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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #Peintres
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C'est un des tableaux les plus célèbres de la Renaissance, emblématique de l'Ecole de Fontainebleau. Il est une source inépuisable de rêverie, de fantasmes, de questions...

Et une fois qu'on en a donné une explication rationnelle, il garde toute son étrangeté. 

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A gauche la duchesse de Villars, Julienne d'Estrées, pince le téton de sa soeur Gabrielle. La "belle Gabrielle" est la favorite du roi Henri IV depuis 1591 (le tableau est peint en 1594) et elle attend un premier enfant de lui. On la voit dans sa baignoire de cuivre recouverte d'un drap comme on le faisait alors pour éviter tout contact du corps avec le métal.

La duchesse prend délicatement entre pouce et index le téton gonflé de sa soeur qui attend un enfant. 

Ces doigts qui enserrent avec tendresse le téton donnent à la scène sa force troublante. Ils évoquent ceux de l'amant, de l'amoureux des femmes qui connaît la douceur et la délicatesse de ce bourgeon de chair.

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Gabrielle tient avec la même délicatesse une bague. Main de la femme, main de l'amante qui elle aussi connaît la sensibilité de son amant dont elle effleure et touche la "bague" du sexe.

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      Henri IV en Mars (Jacob Bunel. 1605). Tableau peint pour la Galerie de Diane à Fontainebleau. Allusion à peine voilée dans la main droite du sexe royal!

Cette bague a une histoire et rappelle la quasi royauté de la favorite. C'est un cadeau du roi qui désirait l'épouser et en était empêché par l'impossible répudiation de la reine officielle, Marguerite de Valois  avec laquelle il ne vivait plus depuis des années.    

En février 1599, cinq ans après ce tableau et comme pour en réaliser la prédiction, le roi, lors d'un bal donné au Louvre annonce son intention de passer outre aux obstacles dressés par la reine et par le pape. Il offre à Gabrielle l'anneau du sacre. Une fois de plus l'art devance la réalité! 

Ce que n'annoncent pas les corps gracieux et clairs, les chairs épanouies, la sérénité des visages, c'est que six semaines après le bal du Louvre, la belle Gabrielle, enceinte d'un quatrième enfant est emportée par une apoplexie foudroyante. Son agonie est épouvantable. Son beau visage convulsé noircit, au point que les rares témoins diront qu'elle a été étranglée par le diable.

Le roi ne se remettra pas de cette mort. Alors qu'il lui était interdit comme à tous les rois de France, de porter le deuil, il s'habille de noir. Il dit  "la racine de mon coeur est morte". Il ajoute qu'elle ne "rejettera pas", c'est à dire qu'elle ne donnera aucun rejet, aucun espoir de renaissance. Ce roi galant et amateur de femmes est aussi un grand amoureux, fidèle à celle qu'il aime passionnément depuis des années.

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Le tableau se présente comme une scène théatrale. Les rideaux rouges s'écartent et les deux stars apparaissent dans le plus simple appareil, avec un naturel étonnant. Elles sont nues et elles sont belles. Peu importe l'avis des grincheux! Elles se savent regardées et n'en éprouvent aucune gêne, leur regard est tourné vers le spectateur qui entre dans la pièce intime. Un instant nous sommes nous-mêmes, devant le tableau, le roi qui regarde, ému, la beauté de ces corps.

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Dans la perspective une couturière est penchée sur son ouvrage, sans doute un vêtement destiné à l'enfant qui va naître. Au-dessus de la cheminée, un tableau nous laisse entrevoir les jambes écartées d'un homme dont le sexe est recouvert d'un tissu rouge. Allusion au royal amant censé cacher sa relation!

Ce qui frappe dans cette scène, c'est la sensualité et l'élégance. Un équilibre entre hiératisme quasi religieux et érotisme. Les deux femmes sont droites, leur port de tête élancé évoque les tableaux de la Vierge.

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La nudité et le gonflement des seins n'est pas sans rappeler l'Agnès Sorel de Fouquet.

La rencontre de la théâtralité de la scène, des échos mystiques et de la nudité charnelle est sans doute la source de la  fascination qu'exerce cette oeuvre.

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Le tableau s'inspire d'une oeuvre de Clouet fort connue, représentant Diane de Poitiers. 

On y voit Diane au premier plan, la main droite posée sur une planche recouverte d'une toile chargée de fruits et de bijoux. Cette habitude de tendre une toile sur la table avant d'y disposer les parfums, les brosses et les bijoux, a donné en français le mot "toilette".

En perspective une solide nourrice donne le sein à un poupon, tandis qu'un enfant la main sur le rebord de la baignoire louche vers la coupe de fruits et tend la main vers une grappe de raisin. Toujours dans la perspective, comme sur la toile qui nous intéresse, on voit une servante devant une cheminée.

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Le tableau de Clouet est quasiment copié en 1596, Diane étant remplacée par Gabrielle.  Le garconnet gourmand et chapardeur serait alors César, l'enfant annoncé dans le premier tableau. Le poupon dans les bras de la nourrice serait Catherine Henriette, soeur de César.

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Le thème est souvent traité par les peintres de Fontainebleau. On en voit ici une autre version. On reconnaît le même geste de la main dont les doigts tiennent une bague. En perspective une servante est penchée sur un coffre. La nudité de la femme est pudiquement recouverte d'un voile transparent comme on le devine sur le tableau précédent. 

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Il existe au musée de Lyon un 3ème tableau de Gabrielle au bain. L'attitude des jeunes femmes est différente. Julienne ne touche plus sa soeur. Il n'est pas nécessaire de vérifier si elle attend un enfant puisque le rejeton est né. On le voit dans les bras de la nourrice. Le sein de sa mère s'est donc gonflé de lait pour rien! A moins que le royal amant n'en ait profité. Le collier de perles rares est sans doute un cadeau du roi reconnaissant à sa maîtresse de lui avoir donné un garçon.

Ce tableau qui ne manque ni d'élégance ni d'étrangeté a cependant moins de mystère, moins de magie que le premier, celui qui est exposé aujourd'hui au Louvre, là où le roi Henri un soir de février eut l'audace d'annoncer son mariage avec son amoureuse peu de temps avant que sa beauté ne fût saccagée par la souffrance et anéantie par la mort.

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Le peintre qui a réalisé cette oeuvre ne l'a pas signée. Il est un des anonymes les plus célèbres de la longue histoire de la peinture!

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Comme la Joconde, comme beaucoup d'oeuvres célèbres, le tableau se prête à la parodie et à la caricature. Il est particuliérement parodié dans le monde gay. On peut s'en amuser avant de revenir à l'original et à sa trouble sensualité.

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                                                                     Eleazar

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                                 A la manière de Gabrielle d'Estrées. Qiu Mei Xian

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                                                                      Harald

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                                                                Robert Combas

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                                                                            Luzier

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                                         Nils and Phil. Polaroïd. Bertrand David.

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                                                           Francesco Marero

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                               François et Jean-François par Large


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Liens tableaux célèbres :


Chagall. Abraham et les Anges. L'hospitalité.

Camille Bombois. La femme. (II)

Séraphine de Senlis

Fontevraud. Fresques de Thomas Pot.

Tombeau d'Agnès Sorel. Loches.


Gustave Moreau. Le christ et les deux larrons.

Gustave Moreau. La Vie de l'Humanité.

Gustave Moreau. Jupiter et Sémélé.

Gustave Moreau. Prométhée foudroyé.


Lautrec. CHA-U-KAO la clownesse.

Lautrec. André Gill. Le Lapin agile.

 

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Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.
Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.

Il est le principal ornement de cette place où opère le charme indéfinissable de Paris. Il est l'épicentre des immeubles qui l'entourent.... L'hôtel de Thiers, le théâtre où fut tourné "le dernier métro", l'hôtel où vécut en ses débuts parisiens la Païva.....

 

L'hôtel de Thiers.

L'hôtel de Thiers.

Ni Thiers (vilain bonhomme) ni la Païva ne le connurent puisqu'il ne fut édifié qu'en 1911 à la place d'une fontaine qui servait d'abreuvoir aux chevaux.

 

L'ancienne fontaine semblable à plusieurs autres installées pendant la Restauration datait de 1821. C'est lorsque fut construite la ligne de métro Nord-Sud et la station Saint-Georges qu'elle fut démontée.

 

Une pétition accompagnée d'une souscription demanda qu'on érigeât à sa place un monument à la gloire de Gavarni qui avait habité le quartier et illustré la vie parisienne d'alors.

Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.

Autoportrait. Gavarni.

Nous avons rencontré Gavarni dans ce blog! Il est plus que beaucoup d'artistes qui se réclament de Montmartre, un véritable amoureux de nos quartiers (et de ses belles passantes)!

Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.

La rue des Rosiers (Chevalier de la Barre) où habita Gavarni, aujourd'hui chevet du Sacré-coeur.

Rappelons qu'il est venu à 25 ans habiter au sommet de la Butte, rue des Rosiers, future rue du Chevalier de la Barre avant de choisir la rue Ravignan

Il aime alors croquer le petit peuple parisien avec une prédilection marquée pour les jolies grisettes du genre Mimi Pinson.

 

1 rue Fontaine.

1 rue Fontaine.

Il descend ensuite de la Butte pour s'installer 1 rue fontaine, non loin du monument qui lui rend hommage, puis rue Saint-Georges.

Malgré l'élégance de ses dessins de mode, il est un critique acerbe de la comédie humaine et s'il fréquente les salons, c'est pour mieux en dénoncer les hypocrisies. Il n'est pas surprenant qu'il soit ami des Goncourt qui lui consacreront une biographie.

 

Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.

Comme eux, il est un observateur de la société et consacre des recueils à ses acteurs.  Les lorettes ont sa préférence et c'est avec une certaine tendresse qu'il les dessine.

Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.

Son monument rappelle aussi qu'il fut le "reporter" du Carnaval de Paris, une coutume ancienne et vivace qui ne disparut qu'en 1950.

Pierrot

Pierrot

Le décor sculpté représente des personnages de la fête : Pierrot, un débardeur, la mort avec sa faucille....

