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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

montmartre peintres.artistes.clebrites

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.
Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.
Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.

     Je republie cet article qui est devenu "historique" puisque la spéculation a fait disparaître en 2018 le Singe qui lit, dévoré par l'agrandissement de la Mère Catherine aux appétits d'ogresse et parce que en l'an de grâce 2023, il a refait son apparition là où se tint quelques années le syndicat d'initiative, au 11 place du Tertre.

 

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.

   Le Singe qui lit faisait partie des enseignes montmartroises qui avaient survécu à la mutation touristico-immobilière de notre quartier.

Depuis 1908 il y avait à son emplacement, jouxtant le Cadet de Gascogne, une brocante tenue pendant des années par un personnage haut en couleurs comme en suscite souvent la Butte : Emile Boyer.

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.
Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.
On voit sur cette carte qu'avant la brocante, il y eut une crémerie...

On voit sur cette carte qu'avant la brocante, il y eut une crémerie...

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.

     Emile Boyer (1877-1948) est fils de chiffonnier. Il pratique plusieurs métiers avant de se percher place du Tertre où il gère un bric à brac hétéroclite, à la fois épicerie et brocante! On dit que Gen Paul le chargeait de vendre ses aquarelles qu'il accrochait à l'aide de pinces à linge à un fil suspendu dans la boutique.

On raconte encore qu'Utrillo payait son ardoise de gros rouge avec des toiles que notre brocanteur-épicier collectionnait.

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.
Rue de Montmartre sous la neige. (Emile Boyer)

Rue de Montmartre sous la neige. (Emile Boyer)

Montmartre; (Emile boyer)

Montmartre; (Emile boyer)

     C'est ainsi que le virus pictural qui circule librement par les rues de Montmartre contamine notre homme qui s'achète un chevalet et bien des années avant l'invasion de la place du Tertre par les barbouilleurs, s'installe sur le trottoir devant son échoppe..

Indifférent aux courants nouveaux et aux précurseurs, il peint à sa manière, réaliste et colorée, sans se soucier des modes. Son oeuvre est restée dans l'ombre malgré une exposition en 1973 au musée de Montmartre. Dans les salles de vente, il est possible d'acquérir une de ses toiles pour un millier d'euros.

Le livre de Martine et Bertrand Willot.

Le livre de Martine et Bertrand Willot.

Un livre lui a été consacré : "Emile Boyer -Années folles-" par Martine et Bertrand Willot.

Voici en quels termes leurs auteurs le présentent :

"Brocanteur, anarchiste, fort en gueule, caractériel, marchand de frites et peintre"!

Bref! un homme complet!

Emile Boyer et sa friteuse!

Emile Boyer et sa friteuse!

...Car... il est le précurseur à Montmartre des "baraques à frites" chères à nos amis nordistes!

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.
Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.

     Pourquoi la boutique porte-t-elle ce nom : Le Singe qui lit?

Il y aurait eu à Montmartre à la fin du XIXème siècle une revue d'artistes qui s'appelait ainsi. J'en ai cherché la trace et ne l'ai pas trouvée. Aucun document, aucun témoignage... rien ne permet de confirmer cette source!

Un singe en argot est un patron mais aussi un ouvrier typographe, un typo. Or, parmi ses multiples activités, Emile boyer fut ouvrier typographe! Il est plausible et réjouissant de lui accorder la paternité du nom!

Le singe lecteur. Gabriel von Max (1904)

Le singe lecteur. Gabriel von Max (1904)

Après Emile Boyer, la boutique connaît divers avatars...

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.
Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.

     Elle s'appelle pompeusement "Relais des Arts" et se spécialise dans la marionnette.

     Le Relais disparaît à son tour avec ses petits personnages qui laissent le Singe reprendre possession de sa boutique pour ne plus la lâcher.

On voit à droite la brocante de Grémillet

On voit à droite la brocante de Grémillet

     Comme à l'époque d'Emile Boyer un joyeux bric à brac s'y installe, une brocante foutraque encombrée d'objets hétéroclites ou incongrus.

Eau forte de Georges Gremillet

Eau forte de Georges Gremillet

... et c'est un autre artiste qui succède à Emile Boyer : Georges Gremillet.

Il fait sa publicité en vendant ses dessins et ses eaux fortes exposés sur les murs et dans la vitrine...

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.
Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.

     Quand il cède son commerce, c'est la fantaisie et la créativité qui s'en vont avec lui.

Les nouveaux propriétaires en font une boutique de souvenirs made in China, semblable aux dizaines de boutiques qui jalonnent le circuit touristique.

Par chance, ils conservent l'enseigne qui faisait encore il y a peu partie du patrimoine montmartrois.

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.

    Mais allez comprendre pourquoi en l'année 2018, le restaurant de la Mère Catherine a pu obtenir l'autorisation de tuer le Singe ?      

N'aurait-elle pas pu conserver au moins l'enseigne?.... et conserver ainsi une petite partie de l'histoire de la Butte!

Il faut croire que les responsables chargés de veiller sur la défense de la Butte, s'ils ne sont pas des singes, ne doivent pas lire beaucoup

Hier

Hier

aujourd'hui

aujourd'hui

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.
Bazar made in China

Bazar made in China

Singe.. (Gabriel von max 1913)

Singe.. (Gabriel von max 1913)

>Plus une trace, plus un poil du Singe qui lisait.

>Plus une trace, plus un poil du Singe qui lisait.

La vieille enseigne de bois a disparu à jamais si la boutique est revenue place du Tertre, bazar made in China. Mais réjouissons-nous malgré tout de voir notre singe en bonne place!

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Vue de Montmartre sous la neige. (Aquarelle 1879)

Vue de Montmartre sous la neige. (Aquarelle 1879)

    Le musée de la rue Cortot présente quelques œuvres d'Eugène Delâtre, graveur, aquarelliste, dessinateur qui fut amoureux de Montmartre dont il a laissé quelques témoignages précieux.

                                                          Rue Norvins

                    Une occasion pour nous de le découvrir (ou le redécouvrir)

Vue de la place du Tertre (eau-forte)

Vue de la place du Tertre (eau-forte)

Il est né en 1864.  Son père Auguste est un imprimeur apprécié de ses contemporains.

           Auguste Delâtre dans son atelier par Eugène Delâtre (1894) Eau-Forte et aquatinte en couleurs

 on peut dire qu'il fut l'un des principaux rénovateurs de l'eau-forte et l'un des plus sollicités par les Impressionnistes.

                                           Auguste Delâtre (1858). Eau-forte de Whistler

 

 Ardent défenseur de la Commune il est contraint à l'exil à Londres avec sa famille pendant cinq ans.

Rue du Mont-Cenis et place de l'église (eau-forte et aquatinte) (Eugène Delâtre)

Rue du Mont-Cenis et place de l'église (eau-forte et aquatinte) (Eugène Delâtre)

En 1876 la famille peut revenir à Paris et retrouver son cher Montmartre.

Auguste installe son atelier 2 rue Tourlaque puis 87 et 102 rue Lepic.

                                                          Eugène à 38 ans

                                                "Ma binette" (Eugène Delâtre)

   Eugène travaille avec son père et après sa mort continue son oeuvre. Il maîtrise parfaitement l'eau-forte en noir et blanc mais il n'a de cesse de mettre au point un procédé qui permette de restituer les couleurs.

                                                               Léon Carré

De nombreuses cartes-adresses sont imprimées alors, illustrées par Delâtre ou ses amis peintres.

                                                                  (Steinlen)

                                                                Richard Ranft

                                                   (Henri Somm)

     Eugène aime dessiner son quartier devenu la proie des promoteurs. Il en fixe l'image comme on fixe les traits d'un être aimé avant que le temps ne les estompe. 

Rue Norvins et place de l'église

Rue Norvins et place de l'église

2 Impasse des deux frères

2 Impasse des deux frères

Le Lapin Agile

Le Lapin Agile

Percement de l'avenue Junot en 1914

Percement de l'avenue Junot en 1914

Les deux moulins

Les deux moulins

Les 2 moulins plus aquarelle

Les 2 moulins plus aquarelle

    De nombreux peintres de Montmartre viennent s'initier à la gravure dans son  atelier (Braque, Derain, Mary Cassatt, Picasso, Pissarro, Steinlen, Rops, Lautrec, Valadon, Villon.... le liste est longue!)

Poulbot passe des journées entières avec son ami et réalise dans son atelier des gravures qui l'ont rendu célèbre.

