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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

Publié le par chriswac
Publié dans : #OLERON

          Rappelez-vous Nosferatu de Murnau et le fameux passage de la réalité au fantastique : Passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre...

          En ce juillet ensoleillé pas question d'errer sur les landes brumeuses;  je vous propose de franchir un autre viaduc qui vous mènera sur une île où les fleurs essayent de rivaliser avec la surpopulation estivale.

                      Passé le pont, les roses trémières viendront à votre rencontre
....


                                                                                                                                




       Dès l'arrivée, avant même d'atteindre la première ville, le Château d'Oléron, vous les verrez sur le bord des routes, devant les cabanes ostréicoles, sur les talus....Roses, mauves, violettes, blanches, jaunes ou presque noires, elles sont chez elles de juin à septembre et semblent ignorer quelque temps encore le piétinement des promoteurs, le martèlement des touristes, le vrombissement des 4x4....




 Les spécialistes vous citeront le véritable nom de cette étrange fleur; ils vous diront qu'on la nomme Alcea Rosa ou Althaea Rosea. Les amoureux des mots vous affirmeront que son véritable nom, altéré au fil des ans n'est autre que Rose d'Outremer. La fleur serait venue dans les cales des croisés avec bien d'autres plantes et bien d'autres trésors.




 Elle a reçu d'autres noms comme passerose, primerose ou bâton de Jacob et parfois les enfants l'appellent rose crémière. Elle fut un certain temps utilisée par les teinturiers qui en tiraient une teinte violine un peu triste mais aujourd'hui elle n'est d'aucune utilité marchande; elle monte vers le ciel pour l'amour du geste et l'éclosion de ses corolles.






 Les poètes aiment cette fleur sauvage dont les racines s'accrochent aux cailloux et dont les pétales se déploient sur le ciel. Gérard de Nerval lui ouvre un de ses poèmes les plus mystérieux des Chimères, poème d'amour et de mort : Artemis :

               Celle que j'aimais seul m'aime encor tendrement (...)

                   La rose qu'elle tient c'est la rose trémière.




 C'est elle encore qui entraîne la métamorphose de la femme étrange d'Aurélia :


                        La dame que je suivais développant sa taille élancée dans un mouvement qui faisait miroiter les plis de sa robe de taffetas changeant, entoura gracieusement de son bras une longue tige de rose trémière puis elle se mit à grandir sous un clair rayon de lumiére...


  
    En ce Juillet un peu frisquet, elles sont plus belles que jamais. Il faut se hâter de les saluer au passage car très vite elles se dessécheront, leurs feuilles appréciées des bestioles de toutes sortes se transformeront en dentelles, leurs fleurs tomberont, leur hampe jaunira et fléchira.... Elles auraient pu inspirer Ronsard qui leur préféra la rose classique pour nous inviter à jouir du moment présent!






  Mais qu'il est beau ce moment fugitif où nous sommes vivants dans le soleil, avec les chats, les oiseaux et les roses trémières....







 

 

 

lien :
Le Grand Village Plage Oléron début mai.

Oléron. Roses trémières. Saint-Trojan. (2)

Oléron. Roses trémières. (1).

Poème : Rose trémière. Oléron.

 

..................................................................................................................................


















  




















mm

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Publié le par chriswac
Publié dans : #POEMES...Divers
     Ainsi donc on peut haïr avec force, avec passion, avec désespoir. J'ai retrouvé ces encres noires écrites pour quelqu'un qui ne les a jamais lues.  Je les jette à la mer de l'internet qui les engloutira ou qui sait les fera naviguer comme une bouteille d'un mauvais millésime vers une plage où un vieux promeneur se baissera, l'ouvrira, se reconnaîtra, aura envie de pleurer ou de se moucher et utilisera le papier naufragé pour s'essuyer les yeux ou se vider le nez...






                                       I


                  Arracher la haine
                     Herbe mauvaise
                     Vivace avec ses veines noires
                     Et ses racines accrocheuses

                     Arracher la haine
                     Et voir s'éparpiller des milliers de fourmis
                     A la lumière criarde
                     Des oiseaux.
 


                                       II


                  C'est fait
                  Je t'ai perdu avec mon sang
                  Cette nuit d'eau tiède et de rasoir

                  Tu es parti de moi
                  Avec ce qui me restait de jeunesse
                  Avec mon jardin sous le ciel
                  Avec mon chat qui ne veut pas mourir
                  Mais ne peut résister à ta main qui l'entraîne

                  C'est fait
                  Je t'ai perdu avec mon sang
                  Et je m'éveille dans le matin blanc
                  Mort peut-être
               Mais libéré de toi.





                                                 III

             Remise tes mensonges
             Range-les au fond de ta gorge
             Tu devrais bien savoir
             Depuis juillet
             Que je vois sur ta langue
             Chaque fois que tu parles
             Des taches noires
             Comme le cancer de Kaposi.


                                                 IV

                    Tiens, ça vit là-bas dans les cailloux
                    Un rien, une zébrure, un éclat

                    Tiens, ça vit au delà des murets
                    Que tu as détruits
                    Au-delà des jardins
                    Que tu as asséchés

                     Tiens, ça vit, ça vit encore
                     ça bouge encore
                     Sous ton talon.

           
                                              V

                  Crains
                  Le quai désert et plus désert d'être secoué
                  Du grondement qui s'éloigne

                  Crains la méchante nuit et plus méchante
                  d'être imbibée de jour

                   Crains le silence et plus silence
                   De résonner des dernières syllabes

                   Crains la mort et plus mort
                   D'être à côté de la cigarette qui fume

                   Et crains-moi qui n'ai plus rien de moi
                   Que ce ricanement.





                                                    VI

              
                                          Vivre ?


               Il y en avait du sang dans cette bête noire

                Encore et encore et encore
                Cette mise à mort
                Dans une arène blanche
                Où les ombres remuent comme les algues

                Il y en avait du sang dans cette bête noire

                Tu as serré les mains sur ton coeur
                Quand elle a levé les yeux
                Tu as serré ton coeur
                Quand le soleil et l'épée l'ont traversée

                Il y en avait du sang dans cette bête noire

                Encore et encore et encore
                Cette porte qui bat
                Ce fauve aux senteurs d'herbes sèches
                Qui entre en dansant
                Fou de liberté et d'espérance. 


