Impossible de la manquer cette fresque à l'angle des rues Germain Pilon ( où vécurent Bernard Dimey, Pierre Etex) et Véron (Henry Murger) dans ce Montmartre créatif et insolent.
Elle nous saute à la figure avec ses trois couleurs qui sont celles d'un sinistre drapeau noir, rouge et blanc. Mais ce n'est pas la croix gammée qui l'orne, c'est un virus qui remplace la "race" par l'âge et qui veut exterminer les plus vulnérables!
Elle est signée d'un seul nom qui en réunit deux : Titomulk.
Les deux artistes créent de concert des fresques qui nous parlent de notre temps. Leur style apparemment brouillon, touffu, excessif, tropical est en réalité parfaitement ordonné. Leur création se donne (même si comparaison ne saurait être raison) comme certaines fresques de la Renaissance où tout d'abord s'imposent quelques figures et où lorsqu'on y prête une plus grande attention se révèlent une richesse de détails, de figurants, de décors qui se coordonnent et se complètent.
Le mur de Montmartre est bien dans leur style entre bédé et profusion psychédélique. Mais ne nous y trompons pas il y a dans le propos et la composition apparemment brouillonne une grande rigueur et de la suite dans les idées!
La figure qui domine est celle de l'anti-héros qui terrifie le monde, Super Covid, musculeux et écrasant avec sa tête de virus et son corps armé de tentacules.
Le héros est une héroïne, une infirmière super warrior prête au combat. Elle est lourdement armée de lance-seringues, la seule arme capable de vaincre le monstre!
Le combat se déroule sur un fond qui raconte l'histoire....
Le pauvre pangolin injustement accusé de tous les maux et coupable d'être bouffé par les Chinois...
Raoult qui aurait aimé être le sauveur de l'humanité grâce à sa potion magique et qui est rappelé à plus d'humilité. Cool Raoult!
L'OMS Tournesol qui mène l'enquête à Wuhan avec la liberté que l'on sait!
Oyez bonnes gens, tous les conseils vous sont donnés pour faire barrage au monstre pustuleux!
Le gel hydro alcoolique....
Les gestes barrières et le lavage des mains...
Les apéros par écran interposé (tristounet)
Et l'espoir qui, prend la forme d'un projectile vigoureux et décidé à exterminer l'exterminateur! Sans risque d'effets collatéraux!
Titomulk remercient les Montmartrois de leur accueil et du respect de leur travail effectué le 4 février.
Hélas il y a des travaux dans le quartier pour renouveler des canalisations et un camion qui n'était pas conduit par un super héros a défoncé une partie du mur, détruisant un côté de la fresque (côté rue Germain Pilon) un mois après sa création.
Dommage car elle est un bel exemple de pédagogie engagée et imaginative plus efficace sans doute que les lénifiants et contradictoires propos officiels.
On se consolera en regardant une autre création de Titomulk dans la rue Pilon, à 50 mètres du mur agressé!
Le 3 mai je suis repassé par là et miracle! les dégâts avaient été réparés et Titomulk en avaient profité pour apporter quelques nouveautés à leur fresque!
Les variants qui avaient fait leur apparition après l'inauguration de la fresque, y ont trouvé leur place. : l'anglais, le sud-africain, le brésilien.... (espérons qu'il n'y aura pas besoin d'attendre une nouvelle dégradation du mur pour voir débouler le variant indien!)
Un nouvel "évènement" est évoqué avec Pierre-Jean Chalençon et ses privés auxquels "auraient participé des ministres". Vite revenu sur ses allégations, le mondain ridicule mérite bien cette caricature!
Le jeune Simpson est heureux de ne pas être enfermé entre quatre murs scolaire
Et la fresque continue d'égayer, d'amuser, d'intéresser, d'interroger.... dans un Montmartre qui jadis aimait plaisanter et provoquer. Il faut croire que ce Montmartre n'est pas mort...
28 ans déjà! Qui pourra le croire! 28 ans que Monique Morelli a quitté la Butte, un jour de printemps.
Je suis passé hier devant sa maison restée telle qu'elle était du temps où elle y vivait. Il y a depuis 28 ans le même chapeau de paille à la fenêtre, celui qu'elle portait pour marcher sous le soleil de Montmartre. La maison s'écaille, le chapeau s'ennuie. Morelli n'est plus là.
Elle est à quelques centaines de mètres, à des années lumière, sous les arbres du cimetière Montmartre.
Elle y a pour presque voisin, à quelques tombes près, un homme qu'elle a connu et apprécié, le peintre et défenseur des mômes, Poulbot.
Elle collectionnait sans se lasser ses dessins qu'elle découpait dans les revues et les magazines avant de les coller sur des cartons.
Ce fut impressionnant de voir, quand ce qu'elle possédait a été dispersé dans les ventes publiques, tous ses classeurs bourrés à craquer de dessins des gosses des rues... ces mômes dont elle avait chanté la misère et l'effronterie dans les chansons de Bruant.
Dans la librairie, 5 rue Tardieu, dont les propriétaires furent ses amis, on peut encore trouver quelques uns de ses vinyles dont la rare "Messe pour Elsa" et des dizaines de ses poulbots découpés...
Le 19 où j'habitais et la maison du 17bis où habitaient Morelli et Léonardi.
Quand je suis venu habiter sur la Butte, 19 rue Paul Albert, j'ignorais qu'elle était ma voisine.
Un soir j'ai entendu sa voix. Elle répétait, accompagnée de Léonardi. Elle chantait un poème d'Aragon. J'ai ouvert mes fenêtres. Je me suis penché vers la façade couverte de lierre.
J'ai reconnu sa grande voix, celle qui vient de la nuit des révoltes, qui tremble avec les drapeaux, s'élève avec les barricades... celle qui hurle à l'amour et regarde la mort dans les yeux...
La maison de Morelli.
Morelli et Leonardi.
Elle chantait "l'Affiche Rouge", le poème d'Aragon mis en musique par Ferré.
Elle en avait été la première interprète et Léo la considérait comme la plus juste.
Pendant les douze mois où j'ai vécu à côté d'elle, j'ai ouvert mes fenêtres chaque fois qu'elle chantait.
... J'ai acheté tous ses disques et grâce à elle j'ai redécouvert Villon, Ronsard, Corbière...
J'ai écouté Carco,Mac Orlan, Couté, Rictus, tous ceux qui avaient habité sur la Butte du temps où malgré la spéculation immobilière et le tourisme elle respirait encore du souffle de la Commune...
Quand je suis parti pour le Liban, j'ai emporté tous ses disques avec moi.
J'enseignais à l'Université libanaise à Tripoli, non loin de la frontière syrienne et du Krach des Chevaliers aujourd'hui saccagé par les grands humanistes et amoureux de l'art que sont les fachos de Daesh.
Pendant mes cours j'ai plus d'une fois illustré les poèmes que nous étudiions avec les chansons de Morelli.
L'Orient aime les grandes voix, celles d'Oum Kalthoum, de Fairouz, de Piaf ( dont un cabaret célèbre de Beyrouth portait le nom).
Les étudiants ont aimé Morelli. Ils ont apprécié son phrasé impeccable, sa sensibilité à fleur de voix, l'intensité de son interprétation.
J'ai le souvenir d'un cours dans l'ancienne caserne française qui abritait l'université.
C'était un matin de novembre. Alors que nous écoutions un poème de Villon, une rafale de mitraillette brisa les vitres et constella le tableau à quelques centimètres de ma tête.
Tout le monde se réfugia sous les tables et moi sous le bureau!
Le silence succéda au fracas et à la frayeur.
La voix de Morelli ne s'était pas interrompue. Je me rappelle comme si c'était hier. C'était le poème "Mort" écrit par Villon comme une supplique pour que cette mort qui lui avait ravi son amour, l'emportât à son tour.
Cette adresse à la "Mort" résonna dans le silence et le bleu du ciel qui entrait par les vitres brisées, comme une protestation, comme les bras ouverts de la vie.
Comme l'homme en chemise blanche debout devant les fusils dans le tableau de Goya "Tres de Mayo"
Et puis le temps a passé (c'est ce qu'il fait avec le plus de talent et d'efficacité!)
Je suis revenu vivre à Montmartre. Je n'étais plus le voisin immédiat de Morelli mais de mes fenêtres de la rue rue Muller je pouvais voir sa maison sous le lierre.
J'ai déjà dit dans un article comment j'avais rencontré Léonardi, son compagnon de vie, compositeur, accordéoniste, sur la petite place au pied de l'escalier de la rue Utrillo.
Morelli et Léonardi
Je lui ai demandé des nouvelles de sa compagne. Il m'a alors confié qu'elle allait très mal et devait rester alitée, je pouvais passer si je le voulais pour lui parler, lui raconter comment je l'avais emmenée avec moi dans ce Liban où elle avait touché les cœurs (j'avais raconté à Léonardi l'épisode de la rafale de kalachnikov).
Sur le marché Dejean
J'ai eu peur. J'ai promis de passer mais plus tard. J'ai dû prétexter une quelconque occupation sans doute!
Je n'ai jamais pu dire à Morelli que je l'aimais et que sa voix m'accompagnait depuis que je l'avais découverte.
