Lien : Visite à mon père. alzheimer. 2juin.


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Publié le par chriswac
Publié dans : #WACRENIER

Une des premières oeuvres de Jean Loup Wacrenier fut cet homme crucifié dont la bouche a cherché jusqu'à l'ultime seconde un peu d'air et de vie. La croix ne se limite pas à deux poutres ajustées mais divise la toile et l'espace sans permettre au regard d'errer au-delà, d'échapper à ce cloisonnement. Elle se soulève sur la droite, du côté de ce bras qui fait signe peut-être et qui bien que cloué appelle à l'aide. "Frères humains". En vain
 L'ocre rouge de la terre atteint avec l'ombre du bois noir une partie du ciel alors que le blanc du ciel descend vers la terre, vers ceux qui regardent et lisent le nom en lettres noires, la signature qui semble être celle-là même de l'homme supplicié.

Comme elle est rude la matière de ce bois, ce dernier contact du mourant avec la réalité du monde !
Le visage ne se penche pas vers le sol, il se disloque et cherche l'épaule où se reposer. Le regard blanc a perdu son iris. Il est le ciel sans couleur, il est l'interrogation douloureuse. Il est l'espoir peut-être comme dans nos nuits, la lueur familière qui passe sous la porte.

Il est l'invitation muette à la fraternité et le silence de notre refus.

Lien Jean-Loup Wacrenier poème et dessins de Masques





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Publié le par chriswac
Publié dans : #WACRENIER
                  J'ai rêvé une église débarrassée de tous ses vieux démons, une église soucieuse de vivre l'Evangile et non de multiplier décrets, dogmes et interdits, une église ouverte aux femmes, une église qui n'inventerait pas une obligation de célibat à ses prêtres, pas plus que Jésus ne l'avait exigé de ses disciples, une église définitivement purgée de ses tentations antisémites... le fameux peuple déïcide! Comme si ce n'était pas nous, les Chrétiens qui chaque jour mettions à mort notre Dieu!
Je me réveille sonné, avec une gueule de bois qui me pousse à gueuler. Arrête ton char Benoît! Ne laisse pas remonter en toi les souvenirs de l'enfance et les défilés nazis, n'ouvre pas les bras à des hommes qui nient jusqu'à l'existence de la Shoah! C'est comme si toi-même niais l'existence du Christ! tu aurais bonne mine!
Quand je refais l'histoire, je donne à Pie XII le rôle du grand héros de la résistance et du courage. Je lui enlève ses mitaines de velours rouge, sa tiare trop raide et ses phrases contournées et diplomatiques. Il parle. Il s'adresse aux Chrétiens. Refusez. N'obéissez pas au diktat nazi. C'est votre âme qui serait en péril. Vivez l'Evangile : "Ce que vous ferez au plus petit, au plus faible, au plus persécuté, c'est à moi que vous le ferez". Faites barrière de vos corps pour empêcher que l'on arrête vos frères juifs. Refusez les lois iniques. Accrochez tous une étoile jaune à vos vêtements.
Pie XII, si tu avais parlé ainsi tu aurais changé la face du monde et tu aurais fait comprendre à tous ce que signifiait être chrétien. Peut-être aurais-tu comme l'a fait Salièges permis que nous retrouvions enfin nos frères juifs. Mais ton ami Benoït trouve que tu as été impeccable puisqu'aujourd'hui, il envisage de te canoniser!
Et toi André, mon évêque, qui n'as de vint-trois que le nom, il paraît que la décision du pape te met une arête dans la gorge, mais, t'empresses-tu de préciser, cette arête ne t'empêche pas de respirer! Respire donc André! Quelle taille devra avoir l'arête pour provoquer quelque gêne à ta respiration tranquille?
Dernier point. Puisque ceux qui ont refusé les décisions de Vatican II et Jean Paul II sont absous de cette désobéissance et qu'ils peuvent librement s'en moquer, on ne pourra rien reprocher aux chrétiens qui comme moi refusent le décret de Benoît XVI.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux

Il faut beaucoup d'attention pour discerner sur les murs sombres de l'église les fresques qui ornent le choeur et les bas-côtés. De loin, on a l'impression que des fantômes s'agitent dans la pénombre. Il faut dire que le programme pictural ambitieux des origines n'a jamais été parachevé. Ainsi les peintures du choeur dues à un certain Planzeau (dont j'avoue ne rien connaître) n'ont été que partiellement réalisées. Il s'agit en fait de toiles marouflées qui représentent à droite les Noces de Cana et à gauche la Cène.