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Publié le par chriswac
Publié dans : #WACRENIER

          Maurice Fombeure écrivit la préface du premier recueil de poèmes de Louis Wacrenier. Bien que fort différents, ces deux hommes se rencontrèrent et s'apprécièrent, même si dans son texte, Fombeure semble minimiser l'aspect tourmenté et sombre des poèmes dont il parle. 
 
            Voici donc cette préface écrite pour un jeune homme aujourd'hui âgé de 89 ans et qui a pris le large sur les eaux noires de l'oubli.....

           
Mon beau navire ô ma mémoire
             Avons-nous assez navigué
             Dans une onde mauvaise à boire
             Avons-nous assez divagué
             De la belle aube au triste soir..
...
     (Apollinaire) 






















     Louis Wacrenier pourrait dire après Racine et quelques autres :

                    Ah Dieu, quelle étrange chose :
                        Je sens deux hommes en moi!

     Le premier de ces deux hommes, l'homme de chair,
 est,  aujourd'hui, un grand gaillard, mince et flexible comme un roseau, beau specimen de grand flandrin issu de cette race hispano-flamande que l'on retrouve encore fréquemment là-bas, dans cette ARRAS qui fut espagnole jusqu'au traité des Pyrénées. C'est seize cent cinquante neuf. Yeux noirs et frisés au velours d'Orient, cheveux ondés - je ne dis pas ondulés -  chaleur, cordialité, enthousiasme et bondissement, comme d'un jeune chien qu'on viendrait de détacher de sa niche. Un gars que j'ai connu tout petit, collégien, rue des Agaches, en le domicile de son père où il écoutait les déclamations de poèmes des Rosati d'Artois sans rien dire ni laisser voir de ses sentiments. Il s'est bien rattrapé depuis, l'animal!

     Son père, grand Chancelier des Rosati d'Artois et qui fut l'un des hommes les plus exquis que j'ai connus, est mort. Le Président, l'excellent Maître Paul Wacrenier, est mort. La maison des WACRENIER est morte, écrasée sous l'un de ces bombardements que l'on dit être nécessaires, pour "la bonne marche" de la guerre. Mais
nos souvenirs, eux, ne sont pas morts. Qu'il a dû s'en envoler, comme des agaches éffarouchées, autour de cette vieille demeure arrageoise si pleine de traditions de bon accueil,  à peine plus grande que le coeur de son maître lorsqu'elle s'est écroulée dans un fracas de fin du monde.






















Mais de cette bonne race, un surgeon a surgi. Louis WACRENIER est là. Et même "un peu là". Bien et bon vivant! Vivant et chantant comme un arbre que visitent les oiseaux. Parce qu'il aime la vie, elle se rend à lui. Et elle l'aime. De même que les oiseaux ne vont que sur les arbres qui leur plaisent, les bons vers ne vont chanter que sur les lèvres de ceux qui méritent de les scander et de les écrire. Auparavant, notre Louis Wacrenier, avant de devenir cette longue tige, flexible mais solide, avait fait "les quatre cents coups", comme on dit. Il a dû être un drôle de collégien et d'étudiant. mais je ne l'ai pas suivi en ces temps-là. Sur le guerrier, je suis mieux renseigné. Il était pilote aviateur, naturellement. Après la défaite, avec un fidèle copain, il tente de passer en Angleterre. Nos deux lascars prennent l'avion de leur colonel - Noblesse oblige - et vont le percuter dans les vignes du Médoc. Parce que cet avion était trop gros pour eux et qu'ils n'ont pas su faire couler l'essence des doubles réservoirs. Qu'à celà ne tienne. Rappelés au sol un peu brusquement, ils jouent les grands blessés dolents pour échapper au Conseil de Guerre; Et ils réussissent à s'en tirer. Mais ils ont eu un peu chaud, les bougres! Les copains de Louis WACRENIER qui ont pu passer en Angleterre sont entrés dans l'escadrille Normandie-Niémen et sont revenus de guerre décorés jusqu'au nombril.






















Depuis? Louis WACRENIER est revenu à la vie civile, comme tout le monde. Il s'est marié. A eu de nombreux enfants. et s'est fixé en vieille Cité des Atrébates, chère à son coeur, malgré ses brumes, son apparente hostilité, ses ruines toutes fraîches. Car en ces malheureux pays, les ruines se renouvellent à chaque guerre. Mais c'est à Arras que notre ami avait passé son enfance et sa jeunesse. Ecouté les vers des Rosati d'Artois qui reçurent "en leur sein" et en leur temps des gens comme Lazare Carnot et Maximilien de Robespierre, que l'histpoire connaît mieux sous le nom de Robespierre. Tout naturellement, mais peut-être aussi un peu grâce à son hérédité "rosatique", louis WACRENIER est devenu le Président des Rosati d'aujourd'hui. Et quel Président! On peut dire qu'ils ont eu la main heureuse, une fois de plus. Celui-ci se remue comme une ruche d'abeilles, comme une nichée de jeunes souris. Il projette sans cesse et organise toujours.















      Mais - et nous en arrivons au deuxième homme qu'il porte en lui - Louis WACRENIER est aussi, et avant tout, poète. Et un poète qui ne ressemble guère au garçon que nous pouvons voir, à l'être apparent et pétulant, joyeux drille, disert, rabelaisien et "humeur de piots". Non. Un poète fin, tendre, nostalgique au timbre mélancolique, au coeur fêlé d'une blessure secrète. A la sensibilité frémissante et blessée de peu. Un frère cadet de Laforgue. S'il "rit en pleurs", les pleurs n'en perlent pas moins. Si en chantant, il enchante son mal, son mal le point, cependant.  et il ne souffre pas toujours seul, mais souvent avec ceux de ses compagnons qui sont restés sur les champs de bataille, avec ceux qui rôdent sans espoir dans les vieilles rue du Vieil Arras, au bas du beffroi qui tremble de toutes ses ondes sonores en se raillant sr l'air de 

                                                                  Mon père m'a donné un mari
                                       Mon Dieu quel homme, quel petit homme....


     Il en était ainsi, du moins, au temps où j'habitais Arras!