                              Gen Paul, Jacqueline et Eugène Delâtre devant le Blute-Fin

Gen Paul est lui aussi un de ses fidèles amis. Il signe les gravures qu'il réalise avec Eugène Delâtre du nom de Paul Trelade, son nom de famille et  celui de Delâtre en verlan!

                                         Bal du moulin de la Galette (Gen Paul)

 

     Eugène Delâtre parvient à force de tentatives et d'opiniâtreté à donner aux gravures des couleurs qui rappellent celles des aquarelles.

                                   Autoportrait dans son atelier (1894) Eau-Forte et aquatinte

                                 Marcel à la cigarette (1895). Eau-Forte et aquatinte

                Enfant à la grille d'un jardin (Portrait de sa fille. 1895). Eau-Forte et aquatinte

 

Grand-père et enfant (Eau-Forte et aquatinte). Eugène Delâtre représente Auguste son père et un de ses enfants.

                          La partie de Chien Vert chez la Mère Catherine (1893) ("Le Chien vert"  est une variante de poker)

                                          Etudes (1905) Crayon et aquarelle

      Parmi les grands peintres avec qui il a collaboré, impossible de ne pas citer Picasso dont Eugêne Delâtre réalise la gravure célèbre "Un Repas Frugal" en 1904 et les Saltimbanques en 1905.

 

Ce fut la chance pour cet artisan-artiste de vivre à Montmartre, épicentre de la création artistique au tournant des XIXème et XXème siècles et de collaborer avec quelques uns des plus grands peintres de son temps. 

Il nous reste en témoignage toutes les œuvres qu'il a léguées à son quartier, engagé comme il l'était dans la Société d'histoire et d'archéologie du Vieux Montmartre.

    La petite exposition qui lui est consacrée n'est sans doute que l'ébauche d'un hommage plus complet qui sera rendu un jour à ce graveur-dessinateur-aquarelliste qui a mis son talent au service des peintres qu'il admirait 

Une de ses plus fortes créations, exposée rue Cortot est sans nul doute "En visite ou la Mort vêtue de fourrure (1897)

Une "pierreuse" glacée malgré ses fourrures racole sur le boulevard et vend l'amour et la syphilis.

Pas vraiment l'image frivole et insouciante du Montmartre des fêtes et du french-cancan mais un exemple de ce qu'aurait pu être la création d'Eugène Delâtre s'il avait donné libre cours à son inspiration.

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Montmartre. Biennale des artistes. Wabé. Reine Mazoyer. Bostffocher. Novembre 2023

    Difficile de ne pas vous alerter trop tard et de vous inciter à rendre visite aux artistes qui exposent Villa Radet, place Dalida. En effet la Xème biennale organisée par la République de Montmartre se termine dès ce soir, après n'avoir duré que deux jours!

Montmartre. Biennale des artistes. Wabé. Reine Mazoyer. Bostffocher. Novembre 2023

Pendant ces deux jours climatiquement calamiteux, des peintres-poètes nous ont offert un refuge où ils nous ont accueillis amicalement.

Montmartre. Biennale des artistes. Wabé. Reine Mazoyer. Bostffocher. Novembre 2023

    Il faudrait beaucoup de temps pour présenter les univers si différents dans lesquels nous avons voyagé.

J'ai choisi trois artistes qui m'ont particulièrement touché.

Blanche Neige et Peau d'Âne

Blanche Neige et Peau d'Âne

   Malgré le ciel gris et la pluie qui tambourine à l'extérieur, Reine Mazoyer enchante le monde par ses couleurs, son esprit d'enfance, la liberté de ses créations.

Elle ouvre de petits théâtres où revivent les contes de l'enfance transformés par sa sensibilité et son imagination.

     Le peintre-magicien avec la cape de Mandrake vole au-dessus de la ville avec ses pinceaux. Il vole au secours des âmes tristes, des rue grises, des pensées noires. Il est léger avec ses semelles de vent et de battements d'ailes. Il n'est ni homme ni femme, il est l'un et l'autre. Les passants le saluent, attendant que leurs ombres chinoises se parent de couleurs.

Dans les catacombes, pays des morts, la vie reprend pour un défilé de mode fellinien. Les habits sacerdotaux dansent et virevoltent sous le regard des mafieux.

Le "Crocodile Circus" nous montre un dompteur magicien aux prises avec un alligator qui se métamorphose en sac à mains et garde dans sa gueule une trousse de maquillage. On rêve que les mâchoires se referment sur l'homme prédateur!

Reine Mazoyer porte avec elle un monde de formes, de métamorphoses, d'émerveillements enfantins. Souhaitons qu'une exposition lui soit consacrée bientôt à Montmartre.

Montmartre. Biennale des artistes. Wabé. Reine Mazoyer. Bostffocher. Novembre 2023

Avec Franck Bostffocher nous entrons dans un univers intérieur énigmatique. Ses dessins de gouache et encres bien que modestes de format ouvrent sur un infini, une touffeur de forêts et de sous-bois. L'arbre semble frémir et penser de tous ses neurones.

 Celui-là qui se dénude tend ses branches vers le ciel. Il me fait penser aux candélabres des synagogues. Il parle de mort et de vie. Si des feuilles jonchent le sol, le mouvement autour de l'arbre n'est pas descendant mais circulaire, comme le temps, comme les saisons.

 

Montmartre. Biennale des artistes. Wabé. Reine Mazoyer. Bostffocher. Novembre 2023

Contraste ombre et couleurs dans ce paysage où les arbres se dressent dans un ciel qui frémit comme une eau touchée par le vent. Les feuillages jaunes résistent, derniers éclats de l'automne.

Ce dessin est celui que j'ai préféré. 

Dans cette forêt bleue le cerf semble monter vers nous, altier, inquiet. Il fait corps avec la nature. Je devrais dire "cors". Les arbres et les cors se ressemblent. Ils font partie de la même forêt. 

Montmartre. Biennale des artistes. Wabé. Reine Mazoyer. Bostffocher. Novembre 2023

      Avec Wabé nous entrons dans un monde fantastique peuplé de créatures en mouvements, en mutation, en métamorphose. 

   Elle est sœur par l'imagination de Niki de Saint Phalle.

Ce ne sont pas des nanas qui sous ses mains, naissent des monceaux de journaux qui ont servi à faire la matière de ses sculptures.

Ce sont des créatures que l'on ne peut assigner à aucune espèce. Êtres multiformes, différents selon qu'on les regarde de dos, de face ou de côté.

Parfois  ces êtres ont une parenté avec d'autres artistes comme ce personnage cubiste qui prend des airs de Picasso mais abandonne l'épée pour la fleur.  

 

                                                                Picasso

    La sculpture la plus haute a été inspirée à l'artiste par Jacques Decour dont le lycée Rollin où il fut professeur prit le nom pour honorer le résistant, le combattant qui donna sa vie pour sa patrie.

L'arbre de la résistance se dresse avec les guerriers de l'ombre....

 Avec les yeux fermés devant le peloton d'exécution...

 avec à ses pieds la fécondité des feuilles et des fruits qui donneront naissance à d'autres arbres.

 

Le voyou de Sologne et à droite Wabé, aussi colorée que ses créations.

Le voyou de Sologne et à droite Wabé, aussi colorée que ses créations.

                                                     Xavier Blondeau

Cette présentation de la biennale qui a fermé ses portes bien  trop vite est bien sûr subjective et incomplète. Bien des exposants présents dans la villa Radet sont d'authentiques créateurs originaux, des défricheurs.

                                                       Alain Bonnefoit

      Je regrette que nous n'ayons pas été avertis plus tôt afin de mieux présenter une biennale qui, beaucoup trop brève, n'en a pas moins fait cadeau à beaucoup de belles rencontres et de vraies découvertes.

                                                           Marianne Le Vexier

Les trois artistes que j'ai présentés (rapidement) ici sont :

Reine Mazoyer (reine.mazoyer24@orange.fr)

Franck Bostffocher  (franck.bosto@gmail.com)

Wabé (wabe-sculpture@gmail.com)

                                                             Michel De Alvis

Liens

Les artistes, les peintres, les personnalités de Montmartre.

                                                      Marie-Christine Sercki

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #Peintres
Steinlen. Exposition au musée de Montmartre.

     Enfin une exposition consacrée au plus montmartrois des Montmartrois, bien que suisse!