Elle est morte le lendemain, c'était le 27 avril 1993.
Aujourd'hui je vis toujours à Montmartre et je passe souvent devant sa maison.
Il y a un chapeau de paille à sa fenêtre. J'ai l'impression qu'il était déjà là quand j'habitais l'immeuble voisin. Je m'imagine que Morelli vit toujours dans sa maison de contes de fées et qu'elle chante, le soir, accompagnée de Léonardi.
Gambrinus roi de la bière à Béthune. Photo du blog sur les géants.
Je ne sais pas grand chose d'elle.
Ce que j'ai appris ici ou là me la rend plus proche même si je sais qu'il suffit de l'entendre pour connaître l'essentiel et l'incandescent de son être...
Elle est née en 1923 dans le pays des Géants, à Béthune, ville proche de ma ville de naissance, Arras!
Il n'y avait pas plus banal que son nom : Dubois!
Pas plus banale que sa famille de bons fonctionnaires qui rêvaient pour elle d'un destin de pharmacienne derrière un comptoir.
Mais jamais elle ne serait Mme Homais!
Il y a en elle une révolte, une indépendance qui lui rendent insupportables les salles de classe et l'ennui des leçons. Elle s'échappe, fugue dans la ville, se fait renvoyer de tous les établissements, publics ou privés où elle est inscrite!
Dès qu'elle le peut, elle vient à Paris. En ce temps-là Paris était encore une fête. Elle y respire la liberté, même s'il faut bien vivre et accepter des petits boulots. Elle en trouve un qui la comble de bonheur : cornac au Cirque d'Hiver!
C'est Sacha Guitry qui après l'avoir entendue chanter une chanson réaliste de Fréhel lui conseille de se lancer dans la carrière.
Elle est une des premières artiste à se produire à la mythique "Rose Rouge".
En 1958, elle forme un couple à la ville comme à la scène avec Léonardi qui met de la musique sur les poètes qu'elle aime et qui l'accompagnera jusqu'au bout du chemin.
Entre Brassens et Brel.
Brassens et Mac Orlan avec morelli.
Elle fait vite partie de la famille des poètes de la chanson : Ferré, Brel, Brassens (qui lui confie la première partie de son spectacle à Bobino en 1969)...
Colette Magny et Morelli
Elle ouvre son propre cabaret à quelques mètres de chez elle, Chez Ubu, 23 rue du Chevalier de la Barre.
Elle y reçoit Colette Magny, Brigitte Fontaine...
Avec Doisneau
Cette photo permet de voir sur la droite la maison de Morelli et sur la gauche, là où l'on voit des verrières, l'emplacement de son cabaret.
Dans les escaliers de la rue du Chevalier de la Barre près de chez elle.
Elle est montmartroise d'adoption et de coeur, amie des peintres et des écrivains. Elle aime se balader dans son quartier...
Morelli par Henri Landier
J'ai un autre souvenir qui me revient...
Monique Morelli donnait un récital au Touquet.
J'y suis allé bien sûr avec des amis. Ce soir-là, elle a eu un trou de mémoire, ce qui ne lui arrivait quasiment jamais...
Elle chantait un poème d'Aragon sur l'angoisse de perdre l'être aimé menacé par la maladie ...
C'est un des plus beaux textes du poète qui veille toute la nuit au chevet de son amour :
"Un jour j'ai cru te perdre".
Morelli et Aragon
Arrivée à la dernière strophe :
"Il a passé sur moi des heures et des heures
Je ne remuais pas tant j'avais peur de toi..."
Morelli hésita...
Du premier rang où j'étais je lui soufflais : "Je me disais je meurs..."
Elle reprit aussitôt en me souriant:
"Je me disais je meurs, c'est moi, c'est moi qui meurs...
Tout à coup les pigeons ont chanté sur le toit!"
Morelli par Landier.
Tombe de Monique Morelli au cimetière Montmartre.
C'est ce sourire et ces paroles de renaissance que je porte avec moi quand je vais au cimetière Montmartre.
La dernière fois, dans les feuilles mortes qui recouvraient l'allée où se trouve sa tombe, un chat roux et blanc sommeillait au soleil. (ou soleillait au sommeil!)
Le marbre gravé.
Sur la tombe, un livre porte gravées dans le marbre, les paroles qu'Aragon a écrites pour elle:
"Il y a chez Monique Morelli ce moment quand elle chante qui fait que j'apprends soudain ce que je cherchais d'une main hésitante dans la nuit."
Je ne sais pas ce que cherchait Aragon dans la nuit!
Mais je sais que dans la nuit de la peur que je traverse parfois, c'est ce poème de la vie fragile qui ne veut pas lâcher prise, ce sont ces paroles et c'est la voix de Morelli que j'entends!
C'est une courte rue qui va de la rue de Douai à la rue Blanche dans ce quartier qui devint à la mode pendant les années de la Monarchie Constitutionnelle de Charles X et Louis Philippe.
À son ouverture la rue porta le nom de Percier, architecte qui fut avec Fontaine (dont la rue est voisine) l'un des principaux initiateurs et créateurs de ce qu'on appellera le style Empire. L'harmonieux arc du Caroussel (avec Fontaine) est une de ses réalisations les plus connues et reconnues.
On ne sait pourquoi Percier disparut des plaques pour être remplacé en 1864 par Mansart. Sans précision de prénom, ce qui permet de rendre un double hommage à François Mansart et à son neveu Jules Hardouin.
François (1598-1666), grand bâtisseur de châteaux qui font la synthèse et la transition entre Renaissance et grand art classique (châteaux de Balleroy, de Maisons-Laffitte, galerie Mazarine).
Jules Hardouin (1646-1708) premier architecte de Louis XIV à qui Paris doit quelques unes de ses merveilles (Place Vendôme, place des Victoires, pont Royal, église des Invalides....)
La rue a une particularité : son côté nord, premier construit, offre une certaine homogénéité dans le style sobre et élégant de la première moitié du XIXème tandis que le côté sud plus tardif est plus disparate va du 2nd Empire aux années trente!
Au commencement était la môme Bijou! En effet le 1 est l'adresse du café Mansart, endroit très fréquenté par ceux qu'on appelle par facilité et conformisme bobos et par les touristes. Pendant l'occupation un personnage haut en couleurs est habitué du lieu (et de quelques autres à Pigalle comme le bar de la lune).
Il joue sur l'ambigüité, entre prostituée et travesti, entre clocharde et célébrité déchue. la môme Bijou est connue aujourd'hui encore pour avoir été photographiée par Brassaï
Elle est présentée dans le catalogue de l'exposition consacrée au grand photographe à Beaubourg en 2000 comme "une masse de graisse et de perlouses posée dans l'angle d'un bistrot".
Elle aurait inspiré autant que Marguerite Moreno le personnage de la Folle de Chaillot de Giraudoux.
Mais elle méritera qu'on lui accorde du temps car elle a gardé son mystère. Son regard triste et attentif émerge au-dessus de tous les portraits nauséabonds qui ont été faits d'elle.
Capture d'écran du blog "Haro sur les féminicides)
Alors qu'elle est très jeune (17 ans) elle se produit sur de petites scène comme mime.
Elle est remarquée par Willy qui lui donne son nom de scène, Louise Willy, et dont elle devient la maîtresse. Elle joue dans un grand nombre de petits films érotiques comme "le coucher de la mariée".
photo de Germaine Krull
Le succès n'est pas au rendez-vous. On n'entend plus parler d'elle à partir de 1912 et le temps passant, on la retrouve dans les années trente à Pigalle où pour quelques sous elle lit les lignes de la main. Willy la retrouvant, vieillie et pitoyable, écrit : "Bijou, matrone cuirassée de crasse et de fard qui procure à quelques paternels sénateurs, la joie d'éduquer quelque lycéen."
En 1945, Kessel parle d'elle en entrevoyant sa blessure : "La vieille affreuse et fascinante qui portait au bord de sa folie et de sa déchéance, je ne sais quel reflet obscur de grâces perdues, de pourrissantes amours."
Marguerite Moreno. La Folle de Chaillot.
Je ne sais pourquoi ce personnage me touche et pour ne pas trop y penser, je continue ma balade dans la rue.
Au 3, voisin du Mansart, nous trouvons "La Cloche d'or".
Ce restaurant a dès sa création été fréquenté par les artistes. Dans les années 20, il est dirigé par Anatole Moreau et son frère Arsène.
Anatole Moreau vit en couple avec une danseuse anglaise qui se produit dans les music-halls: Katleen Sarah Buckley.
Ils donnent naissance en 1927 à Jeanne Moreau dont on connaît l'importance qu'elle a eue dans le cinéma au temps de la Nouvelle vague et bien après....
Celle qui fut l'inoubliable Catherine de Jules et Jim habite aujourd'hui à trois cents mètres de la rue Mansart, au cimetière Montmartre.
La Cloche d'or fut fréquenté par bien des célébrités parmi lesquelles il suffit de citer Edith Piaf, Marcel Cerdan, Cocteau, Kessel... et elle fut le cadre d'une rencontre devenue mythique entre le jeune Yves Saint Laurent et celui qui allait devenir son mécène, son mentor, son amant pour la vie....