Le Débardeur

Le Débardeur

Quelques mots sur le Débardeur....

Il s'agit d'une femme qui pour l'occasion avait le droit de porter un pantalon masculin, ou débardeur (rien à voir avec le marcel actuel!). Il y avait une forte charge érotique dans ce travestissement exceptionnel.

 

Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.

On rencontre encore, détérioré par les vents d'ouest, une figure massive, un personnage en haillons, le regard insistant, semblant apostropher le passant. Il est la face noire du carnaval, le vieillard habillé de haillons, à la fois bonhomme et menaçant. Il tient dans la main droite un bâton et au bout du bras gauche une faucille. Il évoque "la grande faucheuse" la mort grimaçante, toujours présente dans les carnavals.

 

On peut discerner encore la jeune modiste qui passe avec sa boîte dans un arrière plan qui disparaît peu à peu, grain à grain, avec l'usure de la pierre. Derrière elle se profile l'artiste, un peintre assurément, qui ressemble à Gavarni...

 

Au sommet de la colonne Gavarni lui-même est représenté, occupé à dessiner et à saisir au vol ses contemporains.

 

Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.
Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.

Quatre mascarons de bronze laissent couler de leur bouche entrouverte un mince filet d'eau, les jours trop rares où la fontaine joue son rôle de fontaine.

La lorette y est à l'honneur, tournée vers la rue Notre-Dame de Lorette!

Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.

L'artiste bohême avec son chapeau de feutre...

Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.

Le mendiant quémandeur et menaçant

Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.
Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.

La mégère, hommasse et ronchonneuse... à la fois entremetteuse et espionne!

Monument à Leconte de Lisle. Jardin du Luxembourg. (Denys Puech)

Monument à Leconte de Lisle. Jardin du Luxembourg. (Denys Puech)

Les sculptures sont l'œuvre de Denys Puech (1854-1942) qui venu de son Aveyron natal où il gardait les moutons, se forma à son art avec tant de talent qu'il obtint prix et commandes officielles. Parmi ses nombreuses réalisations, retenons son monument à Leconte de Lisle dans le jardin du Luxembourg...

 

Oublions qu'en 1925 il sculpta sans que son ciseau ne fondît de réprobation Benito Mussolini!

Le buste inexpressif et verdâtre lui valut l'inimitié de ses contemporains!

 

Combien est plus poétique et sympathique le buste de Gavarni, cheveux au vent, belle gueule d'artiste libre, regard à la pointe sèche sur la société de son temps, ses injustices et ses hypocrisies.... 

 

 

Laissons-lui le dernier mot :

"Pourquoi mépriser les prostituées? Ce sont des femmes qui gagnent à être connues."

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
La Païva à Montmartre. La plus célèbre courtisane du 2nd Empire.

Les amoureux de Paris connaissent le somptueux hôtel de la Païva sur les Champs- Elysées. On sait que les Goncourt à la langue vipérine, devant l'abondance d'œuvres d'art et la qualité des décors, le qualifièrent de "Louvre du cul"...

 

Hôtel de la Païva (Atget).

Hôtel de la Païva (Atget).

J'ai tendance à préférer la courtisane, aussi arriviste qu'elle eût été, à ces deux commères! 

Mais comme nous nous arrêtons aux frontières de Montmartre, nous ne suivrons cette grande dame que pendant les premières années de son séjour parisien, dans notre quartier.

 

La Païva à Montmartre. La plus célèbre courtisane du 2nd Empire.

Celle que l'on connaît sous un nom chatoyant et exotique est née Esther Lachmann (1819) dans une famille modeste de Juifs polonais en Russie. Ses parents, à une époque où on demandait peu leur avis aux jeunes filles, la marient  (elle a 16 ans) à un tailleur français établi à Moscou. Elle mettra au monde un fils, Antoine, qu'elle ne verra quasiment jamais.

Esther a des rêves plein la tête et elle supporte mal son rôle d'épouse soumise. Elle rencontre un bel aventurier qui la convainc sans mal de laisser tomber mari, fils, parents, Russie, pour courir le monde plein de surprises et de promesses.

Les Tuileries sous Louis-Philippe.

Les Tuileries sous Louis-Philippe.

 En ces temps romantiques, tous les chemins mènent à Paris. C'est là que nous retrouvons Esther, lestée de son aventurier et livrée à elle même.

Ici commence son passage de météore dans nos parages.

Rue des Martyrs et le clocher de Notre-Dame de Lorette

Rue des Martyrs et le clocher de Notre-Dame de Lorette

Notre-Dame de Lorette

Notre-Dame de Lorette

Que peut faire une jolie femme sans métier et sans ressources dans un Paris tumultueux et en pleine mutation?

Elle se réfugie dans le quartier à la mode, celui des lorettes, prostituées au cœur généreux puisqu'elles ont par leurs dons contribué à l'édification de l'église Notre-Dame de Lorette dont les caissons dorés, les colonnes de marbre et les fresques témoignent des largesses!

 

Esther a du talent et elle est remarquée. Sur les conseils d'une amie de fortune, elle change de nom et troque Esther contre Thérèse (aujourd'hui c'est le contraire que l'on ferait bien qu'en verlan le premier prénom puisse se métamorphoser en mon deuxième!)

Bref, la jolie femme rencontre en 1840 un pianiste qui tombe amoureux fou de sa beauté sensuelle et de ses mœurs libres et inventives.

Henri Herz.

Henri Herz.

Il s'appelle Henri Herz. Il est le plus fêté des pianistes de la Restauration et il faudra attendre deux géants, Liszt et Chopin pour le détrôner. Il créa une manufacture de pianos pour se consoler...

Il est donc le premier amant connu de Thérèse Lachmann. Sa fortune fait partie de ses charmes comme ses relations et les nombreux salons qu'il fréquente. Notre courtisane voit son carnet d'adresses s'enrichir de noms prestigieux. Elle rencontre grâce à lui Liszt, Wagner venu quelques mois à Paris et locataire rue d'Aumale dans la Nouvelle Athènes pour la présentation de son Tannhäuser, Théophile Gautier qui restera son ami...

 

Henri Herz dans un salon en 1830.

Henri Herz dans un salon en 1830.

Elle épouse son artiste à Londres, en cachant soigneusement qu'elle est déjà mariée. Après tout, elle inaugure la bigamie féminine, n'en déplaise aux polygames mâles!

Une fillette voit le jour en 1847. Elle sera nommée Henriette (remarquons au passage que son premier mari s'appelait Antoine, prénom donné à leur fils, et que le 2ème mari s'appelant Henri, leur fille fut baptisée Henriette! Notre Esther-Thérèse voulait sans doute donner à ses maris le signe que ces enfants étaient bien à eux et très peu à elle!)

Il faut mentionner ici qu'elle eut des trésors auxquels elle donna le nom d'enfants! En effet, ce sont deux diamants considérables, parmi les plus fabuleux, qu'elle appela ainsi! 

Ils ont été vendus par Sotheby's en 2007 pour plusieurs millions de francs suisses.

 

En 1848, Herz part pour une tournée aux Etats-Unis. Thérèse dilapide une partie de sa fortune si bien que la famille, scandalisée, la chasse de la demeure familiale et récupère la fillette dont elle ne se préoccupera jamais et qui mourra à l'âge de 13 ans sans avoir connu sa mère.

Thérèse se rend à Londres où elle espère refaire sa vie. Elle trouve naturellement un riche protecteur en la personne d'Edward Stanley, politicien généreux qui la couvre de présents et lui donne en paiement de ses services, paraît-il exceptionnels, de quoi vivre largement. Mais cet homme l'ennuie, comme la langue anglaise et le brouillard sur la Tamise.

 

 

Thérèse revient à Paris où l'attend une surprise dont elle se serait bien passée. Antoine Villoing, le premier mari et le seul  légitime, débarque et la supplie à genoux de revenir au bord de la Moskova où l'attendent son fils et ses parents. La seule idée de retourner dans un passé qu'elle exècre lui fait horreur. Elle repousse le tailleur amoureux qui, désespéré se suicide.

Après quelques larmes de crocodile, Thérèse rencontre un nouvel amant prestigieux, le duc Antoine de Gramont alors marié à une belle Ecossaise et pas encore le grand personnage politique du 2nd Empire en gestation.

 

L'homme qui lui offre de nombreux présents et paie largement sa compagnie n'est pas de ceux qui s'encombrent longtemps d'une relation de plaisir. Thérèse est de nouveau seule. Situation inconfortable et indigne d'une courtisane dont la réputation est maintenant établie.

Voilà que passe sur le trottoir l'homme providentiel qui allait transformer sa vie, à commencer par son nom.

Il s'agit d'Albino Francisco marquis de Paiva Araujo. Il a 27 ans, il est élégant, il est riche, bref il est paré de toutes les qualités!

 

Thérèse le séduit si habilement qu'après quelques mois il lui propose le mariage, célébré en juin 1851.

Le nouvel époux fait cadeau à sa belle d'un hôtel particulier, élevé place Saint Georges en 1840.

 

C'est un bâtiment remarquable, un des plus beaux du quartier qui pourtant n'en manque pas. Son architecte est Edouard Renaud qui se plie au goût très "Monarchie de Juillet" pour le style néo Renaissance mâtiné de gothique.                                                                                                                                                                                                                                                               

 

La Païva à Montmartre. La plus célèbre courtisane du 2nd Empire.
La Païva à Montmartre. La plus célèbre courtisane du 2nd Empire.

L'Abondance et la Sagesse par Gabriel Garraud.

Les décors théâtraux sont dus aux frères Lechêne et les sculptures sont d'Antoine Desboeufs et Gabriel Garraud.

Antoine Desboeufs est surtout connu comme médailleur, d'où la précision et la finesse de ses réalisations. On peut voir plusieurs de ses œuvres à Paris comme la paix au bas d'une des colonnes de la place de la Nation ...

 

La Païva à Montmartre. La plus célèbre courtisane du 2nd Empire.

L'Architecture par Antoine Desboeufs

La Païva à Montmartre. La plus célèbre courtisane du 2nd Empire.

