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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

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Ninette Aubart (Fannie Brett, "Titanic" de James Cameron)

Ninette Aubart (Fannie Brett, "Titanic" de James Cameron)

Dans le cimetière Saint-Vincent (division 13) à quelques mètres du mur qui la sépare de la rue des Saules et du Lapin Agile, une tombe banale laisserait le passant indifférent si n'étaient gravés sur la pierre quelques mots qui intriguent....

Ninette Aubart 1887-1964 - Rescapée du TITANIC

Ninette Aubart 1887-1964 - Rescapée du TITANIC

Le Lapin Agile vu du cimetière Saint-Vincent

Impossible de ne pas chercher à en savoir plus! Qui est cette Ninette Aubart qui après avoir échappé à la catastrophe est venue s'échouer sur la Butte?

C'est à Montmartre, au Lapin Agile, de l'autre côté du mur, qu'elle s'est fait connaître grâce à un physique très parisien, fait de sensualité et de gouaille et une voix spirituelle.

Malgré ses qualités et son talent, elle n'aurait sans doute laissé aucune trace dans la vie montmartroise si elle n'avait embarqué à Cherbourg, le 10 avril 1912 sur le navire dont le nom est resté dans l'histoire.

Benjamin guggenheim

Elle n'a pas un goût particulier pour la Butte qui à la fin du XIXème siècle est un vaste chantier, entre avenues nouvelles et maquis. Elle préfère habiter dans les beaux quartiers, là où vivent les familles respectables!

C'est à Montmartre pourtant que la chance lui sourit. Elle séduit un Américain fortuné, amoureux de Paris au point d'y avoir acheté un grand appartement et d'y séjourner parfois sous divers prétextes. Il s'agit de Benjamin Guggenheim, homme marié et père de trois filles dont la dernière, Peggy illustrera son nom en devenant une des plus avisées et des plus audacieuses collectionneuses d'art, en même temps qu'un généreux mécène.

Benjamin est à ce point mordu qu'il propose à Ninette de rentrer avec lui aux Etats-Unis. Il a déjà réservé sa cabine sur le Lusitania qui doit quitter Cherbourg au début du mois d'avril 1912

Ninette n'hésite pas un instant et accepte de suivre son amant qui pour lui prouver sa reconnaissance la comble de présents achetés dans les joailleries et les magasins de haute couture.

Dans ses malles, Ninette fait ranger soigneusement par sa femme de chambre, Emma Sägesser, 24 paires de chaussures, 24 robes, plusieurs "jeux" de culottes, des dizaines de pièces de lingerie fine...

Elle n'oublie pas de serrer dans ses coffrets les bijoux offerts par son amant dont les plus beaux sont d'or serti d'émeraudes.

Ninette aime à la folie ces pierres couleur d'eau profonde.

Le Titanic

Le Titanic

Les bagages sont prêts, la date se rapproche quand par malheur le départ est différé. Le Lusitania connaît des avaries et doit être inspecté et réparé. Le Carminie est prévu pour le remplacer, mais Benjamin Guggenheim préfère réserver sa cabine de 1ère classe et celle de Ninette sur un autre navire dont tout le monde parle et qui s'apprête à faire sa croisière inaugurale, le TITANIC.

Emma Sägesser, 44 ans après le naufrage

Ninette se réjouit de voyager sur le plus beau bateau du monde, en compagnie de la meilleure société.

Elle y embarque avec Emma Sägesser et s'installe dans la luxueuse cabine B-35.

Le Titanic.Ninette Aubart. Montmartre. Cimetière Saint-Vincent.

Pas de suspense! On connaît la suite!

Deux jours plus tard, dans la nuit du 14 avril le TITANIC heurte un iceberg. Ninette qui a ressenti la première secousse l'a jugée sans gravité et est retournée se coucher.

Benjamin la réveille et la conduit ainsi que sa femme de chambre jusqu'aux canots de sauvetage, réservés par priorité aux passagers de 1ère. Il assiste à la mise à l'eau du canot n°9 dans lequel elles ont été hissées.

Il revêt ensuite son plus beau costume et participe à l'organisation des secours. Il trouve le temps d'écrire une lettre à sa femme et de la confier à un steward.

Le Titanic.Ninette Aubart. Montmartre. Cimetière Saint-Vincent.

Il ne lui raconte pas d'histoire en lui parlant d'amour éternel, il lui dit simplement qu'il espère avoir fait de son mieux en remplissant son devoir.

Ninette Aubart

Ninette qui a tout perdu et qui plus tard dressera la liste de ses bijoux et de ses vêtements en espérant être indemnisée, assiste à la disparition du TITANIC et de l'homme qui devait changer sa vie.

Une fois débarquée aux Etats-Unis, elle n'a plus rien pour survivre. C'est la femme de Benjamin Guggenheim qui lui paye le billet de retour. Sans doute désire-t-elle l'éloigner au plus vite afin d'empêcher que s'ébruite une liaison qui, dans l'Amérique prude de ce temps, aurait porté préjudice à la réputation morale de son mari.

Ninette Aubart, sans ce naufrage, serait restée une illustre inconnue, une maîtresse parmi d'autres dans la liste d'un amateur de femmes.

Ninette Aubart (Fannie Brett) et Benjamin Gugenheim (Michael Ensign) Titanic de Cameron.

Ninette Aubart (Fannie Brett) et Benjamin Gugenheim (Michael Ensign) Titanic de Cameron.

Rescapée du naufrage, elle a vécu en France une vie banale.

Quelques rares photos nous montrent une femme apparemment sans histoire!

45 ans après le naufrage. Ninette joue au bridge.

45 ans après le naufrage. Ninette joue au bridge.

Ninette Aubart préfère sa Versailles au Titanic!

Ninette Aubart préfère sa Versailles au Titanic!

Elle repose aujourd'hui à quelques mètres du cabaret où elle a été chanteuse, très loin de la fosse marine où a été englouti son célèbre amant dans une eau de la couleur des émeraudes qu'il lui avait offertes.

tombe de Ninette Aubart (division 13)

tombe de Ninette Aubart (division 13)

Le Titanic.Ninette Aubart. Montmartre. Cimetière Saint-Vincent.
Le Titanic.Ninette Aubart. Montmartre. Cimetière Saint-Vincent.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Un chansonnier oublié Mac Nab au Chat Noir.

     Il est passé comme une météorite dans le ciel de Montmartre. Nocturne, enflammé, se consumant de sa propre énergie. Il déboule au Chat Noir de Salis en 1881. Huit ans plus tard il meurt après six mois de souffrances à l'hôpital Lariboisière. Il a 34 ans.

Un chansonnier oublié Mac Nab au Chat Noir.

    Ce qui nous intéresse c'est avant tout son passage à Montmartre mais il faut rappeler sa naissance peu banale. Il arrive en effet dans une famille d'origine écossaise, son arrière-grand père écossais étant venu en France pour être garde du corps du roi Louis XV! On raconte qu'il s'en fallut de peu qu'il ne perdît la tête sur la guillotine.

Petit séminaire de Saint-Mesmin

Petit séminaire de Saint-Mesmin

      Il vient au monde un quart d'heure après son frère jumeau Donald.

     Il fera ses études au petit Séminaire de Saint-Mesmin. Aristocratie, religion… on ne peut pas dire qu'il sera partie prenante de l'une ou de l'autre! Il est vrai que dans sa famille les idées socialistes et progressistes étaient à l'honneur...

Un chansonnier oublié Mac Nab au Chat Noir.

     Il a 21 ans quand il arrive à Paris où il trouve un travail pas trop contraignant, celui d'employé de la Poste, ce qui lui donne le temps et surtout la disponibilité intellectuelle pour écrire, dessiner et participer à la vie intellectuelle du quartier latin où il habite d'abord.

Emile Goudeau

Emile Goudeau

     C'est là, loin de la Butte qu'il rencontre Emile Goudeau et s'inscrit au Club des Hydropathes en 1878. Grâce à cette rencontre, il change de quartier en 1881 quand Goudeau se laisse convaincre par Rodolphe Salis de le rejoindre au cabaret du Chat Noir qu'il vient de créer à Montmartre. 

                                 Sarah Bernhardt au club des Hydropathes

 

    C'est ainsi que Mac Nab devint montmartrois! Lui qui ne manquait pas d'humour, habitué à la fréquentation de Charles Cros ou d'Alphons Allais (tous deux hydropathes) dut s'amuser d'apprendre que le cabaret de Salis s'était ouvert dans un ancien dépôt postal!

           Le Chat Noir 84 boulevard de Rochechouart

Le Chat Noir 84 boulevard de Rochechouart

     Ce premier Chat Noir avait pour adresse le 84 boulevard de Rochechouart et son enseigne (aujourd'hui au musée Carnavalet) était l'œuvre de Willette.

 

L'enseigne de Willette pour le Chat Noir

L'enseigne de Willette pour le Chat Noir

     Aussitôt il obtient un franc succès. Son allure rigide, son côté "croque-mort", son sérieux imperturbable pour débiter des histoires absurdes ou drôlatiques, des poèmes décalés ou provocateurs plaisent au public d'étudiants et d'artistes.