Nous restons du côté impair et cherchons en vain la maison qui s'élevait au n° 5, 5 bis. Il y a là où elle se croyait bâtie pour l'éternité, un immeuble sans grâce conçu en 1935....
Les fumeurs de kif (Gabriel Ferrier)
Elle abrita l'atelier d'un peintre et illustrateur, Nicolas Maxime Leboucher, mort en 1886, dont je n'ai rien trouvé sinon qu'il fut l'élève de Gabriel Ferrier, peintre orientaliste.
Le 8
Le 9
Le 9 est un lourd immeuble sans charme construit en 1932. Il n'a pas de scrupule à exposer sur sa façade le nom de son entrepreneur, un certain A. Chaize, et celui de son architecte D. Rotter.
Dumitru Rotter, roumain d'origine, naturalisé en 1907 a aimé travailler en Corse où on lui doit entre autres le monument commémoratif du sergent Casalonga à Alata.
Le 12
Le 15
Il y eut au 15 une salle de culture physique qui fut gérée pendant l'occupation par l'ancien champion de boxe Victor Waintz. Elle était fréquentée par de nombreux acrobates et artiste de music-hall comme les Carletti, trapézistes et contorsionnistes qui donnèrent parfois leur numéro sur la scène du Louxor. Leur fille, Louise, fut actrice dans des films de L'Herbier, Feyder, Christian-Jaque, Delannoy...
La salle était fréquentée également par des acteurs et actrices ainsi que par des personnalités diverses et variées soucieuses de perdre les kilos superflus!
Aujourd'hui l'atelier Petit Picotin qui a pris sa place a pour clientèle des bébés qui ne se soucient pas de leur poids et pour qui sont exposés draps et serviettes, peluches et jouets...
La courte rue n'a plus grand chose à nous raconter. Bonne raison pour laisser la parole à celle qui y vécut des années de son enfance, Jeanne Moreau :
"Je n'ai pas de mémoire, je n'ai que des souvenirs."
Les habitants du quartier connaissent bien cette fresque de 15 mètres de long qui court sur tout le rez de chaussée de l'immeuble du 8 rue de l'agent Bailly.
Ils n'y prêtent plus attention, elle fait partie de leur paysage.
C'est le plus beau compliment qu'on puisse faire à l'art dans la ville. Il est là, essentiel, comme le ciel ou les arbres. S'il disparaissait, alors soudain on serait moins heureux, on respirerait moins bien.
Yvon Taillandier (né à Paris en 1926, mort en Avignon en 2018) choisit cette ancienne menuiserie pour atelier en 1970. Pendant 40 ans elle le resta!
Dès son arrivée dans cette étroite rue il peignit tous les volets de la façade puis l'ensemble jusqu'à l'encadrement de la porte d'entrée de l'immeuble.
On dit que les taggeurs qui n'hésitent pas à utiliser toute surface disponible quelle qu'elle soit, respectèrent ce monde foisonnant et joyeux créé par leur aîné.
Au fond c'était très diplomatique car nous sommes en présence d'une ambassade, celle du Taillandier-Land!
Et quelle ambassade! Celle de la vie dans sa diversité, son foisonnement, sa gaité, sa folie, son incongruité, son érotisme, ses machines, ses tubes, ses manèges, ses rêves.
Parce que ces images de "figuration libératrice" ne cherchent pas à vous en mettre plein la vue, elles cherchent seulement à capter votre regard pour l'intégrer à son mouvement. Elle cherche à faire de vous l'un des acteurs de cet univers où nous sommes tous reliés les uns aux autres. Où nos jambes, nos têtes se multiplient et se métamorphosent, où nos bouches, nos ventres abritent de petits êtres prêts à participer au jeu.
Les machines font partie de ce monde et cessent d'être métalliques et bruyantes, elles sont de matière charnelle et n'interrompent pas la grande unité, la grande communication.
Il y a quelque chose de vertigineux en même temps que rassurant dans cet univers où tout est mouvement.
Le vertige c'est la rencontre et la multiplication des taillandiers, c'est le labyrinthe, la jungle où ils naviguent. Ce qui est rassurant c'est qu'il y a des frontières qui empêchent l'éclatement, la dissolution, l'éparpillement dans l'espace de tout ce peuple qui se tient.
Une ambassade représente un pays.
Un pays donne à ses habitants des frontières qui loin d'enfermer, protègent. Elles permettent au rêve de se déchaîner en douceur, au chaud à l'abri des murs familiers.
Bon! je délire! Mais c'est parce que je réponds à l'invitation d'Yvon Taillandier! Il vous invite vous aussi, avec votre monde qui rejoindra le sien, accueilli, respecté, enfantin et joueur.
Vous aurez des pieds en surnombre...
des têtes démultipliées...
des aéronefs complices
des animaux familiers comme des maisons.
"Mes tableaux se veulent des chants joyeux, voire des hymnes à la joie"
Il vécut à Montmartre et pourtant aucune plaque, spécialité de la Butte s'il en est, n'y évoque son nom.
La cour Saint-Hilaire où de Feure eut un atelier.
Une injustice ou un oubli ? Il est vrai que la mode privilégie aujourd'hui quand il s'agit de baptiser les rues, des femmes, politiques ou artistes, lesbiennes ou hétéro, noires ou blanches qu'importe, mais des femmes! Histoire de réparer la vieille domination patriarcale qui se traduit par la présence sur la quasi totalité des plaques de nos villes de patronymes masculins...
Georges de Feure est né à Paris en 1828 et il y est mort en 1943, abandonné de tous et misérable.
Avec la guerre franco prussienne ses parents se réfugient aux Pays-Bas et quand ils reviennent à Paris en 1889, ,Georges de Feure s'installe sur la Butte. c'est là qu'il rencontre Pauline Domec avec qui il aura deux enfants.
Il aime passer ses soirées dans les cabarets de Pigalle, notamment au Rat Mort et au Chat Noir. Il fréquente dans les mêmes cercles des poètes et des musiciens parmi lesquels Debussy, Ravel ou Satie! Il faut croire qu'il avait un goût musical très sûr!
La source du mal (Georges de Feure)
Ses admirations littéraires vont en priorité aux poètes, parmi lesquels Baudelaire et Rodenbach. Ses premières oeuvres sont nettement inspirées par la vision baudelairienne de la femme tentatrice et dangereuse :
(...) Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,
S'avançaient, plus câlins que les anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s'était assise.
Jules Chéret
On peut voir l'évolution de sa création depuis sa participation dans des journaux auxquels il propose ses caricatures jusqu'aux premières commandes qu'il reçoit pour des affiches. Il est alors influencé par Chéret, considéré comme le, maître du genre.
Il illuste également des livres, comme "La Porte des Rêves" de Schwob.
Dans les années 1900-1910 il se réalise vraiment et trouve son style. Il est considéré comme un des plus éminents représentants de l'Art Nouveau. Il crée quelques unes des plus belles affiches de cette époque.
La nudité disparaît. Les femmes sont parées de soies et de plumes. Elles sont prises dans des toilettes somptueuses ou extravagantes. Elles sont royales, dominatrices, inaccessibles...
Les hommes sont peu représentés et quand ils le sont, ils sont ternes, fripés, plus petits que la femme, "chiens à l'attache" ou "suiveurs"...
Le suiveur
Nous voyons là le grand paradoxe de l'Art Nouveau, le plus féminin des arts (mais représenté par des hommes), le plus exacerbé dans ses courbes, ses volutes, ses danses, ses couleurs.... et en même temps celui qui, tout en semblant donner à la femme et à son univers la prééminence, en fait une créature à part, non pas l'égale de l'homme mais sa prédatrice.
Toujours est-il que le principal promoteur de l'Art Nouveau, Samuel Bing choisit Georges de Feure pour décorer son pavillon de l'exposition universelle 1900.
L'artiste connaît alors un grand succès avec ses panneaux décoratifs représentant les différents artisanats, ses vitraux, ses diverses créations de verrerie ou ferronnerie.
Panneaux de Georges de Feure pour le pavillon Art Nouveau de l'exposition universelle 1900
Vitrail
Après cette apothéose Georges de Feure reçoit de nombreuses commandes. Son style va évoluer peu à peu vers l'Art Déco. Il s'intéresse au théâtre (il avait été un temps acteur aux Pays-Bas), au décor et au costume. Il passe de la femme-oiseau au plumage chatoyant à la femme libre dans sa géométrie, sa chevelure courte, ses yeux francs....
Il conçoit la décoration intérieure d'appartements particuliers.
Madeleine Vionnet qui est alors une grande couturière (créatrice du drapé, de la coupe en biais) qui représente la mode française dans le monde entier lui confie la décoration de son hôtel particulier et de sa maison de couture.
Georges de Feure devient alors un des talentueux représentants de l'Art Déco.
Il suffit de voir sa décoration du grand salon de la maison de couture et une reproduction en noir et blanc d'une des fresques disparues qui ornaient ses murs pour s'en convaincre.
Il serait injuste d'oublier que Georges de Feure fut aussi un peintre de grand talent, influencé par le symbolisme mais créateur d'un univers bien à lui qui fait parfois penser à Félix Vallotton.
