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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places., #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Rue de Navarin. Montmartre. Truffaut. Gautier.
Rue de Navarin. Montmartre. Truffaut. Gautier.

    Voilà une rue dont j'ai longtemps hésité à parler tant sont lourds les souvenirs qui m'y attachent. Le temps a passé et je me résous à y revenir et à la revoir, changée et semblable...

    Elle a vu le jour en en 1830, en pleine époque romantique et elle porte le nom d'une victoire de la coalition franco-anglo-russe sur la flotte turco-égyptienne pendant la guerre d'indépendance grecque.

 

    

    Les massacres perpétrés par les Ottomans, grands experts en boucherie et futurs génocidaires du peuple arménien avaient bouleversé l'Europe qui décida d'intervenir

Chios. Un lieu de mémoire que l'on n'oublie pas l'avoir visité.

Chios. Un lieu de mémoire que l'on n'oublie pas l'avoir visité.

   Hugo qui habitera plus tard ce quartier avait écrit dans les Orientales quelques poèmes engagés dont le célèbre " Enfant ":

"Les Turcs ont passé par là. Tout est ruine et deuil.

Chio, l'île des vins, n'est plus qu'un sombre écueil (…)"

Rue de Navarin. Montmartre. Truffaut. Gautier.

     La rue commence côté pair avec un opulent immeuble de pierres qui donne également sur la rue des Martyrs, construit en 1903 et signé des architectes Elie Charlet et Henri Michel.

    Le maître boulanger qui y fait son pain est tellement apprécié des habitants du quartier qu'il n'a aucun mal à les faire marcher à la baguette.

 

Le 3

Le 3

Le 4. Une "dent creuse".

Le 4. Une "dent creuse".

                  Au 4, une vieille photo garde mémoire du bougnat qui y tenait boutique.

                      Aujourd'hui le bougnat a cédé la place au restaurant "Belle Maison".

 

Le 5

Le 5

Le 7 aujourd'hui

Le 7 aujourd'hui

Le 7 en 1906

Le 7 en 1906

    Le 7 a plus fière allure aujourd'hui qu'au début du XXème siècle mais il est resté comme à ses origines un hôtel. Il a seulement accroché quatre étoiles à son ciel.

    Il rend hommage à Sacha Guitry et joue sur une décoration théâtrale qui vous donnera l'illusion, une fois couché, d'être regardé par des spectateurs attentifs, dans les loges et les balcons du  papier peint !

Le 9

Le 9

     Le 9 est un petit hôtel particulier  de style troubadour qui portait en façade, dans la niche, une statue de la Vierge à l'enfant. Quand l'hôtel fut racheté pour devenir une maison close spécialisée dans les pratiques sado-maso, les habitants du quartier pétitionnèrent pour que fût enlevée la Vierge. Elle le fut et disparut corps et âme. Nul ne sait ce qu'elle est devenue. A moins que… l'Assomption l'ait ravie comme son illustre modèle.

 

     La dame de cérémonie s'appelait Christiane. Il y avait encore lorsque j'y ai vécu quelques chaînes et quelques instruments dentés fixés dans les murs du dernier étage. 

Pendant la deuxième guerre, les nazis le fréquentèrent, ce qui n'étonnera personne, le sadisme étant leur spécialité!

Le 11

Le 11

    Le 11 est l'un des rares immeubles à être inscrit au PLU (plan local d'urbanisme). Il a abrité le peintre Hébert de 1850 à 1880. Les deux premiers étages servaient d'habitation et les étages supérieurs d'atelier.

                                              Ernest Hébert. Autoportrait.

     Ernest Hébert (1817-1908) est un grand peintre injustement oublié bien qu'il eût son musée à La Tronche et dans le VIème arrondissement, dans l'hôtel de Montmorency-Bours. Ce dernier est fermé car l'immeuble classé a la tremblote et nécessite des consolidations. Il dépend du musée d'Orsay, où par chance quelques toiles de Hébert peuvent être vues.

                             La malaria. Ernest Hébert. (musée d'Orsay)

     Ce cousin de Stendhal, amoureux comme lui de l'Italie où il vécut après son prix de Rome, fut très apprécié pendant le 2nd Empire. On aimait alors ses portraits dont le réalisme se teintait souvent d'une atmosphère onirique qui permet d'y voir les prémices du symbolisme.

              Le baiser de Judas. Hébert. Prêt du musée d'Orsay au musée de La Tronche.

     L'immeuble sert de siège aujourd'hui au Conseil International de la Langue Française chargée de favoriser le rayonnement du français dans un monde presque entièrement contaminé par le globish!

 

Le 12

Le 12

     Le 12, petit immeuble anodin et sans charme a été le siège de nombreuses associations culturelles liées au Parti Communiste au temps où il existait vraiment!

                                                                  Aragon

     Parmi ces associations on peut retenir:

-la Maison de la Culture (1934) présidée par Aragon.

-"Ciné-Liberté" (Front Populaire) qui regroupait de nombreux techniciens et d'artistes engagés.

-L'Union des Théâtres indépendants" présidée par Charles Vildrac (plus de 300 troupes indépendantes).

Le 14

Le 14

     Le 14 (qui  serait aujourd'hui les 18-20) fut le domicile d'un écrivain, homme d'esprit, utopiste et combattant pour la liberté de penser: Louis Desnoyers (1802-1869)

    La plaque commémorative devrait être apposée sur  l'immeuble de briques des PTT au 20. Mais puisqu'elle est là, rappelons qui est ce Desnoyers.

Rue de Navarin. Montmartre. Truffaut. Gautier.

    Ses romans pour la jeunesse eurent un grand succès mais c'est surtout pour son engagement dans la création de la Société des Gens de Lettres qu'il est aujourd'hui connu. C'est lui qui rédigea les statuts de cet organisme chargé de protéger les auteurs et de prévoir un fonds de solidarité.

Rue de Navarin. Montmartre. Truffaut. Gautier.

     Une plaque rappelle que furent approuvés les statuts de cette Société, par près de 50 écrivains dont Dumas, Hugo, Lamennais...

Desnoyers en fut élu Président, battant son concurrent Victor Hugo de huit voix.

Le 16

Le 16

     Au 16, Paul Vayson, peintre provençal qui se fit édifier un hôtel particulier en 1879 rue Fortuny, eut son atelier. Quand il était au travail, des bêlements devaient retentir dans la rue car on ne compte pas le nombre de toiles qu'il exécuta avec bergères, bergers, moutons, brebis, béliers, agneaux! Son monument à Avignon représente comme il se doit, une bergère et son troupeau!

 

 

  Il a également participé au décor d'un des plus beaux restaurants de Paris, le Train Bleu de la Gare de Lyon où il a peint la ville d'Hyères.

 

Le 17

Le 17

   Le 17 fut jadis un hôtel dont les fenêtres donnaient sur le parc Botherel en face. Il portait le nom du grand collège de l'avenue Trudaine voisine, le collège Rollin aujourd'hui Jacques Decour.

 

Les 18-20

Les 18-20

Rue de Navarin. Montmartre. Truffaut. Gautier.

     Les 18-20 (jadis le 14, l'immeuble du début de la rue, à l'angle avec la rue des Martyrs ayant fait disparaître deux numéros) sont un pesant ensemble dont la masse écrase la rue. Ils occupent pourtant ce qui était le plus bel endroit du quartier : l'hôtel Botherel et son parc .

 

 

     L'endroit fut un vivier intellectuel et de nombreux écrivains ou artistes y vécurent. L'hôtel  construit vers 1830 par le Baron Botherel, ami des arts et des lettres, eut pour habitants : Amédée Achard, Louis Desnoyers, Anaïs Fargueil, Théophile Gautier, Nerval, Auguste Vacquerie, Fortunata Tedesco…. et j'en oublie!

 

    Le plus célèbre d'entre eux fut Théophile Gautier qui collectionna les adresses parisiennes. C'est pendant les années 1840-1841 qu'il prend possession des 1er et 2ème étages. En bon sportif, il aime grimper aux arbres, faire sa gymnastique dans le parc et dit-on pratiquer la pêche en faisant jeter chaque dimanche des poissons vivants dans le bassin. (information sur le site du Père Tanguy).

                                                          Théophile Gautier

     Il héberga son ami, condisciple du lycée Charlemagne et ancien voisin de la rue du Doyenné, Gérard de Nerval qui commence en 1841 à fréquenter la maison de santé du Docteur Blanche rue Norvins.

                                                           Gérard de Nerval

     Parmi les autres habitants :

                                             Anaïs Fargueil (1819-1896) fut une comédienne qui eut un certain renom dans le théâtre de vaudeville.

                                          Caricature d'Anaïs Fargueil par Marcelin

                                                Auguste Vacquerie (1819-1895) poète et dramaturge qui eut des liens étroits avec Hugo. Cette amitié fut à l'origine de la rencontre de son frère Charles avec Léopoldine Hugo, de son mariage en 1843 et la fin tragique des deux époux.

                                         Victor Hugo et auguste Vacquerie

 

 

 

Le 19

Le 19

Le 22

Le 22

Rue de Navarin. Montmartre. Truffaut. Gautier.

     Le 22 hébergea pendant la 2ème guerre mondiale la famille Aznavourian, Micha et Knar ainsi que leur fils et leur fille.