Un chansonnier oublié Mac Nab au Chat Noir.

"(…) Qu'il est doux d'être deux! Deux hier, deux demain,

Deux toujours au banquet d'amour et d'harmonie!

 

S'il est vrai qu'ici-bas on ne puisse être heureux

Sans qu'on se soit donné le plaisir d'être deux,

Il faut bien l'avouer, dans la nature entière

L'être le plus à plaindre est le ver solitaire!"

Un chansonnier oublié Mac Nab au Chat Noir.

     Mac Nab qui s'exprime avec difficulté dans le quotidien et qui est entravé par un bégaiement dont il n'a jamais pu se débarrasser trouve en public une facilité d'élocution et une liberté qui l'étonnent lui-même.

Place Pigalle

Place Pigalle

      Il apprécie Montmartre et aime se balader dans ses rues avant de rejoindre le Chat Noir :

" Hier soir vers cinq heures, je faisais tranquillement mon tour du Lac. Ce qu'on appelle le Lac à Montmartre, c'est le bassin de la place Pigalle; cet endroit est très fréquenté au moment de l'absinthe."

Le Chat Noir rue Laval (Victor Massé)

Le Chat Noir rue Laval (Victor Massé)

    Quand Salis, le succès aidant, trouve un lieu plus vaste rue Laval (aujourd'hui rue Victor Massé) pour y installer son Chat Noir, Mac Nab suit le mouvement et poursuit sa carrière de poète-chansonnier, sans souci de carrière ni de fortune car contrairement au refrain de Bruant : "Je cherche fortune tout au long du Chat Noir, et au clair de la lune à Montmartre le soir.." il ne cherche pas à s'enrichir et se fait payer avec les verres qui lui sont offerts pendant toute la soirée!

Un chansonnier oublié Mac Nab au Chat Noir.

    C'est l'époque la plus créative de sa courte carrière. Il publie ses "Poèmes mobiles" en 1885 qu'il dédie, en termes médiévisant à son hôtesse joueuse :

"A vous très chère et très plaisante araignée qui souvente fois vintes vous esbattre en les régions perturbées de ma folle teste."

 

Un chansonnier oublié Mac Nab au Chat Noir.

     Il publie ses "Poèmes Incongrus en 1887 :

"Gloire à ceux qui rient et font rire les autres, ils sont les véritables bienfaiteurs de l'humanité (…)"

La préface a été écrite par Voltaire qui ne manque pas, venu d'outre-tombe de fréquenter le Chat Noir!

Un chansonnier oublié Mac Nab au Chat Noir.

L'expulsion 

"Les princes c'est pas tout : plus de curés,

Plus de gendarmes ni d'mélétaires!

Plus d'richards à lambris dorés,

Qui boit la sueur des prolétaires!

Qu'on expulse aussi Léon Say

Pour que l'mineur il s'affranchisse,

Enfin que tout le monde soye expulsé,

Il rest'ra plus qu'les anarchisses"

 

   

 

     Un de ses plus grand succès lui est assuré par "le grand métingue du métropolitain". Il y met en scène un ouvrier îvre-mort qui est emmené au poste au cours d'une manifestation anti-métro :

"Peuple français la Bastille est détruite

Il y a z'encore des cachots pour tes fils!

Souviens-toi des géants de quarante-huite

Qu'étaient plus grands qu' ceuss' d'aujour d'aujourd'hui

Car c'est toujours l'pauvre ouverrier qui trinque

Même qu'on le fourre au violon pour un rien!

 

C'était tout de même un bien chouette métingue

Que le métingue du métropolitain!"

Le Chat Noir, extérieur et intérieur.

Le Chat Noir, extérieur et intérieur.

     Evidemment la "présence" physique nous manque qui permet de comprendre le succès du chansonnier. Il gardait un air sinistre en disant des absurdités ou en assénant des images macabres. Sa voix était étrange, à la fois rauque et zézéyante.

Un chansonnier oublié Mac Nab au Chat Noir.

     Parmi ses textes les plus connus figure "les fœtus" où il donne la parole à ces créatures qui flottent dans des bocaux de formol :

Illustration Henry Gerbault

Illustration Henry Gerbault

"(…) Mais que leur bouche ait un rictus,

Que leurs bras soient droits ou tordus,

Comme ils sont mignons ces fœtus!"

...

"Et vous seuls, vous savez, peut-être,

Si c'est le suprême bien-être

Que d'être mort avant de naître!"

Un chansonnier oublié Mac Nab au Chat Noir.

    De sa vie amoureuse on ne sait pas grand chose sinon qu'il resta célibataire. Un de ses plus étranges poèmes parle des femmes d'une manière qui nous ferait croire qu'il n'aimait pas trop s'y frotter. La ballade des derrières froids nous en donne une idée :

Un chansonnier oublié Mac Nab au Chat Noir.

"(…) Aussi quand la luxure ardente, irraisonnée,

Dans les chauds soirs d'automne ou dans la matinée,

Invisible serpent me poursuit et me mord,

Je redoute à l'égal d'une arme empoisonnée

La froideur du derrière, image de la mort."

Un chansonnier oublié Mac Nab au Chat Noir.

     Un de ses poèmes parle aussi de la tuberculose. C'est la maladie qui s'acharne sur lui et le torture.

Il continue néanmoins d'assurer ses passages au Chat Noir, fiévreux et grelottant...

Un chansonnier oublié Mac Nab au Chat Noir.

     Il joue les spécialistes en médecine et écrit une "thèse" qu'il présente devant le jury hilare de l'Université de Montmartre.  Le sujet en est "le mal de cheveux et la gueule de bois"!

Un chansonnier oublié Mac Nab au Chat Noir.

     Mais on a beau se moquer de la mort qui guette, on ne joue pas à armes égales. Mac Nab part en 1888 pour Cannes où il est employé des postes à mi-temps. Le climat qu'il espérait bénéfique ne l'est en rien et c'est à Paris, à l'hôpital Lariboisière qu'il passe les derniers mois de sa vie.

Un chansonnier oublié Mac Nab au Chat Noir.

     Il meurt le matin de Noël 1889...

     Son ami Charles Cros imagine la mort dans son poème "le testament"  avec des mots qu'on aimerait être ceux de Mac Nab :

"Ne craignez rien, je ne maudis

Personne. Car un paradis

Matinal s'ouvre et me fait taire."

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La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.
Simone Valéry à la Gaîté Rochechouart

Simone Valéry à la Gaîté Rochechouart

     Ils sont nombreux les music-halls dont ne subsistent que le nom dans la mémoire de notre quartier… La Gaîté Rochechouart est un de ceux-là.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

     Ce n'était à l'origine, au 15 du boulevard de Rochechouart, qu'un vaste hangar qui servait d'entrepôt. Un dénommé Flécheux l'acquit pour le transformer en music-hall. Disons plutôt pour y installer chaises, tables, estrade rudimentaire. Le lieu était triste et banal, une bonne raison pour l'appeler "La Gaîté"!

Nous sommes en 1867, date de naissance de ce "music-hall" qui l'année suivante compléta son nom et devint "La Gaîté-Rochechouart".

Emilie Bécat

Emilie Bécat

     Il passa ensuite entre les mains de plusieurs propriétaires parmi lesquels, la plus originale fut Emilie Bécat, chanteuse aux nombreux admirateurs fascinés par son talent et son énergie. 

Paulus qui l'aimait beaucoup a parlé d'elle dans ses mémoires : "C'était du vif argent. Elle courait, bondissait, se tordait avec des gestes câlins et canailles". elle inaugura un genre qu'on qualifia d'épileptique!

 

     C'est en 1876 que grâce à un riche protecteur, elle put réaliser son rêve et acquérir ce music-hall. Elle en prit possession comme un capitaine ignorant des règles de la navigation.

Elle présenta sur scène Jean Richepin qui interprétait ses textes et qui malgré son succès populaire fut poursuivi par la justice à cause de ses "Chansons des gueux". Amende et prison pour avoir décrit une étreinte entre deux clochards!

 

Jean Richepin

Jean Richepin

 La jeune Mistinguett y fit ses débuts en 1876 mais n'y chanta que quelques mois avant de choisir l'Eldorado dont le nom et le renom nom lui promettaient une riche carrière!

    Ni Richepin ni Mistinguett ne suffirent à assurer la rentabilité de la salle qu'Emilie ne savait gérer. Elle perdit l'argent que ses charmes lui avaient rapporté et elle quitta Paris pour Saint-Pétersbourg où elle espérait se refaire une santé!

Jane d'Alma à la Gaîté Rochechouart

Jane d'Alma à la Gaîté Rochechouart

     La salle fut reprise par Auguste Richard qui créa les premiers cafés- concerts jusqu'en 1892 où les Varlet prirent le relais et firent de la Gaîté un des lieux les plus vivants et les plus appréciés des amateurs.