Un christ très conventionnel emplit miraculeusement les jarres d'un vin délicieux. Les invités s'étonnent qu'on ait gardé le meilleur cru pour la fin des noces.
En dehors de la symbolique de l'eau changée en vin, lui-même appelé à devenir sang,ce miracle me plaît. Il aurait dû convertir ma femme qui se damnerait pour un petit rosé bien frais.
A gauche, la Cène. Jésus y apparaît plus électrifié que jamais. Saint-Jean s'appuie contre lui amoureusement.
Je ne sais si l'on doit regretter de n'avoir pas laissé le loisir au sieur Planzeau de peindre le fond du choeur où a été badigeonné un rideau beigeasse.

Les fresques des deux chapelles me semblent plus intéressantes bien que dans un piètre état. Paroissiens de Saint-Jean, à vos porte-monnaie !


Marie qui pour une fois a un teint de Palestine intercède pour ceux qui souffrent (c'est un sacré boulot, avouez-le !)

Pour ces blessés soutenus par des religieuses ou pour ce soldat juste marié et qui part pour les tranchées.

 
 Les fresques sont d'Eugène Thiéry, prix de Rome. Je m'inquiète quand on précise ainsi. Vous imaginez : fresques de Van Gogh, prix de Rome ! Impossible me direz-vous puisque le Van Gogh en question n'a jamais reçu de prix. En admettant qu'il  eût été décoré, son génie n'aurait certes pas besoin pour éclater au grand jour de cette rosette minuscule à sa boutonnière. Bon ! En fait, il ne manque pas de talent Thiery même si son nom n'est guère passé à la postérité...


De l'autre côté, un barbu. C'est Joseph le menuisier, patron des artisans. Il accueille la foule des travailleurs parmi lesquels l'artiste a eu la modestie de représenter les peintres :

Et les musiciens... Le violoniste n'est autre que l'organiste de l'époque, Vadon :

Les autres fresques représentent 4 stations du Chemin de Croix. Elles ne sont pas terribles terribles.Mais je ne peux m'empêcher de regarder le visage du Christ tombé. Il me rappelle un ami qui avait les yeux bleus et qui maltraité par la vie se relevait toujours, jusqu'au jour où...


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Publié le par chriswac
Publié dans : #WACRENIER
Mardi 20 janvier. Je vais voir mon père comme chaque semaine. Il n'est pas dans son studio dont la porte est ouverte. j'entre. Personne. Le store pend lamentablement sur la terrasse. Je vais chez son amie, à côté. Il est là, installé dans un fauteuil. je l'embrasse et lui dis mon nom. Il est heureux de me voir car je ne viens jamais me dit-il.
-Mais papa je viens chaque semaine.

Je n'insiste pas. Je ne suis pas là pour moi. Son amie Mauricette est ressuscitée. Il y a 15 jours, il l'avait envoyée contre un mur en s'accrochant à elle pour éviter de s'étaler. Elle s'était alitée après que sa tête avait rebondi violemment sur la paroi. Plusieurs jours elle n'avait plus bougé, se faisant monter dans sa chambre les plateaux repas. Elle n'avait retrouvé un peu de force que lorsque j'avais proposé à mon père de boire du champagne à sa santé en regrettant qu'elle ne puisse  partager avec nous. Elle avait alors trouvé la force de se redresser, de saisir une coupe et de la vider. Aujourd'hui elle est bien sur ses pattes, parfumée et maquillée. Elle enfourne dans la bouche de mon père une cuiller de sirop.
-Il tousse, il a pris froid et je dois le soigner... Savez-vous ce qu'il a fait hier? Alors qu'il y avait un vent de tempête, il est sorti pieds nus sur sa terrasse et a voulu baisser le store. Le vent a arraché la toile et le châssis de fer a failli retomber sur lui.

