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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #Peintres, #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Giorgione. La tempête. Accademia. Philippe Sollers.

    Après la mort de Sollers, j'ai voulu relire son Dictionnaire amoureux de Venise. Comme il y des années, alors que je ne connaissais qu'à peine la Cité des Doges, j'ai relu avec la même curiosité, voire étonnement, son attachement passionnel pour le tableau de Giorgione "La Tempête", exposé à l'Accademia.

   Sollers en parle comme d'une amoureuse que l'on voudrait n'avoir que pour soi seul. 

"Je voudrais le voler, le garder pour moi, dormir près de lui, être le seul à le voir matin et soir. Je ,voudrais survivre en lui, me dissoudre en lui, haute magie, alchimie."

Nous pouvons parler sans jeu de mots d'un "coup de foudre"!

Le tableau peint vers 1506 a provoqué beaucoup d'hypothèses et a fasciné plus d'un amoureux de la grande peinture occidentale. Il a fait l'objet de multiples interprétations avant celle de Sollers.

Voici quelques unes parmi les plus répandues.

 Le "berger" et la femme seraient Adam et Eve après avoir été chassés du Paradis protégé par ses murailles. Eve nourrirait son premier fils Caïn. L'éclair dans le ciel figurerait la colère divine. Il s'agirait alors d'une interprétation peu fréquente dont on peut trouver quelques exemples comme avec cette gravure de Nuremberg de 1493. Sur la droite Eve et ses deux enfants, Abel et Caïn, sur la gauche Adam.

      Une autre interprétation ferait du tableau une illustration d'un roman vénitien (de Colonna) qui connaissait un grand succès : "Le songe de Poliphile".

Le jeune homme est à la recherche de sa bien aimée. Il s'endort, son rêve l'entraîne à travers ruines et villes antiques à la découverte de sa bien aimée avec laquelle il part pour Cythère, l'île de Cupidon.

 Iasion et Demeter

 

  Une autre encore se réfère à l'Odyssée. Iasion tombe amoureux de Demeter avec qui il a un enfant, Ploutos. Zeus se venge de ce mortel qui a osé séduire une déesse en le foudroyant.

     N'oublions pas d'autres explications comme celle de figures allégoriques de la Force (l'homme et son bâton symbole de virilité) et la Charité (la femme donnant généreusement son lait). Cette représentation de la Charité était courante.

                                                  La Charité (Andrea Del Sarto)

    Aucune de ces interprétations n'a satisfait Sollers qui nous donne un conseil judicieux : nous asseoir devant le tableau, nous laisser envahir par lui avant d'émettre quelque hypothèse que ce soit.

"Restez simplement là, devant, taisez-vous, oubliez tout. Le tableau a lieu maintenant pour vous, pour vous seul. Il vous parle du temps par-dessus le temps. C'est sa vocation, sa grandeur, son calme."

"Sur la droite une femme aux trois quarts nue allaite un enfant, attentive, protectrice, un peu inquiète."

     "Sur la gauche, séparé de la femme par une rivière en ravin, un homme désinvolte, jeune, veste rouge, tenant un bâton plus grand que lui (...) Est-ce un père? Un fils? Un passant?

Ce bébé c'était lui dans une autre vie. Naissance d'un côté, virilité de l'autre. La culotte du jeune homme ne dissimule pas une proéminence lovée. Le bâton la souligne."

Sollers note la présence derrière le jeune homme de colonnes brisées qui seraient des tombes. Il fait du tableau une allégorie du temps et du cycle mort-renaissance.  L'homme a été le bébé. Il est passé par la mort. Il renaît, semblable et différent. "Il meurt et devient."

Giorgione. La tempête. Accademia. Philippe Sollers.

En arrière plan s'élève une ville sous l'orage. L'écrivain nous invite à regarder de plus près, à remarquer une touche blanche sur une terrasse, à nous approcher et reconnaître un héron tourné vers l'éclair, vers la tempête annoncée.

"Le musicien et libertin Giorgione s'amuse, puisque c'est là un symbole ancien de l'activité sexuelle frénétique."

Donc en arrière plan, la ville et la luxure et au premier plan, comme protégés de la tempête annoncée, une femme, un bébé et un homme, passés, présents, futurs.

Giorgione. La tempête. Accademia. Philippe Sollers.Giorgione. La tempête. Accademia. Philippe Sollers.

"On est encore en été. Le temps, ensuite, fait son oeuvre de destruction, comme le prouve, du même pinceau, le tableau d'avertissement solennel qui se trouve juste à côté de la tempête : La Vecchia, "La Vieille". C'est la même femme, cinquante ou soixante ans plus tard. Même regard, même intensité traversant les siècles, mais lisez l'étiquette qui remplace l'enfant au sein : COL TEMPO, "avec le temps". Une autre femme, la même, jeune et tranquille est déjà en train de reprendre le rôle dans les bosquets. Et ainsi de suite."

"L'homme, lui, le peintre, s'est éclipsé, mais il va revenir, toujours au même âge."

J'aime cette affirmation parce qu'elle dit au fond à quel point l'art permet de conjurer la mort. En effet Giorgione se serait représenté lui-même dans ce beau jeune homme en habit vénitien. Nous savons qu'il est mort en 1510, à 32 ans lors d'une épidémie de peste.

Nous le voyons aujourd'hui, toujours jeune, beau, énigmatique à gauche de cette "tempête". Orage des passions, violence du temps qui passe sans pitié. Eternité temporaire des créations humaines. Il est là devant nous, il est passé par la peste, par la mort, il est vivant.

Giorgione. La tempête. Accademia. Philippe Sollers.

Pour Sollers ce mystérieux tableau n'est rien moins qu'une image de la condition humaine. "Il est d'un temps nouveau : le plus que présent permanent."

Libre à nous d'adhérer ou non à son analyse. Libre à nous de nous asseoir devant La Tempête et de nous laisser happer par ce paysage, par sa poésie, par son mystère.

Liste des liens

Peintres et étude précise de certains tableaux

Peintres artistes célébrités de Montmartre

                                                      Garçon à la flèche (Giorgione)

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Exposition à la Commanderie. Peinture et poésie. 21ème salon des Artistes Lepic-Abbesses.

Voilà que j'arrive une fois de plus après la bataille! L'exposition de peinture à la Commanderie est terminée depuis une semaine.

Le 21ème salon des Artistes Lepic-Abbesses a fermé ses portes le 7 mai!

 

    Cette expo est pourtant ce qui correspond le mieux à l'esprit du Montmartre que nous aimons, celui des rêveurs, des artistes.

Modeste, vivante, talentueuse... elle réunit des peintres qui aiment partager les couleurs de leurs rêves.

 

   Leur professeur, Christian Mangin, peintre lui-même les guide dans leur apprentissage.  Il n'a pas la grosse tête et son abord est chaleureux.

   J'ai choisi dans cet article quelques oeuvres exposées à la Commanderie et j'ai dû à regret écarter celles qui étaient encadrées sous verre. Mon appareil photo ne supportant pas les reflets et les irisations qui mangent dessins et couleurs.

Gabriel Froget

Gabriel Froget

   J'ai donc retenu quelques toiles qui m'ont aussitôt plu. Si j'excepte Gabriel Froget dont j'ai parlé récemment, ce sont des toiles peintes par des femmes. Moi qui aime tant Valadon, je reconnais que ça m'a fait plaisir, cette année où de grandes expositions redécouvrent la fécondité et l'originalité des femmes injustement négligées (Eva Anna Bergmann au MAM, Françoise Petrovitch au musée de la Vie Romantique, les femmes surréalistes au musée de Montmartre....)

 

     Dès l'entrée dans l'octogone néo Renaissance de la Commanderie, c'est le rouge qui attire mon regard. Et si le poète Alain Duault parle de "rouge comme un chat", voulant dire que le chat est si particulier, si beau, si étrange qu'il attire le regard comme le fait la couleur rouge,  avec Alice Sauvages, nous pourrions dire "rouge comme un ibis".

Exposition à la Commanderie. Peinture et poésie. 21ème salon des Artistes Lepic-Abbesses.

L'oiseau rouge s'impose, sur un carrelage bleu près d'une baignoire d'angle qui s'emplit non pas d'eau mais de feuilles vertes. La pièce s'ouvre sur la nature, sur les herbes folles et les fleurs qui tournent comme des moulins à vents. Atmosphère onirique, traversée du miroir bien naturelle quand on s'appelle Alice... et... Sauvages

 

D'Alice Sauvages encore cette "poupée" seule et fragile devant un vase au décor de tiges-tentacules, tandis que derrière la fragile protection de la verrière passe un oiseau armé d'un bec menaçant. Une scène comme un rêve que l'on livrerait à son analyste. 