Il y a chez cet artiste considérable tout ce qui caractérise un homme généreux et engagé. Il est constamment du côté des pauvres gens du maquis et d'ailleurs, il est de toutes les luttes pour la justice et pour la paix, il est sensible à la condition animale et recueille les chats abandonnés. Il a créé l'icône la plus universellement connue de Montmartre, le fameux chat noir!

 

    L'expo commence, dans la première salle, par rappeler sa fascination pour le chat, animal libre, sauvage, et beau comme un danseur qui ne se lasserait jamais de danser et dans son sommeil rêverait qu'il danse.

 

Ses peintures de chat sont parmi les plus belles qui aient jamais été créées.

 

Parce que ce peintre doué aimait les chats, les observait, les admirait et recueillait dans sa maison qu'il avait appelée Cat's Cottage ceux qui avaient besoin d'être soignés et nourris.

 

 

      Il savait restituer sa douceur comme sa sauvagerie, son besoin de confort comme de liberté. L'exposition permet de découvrir quelques sculptures et des dessins qui viennent des collections permanentes.

 

Steinlen. Exposition au musée de Montmartre. Steinlen. Exposition au musée de Montmartre.
Steinlen. Exposition au musée de Montmartre.
Steinlen. Exposition au musée de Montmartre.
Steinlen. Exposition au musée de Montmartre.

     Les chats auraient pu être l'objet unique d'une belle exposition. Espérons qu'elle sera organisée un jour! En attendant, Steinlen repose sous des rochers dans le cimetière Saint-Vincent, à 300 mètres du musée. Quand je lui rends visite pour peu qu'il y ait un rayon de soleil, un chat dort sur sa tombe, en attendant que vienne leur "apothéose" et qu'un chat plus décidé que les autres les entraîne sur la Butte, là où s'élève le Sacré-Coeur et où commença la Commune.

 

Steinlen. Exposition au musée de Montmartre.
Steinlen. Exposition au musée de Montmartre.

    L'expo se poursuit comme elle peut dans des salles souvent trop exigües. On y rencontre le caricaturiste ou l'illustrateur de livres et de chanson.

Steinlen participa à de nombreux journaux comme sur cette couverture de La Feuille où il montre Zola à terre, lynché par les anti-dreyfusards.

Il est un des principaux illustrateurs du Mirliton, journal du Chat Noir d'Aristide Bruant.

les deux salles suivantes n'en font qu'une pour l'homme engagé.

Dans la première ses engagements politiques, sa révolte contre les injustices, sa fraternité avec la Commune. 

                                                   La Commune                                     

                                   Le cri des opprimés. La Libératrice.

     Dans ce tableau inspiré par la Liberté guidant le peuple de Delacroix, Steinlen représente le Révolution qui avec son flambeau désigne la forteresse à abattre. Cette forteresse évoque sans doute le Sacré-Cœur que Steinlen représente dans son  "Apothéose" submergé par les chats!

On devine la statue du Veau d'or, symbole des pouvoirs de l'argent. Autour de la Libératrice, les mains dont les chaînes sont brisées se lèvent comme autant de cris. 

 

 

 

Steinlen n'adhère à aucune chapelle, à aucun parti, mais il est de toutes les luttes qu'il estime justes et de tous les combats pour le peuple opprimé.

Il aime représenter ce peuple de travailleurs dont il se sent proche. Il va à Courrières après la catastrophe et peint les mineurs et les trieuses de charbon, dans une palette sombre et douloureuse.

                                                          Les Charretiers

Il porte grande attention aux femmes. Celles des petits métiers....

 

                                                      La porteuse de pain

                                                         La fille du faubourg

Celles qui sont contraintes pour survivre de se prostituer et celles qui malgré un statut social plus privilégié subissent les lois de l'homme. On dirait aujourd'hui du patriarcat.

 

L'expo se poursuit à l'étage supérieur prés de l'appartement et l'atelier de Suzanne Valadon. Le Christ est bien sûr dans le camp des pauvres et des petits, devant une hiérarchie trop nourrie et  enrichie...

                                                         L'Intrus

"J'ai tenu à faire comprendre d'un coup d'œil la discordance absolue qui existe entre l'Eglise actuelle et l'évangélisme initial."

                                                                L'Apôtre

Bien sûr il est horrifié par la Grande Guerre. Il se rend dans les tranchées et dessine sans répit pour témoigner... Il montre également la conséquence du carnage sur les plus humbles, contraints à l'exode là où leurs villages ont été détruits.

 

                                                               L'exode

                                                             La Gloire

Un couloir étroit et sans recul expose quelques dessins et rares toiles de nu. Outre qu'il est très malcommode de les regarder, j'avoue qu'ils ne m'ont pas emballé.

La dernière salle est consacrée à Masseïda, gouvernante d'origine Bambara que Steinlen engagea en 1910 après la mort de sa femme.

                                                                     Détente

Il prend plaisir à s'inspirer de Manet ou de Gauguin mais les portraits qu'il peint ou qu'il dessine de Masseïda montrent combien il la respectait. Il lui léguera d'ailleurs de nombreuses toiles.

 

C'est avec Masseïda que se termine l'exposition qui réussit à donner l'envie de mieux connaître Steinlen dans sa force, sa diversité et sa sensibilité.

Mais je choisis pour finir cet aperçu de ma visite un tableau qui est accroché devant "l'Intrus". Il s'agit de "la famille" on pourrait presque dire "La Sainte Famille" tant il s'inspire de la Renaissance. Ici le père n'est pas charpentier mais mineur de fond (le pic à son côté) et l'enfant n'est pas blotti contre ses parents mais il se dirige vers les autres, vers l'avenir. Allégorie de la confiance que voulait avoir Steinlen dans un monde meilleur et plus juste.

    Que peindrait-il aujourd'hui?

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Hey céramiques. Exposition Halle Saint-Pierre. Maria Guilbert. Kirsten Stingle. Christina Bothwell. Crystal Morey.

Hey céramiques!

L'exposition de la Halle Saint-Pierre prend un chemin nouveau, quittant pour une fois l'exploration de l'Art Brut vivant, multiple, angoissant. Elle nous propose de découvrir 34 artistes de 13 pays qui ont choisi d'incarner leurs rêves, leurs fantasmes dans la céramique!

Aube (2023)

Aube (2023)

J'ai choisi les quatre artistes qui m'ont touché et qui sont toutes des femmes. La première est Maria Guilbert née en 1973 en Pologne. Elle a vécu son enfance à l'orée d'une forêt près de la mer Baltique et s'est sentie proche de la nature qui l'environnait. Ses œuvres oniriques sont des femmes-feuillages, femmes-fleurs, femmes-oiseaux.

Melancholia

Melancholia

    J'ai pensé par opposition à Melancholia en voyant les mains d'une jeune femme fleurir et s'épanouir.

Mais avec Maria Guilbert tout se passe en douceur, en harmonie alors qu'avec Lars von Trier les mains électriques annoncent la fin de la planète.

Dans un cas c'est le début d'un jour printanier, dans l'autre celui d'une nuit éternelle. 

Feuillage  (2022)

Feuillage (2022)

    Femme-feuillage, métamorphose harmonieuse, visage heureux.

Le contraire de la transformation désespérée de Daphné en laurier.

 

 

Métamorphose (2023)

Métamorphose (2023)

La femme ne se métamorphose pas en biche mais en cerf dont les bois sont comme les branches d'un arbre. Une transformation qui abolit les différences, humain-animal, féminin-masculin...

Robe piège à la chouette (2023)

Robe piège à la chouette (2023)

La robe-piège parle d'apprivoisement et non de capture. La chouette n'est plus dans la cage mais entre les mains complices de la femme.

Hey céramiques. Exposition Halle Saint-Pierre. Maria Guilbert. Kirsten Stingle. Christina Bothwell. Crystal Morey.
La sentinelle (2020)

La sentinelle (2020)

Hey céramiques. Exposition Halle Saint-Pierre. Maria Guilbert. Kirsten Stingle. Christina Bothwell. Crystal Morey.

La sentinelle porte un cristal de roche, pierre de lumière, pierre sacrée qui pour les chamanes éveille la conscience. 

Les visages des femmes de Maria Guilbert, modestes, paupières baissées comme les statues de Bouddha me font penser aussi aux peintures de la Renaissance italienne.

Maria Guilbert ne vit plus en Pologne mais dans une nature qui lui va bien avec ses oliviers et ses collines, le Luberon.