                                                         La mère d'Aznavour

     Charles Aznavour évoquera ses souvenirs de la rue de Navarin :

"Au rez-de-chaussée vivait un couple d'homosexuels juifs. Ma sœur jouait des morceaux de musique juive pour eux."

     La relation la plus marquante fut celle du père et de la mère d'Aznavour avec le couple Manouchian, Missak et Mélinée qu'ils hébergèrent. On sait que le groupe Manouchian fut exécuté et que la célèbre affiche rouge présenta ses membres comme des criminels et des étrangers.

 

Le 23

Le 23

     Le 23 est l'inévitable catastrophe architecturale que l'on trouve dans chaque rue (ou presque de Paris). Arrière d'un garage-parking du 20 rue Clauzel, il illustre bien l'indigence et le radinisme de constructions faites pour le profit et rien d'autre!

Le 24

Le 24

     Pour le 24, juste un petit signe à Etienne Daho qui, débarqué de sa Bretagne, y vécut à son arrivée à Paris. Notons qu'aujourd'hui il se partage entre Londres et Montmartre, rue Durantin.

 

Fin de la rue vers la rue Henry  Monnier

Fin de la rue vers la rue Henry Monnier

Le 33

Le 33

     Le 33 est le dernier immeuble de la rue qui soit digne d'intérêt. Une plaque y est apposée qui rappelle qu'un des plus grands cinéastes français y vécut pendant son enfance…

 

    On sait que le petit François était né sous de mauvais auspices, sa mère Janine l'ayant mis au monde "clandestinement" pour éviter la "honte" à sa famille bourgeoise de donner vie à un enfant dont le père était inconnu. Le petit fut placé en nourrice et il fallut attendre le mariage de sa mère avec Roland Truffaut pour qu'il retrouve une vie familiale.

 

    Plus tard Truffaut recherchera l'identité de son père et découvrira qu'il s'agissait de Roland Lévy, un Juif qui du fait de son origine aurait été rejeté par une famille traditionnelle au catholicisme teinté d'antisémitisme.

 

    Quand il tourne les 400 Coups, film en partie autobiographique Truffaut situe le logement de la famille du petit Antoine à deux pas de la rue de Navarin, place Toudouze.

 

     On retrouve Montmartre à plusieurs reprises dans ses films. C'est rue de Steinkerque, au pied du Sacré-Coeur qu'habite Antoine Doinel, c'est à l'hôtel du 39 avenue Junot qu'il est veilleur de nuit dans  Baisers Volés.

 

    La rue de Navarin s'achève rue Henry Monnier (où vivaient les grands-parents de Truffaut). Le cinéaste a vécu des années difficiles dans ce quartier et il n'est pas étonnant qu'il ait pu écrire :

"L'adolescence ne laisse un bon souvenir qu'aux adultes ayant mauvaise mémoire"

Rue de Navarin. Montmartre. Truffaut. Gautier.

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Publié le par chriswac
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Le Petit Moulin. Rue Tholozé. OJI.

Les touristes qui montent à l'assaut de la Butte par la rue Tholozé, avec en toile de fond le célébrissime moulin de la Galette, ne peuvent passer sans remarquer…. le Petit Moulin...

Le Petit Moulin. Rue Tholozé. OJI.

Minuscule, à l'angle de la rue Durantin, il semble sorti d'un livre de contes pour enfant ou d'une bande dessinée naïve...

Van Gogh

Van Gogh

    Il a choisi de rendre hommage à son illustre confrère  de la Galette qui fut peint et repeint par des Renoir ou des Van Gogh, en choisissant de s'appeler Petit Moulin!

Le Petit Moulin. Rue Tholozé. OJI.

    Son enseigne un peu foutraque et rouillée représente un moulin de bric et de broc dont les ailes n'auraient aucune velléité de tourner dans le vent...

  

Il fut peint par Renoux, du temps où il était unicolore et où l'artiste de rue OJI n'avait pas habillé ses murs de fresques.

Les flamants roses d'OJI rue Berthe.

Les flamants roses d'OJI rue Berthe.

OJI, on le connaît sur la Butte avec ses flamants roses qui se plaisent rue Berthe où depuis des années, nul nettoyeur, nul tagueur sauvage ne les a outragés. 

 

On les retrouve sur les murs du restaurant qui semble plus petit encore, entre les pattes de ces échassiers géants. 

 

Ils sont accompagnés d'autres volatiles, goéland, toucan et rouge gorge...

 

 

Le Petit Moulin. Rue Tholozé. OJI.

… Et d'un canard-jouet, tel qu'on en vend plus bas sur le boulevard, pour les jeux érotiques!

 

Le Petit Moulin. Rue Tholozé. OJI.

Au rez de chaussée, les herbes tropicales évoquent un douanier Rousseau en cavale

Le Petit Moulin. Rue Tholozé. OJI.

     Un regard d'enfant curieux semble suivre les touristes qui passent dans la rue Durantin. On retrouve cette importance du regard dans d'autres réalisations d'OJI....

 

Le Petit Moulin. Rue Tholozé. OJI.

     Un bandeau intermédiaire entre le rez de chaussée et le premier représente la ville avec ses toits, ses tours et ses murs..

On peut y apercevoir l'artiste de rues en train de travailler….

Le Petit Moulin. Rue Tholozé. OJI.

Sur les murs pignons des immeubles mitoyens, une autruche attentive nous surveille!

Le Petit Moulin. Rue Tholozé. OJI.

Tandis que s'envole une montgolfière énigmatique avec la signature d'Oji et quelques flamants qui se posent des questions...

Le Petit Moulin. Rue Tholozé. OJI.

L'ensemble est une réussite par la couleur, la gaité, l'irruption dans la ville d'un monde fantastique qui fait la part belle à l'enfance…

 

OJI est connu dans le milieu de l'art de rues. Il est modeste et généreux je crois et c'est une chance pour nous qu'il ait pu métamorphoser ce coin de rues!

 

Le Petit Moulin. Rue Tholozé. OJI.

Avant les flamants ce furent des cochons tout aussi roses qui occupèrent l'espace, accompagnés du jeu de mot usé sur l'homophonie l'art et lard.

"De l'art ou du cochon"!

Le Petit Moulin. Rue Tholozé. OJI.

     Remontons un peu plus loin… Je suis un assez ancien Montmartrois pour l'avoir connu du temps où il avait pour nom : Les Canons.              

Un nom qui remplaçait l'ancien qui était….

"le Petit Moulin"!

On peut donc être et avoir été!

Les canons de Montmartre

Les canons de Montmartre

     Les "canons" jouaient sur le double sens du mot : petit verre de vin et pièce d'artillerie. On sait que la Commune commença le jour où les Versaillais vinrent reprendre aux Montmartrois qui les avaient payés les fameux canons destinés à défendre la Butte contre les Prussiens. Un autre restaurant, rue Paul Albert porta ce nom avant de devenir le Botak et dissimuler sous une vilaine tapisserie les fresques représentant les fameux canons et leurs défenseurs.

Le Petit Moulin. Rue Tholozé. OJI.

   Mais revenons à nos moutons, à nos flamants roses plus exactement…. et allons boire un canon au Petit Moulin à la santé de ceux qui mettent de la couleur dans nos rue et aux utopistes de tout poil!

                                                          Léo par OJI

 

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Statue de Berlioz. Square Berlioz. Place Adolphe Max.

Statue de Berlioz. Square Berlioz. Place Adolphe Max.

La rue de Calais à partir de la rue Blanche.

La rue de Calais à partir de la rue Blanche.

     C'est une courte artère qui va de la rue Blanche à la rue de Vintimille.

Elle a été tracée au milieu du XIXème siècle sur les jardins du Nouveau Tivoli (3ème du nom) apprécié pour ses montagnes russes, son labyrinthe et son tir aux pigeons vivants importé d'Angleterre.

 

      On avance le chiffre de 300 000 pigeons tués pour amuser les bourgeois.

                                 (Photo airedalesareafailure. wordpress.com) 

    

     Le massacre cessa en 1842 quand le jardin fut vendu pour qu'y soient construites les rues de Calais, Douai, Vintimille, Ballu et la place Adolphe Max dans un quartier que les artistes avaient mis à la mode et qui fut surnommé sans modestie "la Nouvelle Athènes".

Prise de Calais par François de Guise le 9 janvier 1558. (Picot)

Prise de Calais par François de Guise le 9 janvier 1558. (Picot)

     La rue longue de 153 mètres (et large de 12) rappelle l'attachement du pays à la bonne ville de Calais qui après avoir été anglaise pendant deux siècles fut reprise à l'ennemi par les armées royales sous le commandement de François de Guise en 1558.

La rue de Calais. Montmartre. Berlioz.
La rue de Calais. Montmartre. Berlioz.

     La rue s'ouvre avec à l'angle rue Blanche, un restaurant côté impair et un hôtel côté pair. Mais l'immeuble le plus "glorieux" est situé au 4

 

     Dans ce bâtiment construit en 1856 a vécu pendant 13 ans, jusqu'à sa mort,  un des plus grands musiciens français : Hector Berlioz.

La maison de Berlioz, rue Saint-Denis. (Mont-Cenis aujourd'hui).

La maison de Berlioz, rue Saint-Denis. (Mont-Cenis aujourd'hui).