La Sculpture par Antoine Desboeufs

Gabriel Garraud, plus rare, est un des nombreux sculpteurs ayant participé à la galerie des hommes illustres du Louvre. Son Descartes n'est pas bouleversant d'expressivité!

 

On admire aujourd'hui la fantaisie de cette façade qui associe gothique et renaissance... et on imagine la satisfaction de celle qui se nomme désormais la Païva, lorsqu'elle franchissait les grilles de son hôtel, "soulevant, balançant le feston et l'ourlet"! 

 

Thérèse ne supporte pas longtemps son nouveau statut. Elle donne congé au marquis qui repart au Portugal...

Quelques mois plus tard, elle rencontre un cousin richissime du chancelier allemand Bismarck, le comte Guido Henckel von Donnersmarck.

 

Ici s'arrête le séjour de la courtisane dans nos quartiers! 

Le comte lui fait construire le fabuleux hôtel des Champs-Elysées, avec, pièce centrale et grandiose, un escalier d'onyx. Ce qui fera dire à Emile Augier : "Ainsi que la vertu, le vice a ses degrés".

 

 Abrégeons l'histoire de notre courtisane qui fait annuler son mariage avec le marquis en 1871. L'homme qui revient des Amériques à peu près ruiné se suicide. Elle épouse alors le comte allemand.

Après la guerre de 1870, elle sera soupçonnée d'espionnage et contrainte de quitter la France en 1877. Elle ira vivre en Silésie, dans le château de son mari (surnommé "le Petit Versailles") qu'elle a fait rebâtir selon ses goûts par l'architecte parisien Lefuel. Elle y mourra quelques années plus tard, à l'âge de 65 ans.

 

Reste le mystère de la séduction qu'exerça cette femme qui ne se trouvait pas belle et refusait qu'on la photographie....

Reste son passage rue des martyrs, place Saint-Georges.... où son parfum flotte parfois dans l'air avec celui des lorettes...

Seuls peuvent les percevoir aujourd'hui les amoureux de Montmartre...

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places., #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Les frères Toqué. Rue André Del Sarte. Annonciation.

De retour de mes trois mois d'exil dans mon île atlantique, j'ai retrouvé Montmartre qui m'a fait grise mine, comme un chat qui après l'absence de son maître, joue les indifférents.

Si le soleil s'était caché, des artistes des rues moins susceptibles avaient rendu à ma rue son véritable nom et décoré un vieux café désaffecté avec un ange et une vierge droit venus d'une toile du peintre florentin.

Les frères Toqué. Rue André Del Sarte. Annonciation.
Les frères Toqué. Rue André Del Sarte. Annonciation.

La plaque a été modifiée : le 18 ème s'est transformé en 16 s, non pas l'arrondissement mais le siècle de la Renaissance pendant lequel le peintre vécut les 31 dernières années de sa vie.

Les frères Toqué. Rue André Del Sarte. Annonciation.

Le nom de la toile représentée est écrit en lettres arabesques ainsi que la date de son exécution : 1528.

Les frères Toqué. Rue André Del Sarte. Annonciation.

Cette Annonciation aux couleurs vives et à la théâtralité assumée, j'ai eu la chance de la voir au Palais Pitti à Florence.

Si Andréa del Sarto avait été un homme honnête, elle serait peut-être aujourd'hui au musée du Louvre!

Les frères Toqué. Rue André Del Sarte. Annonciation.
Les frères Toqué. Rue André Del Sarte. Annonciation.

On connaît en effet l'histoire! Le peintre avait été invité à vivre en France, au service de François Ier comme un certain Léonard de Vinci. Pour retrouver sa femme restée à Florence, il obtint de son illustre employeur la permission de retourner quelque temps dans sa ville, avec une somme considérable destinée à acheter sur place des toiles des plus grands peintres dont le roi voulait décorer ses châteaux.

Les frères Toqué. Rue André Del Sarte. Annonciation.

Le peintre ne revint jamais en France et avec l'argent qui lui avait été confié se fit construire l'opulente demeure que l'on peut voir aujourd'hui à Florence via dei Caponi!

Les frères Toqué. Rue André Del Sarte. Annonciation.

Grâce aux artistes de rues, Andrea del Sarto revient à Paris! 

C'est une belle idée....

 

photo site Toqué

photo site Toqué

Par chance elle est signée!

Leur auteur est double, ce sont deux frères dont le nom est une déclaration de poésie : Toqué frères!

On le sait il faut être un peu (beaucoup?) fous pour se lancer dans de telles aventures, généreuses et lumineuses!

Rue Rochechouart. Mai 2017.

Rue Rochechouart. Mai 2017.

Félix et Marin ont souvent peint sur les murs des villes grises de grands tableaux de mer et de navires.

Parfois ils dessinent en faisant danser les lettres des messages joyeux, des invitations à la vie...

Les frères Toqué. Rue André Del Sarte. Annonciation.

En face de l'Annonciation, ils ont tracé quelques lettres sur une boutique abandonnée : Génial avec un cœur.... Ironie du message qui parle à la fois de la toile d'Andrea del Sarto, de sa reproduction en art de rues, du regard du passant qui participe à la rencontre!

Les frères Toqué. Rue André Del Sarte. Annonciation.

Je suis rentré trop tard pour voir leur réalisation dans tout son éclat. Déjà elle a été vandalisée par des tagueurs sans talent. Certains détails se sont estompés comme la fleur de lys et le vase, symboles de la virginité et de la maternité. Mais les couleurs vives, le "mouvement immobile" sont restés. L'ange est bien présent, intense, vivant pour chaque passant qui le regarde.

 

Les frères Toqué. Rue André Del Sarte. Annonciation.

 

Comme tout art éphémère, la fresque est condamnée à disparaître...

Je le regrette car elle n'est pas seulement une réponse à la question que se posent parfois les habitants du quartier sur le nom de leur rue, elle est aussi une invitation au voyage et à la rencontre.

Bon j'arrête! 

Car moi qui suis un admirateur d'Andrea del Sarto, moi qui habite cette rue, me voilà maintenant toqué des frères Toqué!

 

 

Les frères Toqué. Rue André Del Sarte. Annonciation.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités

     Chargé d'illustrer un recueil de chansons militaires (quelques-unes grivoises) harmonisées par Charles Cuvillier, Poulbot s'en donne à coeur joie et dessine de braves types à la trogne réjouie. Ses dessins sont francs et drôles. Ils ne sont pas "érotiques" comme ceux d'autres illustrateurs des mêmes chansons.

18 dessins d'inégale valeur accompagnent le livre.

Charles Cuvillier (1877-1955) dont la gloire dépassait les frontières nationales est aujourd'hui bien oublié et son illustrateur l'éclipse aisément !

Une partie de son renom vient de ses coréligionnaires Fauré et Massenet avec lesquels il étudia la musique! Il composa de nombreuses opérettes qui furent jouées en Allemagne, en Angleterre et même à Broadway...

Il aimait se promener sur notre Butte où il venait en voisin du IXème arrondissement où il vécut de sa naissance à sa mort. Il rencontra à plusieurs reprises Poulbot avec lequel il sympathisa.

La Reine Joyeuse (Cuvillier). "Ah la troublante volupté!" un des plus grands tubes de Cuvillier!

La Reine Joyeuse (Cuvillier). "Ah la troublante volupté!" un des plus grands tubes de Cuvillier!

Poulbot après avoir illustré la première de couverture et la page du titre, propose un dessin pour chaque chanson (15 chansons).

 

    Certaines de ces chansons restent célèbres, d'autres ont perdu de leur mordant et sommeillent dans de vieux cartons ou de vieilles mémoires...

La première, les fils de Chateaudun, fait partie de ces dernières. Je n'ai rien trouvé sur elle et si j'en crois l'illustration de Poulbot, elle met en scène une femme éplorée qui montre à un gros sodat moustachu et bedonnant une progéniture qui est peut-être née pendant son absence...

Auprès de ma blonde

Auprès de ma blonde

La deuxième est toujours chantée. Auprès de ma blonde est un classique dont Poulbot nous donne une représentation souriante et sous couette avec petits oiseaux à la fenêtre:

La chanson date du XVIIIème siècle, le texte est d'André Joubert du Collet. Elle s'appelait à l'origine "Le prisonnier de Hollande" (le pays pas le président!)>

"Auprès de ma blonde

Qu'il fait bon, fait bon, fait bon

Auprès de ma blonde

Qu'il faut bon dormir!

Passant par Paris

Passant par Paris

     "Passant par Paris" est également une chanson du XVIIIème siècle mais qui devint populaire pendant la guerre de 1870. C'était à l'origine une chanson de marins que l'on chantait dans les ports. Quand pendant la Défense de Paris les marins se firent terriens et vinrent prêter main forte à l'artillerie, ils l'apportèrent avec eux... Les parisiens s'en emparèrent.

.

"Le bon vin m'endort, l'amour me réveille (bis)

J'ai eu de son coeur la fleur la plus belle

Dans un grand lit blanc gréé de dentelles

J'ai eu trois garçons, tous trois capitaines."

Poulbot. Cuvillier. Chansons de route. Gauloiseries militaires. 1909.

"Les godillots" est une chanson de route qui remonte au XVIIème siècle.

.

"La-haut sur la colline

Il y a un moulin (bis)

Le meunier sur sa porte

Voit Rosette de loin (bis)

(il en existe de nombreuses variantes mais l'histoire reste la même. Rosette se retrouve avec le "sac plein" et au bout de neuf mois à peine, met au monde un p'tit meunier!.

Comme les autres font

Comme les autres font

"Comme les autres font" est une chanson gauloise aux origines incertaines.

.

"Oh ma mère ma pauvre mère, je voudrais me marier

Je voudrais me marier comme les autres

Pour avoir fille et garçon comme les autres font.

.

-Mais ma fille, ma pauvre fille

De l'argent en auras-tu?

.

-Le soir derrière les buissons, comme les autres,

Je trousserai mes blancs jupons

Comme les autres font." (...)

.