Roussel à la Gaîté Rochechouart

Roussel à la Gaîté Rochechouart

Mauricette d'Arbois à la Gaîté Rochechouart

Mauricette d'Arbois à la Gaîté Rochechouart

    Pendant 24 ans la Gaîté-Rochechouart vécut sa grande période. La plupart de ses vedettes d'une saison sont aujourd'hui oubliées mais il suffit de regarder leurs photos pour que revive la Belle Epoque avec sa fantaisie, son kitsch, ses artifices et ses charmes.

De Vincenzi à la Gaîté Rochechouart

De Vincenzi à la Gaîté Rochechouart

Ces "beautés" fin de siècle nous étonnent parfois tant elles sont, pour la plupart, éloignées des canons actuels. 

De morlaix à la Gaîté Rochechouart

De morlaix à la Gaîté Rochechouart

    Parmi les vedettes les plus appréciées, une certaine Merelli occupa une des premières places si l'on en juge au grand nombre de cartes postales la représentant. 

Léotor à la Gaîté Rochechouart

Léotor à la Gaîté Rochechouart

Verly à la Gaîté Rochechouart

Verly à la Gaîté Rochechouart

Sterly à la Gaîté Rochechouart

Sterly à la Gaîté Rochechouart

     Pendant cet âge d'or, la Gaîté faisait sa publicité sur les murs de Paris et recevait parmi ses spectateurs des poètes et des peintres de Montmartre.

 

                                       

 

     Certes les autres music halls du boulevard, surtout après l'ouverture du Moulin Rouge, avaient-ils plus de succès et plus de "stars" que la Gaîté mais on connaît au moins un dessin de Lautrec y représentant Nicolle en pierreuse (prostituée de la rue)

 

 

     Une autre artiste qui marquera l'histoire de la chanson française passa par la Gaîté en 1910.

Il s'agit de Fréhel. Elle venait de divorcer d'un comédien bellâtre, Roberty qui après avoir fait un enfant qui ne survivra que quelques mois, lui avait préféré Damia, la grande rivale aux accents tragiques, voire mélodramatiques.

 

    Fréhel qui avait abandonné son nom de scène "Pervenche" pour celui du cap breton qui lui rappelait ses origines, impressionne encore aujourd'hui par sa voix forte et populaire, par ses textes réalistes qui avec le temps ont pris une teinte poétique et mélancolique.

Le bas Montmartre où elle a vécu et où elle est morte, misérable, dans une chambre sordide d'un hôtel de Pigalle, reste lié à son histoire. Elle a d'ailleurs chanté le quartier saccagé par la spéculation immobilière:

"Mais Montmartre semble disparaître

Car déjà de saison en saison

Des Abbesses à la place du tertre

On démolit nos vieilles maisons.

Sur les terrains vagues de la Butte

De grandes banques naîtront bientôt,

Où ferez-vous alors vos culbutes,

Vous les pauvres gosses à Poulbot? (…)"

Colette

Colette

     Une autre grande dame se produisit à la Gaîté. Il s'agit de Colette qui y donna ses pantomimes avec un certain succès.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

Elle évoque cette période de sa vie dans son roman "La Vagabonde" où la Gaîté-Rochechouart est appelée "L'Empirée-Clichy". La romancière y a rencontré de nombreuses artistes fauchées et a porté sur elles un regard fraternel (on dirait aujourd'hui sororal) et quelques fois amoureux.

"L'espèce n'est pas rare en ce pays montmartrois de ces filles qui vivent de misère et d'orgueil, belles de leur dénuement éclatant."

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

    En 1923 un incendie détruisit le théâtre qui fut remanié et reconstruit.

Pendant quelques années de nombreuses pièces légères y furent données comme "Quand on a fait ça une fois"... "La mariée en vadrouille"... Certaines y furent créées : "C'est un enfant de l'amour", "Jojo le livreur d'amour", "L'Ecole des courtisanes"...

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

    Mais comme la plupart des théâtres du boulevard, la Gaîté ne faisait plus recette. L'avènement du cinématographe lui porta le coup de grâce. Tout en gardant son nom, la salle se transforma en cinéma en 1932.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

   En attendant que la télévision à son tour ne le détrône et provoque la fermeture des grandes salles aux trois-quarts vides.

Le nom même de  "Gaîté -Rochechouart" disparut définitivement en 1988.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

    Des commerces variés et éphémères se sont installés à sa place. Aujourd'hui, c'est une enseigne de vêtements masculins, sans fantaisie ni originalité qui ouvre ses portes à des hommes qui ignorent que leurs aînés venaient là, au temps du music hall, non pour acheter des jeans et des joggings mais pour rêver devant des femmes vêtues de plumes, de strass et de lumière.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

Gabrielle d'Estrées et sa sœur. 

     Elle est passée par ici, elle est revenue par là... Comme le furet, la Belle Gabrielle a été aperçue à différents endroits de Montmartre!

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

    Les Montmartrois qui, comme chacun sait, aiment se parer des plumes du paon n'ont pas manqué de la "montmartriser" et d'embellir avec elle la légende de la Butte.

Pardonnons leur ce péché mignon (bien que nous soyons au temps d'Henri IV et non d'Henri III)! 

Rue Cortot.

Rue Cortot.

     Les lieux qui ont reçu son nom sont pour la plupart situés au cœur de la Butte, à quelques pas de l'ancienne abbaye. Ils s'étendent rue Cortot (côté pair) du début à la fin de la rue, englobant la maison où Satie a vécu, le musée et ses jardins jusqu'à la dernière maison à l'angle de la rue des Saules, emplacement de celle où vécut Aristide Bruant.

Rue Cortot. La 1ère maison à gauche a été bâtie sur les ruines de celle qu'habita Aristide Bruant.

 

On trouve dans ce pâté de maisons : le parc de la Belle Gabrielle :

                                 Entrée du parc de la Belle Gabrielle

                            Une partie du parc de la Belle Gabrielle et la "maison"

Dans le même parc, la maison de Henri IV :

 

La maison de la Belle Gabrielle (parfois appelée "manoir") :

 

 

     Cette photo nous montre la maison qui est en fait celle du Bel Air  (XVIIème siècle) et qui fait partie aujourd'hui du musée.

Le parc est devenu la vigne de Montmartre.

La vigne au printemps

La vigne au printemps

Le Puits de la Belle Gabrielle :

 La vérité sort-elle toute nue de ce puits? Apparemment non!

 

   N'oublions pas, en bas de la rue du Mont-Cenis, un autre  Manoir de Gabrielle d'Estrées!

 

Qui était parfois appelé bergerie!

 

Le "manoir" peint par Utrillo.

Le "manoir" peint par Utrillo.

Un dernier endroit porta le nom de la Belle Gabrielle...

 

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     Il s'agit du cabaret au rez-de chaussée d'un immeuble toujours debout à l'angle des rues St Vincent et du Mont-Cenis. Il a été peint et repeint par Utrillo qui aimait y boire quelques verres d'absinthe et qui avait pour payer son ardoise recouvert de fresques les murs des toilettes. Elles furent lessivées par la propriétaire qui ne supportait pas l'odeur de la peinture.

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

  Cette présence si importante de la Belle Gabrielle à Montmartre dans ce périmètre bien délimité entre les rues Cortot, Saint-Vincent et du Mont-Cenis peut nous intriguer. 

Tentons, en historien que nous ne sommes pas de démêler le vrai du faux (car nous le verrons, il y a plus qu'un nuage de vrai).

Je remercie mon ami Pierre qui sans qu'il eût été besoin d'un clair de lune m'a prêté non pas sa plume mais son érudition! 

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

    Gabrielle est passée dans le ciel de l'histoire, comme une météorite, éblouissante et fugace. Neuf années de sa courte vie lui ont permis, grâce à l'amour que lui portait le roi, d'éclairer le ciel souvent ténébreux de son époque.

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     En 1590, Henri de Navarre assiège Paris et pour avoir une vue stratégique sur la ville établit son camp sur la Butte. Il choisit de loger dans l'abbaye où vit la jeune et belle abbesse Claude de Beauvilliers.

 

    Les adversaires, nombreux, du Navarrais, prétendent qu'il aurait eu avec elle une liaison passionnée (on ne prête qu'aux riches) tandis que ses capitaines, pour suivre comme il se doit l'exemple de leur chef, auraient à leur tour butiné les jeunes nonnes. L'abbaye aurait été appelée "le magasin à putes de l'armée"!

     Rabelais n'est pas mort depuis longtemps qui en avait autant pour les monastères d'hommes et écrivait qu'il suffisait qu'une femme passât à l'ombre de leurs murs pour tomber enceinte! Pas forcément du Saint-Esprit!

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     Claude de Beauvilliers qui sera récompensée de ses bons et loyaux services en recevant du roi la juteuse abbaye de Couilly Pont-aux-Dames avait pour cousine la belle Gabrielle d'Estrées qu'elle eut l'imprudence de présenter à son royal amant.

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     Entre les deux, arriva ce que l'on sait et Gabrielle mena pendant neuf ans une vie de reine (le roi étant séparé de la reine en titre, la fantasque Marguerite de Valois)

Maison de Gabrielle d'Estrées (Utrillo)

Maison de Gabrielle d'Estrées (Utrillo)

     Voilà donc la légende montmartroise qui dans son désir de servir de décor à une amour historique attribua à Gabrielle un manoir, une maison, un parc, un puits...