     Nous l'avons déjà rencontré sur la Butte, rue du Mont-Cenis (alors appelée rue Saint-Denis) où il avait loué une maison campagnarde et où il emménagea avec sa jeune femme Harriet Smithson. Ils aimèrent Montmartre, village paisible à l'écart de l'agitation parisienne; leur fils Louis y naquit et c'est là que fut composé "Harold en Italie".

 

En 1836 il fallut se résoudre à regagner Paris à cause de la fatigue des interminables transports entre la capitale et le village.

Harriet Smithson

Harriet Smithson

     Harriet reviendra vivre rue Saint-Vincent en 1848 jusqu'à sa mort et son inhumation dans le vieux cimetière Saint-Vincent (ses restes seront transférés plus tard au cimetière Montmartre dans le caveau de Berlioz).

Marie Recio. Un portrait sauvé de la destruction. Musée Berlioz, la Côte Saint-André.

Marie Recio. Un portrait sauvé de la destruction. Musée Berlioz, la Côte Saint-André.

     Quand il vient habiter rue de Calais, le compositeur vit avec l'autre femme de sa vie, Marie Recio. Il déménage du 17 rue de Vintimille où il n'est resté que quelques mois et qu'il quitte à cause d'un loyer soudain augmenté. Toute sa vie Berlioz aura lutté pour trouver des logements au loyer abordable. 

4ème étage du 4 rue de Calais

4ème étage du 4 rue de Calais

     Il habite au 4ème étage de l'immeuble qui trop vite construit va nécessiter de sérieuses consolidations. Il sera obligé de descendre avec armes et bagages au 2ème pendant le temps des travaux. 

"Notre maison était sur le point de s'écrouler tant elle était mal bâtie".

La rue de Calais. Montmartre. Berlioz.

    Pendant ces travaux, Marie Recio qui supporte mal le bruit et les poussières part chez une amie à Saint-Germain en Laye. C'est là qu'elle meurt, le 13 juin 1862.

Berlioz ne se remet pas de la disparition de celle qu'il avait épousée 20 ans plus tôt et qui au début, avant d'être conseillée et formée dans l'art du chant, "miaulait comme une douzaine de chats."

"Le coup a été affreux (…) Je ne sais comment je vais achever ma vie isolée"

Louis Berlioz

Louis Berlioz

     Le 4 rue de Calais n'aura pas été bénéfique, affectivement parlant. L'appartement n'est pas assez vaste pour que le fils de Berlioz, Louis, ait une chambre lorsqu'il lui rend visite entre deux expéditions. Louis qui au début avait voulu fuir ce père habité par l'amour exclusif de la musique, devenu marin puis capitaine, meurt de la fièvre jaune à la Havane. Et c'est rue de Calais que son père apprend sa mort alors que depuis quelques années leurs rapports s'étaient harmonisés et que Louis lui écrivait ces mots prémonitoires : 

 

 "Tu es mon Dieu, tu es tout ce qu'il est possible à l'homme de cœur et d'intelligence d'aimer. Il me semble que nos existences sont liées, elles sont les torons d'une corde, si l'un se brise, l'autre se brisera. Ils ne peuvent exister l'un sans l'autre, ils forment un tout."

     Nous sommes en 1867, deux ans avant la mort de Berlioz. 

    

Si les années de la rue de Calais furent terribles, elles furent aussi fécondes. Berlioz y écrit ses dernières œuvres dont l'ampleur impressionne : Les Troyens,  Béatrice et Bénédict.

 

Il rédige Les Grotesques et la musique, A travers chants.

Il met un point final à ses Mémoires.

La rue de Calais. Montmartre. Berlioz.

   Il meurt le 8 mars 1869. Son service funèbre est organisé dans l'église de la Trinité  inaugurée deux ans plus tôt.

    Il est enterré au cimetière Montmartre (voisin lui aussi) où ses deux femmes passent avec lui leur éternité oublieuse.

 

    Berlioz suffit au renom et à la gloire de la rue de Calais. On reste impressionné et ému devant le modeste logement du 4ème étage où le musicien des tempêtes, des révoltes, des tendresses vécut treize années.

 

     Nous ne quittons pas le 4 où un autre musicien habita quelques années après Berlioz. Il s'agit d'Antonin Marmontel (1850-1907), bien oublié aujourd'hui. Il fut pourtant connu pour ses pièces pour piano et pour son enseignement au Conservatoire de Paris.

 

      Son père, pianiste lui aussi est un peu plus connu par les élèves célèbres qui suivirent son enseignement : Bizet, d'Indy… et une fillette d'une dizaine d'années que son père allait immortaliser après qu'elle se fut noyée dans la Seine : Léopoldine Hugo.

 

     Les immeubles de ce début de rue sont typiques de l'architecture du milieu du XIXème siècle, non pas celle de la haute bourgeoisie de style haussmannien opulent et inventif mais de celle de propriétaires soucieux de rentabiliser leur placement.

                                                                     Le 5

 

La rue de Calais. Montmartre. Berlioz.

                                                        Le 7

Le 9

Le 9

La rue de Calais. Montmartre. Berlioz.
La rue de Calais. Montmartre. Berlioz.

    Le 9 est un peu plus inventif bien qu'il reprenne les codes de l'époque romantique. Il est orné de macarons peu inspirés mais décoratifs!

Le 11

Le 11

     Le 11 a abrité une chanteuse qui fut célèbre à la Belle Epoque : Anna Thibaud (1867-1948). Elle avait commencé par un répertoire grivois comme on l'aimait alors avant de reprendre les succès d'Yvette Guilbert et de créer des chansons plus sentimentales.

 

    Si sa grande période s'achève avec la guerre en 1914, elle n'en continua pas moins à se produire jusqu'à 70 ans. Certaines mauvaises langues (ou mauvaises oreilles) prétendent que son succès était dû à ses décolletés plongeants et aux clins d'œil coquins dont elle agrémentait ses romances.

 

     Un de ses plus grands succès fut la chanson "Quand les lilas refleuriront" qui sera reprise sans discontinuité jusqu'à Tino Rossi, Guy Béart, Marie Laforêt….

 

"Quand les lilas refleuriront

Parfumant l'air de leur haleine,

Combien d'amoureux mentiront.

Quand les lilas refleuriront

Pour tous les baisers qui s'égrènent

Que de blessures saigneront…"

La rue de Calais. Montmartre. Berlioz.

     Toujours au 11, avant de déménager pour le boulevard Pereire, vécut Robert Planquette (1848-1903) qui est connu pour avoir écrit la célèbre marche le Régiment de Sambre et Meuse et pour de nombreuses opérettes presque toutes oubliées, à l'exception de Rip et surtout des Cloches de Corneville qui eurent en leur temps une carrière mondiale.

Les Cloches ne lui portèrent pas chance car c'est en revenant d'une répétition de cette opérette qu'il prit froid et mourut!

 

La rue de Calais. Montmartre. Berlioz.

   Le 12 est un hôtel particulier harmonieux que nous regardons afin d'avoir le courage de découvrir, en face le 13-15...

La rue de Calais. Montmartre. Berlioz.

    Le 13 -15!  La catastrophe architecturale de la rue de Calais.

    Plus laid, plus indigent, plus agressif tu meurs! Et dire qu'il n'est pas le seul de son espèce à avoir métastasé dans les vieux quartiers de Paris!

La rue de Calais. Montmartre. Berlioz.

     Au 16 se trouve l'ancien hôtel d'Auguste Perdonnet (1801-1867) qui fut ingénieur. Il participa à la réalisation de la ligne Paris-Saint Germain, au viaduc de Meudon. Nadar l'a photographié. Son cliché fait penser au tableau de Mr Bertin par Ingres. Même pose satisfaite, même sérieux autoritaire!

 

La rue de Calais. Montmartre. Berlioz.
La rue de Calais. Montmartre. Berlioz.
Le 20

Le 20

Les 18 et 20 sont élégants et originaux tandis que le 19 plus opulent est un hôtel particulier.

 

La rue de Calais. Montmartre. Berlioz.

     Sur la façade du 21 une plaque rappelle que la première église de la Trinité construite par l'abbé Modelonde, premier curé de la paroisse, y était implantée. Elle était en bois polychrome et elle resta en service jusqu'à l'inauguration en 1867 de la nouvelle église voulue par Haussmann et construite sur les plans de Théodore Ballu (dont l'hôtel particulier est non loin de là, rue Ballu). 

La rue de Calais. Montmartre. Berlioz.

    Les 22-26 qui terminent la rue abritèrent le Comité Central des Œuvres Sociales EDF-GDF créées par Marcel Paul. C'est un ensemble vigoureux, destiné à inspirer confiance dans la santé financière de ces entreprises. Il était en réfection quand je l'ai photographié, néanmoins il est possible d'en avoir une idée!

 

    Les locaux furent occupés en 1951 quand l'organisation présidée par Marcel Paul fut dissoute par le gouvernement de René Pleven. Les salariés occupèrent alors les bâtiments avant d'être évacués manu militari par la police.

    Au 4ème étage du 26, Edouard Vuillard eut son atelier avant de l'installer à quelques mètres de là, rue de Vintimille, à l'angle avec la place Adolphe Max.

La rue de Calais. Montmartre. Berlioz.
La rue de Calais. Montmartre. Berlioz.