La Tradériquette

La Tradériquette

Avec mes sabots

Avec mes sabots

Avec mes sabots

Voilà une très ancienne chanson qui remonterait au XVIème siècle et qui reprit du poil de la bête en 1870...

.

"En passant par la Lorraine

Avec mes sabots (bis)

Rencontrai trois capitaines

Avec mes sabots...."

L'enfant du bataillon

L'enfant du bataillon

L'Enfant du bataillon

Chanson du début du XIXème siècle qui montre la solidarité des soldats sur tous les fronts!

"La plus belle est Fleur de rose

Fleur de rose est un beau nom

Verse à boire

Les soldats l'ont emmenée

A Paris près de leur maison

Au bout de neuf mois à peine

Elle accoucha d'un garçon

Il ne ressemble à personne

C'est le fils du bataillon

Verse à boire "

Marlbrough

Marlbrough

Marlbrough

Cette chanson-là est connue de tous les enfants. Elle date du XVIIIème siècle. Dans sa pièce, "le mariage de Figaro" Beaumarchais la fait chanter à Chérubin mais c'est Marie-Antoinette qui la mit à la mode en la chantant sur son clavecin. La tour du Hameau de la Reine porte d'ailleurs le nom de Marlbrough. ....

Il s'agit de se moquer d'un ennemi de la France dont la nouvelle de la mort est apportée à sa femme :

"Elle voit venir un page

Mironton mironton mirontaine

Elle voit venir un page

Tout de noir habillé

Aux nouvelles que j'apporte

Mironton mironton mirontaine

Aux nouvelles que j'apporte

Vos beaux yeux vont pleurer...."

Pauline

Pauline

Pauline

Encore une histoire de femme légère, d'amant et de cocu! Dans le domaine de la chanson légère, la lourdeur et la misogynie sont souvent de mise!

Cendrinette

Cendrinette

Cendrinette

Chanson pleine de sous entendus, tels qu'on les aimait dans les cabarets montmartrois. la bouteille et son contenu suggèrent  ici le sexe du soldat entreprenant!

.

" Veux-tu goûter Cendrine

Du vin de ma bouteille

Du vin de mon flacon..."

Le navire

Le navire

Le Navire

Poulbot nous montre une belle dame qui perd sa coiffe et s'accroche au mât du navire.

Mais de quelle chanson s'agit-il? Quelle est son origine? Mystère! Je n'ai rien trouvé sur cette œuvre qui survit grâce à notre dessinateur...

Le cantonnier

Le cantonnier

Le Cantonnier

La chanson du cantonnier date du XVIIIème siècle et a inspiré Aristide Bruant qui en a donné sa version.

C'est cette version de Bruant qui s'est imposée :

"Sur la route de Louviers (bis)

Y avait un cantonnier (bis)

Et qui cassait (bis)

Des tas de cailloux

Pour mettre sur le passage des roues..."

Poulbot. Cuvillier. Chansons de route. Gauloiseries militaires. 1909.

C'est le texte de Bruant qui s'est imposé avec sa liberté poétique et sa teinture socialisante!

 

 

Un' bell' dam' vint à passer

Dans un beau carross' doré

Et qui lui dit : Pauv' cantonnier

Et qui lui dit : "Pauv' cantonnier

Tu fais un fichu métier!

.

Le cantonnier lui répond :

Faut qu' j' nourrissons nos garçons

Car si j' roulions

Carross' comm' vous

Car si j'roulions carross' comm' vous

Je n'casserions pas d' cailloux!

.

Cette répons' se fait r'marquer

Par sa grande simplicité

c'est c'qui prouv' que

Les malheureux

C'est c'qui prouv' que les malheureux

S'ils le sont c'est malgré eux.

 

 

La fille de Gennevilliers

La fille de Gennevilliers

La fille de Gennevilliers

C'est une triste histoire qui parle d'une fille si belle qu'elle rend amoureux fous les hommes qui se battent pour elle.

.

"A Gennevilliers y a si tant belles filles

Mais y en a une si parfaite en beauté

Qu'elle a séduit tambours et grenadiers

Ah Ah

(...)

Sur le terrain provoqua son rival

Et dans le corps son épée a passé

Si bien passé qu'il en a trépassé

Ah Ah"

C'est à boire

C'est à boire

C'est à boire

La dernière chanson du recueil raconte une orgie née du désir d'une serveuse d'auberge pour les beaux soldats venus boire...

.

"C'est à boire, à boire, à boire

C'est à boire qu'il nous faut Oh Oh

(...) Et quand ils furent en chemise, ils montèrent sur des tonneaux

Nom de nom dit la patronne, qu'ils sont noirs mais qu'ils sont beaux

Sacrebleu fit la servante tous les six il me les faut!"

Le recueil devenu rare est recherché par les admirateurs de Poulbot et il faut débourser plusieurs centaines d'euros pour en acheter un exemplaire!

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Liens :

Articles sur les artistes et peintres de Montmartre. Poulbot.

Poulbot. Cuvillier. Chansons de route. Gauloiseries militaires. 1909.
Poulbot. Cuvillier. Chansons de route. Gauloiseries militaires. 1909.

Les documents utilisés pour cet article viennent pour la plupart du beau livre de Jean-Pierre Doche : Poulbot et le livre. (éditions l'àpart)

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Publié le par chriswac
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      Jane Avril 002

                  Jardin de Paris: Jane Avril, 1893. Lithographie 4 couleurs (124 x 91,5 cm)

 Jane Avril est à part dans le monde nocturne de Montmartre. Elle n'a pas la sensualité débridée de Nini patte en l'air ou de la Goulue. Elle séduit sans se prostituer; elle danse sans se déshabiller. Etrange et mystérieuse, elle traverse la nuit comme un navire traverse un détroit houleux.  

Jane-Avril-004.JPG

Toulouse Lautrec ne s'y trompe pas... Il la reconnaît comme une soeur douloureuse. Pour elle, il délaisse la Goulue à la sensualité débordante. Il la regarde, il l'aime, il saisit sa solitude, son désarroi, sa dignité. Il la montre telle qu'elle est quand elle danse, avec cette énergie qui stupéfie, avec cette distinction qu'on retrouvera plus tard chez Marlène dietrich...

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                      Jane Avril entrant au Moulin Rouge. 1892. Huile sur carton (102 x 55 cm)

Dans la rue, elle marche seule, avec son lourd passé de petite fille mal aimée, d'enfant battue par une mère alcoolique qui n'était préoccupée que d'elle et d'elle seule. Elle se sait fragile, à la merci d'une crise d'épilepsie. Elle a rendu visite à Charcot à la Salpétrière. Elle a espéré qu'il la guérirait de ses angoisses et de cette hystérie qui parfois la submerge et lui vaut des surnoms sans pitié : Jane la folle, Mélinite...

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      Entre artistes on se comprend. On voit ce que les autres ne voient pas. Cette tristesse, ce refuge du corps dans les étoffes fermées.

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         Jane Avril sortant du Moulin Rouge. 1893. Peinture et gouache sur carton (84,3 x 63,4 cm)

Ce désir inexprimé d'un ailleurs. D'une vie avec un homme aimé, loin des paillettes et des bulles de champagne.

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Comment imaginer que ce visage-là déchaîne l'enthousiasme et la passion?

C'est qu'elle est double Jane Avril. Elle est la danseuse montmartroise, du Divan Japonais, des Folies Bergères... Elle est en même temps l'amie d'écrivains rares comme Huysmans ou Alphonse allais qui rêve de l'épouser...

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Sur l'affiche du Divan Japonais, elle est assise devant la scène où Yvette Guilbert croise ses gants noirs, mais c'est elle la vedette. Elle est la longue dame noire. Elle est l'élégante à l'éventail vers qui se penche Edouard Dujardin, ami de Mallarmé et passionné de Wagner ...

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                              Jane Avril dansant. 1892. Huile sur carton (85,5 x 45 cm)

Elle est l'ambassadrice d'un French-Cancan qui serait dansé par une reine. C'est elle qui à Londres ou à Madrid, en donnera l'image la plus vive et la plus poétique. Une danse violente de sexe et de passion, mais aussi une danse de l' immédiat, du moment réel contre l'éternité abstraite.

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Jusqu'à la mort du peintre, elle restera son amie. Il y eut entre eux une proximité plus forte que l'union des corps.

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                       Jane Avril. 1899. Lithographie 4 couleurs (56 x 34 cm)

Le peintre l'a vue, l'a peinte comme un voyant sait peindre. Le mouvement, l'ondulation, le jeu, la tragédie...

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Le serpent qui frôle le sein sur la robe noire. Le serpent de Cléopâtre. Le serpent du temps qui glisse...

Jane Avril de dos

Jane Avril a fini par trouver l'homme de sa vie, le journaliste et dessinateur Maurice Biais qu'elle a suivi à Jouy en Josas pour y vivre 16 années un peu plus paisibles...

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                                              Jane Avril par Maurice Biais

Quand il meurt, il la laisse sans un sou et Jane n'a même pas la ressource de vendre les dessins et les croquis que Toulouse Lautrec lui a offerts. Il y a longtemps déjà qu'elle en a fait cadeau à des amants de passage...

Sacha Guitry interviendra pour la faire entrer dans un hospice où elle passera les dix dernières années de sa vie.

 Elle dansera une ultime fois, à 67 ans, invitée par Max Dearly.

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Elle mourra huit ans plus tard et sera enterrée au Père Lachaise.

Sans doute eût-elle préféré Montmartre où elle rencontra son  grand ami, Toulouse Lautrec, celui grâce à qui elle est vivante aujourd'hui....

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Liens :

Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

Musée de l'érotisme. Pigalle.

Poulbot. Panneaux de Faïence. Rue Damrémont. Montmartre.

 

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...

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Rue Jean-Baptiste Pigalle. 2ème partie du n°49 au 75
49

49

Nous avions quitté la première partie de la rue avec Baudelaire et Jeanne Duval et nous la retrouvons avec un autre poète, Germain Nouveau qui habita au 49 en 1879...