Dans les années 1930, Georges de Feure cesse d'être à la mode. Nous entrons dans une époque qui avant la catastrophe de la guerre invente une nouvelle architecture influencée par le Bauhaus. La pure décoration n'a plus sa place. Le Corbusier pointe le bout de son nez. Nous nous acheminons vers le confort certes, le pratique bien sûr et la froideur...
On détruit sans état d'âme les stations de Guimard, les hôtels art nouveau... Georges de Feure qui n'a jamais su gérer ses revenus, meurt, misérable, dans un Paris occupé.
L'abîme (musée d'Orsay)
Aujourd'hui on le redécouvre. On voudrait revenir en arrière et lui éviter la dernière gifle que lui envoya le Ministère des Beaux Arts quand en 1941 il refusa le don que lui faisait George de Feure de deux de ses toiles jugées indignes de faire partie des collections nationales. C'était quelques mois avant sa mort.
C'est une jolie rue de Montmartre, calme et quasi provinciale à deux pas de la nerveuse rue Lepic et de la très branchée rue des Abbesses!
Comme bon nombre de ses consoeurs montmartroises, elle doit son nom au propriétaire qui fit lotir ses terrains dans la deuxième moitié du XIXème siècle.
L'ancienne impasse Cauchois qui fait partie aujourd'hui de la rue.
Il existait une impasse qui portait son nom et qui fut absorbée par la rue lorsqu'elle fut prolongée. Cette impasse n'a que des numéros impairs, elle est comme une excroissance de la rue qui après cette hernie, poursuit son chemin jusqu'à la rue Constance et l'Impasse Marie Blanche.
Courte rue mais grand passé.... Sur ses 133 mètres de nombreux personnages plus ou moins célèbres ont vécu...
Au commencement, rue Lepic, se trouve le Café des deux moulins que le film Amélie Poulain a fait connaître au-delà de nos frontières. Il n'est pas rare de voir des Japonais, souriants et émus, y faire de selfies...
Le 3
Au 3, petit immeuble sans éclat, le peintre Amédée Buffet (1869-1934) eut son atelier.
Oublié aujourd'hui, il connut le succès et reçut des commandes nombreuses. Avec son frère Paul, il fut chargé de remplacer les toiles de Goya qui avaient été détruites dans la Chartreuse espagnole d'Aula Déi. Le fantôme du génial Espagnol ne le paralysa pas tout à fait!
Pour preuve de son renom, on le trouve dans la délégation envoyée officiellement pour représenter les artistes français à l'Exposition Universelle de 1905, aux côtés de Renoir, Sisley et Monet!
Le 4
Au 4, jouxtant les 2 Moulins, il y eut au début du XXème siècle un restaurant dont une photo garde le souvenir, avec le sourire des marchandes de fleurs faisant une pause avant d'escalader la Butte et de proposer aux passants leur bouquets.
Le 4 aujourd'hui
Ce restaurant a une histoire et par chance le petit-fils du patron qui habite toujours rue Cauchois nous a confié des souvenirs qui appartiennent désormais à notre quartier et qui en font la continuité et la vie. Son grand-père venu d'Auvergne, Joseph Fabry, en a été pendant des années le "patron".
Photo 1925
On le voit assis sur sa chaise devant son établissement le restaurant Cauchois.
C'était alors la tradition de se faire photographier devant la vitrine avec famille et employés. Très souvent il y avait un petit chien improbable et joyeux de poser pour l'éternité.
Photo 1928
Sur cette autre photo de 1928, un zoom sur les pieds de Joseph Fabry permet de voir qu'il travaillait en pantoufles. Non qu'il fût pantouflard, loin de là mais il se trouve qu'il fut violemment heurté par une poussette d'enfant rue Lepic et que la blessure mal traitée ne cessa de le faire souffrir. Plus tard la gangrène gagna et l'amputation devint inévitable. Joseph Fabry mourut en 1966.
Alors que les Juifs du quartier étaient raflés, un jeune garçon, Joseph Weismann qui avait été emmené au camp de Beaune la Rolande avec la seule perspective de se voir offrir un voyage aller sans retour pour Auschwitz, après s'être évadé et avoir rejoint Paris, poussa les portes du restaurant de Joseph Fabry.
Il y était connu car son père y venait parfois. Il y fut reçu, nourri, mais ne put être caché car la police était zélée et ne manquait pas d'inspecter les cafés et les restaurants du quartier chaque soir. Malgré la rafle du Vel d'Hiv, les autorités n'étaient pas satisfaites, n'ayant pas arrêté un nombre suffisant de Juifs. L'occupant risquait de leur taper sur les doigts, d'autant plus que Bousquet s'était engagé par grand souci d'humanité à ne pas séparer les enfants de leur famille. C'est ainsi que 6000 enfants périrent dans les chambres à gaz.
Le petit Joseph fut confié à une dame du quartier qui se chargea de le protéger. Plus tard il racontera son histoire dans un livre qui a inspiré un film tourné en partie dans le quartier.
Aujourd'hui, à 90 ans, il continue de rencontrer de jeunes élèves pour leur transmettre un message de fraternité et de vigilance.
Le 7
Le 7 se protège derrière de hauts murs qui abrite une villa du XIXème classée. C'est là que vécut pendant 35 ans, le commissaire Bourrel, le fin limier de l'émission télévisée "Les 5 dernières minutes".
"Sur le Banc". Souplex et Sourza.
Raymond Souplex (1901-1972) commença comme chansonnier et se produisit souvent au Théâtre des Deux Ânes sur le boulevard voisin.
Peu à peu s'effacera son souvenir tant il est vrai qu'il ne brilla jamais dans des chefs d'œuvre.
On le connaît encore un peu pour avoir été le clochard de "Sur le Banc" avec sa complice, Jane Sourza.
On oubliera peut-être aussi qu'il répondit à l'invitation du Reich et alla à Berlin en 1943, tous frais payés, représenter la chanson française. Ce qui lui valut un blâme à la Libération.
Il ne fut pas le seul dans le convoi dont Piaf et Viviane Romance faisaient partie...
Le 10.
Le 10 est un somptueux immeuble aux larges fenêtres et au décor 1900-bourgeois (par opposition au 1900-artiste de Guimard).
Le 10
Dans cet immeuble a vécu Copi le génial dessinateur de la femme assise qui nous a réjouis à chaque parution du Nouvel obs.
Copi a accompagné avec son humour et sa poésie toute la période de libération sexuelle cruellement meurtrie par les années Sida. Il a dessiné pour Hara Kiri, Charlie Hebdo puis pour Libération avec son personnage de Libérett', transexuelle qui a choqué nombre de lecteurs pas si libérés que ça!
Ses pièces ont été montées par quelques grands metteurs en scène comme Lavelli (La journée d'une rêveuse avec Emmanuelle Riva).
Une visite inopportune. (Duchaussoy, Hiégel)
C'est alors qu'il participe aux répétitions de sa pièce "une visite inopportune" (un homosexuel vit ses derniers jours sur un lit d'hôpital) qu'il meurt, le 14 décembre 1987, deux ans avant Koltés son voisin du 15 bis.
A gauche, au fond de l'ancienne impasse, le 11...
Le 11 est aujourd'hui une maison au style architectural affirmé, manifeste du "rationalisme" des années vingt, à la fois fonctionnel et original. (seul bâtiment classé de la rue avec le 7)
Mais... ce n'est plus le nid d'amour, détruit, d'un couple hors normes, d'un homme et d'une femme exceptionnels qui s'aimèrent jusqu'à ce jour de 1922 où ils quittèrent ce monde, non pas sur la butte, mais à la montagne... à Chamonix.
Il s'agit de Marcel Sembat et Georgette Agutte.
Il serait prétentieux de vouloir retracer la vie et le destin de ces deux amoureux! Simplement rappeler que Marcel Sembat (1863-1922) que beaucoup ne connaissent que par la station de métro, ligne 9, la rue et le square du XVIIIème, fut un grand humaniste, un socialiste de conviction et de cœur, adepte de la transparence, hostile aux privilèges que s'octroient les puissants.
Il fut un des initiateurs de la Loi de séparation des églises et de l'Etat, que certains beaux esprits remettent en cause aujourd'hui!
Il fut ministre des Travaux Publics en 1914... Il adhéra à la Franc Maçonnerie et créa à Montmartre la Loge de la Raison.
Il fut également un passionné d'art et notamment de peinture, défenseur des Fauves, ami et admirateur de Matisse. Il écrivit sur ce peintre la première monographie connue.
Il meurt d'une hémorragie cérébrale en 1922 à Chamonix
Georgette Agutte est un peintre qui apprit de Gustave Moreau la liberté et l'audace, se lança de toute sa conviction dans la combat du fauvisme. Elle était collectionneuse et possédait une collection remarquable, de Matisse notamment.
Après un premier mariage, elle rencontre Marcel Sembat. Ils se ressemblent, partagent le même idéal de justice, de paix, le même goût pour l'art libre et audacieux... Les Cahiers noirs de Marcel Sembat nous livrent sans fard, la force sensuelle et spirituelle de leur union.
Tous deux habitent 11 rue Cauchois. Ils vont souvent à Bonnières sur Seine où Sembat possède une maison familiale et à Chamonix où ils ont acquis un chalet, le "Murger".