     Et maintenant nous quittons la rue de Calais pour découvrir quelques arbres, peut-être rescapés de l'ancien Tivoli. Le square porte le nom du grand homme de la rue de Calais, Hector Berlioz.

Une statue le représente, debout, tête levée vers le ciel …

 

 

 

 

 

     Elle remplace l'originale due à Alfred Lenoir (auteur entre autres du monument à César Franck, square Rousseau, de la France de Charlemagne du pont Alexandre III et des médaillons des Goncourt au cimetière Montmartre). Elle fut enlevée par les Allemands sous le régime de Vichy pour être envoyée à la fonte comme des dizaines de ses consoeurs!

                                       Statue de Berlioz par Alfred Lenoir.

    On voit que la statue moderne a renoncé au très haut piédestal de l'ancienne. Est-ce pour rendre justice au musicien qui avait écrit :"Il faut collectionner les pierres qu'on vous jette, c'est le début d'un piédestal"?

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités

     Huit ans avant sa mort, Gustave Moreau peint cette toile, auto-portrait symbolique et crépusculaire.

Gustave Moreau. Orphée sur la tombe d'Eurydice. Musée Gustave Moreau. Rue de La Rochefoucauld.

     Orphée pleure la mort d' Eurydice, la deuxième mort, la mort définitive.

La première fois Eurydice a été mordue par un serpent

Elle a été emportée dans le royaume des ombres

La deuxième fois, ressuscitée par le pouvoir de son époux, elle s'apprête à revenir à la lumière quand Orphée impatient, rompant le marché conclu avec Hadès, se retourne pour la voir... et la perdre définitivement.

                                       Orphée ramenant Eurydice (Corot)

Gustave Moreau. Orphée sur la tombe d'Eurydice. Musée Gustave Moreau. Rue de La Rochefoucauld.

 

     Le poète qui charmait les animaux sauvages et faisait se lever le soleil, abandonne tous ses pouvoirs.

Au pied d'un arbre foudroyé, il s'agenouille comme on le fait sur une tombe.

Sa lyre inutile est accrochée aux branches sèches.

La nature qui vibrait à son chant dépérit autour de lui. Les arbres entrent dans un automne mortifère. Leur feuillage rouge sombre se teinte de noir calciné.

Le fleuve stagne comme un marécage. Les roches se couvrent de mousse, de moisissure verte.

Gustave Moreau. Orphée sur la tombe d'Eurydice. Musée Gustave Moreau. Rue de La Rochefoucauld.

    

Orphée tourne le dos au monument de pierre érigé pour son épouse.

Il se laisse aspirer par la terre vers le gouffre où elle a été entraînée.

 Sa tunique beue glisse sur lui. Son corps dépossédé de l'amour se dénude non plus pour les caresses mais pour la voracité de la mort.

Gustave Moreau. Orphée sur la tombe d'Eurydice. Musée Gustave Moreau. Rue de La Rochefoucauld.
Gustave Moreau. Orphée sur la tombe d'Eurydice. Musée Gustave Moreau. Rue de La Rochefoucauld.

     On sait que la toile peinte en 1891 a été inspirée à Gustave Moreau par la mort en mars 1890 de celle qu'il appelait sa meilleure amie, Alexandrine Dureux.

Moreau considérait les femmes comme fascinantes et dangereuses. Leur corps blanc est attirant et fatal. C'est Salomé exigeant la tête de Jean-Baptiste, c'est Hélène flattée de son pouvoir sur les hommes, indifférente aux massacres qu'elle provoque.

Or dans ce tableau dont elle est absente la femme conserve son pouvoir de vie et de mort.Elle est celle sans qui le poète ne peut survivre, celle sans qui ses dons s'épuisent...

   

L'inspiratrice a emporté avec elle ce qui donnait au poète l'envie de chanter.

Mais c'est elle encore qui inspire cette toile...

Cet adieu à la beauté et à la création...

Ce chant du cygne.

Orphée inconsolable sera taillé en pièces par les bacchantes jalouses de l'amour qu'il continue de porter à Eurydice

Sa tête détachée du corps roulera au bord du fleuve avant d'être enterrée.

Même sous terre, là ou règne l'oubli, elle continuera de chanter le nom d'Eurydice.

....

     Le peintre prête à Orphée une douleur qui n'est qu'en partie la sienne. Alexandrine n'est pas Eurydice. Elle est la confidente précieuse mais elle n'est pas l'amante et l'amoureuse qui donne sens à la vie de l'homme.

Moreau qui s'est représenté sous les traits d'Orphée pleure une femme qu'il est incapable d'aimer comme un amant. Il pleure une femme qui est intouchable comme le serait une mère. Il pleure la souffrance qu'elle provoque en lui, mêlée de ressentiment et de remords. Il s'abandonne, il pose devant lui comme ultime réparation sa voix qui fait lever le soleil.

Une voix qui continuera de chanter, séparée de son corps, comme les œuvres du peintre continueront d'enchanter après sa mort. 

Le symbolisme trouve ici une de ses plus belles illustrations!

Gustave Moreau. Orphée sur la tombe d'Eurydice. Musée Gustave Moreau. Rue de La Rochefoucauld.

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Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

 

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

 

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

     Sur les grilles du vieux réservoir de Montmartre (9bis rue Norvins) des photos sont fixées qui attirent le curieux et l'amusent car elles jouent avec les clichés et les mots.

 

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

     C'est une invitation à entrer dans l'élégant bâtiment néo-Renaissance qui comme chacun sait, après avoir recueilli les eaux de l'Ourcq et de la Dhuys pour arroser les Montmartrois s'est reconverti en siège pinardier de la Compagnie du Clos de Montmartre. Illustre compagnie qui promeut le grand cru de la vigne voisine.

     Une fois de plus, comme à Cana, l'eau s'est transformée en vin!

     Sur la Butte tout est possible!

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

 

     Avant d'entrer, prenons le temps de regarder les photos sur les grilles.... Comme je suis attiré par les chats, je commence par ce matou sur un livre ouvert. Le jeu entre le texte et la photo ne sera compris que par ceux qui ont vu "le Silence des Agneaux"!

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

 

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

 

.... Ce serment ne conviendra phonétiquement qu'aux gens du sud qui n'ont pas de paume mais une pomme de la main!

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

 

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

 

     Un proverbe contestable aujourd'hui puisqu'en Macronie, les retraités qui n'ont que 1200 euros pour survivre viennent de se faire taxer d'une trentaine d'euros par mois!

On peut tondre un veuf!

 

 

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

 

    A l'intérieur du Réservoir, les photos sont exposées sous les affiches des vendanges. Le photographe est présent, prêt à donner des explications aux touristes, notamment anglophones, qui traduisant mot à mot les expressions ou proverbes, restent perplexes!

Comment comprendre  "the cups" c'est moi!

 

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

 

     Ces jeux de mots et de photos sont bien dans l'esprit gouailleur et créatif de Montmartre. Bernard Nicolau Bergeret m'a confié que le hasard avait été à l'origine de son travail. Alors qu'il rentrait chez lui après être passé à la boulangerie, il vit sur la table les bols de riz que sa compagne avait préparés pour le repas. Il posa le pain sur la table à côté des bols. Or il s'agissait de deux baguettes!

La première photo et la première légende s'imposèrent alors...

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

          Je pense donc j'essuie

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

 

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

 

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

 

Un voile pour magnifier la création divine! Pas sûr qu'il soit plus accepté dans nos rues que celui qui la dissimule!

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

 

... Du Monde diplomatique de surcroît!

Courbet doit esquisser un sourire....

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

 

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

 

     Emile Goudeau qui a donné son nom à la place du Bateau Lavoir, avait lui aussi joué sur son nom en créant le "Club des Hydropathes". Lui qui aimait la dive bouteille, choisit d'appeler son assemblée de joyeux lurons, Club de ceux qui se soignent avec de l'eau pour tout remède!

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

 

.... Le photographe me pardonnera la qualité moyenne de mes reproductions qui sont des photos de ses photos. Les curieux courront  voir l'exposition qui ne dure que jusqu'au 31 mai.

Bernard Nicolau Bergeret. Reservoir de Montmartre. Exposition photos.

A vous de jouer. Quelle pourrait être la légende de cette photo?

    

 

    Un dernier sourire : tout le monde connaît le tableau de Magritte avec sous une pipe parfaitement représentée, la légende : "Ceci n'est pas une pipe".

     Une photo d'un des albums de Bergeret a pour légende "Ceci est une pipe"... et je vous laisse deviner ce que représente la photo que je ne peux reproduire ici sous peine de censure!

Bernard Nicolau Bergeret.

Expo de photos tirées de trois albums :

-C'est la faute aux mots

-Volume d'oeufs

-Sorti de ter

 

Disponibles sur son site  photos

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Miss.Tic à Montmartre. Art urbain.

     Avec le succès, Miss Tic ne hante plus les rues comme elle le faisait jadis.

     Elle s'expose dans les galeries et il est rare aujourd'hui de la rencontrer sur les murs des ruelles ou l'asphalte des trottoirs.

     Période révolue où on avait l'impression que c'était pour nous seuls qu'elle sortait la nuit pour nous offrir son ironie sensuelle!

 

    Aussi est-ce avec un plaisir redoublé que l'on tombe nez à nez avec une de ses créatures, comme rue Androuet...