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 2ème partie du n°49 au 75Rue Jean-Baptiste Pigalle. 2ème partie du n°49 au 75Rue Jean-Baptiste Pigalle. 2ème partie du n°49 au 75

Germain Nouveau (1851-1920) est un de ces météores de la poésie française dont l'œuvre reste à redécouvrir. Il rencontra Rimbaud à Paris et partit avec lui pour vivre à Londres en 1874. Il aurait selon certains critiques participé à l'écriture des Illuminations.

Ce qui est certain, c'est que cet "illuminé" fut admiré par les surréalistes. Aragon dit qu'il est un poète majeur, l'égal de Rimbaud.

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 2ème partie du n°49 au 75

Je me rappelle avoir été impressionné par un de ses poèmes dans lequel il parle de son enterrement. En voici juste trois strophes :

 

Je ne veux pas que l'on m'enferre

Ni qu'on m'emmarbre, non, je veux

Tout simplement que l'on m'enterre,

En faisant un trou... dans ma Mère,

C'est le plus ardent de mes vœux.

(...)

Et retournez-la sur le ventre,

Car, il ne faut oublier rien

Pour qu'en son regard le mien entre.

Nous serons deux tigres dans l'antre,

Mais deux tigres qui s'aiment bien.

.

Ah! Comme je vais bien m'étendre

Avec ma mère sur le nez,

Comme je vais pouvoir lui rendre

Les baisers qu'en mon âge tendre

Elle ne m'a jamais donnés.

 

 

 

Le 51

Le 51

Nous avons déjà parlé de la brasserie qui se situait à l'angle de la rue Fontaine lorsque nous avons parcouru cette rue. Elle donne également rue Jean-Baptiste Pigalle, au 51. Elle était en 1861 le lieu où se rencontraient des artistes, autour de Courbet.

Un marchand de vins l'a remplacée. Un faune disciple de Bacchus tire la langue et dresse les oreilles sur la façade, se réjouissant d'avoir de bonnes bouteilles à sa disposition!

 

Le 52

Le 52

Le 52.  Un restaurant chinois, donne sur une placette où son aspect tristounet nous ferait oublier qu'il fut pendant des années un cabaret de renom : le Grand Duc.

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 2ème partie du n°49 au 75

C'est là qu'Ada Brickstop commença à danser et popularisa le charleston avant d'ouvrir sa propre boîte dans la même rue,  "chez Brickstop".

Elle était également chanteuse et sa voix émouvait des écrivains comme Aragon ou Leiris.

Le 53

Le 53

Nous restons sur la planète Jazz avec le 53 où un modeste cabaret "Music box" fut dans les années 30 un des temples du jazz hot.

 

Le 54

Le 54

Au 54, encore une boîte de jazz qui nous rappelle que cette musique avait dans les années 30 Paris pour capitale et Pigalle pour épicentre.

Le cabaret s'appelait "l'Heure bleue" et Bill Coleman notamment y joua...

 

Le 54

Le 54

Le cabaret aurait dû s'appeler l'heure brune pendant l'occupation car il fut un lieu de prédilection des collabos de tout poil.

Après la guerre, dans les années 50, il passa au rose quand Monique Carton, alias Moune, le transforma en cabaret féminin, haut lieu du lesbianisme parisien "Chez Moune".

Il s'est banalisé aujourd'hui pour n'être qu'une quelconque boîte de nuit sans originalité.

 

Rue J.B. Pigalle à l'endroit où la rue La Rochefoucauld la rejoint.

Rue J.B. Pigalle à l'endroit où la rue La Rochefoucauld la rejoint.

La rue Jean-Baptiste Pigalle s'élargit sur quelques mètres en delta quand elle reçoit, en formant une placette, la rue La Rochefoucauld....

Le 55

Le 55

Le 55 peut nous émouvoir car c'est à cette adresse que vécut quelques années Juliette Drouet, la grande amoureuse, fidèle contre vents et marées à Victor Hugo à qui elle écrivit plus de 20 000 lettres. 

 

Hôtel Rousseau, face au 55 rue Pigalle.

Hôtel Rousseau, face au 55 rue Pigalle.

Quand en 1871, après la mort de son fils Charles, Hugo loua au 66 rue La Rochefoucauld un appartement au 1er étage de l'hôtel Rousseau, elle s'installa en face, dans ce petit immeuble où il vint vivre avec elle un peu plus tard.

Calamity building!

Calamity building!

Le 58 est un des endroits les plus déprimants de la rue. Un immeuble sans grâce, indigent, a écrasé quelques uns des lieux mythiques du Pigalle des années folles.

 

A l'angle avec la rue Victor Massé. Tabarin et la Boîte à Fursy

A l'angle avec la rue Victor Massé. Tabarin et la Boîte à Fursy

 Il y avait là un music hall, "la Boîte à Fursy" animée par le chansonnier Henri Fursy (Dreyfus) qui avait repris "le Tréteau de Tabarin" après avoir tenté de redonner vie au Chat Noir de la rue Victor Massé.

Ce fut un des cabarets les plus animés et les plus créatifs de Montmartre.

 

Sur les vieilles cartes postales, on peut voir le restaurant Lajunie qui faisait l'angle avec le rue Victor Massé et qui prit de l'importance quand ouvrit le Bal Tabarin.

 

Le restaurant fameux qui a été remplacé par la monstruosité d'immeuble que nous savons, était un lieu très fréquenté par les demi-mondaines qui y entraînaient leurs conquêtes du Bal Tabarin.

 

Toute cette histoire mouvementée et pittoresque de Montmartre n'est plus que souvenirs qui flottent dans l'air... et qui tentent de donner un peu de vie aux tristes constructions qui ont, pour des raison financières, saccagé notre Paris. Comme chante Léo Ferré "le capital qui joue aux dés notre royaume"....

 

Tabarin

Tabarin

Aujourd'hui!

Aujourd'hui!

Bon! On n'arrête pas le progrès! On ne s'arrête pas non plus devant ce bloc qui n'est pas le seul à avoir écrasé des lieux historiques (que dire du consternant blockhaus qui a remplacé le cirque Medrano sur le boulevard Rochechouart?)...

 

Le 60

Le 60

Le 60 a échappé à la destruction et, bien que mutilé, survit vaille que vaille. On y retrouve en 1854 Baudelaire que nous avons déjà rencontré plus bas et qui allait alors de logement modeste en logement modeste :

En rouvrant mes yeux pleins de flamme,

J'ai vu l'horreur de mon taudis,

Et senti, rentrant dans mon âme,

La pointe des soucis maudits (...)

Le 62

Le 62

Le 62 d'une laideur exemplaire a pris la place d'un petit immeuble qui abrita l'atelier du photographe Etienne Carjat (entre 1866 et 1869).

Ami de Baudelaire, cet artiste, photographe, journaliste, caricaturiste et poète est surtout connu aujourd'hui pour ses photos célèbres de Rimbaud.

 

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 2ème partie du n°49 au 75Rue Jean-Baptiste Pigalle. 2ème partie du n°49 au 75Rue Jean-Baptiste Pigalle. 2ème partie du n°49 au 75

Il avait fait du jeune poète toute une série d'épreuves qui ont malheureusement été détruites par lui-même après une altercation au cours d'un repas où il fut blessé par Rimbaud qui lui fit une estafilade avec une canne-épée.

Il était également ami de Verlaine et de quelques artistes du groupe des "Vilains bonshommes".

Ajoutons qu'il fut ardent partisan de la Commune et qu'il publia pendant ces jours héroïques et tragiques des poèmes politiques dans le journal "La Commune".

Un de ses recueils "Artistes et Citoyens" a été préfacé par Victor Hugo.

 

Bien plus tard, quelques années avant la 2ème guerre, un club de jazz s'installe au 62. Il s'agit d'une boîte de la rue de Douai qui déménage, avec son nom : "La Roulotte".

Django Reinhardt s'y produit et, en 1943 rachète le club et le baptise "Chez Django Reinhardt".

 

Le Sans Souci

Le Sans Souci

Côté impair, une brasserie avec une passante qui aurait pu être Romy Schneider!

 L'actrice dont "La passante du Sans-Souci" fut le dernier film avait insisté pour qu'il soit réalisé après avoir été bouleversée par le roman de Kessel. Or Kessel avait situé l'action au Sans-Souci de la rue Pigalle et non dans le XVème arrondissement choisi par le réalisateur (Jacques Rouffio).

 

Le 65 un jour de déménagement.

Le 65 un jour de déménagement.

Le 67

Le 67

Dans la cour du 67

Dans la cour du 67

Le 67 est un immeuble banal, plutôt moche. Il occupe l'emplacement de la poste aux chevaux qui très active sous la Restauration ne sera détrônée que par la Compagnie des Omnibus. On peut apercevoir dans l'entrée de l'immeuble une tête sculptée et dans la cour un ancien abreuvoir épargné par les démolisseurs.

 

Le 73

Le 73

Plus on approche de la place Pigalle et plus sont nombreux les anciens cabarets qui rayonnaient dans le voisinage du célèbre jet d'eau.

Au 73, il y eut à la fin du XIXème siècle un établissement ouvert par le tonitruant et fantasque Maxime Lisbonne qui laissa son empreinte sur le Montmartre des chansonniers et des créateurs de cabarets iconoclastes. il s'agit du Casino des Concierges, appelé aussi Cabaret Bruyant.

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 2ème partie du n°49 au 75

Lisbonne est une des grandes figures de Montmartre. On a écrit sur lui quelques livres parmi lesquels le plus complet et le plus "amoureux" est "Le banquet des Affamés" de Didier Deaninckx. Mention également au d' "Artagnan de la Commune" de Marcel Cerf.

 

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 2ème partie du n°49 au 75

Il fut un des plus courageux combattants de la Commune qui le nomma Colonel. Louise Michel parle de lui souvent  et rapporte ses paroles sous la mitraille :" Puisqu'il semble que tout cœur qui bat pour la liberté n'a droit qu'à un peu de plomb, j'en réclame ma part!"

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 2ème partie du n°49 au 75

Deux fois condamné à mort après la Commune, il vit sa peine commuée en travaux publics à perpétuité.

Après la grâce accordée aux Communards, il revint à Montmartre et habita dans une rue qui m'est chère : la rue André Del Sarte, alors rue Saint André.