      Louis WACRENIER aime à errer au bord de cette Scarpe qui ressemble davantage à la Bièvre qu'à la Loire et n'a rien, certes, d'un fleuve royal. Pluôt un ruisseau qui sent et reflète la misère humaine. Une eau noire et froide.



    

















     Mais le poète fait aussi claquer les drapeaux de l'espoir. Après tout, le bonheur et la joie sont peut-être ailleurs :

                       Partons! Nous trouverons de nouvelles natures
                           Déjà le vent se lève et nous mouille les yeux
.

    Pour fuir :

                      Les rêves d'autrefois
                          Qui reviennent au coeur parfois
                          Tournoyant dans la nuit sereine
                          Comme au gré des fêtes foraines
                          Les entêtés chevaux de bois.

     Un autre poème dit : "Espoir quand même"! Et lorsqu'on a la joie de connaître leur au
teur, on sait bien qu'il ne se laissera pas aller à sombrer dans ses détresses intimes.Mais qu'il luttera jusqu'au bout. Car il a, pour le soutenir, comme il l'exprime en une image digne des temps maudits et batailleurs que nous vivons :

                       Je sens ce soir
                           Que mon rêve ne peut s'effacer
                           Et qu'il me restera toujours
                           L'espoir
                           Parachute  mes pensées.

     Il est de ceux pour qui le soleil demain se lévera. et il le dit. et il le clame en des sursauts mélodieux. Le recueil, toutefois, ne se termine pas sur cette note altière, mais sur une espèce de découragement auquel je ne veux pas tout à fait croire :

                       Courbe le front et bas redis
                           Ton Kyrie Eleison
                           Pauvre pantin crevé qui t'es vidé de son.

     Je sais que cet abandon aux forces mauvaises n'est que passager. Je sais que ce poète est l'un de ceux qui nous rassurent sur les temps à venir. L'un de ceux à qui je fais confiance. Un poète des horizons lointains et des pays nouveaux, un prospecteur aussi de nos paysages intérieurs, l'un de ceux qui, comme le préconisait Apollinaire, nous aidera à :

               Explorer la bonté
               Contrée énorme où tout se tait.


                                                                         Maurice Fombeure.




Louis Wacrenier un poète à Montmartre

                            

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Publié le par chriswac
Publié dans : #ASIE



Un des plus beaux souvenirs qu'on puisse rapporter d'Asie est sans doute celui d'une errance entre ciel et eaux dans un paysage d'estampes. Le pays des grottes de Tam Coc que les occidentaux ont pris l'habitude d'appeler la baie d'Along terrestre vous ouvre un autre monde qui hésite  entre rêve et réalité. 



La brume, le contour indistinct des pitons rocheux, l'eau et la terre... Très vite vous ne savez plus où vous êtes... Vous croisez des buffles, des singes, des oiseaux qui jouent les créatures fantastiques, comme ce trio qui semble naviguer sur un radeau d'herbes.
Le nom touristique de cette région lui vient de sa ressemblance avec le site inouï de la baie D'along maritime aux innombrables pitons calcaires couverts de végétation et aux rochers étranges en forme de dragons. Le nom vietnamien évoque les grottes sacrées dont certaines ont été transformées pendant les années de résistance aux Français et aux Américains en hôpitaux, en prisons pour les ennemis capturés ou en caches.




Les barques glissent sans un bruit; elles sont le seul moyen de transport possible et elles ajoutent par leur lenteur et leur silence à l'atmosphère irréelle. Les rameurs n'utilisent pas leurs mains mais leurs pieds, ce qui leur permet de nous saluer tout en nous souriant.




Et le sourire au Vietnam n'est pas mesuré chichement comme chez nous... C'est ce qui frappe tout voyageur : la gentillesse et le sourire. On pourrait penser qu'après des années d'occupation, de tortures, de massacres, de napalm, les Vietnamiens auraient gardé un fort ressentiment envers l'Occident comme le font tant de peuples dans des pays pourtant moins exploités et détruits que celui là...Mais il n'en est rien. Ce sont des vainqueurs modestes qui ne vous tiennent en rien rigueur de ce qu'ont pu commettre nos armées égarées.




Rivières, rizières...séparées par de légers talus...et toujours ces barques à fond plat...Le temps s'arrête peut-être près de Ninh Binh et de la grotte de jade et ses pagodes miniatures. Vous apercevrez quelques maisons de pêcheurs contre les falaises abruptes et parfois une modeste église. On est surpris en effet du nombre de chapelles et d'églises dans ce pays incertain. A quelques kilomètres de là, à Phat Diem, vous pourrez même visiter une cathédrale étonnante avec son plafond en forme de coque de navire renversé et son mélange baroque mêlant les cultures et les époques.




J'ai cru reconnaître Delanoé et son velib venu convaincre les paysans de l'intérêt de la chose. Aux dernières nouvelles, il n'a pas vraiment convaincu et Decaux s'est vu refuser l'utilisation des falaises comme supports à la pub.










Aujourd'hui le ciel de Paris est aussi gris que celui de Ninh Binh et les rochers de Montmartre ont un air très approximatif de pitons vietnamiens. L'envie me prend de retourner au Vietnam, dans cette région précise où tout est imprécis, dans cet univers de gris et de vert où les femmes glissent sur les eaux et vous sourient avant de disparaître.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités


Poulbot fait partie de Montmartre comme le moulin de la Galette ou la place du Tertre. Il est devenu lui-même carte postale et les touristes achètent de mièvres imitations de ses gamins insolents ou tragiques. Il mérite beaucoup mieux que cette notoriété de chromo. Gosse de Saint-Denis, il est venu très jeune avec ses parents instituteurs occuper une de ces baraques du maquis de Montmartre où vivaient  de nombreuses familles incapables de payer les loyers d'un quartier qui commençait à changer, comme le regrette Bruant :

                     Des maisons d'six étages
                     ascenseur et chauffage
                     ont r'couvert les anciens talus....