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     La réalité historique est tout autre.

     Oublions la grande confusion sur des sites divers entre Marie-Catherine et Claude de Beauvilliers, toutes deux sœurs et abbesses de Montmartre.

Le choeur des Dames dans l'église de l'abbaye.

Le choeur des Dames dans l'église de l'abbaye.

     Admettons qu'une relation biblique ait uni le roi et Claude de Beauvilliers, acceptons de reconnaître la réputation sulfureuse de l'abbaye… mais ce qui est certain c'est que jamais Claude de Beauvilliers ne provoqua la rencontre de  sa cousine et du Vert Galant.

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     On sait que c'est au château de Coeuvres que Roger de Bellegarde, grand Ecuyer de France, présenta sa maîtresse, Gabrielle, au roi qui avait entendu parler de sa beauté.

                                             Roger de Bellegarde

     Il y eut un coup de foudre, du moins pour le roi qui lui fit la cour pendant des mois avant de faire craquer celle qui le trouvait laid et odorant, sentant puissamment "de l'aile et du gousset". Sans doute les riches perspectives qu'offrait cette liaison vinrent-elles à bout de ses réticences et transformèrent-elles le "fumet" en parfum!

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     On sait que l'amour du roi ne se démentit pas pendant neuf années et que seule la mort sépara les amants. Gabrielle mit au monde trois enfants et c'est pendant la quatrième grossesse qu'elle rendit l'âme. Quelque temps avant, le roi avait en public déclaré que contre vents et marées et malgré l'opposition du pape, il épouserait Gabrielle. Il lui avait offert à l'occasion son anneau d'or du sacre, celui là même qu'elle tient entre les doigts sur le fameux tableau où sa sœur lui saisit le téton pour vérifier qu'elle est bien enceinte. 

 

     Elle mourut dans d'atroces souffrances, présentant tous les symptômes d'un  empoisonnement (les adversaires à son mariage étaient légions (Parisiens catholiques partisans de Guise, aristocrates scandalisés par l'argent dépensé pour la dame…)

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     Vraisemblablement l'empoisonnement fait lui aussi partie de la légende et selon toute probabilité, elle mourut d'éclampsie.

Rue Gabrielle. (photo Montmartre-secret)

Rue Gabrielle. (photo Montmartre-secret)

     Il y a à Montmartre une rue Gabrielle qui n'a rien à voir avec celle qui fut aimée par Henri IV (il s'agit de la fille d'un propriétaire lotisseur) et tous ces lieux que nous avons énumérés....

    Pourquoi cette présence si forte de la Belle? Pourquoi les Montmartrois l'ont-ils vue à tant d'endroits? 

     

     A quelques mètres de l'ancien cabaret, à l'angle des rue St-Vincent et du Mont-Cenis une école a été construite à l'emplacement d'une autre école, communale, où Louise Michel fut directrice .

Cette école était elle-même à l'emplacement d'un hôtel particulier qui figure sur les anciens plans de Montmartre sous le nom de "Pavillon de Gabrielle d'Estrées". C'est lui qui va nous donner la résolution de l'énigme...

 

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

    En effet, mon cher Whatson, la Belle a effectivement vécu à Montmartre, dans un hôtel loué par sa cousine Claude de Beauvilliers qui ne voulait pas abriter dans les murs de l'abbaye la maîtresse du roi qui était marié!

L'école à l'emplacement de la maison de Gabrielle.

L'école à l'emplacement de la maison de Gabrielle.

    En 1593, avant sa conversion, Henri IV évitait de se montrer avec sa maîtresse et c'est la raison pour laquelle il l'exila hors de Paris, sur cette Butte champêtre qu'il pouvait apercevoir depuis les fenêtres du Louvre. De nombreux historiens corroborent ce fait...

Le Louvre d'Henri IV

Le Louvre d'Henri IV

    Gabrielle y demeura pendant plus d'une année avant de redescendre dans ce Paris où son amant s'ennuyait d'elle et trouvait harassantes ses chevauchées pour la rejoindre. 

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

    L'hôtel montmartrois que l'on voit sur le vieux plan de Montmartre sous le nom de "pavillon de Gabrielle d'Estrées" était bâti le long de la rue Saint-Denis (Mont-Cenis) et Saint-Vincent. Ses jardins s'étendaient  jusqu'à la rue de la Bonne.

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

   Voici la seule photo connue de ce qui restait de cette "maison" au milieu du XIXème siècle avant sa destruction et l'édification de l'école communale. 

 

     Gabrielle profita plus d'une année du bon air de la Butte, de sa verdure et des chants d'oiseaux avant de regagner Paris, rappelée par le roi qui lui trouva un hôtel près du Louvre.

Hôtel Du Bouchage. Détruit comme tant d'autres au XIXème siècle.

Hôtel Du Bouchage. Détruit comme tant d'autres au XIXème siècle.

.....Il s'agit de l'hôtel Du Bouchage situé entre la rue du Coq (aujourd'hui rue Marengo) et la rue de l'autruche (aujourd'hui rue de l'Oratoire).

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

Mais c'est une autre histoire… et notre enquête est  terminée!

     Tout n'était donc pas faux dans la légende de la Belle Gabrielle et Montmartre peut s'enorgueillir d'avoir abrité la maîtresse du roi Henri IV! 

      Pas de doute Montmartre sera toujours Montmartre! Une colline où légende et vérité sont indissociables comme le vent et les ailes des moulins!  

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Publié le par chriswac
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Rue La Bruyère. Première partie. Du 1 au 11. Osiris. Lévy Dhurmer. Desbordes Valmore...

    La rue La Bruyère prend naissance place Saint-Georges au cœur d'un quartier qui a gardé l'empreinte de son riche passé culturel et historique.

   C'est en 1824, dans le Paris romantique que son tracé fut dessiné en même temps que celui de la rue Fontaine….

Les 1 et 3 rue La Bruyère

Les 1 et 3 rue La Bruyère

   La rue Pierre Fontaine rendant hommage à l'architecte-décorateur de l'Empire, il fut proposé de donner à la rue voisine le nom de son ami et complice Charles Percier, à ce point lié à lui dans le travail qu'il est difficile sinon impossible d'attribuer à l'un ou à l'autre ce qui lui revient dans leurs multiples collaborations. 

                         L'arc de Triomphe du Carrousel (Percier Fontaine)

Mais l'homme, insensible aux honneurs, contrairement à Pierre Fontaine, le refusa et ce fut le moraliste du Grand Siècle, célèbre pour ses Caractères, La Bruyère qui fut choisi! 

                                      La Bruyère (Largillière)

     La rue a été habitée par tant d'artistes, hommes célèbres etc... que nous lui consacrons deux articles.

 

     Commençons par le 1, siège aujourd'hui de la Fondation Taylor qui depuis 1844 œuvre à la défense des artistes qu'elle aide et promeut. C'est dans cet immeuble que vécut Albert Maignan (1845-1908) qui fut président de la Fondation à laquelle il légua son immeuble. Il est connu surtout pour ses talents de décorateur. Il reçut de nombreuses commandes, pour l'hôtel de ville, pour le Palais du Luxembourg, pour l'Opéra Comique…

              Les notes. (Plafond du foyer de l'Opéra Comique)

… et pour l'extraordinaire "Train Bleu" de la gare de Lyon. Certains pourront s'amuser à reconnaître dans son "Théâtre d'Orange", Sarah Bernhardt, Réjane et Edmond Rostand :

                         Théâtre d'Orange (Albert Maignan)

     La chronologie et les règles de préséance auraient dû présenter le beau père avant le gendre!

Il s'agit de Charles Philippe Larivière (1798-1876) dont la fille Etiennette épousa Albert Maignan. Il fut un peintre reconnu, grand prix de Rome en 1824.

                   La mort d'Alcibiade (Charles Philippe Larivière)

A la fois néo-classique et romantique, il finit par se spécialiser dans les scènes historiques qui, il faut bien l'avouer, nous lassent aujourd'hui. Il peignit trois des grandes toiles de la Galerie des Batailles de Versailles et il décora une des chapelles de Saint-Eustache.

La Petite Loge 2 rue La Bruyère.

La Petite Loge 2 rue La Bruyère.

     Au n°2 La Petite Loge s'enorgueillit d'être "le plus petit théâtre de Paris". Comme quoi on peut être riquiqui et avoir la folie des grandeurs! Surtout quand on se pare des plumes du paon car il y a plus petit à Paris, à Montmartre...

Il s'agit du Petit théâtre du Bonheur qui n'a que 20 places alors que la Petite Loge en compte 25! Mais soyons plus sérieux, c'est un lieu sympathique, ouvert aux jeunes spectateurs et spécialisé dans les "Seul en scène" (ça vaut mieux).