Il se lança dans une vie à la fois joyeuse et généreuse. Il créa de nombreux cabarets parmi lesquels : la Taverne du Bagne, 2 boulevard de Clichy (où bien avant Coluche il organisa des repas pour les pauvres du XVIIIème) Les Frites Révolutionnaires, 54 du même boulevard...

 

Dans son Casino des Concierges, il organisa un grand bal pour les chiffonniers du quartier. Mais le fait "historique" fut la création de la première revue de cabaret "les emmurés de Montmartre" qui allait faire des petits dans de nombreux établissements montmartrois.

Citons pour mémoire que c'est au Divan Japonais, devenu Divan Lisbonne que fut offert aux spectateurs le premier effeuillage sur scène! Le premier nu de ce quartier qui allait en voir bien d'autres!

Le 75. Mais... encore un déménagement de matelas!

Le 75. Mais... encore un déménagement de matelas!

Au 75, nous trouvons encore un cabaret : "Le Hanneton". Il était dirigé par Madame Armande et accueillait les amours lesbiennes. Lautrec y était admis et en fit plusieurs tableaux (1897-1898) notamment le portrait de Madame Armande.

 

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 2ème partie du n°49 au 75

Nous arrivons maintenant sur la place Pigalle qui n'a pas droit au prénom Jean-Baptiste. C'est malgré son apparente banalité actuelle un haut lieu de l'histoire de Montmartre, politique et artistique....

Un lieu où laisser libre cours à notre imagination, où retrouver les personnages de quelques uns des plus beaux tableaux peints ici par Degas, Lautrec, Manet et quelques autres....

On respire sans réticence le poison qui flotte dans l'air...  l'odeur de l'absinthe.... celle des barricades.... On entend les chansons canailles, les refrains anarchistes... 

On s'attend à voir les arbres du boulevard se transformer en cerisiers!

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Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.
Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

La place Pigalle est le cœur du Montmartre des cabarets.... et la rue qui va de la rue Blanche jusqu'au petit jet d'eau célébré par la chanson de Georges Ulmer en fait partie...

 

Mais dans l'histoire mouvementée de Montmartre, place et rue sont avant tout l'épicentre de la création et de l'émulation artistique....

Nous avons consacré trois articles à la place, aussi est-ce à la rue que nous voulons aujourd'hui rendre justice...

Rue Pigalle à partir de la rue Blanche.

Rue Pigalle à partir de la rue Blanche.

Le 1.

Le 1.

Remontons donc le temps et la rue qui commence à quelques pas de l'église de la Trinité, rue Blanche.

Au n°1, dans un hôtel particulier aujourd'hui disparu, le sculpteur dont elle porte le nom : Jean-Baptiste Pigalle (1714-1785) a vécu... La rue s'appelait alors rue Royale...

 

Elle suivait le tracé du vieux chemin qui montait vers la Butte. Ce ne fut pas son dernier avatar puisqu'en 1795 elle devint rue de la République, en 1800 rue de l'An Huit, en 1803 rue Pigalle et enfin en 1993 rue Jean-Baptiste Pigalle!

 

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

Pour revenir à notre sculpteur, rappelons que c'est grâce à la protection de Mme de Pompadour qu'il connut le succès et reçut de nombreuses commandes d'aristocrates dont il immortalisa dans le marbre le visage.

Mais parmi ses œuvres, son "Mercure attachant sa talonnière" fut sans doute la plus appréciée.

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

Aujourd'hui, le sculpteur est en bonne place dans les encyclopédies et les dictionnaires pour avoir représenté Voltaire, à la fois fragile et volontaire, nu et spirituel...

Il mourut quatre ans avant la Révolution et fut inhumé dans le minuscule cimetière du Calvaire qui jouxte la vieille église de Montmartre. Vous pouvez lui rendre visite, une fois par an, le jour de la Toussaint, quand le cimetière est ouvert à tous.

 

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

Encore un peu d'imagination pour se représenter au n°2  un des moulins qui appartenaient aux religieuses de l'abbaye de Montmartre : le Moulin de la Tour des Dames.

Il s'élevait sur un terrain qui se situerait aujourd'hui entre la rue Jean-Baptiste Pigalle et la rue qui fait référence à ce moulin, la rue de la Tour des Dames.

Les 1, 3, 5.

Les 1, 3, 5.

Au 3 vécurent des peintres qui furent célèbres en leur temps : Thomas Couture et William Hunt.

Les romains de la Décadence. thomas Couture.

Les romains de la Décadence. thomas Couture.

 

Thomas Couture (1815-1879) a formé dans son atelier pendant plus de six ans Edouard Manet et s'il est connu grâce à cet élève de génie, c'est aussi une de ses œuvres qui lui assura en 1847 la notoriété. Il s'agit des fameux "Romains de la Décadence" qui nous paraissent aujourd'hui très peu romains et très peu décadents!

Il quitta Paris en 1860 pour vivre dans sa ville natale : Senlis.

L'immeuble du 3 rue Jean-Baptiste Pigalle où il vécut a été remplacé par celui que nous voyons aujourd'hui.

Paysage. William Hunt.

Paysage. William Hunt.

William Hunt (1824-1879) est un peintre américain qui séjourna quelques années à Paris et étudia chez Couture. C'est Millet cependant qui l'influença comme l'école de Barbizon dont on retrouve des correspondances dans ses toiles.

Le 7

Le 7

Au 7, c'est encore un peintre que nous rencontrons. Il s'agit d'Eugène Berthelon (1829-1916) spécialisé dans les paysages de campagne et dans les marines. Il appréciait ce bas Montmartre puisqu'après avoir vécu 7 ans rue Pigalle, il eut pour adresses successives le boulevard de Clichy, la rue Alfred Stevens et le boulevard de Rochechouart.

 

Les 8-10-12

Les 8-10-12

Les 8-10-12 sont une horreur architecturale absolue. Une de ces verrues modernes innommables qui ont enlaidi Paris sans complexe! Au nom de la rentabilité et de l'argent, il fallait créer des parkings pour "adapter Paris à la voiture", comme disait le fin lettré Pompidou. Des immeubles qui portaient une partie de l'histoire artistique de la capitale ont donc disparu sans vergogne.

 

Citons, pour mémoire, au 8, la boutique du marchand de couleurs Mullard où Renoir venait se fournir en voisin.

 

Théâtre Pigalle

Théâtre Pigalle

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.
Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

Ironie du sort, le parking qui permet aux spectateurs des théâtres voisins de trouver une place de stationnement a remplacé un théâtre! Le théâtre Pigalle.

Ce chef d'œuvre de l'Art Déco avait été Inauguré en 1929, il était par son architecture et sa machinerie un des plus audacieux d'Europe. Il fut, à ses débuts, dirigé par Antoine, puis par Jouvet. Faute de bonne gestion, il fut vendu en 1948 et remplacé par le garage-parking calamiteux que l'on sait.

 

 

Pour mémoire, c'est dans un hôtel particulier qu'il s'était fait construire en 1857, à l'emplacement du théâtre devenu parking que vécut et mourut l'écrivain de théâtre le plus célèbre et le plus joué en son temps, en France comme en Europe : Eugène Scribe (1791-1861).

 

On peut dire qu'il est l'écrivain le plus célébré pendant la Restauration. Il a écrit des centaines de pièces, vaudevilles, livrets.... Il avait l'art à partir d'un incident souvent anodin de dérouler une série d'enchaînement implacables. Il reste un maître de la mécanique théâtrale et il est surprenant qu'aucun metteur en scène actuel ne s'intéresse à lui!

C'est grâce aux livrets qu'il écrivit pour Rossini, Meyerbeer, Auber, Donizetti, Verdi qu'il n'est pas tombé complétement dans l'oubli comme son hôtel du 12 rue Pigalle...

 

Rue Jean-Baptiste Pigalle, vers la Butte Montmartre.

Rue Jean-Baptiste Pigalle, vers la Butte Montmartre.

Le 17.

Le 17.

Le 17 nous ramène une nouvelle fois à Jean-Baptiste Pigalle qui y avait son atelier. Il n'avait donc qu'une trentaine de mètres à franchir pour aller de chez lui à son lieu de travail...

 

Le nom de Lemoine apparaît sur la façade de l'immeuble qui ne garde aucun souvenir du passage de Pigalle. Les Editions Lemoine sont une des plus vieilles entreprises françaises. Elles ont été créées en 1772 et se spécialisaient dans les œuvres musicales. L'immeuble actuel date de 1867. Achille Lemoine a en effet racheté l'ancien hôtel à la place duquel il a fait édifier les bâtiments actuels sur les plans de l'architecte de l'Hôtel-Dieu : Arthur Stanislas Diet.

 

Il est permis de préférer cet immeuble élégant et composite à la caserne de l'Hôtel-Dieu!

Le 18, inscrit comme le 17 au patrimoine architectural de l'arrondissement est un hôtel construit pour le duc d'Aumale dans la deuxième moitié du XIXème siècle. Il a été fortement remanié extérieurement. Son intérêt réside dans les pièces d'apparat qui ont gardé plafonds à caissons, panneaux et lambris mais qui ne se visitent pas!

 

Le 20

Le 20

Le hall du 20

Le hall du 20

Une plaque commémorative nous apprend qu'au 20 (qui était alors le 16 de la rue Pigalle)dans des pavillons remplacés par des immeubles modernes dans le jardin sacrifié à l'arrière, George Sand et Chopin ont vécu pendant près de quatre ans...

 

C'est au retour du fameux voyage à Majorque que le couple occupa les deux pavillons d'été au fond du jardin. Sand partageait le sien avec sa fille Solange et l'autre était occupé par Chopin qui y donnait des leçons de piano et par Maurice, le fils de Sand.

 

Tout ce que Paris comptait comme artistes romantiques  fut reçu par Georges Sand rue Pigalle.

Balzac décrit ainsi son logis : Elle demeure rue Pigalle, au fond d'un jardin, au-dessus des remises et des écuries d'une maison qui est sur rue. Son petit salon est couleur café au lait et le salon où elle reçoit plein de vases chinois superbes...

