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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

montmartre peintres.artistes.clebrites

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Robert le Vigan. (Les bas-fonds. Renoir)

Robert le Vigan. (Les bas-fonds. Renoir)

     Robert le Vigan, on souhaiterait l'aimer sans restriction comme on aimerait partager sans arrière-pensée l'avis de Colette : "Acteur saisissant, sans artifices, quasi céleste"

     Hélas, ce Montmartrois s'est compromis pendant les années de l'occupation et il a participé à sa manière à l'œuvre de mort initiée par les Nazis et leurs complices de Vichy.

Rue de la Charbonnière à gauche (où est né Le vigan). A droite rue de la Goutte d'or.

Rue de la Charbonnière à gauche (où est né Le vigan). A droite rue de la Goutte d'or.

     Montmartrois, il l'est puisque c'est au pied de la Butte, dans le quartier de la Goutte d'Or, 42 rue de la Charbonnière qu'il est né le 7 janvier 1900, dans une famille de la classe moyenne, son père étant vétérinaire.

                                                           

     Il se sent très tôt attiré par le théâtre et c'est contre l'avis de son père qu'il entre au conservatoire où il reste un an, assez pour recevoir un 2nd prix de comédie. Il courra par la suite les petits cachets dans les music halls ou les théâtres. Il jouera le Misanthrope ou l'Idiot, des rôles de marginal tourmenté qui  lui conviennent.

Robert le Vigan à Montmartre. Son chat....

     Mais c'est au cinéma qu'il pourra enfin se réaliser, en 1931, où il est choisi par Julien Duvivier pour tenir un rôle dans son film : "Cinq gentlemen maudits". C'est déjà une histoire inquiétante avec morts brutales et sorcier. Le Vigan y est à l'aise et sa prestation est remarquée.

Elle aura son influence sur sa carrière future. Notons qu'il y joue avec un autre Montmartrois, acteur immense, qui repose aujourd'hui dans le vieux cimetière Saint-Vincent : Harry Baur. 

                                         

     En 1934, Julien Duvivier lui fait tenir le rôle du Christ dans son film "Golgotha."

 

    Le Vigan s'investit à plein dans ce rôle. On raconte qu'il se fit arracher quelques dents pour que ses joues soient plus creusées. Si sa prestation est intense, se rapprochant par l'expressivité de la Jeanne d'Arc de Falconetti, le rôle le marquera durablement. Jean Tulard écrira après la mort de l'acteur : "Il ne s'est jamais remis d'avoir incarné Jésus dans le film Golgotha de Duvivier".

 

     C'est en Algérie où se tourne le film qu'il rencontre celle qui sera sa compagne pendant dix ans, Antoinette Lasauce, dite Tinou.

12 rue Girardon. Immeuble où vivaient Le vigan et Tinou

12 rue Girardon. Immeuble où vivaient Le vigan et Tinou

    Il l'épouse en janvier 1936 et vit avec elle au cœur de la Butte, 12 rue Girardon, dans le petit appartement qu'il occupe depuis un an.

     

                                                      Gen Paul

     Gen Paul est son voisin. Son atelier est situé 2 impasse Girardon. On peut voir sur la photo ci-dessous, en arrière plan, les toits de l'immeuble où habite Le Vigan... 

                       Atelier de Gen Paul 2 impasse Girardon

    C'est chez le peintre qu'il rencontre Céline qui vit avec Lucette Almanzor rue Lepic, avant de migrer début 1941, au 4 rue Girardon . Les trois hommes forment une petite bande de machos antisémites sous la conduite charismatique du grand écrivain!

Bardamu-Céline (Gen Paul)

Bardamu-Céline (Gen Paul)

Immeuble où vivaient Céline et Lucette, rue Girardon.

Immeuble où vivaient Céline et Lucette, rue Girardon.

Comme dira plus tard Tinou :

"Céline, c'était Jupiter. Il régnait en maître sur ses amis. Dans cette bande, les femmes n'avaient pas droit à la parole, encore moins Lucette que les autres. Céline l'appelait "la pipe".

                                             Lucette Almanzor

     Son influence sur le Vigan est évidente et si l'acteur avait des tendances racistes, elles se trouvent justifiées et exacerbées par Céline en pleine rédaction de ses pamphlets antisémites ("Les beaux draps" sont écrits rue Girardon) qui jettent pour toujours une ombre sanglante sur l'homme.

Robert le Vigan à Montmartre. Son chat....

    1936, c'est aussi l'année où Le vigan est choisi par Jean Renoir pour tourner dans son film : "Les Bas fonds." 

Curieuse année de grande fraternité et de progrès sociaux avec le Front Populaire et d'exacerbation de mouvements racistes. 

Louis Jouvet, Le Vigan (les Bas-fonds)

Louis Jouvet, Le Vigan (les Bas-fonds)

     "Les Bas-Fonds" sont marqués par l'humanisme de Renoir qui s'engage alors dans la défense du Front Populaire. Le Vigan qui joue le rôle d'un acteur alcoolique, halluciné, rivalise par son charisme avec les deux acteurs principaux: Louis Jouvet et Jean Gabin.

 

     C'est alors qu'il vit rue Girardon avec Tinou que Le Vigan tombe sous le charme d'un chat vendu à la Samaritaine. Sa femme le pousse à l'acheter et le couple rentre à Montmartre avec ce petit félin qui ne savait pas quel destin exceptionnel l'attendait!

Appartement de LeVigan de Tinou et du chat

Appartement de LeVigan de Tinou et du chat

     Tinou reporte son instinct maternel sur l'animal. D'autant plus qu'elle ne peut garder l'enfant dont Le Vigan est le père. Elle confiera que c'est Céline qui aurait poussé Le Vigan à la faire avorter au 5ème mois de grossesse. Céline convainquant son "ami" qu'il n'était pas fait pour être père, la fonction étant réservée aux médiocres et non aux artistes. Il faut avouer aussi que Le Vigan n'avait pas la fibre conjugale et appréciait certaines demoiselles, dont l'une "Pomme" n'avait pas eu de mal à lui faire croquer le fruit défendu!

     Le chat qui s'appelle Chibaroui (Tinou dira qu'elle ne sait pas pourquoi il avait été nommé ainsi) vit en semi liberté et aime explorer les jardins et la petite impasse villageoise qui s'ouvre en face de son immeuble

                          7 rue Girardon. L'impasse villageoise

   Frédéric Witoux a consacré un beau livre à ce chat. Il raconte que le pauvre animal était maltraité par le couple Tinou-Le Vigan. Lucette aurait été apitoyée et aurait convaincu sans mal Céline de l'adopter. On sait que le chat deviendra un personnage à part entière des romans de l'exil et que, dans le délire célinien il représentera la part de réalité, de vérité et pour tout dire d'humanité!

                                           Céline et Bébert

     Certes il est étonnamment présent et attachant, intelligent et malin, fidèle et drôle. Mais il est faux de prétendre qu'il a été mal aimé par ses premiers maîtres. C'est tellement faux que pour l'adopter, Lucette a dû dépenser des trésors de persuasion et d'insistance afin de faire céder Tinou qui aimait son chat et Le Vigan qui le regardait comme un petit bonhomme à part entière. Le chat ne traînait pas dans les rues comme Céline l'a prétendu, mais il connaissait le quartier où on le respectait et où il aimait passer une partie de la journée avant de revenir sur le seuil de son immeuble où Tinou le récupérait.

                                                 Céline et Bébert

     Bref, le chat est cédé à contre-coeur et de Chibaroui se transforme en Bébert, sans doute pour se moquer de son premier maître Robert Le Vigan. Il a gagné au change puisqu'il est devenu par cette adoption le chat le plus célèbre de la littérature!

Robert Le Vigan dans "le quai des brumes".

Robert Le Vigan dans "le quai des brumes".

     En 1938, Marcel Carné fait jouer Le Vigan dans le film qui réunit Gabin et Michèle Morgan "Le Quai des Brumes". Il y incarne un peintre qui tente de représenter, toile après toile, non pas la réalité, mais "les choses derrière les choses".

Robert Le Vigan (essai pour "Les enfants du paradis").

Robert Le Vigan (essai pour "Les enfants du paradis").

     Marcel Carné pensera encore à lui lorsqu'il tournera "Les Enfants du Paradis" en 1943 pour tenir le rôle de Jéricho. Mais il y aura autour de l'acteur, la chute du nazisme approchant, un parfum trop nauséabond. Pourtant le personnage, sinistre mouchard, aurait convenu à un acteur qui lui même avait joué ce rôle sous l'occupation!

Jéricho (Pierre Renoir) et Nathalie (Maria Casarès). "Les enfants du paradis".

Carné tourne un essai avec Le Vigan mais il donne le rôle à son frère  Pierre Renoir (encore un Montmartrois,fils d'Auguste Renoir, qui avait passé une partie de son enfance rue Girardon!)

     Arletty qui est l'inoubliable Garance a regretté Le Vigan qu'elle admirait et dont elle dira  qu'il était  "un acteur halluciné dont le génie un peu fou n'a pas été remplacé"

Robert Le Vigan (Les disparus de Saint Agil)

Robert Le Vigan (Les disparus de Saint Agil)

     Dans la même année 38, Le Vigan tourne dans "Les disparus de Saint Agil" de Christian Jaque. Un film qui remporte un grand succès populaire.

Robert le Vigan à Montmartre. Son chat....

    En 39 il est mobilisé et part pour Oran. L'armistice signé, il revient à Paris où il se compromet en acceptant des rôles dans de petits films de propagande pro nazie et en animant des émissions sur Radio Paris de sinistre mémoire. On se rappelle Pierre Dac, un autre Montmartrois, un résistant celui-là, dénonçant cette radio : "Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est all'mand!"

Hôtel Majestic avenue Kléber, siège de la Propagandastaffel nazie.

Hôtel Majestic avenue Kléber, siège de la Propagandastaffel nazie.

    Non content de participer à ces sinistres émissions, Le Vigan  travaille pour la Propagandastaffel (hôtel Majestic) et donne des informations sur des artistes et des comédiens dans une paranoïa qui lui fait voir des Juifs partout, surtout chez ses rivaux qu'il jalouse. Nul doute que cette obsession antisémite est nourrie chez lui par l'admiration qu'il porte à Céline, infiniment plus compromis que lui.

Céline, lui, a une piètre idée de l'homme mais lui reconnaît du génie comme acteur : "Donnez lui un cheval et une armure et il vous fait Jeanne d'Arc mieux qu'elle!"

Les ignominies céliniennes publiées par Denoël sous Vichy.

Les ignominies céliniennes publiées par Denoël sous Vichy.

     En 1940, Le Vigan se brouille avec Céline. La raison en est obscure et dit beaucoup des manigances de Le Vigan. Le traducteur allemand de l'ignoble pamphlet "Bagatelles pour un massacre" et agent du Service de Renseignement Arthur Pfannstiel avec qui Céline et Le Vigan allaient allègrement au bordel, confie à l'écrivain que l'acteur l'aurait dénoncé comme défaitiste aux Allemands! 

 

Rue Washington

Rue Washington

     Le Vigan réagit avec dépit à la colère de son "ami". Il décide de quitter Montmartre qu'il aime tant. Il vend tout ce qu'il possède et notamment les tableaux de Gen Paul (il a bien fait car ce sont des œuvres mineures), de Dufy (il a eu tort) et il va habiter 36 rue Washington, loin de la Butte.

Robert Le Vigan dans "Le Chien Jaune".

Robert Le Vigan dans "Le Chien Jaune".

     La brouille entre les deux hommes dure presque 2 ans et ce n'est qu'après avoir reçu les excuses de Céline que Le Vigan qui a du mal à se passer du climat de la Butte revient à Montmartre.

Robert le Vigan à Montmartre. Son chat....

    En 1941, Christian Jaque le fait jouer dans "l'assassinat du père Noël" où il retrouve Harry Baur.

Ce qui est étonnant quand on connaît les engagements de ce réalisateur qui sera FFI et Croix de Guerre. Peut-être dut-il subir la pression de l'occupant, le film étant produit par une firme allemande. Toujours est-il que l'oeuvre connut un succès considérable.

L'assassinat du père Noël

L'assassinat du père Noël

     En 1942, la vie conjugale devient orageuse et Tinou ne supporte plus les infidélités et les excès de son mari. Elle a elle même un amant et désire retrouver sa liberté. "Ma vie de couple battait de l'aile. Je fais dresser un constat d'adultère avec mon amant  l'aviateur René Guédon".

         Le divorce est prononcé en avril 1943.

Robert Le Vigan (Goupi mains rouges)

Robert Le Vigan (Goupi mains rouges)

     1943, c'est aussi l'année où Le Vigan tient son dernier grand rôle dans le film de Jacques Becker "Goupi mains rouges". Dans cette sombre histoire de sang et de frustrations dont l'ambiance malsaine est à l'unisson de celle que vit le pays sous l'occupation, Le Vigan joue Tonkin un personnage violent et jaloux. Et comme le dirait Céline, il "vous fait" Tonkin, mieux que lui!  