How I learned to stop worrying (2021)

How I learned to stop worrying (2021)

La deuxième artiste qui m'a intéressé s'appelle Kirsten Stingle.

Elle est née n en 1970 aux Etats-Unis. Son expérience théâtrale est sensible dans ses visages qui sont comme des masques vivants et expriment des sentiments d'inquiétude ou d'interrogation.

Hey céramiques. Exposition Halle Saint-Pierre. Maria Guilbert. Kirsten Stingle. Christina Bothwell. Crystal Morey.

"Comment j'ai appris à cesser de me plaindre" est un envol sur un narval-obus. La passagère reste gracieuse, parée comme pour un bal mais en réalité voyageuse, prête à toutes les découvertes. Non pas tournée sur elle -même mais en route vers d'autres ciels.  

Hey céramiques. Exposition Halle Saint-Pierre. Maria Guilbert. Kirsten Stingle. Christina Bothwell. Crystal Morey.
Hey céramiques. Exposition Halle Saint-Pierre. Maria Guilbert. Kirsten Stingle. Christina Bothwell. Crystal Morey.
Hey céramiques. Exposition Halle Saint-Pierre. Maria Guilbert. Kirsten Stingle. Christina Bothwell. Crystal Morey.

     Les visages de céramique nous invitent à une rencontre avec un étrange qui paraît familier. Grimace, regard de côté, amitié féminine avec chevelure hérissée de porte-plumes ou bulles de savon. 

Birds (Girls with birds) 2020

Birds (Girls with birds) 2020

Christina Bothwell est née en 1960 aux Etats-Unis. Ses réalisations en verre moulé et raku jouent avec la lumière comme le faisait Gallé en 1900.

"Birds (Girls with birds)" fait penser à l'Egypte, aux fresques de dieux-animaux. Il y a quelque chose de mystérieux et de sacré dans cette procession immobile, portée par la lumière.

Awakening (2022)

Awakening (2022)

L'enfant s'éveille sur la femme endormie. Naissance, lent déploiement au soleil de la chrysalide.

 

Strawberry Garden (2021)

Strawberry Garden (2021)

    Le cerf embrassé par l'enfant, ne fait qu'un avec lui tandis que participent à leur complicité les feuilles et les fruits du fraisier qui les caressent.

Blue chair (after Balthus) 2020

Blue chair (after Balthus) 2020

Hommage à Balthus et à ses fillettes lascives et solitaires ce fauteuil bleu accueille les herbes qui montent avec les papillons, un écureuil, un oiseau...

Un enfant rêve.

                                                                Balthus

Ascending (2020)

Ascending (2020)

Encore un compagnonnage avec les animaux qui participent à l'élévation. De l'enfant-kangourou confiant entre les pieds de la jeune fille à l'oiseau entre ses mains. La lumière part de la terre et monte vers le ciel.

Ascending. Détail. Le kangourou

Ascending. Détail. Le kangourou

Mt Lion and unicorn (2022)

Mt Lion and unicorn (2022)

  Voici pour terminer cette visite subjective Crystal Morey née en 1983 en Caroline du Nord. Proche de la nature et spectatrice des blessures que l'homme lui inflige, elle imagine un monde de créatures hybrides qui se seraient réinventées afin de mettre fin à la disparition annoncée des espèces.

 

The replanting elephant (2021)

The replanting elephant (2021)

Créature d'après l'extinction, l'éléphant réapparait, corps de femme, tête d'éléphant. Ganesh sensuel et heureux.

The replanting giraffe (Madona and child) 2021

The replanting giraffe (Madona and child) 2021

La girafe fait de même, femme et animal, ni femme ni animal mais créature sacrée, madone et son petit pour une nouvelle religion sans crucifixion.

Venus on the waves (grizzly) 2019

Venus on the waves (grizzly) 2019

Venus sort des eaux, elle a le regard curieux d'un grizzly qui oublie qu'il fut massacré.

Toutes ces créatures nouvelles sont faites de porcelaine, le plus fragile des matériaux. Un rien, une agressivité peut les détruire.

Hey céramiques. Exposition Halle Saint-Pierre. Maria Guilbert. Kirsten Stingle. Christina Bothwell. Crystal Morey.

     Voilà, je quitte l'exposition lumineuse de la Halle St-Pierre, si différente de celle qui vous attend dans la nuit du rez de chaussée, intéressante mais angoissante, entre folie et cauchemar.

Hey céramiques laisse la place à bien d'autres artistes dont certains interpellent ou fascinent mais je n'ai voulu présenter que ces quatre sculptrices, toutes habitées par le rêve, par l'imaginaire, par le talent. Elles apportent avec leur goût de l'enfance et de la nature un peu de poésie et de tendresse dans notre monde sanglant.

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artistes peintres Montmartre

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Exposition Tony Roko  à la Commanderie du Clos Montmartre rue Norvins.
Exposition Tony Roko  à la Commanderie du Clos Montmartre rue Norvins.

    Qui l'eût cru, la Commanderie qui chaque année se consacre aux vendanges et à la promotion du grand cru montmartrois qu'il vaut mieux boire en fermant les papilles, a accepté de laisser la place à la peinture. Il est sûr que la gloire de Montmartre est mieux assurée par les peintres que par la dive bouteille qui n'a rien de dive!

Exposition Tony Roko  à la Commanderie du Clos Montmartre rue Norvins.

    Place est donc cédée à un peintre américain qui rêvait de Paris et en particulier de Montmartre où vécurent quelques uns des plus grands peintres du XXème siècle.

Exposition Tony Roko  à la Commanderie du Clos Montmartre rue Norvins.

    De Tony Roko je ne connaissais rien.

Ce que j'ai appris me vient d'une hôtesse très impliquée qui derrière son comptoir m'a informé tout en me laissant découvrir les tableaux exposés.

Dans cet article j'ai reproduit également des œuvres choisies par Roko et qui figurent dans le catalogue et non dans l'expo. 

     Roko est venu à la peinture alors qu'il travaillait à Detroit chez Ford où il était à 18 ans ouvrier sur la chaîne de montage. Il aimait dessiner pendant les pauses et c'est là qu'il fut remarqué. Des responsables plus intelligents que les autres comprirent qu'il avait plus de talent à déployer dans l'art que dans le montage. Il fut chargé d'embellir l'usine et de peindre des fresques sur les murs. Après quinze ans de ce "travail" il ressentit le besoin de s'envoler, de ne plus dépendre de Ford et de se réaliser pleinement dans ses propres choix. 

Il admirait les peintres qui vécurent et travaillèrent à Montmartre quand Paris était capitale de l'art. Parmi ses admirations figuraient naturellement Modigliani, Van Gogh, Lautrec...

Il est venu à Paris, à Montmartre où il a marché dans les rues hantées par leurs fantômes.

   

    Il serait stimulant de dresser la liste des peintres qui ont influencé Roko et dont il a saisi l'originalité pour leur rendre hommage. Van Gogh qui peignit plusieurs toiles célèbres sur la Butte et qui habita chez son frère rue Lepic, est en bonne place .

Un Van Gogh qui aurait traversé le temps et aurait pris des allures de dandy tandis que ses tournesols tourmentés achetés par des milliardaires se fanent et pleurent, épuisés par toute l'angoisse et la folie qui les fit naître.

 

Parmi les peintres qui furent plus ou moins montmartrois, Roko choisit Modigliani (plutôt lié à Montparnasse) Picasso, Lautrec...

Modigliani cigarette à la main, les yeux baissés, comme tournés sur lui même et sur ses tourments dont il s'efforce de sourire.

 

Toulouse Lautrec, fantasque, ironique et sans illusions. Peintre des femmes lumineuses sous les projecteurs ou cassées dans les maisons closes. 

 

Picasso de l'époque du cubisme avec la marinière célèbre de ses années méditerranéennes...

Il a l'air mécontent et exaspéré. Il attend bras croisés qu'on le vénère. Un certain humour dans cette représentation d'un génie qui en son temps montmartrois fut un macho insupportable et cruel envers les femmes qui l'aidèrent et l'aimèrent.

 

Un des fantômes les plus récents n'est pas un peintre.

Il quitte le soir le cimetière Saint-Vincent pour errer rue des Martyrs. C'est Michou que les Montmartrois n'ont pas oublié et qui avait le cœur plus bleu que ses lunettes.

 

Parmi les fantômes convoqués par Tony Roko, Piaf est évidemment là. Elle qui poussa la goualante dans les rues de la Butte, y vécut quelques années et y chanta pour la dernière fois. Pas de noir pour l'habiller mais des roses dont on devine qu'elles ont des épines.  

