Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux


A quelques pas de Pigalle, dans le quartier romantique de la Nouvelle Athènes, se dissimule derrière les arbres une jolie demeure à l'italienne. C'est la maison du peintre Ary Scheffer, artiste qui fut à la mode mais qui aujourd'hui pâlit à côté des Delacroix et des Géricault qui furent ses contemporains.


Etrangement, George Sand qui ne vécut jamais en ces lieux, semble les habiter. Il est vrai cependant qu'elle fréquenta l'atelier du peintre (à gauche de la maison) où, sous la Monarchie de Juillet, de nombreux artistes et intellectuels aimaient se retrouver. Parmi eux, Chopin, Delacroix, Rossini, Guizot, Dickens, Liszt ou Berlioz ne sont pas les moindres !... En pénétrant dans la maison vivante, on a l'impression qu'elle va apparaître et accueillir le visiteur.


C'est que La petite fille de la bonne dame de Nohant a légué à la ville de Paris, meubles, bijoux, objets qui se trouvaient dans la propriété du Berry...


Le salon à la lumière dorée semble prêt à vous recevoir. les objets trop nombreux ont un histoire qu'ils chuchotent à qui veut l'entendre.


Dans les vitrines, à côté des bijoux et des mèches de cheveux dans des médaillons, ces deux moulages parallèles des mains de Sand et de Chopin ... Les doigts du pianiste jouent sur un clavier imaginaire une
valse qui fait danser la poussière devant les vitraux


La main de Sand attend de reprendre la plume. On aimerait la voir se poser sur celle de son amant.   La nuit peut-être, quand l'heure est venue de composer un nocturne et quand les visiteurs partis,  s'abolissent les frontières du temps.


Un pastel de Delacroix illustre Lélia, roman sombre et romantissime de Sand. Le dessin vigoureux et dépouillé fait pâlir les toiles académiques de Scheffer, suspendues dans la même pièce.


Tout à l'heure, nous monterons au premier étage où sont exposées des oeuvres du véritable propriétaire des lieux, Ary Scheffer.
(à suivre...)

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #WACRENIER

Comme chaque vendredi, je vais voir ma mère. Je fais pas à pas avec elle, les interminables courses puis j'essaye de la gâter avec un bon petit repas préparé à la maison et transporté dans une glacière.
    Je sais bien que nous sommes Vendredi Saint, jour de jeûne!
 Pour  moi c'est le jour idéal pour gâter ceux qu'on aime et partager avec eux le champagne.
Minouche m'attend sur le tapis. Depuis longtemps, elle a compris que j'étais un ami, un complice; elle en profite pour cavaler dans le couloir et tourner, mine de rien la tête, pour vérifier que je la poursuis.

A peine suis-je arrivé que maman me montre une photo qu'elle ne se lasse pas de regarder. Elle est avec son arrière-petite-fille, Mila, en Normandie, pendant les dernières vacances d'hiver. Elle se rappelle ce moment où elles s'amusaient toutes deux et ne pouvaient cesser de rire. Au point que les parents durent intervenir pour calmer les délurées!
Elle dit que c'est la photo qu'elle préfère. Elle dit qu'elle adore Mila.

Pendant le repas (asperges, Kebbé, champignons, profiterolles, garriguettes...) nous parlons beaucoup. Je lui demande, comme je l'avais demandé à mon père de me dire quels sont ses trois pires souvenirs et ses trois meilleurs. En excluant la mort ou la naissance des enfants qui sont des malheurs ou des bonheurs qui échappent à toute classification. Pour les pires, elle me dit qu'elle n'a que l'embarras du choix. Il n'y a pour ainsi dire que ça!
-Maman, quels sont ceux qui te viennent tout de suite à l'esprit?             -  Je peux commencer par mon mariage. Ce jour-là j'aurais dû comprendre. Je suis arrivée en taxi avec ton père, devant la mairie. Il en est sorti et s'est précipité dans le bâtiment, sans même s'occuper de moi. J'ai dû descendre seule, monter seule les marches, entrer seule dans la salle des mariages. J'avais le coeur gros. J'aurais dû imaginer alors ce que serait ma vie avec cet homme-là!
    
