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15 décembre 2007 6 15 /12 /décembre /2007 09:41

oleron-2007-021.JPG   Tous les amoureux de Montmartre connaissent les chats du square Louise Michel au pied du Sacré Coeur. Il y en a de toutes sortes, des plus farouches aux plus familiers, des plus robustes aux plus faméliques que de braves femmes dont se moquent les imbéciles viennent nourrir par tous les temps.
                                                                                                     Aujourd'hui c'est l'histoire de Titiche, la mystérieuse et authentique histoire de Titiche que je veux vous raconter. Vous la voyez endormie (ou faisant semblant de l'être) sur une bonne couette bien chaude dans l'appartement où elle m' héberge, rue André Del Sarte. Elle aime d'autant plus son appartement qu'il ouvre par tous ses velux sur le ciel, les toits, les oiseaux et le spectacle hypnotisant des petites voitures et des petites personnes qui passent en contrebas.

                                                                                                    Un 14 mai pas si lointain, il faisait un soleil clair et parfumé, un soleil de printemps parisien, tout frémissant d'ailes et de chansons. Un oiseau se posa sur une cheminée et se mit à entonner un chant roucoulant et excitant. Titiche le vit et bondit comme catapultée vers cet imprudent animal. Que se passa-t-il exactement ?  Je ne saurais le dire, absorbé que j'étais par la lecture du Chat du Rabbin de Sfar. J'ai entendu un bruit étouffé, comme un glissement, puis le silence....

                                                                                                   J'ai alors appelé ma chatte, en me hissant sur le toit aux tuiles tièdes. Pas de réponse. Je ne m'inquiètais pas outre mesure ; les chats, vous le savez, ne répondent que lorsque bon leur chante, et encore... Je savais qu'à l'heure du repas, la petite anarchiste reviendrait et avalerait très élégamment sa délicieuse pâtée. Mais ...elle ne vint pas. Ni le soir, ni la nuit, ni le lendemain matin. Inutile de vous dire que j'ai passé une très mauvaise nuit, imaginant toutes sortes de scénarii. Etait-elle tombée? Je me précipitais dans la rue et examinais anxieusement la chaussée, les trottoirs...

                                                                                                Je devais aller travailler et fus contraint d'abandonner ma recherche pour un temps. Ici se situe un épisode de ma vie professionnelle assez bouleversant et que je voudrais vous raconter brièvement. J'étais en poste au collège Henri Barbusse à Saint Denis, un de ces collèges pas très beaux, pas très faciles et qui accueillent des jeunes pas très favorisés. J'entrai dans ma classe avec ma sale gueule chiffonnée du type qui n'a pas dormi et qui ne pense qu'à sa petite compagne disparue. J'ai l'habitude d'entrer en souriant dans ma classe et de saluer gaiment les élèves. Je ne le fis pas. L'un d'entre eux me demanda ce qui se passait. Je racontais alors l'histoire de Titiche disparue. Je  confiais ma crainte de la savoir tombée dans un conduit de cheminée et peut-être coincée sans possibilité de remonter. Quelle mort serait alors la sienne? Longue à venir et terrible...

                                                                                             "Monsieur, donnez-nous une rédac et ne vous occupez plus de nous!"Trois élèves avaient déjà disposé au fond de la classe quelques  chaises recouvertres de blousons afin que je puisse m'y étendre et essayer de récupérer un peu de sommeil. J'ai écrit au tableau un sujet de rédac et je suis allé m'allonger sur cette couche improvisée. Pendant une heure, il n'y eut pas un bruit et quand la sonnerie retentit, les copies étaient déjà  ramassées et posées sur le bureau.  Ce cadeau de banlieue, cette attention, je ne les oublierai jamais.

                                                                                          Mais revenons à Titiche. De retour chez moi, je fis le tour du quartier et des commerçants. Je prévins une amie amoureuse de la gent féline et qui porte un nom de fleur. Elle fit aussitôt des tracts qu'elle colla sur les réverbères, les entrées de boutiques... Je me persuadais peu à peu qu'elle n'était pas tombée et que mon hypothèse de la cheminée était la bonne. J'allais sur le toit, appelais en me penchant sur les mitrons de terre cuite... Rien. Je visitais tous les appartements de l'immeuble. Il n'y subsistais aucune cheminée!!! Toutes avaient été bouchées! J'avais une envie folle de casser les murs, tous les murs...

                                                                                      Et le temps passa. 2 jours, une semaine, deux semaines, trois semaines
... Je ne vivais pas vraiment. Je faisais les gestes de la vie, obsédé par ce petit corps aimé qui avait sans doute fini son agonie atroce. Tout dans l'appartement me parllait d'elle : les coussins qu'elle préférait, la chaise sur laquelle était posée son assiette, la trace noircie de ses frottements de museau à certains endroits comme les angles de murs... 

                                                                                    Un 16 juin pas si lointain... Il faisait beau, tous les velux étaient ouverts. J'entendais la Savoyarde cogner sourdement dans le campanile du Sacré Coeur. Il y eut un miaulement. Un infime miaulement. Je me dis que je rêvais. Le silence de nouveau et la cloche en arrière fond... Tout à coup, tomba du velux, sur la moquette de la mezzanine une sorte de chiffon en boule. Je me précipitais... C'était elle!!! Je la reconnus tout de suite à ses deux points noirs si caractéristiques sur son museau. Elle était noire de suie et ses yeux paraissaient vitreux, comme aveugles. Je suis tombé à genoux et l'ai prise dans mes mains qui tremblaient. Je l'ai posée dans le lavabo où elle a bu goulument, comme si elle tétait le robinet. Avec un gant humide, je l'ai peu à peu nettoyée de cette noirceur grasse qui lui abimait le poil. Je lui ai parlé et elle qui est si bavarde habituellement, m'a répondu très discrètement avec un petit miaulement cassé, enroué. Je l'ai couchée sur la couette et j'ai attendu qu'elle reprenne des forces dans son appartement retrouvé et que ses yeux reviennent peu à peu à la lumière.

                                                                                   La suite n'a plus d'importance puisqu'elle est en pleine santé, plus espiègle et bavarde que jamais et qu'elle roupille au moment où je vous parle sur sa couette bleue.

                                                                                    J'ai essayé de comprendre comment elle avait survécu plus d'un mois dans sa cheminée. Peut-être était-elle tombée en force dans le conduit et avait-elle trouvé au fond de l'eau qui lui aurait permis de survivre. Peut-être a-t-elle attendu pour pouvoir remonter d'être assez amaigrie et assez légère..; Peut-être...peut-être...

                                                                                   Mais ce mystère lui appartient à ma petite montmartroise. Elle n'en parlera jamais. J'ai remarqué cependant qu'elle était très circonspecte lorqu'elle se baladait autour de la cheminée et qu'elle se contentait de regarder les oiseaux perchés en tremblant de toutes ses mandibules mais sans chercher à se catapulter sur eux.

Poème à mon chat.

Steinlen. Dessins de chats. (5)

Liens: Chats. Poèmes, Art, photos....

 

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commentaires

anne cillon parri 11/05/2009 23:09

Beaux textes. Ils me redonnent l'envie d'avoir un chat.

chriswac 12/05/2009 07:51


Merci. Mais attention! Ce n'est pas vous qui aurez un chat, c'est le chat qui vous aura... 


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