..où elle nous fait penser à Anna Karina dans "Une femme est une femme" :

Je ne suis pas infâme, je suis une femme!

    Elle est présente sur les devantures de quelques boutiques de Montmartre , non plus en squatteuse mais en "Guest-Star" ... 

Miss.Tic à Montmartre. Art urbain.

Rue Véron....

 

Miss.Tic à Montmartre. Art urbain.

Rue Houdon... au 19

 

Miss.Tic à Montmartre. Art urbain.

Rue Lepic

 

Miss.Tic à Montmartre. Art urbain.

Rue Lepic

 

Rue Lepic, un clin d'œil à Barbara...

 

Miss.Tic à Montmartre. Art urbain.

Rue Lepic

 

Rue Véron

 

Rue Véron

 

Rue Audran ! (Oser ironiser avec Lacan! My god!)

 

 

Rue Durantin...

Miss Tic deviendrait-elle amère?

 

Miss.Tic à Montmartre. Art urbain.

     Souhaitons que l'amour qui donne des ailes n'éloigne pas longtemps Miss Tic du Sacré-Cœur mystique....

    Un cheval blanc l'attend pour cavaler à travers les rues et survoler les escaliers en y semant ses sourires et ses jeux de mots poétiques!

 

 

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Notre-Dame de Lorette et le Sacré-Coeur.

Notre-Dame de Lorette et le Sacré-Coeur.

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Si vous entrez dans l'église par la porte de gauche, vous vous retrouvez devant la loge de l'accueil installée dans la chapelle de la Mort et de la Résurrection. L'endroit est si détérioré, si sinistre que l'on craint un instant que la Mort l'ait emporté!

 

     La résurrection artistique est de l'autre côté, vers la porte de sortie, dans l'or et le bleu de la chapelle des Baptêmes récemment restaurée!

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.
Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Il s'agit d'un ensemble remarquable qui prend place dans l'histoire de la peinture du XIXème siècle à Paris....

     N'en déplaise à ceux qui font la fine bouche devant les fresques religieuses de cette époque!

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Quand il fallut décorer l'église, dans un quartier en pleine expansion, apprécié des artistes et des femmes légères qu'on appellerait bientôt "lorettes", la peinture de trois chapelles, après concours, fut confiée en 1832 à des peintres de renom qui formaient une école picturale appelée Ecole des Nazaréens.

Chapelle de la Vierge (Victor Orsel)

Chapelle de la Vierge (Victor Orsel)

Chapelle de l'Eucharistie (Alphonse Périn)

Chapelle de l'Eucharistie (Alphonse Périn)

     Il s'agit de Victor Orsel (chapelle de la Vierge, aujourd'hui dégradée), Alphonse Périn (chapelle de l'Eucharistie) et Adolphe Roger (chapelle des Baptêmes).

     Seule a été restaurée celle des Baptêmes grâce à un fonds américain : le World Monument Fund, notre pays ne faisant pas toujours de la préservation de son patrimoine une priorité absolue!

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Les trois peintres étaient amis et admiraient les Nazaréens allemands qui, comme eux, avaient fait le voyage en Italie pour étudier les Primitifs qu'ils considéraient comme leurs maîtres. Les sujets religieux étaient pour eux symboliques de la condition même de l'homme et susceptibles de concerner tous les hommes, même incroyants. La Vierge et son enfant pouvait représenter toute maternité humaine et le Christ en croix toute agonie. 

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Adolphe Roger (1800-1880) choisit de représenter les rites du baptême en mettant en valeur les protagonistes, sans que l'œil soit attiré par un paysage d'arrière plan. En cela il est influencé par les icônes byzantines plus que par les peintres primitifs qui, en rupture avec leurs prédécesseurs, introduisirent la nature, montagnes, fleuves, arbres dans leur composition. 

 

Le fond d'or semble fait de plaques du métal précieux...

 

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.
Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     De part et d'autre, Adam et Eve sont représentés. A gauche sous l'arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, après avoir mangé le fruit défendu, et à droite au moment où ils sont chassés du Paradis....

     La composition est symétrique... D'un côté l'arbre et le serpent, la branche s'élevant au-dessus du couple, de l'autre le bras de l'ange. D'un côté Adam et Eve, parallèles, dans une position identique de repli sur eux-mêmes, de l'autre s'en allant, douloureux, vers l'inconnu. 

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

   La tête penchée sur la main droite, ils se ressemblent et pourtant, la bouche d'Eve reste ouverte tandis qu'Adam la recouvre du poing comme s'il voulait effacer ce moment où il a mordu dans le fruit ...

   La bienséance du temps a conduit le peintre à cacher la nudité du couple. Eve est recouverte de ses cheveux et d'une inutile ceinture de feuilles, la même que l'on retrouve sur Adam.

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

  De l'autre côté, les voilà déjà vêtus de peaux de bêtes. Adam se dissimule toujours, tête baissée tandis que sa femme lève la tête. On pense à la fresque de Masaccio où l'homme se cache le visage dans les mains tandis que la femme se tourne, visage nu et comme aveugle vers le ciel...

 

Les deux fresques sont, selon moi,  les réalisations les plus belles de la chapelle...

 

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     La scène du baptême est plus convenue. Au centre le Christ, les bras écartés et qui semblent devoir s'élever jusqu'à leur position sur la croix.

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

A la droite du Christ, Jean Baptiste accomplit le rituel, entouré par des anges un tantinet inexpressifs.

 

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

    Au-dessus de la scène, la Trinité, Père, fils et Esprit couronnent l'âme du nouveau baptisé qu'ils accueillent dans leur lumière. L'ensemble est assez convenu mais c'est la couleur franche et la clarté de la composition qui frappent. Adolphe Roger a retrouvé ici quelque chose de la magie naïve et savante des primitifs.

     Parmi les autres décorations de la chapelle, les plus originales représentent les rites du baptême ( certains aujourd'hui tombés dans les oubliettes).

Le SEL... 

Dans la bouche de l'enfant étaient déposés quelques grains de sel, élément vital qui protège de la corruption. 

L'EAU...

     A l'origine le baptisé était plongé dans l'eau, symbole de la mort de l'homme ancien et naissance de l'homme nouveau. 

 

Le SOUFFLE... ou exorcisme...

    Le prêtre souffle sur la tête du bébé afin de chasser au loin le mal ...

 

    Le peintre a représenté au-dessus  l'ange du Mal, un serpent enroulé autour de lui, poursuivi par le bon ange qui tape dans les mains comme s'il voulait effrayer une vulgaire vipère!

Et comme souvent (j'allais écrire "toujours") le mal a plus d'allure, plus de caractère quant il apparaît sous le pinceau des peintres que le bien, fade et conventionnel!

LA SALIVE...

    Le prêtre mouille son doigt de salive et touche les oreilles et les narines de l'enfant. 

Le rite porte le nom d'Ephpheta, ce qui en araméen signifie "Ouvre-toi".

 

LE SAINT CHRÊME....

    Avec l'huile sainte, le signe de croix est tracé sur le crâne de l'enfant. 

 

     On comprend, à voir l'étendue des surfaces peintes qu'il ait fallu plus de quatre ans à Adolphe Roger pour les réaliser. Notons ici qu'il innova dans la technique puisqu'il mit au point avec Orsel un procédé "à la cire froide" qui associait les qualités de la fresque (vivacité, naturel des coloris) à celles de l'encaustique ou cire chaude (vertus hydrofuges). Malgré ces précautions, les deux peintres ne purent éviter "l'irréparable outrage" des années!

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

    D'autres scènes ornent les piliers. Elles rappellent des baptêmes célèbres et des conversions de populations lointaines.

... Tout d'abord le baptême de Clovis et Clotilde par Saint-Rémi... avec intervention volatile de l'Esprit Saint qui bénit le Saint chrême et l'ampoule qui servira à oindre les rois de France!

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

... Le baptême des Péruviens avec l'ange et le saint évangélisateur François Solano qui avait des dons divinatoires puisqu'il sut prédire la date de sa mort et le tremblement de terre qui dévasta le Pérou!

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

... Le baptême de l'empereur Constantin qui selon nombre d'historiens ne lui aurait été administré que sur son lit de mort.

    La légende veut qu'après avoir vu des signes miraculeux apparaître dans le ciel avant une bataille décisive, il eût décidé de se faire chrétien et eût été baptisé par Saint Sylvestre.

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

... Enfin, le baptême des Ethiopiens par Saint Philippe (qui fait allusion à un passage des Actes des Apôtres où Philippe baptise un eunuque éthiopien).

     L'aspect académique de ces scènes peut lasser mais la couleur, le relief des personnages sur le fond bleu, la simplicité des visages peuvent nous toucher.

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Pour terminer la visite de la chapelle, il faut lever les yeux au ciel et découvrir la coupole bleue avec ses étoiles. Les grandes figures qui tournent avec elles bien qu'assises sur leur trône, s'envolent dans un bruissement rose et blanc, couleurs mystiques.

"Un soir fait de rose et de bleu mystique"  (Baudelaire.)

 

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Grâce à cette belle restauration, Adolphe Roger va peut-être retrouver sa place dans l'histoire de la peinture du XIXème siècle.

   Parmi les peintres proches du courant nazaréen, seul Ingres n'est pas tombé dans l'oubli et c'est dommage.