Ce n'est que plus tard, lorsqu'il rencontrera le succès que Poulbot passera, immobilièrement parlant, du côté des bourgeois. Il achète un hôtel particulier avenue Junot, l'endroit le plus coté de la butte où habitent de nombreux artistes devenus fortunés.  Il décore de frises la façade. On y voit des enfants des rues, ces gosses de montmartre que l'on commence alors à appeler des "poulbots".
            Bruant consacra à ces gosses des rues, ces p'tits loups, une chanson que Poulbot ne pouvait manquer d'illuster : "Les loupiots"



















                                                                            Les Loupiots

             C'est les petits des grandes villes
               Les petits aux culs mal lavés
               Contingents des guerres civiles
               Qui poussent entre les pavés














                 Sans gâteaux, sans joujoux, sans fringues,
                 Et quelquefois sans pantalons,
                 Ils vont, dans de vieilles redingues
                 Qui leur tombent sur les talons.

                 Ils traînent dans des philosophes,
                 leurs petits pieds endoloris,
                 Serrés dans de vagues étoffes...
                 Chaussettes russes de Paris!











                   Ils se réchauffent dans les bouges
                   Noircis par des quinquets fumeux,
                   Avec des bandits et des gouges
                   Qui furent des loupiots comme eux.















                     Ils naissent au fond des impasses,
                     Et dorment dans des lits communs
                     Où les daronnes font des passes
                     Avec les autres et les uns...

                     Mais ces chérubins faméliques,
                     Qui vivent avec ces damnés,
                     Ont de longs regards angéliques,
                     Dans leurs grands châsses étonnés.















                      Et quand ils meurent dans ces fanges,
                      Ils vont, tout droit, au paradis,
                      Car ces petits-là sont les anges
                      Des ruelles et des taudis.

                     C'est les petits des grandes villes,
                     Les petits aux culs mal lavés,
                     Contingents des guerres civiles
                     Qui poussent entre les pavés.




Lien : Steinlen une chanson de Bruant. A Montmerte.

Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

 






Un très bel article sur Poulbot : http://www.dixhuitinfo.com/spip.php?article161



...

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités


















    Il existe à Montmartre un lieu secret où je ne peux pénétrer que lorsque Nicole est allée travailler dans son château de livres. C'est une salle de bains, si féminine que tout individu qui a la malchance d'être né mâle, ne s'y aventure que sur la pointe des pieds.


















  La chatte Titiche y a élu domicile ce qui n'est pas étonnant car ces deux femelles là se ressemblent, aussi jolies, aussi coquettes, aussi mystérieuses. Titiche dort sur une couverture Shahsavan iranienne et contre un coussin brodé en 1900 par une libanaise qui en fils d'or y a brodé : En ces vallons fleuris, attendons nos amis. Comme dans ces vignettes de notre enfance, un trésor est caché sur la photo. Un petit cadre doré où Nicole et sa mère sur une barque se tiennent embrassées. Derrière elles la ligne de fuite d'un canal, fuite de l'eau, fuite du temps. La barque continue de glisser mais il y manque un passager.














Aujourd'hui, jour de juin, il fait gris sur Paris et le soleil qui d'habitude aime jouer les voyeurs s'en trouve empêché. Il ne caresse pas les visages approximatifs et étonnés des peintures qui veillent sur une collection unique au monde de bracelets de plastique et de colliers.
















  Les bracelets ont presque tous été achetés à Maduraï, cette ville temple de l'Inde où se mêlent quotidien et sacré, où l'on fait son marché à côté de femmes qui dessinent sur le sol des arabesques de poudre colorée, où l'on se promène bras dessus bras dessous à côté des prêtres qui emmènent Shiva vers sa chambre nocturne et tirent les rideaux afin de préserver l'intimité du dieu. Les femmes en sari sont si belles que pour garder un souvenir de leur parure, Nicole a dévalisé un petit marchand et rapporté à Paris cet arc en ciel de Maduraï.















  De part et d'autre les poissons naviguent dans le ciel. Le poisson qui est signe de vie et de bonheur est aussi le signe astrologique de Nicole. Il lui correspond bien. Parfois même, les pieds et les mains de Nicole sont si froids que lorsqu'elle les colle contre moi pour les réchauffer, je trouve que son signe est un peu trop envahissant. Je devrais au contraire m'en réjouir... mais nobody is perfect.













  Attention parfums. Il y en a partout, de Shalimar à Angel en passant par Jungle qui depuis quelque temps est devenu le grand favori. Tout poisson qu'elle est, Nini aime les éléphants et n'a pas oublié Delly, jeune femelle de Sumatra qui l'a promenée entre rizières et volcans sous une pluie tropicale à dissoudre un Sacré Coeur. Vous remarquerez dans ce troupeau un flacon encore plein. C'est que Nini a du nez et a détecté une imitation dans ce flacon que j'ai acheté sur ebay. N'achetez pas vos parfums sur ebay, c'est un conseil d'amis....

















Ceux là sont vrais mais minuscules. Ils devenaient si envahissants qu'un beau jour, la collection s'est arrêtée. Ils ont un défaut majeur, c'est qu'ils attirent la poussière. Et voilà pourquoi je n'ai pas besoin de clé secrète pour entrer dans le sanctuaire. Je viens en macho accompi épousseter les dizaines de miniatures car je vous fais une confidence, c'est une pratique qui n'entre pas dans les moeurs de Nini.













    Ah non ! Encore des miniatures !

















    C'est pas vrai ! là aussi !! Mais cette fois, ce sont de bons gros flacons!

 

 

 

 

 

 

     Voilà qui amuse cette famille de canetons qui me surveillent. Ils ne barbotent pas dans la baignoire; Nicole a beau être petite, elle n'est plus un bébé pataugeur. En fait ils ont à l'oeil les coffrets mystérieux, les tiroirs secrets, les petits meubles à bijoux, les coffres chinois où Nicole enfouit de minuscules trésors et de précieux souvenirs. L'Île aux trésors, c'est ici, mais aucun pirate n'y aura accès.

















    Chaque collier a une histoire, Ils parlent d'un jour d'été, retour de plage ou d'un anniversaire. L'un évoque Venise la Rouge (pas un bateau ne bouge) ou Madras, l'autre est venu du Liban avec ses breloques d'argent. Les plus beaux sont des soleils indiens.

















