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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Dieux et ancêtres. Exposition Taï Taï rue André Del Sarte.

Les amateurs d'art asiatique et d'artisanat de qualité connaissent bien Taï Taï, 15 rue André Del Sarte. 

Le magasin présente aujourd'hui "Des estampes et des Dieux" une exposition de pièces rares qui mérite une visite:

Dieux et ancêtres. Exposition Taï Taï rue André Del Sarte.

Hiroshige est à l'honneur avec un tirage limité de vues de Kyoto "Kyoto Meisho Toto Meisho".

Il s'agit d'un tirage limité sur parchemin d'une rare précision.

Plus rare encore est l'exposition de statuettes de bois sculpté, des XVIIIème et XIXème siècles qui représentent des divinités ou des ancêtres.

Le culte des ancêtres est vivant en Chine, inspiré par la pensée confucéenne, il cohabite avec toutes les religions, qu'elles soient taoïste, bouddhiste, musulmane, chrétienne ou.... marxiste!

Dans les maisons, est honorée en bonne place une statuette de bois censée représenter un ancêtre qui marqua particulièrement la longue lignée familiale.

Dans une trappe à l'arrière de la statuette un parchemin plié ou roulé porte le nom des membres de la famille. Il peut y en avoir des centaines.

 

Sous cette liste un petit sachets mystérieux renferme quelques reliques comme des graines recueillies au pied d'un arbre vénérable qu'aurait pu connaître l'ancêtre, ou de petits cailloux du chemin sur lequel il marchait. 

Les plus anciennes statuettes sont pourvues de deux trappes.

 La peinture originelle a pali avec le temps.

Dieux et ancêtres. Exposition Taï Taï rue André Del Sarte.

    Quelques unes de ces sculptures ont gardé des traces de couleurs, le rouge sombre, le bleu profond, l'or.

Ces traces de polychromie ajoutent à la poésie et au mystère. Souvent les statuettes vénérées ont été détruites pendant la Révolution Culturelles. Certaines, afin d'échapper au feu, ont été enterrées par leurs propriétaires, gardiens du culte familial. La peinture en été dégradée et curieusement l'oxydation en a coloré d'orangé certaines parties. 

 

Dieux et ancêtres. Exposition Taï Taï rue André Del Sarte.

Figurent également dans l'exposition des gardiens en armure...

Des divinités protectrices qui assurent notamment la fécondité symbolisée par une mère et son enfant.

 

Xiao Hua et Pierre Claude qui vous accueilleront, sauront mieux que moi vous renseigner sur les légendes ou les croyances liées à telle ou telle statuette!

Comme celle de ce garnement qui jouait des tours pendables à son voisinage et que son père enferma dans une pagode.

Voilà qui valait peut-être mieux qu'une prison pour mineurs!

 

Sans connaître les traditions et légendes qui entourent ces personnages sculptés, nous ne pouvons qu'être touchés par la grâce et le mystères qui les habitent... et qui ne demandent qu'à vous émouvoir jusqu'en septembre, 15 rue André Del Sarte, à Montmartre.

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places., #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Street art. 13 bis. Impasse Marie Blanche.
La vague.

La vague.

L'Art des Rues peut être agressif, provocateur, insolent et inventif. Il peut être aussi rêveur, poète, mystérieux. C'est à cette catégorie qu'appartient une artiste qui signe pourtant d'un nom peu romantique : "13 bis".

                                                     Eglise Saint Merry (juin 2016)

Street art. 13 bis. Impasse Marie Blanche.

Voilà qu'elle a choisi pour s'exprimer une impasse de Montmartre, parmi les plus paisibles, les plus provinciales.

Il s'agit de l'impasse Marie blanche qui donne dans la rue Constance et la rue Cauchois. Un endroit habité par bien des fantômes qui ne se résolvent pas à disparaître. Copi, Koltès, Souplex, Mac Orlan, Morelli, Cormon...

Street art. 13 bis. Impasse Marie Blanche.

Quand on avance dans la ruelle, ce qui attire tout d'abord c'est la douceur, le velouté mauve des teintes, la transparence, avant même de découvrir ce qui émerge de cette douceur.

Street art. 13 bis. Impasse Marie Blanche.

Il s'agit d'une femme mélancolique telle que les peintres aimaient les représenter au début du XIXème siècle. On pense à Ingres sans être sûr de reconnaître le modèle repris pas l'artiste. 

 

Beauté, tristesse, rêverie autour de laquelle se posent des fleurs, des papillons, des oiseaux.

Fidèle à son art, 13bis utilise ces éléments comme des collages surréalistes qui nous laissent libre interprétation.

 

 

Street art. 13 bis. Impasse Marie Blanche.

Autour de la porte d'entrée, la flore devient luxuriante, presque étouffante.

Une porte est invitation à l'aventure, à ce qui se cache derrière elle, rassurant ou inquiétant. 

Street art. 13 bis. Impasse Marie Blanche.

Des sphinx protégeaient les temples d'Egypte. Ici ce sont des chats, divinités sensuelles et vigilantes.

Ils font corps avec la femme que l'on devine sur un divan dans un monde de luxe, calme et volupté.

Street art. 13 bis. Impasse Marie Blanche.

Et puis notre œil est attiré par un objet mis en valeur, protégé de la profusion de fleurs et de feuillage. C'est une serrure ouvragée, comme celles des secrétaires précieux où se cachaient les lettres secrètes et interdites. Non pas la bonne serrure utilitaire de la porte verte qu'un cambrioleur avisé saurait forcer mais celle qui ne s'ouvre qu'aux rêveurs audacieux

Street art. 13 bis. Impasse Marie Blanche.

La femme aux chats peut nous aider.

 

Il faut savoir l'approcher, l'apprivoiser peut-être afin qu'elle accepte que notre main se tende vers son oreille et saisisse le sésame, la clé qui nous permettra d'entrer dans son jardin!

 

Et je vous avoue que je suis entré dans ce jardin mélancolique où devisaient à l'ombre des grands arbres, Koltès et Copi, Mac Orlan et Morelli...

Montmartre corps et âmes.

 

Montmartre secret. Nombreux articles sur le street art. Quelques exemples :

Rue Véron. Levalet

Gregos

Miss.Tic

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places., #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.

     N'oublions pas que Montmartre avant la construction du mur des Fermiers Généraux s'étendait sur une partie du IXème arrondissement actuel et que ce quartier en faisait partie.

Quelle animation en 1906! C'est la seule carte postale à ma connaissance de cette rue.

Quelle animation en 1906! C'est la seule carte postale à ma connaissance de cette rue.

     La rue de l'agent Bailly est une des plus étroites et des plus courtes de Paris. Il y eut tout d'abord à cet endroit l'impasse de l'école. En 1877 elle fut prolongée et porta le nom, dans sa partie qui commençait rue Rodier, d'impasse Rodier puis passage Rodier. 

Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.