 

D'elle enfin ces nuages qui se referment sur le soleil. Ce ne sont pas "les merveilleux nuages" de Baudelaire mais ceux qui font naître la nuit. Il faut vite profiter du dernier soleil qui va toucher l'horizon.

 

     C'est une autre artiste, Stéphanie Mc Corry qui a peint cette "orque". Curieusement, le tableau fait écho à la poupée rousse et à l'oiseau qui vole contre les vitres d'Alice Sauvages. Ici la fillette, protégée par la serre de verre, regarde sans peur l'animal qui semble sourire et prend des allures de dauphin alors qu'il est un un super prédateur, appelé par les Anglais "baleine tueuse". La fillette se sent à l'abri, elle ne craint pas ce "dauphin". Abri illusoire? Rencontre redoutée et espérée peut-être avec l'inconnu? Virginité menacée? Libre à vous de libérer votre imagination devant cette belle toile!

 

     Toujours de Stéphanie Mc Corry "La fête est finie". La jeune fille, une flûte à la main est lasse et pensive sur les divans qui ressemblent à des algues. La boule scintillante qui tournait au plafond est tombée. Des méduses flottent dans leur aquarium. Quelques serpentins survivent sur le sol. Une scène qui, une nouvelle fois, laisse libre cours à notre imagination. Quand peinture et poésie sont indissociables...

"Le Lecteur". Le garçon est happé par sa lecture mieux que par un écran. L'univers des contes et des aventures prend vie autour de lui, avec lui. Il s'envole avec la fusée  qu'il chevauche vers les galaxies. C'est "L'enfant et les sortilèges" mais apaisé, sans la violence du conte de Colette!

 

 

 

Deux toiles encore de Stéphanie Mc Corry. "La Cité des artistes", la nuit, sous un éclairage de réverbères qui fait briller les pavés. Paysage urbain qui sans artifices, sans trucages, transmet poésie et vague inquiétude.

"Batiment B" est lui sous un grand ciel bleu, précis, frappé par la lumière. En général à Paris, les bâtiments qui ne sont pas en façade se gagnent en passant des cours sinistre. Ici il revendique fièrement sa lettre B! Le soleil lui donne sa beauté et son assurance.

Exposition à la Commanderie. Peinture et poésie. 21ème salon des Artistes Lepic-Abbesses.

Avec Claude Vigneau nous découvrons des paysages apparemment plus classiques. Mais c'est oublier dans "Invararay" le ciel tourmenté et son miroir sur lequel le bateau rouge à côte du voilier noir flotte comme flottent les drapeaux.

Et que dire de ce paysage bucolique "Higland cattle" qui rappelle à la fois l'art que l'on dit à tort "naïf" de Rousseau et celui, atttentif et lumineux de Rosa Bonheur.

                                  Place Dullin. Théâtre de l'Atelier

Je ne résiste pas au plaisir de proposer deux toiles qui ne font pas partie de l'expo. Elles sont de Claude Vigneau et montrent notre Montmartre, comme le faisait Utrillo, avec fidélité et aussi, comme lui, sensibilité et poésie.

                                                    Rue Norvins

 

     Pour terminer en musique, un dernier tableau de Brigitte Galinon : l'Opéra Garnier avec un relief, une lumière, un charme qui nous font regretter de ne pas voir plus de toiles de cette artiste.

 

    Une belle découverte pour moi que ces peintres de grand talent et cet atelier dirigé par Christian Mangin. J'espère que l'année prochaine je serai plus attentif et présenterai dès le premier jour le 22ème salon des Artistes Lepic-Abbesses!

Je pense, en voyant ces toiles à ce qu'écrivait Janson :

"Il ne faut pas peindre ce qu'on voit, il faut peindre ce qu'on sent. La ligne du dessin doit toujours être un peu la ligne du coeur  .. prolongée."

Liens ;

Montmartre, les peintres les artistes.

                                               Claude Vigneau

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Publié le par chriswac
Publié dans : #ASIE, #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Le tigre de Sarah Bernhardt. Cernuschi.

Sarah Bernhardt avait un tigre, couleur noir et or...

Il montait la garde dans son hôtel particulier et impressionnait les visiteurs...

Le tigre de Sarah Bernhardt. Cernuschi.

     La diva avait une passion pour les fauves et les félins, à la manière de son époque où rares étaient ceux qui se préoccupaient de la souffrance animale. N'est pas Louise Michel qui veut!

 

     Elle posséda, à certaines périodes de sa vie, une arche de Noé composée de caméléons, de singes, de pumas, de crocodiles.

Animaux dont elle se défaisait dès qu'ils devenaient encombrants.

Le tigre de Sarah Bernhardt. Cernuschi.

      Elle acheta même à Mr Cross un lionceau qu'elle exposa dans une cage dans son hôtel. Au bout d'une semaine la puanteur était telle que le lionceau fut renvoyé à son vendeur.

Le tigre de Sarah Bernhardt. Cernuschi.

Et son tigre? 

     Eh bien il entra chez elle et y resta des années malgré sa belle taille : 88 cm de haut, 1 m35 de long.

Le tigre de Sarah Bernhardt. Cernuschi.

     Son âge exact, nul ne le sait vraiment. Il a vu le jour entre le début du XVIIIème siècle et la première moitié du XIXème, au Japon, pendant l'époque Edo.

Le tigre de Sarah Bernhardt. Cernuschi.

   Il a été acheté par Siegfried Bing, célèbre vendeur d'art japonais qui participa à la mode japonisante dans la création française. Sarah en fit l'acquisition dans son magasin de la rue Chauchat "Fantaisies Japonaises" où il était exposé et faisait l'admiration de tous les amateurs.

Il lui en coûta 6000 francs, environ 25000 euros! 

Le tigre de Sarah Bernhardt. Cernuschi.

     Il est exceptionnel et mérite bien ce prix! De laque et d'or, il semble avoir été surpris et, queue dressée, se mettre en position d'attaque, les yeux (de verre) exorbités. 

Réaliste et fantastique à la fois, il impressionne et fascine….

Le tigre de Sarah Bernhardt. Cernuschi.

     La patte avant droite porte une encoche qui laisse penser que manque une partie de la sculpture. Peut-être une proie maintenue au sol...

Le tigre de Sarah Bernhardt. Cernuschi.

     Il se sentait bien chez Sarah, ne dérangeait personne, n'avait d'odeur que celle de l'encens qu'on faisait brûler devant lui...

Bref, il jouait son rôle décoratif à merveille jusqu'au jour où...

Le tigre de Sarah Bernhardt. Cernuschi.

     Nous sommes en 1895, Sarah joue dans une pièce de Victorien Sardou, "Théodora". Elle connaît toujours le succès mais ses dépenses folles menacent son équilibre financier.

   Il faut trouver au plus vite de quoi apaiser les créanciers dont la meute ne recule pas devant la gueule menaçante du tigre.

 

     Si l'on en croit Edmond de Goncourt, elle écrit à Cernuschi pour lui proposer d'acquérir l'animal :

" Je suis pauvre comme mon aïeul Job. Voulez-vous m'acheter 3000 francs un tigre que j'ai payé 6000 francs chez Bing? … Mais j'ai besoin d'argent tout de suite… Je m'adresse à vous, parce que mon tigre est superbe et japonais."

Le tigre de Sarah Bernhardt. Cernuschi.

    Et voilà comment , bradé à la moitié de sa valeur, le magnifique félin rejoint la collection Cernuschi.

    Il y est à l'honneur mais il garde quelque chose du prestige de son ancienne maîtresse car dans sa vitrine, son curriculum vitae rappelle qu'il fut "LE TIGRE DE SARAH BERNHARDT".

 

Le tigre de Sarah Bernhardt. Cernuschi.Le tigre de Sarah Bernhardt. Cernuschi.
Le tigre de Sarah Bernhardt. Cernuschi.Le tigre de Sarah Bernhardt. Cernuschi.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Gabriel Froget exposition de peintures  à la Commanderie du Clos Montmartre.

 

  Pour la 2ème année la Commanderie accueille un peintre que nous avions découvert l'an dernier et qui nous avait impressionné par la précision de sa touche et l'ampleur de son imagination. 

Gabriel Froget exposition de peintures  à la Commanderie du Clos Montmartre.

La première toile qui attire notre regard et nous invite au silence et au voyage semble droit venue du romantisme allemand par son étrangeté et sa poésie. 

"La vie ne vient pas à nous".