Pas de salle de bains sans baignoire. Celle ci a les formes qui conviennent. Elle imite la fleur de lotus  (avec un peu d'imagination) mais je n'y ai jamais vu Nini s'y prélasser. C'est un spectacle strictement interdit. Je ne vous dis pas ma frustration. Il n'y a même pas de trou de serrure... Seuls les pigeons de Montmartre peuvent jouir de ce privilège.
  Remarquez au premier plan un vélo d'appartement qui permet à Nicole d'accrocher ses sacs et ses écharpes.














   Et maintenant je quitte comme j'y suis entré, sur la pointe des pieds cet univers troublant.
    Les mots qui entourent ce tableau me reviennent en mémoire :
 C'est la nuit ou le jour, c'est dedans ou dehors, c'est Nicole les yeux ouverts  qui fait tourner dans un lac vert les poissons rouges de ses rêves.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #OLERON PLAGES

              J'ai quitté Montmartre pour aller passer quelques jours dans une petite commune de l'île d'Oléron : Le Grand Village Plage. Ce n'est pas un village, ce n'est pas grand mais il y a vraiment une plage! Si vous ne connaissez pas l'île d'Oléron, je voudrais vous inviter à y venir le plus vite possible, avant que ne soit parachevé l'enlaidissement irrémédiable et le saccage d'une île qui fut en son temps sauvage et belle. Mois après mois (et cela depuis la construction du viaduc de sinistre mémoire), les terrains se lotissent, les campings prolifèrent et bientôt  il y aura plus de mobil homes que d'arbres sur cette langue de terre. Les mobil homes s'étendent comme une maladie de peau...ils sont partout, avec leurs pots de geranium, leurs nains de jardinets, leur barbecue, leur antenne satellite, leurs petits chiens aboyeurs et leurs heureux propriétaires gobeurs d'huîtres. Ne crions pas haro sur le mobil home...il n'est pas le seul responsable de la catastrophe. Voyez comme se multiplient les maisonnettes charentaises, toutes semblables, toutes blanches ou ocres avec leurs volets bleus ou en plastique... Voici donc Le Grand Village Plage. Jadis quelques maisons serrées en colimaçon, avec de jolis noms de rues : passages des îles, rue des saulniers, rue du roulier... Dieu merci, elles sont toujours là et quelques unes sont même habitées par de vrais habitants...toute l'année...


  




Un escalier tout à fait typique à Petit Village, commune de Grand Village (il n'y a pas encore de Moyen Village, ni de Géant Village ni de Mini Village, mais étant donnée l'originalité des noms, cela ne saurait tarder).




La Chapelle Saint Joseph prétendue du XVIIIème siècle mais en fait très XIXème. Elle ne présente aucun intérêt sinon d'être minuscule et d'avoir été jadis plantée au milieu des champs. Elle est aujourd'hui cernée de lotissements. Signalons pour être justes que l'intérieur est décoré de fresques récentes de Murat, peintre local qui a représenté avec fraîcheur et idéalisme son île telle qu'elle avait dû être avant le désastre. Vous remarquerez le grand art du photographe qui a su donner l'impression de nature exubérante. Méfiez-vous des cartes postales...





Au coeur du village, voici un émigré heureux..LE PALMIER. Bien protégé des vents du nord et de l'ouest, il s'épanouit avec le sourire. D'ailleurs, vous remarquerez assez vite qu'en général les sourires ne sont pas charentais. Si vous rencontrez d'aimables personnes, elles ont toutes les chances d'être des émigrées des autres provinces.








Ah ! La belle maison ! Remontée pierre à pierre pour les touristes au coeur de la commune, juste à côté de la mairie. L'été de magnifiques fêtes s'y déroulent avec chorale locale, dégustation de moules et danses folkloriques. Ah ! le cri des milliers de moules vivantes jetées sur un lit d'aiguilles de pin embrasées et qui se mettent à gueuler de toutes leurs coquilles ouvertes!!!






  Bon, vous aurez assez vite fait le tour du vieux village qui est de loin ce qu'il y a de plus authentique en cette contrée et vous trainerez vos tongs vers la forêt et les villas modernes, toutes ressemblantes, avec garage, portail électronique et alarme contre les voleurs. Vous pourrez visiter le cimetière qui n'a d'intérêt que si vous y connaissez quelqu'un à qui faire un brin de causette. Vous pourrez visiter le centre commercial, le Super U où l'on fait toujours la queue, hiver comme été. C'est d'ailleurs une des principales curiosités de Grand Village : comment provoquer des queues aux caisses alors qu'il n'y a que trois tondus, deux pelés et un chevelu dans le magasin. Mais j'ai pitié de vous et je vais vous entraîner dans la forêt. Attention, ni le jeudi ni le lundi comme l'annoncent les panneaux car des chasses peuvent être "en cours". Donc il y a en cet endroit des individus, de forme humaine qui prennent leur pied en tuant des bestioles. Je suggère qu'on arme les sangliers et les chevreuils afin qu'ils puissent riposter. Je présume qu'il y aura alors beaucoup moins de Rambos, de Supermen, de Zorros flingueurs sous le ciel de cette commune.





Donc en dehors des périodes de chasse, vous découvrirez une belle forêt qui s'étend sur plusieurs kilomètres et où le printemps affole les genêts. Si vous aimez le VTT, alors vous y serez heureux car c'est l'un des rares endroits où l'on peut rêvasser loin des foules balnéaires. La forêt qui a beaucoup souffert des grandes tempêtes échappe pour l'instant à la boulimie des promoteurs.






Voici une des pistes qui sillonnent la forêt et qui vous permettra d'aller de Grand Vilage à Saint Trojan, le Saint Tropez local, toutes proportions gardées. Si vous avez un cadeau à faire à une jolie gazelle, arrêtez votre bécane sur le port et entrez dans la cabane "Retour de Plage" où une très sympathique Martine crée des bijoux de fantaisie originaux et abordables.






    Et maintenant il faut bien arriver à la plage... Pas de manne financière sans ce rivage tant recherché. Il faut y accéder, à pieds, à vélo ou en voiture. Vous ferez 1km5 , ce qui use les souliers si vous voulez marcher. Si vous prenez la piste cyclable, vous passerez votre temps à branler la sonnette, car il y a tant de familles, poussettes, fauteuils roulants, bateaux gonflables sur la piste que pédaler sans écraser un pied, renverser un enfant, heurter un chien, désarçonner un autre cycliste reste un exploit. Enfin si vous ne pouvez abandonner votre voiture, ATTENTION. Il n'y a que quelques places de parking et la route se trouve assez vite encombrée de chauffeurs qui vont, viennent, poireautent, s'énervent, finissent par débarquer femme, enfants et belle mère, avant de revenir en maugréant sur le parking de super U. Certains jours une grille gardée par la police municipale interdit tout accès au rivage sacré.