     En 1899 l'impasse Rodier fut prolongée jusqu'à la rue Milton et devint une rue, laissant l'impasse de l'école vivre sa vie et se protéger derrière une grille digicodée interdite aux curieux.

   

C'est en 1904 que fut donné à cette modeste artère le nom de l'agent Bailly dont peu de gens à vrai dire sauraient dire qui il fut.

    Charles Gaston Bailly (1871-1901) était gardien de la paix de la brigade fluviale. Le 2 novembre 1901, Il tenta de secourir une femme, Emilie Vallée, 38 ans, concierge. On ne sait si elle s'était jetée dans la Seine volontairement ou si elle y était tombée. Ce que l'on sait, c'est que l'agent Bailly n'hésita pas une seule seconde et se jeta dans le fleuve pour la secourir.

Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.

    C'était au niveau du pont Marie entre l'île Saint-Louis et les quais où de nombreuses barges étaient amarrées. L'homme rejoignit la femme qu'il saisit mais le courant était si fort ce jour-là qu'il les entraîna vers le fond, sous les barges. Le fait divers eut un grand retentissement et l'héroïsme du jeune gardien de la paix impressionna les parisiens. Il fut donc décidé de donner son nom à une rue de la capitale et ce fut cette modeste rue du IXème arrondissement qui fut choisie.

Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.

Les 1 et 2, petits immeubles modestes en début de rue. 

Le 3

Le 3

  Le 3 : Un harmonieux porche de pierre ferme la cour Saint-Hilaire. Un endroit secret de Paris, accessible aux seuls habitants.

Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.
Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.

     Il ouvre sur une cour pavée ombragée par des arbres, aujourd'hui très recherchée mais qui fut en son temps une cité ouvrière. Les immeubles appartinrent à la famille des Bérard, gros négociants en vins. Dans la première moitié du XIXème siècle, c'était le commerce le plus lucratif, le gros rouge étant l'opium du peuple!

Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.

     L'ensemble fut construit en 1830 afin d'abriter les ouvriers qui construisaient le quartier à la mode de la Nouvelle Athènes. Quelques ateliers ainsi que des boxes pour les chevaux occupaient le rez de chaussée. 

Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.

     Un clocheton et une horloge ont traversé le temps. Le mécanisme n'a été électrifié qu'en 2001. La cloche est historique puisqu'elle fut fondue par Osmond Dubois, le fondeur de Charles X.

Georges de Feure

Georges de Feure

     Un tel endroit ne pouvait manquer de plaire aux artistes. Certains dont le nom a été avalé par le temps y ont créé sans jamais trouver la renommée, d'autres, ou plutôt UN autre qui a sa place aujourd'hui dans les musées comme représentant majeur de l'art symboliste y a eu son atelier. 

Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.

     Il s'agit de Georges de Feure. Il est avec Mucha un des peintres de la femme, femme-fleur, femme-poison, femme-poésie...

Admirateur de Baudelaire il est comme lui attiré et effrayé par la beauté féminine.  

Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.

     Il a été choisi, pour décorer la façade du pavillon Art Nouveau de l'exposition universelle de 1900.

   

 

  Il a créé de nombreuses affiches qui sont parmi les plus belles de son temps. 

 Enfin certaines de ses toiles démontrent s'il en était besoin qu'il fut un vrai peintre, influencé par les courants les plus forts de la fin de siècle, dans la mouvance d'un Toulouse Lautrec.

Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.
Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.

     Le 4 est précédé d'un corps de bâtiment sur rue d'un étage. Des "maisons" y remplacent un ancien bistro. Je me rappelle avoir visité l'endroit quand je cherchais à me loger dans le quartier. Beaucoup de charme et même une cave voûtée de pierres... mais évidemment la lumière y est chiche et les barreaux du rez-de-chaussée ne sont pas franchement gais!

Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.

Le 5 protégé par une grille est l'impasse de l'école (qui doit son nom, ô surprise à la présence d'une école dans sa continuité). Elle fut ouverte en 1829 et prit, en 1877 le nom d'impasse Rodier avant de récupérer son nom originel en 1904. 

Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.

      Tout un côté est occupé par l'imposant immeuble (construit en 1905) qui fait quelques efforts décoratifs et possède dans sa cour un édicule charmant.

 

L'impasse réserve une surprise, avec le 5bis.

En poussant la porte, on découvre une autre courette avec d'anciens ateliers. On y jouit d'un calme absolu dans ce quartier vibrant.

 

 

Nous quittons cette impasse pour retrouver la rue de l'agent Bailly.

 

Le 8

Le 8

Nous n'avons plus qu'un numéro à découvrir avant la rue Milton...

Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.

     C'est le 8 bien connu des amateurs d'art qui font le détour pour le découvrir. Il y avait là une vieille menuiserie qui après le départ de son menuisier fut occupée pendant 40 ans par un peintre étonnant et messager de vie, Yvon Taillandier.

Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.

     Né à Paris en 1926, il mourut en Avignon en 2010 après avoir créé son univers, son pays, le Taillandier-Land où nous sommes invités à entrer sans visa!

Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.

     Son monde est foisonnant. Les habitants y sont en mouvement, unis les uns aux autres par des tubes en mouvement. Ils pilotent des machines amusantes et vivantes qui participent à leur voyage intérieur. Rien de dur, de cassant, de mécanique mais une fête des voisins autour de totems sympathiques.

Yvon Taillandier a décoré son atelier, donnant à son quartier l'ouverture sur son univers.

Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.

     Les fresques ont été restaurées et aucun taggeur jusqu'à présent ne les a recouvertes. C'est sur cette fête de l'imaginaire et de la vie que nous quittons cette rue qui porte le nom d'un homme qui n'hésita pas à donner sa vie pour tenter d'en sauver une autre, avec ce peintre qui n'hésita pas à donner son temps et son talent pour permettre à la ville de sortir de sa monotonie et de sa déprime hivernale. 

Rue de l'agent Bailly Paris 9ème.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
Jean Baptiste Clément. Ses adresses à Montmartre. Le Temps des Cerises.

La dernière maison de Jean Baptiste Clément.

Pour l'anniversaire de la Semaine Sanglante, je republie cet article consacré à ce héros de la Commune, humaniste et poète.

Photo de Nadar.

Photo de Nadar.

Il est l'un des plus montmartrois des Montmartrois.

Il a donné à la Butte son hymne amoureux et tragique.

Pour l'éternité (aussi longtemps qu'elle durera) il chantera le Temps des Cerises, le temps de la Commune, de la jeunesse...

Comment une chanson d'amour écrite plusieurs années avant la Commune a t-elle pu s'imposer comme un étendard du rêve assassiné?

Les poètes ne sont-ils pas prophètes?

 

Jean Baptiste Clément. Ses adresses à Montmartre. Le Temps des Cerises.

                    Clément fut un piéton de Montmartre, un inlassable arpenteur de la Butte et l'on sera à peine surpris qu'il y ait habité en 12 endroits différents...