Visage douloureux et amoureux, lèvres tendues vers d'autres lèvres, mains posées sur le ventre et le sein, caresses des hommes qu'elle aimait.  

                                                       

      

Il y a dans la Commanderie le portrait d'une torera qui n'a rien à y faire, sinon pour rappeler le goût de Picasso pour cette ignominie.

Je préfère reproduire ici quelques femmes qui figurent dans le catalogue, choisies par le peintre.

Bardot tout d'abord bien qu'étrangère à Montmartre.

Un portrait non conventionnel, non stéréotypé d'une femme à la beauté définitive, à la sensualité de grande marée. Une Bardot de nuit et d'interrogation. Une femme qui interpelle et nous demande ce que nous avons fait de notre terre et des êtres innocents qui la peuplent. Bardot, Zorro de la cause animale...

Bardot tragique et autoritaire. Une œuvre forte qui saisit le plus secret, le plus essentiel d'un être.  Chapeau l'artiste!

La "Can-Can Girl" aurait dû figurer dans l'expo, tant elle est emblématique de notre Montmartre. Roko s'est inspiré des affiches du Moulin Rouge pour peindre ce tourbillon aquatique de jupons. 

 

 

    Sur fond couleur absinthe, "Giselle". Quand boire et faire l'amour se ressemblent.

Exposition Tony Roko  à la Commanderie du Clos Montmartre rue Norvins.

D'autres portraits où les couleurs évoquent la vie qui bat sous les lumières nocturnes et les étoffes.

Exposition Tony Roko  à la Commanderie du Clos Montmartre rue Norvins.
Exposition Tony Roko  à la Commanderie du Clos Montmartre rue Norvins.

Parfois les dessins évoquent les années art-déco, élégantes et géométriques. Mais Roko est un caméléon qui prend les couleurs de ses sujets. Il les écoute, il les regarde et les laisse passer en premier avec leur style, leur originalité. 

 

    Il faudrait beaucoup de temps et d'espace pour parler d'autres aspects de cette peinture. On trouverait de l'humour, de l'ironie, de l'étrange, de la solitude, de la caricature. 

 

Soutine n'est pas loin avec ce tableau violent d'un cuisinier satisfait 

Dans un premier temps on ne peut s'empêcher de penser aux écoles dont Roko s'inspire et puis, tableau après tableau, on prend conscience que l'on ne voit pas une imitation des impressionnistes, des fauves, de tel ou tel...

On voit tout simplement du Tony Roko.

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
Rue Biot

Rue Biot

...Bien sûr quand on pense à Gainsbourg on pense à la rue de Verneuil où il a vécu et où il a tiré sa révérence, mais c'est oublier l'importance qu'a eue Montmartre dans sa vie.

A l'occasion de l'ouverture de sa maison-musée, je republie cet article écrit il y a plus d'un an.

Gainsbourg et Montmartre.

     C'est dans la Nouvelle Athènes, 11 bis rue Chaptal qu'il vient vivre en 1932  alors qu'il n'a que 4 ans  avec ses parents Joseph et Olia Ginsburg.

 

       Il est né près de Notre-Dame, à l'Hôtel-Dieu, de parents qui ont fui Odessa.  Tous deux artistes, elle chanteuse lyrique, lui pianiste, ils courent les cachets aussi modestes fussent-ils pour permettre à leur famille de vivre correctement.

Serge qui s'appelle alors Lucien a une sœur jumelle, Liliane, et une sœur aînée, Jacqueline, de deux ans plus âgée. Le frère aîné, Marcel, n'a pas survécu à une pneumonie.

Gainsbourg et Montmartre.

     La rue Chaptal n'est pas une adresse passagère. C'est là que pendant quinze ans la petite famille va vivre.

   

               Lucien, Jacqueline et Liliane Ginsburg

         C'est dans le petit appartement que Lucien subit avec ses sœurs des leçons de piano. En effet quand on a 6 ou 7 ans, on apprécie moyennement l'heure d'exercice pianistique que vous imposent vos parents, chaque jour à la sortie de l'école. Exercices qui se terminent souvent dans les larmes.

Gainsbourg et Montmartre.

    Il est comme il le dira, un enfant trouillard qui a du mal à s'endormir et dont les rêves sont peuplés d'images inquiétantes venues des contes qu'il dévore (Grimm, Andersen). Sur le petit lit pliant installé dans la salle à manger qui lui sert de chambre, il appelle Jacqueline afin qu'elle le rassure la nuit tombée.

Ecole 15 rue Chaptal.

Ecole 15 rue Chaptal.

    Enfant solitaire, il joue seul le plus souvent avec son meccano ou des voitures miniatures. Il  aime son fusil à air comprimé qui lui est confisqué lorsqu'il casse un carreau de l'école maternelle en face de chez lui.

Gainsbourg et Montmartre.

    Il descend la rue Blanche pour aller au square de la Trinité, devant l'église qu'il n'aime pas " la plus laide église que j'aie jamais vue".

Il joue au ballon ou il fait flotter un bateau sur le petit bassin aux fontaines.

La cité Chaptal où vivait Fréhel.

La cité Chaptal où vivait Fréhel.

    Parmi ses souvenirs liés à la chanson, il y a cette rencontre avec Fréhel qui habitait le même quartier, cité Chaptal et qui était alors très populaire.

 

   Le jeune Lulu venait de recevoir la croix d'honneur dans son école et rentrait fièrement, en l'exhibant.

     Fréhel passait par là et émue par le gamin se pencha sur lui.

 

 

  Voici comment en parle sans ménagement Gainsbourg :

"J'avais neuf-dix ans et voilà que je croise Fréhel qui ressemblait à un tas immonde et qui habitait à deux pas, dans l'impasse Chaptal où il y avait le Grand Guignol. Elle se baladait dans la rue avec un pékinois sous chaque bras, en peignoir, avec un gigolo à distance réglementaire, cinq mètres derrière, comme à l'armée. Je revenais de mon école communale et j'avais la croix d'honneur sur mon tablier. Fréhel m'a arrêté, elle m'a passé la main dans les cheveux, elle m'a dit : T'es un bon petit garçon (elle ne me connaissait pas!). Tu es sage à l'école, je vois que tu as la croix d'honneur, alors je vais te payer un verre. Je revois parfaitement la scène, c'était en terrasse du café qui fait le coin de la rue Chaptal avec la rue Henner. Elle s'est pris un ballon de rouge et m'a payé un diabolo grenadine et une tartelette aux cerises."

Gainsbourg et Montmartre.

Au 15 rue Chaptal, le café et sa terrasse sont toujours là. A nous d'imaginer Fréhel et ses deux pékinois, son gigolo à proximité, assise à côté de Lulu qui arborait sa croix d'honneur, peu de temps avant de la remplacer par l'étoile jaune, son "étoile de shérif".

Gainsbourg et Montmartre.

     "L'étoile de shérif" c'est ainsi que Lulu appelle l'étoile jaune qu'il est contraint de porter, cousue sur son tablier.

Il fréquente l'école de la rue Blanche où son instituteur, monsieur Charlet, plutôt que de prononcer son nom l'appelle "le petit juif".

 

Antoine Doinel. Le vol de la machine à écrire. (Les 400 coups)

Antoine Doinel. Le vol de la machine à écrire. (Les 400 coups)

     Cette période de sa vie fait penser à celle d'un autre enfant, moins aimé cependant, le jeune héros des 400 coups. Rappelons que Truffaut passa son enfance non loin de la rue Chaptal,  33 rue de Navarin dans le 9ème arrondissement où il fera habiter dans son film, sorti en 1959, Antoine Doinel et ses parents.

     Lucien n'aime pas l'école. Il rêve, il fait la classe buissonnière, il chaparde dans les magasins : "Je deviens un petit voleur. Je chaparde des soldats de plomb de grand prix, des petites voitures de course, des pistolets que j'arrachais des panoplies et faisais tomber dans mon cartable."

   

Joseph entouré de Lucien , Liliane et Jacqueline (debout)

      La famille depuis la fin des années 30 passe l'été à Dinard où Josef exerce son art de pianiste dans des établissements comme le Balnéum. L'été 40, la famille envisage de ne pas rentrer à Paris afin d'échapper aux menaces qui se précisent. Lucien ne souffre pas de ce premier exil temporaire à Dinard. Jacqueline parlera de cet été comme un temps de vacances et d'insouciance : "Comme les enfants sont inconscients, la grande attraction c'était d'aller sur la place du Marché regarder l'arrivée des camions et des charrettes de l'exode."

Collège de Saint-Léonard de Noblat

Collège de Saint-Léonard de Noblat

    Mais il faut renoncer au retour à Paris où la chasse aux Juifs est de plus en plus active, avec un peu plus haut à Montmartre, un Céline dont les écrits violemment antisémites sont largement diffusés.

    C'est à Limoges, ville accueillante aux persécutés que se réfugient les Ginsburg. Il est cependant plus prudent de changer de nom et Ginsburg se mue en Guimbard, allusion peut-être à la guimbarde, modeste instrument de musique, appelé aussi "jew's harp" aux Etats-Unis où il accompagne les récits d'humour juif. Pour plus de sécurité, il est interne au collège de Saint Léonard de Noblat.

 

    Par chance le proviseur protège les Juifs et lorsqu'il apprend la visite de la milice, il prévient Lucien.

"Petit Ginsburg, il va y avoir une descente des miliciens pour voir, s'il n'y a pas de sémite ici. Je te donne une hache, tu files dans les bois et si tu croises des SS ou des miliciens, tu dis que tu es fils de bûcheron. J'ai attendu quelques jours et il m'a contacté en disant: tu peux rentrer."

    La guerre finie, Lucien reprend ses études à Condorcet où il s'ennuie. Il provoque la colère de ses parents en refusant d'aller jusqu'au bout de la terminale et de passer le bac (1945).

     Académie de Montmartre (Fernand léger) 104 bd de Clichy

Il continue de fréquenter avec plaisir l'Académie Montmartre devenue Académie Fernand Léger où il apprend le dessin et la peinture.

    C'est là qu'il rencontre en 1947 Elisabeth Levitsky, fille d'immigrés russes et mannequin.

 

      Elle habite près de la place Clichy où il la raccompagne après les cours et où il finit, malgré sa timidité par lui demander s'il peut monter chez elle. C'est Elisabeth qui évoque ce moment : "On se disait vous, il m'expliquait tous les accords de guitare très compliqués. Moi j'étais sur le lit de ma toute petite chambre et je me disais : "Qu'est-ce qu'il attend?" Il était trop tard pour son dernier métro. Alors je me suis poussée et je lui ai dit : "Viens donc!" Il s'est assis à côté de moi, il a posé sa guitare et il a éteint..."

                                            Autoportrait

    C'est le début d'une vie de bohême marquée par "la dèche" et l'amour. Serge continue de peindre sans oser vendre ses toiles. Il dira plus tard que cette période a été malgré la misère une des plus belles de sa vie :

        Enfants au square, tableau offert par Gainsbourg à Greco.

"J'avais trouvé là un art majeur qui m'équilibrait... La chanson et la gloire m'ont déséquilibré. J'ai tellement aimé la peinture..."

Rue Royer Collard

Rue Royer Collard

    Bientôt les amoureux vont quitter Montmartre pour changer de rive et  habiter notamment à l'hôtel Royer Collard (aujourd'hui disparu) près de la Sorbonne,  dans la chambre où avaient vécu un temps Verlaine et Rimbaud et à côté d'un autre couple, Léo Ferré et Madeleine.

L'histoire de Gainsbourg et Montmartre s'arrête là. Ses rêves d'être un grand peintre cesseront un peu plus tard.

        Il a épousé Elisabeth en 1951 et a divorcé six ans plus tard. Elle ne supportait pas les nombreuses conquêtes de son mari qui avouera: "Parce que je suis con... Parce que je suis polygame."

Gainsbourg et Montmartre.

   Nous pouvons encore citer quelques attaches avec Montmartre comme le cabaret "chez Madame Arthur" où il remplace son père au piano, ou les Trois Baudets où il rencontre Canetti qui le pousse à se lancer sur scène.

      C'en est fini du Gainsbourg de la Butte. On prétend que l'homme est l'enfant ce celui qu'il a été avant son adolescence... Serge Gainsbourg est donc l'enfant du montmartrois Lucien Ginsburg de la rue Chaptal et du boulevard de Clichy!

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Ellen Andrée fut une actrice d'un certain renom, interprète de Courteline, de Guitry, et choisie par André Antoine pour jouer dans Poil de Carotte de Jules Renard ou La Terre de Zola.

Pourtant, si son nom reste connu aujourd'hui c'est parce qu'elle a servi de modèle à quelques uns des plus grands peintres de son temps.

Ellen Andrée par Nadar

Ellen Andrée par Nadar

Ellen Andrée (1857-1925) commence tôt sa carrière d'actrice. Elle a 17 ans quand elle débute au théâtre du Palais Royal.

Elle jouera par la suite aux Variétés, à la Renaissance, aux Folies Bergères...ng>

Elle est vite remarquée par les artistes qui sont attirés par sa "présence", sa sensualité et sa bonne humeur.

Parmi les premiers à lui demander de poser, Manet n'est pas le moindre !

Manet. La parisienne (Ellen Andrée) 1874

Manet. La parisienne (Ellen Andrée) 1874

Dans la Parisienne (1874) elle est une femme élégante et digne, vêtue de noir. Etonnant tableau qui prend le contrepied de ce que son titre peut suggérer. La Parisienne n'est pas la coquette, piquante et accueillante qui fait fantasmer l'Europe mais une femme endeuillée, figure austère et hiératique, un portrait qui évoque Goya (la Marquise de la Solana).g>

Elle semble sortir du poème "A une passante" de Baudelaire:

(...) Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d'une main fastueuse

Soulevant, balançant le feston et l'ourlet.

(...)

Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais.

Manet. La Prune. (Ellen Andrée) 1878

Manet. La Prune. (Ellen Andrée) 1878

Peint quatre ans plus tard, le tableau "La Prune" donne une autre image de la femme. Ellen Andrée en bonne comédienne, peut jouer tous les rôles!

Elle est attablée dans un café, le verre avec le fruit et l'eau de vie devant elle. Le décor est celui de la Nouvelle Athènes que fréquentait Manet, place Pigalle. Les lignes du cadre à l'arrière-plan mettent en valeur le visage de la femme, une femme du peuple, soeur de celles que décrit Zola. Fatiguée, dans une attitude de laisser-aller, elle s'abandonne un moment, la cigarette éteinte, au plaisir d'un moment de solitude et de rêverie.

Manet. Chez le père Lathuille (1879)

Manet. Chez le père Lathuille (1879)

Dans le célèbre tableau peint chez Lathuille en 1879, on la retrouve avec à ses côtés Louis Gauthier-Lathuille, le fils du cabaretier.

Elle est de nouveau vêtue en bourgeoise, un peu raide, à la fois intéressée et sur la réserve devant un jeune homme sensuel et dragueur. A l'arrière plan, un garçon de café observe la scène. Il est l'image même du peintre ou de l'écrivain naturaliste (Zola, Manet) qui observent la société!

Ellen Andrée. Modèle à Montmartre. (Manet, Degas, Renoir...)

Quittons Manet et revenons en arrière, en 1874, quand Gervex (un authentique Montmartrois, né en 1852 dans le village que Paris n'avait pas encore annexé) peint Rolla en s'inspirant du poème de Musset. C'est Ellen Andrée qui pose pour lui mais exige que son visage ne soit pas reconnaissable!

.

"Henri Gervex répandit mon anatomie sur le lit de son "Rolla". Je ne tenais pas à être reconnue en cette Manon d'une tenue si abandonnée. Je recommandai à Gervex : surtout ne lui donnez pas ma figure!

Bref, pour le visage, c'est une brune qui posa...." ng>Ellen Andrée.

Ellen Andrée. Modèle à Montmartre. (Manet, Degas, Renoir...)

Elle n'a que 21 ans quand elle pose pour ce tableau et elle ne tient pas à compromettre sa jeune carrière.

De plus, elle subit encore l'influence du milieu familial et d'un père officier qui ne badine pas avec la morale!

Ellen Andrée. Modèle à Montmartre. (Manet, Degas, Renoir...)

Le tableau fait scandale et il est exclu du salon, ce qui assure sa célébrité! Les curieux émoustillés défilent en rangs serrés dans l'atelier de Gervex pour l'y voir!

Le poème de Musset nous présente un jeune débauché qui, écoeuré par sa vie sans idéal, décide de se suicider alors que Marie, la prostituée avec qui il a une liaison est étendue, abandonnée sur le lit.