Ce qui frappe tout d'abord c'est l'atmosphère de la toile. Celle d'un rêve ou d'un cauchemar avec ces trouées de lumière dans un ciel de plomb. Les couleurs, la précision, la composition nous disent que nous sommes en présence d'un peintre qui a sans doute été, comme tous les artistes en devenir, à l'école de grands devanciers, mais qui a dépassé le stade de l'imitation. 

Libre à nous d'interpréter cette vision. Devons-nous, à la seule force de la volonté, naviguer sur une eau épaisse et nocturne pour accoster enfin sur une île où grandit l'arbre de vie et où une possible rencontre nous attend?

Gabriel Froget exposition de peintures  à la Commanderie du Clos Montmartre.

   Mêmes teintes de gris et de miroir dans ce paysage romantique de montagnes, de lac, de château qui se confond avec les roches. "Peu de choses en somme". Tel est le titre de cet immense panorama sans autre trace d'humanité que ce château déserté. Mais en y regardant de plus près, on distingue une petite silhouette en marche. Peu de chose mais pourtant un vivant qui chemine dans l'implacable immensité du paysage.

Gabriel Froget exposition de peintures  à la Commanderie du Clos Montmartre.

     Retour de la couleur et du ciel avec cette grande toile "D'une relation compliquée". On pense bien sûr au Petit Prince et au lent apprivoisement nécessaire pour devenir amis et solidaires. Pourquoi ce titre? S'agit-il de la relation de l'homme avec la nature? Cette nature qui est là, éclatante, quand les monuments construits par l'homme sont en ruines? Quand l'homme fier de sa force combat les animaux sauvages?

Gabriel Froget exposition de peintures  à la Commanderie du Clos Montmartre.

C'est cette vision qui apparaît dans le ciel d'azur. Une vision qui semble appartenir à un autre monde que celui de l'enfant et du renard. J'aurais tendance à récupérer cette allégorie pour y voir l'espoir d'un monde réconcilié avec la nature tandis que subsiste, menaçant et prêt à repartir en guerre,  le désir qui se croit viril de dominer et détruire. 

 

Un arbre dont les feuilles attestent qu'il n'est pas mort, au bord d'un monde englouti où quelques sommets émergent des brumes...

C'est ce tableau que le peintre a choisi pour l'affiche de son exposition

                                                    "Ils étaient là".

Un tissu rouge est resté accroché à l'arbre, seule trace d'un moment heureux peut-être, d'une rencontre...  Dérisoire souvenir, comme le sont les ruines, de la vie qui se croyait immortelle. Voilà un tableau qui illustrerait les poèmes de Supervielle. 

C'est beau "D'avoir senti la vie, Hâtive et mal aimée, Et de l'avoir enfermée, Dans cette poésie".

Gabriel Froget exposition de peintures  à la Commanderie du Clos Montmartre.

                                 "La fin du cycle".

Magnifique toile, symphonie d'ombres et de lumières, d'éléments qui sont ceux d'une genèse où tout sera possible. Violence et fragilité, et toujours, perdue dans l'immensité, une silhouette, seule, témoin de la fin du monde et du renouveau. Toile romantique s'il en est. J'aime cet arbre tombé au dessus du gouffre et qui, s'il va mourir, va également permettre le passage d'une rive à l'autre.

Gabriel Froget exposition de peintures  à la Commanderie du Clos Montmartre.

D'autres toiles, si elles montrent la même maîtrise technique, se rapprochent du surréalisme. La sphère mystérieuse comme la pierre noire de 2001 de Kubrick, se déplace dans un monde minéral où les ruines elles mêmes sont falaises.

L'arbre si présent dans l'univers du peintre se tient debout comme une sentinelle. On ne sait quelle promesse de vie tient dans l'astre solitaire qui passe dans cet univers pétrifié comme passait la mince silhouette de "Peu de choses en somme" et comme était en attente celle  de "La vie ne vient pas à nous".  

Quelques dessins sont exposés dont celui que je préfère (je ne cherche pas à être objectif!)

                                                           Attente

L'exposition de Gabriel Froget se termine le 29 avril et je regrette d'avoir été absent et de n'avoir pu en rendre compte plus tôt.

Mais ce n'est que partie remise car je suis intimement persuadé que ce peintre ne s'arrêtera pas en si bon chemin. Son art maîtrisé va s'incarner dans des œuvres qui ne seront qu'à lui. Les influences s'estomperont pour laisser place au monde qui est le sien où lumières et ombres s'affrontent et où l'on sent la solitude et l'inquiétude combattues par un désir puissant de vie et de rencontre.

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places., #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
 La place Ravignan.  La rue Feuchère. Enquête sur une place mystérieuse et une rue disparue.

Apparemment il aurait existé une place Ravignan à Montmartre si l'on en croit les clichés et cartes postales que l'on retrouve en abondance.

 La place Ravignan.  La rue Feuchère. Enquête sur une place mystérieuse et une rue disparue.

Et, mystère montmartrois, il en aurait existé non pas UNE mais DEUX! 

 La place Ravignan.  La rue Feuchère. Enquête sur une place mystérieuse et une rue disparue.

      La première aurait été la continuation de la rue Ravignan qui après quelques marches s'élargit devant le Bateau-Lavoir avant de reprendre son cours jusqu'à sa jonction avec la rue Gabrielle.

 La place Ravignan.  La rue Feuchère. Enquête sur une place mystérieuse et une rue disparue.
 La place Ravignan.  La rue Feuchère. Enquête sur une place mystérieuse et une rue disparue.

Elle faisait partie en réalité de la RUE Ravignan qui s'élargit sur une quarantaine de mètres après les quelques marches. Elle n'a jamais porté officiellement le nom de place, n'en déplaise aux nombreux clichés qui la présentent sous ce nom. Utrillo qui comme l'on sait, peignait souvent en reproduisant des cartes postales, a lui aussi appelé "place Ravignan" certaines de ses œuvres.

                                                        Place Ravignan (Utrillo)

    Ce qui est certain c'est que dès 1911, elle est détachée de la rue Ravignan pour devenir la place Emile Goudeau. Il n'empêche que de nombreux Montmartrois ont continué de lui donner un nom qu'elle n'avait jamais porté.

 

La rue Ravignan dépossédée de cet espace arboré continue son chemin vers les hauteurs comme une rivière qui disparaît soudain en s'enfonçant sous terre pour rejaillir, plus vigoureuse encore un peu plus loin. 

Rue Ravignan après la place Emile Goudeau (à droite rue Berthe, à gauche rue d'Orchampt)

 

          C'est au niveau de la rue Berthe que s'accomplit cette résurgence.

    Mais elle ignore notre chère rue Ravignan qu'elle va de nouveau être amputée, un peu plus loin, un peu plus haut. Cette nouvelle spoliation se fera à sa rencontre avec la rue Gabrielle.

C'est en effet à cet endroit qu'elle finit aujourd'hui sa course, rencontrant le petit immeuble où Picasso eut un atelier et où mourut son ami Casagemas.

 

   Naguère, la rue Ravignan ne s'arrêtait pas en si bon chemin, elle tournait quasiment à angle droit et poursuivait plein nord jusqu'à la rue Norvins. Seul son côté pair était bâti, du numéro 22bis au numéro 34. L'autre côté donnant sur un terrain devenu vague et inconstructible depuis que la guinguette "La Tour de Montmartre" avait été engloutie par un fontis.

Ancienne rue Ravignan devenue un des côtés de la place Clément.

Ancienne rue Ravignan devenue un des côtés de la place Clément.

La rue Ravignan arrivant rue Norvins. La boulangerie devenue bazar.

La rue Ravignan arrivant rue Norvins. La boulangerie devenue bazar.

Quelques vieilles maisons qui ont connu le temps où elles étaient rue Ravignan!

Quelques vieilles maisons qui ont connu le temps où elles étaient rue Ravignan!

Avant la création de la place Clément. On voit que l'endroit était appelé "Place Ravignan" et parfois "rue Ravignan".

Avant la création de la place Clément. On voit que l'endroit était appelé "Place Ravignan" et parfois "rue Ravignan".

  Exit la rue Ravignan et ses derniers numéros (transformés en numéros 2 à 12) lorsque fut créée par un décret de décembre 1905 (effectif en 1906) la place Jean Baptiste Clément.

sur la droite la rue Ravignan, sur la gauche la rue Feuchère et au fond la rue Lepic.

sur la droite la rue Ravignan, sur la gauche la rue Feuchère et au fond la rue Lepic.

Cette place est un triangle dont le côté nord est la partie extrême de la rue Lepic dont les numéros 97 à 101 sont devenus les numéros 7 à 11 de la place

                                     Arrière plan, la rue Lepic et le Réservoir.

 Le côté ouest était formé par une vieille rue, trop courte pour subsister, qui allait de la rue Ravignan à la rue Lepic. 