Je regarde mon père. Il confirme. Il s'est battu avec la toile qui le fouettait. Il a réussi à la faire remonter mais il pense avoir tout cassé. Il a peur de ce qu'on va lui dire.Je vais vérifier. C'est vrai. La toile automatique descend bien mais elle bat, dégagée de son châssis. Je parviens à la réajuster. Ce n'est pas grand chose mais j'imagine la panique de mon père dans les bourrasques avec cette toile épaisse qui lui battait le visage.

Je lui demande pourquoi il n'y a plus de serrure à sa porte. Il ne comprend pas. Il y a une serrure. Depuis qu'il a changé de studio, il a des problèmes avec sa clé. Il m'avait dit qu'on l'avait enfermé la nuit et qu'il ne pouvait plus sortir. Une autre fois il m'a affirmé que quelqu'un avait changé sa porte car il ne pouvait plus entrer. Je me suis renseigné. Effectivement, pendant la nuit, le veilleur s'est rendu compte que mon père ne pouvait plus sortir (pourquoi désirait-il sortir à 2 heures du matin?) Il a vérifié la serrure qui était défectueuse et il a demandé qu'on l'enlève au plus vite pour raison de sécurité. On allait lui en installer une autre.Mais je suis énervé par cette histoire; Il a déjà tant de mal à retrouver ses repères et voilà qu'on l'angoisse inutilement. Personne ne l'écoutait quand il prétendait ne pas pouvoir entrer chez lui ou rester prisonnier sans réussir à ouvrir sa porte. Tout ce qu'il disait était mis sur le compte de sa maladie. Alors que sur ce point, c'est lui qui avait raison. Je m'interroge sur la manière que nous avons de respecter les malades atteints de ces troubles de la mémoire. Trop souvent nous mettons sur le compte de leur pathologie ce que nous jugeons incohérent ou dérangeant. En agissant ainsi nous ne faisons qu'aggraver leur angoisse et leur panique.

-Papa tu as vu Sylvie et Vincent dimanche?
-Non j'ai vu personne.
-Mais si Papa, Vincent vient te voir chaque dimanche et il prend ton linge.
-Oui on prend mon linge.
Je me tourne vers Mauricette : -N'est-ce pas que Vincent vient le voir chaque dimanche? Elle me regarde de ses yeux presque morts : -Je ne m'avancerai pas sur ce sujet.
Allons bon!Autre chose! Même Mauricette perd la mémoire! Je pense au tableau de Brueghel : des aveugles accrochés les uns aux autres  suivent leur chef de file qui les mène tout droit à l'abîme.

Après avoir bu le champagne, nous descendons dans la salle de restaurant. interminable repas. Mon père qui avait ces derniers temps tendance à manger gloutonnement sans même regarder ce qu'il portait à la bouche, picore désormais miette à miette. Il mâche interminablement d'infimes morceaux. Il me dit qu'il n'a pas faim. J'en profite égoïstement pour lui conseiller de ne pas terminer, que ce plat de blettes est insipide... Par contre, il boit bien. Après le champagne, du Moulin à Vent. La tarte au citron arrive enfin... Il prend un peu de ce gateau et l'étale sur du pain. Il semble apprécier la pâtisserie qu'il termine comme il l'aurait fait d'une tranche de pâté. Il ne parle presque pas. Mauricette occupe l'espace et la parole. Elle me dit en riant qu'il lui a proposé de l'épouser mais que c'était une idée absurde car elle lui aurait fait perdre la pension de son mari. Elle est très étonnée quand je lui dis que mon père ne saurait être bigame...qu'il est séparé mais non divorcé de ma mère. -Ah! Il ne me l'a jamais dit! Il a toujours prétendu qu'il pouvait m'épouser!

Mon père écoute sans entendre. Ses yeux semblent errer vers le jardin, la pelouse jaunie et les buissons roussis.
-Je te trouve beau!
C'est à moi qu'il a parlé soudain. Je suis surpris et un peu décontenancé.
-C'est toi qui en es responsable mon dad!
C'est drôle comme nous sommes sevrés pendant l'enfance et l'adolescence de ces compliments qui rassurent, comme il faut essayer de se construire seuls sans regard valorisant et puis tardivement, si tardivement, alors que la vieillesse déjà chiffonne votre visage et rouille vos os, vous recevez ces phrases inutiles désormais, celles qui vous auraient aidé à grandir.