Robert le Vigan à Montmartre. Son chat....

     1943! C'est encore l'année où il adhère au Parti Populaire Français de Doriot. Drôle d'idée alors que l'on est proche de la défaite nazie, de prendre sa carte dans ce parti fascisant et collaborationniste! Sans doute l'influence de Céline qui a toujours apprécié ce parti (mais s'est bien gardé de s'y inscrire) a t-elle joué une fois de plus.

Le château de Sigmaringen

Le château de Sigmaringen

    1944 c'est la fuite préventive de Céline, Lucette et Bébert vers l'Allemagne. Lucette a des centaines de pièces d'or cousues dans ses vêtements et un véritable magot dissimulé dans le sac qui sert de panière au chat. Le Vigan, désargenté les rejoint à Baden Baden puis à Sigmaringen où Pétain, Laval, son gouvernement d'opérette lugubre et quelques milliers de Français collaborateurs l'ont devancé. Que du beau monde!

                            Céline et Arno Brecker le sculpteur officiel nazi.

     Nous connaissons cette histoire amplifiée, déformée, génialement restituée et arrangée à sa sauce par Céline dans ses trois romans "D'un château l'autre, "Nord" et "Rigodon". Le Vigan y tient un rôle qui lui échappe et qui dit plus sur l'écrivain que sur l'acteur. 

Robert le Vigan à Montmartre. Son chat....

     La suite de la vie de Le Vigan est sinistre et sans doute méritée bien qu'il ait été infiniment moins "collaborateur" que Céline. Ramené en France, il est jeté en prison, à Fresnes où il reste jusqu'à son procès en 1946.

                        Robert Le Vigan et son avocat

Il a moins de chance que Céline qui, emprisonné au Danemark de 1945 à 1947, échappe au retour en France et au procès qui sans nul doute l'aurait condamné à mort.

Céline humant le parfum des chambres à gaz. Dessin de Dussault pour l'ouvrage "Céline, la race, le juif de Dussault-Taguieff).

Céline humant le parfum des chambres à gaz. Dessin de Dussault pour l'ouvrage "Céline, la race, le juif de Dussault-Taguieff).

     Pendant son procès, Le Vigan qui joue son dernier grand rôle, se montre loyal envers son ami et refuse de témoigner contre lui. Il est condamné à 10 ans de travaux forcés, à l'indignité nationale et à la confiscation de tous ses biens malgré le rapport d'un médecin aliéniste et les témoignages de Jouvet, de Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault qui tentent de le faire passer pour irresponsable et quasi fou.

       Procès : on reconnaît Fernand Ledoux, J.L. Barrault, M. Renaud, Pierre Renoir.

Madeleine Renaud : "Je ne puis dire que je le considère comme un homme parfaitement normal. Il est susceptible de subir des entraînements que rien de sensé ne peut justifier". 

"Il dormait avec une hache et un vélo, prêt à se défendre et s'enfuir".

Le Vigan avec son avocat maître Charpentier

Le Vigan avec son avocat maître Charpentier

     Sa santé se dégrade vite en prison. Il est libéré et réussit à quitter la France. Il vit en Argentine en trouvant de petits boulots comme chauffeur de taxi. Il est oublié du monde du spectacle, à une exception près, François Truffaut, qui lui propose de revenir en France pour tourner dans un film en 1960. Le Vigan refuse. 

Il se remarie en 1956 et meurt en 1972.

Robert le Vigan à Montmartre. Son chat....

     Et maintenant que reste t-il de Le Vigan, homme faible, influençable, "victime de Céline qui l'a utilisé dans ses romans"? 

 

    Il reste le cinéma et ses images qui transmettent la vérité 24 fois par seconde comme dit Godard.

 

Il reste ces mots de Renoir : "Le Vigan n'était pas seulement un grand acteur, il était l'acteur né pour vivre sur les planches. Le Vigan n'était pas un acteur, c'était un poète".

 Il reste la vérité d'un acteur hors pair dont on s'accorde à reconnaître l'immensité du talent. En cela la postérité en fait un petit frère de Céline, célébré comme un des plus grands écrivains français et à jamais marqué comme homme du signe infamant du racisme, de la délation et de la haine.

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

     Au musée de Montmartre, dans l'hôtel consacré aux expositions, en allant visiter celle, ratée, qui est consacrée aux "Artistes à Montmartre, lieux et ateliers mythiques" impossible gageure, nous avons eu la surprise de découvrir au rez de chaussée, alignés comme à la parade des dessins d'enfants datant des années 1914-1918. 

 

 

A l'occasion des soldats atteints de la tuberculose, une quête est organisée en leur faveur… 4 février 1917.

Pérès

     La société "Le vieux Montmartre" avait lancé, dès le début de la guerre, un concours pour les poulbots des écoles élémentaires des rues Lepic et sainte Isaure (ils ont entre 6 et 13 ans).

Les femmes meurent par le fer. Les maisons sont brûlées.

Les enfants meurent par la faim.

Les hommes pour la patrie.

Huye

     Il s'agissait de témoigner de cette période sombre avec des dessins et des rédactions. C'est ainsi qu'il a été recueilli à cette occasion plus de 1300 dessins et plus de 150 rédactions.

Le père manque car l'enfant se déchire. La mère raccommode!

Horn. M.

     C'est une petite partie de ces dessins qui nous est offerte aujourd'hui. Un trésor précieux, fait de naïveté, de révolte, de reconnaissance  envers les soldats, de fierté… 

                                                      Le départ

Les jeunes élèves s'engagent avec leur foi dans la victoire, avec aussi leur sensibilité et leurs émotions devant les spectacles qui les ont frappés… 

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

Ce que j'ai vu au marché boulevard Ornano. Zouave ayant le bras coupé fait le marché avec sa femme et son fils.  

Pérès.

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

     Nous regretterons que les cachets des écoles soient maladroitement tamponnés sur les dessins alors qu'il eût été facile de les apposer au verso.

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

Avec elle l'année 1917 amène le succès final, ce qui est notre vœu à tous, Français et alliés…!    

Pérès 1er janvier 1917

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

Distribution gratuite de pommes de terre à la société des coopératives rue Marcadet, 18ème arrondissement.

12 mars 1917. Honoré.

     Bien sûr la radio, la presse, les conversations des adultes imprègnent la sensibilité des petits mais elles ne les empêchent pas de vivre leur vie de gosse, leurs jeux dans le maquis qui existe encore.

     Ils font penser par certains de leurs dessins au père des gosses, Francisque Poulbot!

Un coin de Montmartre : Au coin de la rue St-Vincent, les enfants jouent à la guerre.

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

22 Xbre 1916. "C'est des Boches qui martyrisent les enfants belges, faut aller les délivrer."

Levasseur

     Lisons leurs mots tracés avec une écriture soignée. On les imagine tirant la langue pour réussir chaque lettre ! 

Regardons leurs dessins appliqués, soucieux de vérité et parfois irrigués de poésie et de révolte (ce sont des synonymes!)

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

Le 18 mai 1917. 

Le corbeau : "Ah! Ah! Moi on ne m'empêchera pas de manger de la viande…"

Jolivet

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(Quel humour noir chez cet enfant qui est sans doute privé de viande et qui fait parler le corbeau qui se gave sur les champs de bataille non sans rappeler celui du Douanier Rousseau dans son tableau "La guerre".

 

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

Madame faites vos provisions de viande car à partir du 25 avril il y aura 1 jour sans viande et à partir du 1er juin 2.  

Prud'homme

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

Le samedi 29 janvier 1915. Les zeppelins sur Paris. La poursuite du zeppelin par nos aviateurs.

Levasseur

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

Le zeppelin abattu. Nuit du 20 au 21 février.

Horn

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

Le torpillage du Medjerda. Le mercredi 16 mai 1917.

Agard

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

La lutte acharnée autour de Verdun. 6 avril 1916.

Pérès

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

Français et Anglais reprennent un fortin qui avant l'attaque paraissait imprenable, le 4 avril 1917.

Jolivet

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

Pour la victoire :

Ils donnent leurs sous

Ils donnent leur sang

Horn

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

10 octobre 1916

-Moi maman m'avait donné 3 sous pour des bonbons et du chocolat mais je les garde pour l'Emprunt.

-Ah zut j'ai oublié moi!

-Anti-patriote va!

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Citoyens pendant que les poilus donnent leur sang, eh bien vous donnez votre or!

Les deux actes sont pour la victoire et crions ensemble : Vive la France!

Pérès

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

Charles Clerc -15 décembre 1917- 2ème classe.

Les femmes des mobilisés quittent leur travail habituel pour fabriquer des obus et des armes dans les usines.

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

Tramway St-Ouen - Opéra conduit par une wattwoman rue Ramey. 20 janvier 1917.

René P Miguel

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

Un blessé arrive à l'hôpital du bastion Clignancourt. 5 mai 1916.

Soulat.

     Quelques noms de jeunes élèves se détachent et reviennent plusieurs fois. Des dessinateurs en herbe dont on aimerait connaître ce qu'ils sont devenus : Pérès, Jolivet, Horn, Levasseur, Miguel...

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

Coin de la rue Hermel et Marcadet.  

Miguel René Paul. 21-1-16.

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Il y avait déjà des trottinettes!

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

Les troubles pendant la mobilisation. "A bas Maggi! Le boche!"

Le pillage de la Maggi rue du poteau 18. (3 août 1914)

Pérès.

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Ce dessin n'est pas compréhensible sans un peu d'histoire! La société suisse Maggi avait ouvert de nombreuses laiteries et épiceries en France au début du XXème siècle. Quand la guerre éclata, il sévit dans notre pays un climat d'espionite aigüe dans la population française. La rumeur selon laquelle les publicités Maggi placardées à des points stratégiques servaient de points de repères aux bombardiers allemands se répandit à Paris et dans les provinces! Il n'en fallut pas plus pour entraîner des saccages de magasins, bris de vitrines, agression de personnel. L'enfant qui a fait ce dessin a été marqué par l'attaque du "Maggi" de la rue du Poteau.

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

14 juillet 1916. Défilé des troupes alliées sur les grands boulevards après la revue passée sur l'esplanade des Invalides.

Pérès

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

15 juillet à Gaumont. Matinée offerte aux soldats alliés ayant pris part à la revue du 14 juillet

Horn

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

Le coq gaulois annonce la victoire et la paix. 14 juillet 1916.

M Gendre

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

Le drapeau étoilé va flotter à côté du drapeau tricolore, nos mains vont se joindre et nos cœurs battront à l'unisson. (discours de mr Ribot à la Chambre et au Sénat le 5 avril 19217)

Le 22 avril 1917 Jolivet

Dessins des enfants de Montmartre pendant la guerre de 14-18. Musée de Montmartre.

     On imagine la richesse du fonds que possède le Vieux Montmartre et qui fera peut-être un jour l'objet d'une édition.

     Tous ces enfants ne sont plus de ce monde mais leurs dessins sont toujours vivants. D'autant plus émouvants que ces jeunes ont eu une vingtaine d'années quand a éclaté la 2ème guerre et la collaboration avec ces "boches" qu'ils avaient dessinés sans imaginer qu'un jour ils défileraient sur les Champs-Elysées dans Paris vaincu.

Liens : les personnages de Montmartre

L'exposition se tient au musée de Montmartre rue Cortot jusqu'au 12 février 2019

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
Décembre 2018

Décembre 2018

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     C'est la place du vieux village, là où l'on se retrouvait le dimanche, près de l'église qui paraît aujourd'hui si modeste à l'ombre blanche de l'imposante basilique.

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.
Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     Un Montmartrois évite cet épicentre touristique avec ses terrasses et ses restaurants qui dès le printemps envahissent le terre-plein pour ne laisser qu'un petit espace aux peintres, portraitistes, caricaturistes obligés de s'installer tant bien que mal tout autour de la place.

Le plus sympathique; le peintre ami des pigeons sur la place du Tertre 

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.
Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     J'ai donc préféré la photographier en hiver, sans la foule, sans les tentes des restaurants! Parfois, au petit matin ou dans le soir mouillé, elle redevient par magie une place sans esbrouffe, avec ses pigeons et ses rares passants.

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     Il faut remonter très loin dans le temps, à l'époque de l'Abbaye qui régnait sur la Butte et à laquelle presque tout, terrains, maisons, vignes, appartenait...

Le choeur des Dames. Partie de l'église réservée à l'abbaye.

Le choeur des Dames. Partie de l'église réservée à l'abbaye.

     Nous sommes au Moyen-Âge. Disons sans chercher trop de précision, au XIIème siècle… Quelques maisons se sont construites, surtout un peu plus bas, vers l'actuelle place Jean-Baptiste Clément qui était alors le centre du village, sa place principale (alors appelée place du Palais).