Il s'agit de la rue Feuchère dont les numéros 1 à 3 subsistèrent, augmentés d'un 5, sur la nouvelle place. 

Ancienne rue Feuchère (aujourd'hui place J.B. Clément)

Souvenons-nous un instant de cette modeste rue du haut Montmartre qui honorait le sculpteur Jean-Jacques Feuchère (1807-1852).

                    La rue Feuchère à gauche (un des rares clichés où elle est mentionnée)

Beaucoup de rues de Montmartre rendent hommage à des sculpteurs ou des graveurs, à commencer par Pigalle en passant par Pilon, Houdon, Coustou, Androuet, Girardon etc...

Jean-Jacques Feuchère malgré sa courte vie fut très sollicité et nous passons souvent à Paris devant ses sculptures ou bas reliefs en ignorant leur auteur...

Le cavalie arabe au pont d'Iéna (Feuchère)

Le cavalie arabe au pont d'Iéna (Feuchère)

   

Le passage du pont d'Iéna sur l'Arc de Triomphe (Feuchère)

 La liste serait trop longue mais contentons nous de mentionner son Bossuet de la Fontaine Saint-Sulpice, son cavalier arabe du pont d'Iéna, sa prise du pont d'Iéna de l'Arc de Triomphe, sa "Loi" place du Palais Bourbon, ses statues de la fontaine nord de la place de la Concorde...

 

Et voilà! Cette place Ravignan, comme celle située plus bas, N'A DONC JAMAIS EU D'EXISTENCE OFFICIELLE sinon dans la langue montmartroise qui donnait à ce terrain vierge le nom de la rue qui le bordait, le vieux chemin qui depuis des temps anciens montait, en courbes capricieuses jusqu'au cœur du village

 La place Ravignan.  La rue Feuchère. Enquête sur une place mystérieuse et une rue disparue.

Notre enquête s'achève sur ce constat qui évitera peut-être des recherches aux collectionneurs de cartes anciennes, dont certains sont des amis. 

                           Place Jean Baptiste Clément (Utrillo)

Nous quittons ce lieu haut perché avec notre Jean Baptiste (sans trait d'union, comme il le voulait pour se différencier de son père Jean-Baptiste Clément), communard, homme au grand cœur, Montmartrois d'âme et de corps puisqu'il eut non moins que 12 adresses sur la Butte, poète bien sûr. Une place où les merles moqueurs s'en donnent à bec joie et où nous revient sur les lèvres la chanson si souvent chantée par nos anciens, chanson qui évoque le printemps éphémère et la couleur des cerises, couleur de la  vie et du sang

Place Jean Baptiste Clément (Utrillo)

Place Jean Baptiste Clément (Utrillo)

 

J’aimerai toujours le temps des cerises:
C’est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte!
Et dame Fortune, en m’étant offerte,
Ne pourra jamais fermer ma douleur…
J’aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cœur!

 La place Ravignan.  La rue Feuchère. Enquête sur une place mystérieuse et une rue disparue.

Un grand merci à Pierre, ancien poulbot de la rue Lepic, d'avoir aiguillonné ma curiosité et de m'avoir transformé en enquêteur occasionnel!

Liens

Rues et places de Montmartre

Peintres, artistes, célébrités de Montmartre.

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
Exposition Françoise Pétrovitch. Musée de la Vie romantique.

   Une belle rencontre avec une peintre rare, Françoise Pétrovitch, au musée de la Vie Romantique.

Le musée lui a donné carte blanche pour présenter ses œuvres...  

Le visiteur a ainsi l'impression d'être accueilli dans l'univers de l'artiste, comme dans sa maison. 

La première toile "dans mes mains" représente une adolescente, tenant tendrement un chien.  "C'est rose et ce n'est pas mièvre, c'est une adolescente d'aujourdhui, c'est une jeune fille vive et attentionnée."

Nous descendons dans la grande salle en sous-sol sous l'atelier d'Ary Scheffer. Ce qui frappe immédiatement c'est la paix, l'harmonie...

Nous  sommes invités à entrer dans les paysages mouillés, entre rêve et réalité. Ils sont des îles étranges, à la fois inquiétantes et en apesanteur. 

 

Exposition Françoise Pétrovitch. Musée de la Vie romantique.

Les plus beaux panneaux reprennent le thème du corps porté, soutenu par les bras de celui ou celle dont on ne voit pas le visage.

Les yeux sont fermés. Evanouissement ou mort? Corps sauvé ou cadavre déjà? C'est nous qui décidons, qui interprétons ces scènes puissantes. 

Le lavis laisse des traces sur les corps, comme des blessures, comme du sang. Mais ces mains qui se referment sur la lourdeur du corps sont le lien puissant qui unit les êtres. Ce lien qui porte secours et qui tente de remettre debout ceux qui sont tombés.

 

Exposition Françoise Pétrovitch. Musée de la Vie romantique.

Nous retrouvons ce thème dans la vaste salle qui servait d'atelier à Ary Scheffer. Cette fois les mains sont comme éclairées, vivantes, sur le cœur de celui qui est tenu, comme si la vie se réfugiait là et continuait de battre.

Exposition Françoise Pétrovitch. Musée de la Vie romantique.

Trois toiles formant triptyque représentent des adolescents. Les jeunes apparaissent souvent dans l'œuvre de Françoise Pétrovitch.

C'est l'âge des possibles, la période où l'on est pris entre le désir de rencontre et celui de solitude et de repli.

 Sur la gauche, deux jeune avancent les yeux ouverts contrairement à ceux qui figurent sur la plupart des autres toiles. L'une semble regarder vers le sol, l'autre regarder vers l'avant. Ils sont ensemble et seuls. Ce qu'ils ont en commun c'est la cigarette qui se consume.

Au centre, une des plus belles compositions de l'exposition, les jeunes sont deux encore, yeux clos. La fille semble parler. Le garçon tête baissée, les mains repliées dans les poches de son blouson reste silencieux. Rupture? Explication? Deux mondes séparés.

Sur la droite le garçon est seul. Sa cigarette est éteinte. Il est perdu dans ses pensées. Il est l'écho d'une autre solitude rencontrée dans la salle en sous-sol. Une jeune fille dans un monde qui se liquéfie autour d'elle.

 

Des toiles de plus petit format couvrent le mur sous les verrières. Les mains de la jeune fille entourent comme un nid l'oiseau fragile . Lèvres et ongles rouges ont les couleurs de la vie autour de l'animal fragile, couvert de bleus.

 

Les mains encore, toujours présentes, mains ouvertes pour donner ou recevoir... 

Mains qui se détachent, mains blessées, mains qui cherchent à se rejoindre encore...

Rare scène de tendresse. Mais les visages qui s'abandonnent expriment une grande tristesse. Une douleur, une douceur. Un deuil peut-être. Mère et fille, amie et amie, bleu et rouge et vert... mains que l'on devine réunies, serrées.

Main qui reçoit un oursin d'étoile bleue. Une blessure? Une promesse? 

Un des rares tableaux où les yeux ne sont pas fermés mais à la fois ouverts et aveugles. Les paupières ont-elles été inconscientes, en se levant, du danger d'abolir la frontière entre l'intérieur et le monde. Ne reste que le masque bleu, lèvres closes.

 

Il faut lever les yeux pour voir cette toile. C'est la seule de toute l'expo qui nous demande de regarder vers le haut. Vers l'espoirI

 

Il s'agit d'une jeune fille aux ongles jaunes, abritant la flamme de son briquet. Elle a été peinte le jour de l'invasion de l'Ukraine. Le visage frappé par la lumière est celui de la jeunesse, de l'avenir.

Exposition Françoise Pétrovitch. Musée de la Vie romantique.

Il faut quitter l'atelier pour rejoindre la maison d'Ary Scheffer qui abrite le musée de la Vie Romantique dans ce quartier de la Nouvelle Athènes où vécurent tant d'artistes du XIXème siècle.

 

Et tout d'abord George Sand qui vivait non loin de là avec Chopin. Hommage lui est rendu avec cette femme moderne qui fait penser à Jeanne Moreau et qui fume comme on revendique sa liberté, comme Sand fumait le cigare et portait le pantalon.

 

 

L'expo se termine avec cette rencontre d'une femme peintre et d'une écrivaine, libres toutes deux, engagées dans leur art et dans le partage.

 

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Publié le par chriswac
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Musée de Montmartre. Exposition Le Surréalisme au féminin ?

    L'affiche laisse espérer de belles découvertes et un voyage dans un mouvement foisonnant et briseur de frontières. Un voyage au féminin car les mâles surréalistes sont si connus et reconnus qu'on imagine mal une exposition ayant pour titre "Le Surréalisme au masculin".