Le 3bis

Le 3bis

     Le 3bis abrita plusieurs hôtes illustres. Le plus proche de nous est Albert Brasseur (1862-1932) non pas le père de Pierre Brasseur comme l'affirment certains sites dont celui des rues de Paris. Il est vrai qu'il fut lui aussi comédien et chanteur d'opérette. De son vrai nom Albert Jules Dumont il fut apprécié pour son humour et sa décontraction.

                   Albert Brasseur, Ménélas dans "La Belle Hélène".

 

 

     Un autre habitant célèbre de l'immeuble fut le journaliste et écrivain Aurélien Scholl (1833-1902). Un homme plein d'esprit et de mordant qui aimait dans ses chroniques souligner les travers de ses contemporains. On l'appelait "le chroniqueur étincelant"!

Il créa des journaux, participa à "la Justice" de Clémenceau avec qui il avait alors en commun des idées et une maîtresse, l'actrice Léonide Leblanc qui n'en était pas à un amant près puisqu'elle avait accroché à son tableau de chasse le Prince Napoléon et surtout le Duc d'Aumale qui lui offrit une fortune et lui resta fidèle dans la vieillesse. 

 

Scholl changea de bord avec la Commune dont il fut un adversaire haineux, capable de dénoncer Lavalette, mari de la sœur de sa femme. Il est tombé dans les oubliettes malgré son humour vachard et parfois absurde….

Pour Sarah Bernhardt qu'il n'aimait pas, il écrivit :

-Un fiacre vide s'arrête devant le théâtre; Sarah Bernhardt en descend.

Rue La Bruyère. Première partie. Du 1 au 11. Osiris. Lévy Dhurmer. Desbordes Valmore...

Autres citations :

-Il fut un temps où les bêtes parlaient; maintenant elles écrivent.

-Non je ne crains pas la mort. Seulement je trouve que la Providence a mal arrangé les choses. Ainsi je préférerais de beaucoup qu'on enterre mon âme et que ce soit mon corps qui soit immortel"

-Voyons si Dieu n'existait pas comment aurait-il eu un fils?

Medusa (Lévy-Dhurmer) Musée d'Orsay

Medusa (Lévy-Dhurmer) Musée d'Orsay

     Le 3ème homme du 3bis fut un peintre de grand talent : Lévy-Dhurmer (1865-1953). En artiste curieux de différentes formes de création il se consacra pendant des années à la céramique. Quand il privilégia la peinture, c'est vers le symbolisme qu'il se tourna.

                              Rodenbach (Lévy-Dhurmer)

Il a été proche de Rodenbach dont il peignit le portrait le plus connu et de Pierre Loti qui le complimenta en affirmant que c'était la seule image de lui qui resterait.

                              Pierre Loti (Lévy-Dhurmer)

     Le 5 est l'adresse du théâtre La Bruyère qui était à l'origine une salle de conférence reprise en 1943 par de jeunes comédiens pour être transformée en théâtre.

Le succès de Robert Dhéry et de ses "Branquignols" en fit une salle branchée qui programma Audiberti puis les dramaturges anglo-saxons. Le théâtre collectionne depuis les Molière! 

Le 8

Le 8

     Au 8 a vécu avec sa famille, pendant deux ans une des grandes poétesses françaises : Marceline Desbordes Valmore (1786-1859).

 

     C'est alors qu'ils revenaient ruinés d'Italie que les Valmore choisirent cet appartement relativement modeste. Ils y restèrent jusqu'en 1840  avec leurs enfants dont Ondine qui est sans doute la fille de l'amant de Marceline, Henri Latouche,  présent comme une ombre discrète et blessée dans son oeuvre.

Cet acteur et écrivain fut sa grande passion. Il resta en relation (au moins épistolaire) avec elle pendant une trentaine d'années.

Médaillon de Latouche par David d'Angers, daté de l'année de sa mort, 1851.

Marceline Desbordes Valmore publia pendant les années de la rue La Bruyère un roman "Violette" et un recueil de poésies "Pauvres Fleurs".

    Verlaine la tient pour une poétesse novatrice et sensible, Baudelaire écrit qu'elle est "une âme d'élite qui est et sera toujours un grand poète", enfin Sainte Beuve écrit le plus beau compliment, hommage à son naturel et sa sensibilité : "Elle a chanté comme l'oiseau chante"

Marceline Desbordes Valmore par Antoine Carrière (1823)

Marceline Desbordes Valmore par Antoine Carrière (1823)

Qu'en avez-vous fait?  (Pauvres Fleurs)

 

 

Vous aviez mon cœur,

Moi j'avais le vôtre :

Un cœur pour un cœur ;

Bonheur pour bonheur!

 

Le vôtre est rendu,

Je n'en ai plus d'autre,

Le vôtre est rendu,

Le mien est perdu!

(…)

Savez-vous qu'un jour

L'homme est seul au monde?

Savez-vous qu'un jour

Il revoit l'amour?

 

Vous appellerez,

Sans qu'on vous réponde;

Vous appellerez,

Et vous songerez!...

 

Vous viendrez rêvant

Sonner à ma porte;

Ami comme avant,

Vous viendrez rêvant.

 

Et l'on vous dira :

"Personne! … elle est morte."

On vous le dira ;

Mais qui vous plaindra?

Le 9

Le 9

     Le 9 est un bel hôtel particulier néo-Renaissance. C'est celui où vivait Daniel Iffla, connu sous le nom d'Osiris.

Cinq hôtels de la rue La Bruyère lui appartenaient.

                               Etages supérieurs de l'hôtel Osiris, avec dans les sculptures du balcon supérieur le  "I" d'Iffla et le "O" d'Osiris.

 

      La vie de cet humaniste et mécène est faite de générosité et de dévouement. Jeté dans la vie active alors qu'il était encore adolescent, il réussit grâce à son intelligence des affaires. Il faudrait un volume pour détailler toutes ses donations. Notons qu'il fut le premier qui créa des "restos du cœur" ouverts aux hommes et femmes sans moyens… Il mit à la disposition du maire du IXème arrondissement ses cinq hôtels pour que soient accueillis les réfugiés pendant le siège de 1870… il légua sa fortune à l'Institut Pasteur qui put créer grâce à cette donation l'institut du radium où travaillera Marie Curie… Il légua à l'Etat son domaine viticole du bordelais afin que soit créée une école d'œnologie et de viticulture, l'école de la Tour blanche.. il légua toujours à l'Etat le château de la Malmaison… Bref! Quelle différence avec les richissimes privilégiés qui aujourd'hui n'ont de cesse de dénicher des paradis fiscaux et de se réfugier à l'étranger pour échapper à l'impôt de leur pays!

Cet homme-là était exceptionnel en tout. Amoureux fou de sa femme qu'il perdit alors qu'il n'avait qu'une trentaine d'années, il conserva intact le décor où elle avait vécu et il ne voulut jamais se remarier.

 

Sa tombe est une des plus spectaculaires du cimetière de Montmartre, surmontée d'un immense Moïse, réplique de celui de Michel Ange. Mais ce qui nous interpelle aujourd'hui c'est qu'Osiris dut se battre pendant plus de trente ans pour obtenir l'emplacement où il a été érigé. Juif assigné à la partie du cimetière réservée aux juifs, il tenait à reposer à la limite extrême, à côté de la partie chrétienne, afin d'être le plus près possible de sa femme comme il le lui avait promis.. Triste époque où les préjugés étaient si forts qu'ils empêchaient deux êtres qui s'étaient aimés de partager la même tombe! Et quelle ingratitude envers un homme qui avait tant donné à son pays! Il est vrai que nous sommes encore dans les miasmes de l'affaire Dreyfus qui empoisonna l'atmosphère pendant plus de 12 ans! 

Rue La Bruyère. Première partie. Du 1 au 11. Osiris. Lévy Dhurmer. Desbordes Valmore...

Heureusement, avant sa mort le mur fut détruit et les règles radicales des religions purent être contournées.

Aujourd'hui le couple et ses enfants morts nés vit  dans la même terre son éternité temporaire.

Rue La Bruyère. Première partie. Du 1 au 11. Osiris. Lévy Dhurmer. Desbordes Valmore...

"J'ai lutté avec mon cœur de mari. Je suis arrivé après 33 ans de luttes de toute sorte à occuper définitivement et perpétuellement le terrain qu'elle avait désigné. Je viens de reconnaître ma place. C'est à ses pieds que je dormirai de mon dernier sommeil"

Le 11.

Le 11.

    Au 11 a vécu plusieurs années Adolphe Tavernier, journaliste (au Gil Blas, à l'Evènement) et… escrimeur! Il a écrit un livre préfacé par Aurélien Scholl : "L'art du duel".

Rue La Bruyère. Première partie. Du 1 au 11. Osiris. Lévy Dhurmer. Desbordes Valmore...

     Mais ce qui le caractérise mieux que le fleuret c'est son goût très sûr pour la peinture de son temps et pour son amitié indéfectible avec Sisley dont il collectionna les toiles.

Première neige à Veneux-Nadon (Sisley). Toile ayant appartenu à Adolphe Tavernier.

Première neige à Veneux-Nadon (Sisley). Toile ayant appartenu à Adolphe Tavernier.