J.K. Huysmans remarque surtout la figure masculine dans le tableau de Gervex. Il écrit :

"Le jeune homme regarde, regrettant et dégoûté, la fille inerte, avachie dans un long somme. Cette figure ravagée et sombre, détachée dans un flux de lumière blanche est vraiment belle. Dans ce dépoitraillé de costume, dans cette chemise au plastron et aux manches froissées, cet homme a grande allure et je vois dans cette fille éboulée, après des intimités haletantes, sur un lit, un coin de parisianisme et de modernité qui évoque en moi des souvenirs du grand et divin poète Charles Baudelaire."

Gervex. Avant l'opération. 1887.

Gervex. Avant l'opération. 1887.

Ellen Andrée pose pour un autre tableau de Gervex quelques années plus tard. Le tableau "Avant l'opération" s'intitulait en réalité "Le docteur Péan enseignant à ses élèves à l'hôpital Saint-Louis, sa découverte du pincement des vaisseaux"!g>

C'est un hommage à Rembrandt et à sa Leçon d'anatomie.

La fin du déjeuner; Renoir.

La fin du déjeuner; Renoir.

Renoir ne manque pas de la remarquer chez ses amis et il la fait poser pour plusieurs de ses toiles comme "la fin du déjeuner"....ong>

Ellen andrée. Renoir

Ellen andrée. Renoir

Le déjeuner des canotiers. Renoir.(1881)

Le déjeuner des canotiers. Renoir.(1881)

Dans le célèbre déjeuner des canotiers, elle est présente parmi les 4 personnages du groupe principal, autour de la table. A droite, assis à califourchon sur sa chaise, le peintre Caillebotte semble plus intéressé par la femme en face de lui que par sa voisine (Ellen Andrée) vers laquelle se penche le journaliste italien, Maggiolo.

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Renoir privilégie sa sensualité et sa grâce. Ell sera satisfaite du résultat et considérera que c'est lui qui aura été le plus fidèle à sa nature de femme libre et vivante.

L'Absinthe. Degas. 1873

L'Absinthe. Degas. 1873

Elle ne pense pas la même chose de Degas qui la fait poser pour son tableau "l'Absinthe".

Elle est assise à côté de Marcellin Desboutin dans le café de la Nouvelle Athènes, place Pigalle, où Manet avait déjà peint "la Prune".>

Degas donne à voir l'isolement des buveurs enfermés dans leur monde. Zola apprécie l'oeuvre et il dira à Degas, à propos de "l'Assommoir" : "J'ai tout bonnement décrit quelques uns de vos tableaux."

Ellen Andrée s'inquiète d'être assimilée à la femme alcoolique que le peintre a représentée. Elle insiste pour qu'il précise qu'elle était une femme tout à fait sobre et qu'il lui avait fait jouer un rôle de composition!

Ellen Andrée. Modèle à Montmartre. (Manet, Degas, Renoir...)

A force de fréquenter les peintres, Ellen Andrée finit par en épouser un!

En 1887, elle devient la femme de Henri Drumont, un vrai Montmartrois puisqu'il est né en 1859 dans la commune libre (comme Gervex), un an avant qu'elle ne soit rattachée à la capitale!

Près de la barque; Henri Drumont.

Près de la barque; Henri Drumont.

Laissons les derniers mots à Ellen Andrée qui évoque son existence d'artiste et de modèle :

"J'ai toujours été fourrée dans les peintres : Degas, Renoir, Manet... Ils m'ont tous fait mon portrait plus ou moins, souvent plutôt deux fois qu'une, mais j'ai perdu tout cela en des ventes, je partais pour l'Amérique, j'étais amoureuse..."

(Ellen Andrée par Jean d'Arc. Le Courrier Français 1891

Un coin d'atelier (1887) Edouard Joseph Dantan (Ellen Andrée)

Un coin d'atelier (1887) Edouard Joseph Dantan (Ellen Andrée)

Ellen Andrée. Degas (1876)

Ellen Andrée. Degas (1876)

Femme dans la rue. Degas. 1879. (Ellen Andrée)M

Femme dans la rue. Degas. 1879. (Ellen Andrée)M

Au café. Manet (1878) (Ellen Andrée)

Au café. Manet (1878) (Ellen Andrée)

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Publié le par chriswac
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Giorgione. La tempête. Accademia. Philippe Sollers.

    Après la mort de Sollers, j'ai voulu relire son Dictionnaire amoureux de Venise. Comme il y des années, alors que je ne connaissais qu'à peine la Cité des Doges, j'ai relu avec la même curiosité, voire étonnement, son attachement passionnel pour le tableau de Giorgione "La Tempête", exposé à l'Accademia.

   Sollers en parle comme d'une amoureuse que l'on voudrait n'avoir que pour soi seul. 

"Je voudrais le voler, le garder pour moi, dormir près de lui, être le seul à le voir matin et soir. Je ,voudrais survivre en lui, me dissoudre en lui, haute magie, alchimie."

Nous pouvons parler sans jeu de mots d'un "coup de foudre"!

Le tableau peint vers 1506 a provoqué beaucoup d'hypothèses et a fasciné plus d'un amoureux de la grande peinture occidentale. Il a fait l'objet de multiples interprétations avant celle de Sollers.

Voici quelques unes parmi les plus répandues.

 Le "berger" et la femme seraient Adam et Eve après avoir été chassés du Paradis protégé par ses murailles. Eve nourrirait son premier fils Caïn. L'éclair dans le ciel figurerait la colère divine. Il s'agirait alors d'une interprétation peu fréquente dont on peut trouver quelques exemples comme avec cette gravure de Nuremberg de 1493. Sur la droite Eve et ses deux enfants, Abel et Caïn, sur la gauche Adam.

      Une autre interprétation ferait du tableau une illustration d'un roman vénitien (de Colonna) qui connaissait un grand succès : "Le songe de Poliphile".

Le jeune homme est à la recherche de sa bien aimée. Il s'endort, son rêve l'entraîne à travers ruines et villes antiques à la découverte de sa bien aimée avec laquelle il part pour Cythère, l'île de Cupidon.

 Iasion et Demeter

 

  Une autre encore se réfère à l'Odyssée. Iasion tombe amoureux de Demeter avec qui il a un enfant, Ploutos. Zeus se venge de ce mortel qui a osé séduire une déesse en le foudroyant.

     N'oublions pas d'autres explications comme celle de figures allégoriques de la Force (l'homme et son bâton symbole de virilité) et la Charité (la femme donnant généreusement son lait). Cette représentation de la Charité était courante.

                                                  La Charité (Andrea Del Sarto)

    Aucune de ces interprétations n'a satisfait Sollers qui nous donne un conseil judicieux : nous asseoir devant le tableau, nous laisser envahir par lui avant d'émettre quelque hypothèse que ce soit.

"Restez simplement là, devant, taisez-vous, oubliez tout. Le tableau a lieu maintenant pour vous, pour vous seul. Il vous parle du temps par-dessus le temps. C'est sa vocation, sa grandeur, son calme."

"Sur la droite une femme aux trois quarts nue allaite un enfant, attentive, protectrice, un peu inquiète."

     "Sur la gauche, séparé de la femme par une rivière en ravin, un homme désinvolte, jeune, veste rouge, tenant un bâton plus grand que lui (...) Est-ce un père? Un fils? Un passant?

Ce bébé c'était lui dans une autre vie. Naissance d'un côté, virilité de l'autre. La culotte du jeune homme ne dissimule pas une proéminence lovée. Le bâton la souligne."

Sollers note la présence derrière le jeune homme de colonnes brisées qui seraient des tombes. Il fait du tableau une allégorie du temps et du cycle mort-renaissance.  L'homme a été le bébé. Il est passé par la mort. Il renaît, semblable et différent. "Il meurt et devient."

Giorgione. La tempête. Accademia. Philippe Sollers.

En arrière plan s'élève une ville sous l'orage. L'écrivain nous invite à regarder de plus près, à remarquer une touche blanche sur une terrasse, à nous approcher et reconnaître un héron tourné vers l'éclair, vers la tempête annoncée.

"Le musicien et libertin Giorgione s'amuse, puisque c'est là un symbole ancien de l'activité sexuelle frénétique."

Donc en arrière plan, la ville et la luxure et au premier plan, comme protégés de la tempête annoncée, une femme, un bébé et un homme, passés, présents, futurs.