... Il y a dans son œuvre, servie par la science de son art, une naïveté qui le rapproche de ses maîtres Primitifs. Sur le ciel d'or ou sur le ciel bleu, les visages graves ou sereins sont ceux d'hommes et de femmes qui, délaissant un instant leurs soucis quotidiens, entrent de plain pied dans une légende, un conte de fées pour les uns, une vérité religieuse pour les autres!

 

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Van Gogh. Vue de Montmartre, carrières et moulins. 1886.

Van Gogh. Vue de Montmartre, carrières et moulins. 1886.

Tout a été dit ou presque sur ce géant... mais on a tendance à privilégier ses périodes les plus géniales, celles de Provence et d'Auvers, en n'insistant pas sur ses années montmartroises, celles qui ont été décisives et où il est devenu le peintre de la lumière tourmentée et de "l'explosante fixe"!

Van Gogh. Le jardins de Montmartre 1887.

     Car c'est bien ici, à Montmartre qu'il est devenu Van Gogh! C'est ici qu'il a laissé sa mue de peintre du nord, adepte de Rembrandt et de sa sombre lumière, compagnon des peintres de son pays habitués des intérieurs et des besogneux...

 

     Il ne reste que deux années à Montmartre, de 1886 à 1888. Et quelles années! Quelles amitiés! Quelles rencontres! Quelle métamorphose!

                   Van Gogh. Montmartre. Carrières et moulins 1887.

      C'est en mars qu'il débarque (certains parlent de février, mais quelle importance?) sur l'invitation de son frère Théo qui travaille chez Goupil, le fameux marchand d'art plus attiré par les peintres à la mode que par les novateurs.

                                                              Théo Van Gogh.

     Théo qui avait été embauché par Goupil pour être responsable de sa succursale de La Haye (Goupil et Cie est un des plus importants marchands d'art européen) est appelé sur sa demande à Paris où il rêvait de vivre pour rencontrer les peintres nouveaux qui écrivaient sans que les gens de goût s'en rendissent compte, l'histoire de la peinture moderne.

                                         Goupil et Cie boulevard Montmartre.

     En 1881 il devient gérant de la succursale du boulevard Montmartre qui s'intéresse à ces novateurs alors que la maison Goupil, pour satisfaire sa clientèle continue de vendre rue Chaptal les peintres pompiers qui sont alors à la mode. Un Edouard Detaille par exemple, peintre de scènes militaires,  se vend 50 000 francs (125 000 euros) alors qu'un Monet, s'il trouve preneur, part à 680 francs (1650 euros)!

                                Edouard Detaille. Commandant Berbegier.

                   Théo admire son frère et tient, après la mort de leur père,  à le faire venir à Paris où se joue la modernité. Quand Vincent arrive, il a déjà 33 ans et il s'est affirmé, enfermé, dans une tradition qui ne lui convient pas.

25 rue Victor Massé. Première adresse de Vincent (chez Théo) à Paris.

25 rue Victor Massé. Première adresse de Vincent (chez Théo) à Paris.

     Théo habite alors 25 rue Victor Massé et c'est donc là que débarque Vincent, dans cette rue où au n°12 le cabaret du Chat Noir s'était installé en 1885. C'est un des plus beaux immeubles de la rue, de style Louis-Philippe Renaissance, construit par Davrange et Durupt. Le plus beau des immeubles parisien où Vincent séjournera. Pour peu de temps!  Trois mois!

 

54 rue Lepic. 2ème adresse de Vincent chez Théo.

54 rue Lepic. 2ème adresse de Vincent chez Théo.

     La deuxième adresse de Vincent, toujours chez Théo, sera un peu plus haut sur la Butte, au 54 de la rue Lepic. C'est là qu'il passera la plus grande partie de son temps parisien (de 1886 à 1888) jusqu'à son départ pour la Provence.

3ème étage (volets fermés).

3ème étage (volets fermés).

L'appartement était au troisième étage et la fenêtre de Vincent donnait vers le sud-ouest, sur les immeubles d'en face et le mur pignon qu'il a peints à plusieurs reprises.

Van Gogh à Montmartre
Van Gogh à Montmartre
Van Gogh à Montmartre
Van Gogh à Montmartre
               Atelier de Cormon, 10 rue Constance.

Atelier de Cormon, 10 rue Constance.

      Les premiers mois, Vincent fréquente l'atelier de Cormon, non loin de la rue Lepic, 10 rue Constance.

    Cormon se décourage vite de corriger un étudiant qui n'a plus l'âge ni le caractère de recevoir ses conseils. 

 

                                                   Le harem (Cormon)

    Il est alors à la mode et parmi ses élèves, Van Gogh va faire la connaissance de plusieurs jeunes peintres, attentifs aux leçons du maître, comme Emile Bernard qui va devenir un véritable ami et un confident.

                                                Emile Bernard (Autoportrait)

      Il est le vrai "copain" de Vincent et lui rend fréquemment visite rue Lepic. Ils vont ensemble chez le père Tanguy et font tous deux son portrait :

 

Le père Tanguy par Bernard (gauche) et Van gogh (droite)
Le père Tanguy par Bernard (gauche) et Van gogh (droite)

Le père Tanguy par Bernard (gauche) et Van gogh (droite)

     Le père Tanguy est un personnage haut en couleurs (c'est le cas de le dire!). Ouvrier broyeur de couleurs puis marchand lui même, cet ardent communard est un admirateur des peintres novateurs qui se rencontrent dans sa boutique 14 rue Clauzel et voient dans l'arrière salle les toiles qu'il expose et qu'il essaie de vendre. Pissaro, Monet, Renoir,  Gauguin, Lautrec et Vincent font partie de ses clients et amis!

     Le portrait de lui le plus célèbre est celui que Vincent a peint sur fond d'estampes japonaises qui provoquaient son admiration et dont on sait quelle influence elles eurent sur son art.

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      Vincent découvre peu à peu l'importance de la couleur et de la lumière. C'est pas à pas, jour après jour que la mutation s'accomplit. Parmi les artistes qu'il admire, il y a un peintre dont on parle peu et qui a eu sur lui une influence considérable, c'est Monticelli dont les toiles sont vendues rue de Provence, chez Debarbeyrette et dont Théo sur les conseils de son frère fait l'acquisition d'une d'entre elles.

                                                   (Monticelli)

 

     Un peu plus tard, une fois dans cette Provence qui est le pays de Monticelli, Vincent écrira à son frère : "Je suis sûr que je continue son œuvre, ici, comme si j'étais son fils ou son frère (...) reprenant la même cause, continuant la même œuvre, vivant la même vie, mourant la même mort."

    Il me semble pourtant que ce peintre a une touche lourde et peu lumineuse. Peut-être représente t-il pour Vincent une transition entre les deux époques de sa propre peinture, un sas vers la liberté du geste et l'audace. 

     Parmi les autres peintres que Vincent rencontre à Paris, Gauguin, son aîné aura une importance toute particulière. Il est le maître quand Emile Bernard est le compagnon! Gauguin, comme Van Gogh est fasciné par les Japonais que l'on découvre alors. 

 

     Sur ce cliché exceptionnel pris à l'initiative d'André Antoine (debout) dans son théâtre Libre de la rue Blanche, on peut voir à l'extrême droite Gauguin, à l'extrême gauche Emile Bernard et à côté d'Antoine, la pipe à la bouche Van Gogh.

   La photo a été pris en décembre 1887. Un an plus tard, après une dispute, Vincent se tranchera l'oreille, à Arles. On distingue sur la table le fameux bonnet en lapin avec lequel il se représentera avec les pansements qui entourent son visage.

 

   Pendant les quelques mois qu'il vit à Paris, Van Gogh, comme Gauguin et quelques autres peintres fréquentent les mêmes lieux parmi lesquels un restaurant du boulevard de Clichy, le Tambourin.

               Le cabaret des Quat Z' Arts en 1893, à l'emplacement du Tambourin.

                         Aujourd'hui des dessous féminins remplacent le restaurant!

 

  Imaginez que pour payer sa pension dans ce restaurant sans prétention, Vincent s'était engagé à fournir deux à trois toiles par semaine, des natures mortes, que la dame du lieu espérait vendre (en vain)!

     Cette dame est un ancien modèle professionnel (peint par Manet ou Corot), la Segatori. Nous avons d'elle deux portraits réalisés par Van Gogh :

                                                   La Segatori (Van Gogh 1887)

L'Italienne (Van Gogh) 1887

L'Italienne (Van Gogh) 1887

    Elle a été sa maîtresse dès leur rencontre au printemps 1887. Leur "passion durera quelques mois et elle reste la femme qui a le plus compté pour lui lors de son séjour parisien.

 

     C'est dans son établissement  qu'il expose ses toiles sans succès. C'est encore là que ses amis Emile Bernard et Louis Anquetin, ayant plus de chances, vendent leur première toile lors d'une exposition collective avec lui et Gauguin.

                                         Louis Anquetin. Le Mirliton (chez Bruant) 1886-7

 

Le restaurant périclita et la Segatori dut se résoudre à brader pour quelques sous les dizaines d'œuvres de Vincent qu'elle possédait!

 

      C'est chez elle qu'il avait exposé des dizaines de gravures japonaises achetées avec Théo rue Chauchat, chez Siegfried Bing, un fou de Japon!

                                                 Maison Bing, rue Chauchat.