     Il ne s'en sépara qu'à contre cœur quand il quitta Montmartre pour acheter un vaste appartement dans le XVIème arrondissement!

Meule de paille en octobre (Sisley)

Meule de paille en octobre (Sisley)

    Nous faisons halte à ce niveau de la rue dont nous reprendrons la visite après avoir admiré quelques Sisley qui appartenaient à Tavernier!

(à suivre…)

                                 L'inondation (Sisley)

Maisons au bord du Loing (Sisley)

Maisons au bord du Loing (Sisley)

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Rue de l'abreuvoir

Rue de l'abreuvoir

 Le 4 rue de l'abreuvoir (2019)

Le 4 rue de l'abreuvoir (2019)

Le 4 (1930)

Le 4 (1930)

     Au début de la rue de l'abreuvoir, séparée de la maison rose par un seul immeuble, une maison à l'architecture composite attire l'attention des passants. Il s'agit de la maison des aigles.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Sur les photos du début du XXème siècle, elle n'existe pas encore. Elle n'a pas encore remplacé une modeste demeure villageoise dont un mur pignon donnait sur la rue et dont les pierres auraient été réutilisées dans la nouvelle construction.

(On peut voir sur la carte ci-dessus, un peu avant le personnage, la vieille maison et son mur pignon).

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Il faut attendre 1924 pour voir la maison des aigles nidifier sur la Butte.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     De style rustique et composite, elle serait si l'on en croit André Roussard,  grand érudit montmartrois malheureusement décédé, l'œuvre de Joseph de la Nézière. (Dictionnaire des lieux de Montmartre. Editions andré Roussard).

     Je ne sais qu'en penser pour la bonne raison que Joseph de La Nézière (1873-1944) n'était pas architecte mais peintre, intéressé non par Montmartre mais par les pays du Maghreb où il résida souvent et pour lesquels il créa de nombreuses affiches. Peut-être a t-il dessiné cette maison avant qu'un architecte ne la réalise? 

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Mais pour qui a t-elle été construite ? La réponse est plus facile, une plaque apposée sur la façade nous renseigne!

 

Elle fut la demeure du "commandant Henry Lachouque, historien de Napoléon et de la Grande armée (1883-1971)".

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Lachouque? Le touriste restera dubitatif, comme je le fus devant cet illustre commandant. Napoléon éveillera sans doute plus de clignotants dans sa cervelle.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Le commandant fut pourtant un historien passionné par Napoléon.

Il fut formé à Saint-Cyr, promotion Austerlitz (!) et combattit pendant la 1ère guerre avec les gants blancs et le casoar. Il fut blessé en 1914 à la bataille de la Marne et dut quitter l'armée. 

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Les toqués de Napoléon qui comme on sait rendit fous de nombreux de ses fans, le connaissent bien sûr et ont dévoré la quinzaine de livres qu'il consacra au grand homme et à son armée.

   

     Il fonda l'Association des amis de Sainte-Hélène, il fit restaurer la fameuse maison de Longwood où l'empereur déchu passa ses dernières années, il fut enfin conservateur pendant dix ans du musée de la Malmaison. Une vie consacrée à Napoléon!

La Malmaison

La Malmaison

    Cette passion a envahi la maison des aigles. Les pièces abritaient un musée de souvenirs napoléoniens, d'objets divers ayant appartenu à Napoléon, à Joséphine ou aux princes impériaux.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     L'extérieur n'est pas en reste! L'entrée est surveillée par deux aigles prêts à fondre sur leur proie. Ils ont donné son nom à la maison.

 

On retrouve l'aigle impériale sur l'enseigne qui se balance au vent….

 

   Une des curiosités de la maison est le cadran solaire, un des plus photographiés de France et de Navarre.

Ce n'est pas un aigle mais un coq (dessiné par Henry Lachouque lui-même) qui s'exprime...

    Il s'adresse au campanile du Sacré-Cœur voisin et il lui dit qu'au moment où il fera sonner ses cloches pour les Laudes matinales, il l'accompagnera de son chant.

Le campanile du Sacré-Coeur vu de la rue de l'abreuvoir et de la maison des aigles. 

    Et voilà ce qu'on peut dire de cette maison qui suscite l'intérêt des passants!

Notons que Henry lachouque, reconnu comme spécialiste sérieux de l'Empire fut sollicité à plusieurs reprises pour donner des conseils à des cinéastes dont les films se situaient à cette époque.  

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

    J'ai oublié un détail intrigant. La phrase prononcée par le coq comporte une curiosité.

 

    Le "N" de "quand" est écrit à l'envers, comme une lettre de l'alphabet cyrillique.

Est-ce une allusion à la désastreuse campagne de Russie? 

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Publié le par chriswac
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Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

     Il n'est jamais trop tard pour découvrir un grand artiste oublié! Voilà un homme exceptionnel, un artiste profond et original dont j'ignorais l'existence, je l'avoue.

 

Déjà, quelques mois après sa mort on pouvait lire : "Dorignac est mort. N'organisera-t-on pas une rétrospective? Ce serait une révélation pour beaucoup de gens qui n'ont pas su voir les œuvres de ce bel artiste." (Le Rapin, Comoedia, 1926)

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

Une révélation? Ce le fut pour moi et pour les trop rares visiteurs de l'exposition "Corps & âmes".

     Il faut dire que l'affiche est ratée. Une figure noire tronquée sur fond rouge… qui ne respecte pas le fond blanc original et la force de l'œuvre.

 

Le choc pour moi a été la rencontre avec les œuvres noires. Leur modernité m'a sauté au visage. Il y a dans leur ombre qui apparaît d'abord massive, une richesse de détails qui se révèle  peu à peu et laisse filtrer une lumière intérieure, comme à travers des feuillages nocturnes.

 

     Georges Dorignac (1879-1925) a vécu quelques années à Montmartre, au 22 rue du Chevalier de La Barre.

Le 22 aujourd'hui. (reconstruit après les bombardements de la 2ème guerre.)

Ses premières toiles sont encore marquées par l'impressionnisme. Il peint Céline sa compagne et leurs filles. On pense à Renoir mais déjà on sent dans ces visages une gravité presque sacrée. Le portrait de Georgette, une de ses filles a quelque chose d'une princesse de Vélasquez. 

                                Portrait de Georgette (1916)

    On ressent dans ses portraits une attention exigeante à ses modèles, une volonté de rendre leur beauté, non pas seulement celle du corps mais encore celle, secrète et discrète de l'âme.

La famille (1906)

La famille (1906)

Il aime peindre sa compagne Céline qui a déjà une fille de 5 ans, Suzanne, lorsqu'il la rencontre, avec qui il aura trois filles. Ils formeront tous les 6 une famille aimante, unie dans l'adversité, une petite constellation de tendresse et de confiance.

 

Georges Dorignac, Céline et les 4 filles.

Georges Dorignac, Céline et les 4 filles.

     Après la période colorée, vient la période du noir qui correspond à l'installation du peintre à la Ruche, à Montparnasse, où il est accueilli après la rude épreuve qu'a été le vol de toutes ses œuvres. Il est ruiné mais poursuit son travail, soutenu par ses proches. Le voleur est un escroc qui s'empare des toiles et des dessins pour les signer d'un peintre coté et les vendre au meilleur prix. Par malheur il n'a pas été trouvé trace de ces œuvres disparues.

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

Les portraits noirs sont ce qu'il y a sans doute de plus original et de plus novateur dans l'œuvre de Dorignac.

Certains parleront d'influence de la statuaire egyptienne ou khmère. Peut-être, mais ce qui frappe, c'est cette "matière" qui semble dense, taillée dans le granit, et qui cependant porte vers la lumière, montée des profondeurs, une humanité vulnérable.

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

L'influence de Rodin est manifeste dans certains "masques" qui évoquent par exemple le visage d'un bourgeois de Calais, Pierre de Wissant...

Rodin. Pierre de Wissant.

Rodin. Pierre de Wissant.

    Dorignac parvient à donner sur une surface plane cette épaisseur charnelle des sculptures.

 

"Dans ses dessins, Dorignac creuse dans la profondeur des corps comme le sculpteur dans la masse des pierres." Gaston Meunier du Houssoy.

                            Rodin

                          Dorignac

 

                               "Dorignac sculpte ses dessins." Rodin.

Les hâleuses

Les hâleuses

     A la même époque, Dorignac qui a beaucoup admiré Millet et sa manière respectueuse et quasi religieuse de représenter les paysans, les dessine avec un trait fort et précis, tout entiers requis par leur tâche. Bien qu'il y ait chez lui une grande précision anatomique, on pense aux figures cernées de plomb des vitraux.

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Il y aurait beaucoup à dire encore sur les œuvres nombreuses de l'exposition.

Comme par exemple la représentation inattendue des danseuses, non comme des créatures de légèreté et d'envol mais des  athlètes, des forces concentrées prêtes à se libérer.

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

     Quand la guerre éclate, Dorignac est mobilisé mais (comme Poulbot) il est réformé, à cause d'une maladie osseuse. Il est de santé fragile et opéré d'un ulcère à l'estomac, c'est des suites d'une opération abdominale qu'il mourra en 1925.