Le jour où Marcel sembat meurt brutalement, Georgette Agutte après l'avoir veillé, écrit à son neveu :
"Je ne peux pas vivre sans lui. Minuit. Douze heures déjà qu'il est mort. Je suis en retard".
Elle se tire une balle dans la tête.
Le 15
Au 15, dans l'ancienne impasse, un autre peintre eut son atelier : Charles Bombled (1862-1927).
Charles Bombled. Cheval à l'écurie.
Né à Chantilly, il aimait les chevaux. Sa gloire relative lui venait de ses représentations nombreuses de militaires, de scènes de combats napoléoniens....
Mais aussi de sa participation à des journaux comme la Caricature ou le Chat Noir.
Enfin, il participa au théâtre d'ombres avec ses tableaux en silhouettes de la conquête de l'Algérie.
C'est encore au 15 que vécut et eut son atelier un autre peintre : Léon Huber (1858_1928).
Cet homme étonnant, bon vivant, humaniste, poète et soucieux de venir en aide aux pauvres gens de son quartier à qui il offrait chaque matin un repas, avait une passion : les chats!
Grün, un de ses fidèles amis, l'a caricaturé, à moitié métamorphosé en chat, en train de peindre une toile à l'aide de sa queue-pinceau!
Léon Huber mit en scène les petits animaux "domestiques" dans toutes les situations, les plus tendres ou les plus cocasses. Son style était classique, un tantinet mièvre. Mais il plut.
Aujourd'hui encore les chats de Léon Huber sont recherchés des collectionneurs et adorateurs des petits félins.
Le 15 bis
Le 15 bis
Le 15 bis est un bel immeuble original avec bow-windows.
Pendant quatre années de sa courte vie, un des écrivains de théâtre les plus audacieux et les plus torturés y vécut.
Il s'agit de Bernard-Marie Koltès (1948-1989) dont Patrice Chéreau mit en scène quelques pièces.
Joué dans le monde entier et toujours actuel, il a été frappé en pleine créativité, emporté par le SIDA.
Parmi ses pièces les plus représentées, on compte "Combat de nègre et de chiens" ou "Dans la solitude des champs de coton".
Il est enterré à une centaine de mètres de la rue Cauchois, cimetière Montmartre...
La pierre blanche de la tombe de Bernard Marie Koltès
Quelques phrases saisies dans tel ou tel de ses textes afin de lui redonner parole :
Et je suis ici, en parcours, en attente, en suspension, en déplacement, hors-jeu, hors vie, provisoire, pratiquement absent, pour ainsi dire pas là (...)
Les souvenirs sont des armes secrètes que l'homme garde sur lui lorsqu'il est dépouillé.
Mes racines ? Quelles racines ? Je ne suis pas une salade ; j'ai des pieds et ils ne sont pas faits pour s'enfoncer dans le sol.
j'ai toujours pensé que, si on regarde longtemps et soigneusement les gens quand ils parlent, on comprend tout.
Ma mère m’a toujours dit qu’il était sot de refuser un parapluie lorsqu’on sait qu’il va pleuvoir.
Et comme il va pleuvoir et que personne ne me propose de parapluie, je me dépêche de quitter cette rue montmartroise où vécurent de si nombreux artistes qu'elle en a gardé je ne sais quoi de nostalgique et de lumineux.
Les musiciens sont chez eux à Montmartre. Saison après saison, ils chantent et ils enchantent. La ville est devant eux comme un immense théâtre.
Mars 2021
janvier 2020
janvier 2020
février 2021
février 2021
Parfois seuls, parfois en groupe.... Ils s'accompagnent avec leur instrument ou bien ils n'ont que leur voix pour trouver la voie qui va émouvoir les passants et peut-être ouvrir leur porte-monnaie.
mars 2021
mars 2021
Ils sont les héritiers d'une vieille tradition dans un quartier qui se souvient de Patachou, de Bruant, des poètes qui tentaient de survivre en chantant leurs vers dans les cabarets...
février 2021
janvier 2021
février 2021
Ils ne jouent pas pour passer le temps. Ils ne jouent pas du tout. Ils respirent, ils vivent corps à corps avec leur instrument aussi fidèle que l'est pour le mendiant le chien qui l'accompagne. Ils jouent pour payer leur loyer. Ils jouent pour pouvoir jouer...
février 2018
février 2018
mars 2020
Ils offrent au ciel de Montmartre ses éclaircies et ses arcs en ciel.
Le jazz, le rap, la ritournelle, les poèmes, le classique.... Il y en a pour tous les goûts, tous les fous. Leonard Cohen est à sa place comme Jean Sébastien Bach....
mars 2020
février 2020
février 2020
janvier 2017
janvier 2017
février 2017
mars 2017
mars 2017
Depuis un an Montmartre a moins de voix, moins de couleurs.
mai 2017
juin 2017
juin 2017
oct 2017
oct 2017
oct 2017
oct 2017
oct 2017
oct 2017
oct 2020
juin 2020
juin 2020
Il n'y a plus de visages découverts sur la Butte, plus de chant pour faire tourner les moulins...
Le virus n'aime pas les chanteurs! Il n'aime pas la vie, ce qui est la même chose. D'ailleurs c'est aux poumons qu'il s'attaque afin de priver de souffle les chanteurs.
oct 2017
nov 2017
nov 2017
dec 2017
nov 2020
Et pourtant, Jean Baptiste Clément nous l'a dit il y a bientôt 150 ans, il reviendra le temps des cerises, le temps des chansons, des merles moqueurs et des piafs...
nov 2020
nov 2019
nov 2019
oct 2019
oct 2019
oct 2019
Il reviendra avec les amoureux de Paris accourus de tous les coins du monde.
Il reviendra.
Vous verrez que Montmartre retrouvera son sourire quand la musique irriguera de nouveau ses ruelles
Comme la sève dans les arbres du square Louise Michel
Comme le sang dans les veines du Chevalier de La Barre, le jeune insolent qui a gardé son chapeau sur la tête comme d'autres auront gardé entre leurs mains leur guitare!
La rue de Bruxelles va de la place Blanche à la rue de Clichy en passant par la place Adolphe Max qui la coupe en deux tronçons.
Square Berlioz (anciennement square de Vintimille).
Une ordonnance de 1841 permet son ouverture. Pour sa partie la plus proche du boulevard de Clichy, il faut attendre 1844 et le lotissement des jardins de Tivoli accompagné de la destruction du Pavillon La Bouëxière, harmonieuse folie du XVIIIème siècle.
Folie La Bouëxière
Le 6.
Il reste à cette adresse quelques rares vestiges de ce qui fut un hôtel particulier donnant également sur le boulevard de Clichy à l'emplacement actuel de la chapelle Sainte Rita patronne des causes désespérées, très fréquentée par les péripatéticiennes et les péripatéticiens qui travaillent sur le boulevard.
Cour intérieure du 6
L'hôtel devint en 1883 la propriété du peintre Jean-Léon Gérôme (1834-1904) qui fut célébré comme le grand peintre quasi officiel du 2nd Empire et qui passa sans dévier de sa route à côté des grands mouvements picturaux de la 2ème moitié du XIXème siècle.
Diogène
Il obtint des médailles aux salons et sut s'adapter au goût de ses contemporains, commençant par des sujets antiques, toujours marqués par la précision et le goût des couleurs, avant de faire une incursion dans la religion puis dans les sujets orientalistes très en vogue avec les conquêtes coloniales.
St-Vincent de Paul
Comme souvent, les "grands" peintres académiques, après avoir connu la déréliction, sont redécouverts aujourd'hui grâce à des expositions. Notre sensibilité moderne leur reconnaît une dimension poétique en même temps qu'une remarquable maîtrise du dessin et de la couleur.
Femme du Caire
Gérôme fut également sculpteur, avec un goût de la polychromie qui paraît audacieux aujourd'hui où l'on oublie que l'art antique fut polychrome, comme l'art roman ou gothique!
Il est mort dans son hôtel particulier où il avait également son atelier, en 1904.
Le jugement baudelairien sur l'artiste paraît sévère : "La facture de M. Gérôme, il faut bien le dire, n'a jamais été forte ni originale. Indécise, au contraire, et faiblement caractérisée, elle a toujours oscillé entre Ingres et Delaroche."
Duel après un bal masqué
Le 8 n'aurait pas grand chose à nous raconter s'il ne présentait pas, sculptées dans un cartouche au-dessus le la fenêtre du rez-de-chaussée quatre lettres intrigantes : M.A.C.L
Il s'agit là d'une des curiosités parisiennes qui date du XVIIIème siècle. En effet les assurances de ce temps n'assuraient pas les immeubles malgré les nombreux incendies qui se déclaraient dans tous les quartiers de Paris. Au milieu du siècle, une compagnie d'assurances a l'idée d'assurer les maisons contre l'incendie. Très vite une plaque ou des lettre sculptées dans la pierre signalent au locataire ou à l'acheteur le standing de l'immeuble qui ne risque plus de ruiner ses habitants : Maison Assurée Contre L'incendie
Ces signes extérieurs d'assurance cessent en 1880 quand il devient obligatoire de passer sous les fourches caudines des assureurs!