 

Le 21

Le 21

Au 21 s'élevait un immeuble où vécut Edgar Degas de 1882 à 1890. Degas était un familier de ce quartier dans lequel il eut plusieurs adresses et plusieurs ateliers. Une fois encore le lieu a été effacé, remplacé par d'autres immeubles. 

 

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.
Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

Rien de spécial à signaler pour les 25 et 27 sinon qu'ils forment un des plus beaux ensembles de la rue.

L'architecte peut être fier de sa création! Il s'agit d'Albert Tournaire (1862-1958) qui fut architecte en chef de la Ville de Paris et à qui on doit bon nombre d'immeubles remarquables comme l'Hôpital Pasteur de Nice, la villa Arnaga d'Edmond Rostand à Cambo..ou la villa Ephrussi à Saint-Jean-Cap-Ferrat...

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Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

Le 28! Il faudrait des encyclopédies pour en parler! Ce petit immeuble sans prétention a vu peindre dans un atelier quelques chefs d'œuvres. Imaginez!  Pierre Bonnard y travailla tout en partageant l'espace avec Vuillard. Le même atelier quand il fut laissé libre par ces peintres reçut Lugné-Poé et Maurice Denis! 

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

Une plaque rappelle que c'est dans cette maison que Bonnard, Vuillard et quelques jeunes peintres ont créé le groupe des Nabis, ou "prophètes" après une polémique née de discussions enflammées autour de la toile de Sérusier "Le Talisman".

 

Le 34

Le 34

Le 34 abrita, dans un immeuble disparu une loge maçonnique en 1787 : La Loge des Amis Réunis.

Dans l'immeuble qui fut construit à son emplacement, vécut un compositeur dont, je l'avoue humblement, j'ignorais le nom, ne connaissant qu'un seul Godard, demi dieu du cinéma!

Il s'agit de Benjamin Godard.

 

Il a composé deux opéras, des sonates, des symphonies et il est paraît-il connu pour son "Jocelyn" composé d'après Lamartine. J'ai écouté la "célèbre berceuse" extraite de cette œuvre;  elle est effectivement très touchante.

 

Le 45

Le 45

Le 45 ne paie pas de mine... Pourtant il n'est plus l'hôtel de passes qu'il fut après guerre. C'est là que mourut dans la misère une des chanteuses les plus populaires de son époque : Fréhel.

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

Sa voix puissante et gouailleuse, tantôt émouvante, tantôt drôle, trouve aujourd'hui encore un public qui a pu la découvrir dans Pépé le Moko ou dans La Maman et la Putain de Jean Eustache.

Cette grande amoureuse fut malheureuse en amour. Son premier mari l'abandonna pour sa rivale Damia... Elle eut une courte relation avec Maurice Chevalier mais ne trouva jamais l'homme de sa vie, remplacé par l'alcool et la drogue...

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

Elle a chanté Montmartre comme peu d'artistes ont su le faire. 

Des maisons d'six étages

Ascenseur et chauffage

Ont r'couvert les anciens talus

Le P'tit Louis réaliste

Est dev'nu garagiste

Et Bruant a maint'nant sa rue

... et toutes ces chansons qu'on fredonne encore sans se lasser : La Java Bleue... Où est-il donc... Où sont tous mes amants... Tel qu'il est il me plaît....

Le 46

Le 46

Les adresses de Baudelaire à Paris sont nombreuses et variées mais on sait qu'il vécut quelques mois avec Jeanne Duval au 46.

Je suis ému de penser que l'un des plus grands poètes français a peut-être écrit quelques uns de ses poèmes des Fleurs du Mal (qui allaient être condamnées par le juge Pinard) dans cette maison, en 1855.

Nous continuerons notre visite de la rue la prochaine fois mais là où nous sommes, avec tout ce passé qui déjà a resurgi, avec tous ces endroits exceptionnels qui ont été détruits, comment ne pas laisser le dernier mot à Baudelaire ?

"La forme d'une ville change plus vite, hélas, que le cœur des humains."

Baudelaire (Rochegrosse)

Baudelaire (Rochegrosse)

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places., #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Le 18

Le 18

Commençons cette deuxième partie de la rue Victor Massé par le 18 qui donne en partie sur la Cité Malesherbes.

Il est mentionné par le site ô combien riche et précis "Paris Révolutionnaire" pour avoir abrité l'atelier de Pierre Bonnard.

Bonnard. Montmartre sous la pluie (1897).

Bonnard. Montmartre sous la pluie (1897).

J'ai cherché trace de cet atelier et je n'ai rien trouvé. Les spécialistes de Bonnard ne mentionnent pas cette adresse même s'il est vrai que le peintre a aimé ce quartier, a vécu rue de Douai, rue Lepic, et a eu son dernier atelier rue Tourlaque. Je ne cautionne donc pas l'information de Paris-Révolutionnaire!

Pas plus que l'adresse de Géricault au 21 alors que c'est au 49 rue des Martyrs que le peintre vécut jusqu'à sa mort.

 

Le 20

Le 20

Au 20 s'ouvre la Cité Malesherbes, si diverse et si riche en histoires que nous lui consacrerons un article sinon deux!

Avant Solferino et la Bérézina de 2017, le Parti Socialiste y eut son siège, succédant à la SFIO qui s'y installa en 1936...

Une extraordinaire maison décorée de panneaux émaillés en lave de Volvic y a abrité la demeure et l'atelier de Jolivet.

 

 

Le 23

Le 23

Le 23

Le 23

Le 23 est le premier de trois immeubles remarquables et classés. Ils ont été construits par Davrange et Durupt entre 1847 et 1850 et sont typiques du style Louis-Philippe néo Renaissance. Leur fantaisie, la richesse de leur décor donnent à leur trio quelque chose de vénitien!

 

Au 23 se trouvait l'atelier de Thomas Couture qui reçut des élèves illustres comme Puvis de Chavannes et surtout Manet qui fréquenta l'endroit pendant plus de six ans!

Le 25

Le 25

Théo Van Gogh avait bon goût puisque c'est au 25, dans ce bel immeuble qu'il habitait quand il y reçut Vincent au début de son deuxième séjour à Paris en mars 1886. Un peu plus tard, il déménagera pour la rue Lepic où vivra Vincent de 1886 à 1888. 

Le 25

Le 25

Berthe Weill (Picasso)

Berthe Weill (Picasso)

Berthe Weill ouvrit au rez de chaussée une galerie d'art où elle exposa Derain, Vlaminck Matisse...

 

 

Elle est la première femme  galeriste à Paris et c'est elle qui fait connaître les Fauves. C'est encore elle qui consacre à Modigliani la seule exposition qu'a connue ce peintre avant 1907 !

 

Elle est la première à avoir pressenti le génie de Picasso et c'est elle qui organisa l'exposition de Diego Rivera à Paris.

 

Mais elle ne pensait pas à ses propres intérêts et elle vécut et mourut dans la pauvreté alors que les toiles qu'elle a vendues s'arrachent aujourd'hui à des sommes vertigineuses.

Le 27

Le 27

Le 27

Le 27

Face au 27, côté pair, la rue Victor Massé cède la place à une....place... baptisée en 2013 Gabriel  Kaspereit.

Cet homme politique exerça de hautes fonctions (secrétaire d'Etat, député....) pendant les grandes années où Paris subit quelques unes des destructions irréparables de son patrimoine architectural.

 

Rue Victor Massé du 18 au 37. (2ème partie)
Rue Victor Massé du 18 au 37. (2ème partie)

S'ouvre sur cette place la très secrète et très prestigieuse Villa Frochot où nous entrerons bientôt sur la pointe des pieds pour en découvrir les trésors.

Rue Victor Massé du 18 au 37. (2ème partie)

A l'entrée, protégée par les grilles, subsiste la petite maison villageoise où vécut de 1937 à 1969 Jean Renoir, le cinéaste qui après avoir passé son enfance sur la Butte, ne put jamais s'en éloigner vraiment malgré ses séjours en Amérique.

Villa Frochot

Villa Frochot

Rue Victor Massé du 18 au 37. (2ème partie)
Rue Victor Massé du 18 au 37. (2ème partie)

On ne peut manquer d'admirer une des plus belles œuvres art Déco de Paris, l'immense vitrail japonisant de l'ancien cabaret "le Shangai".

Il s'inspire d'Hokusai et change de teintes avec la nuit quand s'allument les lumières du cercle de jeux, du bleu du jour à l'or des nuits.

Cette placette est un des endroits de Paris où l'on sent le mieux l'esprit artiste de Montmartre. On ne peut s'empêcher de regretter les cabarets et les music halls, riches de leur décor et détruits sans état d'âme....

Traversons le carrefour avec les rues Frochot et Monnier....

Le 29. Angle avec la rue Henri Monnier

Le 29. Angle avec la rue Henri Monnier

Nous arrivons devant le 29 dont l'ancienne entrée a été détruite depuis qu'un restaurant au nom bien français "le wine & dine" s'est installé sur tout le rez de chaussée.

Rue Victor Massé du 18 au 37. (2ème partie)

Une plaque apposée sur la façade rafraîchit ma mémoire. Enfin! Soyons honnête, elle m'apprend ce que j'ignorais! Un jeune poète portugais a vécu et est mort à 26 ans dans cet immeuble.

Sa courte biographie nous apprend qu'il était proche des symbolistes et que, venu à Paris, il connut une brève aventure amoureuse  (la première paraît-il) qui le laissa désemparé et dolent. Il écrivit depuis cet hôtel une lettre à Fernando Pessoa où il annonçait son désir de se suicider.

Un mois plus tard, il se donna la mort, 29 rue Victor Massé. 

Sa vie de météore m'a donné envie de le lire. Par chance son œuvre est en partie traduite.

 

"Tout a eu son commencement... et tout a raté...

-Oh! la douleur d'être presque, cette douleur sans fin...

Je me suis fourvoyé parmi les autres, fourvoyé en moi,

Aile déployée qui n'a pas su voler."