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.
Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

     Mais il ne cesse de peindre, comme s'il était conscient de l'urgence. La dernière partie de l'exposition montre l'évolution de Dorignac vers un art sacré. Il commence à avoir du succès, la vie matérielle est alors plus facile et il reçoit des commandes.

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

    La Vierge à l'enfant, projet pour une mosaïque, n'est pas sans rappeler l'art roman ou l'art byzantin. Le hiératisme des personnages n'est pas austère, il est transformé par le rayonnement des auréoles qui semble vibrer pour atteindre le spectateur.

Détail du carton "La Vierge et l'enfant".

Détail du carton "La Vierge et l'enfant".

Jeanne d'Arc écoutant les voix

Jeanne d'Arc écoutant les voix

     En 1918, en pleine guerre, il crée pour une tapisserie cette Jeanne d'Arc dont l'auréole est illustrée par ses exploits guerriers qui mettent l'ennemi en fuite.

Son style a changé, il se réfère à la tradition, aux tapisseries du Moyen-Âge. Dans un jardin clos ou paissent les agneaux, les fleurs symboliques s'épanouissent : le lys, pureté de la sainte, l'œillet, l'amour divin.

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

     Jeanne est assise entre l'arbre de la vie et celui de la connaissance du bien et du mal. Elle écoute les voix qui lui ordonnent de combattre l'ennemi. Notons que Dorignac, sensible dès le début à la dimension sacrée de l'art était agnostique. 

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

Ses créations plus amples sont destinées à l'art décoratif, mosaïques tapisseries, vitraux. Comme ces "Biches", projet fait sans doute pour un mur ou un plafond.

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

 

Sur un fond de fleurs et d'oiseaux, tapis de Perse, enluminure, les cervidés sont accompagnés dans leur mouvement de tendresse par les branches qui font une arcade protectrice au-dessus d'eux.

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

Parmi ses dernières œuvres, montrant sa curiosité pour les spiritualités orientales, il peint un mandala où  se retrouvent au centre les 4 continents et autour, les symboles des principales religions : croix, étoile de David, bouddha, croissant, vache sacrée... 

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

… et il n'oublie pas d'y insérer des dessins de femmes qu'il a réalisés une dizaine d'années plus tôt, comme si c'était lui-même avec son œuvre qui prenait place dans l'univers qui continue de tourner et d'entraîner avec lui l'humanité.

 

     Dorignac meurt en 1925. Il a 46 ans. On aimerait que cette exposition réalise la prophétie écrite en 1928 :

"L'œuvre qu'avait réalisée Georges Dorignac demeure, et de jour en jour elle se classe, conquérant la place définitive qui lui est assignée dans l'histoire de l'Art Contemporain." (le Carnet d'un curieux. Galerie Marcel Bernheim)

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

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Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.

    Poulbot est notre Montmartrois de cœur, un homme généreux et actif un artiste qui a mis son art au service de son engagement. C'est donc avec plaisir que nous le retrouvons au musée de Montmartre où il occupe avec ses dessins exécutés pendant la guerre, le rez-de-chaussée de l'hôtel qui abrite la remarquable exposition consacrée à Dorignac (courez-y vite! C'est une révélation!)

Poulbot et le chien Tutu en 1916

Musée de Montmartre.

Musée de Montmartre.

     Poulbot dessine les gosses de la Butte pendant les années terribles de la Grande Guerre. Tout en représentant  leur spontanéité et leur fraîcheur enfantines, il leur prête une ironie, une arrogance, une intelligence qui font d'eux des témoins et des critiques.

Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.

     Lui-même est frustré et amer de ne pouvoir être au front. Il a 35 ans quand la guerre est déclarée. Il est mobilisé mais ses problèmes de santé nécessitent en février 1915 sa réforme. Il vit mal ce retour à l'arrière et c'est avec ses armes de dessinateur qu'il poursuit la lutte.

 

Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.

Il publie ses dessins dans plusieurs journaux et revues, participe à des campagnes pour récolter des fonds (pour les orphelins de guerre, pour les prisonniers…).

Ses dessins et ses affiches des années de combat font partie de ce qu'il a produit de plus engagé et souvent de plus émouvant.

Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.

     Il observe les enfants qui continuent de jouer malgré le départ des pères et la rude vie des mères. Ils mettent en scène ce qu'ils savent ou perçoivent du conflit et se montrent plus patriotes que les patriotes! Les garçons creusent des tranchées, bricolent des canons et des fusils tandis que les filles, en un temps où le rôle assigné à chaque sexe est sans appel, réconfortent les guerriers ou deviennent infirmières!

Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.

     Des expositions des dessins de Poulbot sont organisées, comme celle des "Alliés" en décembre 1916. C'est celle que nous propose le musée de Montmartre avec ces 24 lithographies.

Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.

     Les enfants d'aujourd'hui jouent à d'autres jeux, ils sont souvent avalés par  leur tablette ou leur smartphone. Poulbot n'est plus là pour les croquer avec tendresse. Les guerres d'aujourd'hui ne semblent plus les concerner… On ne joue pas au Bataclan ni aux embarcations qui font naufrage…

   On ne joue pas avec le dérèglement climatique non plus…

   Et pourtant on voit dans les rues défiler en chantant collégiens et lycéens plus conscients que leurs aînés. C'est peut-être là, parmi eux que Poulbot sortirait ses cahiers à dessins. 

Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.

De nombreux articles sont consacrés à Poulbot sur ce blog. 

Liens :

Poulbot engagement social

Poulbot les Noël de la Butte

Poulbot les gosses

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Cimetière., #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Frédérick Lemaître en Macaire (Carjat)

Frédérick Lemaître en Macaire (Carjat)

     Il est le plus célèbre des acteurs du boulevard du Crime, immortalisé par le film de Carné "Les Enfants du Paradis" : Antonin Louis Prosper Lemaître (1800-1876), connu sous son nom de scène : Frédérick Lemaître.

                           Frédérick Lemaître interprété par Pierre Brasseur dans "Les Enfants du Paradis".

     Son rapport avec Montmartre?

     Sa dernière adresse… dans le cimetière de l'avenue Rachel!

 

     Son corps a été couché là, dans la 28ème division, première ligne, n°4. Il a fallu attendre 13 ans après sa mort pour qu'une souscription lancée par "l'Avant-Scène" recueille assez de fonds pour élever ce monument surmonté d'un buste de bronze.

 

     Le buste dû à Pierre Granet fut volé puis retrouvé et gardé à l'abri en attendant d'être replacé, un jour peut-être, dans ce cimetière où pillage et vols ne sont pas rares.

 

Il est possible de voir sa réplique dans le square Frédérick Lemaître, Xème arrondissement (quartier où vivait l'acteur). Personne n'a encore eu l'idée de le dérober!

 

     Pierre Granier (1842-1910) n'a pas laissé beaucoup de chefs d'œuvre et il n'est pas sûr que son buste de Frédérick Lemaître en soit un, mais il est une image artistique, rare, du grand acteur. Parmi les quelques œuvres de Granier figure "la renommée au combat" sur le pont Alexandre III, avec une trompette qui, si l'on en croit Brassens, doit être "mal embouchée"!

                                   La renommée au combat. Pont Alexandre III (Pierre Granier).

     La renommée de Frédérick Lemaître est un lointain souvenir et les promeneurs qui passent allée Troyon devant sa tombe, ignorent le plus souvent qui était cette "star" si populaire que Victor Hugo, l'opposant aux autres acteurs qui incarnaient des héros ou des rois, disait de lui "Il a été le peuple. Pas d'incarnation plus féconde et plus haute; étant le peuple, il a été le drame".

                              Allée Troyon. La 1ère tombe à gauche est celle de Frédérick.

 

     Antoine Louis Prosper Lemaître est né en 1800 au Hâvre. S'il y avait vécu il aurait pu être aventurier, explorateur, pirate. On imagine pour lui les destins les plus spectaculaires, avec premiers plans vigoureux et environnement de vents et d'oiseaux plus criards que les spectateurs du paradis!

    La mort de son père est le grand déchirement de sa vie d'enfant. Ce père qu'il idolâtrait meurt alors qu'il n'a que 9 ans.

     Pour trouver du travail sa mère vient vivre à Paris. Frédérick est élève au collège Sainte-Barbe. Dès qu'il est en âge d'aider sa mère, il accepte des petits boulots avant de se décider à suivre les cours du Conservatoire. À sa sortie, il ne trouve d'engagement que dans un théâtre proche du Bd Saint-Martin, "Les Variétés Amusantes" où est donnée sur le mode comique "la triste aventure des amoureux Pyrame et Thysbé".

                                                                 Le lion du magicien d'Oz

Frédérick (qui se choisit alors ce  nom de scène) joue le troisième personnage, le brave lion soupçonné à tort d'avoir croqué la belle. C'est donc par le roi des animaux dont le déguisement a le poil quelque peu dégarni que Frédérick Lemaître se fait connaître et déjà apprécier du public populaire par ses apartés et ses mines entendues. 