Les Parisiens des années révolutionnaires s'amusent avec ce sigle qui devient :
Marie Antoinette Cocufie Louis
Mes Amis Chassons Louis.
Au 10 un élégant immeuble 1840 est devenu en 2015 un hôtel 5 étoiles, la maison Souquet. La décoration évoque en même temps les maisons closes de Pigalle et les intérieurs luxueux et un peu exubérant des écrivains de la première moitié du XIXème siècle.
Le 14. Bel immeuble fin de siècle qui abrite un nid de masseurs et masseuses, enfin disons plutôt de masseuses et de masseurs, enfin soyons téméraires et disons masseur.euse.s (pas sûr d'avoir bon!)
Le 18 (nous ne suivons pas l'ordre numérique car le 15 qui nous intéresse est situé de l'autre côté de la place Adolphe Max) est dû à un architecte très en vogue à la fin du XIXème siècle, Emile Hennequet.
Il a beaucoup travaillé dans le IXème avec des immeubles avenue Trudaine, rue Condorcet, rue Chaptal... On peut l'appeler post-haussmannien par son goût de l'ornementation et l'aspect cossu et harmonieux de ses façades.
Nous arrivons sur la place Adolphe Max qui interrompt notre rue. Elle a été ouverte en 1841, comme la rue de Bruxelles sur les terrains des jardins de Tivoli. Le château de la Boüexière et sa pièce d'eau étaient exactement à l'emplacement de cette place et du square qui est en son centre.
La place s'est d'abord appelée place de Vintimille (la rue existe toujours) du nom de la comtesse de Vintimille (1787-1862) épouse du comte de Ségur, avant de prendre le nom de l'homme politique belge Adolphe Max (1869-1939) au prénom malencontreux à l'époque où il vivait. Avant la carrière brillante comme on sait d'Adolf Hitler, il fut un vrai résistant pendant la première guerre et fut "l'hôte" de plusieurs prisons allemandes. Il est connu comme bourgmestre efficace de Bruxelles et comme lutteur infatigable pour le suffrage universel et le vote des femmes.
Au milieu de la place, un jardin public a été créé orné en 1886 d'une statue en bronze d'Hector Berlioz (due à Alfred Lenoir) qui sera fondue sous Pétain comme tant d'autres. Aujourd'hui une statue de pierre érigée après guerre en 1948 la remplace (due à Georges Saupiquet).
Une autre statue fit parler d'elle lorsque la place fut aménagée en 1844.
Il s'agissait d'un Napoléon-Prométhée plus grand que nature (2,20 mètres) entièrement nu à l'exception de l'inévitable feuille de vigne. Elle choqua les hypocrites de tout bord et après avoir été vandalisée, fut détruite sur demande de son auteur.
Notons qu'avant de s'appeler square de Vintimille, l'endroit fut nommé square de Sainte Hélène. Un admirateur de l'empereur avait en effet rapporté d'un pèlerinage sur la tombe de Sainte Hélène, une pousse de saule qu'il fit planter dans le jardin.
Quelques numéros de la place méritent notre attention.
Le 1
Le 2
Les 1 et 2 immeubles élégants du milieu du XIXème siècle avec balcons à modillons, sobres comparés au style haussmannien qui prévaudra bientôt.
Le 3 fait l'angle avec la rue De Calais. Il fut le siège du Comité Central des oeuvres sociales EDF-GDF (lointaine époque!) et fut le théâtre d'une occupation mouvementée quand en 1951 l'organisation fut dissoute par le gouvernement de René Pleven. Mais la police vida les lieux sans ménagement.
Une plaque rappelle qu'à cet emplacement s'élevait un immeuble de rapports où Edouard Vuillard vint vivre avec sa mère en 1908.
Square Berlioz (Vuillard)
Il habitait un cinquième étage avec vue sur le square et la place de Vintimille qu'il peignit sous tous les temps dans sa série des jardins publics.
Le 5
Le 19 rue de Vintimille qui fait l'angle avec le 5 de la place Adolphe Max.
Bel immeuble au 5, la majeure partie donnant sur la rue de Vintimille.
Les 6 et 7
Le 8
Le 9
Le 10
Le 10 s'abrite derrière une grille. ancien hôtel particulier, il a gardé le goût du secret....
Le 11
Au 11 se trouve la dernière adresse parisienne d'Eugène Boudin (1824-1898) qui porte un nom aussi peu poétique que possible. Le nom de sa mère, Buffet, ne peut rien arranger. Et pourtant! Quel poète de la lumière, de la légèreté, des nuages chers à Baudelaire!
Eugène Boudin dont la tombe se trouve dans le vieux cimetière Saint-Vincent au coeur de Montmartre est à juste titre considéré comme le grand précurseur de l'Impressionnisme. Bien qu'il eût toujours été humble et beaucoup plus prompt à admirer les autres peintres qu'à se vanter de son travail, il a été reconnu par ses pairs. Courbet qui l'admirait est devenu un ami.
Baudelaire devant des études au pastel se montre prophète : "Plus tard, sans aucun doute, il nous étalera dans des peintures achevées les prodigieuses magies de l'air et de l'eau."
En 1898, Eugène boudin se sentant proche de la fin quitte son appartement pour Deauville où il veut mourir face à la mer et au ciel, rejoignant dans l'immensité le petit mousse qu'il avait été enfant.
Deuxième partie de la rue de Bruxelles vers la rue de Clichy.
Après avoir tourné autour de la place nous retrouvons notre rue de Bruxelles.
Le 13
Au 15 a vécu et est mort un auteur dramatique Amédée Achard (1814-1875) à ne pas confondre avec son homonyme beaucoup plus célèbre, Marcel Achard (mort presque un siècle après lui).
Il est bien ignoré de nos jours et pourtant, ce journaliste et reporter infatigable a écrit plus de quarante romans (beaucoup dans le genre cape et épée) et une quinzaine de pièces. J'avoue ne rien connaître de lui qui fut paraît-il admiré par Alexandre Dumas.
Le 17
21
Le 21 est un monument national! C'est là que vécut Emile Zola, c'est là qu'il écrivit "J'accuse"!
C'est aussi à cet endroit qu'il fut assassiné . On dut attendre des années avant que le ramoneur Henri Buronfosse, ardent nationaliste et anti dreyfusard, n'avouât son crime.
On ne peut retenir son émotion devant cet hôtel où un immense écrivain, un humaniste intègre vécut, écrivit et mourut. Il fut enterré non loin de son domicile, au cimetière de Montmartre, avant d'être transporté au Panthéon.
Le 23 est un des plus beaux immeuble de la rue. Représentatif, bien que construit en 1860 d'un style troubadour néo-Renaissance.
Le 26
Au 26 vécut et mourut Tony Johannot qui fut un des plus célèbres et des plus recherchés graveur et illustrateur de son temps.
Le génie du christianisme
Les plus grands écrivains désiraient pour leurs œuvres les illustrations de cet artiste dont Théophile Gautier disait : "Ce que tant de génies ont rêvé, il a pu le rendre et le transporter dans son art ."
Werther
C'est avec lui qui nous quittons cette rue qui comme chaque rue de ce quartier révèle une histoire que le passant négligent ignorerait tout à fait si n'étaient apposées des plaques qui sont comme des signes de la main que nous font ceux qui nous précédèrent.
Signes que n'apprécie pas tout le monde à en croire cette affichette déchirée qui rappelle que vécut au 27 Jacqueline Pino arrêtée à l'âge de 8 ans sous le régime de Vichy et assassinée dans les camps. Il manqua en ces années de meurtres un Emile Zola pour accuser les assassins et leurs complices. Il n'y avait, un peu plus haut, rue Girardon qu'un Céline!
La rue Lamartine va sur 341 mètres de la rue Marguerite de Rochechouart à la rue des Martyrs. Elle a eu plusieurs noms avant de rendre hommage au poète du Lac.
Elle s'est appelée rue Coquenard (on trouve sur certains documents Goguenard). Une chapelle qui dépendait de Saint-Pierre de Montmartre y avait été édifiée, dédiée à Notre Dame de Lorette, ce qui permettra à la rue de prendre ce nom de Notre Dame de Lorette (rien à voir avec la rue actuelle). La chapelle sera détruite pendant la Révolution après avoir été vendue comme bien national et dans le même mouvement éradicateur, la rue redeviendra Coquenard!
Ce n'est qu'en 1848 que Lamartine prend la relève, lui qui, outre sa renommée romantique et le grand succès de son Lac, est apprécié pour sa participation à la Révolution de 1848.
Lamartine (Baron Gérard)
La rue lui va bien, dans ce quartier proche de la Nouvelle Athènes où vivent quelques unes des gloires romantiques.
Début de la rue Lamartine à partir de la rue Marguerite de Rochechouart.
Prenons notre rue par son commencement, rue Marguerite de Rochechouart... Et commençons en musique et en fêtes! En effet, du 1 au 3 actuels se trouvait une guinguette qui attirait les Parisiens, étant hors des murs de la ville (ce qui arrivera un peu plus tard à Montmartre quand les limites de la ville seront repoussées jusqu'aux barrières).
Guinguette au XVIIIème siècle. Chez Ramponneau.