 


Et pour terminer je choisis cette photo de la Grande Plage qui est magnifique hors saison. J'aime cet homme et son chien qui passent dans cette immensité indifférente. L'été le rivage est noir de monde et il faut marcher longtemps pour trouver son espace vital. Il faut aller au delà de la plage naturiste (mais pourquoi il n'y a que des vieux à poil ?) vers les Allassins et les blockhaus de Vert-Bois. Mais la mer est superbe; les vagues infatigables, le ciel capricieux, les cailloux envahissants, les puces de sable horripilantes, les méduses médusantes.
Bonnes Vacances Au Grand Village Plage !!!
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lien : Toutes les plages d'Oléron :
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Publié le par chriswac
Publié dans : #WACRENIER

   Je voudrais vous présenter un poète qui au temps de sa jeunesse folle fréquenta Montmartre et connut quelques un des écrivains et des peintres qui aimaient se rencontrer et user les longues soirées de printemps et d'été à boire, fumer, polémiquer, recréer le monde et lancer des phrases et des idées comme des fusées de détresse ou des grenades.






















   Je ne vous parlerai pas aujourd'hui de son histoire, de sa tentative après la défaite et l'avénement de Pétain de rejoindre l'Angleterre en volant un avion (celui de son colonel !)  ni de son crash dans les vignes du Médoc. Ses compagnons plus habiles ou plus heureux intégreront pour la plupart l'escadrille Normandie-NiemenNon, j'aimerais simplement vous proposer la lecture de deux de ses poèmes. Le premier, il l'a écrit alors qu'il avait à peine 20 ans et qu'il rêvait, dans sa ville bourgeoise d'Arras, d'envol libre et de grands espaces, avec déjà, bien ancré en lui, le sentiment de l'éphémère et du temps dévoreur.

                               Visages

     Je mélange et je bats ainsi qu'un jeu de cartes
     des visages figés que j'ai connus jadis.
     L'épicier de ma rue avait des cheveux gris
     il avait accroché dans sa chambre une carte
     d'Air France et son salon était bourré d'atlas.
     Il savait des pays que nous ne savions pas
     longtemps nous l'écoutions immobiles et sages
     dans l'arrière boutique aux vitres dépolies
     qui ressemblait à la cabine d'un navire.
     Odeur du thé, Ceylan et dattes de Palmyre
     Epices et marées, Sénégal Oubangui,
     Et quand il mourut, on apprit
     que ce grand voyageur n'était jamais parti.

     Elle est morte elle aussi la vieille "vieille fille"
     qui m'offrait des bonbons et m'embrassait parfois.
     Ses yeux bleus reflétaient des horizons tranquilles,
     Elle ne regardait en cousant que ses doigts.
     Etait-ce indifférence ou douloureux regrets
     Ou bien revivait-elle au loin par la pensée
     dans la refloraison de ses fièvres passées
     ce qui aurait pu être et n'avait pas été ?
     Dans un tiroir au bois usé
     des lettres d'amour se fânaient
     en petits paquets ordonnés
     que des rubans roses nouaient.

     Fillette aux cheveux blonds je vous ai bien aimée
     O naïve fraîcheur des premières amours
     quand on croit pour de bon qu'on s'aimera toujours.
     Sous mes baisers vous frissonniez
     et vos joues ressemblaient à des pommes d'amour.
     Fillette aux bras légers
     sur nos étés il a neigé
     Vous souvient-il de nos serments
     et de nos étreintes d'enfant ?
     Les hirondelles se croisaient
     la cloche à l'église tintait
     nos coeurs à son rythme battaient
     Je n'ai plus retrouvé de semblables baisers.

     C'était un très grand homme au parfum de lavande
     de vieille pipe et de bruyère
     qui connaissait bien des légendes
     et les contait comiquement
     en faisant cligner ses paupières.
     Sa barbe poussait rude et jaune
     elle était comme un champ de chaume
     quand le faucheur a moissonné.
     Il m'apprenait à braconner...

     Encor d'autres visages
     et puis d'autres encor
     comme des paysages
     paraissant sous mes yeux
     portraits jaunis et vieux...

     Je mélange et je bats, mais il manque des cartes
     Destin joueur et fol où les as-tu perdus
     ces visages brouillés qu'on bat comme des cartes
     Visages d'autrefois qu'êtes-vous devenus ?


   



















   Cet homme-là n'était pas fait pour la vie familiale et rangée. Il eut poutant sept enfants. Il ne connut jamais la haute mer mais passa sa vie professionnelle dans un bureau parisien. Après avoir écrit deux recueils : Sur fond de Gueule et  Le Passeur de Nuages, il continua dans l'espace de liberté que sa vie lui concédait à créer et à mettre en mots ses désirs et ses désillusions. Le deuxième poème que je vous propose, il l'a écrit un soir de solitude et l'a envoyé à ses enfants comme une bouteille à la mer.


                                   A mes enfants

     Inéluctablement avec le crépuscule
     Je vois autour de moi s'insinuer la mer,
     Submergeant lentement d'ombre et de ridicule
     Epaves et déchets et souvenirs amers.

     Seul et sans le secours de tous ceux que j'aimais,
     J'attends l'enlisement préludant au naufrage
     Tandis qu'à mes pieds l'eau vient signer sur la plage
     Le destin que jamais je n'ai pu dessiner.

     Ah! que soudainement tout devient dérisoire
     Quand on croit voir au ciel un peu d'éternité,
     Quand la mer sourdement vient noyer la mémoire
     Mêlant à ce qui fut ce qui n'a pas été.

     C'est le temps où la solitude
     Se fait douce au coeur fatigué
     Où l'on cesse d'être Latude
     Où meurt l'envie de s'évader.

     Le temps des rendez-vous perdus
     A guetter ceux que l'on espère
     Ceux qu'on aime ne viennent plus
     Viennent ceux qui nous indiffèrent.