Le souvenir ne m'étonne pas. Ce qu'ils ont vécu, chacun de leur côté ce jour-là, ce n'est pas précisément l'euphorie! Je sais que mon père n'a pas dormi de la nuit qui précédait la cérémonie et qu'il a hésité jusqu'au dernier moment, au point d'envisager la fuite... 



Un autre souvenir. C'était le bal du Rotary dans un grand hôtel d'Arras. Je suis arrivée avec ton père pour le dîner. On nous a demandé de nous asseoir là où était le carton avec notre nom. Ton père était à la table d'honneur avec le Président. Il n'y avait pas mon nom. Il m'a dit d'aller chercher où je pouvais être. J'ai fait le tour de toutes les tables et me suis fait rembarrer. J'étais morte de honte. finalement, je suis revenue à la table principale. C'est le président qui m'a remarquée; Il s'est étonné. Ton père n'avait pas prévenu qu'il venait avec sa femme. Il a fallu rajouter un couvert. J'aurais dû partir. je n'ai pas eu ce courage.

Un troisième souvenir, c'est l'avortement qu'il m'a imposé. Je n'ai jamais supporté par la suite ses bondieuseries et son puritanisme. Il condamnait sans réserve l'avortement alors que...

Là, je lui coupe la parole... Je connais cette histoire douloureuse...


Et les bons souvenirs maman?
-J'ai beau chercher, je n'en trouve pas!
-Allons maman, fais un effort!
-Mais pourquoi tu me demandes ça?
-Si je ne te le demande pas maman, je ne le saurai jamais. Je veux t'imaginer heureuse quelques fois!
-Bon! Alors, je dirai que je me suis sentie heureuse la première fois où nous avons eu une maison à nous. Je pensais tellement qu'avec ton père nous n'aurions jamais un endroit à nous! Après la signature pour la maison de Réveillon, nous sommes allés dans un très bon restaurant, nous avons bu le champagne. Je me rappelle. J'étais bien.

Un deuxième souvenir, c'est la Libération. Je n'oublierai jamais, malgré les choses moches que nous avons vues. Il y avait une ambiance de fête, de vacances. On était jeunes. Tout Paris était dehors. On dansait à chaque coin de rue!

-Un troisième souvenir maman et tu auras fini tes devoirs!
-Un troisième? Non je ne vois pas. Vraiment.
-Tu aimais tes parents?
-Oui, j'adorais mon père! C'est vrai! quand j'étais seule avec lui, j'étais aux anges.


Nous avons parlé encore longtemps. C'était comme un voyage, dans un passé que je connaissais sans le connaître vraiment, comme on croit connaître Venise sans y être jamais allé.

 Je voudrais acheter des années et des années pour avoir l'occasion de voyager longtemps sur les eaux noires ou sur les eaux bleues avec toi, maman.

un dernier regard sur un tableau que j'aime : une plage de ce nord où tu es née. Un ciel de tempête, une foule accourue pour un naufrage ou un retour de pêche.
Naufrage?
Retour de pêche?

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #WACRENIER
9 avril, 9 heures. Je file à la Gare du Nord. Je vais à Sceaux, sans prévenir mon père. Je veux arriver tôt, passer deux heures avec lui et rentrer avant l'interminable repas dans la salle sinistre de la Résidence.

Je passe rue Houdan pour acheter une bouteille de champagne puis je me dirige vers l'église et la rue qui mène à la Faïencerie. Je vois mon père qui avance à petits pas et remonte vers le centre-ville. Je m'arrête. Il passe à côté de moi sans me remarquer.
Je l'appelle; il se retourne, surpris. Il me dévisage. Je n'attends pas, je l'embrasse,"C'est moi, Christian, mon petit Dad"!  Il s'étonne : "ça alors! mais c'est un jour extraordinaire! Un jour dont je me souviendrai ! J'allais voir une dame de la paroisse et cest toi que je  trouve!
-Dad, allons voir cette dame qui t'attend peut-être!
-Non, tant pis pour elle! elle a laissé passer sa chance! Allons à l'église!
-Mais Dad, regarde, il y a un enterrement!
-Ah bon! alors il faut que je fasse les lectures!
-Non, je ne crois pas Dad.Regarde la foule! c'est un enterrement de riche! Viens, on va se promener dans le parc!