     L'influence des artistes japonais sur les Impressionnistes est connue mais il importe, pour comprendre la peinture de Van Gogh, de se rendre compte à quel point il fut marqué par cet art. Ce sont ses peintures provençales qui en seront les plus évidentes preuves, à tel point qu'il écrira à Théo que si les Impressionnistes allaient dans le midi c'était qu'ils y trouvaient "l'équivalent du Japon"!

           Vincent commence par reproduire fidèlement les œuvres qu'il admire (notamment celles de Hiroshige)

                                  Le pont sous la pluie (inspiré d'Hiroshige). 1887. Van Gogh.

                              Prunier en fleurs (1887) Van Gogh

Prunier en fleurs (1887) Van Gogh

     A Montmartre, à l'instar des Impressionnistes, il va poser son chevalet en plein air. Le "village" lui plaît, avec ses terrains vagues, ses jardins qui résistent encore  à la grande spéculation immobilière.

     Un de ses thèmes de prédilection est le moulin de la Galette. On sait que le meunier-homme d'affaires Debray donna ce nom à deux moulins. Tout d'abord à l'ancien Radet, transporté à l'angle des rues Lepic et Girardon, puis à l'ancien Blute-Fin et sa terrasse sur tout Paris.

Vincent encore "hollandais" dans sa peinture commence par peindre l'ancien Radet. Trois toiles le représentent dans une tonalité sombre, assez sinistre.

 

 

 

 

 

    

 

Il suffit de quelques mois pour que le virus impressionniste ait fait son chemin et lorsque Vincent peint l'ancien Blute Fin, la couleur, la lumière, l'atmosphère ont changé! Du ciel, de l'air, des courants de soleil vont vibrer ses paysages. 

 

 

Potagers et moulins à Montmartre

Potagers et moulins à Montmartre

Le Blute-Fin (moulin de la Galette)

Le Blute-Fin (moulin de la Galette)

La terrasse du Blute-Fin 1887

La terrasse du Blute-Fin 1887

Le Blute fin. 1886

Le Blute fin. 1886

     Les restaurants et les cabarets montmartrois fréquentés par Vincent sont évidemment nombreux mais ils ne font pas, sauf exception, le sujet de ses peintures.

     Nous avons vu le Tambourin où il a peint la Segatori. Il a également peint le jardin des Billards en Bois, rue Saint Rustique (aujourd'hui "La Bonne Franquette"). 

 

Van Gogh à Montmartre

    Le lieu était apprécié des peintres qui s'y retrouvaient fréquemment. Toulouse Lautrec y invite Vincent pour y siroter la Fée Verte, l'absinthe...

                                Croquis de Van Gogh pour "la Guinguette".  (1886)      

          Vincent y peint une toile "la Guinguette" aujourd'hui exposée à Orsay.

 

     C'est le plus souvent en se promenant autour de la rue Lepic qu'il trouve son inspiration, dans ce Montmartre où les potagers entourent les moulins, où les carrières ouvrent des brèches dans le paysage, où le maquis continue d'attirer les pauvres et les originaux. Ce Montmartre d'après la Commune dont les amoureux de notre quartier ne cessent de rechercher les vestiges.

                                       Chemin en pente à Montmartre (1886)

 

Scène de rue à Montmartre. Le moulin à poivre.

Scène de rue à Montmartre. Le moulin à poivre.

Parmi les tableaux qu'il réalise alors, on trouve cette "Scène de Montmartre : 

     Le moulin à roues servait de support publicitaire, quant au moulin à Poivre, entre les drapeaux tricolores il avait été construit en 1830 près du moulin de la Galette. Il servait à moudre les grains et les pigments pour les couleurs. Il a été détruit en 1911 pour permettre le percement de l'avenue Junot.

Le tableau de Vincent est remarquable par son apparente naïveté qui annonce Utrillo, par ses couleurs franches et par ce ciel tourmenté. 

Quelques fois, Vincent peint le boulevard de Clichy 

                                                         Boulevard de Clichy

 

Ou la ville qui apparaît mouvante, immense depuis les hauteurs de Montmartre. 

 

Van Gogh à Montmartre
Van Gogh à Montmartre

     Bientôt il va prendre la direction du sud et c'est là que son génie va éclater, c'est là qu'il va dépasser tout ce qu'il a appris à Paris, s'émanciper de ceux qui l'ont impressionné pour devenir le peintre unique, celui qui déjà se représentait par touches rapides, par éclats de couleurs comme un soleil en expansion , en risque de dissolution...

 

     Son histoire avec Montmartre n'est pas tout à fait terminée cependant. Le 17 mai 1890, il revient à Paris, chez Théo qui a changé d'adresse et habite 8 Cité Pigalle, au troisième étage.

 

     Vincent Van Gogh est né le 31 janvier à cette adresse!

    Oui, Théo a eu un fils avec sa femme Johanna et c'est le prénom de Vincent qu'il a choisi!

    Ce choix ne plaît pas au peintre qui souffre d'avoir reçu en 1853 le prénom de son frère mort l'année de sa naissance en 1852. Mais dans cette famille les "Théo" et les "Vincent" se donnent de génération en génération!

     Vincent ne reste que trois jours à Pigalle avant de partir pour Auvers.

                                                                      Cité Pigalle

     Sur l'invitation insistante de Théo, il revient à Pigalle le 5 juillet 1890. Il devait y rester une semaine mais il part le jour même après avoir rendu visite à Tanguy rue Clauzel, être allé chez un brocanteur où Théo avait remarqué un Bouddha intéressant, avoir passé un moment chez Lautrec et avoir déjeuné en famille Cité Pigalle. 

     Il ne reviendra pas à Montmartre.

    Son coeur cessera de battre à Auvers, deux jours après le coup de pistolet qu'il se tirera le 27 juillet dans la poitrine, peignant de rouge sa chemise et faisant s'envoler les oiseaux.

 

 

       Ce n'est pas à Montmartre mais à Auvers qu'il sera enterré.

      Théo mourra quelques mois après lui dans une clinique psychiatrique d'Utrecht.

      En 1914, Johanna le fera inhumer à côté de son frère.

     

 

La vigne rouge. Le seul tableau de son frère que théo parvint à vendre.

La vigne rouge. Le seul tableau de son frère que théo parvint à vendre.

     C'est pourtant ici, à Montmartre, que s'est joué son destin de peintre, grâce à ce frère attentif et amoureux qui l'invita à se lancer dans une des plus grandes aventures artistiques du XIXème siècle.

Van Gogh à Montmartre

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Publié le par chriswac
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Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

     La fameuse maison Neumont est une des plus singulières de Montmartre.

    Nous l'avons déjà visitée en rendant hommage à son premier propriétaire, Maurice Neumont, mais n'avions dit que quelques mots de celui qui lui succéda et y mourut, Louis Icart.

1 place du Calvaire. Entrée de la maison Neumont

1 place du Calvaire. Entrée de la maison Neumont

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

    Réparons cette injustice, d'autant plus criante que j'avais à l'époque émis un jugement assez négatif sur ce peintre connu surtout pour ses illustrations et pour ses dessins érotiques....

                                    Illustration de Louis Icart pour Le Sopha de Crébillon

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

     Il est vrai que son surnom, donné par les Américains de "Peintre de la Parisienne" ne lui a pas été favorable et l'a enfermé dans sa production pour catalogues et magazines féminins.

 

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

     Il ne prit possession de la maison du 1 rue du Calvaire, une des plus haut perchées de Montmartre, sur un jardin abrupt, qu'en 1943. Le succès qu'il avait rencontré à New-York avec ses parisiennes sophistiquées lui avait permis de récolter une somme suffisante pour une telle dépense.

    Son grand amour, Fanny, sa femme qui lui servit souvent de modèle, avait eu le coup de foudre pour cette maison "I900", construite par Louis Brachet, plein sud, fenêtres et baies ouvertes sur Paris étendu à ses pieds!

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

     Quand il entre dans cette demeure entre ciel et terre, il a déjà accompli l'essentiel de son œuvre. Né en 1888, il a 55 ans et se sent libre de dessiner ce qui lui plaît.

Quand , jeune homme, il était arrivé à Paris, sa tante qui possèdait la maison de couture Valmont, l'engagea. C'est ce qui déclencha sa "vocation" pour le milieu du luxe et de la haute couture.

 

Maison Neumont. La poulie modern-style sur la place du Calvaire.

Maison Neumont. La poulie modern-style sur la place du Calvaire.

La glycine

La glycine

     La 1ère guerre le conduisit sur d'autres chemins. Il y participa comme pilote d'avion et comme dessinateur. Sa série l'Exode montre s'il en était besoin quel peintre engagé  il aurait pu devenir.

                                                          La voix du canon

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

     Après la guerre, il adhéra à l'esthétique Art-Déco. Ses meilleurs dessins en sont de belles illustrations. 

 

     Il représente une femme de son temps, libre, indépendante. Une femme sensuelle et épanouie dans un monde où l'homme n'apparaît que rarement.

     Si une partie des dessins paraît stéréotypée, il n'en est pas moins vrai qu'on y trouve, dans les plus réussis, un sens évident de la composition et de l'utilisation du décor, souvent en noir et blanc, résille végétale ou dentelle....