     Le temps où ressurgit l'efance
     Sans les espoirs qu'elle portait
     Où prisonnier de l'impuissance
     Il faut apprendre à s'accepter.

     C'est le temps de la nuit des temps
     Que les ans lentement délaissent,
     Où l'on n'a, marcheurs hors d'haleine,
     Plus le temps de perdre son temps.

     Enfants tant bien aimés, poucets que j'ai perdus
     Dans les rets de la nuit, les chemins de traverse,
     Saurez-vous pardonner au vieux berger fourbu
     Qui dans tous vos chagrins bien malgré lui vous laisse ?

     Faites que son amour, comme fit Véronique,
     Se grave dans vos coeurs en un reflet unique,
     Que sa prière à Dieu soit votre sauf-conduit
     Inscrit avec ces mots qu'à vous il n'a pas dits.

    Comme l'albatros de Baudelaire tombé sur le plancher,  il est aujourd'hui dans une maison de retraite où un rongeur sinistre s'attaque à sa mémoire.
     Je voudrais te dire que je t'admire et que je t'aime, mon père.


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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places.



 Avant de partir pour les vacances de printemps pour aller explorer les îles charentaises (sans doute moins aventureuses que Bornéo ou Sumatra) je m'offre une petite balade dans le marché Saint Pierre au pied de la butte. Cette photo est prise du 4ème étage du magasin Dreyfus. Elle permet de voir le toit de la halle, les jardins, le clocher de St Pierre qui paraît minuscule à côté de l'opulente basilique.




 
Un petit rappel historique afin de mieux connaître cet endroit où se côtoient femmes d'intérieurs (ou hommes) soucieux de rénover leur home, sweet home, costumiers de théâtre, créateurs de revues et amateurs de carnavals. A l'origine, il y a cette halle de fonte et de briques qui sert de marché à tout le quartier. Marché traditionnel où l'on trouve fruits et légumes, viande et fromages. Deux commerçants, Armand Moline et Edmond Dreyfus venaient vendre des tissus sur les trottoirs à proximité de la halle.




 
Les deux homme arrivaient de Levallois avec leur charrette surchargée de coupons. Leur commerce marchait assez bien et lorsqu'une loge de concierge fut à louer à proximité, ils eurent l'idée d'y stocker leurs tissus.



 
Quand des terrains furent à vendre dans les années 20, Dreyfus est acheteur et fonde la célèbre enseigne en accaparant le nom même de marché Saint Pierre. Aujourd'hui la famille n'est plus propriétaire mais le nom est comme un label et reste fiérement accroché à la façade. C'est un beau nom de France dont les lettres se détachent sur le ciel du Sacré Coeur et rappellent une époque que l'on espère tout à fait révolue où des catholiques français s'acharnèrent, au nom de l'honneur de l'armée nationale contre ce capitaine homonyme qui incarne aujourd'hui la probité et l'innocence bafouée.


Assez rapidement, d'autre marchands vinrent s'installer. Le succès fut considérable car les prix étaient plus qu'avantageux. En effet, la plupart des tissus provenaient de fins de série ou de surstockage d'usine.



 
Aujourd'hui vous jouirez d'une promenade colorée entre strass, paillettes et rideaux en arpentant les quelques rues qui composent le marché. Vous descendez au métro Anvers et prenez la rue de Steinkerque qui monte vers le square Louise Michel, au pied du Sacré Coeur. La 1ère rue à droite est la rue d'Orsel où vous trouverez de nombreuse boutiques de taille assez modeste.


 
Vous arriverez rue Livingstone,  Place Saint Pierre, avec la plupart des enseignes célèbres : Reine, Moline, Dreyfus.


  
Vous découvrirez d'autres enseignes qui pourront vous faire sourire, comme celle-ci qui fait allusion peut-être à un certain Arsène et qui rappelle en jouant sur les mots la proximité de la Basilique!


Si vous voulez participer au Carnaval de Rio, poussez la porte de cette boutique rue Picard. Vous y serez accueilli par un sourire qui vous donnera envie de tout dévaliser !
 
 Et maintenant bonnes vacances à tous et bonne balade dans le marché des couleurs !

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux
















  Une deuxième visite de cette église qui pour moi est la plus belle de Paris (je ne cherche pas à être objectif puisque je suis montmartrois). Avant de quitter le XVIème siècle, mentionnons la rumeur qui n'a cessé de ronronner sur la butte. Lorsque Henri IV fit le siège de Paris et campait avec ses troupes sur les hauteurs de Montmartre, il aurait fréquenté assidument l'abbesse dont la beaut était de notoriété publique. Elle était la petite nièce de Catherine de Clermont et n'avait que dix-huit ans lorsqu'elle devint abbesse. Le Vert Galant aurait obtenu ses faveurs et aurait avec ses hommes transformé le couvent en maison de plaisirs. Il est vrai qu'à l'époque toutes les vocations n'étaient pas de bon aloi et pour ne parler que des moines, Rabelais n'écrit-il pas qu'il suffisait à une femme de passer à l'ombre d'un monastère pour tomber illico enceinte!
Au début du XVIIème Une abbesse de grand renom dirige l'abbaye. C'est Marie de Beauvilliers qui restaure la discipline et redonne à l'institution un grand rayonnement. La chapelle des martyrs devient un lieu très achalandé. Les pèlerins s'y précipitent depuis que des ouvriers en y faisant des travaux ont découvert une crypte qui aurait été une chapelle des premiers chrétiens de la région et où Saint Denis en personne aurait dit la messe. Un prieuré est construit. La partie haute de l'abbaye qui commençait à se délabrer est abandonnée au profit de la partie basse. Entre les deux partie fut construite une allée couverte qui dévalait la butte sur plus de 400mètres ! C'est la princesse Françoise de Lorraine de Guise qui est alors abbesse. Citons parmi les abbesses qui se succéderont, Marguerite de Rochechouart, grande érudite qui parle le latin, le grec et qui est rrès versée en philosophie. N'oublions pas Emilie de la Tour d'Auvergne et Catherine de la Rochefoucauld. Les piétons de Paris retrouveront leur nom en arpentant les rues depuis la place des Abbesses jusqu'au IXème arrondissemrnt un peu plus bas, en traversant le boulevard de Rochechouart.