Fragments de la pierre tombale de l'Abbesse Catherine de La Rochefoucauld.

Fragments de la pierre tombale de l'Abbesse Catherine de La Rochefoucauld.

     Plus tard, sans doute au XIVème siècle, le terrain (qui n'est pas encore une place) est bordé côté est par un mur épais qui fait partie de l'enceinte de l'Abbaye. Au centre de l'espace qui s'étend à ses pieds, les abbesses qui possédaient le droit de justice avaient fait installer fourches patibulaires et gibet.

    Le seul chapiteau historié de l'abbaye qui subsiste. Son interprétation n'est pas évidente. Il représenterait la luxure, un des sept péchés capitaux! Un homme à tête de sanglier (?) chevauche à l'envers un cheval dont il tient la queue. 

     Sans doute quelques malheureux y furent exposés mais l'exécution, la seule dont nous ayons trace au XVIIIème siècle concerne un certain Pierre Lavallée qui fut pendu en juin 1775. Il était accusé du viol de deux fillettes. 

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     La place n'avait pas son aspect actuel et trois maisons étaient édifiées en son centre. Elles furent détruites au milieu du XIXème siècle et ce n'est qu'en 1921 que la ville racheta la partie privée de l'espace central.

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     Le nom de "place du Tertre" qui fait évidemment allusion à son emplacement au sommet de la colline n'apparaît que tardivement, au XIXème siècle.

Elle faillit disparaître quand un décret de 1867, un an après le rattachement de Montmartre à Paris, avait prévu sa suppression afin d'élargir la rue Norvins. Par chance le projet imbécile fut abandonné!

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

    Nous allons la visiter, comme de bons touristes, curieux mais pas trop, car chaque numéro ou presque ayant son histoire, il faudrait un blog complet pour en venir à bout! Chaque maison remarquable a fait ou fera l'objet d'un article à part sur ce blog.

 

Le 3... (enfin le début du 3!)

Le 3... (enfin le début du 3!)

     Nous commençons par un premier mystère! le numéro 3 qui apparemment ouvre sur la place Jean Marais (jadis place de l'église) pour se prolonger à angle droit et former le côté est de la place du Tertre.  Il porte à deux endroits fort différents la même plaque indiquant que la première mairie de Montmartre y aurait été établie en 1790.

                                                 La 1ère plaque

     Mais où s'installa t-elle cette fameuse mairie?  Dans le petit immeuble qui donne sur la place Jean Marais ou dans celui qui est vraiment sur la place?

Le 1 sur la rue Saint Eleuthère!

Le 1 sur la rue Saint Eleuthère!

     Et où est passé  le n°1?

     Faut-il le chercher rue Saint Eleuthère, de l'autre côté de la place?

     Faut-il considérer que tout le pâté de maison appartient à cette fameuse place? Mystère qui n'intéressera peut-être que les Montmartrois purs et durs comme moi qui ne devraient pas trop être surpris car la Butte est prodigue en incohérences, en légendes, en infox…

Admettons que le 1 et le 3 avec son prolongement, faisant partie d'un  même pâté de maisons partagent la même adresse historique malgré les évidences!

Toujours le 3

Toujours le 3

     Il y a donc, après la boutique de souvenirs "A Saint-Pierre", toujours au 3, un restaurant, "Au clairon des Chasseurs"dont une partie donne vraiment sur la place et dont la cuisine ne lui vaudra jamais ni 3 étoile, ni deux, pas même une minuscule.

Il s'élève à l'emplacement d'une maison qui appartenait aux abbesses et servait  d'hôtel aux visiteurs de marque qui bien évidemment n'étaient pas autorisés à passer la nuit dans l'abbaye.

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     Il reçoit des musiciens qui animent des soirées de jazz, notamment manouche.

On ne comprendrait pas l'origine de son nom car par chance notre butte n'abrite pas de hordes de chasseurs viandards, avec ou sans clairon, si l'on ignorait le nom complet du restaurant "Le clairon des chasseurs à pied"! Hommage aux chasseurs de la Garde Impériale! 

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.
Encore et toujours le 3!

Encore et toujours le 3!

     Le 3, toujours lui, accueille un peu plus loin l'Œuvre des Poulbots dont Francisque Poulbot bien qu'ayant perdu son autonomie physique, fut le président d'honneur.

La fameuse deuxième plaque y situe notre mairie voyageuse ! 

 

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     Nous savons que, quel qu'ait été son emplacement véritable, elle occupait le premier étage qui lui même jouxtait le domicile de Félix Desportes, premier maire du village dans les années troublées de 1790-1792.

Ce caméléon politique, fut par la suite appelé à une belle carrière comme tous ceux qui savent changer de couleur avec les circonstances! 

L'homme est enterré à deux pas, dans le cimetière du Calvaire qui est celui de la vieille église du village, et qui n'est ouvert qu'une fois par an, à la Toussaint. 

Le 5

Le 5

Le 7

Le 7

     Le 5 se cache derrière sa porte secrète avant que le 7 avec le 9 ne forment le côté sud de la place.

 

Une plaque due au sculpteur Robert Mathieu, inaugurée en 1929, est apposée sur la façade  du 7 : "Maurice Drouard, sculpteur dessinateur né à Montmartre, habita cette maison qu'il quitta le 3 avril 1914 pour aller défendre avec le 236ème régiment d'infanterie la Butte, sa vieille église, ses moulins. Il fut tué à Tahure en pansant des blessés. 1886-1915."

Maurice Drouard (Modigliani 1909)

Maurice Drouard (Modigliani 1909)

    Maurice Drouard qui a illustré Mac Orlan est surtout connu aujourd'hui pour avoir été proche de Modigliani qui a peint de lui des portraits saisissants d'intensité.  

On le voit, à gauche sur cette photo, sa maîtresse Raymonde tout à fait à droite à côté de Paul Alexandre (coiffé d'un fez) l'ami et le protecteur de Modigliani.on voit sur le mur du fond deux tableaux de Modigliani dont le portrait de Drouard.

Du 7 au 9

Du 7 au 9

Le 9

Le 9

     Si au 7 nous pouvons réjouir nos papilles avec les gaufres et les pâtisserie de Carette, au 9 ce sont nos mirettes que nous mettrons à la fête avec les œuvres d'art vendues dans cette galerie gardée par un gorille(sans sexe)  qui ne semble pas plaisanter!

 

 

 

    Le 9 est aussi l'adresse d'un peintre qui est presque l'homophone de celui que Modigliani a peint et qui habitait au 7. Le premier s'appelait Maurice Drouard, le second s'appelle Maurice Douard (né en 1951). 

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

    Il travaille sur la lumière, le mouvement, la perception mouvante et les effets d'optique. Il y a souvent chez lui un cadre géométrique et simple dans lequel bougent et vivent des gens en mouvement et statiques à la fois, pris dans les vibrations de la vie.

 

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.
Le 11

Le 11

     Le 11 fait l'angle avec la rue du Calvaire que nous traversons pour tomber sur le 11 bis, maison construite dans les années 50 avec une terrasse où jamais personne ne se prélasse, préférant ne pas se donner en spectacle à la foule des touristes!

 

 

 

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.
Le 13

Le 13

    Le 13 est un des restaurants de la place qui ne désemplit pas pendant les beaux jours. Il s'est appelé "La Potinière" à l'époque où les Montmartrois préféraient dire qu'ils allaient "chez Georges", le patron chaleureux et disert.

              Marcel Aymé en passe-muraille (par Jean Marais)

    Marcel Aymé qui appréciait l'animation de la place y venait, quand il n'allait pas au Clairon, pour y faire des parties de dominos, un jeu qui ne requérait pas trop de concentration et lui permettait d'observer et d'écouter ce qui se disait autour de lui.

Morelli

Morelli

     Le nom "Les sabots rouges" rappellerait un meurtre qui fit du bruit dans l'ancien village, l'assassin ayant été trahi par des traces de sang sur ses sabots de bois.

Rappelons que la grande, l'inégalée Monique Morelli y chantait le soir, peu avant minuit quand ne restaient autour des tables que des noctambules et des amateurs de bon vin et de bonne chanson (de Carco par exemple).

Le 15

Le 15

     Le 15 est, quelle surprise, un  restaurant : "La Crémaillère". Il y eut au début du siècle une crémerie et c'est en 1926 que le lieu devint ce qu'il est. Son principal atout est un beau jardin impossible à deviner depuis la place. Le décor 1900 n'a rien d'authentique hélas et fait penser aux manèges en plastique qui copient le véritable art forain et le dénaturent.

    

Le lieu a reçu, comme la plupart des établissements de la Butte, des peintres, des artistes, des poètes. Celui-là choisit de mettre en avant l'Américain Michel Polnareff (n'est-on pas du pays où l'on paye ses impôts?) qui y fit ses débuts.

Le 17-19

Le 17-19

     Le 17 est…. comment est-ce possible?.... un restaurant!

     Il s'agit de "Chez Eugène". Si des artistes s'y sont produits, on ne voit pas à quoi fait allusion le site officiel quand il nous dit qu'il a inspiré "le célèbre refrain de Jacques Brel"! Il y a bien un restaurant chez Eugène dans la chanson "Madeleine" de Brel, mais il faut prendre le tram 33 pour y aller car c'est à Bruxelles!

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

    Avant de continuer à tourner autour de la place, arrêtons-nous un instant sur cette carte qui nous montre ce qu'était le village au début du siècle et notamment ce côté où nous avons vu "le Sabot Rouge", "La Crémaillère" et "Chez Eugène"!  On y voit de petits commerces, de simples habitants…. "la forme d'une ville change plus vite hélas que le cœur d'un mortel"!

Le 21

Le 21

Le 21, lui, n'a pas trop changé et c'est un... Non! … Est-ce  possible?... Le 21 n'est pas un restaurant!

Il est resté tel qu'il était au début du XXème siècle, une modeste maison qui sert de repaire au syndicat d'initiative.

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

    Une plaque rappelle un événement d'importance mondiale! Enfin! Disons nationale! Le 24 décembre 1898, une voiturette à pétrole pilotée par Louis Renault atteignit la place du Tertre! Heureuse époque où l'on n'imaginait pas quelle catastrophe écologique allait provoquer la bagnole!

 

 

 

     Nous traversons la rue pour visiter la dernière partie de la place (côté nord) qui en réalité a pour adresse la rue Norvins.

 

    A côté d'un Starbuck qui s'est implanté sans mal et sans scandale au cœur de Montmartre,  "Au petit comptoir" (au 8) à défaut d'être un restaurant traditionnel vous sert toutes les crêpes, tous les burgers, toutes les pâtes que  vous voudrez avaler si vous n'êtes pas trop exigent !

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

   Au 6 nous trouvons la célébrissime "Mère Catherine" contre laquelle j'ai une dent, vous comprendrez pourquoi.

Il y avait là avant la Révolution le presbytère où vivait le curé de la paroisse (on sait que l'église était divisée en deux parties, l'une "St Denis" réservée aux religieuses, l'autre "St Pierre" aux villageois.

La nef de l'église (St-Pierre) réservée aux villageois. Elle était séparée par une grille du chœur réservé aux Dames.

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

    Avec la Révolution et la confiscation des biens religieux, la maison est vendue et achetée par Catherine Lamotte qui en fait un café-restaurant. Un des clients d'alors n'est autre que Danton!

Le billard en bois de la Mère Catherine

Le billard en bois de la Mère Catherine

     Il y aura après la mort de la mère Catherine d'autres propriétaires dont le deuxième maire de Montmartre M. Lemoine qui fat installer un  billard en bois qui connut un grand succès et lui valut d'être surnommé "le Père la bille".

La plaque sur le façade rappelle le sixième centenaire de la place : 1366-1966

La plaque sur le façade rappelle le sixième centenaire de la place : 1366-1966

   Depuis bien des années le lieu a perdu son âme et est devenu un attrape-touristes. Les pauvres victimes s'imaginent en y entrant qu'ils consommeront une succulente cuisine traditionnelle dans un lieu authentique!

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     Le restaurant prétend que le mot "bistro" serait né ici lorsqu'après la défaite de Napoléon, les cosaques venus occuper Paris s'y faisaient servir à boire et pour hâter le service criaient "bistro bistro" ce qui phonétiquement et approximativement signifie en russe "vite vite".

La chose est contestée et contestable mais elle fait partie de la légende montmartroise faite de galéjades et d'infox mêlées à la vérité!

Le défunt "Singe qui lit"

Le défunt "Singe qui lit"

     Et maintenant, voilà pourquoi j'ai une dent contre cette Mère Catherine. Il y avait jusqu'à la mi-2018, jouxtant le restaurant, une boutique  qui faisait et fait toujours partie de l'histoire montmartroise, "le Singe qui lit". Elle inaugura les friteries parisiennes, elle abrita un personnage hors du commun, Emile Boyer, brocanteur artiste qui y exposait des toiles et des dessins de ses amis et qui lui même se risqua à l'art de peindre.