Le 29

Le 29

Toujours au 29, pas de plaque pour rappeler que le jeune Maurice Ravel y vécut de 1880 à 1886, du temps où l'immeuble bourgeois n'était pas encore un hôtel.

Six années de jeunesse (de 5 à 11 ans) avec ses parents et son frère Edouard, ce n'est pas rien et ça mériterait bien une petite plaque dont Paris est pourtant si friand!

 

Rue Victor Massé du 18 au 37. (2ème partie)
Le 32 bis

Le 32 bis

Au 32 bis, l'hôtel a traversé les décennies et a gardé son nom, chef d'œuvre d'inventivité et d'audace : hôtel Victor Massé!

Au-delà, ce qu'il reste de la rue n'est que fantômes.

Victime de la politique systématique d'élargissement des rues parisiennes, notre rue s'est vue massacrer sans pitié.

Rue Victor Massé du 18 au 37. (2ème partie)

Tout d'abord, ce sont les numéros impairs qui furent abattus. Du point de vue architectural, ce fut un moindre mal. Vers 1910, les architectes étaient encore exigeants. La dernière partie de la rue est donc constituée d'immeubles de belle facture mais inconscients d'avoir saccagé des lieux qui faisaient partie de l'histoire montmartroise.

Rue Victor Massé du 18 au 37. (2ème partie)

 

Au 37 s'élevait un petit hôtel particulier sur trois étages, demeure de Degas dont l'atelier était aménagé dans les combles.

On retrouve souvent Degas dans ce quartier qui était le sien depuis sa naissance. En 1890, il se consacre surtout à la sculpture quand il habite rue Victor Massé. C'est alors qu'il rencontre Suzanne Valadon et se lie d'amitié avec elle.

Tout a disparu de sa maison.

Rue Victor Massé du 18 au 37. (2ème partie)

Côté pair, le saccage est plus évident tant est laide la lourde construction qui a écrasé l'espace. Cette architecture inepte a dévoré le Bal Tabarin, au 35. C'était un des hauts lieux du Montmartre des plaisirs et des fêtes.

C'est sur les flonflons disparus et les danses effrénées des fantômes que nous quittons la rue Victor Massé, une de ces rues qui ont plus de souvenirs que si elles avaient mille ans!

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Publié le par chriswac
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Rue Victor Massé.  ( 1ère parie du 1 au 16  ).
Fin de la rue Victor Massé et rue Pigalle.

Fin de la rue Victor Massé et rue Pigalle.

Entre la rue des Martyrs et la rue Pigalle, la rue Victor Massé semble modeste et pourtant....

Elle pourrait s'enorgueillir d'avoir abrité de nombreux hommes exceptionnels sur ses 312 mètres, quelques uns des artistes qui ont contribué à la renommée de Montmartre...

Rue Victor Massé.  ( 1ère parie du 1 au 16  ).

Elle a été ouverte en 1797 et portait le nom d'un propriétaire des terrains sur lesquels elle s'implantait : Ferrand.

La rue après le croisement avec la rue Monier.

La rue après le croisement avec la rue Monier.

Quand le quartier voulut rendre hommage aux Abbesses de Montmartre, elle fut baptisée rue Laval.

Mme de Laval Montmorency est la dernière abbesses qui, à  71 ans, presque aveugle et sourde fut conduite à la guillotine pour avoir "conspiré sourdement et aveuglément contre la République" selon l'accusation de Fouquier-Tinville.

Rue Victor Massé.  ( 1ère parie du 1 au 16  ).

En 1887, elle reçut le nom de Victor Massé,  compositeur qui habitait à proximité, avenue Frochot.

On imagine mal la renommée de cet homme aujourd'hui tombé dans un oubli abyssal. Il composa pourtant plus de vingt opéras dont certains comme Les Noces de Jeannette ou Paul et Virginie furent de grands succès!

Rue Victor Massé.  ( 1ère parie du 1 au 16  ).

Le numéro 3 porte gravé le nom de son sculpteur et non de son architecte, contrairement à l'habitude. Pas étonnant car Valadon est un nom qui va bien à Montmartre même si l'Emmanuel en question n'a aucun rapport avec Suzanne.

Le 4

Le 4

Au 4, vécut de 1916 à 1933 Vicente Huidobro (1893-1948) bien connu des Chiliens puisqu'il est considéré comme un des plus grands poètes de son pays.

Rue Victor Massé.  ( 1ère parie du 1 au 16  ).

Il est le fondateur du "Créationnisme" (rien à voir avec les illuminés qui interprètent la bible littéralement), un mouvement qui bouleverse les règles de la poésie, supprime la ponctuation, ose les images les plus étonnantes.

Rue Victor Massé.  ( 1ère parie du 1 au 16  ).

Il est venu à Paris où il a connu Apollinaire, Cocteau, Eluard et Breton! Les vrais poètes se reconnaissent et s'estiment!

Il est mort à Carthagène où il est enterré sur une colline face à la mer. Son épitaphe porte ces mots :

"Ici gît le poète Vicente Huidobro

Ouvrez la tombe

Au fond de la tombe on voit la mer"

Rue Victor Massé.  ( 1ère parie du 1 au 16  ).

Le 6 abrita entre deux guerres la Librairie Populaire (du Parti Communiste français). On y vendait des livres évidemment mais aussi des statuettes, des bustes d'hommes célèbres comme Lénine ou Staline, des bonnets phrygiens, des drapeaux rouges.... mais pas de ratons laveurs qui n'avaient pas encore fondé leur syndicat.

5 et 9

5 et 9

Entre le 5 et le 9, le 7 a été oublié! Il aurait eu sans doute des complexes à voisiner avec le splendide 9 et sa profusion d'oiseaux, de fruits et d'amours néo Renaissance.

 

Rue Victor Massé.  ( 1ère parie du 1 au 16  ).
Rue Victor Massé.  ( 1ère parie du 1 au 16  ).

Sur sa façade est gravé le nom de l'architecte et la date de construction : V. Courtiller 1840. Le sculpteur n'a pas signé son œuvre!

Rue Victor Massé.  ( 1ère parie du 1 au 16  ).

Il aurait été construit pour le peintre Paul Delaroche qui y aurait vécu. Rien ne semble l'attester malgré les allégations de sites sérieux. On ne prête qu'aux riches! Delaroche était un peintre académique à succès et sa fortune lui aurait certes permis de se bâtir des châteaux dans la Nouvelle Athènes!

Ce qui est sûr en revanche et qu'une plaque de marbre nous rappelle au cas où nous aurions pu l'oublier (!) c'est que Paul Eudel y vécut de 1885 à1898.

Il aimait à la folie l'argenterie et il écrivait une chronique sur les grandes ventes de Drouot. Son frère, voyageur préférait collectionner les coquillages. L'un et l'autre aimaient donc les couteaux!

 

Le 9 n'a pas fini de nous étonner! De nous éclairer devrais-je dire car c'est dans cet immeuble que Georges Leclanché eut son second atelier après son retour d'exil, après la chute de Napoléon III.

 

Rue Victor Massé.  ( 1ère parie du 1 au 16  ).

Il était ami de Victor Hugo qui lui aussi choisit d'habiter ce quartier.  L'ingénieur est un véritable découvreur puisqu'il est le premier à mettre au point et à fabriquer des piles.

C'est au 9 qu'il meurt en 1882 à 42 ans.

Rue Victor Massé.  ( 1ère parie du 1 au 16  ).

Pour parachever la prestigieuse histoire du 9, rappelons qu'il fut le siège du journal "Le Populaire de Paris" en 1918, celui de la Section Française de l'Internationale Ouvrière en 1928 et enfin celui du journal du Front Populaire en 1936 "le Populaire".

Pas étonnant que le Parti socialiste, au temps des idéaux encore vivants, ait choisi son siège presque en face, cité Malesherbes!

Le 12

Le 12

Le 12 a été, avant de devenir célèbre, l'hôtel du peintre belge Alfred Stevens.

Quand Salis voulut agrandir son Chat Noir du boulevard de Rochechouart, il racheta l'hôtel à Stevens. C'est ainsi que ce lieu devint un des endroits les plus créatifs et les plus fréquentés de Montmartre.

Un article de ce blog raconte l'histoire mouvementée de ce 2ème Chat Noir qui réunit quelques uns des artistes les plus emblématiques de Montmartre : Steinlen, Willette, Caran d'Ache et ses silhouettes du théâtre d'ombres.

Enseigne de Willette

Enseigne de Willette

C'est pour ce deuxième Chat Noir que Willette conçut l'enseigne avec son croissant de lune et Steinlen son fameux chat que l'on retrouve aujourd'hui sur les assiettes et les T-shirts! La Joconde de la Butte!

Quand le cabaret après ses années de succès commença à être détrôné par les music-halls, Salis le vendit et, découragé et malade, n'eut pas le temps, comme il l'envisageait de créer un troisième Chat Noir.

L'hôtel fut acheté et débité. Il eut un petit quart d'heure de survie quand en 1903, il abrita la librairie de propagande socialiste de Jean Baptiste Clément.

 

Le 15 en juin 2017

Le 15 en juin 2017

Le 15 en voie de ravalement, a été à partir de 1886, l'adresse d'Adolphe Tavernier, escrimeur célèbre, auteur de plusieurs ouvrages sur cet art. Il était également passionné par la peinture et, ami de Sisley, il a collectionné de nombreuses œuvres de celui qui était devenu son ami.

Le 16

Le 16

Le 16 est un bel immeuble qui porte des médaillons représentant les Arts.

Rue Victor Massé.  ( 1ère parie du 1 au 16  ).
Rue Victor Massé.  ( 1ère parie du 1 au 16  ).

Jules Garcin, chef d'orchestre du Conservatoire, violoniste et compositeur à ses heures y mourut en 1896. Il avait été très lié à l'effervescence musicale de son époque et avait dirigé la première de certaines œuvres de César Franck et de Saint-Saens.

C'est avec lui que nous nous arrêtons quelques instants, le temps d'écouter la sonate pour violon et piano de Saint-Saëns qui inspira à Proust la "petite sonate de Vinteuil".... 

 

 

(à suivre...)

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