Pierre tombale dans l'absidiole du baptistère


 











La façade de l'église rue du Mont Cenis, face à la place du Tertre. Cette façade un peu plate est sans inspiration date de la fin du XVIIIème siècle





Mentionnons enfin la dernière abbesse de Montmartre : Marie-Louise de Montmorency-Laval. En 1789, les révolutionnaires pensant qu'il y avait des armes dans l'abbaye projettent de l'attaquer. Après quelques péripéties, l'abbesse qui s'est enfuie et se cache à Bondy est dénoncée (tradition bien française) arrêtée et transférée à la Conciergerie. L'abbesse, vieillie est devenue sourde et aveugle. Elle est jugée par le tribunal révolutionnaire. Fouquier-Tinville ne pouvant recevoir aucune réponse de cette femme dictera au greffier une phrase devenue célèbre et qui n'honore pas son auteur :" C'est bon, c'est bon, écrivez qu'elle a conspiré aveuglément et sourdement." Elle est conduite place du Trône (aujourd'hui place de la Nation) où  elle est guillotinée avec quinze autres religieuses. Elles chanteront jusqu'à ce que tombe la dernière tête. Elles sont enterrées au proche cimetière de Picpus où vous pouvez voir leurs tombes.
L'abbaye est vendue comme bien national; elle est complètement détruite et démontée pierre à pierre; Il ne subsiste que l'église paroissiale qui devient pour quelques année "Temple de la Raison" et qui lorqu'elle retrouvera son usage cultuel gardera le nom de Saint Pierre aux dépens de Saint Denis qui était pourtant le saint patron de la paroisse de Montmartre.

















Franchissez la grille et découvrez la façade assez banale, ornée de portes de bronze qui ont été offertes en 1980 par le sculoteur Tomasso Gismondi. Vous voyez sur la photo la porte Notre-Dame. La porte centrale est consacrée à Saint Pierre et la porte de gauche à Saint Denis. Les vantaux sont à lire comme des vitraux. Le premier en bas à gauche représente l'annonciation, le deuxième en bas à droite : la nativité. Il suffit de les regarder en montant : le 3ème représente les noce de Cana, puis  Jésus rencontrant sa mère; le 5ème : Jésus en croix puis la déposition de croix. Le 7ème la Pentrecôtre et le dernier l'Ascension. Chacun appréciera selon son goût et sa sensibilité ces sculptures modernes qui semblent avoir connu l'usure du temps et font penser à des figures de glaise mal dégrossies.




Le dernier vantail de la porte de Saint Pierre (le martyre)


















Le troisième vantail de la porte de Saint Denis (Denis arrive à Paris).








  
A gauche de la cour d'entrée s'étend le cimetière du Calvaire où sont enterrées quelques personnalités comme Pigalle ou Bougainville. On ne peut visiter le cimetière qu'une fois par an à la Toussaint. La grille de Gismondi qui le sépare de la cour ne manque pas de force. Elle représente la Resurrection.
















Les vitraux ont été réalisés par Max Ingrand dans les années 50. Ils représentent le Christ, St Pierre, St Denis ainsi que d'autres saints vénérés sur la butte. Quelques uns (dans les absidioles ont un décor végétal). Ils sont de couleurs vives avec des rouges  vibrants.











Chapelle du Saint Sacrement.












Saint Benoît, Saint Ignace. Transept sud.

















Saint Pierre et le coq (choeur)






Parmi les assez belles réussites dans le mobilier contemporain religieux, on peut citer l'autel de cuivre émaillé de Froidevaux consacré en 1977. Pour une fois, la tendance minimaliste et misérabiliste a été abandonnée au profit d'une oeuvre qui puise son inspiration à la fois dans un passé médiéval où l'on réservait l'or et les pierreries aux objets liturgiques les plus sacrés et aux formes contemporaines stylisées et dynamiques.















La face principale représente la vigne de Montmartre, les maisons et les moulins. Le symbolisme y est clair et inclut Montmartre dans le mystère eucharistique du pain et du vin.

















Sur une des faces St Pierre est représenté avec ses inévitables clefs mais sans son gallinacé chanteur. St Dominique a lui aussi l'honneur d'un côté de l'autel pour des raisons familiales... Une tante des donateurs, soeur Marie Solange était en effet dominicaine.
 Dans le choeur vous pourrez découvrir plusieurs toiles de valeur. Un tableau assez impressionnant dû à José Ribera (début du XVIIème). C'est une descente de croix très sombre où le visage douloureux de la mère apparaît au dessus du corps supplicié du fils qui semble appuyé contre elle et dont les bras sont comme les ailes d'un oiseau blessé mais tentent de s'ouvrir encore pour accueillir les hommes.
 Un immense tableau de Parrocel (1750) représente Jésus au jardin des oliviers. Il est composé de trois parties : en bas, dans l'ombre les disciples endormis; au centre le Christ face à un ange qui lui tend les bras et au-dessus, dans la lumière la croix du supplice portée par des angelots.



















                                                                          











 Une autre toile représente le reniement de Saint Pierre par le Guerchin (début XVIIème). Pierre se chauffe les mains à un brasero et refuse de suivre la direction indiquée par le doigt de celle qui l'accuse, tandis qu'un soldat  pose la main sur son épaule. Cette attitude du saint qui semble préférer le confort de cette chaleur à l'héroïsme auquel l'invite l'homme en armes, attitude bien compréhensible et humaine nous interpelle aujourd'hui où tout engagement pour plus de justice et de fraternité implique que l'on abandonne ses pantoufles et son brasero! Et pourtant nous ne risquons pas d'être crucifiés la tête en bas...

















Une dernière toile de moindre facture, d'un artiste anonyme représente une flagellation. Elle est un peu gesticulatoire; seule la tunique rouge qui annonce le supplice donne un peu de force à l'ensemble et au Christ qui jette un regard de côté et se demande ce qu'il fait dans ce mauvais film.
 

Lien : le cimetière saint Vincent fin d'annee

















     Et maintenant  à vous de découvrir cette église à l'histoire mouvementée mais qui reste imprégnée de prières et de chants. Il est agréable de quitter l'agitation touristique du quartier pour s'y asseoir un moment et écouter le murmure des pierres.

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