L'endroit s'appelait le Grand Salon et il était si accueillant qu'il pouvait recevoir plus de huit cents personnes les soirs de fête ou de carnaval. Il était un lieu de rencontre idéal entre une clientèle populaire et des dames et messieurs de la "bonne société" venus s'encanailler. Voilà encore des prémisses de nos cabarets montmartrois!
Le Grand Salon laissera place en 1815 à une caserne où la discipline ne sera pas la même!
Au 4 où aujourd'hui on trouve un hôtel, je sais grâce à Pierre, fidèle ami et Montmartrois de naissance qui habita cette rue, qu'il y eut une laiterie aujourd'hui disparue...
Le 5 fut le siège en 1947 d'une revue communiste "Regards" qui créée en 1932 privilégiait, en avance sur son époque, le photo reportage.
Willy Ronis (de la colonne de la Bastille)
Quelques grands photographes comme Cartier-Bresson, Capa ou Willy Ronis y participèrent. La revue déménagea pour le faubourg Poissonnière jugé plus populaire.
Willi Müzenberg
Il y eut également à cette adresse les bureaux de l'agence de presse "Nouvelle Allemagne" créée par Willi Münzenberg, opposant sans concessions à Hitler puis à Staline, réfugié en 1933 à Paris où il s'occupa de l'édition Carrefour en langue allemande. Il fréquenta les intellectuels français (Gide, Malraux, Aragon, Romain Rolland) avant d'être interné par Daladier dans un camp pour étrangers en 1940. On retrouva son corps pendu à un arbre. Sans doute aidé dans sa fuite du camp par un espion stalinien a t-il été exécuté par ce dernier.
Le 6
Il suffit de passer sur le trottoir du 6 pour partir en voyage, loin de Paris, dans des pays d'Orient fleuris et parfumés. Depuis bientôt un siècle cette boutique attire les gourmets, les amateurs d'épices et de sensations! Le slogan l'affirme : "Les clients d'Hératchian vivent plus longtemps". C'est certainement vrai à voir s'attarder ente les grands sacs de graines et d'épices de vieux amateurs aussi alertes et souriants que les enfants de l'école d'en face!
Les 10 et 10 bis nous accueillent avec des créatures sensuelles et "perruquées"! Ce genre de fantaisies architecturales sont un des charmes de Paris...
Au 11 se développe une aile de l'école maternelle et de l'école élémentaire de la rue Buffault qui remplacèrent une école de filles. Belle architecture du début du XXème siècle avec frises de céramiques.
La rue Buffault que nous passons sans nous y arrêter aujourd'hui possède une belle synagogue qui vint remplacer celle, trop exigüe qui exista à l'emplacement du 23 rue Lamartine et qui fut détruite en 1859
Le 13
Devant le 13, le 18 décembre 1941, un groupe de résistants des bataillons de la jeunesse avec Marcel Bertone, Louis Coquillet et Maurice Touati incendièrent un camion de la Wehrmacht comme ils l'avaient fait la veille rue Mayran.
Louis Coquillet
Bertone fut arrêté et fusillé au Mont Valérien en avril 1942 avec Coquillet et Touati arrêtés peu après l'attentat.
Au 18 est né un philosophe qui pour certains d'entre nous a été cause de longues (et fécondes) heures de dissertations : Henri Bergson (1859-1941).
Il eut le prix Nobel en 1927 et certains de ses ouvrages sont une source intarissable de réflexions et de plaisir.
Quelques citations pour ouvrit l'appétit!
"Choisir donc exclure.
Certains ont défini l'homme comme "un animal qui rit". Ils pourraient aussi le définir justement comme un animal dont on rit.
La route que nous parcourons dans le temps est jonchée des débris de ce que nous commencions d'être, de tout ce que nous aurions pu devenir.
L'humanité entière, dans l'espace et le temps, est une immense armée qui galope à côté de chacun de nous, en avance ou en arrière de nous.
Laissez faire Vénus, elle vous amènera Mars.
Imaginer n'est pas se souvenir.
Le timide peut donner l'impression d'une personne que son corps gêne et qui cherche autour d'elle un endroit où le déposer.
Nous méconnaissons ce qu'il y a encore d'enfantin, pour ainsi dire, dans la plupart de nos émotions joyeuses."
Le 23. Emplacement de l'ancienne synagogue.
Le 28
Détail du 28
Au 28 se trouvait "la cour aux ânes" où les paresseux pouvaient louer ces animaux pour monter jusqu'au sommet de la Butte.
Avec le percement de nouvelles rues et l'amélioration de la voirie ce commerce disparaîtra au milieu du XIXème siècle pour migrer vers les Champs Elysées et le jardin d'acclimatation.
Carrefour avec la rue de Maubeuge.
Les numéros pairs de la rue passent du 28 au 42! Entre les deux la rue de Maubeuge a été percée en détruisant en 1868 tout immeuble qui se trouvait sur son chemin.
Ainsi a disparu le 32 où vécut et mourut, un an avant la destruction de son hôtel, l'un des grands architectes du XIXème siècle Hittorff (1792-1867)que ses coreligionnaires jaloux de son succès appelaient avec mépris 'le Prussien" parce qu'il était né en Allemagne. Il est un de ceux qui ont marqué durablement Paris de son génie.
Il suffit d'égrener la liste de ses réalisations d'abord sous Charles X puis sous Napoléon III pour être impressionné:
L'église Saint-Vincent de Paul, la place de la Concorde (les colonnes rostrales, les fontaines), les mairies du Vème et du 1er, la place du Panthéon, le théâtre du Rond-Point, le cirque d'hiver, la rue de Rivoli, les immeubles de la place de l'Etoile, la gare du Nord!.... sans parler de restaurations et d'aménagements dans cette ville qui lui doit tant et qui a réduit en poussières sa maison!
Le 33 m'est cher car il fut un des domiciles parisiens de Baudelaire, un poète lié à Paris comme nul autre. On lui connaît pas loin de 50 adresses dans la capitale jusqu'à la dernière, en 1867, au cimetière du Montparnasse.
Le 33
Dans notre quartier, nous l'avons rencontré rue Pigalle où il vécut à deux reprises, en 1848 et surtout en 1852-54. En 1848 il vit encore avec Jeanne Duval au 46 mais après des ruptures, des retrouvailles, des tumultes il se sépare d'elle, sans se séparer vraiment, et il vit dans un modeste appartement du 60 rue Pigalle en 1852-1854.
C'est en juin 1846 qu'il vient habiter quelques semaines au 33 de la rue qui s'appelait encore Coquenard. Et c'est tant mieux car il n'aurait pas apprécié de vivre dans une rue qui portait le nom d'un poète qu'il appréciait peu : "Tous les élégiaques sont des canailles!"
Le 39 en ravalement
Il y eut au 39 un hôtel dont cette carte postale a gardé le souvenir...
54-56
Aux 54-56 s'élevait l'église des Porcherons nommée ainsi par les habitants d'un quartier qu'on appelait aussi village des porcherons à cause du château et des terrains qui avaient appartenu à la famille Porcheron (parfois orthographiée Pocheron).
Cette église était en fait dédiée à Notre-Dame de Lorette. Rappelons que la rue Coquenard sur laquelle elle s'ouvrait s'appela un temps rue Notre-Dame de Lorette (aucun rapport avec la rue actuelle). La rue redevint "Coquenard" avec la révolution qui entraîna la vente de l'église comme bien national, suivie de sa destruction. Il faudra attendre 1836 pour que s'élève la nouvelle église Notre-Dame de Lorette.
Parfois l'ancienne chapelle Notre-Dame de Lorette est confondue avec l'église Saint-Jean Porte Latine située non loin de là, entre les rues de Chateaudun et du Faubourg Montmartre.
Cette confusion vient de ce que peu après la destruction de Notre-Dame de Lorette en 1796, elle prit son nom qu'elle garda jusqu'à sa propre destruction en 1846 après l'inauguration de l'église actuelle. De quoi embrouiller tout le monde et notamment les guides et brochures touristiques. En effet trois édifices consacrés portèrent ou portent sur quelques centaines de mètres carrés le même nom : l'église actuelle, St Jean Porte Latine et la chapelle des Porcherons!
Voilà! Nous avons terminé notre balade rue Lamartine sur l'évocation de cette chapelle où venaient prier les gens du quartier. Nous faisons à notre tour une prière païenne à Chronos, sans espoir qu'il nous entende tant elle est rabâchée !
Ô temps suspends ton vol! et vous heures propices,
Certes les femmes sont peu nombreuses à être honorées dans les rues de Paris mais à Montmartre depuis quelques années elles trouvent une place moins chiche et font reculer peu à peu la suprématie masculine!
Commençons par une artère importante s'il en est, bordée d'anciens music halls et d'hôtels : le boulevard de Rochechouart. Peu de gens savaient qu'ils portaient le nom d'une femme, aussi la mairie a t-elle décidé il y a peu d'ajouter le prénom de la dame. Le boulevard de Rochechouart est ainsi devenu le boulevard Marguerite de Rochechouart.
Marguerite de Rochechouart (1627-1727) est la 43ème abbesse de Montmartre. Son nom sur les plaques de la rue ont été comme sur le boulevard complétés par son prénom: rue Marguerite de Rochechouart.