Quand nous sommes remontés, mon père s'est encore trompé de chemin. Il veut aller à son ancien studio. Je lui rappelle qu'il a déménagé (comme si le déménagement de son cerveau n'avait pas été suffisant). -Non toutes mes affaires sont chez moi.
-Viens Papa, je vais te conduire.
Il entre dans son studio. Il paraît étonné. Comme la dernière fois, il dit en regardant sur la droite la salle de bains : -Oh! Il y a une salle de bains!
Il est fatigué, il veut se reposer. Je l'embrasse. Il me serre dans ses bras.
 Je garde mes larmes pour tout à l'heure.


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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #Peintres



     Par un jour très gris, nous sommes allés, Nicole et moi, au musée Maillol voir l'exposition consacrée à Séraphine de Senlis mise à la mode par Yolande moreau dans le beau film consacré à cette artiste au coeur simple et à l'esprit visité par les anges et les démons. (voir : Séraphine de Senlis )
Nous sommes restés longtemps devant le grouillement inquiétant des fleurs carnivores et des feuilles griffues, le regard emprisonné dans la toile sans horizon, sans sortie sinon vers le haut et le ciel..  
   Notre surprise fut grande, en quittant les salles de l'exposition de découvrir un artiste naïf, plein de vie et d'optimisme qui nous a aussitôt ensoleillés.


 
    Camille Bombois dont le nom même fleure la nature et la vie simple est un solide bourguignon qui après avoir été valet de ferme, lutteur de cirque, marin, ouvrier de tunnel dans le métro parisien et travailleur de nuit dans une imprimerie, parvint enfin à vivre de sa passion, la peinture vers 1940. Après la première guerre et son retour du front il fut étonné de voir que sa femme, Eugénie Christophe qu'il avait épousée à la mairie du XVIIIème et qu'il aima au point de ne pouvoir peindre qu'elle, avait réussi à vendre plusieurs de ses toiles. Ce qui l'encouragea à exposer dans les rue de Montmartre comme le faisaient alors de nombreux peintres de talent (ce qui a hélas a bien changé!) Plus tard il sera remarqué par Mathot, un marchand de la rue des Martyrs qui vendra avec succès de nombreuses toiles. Ainsi, Camille put-il installer son atelier rue Caulaincourt où il eut tout le loisir de peindre encore et toujours son grand amour.



 
   Il aimait ses formes généreuses et la douceur de son visage. Il  regardait Emilie accomplir les gestes du quotidien avec infiniment de reconnaissance et de désir.
  Son regard écarte les cuisses, fait remonter la robe, caresse la chaleur et le mystère de la femme.



 
   Pour lui, le sexe est bien l'origine du monde comme le nomme Courbet, mais c'est aussi sa vérité, sa permanence, le lieu où l'homme devient homme. Il s'y réfugie sans cesse, lui le bourguignon massif et nul doute qu'il se laisse féconder, qu'il laisse son esprit accueillir les délicatesses et les teintes qui sont femmes.





  De nombreuses toiles montrent des femmes qui soulèvent leur tablier ou leur robe, très simplement, pour recueillir des cerises par exemple, ou des fleurs.


 
   Sur celle-ci, nous voyons à droite une de ces femmes jambes entrouvertes. Au centre, sur le pavé une autre se penche vers un minuscule chaton noir devant un petit garçon. On peut rêver longtemps devant cette peinture. La rue comme un chemin entre deux rangées de maisons qui sont comme des jambes, avec en ligne de fuite ce trou d'ombre qui attire et ce chat au beau milieu qui quête les caresses. tout cela sous le regard d'un petit mâle impressionné
 



 Un jeune mâle qui guettera plus tard entre les joncs ces baigneuses allongées dans la douceur de l'eau, les jeunes seins durcis, les jambes qui s'écartent
...






   Nous rentrons à Montmartre avec le sentiment d'avoir rendu visite à deux artistes étonnants et étrangement opposés : Séraphine qui ne peut retenir l'éclatement des cellules, des cancers, des obsessions dévoreuses de lumière et Camille qui ramasse le monde et ses questions à l'intérieur des forme les plus douces et les plus voluptueuses.

...

Liens : Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

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