Giorgione. La tempête. Accademia. Philippe Sollers.Giorgione. La tempête. Accademia. Philippe Sollers.

"On est encore en été. Le temps, ensuite, fait son oeuvre de destruction, comme le prouve, du même pinceau, le tableau d'avertissement solennel qui se trouve juste à côté de la tempête : La Vecchia, "La Vieille". C'est la même femme, cinquante ou soixante ans plus tard. Même regard, même intensité traversant les siècles, mais lisez l'étiquette qui remplace l'enfant au sein : COL TEMPO, "avec le temps". Une autre femme, la même, jeune et tranquille est déjà en train de reprendre le rôle dans les bosquets. Et ainsi de suite."

"L'homme, lui, le peintre, s'est éclipsé, mais il va revenir, toujours au même âge."

J'aime cette affirmation parce qu'elle dit au fond à quel point l'art permet de conjurer la mort. En effet Giorgione se serait représenté lui-même dans ce beau jeune homme en habit vénitien. Nous savons qu'il est mort en 1510, à 32 ans lors d'une épidémie de peste.

Nous le voyons aujourd'hui, toujours jeune, beau, énigmatique à gauche de cette "tempête". Orage des passions, violence du temps qui passe sans pitié. Eternité temporaire des créations humaines. Il est là devant nous, il est passé par la peste, par la mort, il est vivant.

Giorgione. La tempête. Accademia. Philippe Sollers.

Pour Sollers ce mystérieux tableau n'est rien moins qu'une image de la condition humaine. "Il est d'un temps nouveau : le plus que présent permanent."

Libre à nous d'adhérer ou non à son analyse. Libre à nous de nous asseoir devant La Tempête et de nous laisser happer par ce paysage, par sa poésie, par son mystère.

Liste des liens

Peintres et étude précise de certains tableaux

Peintres artistes célébrités de Montmartre

                                                      Garçon à la flèche (Giorgione)

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Exposition à la Commanderie. Peinture et poésie. 21ème salon des Artistes Lepic-Abbesses.

Voilà que j'arrive une fois de plus après la bataille! L'exposition de peinture à la Commanderie est terminée depuis une semaine.

Le 21ème salon des Artistes Lepic-Abbesses a fermé ses portes le 7 mai!

 

    Cette expo est pourtant ce qui correspond le mieux à l'esprit du Montmartre que nous aimons, celui des rêveurs, des artistes.

Modeste, vivante, talentueuse... elle réunit des peintres qui aiment partager les couleurs de leurs rêves.

 

   Leur professeur, Christian Mangin, peintre lui-même les guide dans leur apprentissage.  Il n'a pas la grosse tête et son abord est chaleureux.

   J'ai choisi dans cet article quelques oeuvres exposées à la Commanderie et j'ai dû à regret écarter celles qui étaient encadrées sous verre. Mon appareil photo ne supportant pas les reflets et les irisations qui mangent dessins et couleurs.

Gabriel Froget

Gabriel Froget

   J'ai donc retenu quelques toiles qui m'ont aussitôt plu. Si j'excepte Gabriel Froget dont j'ai parlé récemment, ce sont des toiles peintes par des femmes. Moi qui aime tant Valadon, je reconnais que ça m'a fait plaisir, cette année où de grandes expositions redécouvrent la fécondité et l'originalité des femmes injustement négligées (Eva Anna Bergmann au MAM, Françoise Petrovitch au musée de la Vie Romantique, les femmes surréalistes au musée de Montmartre....)

 

     Dès l'entrée dans l'octogone néo Renaissance de la Commanderie, c'est le rouge qui attire mon regard. Et si le poète Alain Duault parle de "rouge comme un chat", voulant dire que le chat est si particulier, si beau, si étrange qu'il attire le regard comme le fait la couleur rouge,  avec Alice Sauvages, nous pourrions dire "rouge comme un ibis".

Exposition à la Commanderie. Peinture et poésie. 21ème salon des Artistes Lepic-Abbesses.

L'oiseau rouge s'impose, sur un carrelage bleu près d'une baignoire d'angle qui s'emplit non pas d'eau mais de feuilles vertes. La pièce s'ouvre sur la nature, sur les herbes folles et les fleurs qui tournent comme des moulins à vents. Atmosphère onirique, traversée du miroir bien naturelle quand on s'appelle Alice... et... Sauvages

 

D'Alice Sauvages encore cette "poupée" seule et fragile devant un vase au décor de tiges-tentacules, tandis que derrière la fragile protection de la verrière passe un oiseau armé d'un bec menaçant. Une scène comme un rêve que l'on livrerait à son analyste. 

 

D'elle enfin ces nuages qui se referment sur le soleil. Ce ne sont pas "les merveilleux nuages" de Baudelaire mais ceux qui font naître la nuit. Il faut vite profiter du dernier soleil qui va toucher l'horizon.

 

     C'est une autre artiste, Stéphanie Mc Corry qui a peint cette "orque". Curieusement, le tableau fait écho à la poupée rousse et à l'oiseau qui vole contre les vitres d'Alice Sauvages. Ici la fillette, protégée par la serre de verre, regarde sans peur l'animal qui semble sourire et prend des allures de dauphin alors qu'il est un un super prédateur, appelé par les Anglais "baleine tueuse". La fillette se sent à l'abri, elle ne craint pas ce "dauphin". Abri illusoire? Rencontre redoutée et espérée peut-être avec l'inconnu? Virginité menacée? Libre à vous de libérer votre imagination devant cette belle toile!

 

     Toujours de Stéphanie Mc Corry "La fête est finie". La jeune fille, une flûte à la main est lasse et pensive sur les divans qui ressemblent à des algues. La boule scintillante qui tournait au plafond est tombée. Des méduses flottent dans leur aquarium. Quelques serpentins survivent sur le sol. Une scène qui, une nouvelle fois, laisse libre cours à notre imagination. Quand peinture et poésie sont indissociables...

"Le Lecteur". Le garçon est happé par sa lecture mieux que par un écran. L'univers des contes et des aventures prend vie autour de lui, avec lui. Il s'envole avec la fusée  qu'il chevauche vers les galaxies. C'est "L'enfant et les sortilèges" mais apaisé, sans la violence du conte de Colette!

 

 

 

Deux toiles encore de Stéphanie Mc Corry. "La Cité des artistes", la nuit, sous un éclairage de réverbères qui fait briller les pavés. Paysage urbain qui sans artifices, sans trucages, transmet poésie et vague inquiétude.

"Batiment B" est lui sous un grand ciel bleu, précis, frappé par la lumière. En général à Paris, les bâtiments qui ne sont pas en façade se gagnent en passant des cours sinistre. Ici il revendique fièrement sa lettre B! Le soleil lui donne sa beauté et son assurance.

Exposition à la Commanderie. Peinture et poésie. 21ème salon des Artistes Lepic-Abbesses.

Avec Claude Vigneau nous découvrons des paysages apparemment plus classiques. Mais c'est oublier dans "Invararay" le ciel tourmenté et son miroir sur lequel le bateau rouge à côte du voilier noir flotte comme flottent les drapeaux.

Et que dire de ce paysage bucolique "Higland cattle" qui rappelle à la fois l'art que l'on dit à tort "naïf" de Rousseau et celui, atttentif et lumineux de Rosa Bonheur.

                                  Place Dullin. Théâtre de l'Atelier

Je ne résiste pas au plaisir de proposer deux toiles qui ne font pas partie de l'expo. Elles sont de Claude Vigneau et montrent notre Montmartre, comme le faisait Utrillo, avec fidélité et aussi, comme lui, sensibilité et poésie.

                                                    Rue Norvins

 

     Pour terminer en musique, un dernier tableau de Brigitte Galinon : l'Opéra Garnier avec un relief, une lumière, un charme qui nous font regretter de ne pas voir plus de toiles de cette artiste.

 

    Une belle découverte pour moi que ces peintres de grand talent et cet atelier dirigé par Christian Mangin. J'espère que l'année prochaine je serai plus attentif et présenterai dès le premier jour le 22ème salon des Artistes Lepic-Abbesses!

Je pense, en voyant ces toiles à ce qu'écrivait Janson :

"Il ne faut pas peindre ce qu'on voit, il faut peindre ce qu'on sent. La ligne du dessin doit toujours être un peu la ligne du coeur  .. prolongée."

Liens ;

Montmartre, les peintres les artistes.

                                               Claude Vigneau

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