 

     La Mère Catherine devenue ogresse dévora en 2018 le pauvre Singe pour en faire une extension de son commerce.

Elle n'en garda rien, pas même la vieille enseigne qui avait survécu. Tout se fit sans qu'il y eut protestations, manifestations, réactions des associations de défense de Montmartre. Le Singe qui lit n'est plus! La Mère Catherine l'a avalé tout cru dans le silence assourdissant des défenseurs de la Butte!

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     Le 4 est une fois de plus un restaurant! "Au Cadet de Gascogne"! L'établissement appartenait à Henri Borde, une grande figure de Montmartre. Le nom lui vient d'une vieille coutume gasconne qui donnait tout l'héritage familial à l'aîné et poussait ainsi le cadet à aller chercher fortune à Paris. C'était il y a fort longtemps et nous ne savons rien de ce cadet entreprenant.

 

     Henri Borde (1928-2002), fils d'Henri Borde (!) est né dans cette maison. Nous l'avons déjà rencontré sur la place car il ouvrit un autre restaurant "Chez Patachou" qui n'avait aucun rapport avec la chanteuse, là où nous avons visité la galerie d'art et son gorille, à l'angle avec la rue du Calvaire.

Le 2

Le 2

Le 2

Le 2

     Il ne nous reste pour terminer le tour complet de la place que le 2. Bien sûr un restaurant !  "La Bohême".

C'est un petit immeuble mal intégré, construit à l'emplacement de "l'hôtel du Tertre" qui fait partie de l'histoire montmartroise.

 

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

    Au-dessus du café Bouscarat, l'hôtel du tertre, bon marché accueillit de nombreux artistes ou écrivains qui devinrent célèbres par la suite. Jugez du peu : Satie, Mac Orlan, Modigliani, Max Jacob….

 

     L'un d'entre eux qui fut un habitué plus constant a droit à sa plaque côté rue du Mont-Cenis. Il s'agit de Gaston Couté que chanta Morelli.

 

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     Nous pouvons quitter la place en beauté, en faisant travailler notre imagination pour oublier les foules occupées à se selfier, oublier les commerces au pittoresque laborieux.

   Malgré son aspect vénal la place du Tertre n'est pas près de mourir ou de geler sur site puisque, comme on le sait, seuls "les pays privés de légendes sont condamnés à mourir de froid!

Et Dieu sait, aussi bien que le Diable que légendes et Montmartre ne font qu'un!

 

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Publié le par chriswac
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Poulbot. Noël à Montmartre.
Poulbot. Noël à Montmartre.

     S'il existe un  homme qui  aimait les gosses de Montmartre et connaissait leur misère, leurs peines, leur orgueil, leur impertinence et leur force de vie,  c'est bien lui, Francisque Poulbot!

 

Poulbot. Noël à Montmartre.

    "Il avait sans cesse la main à la poche. Aux petits il donnait pour s'acheter des billes, des sucres d'orge, des roudoudous, parfois des chaussures (...)"            

(Dorgelès)

 

     Noël était un moment où la pauvreté se faisait plus cruelle, où l'enfant voyait à travers les brumes les scintillements des beaux quartiers ... 

     Poulbot alors se démenait pour organiser avec la République de Montmartre une grande fête pour que les gosses aient leur part de lumières. En 1922, les enfants du XVIIIème, furent invités à une grande fête qui allait se transformer en tradition...

    Ils furent plus de deux mille à envahir le Moulin Rouge, à y découvrir l'immense arbre de Noël et ses milliers de cadeaux!

 

Poulbot. Noël à Montmartre.
Poulbot. Noël à Montmartre.

   Faut-il rappeler que Poulbot, enfant de Saint-Denis, était venu à 24 ans vivre sur cette Butte qu'il aimait et qui en 1900, était une zone de misère, en partie recouverte par le Maquis, un bidonville de bric et de broc...

 

Poulbot. Noël à Montmartre.

     C'est dans ce maquis qu'il habita en 1901, dans une maison de planches que les voisins appelaient "la maison à l'ail" à cause des odeurs de graillon qui en émanaient.

     Plus tard il aura d'autres adresses à Montmartre et, le succès aidant, il passera les vingt dernières années de sa vie, avenue Junot, dans une belle maison construite sur le maquis détruit...

 

Poulbot. Noël à Montmartre.

     Mais jamais il n'a cessé de se démener pour les petits Montmartrois. Il les a aimés au point de leur consacrer l'essentiel de son œuvre.

     Il serait consterné de voir ce que ses "poulbots" sont devenus aujourd'hui, torchés par des barbouilleurs, achetés par des touristes naïfs.

 

    Des enfants mutants à grosse tête, aux yeux démesurés, aux lèvres botoxées, représentés en train de pisser.... ou décorant le manège consternant de la place des Abbesses qui inflige à tous sa laideur depuis des années!

 

Poulbot. Noël à Montmartre.
Poulbot. Noël à Montmartre.

      Poulbot, lui, les représentait avec tendresse mais sans complaisance, gouailleurs, râleurs, miséreux, lucides, ironiques, insolents... pleins d'une vitalité qui les aidait à ne pas se complaire dans leur malheur.

 

Poulbot. Noël à Montmartre.
Poulbot. Noël à Montmartre.

 Il fut avec la Commune libre de Montmartre un des instigateurs du dispensaire de Montmartre pour soigner ces gosses, veiller à ce qu'ils se nourrissent. 

 

Noël au Moulin Rouge

Noël au Moulin Rouge

Noël au Moulin de la Galette

Noël au Moulin de la Galette

     Il se démena pour récolter des fonds et intéresser artistes et commerçants à leur sort. Il réalisa ce que fera Coluche plus tard avec ses restaurants du cœur. Certes il ne s'adressait qu'aux enfants du XVIIIème arrondissement mais il ne se limitait pas à l'aide alimentaire. 

 

     Les Noëls de la République de Montmartre étaient une grande fête. Elle avait lieu au Moulin Rouge, au Moulin de la Galette ou parfois au cirque Médrano (sauvagement détruit dans les années pompidoliennes) où les Fratellini, amis de Poulbot, étaient toujours volontaires!

 

     Voilà 71 ans que Poulbot est mort. Il a contribué, avec ses moyens, à redonner à Noël son sens véritable, celui de l'attention aux plus démunis...

     S'il revenait sur la Butte, il  découvrirait sur les trottoirs, des poulbots venus d'ailleurs et qui aimeraient sans doute que ce grand bonhomme les invite, ne serait-ce que le soir de Noël dans la chaleur écarlate du Moulin qui fait tourner ses ailes électriques dans le ciel glacé!

 

 

Poulbot. Noël à Montmartre.
Poulbot. Noël à Montmartre.
Poulbot. Noël à Montmartre.

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Publié le par chriswac
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Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.
Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

.Le versant est de la Butte était composé en bonne partie de terrains vagues où poussaient les herbes folles et où aimaient jouer les gamins du maquis.

Bien avant le début des travaux titanesques du Sacré-Cœur qui allaient à jamais transformer la campagne en site touristique mondialement connu, un homme avisé, savoyard d'origine, comme la future cloche de la basilique, eut l'idée d'acheter pour quelques sous un terrain….

Rue Sainte-Marie. Aujourd'hui Paul Albert.

Rue Sainte-Marie. Aujourd'hui Paul Albert.

    Un espace idéalement situé entre trois rues : Lamarck, Sainte-Marie et des rosiers.

Rue Sainte Marie

Rue Sainte Marie

Aujourd'hui Paul Albert

Aujourd'hui Paul Albert

     Deux de ces rues ont changé de nom : la rue des rosiers est devenue, pied de nez à la France catholique, Chevalier de La Barre, et la rue Sainte-Marie est devenue rue Paul Albert. 

Le Rocher Suisse au début du XXème siècle

Le Rocher Suisse au début du XXème siècle

     C'est aujourd'hui, malgré les destructions, un coin de Montmartre qui a gardé son charme et si l'on est indulgent, son aspect villageois!

 

     Notre savoyard, monsieur Daudens, aimait la Suisse où il avait passé quelques années et apprécié la cuisine dont il avait appris les recettes roboratives et les secrets.

Rue Feutrier

Rue Feutrier

     C'est à un gros propriétaire qu'il acheta son terrain. Ce propriétaire qui possédait une partie du flanc est de la Butte a laissé son nom dans le quartier où une rue porte son nom : Feutrier.

Le Rocher Suisse

Le Rocher Suisse

     On dit et répète sur les sites consacrés à Montmartre que Daudens paya son terrain 7 francs le m2. Ce qui ne nous dira rien à moins de convertir cette monnaie en euros. 7 francs en 1857 sont l'équivalent de 21 euros en 2018. Il y a eu, comme on le voit une petite évolution depuis le 2nd Empire puisque le moindre mètre carré d'un appartement dans le quartier vaut au bas mot 12 000 euros et non 21!

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

    Mr Daudens fit construire un bâtiment rustique auquel il s'acharna à donner des allures alpestres avec cloches de vaches et mangeoire. La plus belle réalisation était le jardin dans lequel furent aménagées des grottes, construites par les rocailleurs dont l'art était alors à la mode et qui plus tard oeuvreraient dans le square Saint-Pierre où il subsiste aujourd'hui la grotte des amoureux avec le couple sculpté par Emile Derré.

 

Le Rocher Suisse connut un succès qui ne se démentit pas après le rattachement de Montmartre à Paris (1860) et il attira les parisiens avides d'air pur et de bonne cuisine jusqu'en 1880.

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     C'est alors que l'établissement fut repris par Mr Dorlancourt, gendre du premier propriétaire. Les cartes postales nous donnent une idée de l'aspect que prit alors la maison. Adieu chalet, adieu cloches de vaches, adieu mangeoire. On se mit à la mode montmartroise avec petit orchestre et bal en plein air. Mais il était difficile de lutter avec les cabarets du boulevard Rochechouart. Le bal ne fit pas recette et remisa ses flonflons. 

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Le restaurant se spécialisa dans les noces et banquets dans la grande salle où se retrouvèrent un jour de juin 1886 une petite bande d'amoureux de la Butte soucieux de la protéger et de lutter contre la spéculation outrancière et les saccages qui l'accompagnaient.

 

     Ils fondèrent la Société d'Histoire et d'Archéologie du Vieux Montmartre aujourd'hui connue sous le nom d'"Amis du Vieux Montmartre".

Qui étaient ces passionnés?

La mort d'Orphée (Emile Bin)

La mort d'Orphée (Emile Bin)

    Avant de les présenter individuellement, citons leurs noms :  (sans ignorer que tous les spécialistes de la spécialité ne sont pas d'accord et présentent des listes où deux ou trois noms diffèrent!)

Emile Bin, Wiggishoff, Léon Lamquet, Jean Noro, Charles Sellier, Jules Mauzin, Morel, Rab, Vautier.

Emile bin. Photo de Mulnier.

Emile bin. Photo de Mulnier.

     Emile Bin, nous le connaissons car il jouissait d'une célébrité certaine,  réalisait la décoration de nombreux hôtels particuliers et avait des commandes des églises parmi lesquelles Saint-Sulpice et Saint-Nicolas du Chardonnet. Il avait le cœur à gauche (plutôt centre) et bien que sympathisant de la Commune, il disparut opportunément pendant les jours sombres pour ne réapparaître que plusieurs mois plus tard.

Persée délivrant Andromaque (Emile Bin)

Persée délivrant Andromaque (Emile Bin)

    Nous pouvons le classer parmi les peintres académiques auxquels s'opposèrent les grands mouvements qui révolutionnaient et régénéraient la peinture.

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Il fut maire du XVIIIème arrondissement, révoqué, dit-on (bien que ce soit contesté) pour avoir peint un portrait du général Boulanger. C'est son adjoint et ami Wiggishoff qui prit sa place.

Flacon "héliotrope blanc" de Wiggishoff.

Flacon "héliotrope blanc" de Wiggishoff.

Jacques Charles Wiggishoff (1842-1912) était industriel en parfumerie et grand collectionneur d'ex-libris!

On peut reconnaître sur cet ex-libris à son nom, la vieille église Saint-Pierre.

     Il fut maire du XVIIIème de 1889 à 1899. Ses seuls essais sont consacrés aux parfums et aux ex-libris! Il n'écrivit rien sur ce Montmartre qu'il aima pourtant, étant né au cœur du vieux village, rue Traînée (aujourd'hui rue Poulbot). 

La mairie du XVIIIème place des Abbesses. Elle sera détruite et remplacée par la mairie actuelle en 1905.