12 adresses qui offriront à ses admirateurs l'occasion d'une balade nostalgique et rêveuse d'une rue à l'autre...

Jean Baptiste Clément. Ses adresses à Montmartre. Le Temps des Cerises.

Il n'a jamais été un poulbot du village puisqu'il passa son enfance à Montfermeil où son père avait un moulin.

Etrange coïncidence que ces moulins qui jalonnent sa vie! Moulin de son père, moulin de ses grands-parents à l'Isle Saint-Denis, moulins de la rue Lepic!  

Rue Chappe (ancienne rue du Télégraphe) en 1904

Rue Chappe (ancienne rue du Télégraphe) en 1904

Rue Chappe en février 2017

Rue Chappe en février 2017

Il a 24 ans quand il arrive sur la Butte, l'année où Montmartre est rattaché à Paris en 1860. 

Il a pour premier domicile le 3 de la rue du Télégraphe. Une rue qui aujourd'hui porte le nom de son inventeur : Chappe.

Le 3 (disparu)

Le 3 (disparu)

Aujourd'hui la numérotation de la rue passe du 1 au 5, en sautant par-dessus le 3 dont il ne reste que des traces de l'ancienne entrée.

Le fantôme de Clément se fera passe-muraille pour y pénétrer!

Jean Baptiste Clément. Ses adresses à Montmartre. Le Temps des Cerises.
Passage de l'Arcade (des Abbesses)

Passage de l'Arcade (des Abbesses)

Il n'y demeure qu'une année avant de trouver refuge chez son oncle, Christian Poullain

qui habite passage de l'Arcade, aujourd'hui passage des Abbesses.

 

rue Véron 1903

rue Véron 1903

Rue Véron février 2016

Rue Véron février 2016

Lui qui aime la liberté, malgré la gentillesse de son oncle, préfère s'échapper du Passage pour aller habiter rue Véron au 15.

Il aime rencontrer les journalistes qui écrivent pour des journaux socialistes, avec une prédilection pour "le Cri du Peuple" de Vallès. Lui-même écrit des articles dans quelques uns de ces  journaux étroitement surveillés.

 

Jean Baptiste Clément. Ses adresses à Montmartre. Le Temps des Cerises.

Nous sommes en 1862.

Il quitte la rue Véron pour trouver refuge dans le vieux Montmartre et ses maisons modestes encore debout, rue Saint-Vincent.

Projet (en construction) rue St-Vincent

Projet (en construction) rue St-Vincent

Près de la maison de Berlioz, jouxtant le Carmel, la petite maison du village a disparu comme toutes celles de la rue qui est devenue triste et sans style.

C'est un des endroits de Montmartre les plus saccagés et définitivement enlaidis. Un complexe touristique va s'élever bientôt entre le 3 et le 7 de la rue St-Vincent.

Le cerisier du jardin  de Berlioz n'est pas près de refleurir!

Conchy-les-Pots, aujourd'hui Conchy Saint-Nicaise.

Conchy-les-Pots, aujourd'hui Conchy Saint-Nicaise.

Il fait un voyage en Belgique et passe par un village de l'Oise, Conchy les Pots, aujourd'hui Conchy Saint-Nicaise. C'est là que faisant escale, il se repose dans un jardin planté de cerisiers où il écrit son poème "Le Temps des Cerises".

Cité du Midi.

Cité du Midi.

De retour de son voyage, Clément quitte le vieux Montmartre pour habiter dans une ruelle du bas-Montmartre qui donne aujourd'hui sur l'avenue de Clichy, la Cité du Midi, au 10.

C'est pendant les années où il vit dans cette impasse qu'il est poursuivi pour ses chroniques qu'il appelle "Carmagnoles" publiées dans le journal La Réforme. Il est condamné pour injure envers l'Empereur et appel à la haine et au soulèvement et emprisonné à Sainte-Pélagie.

Il est libéré le 4 septembre 1870, jour de l'insurrection républicaine.

En 1871 il s'engage de toute sa foi républicaine dans la Commune. Il est élu dans le XVIIIème arrondissement et pendant la Semaine Sanglante, il risque sa vie avec le peuple de Paris sur les barricades.

Après l'écrasement de la Commune, il est condamné à la déportation.

Il quitte alors la Cité du Midi pour se réfugier en Angleterre.

Jean Baptiste Clément. Ses adresses à Montmartre. Le Temps des Cerises.

Il écrit alors un de ses textes les plus connus : La Semaine Sanglante

.

Sauf des mouchards et des gendarmes

On ne voit plus par les chemins

Que des vieillards tristes en larmes

Des veuves et des orphelins

Paris suinte la misère

Les heureux même sont tremblants

La mode est aux conseils de guerre

Et les pavés sont tout sanglants

 

.

7 rue Constance.

7 rue Constance.

Grâce à l'amnistie de 1880, il peut revenir à Montmartre où il habite quelques mois rue Constance, au 7.

12 rue Ganneron

12 rue Ganneron

... Puis rue Ganneron, au 12, chez sa tante Louise. La rue conduit au cimetière Montmartre qu'elle longe sur une bonne partie. Mais c'est au Père Lachaise que sont inhumés de nombreux communards et non dans ce cimetière Montmartre...

C'est alors qu'il reprend ses poèmes qu'il groupe dans un recueil. Il dédie "le Temps des Cerises" à une infirmière:

"A la vaillante citoyenne Louise, l'ambulancière de la rue Fontaine au Roi le 28 mai 1871..."

Barricade de la Fontaine au Roi.

Barricade de la Fontaine au Roi.

La barricade de la rue de la Fontaine au Roi est une des dernières et des plus héroïques de la Commune. Clément s'y bat aux côtés de Varlin et de Théo Ferré. Il voit arriver une jeune infirmière d'une vingtaine d'années. Il tente de la dissuader de rester là, le dénouement étant annoncé et tragique. Elle reste. Clément se souvient qu'elle fut courageuse et s'occupa des premiers blessés.

Jean Baptiste Clément. Ses adresses à Montmartre. Le Temps des Cerises.

Il ne la revit pas.

"Qu'est-elle devenue? A-t-elle été avec tant d'autres fusillée par les Versaillais?

N'était-ce pas à cette héroïne obscure que je devais dédier la chanson?..."

 

Tombe de Jean-Baptiste Clément au Père Lachaise

Tombe de Jean-Baptiste Clément au Père Lachaise

Et l'on comprend pourquoi le Temps des Cerises est associé à la Commune et à la Semaine Sanglante.

Le mois de mai, saison des cerises

 Les fruits tombant en gouttes de sang...

L'amour perdu et le rêve massacré partagent les mêmes images et la même mélancolie.

 

"J'aimerai toujours le temps des cerises :

C'est de ce temps-là que je garde au coeur

Une plaie ouverte!