Nous pouvions penser qu'enfin une injustice serait désignée et que nous allions remettre les montres, qu'elles soient molles ou non, à l'heure.

Dorothea Tanning. Un tableau très heureux. 1947

Dorothea Tanning. Un tableau très heureux. 1947

    Hélas il faut bien le dire, si le parcours est pédagogique et ne manque pas de panneaux explicatifs un tantinet rébarbatifs, l'éclatement, la dispersion sont au rendez-vous.

La matière était trop riche et la cinquantaine d'artistes retenues trop nombreuses pour que la rencontre avec elles puisse vraiment se faire.

Dora Maar. Les yeux. 1932-1935

Dora Maar. Les yeux. 1932-1935

   Précisons que l'exigüité du musée est peu adaptée aux grandes expositions (bizarrement la plus grande salle, celle du rez-de-chaussée est consacrée à une autre exposition).

Les grandes œuvres féminines, les chefs d'œuvre reconnus sont absents. Question de format sans doute et de budget peut-être. 

Rita Kernn-Larsen. 1930-1939

Rita Kernn-Larsen. 1930-1939

    Nous trouverons beaucoup de petits cadres, petites photos, petits dessins.... et peu de grandes toiles. Nous sommes prévenus il est vrai dès le palier. Je cite ce passage affiché dès l'accueil car il marque les limites, modestes, que se sont fixées les organisateurs :

Judith Reigl. "Ils ont soif insatiable de l'infini". 1950

Judith Reigl. "Ils ont soif insatiable de l'infini". 1950

"Conçue comme une hypothèse plutôt que comme une démonstration (là j'ajoute "hélas"), cette exposition propose un inventaire non exhaustif d'une cinquantaine d'artistes ou poètes dont les créations datées des années 30 aux années 2000 excèdent la date de dissolution officielle du groupe surréaliste (1969) (Là je rajoute "hélas"). Cette exposition tente de cerner ce que fut la part féminine du surréalisme et se veut une invitation à poursuivre les recherches sur un sujet infiniment complexe et varié.

    Claude Cahun. Autoportrait avec Marcel Moore et un chat.

Claude Cahun. Autoportrait avec Marcel Moore et un chat.

   

 

Tout est dit. Sujet complexe certes mais qui n'est guère clarifié tant sont nombreuses les pistes suggérées et jamais approfondies. Sujet varié certes qui aurait mérité un élagage plus qu'un embroussaillage (néologisme assumé).

Musée de Montmartre. Les jardins Renoir.

Musée de Montmartre. Les jardins Renoir.

    J'ai retenu de ma visite quelques œuvres pour vous donner envie peut-être d'aller au musée de Montmartre. De me contredire peut-être. De toutes les façons, on ne perd jamais sont temps quand on se rend dans ce lieu magique, veillé par la grande Suzanne Valadon.

Musée de Montmartre. Exposition Le Surréalisme au féminin ?

      Jacqueline Lamba. "La femme blonde" 1930. Artiste connue mère de la petite Aube qu'elle eut avec Breton, elle est liée à notre quartier puisqu'elle se produisit rue Marguerite de Rochechouart, en naïade, ou plutôt "ondine". Rappel de l'Amour Fou et du "Ici l'on dîne". 

"L'art, la poésie, c'est le précipité de la beauté dans l'émotion." (J. Lamba)

Musée de Montmartre. Exposition Le Surréalisme au féminin ?

      Paule Vézelay. Paysage, three horses. 1929. Un peu Dufy, un peu Chagall, mais tout à fait Paule Vézelay!

"Je suis certaine que les formes dans mes œuvres non figuratives, sont inventées et ne trouvent pas leur genèse dans des formes naturelles". (Paule Vézelay)

Musée de Montmartre. Exposition Le Surréalisme au féminin ?

Jane Graverol. Hautes herbes. 1946.

Référence claire au Douanier Rousseau et au rêve de Yadwiga. Le sommeil est attente de toutes les surprises, de tous les voyages. 

                                                Le sacre du printemps (1960)

    C'est le tableau qui a été choisi pour l'affiche de l'exposition. C'est un choix judicieux qui promet beaucoup au risque de la déception. Ici le surréalisme prend tout son sens, tremplin vers l'imaginaire, trouble du désir.... Le sein dénudé, le bec agressif, le rouge de la chemise... Chacun pourra divaguer, naviguer selon ses fantasmes! N'oublions pas que le Sacre du Printemps de Stravinsky met en scène le sacrifice d'une jeune fille offerte aux dieux.

Jane Graverol. Ni titre ni date. Ce livre surnage dans l'océan qui cerne un piédestal  survivant du désastre qui a anéanti la civilisation.

Le livre seul, menacé, vulnérable est encore vivant.  

"Être surréaliste est un état que l'on porte en soi ou non. Sans théorie, je possédais ce qui me fondait à eux." (Jane Graverol)

                                                 Valentine Hugo. Le Toucan. 1937.

Valentine Hugo est présente avec ce toucan-serrure et avec un dessin qui illustre le rêve qu'elle fit le 21 décembre 1929.

Elle a épousé l'arrière petit fils de Victor Hugo mais tous ceux qui étudient le surréalisme savent qu'elle a eu une liaison avec Eluard d'après Gala et avec Breton.

"Je peux dire que Paul Eluard et André Breton que j'ai admirés dans leurs œuvres depuis toujours et pour toujours m'ont sauvée du désespoir." (Valentine Hugo)

Ce qui ne l'empêcha pas de quitter le surréalisme en 1937!

 

Musée de Montmartre. Exposition Le Surréalisme au féminin ?

Une belle surprise avec cette toile, une des rares de cette importance dans l'exposition : "Couple d'oiseaux anthropomorphes" de Suzanne Van Damme (1946).

 

Elle est belge comme de nombreux surréalistes mais vient à Paris où elle vit plusieurs années à Montmartre. On aurait aimé voir quelques toiles de cette importance de Léonor Fini par exemple qui n'a droit qu'à une aquarelle de petit format alors qu'elle est sans doute la surréaliste la plus emblématique du rêve, de la poésie, de la sensualité!

                     Léonor Fini. L'homme entre deux âges et deux maîtresses. 1961

 

    On se consolera peut-être avec le beau tableau de Leonora Carrington, "Sans titre" (1929), d'un imaginaire proche de celui de Léonor Fini. La même élégance, la même étrangeté, la même poésie. J'allais dire le même œuf!

"Je n'ai pas eu le temps d'être la muse de qui que ce soit... J'étais trop occupée à me rebeller contre ma famille et à apprendre à être une artiste." (Léonora Carringtam)

Mimi Parent. Sans titre. 1961

Mimi Parent. Sans titre. 1961

    Mimi Parent est une des artiste les plus présentes dans l'exposition. Une grande broderie (cliché de l'occupation féminine) reprend le thème de l'oiseau et de la femme (cliché de la peinture mythologique). 

                                                 Mimi Parent. "Léda". 1997

Bien que très tardive, cette "boîte" correspond bien à l'élan surréaliste qui entraînait et fusionnait les arts jusque là séparés, peinture, sculpture, poésie....

"La fête reprendra, mais spontanément; la braise est là, il suffira d'un jour de grand vent." (Mimi Parent)

                                          Rachel Baes. "La première leçon" 1951

Avec Rachel Baes, la jeune fille-enfant habillée comme une poupée est enfermée dans une pièce sans issue, les mains liées. Sexualité, violence, viol, innocence pas si innocente...

"Je n'aime pas l'hypocrisie, je n'aime pas les hypocrites. C'est peut-être pour ça que je peins des petites filles un peu hypocrites. (Rachel Baes)

L'exposition se termine avec une ouverture sur l'après surréalisme et la fécondité du mouvement. Une toile de Toyen nous attend dans la dernière salle. Toyen! Sans doute la plus grande peintre surréaliste! Une formidable exposition lui a été consacrée au Musée d'Art Moderne, vaste, claire, sans pathos, une exposition idéale qui permettait une vraie rencontre.

                                           Toyen "En proie à leurs regards". 1957

 

Nous quittons l'exposition pas franchement convaincante avec une légère frustration et beaucoup de questions.

Mais.... mais... Que ne l'avais-je remarqué? L'affiche annonçait la couleur! Je n'avais pas vu le point d'interrogation qui suivait le titre.  Un immense point d'interrogation!

 

 

 

Tout est dit! 

 

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Publié le par chriswac
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Rue de Dunkerque (partie centrale)

Rue de Dunkerque (partie centrale)

     Elle descend en ligne droite entre le boulevard Marguerite de Rochechouart au niveau de la place d'Anvers et la Gare du Nord où elle cède la place à Napoléon III (ancienne place de Roubaix) avant de reprendre son chemin sur une cinquantaine de mètres jusqu'à la rue d'Alsace. 