La mairie du XVIIIème place des Abbesses. Elle sera détruite et remplacée par la mairie actuelle en 1905.

     Léon Lamquet (1836-1886) fut aussi adjoint au maire du XVIIIème! A croire que toutes la bande avait la passion municipale! Mais ce qui caractérise cet homme-là et le rend éminemment sympathique c'est son engagement pour la défense des animaux. En cela il ressemble à Louise Michel, attentive aux souffrances infligées aux bêtes.

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Il fit partie de la SPA dont il fut directeur et où il lutta notamment contre la vivisection. Son engagement pour les animaux ne l'empêchait pas de se dévouer aux causes humanitaires (que de gens encore aujourd'hui opposent ces deux engagements, comme si tous les êtres vivants n'étaient pas liés dans le même mystère de l'existence et de la souffrance).

La statue de Fourier par Derré, boulevard de Clichy, fondue par le régime de Vichy .

La statue de Fourier par Derré, boulevard de Clichy, fondue par le régime de Vichy .

     Il consacra une partie de sa vie à l'éducation populaire en faveur des adultes. Enfin il défendit Emile Derré dans son projet pour la statue de Fourier boulevard de Clichy. Il était en effet fouriériste convaincu.

Il y a toutes les raisons de ne pas oublier Léon Lamquet.

     Le 4ème homme fut Jean Noro, un authentique amoureux de Montmartre qui s'engagea pendant le Commune. Il fut commandant du 22ème bataillon des Gardes Nationaux et nous avons de lui un rapport d'un des nombreux massacres commis par les Versaillais.

Harem (Jean Noro)

Harem (Jean Noro)

     Il dut s'exiler après la Semaine Sanglante. Il revint après l'amnistie à Montmartre, rue Ravignan où son atelier de peintre devint le siège d'un petit club littéraire "La Butte" ouvert aux poètes et aux écrivains. Paul Alexis qui en faisait partie le décrit  dans une lettre à Zola : "Bon type et joliment sympathique. D'origine italienne, très brun, maigre comme Don Quichotte".

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

    Un autre signataire présent au Rocher Suisse lors de la création de la Société montmartroise est Charles Sellier, à ne pas confondre avec son homonyme, peintre nancéen.

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Ce Charles Sellier (1897-1912) est un ingénieur des Ponts et Chaussées, intéressé par l'histoire et l'art puisqu'il sera adjoint au musée Carnavalet et inspecteur des fouilles de la ville de Paris. Il est un de ceux qui s'opposera bec et ongles à la destruction de la vieille église Saint-Pierre.

Maison de Rosimond (musée de Montmartre)

Maison de Rosimond (musée de Montmartre)

     Je n'ai rien trouvé sur Jules Mauzin sinon qu'il a écrit plusieurs articles dans le bulletin de la société du vieux Montmartre, notamment sur Rosimond, l'auteur et acteur de théâtre du XVIIème siècle qui avait acquis sur la Butte une grande maison entourée de vignes. Cette maison accueille aujourd'hui le musée de Montmartre.

Peut-être n'était-il comme les deux derniers, Morel et Rab qu'un "simple amoureux de Montmartre".

 

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Peu de temps après la création de la Société du Vieux Montmartre, un banquet réunit cinquante trois chansonniers et poètes qui immortalisèrent leur réunion en posant sur les marches de l'escalier de la Fontenelle (aujourd'hui rue du Chevalier de la Barre).

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Nous ignorons les raisons de ce banquet mais c'est un plaisir de reconnaître dans la bande : Aristide Bruant(un peu trouble) reconnaissable à son chapeau aux larges bords, Gaston Couté le poète anarchiste et écorché qui savait si bien parler la langue populaire, Marcel Legay, le fils de mineur, ami de Bruant, Eugénie Buffet, Alphonse Allais et qui écrivit la chanson qui fait pleurer tous les Artésiens (dont je suis!) "Ecoute ô mon cœur".

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Je signale ici qu'André Roussard, spécialiste connu de Montmartre qu'il aimait et où il vivait, situe à tort dans son dictionnaire des lieux de Montmartre, la photo en 1912, alors que Couté qui y figure est mort en 1911 et que visiblement la rue des Rosiers n'est pas encore détruite et les travaux du Sacré-Coeur ne sont pas entamés.

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

    Passées ses heures de gloire, le Rocher Suisse n'a plus grand chose à nous raconter. Il est acheté en 1892 par un hôtelier dévot qui aurait été choisi par les oblats du Sacré Cœur soucieux d'éloigner de leur périmètre sacré un établissement profane dont la porte était surmontée de trois grâces affriolantes et nues.

 

    Les grâces furent congédiées et le bal supprimé.

    Le Rocher vécut un ultime avatar en 1909 quand il passa entre les mains d'un dénommé Chipault.

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     En 1921, fin de l'histoire. Il sombra définitivement. Il fut vendu à la Société Asile de jour Israélite qui créa le Centre d'hébergement toujours en activité et la Crèche de la rue Lamarck. 

La plaque commémorative rappelle les 71 enfants juifs de la crèche assassinés à Auschwitz.

La plaque commémorative rappelle les 71 enfants juifs de la crèche assassinés à Auschwitz.

     Alors commença une autre histoire… qui s'écrirait pendant la guerre non plus dans les flonflons du bal ni les rires des banquets mais dans les rafles, les bombardements et la mort.

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Publié le par chriswac
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Yvette Guilbert à Montmartre

     Elle est une des grandes figures, une des "stars" de l'âge d'or montmartrois et c'est sans doute Toulouse Lautrec qui nous "parle" le mieux d'elle. Il n'a pas cherché à la flatter, il ne l'a pas auréolée de lumières, il l'a saisie sur scène, comme un photographe saisit en plein vol un oiseau.

Yvette Guilbert à Montmartre

     Ses ailes, ses grands bras gantés de noir, amplifiaient ses gestes et lorsqu'elle s'arrêtait de chanter pendaient le long de sa robe verte…. 

Yvette Guilbert à Montmartre

    Mais revenons en arrière, avant que Toulouse Lautrec n'immortalise ce drôle d'oiseau...

Yvette Guilbert à Montmartre

     Nous sommes le 20 janvier 1865 quand vient au monde Laure Esther Guilbert, dans le Marais, rue du Temple, dans un quartier alors populaire. Son père est comptable et sa mère chapelière.

Maison close (Toulouse Lautrec)

Maison close (Toulouse Lautrec)

     Son enfance dans un milieu modeste est marquée par la défection du père qui joue l'argent du ménage, aime fréquenter les maisons closes et finit par disparaître.

A 12 ans, elle quitte l'école et aide sa mère qui travaille à domicile et charge sa fille de livrer ses commandes.

Elle rencontrera plus tard alors qu'elle sera au sommet de sa gloire une ancienne cliente bourgeoise qui chargeait sa mère de découdre les étiquettes sur des robes bon marché et de recoudre des étiquettes de grand couturier. Cette dame aisée "oubliait" de payer ses couturières, ce qu'Yvette ne manquera pas de lui rappeler en public!

Les magasins du Printemps reconstruits après l'incendie.

Les magasins du Printemps reconstruits après l'incendie.

     A 16 ans, elle est pour quelques mois mannequin avant de devenir vendeuse au magasin du Printemps reconstruits après le grand incendie de 1881.

 

Charles Zidler. (créateur du Moulin Rouge)

Charles Zidler. (créateur du Moulin Rouge)

     C'est en 1885, alors qu'elle a 20 ans que sa vie prend un autre tour. Elle rencontre dans la rue Charles Zidler, directeur de l'Hippodrome (celui de l'Alma qui sera remplacé par celui de la rue Caulaincourt) et futur créateur du Moulin Rouge. Il est intéressé par cette longue fille et c'est lui qui la dirige vers le cours de théâtre et diction de l'acteur du Gymnase, Joseph Landrol.

                 Théâtre du Gymnase boulevard de Bonne Nouvelle

     Zidler, enfant du peuple qui a un souvenir douloureux de son enfance en bord de Bièvre, dans la puanteur des tanneries, dira plus tard à sa "p'tite Yvette" comme elle le raconte dans ses mémoires, "Ma vie en chansons" :

"Vois-tu, j'suis comme toi, fils de mes œuvres… Je m'suis fait tout seul!" 

Théâtre des Variétés, boulevard Montmartre.

Théâtre des Variétés, boulevard Montmartre.

    Il l'engage pour les tournées des Variétés comme comédienne. Car c'est pour le théâtre et la récitation de poèmes que la jeune femme se sent prédestinée!  Elle tient un petit rôle dans une pièce de Feydeau et d'autres rôles aussi secondaires, aussi peu valorisants, toujours aux Variétés.

 

 

    Le succès ne lui sourit pas, c'est à peine si quelques spectateurs l'applaudissent. Comme ils seront très tièdes à l'Eden, à l'Eldorado ou à l'Horloge où elle s'ose à la chanson et assure un lever de rideau.

L'Eldorado, aujourd'hui remplacé par le Comédia, boulevard de Strasbourg.

L'Eldorado, aujourd'hui remplacé par le Comédia, boulevard de Strasbourg.

     C'est à l'Eldorado, en 1889, que Freud de passage à Paris vient l'écouter. Il est séduit par son tempérament et son talent et il gardera toujours dans son bureau une de ses photos dédicacée. Il y aura entre eux une correspondance suivie et Yvette de passage à Vienne lui rendra à son tour visite. Cette relation nous éclaire sur la personnalité d'Yvette Guilbert, capable d'intéresser ou séduire de grands intellectuels.

Yvette Guilbert à Montmartre

    Découragée, elle quitte Paris. Elle passe une année en Belgique où elle rencontre pour la première fois un succès  d'estime avec une chanson dont elle a écrit les paroles et qui deviendra plus tard un classique de ses spectacles :  "La pocharde".

 

    Paris manque à cette vraie parisienne et elle ne tarde pas à revenir, aidée par Zidler qui a ouvert son Moulin Rouge. Elle fait alors la connaissance de Xanrof qui la conseille et l'exhorte à se créer un personnage vite identifiable en même temps qu'il lui confie quelques chansons comme le célèbre "Fiacre".

 

    

    Avant d'interpréter ses textes et ceux de Bruant, elle suit ses conseils et se crée autour de ses gants noirs une tenue qui deviendra légendaire, taille de guêpe, chevelure flamboyante, robe verte.

                                                Plâtre de Cappiello

 

       La grande Yvette Guilbert est née!

 

Bennewitz von Lofen

Bennewitz von Lofen

     Elle commence à plaire au Divan Japonais où des admirateurs l'attendent à la sortie. Mais c'est en 1891 avec Müsslek des Concerts Parisiens qu'elle rencontre le vrai succès...

 

Yvette Guilbert à Montmartre

     Elle se produit aux Ambassadeurs et à la Scala.

                                       Affiche de Steinlen.

     Proust lui consacre son premier article dans la revue "le Mensuel". Mais les proustiens se rappellent peut-être que dans "Sodome et Gomorrhe", le duc de Guermantes unit dans le même mépris les "chansonnettes de Mademoiselle Yvette Guilbert" et les "expériences de Charcot"!

Coïncidence étrange car si, comme nous l'avons vu, Freud est allé écouter Yvette Guilbert à l'Eldorado, ce fut sur les conseils de… la femme de Charcot!

Yvette Guilbert à Montmartre

     Malgré ce parrainage éminent, c'est en 1893 qu'Yvette Guilbert rencontre celui qui allait lui assurer l'immortalité : Toulouse Lautrec. Il dessine des croquis, des esquisses, il conçoit des affiches..

 

    Elle ne se trouve pas flattée et écrit sur ce dessin : "Petit monstre!! Mais vous avez fait une horreur!!

 

     Et c'est vrai qu'il n'essaie pas de l'embellir! Il est fasciné par son charisme. Il capte en elle la force, l'intelligence, l'humour. Son trait vif nous restitue sa présence, avec cet enracinement dans le sol, comme un arbre dont les ramures bougeraient sous le vent.

 

 

    En réalité Yvette Guilbert était moins ingrate que sur les dessins faits par le "petit monstre". Elle avait, comme les vedettes montmartroises, sa cohorte de soupirants et, ce qui fait d'elle une artiste moderne, elle gardait dans son spectacle une distance ironique. Elle savait que sa voix n'avait rien d'extraordinaire, alors elle interrompait ses chansons, commentait, se moquait puis repartait dans la musique...

 

    Les écrivains et les poètes l'apprécient. Zola lui dira "Quelle vérité dans vos accents, Mademoiselle, quelle actrice vous êtes!"

                                  Yvette Guilbert (Philippe Klein 1895)

     Montesquiou qui la rencontre un soir lui reproche de chanter Bruant qui selon lui auréole la vie de gens ordinaires des boulevards extérieurs alors que tant de vies sont magnifiques et méritent d'être chantées. Yvette lui tient tête : "Bruant ça ne s'explique pas, ça se chante, ça se parle, ça se pleure. La vie magnifique c'est l'âme de Bruant!"