Et Dame Fortune en m'étant offerte,

Ne pourra jamais fermer ma douleur,

J'aimerai toujours le temps des cerises

et le souvenir que je garde au cœur!"

 

 

Rue Lepic (53)

Rue Lepic (53)

La vie continue et les pérégrinations de Jean Baptiste dans les rues de Montmartre aussi...

En 1885, année où il fonde la fédération socialiste des Ardennes, il commence l'ascension de la rue Lepic et "s'installe" au 53 où il reste deux ans...

Rue Androuet

Rue Androuet

En 1887 le voilà rue Androuet, au 7, dans cette petite rue montagnarde qui accueille sur ses murs des artistes de rue....

14 rue Germain Pilon

14 rue Germain Pilon

Trois ans plus tard, il redescend vers Pigalle et la rue Germain Pilon, au 14.

45 rue des Abbesses.

45 rue des Abbesses.

... Il y reste quelques mois et lui préfère bientôt la rue des Abbesses (45) encore populaire à cette époque et dont la vieille mairie qui joua un rôle central pendant la Commune est encore debout pour peu de temps...

.

... et puisqu'il faut bien que tout s'arrête un jour, il ne reste à Clément qu'une dernière adresse montmartroise, la plus durable, celle qui méritera une plaque commémorative alors qu'aucune autre n'aura eu cet honneur!

110 rue Lepic

110 rue Lepic

Nous sommes au 110 rue Lepic, presque au sommet de la Butte.

La plaque posée par les Amis du Vieux Montmartre se trompe de quelques années car c'est de 1892 à 1903 (date de sa mort) et non de 1885  à 1903 qu'il y vécut.

La plaque qui n'est pas à une erreur près prétend qu'il a été maire de Montmartre, ce qui est faux.... archi faux!

Enfin, elle colle un trait d'union entre Jean et Baptiste, ce qui est encore une erreur puisque les parents du petit n'en mirent pas afin de le distinguer de son père qui avait le même prénom!

Mêmes erreurs sur la plaque! Il ne fut jamais maire de Montmartre! Il n'eut jamais de trait d'union!

Mêmes erreurs sur la plaque! Il ne fut jamais maire de Montmartre! Il n'eut jamais de trait d'union!

La place qui commence là, entre les rues Ravignan et Lepic, porte (avec les mêmes erreurs) le nom du combattant poète, ou du poète combattant....

En cet endroit où  Montmartre rêva de fraternité et de justice et où les balles des Versaillais étoilèrent de sang les révoltés.

Jean baptiste Clément veille pour toujours (le toujours relatif de notre humanité) en Haut de la Butte.

Il guette le retour du Temps des Cerises....

 

Jean Baptiste Clément. Ses adresses à Montmartre. Le Temps des Cerises.
Jean Baptiste Clément. Ses adresses à Montmartre. Le Temps des Cerises.

Je tiens à remercier André Roussard pour son travail minutieux et exigent sur les Montmartrois, sur les lieux, sur les peintres... Trois livres qui sont pour les amoureux de la Butte et les chercheurs une véritable Bible (plus utile que celle qui est psalmodiée dans le Sacré-Cœur!)

La visite de sa galerie, rue du Mont-Cenis, est un plaisir car les toiles exposées sont souvent intéressantes. Vous pourrez par la même occasion vous procurer ces livres qui font référence.

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La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.
Simone Valéry à la Gaîté Rochechouart

Simone Valéry à la Gaîté Rochechouart

     Ils sont nombreux les music-halls dont ne subsistent que le nom dans la mémoire de notre quartier… La Gaîté Rochechouart est un de ceux-là.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

     Ce n'était à l'origine, au 15 du boulevard de Rochechouart, qu'un vaste hangar qui servait d'entrepôt. Un dénommé Flécheux l'acquit pour le transformer en music-hall. Disons plutôt pour y installer chaises, tables, estrade rudimentaire. Le lieu était triste et banal, une bonne raison pour l'appeler "La Gaîté"!

Nous sommes en 1867, date de naissance de ce "music-hall" qui l'année suivante compléta son nom et devint "La Gaîté-Rochechouart".

Emilie Bécat

Emilie Bécat

     Il passa ensuite entre les mains de plusieurs propriétaires parmi lesquels, la plus originale fut Emilie Bécat, chanteuse aux nombreux admirateurs fascinés par son talent et son énergie. 

Paulus qui l'aimait beaucoup a parlé d'elle dans ses mémoires : "C'était du vif argent. Elle courait, bondissait, se tordait avec des gestes câlins et canailles". elle inaugura un genre qu'on qualifia d'épileptique!

 

     C'est en 1876 que grâce à un riche protecteur, elle put réaliser son rêve et acquérir ce music-hall. Elle en prit possession comme un capitaine ignorant des règles de la navigation.

Elle présenta sur scène Jean Richepin qui interprétait ses textes et qui malgré son succès populaire fut poursuivi par la justice à cause de ses "Chansons des gueux". Amende et prison pour avoir décrit une étreinte entre deux clochards!

 

Jean Richepin

Jean Richepin

 La jeune Mistinguett y fit ses débuts en 1876 mais n'y chanta que quelques mois avant de choisir l'Eldorado dont le nom et le renom nom lui promettaient une riche carrière!

    Ni Richepin ni Mistinguett ne suffirent à assurer la rentabilité de la salle qu'Emilie ne savait gérer. Elle perdit l'argent que ses charmes lui avaient rapporté et elle quitta Paris pour Saint-Pétersbourg où elle espérait se refaire une santé!

Jane d'Alma à la Gaîté Rochechouart

Jane d'Alma à la Gaîté Rochechouart

     La salle fut reprise par Auguste Richard qui créa les premiers cafés- concerts jusqu'en 1892 où les Varlet prirent le relais et firent de la Gaîté un des lieux les plus vivants et les plus appréciés des amateurs.

Roussel à la Gaîté Rochechouart

Roussel à la Gaîté Rochechouart

Mauricette d'Arbois à la Gaîté Rochechouart

Mauricette d'Arbois à la Gaîté Rochechouart

    Pendant 24 ans la Gaîté-Rochechouart vécut sa grande période. La plupart de ses vedettes d'une saison sont aujourd'hui oubliées mais il suffit de regarder leurs photos pour que revive la Belle Epoque avec sa fantaisie, son kitsch, ses artifices et ses charmes.

De Vincenzi à la Gaîté Rochechouart

De Vincenzi à la Gaîté Rochechouart

Ces "beautés" fin de siècle nous étonnent parfois tant elles sont, pour la plupart, éloignées des canons actuels. 

De morlaix à la Gaîté Rochechouart

De morlaix à la Gaîté Rochechouart

    Parmi les vedettes les plus appréciées, une certaine Merelli occupa une des premières places si l'on en juge au grand nombre de cartes postales la représentant. 

Léotor à la Gaîté Rochechouart

Léotor à la Gaîté Rochechouart

Verly à la Gaîté Rochechouart

Verly à la Gaîté Rochechouart

Sterly à la Gaîté Rochechouart

Sterly à la Gaîté Rochechouart

     Pendant cet âge d'or, la Gaîté faisait sa publicité sur les murs de Paris et recevait parmi ses spectateurs des poètes et des peintres de Montmartre.

 

                                       

 

     Certes les autres music halls du boulevard, surtout après l'ouverture du Moulin Rouge, avaient-ils plus de succès et plus de "stars" que la Gaîté mais on connaît au moins un dessin de Lautrec y représentant Nicolle en pierreuse (prostituée de la rue)

 

 

     Une autre artiste qui marquera l'histoire de la chanson française passa par la Gaîté en 1910.

Il s'agit de Fréhel. Elle venait de divorcer d'un comédien bellâtre, Roberty qui après avoir fait un enfant qui ne survivra que quelques mois, lui avait préféré Damia, la grande rivale aux accents tragiques, voire mélodramatiques.

 

    Fréhel qui avait abandonné son nom de scène "Pervenche" pour celui du cap breton qui lui rappelait ses origines, impressionne encore aujourd'hui par sa voix forte et populaire, par ses textes réalistes qui avec le temps ont pris une teinte poétique et mélancolique.

Le bas Montmartre où elle a vécu et où elle est morte, misérable, dans une chambre sordide d'un hôtel de Pigalle, reste lié à son histoire. Elle a d'ailleurs chanté le quartier saccagé par la spéculation immobilière:

"Mais Montmartre semble disparaître

Car déjà de saison en saison

Des Abbesses à la place du tertre

On démolit nos vieilles maisons.

Sur les terrains vagues de la Butte

De grandes banques naîtront bientôt,

Où ferez-vous alors vos culbutes,

Vous les pauvres gosses à Poulbot? (…)"

Colette

Colette

     Une autre grande dame se produisit à la Gaîté. Il s'agit de Colette qui y donna ses pantomimes avec un certain succès.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

Elle évoque cette période de sa vie dans son roman "La Vagabonde" où la Gaîté-Rochechouart est appelée "L'Empirée-Clichy". La romancière y a rencontré de nombreuses artistes fauchées et a porté sur elles un regard fraternel (on dirait aujourd'hui sororal) et quelques fois amoureux.

"L'espèce n'est pas rare en ce pays montmartrois de ces filles qui vivent de misère et d'orgueil, belles de leur dénuement éclatant."

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

    En 1923 un incendie détruisit le théâtre qui fut remanié et reconstruit.

Pendant quelques années de nombreuses pièces légères y furent données comme "Quand on a fait ça une fois"... "La mariée en vadrouille"... Certaines y furent créées : "C'est un enfant de l'amour", "Jojo le livreur d'amour", "L'Ecole des courtisanes"...

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

    Mais comme la plupart des théâtres du boulevard, la Gaîté ne faisait plus recette. L'avènement du cinématographe lui porta le coup de grâce. Tout en gardant son nom, la salle se transforma en cinéma en 1932.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

   En attendant que la télévision à son tour ne le détrône et provoque la fermeture des grandes salles aux trois-quarts vides.

Le nom même de  "Gaîté -Rochechouart" disparut définitivement en 1988.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

    Des commerces variés et éphémères se sont installés à sa place. Une enseigne de vêtements masculins tout d'abord pour des hommes qui pour la plupart ignoraient que leurs lointains aînés venaient là, au temps du music hall, non pour acheter des jeans et des joggings mais pour rêver devant des femmes vêtues de plumes, de strass et de lumière.

Aujourd'hui c'est un bazar qui peaufine son installation. Il proposera des objets utiles ou inutiles pour la cuisine, la décoration, le loisir...

Il n'y aura plus que les casseroles pour nous permettre d'organiser un concert!

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Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

J'avais depuis longtemps envie d'entrer dans ce minuscule restaurant idéalement situé en bas de la rue du Calvaire bien nommée pour l'épreuve qu'impose aux touristes l'ascension de son escalier abrupt.

Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

La façade est gaie et parfois un gros nounours repu est assis à côté de l'entrée, laissant entendre par son air satisfait qu'il sort de table, comblé et extatique.

 

 

 

Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.
Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

Il y a quelques années le restaurant s'appelait "Chez Marie", nom qu'il avait reçu dès sa création.

Et qui lui porta chance pendant une trentaine d'années. Une fois Marie à la retraite, c'est l'Artiste qui prit la place.

J'y suis allé malgré ma méfiance et la réputation pour le moins médiocre de la plupart des restaurants de la Butte.. Un jour d'anniversaire, après avoir lu quelques avis proches de la glorification publiés sur des sites connus des consommateurs venus des quatre coins de la planète (qui n'en est pas moins ronde) j'ai franchi le seuil. "Salut l'Artiste!"

Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

L'accueil est souriant, chaleureux, ensoleillé. Le lieu paraît un peu trop resserré, bas de plafond et décoré de reproductions d'affiches et de tableaux qui forment un camaïeu indistinct et luisant. 

Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

Mais dans ce fouillis, émerge une fresque qui a aussitôt attiré mon attention de catophile, que dis-je, de catolâtre absolu. Une fresque venue du temps de "Chez Marie"

Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

Au pays du Chat Noir de Bruant, les matous sont partout chez eux.

D'autant plus que leur plus grand admirateur, Steinlen qui habitait sur l'autre versant, leur a consacré la majeure partie de son  œuvre, hymne à leur beauté, leur sauvagerie, leur noblesse, leur nonchalance.

Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

Le peintre qui a créé la fresque s'appelle J. Meyali. Il a daté son travail de 1995. Point final. Je ne peux en dire plus sur cet artiste après avoir cherché en vain  sur la toile quelques renseignements, quelques bribes de sa vie. Rien, rien de rien.

 

Je lance un appel à mes amis Montmartrois (et autres) au cas où ils auraient quelque information qui me permettrait de rendre hommage à ce peintre méconnu qui peut-être paya son écot grâce à sa joyeuse assemblée de chats.

Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

C'est évidemment à Steinlen qu'il fait penser, surtout avec ses chats au premier plan, moins avec ceux qui singent des attitudes humaines à l'arrière plan. Steinlen n'aurait jamais abaissé les félins jusqu'à leur donner des allures humaines!

Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

Les stars de cette assemblée qui trinque et fait la fête, ce sont le  blanc et le noir aux yeux d'or.

Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

On les retrouve presque identiques, passant la tête au-dessus du comptoir pour jeter un œil dans la salle sur les consommateurs qui envahissent leur espace. Ils n'ont pas l'air d'apprécier cette intrusion, pas plus qu'ils ne participent à la fiesta alcoolisée de leurs congénères.

Ce sont donc de vrais chats qui n'aspirent qu'au calme, à l'harmonie, éventuellement à la caresse d'un humain capable de les comprendre et de s'abaisser à leur hauteur!

 

         Si vous voulez les rencontrer, entrez avant ou après les heures d'affluence, vous serez bien accueillis et pourrez, si vous en avez envie, boire un petit verre.

Mais, je vous donne un conseil d'ami, n'y mangez pas.

Je ne veux pas être méchant, je ne dis que ça.

Croyez-en le regard mécontent de ces matous. 

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Publié le par chriswac
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Impasse du Cadran

Impasse du Cadran

Seule carte postale (à ma connaissance) de l'impasse du Cadran.

Seule carte postale (à ma connaissance) de l'impasse du Cadran.

A peine visible depuis le boulevard de Rochechouart, l'impasse du Cadran est si modeste que bien des Montmartrois ne connaissent pas son existence!

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

Longue de 42 mètres et large de 7, elle doit son nom au cadran solaire qui au début du XIXème siècle avait été peint sur le mur qui la fermait et la séparait de la rue d'Orsel qui s'appelait alors rue des Acacias.

Le nom choisi remplaçait le nom originel : Impasse Danger. Non pas qu'il y eût des risques à s'y aventurer mais parce qu'un des propriétaires portait ce nom!

Est-ce cet nom qui a inspiré l'autrice de roman policier Claude Izner pour son "Minuit Impasse du Cadran"?

 

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

Avant le rattachement de Montmartre à Paris, l'impasse était composée de modestes maisons et de remises.

Plusieurs clubs révolutionnaires comme il y en eut tant dans la première moitié du XIXème siècle y tinrent leurs réunions.

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

Le Club de la Vengeance la choisit pour élaborer son programme révolutionnaire sous le Second Empire

La Garde Nationale en 1871 y réunit son Comité Central qui prit la décision d'enlever les canons de la place Wagram et de Neuilly pour les concentrer sur la Butte

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

La même année, au mois de mai, y fut organisé le recrutement d'un corps de Francs Tireurs : Les Lascars de Montmartre.

Un roman d'Yves Carcenac raconte la vie de l'un d'entre eux, plus flamboyant que les autres : Ferdinand Janssoulé.

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

Comment imaginer aujourd'hui devant cette impasse banale et sans intérêt qu'elle connut un tel bouillonnement d'idées, une telle activité révolutionnaire, une telle fabrique de rêves?

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

Le lieu fait partie de l'histoire montmartroise pour une autre raison : il y eut à cet endroit un bal fameux : le bal des Folies Robert.

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

C'était "une immense baraque de plâtre et de bois" dont le décor intérieur était un pastiche de palais mauresque. Il était dirigé par Gilles Robert qui y donnait des démonstrations de danses nouvelles.

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

Quelques danseuses y éveillèrent bien des désirs : Elisa Belles Jambes, Bertha le Zouzou, Chicardinette...

Journalistes et écrivains appréciaient leurs talents divers et variés! Ils venaient s'encanailler dans ce bal mal famé qui ne prenait des airs décents que le dimanche quand la clientèle était composée de familles qui, sous le second Empire, passaient la barrière (avant 1860) comme on passe une frontière, pour s'aventurer à Montmartre!

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

 

L'orchestre était dirigé par un jeune homme de 19 ans, Olivier Emart.

Plus tard, pendant la Commune, il sera Garde National au fameux 67ème bataillon de la rue des Rosiers (rue Chevalier de la Barre actuelle).

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

Le nom d'Olivier Emart ne dit rien à personne mais son anagramme, Olivier Métra est beaucoup plus célèbre!

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

C'est celui que choisit le musicien lorsqu'il dirigea l'orchestre du bal Mabille.

Il fut l'auteur d'œuvres très populaires, valses, quadrilles, polkas....

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

Il composa des ballets pour les Folies Bergères et pour l'Opéra...

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

Le bal des Folies Robert, après avoir été dirigé par son créateur, le fut par Gilles Jacquet.

Mais d'autres bals, trop nombreux, lui faisaient concurrence et il ferma ses portes en 1870.

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

Le bâtiment, transformé un temps en usine pour ballons dirigeables, périclita peu à peu et c'est en 1912 qu'il connut une nouvelle carrière.

Une salle de cinéma fut édifiée à son emplacement : le Palais Rochechouart-Aubert.

 

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

La salle était immense et accueillait plus de 1600 spectateurs...

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

Elle faisait partie de la chaîne des cinémas Aubert.

Elle était de style art nouveau et fut hélas détruite pour adopter une architecture dépouillée et fonctionnelle en 1931.

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

Elle fut rachetée par Gaumont et après des années de succès, subit la concurrence de la télévision, se dégrada, devint un lieu de drague.

Sa programmation faisait la part belle aux films de Kung Fu que peu de spectateurs regardaient!

Bruce Lee ne put en empêcher la fermeture en 1969, année pourtant érotique si l'on en croit Serge Gainsbourg.

 

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

Elle céda la place à un ensemble commercial assez foutraque avant d'être détruite et remplacée par un magasin Darty (aujourd'hui Boulanger).

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.
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Côté impair de l'impasse, un immeuble de belle architecture, abrite au Rez de chaussée un magasin de "mode"  barbésienne : "La Rose d'Orient".

Il y avait au 8 un immeuble qui fut détruit au profit du magasin qui de ce fait réduisit l'impasse de plusieurs mètres.

Nous avons gardé quelques traces de l'existence de ce 8 disparu où l'entreprise Vigron se spécialisait dans le "brossage, grattage, silicatisation, badigeon à la chaux....

 

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

Au fond de l'impasse s'élève sur plusieurs niveaux un magasin spécialisé dans le "bizness" du mariage....

 

Faut-il en conclure que le Mariage est aujourd'hui dans l'impasse car le grand magasin est aujourd'hui fermé et se dégrade.

Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.
Impasse du Cadran. Montmartre. Folies Robert. Olivier Métra. Cinéma Palais Rochechouart.

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Exposition Auguste Herbin au musée de Montmartre. De l'impressionnisme à l'abstraction.

     Depuis le 15 mars, le musée de Montmartre propose une nouvelle exposition. J'avoue que je ne connaissais rien d'Auguste Herbin (1882-1960), un peintre qui eut pourtant un vrai rayonnement et fut apprécié par certains de ses contemporains et dénigré par d'autres.

 

Nature morte aux grenades (1904)

Nature morte aux grenades (1904)

                                                             Autoportrait 1903

       Homme du nord, il est fasciné par les couleurs. Pas étonnant qu'il soit lié comme Matisse à la ville du Cateau-Cambrésis où il s'initie au dessin et à la peinture. 

Il fréquente ensuite l'école des beaux Arts de Lille où il est attiré par l'Impressionnisme et le pointillisme.

                                             Toits de Paris sous la neige (1901)

    Il arrive à Paris en 1901. Il est influencé par Cézanne et Van Gogh. C'est sous leur influence qu'il ose les couleurs franches de l'un et la composition plus géométrique de l'autre.

                                                          Les trois vases

                                                      Portrait de jeune fille 1907

                                                            Autoportrait 1906

      Il est alors considéré par la critique  comme un Fauve. "La marque du Fauve est partout" écrit à propos de son œuvre un critique américain.

C'est le début pour Herbin d'une longue vie d'artiste faite de métamorphoses qui désorientent et, selon moi, expliquent en partie l'oubli dans lequel il est tombé

                          Après la période fauve, il se convertit au cubisme.

     Il expose avec Braque, Picasso, Metzinger, non pas en suiveur mais en artisan majeur de ce mouvement. S'il ne noue pas de véritable amitié avec ces peintres, il les côtoie cependant et c'est à Picasso qu'il succède dans l'atelier que le Catalan louait au Bateau-Lavoir. Il y restera dix-huit ans.

                                              Famille femme et enfant (1914)

     Il se distingue par sa palette colorée et contrastée.

     La majeure partie de l'exposition est consacrée, à juste titre, à cette période créatrice.  

                                                     Paysage à Hardicourt (1911)

 

Jardin devant une maison (1914)

Jardin devant une maison (1914)

Le tableau "Jardin devant une maison" est surprenant. Il est à la fois réaliste avec ses maisons en arrière plan et déjà abstrait avec cet arbre-jardin qui gravite sur lui-même comme une planète.

Après guerre, Herbin quitte ses années cubistes comme on se défait d'une mue pour s'intéresser à l'Art Monumental que défendent le Bauhaus en Allemagne ou le Constructivisme en Russie.

                                            Composition 1,2 et 3 (1919)

J'avoue que cette partie de son œuvre ne me touche pas beaucoup.  J'y vois un exercice intellectuel, une composition théorique dont la qualité principale cependant reste la franchise des couleurs.

Devant l'échec commercial de ses compositions et l'impasse où il s'est engagé, Herbin change du tout au tout.

                               Nature morte à la nappe  (1937)

 Il revient à la figuration, période qui correspond à son adhésion temporaire au Parti Communiste.

                                                            Joueurs de boules 2 (1923)

Nous pourrions croire devant l'aspect monumental un peu figé de ses personnages qu'il se rapproche de l'esthétisme du réalisme socialiste. En réalité, il n'en est rien car Herbin insuffle dans ses compositions une atmosphère étrange, quasi surréaliste.

 

 

Exposition Auguste Herbin au musée de Montmartre. De l'impressionnisme à l'abstraction.
Exposition Auguste Herbin au musée de Montmartre. De l'impressionnisme à l'abstraction.

Ses natures mortes semblent s'animer et devenir animales comme ces concombres, nœud de serpents!

                                                   Les concombres 1926

Un  critique parle de "réalisme magique" pour définir cette période qui à mon goût est, avec la période cubiste, la plus intéressante et la plus originale.

                                                       La fabrique 1925

     Mais Herbin ne se satisfait pas de son nouveau travail. Lui qui avait déjà été tenté par l'abstraction retrouve son attirance pour les lignes et les couleurs qui ne cherchent pas à dessiner une réalité.

                                                    L'homme oiseau 1926

                                 Et maintenant l'abstraction devient la règle.

                                                    Synchronie en jaune 1940

Nous ne trouverons plus de tentation figurative. Herbin devient et restera jusqu'à sa mort en 1960, un peintre abstrait.

    Fasciné par les formes et les couleurs capables de tout exprimer sans avoir besoin de figurer la réalité, comme le Rimbaud des Voyelles, il met au point un alphabet plastique. Chaque lettre correspond à une figure géométrique, chaque couleur est évocatrice de sentiment ou d'atmosphère.

 

Par exemple dans le tableau intitulé "Lune", nous allons trouver le triangle jaune du L, la forme hémisphérique bleue du U, le triangle blanc du N, la forme sphérique rouge du E :

                                                                      Lune 1945

Je reconnais que je reste un peu hermétique à cette "écriture" qui pour être comprise exige que nous soyons francophone! 

                                                             Parfum 2. 1954

   Herbin ne cessera dans les dernières années de sa vie de jouer avec son alphabet.

Plutôt que d'essayer de traduire ses formes et ses couleurs,  mieux vaut les recevoir telles qu'elles s'offrent à nous et nous touchent selon notre sensibilité. 

Herbin et sa femme

Herbin et sa femme

    L'exposition se termine avec les tableaux alphabétiques. Ils sont la dernière mutation, la dernière métamorphose d'un peintre toujours en recherche.

     Impressionniste, fauve, cubiste, Monumentaliste, réaliste, abstrait. C'est beaucoup pour un seul homme! 

                                                                  Dieu 1957

      Nous pouvons admirer cette disponibilité d'un explorateur de nouveaux chemins, comme nous pouvons nous demander pourquoi cet explorateur n'est jamais allé au bout de ces chemins. 

 Les uns admireront son "évolution" et son dernier travail qui ouvre sur l'art cinétique et l'art optique, les autres regretteront qu'il n'ait pas exploré plus longuement les territoires successifs qu'il découvrait.

                                                          Génération 1959

Mais tous les visiteurs auront l'occasion de rencontrer les différents avatars d'Auguste Herbin et d'accueillir ce qui reste une constante de son art : le goût des couleurs de plus en plus franches,  hymne à la vie et à sa diversité.

Liens : peintres artistes personnalités de Montmartre

 

                                  Route muletière et maison à Céret 1913

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Publié le par chriswac
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rue Feutrier

rue Feutrier

     Voilà des mois et des mois que fleurissent sur nos murs les parapluies qui font penser à une comédie musicale sans cesse renouvelée. J'ai voulu en recueillir quelques uns qui font chanter les rues de Montmartre avant qu'ils ne pâlissent et se décollent.

Street art. Les parapluies à Montmartre. Romano. Le Mouvement.

     Ils ne laissent personne indifférent qu'il pleuve ou que le soleil brille. Les touristes aiment se faire photographier devant eux et seuls les esprits chagrins et pluvieux les dénigrent.

Street art. Les parapluies à Montmartre. Romano. Le Mouvement.

     Ils sont l'œuvre d'un collectif d'artistes des rues ("street artists" comme on dit en français moderne) qui se sont réunis sous le nom qui nous promet bien des voyages : Le Mouvement.

Rue Norvins

Rue Norvins

    Nous trouvons dans ce collectif Romano, Riks et Tiez. Ils ont le désir de favoriser les rencontres et d'associer les passants à leur création. Ils photographient les gens, vous et moi, dans la rue et leur demandent l'autorisation d'utiliser ces photos dans des montages qui seront collés sur les murs.

Street art. Les parapluies à Montmartre. Romano. Le Mouvement.
Street art. Les parapluies à Montmartre. Romano. Le Mouvement.

     Il n'y aura plus qu'à les munir d'un parapluie et les faire chanter sous la pluie! Couples insolites et complices, souvent souriants et amoureux, ils se détachent de la foule sans visage, ils nous invitent à entrer dans le jeu, à danser avec eux sous la pluie.

Street art. Les parapluies à Montmartre. Romano. Le Mouvement.

    Romano, l'un des artistes s'est fait connaître par de nombreuses fresques et de nombreux collages. Parmi ses réalisations les plus marquantes il y a la fameuse fresque peinte sur les quais d'Auxerre : l'Arche de Noé. Plus d'actualité que jamais (bien que réalisée en 2018)

Street art. Les parapluies à Montmartre. Romano. Le Mouvement.Street art. Les parapluies à Montmartre. Romano. Le Mouvement.
Street art. Les parapluies à Montmartre. Romano. Le Mouvement.Street art. Les parapluies à Montmartre. Romano. Le Mouvement.
Street art. Les parapluies à Montmartre. Romano. Le Mouvement.Street art. Les parapluies à Montmartre. Romano. Le Mouvement.

     Elle représente en 7 panneaux des animaux solitaires sur des barques reliées par des cordes à un enfant qui peut-être pourra les sauver. Le singe nasique, l'ours polaire, l'antilope, le tigre blanc le léopard d'amour sont tous menacés d'extinction.

                                                                Romano

Rue Saint Rustique

Rue Saint Rustique

Rue Saint Eleuthère

Rue Saint Eleuthère

Riks a débuté avec des lettrages de couleur aux formes souples avant de s'initier au collage et au pochoir.

 

Street art. Les parapluies à Montmartre. Romano. Le Mouvement.
Rue Saint Eleuthère

Rue Saint Eleuthère

     Tiez est pour moi le plus mystérieux car j'ai cherché en vain des photos de ses réalisations. Peu importe puisqu'il fait partie de ceux qui font éclore les parapluies sur nos murs! J'ai d'ailleurs un problème avec les signatures de ces collages qui varient d'un mur à l'autre pour les mêmes figures.

Street art. Les parapluies à Montmartre. Romano. Le Mouvement.Street art. Les parapluies à Montmartre. Romano. Le Mouvement.Street art. Les parapluies à Montmartre. Romano. Le Mouvement.

 

Street art. Les parapluies à Montmartre. Romano. Le Mouvement.

     Depuis que j'ai commencé à rechercher ces fameux parapluies à Montmartre, il pleut sans fin sur la Butte!

                                      Rue Joseph de Maistre/Caulaincourt

Il suffira d'un peu de soleil pour que les parapluies se transforment en ombrelles. Ils en ont déjà la couleur et la légèreté!

Street art. Les parapluies à Montmartre. Romano. Le Mouvement.
Rue du Chevalier de La Barre

Rue du Chevalier de La Barre

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Publié le par chriswac
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             Jardin de Paris: Jane Avril, 1893. Lithographie 4 couleurs (124 x 91,5 cm)

 Jane Avril est à part dans le monde nocturne de Montmartre. Elle n'a pas la sensualité débridée de Nini patte en l'air ou de la Goulue. Elle séduit sans se prostituer; elle danse sans se déshabiller. Etrange et mystérieuse, elle traverse la nuit comme un navire traverse un détroit houleux.  

 

         Toulouse Lautrec ne s'y trompe pas... Il la reconnaît comme une soeur douloureuse. Pour elle, il délaisse la Goulue à la sensualité débordante. Il la regarde, il l'aime, il saisit sa solitude, son désarroi, sa dignité. Il la montre telle qu'elle est quand elle danse, avec cette énergie qui stupéfie, avec cette distinction qu'on retrouvera plus tard chez Marlène dietrich...

    Dans la rue, elle marche seule, avec son lourd passé de petite fille mal aimée, d'enfant battue par une mère alcoolique qui n'était préoccupée que d'elle et d'elle seule. Elle se sait fragile, à la merci d'une crise d'épilepsie. Elle a rendu visite à Charcot à la Salpétrière. Elle a espéré qu'il la guérirait de ses angoisses et de cette hystérie qui parfois la submerge et lui vaut des surnoms sans pitié : Jane la folle, Mélinite...

                                              Jane-Avril-008.JPG

      Entre artistes on se comprend. On voit ce que les autres ne voient pas. Cette tristesse, ce refuge du corps dans les étoffes fermées.

     Ce désir inexprimé d'un ailleurs. D'une vie avec un homme aimé, loin des paillettes et des bulles de champagne.

                               Jane-Avril-012.JPG

 

     Comment imaginer que ce visage-là déchaîne l'enthousiasme et la passion?

C'est qu'elle est double Jane Avril. Elle est la danseuse montmartroise, du Divan Japonais, des Folies Bergères... Elle est en même temps l'amie d'écrivains rares comme Huysmans ou Alphonse allais qui rêve de l'épouser...

       Sur l'affiche du Divan Japonais, elle est assise devant la scène où Yvette Guilbert croise ses gants noirs, mais c'est elle la vedette. Elle est la longue dame noire. Elle est l'élégante à l'éventail vers qui se penche Edouard Dujardin, ami de Mallarmé et passionné de Wagner ...

      Elle est l'ambassadrice d'un French-Cancan qui serait dansé par une reine. C'est elle qui à Londres ou à Madrid, en donnera l'image la plus vive et la plus poétique. Une danse violente de sexe et de passion, mais aussi une danse de l' immédiat, du moment réel contre l'éternité abstraite.

                                   Jane-Avril-018.JPG

Jusqu'à la mort du peintre, elle restera son amie. Il y eut entre eux une proximité plus forte que l'union des corps.

 

                       Le peintre l'a vue, l'a peinte comme un voyant sait peindre. Le mouvement, l'ondulation, le jeu, la tragédie...

Le serpent qui frôle le sein sur la robe noire. Le serpent de Cléopâtre. Le serpent du temps qui glisse...

 

      Jane Avril a fini par trouver l'homme de sa vie, le journaliste et dessinateur Maurice Blais qu'elle a suivi à Jouy en Josas pour y vivre 16 années plus paisibles...

                                                        Jane Avril par Maurice Blais

Quand il meurt, il la laisse sans un sou et Jane n'a même pas la ressource de vendre les dessins et les croquis que Toulouse Lautrec lui a offerts. Il y a longtemps déjà qu'elle en a fait cadeau à des amants de passage...

Sacha Guitry interviendra pour la faire entrer dans un hospice où elle passera les dix dernières années de sa vie.

 Elle dansera une ultime fois, à 67 ans, invitée par Max Dearly.

     Elle mourra huit ans plus tard et sera enterrée au Père Lachaise.

            Sans doute eût-elle préféré Montmartre où elle rencontra son  grand ami, Toulouse Lautrec, celui grâce à qui elle est vivante aujourd'hui....

 

 

Liens :

Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

Musée de l'érotisme. Pigalle.

Poulbot. Panneaux de Faïence. Rue Damrémont. Montmartre.

 

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