Rue de Dunkerque à partir du Magenta, vers la Gare du Nord.

Rue de Dunkerque à partir du Magenta, vers la Gare du Nord.

La numérotation voudrait qu'on dise plutôt qu'elle monte de la rue d'Alsace jusqu'au boulevard de Rochechouart mais comme nous avons Montmartre pour épicentre, nous la parcourrons en commençant par les derniers numéros, près du square d'Anvers.

Rue de Dunkerque. Montmartre. 1) Entre le boulevard de Rochechouart et la rue du Faubourg Poissonnière.. Ancienne rue Neuve du Delta. IXème arrondissement.

Nous pouvons la diviser en trois parties pour raconter sa création.

La plus ancienne partie court sur plus de 500 mètres entre la Gare du Nord (faubourg Saint-Denis) et le faubourg Poissonnière.

Son plan de lotissement est tracé en 1827 sur les terrains de l'Enclos Saint-Lazare.

Il faudrait des centaines de pages pour retracer l'histoire de ce clos qui remonte au XIIème siècle quand il fallut isoler les lépreux dans des bâtiments entourés de murs (sous la protection de Saint Lazare).  Au XVIIème siècle c'est là que St Vincent de Paul créa les Filles de la Mission et recueillit les orphelins. C'est un des lieux les plus chargés d'histoire de Paris.

 

 La rue nouvellement créée prend le nom des Abattoirs de Montmartre situés plus haut pour remplacer les nombreuses "tueries" insalubres. Elle gardera ce nom jusqu'en 1847 pour prendre celui de Dunkerque. Plusieurs rues du quartier rendront hommage à des villes du nord de même que sur la façade de la gare, des statues de pierre les représenteront telles des déesses antiques.

 

 La rue était prolongée à l'est par une impasse "le cul de sac Saint-Lazare" qui devint "impasse des Abattoirs" puisqu'elle prolongeait la rue du même nom.

Enfin quand Dunkerque remplaça 'les Abattoirs", l'impasse transformée en rue, fit partie de la nouvelle rue.

Rue de Dunkerque au boulevard de Rochechouart (en arrière plan l'Elysée Montmartre)

Rue de Dunkerque au boulevard de Rochechouart (en arrière plan l'Elysée Montmartre)

    La dernière partie va de la rue du Faubourg Poissonnière au boulevard Marguerite de Rochechouart. 

C'était à l'origine la rue Neuve du Delta qui portait ce nom à cause du jardin d'attractions sur lequel elle avait été lotie en 1839.

Ce grand jardin attirait de nombreux parisiens émerveillés par les spectacles de feux d'artifice de Ruggieri. Il avait remplacé les "Promenades Egyptiennes" ou avaient été inaugurées les ancêtres des montagnes russes. C'est à la suite de nombreux accidents que les Promenades Egyptiennes avaient cédé la place au jardin du Delta.

                          La Place du Delta, la rue de Rochechouart

La rue du Delta voisine et la place du même nom en perpétuent la mémoire.

 

La rue Neuve du Delta fut réunie en 1854 à la rue de Dunkerque et prit son nom. Et voilà! Nous avons notre rue en son entier sur 1km 100. 

Nous commençons notre balade par la fin de la rue, comme nous l'avons dit, là où elle est montmartroise. Elle débouche sur la place d'Anvers, devant le boulevard Marguerite de Rochechouart, à deux pas du square d'Anvers.

Débouché de la rue sur le boulevard, vers l'Elysée Montmartre et le métro Anvers

Débouché de la rue sur le boulevard, vers l'Elysée Montmartre et le métro Anvers

Rue de Dunkerque. Montmartre. 1) Entre le boulevard de Rochechouart et la rue du Faubourg Poissonnière.. Ancienne rue Neuve du Delta. IXème arrondissement.

Le Café des Oiseaux côté impair nous invite à prendre un peu de hauteur afin d'éviter les ordures qui s'entassent depuis près de trois semaines. Mes photos éviteront donc les rez-de-chaussée nauséabonds et grouillants de rats! Un seul exemple suffira (suffi- rat)

            84 rue de Dunkerque. Entrée de l'espace de réunions de l'hôtel "Le Régent"

     Le café des Oiseaux est cité dans l'Amour Fou  de Breton.

Le boulevard, le square d'Anvers et à gauche la rue de Dunkerque et le café des oiseaux.

C'est là que l'artiste rare, peintre de talent, Jacqueline Lamba, lui donne rendez-vous, pour, après deux heures de conversation, déambuler dans les rues d'un Paris nocturne et magique.

                                      Le cirque (Jacqueline lamba)

                                        Jacqueline Lamba et Breton

Cette femme "scandaleusement belle" sera la 2ème femme de Breton et la mère de leur fille Aube. Elle est à peine mentionnée hélas dans l'exposition que le musée de Montmartre consacre jusqu'en septembre 2023 aux femmes surréalistes.

 

Rue de Dunkerque. Montmartre. 1) Entre le boulevard de Rochechouart et la rue du Faubourg Poissonnière.. Ancienne rue Neuve du Delta. IXème arrondissement.

La partie de rue qui va jusqu'au croisement avec l'avenue Trudaine possède de beaux immeubles haussmanniens construits en même temps que l'avenue. Ils sont comme il se doit, de même hauteur (6 étages) avec décoration de moulures et de corniches avec balcon à l'étage noble (2ème) et balcon filant au 6ème.

                                                                 Le 85

                                                Le 81

Le 81

                                       Le 83

Le 83

Nous pouvons voir sur la façade du 83 le nom de l'architecte et la date de construction : De Lalande. 1870.

Cet architecte est très en vogue sous le 2nd Empire et on lui doit plusieurs théâtres, notamment le théâtre de la Renaissance qui a survécu au vandalisme des années Pompidou.

C'est à lui que l'on doit le beaux immeubles du début (côté pair) de l'avenue Trudaine.

Une ancienne photo rappelle qu'il y eut au 83, un restaurant depuis longtemps disparu.

 

Le 87

Le 87

Rue de Dunkerque. Montmartre. 1) Entre le boulevard de Rochechouart et la rue du Faubourg Poissonnière.. Ancienne rue Neuve du Delta. IXème arrondissement.

Il y eut au 87 un hôtel du nom de Reina. Sans les cartes anciennes nous n'en saurions plus rien.

Le 76 et le 9

Le 76 et le 9

Une curiosité sur l'immeuble à pan coupé du 76, c'est qu'il affiche deux numéros, l'un sur la rue de Dunkerque (76) et l'autre sur la rue Gérando (9).

La rue, hélas, n'a pas abrité beaucoup de peintres dans un quartier qu'ils avaient pourtant investi. Revenons donc vite au 91 où vécut et mourut Alexis Kalaeff.

 

Ce peintre né en 1902 en Russie se réfugie à Paris en 1926 où il suit les cours d'Othon Friesz. Il est classé parmi les Expressionnistes bien que son oeuvre présentât bien des facettes.

                                           Préparation pour le bal masqué

Il peignit des paysages, des scènes de cirque (il fréquentait en voisin le Médrano)... des scènes religieuses. Ce dernier aspect révèle son âme torturée qui fait de la passion du Christ l'image même de la condition humaine.

                                                                L'accusé

Après la mort de son grand amour, sa femme Claudine, il se suicide dans cet immeuble du 91. Il a 79 ans. J'aurais aimé le connaître.

Nous aurions bu un verre au Café des Oiseaux et j'aurais pu lui dire que je l'admirais.

                                     Femme au flambeau

Nous arrivons au croisement avec la rue Marguerite de Rochechouart. La rue descend en droite ligne plein est.

 

Rue de Dunkerque. Montmartre. 1) Entre le boulevard de Rochechouart et la rue du Faubourg Poissonnière.. Ancienne rue Neuve du Delta. IXème arrondissement.

Le 57 est un des rares immeubles à porter, gravé dans la pierre, le nom de son architecte : F. Ratier 1872.

Je n'ai rien trouvé sur cet architecte qui serait le bienvenu pendant ces grèves, pour contrer la gent des muridés qui prolifère dans nos poubelles!

Cette section qui va jusqu'à la rue du Faubourg Poissonnière (38 côté pair et 51 côté impair) n'a pas grand chose à nous raconter. Nous y rencontrerons quelques immeubles haussmanniens..

                                                                     Le 54

      Nous trouverons cependant un intérêt historique à un groupe d'immeubles semblables , les 46-48-50 qui ont été construits par la Compagnie d'Assurances "La Confiance" en 1880.