                          

 

    Tout Yvette Guilbert est dans cette réponse. Son esprit critique, son humanité, son sens du dérisoire.

    On a du mal aujourd'hui à appréhender  son talent qui se déployait dans ses gestes, ses mimiques, sa distance. Elle n'hésitait pas à grimacer, à outrer ses expressions (ce que saisit Lautrec) et à impressionner par son masque blanc aux yeux soulignés de noir et aux lèvres trop rouges.

 

     Entre 1893 et 1900, elle connaît un succès qui dépasse Montmartre et la France. Les cachets qu'on lui propose sont dignes des plus grandes stars de l'époque et la conduisent en Angleterre, en Allemagne, aux Etats-Unis. Elle ne choisit pourtant pas la facilité et chante ou dit des textes de Gaston Couté, de Jean Lorrain comme de Xanrof ou Bruant. 

Elle maîtrise l'art de passer en douceur dans ce qu'elle appelle le "rythme fondu" du chant au texte parlé et vice-versa. Certains mélomanes affirment qu'elle ne fut pas sans inspirer Schönberg, Alban Berg puis Kurt Weill.

Yvette Guilbert "la diseuse nationale" Caricature de Léandre

Yvette Guilbert "la diseuse nationale" Caricature de Léandre

     Il suffit pour se convaincre de sa notoriété de découvrir les caricatures dont elle fait l'objet ainsi que le nombre étonnant d'imitateurs qu'elle inspire dans des spectacles travestis.

                                Numéro de travesti. Yvette Guilbert par Bertin

Cléo de Mérode, le roi Léopold II et Yvette Guilbert!

Cléo de Mérode, le roi Léopold II et Yvette Guilbert!

     Ce sont les grandes années d'Yvette Guilbert. Tout lui réussit dans la vie, comme sa rencontre à Vienne avec un jeune chimiste, Max Schiller qu'elle épouse en 1897 et qui sera l'homme de sa vie. Elle se réfugiera avec lui dans le sud pendant l'occupation pour le protéger des rafles anti sémites.

Réussite financière aussi qui lui permet de se faire construire un hôtel particulier boulevard Berthier et d'acheter une maison de campagne.

Bennevitz von lofen

Bennevitz von lofen

     Mais une maladie de reins dont elle commence à subir les atteintes en 1896, vient interrompre quatre ans plus tard cette trop belle réussite. Elle rembourse les cachets qu'elle a touchés pour ses tournées programmées. Ses admirateurs craignent de ne jamais la revoir.

Yvette Guilbert à Montmartre

     Elle réapparaît pourtant, quasiment guérie en 1906 pour un concert au Carnegie Hall de New York.

Elle ajoute à son répertoire des chansons plus littéraires et des poèmes médiévaux.

Yvette Guilbert à Montmartre

     De 1915 à 1922 elle est accompagnée dans ses récitals par la pianiste Irène Aïtoff. 

Elle tourne également dans quelques films (dont un chef d'œuvre de Murnau: "Faust") et elle écrit et met en scène une pièce : "Madame Chiffon"...

     Mais Lautrec est mort depuis longtemps, les lumières de Montmartre pâlissent, la guerre approche qui mettra un point final au rayonnement de la ville-lumière, capitale des arts et des plaisirs.

     Picasso pourtant aura le temps de la sublimer dans une œuvre où s'exprime leur double génie!

Le Vel d'Hiv en 1942

Le Vel d'Hiv en 1942

     Vient le temps où les "loups sont entrés dans Paris". Bien des music-halls ferment leurs portes, se compromettent ou cèdent la place à des salles obscures tandis que le Vel d'Hiv s'apprête à ouvrir les siennes.

Dans le midi où elle s'est réfugiée avec son mari, elle reçoit encore une lettre de Freud qui lui écrit de Londres. Il rend une dernière fois hommage à son talent et  s'adressant à Max Schiller il écrit : "Durant ces dernières années, j'ai été privé de n'avoir pu redevenir jeune, l'espace d'une heure, grâce au charme d'Yvette".

La tombe d'Yvette Guilbert, section 94 au Père Lachaise. Quasi abandonnée!

La tombe d'Yvette Guilbert, section 94 au Père Lachaise. Quasi abandonnée!

     Elle meurt à Aix en Provence le 3 février 1944.

                              La croix de bronze et ses lettes entrelacées.

    Elle a été dans une époque dominée par les hommes, une voix singulière, indépendante qui par les textes qu'elle choisissait et surtout sa manière de les interpréter, affirmait sinon la supériorité du moins l'égalité de la femme. Dans ses textes grivois ce sont les hommes qui étaient ballots, stupides, dominés par leur désir…

 

Sa postérité s'appelle Piaf, Barbara, Anne Sylvestre, Marie-Paule Belle…. jusqu'à Catherine Ringer.

Yvette Guilbert à Montmartre

     Elle a reçu à titre posthume le grand prix de l'Académie Charles Cros, mais en dernier hommage, c'est un texte du poète anglais Arthur Symons venu la voir aux Ambassadeurs en 1894 qui terminera le mieux l'hommage que nous rendons à cette artiste aux ailes noires :

Yvette Guilbert à Montmartre

(…) Car les fleurs se fanent devant elle; voyez la lumière

S'éteint sur cette pauvre joue, la laissant blanche;

Elle chante la vie, la gaieté et tout ce qui se meut

La fantaisie de l'homme dans le carnaval des amours;

Et un frisson me saisit pendant qu'elle chante

La pitié des choses humaines dont nul ne prend pitié."

Yvette Guilbert à Montmartre

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Publié le par chriswac
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Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     La rue de Douai court entre la rue Jean-Baptiste Pigalle et le boulevard de Clichy. Elle s'est formée en plusieurs fois, reliant entre eux trois tronçons distincts.

Rue de Douai (à droite rue Fontaine)

Rue de Douai (à droite rue Fontaine)

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

    En janvier 1841 elle est ouverte sur 124 mètres entre les rues Fontaine et Blanche et s'appelle rue de l'Aqueduc (allusion aux canalisations qui couraient sous le sol et acheminaient les eaux venues du canal de l'Ourcq vers l'est et le centre de Paris).

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     La 2ème partie est ouverte en juin 1841 entre la rue Blanche et le boulevard de Clichy sur une partie des jardins du Nouveau Tivoli, détruits sans état d'âme au profit des spéculateurs. Rappelons que ce nouveau Tivoli s'étendait sur les terrains d'une folie du XVIIIème siècle qui s'était spécialisée dans un sport (!) venu d'Angleterre, le tir aux pigeons vivants. cette activité ravissait le bourgeois qui après avoir tué quelques volatiles, se sentait d'autant plus viril pour se livrer au libertinage dans le parc où les jolies dames attendaient leur pigeon à plumer.

 

En 1846 les deux tronçons sont baptisés d'un nom commun : rue de Douai.

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....
Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     Mais là ne s'arrête pas l'histoire de cette rue qui ne choisit pas la facilité! En effet, dix ans plus tard, elle est prolongée entre la rue Pigalle et la rue de la Fontaine St-Georges (ancien nom de la rue Fontaine). Mais elle s'appelle alors dans cette partie rue Pierre Lebrun.

                                          Eglise et léproserie St Lazare

     Les travaux de creusement tombent sur un os. En effet ils mettent au jour des centaines de squelettes, ceux du cimetière d'une ancienne léproserie établie en ces lieux. Les ossements sont emportés, comme ceux de nombreux cimetières parisiens dans les catacombes où ils sont artistiquement disposés pour le plus grand bonheur à venir des touristes et des amateurs de têtes de mort.

 

     La rue Pierre Lebrun nettoyée de ses osseux habitants, étant dans le prolongement de la rue de Douai, prit le même nom et donna à cette artère les 605 mètres qu'elle a toujours aujourd'hui.

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     Nous remontons donc la rue en commençant par cette ancienne rue Pierre Lebrun où se trouvent les premiers numéros de la rue de Douai. Inutile de rappeler que le nom lui vient de la ville du Nord de la France célèbre, entre autres, pour ses géants : Gayant, Marie Cagenon et leurs enfants Jacquot, Fillon et Binbin.

                                         Gayant et sa femme.

   

     Côté pair la brasserie "Le sans Souci" fait l'angle avec la rue Jean-Baptiste Pigalle. C'est là que Kessel situe l'action de son roman "La passante du sans Souci". On ne sait pourquoi le réalisateur Jacques Rouffio lui préféra pour cadre de son film, une brasserie du XVème arrondissement!

 

Le 3

Le 3

     Si le 3 est aujourd'hui à l'enseigne de Vénus, il n'en fut pas toujours ainsi. Pendant la Commune, les Versaillais afin de tenter de corrompre les révolutionnaire avaient confié à un triste personnage le soin d'organiser tout un réseau. L'homme s'appelait Georges Vaysset et il s'acquitta de son délicat boulot en louant 7 appartements dans le quartier (rue Frochot, rue Pigalle…) pour y loger ses barbouzes.

                                    Le Général Dombrowski

    Il échoua dans sa noble tache car le Général Dombrowski qu'il devait corrompre, resta fidèle à ses idéaux et finit par mourir sur la barricade de la rue Myrrha.

Dans les derniers jours de la Commune, Vaysset fut arrêté et fusillé sur le Pont Neuf. Son cadavre fut jeté à la Seine.

Le 6

Le 6

   Sur la façade du 6, une plaque rappelle le nom de deux gloires françaises. L'écrivain Edmond About (1828-1885) tout d'abord :

Grand voyageur, il se nourrit de son amour de la Grèce pour écrire "Le Roi de la Montagne", un de ses grands succès.

                   Illustration pour "L'homme à l'oreille cassée".

"L'homme à l'oreille cassée" en fut un autre, porté au cinéma.

Edmond About fut encore journaliste, critique d'art (assez peu clairvoyant pour dénigrer Courbet) et finit académicien, ou presque, puisqu'il mourut à 56 ans quelques jours avant de prononcer son discours devant la docte assemblée!

                  Marthe Gautier (à son côté le professeur Debré)

     L'autre habitant célèbre fut une habitante : Marthe Gautier, principale découvreuse du chromosome de la trisomie 21. Comme souvent, c'est un homme qui faisait partie de l'équipe, Jérôme Lejeune, qui prétendit en être l'inventeur! Mais justice est aujourd'hui rendue à la scientifique….

Le 9

Le 9

   Le 9 garde peut-être le souvenir du peintre le plus emblématique de Montmartre : Toulouse Lautrec. Il est alors, à 33 ans, usé par ses abus d'absinthe mélangée au cognac, cocktail mortifère. Il l'est aussi par la syphilis. Sa mère accourt à Paris où elle loue un appartement dans cet immeuble afin de s'occuper de lui en 1898-1899. Nous sommes alors à deux ans de sa mort. 

Le 15

Le 15

     Le 15 est un immeuble classé. Il a en effet été construit par Violet le Duc en personne!

Le grand architecte, restaurateur un peu vigoureux de Notre-Dame de Paris (entre autres) donne ici un aperçu de son art à la fois simple et soucieux de rendre hommage au passé par des détails ornementaux. 

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     Le 16 est un petit hôtel harmonieux. qui a séduit Julien Duvivier puisqu'il y fait habiter la vedette féminine de son film de mâles : "La Belle Equipe" avec Jean Gabin et Charles Vanel. Un film très Front Populaire malgré sa fin remaniée pour éviter trop de pessimisme dans une époque où on ne voulait pas voir monter l'orage.

Jeannot et Gina (Jean Gabin et Viviane Romance) La Belle Equipe de Julien Duvivier.

Le 19 en 1905
Le 19 en 1905

Le 19 en 1905

     La grande teinturerie du 19 a cédé la place aux guitares (la rue de Douai est connue de tous les amateurs de cet instrument).

Le 22

Le 22

     22 v'là le 22! Le plus bel hôtel de la rue, riche de souvenirs et de fantômes vivants.

     Nous l'avons présenté en arpentant la rue Fontaine et donné l'essentiel de son histoire. Rappelons que c'est dans cet hôtel Halévy que Bizet vint, à trente ans, vivre avec son épouse Geneviève Halévy. C'est là, au 2ème étage qu'il composa l'essentiel de Carmen. Il y vécut six ans avant de mourir épuisé et déprimé par l'échec de son œuvre. qui est aujourd'hui l'opéra le plus joué au monde.

 

40 bis

40 bis

42-44

42-44

     Au 40 bis (aujourd'hui 42) ouvrit en 1896 un cabaret qu'apprécièrent Jehan Rictuss, Emile Goudeau et Marcel Legay. Il s'agit de La Roulotte.