 

     Il y a parfois chez Icart, cette présence d'un univers en gestation, des formes qui s'organisent peu à peu et d'où la femme semble sortir comme d'une vague. Comme dans cette composition du "paon blanc", une des plus étranges...

 

 

     Le feuillage, la lumière, le plumage sont une écume qui dépose sur le rivage la femme émergeant du tourbillon noir de sa robe...

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

     Dans ce dessin,"Diva", la femme est prise dans sa robe comme le sont les amoureux de Klimt dans leur mosaïque d'étoffes. Un filet rouge tombe de sa main, semblable à une tache de sang.

     Il est rare de trouver chez Icart cette image de la femme dangereuse, telle que Gustave Moreau (peintre qu'il admire) la représentait.

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

     Ici, c'est de l'ombre et de la mantille que sort le corps lumineux de la femme, comme un fruit de son écorce.

 

 

     Icart aime associer la femme à la nature. Parfois ce sont les animaux qui l'accompagnent...

     ...Les souples lévriers, une extension de leur corps et de leur sensualité...

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

   Le chat évidemment...

Plutôt que de concourir à qui sera le plus beau, la femme et le chat sont alliés. Difficile de savoir qui des deux est le plus chat, qui des deux est le plus femme!

 

     Quelques animaux encore, comme ce troupeau de moutons et cet agneau, sous un ciel de tempête, fuyant une menace. Un loup? Un boucher? 

 

       Un petit tour dans l'enfance avec ce regard jumeau du Chow-chow et de la femme dans les feuillages!

 

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

    Louis Icart a vécu jusqu'à sa mort, en 1950, dans cette maison de rêve, donnant d'un côté sur un jardin sauvage, avec vue sur tout Paris, et de l'autre sur la petite place du Calvaire, un endroit de Montmartre qui a par miracle échappé à la destruction!

 

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

   C'est de cette maison près du ciel qu'il s'envole comme un Icare dont les ailes ne se seraient pas détachées.

   Son œuvre légère et élégante témoigne aujourd'hui d'une époque qui, entre deux catastrophes, aima se réfugier dans un rêve de luxe et de charme.

  Une futilité apparente qui s'assume, non sans humour parfois et qui a la modestie de ne pas se prendre au sérieux.

 

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

Pour les curieux, voici quelques cartes postales de la maison Neumont qui datent du début du XXème siècle, alors qu'elle était habitée par celui qui l'avait fait construire. Elles sont prises dans le jardin, devant la façade qui aujourd'hui est en partie cachée par les arbres.

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

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Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre.

Paco Durrio (le Guitariste, Gauguin)

Broche. (Durrio)

Broche. (Durrio)

     Encore un grand artiste à redécouvrir, au moins ici, à Montmartre où il a vécu mais certes pas au pays basque, à Bilbao où le musée lui a consacré en 2013 une exposition-rétrospective

     Il s'agit de Paco Durrio, de son vrai nom Francisco Durrio de Madron (1868-1940). Son nom est d'origine française, le "Durrieu" de ses grands-parents  ayant été hispanisé.

    C'est à Bilbao qu'il a fait ses études (il a eu comme condisciple dans sa classe Miguel de Unamuno) avant de travailler à Madrid où il étudie son art avec le sculpteur Justo Gandarias.

                                                            Sapho (Gandarias)

    En 1888, il a vingt ans et il décide, comme beaucoup d'artistes espagnols, de se rendre à Paris.

    Il y rencontre Gauguin avec qui il lie une véritable amitié. Gauguin réalise un beau portrait de son ami alors qu'il partage avec lui le même atelier rue Campagne Première.

Durrio sera un de ses grands admirateurs et  il contribuera à le faire connaître et apprécier.

Durrio, Zuloaga et Maebe à Montmartre

Durrio, Zuloaga et Maebe à Montmartre

   En 1892, il vient vivre à Montmartre où il retrouve ses amis, les peintres Zuloaga et Uranga.

     Zuloaga, considéré en Espagne comme un des plus grands peintres de la fin du XIXème, est hélas amateur de boucheries tauromachiques et une bonne partie de son œuvre est consacrée aux toreros et non aux danseuses de cancan... 

 

      C'est la période où Durrio s'intéresse à la création de bijoux. Ses œuvres sont des sculptures symbolistes qui allient l'argent et les pierres semi précieuses. Il crée un monde étrange, en partie inspiré par Gauguin où le mythe et la sensualité se mêlent.

                                                            "Cléopâtre embrasse le serpent"  (musée d'Orsay)

Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre.

    Boucle de ceinture.

Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre.

                        Bague (or et émail)

   Il expose ses bijoux en 1896 et rencontre un vif succès. Il trouvera sa vraie consécration en 1925 lors de l'exposition internationale des Arts Décoratifs à Paris.

 

Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre.
Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre.
Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre.
Le Bateau-Lavoir.

Le Bateau-Lavoir.

     Il travaille pendant trois ans au Bateau-Lavoir, recevant les Catalans de Paris, Picasso, Juan Gris, Gargallo et les Basques, Uranga, Iturrino, Etchevarria...

Les soirées sont mémorables dans ces baraques de bric et de broc où Picasso occupe un atelier exigu...

     Quand en 1904, Durrio quitte le Bateau-Lavoir, Picasso loue l'atelier un peu plus grand de son ami. Les deux hommes resteront proches et dans les années 1910, ils collaboreront à la création de bijoux et de céramiques.

Pièce réalisée par Picasso dans l'atelier de Paco Durrio: "Femme agenouillée se coiffant" 1906

                             Paco Durrio. Vase anthropomorphe. Grès émaillé. (Musée d'Orsay)

     La production de Paco Durrio est appréciée des critiques et de ceux qui la découvrent comme Apollinaire ou Morice (théoricien du symbolisme, ami de Gauguin qui lui confie la réécriture de ses manuscrits tahitiens).

                                            Paco Durrio. Tête. Grès émaillé.

    Durrio avait appris la technique de la céramique, comme Gauguin, dans l'atelier d'Ernest Chaplet, un des maîtres céramistes du XIXème siècle, réinventeur, entre autres du fameux rouge "sang de bœuf" apparu en Chine au XIIIème siècle.

 

     Cet art de la céramique, Paco Durrio le posséde au point d'en devenir un des créateurs les plus novateurs. C'est ce qui lui permet de donner des leçons à Picasso.

Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre.

                              Paco Durrio. Jardinière. Terre cuite.

Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre.

                                  Paco Durrio. Tête d'homme. "Le jour ni l'heure"

Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre.

                                    Pot  anthropomorphe.

     Quand il quitte le Bateau-Lavoir,  il s'installe deux ans place Constantin Pecqueur (ainsi nommée en 1899 pour remplacer la place de l'Abreuvoir). 

     Les petites maisons côté impair ont été démolies lors du lotissement de l'avenue Junot. Un gros immeuble élevé en 1910 occupe aujourd'hui l'emplacement de l'habitation de Durrio.

                       

   Paco Durrio quitte la place en chantier pour trouver refuge dans un coin de Montmartre qui tient encore tête à la spéculation, dans l'impasse Girardon.

              (La maison de Durrio peinte par Charles Camoin. (Musée de Montmartre)  

Impasse Girardon

Impasse Girardon

      Il y déménage avec sa collection de tableaux, parmi lesquels ceux qui sont le plus chers à son cœur, les toiles de Gauguin de la période de Pont-Aven. Ces œuvres remarquables aiguisent l'appétit des marchands qui proposent à leur propriétaire des sommes importantes. Durrio même aux jours noirs, refuse de se déprendre de ses tableaux.

 

     Un voyou nommé Manolo, connu dans le Maquis pour ses activités pendables, faillit réussir là où les marchands avaient échoué. Il profita de l'hospitalité de Paco Durrio, toujours prêt à aider ses compatriotes, pour vider son chalet de la trentaine de toiles qui y étaient accrochées.

Il perpétra son mauvais coup alors que son hôte était parti en province pour quelques jours. Quand Durrio revint, ses chers Gauguin avaient pris la poudre d'escampette.

 

      Par chance le brocanteur à qui Manolo les avait vendus accepta de les restituer à bas prix à son propriétaire.

     Manolo ne fut pas inquiété et raconta dans le maquis que Durrio n'avait pas à se plaindre car il avait acquis pour presque rien chez le brocanteur une collection unique d'œuvres de Gauguin!

 

   Mais  Le maquis était en sursis et bientôt les dernières maisons qui subsistaient malgré le "nettoyage" entrepris depuis des années pour permettre aux promoteurs de tracer l'opulente avenue Junot, furent sacrifiées.

 

         Paco Durrio qui  se vendait mal et qui donnait le peu d'argent qu'il avait à plus pauvre que lui, devint conseiller-intermédiaire auprès de riches collectionneurs pour l'achat d'œuvres d'art.

Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre. Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre. Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre.
Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre. Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre. Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre.

     Mais la misère le rattrapa et en 1939 il dut quitter son refuge.  Il ne survécut qu'un an à son départ de Montmartre et mourut à l'hôpital.

    La grande exposition de 2013 à Bilbao, lui a rendu justice en montrant à la fois ses créations originales et son influence sur les artistes de son temps.

     Il reste à la ville de Paris de rendre hommage à cet artiste,  Montmartrois de cœur, qui participa à l'effervescence et au rayonnement de la Butte!

Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre.
Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre.
Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre.
Paco Durrio (Francisco Durrio) à Montmartre.

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