Les Assurances en effet investissaient dans l'immobilier et le bon rapport financier des locations. Nos immeubles de la rue de Dunkerque font partie d'un vaste ensemble qui donne en partie sur la rue du Faubourg Poissonnière. Adieu au style haussmannien... les façades de pierres sont simples et sans décors.

          Ce qui n'est pas le cas du bel immeuble fin de siècle du 44

Jetons un œil sur le 43.

                                                              43

     Sa belle façade de 1930 développe ses baies vitrées derrière lesquelles il y eut le siège des Editions des frères Offenstadt. Les quatre frères s'étaient spécialisés dans la presse enfantine et leurs journaux connaissaient une grande diffusion. Parmi leurs valeurs les plus sûres et les plus impertinentes figuraient le Pieds Nickelés qui amusaient petits et grands.

                                   

 

     Sous le régime de Vichy, ils subirent les lois antijuives et furent spoliés. Maurice mourut en 1943 à Nice où il s'était réfugié, Nathan mourut au camp de Drancy. Les frères rescapés ne retrouvèrent leurs biens qu'en 1946 mais ne parvinrent pas à reconquérir le marché de la presse pour jeunes où régnaient Spirou, Tintin et autre Mickey.

 

Aujourd'hui se trouve dans cet immeuble le siège de La France Insoumise. Peut-être les Pieds Nickelés inspirent-ils leurs membres ?

Croisement avec le Faubourg Poissonnière (vers square d'Anvers)

Croisement avec le Faubourg Poissonnière (vers square d'Anvers)

Cette partie montmartroise de la rue de Dunkerque, s'arrête avec le 9ème arrondissement au croisement avec le Faubourg Poissonnière (n°51 et n°38). De l'autre côté, nous serons dans le 10ème arrondissement. Nous arpenterons une prochaine fois la deuxième partie, la plus ancienne, qui va vers la Gare du Nord, ce palais des voyages voulu par Napoléon III. 

                   Croisement avec le Faubourg Poissonnière vers Gare du Nord.

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Place du Tertre. Lucien Génin

Place du Tertre. Lucien Génin

.... Montmartre a inspiré bien des peintres qui souvent sans le savoir l'ont transformé en usine à clichés!

Aujourd'hui les touristes photographient sans se lasser, non pas des lieux de Montmartre mais leur image créée par Utrillo et tant d'autres.

Rue Cortot (Lucien Génin)

Rue Cortot (Lucien Génin)

     La maison rose, sans Utrillo, ne serait rien qu'une maison banale devant laquelle nous passerions dans l'indifférence...

Hôtel du Tertre  (Lucien Génin)

Hôtel du Tertre (Lucien Génin)

... D'autres peintres, aujourd'hui moins connus ont participé à cette renommée picturale. Parmi eux, Lucien Génin. Il fait partie avec Elysée Maclet de ceux qui ne se sont pas lassés de représenter les rues de la Butte.

Lucien Génin  peintre de montmartre.

Notre amoureux de Montmartre n'y est pas né. Il a vu le jour (en 1894) à Rouen et n'est venu à Paris que pour suivre les cours de l'Ecole des Art-Déco (Il avait auparavant suivi ceux de l'Ecole des Beaux Arts de sa ville où Dufy qui vécut à Montmartre avait été lui aussi étudiant).

Place Ravignan où se situe l'hôtel du Poirier (Utrillo)

Place Ravignan où se situe l'hôtel du Poirier (Utrillo)

Il loue une chambre à l'Hôtel du Poirier, place Ravignan, un des épicentres du Montmartre des peintres car elle est l'adresse du Bateau-Lavoir. La pension est tenue par la mère Boyer qui a également pour pensionnaire Elysée Maclet. Sa chambre est voisine de la sienne et les deux hommes sympathisent. Ils deviennent de véritables amis. Leurs toiles se ressemblent parfois car ils sont tous deux coloristes, admirateurs des Fauves.

 

Rue de l'Abreuvoir (Génin)

Rue de l'Abreuvoir (Génin)

Rue de l'Abreuvoir (Maclet)

Rue de l'Abreuvoir (Maclet)

La proximité du Bateau-Lavoir permet aux deux amis de rencontrer quelques habitués du lieu, parmi lesquels Max Jacob.

Lucien Génin  peintre de montmartre.

Quand il a 25 ans, Génin quitte l'hôtel pour s'installer un peu plus confortablement rue des Beaux-Arts où il loue un appartement avec Maclet, au 3 bis. Mais les deux amis remontent souvent sur la Butte où ils trouvent leur inspiration.

 

Lucien Génin  peintre de montmartre.

Il y reste trois ans avant de regrimper vers le Poirier et se fixe au Bateau-Lavoir. Il rencontre une jeune femme qui n'était pas connue pour être farouche mais pour laquelle il "tombe en amour" comme disent nos amis du Québec. 

Lucien Génin  peintre de montmartre.

La responsable de cette "chute" en amour c'est la belle Ginette qui à son tour s'éprend de son Lucien. Elle aurait pu pourtant chanter comme Fréhel : "C'est un vrai gringalet, aussi laid qu'un basset, mais je l'aime..." En effet Génin se compare parfois à Lautrec, non par le talent mais par la taille.

La liaison dure plus de 10 ans jusqu'en 1936. Le couple amoureux participe à de nombreuses rencontres avec quelques uns des poètes et des peintres qui animent des soirées amicales dans les cafés du quartier. Parmi eux Max Jacob, Marcel Leprin, Gen Paul...

Lucien Génin  peintre de montmartre.

1936 ! L'année du départ de Ginette est celle où Lucien Génin quitte Montmartre afin de tenter de l'oublier. Il descend dans la ville, côté Saint-Germain des Prés. Il tourne le dos à Montmartre et quand il veut respirer un air nouveau, c'est dans les calanques méditerranéennes qu'il se rend!

 

Il continue de peindre et ses œuvres connaissent un petit succès.

Il meurt en 1953 à l'hôpital Cochin où il est amputé d'une jambe, opération qui n'arrête pas la gangrène fatale.

Lucien Génin  peintre de montmartre.

    La fosse commune lui est épargnée  grâce à Ginette qui s'occupe des obsèques et suit le convoi jusqu'au cimetière parisien de Thiais où il repose, comme on dit, loin du Montmartre où ils s'étaient aimés.

     Il nous laisse des toiles d'un Montmartre joyeux, parfois naïf.

      Il y a dans son art quelque chose d'Utrillo bien sûr.

      Parfois comme le fils de Valadon, il parsème les rues de petits personnages, des passants, seuls ou en couple, comme autant de santons.  Comme lui il pose une carte postale devant le chevalet....

Ainsi plusieurs toiles ont-elles le même angle de vue et ne diffèrent que par l'humeur du jour, plus ou moins gaie, du peintre et de sa palette.

Lucien Génin  peintre de montmartre.

   L'influence de Gen Paul se fait sentir également quand il ne cherche pas la précision mais le mouvement qui métamorphose la réalité sans souci de réalisme. 

Lucien Génin  peintre de montmartre.

    Pourtant il me semble que sa meilleure période est celle qui correspond à son arrivée à Montmartre et à son amitié avec Elisée Maclet. 

Lucien Génin  peintre de montmartre.
Lucien Génin  peintre de montmartre.

Lucien Génin est un de ces peintres de talent qui s'attachèrent à Montmartre et qui furent moins inspirés lorsqu'ils le quittèrent. Aujourd'hui nul ne parle de lui qui est éclipsé par les artistes de génie qui furent ses contemporains.  

S'il est exilé dans le cimetière de Thiais, les rues de la Butte ne l'oublient pas et se regardent dans ses toiles comme on feuillette un album de photos et on se surprend de se trouver si vivant et si jeune! 

Lucien Génin  peintre de montmartre.

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Les artistes et personnalités de Montmartre

 

René Fauchois (cité par André Roussard)  parle du peintre : "Je n'ai connu à Lucien Génin que deux passions : la peinture et le vin rouge. (...) Sa taille exiguë l'apparentait physiquement à Lautrec et à Marquet, et j'aurais voulu le rencontrer un jour entre Vlaminck et Derain, ces géants. (...) Toute sa saveur vient de son naturel et sa simplicité, qui n'est pas feinte... Certainement la joie l'emplissait quand il peignait. On le voit, car cette joie est communicative et une toile de lui met plus de lumière à la fois sur le mur où on l'accroche et dans les yeux qui s'en régalent."