 

     Il tiendra la route, bien que, si l'on en croit le carton d'invitation dessiné par Willette, il eût été traîné par un cheval éthique, jusqu'en 1900. Il s'appellera alors Cabaret de la Trique!

                 Carton d'invitation dessiné par Willette. (1896)

     Si le nom de ce cabaret est resté célèbre, ce n'est pas à la rue de Douai mais à la rue Jean-Baptiste Pigalle qu'il le doit, car c'est là au 62 qu'il déménagea pour devenir un bar à prostituées où se produisit un illustre guitariste entre les deux guerres et qui le racheta à Lulu de Montmartre. Il s'agit de Django Reinhardt!

 

Le 45
Le 45

Le 45

     Au 45, le tapissier a disparu au profit d'un commerce mystérieux puisque son rideau baissé m'a empêché de le qualifier! Mais vérification faite, il a plié bagages et c'est dommage car il s'agissait d'un institut de beauté!

50 (bis)

50 (bis)

     Au 50 bis vécut pendant douze ans un des plus grands écrivains russes, Ivan Tourgueniev.

 

 

     Il y était hébergé par ses amis, Louis Viardot et sa femme Pauline.

La passion qu'il eut pour la mezzo soprano Pauline Viardot, sœur de la Malibran, est une des plus grandes passions qui se puisse imaginer. Maupassant n'hésite pas à écrire que ce fut "la plus belle histoire d'amour du XIXème siècle".

 

     Peut-on imaginer qu'il la suivit pendant quarante ans?

     Après le coup de foudre de sa découverte en 1843 à Saint Petersbourg, il n'eut de cesse de vivre aussi près que possible d'elle. A Paris, à Baden Baden où elle vécut en exil après le coup d'état, et enfin rue de Douai dans l'hôtel particulier des Viardot.

 

     Il occupait le 2ème étage et avait fait aménager un passage qui le conduisait au salon de musique de Pauline.

Il s'y rendait et ne se lassait pas de l'entendre répéter.

Cette femme remarquable avait de multiples dons et composait elle-même. Si elle n'avait pas la beauté de sa sœur aînée, la Malibran, morte en 1836, elle ne manquait pas de charme et Saint-Saëns prétend qu'elle était "une irrésistible laide".

Croquis de Georges Sand

Croquis de Georges Sand

Elle plut à Musset et Georges Sand qui fit d'elle un croquis sut mettre fin à cette attirance. 

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     Tourgueniev se fit construire également une "datcha" sur le terrain de Bougival où ses amis possédaient une résidence. C'est dans cette datcha qu'il passa les derniers mois de sa vie, avec pour confidente Pauline à qui il dicta sa dernière œuvre prophétique "Un incendie sur la mer".

                                            Pauline Viardot

     On s'étonne presque de ne pas voir le nom d'Ivan Tourgueniev sur le menhir de la tombe de Pauline Viardot au cimetière de Montmartre

 

Le 57

Le 57

     Au 57, dans un hôtel remplacé aujourd'hui par un petit immeuble ingrat, a vécu une partie de sa vie, le peintre Hippolyte Bellangé (1800-1866).

 

     Il fut formé à bonne école, celle de Gros, et il fut fervent admirateur de Géricault, peintre majeur dont il aurait dû s'inspirer! Il se spécialisa dans les scènes militaires et illustra de nombreuses batailles du 2nd Empire avant de se consacrer dans les dernières années à l'épopée napoléonienne.

 

Sa dernière œuvre "La garde meurt" (1866) connut un grand succès. Elle fut prémonitoire car il l'acheva quelques jours avant de mourir.

Fin de la rue vers le boulevard de Clichy.

Fin de la rue vers le boulevard de Clichy.

Le 65

Le 65

     Le 65 a été l'adresse de Pierre Bonnard en 1899. Il avait alors son atelier aux Batignolles.

 

67-69

67-69

     A cette adresse se trouvait le studio Wacker qui fut pendant des années, si l'on en croit Dirk Sanders "la Mecque des danseurs".

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     C'est après la révolution russe de 1917 que de nombreux danseurs russes en exil éprouvent le besoin d'avoir un lieu à eux pour se former. L'école ouvre en 1923 au-dessus du magasin de vente de Pianos de Mr Wacker. Elle ne fermera qu'en 1974.

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     Dans les premières années c'est une des plus célèbres danseuses russes qui y enseigne. Il s'agit d'Olga Preobrajenska, prima ballerina au théâtre Marinsky en 1900.

Elle marque par sa science et sa pédagogie de nombreux élèves comme Margot Fonteyn ou Nina Vyroubova qui sera danseuse étoile à l'opéra de Paris.

 

                                                 Nina Vyroubova

     Une autre grande danseuse y enseignera, Nora Kiss. Beaucoup ne l'ont jamais oubliée comme Roland Petit, Jean Babilée, Maurice Béjart, Ludmila Tchérina!

                       Nora Kiss et Béjart au studio Wacker

     Après la fermeture de l'école, le conservatoire du 9ème arrondissement occupe les locaux avant d'être délogé par une école de commerce-gestion et une supérette où ce sont les prix qui valsent...

Lycée Jules Ferry

Lycée Jules Ferry

     Bien qu'il ait son adresse principale sur le boulevard, il faut dire quelques mots du lycée Jules Ferry construit en 1914 avec des préoccupations hygiénistes qui privilégiaient les larges baies vitrées, les terrasses et les cours.

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

    Il fut élevé sur un terrain vague où subsistaient quelques vestiges d'un vieux couvent. En 1934 les derniers murs et salles qui subsistaient furent rasés.

                                                   Paul Birault

C'est ainsi que disparut le local, rue de Douai, qui servait d'imprimerie à un éditeur avant-gardiste passionné de poésie et de peinture: Paul Birault, connu également pour un célèbre canular très montmartrois qui trompa bon nombre de membres de l'Assemblée. (Nous lui consacrerons un article)

Apollinaire (Metzinger)

Apollinaire (Metzinger)

     Apollinaire qui était son ami lui confia l'impression de sa première œuvre "l'Enchanteur pourrissant" et plus tard ses Calligrammes.

 

Paul Birault mourut pendant la guerre en 1918, quelques mois avant le poète, rescapé mais victime de la grippe espagnole.

 

La rue de Douai s'arrête là et se jette dans le boulevard de Clichy comme rivière dans un fleuve. Apollinaire aura le dernier mot, lui qui aima cette ville plus que tout autre.

Lui qui, dans son plus beau poème écrivit :

"Juin ton soleil ardente lyre

Brûle mes doigts endoloris

Triste et mélodieux délire

J'erre à travers mon beau Paris

Sans avoir le cœur d'y mourir"

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

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Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Je republie cet article qui est devenu "historique" puisque la spéculation a fait disparaître il y a peu le Singe qui lit, dévoré par l'agrandissement de la Mère Catherine aux appétits d'ogresse!

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

   Le Singe qui lit faisait partie des enseignes montmartroises qui avaient survécu à la mutation touristico-immobilière de notre quartier.

Depuis 1908 il y avait à son emplacement, jouxtant le Cadet de Gascogne, une brocante tenue pendant des années par un personnage haut en couleurs comme en suscite souvent la Butte : Emile Boyer.

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
On voit sur cette carte qu'avant la brocante, il y eut une crémerie...

On voit sur cette carte qu'avant la brocante, il y eut une crémerie...

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Emile Boyer (1877-1948) est fils de chiffonnier. Il pratique plusieurs métiers avant de se percher place du Tertre où il gère un bric à brac hétéroclite, à la fois épicerie et brocante! On dit que Gen Paul le chargeait de vendre ses aquarelles qu'il accrochait à l'aide de pinces à linge à un fil suspendu dans la boutique.

On raconte encore qu'Utrillo payait son ardoise de gros rouge avec des toiles que notre brocanteur-épicier collectionnait.

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Rue de Montmartre sous la neige. (Emile Boyer)

Rue de Montmartre sous la neige. (Emile Boyer)

Montmartre; (Emile boyer)

Montmartre; (Emile boyer)

     C'est ainsi que le virus pictural qui circule librement par les rues de Montmartre contamine notre homme qui s'achète un chevalet et bien des années avant l'invasion de la place du Tertre par les barbouilleurs, s'installe sur le trottoir devant son échoppe..

Indifférent aux courants nouveaux et aux précurseurs, il peint à sa manière, réaliste et colorée, sans se soucier des modes. Son oeuvre est restée dans l'ombre malgré une exposition en 1973 au musée de Montmartre. Dans les salles de vente, il est possible d'acquérir une de ses toiles pour un millier d'euros.

Le livre de Martine et Bertrand Willot.

Le livre de Martine et Bertrand Willot.

Un livre lui a été consacré : "Emile Boyer -Années folles-" par Martine et Bertrand Willot.

Voici en quels termes leurs auteurs le présentent :

"Brocanteur, anarchiste, fort en gueule, caractériel, marchand de frites et peintre"!

Bref! un homme complet!

Emile Boyer et sa friteuse!

Emile Boyer et sa friteuse!

...Car... il est le précurseur à Montmartre des "baraques à frites" chères à nos amis nordistes!

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Pourquoi la boutique porte-t-elle ce nom : Le Singe qui lit?

Il y aurait eu à Montmartre à la fin du XIXème siècle une revue d'artistes qui s'appelait ainsi. J'en ai cherché la trace et ne l'ai pas trouvée. Aucun document, aucun témoignage... rien ne permet de confirmer cette source!

Un singe en argot est un patron mais aussi un ouvrier typographe, un typo. Or, parmi ses multiples activités, Emile boyer fut ouvrier typographe! Il est plausible et réjouissant de lui accorder la paternité du nom!

Le singe lecteur. Gabriel von Max (1904)

Le singe lecteur. Gabriel von Max (1904)

Après Emile Boyer, la boutique connaît divers avatars...

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Elle s'appelle pompeusement "Relais des Arts" et se spécialise dans la marionnette.

     Le Relais disparaît à son tour avec ses petits personnages qui laissent le Singe reprendre possession de sa boutique pour ne plus la lâcher.

On voit à droite la brocante de Grémillet

On voit à droite la brocante de Grémillet

     Comme à l'époque d'Emile Boyer un joyeux bric à brac s'y installe, une brocante foutraque encombrée d'objets hétéroclites ou incongrus.

Eau forte de Georges Gremillet

Eau forte de Georges Gremillet

... et c'est un autre artiste qui succède à Emile Boyer : Georges Gremillet.

Il fait sa publicité en vendant ses dessins et ses eaux fortes exposés sur les murs et dans la vitrine...

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Quand il cède son commerce, c'est la fantaisie et la créativité qui s'en vont avec lui.

Les nouveaux propriétaires en font une boutique de souvenirs made in China, semblable aux dizaines de boutiques qui jalonnent le circuit touristique.

Par chance, ils conservent l'enseigne qui faisait encore il y a peu partie du patrimoine montmartrois.

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

    Mais allez comprendre pourquoi en cette année 2018, le restaurant de la Mère Catherine a pu obtenir l'autorisation de tuer le Singe ?      

N'aurait-elle pas pu conserver au moins l'enseigne?.... et conserver ainsi une petite partie de l'histoire de la Butte!

Il faut croire que les responsables chargés de veiller sur la défense de la Butte, s'ils ne sont pas des singes, ne doivent pas lire beaucoup

Hier

Hier

aujourd'hui

aujourd'hui

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Bazar made in China

Bazar made in China

Singe.. (Gabriel von max 1913)

Singe.. (Gabriel von max 1913)

>Plus une trace, plus un poil du Singe qui lisait.

>Plus une trace, plus un poil du Singe qui lisait.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #Peintres

 

      Il y avait dans l'atelier de François Gabriel, un tableau étonnant de Marcel Matho, l'artiste qui conçut l'affiche que le photographe utilisait comme enseigne, au 36 rue Muller, aujourd'hui 2 rue Utrillo.

 

         Panneau de Matho qui servait d'enseigne à François Gabriel

   Le tableau représente quatre des gloires de la vie artistique de la fin du XIXème siècle. Elles y sont croquées d'un trait vif et élégant. 

Ces caricatures méritent d'être connues. Elles viennent s'ajouter à des milliers d'autres, mais, étant inédites, elles apportent un regard nouveau sur ces artistes... 

 

      Tout d'abord, Edouard de Max, bien oublié aujourd'hui mais qui fut considéré comme le plus grand acteur lyrique de son temps. Il est né en 1869 en Roumanie et il fit sa carrière à Paris où il connut vite la célébrité. Il a joué aux côtés de Marguerite Moréno, Sarah Bernhardt et Antonin Artaud.

Edouard-de-max-photo.jpg

      Il ne craignait pas de faire scandale en affichant ouvertement son homosexualité et en jouant nu dans le Prométhée de Jean Lorrain dont il fut l'amant.

de Max prométhée 

 Un dessin plus tardif de Cocteau le montre, cou relâché, cheveux teints... mais toujours l'air très satisfait de lui-même! 