Quant à la station de métro Barbès-Rochechouart elle est l'une des 5 qui soit féminine avec Louise Michel, Marie Curie, Rosa Parks et Simone Veil. Et encore... Marguerite partage t-elle les quais du métro avec Barbès et Simone avec l'Europe (métro Europe-Simone Veil)!
Rue Catherine de La Rochefoucauld vue de la Tour des Dames.
Deux autres rue et une impasse proches du boulevard et qui font partie dans le IXème arrondissement du Montmartre d'avant la barrière des Fermiers Généraux rappellent également une abbesse, c'est la rue Catherine de la Rochefoucauld, 45ème abbesse, de 1731 à 1760 et la rue et l'impasse Louise-Emilie de la Tour d'Auvergne, abbesse de 1727 à1731.
Impasse Louise-Emilie de la Tour d'Auvergne.
Là encore la mairie a depuis peu ajouté le prénom au patronyme. Bonne initiative car bien des passants qui se rendaient rue de la tour d'Auvergne ou rue La Rochefoucauld ignoraient qu'elles portaient le nom de femmes qui faisaient partie de l'histoire et avaient marqué durablement notre quartier.
Après le boulevard Marguerite de Rochechouart, sur le boulevard de Clichy, la promenade est sous le patronage de Coccinelle (1931-2006) qui ne fut pas une abbesse mais une artiste qui, étant née dans la peau d'un mâle eut le courage d'assumer sa vérité profonde, sa nature réelle. Jacques Charles Dufresnoy après une vaginoplastie devint Jacqueline Charlotte Dufresnoy avec pour nom de scène Coccinelle.
Elle connut un grand succès chez Michou et dans quelques uns des plus célèbres cabarets. Elle enregistra des disques, joua au théâtre ou au cinéma, bref elle eut une vie d'artiste reconnue et aimée.
Cette plaque est la première en Europe qui rende hommage à une artiste trans.
Avenue Rachel
En poursuivant notre balade sur le boulevard de Clichy, nous arrivons, peu avant la place, sur l'avenue Rachel
Avenue Rachel
Cette avenue conduit au cimetière Montmartre, villégiature "éternelle" de bien des gloires montmartroises.
Rachel (Jean auguste Barre)
Rachel Félix (1821-1858) fut une tragédienne et une véritable star qui, en pleine époque romantique, triomphait en interprétant les pièces classiques. Ironie du sort, elle n'est pas enterrée dans le cimetière Montmartre où mène son avenue mais au Père Lachaise.
En remontant vers les Abbesses, donnant dans la rue Joseph de Maistre, une charmante demoiselle nous attend. Elle a pour prénom Constance et pour titre de gloire d'avoir été la fille de Monsieur Doré, propriétaire des terrains sur lesquels la rue a été construite.
Rue Constance
Une impasse qui s'ouvre sur cette rue porte un nom qu'on pourrait croire féminin "Marie Blanche". Cette impasse qui avant 1873 s'appelait Sainte-Marie n'a rien à faire dans notre liste puisque en réalité Marie Blanche est un homme, un gros propriétaire! De même la place Blanche et la rue Blanche voisines n'évoquent-elles pas une demoiselle mais font référence à la barrière de la croix blanche (blancheur due aux charrois qui venaient des carrières de gypse) qui s'élevait à cet endroit.
Pas d'ambigüité sur la placette qui est plutôt un terre-plein entre les rues Joseph de Maistre et Lepic. Anne-Marie Carrière (1925-2006) serait étonnée sans doute de se trouver là, assise entre deux chaises.
Elle est, pendant les années fastes des chansonniers, celle qui apporte sa verve, sa bonne humeur son humour dans un milieu presque exclusivement masculin. Elle s'est produite dans divers cabarets dont le Théâtre des deux ânes un peu plus bas.
Encore quelques mètres et nous arrivons dans une des rues les plus "bohême chic" de Montmartre, la rue des Abbesses qui se prolonge par la place du même nom et la station de métro idem.
Voilà donc réunies sur la même plaque toutes les abbesses, de la première, la reine Adélaïde de Savoie à la 46ème et dernière, Marie Louise de Montmorency Laval qui paralysée, sourde et aveugle, fut guillotinée le 8 thermidor de l'an II (26 juillet 1794).
Est-ce pour effacer ce souvenir peu glorieux que la rue de Laval où Salis ouvrit son 2ème Chat Noir fut rebaptisée en Victor Massé, compositeur illustrement inconnu?
Donnant sur la place des Abbesses, la rue Yvonne Le Tac est en partie édifiée sur les terrains de l'ancienne abbaye (l'Abbaye d'en-bas) et elle a envoyé aux oubliettes Antoinette qui était le nom d'origine de la rue.
Elle rappelle le rôle héroïque pendant la guerre de celle qui dirigea l'école située au n° 7 et qui passa par les camps de Ravensbrück et d'Auschwitz.
Nous ne sommes qu'à une centaine de mètres du funiculaire dont l'accès est situé sur la place Suzanne Valadon.
La mère d'Utrillo est moins connue que son illustre rejeton et pourtant elle est un grand peintre (devrais-je dire une grande peintresse?) dont l'importance commence à être reconnue.
L'acrobate ou la roue (musée de Montmartre)
De la place Suzanne Valadon au square Louise Michel il n'y a qu'un pas.
Ce jardin vertical qui a inspiré les peintres, surtout les naïfs, porte le nom de la grande dame de la Commune, humaniste, combattante, artiste....
On sait que c'est là, au sommet de la Butte, que commença la Commune. On sait aussi que Louise Michel fut institutrice à Montmartre. Elle a pris avantageusement la place de Willette qui a été effacé des plaques pour cause d'antisémitisme militant. Si la basilique veille sur notre quartier, c'est bien Louise Michel qui en est l'âme!
Au pied de la Butte deux espaces ont été baptisés "places" ces dernières années pour rendre hommage à des femmes. Entre la rue Ronsard et Nodier, un triangle planté de magnolias porte le nom de Louise Blanquart (1921-2008), militante ouvrière, féministe, écologiste (bref elle coche toutes les cases pour plaire à notre mairie!)
En réalité elle fut dans la première partie de sa vie une fervente catholique sociale avant de perdre la foi, d'adhérer au Parti communiste qu'elle quitta à son tour pour devenir "verte".
La deuxième placette qui du temps des omnibus s'appelait place des hirondelles est celle de Jeanne Bohec (1919-2010), une des grandes résistantes qui en Bretagne formait des groupes de saboteurs. Elle garda de son engagement son surnom de "plastiqueuse à bicyclette".
Il nous faut escalader de nouveau les escaliers (dont pas un ne porte un nom de femme) pour traverser deux rues parallèles aux noms féminins : Berthe et Gabrielle.
On pourrait penser, la mythologie montmartroise étant flamboyante, que notre Gabrielle est la fameuse Gabrielle d'Estrées aimé du Vert-Galant à l'ombre de l'abbaye. Il n'en est rien. Il s'agit de la fille aînée du propriétaire des terrains sur lesquels fut construite la rue!
Rue Gabrielle
Quant à Berthe, elle n'eut pas de grand pied mais fut elle aussi fille de propriétaire! La vieille rue du village s'appelait auparavant rue du Poirier, du nom de l'arbre légendaire qui s'élevait dans la cour de la guinguette du "Poirier sans pareil" rue Ravignan.
En poursuivant l'ascension, nous passons devant les moulins, faisons un signe amical au passe-muraille et arrivons, rue Girardon, devant le square Suzanne Buisson.
Suzanne Buisson est une femme de combat, féministe qui veut que la femme "soit affranchie des servitudes domestiques et devienne indépendante sentimentalement, économiquement et intellectuellement". Résistante farouche contre Pétain, elle est arrêtée et torturée. Elle ne livra aucun secret et fut déportée par l'un des derniers convois pour Auschwitz où elle fut assassinée comme résistante et comme juive.
Square Suzanne Buisson
A quelques pas du square une jolie place tout en courbe porte le nom de Dalida dont la maison rue d'Orchampt, à trois cents mètres de là, reste un lieu de pèlerinage.
En descendant l'escalier sur la place Dalida, nous arrivons rue Caulaincourt où, à la hauteur de la rue Lamarck, une dernière placette rend hommage à une dame dont à ma grande confusion de montmartrois j'ignorais le nom : Suzanne Denglos-Fau (1922-2002)
Elle fut pourtant présidente de la République de Montmartre, et comme son mari André Fau, écrivit des poèmes.
Il y a d'autres rues féminines dans l'arrondissement mais je m'en suis tenu à Montmartre où elles sont 6% ce qui est au-dessus de la moyenne parisienne de 4% (en ne prenant pas en compte les saintes et la Vierge).
Depuis que j'habite Montmartre j'ai vu inaugurer ou rebaptiser le square Louise Michel, La place Louise Blanquart, la promenade Coccinelle, la place Jeanne Bohec, la place Anne-Marie Carrière... le mouvement est lancé... Et je serai au premier rang le jour où Louise Michel entrera escortée des milliers de femmes de la Commune dans le Panthéon où elle retrouvera celui qui l'appelait "ma chère fille", Victor Hugo!
Liste des rues, places, jardins au nom de femmes à Montmartre :