                         Boulevard du Temple. (1845)

Boulevard du Temple. (1845)

     Nous sommes sur le boulevard du Crime, surnom donné au boulevard du Temple où de nombreux théâtres se spécialisent dans les mélos sanglants.

                                              Boulevard du Crime (Enfants du Paradis)

C'est sur ce boulevard, à l'Ambigu, que Frédérick  trouve le rôle qui va l'installer pour toujours dans le cœur des spectateurs, celui du bandit de grand chemin, Robert Macaire (dans l'Auberge des Adrets)

     Le coup de génie de Frédérick Lemaître fut de rendre bouffon un mélodrame censé tirer des larmes. Il trouva la pièce si nulle qu'il tira partie de chaque réplique, de chaque situation pour la transformer en farce tandis que les autres acteurs jouaient sérieusement leur rôle. Il fit du mélodrame ampoulé un triomphe de drôlerie et d'humour noir et le public conquis adopta l'acteur qui avait fait d'eux ses complices!

 

     Dès lors, il emplira toutes les salles où il se produira. Il aura une foule d'admiratrices qui l'attendront à la sortie des théâtres et en homme galant il fera de son mieux pour rendre hommage à leur beauté! La scène culte des Enfants du paradis nous le montre en séducteur qui trouve en Garance une égale, aussi spirituelle que lui.

Il lui demande une adresse où la retrouver :" Paris est grand vous savez." Elle répond l'œil ironique "Paris est tout petit pour ceux qui s'aiment comme nous d'un aussi grand amour!"

     Parmi les actrices qui ont joué avec lui, la plus célèbre est sans doute Marie Dorval. Ils sont partenaires dans "Trente ans ou la vie d'un joueur", mélo où elle se fait remarquer en 1827, cinq ans avant de devenir la maîtresse de Vigny et de donner la mesure de son talent au théâtre français.

                                                      Vigny et Marie Dorval

"Je fus vivement impressionné par cette nature à la fois ardente et timide, par cet accent pénétrant et inspiré" (Frédérick Lemaître. Souvenirs.)

    Frédéric Lemaître interprète lui aussi de grands textes qui lui permettent de donner sa mesure sans perdre l'adhésion du public populaire. Il est Othello, il est Hamlet, comme on imagine que ces personnages étaient proposés au Théâtre du Globe devant un parterre mêlé et souvent bruyant.

                                         Pierre Brasseur en Frédérick Lemaître (Les Enfants du paradis)

Il joue dans des pièces de Hugo (Lucrèce Borgia, Ruy Blas). Hugo qui était exigeant avec ses interprètes admire Frédéric Lemaître :

"Cet homme est à tout prendre le premier ou plutôt le seul comédien de notre temps".

                                                                    Dessin de Léon Noël

On le trouve encore dans "La maréchale d'Ancre" de Vigny ou dans des pièces d'un auteur dont il aime le romanesque, Alexandre Dumas. Il s'illustre dans "Kean" et dans "la tour de Nesles"

                                                                                               Photo de Carjat

     Cette possibilité pour lui de s'investir dans des rôles si variés donne une idée de son génie, du respect aussi qu'il porte aux grandes œuvres dans lesquelles il "est" le personnage qu'il joue sans avoir besoin comme dans les mélos médiocres de prendre ses distances, de se moquer, de transformer son public en confident!

 

     Dans sa vie privée, Frédérick qui a du mal à dissocier sa carrière d'artiste de  celle d'amoureux, passe d'un amour à l'autre avant d'épouser Sophie qui se révélera compagne vigilante et fidèle. 

"J'eus un fils que j'appelais Frédérick comme moi. Quelque temps après ma chère Sophie me donna une fille, ma belle Caroline, et l'année suivante Charles, qui lui aussi devrait être là pour me fermer les yeux quand sonnera mon heure."

 

L'heure de Frédérick viendra après celle de ce fils qu'il aimait et qui mourut à 40 ans. C'est sur la fin tragique de son fils que Frédérick Lemaître, après avoir évoqué ses souvenirs de théâtre, clôt son livre.

"Charles était atteint de cet horrible mal qui depuis six mois décimait tant de familles dans Paris : la petite vérole noire (…)

Le 5 mars 1870 vers six heures du soir, dans un accès de fièvre, il s'était vu entouré de flammes et s'était précipité par une fenêtre. Je n'eus que le temps d'accourir pour recueillir son dernier soupir. Il est mort dans mes bras."

 

    Après la mort de son fils, Frédérick Lemaître se réfugie dans la solitude. Son fils Frédérick évoque les dernières humiliations qu'il subit de directeurs de théâtre qui ne misent plus sur lui.

"La mort le trouva calme et fort. Il ne regrettait rien. Une partie de ceux qu'il aimait l'avaient déjà précédé dans l'inconnu"

 

Avec quelle ironie et quel sadisme la "nature" peut se jouer de nous! Le lion du théâtre aux rugissements puissants, le brigand aux invectives malicieuses, l'acteur total, maître de la parole comme un virtuose de son instrument, est atteint d'un cancer à la langue. 

 

Son martyre dure huit mois. "Je meurs de faim. Je voudrais tout croquer! Hélas ces diables d'aphte s'y opposent"

Il meurt le 26 janvier 1876.

 

L'enterrement marqua tous les esprits tant la foule était dense sur le trajet qui allait de l'église de la rue des marais dans le Xème arrondissement au cimetière de Montmartre.

 

"Le char se fraye difficilement un chemin entre les maisons garnies jusque sur les toits" (Victor Hugo)

 

Frédérick Lemaître. Cimetière Montmartre.

Victor Hugo sur la demande du fils de Frédérick Lemaître improvise un discours sur la tombe.

"Je salue  dans cette tombe le plus grand acteur de ce siècle, le plus merveilleux comédien peut-être de tous les temps."

 

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Publié le par chriswac
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Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.

     Le hasard m'a fait emprunter la rue Véron où une galerie installée là depuis quelques mois m'a permis de passer à travers le miroir pour découvrir un paysage où les hommes et les oiseaux se parlent... 

Atelier Véron, 31 rue Véron

Atelier Véron, 31 rue Véron

     Il faisait gris...

     Il pleuvait un peu...

    "Pour un cœur qui s'ennuie, ô le chant de la pluie"...

Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.

     Et puis, franchie la porte, l'arc en ciel vint à ma rencontre...

Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.
Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.

    Avec une migration d'oiseaux échappés de l'enfance où les chasseurs n'existent pas

    Des mosaïques byzantines ou des villas romaines

    Des enluminures médiévales 

     Ou plus simplement lâchés pour nous par un artiste qui, né en 1944, a gardé l'âme et le cœur d'un jeune amoureux que le monde émerveille.

 

 

 

     Je n'ai pas été étonné d'apprendre qu'il fut proche d'un maître-verrier que nous connaissons bien à Montmartre puisque tous les vitraux de notre vieille église Saint-Pierre sont son œuvre : Max Ingrand.

 

… Un vitrail se laisse deviner de l'extérieur avec ses lignes de plomb et ses couleurs sourdes et il saisit la lumière aussi ténue soit-elle pour se donner à l'intérieur….

… Les visages de Jean Dessirier, comme les vitraux ont leur face de lumière et leur face plus secrète.

    Comme on peut voir se refléter dans la vitre l'avers coloré offert aux passants tandis que le revers  ombreux ne s'offre qu'à ceux qui entrent dans la salle d'exposition.

     Femmes, hommes et oiseaux vivent ensemble sans frayeur. L'oiseau messager de paix est aussi la part de rêve et de sensualité de chacun.

 

Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.
Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.

     Certains "personnages" que leur créateur nomme "totems" sont debout, en pied, longs et droits. Ils me font penser aux statues colonnes romanes, paisibles elles aussi avec leur sourire à peine dessiné, comme une invitation à la douceur.

 

 

     Comparaison n'est pas raison, aussi faut-il aussitôt la compléter avec d'autres, du côté de l'art forain ou des décors circassiens, comme nous y invite ce clown mains dans les poches

 

     C'est ainsi, devant un univers nouveau et envoûtant, on ne peut s'empêcher de battre le rappel de tout ce qu'il peut nous évoquer alors que le plus simple et le plus naturel serait d'y entrer sans bagages.

Même si les faunes, les sirènes et les sphinges sont pour nous de vieilles connaissances.

 

Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.

Ce qui est sûr, c'est qu'il se dégage de cette exposition une impression paisible et souriante, une forme de bonheur qui invite à l'échange. 

 

 

Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.

     Un univers où François d'Assise serait à l'aise pour parler aux "frères oiseaux" mais où il aurait jeté aux orties sa robe de bure pour chanter en même temps que la beauté des animaux et des fleurs, celle des hommes et des femmes!

Femmes dont la nudité est aussi naturelle que le plumage des oiseaux!

 

Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.

    Les œuvres de Jean Desirrier sont exposée à l'Atelier Véron jusqu'à la fin du mois de mars, 31 rue Véron. Tel : 06 75 17 27 03. Adresse @ du site

 

 

 

Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.

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