Et nous passons tous les deux la grille; je le tiens par le bras. Nous allons vers le bassin du petit château et la statue sans mémoire. Il me redit que ce jour est exceptionnel. Il a raison. Chaque jour est exceptionnel quand nous rencontrons ceux que nous aimons. Et peu importe si ce jour disparaît ensuite dans la nuit. Il a existé. Grain de sable et de douceur dans la terre où nous dormirons.

Je lui rappelle que nous sommes dans la Semaine Sainte. Il paraît étonné. Pourtant Dad, rappelle-toi que tu as toujours dit que c'est le vendredi saint que tu aimerais mourir!
-Mourir pour mourir..
-Tu sais ce que dit Sylvie. En fait ça ne serait pas un cadeau car tu risquerais de ressusciter le 3ème jour!
-Ah! Mais on ne sait pas quand il est ressuscité, lui.
-En théorie, c'est dimanche, le jour de Pâques. Tu sais que Vincent vient te chercher.
Il s'étonne. Il trouve que c'est gentil. Il me demande si Vincent a des enfants. Oui Dad, il a deux garçons. Tu peux retrouver leur prénom. Pense à un grand poète, un de ceux que tu préfères.
-Il est mort?
-Oui Dad, au XIXème siècle;
-Alors s'il est mort comment veux-tu que je sache son nom?
-Mais tu l'aimes Dad. La Légende des Siècles! "Lorsqu'avec ses enfants, vêtu de peau de bêtes..
Il poursuit aussitôt sans se tromper :"Echevelé, livide au milieu des tempêtes, Caïn se fut enfui de devant Jéhova..."
C'est étrange, cette mémoire des textes appris dans l'enfance et l'adolescence. Il ne sait plus s'il a des petis enfants mais il sait encore par coeur des poèmes entiers.
Bon, Dad, tu vois que tu le connais ce poète. Les Misérables, ça ne te rappelle rien?
-C'est triste !
-Victor, Dad!
-Victor?
-Victor hugo! Tes petits-fils s'appellent Victor et hugo!
- Ah Bon! Si tu le dis!


Après un silence, il m'interroge:
-Comment va ta mère?
C'est la première fois que spontanément, il s'inquiéte devant moi de sa femme.
-Elle n'est pas en forme, elle marche très difficilement.
-C'est son pied?
-Non Dad, c'est la hanche. Tu vas la voir dimanche chez Vincent.
-Ah bon, je vais chez Vincent?


Après la balade, nous allons au café où il me redit que ce jour, il ne l'oubliera jamais.

Je le raccompagne dans son studio.
Je regarde sur un des murs le Christ peint par son ami Vasquez del Rio. Un christ décharné sur le bois du Vendredi Saint. Mon père est aussi maigre, aussi innocent... et c'est pourquoi si l'on y croit, le jour venu, lui aussi, il ressuscitera...



Mon père. Visite. Alzheimer à l'ouvrage.

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux


Vus de l'impasse Marie-Blanche  un mur de briques et une tour nous rappellent qu'il y eut ici une grande demeure construite à l'époque romantique par le Comte Charles de L'escalopier.

A l'époque de sa construction, en 1835, en pleine vogue du style troubadour, la demeure attire de nombreux curieux. Elle est alors au milieu des champs, à quelques pas du cimetière du Nord, dit de montmartre.

Ce qui attire les badauds, ce sont des serres extraordinaires. Elles sont ornées de roches, de bassins et chauffées à la vapeur. Elles abritent les plantes les plus rares. A côté des bananiers, on trouve des bambous, des papayers, des arbres à pain, des cocotiers en pleine terre. Une des serres, la plus visitée, offre aux regards émerveillés des parisiens, les plus belles orchidées, les muscadiers, les copayers, les mancenilliers, les bois de santal....