                             La rue Lepic. Tableau qui appartient à mon ami Pierre 

 

 

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Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.
Sur la droite l'Hôtel du Tertre. (Utrillo)

Sur la droite l'Hôtel du Tertre. (Utrillo)

Nous sommes au cœur de Montmartre, à l'entrée de la place du Tertre devenue mythique, au premier numéro, avec cet Hôtel qui abrita quelques poètes, artistes, peintres les plus emblématiques de la Butte

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

L'Hôtel a été détruit comme tant de vieilles maisons du village et aujourd'hui s'élève à sa place un petit immeuble dont l'architecture n'est pas nulle mais s'intègre mal avec les immeubles voisins qui, eux, par chance, ont été sauvegardés.

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

Nous pouvons grâce aux cartes postales et aux photos revoir l'Hôtel, tel qu'il fut dans les grandes années montmartroises.

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

Ce petit immeuble modeste date de 1835 et il abrita des commerces qui convenaient aux villageois.

Si j'en crois André Roussard et ses "Montmartrois", il y aurait eu dans les dernières années du XIXème siècle, au rez de chaussée, une épicerie-bazar, appartenant au père Poncier. 

Des documents (photos, cartes postales) semblent attester que ce père Poncier était en fait un restaurateur dont le nom apparaît sur la façade et dont le restaurant "le Rendez-vous des cochers" a précédé Bouscarat.

Ce document montre également qu'il y eut une librairie- papeterie-mercerie qui jouxtait le restaurant. 

    Sur une photo plus tardive, on peut voir que le "Rendez-vous des cochers" a pris la place de la librairie et jouxte désormais l'hôtel du Tertre et le restaurant Bouscarat.

Bon ce débat sur les emplacements exacts des établissements n'intéressera peut-être que les Montmartrolâtres dont je suis!

     Sur cette autre photo, nous voyons que "le rendez-vous des cochers" a disparu pour laisser place "Au Sommet de la Capitale".

L'Hôtel du Tertre, lui, est bien là. Notons l'apparition d'une vespasienne à quelques mètres de l'église.

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

      C'est en 1897 qu'Henri Bouscarat rachète l'immeuble du début de la rue.

        Il est fils de paysans de l'Aubrac, "monté" à Paris, comme tant d'autres pour devenir bougnat. Il voit tout de suite quels atouts possède ce petit immeuble, situé idéalement au centre du village et non loin du chantier de la Basilique qui emploie des centaines d'ouvriers et il y ouvre un restaurant et un hôtel.

Utrillo

Utrillo

     Le restaurant "chez Bouscarat" avec ses tables sorties sur la chaussée dès le début du printemps, attire les affamés pas trop fortunés et les jolies filles disposées moyennant quelques sous à poser pour les peintres qui ont choisi Montmartre pour y travailler dans des ateliers au loyer modeste.

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

L'Hôtel devient un des épicentres de la vie artistique montmartroise. Les peintres du Bateau-Lavoir s'y retrouvent. Parmi eux les Espagnols autour de Picasso bien sûr mais plutôt que de citer tous ceux qui ont apprécié l'endroit et les demoiselles disponibles qui s'y affichaient, retenons plutôt le nom de ceux qui ont été les plus assidus clients de l'hôtel.

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

Gaston Couté tout d'abord, le poète anarchiste au grand cœur qui vécut dans une chambre du premier étage quand il ne dormait pas dans la rue. Cet homme sensible et doux est le seul qui a l'honneur d'une plaque sur la façade de briques du bâtiment actuel.

Nous lui avons consacré un article et la meilleure façon de le saluer, c'est encore de citer quelques uns de ses vers écrits alors qu'il entendait sous ses fenêtres, le clocher de Saint-Pierre sonner le glas pour ceux qui avaient de quoi se payer un bel enterrement : 

Quand s'éteignent comme des cierges,
Les grands-pères et les grand'mères
Et que gisent, emmi les serges
Des linceuls, leurs corps éphémères.
Digue digue dig, digue digue don !
Chante aux trépassés le grand carillon
Digue digue dig, digue digue don !
Pour qu'on vous enterre
Casquez, casquez donc !

 

 

Le poète de la fraternité et de la révolte eut pour principale adresse cet hôtel où il écrivit certains de ses poèmes les plus connus, ceux que chanta notamment Monique Morelli, la grande voix du Montmartre de la poésie et de la révolte.

Pierre Hodé

Pierre Hodé

     

 

Parmi les autres locataires d'une chambre de l'Hôtel, nous trouvons Jules Depaquit, un des plus éminents Montmartrois! Dessinateur et caricaturiste de talent ("le Rire" "Le Canard Enchaîné"), il fut maire de la Commune libre de Montmartre. On lui doit la fête des vendanges, les vachalcades et un programme politique idéal interdisant, sous peine de mort, de mourir sur le territoire de la Commune ou supprimant l'eau des fontaines qui devront "éjaculer" du vin, rouge, rosé ou blanc selon le goût des habitants.... 

 

 

Il a vécu quelques années dans une chambre voisine de celle de Mac Orlan ou de Satie. Quand ses revenus se sont améliorés, il a loué une autre chambre dans la maison qui appartenait à Aristide Bruant, rue Saint-Vincent.

Il meurt en 1924 et ne verra donc pas la destruction de l'Hôtel du Tertre. La plus belle épitaphe prononcée lors de son enterrement est prononcée par Mac Orlan : "Son activité se bornait à régler la circulation entre la place du Tertre et la lune".

Mac Orlan est l'un des habitants de l'hôtel qui en garda le plus de souvenirs et qui écrivit le plus sur ce lieu unique, cette terrasse où l'on pouvait voir tant d'artistes sans le sou devenus par la suite illustres. 

                                                                   Foujita                          

Mais l'esprit libertaire et potache de Montmartre trouve une de ses plus savoureuses réalisations dans cet Hôtel avec le baron Pigeard auquel j'ai consacré un article alors qu'il mériterait un roman!

 

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

      Cet homme, baron comme je suis évêque, commettait quelques croûtes qui furent exposées à la foire aux croûtes de la place Constantin Pecqueur mais il préférait confectionner des maquettes de voiliers qui trouvaient plus facilement acquéreurs. Il eut l'idée de créer avec deux acolytes, Anselin et Fournier, la célébrissime UMBM, l'Union Maritime de la Butte Montmartre.

 

N'y étaient admis que  ceux qui avaient un rapport avec la mer. Modigliani venu de Toscane, Max Jacob du Finistère, en firent partie et assistèrent aux réunions, dans la salle du restaurant Bouscarat.

                                                             Max Jacob

Un hareng saur dans une cage était posé sur la table et présidait les séances, à côté du crâne de Christophe Colomb à 25 ans que l'on avait le droit de toucher moyennant quelques sous ou une tournée d'absinthe.

   

 Les membres de l'Union s'engageaient à apprendre la natation aux poulbots couchés à plat ventre sur un tabouret et répétant les gestes de la brasse qui leur étaient montrés. Les réunions de l'USBM connurent un franc succès et elles encouragèrent Bouscarat à re-nommer son premier étage : Hôtel de la Marine! 

 

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

     La suite de l'histoire est moins joyeuse. Tout commence avec le flair et l'appétit d'un chauffeur de taxi, Léonard Beynat qui achète la modeste boutique d'un cordonnier qui jouxte l'hôtel. Il y installe ce qu'on appellerait aujourd'hui un bar à vins mais sous une forme plus rustique puisqu'on y tire directement la dive boisson au tonneau.

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

    Le succès est tel que Beynat peut, racheter l'hôtel du Tertre et ouvrir le cabaret "La Bohème". 

On peut voir également, jouxtant le cabaret, "le Moulin Joyeux", restaurant qui plus tard, en 1968, sera avalé par la Bohème lorsqu'il sera racheté par les successeurs de Beynat, longtemps après la démolition de l'Hôtel du Tertre.

Léonard Beynat après bien des démarches, obtint en effet l'autorisation de le détruire malgré les manifestations pacifiques organisées par les riverains, découragés de voir détruire une à une les maisons qui avaient résisté à la spéculation.

C'est ainsi que les pelleteuses vinrent abattre le vieil hôtel, en 1938, pour le remplacer par l'immeuble actuel, trop haut, sans harmonie avec les maisons environnantes.

 

 

Le nom de l'hôtel disparut au profit de "La Bohème".

Faut-il y voir un hommage à ce que fut ce lieu?  

Ou bien, comme Aznavour chanter que "ça ne veut plus rien dire du tout"?

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

Quand au hasard des jours
Je m'en vais faire un tour
À mon ancienne adresse
Je ne reconnais plus,
Ni les murs, ni les rues qui ont vu ma jeunesse
En haut d'un escalier
Je cherche l'atelier
Dont plus rien ne subsiste
Dans son nouveau décor, Montmartre semble triste et les Lilas sont morts

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