 

de Max

Nous découvrons ensuite, dans sa maturité rayonnante, la grande, l'unique, l'irremplaçable Sarah Bernhardt.

      On a du mal à imaginer la passion qu'elle suscitait et les foules qu'elle déplaçait en Europe comme en Amérique...

sarah-bernhardt.jpg

Cette femme exceptionnelle possédait un charisme qui subjuguait les spectateurs. Victor Hugo la surnomma "la voix d'or" et Jean Cocteau inventa pour elle l'expression aujourd'hui galvaudée de "monstre sacré".

 

      sarah-photo.jpg

 

 Elle inspira bien des créateurs de l'Art Nouveau dont Mucha qui devint son affichiste officiel lorsqu'elle reprit le théâtre des Nations qu'elle rebaptisa modestement théâtre Sarah Bernhardt.

 Edmond Rostand  écrivit pour elle "l'Aiglon" et Oscar Wilde répondit à la commande qu'elle lui fit d'une nouvelle "Salomé".

 

Medee_1898.JPG

                                                   Affiche de Mucha pour Médée.

 

Elle s'engagea politiquement avec courage en soutenant Emile Zola lors de l'affaire Dreyfus et en prenant fait et cause pour Louise Michel. Enfin, elle milita sans relâche, bien avant Badinter, contre la peine de mort.

 

 

 Edmond Rostand l'appréciait beaucoup et lui dut en grande partie le formidable succès de l'Aiglon. (Quelle Sarah Bernhardt du XXIème siècle serait capable de redonner vie à cette pièce injouable?)

      edmond_rostand-photo.jpg

 Il pose ici en académicien, moustache conquérante et oeil vif! 

      La dernière caricature est celle de Polaire, de son vrai nom Emilie Marie Bouchaud, née à Alger, bien loin de la banquise!

Elle plut beaucoup à Willy et Colette qui lui confièrent le rôle de Claudine au théâtre. Les trois firent la paire, si l'on peut dire, puisqu'ils vécurent un certain temps une relation qui défraya la chronique.

 

polaire photo

polaire-photo.jpg

Polaire avait une voix qui plaisait et qui lui permit de créer des "tubes" comme "tha ma ra boum  di hé" ou "tchique tchique". Elle obtint également un grand succès en interprétant "la prière de la Charlotte" de Rictus que Monique Morelli, une autre chanteuse montmartroise, reprendra plus tard... 

Polaire-photo-2.jpg

      Sa taille de guêpe et sa sensualité sont restées légendaires...

 

Alors quel plaisir de retrouver nos quatre artistes sur ce tableau…

     Remarquons que Marcel Matho n'a pas gâté les hommes mais a traité les femmes avec beaucoup plus de sympathie... Les hommes font la gueule et les femmes sourient, mais tous sont tournés vers le public et attendent les applaudissements…

 Dessin de Matho pour le dernier "Chat Noir" 68 boulevard de Clichy.

 

     Matho est un véritable Montmartrois, bien, que né à Lille (1881), il a vécu l'essentiel de sa vie sur la Butte et il y a été amoureux au point de se marier quatre fois! 

                               Dessin de Matho (Chat Noir, bd de Clichy)

                                              6 rue Paul Albert (adresse de Marcel Matho)

               2 rue Utrillo (atelier et logement de François Gabriel)

En 1914, il habite 6 rue Paul Albert à proximité du studio et de l'appartement de François Gabriel, le photographe qui est aujourd'hui une partie de la mémoire populaire de la Butte.

Photo de François Gabriel dans l'escalier de la rue Muller (aujourd'hui rue Utrillo)

 

     Il est témoin au mariage de celui qui est devenu un ami et il lui offre cette toile de 2 mètres de longueur avec les quatre têtes complices qui semblent tournées vers leur public.

    

                                   Rêverie d'artiste. 1906.

     Il tient une boutique d'antiquaire 91 rue des Martyrs (preuve s'il en était besoin que l'art ne nourrit pas son homme)  lorsqu'il meurt en 1950. Il est grand temps de le redécouvrir et je serais preneur de tout document, de toute reproduction qui le concernerait.  

Lien :  Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

 

 

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
Autoportrait (Carjat)

Autoportrait (Carjat)

Victor Hugo (Carjat)

Victor Hugo (Carjat)

     Etienne Carjat est avec Nadar le plus connu des photographes de la deuxième moitié du XIXème siècle…

                                                    Etienne Carjat (autoportrait)

     Indépendamment de son talent ce sont les hommes et les femmes qu'il a photographiés qui assurent sa célébrité!

                                                              Baudelaire (Carjat)

     Certains des plus grands écrivains, peintres, acteurs, politiciens de ses contemporains figurent sur ses clichés et illustrent nombre de livres, recueils, études…

                                                         Verdi (Carjat)

     Et que dire du plus célèbre et peut-être du plus beau, Arthur Rimbaud dont le visage d'ange et de démon est devenu une icône, à l'égal de Che Guevara de Korda. 

                                                        Rimbaud (Carjat)

Etienne Carjat n'est pas seulement photographe et son arc possède plusieurs cordes, celle de caricaturiste, de journaliste et de poète.

                                                   Berlioz. Caricature de Carjat

Victor Hugo, caricature de Carjat.

Victor Hugo, caricature de Carjat.

     L'homme est né dans l'Ain en 1828, dans un milieu des plus modestes, il "monte" à Paris avec ses parents. Sa mère y est concierge.

Daudet (Carjat)

Daudet (Carjat)

     Il travaille dès l'âge de 13 ans comme dessinateur sur soie et il prend le goût qu'il ne perdra jamais de tout ce qui touche à la production artistique.

Monet (Carjat)

Monet (Carjat)

Ce n'est qu'à 30 ans qu'il découvre la photographie, art alors à la mode et en plein essor. Il apprend le métier dans l'atelier de Pierre Petit.

                                                     Pierre Petit (autoportrait)

     Pierre Petit est un photographe bien en cour qui s'est fait une clientèle en or, celle des prélats catholiques, modestement soucieux d'immortaliser leur dignité. Il est surnommé "le photographe de l'épiscopat"!

                                       Monseigneur Freppel évêque d'Angers (Pierre Petit)

     Il est surtout LE photographe officiel de l'exposition universelle de 1867 dont il tire plus de 12 000 clichés et de celle de 1889.

                                             Nain tartare expo 1867 (Pierre Petit)

 

     Enfin il a pu photographier le chantier de la statue de la Liberté alors que les plaques de cuivre de Bartholdi étaient assemblées sur la structure de Eiffel, dans le XVIIème arrondissement.

Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.

    Très vite Etienne Carjat égale son maître dont il retient la leçon, notamment pour l'éclairage et la mise en valeur du modèle qu'il fait poser le plus naturellement possible sur un fond neutre et sans décor qui éparpillerait l'attention.

                                                   Sarah Bernhardt (Carjat) 

 

     Il installe son atelier rue Lafitte (56) où il rencontre le succès. Il est lié au monde des arts et ses convictions politiques le rapprochent d'écrivains et de peintres soucieux de justice sociale.

   Le 56 rue Lafitte aujourd'hui. L'immeuble d'assurances construit en 1914 a supprimé l'immeuble où Carjat avait ouvert son atelier.

 

Emile Zola (Carjat)

Emile Zola (Carjat)

     Son amitié avec Courbet  traversera les années. Il partage avec lui le même enthousiasme pendant la Commune et le soutient dans les poursuites injustes qu'il subit après l'écrasement.

Courbet (Carjat)

 

     Il prend plus de dix photos de son ami et dessine plusieurs caricatures qui laissent percevoir son affection admirative

 

                  Courbet (Carjat)

Courbet (Carjat)

En 1866, Etienne Carjat déménage et installe son atelier rue Pigalle (62). 

62 rue Pigalle aujourd'hui. Là encore l'immeuble où Carjat avait ouvert son atelier a disparu au profit de ce vilain bâtiment.

     Il y restera quelques années avant de déménager une dernière fois, toujours dans le quartier de la Nouvelle Athènes, rue Notre-Dame de Lorette (10)

10 rue Notre-Dame de Lorette. Le seul immeuble qui soit toujours tel que Carjat l'a connu.

 

     Parmi les écrivains qu'il fréquente et considère comme des amis figure évidemment Victor Hugo.

                                                            Hugo (Carjat)

Il lui dédie le premier poème de son recueil "Artiste et citoyen".

 

A Victor Hugo

 

Des champs de la pensée, auguste moissonneur,

Quand ta faucille d'or a nivelé les plaines,

A peine reste-t-il pour le pauvre glaneur

Quelques uns des épis dont tes granges sont pleines;

 

Il faut chercher longtemps dans le creux du sillon,

Pour trouver quelque grain oublié sur la terre,

Mais si petit qu'il soit, ce grain est l'embryon

D'où peut jaillir demain le froment salutaire.

Baudelaire (Carjat)

Baudelaire (Carjat)

    Baudelaire fait aussi partie des admirations de Carjat qui le fréquente en voisin de la rue Pigalle où le poète vit avec Jeanne Duval.

Grâce à cette amitié, nous possédons quelques unes des plus belles photos de Baudelaire. 

Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.

     Mais il est inévitable d'en arriver au plus célèbre des portraits, celui qui a donné de Rimbaud l'image d'un ange inquiétant et fascinant...

 

Rimbaud (Carjat)

Rimbaud (Carjat)

     Etienne Carjat connaît bien Rimbaud car il fait partie avec lui et Verlaine du Club des Vilains bonshommes.

verlaine (Carjat)

verlaine (Carjat)

     Ce club d'inspiration parnassienne compte dans ses rangs Verlaine, Fantin Latour, André Gill, Banville, Mallarmé… et bien d'autres .

"Un coin de table" (Fantin Latour). Une réunion des Vilains Bonshommes. A gauche Verlaine et Rimbaud.

     C'est Verlaine qui y convie  en 1871 Rimbaud qui lit son fameux  Bateau Ivre.

 

     Carjat fait partie de l'assemblée et participe au repas mensuel des bonshommes qui aiment la poésie, le bon vin et l'absinthe!

Place Pigalle. Le Rat Mort (droite) et l'Abbaye de Thélème.

Place Pigalle. Le Rat Mort (droite) et l'Abbaye de Thélème.

     Les repas se terminent souvent sur le trottoir en de mémorables bagarres. C'est au cours de l'une d'elles, devant l'Abbaye de Thélème, place Pigalle, que le jeune Rimbaud blesse à la jambe Etienne Carjat avec une canne-épée.

Pochoir sur une palissade de Raspail (Pedro)

Pochoir sur une palissade de Raspail (Pedro)

     Rimbaud ne reviendra plus dans le club, mais ce qui est regrettable, c'est que Carjat qui avait pris de nombreuses photos du jeune poète, de retour dans son atelier, les eût détruites une à une. Il ne reste par miracle que celle que nous connaissons et qui suffit à la gloire de son auteur.

Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.

     Nous ne sommes pas certains de l'origine d'une autre photo qui représente Rimbaud plus jeune, bien que des exemplaires aient été publiés sur des cartons signés de Carjat.

Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.
Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.

     Les rimbaldiens ont plusieurs hypothèses à ce sujet. La plus vraisemblable serait que Verlaine aurait confié une photo de Rimbaud adolescent à Carjat afin qu'il la restaure.

Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.

     Il nous reste l'extraordinaire regard de Rimbaud sur la photo dont Carjat est assurément l'auteur. Cette photo est sa Joconde, son chef d'œuvre, dû en grande partie au charisme de son modèle.

 

Caricature de Gounod (Carjat)

Caricature de Gounod (Carjat)

     Quatre ans après cette photo, Carjat privilégiera la caricature en fondant la revue "Boulevard"

                                                    Daumier (Carjat)

     Il est marié et a deux enfants mais ce qui compte le plus pour lui c'est la fréquentation des artiste qu'il admire.

    Il est fidèle à ses idées généreuses et utopistes et garde au cœur "le temps des cerises".

Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.

     Il meurt le 9 mars 1906, dans la maison Dubois, (Xème arrondissement) l'ancien établissement fondé par Vincent de Paul et qui en 1953 prendra le nom d'hôpital Fernand Widal.

 

    Sans doute ne connaîtrons-nous jamais l'étendue de son génie de photographe, car la plus grande partie de son œuvre a disparu après avoir été vendue à un certain Mr Roth.

Le mime Debureau (Carjat)

Le mime Debureau (Carjat)

     Peut-être un jour réapparaîtra-t-elle, découverte dans un grenier ou dans une cave…

    Peut-être alors découvrirons nous d'autres clichés uniques et connaîtrons-nous d'autres illuminations!

Whistler (Carjat)

Whistler (Carjat)

Le mime Debureau

Le mime Debureau

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