Les serres sont hélas détruites par le Comte lui-même (c'est pour cette raison que Nicole, amoureuse de la végétation luxuriante, m'entraîne chaque année sous les tropiques).
 Le Comte, grand érudit, nommé conservateur de la bibliothèque de l'Arsenal, dont Nodier, qui a sa rue de l'autre côté de la Butte, est le responsable en chef, les remplace par une immense bibliothèque, en grande partie consacrée aux ouvrages d'archéologie chrétienne.
Passionné par le Moyen-Âge, comme beaucoup de ses contemporains, et comme le plus grand d'entre eux, notre Victor national, il décore sa maison en gothique flamboyant et installe un musée médiéval de pièces d'orfèvrerie, d'ivoire, de bronze. Il acquiert des émaux très rares et des reliques pour la plupart douteuses mais dont le reliquaire, lui est authentique!
Notre Escalopier écrit un ouvrage qui lui apporte une petite célébrité et lui vaut le hochet suprême, la croix de la légion d'honneur. Il s'agit de la traduction d'un traité du moine Théophile (XIIème siècle) sur les arts de son temps.
La porte étant entrouverte; je me permets d'entrer sur la pointe des pieds. Le grand escalier semble accueillir quelques fantômes de lumière.


Une femme insatisfaite  et mélancolique attend sur le mur que s'ouvrent à nouveau les portes sur les forêts tropicales et les perroquets multicolores.


Au fait, ce nom de L'Escalopier, que signifie-t-il ?  Notre homme débitait-il des escalopes à la Cour de France?  Ou bien portait-il sur la tête un chapeau qui en avait la forme?  
Que nenni ! 

Le nom est italien. Et ancien. Et prestigieux. La famille Della Scala régna sur Vérone jusqu'au jour où elle en fut chassée par les Vénitiens (au XIVème siècle). Réfugié à Paris, Pietro Della Scalla voulut franciser son nom :
       
"Renversé de fortune, il renversa son nom
  L'Escalopier lui fut nom pour Piero L'Escale"



Aujourd'hui, il faut tourner dans les petites rues de Montmartre aux noms de femme, pour découvrir ce qui subsiste de ce monde créé par cet érudit qui, passionné d'archéologie se rendit en orient, y découvrit les restes d'une martyre, Théodosie, originaire d'Amiens (!!!) dont il obtint du Saint-Siège la translation dans sa ville natale.


Au coin de l'impasse Marie-Blanche et de la rue Constance, dans une vitrine, un tigre se souvient peut-être d'avoir planté ses crocs dans la chair tendre de Théodosie. Mais il est trop débonnaire pour avoir de tels souvenirs... Il rêve avec ses compagnons de carton sur les fantômes, végétaux et humains, de la demeure du Comte marie-Joseph Charles de L'Escalopier.

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #POEMES ENFANTS




                                   PETITE SI PETITE

Petite si petite, je t'envoie dans ma poche
Où tu remues comme un grelot
Petite si petite, je te mets dans ma sacoche
Où tu chantes comme un loriot 

Petite si petite, je t'envoie dans mon verre
Où tu bois tout mon armagnac
Petite si petite, je te mets dans le hamac
Où sans boussole tu te perds

Petite si petite, je t'envoie dans ton lit
Où tu remues comme un lapin
Petite si petite, je te mets dans ma main
Où tu suis ma ligne de vie

Petite si petite, je te prends dans mon coeur
Où tu tapes comme un boxeur


Quand j'ai voulu t'en arracher
Mon coeur soudain s'est arrêté.





 

Lien :

 

Liste des poèmes pour les enfants. Liens.

Poème pour un enfant malade.

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #POEMES. ALZHEIMER PERE


 

 

Il se relève, il est nu
Rien ne lui reste du voyage
Pas un billet, pas un bagage
Un nom de gare, un nom de rue
Il se relève, il est nu

Il veut parler, il est muet
Rien ne lui reste du langage
Pas un seul mot, pas une phrase
Un seul poème, une question
Il veut parler, il est muet

Il me regarde, il est aveugle
Rien ne lui reste des images
Pas un sourire, pas un visage
Pas un seul arbre, un paysage
Il me regarde, il est aveugle

Il veut pleurer, ses yeux sont secs
Rien ne lui reste des douleurs
Pas une plaie, pas une larme
Pas un chagrin, pas un échec
Il veut pleurer, ses yeux sont secs

Il se relève, il est nu
Rien ne lui reste sur la terre
Pas une fleur, pas une pierre
Pas un oiseau du cimetière
Il se relève, il est nu.


Lien :

Liste et liens des poèmes Alzheimer. Mon père.
Un poème. Alzheimer.

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #WACRENIER

29 mars. Arrivé Gare du Nord, je découvre que le RER pour Robinson est supprimé et qu'il me faut attendre 40 minutes... Je préfère prendre celui de Massy et descendre Parc de Sceaux pour marcher une demi-heure jusqu'à la Faïencerie, de l'autre côté des jardins. Un coup d'oeil sur le château. Ne reste rien de la demeure de la Duchesse du Maine. Certains bâtiments sont aussi fragiles que les hommes. La lourde bâtisse du XIX ème écrase de sa bourgeoise assurance les ombres de ceux qui vécurent ici au temps du Roi-Soleil et au temps des Lumières. Sans elle, les ombres légères pourraient frôler, sans doute, les promeneurs solitaires.Lui, il a senti la trace d'un bichon femelle qui aimait taquiner Marlamin, le chat de la Duchesse.
Les arbres qui n'oublient rien bruissent de confidences. Mais pour entendre leur langage, il faut être un enfant, un animal ou un vieillard.
Il les comprend peut-être, lui qui s'étonne de me voir aujourd'hui. Il me dit que sa journée sera mémorable parce que je lui ai rendu visite. Je réponds qu'il en sera de même pour moi. Mais je suis triste et j'ai du mal à sourire et à chercher des sujets de conversation. Il me paraît si fatigué, si découragé...Il me dit qu'il est très vieux, qu'il a 59 ans. Il me dit que la vie est étrange et qu'il désire écrire tout ce qu'il a connu, les bons et les mauvais souvenirs. Je lui demande de me raconter un bon souvenir. Il sourit faiblement. Il ne dit rien. Je lui demande un mauvais. Il me regarde. "Il ne faut pas raconter les mauvais souvenirs". Il ne dit rien de plus. Le repas qui s'éternise invite le silence. Il ne me gêne pas. il ne le gêne pas. Il mange avec application. 

Quand j'essaye de lui parler d'Oléron, il me confie qu'il regrette de n'avoir pas acheté la maison où il vivait. Je ne le contredis pas. Je lui redis, ce qui est la vérité, que bien des gens se le rappellent et parlent encore de lui. Une petite lueur passe dans ses yeux. "Oui, tout le monde me connaissait. Quand j'allais au marché, les commerçants ne voulaient pas me faire payer." Etrange confidence. Lui qui a toujours été la générosité même et qui payait plutôt deux fois qu'une...

Je l'ai raccompagné à son studio. Dans l'ascenseur, une dame élégamment âgée le salue : "Bonjour monsieur! vous me reconnaissez? Dites-moi comment je m'appelle?
- Oh oui! je vous reconnais!
- Bien! Comment je m'appelle?
- Mais tout le monde sait comment vous vous appelez! Vous êtes très connue!
Nous arrivons au troisième étage. Comme d'habitude, il se trompe de direction; Il faut dire que les couloirs sont tous semblables, murs jaunâtres et portes bleu marine, pour ne pas dire noires.

Mon père, ton visage est celui de la nudité. Je voudrais le couvrir de mon amour. Mais ce que je vois, c'est le plus profond, le plus souffrant de toi. Comme l'érosion ne laisse debout que les plus dures pierres, l'âge ne laisse voir que l'irréductible, la charpente la plus secrète, celle avec laquelle on meurt un jour. Cet irréductible, c'est la souffrance et la bonté.



Lien : Visite à mon père. Alzheimer.

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #WACRENIER


26 mars. Improvisation donnée par les élèves de Bruno au Conservatoire de la rue de Pontoise : les deux derniers actes de la Cerisaie. Je suis assis au premier rang pour prendre quelques photos. J'entends Bruno présenter le travail de ses élèves, sa conception du théâtre. Je suis ignare en la matière;  les mots glissent sur mes plumes de canard. Mais ce que je perçois immédiatement, c'est l'atmosphère, la nervosité dans l'air et l'amitié inquiète qui semblent unir les jeunes acteurs. J'ai toujours été frappé dans les spectacles de mon frère, ce grand angoissé, cet insatisfait, par cette présence forte, comme palpable d'une fraternité, d'une communauté serrée pour un moment autour d'un feu dans la nuit. Pour rafraîchir la mémoire des spectateurs, un résumé des premiers actes est présenté avec accompagnement pianistique. La séquence est virtuose et drôle. Mine de rien, avec légèreté, elle nous introduit dans l'univers tchékhovien : le temps inexorable qui bouffe toute jeunesse et tout espoir, le deuil impossible... mais elle le fait avec humour, avec clownerie même. Elle nous prépare à recevoir le spectacle comme une comédie où l'on rit et l'on sourit, une comédie tragique qui ressemble à la vie.
Le 3ème acte fait de nous des voyeurs qui essayent de participer à la fête en jetant un oeil entre les panneaux des paravents. Les panneaux s'entrouvrent et l'on surprend soudain une conversation, une confidence. On s'attache aussitôt à Andreevna revenue de Paris ruinée par son amant et contrainte de vendre la Cerisaie de son enfance. Nul doute que la jeune actrice qui l'incarne fera son chemin si elle le désire. Elle est forte et fragile, rêveuse et réaliste enfin...Elle incarne une Andreevna que je n'oublierai pas.
Il me paraît injuste de mentionner tel ou telle des acteurs et actrices du spectacle, tant chacun d'eux, complétement engagé y apporte sa fougue et sa foi. Tant pis si la transformation de l'acte suivant et les rôles échangés brouillent un peu le spectateur. Je retiens de cette soirée la générosité et le talent.



J'ai aimé ces jeunes acteurs et je les ai trouvés beaux. J'aime Bruno mon frère qui vit dans le théâtre comme dans un monastère où il entraînerait tous les novices dans la même prière et la même joie. A la fin du spectacle, c'est le public qui aurait dû se lever et applaudir la jeune troupe et son professeur pour le pain et le vin qu'ils avaient partagés.

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #POEMES. AMOUR.


Square louise Michel, samedi 21 mars. Sur la pelouse interdite (parce qu'au "repos") une foule colorée et joyeuse  est venue s'asseoir pour contempler la ville rajeunie par le soleil.

Et voilà que Paris se met à ressembler à Paris : rendez-vous des amoureux du monde entier, invitation à s'arrêter, à se regarder dans les yeux et à dire "je t'aime".
On oublie un moment la lourde locomotive qui nous entraîne et crache sa vapeur sur le ciel. Plus tard ma vieille, plus tard l'inexorable voie de fer et son terminus de pleine terre.
Aujourd'hui on aime. ON AIME. ON S'AIME.


Je t'aime
Ma si fragile, mon invincible
Ma femme
Qui dans la nuit
Remplit de sable le sablier

Je t'aime
Ma si fragile, ma funambule
Ma mère
Qui sur le fil et le vertige
N'a pour seul balancier que les mots que nous disons

Je t'aime
Mon si fragile, mon rescapé
Mon père
Qui n'a su préserver des pillards
Que la bonté sans souvenirs

Je t'aime
Ma si fragile, mon épineuse
Ma soeur
Qui n'ouvre son coeur de chardon
Qu'au passant qui se penche

 

............................................................................................................

 

Lien : Liens : poèmes d'amour de Christian Wacrenier.

 

 

.........................................................................................................

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #ASIE

  
                                                                                                                             Le Pura Kehen où habitent les âmes divinisées des rois défunts. La troisième cour abrite un méru de onze toits dédié au Dieu du feu. et dans la partie la plus sacrée (angle nord est) un autel à trois trônes consacré à la trilogie hindouiste : Brahma le Créateur, Vichnou le Mainteneur, Shiva le Destructeur. Ces trois Dieux seraient comme les trois faces d'un même Dieu dont la puissance serait symbolisée par ces trois aspects essentiels : donner la vie, la préserver, la reprendre. Avant d'accéder à cette partie la plus sacrée vous découvrirez un banian dont les branches et les racines touffues abritent le kulkul qui renferme le tambour d'appel à la prière.



 Ce temple peu visité est une version réduite du célèbre
Pura Besakih dont la visite s'avère souvent une épreuve redoutable tant y sont nombreux ceux que les balinais appellent les moustiques, vendeurs de toutes sortes et guides insistants jusqu'à l'énervement et la  grossiéreté pourtant si peu balinaise. Le harcèlement est tel : marchands, guides, scooters...qu'il vaut mieux s'abstenir de visiter ce temple et profiter de ceux qui comme le Pura Kehen restent paisibles et invitent à la méditation.  De plus vous pourrez accéder aux différentes enceintes, ce qui est impossible dans de nombreux autres temples.



A propos des offrandes  déposées continuellement devant les autels, il y a toute une symbolique qui peut échapper au visiteur. Elles sont souvent couronnées de bétel qui représente la Trinité Hindouiste et comportent des éléments de couleurs différentes: rouge pour Brahma, noir ou vert pour Vichnou, blanc pour Shiva. Elles sont la plupart du temps composées d'aliments déposés sur une feuille.

 

  Ci-dessus, la base sculptée d'un autel dans cette pierre grise, volcanique si caractéristique de l'île. Un petit chien blanc nous a accompagnés dans notre balade entre les autels. Nous n'avions rien à lui donner sinon quelques caresses. Les chiens à Bali sont omniprésents. On les voit partout, trottinant sur les routes, couchés sur les bas côtés, filant dans les campagnes. Ils sont ignorés des habitants; on ne rencontre aucune agressivité à leur égard mais ils traînent pour la plupart une vie misérable, constamment en quête de nourriture. Beaucoup sont des squelettes de chiens. Sur la plage de Jimbaran ils se rassemblent le soir, espérant profiter des déchets des restaurants. Il suffit de prendre le ferry et de mettre le pied sur Java pour ne plus en voir un seul. Il y est animal impur tandis qu'à Bali, il est laissé à lui même. 



Quelques fois, un chien se fait adopter et coule une existence heureuse, comme celui dont on aperçoit la queue chez un prêtre hindouiste. A gauche, un chat nous regarde depuis son observatoire dans le temple de
Rambut Siwi.





Depuis la terrasse du 
Pura Rambut Siwi, on découvre la côte et la magnifique plage de sable noir où l'industrie touristique n'a pas encore mis les pattes.
    Le temple est établi au milieu des frangipaniers. Il a été créé au XVIème siècle par le prêtre
Nirartha que nous avons déja rencontré au Pura Ulu Watu. Quand Nirartha est venu ici pour la première fois, une épidémie ravageait la région et notamment le proche village de Gading Wani. Il la fit disparaître et les villageois lui demandèrent de s'établir chez eux où il serait vénéré.Mais Nirartha qui se sentait appelé ailleurs refusa et laissa une mèche de sa chevelure aux villageois en gage de protection. Ils la conservèrent précieusement  dans un coffret, l'enterrèrent sous le temple. Elle est aujourd'hui veillée par ce chat noir et blanc. Le nom du temple rappelle cette origine, il signifie adoration des cheveux.



 Le temple est construit en briques rouges et en pierre volcanique. Il est richement sculpté de scènes tirées du Mahabharata. Les statues y sont comme partout dans l'île habillées de sarongs noir et blanc (le bien et le mal) et portent à l'oreille des fleurs d'hibiscus ou de frangipanier.     



La rampe est un dragon qui domine la mer et la falaise creusée de nombreuses grottes transformées en sanctuaires. Dans l'une d'elles un tigre aurait élu domicile et coulerait des jours heureux ! Le dragon ou Barong est omniprésent à Bali. Il symbolise la santé et il est opposé à la sorcière Rangda dont la statue vous accueille à l'entrée du temple.  Tous deux sont régulièrement représentés dans les danses rituelles. Ils luttent mais aucun ne domine vraiment. Bien et mal s'affrontent mais aucun ne triomphe.  




Pour terminer la visite, un petit baiser au dragon souriant et à ceux qui lisent cette page.  

Lien : Le kawah Ijen depuis Banyuwangui                

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog