Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

montmartre peintres.artistes.clebrites

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

Gabrielle d'Estrées et sa sœur. 

     Elle est passée par ici, elle est revenue par là... Comme le furet, la Belle Gabrielle a été aperçue à différents endroits de Montmartre!

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

    Les Montmartrois qui, comme chacun sait, aiment se parer des plumes du paon n'ont pas manqué de la "montmartriser" et d'embellir avec elle la légende de la Butte.

Pardonnons leur ce péché mignon (bien que nous soyons au temps d'Henri IV et non d'Henri III)! 

Rue Cortot.

Rue Cortot.

     Les lieux qui ont reçu son nom sont pour la plupart situés au cœur de la Butte, à quelques pas de l'ancienne abbaye. Ils s'étendent rue Cortot (côté pair) du début à la fin de la rue, englobant la maison où Satie a vécu, le musée et ses jardins jusqu'à la dernière maison à l'angle de la rue des Saules, emplacement de celle où vécut Aristide Bruant.

Rue Cortot. La 1ère maison à gauche a été bâtie sur les ruines de celle qu'habita Aristide Bruant.

 

On trouve dans ce pâté de maisons : le parc de la Belle Gabrielle :

                                 Entrée du parc de la Belle Gabrielle

                            Une partie du parc de la Belle Gabrielle et la "maison"

Dans le même parc, la maison de Henri IV :

 

La maison de la Belle Gabrielle (parfois appelée "manoir") :

 

 

     Cette photo nous montre la maison qui est en fait celle du Bel Air  (XVIIème siècle) et qui fait partie aujourd'hui du musée.

Le parc est devenu la vigne de Montmartre.

La vigne au printemps

La vigne au printemps

Le Puits de la Belle Gabrielle :

 La vérité sort-elle toute nue de ce puits? Apparemment non!

 

   N'oublions pas, en bas de la rue du Mont-Cenis, un autre  Manoir de Gabrielle d'Estrées!

 

Qui était parfois appelé bergerie!

 

Le "manoir" peint par Utrillo.

Le "manoir" peint par Utrillo.

Un dernier endroit porta le nom de la Belle Gabrielle...

 

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     Il s'agit du cabaret au rez-de chaussée d'un immeuble toujours debout à l'angle des rues St Vincent et du Mont-Cenis. Il a été peint et repeint par Utrillo qui aimait y boire quelques verres d'absinthe et qui avait pour payer son ardoise recouvert de fresques les murs des toilettes. Elles furent lessivées par la propriétaire qui ne supportait pas l'odeur de la peinture.

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

  Cette présence si importante de la Belle Gabrielle à Montmartre dans ce périmètre bien délimité entre les rues Cortot, Saint-Vincent et du Mont-Cenis peut nous intriguer. 

Tentons, en historien que nous ne sommes pas de démêler le vrai du faux (car nous le verrons, il y a plus qu'un nuage de vrai).

Je remercie mon ami Pierre qui sans qu'il eût été besoin d'un clair de lune m'a prêté non pas sa plume mais son érudition! 

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

    Gabrielle est passée dans le ciel de l'histoire, comme une météorite, éblouissante et fugace. Neuf années de sa courte vie lui ont permis, grâce à l'amour que lui portait le roi, d'éclairer le ciel souvent ténébreux de son époque.

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     En 1590, Henri de Navarre assiège Paris et pour avoir une vue stratégique sur la ville établit son camp sur la Butte. Il choisit de loger dans l'abbaye où vit la jeune et belle abbesse Claude de Beauvilliers.

 

    Les adversaires, nombreux, du Navarrais, prétendent qu'il aurait eu avec elle une liaison passionnée (on ne prête qu'aux riches) tandis que ses capitaines, pour suivre comme il se doit l'exemple de leur chef, auraient à leur tour butiné les jeunes nonnes. L'abbaye aurait été appelée "le magasin à putes de l'armée"!

     Rabelais n'est pas mort depuis longtemps qui en avait autant pour les monastères d'hommes et écrivait qu'il suffisait qu'une femme passât à l'ombre de leurs murs pour tomber enceinte! Pas forcément du Saint-Esprit!

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     Claude de Beauvilliers qui sera récompensée de ses bons et loyaux services en recevant du roi la juteuse abbaye de Couilly Pont-aux-Dames avait pour cousine la belle Gabrielle d'Estrées qu'elle eut l'imprudence de présenter à son royal amant.

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     Entre les deux, arriva ce que l'on sait et Gabrielle mena pendant neuf ans une vie de reine (le roi étant séparé de la reine en titre, la fantasque Marguerite de Valois)

Maison de Gabrielle d'Estrées (Utrillo)

Maison de Gabrielle d'Estrées (Utrillo)

     Voilà donc la légende montmartroise qui dans son désir de servir de décor à une amour historique attribua à Gabrielle un manoir, une maison, un parc, un puits...

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     La réalité historique est tout autre.

     Oublions la grande confusion sur des sites divers entre Marie-Catherine et Claude de Beauvilliers, toutes deux sœurs et abbesses de Montmartre.

Le choeur des Dames dans l'église de l'abbaye.

Le choeur des Dames dans l'église de l'abbaye.

     Admettons qu'une relation biblique ait uni le roi et Claude de Beauvilliers, acceptons de reconnaître la réputation sulfureuse de l'abbaye… mais ce qui est certain c'est que jamais Claude de Beauvilliers ne provoqua la rencontre de  sa cousine et du Vert Galant.

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     On sait que c'est au château de Coeuvres que Roger de Bellegarde, grand Ecuyer de France, présenta sa maîtresse, Gabrielle, au roi qui avait entendu parler de sa beauté.

                                             Roger de Bellegarde

     Il y eut un coup de foudre, du moins pour le roi qui lui fit la cour pendant des mois avant de faire craquer celle qui le trouvait laid et odorant, sentant puissamment "de l'aile et du gousset". Sans doute les riches perspectives qu'offrait cette liaison vinrent-elles à bout de ses réticences et transformèrent-elles le "fumet" en parfum!

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     On sait que l'amour du roi ne se démentit pas pendant neuf années et que seule la mort sépara les amants. Gabrielle mit au monde trois enfants et c'est pendant la quatrième grossesse qu'elle rendit l'âme. Quelque temps avant, le roi avait en public déclaré que contre vents et marées et malgré l'opposition du pape, il épouserait Gabrielle. Il lui avait offert à l'occasion son anneau d'or du sacre, celui là même qu'elle tient entre les doigts sur le fameux tableau où sa sœur lui saisit le téton pour vérifier qu'elle est bien enceinte. 

 

     Elle mourut dans d'atroces souffrances, présentant tous les symptômes d'un  empoisonnement (les adversaires à son mariage étaient légions (Parisiens catholiques partisans de Guise, aristocrates scandalisés par l'argent dépensé pour la dame…)

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     Vraisemblablement l'empoisonnement fait lui aussi partie de la légende et selon toute probabilité, elle mourut d'éclampsie.

Rue Gabrielle. (photo Montmartre-secret)

Rue Gabrielle. (photo Montmartre-secret)

     Il y a à Montmartre une rue Gabrielle qui n'a rien à voir avec celle qui fut aimée par Henri IV (il s'agit de la fille d'un propriétaire lotisseur) et tous ces lieux que nous avons énumérés....

    Pourquoi cette présence si forte de la Belle? Pourquoi les Montmartrois l'ont-ils vue à tant d'endroits? 

     

     A quelques mètres de l'ancien cabaret, à l'angle des rue St-Vincent et du Mont-Cenis une école a été construite à l'emplacement d'une autre école, communale, où Louise Michel fut directrice .

Cette école était elle-même à l'emplacement d'un hôtel particulier qui figure sur les anciens plans de Montmartre sous le nom de "Pavillon de Gabrielle d'Estrées". C'est lui qui va nous donner la résolution de l'énigme...

 

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

    En effet, mon cher Whatson, la Belle a effectivement vécu à Montmartre, dans un hôtel loué par sa cousine Claude de Beauvilliers qui ne voulait pas abriter dans les murs de l'abbaye la maîtresse du roi qui était marié!

L'école à l'emplacement de la maison de Gabrielle.

L'école à l'emplacement de la maison de Gabrielle.

    En 1593, avant sa conversion, Henri IV évitait de se montrer avec sa maîtresse et c'est la raison pour laquelle il l'exila hors de Paris, sur cette Butte champêtre qu'il pouvait apercevoir depuis les fenêtres du Louvre. De nombreux historiens corroborent ce fait...

Le Louvre d'Henri IV

Le Louvre d'Henri IV

    Gabrielle y demeura pendant plus d'une année avant de redescendre dans ce Paris où son amant s'ennuyait d'elle et trouvait harassantes ses chevauchées pour la rejoindre. 

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

    L'hôtel montmartrois que l'on voit sur le vieux plan de Montmartre sous le nom de "pavillon de Gabrielle d'Estrées" était bâti le long de la rue Saint-Denis (Mont-Cenis) et Saint-Vincent. Ses jardins s'étendaient  jusqu'à la rue de la Bonne.

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

   Voici la seule photo connue de ce qui restait de cette "maison" au milieu du XIXème siècle avant sa destruction et l'édification de l'école communale. 

 

     Gabrielle profita plus d'une année du bon air de la Butte, de sa verdure et des chants d'oiseaux avant de regagner Paris, rappelée par le roi qui lui trouva un hôtel près du Louvre.

Hôtel Du Bouchage. Détruit comme tant d'autres au XIXème siècle.

Hôtel Du Bouchage. Détruit comme tant d'autres au XIXème siècle.

.....Il s'agit de l'hôtel Du Bouchage situé entre la rue du Coq (aujourd'hui rue Marengo) et la rue de l'autruche (aujourd'hui rue de l'Oratoire).

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

Mais c'est une autre histoire… et notre enquête est  terminée!

     Tout n'était donc pas faux dans la légende de la Belle Gabrielle et Montmartre peut s'enorgueillir d'avoir abrité la maîtresse du roi Henri IV! 

      Pas de doute Montmartre sera toujours Montmartre! Une colline où légende et vérité sont indissociables comme le vent et les ailes des moulins!  

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
Rue La Bruyère. Première partie. Du 1 au 11. Osiris. Lévy Dhurmer. Desbordes Valmore...

    La rue La Bruyère prend naissance place Saint-Georges au cœur d'un quartier qui a gardé l'empreinte de son riche passé culturel et historique.

   C'est en 1824, dans le Paris romantique que son tracé fut dessiné en même temps que celui de la rue Fontaine….

Les 1 et 3 rue La Bruyère

Les 1 et 3 rue La Bruyère

   La rue Pierre Fontaine rendant hommage à l'architecte-décorateur de l'Empire, il fut proposé de donner à la rue voisine le nom de son ami et complice Charles Percier, à ce point lié à lui dans le travail qu'il est difficile sinon impossible d'attribuer à l'un ou à l'autre ce qui lui revient dans leurs multiples collaborations. 

                         L'arc de Triomphe du Carrousel (Percier Fontaine)

Mais l'homme, insensible aux honneurs, contrairement à Pierre Fontaine, le refusa et ce fut le moraliste du Grand Siècle, célèbre pour ses Caractères, La Bruyère qui fut choisi! 

                                      La Bruyère (Largillière)

     La rue a été habitée par tant d'artistes, hommes célèbres etc... que nous lui consacrons deux articles.

 

     Commençons par le 1, siège aujourd'hui de la Fondation Taylor qui depuis 1844 œuvre à la défense des artistes qu'elle aide et promeut. C'est dans cet immeuble que vécut Albert Maignan (1845-1908) qui fut président de la Fondation à laquelle il légua son immeuble. Il est connu surtout pour ses talents de décorateur. Il reçut de nombreuses commandes, pour l'hôtel de ville, pour le Palais du Luxembourg, pour l'Opéra Comique…

              Les notes. (Plafond du foyer de l'Opéra Comique)

… et pour l'extraordinaire "Train Bleu" de la gare de Lyon. Certains pourront s'amuser à reconnaître dans son "Théâtre d'Orange", Sarah Bernhardt, Réjane et Edmond Rostand :

                         Théâtre d'Orange (Albert Maignan)

     La chronologie et les règles de préséance auraient dû présenter le beau père avant le gendre!

Il s'agit de Charles Philippe Larivière (1798-1876) dont la fille Etiennette épousa Albert Maignan. Il fut un peintre reconnu, grand prix de Rome en 1824.

                   La mort d'Alcibiade (Charles Philippe Larivière)

A la fois néo-classique et romantique, il finit par se spécialiser dans les scènes historiques qui, il faut bien l'avouer, nous lassent aujourd'hui. Il peignit trois des grandes toiles de la Galerie des Batailles de Versailles et il décora une des chapelles de Saint-Eustache.

La Petite Loge 2 rue La Bruyère.

La Petite Loge 2 rue La Bruyère.

     Au n°2 La Petite Loge s'enorgueillit d'être "le plus petit théâtre de Paris". Comme quoi on peut être riquiqui et avoir la folie des grandeurs! Surtout quand on se pare des plumes du paon car il y a plus petit à Paris, à Montmartre...

Il s'agit du Petit théâtre du Bonheur qui n'a que 20 places alors que la Petite Loge en compte 25! Mais soyons plus sérieux, c'est un lieu sympathique, ouvert aux jeunes spectateurs et spécialisé dans les "Seul en scène" (ça vaut mieux).

Le 3bis

Le 3bis

     Le 3bis abrita plusieurs hôtes illustres. Le plus proche de nous est Albert Brasseur (1862-1932) non pas le père de Pierre Brasseur comme l'affirment certains sites dont celui des rues de Paris. Il est vrai qu'il fut lui aussi comédien et chanteur d'opérette. De son vrai nom Albert Jules Dumont il fut apprécié pour son humour et sa décontraction.

                   Albert Brasseur, Ménélas dans "La Belle Hélène".

 

 

     Un autre habitant célèbre de l'immeuble fut le journaliste et écrivain Aurélien Scholl (1833-1902). Un homme plein d'esprit et de mordant qui aimait dans ses chroniques souligner les travers de ses contemporains. On l'appelait "le chroniqueur étincelant"!

Il créa des journaux, participa à "la Justice" de Clémenceau avec qui il avait alors en commun des idées et une maîtresse, l'actrice Léonide Leblanc qui n'en était pas à un amant près puisqu'elle avait accroché à son tableau de chasse le Prince Napoléon et surtout le Duc d'Aumale qui lui offrit une fortune et lui resta fidèle dans la vieillesse. 

 

Scholl changea de bord avec la Commune dont il fut un adversaire haineux, capable de dénoncer Lavalette, mari de la sœur de sa femme. Il est tombé dans les oubliettes malgré son humour vachard et parfois absurde….

Pour Sarah Bernhardt qu'il n'aimait pas, il écrivit :

-Un fiacre vide s'arrête devant le théâtre; Sarah Bernhardt en descend.

Rue La Bruyère. Première partie. Du 1 au 11. Osiris. Lévy Dhurmer. Desbordes Valmore...

Autres citations :

-Il fut un temps où les bêtes parlaient; maintenant elles écrivent.

-Non je ne crains pas la mort. Seulement je trouve que la Providence a mal arrangé les choses. Ainsi je préférerais de beaucoup qu'on enterre mon âme et que ce soit mon corps qui soit immortel"

-Voyons si Dieu n'existait pas comment aurait-il eu un fils?

Medusa (Lévy-Dhurmer) Musée d'Orsay

Medusa (Lévy-Dhurmer) Musée d'Orsay

     Le 3ème homme du 3bis fut un peintre de grand talent : Lévy-Dhurmer (1865-1953). En artiste curieux de différentes formes de création il se consacra pendant des années à la céramique. Quand il privilégia la peinture, c'est vers le symbolisme qu'il se tourna.

                              Rodenbach (Lévy-Dhurmer)

Il a été proche de Rodenbach dont il peignit le portrait le plus connu et de Pierre Loti qui le complimenta en affirmant que c'était la seule image de lui qui resterait.

                              Pierre Loti (Lévy-Dhurmer)

     Le 5 est l'adresse du théâtre La Bruyère qui était à l'origine une salle de conférence reprise en 1943 par de jeunes comédiens pour être transformée en théâtre.

Le succès de Robert Dhéry et de ses "Branquignols" en fit une salle branchée qui programma Audiberti puis les dramaturges anglo-saxons. Le théâtre collectionne depuis les Molière! 

Le 8

Le 8

     Au 8 a vécu avec sa famille, pendant deux ans une des grandes poétesses françaises : Marceline Desbordes Valmore (1786-1859).

 

     C'est alors qu'ils revenaient ruinés d'Italie que les Valmore choisirent cet appartement relativement modeste. Ils y restèrent jusqu'en 1840  avec leurs enfants dont Ondine qui est sans doute la fille de l'amant de Marceline, Henri Latouche,  présent comme une ombre discrète et blessée dans son oeuvre.

Cet acteur et écrivain fut sa grande passion. Il resta en relation (au moins épistolaire) avec elle pendant une trentaine d'années.

Médaillon de Latouche par David d'Angers, daté de l'année de sa mort, 1851.

Marceline Desbordes Valmore publia pendant les années de la rue La Bruyère un roman "Violette" et un recueil de poésies "Pauvres Fleurs".

    Verlaine la tient pour une poétesse novatrice et sensible, Baudelaire écrit qu'elle est "une âme d'élite qui est et sera toujours un grand poète", enfin Sainte Beuve écrit le plus beau compliment, hommage à son naturel et sa sensibilité : "Elle a chanté comme l'oiseau chante"

Marceline Desbordes Valmore par Antoine Carrière (1823)

Marceline Desbordes Valmore par Antoine Carrière (1823)

Qu'en avez-vous fait?  (Pauvres Fleurs)

 

 

Vous aviez mon cœur,

Moi j'avais le vôtre :

Un cœur pour un cœur ;

Bonheur pour bonheur!

 

Le vôtre est rendu,

Je n'en ai plus d'autre,

Le vôtre est rendu,

Le mien est perdu!

(…)

Savez-vous qu'un jour

L'homme est seul au monde?

Savez-vous qu'un jour

Il revoit l'amour?

 

Vous appellerez,

Sans qu'on vous réponde;

Vous appellerez,

Et vous songerez!...

 

Vous viendrez rêvant

Sonner à ma porte;

Ami comme avant,

Vous viendrez rêvant.

 

Et l'on vous dira :

"Personne! … elle est morte."

On vous le dira ;

Mais qui vous plaindra?

Le 9

Le 9

     Le 9 est un bel hôtel particulier néo-Renaissance. C'est celui où vivait Daniel Iffla, connu sous le nom d'Osiris.

Cinq hôtels de la rue La Bruyère lui appartenaient.

                               Etages supérieurs de l'hôtel Osiris, avec dans les sculptures du balcon supérieur le  "I" d'Iffla et le "O" d'Osiris.

 

      La vie de cet humaniste et mécène est faite de générosité et de dévouement. Jeté dans la vie active alors qu'il était encore adolescent, il réussit grâce à son intelligence des affaires. Il faudrait un volume pour détailler toutes ses donations. Notons qu'il fut le premier qui créa des "restos du cœur" ouverts aux hommes et femmes sans moyens… Il mit à la disposition du maire du IXème arrondissement ses cinq hôtels pour que soient accueillis les réfugiés pendant le siège de 1870… il légua sa fortune à l'Institut Pasteur qui put créer grâce à cette donation l'institut du radium où travaillera Marie Curie… Il légua à l'Etat son domaine viticole du bordelais afin que soit créée une école d'œnologie et de viticulture, l'école de la Tour blanche.. il légua toujours à l'Etat le château de la Malmaison… Bref! Quelle différence avec les richissimes privilégiés qui aujourd'hui n'ont de cesse de dénicher des paradis fiscaux et de se réfugier à l'étranger pour échapper à l'impôt de leur pays!

Cet homme-là était exceptionnel en tout. Amoureux fou de sa femme qu'il perdit alors qu'il n'avait qu'une trentaine d'années, il conserva intact le décor où elle avait vécu et il ne voulut jamais se remarier.

 

Sa tombe est une des plus spectaculaires du cimetière de Montmartre, surmontée d'un immense Moïse, réplique de celui de Michel Ange. Mais ce qui nous interpelle aujourd'hui c'est qu'Osiris dut se battre pendant plus de trente ans pour obtenir l'emplacement où il a été érigé. Juif assigné à la partie du cimetière réservée aux juifs, il tenait à reposer à la limite extrême, à côté de la partie chrétienne, afin d'être le plus près possible de sa femme comme il le lui avait promis.. Triste époque où les préjugés étaient si forts qu'ils empêchaient deux êtres qui s'étaient aimés de partager la même tombe! Et quelle ingratitude envers un homme qui avait tant donné à son pays! Il est vrai que nous sommes encore dans les miasmes de l'affaire Dreyfus qui empoisonna l'atmosphère pendant plus de 12 ans! 

Rue La Bruyère. Première partie. Du 1 au 11. Osiris. Lévy Dhurmer. Desbordes Valmore...

Heureusement, avant sa mort le mur fut détruit et les règles radicales des religions purent être contournées.

Aujourd'hui le couple et ses enfants morts nés vit  dans la même terre son éternité temporaire.

Rue La Bruyère. Première partie. Du 1 au 11. Osiris. Lévy Dhurmer. Desbordes Valmore...

"J'ai lutté avec mon cœur de mari. Je suis arrivé après 33 ans de luttes de toute sorte à occuper définitivement et perpétuellement le terrain qu'elle avait désigné. Je viens de reconnaître ma place. C'est à ses pieds que je dormirai de mon dernier sommeil"

Le 11.

Le 11.

    Au 11 a vécu plusieurs années Adolphe Tavernier, journaliste (au Gil Blas, à l'Evènement) et… escrimeur! Il a écrit un livre préfacé par Aurélien Scholl : "L'art du duel".

Rue La Bruyère. Première partie. Du 1 au 11. Osiris. Lévy Dhurmer. Desbordes Valmore...

     Mais ce qui le caractérise mieux que le fleuret c'est son goût très sûr pour la peinture de son temps et pour son amitié indéfectible avec Sisley dont il collectionna les toiles.

Première neige à Veneux-Nadon (Sisley). Toile ayant appartenu à Adolphe Tavernier.

Première neige à Veneux-Nadon (Sisley). Toile ayant appartenu à Adolphe Tavernier.

     Il ne s'en sépara qu'à contre cœur quand il quitta Montmartre pour acheter un vaste appartement dans le XVIème arrondissement!

Meule de paille en octobre (Sisley)

Meule de paille en octobre (Sisley)

    Nous faisons halte à ce niveau de la rue dont nous reprendrons la visite après avoir admiré quelques Sisley qui appartenaient à Tavernier!

(à suivre…)

                                 L'inondation (Sisley)

Maisons au bord du Loing (Sisley)

Maisons au bord du Loing (Sisley)

Voir les commentaires

Rue de l'abreuvoir

Rue de l'abreuvoir

 Le 4 rue de l'abreuvoir (2019)

Le 4 rue de l'abreuvoir (2019)

Le 4 (1930)

Le 4 (1930)

     Au début de la rue de l'abreuvoir, séparée de la maison rose par un seul immeuble, une maison à l'architecture composite attire l'attention des passants. Il s'agit de la maison des aigles.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Sur les photos du début du XXème siècle, elle n'existe pas encore. Elle n'a pas encore remplacé une modeste demeure villageoise dont un mur pignon donnait sur la rue et dont les pierres auraient été réutilisées dans la nouvelle construction.

(On peut voir sur la carte ci-dessus, un peu avant le personnage, la vieille maison et son mur pignon).

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Il faut attendre 1924 pour voir la maison des aigles nidifier sur la Butte.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     De style rustique et composite, elle serait si l'on en croit André Roussard,  grand érudit montmartrois malheureusement décédé, l'œuvre de Joseph de la Nézière. (Dictionnaire des lieux de Montmartre. Editions andré Roussard).

     Je ne sais qu'en penser pour la bonne raison que Joseph de La Nézière (1873-1944) n'était pas architecte mais peintre, intéressé non par Montmartre mais par les pays du Maghreb où il résida souvent et pour lesquels il créa de nombreuses affiches. Peut-être a t-il dessiné cette maison avant qu'un architecte ne la réalise? 

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Mais pour qui a t-elle été construite ? La réponse est plus facile, une plaque apposée sur la façade nous renseigne!

 

Elle fut la demeure du "commandant Henry Lachouque, historien de Napoléon et de la Grande armée (1883-1971)".

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Lachouque? Le touriste restera dubitatif, comme je le fus devant cet illustre commandant. Napoléon éveillera sans doute plus de clignotants dans sa cervelle.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Le commandant fut pourtant un historien passionné par Napoléon.

Il fut formé à Saint-Cyr, promotion Austerlitz (!) et combattit pendant la 1ère guerre avec les gants blancs et le casoar. Il fut blessé en 1914 à la bataille de la Marne et dut quitter l'armée. 

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Les toqués de Napoléon qui comme on sait rendit fous de nombreux de ses fans, le connaissent bien sûr et ont dévoré la quinzaine de livres qu'il consacra au grand homme et à son armée.

   

     Il fonda l'Association des amis de Sainte-Hélène, il fit restaurer la fameuse maison de Longwood où l'empereur déchu passa ses dernières années, il fut enfin conservateur pendant dix ans du musée de la Malmaison. Une vie consacrée à Napoléon!

La Malmaison

La Malmaison

    Cette passion a envahi la maison des aigles. Les pièces abritaient un musée de souvenirs napoléoniens, d'objets divers ayant appartenu à Napoléon, à Joséphine ou aux princes impériaux.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     L'extérieur n'est pas en reste! L'entrée est surveillée par deux aigles prêts à fondre sur leur proie. Ils ont donné son nom à la maison.

 

On retrouve l'aigle impériale sur l'enseigne qui se balance au vent….

 

   Une des curiosités de la maison est le cadran solaire, un des plus photographiés de France et de Navarre.

Ce n'est pas un aigle mais un coq (dessiné par Henry Lachouque lui-même) qui s'exprime...

    Il s'adresse au campanile du Sacré-Cœur voisin et il lui dit qu'au moment où il fera sonner ses cloches pour les Laudes matinales, il l'accompagnera de son chant.

Le campanile du Sacré-Coeur vu de la rue de l'abreuvoir et de la maison des aigles. 

    Et voilà ce qu'on peut dire de cette maison qui suscite l'intérêt des passants!

Notons que Henry lachouque, reconnu comme spécialiste sérieux de l'Empire fut sollicité à plusieurs reprises pour donner des conseils à des cinéastes dont les films se situaient à cette époque.  

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

    J'ai oublié un détail intrigant. La phrase prononcée par le coq comporte une curiosité.

 

    Le "N" de "quand" est écrit à l'envers, comme une lettre de l'alphabet cyrillique.

Est-ce une allusion à la désastreuse campagne de Russie? 

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

     Il n'est jamais trop tard pour découvrir un grand artiste oublié! Voilà un homme exceptionnel, un artiste profond et original dont j'ignorais l'existence, je l'avoue.

 

Déjà, quelques mois après sa mort on pouvait lire : "Dorignac est mort. N'organisera-t-on pas une rétrospective? Ce serait une révélation pour beaucoup de gens qui n'ont pas su voir les œuvres de ce bel artiste." (Le Rapin, Comoedia, 1926)

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

Une révélation? Ce le fut pour moi et pour les trop rares visiteurs de l'exposition "Corps & âmes".

     Il faut dire que l'affiche est ratée. Une figure noire tronquée sur fond rouge… qui ne respecte pas le fond blanc original et la force de l'œuvre.

 

Le choc pour moi a été la rencontre avec les œuvres noires. Leur modernité m'a sauté au visage. Il y a dans leur ombre qui apparaît d'abord massive, une richesse de détails qui se révèle  peu à peu et laisse filtrer une lumière intérieure, comme à travers des feuillages nocturnes.

 

     Georges Dorignac (1879-1925) a vécu quelques années à Montmartre, au 22 rue du Chevalier de La Barre.

Le 22 aujourd'hui. (reconstruit après les bombardements de la 2ème guerre.)

Ses premières toiles sont encore marquées par l'impressionnisme. Il peint Céline sa compagne et leurs filles. On pense à Renoir mais déjà on sent dans ces visages une gravité presque sacrée. Le portrait de Georgette, une de ses filles a quelque chose d'une princesse de Vélasquez. 

                                Portrait de Georgette (1916)

    On ressent dans ses portraits une attention exigeante à ses modèles, une volonté de rendre leur beauté, non pas seulement celle du corps mais encore celle, secrète et discrète de l'âme.

La famille (1906)

La famille (1906)

Il aime peindre sa compagne Céline qui a déjà une fille de 5 ans, Suzanne, lorsqu'il la rencontre, avec qui il aura trois filles. Ils formeront tous les 6 une famille aimante, unie dans l'adversité, une petite constellation de tendresse et de confiance.

 

Georges Dorignac, Céline et les 4 filles.

Georges Dorignac, Céline et les 4 filles.

     Après la période colorée, vient la période du noir qui correspond à l'installation du peintre à la Ruche, à Montparnasse, où il est accueilli après la rude épreuve qu'a été le vol de toutes ses œuvres. Il est ruiné mais poursuit son travail, soutenu par ses proches. Le voleur est un escroc qui s'empare des toiles et des dessins pour les signer d'un peintre coté et les vendre au meilleur prix. Par malheur il n'a pas été trouvé trace de ces œuvres disparues.

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

Les portraits noirs sont ce qu'il y a sans doute de plus original et de plus novateur dans l'œuvre de Dorignac.

Certains parleront d'influence de la statuaire egyptienne ou khmère. Peut-être, mais ce qui frappe, c'est cette "matière" qui semble dense, taillée dans le granit, et qui cependant porte vers la lumière, montée des profondeurs, une humanité vulnérable.

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

L'influence de Rodin est manifeste dans certains "masques" qui évoquent par exemple le visage d'un bourgeois de Calais, Pierre de Wissant...

Rodin. Pierre de Wissant.

Rodin. Pierre de Wissant.

    Dorignac parvient à donner sur une surface plane cette épaisseur charnelle des sculptures.

 

"Dans ses dessins, Dorignac creuse dans la profondeur des corps comme le sculpteur dans la masse des pierres." Gaston Meunier du Houssoy.

                            Rodin

                          Dorignac

 

                               "Dorignac sculpte ses dessins." Rodin.

Les hâleuses

Les hâleuses

     A la même époque, Dorignac qui a beaucoup admiré Millet et sa manière respectueuse et quasi religieuse de représenter les paysans, les dessine avec un trait fort et précis, tout entiers requis par leur tâche. Bien qu'il y ait chez lui une grande précision anatomique, on pense aux figures cernées de plomb des vitraux.

.

.

 

Il y aurait beaucoup à dire encore sur les œuvres nombreuses de l'exposition.

Comme par exemple la représentation inattendue des danseuses, non comme des créatures de légèreté et d'envol mais des  athlètes, des forces concentrées prêtes à se libérer.

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

     Quand la guerre éclate, Dorignac est mobilisé mais (comme Poulbot) il est réformé, à cause d'une maladie osseuse. Il est de santé fragile et opéré d'un ulcère à l'estomac, c'est des suites d'une opération abdominale qu'il mourra en 1925.

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.
Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

     Mais il ne cesse de peindre, comme s'il était conscient de l'urgence. La dernière partie de l'exposition montre l'évolution de Dorignac vers un art sacré. Il commence à avoir du succès, la vie matérielle est alors plus facile et il reçoit des commandes.

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

    La Vierge à l'enfant, projet pour une mosaïque, n'est pas sans rappeler l'art roman ou l'art byzantin. Le hiératisme des personnages n'est pas austère, il est transformé par le rayonnement des auréoles qui semble vibrer pour atteindre le spectateur.

Détail du carton "La Vierge et l'enfant".

Détail du carton "La Vierge et l'enfant".

Jeanne d'Arc écoutant les voix

Jeanne d'Arc écoutant les voix

     En 1918, en pleine guerre, il crée pour une tapisserie cette Jeanne d'Arc dont l'auréole est illustrée par ses exploits guerriers qui mettent l'ennemi en fuite.

Son style a changé, il se réfère à la tradition, aux tapisseries du Moyen-Âge. Dans un jardin clos ou paissent les agneaux, les fleurs symboliques s'épanouissent : le lys, pureté de la sainte, l'œillet, l'amour divin.

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

     Jeanne est assise entre l'arbre de la vie et celui de la connaissance du bien et du mal. Elle écoute les voix qui lui ordonnent de combattre l'ennemi. Notons que Dorignac, sensible dès le début à la dimension sacrée de l'art était agnostique. 

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

Ses créations plus amples sont destinées à l'art décoratif, mosaïques tapisseries, vitraux. Comme ces "Biches", projet fait sans doute pour un mur ou un plafond.

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

 

Sur un fond de fleurs et d'oiseaux, tapis de Perse, enluminure, les cervidés sont accompagnés dans leur mouvement de tendresse par les branches qui font une arcade protectrice au-dessus d'eux.

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

Parmi ses dernières œuvres, montrant sa curiosité pour les spiritualités orientales, il peint un mandala où  se retrouvent au centre les 4 continents et autour, les symboles des principales religions : croix, étoile de David, bouddha, croissant, vache sacrée... 

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

… et il n'oublie pas d'y insérer des dessins de femmes qu'il a réalisés une dizaine d'années plus tôt, comme si c'était lui-même avec son œuvre qui prenait place dans l'univers qui continue de tourner et d'entraîner avec lui l'humanité.

 

     Dorignac meurt en 1925. Il a 46 ans. On aimerait que cette exposition réalise la prophétie écrite en 1928 :

"L'œuvre qu'avait réalisée Georges Dorignac demeure, et de jour en jour elle se classe, conquérant la place définitive qui lui est assignée dans l'histoire de l'Art Contemporain." (le Carnet d'un curieux. Galerie Marcel Bernheim)

Georges Dorignac. Musée de Montmartre. Exposition. Mars-septembre 2019.

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.

    Poulbot est notre Montmartrois de cœur, un homme généreux et actif un artiste qui a mis son art au service de son engagement. C'est donc avec plaisir que nous le retrouvons au musée de Montmartre où il occupe avec ses dessins exécutés pendant la guerre, le rez-de-chaussée de l'hôtel qui abrite la remarquable exposition consacrée à Dorignac (courez-y vite! C'est une révélation!)

Poulbot et le chien Tutu en 1916

Musée de Montmartre.

Musée de Montmartre.

     Poulbot dessine les gosses de la Butte pendant les années terribles de la Grande Guerre. Tout en représentant  leur spontanéité et leur fraîcheur enfantines, il leur prête une ironie, une arrogance, une intelligence qui font d'eux des témoins et des critiques.

Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.

     Lui-même est frustré et amer de ne pouvoir être au front. Il a 35 ans quand la guerre est déclarée. Il est mobilisé mais ses problèmes de santé nécessitent en février 1915 sa réforme. Il vit mal ce retour à l'arrière et c'est avec ses armes de dessinateur qu'il poursuit la lutte.

 

Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.

Il publie ses dessins dans plusieurs journaux et revues, participe à des campagnes pour récolter des fonds (pour les orphelins de guerre, pour les prisonniers…).

Ses dessins et ses affiches des années de combat font partie de ce qu'il a produit de plus engagé et souvent de plus émouvant.

Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.

     Il observe les enfants qui continuent de jouer malgré le départ des pères et la rude vie des mères. Ils mettent en scène ce qu'ils savent ou perçoivent du conflit et se montrent plus patriotes que les patriotes! Les garçons creusent des tranchées, bricolent des canons et des fusils tandis que les filles, en un temps où le rôle assigné à chaque sexe est sans appel, réconfortent les guerriers ou deviennent infirmières!

Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.

     Des expositions des dessins de Poulbot sont organisées, comme celle des "Alliés" en décembre 1916. C'est celle que nous propose le musée de Montmartre avec ces 24 lithographies.

Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.

     Les enfants d'aujourd'hui jouent à d'autres jeux, ils sont souvent avalés par  leur tablette ou leur smartphone. Poulbot n'est plus là pour les croquer avec tendresse. Les guerres d'aujourd'hui ne semblent plus les concerner… On ne joue pas au Bataclan ni aux embarcations qui font naufrage…

   On ne joue pas avec le dérèglement climatique non plus…

   Et pourtant on voit dans les rues défiler en chantant collégiens et lycéens plus conscients que leurs aînés. C'est peut-être là, parmi eux que Poulbot sortirait ses cahiers à dessins. 

Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.
Poulbot et la guerre. Musée de Montmartre. Exposition.

De nombreux articles sont consacrés à Poulbot sur ce blog. 

Liens :

Poulbot engagement social

Poulbot les Noël de la Butte

Poulbot les gosses

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Cimetière., #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Frédérick Lemaître en Macaire (Carjat)

Frédérick Lemaître en Macaire (Carjat)

     Il est le plus célèbre des acteurs du boulevard du Crime, immortalisé par le film de Carné "Les Enfants du Paradis" : Antonin Louis Prosper Lemaître (1800-1876), connu sous son nom de scène : Frédérick Lemaître.

                           Frédérick Lemaître interprété par Pierre Brasseur dans "Les Enfants du Paradis".

     Son rapport avec Montmartre?

     Sa dernière adresse… dans le cimetière de l'avenue Rachel!

 

     Son corps a été couché là, dans la 28ème division, première ligne, n°4. Il a fallu attendre 13 ans après sa mort pour qu'une souscription lancée par "l'Avant-Scène" recueille assez de fonds pour élever ce monument surmonté d'un buste de bronze.

 

     Le buste dû à Pierre Granet fut volé puis retrouvé et gardé à l'abri en attendant d'être replacé, un jour peut-être, dans ce cimetière où pillage et vols ne sont pas rares.

 

Il est possible de voir sa réplique dans le square Frédérick Lemaître, Xème arrondissement (quartier où vivait l'acteur). Personne n'a encore eu l'idée de le dérober!

 

     Pierre Granier (1842-1910) n'a pas laissé beaucoup de chefs d'œuvre et il n'est pas sûr que son buste de Frédérick Lemaître en soit un, mais il est une image artistique, rare, du grand acteur. Parmi les quelques œuvres de Granier figure "la renommée au combat" sur le pont Alexandre III, avec une trompette qui, si l'on en croit Brassens, doit être "mal embouchée"!

                                   La renommée au combat. Pont Alexandre III (Pierre Granier).

     La renommée de Frédérick Lemaître est un lointain souvenir et les promeneurs qui passent allée Troyon devant sa tombe, ignorent le plus souvent qui était cette "star" si populaire que Victor Hugo, l'opposant aux autres acteurs qui incarnaient des héros ou des rois, disait de lui "Il a été le peuple. Pas d'incarnation plus féconde et plus haute; étant le peuple, il a été le drame".

                              Allée Troyon. La 1ère tombe à gauche est celle de Frédérick.

 

     Antoine Louis Prosper Lemaître est né en 1800 au Hâvre. S'il y avait vécu il aurait pu être aventurier, explorateur, pirate. On imagine pour lui les destins les plus spectaculaires, avec premiers plans vigoureux et environnement de vents et d'oiseaux plus criards que les spectateurs du paradis!

    La mort de son père est le grand déchirement de sa vie d'enfant. Ce père qu'il idolâtrait meurt alors qu'il n'a que 9 ans.

     Pour trouver du travail sa mère vient vivre à Paris. Frédérick est élève au collège Sainte-Barbe. Dès qu'il est en âge d'aider sa mère, il accepte des petits boulots avant de se décider à suivre les cours du Conservatoire. À sa sortie, il ne trouve d'engagement que dans un théâtre proche du Bd Saint-Martin, "Les Variétés Amusantes" où est donnée sur le mode comique "la triste aventure des amoureux Pyrame et Thysbé".

                                                                 Le lion du magicien d'Oz

Frédérick (qui se choisit alors ce  nom de scène) joue le troisième personnage, le brave lion soupçonné à tort d'avoir croqué la belle. C'est donc par le roi des animaux dont le déguisement a le poil quelque peu dégarni que Frédérick Lemaître se fait connaître et déjà apprécier du public populaire par ses apartés et ses mines entendues. 

                         Boulevard du Temple. (1845)

Boulevard du Temple. (1845)

     Nous sommes sur le boulevard du Crime, surnom donné au boulevard du Temple où de nombreux théâtres se spécialisent dans les mélos sanglants.

                                              Boulevard du Crime (Enfants du Paradis)

C'est sur ce boulevard, à l'Ambigu, que Frédérick  trouve le rôle qui va l'installer pour toujours dans le cœur des spectateurs, celui du bandit de grand chemin, Robert Macaire (dans l'Auberge des Adrets)

     Le coup de génie de Frédérick Lemaître fut de rendre bouffon un mélodrame censé tirer des larmes. Il trouva la pièce si nulle qu'il tira partie de chaque réplique, de chaque situation pour la transformer en farce tandis que les autres acteurs jouaient sérieusement leur rôle. Il fit du mélodrame ampoulé un triomphe de drôlerie et d'humour noir et le public conquis adopta l'acteur qui avait fait d'eux ses complices!

 

     Dès lors, il emplira toutes les salles où il se produira. Il aura une foule d'admiratrices qui l'attendront à la sortie des théâtres et en homme galant il fera de son mieux pour rendre hommage à leur beauté! La scène culte des Enfants du paradis nous le montre en séducteur qui trouve en Garance une égale, aussi spirituelle que lui.

Il lui demande une adresse où la retrouver :" Paris est grand vous savez." Elle répond l'œil ironique "Paris est tout petit pour ceux qui s'aiment comme nous d'un aussi grand amour!"

     Parmi les actrices qui ont joué avec lui, la plus célèbre est sans doute Marie Dorval. Ils sont partenaires dans "Trente ans ou la vie d'un joueur", mélo où elle se fait remarquer en 1827, cinq ans avant de devenir la maîtresse de Vigny et de donner la mesure de son talent au théâtre français.

                                                      Vigny et Marie Dorval

"Je fus vivement impressionné par cette nature à la fois ardente et timide, par cet accent pénétrant et inspiré" (Frédérick Lemaître. Souvenirs.)

    Frédéric Lemaître interprète lui aussi de grands textes qui lui permettent de donner sa mesure sans perdre l'adhésion du public populaire. Il est Othello, il est Hamlet, comme on imagine que ces personnages étaient proposés au Théâtre du Globe devant un parterre mêlé et souvent bruyant.

                                         Pierre Brasseur en Frédérick Lemaître (Les Enfants du paradis)

Il joue dans des pièces de Hugo (Lucrèce Borgia, Ruy Blas). Hugo qui était exigeant avec ses interprètes admire Frédéric Lemaître :

"Cet homme est à tout prendre le premier ou plutôt le seul comédien de notre temps".

                                                                    Dessin de Léon Noël

On le trouve encore dans "La maréchale d'Ancre" de Vigny ou dans des pièces d'un auteur dont il aime le romanesque, Alexandre Dumas. Il s'illustre dans "Kean" et dans "la tour de Nesles"

                                                                                               Photo de Carjat

     Cette possibilité pour lui de s'investir dans des rôles si variés donne une idée de son génie, du respect aussi qu'il porte aux grandes œuvres dans lesquelles il "est" le personnage qu'il joue sans avoir besoin comme dans les mélos médiocres de prendre ses distances, de se moquer, de transformer son public en confident!

 

     Dans sa vie privée, Frédérick qui a du mal à dissocier sa carrière d'artiste de  celle d'amoureux, passe d'un amour à l'autre avant d'épouser Sophie qui se révélera compagne vigilante et fidèle. 

"J'eus un fils que j'appelais Frédérick comme moi. Quelque temps après ma chère Sophie me donna une fille, ma belle Caroline, et l'année suivante Charles, qui lui aussi devrait être là pour me fermer les yeux quand sonnera mon heure."

 

L'heure de Frédérick viendra après celle de ce fils qu'il aimait et qui mourut à 40 ans. C'est sur la fin tragique de son fils que Frédérick Lemaître, après avoir évoqué ses souvenirs de théâtre, clôt son livre.

"Charles était atteint de cet horrible mal qui depuis six mois décimait tant de familles dans Paris : la petite vérole noire (…)

Le 5 mars 1870 vers six heures du soir, dans un accès de fièvre, il s'était vu entouré de flammes et s'était précipité par une fenêtre. Je n'eus que le temps d'accourir pour recueillir son dernier soupir. Il est mort dans mes bras."

 

    Après la mort de son fils, Frédérick Lemaître se réfugie dans la solitude. Son fils Frédérick évoque les dernières humiliations qu'il subit de directeurs de théâtre qui ne misent plus sur lui.

"La mort le trouva calme et fort. Il ne regrettait rien. Une partie de ceux qu'il aimait l'avaient déjà précédé dans l'inconnu"

 

Avec quelle ironie et quel sadisme la "nature" peut se jouer de nous! Le lion du théâtre aux rugissements puissants, le brigand aux invectives malicieuses, l'acteur total, maître de la parole comme un virtuose de son instrument, est atteint d'un cancer à la langue. 

 

Son martyre dure huit mois. "Je meurs de faim. Je voudrais tout croquer! Hélas ces diables d'aphte s'y opposent"

Il meurt le 26 janvier 1876.

 

L'enterrement marqua tous les esprits tant la foule était dense sur le trajet qui allait de l'église de la rue des marais dans le Xème arrondissement au cimetière de Montmartre.

 

"Le char se fraye difficilement un chemin entre les maisons garnies jusque sur les toits" (Victor Hugo)

 

Frédérick Lemaître. Cimetière Montmartre.

Victor Hugo sur la demande du fils de Frédérick Lemaître improvise un discours sur la tombe.

"Je salue  dans cette tombe le plus grand acteur de ce siècle, le plus merveilleux comédien peut-être de tous les temps."

 

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.

     Le hasard m'a fait emprunter la rue Véron où une galerie installée là depuis quelques mois m'a permis de passer à travers le miroir pour découvrir un paysage où les hommes et les oiseaux se parlent... 

Atelier Véron, 31 rue Véron

Atelier Véron, 31 rue Véron

     Il faisait gris...

     Il pleuvait un peu...

    "Pour un cœur qui s'ennuie, ô le chant de la pluie"...

Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.

     Et puis, franchie la porte, l'arc en ciel vint à ma rencontre...

Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.
Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.

    Avec une migration d'oiseaux échappés de l'enfance où les chasseurs n'existent pas

    Des mosaïques byzantines ou des villas romaines

    Des enluminures médiévales 

     Ou plus simplement lâchés pour nous par un artiste qui, né en 1944, a gardé l'âme et le cœur d'un jeune amoureux que le monde émerveille.

 

 

 

     Je n'ai pas été étonné d'apprendre qu'il fut proche d'un maître-verrier que nous connaissons bien à Montmartre puisque tous les vitraux de notre vieille église Saint-Pierre sont son œuvre : Max Ingrand.

 

… Un vitrail se laisse deviner de l'extérieur avec ses lignes de plomb et ses couleurs sourdes et il saisit la lumière aussi ténue soit-elle pour se donner à l'intérieur….

… Les visages de Jean Dessirier, comme les vitraux ont leur face de lumière et leur face plus secrète.

    Comme on peut voir se refléter dans la vitre l'avers coloré offert aux passants tandis que le revers  ombreux ne s'offre qu'à ceux qui entrent dans la salle d'exposition.

     Femmes, hommes et oiseaux vivent ensemble sans frayeur. L'oiseau messager de paix est aussi la part de rêve et de sensualité de chacun.

 

Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.
Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.

     Certains "personnages" que leur créateur nomme "totems" sont debout, en pied, longs et droits. Ils me font penser aux statues colonnes romanes, paisibles elles aussi avec leur sourire à peine dessiné, comme une invitation à la douceur.

 

 

     Comparaison n'est pas raison, aussi faut-il aussitôt la compléter avec d'autres, du côté de l'art forain ou des décors circassiens, comme nous y invite ce clown mains dans les poches

 

     C'est ainsi, devant un univers nouveau et envoûtant, on ne peut s'empêcher de battre le rappel de tout ce qu'il peut nous évoquer alors que le plus simple et le plus naturel serait d'y entrer sans bagages.

Même si les faunes, les sirènes et les sphinges sont pour nous de vieilles connaissances.

 

Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.

Ce qui est sûr, c'est qu'il se dégage de cette exposition une impression paisible et souriante, une forme de bonheur qui invite à l'échange. 

 

 

Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.

     Un univers où François d'Assise serait à l'aise pour parler aux "frères oiseaux" mais où il aurait jeté aux orties sa robe de bure pour chanter en même temps que la beauté des animaux et des fleurs, celle des hommes et des femmes!

Femmes dont la nudité est aussi naturelle que le plumage des oiseaux!

 

Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.

    Les œuvres de Jean Desirrier sont exposée à l'Atelier Véron jusqu'à la fin du mois de mars, 31 rue Véron. Tel : 06 75 17 27 03. Adresse @ du site

 

 

 

Jean Dessirier. Couleurs et poésie à l'Atelier Véron.

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Emilienne d'Alençon.  Grande amoureuse. Poétesse.

     Nombreuses sont les cartes et les photos de la Belle Epoque qui ont gardé l'image d'une des femmes qui fit tourner les têtes, nourrit bien des fantasmes et prit dans les filets de son charme et de sa sensualité quelques uns des princes de ce monde!

                                                La Belle Otero

    Elle fut considérée avec Liane de Pougy et Caroline Otero comme l'une des Trois Grâces de son temps! Et Dieu sait qu'il y en avait de gracieuses personnes à Montmartre à la fin du XIXème siècle! 

                                               Liane de Pougy

     La belle dame naquit dans le Paris populaire, en 1870 (ou selon certains historiens en 1869).

    Sa mère est concierge rue des Martyrs dans un quartier prisé de la bohême mais où les oiseaux de proie de l'immobilier commencent à s'abattre.

 

     Elle doit travailler tôt pour apporter un peu d'argent à sa mère. Le goût qu'elle aura plus tard pour la littérature est d'autant plus remarquable qu'elle fut privée dans sa jeunesse d'un accès désiré à la culture réservée aux classes aisées.

Dessin de Steinlen

Dessin de Steinlen

     Elle est lancée dans le monde alors qu'elle n'a que 15 ans grâce à un journaliste du Gil Blas responsable de la rubrique des "demi-mondaines", Charles Desteuque, celui-là même qui découvrit la Goulue et qui recevait bourgeois et jolies dames dans son appartement de la rue de Laval (aujourd'hui rue Victor Massé) en face du Chat Noir.

Emilienne d'Alençon.  Grande amoureuse. Poétesse.

     C'est au cours d'une de ces rencontres qu'Emilienne André reçut son nom de combat. Elle était vêtue d'un corsage en dentelle d'Alençon quand Laure de Chiffreville, prostituée notoire, la baptisa Emilienne d'Alençon en lui prédisant une grande carrière!

    

         Le Cirque National (ancien cirque d'été) sur les Champs Elysées.

     La carrière mit pourtant quelques années avant de répondre aux prédictions de Laure de Chiffreville. Emilienne commença par un numéro approximatif et cependant sensuel de dresseuse de lapins au Cirque d'Eté.

Emilienne d'Alençon.  Grande amoureuse. Poétesse.

Avant de dresser les ânes (ce qui est un excellent exercice préparatoire au domptage des hommes)

   

  Mais plus qu'aux ânes c'est au jeune duc d'Uzès qu'elle doit sa promotion. Jacques d'Uzès, amoureux fou de la demoiselle entreprend de l'éduquer en espérant pouvoir en faire sa femme. Mais, comme dans la Traviata, la famille, en l'occurrence la duchesse de Rochechouart, scandalisée par cette liaison, organise une expédition en Afrique, censée apporter la gloire à son rejeton. Pensa t-il à la belle Emilienne quand après avoir combattu les Boubous il fut rapatrié à Brazzaville où il mourut de la dysenterie en 1893?

Affiche de Chéret

Affiche de Chéret

     Mais la liaison a fait du bruit dans le Paris de la galanterie et auréolé Emilienne d'une réputation de femme irrésistible qui ne la quittera plus!

Elle est réclamée par les établissements à la mode où elle danse et joue la comédie à moitié vêtue ou dévêtue (c'est l'histoire du verre à moitié plein  ou à moitié vide) : elle se produit au Casino de Paris, aux Menus Plaisirs, aux Folies Bergères, à la Scala, aux Variétés…..

Emilienne d'Alençon.  Grande amoureuse. Poétesse.

     Ce sont évidemment ses amants qui assurent sa fortune plus que son génie dramatique et musical. Après Jacques d'Uzès, les messieurs font la queue au théâtre pour la rencontrer et tenter leur chance. Une chance qui est souvent aussi sûre que le portefeuille est épais.

Balsan et Chanel

Balsan et Chanel

     Parmi ceux qui ont laissé leur nom dans la grande ou petite histoire, citons Etienne Balsan, passionné de chevaux, riche héritier et futur amant de Gabrielle Chanel à qui il proposera son appartement du boulevard Malesherbes pour lancer sa maison.

Emmanuelle Devos joue Emilienne dans le film "Coco"

Emmanuelle Devos joue Emilienne dans le film "Coco"

     Il mettra en relation l'ancienne et la nouvelle maîtresse. Emilienne portera fièrement les chapeaux de Coco à qui elle fera une publicité efficace.

le futur Edouard VII

le futur Edouard VII

     Citons encore parmi les amants prestigieux le roi des Belges Léopold II, le Prince de Galles futur Edouard VII et même le Kaiser Guillaume II. Avec Emilienne la guerre aurait peut-être été évitée et l'entente entre Anglais, Français et Allemands consolidée!

Quant au Prince de Galles, loin de sa mère Victoria, il aimait Paris et ses dames qu'il honorait au Chabanais, le bordel le plus chic de la capitale, sans dédaigner Montmartre et son folklore. Ses goût érotiques raffinés ou compliqués lui valurent son surnom de "Dirty Henry". 

 

 

  

     Tous ces braves hommes assurèrent la fortune et le renom d'Emilienne. Ce qui ne l'empêcha pas d'aimer aussi les femmes. On la crédite de plusieurs liaisons  : avec la Goulue que Desteuque lui avait présentée en 1889... avec la grande poétesse lesbienne Renée Vivien en 1908.

Renée vivien

Renée vivien

Renée vivien écrit pour elle, un peu à la manière de Ronsard :

"Tu te flétriras un jour, oh mon lys!

Tes pas oublieront le rythme de l'onde,

Ta chair sans désirs, tes membres perclus

Ne frémiront plus dans l'ardeur profonde,

L'amour désenchanté ne te connaîtra plus."

Liane de Pougy

Liane de Pougy

    La liaison qui aura le plus de retentissement est celle qu'elle entretient avec sa rivale en sensualité et en gloire, Liane de Pougy. Elle est mise en musique par la presse satirique et notamment le Gil Blas!

Dans ses pages insolentes le journal annonce le mariage des deux femmes et annonce la naissance d'un futur bébé! Il n'était pourtant pas question à l'époque de PMA!

Emilienne d'Alençon.  Grande amoureuse. Poétesse.

Emilienne amoureuse écrit des poèmes et le recueil qu'elle publie porte un titre assez clair "Sous le masque".

Elle dédie ces vers à Liane :

"J'ai senti contre moi votre épaule plus chaude,

Le ciel en pâlissant faisait vos yeux plus clairs

Et des parfums marins de sable, d'algue et d'iode

Se mêlaient aux parfums qu'exaltait votre chair."

    Même si des versificateurs puristes trouveront matière à chicaneries, il est remarquable de lire ces poèmes écrits par une femme qui n'avait pas eu la chance de fréquenter les écoles.

                                               Liane de Pougy

"Les plaisirs de la chair se sont sur moi posés,

La lèvre m'a meurtrie et la dent m'a blessée,

Je porte avec orgueil la trace des baisers,

Je n'ai rien désiré que d'être caressée."

Percy Woodland et Emilienne.

Percy Woodland et Emilienne.

     Emilienne si elle aime les femmes n'est pas insensible comme on l'a vu aux hommes et pas seulement à leur fortune! Depuis sa liaison avec Balsan, elle fréquente les champs de course et c'est là qu'elle rencontre le jockey Alex Carter de 18 ans plus jeune qu'elle. La liaison dura presque une année et Emilienne se consola avec un autre jockey, lui aussi plus jeune qu'elle, Percy Woodland qu'elle épousa en 1905.

 

          Emilienne sait aussi gérer son image. Sa beauté, sa fraîcheur cachent un secret que des milliers de femmes désirent connaître. Emilienne écrit pour elles un livre de recettes : "Secrets de beauté pour être belle".

    On ne sait si elles furent satisfaites car les efforts à fournir pour garder la jeunesse demandaient selon  Emilienne un considérable investissement de temps et d'énergie : "Etre belle c'est un métier"!

 

     La vie sentimentale d'Emilienne reste compliquée et son jeune mari la déçoit. Après quelques années de presque bonheur, conjugal, elle divorce.

 

Emilienne d'Alençon.  Grande amoureuse. Poétesse.

     La guerre marque le déclin de la Belle Epoque. Montmartre s'éteint peu à peu et les artistes migrent vers Montparnasse. Emilienne est passée de mode. Elle cherche dans l'opium une échappée hors du réel. Elle connaît des problèmes de santé et cherche à retrouver des forces sous le soleil de la Riviera.

Emilienne d'Alençon (Toulouse Lautrec)

Emilienne d'Alençon (Toulouse Lautrec)

     Sa situation financière n'est pas brillante car si elle a beaucoup reçu des hommes, elle a beaucoup donné aux femmes.

Ses poèmes envisagent la mort dont la présence menaçante prend peu à peu la place de l'amour comme une obsession. Cependant, les derniers mots du recueil résonnent comme un défi et un désir de vivre :

Emilienne d'Alençon.  Grande amoureuse. Poétesse.

"Couvrant les sombres voix d'une clameur plus forte

Je veux croire! Viens sur mon cœur, tends-moi les bras

Et si jamais la mort frappe et crie à ma porte,

Je ne répondrai pas!"

Emilienne d'Alençon.  Grande amoureuse. Poétesse.

     Couverte de dettes, elle met en vente tout ce qu'elle possède en 1931 à Drouot. Les acheteurs sont nombreux car Emilienne avait un goût très sûr pour les belles choses parmi lesquelles des meubles précieux dont des commodes laquées, des paravents de soie peinte, des veilleuses…

                               

     C'est une femme oubliée qui meurt à Monaco en 1945. Une femme intelligente et belle dont un critique a pu dire que "sa bouche appelait irrésistiblement les désirs comme la rose invitait l'abeille".

Cette sensualité attira les hommes qui ne virent le plus souvent en elle que la courtisane. Des abeilles qui continuèrent à butiner d'autres fleurs quand la rose fut flétrie!

 

     Il suffit de lire ses poèmes pour se rendre compte qu'elle fut une chercheuse d'amour et de beauté. Plus elle connut les hommes et plus elle aima les femmes avec qui elle partagea la solidarité, pour être plus exact la sororité de celles qui savaient que la société ne leur faisait pas de cadeau et qui ne se méprenaient pas sur leurs succès.

"J'ai retrempé ma chair et retrempé mon âme

Au fleuve de douleurs qui nous baigne toujours

Au feu vivifiant qui vous consume ô femmes

Ô mes sœurs qui portez le fardeau de l'amour"

Emilienne d'Alençon.  Grande amoureuse. Poétesse.

     Sous le soleil du midi, Emilienne a regardé sans complaisance ni culpabilité les splendeurs et misères de sa vie…

    Ces vers sonnent comme un défi et un adieu:

"Mes bras se sont ouverts et se sont refermés,

J'ai bu tous les plaisirs aux coupes exaltantes,

Et si c'est un péché d'avoir beaucoup aimé,

Je veux le premier rang parmi les pénitentes!"

 

Liens : personnalités, artistes, peintres de Montmartre.

 

Chapelle funéraire de la famille maternelle d'Emilienne au cimetière des Batignolles où elle repose.

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Cimetière., #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Daniel Iffla Osiris. Cimetière de Montmartre. Une belle histoire d'amour et de fidélité.

    Nous avons rencontré Daniel Iffla Osiris, plus connu sous le nom d'Osiris, dans le quartier de la Nouvelle Athènes, rue La Bruyère où il avait fait construire son hôtel particulier. 

 

    Sa tombe au cimetière de Montmartre ne peut passer inaperçue!

    Une statue monumentale, réplique du Moïse de Michel Ange domine les sépultures à l'entour.

 

    L'histoire de cette tombe est extraordinaire et mérite d'être contée car nous sommes devant une des plus belles histoires d'amour dont le cimetière garde le témoignage.

 

     Imaginez le cimetière en 1855.  Les arbres, les buissons et les herbes folles en occupent une partie. Il est en effet beaucoup plus grand qu'aujourd'hui et les terrains situés à l'ouest s'étendaient à l'emplacement actuel de l'hôpital Bretonneau. 

                                Entrée du cimetière en 1835

     De nombreux artistes ou personnages "éminents" y édifient leurs chapelles funéraires. C'est, concurrençant le Père Lachaise, l'endroit à la mode où reposer en paix, comme on dit. 

                          Tombe de Henry Murger auteur des "Scènes de la vie de bohême"

 

     Après avoir assisté à l'enterrement d'une de ses connaissances, un jeune couple remonte le long d'une allée et confiant en un futur de bonheur, envisage sans angoisse le jour où la mort et elle seule les séparera. La jeune femme, Léonie Carlier est chrétienne, le jeune homme Daniel Iffla est juif.

 

     On ne plaisante pas à cette époque avec cette différence qu'on matérialise par un mur qui entoure le cimetière réservé aux Juifs. Léonie s'en émeut. Elle fait promettre à Daniel de choisir l'emplacement le plus proche possible de la partie chrétienne. Si le mur les sépare, ils resteront proches dans la terre où ils seront couchés. 

 

Daniel tente de plaisanter mais devant l'insistance de sa femme il le lui promet.

     Passons sur la carrière de Daniel Iffla dans les affaires et sur la fortune considérable qu'il amassa et qu'il légua à des œuvres de bienfaisance et en presque totalité à l'Institut Pasteur (de quoi inspirer peut-être nos évadés fiscaux).

                        Institut du radium créé grâce au legs d'Osiris

     Seul nous intéresse aujourd'hui l'amour qu'il porta à son épouse et qu'elle lui rendait, jour après jour, dans une complicité qui paraissait ne jamais devoir prendre fin.

      Un bonheur d'autant plus grand que Léonie attendait avec impatience la naissance de leur enfant dont ils avaient déjà choisi le prénom. 

     En réalité ce sont des jumeaux que portait Léonie.

Des jumeaux qui n'ouvriraient jamais les yeux car ils moururent en même temps que leur mère le matin de l'accouchement.

     Daniel Iffla est inconsolable. Il transforme en sanctuaire la chambre de sa femme. Aucun objet ne sera changé de place, aucun meuble ne sera bougé.

Le corps de Léonie et des jumeaux sont enterrés à Bordeaux, ville d'origine de Daniel, en attendant que soient disponibles dans le cimetière de Montmartre les emplacements qui permettront aux amoureux de rester proches.

     Le temps, les années s'écoulent. Daniel reste fidèle à son épouse. Il ne cesse de lutter auprès des administrations pour obtenir la concession qu'il désire et qu'il avait promise à Léonie. 

 

      Par chance, les esprits ont évolué (l'affaire Dreyfus n'y est pas étrangère). Le mur qui clôturait le cimetière israélite est tombé. Même si les religieux radicaux ne l'acceptent pas, la loi permet aux époux de religions différentes d'être réunis dans la même tombe.

Daniel Iffla Osiris. Cimetière de Montmartre. Une belle histoire d'amour et de fidélité.

     Osiris fait creuser le caveau familial.  Léonie et les jumeaux y sont transférés.

Sur la dalle de marbre, la statue de bronze est posée : Moïse, le prophète reconnu aussi bien par les Juifs que les Chrétiens. 

Daniel Iffla Osiris. Cimetière de Montmartre. Une belle histoire d'amour et de fidélité.

     Osiris meurt en 1907. Il rejoint enfin celle qu'il n'a jamais cessé d'aimer.

 

"J'ai lutté avec mon cœur de mari. Je suis arrivé après trente ans de luttes de toute sorte à occuper définitivement et perpétuellement le terrain qu'elle avait désigné. Je viens de reconnaître ma place. C'est à ses pieds que je dormirai de mon dernier sommeil".

Daniel Iffla Osiris. Cimetière de Montmartre. Une belle histoire d'amour et de fidélité.

    Et voilà…

    Qui pense à cet amour immense en passant devant le Moïse de Michel Ange?

Le soleil peut-être qui réchauffe le bronze… les chats sans doute qui aiment se poser sur la dalle de marbre et y dormir en rond… comme des cœurs qui battent.

 

Voir les commentaires

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

    La rue de la Tour d'Auvergne tracée sur les anciens terrains de l'abbaye de Montmartre porte comme plusieurs rues du quartier, le nom d'une des abbesses.

 

L'Abbaye de Montmartre (1626)

L'Abbaye de Montmartre (1626)

     II s'agit de Louise Emilie de La Tour d'Auvergne (1667-1737), douzième enfant de Frédéric Maurice de La Tour d'Auvergne. Elle est abbesse de Montmartre entre 1727 et 1735. Après elle, il n'y aura plus que deux abbesses, Catherine  de La Rochefoucauld et Marie-Louise de Montmorency-Laval, sourde et aveugle, guillotinée en 1794 pour avoir conspiré sourdement et aveuglément selon l'accusation du Tribunal Révolutionnaire qui ne manquait pas d'humour (noir)!

 

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

     Avant de prendre ce nom , la partie située entre les rues des Martyrs et Rodier s'appelait rue de la Nouvelle France tandis que celle située  entre les rues Rodier et Rochechouart s'appelait rue de Bellefond (encore une abbesse de Montmartre, Marie-Eléonore de Bellefond).

C'est par cette partie que nous commençons à remonter la rue.

Début de la rue à partir de la rue Rochechouart.

Début de la rue à partir de la rue Rochechouart.

     Evidemment beaucoup d'immeubles anciens ont disparu remplacés par des constructions plus modernes, mais souvent (pas toujours) la numérotation reste la même et permet à notre imagination de s'envoler! Même si c'est derrière la façade, dans de petits hôtels qui ne sont pas visibles que bien des "gloires" de la rue ont vécu.

Le 1 aujourd'hui

Le 1 aujourd'hui

     Il y eut au 1 la demeure d'Henry Murger (1922-1861), l'auteur des "Scènes de la vie de bohême". C'est d'ailleurs rue de la Tour d'Auvergne que vit son héros, Rodolphe, un autre lui-même!

                                         Henry Murger (Nadar)

On sait l'importance qu'eut cette œuvre qui plus que toute autre nous renseigne sur la vie difficile que menaient les artistes dans ce Paris où ils espéraient devenir célèbres.

Murger définit la bohême comme "un état social qui peut déboucher sur la reconnaissance (l'académisme), la maladie (l'Hôtel Dieu) ou la mort (la morgue).

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

Rodolphe (Louis Jourdan) dans "La vie de Bohême" de Marcel L'Herbier.

     Il y eut de nombreuses adaptations de cette œuvre pour le théâtre, l'opéra ("La Bohême de Puccini, "La Bohême" de Leoncavallo) et le cinéma ("La vie de Bohême" de Marcel L'Herbier, "La vie de Bohême" de Kaurismaki).

Murger mourut jeune comme bien des artistes bohêmes de sa génération. Il est enterré au cimetière de Montmartre où la muse Erato fait pleuvoir des fleurs sur sa tombe.

Le 14

Le 14

   Le 14 est un petit immeuble de la première moitié du XIXème que Murger a pu connaître.

Le 15

Le 15

    Au 15 a vécu pendant plus de trente ans le sculpteur Albert Ernest Carrier Belleuse qui forma dans son atelier une génération de sculpteurs dont le plus célèbre fut Rodin. 

 

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

Carrier Belleuse par Rodin

    Il participa à la décoration de nombreux monuments comme le Louvre où il réalisa le stuc de plusieurs plafonds, l'Opéra où son ami charles Garnier lui obtint la commande des deux torchères monumentales qui flanquent le grand escalier...

                       Torchère par Albert Ernest Carrier Belleuse

Le 16

Le 16

       Au 16 a vécu le peintre Léon Barillot (1844-1929) qui choisit de devenir Français après l'annexion de sa région, la Moselle, par les Prussiens. 

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

     Peintre de plein air, il aime les paysages de bord de Seine et les troupeaux qui y paissent.

Le 16

Le 16

     On trouve à la même adresse un autre peintre, Jules Frédéric Ballavoine (1842-1914) qui fut considéré comme un maître du nu féminin.

     Il aima la rue de la Tour d'Auvergne puisqu'à partir de 1872, il  y habita et eut son atelier au 6, puis au 12 et enfin au 16!

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

    Ses toiles sont d'une facture académique et sans inspiration. Leur seule "audace" est de dénuder en partie les belles poseuses qui sont habillées et dénudées à la fois, leur poitrine se montrant rétive au carcan des tissus dont elle s'échappe en douceur...

Le 21

Le 21

   C'est encore un peintre que nous rencontrons au 21 (l'immeuble a été reconstruit en 1861). Et quel peintre! Un des grands du XIXème siècle malgré sa courte vie : Théodore Chassériau (1819-1856)

Esther

Esther

     Son domicile, fenêtres donnant sur l'église Notre-Dame de Lorette, 2 rue Fléchier là où il mourut n'était pas éloigné  de la Tour d'Auvergne où il avait son atelier.

Suzanne au bain

Suzanne au bain

     Nous le retrouverons dans le cimetière Montmartre où il repose et nous lui consacrerons une étude plus attentive. Mais il suffit de regarder ses œuvres auxquelles Théophile Gautier, son  ami, consacra plusieurs critiques élogieuses, pour se persuader de son génie.

                                          Vénus anadyomène

    Ambiances oniriques, chairs vibrantes, femmes magiciennes, orient fantasmé… toute son œuvre, synthèse d'Ingres et de Delacroix, traduit sa sensibilité et sa sensualité.

                                          Alice Ozy (Chassériau)

Pour la petite histoire, Victor Hugo vexé d'avoir été éconduit par la belle actrice Alice Ozy qui lui préféra le peintre, ne le lui pardonna pas! 

Hero et Léandre (Chassériau. Musée du Louvre)

Hero et Léandre (Chassériau. Musée du Louvre)

     Parmi les œuvres les plus importantes de Chassériau, il est possible aujourd'hui d'admirer ses toiles conservées au musée du Louvre où une salle lui est consacrée ou dans l'église Saint-Merri… Mais ce qu'il considérait comme sa plus grande œuvre, les fresques de la Cour des Comptes au palais d'Orsay auxquelles il consacra trois années de sa courte vie, disparurent en fumée sous la Commune. 

        Fragment récupérés après l'incendie de la Cour des Comptes

     Un autre peintre de Montmartre, Gustave Moreau, dont la maison transformée en musée rue de la Rochefoucauld est un des lieux les plus poétiques de Paris, le considérait comme son maître et pour lui rendre hommage peignit "le jeune homme et la mort".

                             Le jeune homme et la mort (Gustave Moreau)

Le 22

Le 22

    On aura du mal à imaginer qu'il y eut au 22 un théâtre, "L'Ecole Lyrique" où débutèrent quelques unes des plus célèbres comédiennes du Second Empire comme Mlle Agar ou Réjane.

                                                      Réjane

La façade plate et triste ne donne aucune idée de cette époque brillante!

Le 24

Le 24

,     Dans cette rue où la musique était chez elle, pas étonnant de trouver au 24 un compositeur : Ernest Reyer (1823-1909)

Il fut ami de Théophile Gautier qui écrivit pour lui le scénario d'un ballet, les paroles d'une ode symphonique et plus prosaïquement celles, parodiques et licencieuses, d'un "De profundis morpionibus" sur une marche funèbre composée pour un maréchal.

Paix à son âme et à celle des petites bêtes!

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

     Reyer connut une célébrité passagère grâce à ses opéras "Sigurd" ou "Salammbô" bien oubliés aujourd'hui. 

                                                    Le 26

     Pas de comparaison avec la célébrité de celui qui est né dans l'immeuble voisin, au 26, et dont l'opéra "Carmen" est le plus joué dans le monde : 

 

     Quand il épousera Geneviève Halévy en 1869, il vivra non loin de là, au cœur de la Nouvelle Athènes dans le somptueux hôtel Halévy de la rue de Douai.

A défaut de photo de Georges enfant, celle de son fils Jacques.

A défaut de photo de Georges enfant, celle de son fils Jacques.

     Mais le jeune Alexandre César Léopold Bizet qui sera rebaptisé Georges en 1840 dans l'église Notre-Dame de Lorette, est né sous de bons auspices puisque son père est professeur de chant et sa mère pianiste. 

Croisement avec la rue Rodier

Croisement avec la rue Rodier

    Nous traversons la rue Rodier et arrivons côté impair devant le 27, bistro et hôtel dont une photo nous donne à voir son avatar du début du XXème siècle.

 

    De l'autre côté, au 30 une horreur d'architecture lourde et sans esprit…

Il s'agit de la poste qui écrasa à cet endroit l'entreprise Chaboche qui elle-même avait pris la place d'un hôtel particulier du XVIIIème siècle, propriété d'une danseuse de l'Opéra, Marguerite Vadé de Lisle. Béranger y habita ainsi que Reyer après avoir quitté le 24.

 

 L'entreprise Chaboche occupa les lieux en respectant dans un premier temps l'hôtel particulier puis en le sacrifiant pour s'étendre et élever ses hauts murs de briques...

 

    Dans l'usine qui tournait à plein s'assemblaient les célèbres salamandres, poêles qui connaissaient un grand succès et remplaçaient les cheminées dans les appartements parisiens.

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

    Il ne reste plus rien de l'hôtel particulier et de Chaboche, sinon quelques photos. On passera vite devant l'immeuble qui l'a remplacé!

Le 31

Le 31

     Un peu plus loin côté impair, après la rue Milton, nous trouvons une école (aujourd'hui collège Paul Gauguin) qui décline en céramique les lettres de l'alphabet. Elle a été construite à la fin du XIXème siècle sur des maisons dont l'une au 31 fut l'adresse d'Alphonse karr avant qu'il n'habite rue Vivienne.

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

     Il fut ami de Victor Hugo et comme lui s'exila après le coup d'état de Napoléon III. Il choisit alors de vivre à Nice qui était à l'étranger, dans le royaume de Piémont-Sardaigne.

 

  Il a encore en commun avec Hugo de s'être engagé pour la défense des animaux . Il présida la Ligue Populaire contre la Vivisection (dont Hugo fut président d'honneur.)

 

Il écrivit de nombreux romans où se développait son  esprit satirique et primesautier. Il fut d'ailleurs l'unique rédacteur des Guêpes, une revue qui s'amusait à démolir les gloires de son temps.

Alphone Karr et les guêpes. Caricature de Nadar.

Alphone Karr et les guêpes. Caricature de Nadar.

     Bien des mots d'esprit écrits ou prononcés par lui couraient tout Paris! Le plus souvent ils ne manquaient pas de profondeur comme le montre ces quelques exemples :

-La politique, plus ça change, plus c'est la même chose.

-N'ayez pas de voisins si vous voulez vivre en paix avec eux.

-L'âge auquel on partage tout est généralement l'âge où on n'a rien.

-Si on veut gagner sa vie, il suffit de travailler. Si l'on veut devenir riche, il faut trouver autre chose.

-La vérité est le nom que donnent les plus forts à leur opinion.

-Entre deux amis, il n'y en a qu'un qui soit l'ami de l'autre.

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

     Au 36 s'ouvre une impasse constituée de beaux immeubles post-haussmanniens élevés en 1896 sur les plans de l'architecte Henri Tassu à qui l'on doit 25 immeubles parisiens.

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.
Le 34 ter

Le 34 ter

     Au 34 ter a vécu pendant presque deux ans Louis Armstrong.

Il y habitait un studio où Stéphane Grappelli et Django Reinhardt venaient improviser avec lui.

Pour une fois l'immeuble n'a pas changé et nous le voyons tel que ce trompettiste unique l'a connu.

Le 37

Le 37

   Une façade quelconque au 37 dissimule comme souvent dans les rues du quartier de petits hôtels particuliers que nous ne pouvons que deviner quand le porche est ouvert. 

Une erreur de numérotation y loge Victor Hugo qui y aurait habité de 1848 à 1851 après avoir quitté son domicile de la Place des Vosges à la suite des journées révolutionnaires de 1848.

Le 41

Le 41

          Il s'agit d'une erreur répercutée par de nombreux sites (Wikipédia, Paris Révolutionnaire) car le 37 de 1848 est en réalité le 41 d'aujourd'hui. Ce 41 assez moche dissimule un bel hôtel particulier qui donne sur l'arrière, Cité Charles Godon.

   C'est là qu'Adèle Hugo et son mari  furent invités en 1848 par Madame Hamelin femme d'esprit au charme frondeur, surnommée "le plus grand polisson de Paris" à vivre au 1er étage dans un grand appartement aux larges fenêtres.

 

Pendant trois ans, cet appartement accueillit, chez le poète, des soirées poétiques et musicales où se rencontraient  nombre d'écrivains et de musiciens qui comptaient à l'époque.

                                                Hugo en 1848

Ce salon brillant cessa avec le coup d'état de Napoléon III et l'exil de Hugo qui ne reviendra qu'après la chute de l'Empire pour habiter, non loin de là, 66 rue de La Rochefoucauld.

Le 44

Le 44

    Pas possible de visiter une rue de ces quartiers sans retrouver la Commune. Au 44 a vécu Charles Mayer, colonel de la Commune qui fut condamné à mort avant que sa peine ne fût commuée en déportation en Nouvelle Calédonie.

                                  Charles Mayer place Vendôme

     Amnistié en 1880, il publia ses souvenirs et raconta notamment  la destruction de la colonne de la place Vendôme dont la responsabilité fut attribuée à Courbet qui se ruina à payer sa restauration.

 

 

 

Le 43

Le 43

     Au 43, ancien 45 il faut imaginer un hôtel particulier qui irait jusqu'à la rue des Martyrs. Il s'agit de l'ancien hôtel de Lesdiguières qui abrita un cabaret ouvrant sur des jardins : le Carillon.

     Un  des évènements qui marqua ce lieu fut la première donnée par Chopin, en 1839, de sa célèbre marche funèbre!

 

     C'est pour les soirées dans les jardins du Carillon que Courteline écrivit quelques unes de ses pièces en un acte et c'est là qu'Henry Dreyfus (qui deviendra Fursy) galvanisait son public avec ses "chansons rosses"

48 rue de la Tour d'Auvergne et en face l'ancien  hôtel du Carillon.

48 rue de la Tour d'Auvergne et en face l'ancien hôtel du Carillon.

     Le 48 a servi de cachette à Raymond Callemin, dit Raymond la Science, de la Bande à Bonnot. Il y fut arrêté en avril 1912 et guillotiné un an plus tard, en avril 1913.

 

     Lors de son arrestation, il aurait dit aux policiers : "Vous faites une bonne affaire! Ma tête vaut 100 000 francs, chacune des vôtres sept centimes et demi. Oui c'est le prix exact d'une balle de Browning."

 

Le 50

Le 50

     Au 50 une photo d'un ancien commerce "immortalise" la jolie propriétaire qui vendait des objets d'occasion et se spécialisait dans le "rachat de garde-robes"!  Aujourd'hui, la boutique a des couleurs de ciel et personne ne nous sourit sur son seuil! 

 

     C'est là que nous quittons la rue de la Tour d'Auvergne...

... Une rue de Paris qui cache derrière ses façades parfois monotones tout un monde d'esprit, de culture, de couleurs, de rencontres, de luttes et de misères qui donne à notre ville son incroyable profondeur et son enracinement dans un passé qui ne cesse d'irriguer le présent.

 

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog