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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

montmartre peintres.artistes.clebrites

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Halle Saint-Pierre. Hey le dessin, exposition. Laurie Lipton.

     l'exposition que propose la Halle Saint-Pierre (22 janvier-31 décembre 2022) en collaboration avec la revue HEY ne manquera pas de vous faire réagir. Non pour vous séduire mais pour vous remuer, vous exaspérer, vous interroger, vous arrêter ou vous faire fuir. Bref, elle joue pleinement son rôle d'agitatrice et de grenade dans le ronron et la grisaille établie.

Autoportrait (Leslie Lipton)

Autoportrait (Leslie Lipton)

    La folie, la déprime, l'enfermement y sont présents dans des dessins créés par ceux qu'on appelle fous ou par d'autres qui essaient d'échapper aux prisons où ils ont été incarcérés.

Aujourd'hui je voudrais parler d'une artiste évidente, d'une créatrice puissante qui si elle n'a que quelques œuvres exposées dans la Halle, n'en est pas moins, à mon avis la plus créatrice et la plus dérangeante.

Halle Saint-Pierre. Hey le dessin, exposition. Laurie Lipton.

    Il s'agit de Laurie Lipton (née en 1953 à New York).

Un court métrage qui a reçu de nombreux prix ouvre l'exposition. Il ne faut pas le manquer. Laurie y est montrée en train de dessiner et c'est elle qui nous raconte sur un ton neutre son histoire, ses études, sa fuite vers l'Europe où elle a vécu 36 ans. 

 

    C'est là qu'elle découvre les peintre flamands du XVème siècle et qu'elle est fascinée par la précision et la lumière de leurs tableaux. Comme eux qui obtiennent la netteté et le rayonnement grâce à une infinité de touches très fines, elle transposera cet art dans ses dessins par des millions et des millions de minuscules coups de crayon.

Halle Saint-Pierre. Hey le dessin, exposition. Laurie Lipton.
Halle Saint-Pierre. Hey le dessin, exposition. Laurie Lipton.

     Chaque œuvre (souvent de grands formats) nécessite des mois et des mois de travail. Elle ne peut se conduire que dans l'isolement, l'éloignement de l'agitation et du bruit. 

 

   Le court métrage étonne par le contraste entre la figure vivante et colorée de Laurie et le noir et blanc de ses dessins peuplés de squelettes.

   

                                       Danse macabre (Niklaus Manuel, 1516)

     Le thème de la vanité a souvent été traité dans la peinture. Les têtes de mort que l'on voit à profusion sur les Tee shirts, les tatouages, les accessoires, grimaçaient déjà dans les danses macabres des fresques gothiques.

Halle Saint-Pierre. Hey le dessin, exposition. Laurie Lipton.

   Laurie ne cherche pas à donner de leçons, non, elle partage sa vision du monde social, du monde en représentation du passé comme du monde contemporain, occupé de lui même, sûr de sa technologie, inconscient d'être habité par des squelettes rivés à leurs smartphones et leurs ordinateurs.

 

    C'est la fin du court métrage qui va nous donner une des clés de l'obsession de Laurie. Elle qui n'a pas voulu se marier, qui n'a pas voulu d'enfants, elle qui a choisi la solitude et la création, nous parle de son enfance, de sa famille. 

 

    Sur un ton simple, de conversation banale où l'on peut aussi bien parler de la pluie que des vacances,  elle raconte ce jour de soleil où elle jouait dans la nature avec une bande de gamins quand survint un homme, grand, impressionnant qui demanda qui voulait l'accompagner pour jouer avec lui.

 

    Laurie, bravache malgré ses cinq ans, se désigna et suivit l'homme tandis que les autres gosses marchaient à distance sur leurs pas. C'est donc sous leur regard qu'elle fut brutalisée.

 

     L'univers de la fillette bascula alors sans qu'elle en prît pleinement conscience. Le monde de l'enfance et des contes deviendra dans ses dessins un univers de frayeurs et de menaces... 

 

Halle Saint-Pierre. Hey le dessin, exposition. Laurie Lipton.

    La famille figée dans des représentations traditionnelles, des photos qu'on encadre, des moments de fêtes, sera marquée par la mort, évidente, souriante de toutes ses dents.

 

    les tableaux du passé, des reines et des saints, s'ils gardent leur pompe vestimentaire, leurs bijoux et leurs riches étoffes, ne pourront dissimuler la réalité de leur finitude.

 

 

    Quand le squelette ne perce pas sous l'apparence, l'inquiétude n'en est pas moins grande, les corps devenant mannequins réalistes, poupées aux yeux fixes...

 

Halle Saint-Pierre. Hey le dessin, exposition. Laurie Lipton.
Halle Saint-Pierre. Hey le dessin, exposition. Laurie Lipton.

     Nous chercherons en vain un contrepoint souriant à ces dessins où le noir domine. Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir. Les fêtes foraines sont des fêtes macabres. Les mariages sont des étreintes d'ossements, les enfants dominés par des adultes mutants sont eux mêmes porteurs de menaces.

 

          Et les trains bondés rappellent ceux qui avaient pour terminus Auschwitz.

 

    Vision effrayante et sans illusions d'une humanité dont la seule certitude est ce terminus.

Le titre du court métrage projeté à la Halle Saint-Pierre est "Love Bite". Morsure d'amour, dévoration d'amour...

    Il est une référence claire au "Saturne (assimilé à Cronos) dévorant son fils" de Goya.  Le même que l'on rencontre chez Rubens. Mais avec Laurie il devient une femme qui semble croquer une pomme,  une mère qui en donnant la vie donne aussi la mort.

 

 

   Si l'on voulait terminer par une note moins sombre, on pourrait avec ce "dernier enlacement" imaginer que les os gardent le souvenir des moments heureux du temps où ils animaient des êtres de sang et de sens. 

 

            Mais Laurie Lipton sourirait sans doute de notre romantisme! 

Liens

Artistes peintres etc.. à Montmartre

 

                                                        Laurie Lipton

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places., #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

    Comme chaque année au printemps, les enfants des écoles sont pendant une journée, propriétaires de quelques escaliers où avec des craies, ils mettent en couleurs les marches grises. Si les escaliers de la Butte sont durs aux miséreux, ils sont pour les poulbots terrains de jeux!

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.
Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

    Rue Jules Méthivier, ils accueillent des ours polaires et des pingouins sur la banquise qui disparaît jour après jour. 

Rue Barsacq

Rue Barsacq

    Rue Barsacq ce sont des gosses de l'école de la Plaine dans le XXème arrondissement qui sont venus dessiner cet arbre de vie aux fruits colorés comme des oiseaux.

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

 Rue Gabrielle, l'école élémentaire Torcy va droit au but avec un cœur sur des marches couleurs de l'Ukraine.

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

Rue Girardon, les petits artistes du centre de loisirs Constantin Pecqueur n'ont pas cherché le réalisme!

Des plages de couleurs où l'on est libres de voir des oiseaux, des palais, ou simplement des paysages de craie. Un croissant de lune est pourtant reconnaissable, celle que chantait Bruant, "La lune en croissant qui brillait blanche et fatidique, sur la p'tite croix d'la basilique..." 

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

     Rue du Mont-Cenis, les petits de la maternelle ont imaginé leurs vacances, sable jaune, vagues bleues, palmier, soleil orange et ciel d'azur.

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

     Rue Patureau, les marches se transforment en un mur de briques multicolores organisées comme les motifs d'un tapis ou les ailes d'un papillon géométrique!

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

     Rue Chappe, longeant les arènes, l'école Maurice Genevoix a jeté ces couleurs dans des rectangles et des carrés, pastels abstraits, caresses de craie qui me font penser à la palette de Marie Laurencin.

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

      Voilà un des escaliers les plus rudes et les plus célèbres de Montmartre, la rue Foyatier.  Impossible aux petits artistes de peindre ses 222 marches!

La première partie est un escalier dans l'escalier, savant trompe l'œil qui a dû amuser les enfants.

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

     La 2ème volée correspond mieux à l'imaginaire enfantin avec ce débonnaire mille pattes sur l'herbe verte, sous le ciel bleu.

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

Rue Paul Albert, l'école Christiani a déjà la tête dans les jeux Olympiques de 2024. 

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

    L'école Cugnot a planté un lion au bas de la rue Becquerel, la rue que tous les amoureux connaissent car c'est celle où vivait Nadja "aux yeux de fougère" de l'Amour Fou.

André Breton aurait aimé ce lion débonnaire capable de veiller sur son amoureuse guettée par la folie.

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

    Dans les volées supérieures, les mains ouvertes laissent échapper des cœurs.  "L'amour est toujours devant vous. Aimez." (André Breton)

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

    Rue du Chevalier de La Barre, l'école Flocon (quel joli nom!) raconte le Petit Chaperon Rouge.

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

    Le loup bien sympa malgré ses crocs est dominé par un Chaperon rouge immense. C'est comme ça que les enfants conjurent la peur que pourrait inspirer le prédateur. 

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

Au-dessus, un petit bonhomme qui ressemble au Petit prince vole dans les nuages.

Les escaliers mis en couleurs par les enfants de maternelle et des écoles le 1er juin 2022.

... Salut les p'tits poulbots!

Merci pour vos sourires, pour vos couleurs, et merci à vos profs qui vous font gravir des marches en jouant.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités

Aujourd'hui 22 mai 2022 Miss Tic est allée peindre sur les nuages ses femmes impertinentes  et sensuelles. Elle reste bien vivante, généreuse et libre sur nos murs.

Miss.Tic à Montmartre. Art urbain.

     Avec le succès, Miss Tic ne hante plus les rues comme elle le faisait jadis.

     Elle s'expose dans les galeries même si on la rencontre encore sur les murs des ruelles ou l'asphalte des trottoirs.

     Période révolue où on avait l'impression que c'était pour nous seuls qu'elle sortait la nuit pour nous offrir son ironie sensuelle!

 

    Aussi est-ce avec un plaisir redoublé que l'on tombe nez à nez avec une de ses créatures, comme rue Androuet...

..où elle nous fait penser à Anna Karina dans "Une femme est une femme" :

Je ne suis pas infâme, je suis une femme!

    Elle est présente sur les devantures de quelques boutiques de Montmartre , non plus en squatteuse mais en "Guest-Star" ... 

Miss.Tic à Montmartre. Art urbain.

Rue Véron....

 

Miss.Tic à Montmartre. Art urbain.

Rue Houdon... au 19

 

Miss.Tic à Montmartre. Art urbain.

Rue Lepic

 

Miss.Tic à Montmartre. Art urbain.

Rue Lepic

 

Rue Lepic, un clin d'œil à Barbara...

 

Miss.Tic à Montmartre. Art urbain.

Rue Lepic

 

Rue Véron

 

Rue Véron

 

Rue Audran ! (Oser ironiser avec Lacan! My god!)

 

 

Rue Durantin...

Miss Tic deviendrait-elle amère?

 

Miss.Tic à Montmartre. Art urbain.

     Souhaitons que l'amour qui donne des ailes ramène Miss Tic à Montmartre.

    Un cheval blanc l'attend pour cavaler à travers les rues et survoler les escaliers en y semant ses sourires et ses jeux de mots poétiques!

 

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
 Rue du Mont Cenis. Sculpture d'Anna Waisman. La gloire des démolisseurs.

     En ce lieu central de Montmartre, près de la place du Tertre, une pierre sculptée voit passer la foule des visiteurs rue du Mont-Cenis au tournant de la plus ancienne ruelle du village, la rue Saint-Rustique.

 Rue du Mont Cenis. Sculpture d'Anna Waisman. La gloire des démolisseurs.

    Elle semble être là de toute éternité, avant que la Butte ne fût devenue romaine autour des temples de Mars et de Mercure, avant le cheminement de Saint-Denis portant sa tête ensanglantée et de ses compagnons Rustique et Eleuthère....

 Rue du Mont Cenis. Sculpture d'Anna Waisman. La gloire des démolisseurs.

  Elle évoque des temps primitifs où les pierres ne jouaient pas à faire joli mais étaient porteuses de forces venues du profond de la terre pour que dialoguent  le ciel et les hommes.

   

     Je me suis souvent arrêté devant elle et quand Montmartre retrouve en hiver la paix et l'humilité de ses origines, j'ai posé les mains sur elle comme on les pose sur le tronc d'un arbre centenaire. 

     Et le 15 mai 2022, jour de soleil et de fanfare, j'ai appris son histoire... au cours d'une "ré-inauguration" et de la pose d'une plaque qui paraît-il exista avant de disparaître.

Comme on le sait nous sommes dans le quartier du "passe-murailles"! Ce qui est vrai pour les hommes peut l'être pour les plaques!

 Rue du Mont Cenis. Sculpture d'Anna Waisman. La gloire des démolisseurs.

    L'histoire commence loin de la Butte, là où un pont-viaduc franchissait la Seine reliant la gare d'Auteuil à la gare de Grenelle-ceinture. Ouvrage imposant, construit (en 1867) par l'architecte Bassompierre, il faisait l'admiration des Parisiens. Théophile Gautier parlait d'une "merveilleuse résurrection de l'architecture romaine".

 Rue du Mont Cenis. Sculpture d'Anna Waisman. La gloire des démolisseurs.

    Avec la disparition du chemin de fer de ceinture, il fut jugé démodé et peu pratique. Donc on le démolit comme on aime démolir à Paris ce que l'on trouve ringard. Période de vandalisme qui aura son âge d'or sous Pompidou, maire de la ville, donnant son accord à la destruction des Halles de Baltard, du cirque Médrano, du Palais de marbre rose.... et la liste peut se dérouler longtemps.

Démolition du viaduc d'Auteuil par Pierre Louis Jamet

Démolition du viaduc d'Auteuil par Pierre Louis Jamet

    Les démolisseurs se mirent au travail et l'ouvrage majestueux fut jeté à bas, pierre à pierre. C'est alors qu'apparaît une femme qui, comme le colibri participe avec sa goutte d'eau à éteindre l'incendie, va avec sa passion, redonner vie à ce pont, ce viaduc qui justement, comme son nom l'indique, était fait pour permettre à la vie de circuler.

 

     Elle s'appelle Anna Waisman. Elle est belle et légère et forte et fragile. Adjectifs qui définissent bien les danseurs, car elle a été danseuse, de celles qui touchent les étoiles.

De celles qui sont frappées et qui tombent soudain parce le corps a ses limites et qu'il cède quand on exige trop de lui.  

 

     La danseuse privée de danse a par chance une autre passion, celle de la création bien sûr, non plus de l'éphémère des corps qui s'envolent, mais de l'éternité des pierres qui se transforment par la volonté du sculpteur.

 

     Anna Waisman trouve avec le chantier du viaduc une carrière de belles pierres où elle va s'installer, dans une cabane de planches, et jour après jour donner une vie nouvelle aux pierres sacrifiées.

 

   

                                                   Zadkine (La Sainte Famille)

     Elle a connu Zadkine qui vivait dans le même quartier qu'elle. Son œuvre ne va cesser d'évoluer et il faudrait un livre pour en parler. Aujourd'hui contentons nous de cette sculpture que ce 15 mai remet en valeur.

 Rue du Mont Cenis. Sculpture d'Anna Waisman. La gloire des démolisseurs.

  Jour de fête, de fanfare, un peu foutraque, montmartrois donc, où "les Joyeux Lurons" dont la devise est un art de vivre : "Pour ce qui est contre et contre ce qui est pour" avec les autorités du folklore local, maire de Montmartre en tête, après des discours plus ou moins inspirés re-dévoilent la sculpture d'Anna Waisman.

 

     En effet le dévoilement inaugural a eu lieu, il y a belle lurette, le 26 mai 1960 avec le maire Pierre Labric et ses adjoints Gabriello et Fred Bretonnière.

  En 2022 le fils d'Anna, Samuel et sa femme Sibylle sont présents, heureux et émus. Le soleil aussi est là et comme il brille pour tout le monde et rayonne pour la foule des touristes qui tentent de se frayer un chemin pour passer vaille que vaille rue Saint Rustique. Pieds écrasés, côtes endolories, petits noms d'oiseaux.... Tout est là pour que  la fête soit complète!

     La maire de Montmartre, le député, Samuel fils d'Anna, le fils de Fred Bretonnière, Sibylle la femme de Samuel.

    La sculpture s'est exprimée par la voix des orateurs, elle qui est là, muette et impassible depuis 62 ans. Elle a été amenée à cet endroit par celui qui dirige l'entreprise de démolition qui a mis à bas le viaduc, Jean Valentin, lui aussi adjoint au maire.

                                                      Tableau de Renoux

     Il l'offrit à la Commune de Montmartre qui l'installa devant le Grenier 7 rue du Mont Cenis. Le patron du bistro, Fred Bretonnière, était peintre et marin et vénérait Gauguin. La référence à Gauguin n'est pas anodine quand on voit notre sculpture.

Le Ceni's ou la statue prise en otage

Le Ceni's ou la statue prise en otage

     Le tableau de Renoux nous permet de voir comment la sculpture était mise en valeur au temps pas si lointain où le Grenier la respectait. Aujourd'hui un nouveau restaurant, le Ceni's n'a pas la même éthique et prend possession de l'espace sans égard pour l'œuvre qui ne lui appartient pas mais fait partie du patrimoine. Des tables sont installées autour d'elle. Certains jours elles envahissent une partie de l'étroite rue Saint-Rustique. Il y a du vandalisme à traiter ainsi cette sculpture. Tout Montmartrois et tout amoureux de l'art ne peut que pousser un coup de gueule. 

   

     Après cette juste colère revenons à Jean Valentin, le donateur, à qui l'on prêta un lien familial avec Valentin le Désossé dont il aurait été le petit-fils.

Une galéjade de plus direz-vous, non, une légende de plus sur une Butte qui les adore.

 Rue du Mont Cenis. Sculpture d'Anna Waisman. La gloire des démolisseurs.

     La statue est dédiée aux démolisseurs, plus exactement à leur gloire. On y voit un marteau et on y ressent la force des figures qui l'entourent. Etrange dédicace à ceux qui ont jeté à bas un ouvrage d'art qui était admiré de tous. Ou bien accusation indirecte à ceux, politiques, urbanistes, qui ont planifié cette démolition. Les ouvriers n'avaient pas le choix. Ils exécutaient un ordre. Anna a sympathisé avec eux et leur a rendu justice.

 Rue du Mont Cenis. Sculpture d'Anna Waisman. La gloire des démolisseurs.

Aujourd'hui la statue est là, bien plantée au sommet de la Butte. Une plaque a été apposée qui lui redonne mémoire.

        Et nous attendrons la paix du matin pour poser de nouveau nos mains sur ces têtes de pierre et entendre le fracas des pierres qui tombent, le marteau de celle qui les ressuscita, et plus ténu, à peine audible, le pas léger d'une danseuse qui à défaut d'atteindre l'inaccessible étoile a conquis l'Himalaya parisien, notre Butte sacrée! 

Anna Waisman

Anna Waisman

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Publié le par chriswac
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Rue Biot

Rue Biot

...Bien sûr quand on pense à Gainsbourg on pense à la rue de Verneuil où il a vécu et où il a tiré sa révérence, mais c'est oublier l'importance qu'a eue Montmartre dans sa vie.

Gainsbourg et Montmartre.

     C'est dans la Nouvelle Athènes, 11 bis rue Chaptal qu'il vient vivre en 1932  alors qu'il n'a que 4 ans  avec ses parents Joseph et Olia Ginsburg.

 

       Il est né près de Notre-Dame, à l'Hôtel-Dieu, de parents qui ont fui Odessa.  Tous deux artistes, elle chanteuse lyrique, lui pianiste, ils courent les cachets aussi modestes fussent-ils pour permettre à leur famille de vivre correctement.

Serge qui s'appelle alors Lucien a une sœur jumelle, Liliane, et une sœur aînée, Jacqueline, de deux ans plus âgée. Le frère aîné, Marcel, n'a pas survécu à une pneumonie.

Gainsbourg et Montmartre.

     La rue Chaptal n'est pas une adresse passagère. C'est là que pendant quinze ans la petite famille va vivre.

   

               Lucien, Jacqueline et Liliane Ginsburg

         C'est dans le petit appartement que Lucien subit avec ses sœurs des leçons de piano. En effet quand on a 6 ou 7 ans, on apprécie moyennement l'heure d'exercice pianistique que vous imposent vos parents, chaque jour à la sortie de l'école. Exercices qui se terminent souvent dans les larmes.

Gainsbourg et Montmartre.

    Il est comme il le dira, un enfant trouillard qui a du mal à s'endormir et dont les rêves sont peuplés d'images inquiétantes venues des contes qu'il dévore (Grimm, Andersen). Sur le petit lit pliant installé dans la salle à manger qui lui sert de chambre, il appelle Jacqueline afin qu'elle le rassure la nuit tombée.

Ecole 15 rue Chaptal.

Ecole 15 rue Chaptal.

    Enfant solitaire, il joue seul le plus souvent avec son meccano ou des voitures miniatures. Il  aime son fusil à air comprimé qui lui est confisqué lorsqu'il casse un carreau de l'école maternelle en face de chez lui.

Gainsbourg et Montmartre.

    Il descend la rue Blanche pour aller au square de la Trinité, devant l'église qu'il n'aime pas " la plus laide église que j'aie jamais vue".

Il joue au ballon ou il fait flotter un bateau sur le petit bassin aux fontaines.

La cité Chaptal où vivait Fréhel.

La cité Chaptal où vivait Fréhel.

    Parmi ses souvenirs liés à la chanson, il y a cette rencontre avec Fréhel qui habitait le même quartier, cité Chaptal et qui était alors très populaire.

 

   Le jeune Lulu venait de recevoir la croix d'honneur dans son école et rentrait fièrement, en l'exhibant.

     Fréhel passait par là et émue par le gamin se pencha sur lui.

 

 

  Voici comment en parle sans ménagement Gainsbourg :

"J'avais neuf-dix ans et voilà que je croise Fréhel qui ressemblait à un tas immonde et qui habitait à deux pas, dans l'impasse Chaptal où il y avait le Grand Guignol. Elle se baladait dans la rue avec un pékinois sous chaque bras, en peignoir, avec un gigolo à distance réglementaire, cinq mètres derrière, comme à l'armée. Je revenais de mon école communale et j'avais la croix d'honneur sur mon tablier. Fréhel m'a arrêté, elle m'a passé la main dans les cheveux, elle m'a dit : T'es un bon petit garçon (elle ne me connaissait pas!). Tu es sage à l'école, je vois que tu as la croix d'honneur, alors je vais te payer un verre. Je revois parfaitement la scène, c'était en terrasse du café qui fait le coin de la rue Chaptal avec la rue Henner. Elle s'est pris un ballon de rouge et m'a payé un diabolo grenadine et une tartelette aux cerises."

Gainsbourg et Montmartre.

Au 15 rue Chaptal, le café et sa terrasse sont toujours là. A nous d'imaginer Fréhel et ses deux pékinois, son gigolo à proximité, assise à côté de Lulu qui arborait sa croix d'honneur, peu de temps avant de la remplacer par l'étoile jaune, son "étoile de shérif".

Gainsbourg et Montmartre.

     "L'étoile de shérif" c'est ainsi que Lulu appelle l'étoile jaune qu'il est contraint de porter, cousue sur son tablier.

Il fréquente l'école de la rue Blanche où son instituteur, monsieur Charlet, plutôt que de prononcer son nom l'appelle "le petit juif".

 

Antoine Doinel. Le vol de la machine à écrire. (Les 400 coups)

Antoine Doinel. Le vol de la machine à écrire. (Les 400 coups)

     Cette période de sa vie fait penser à celle d'un autre enfant, moins aimé cependant, le jeune héros des 400 coups. Rappelons que Truffaut passa son enfance non loin de la rue Chaptal,  33 rue de Navarin dans le 9ème arrondissement où il fera habiter dans son film, sorti en 1959, Antoine Doinel et ses parents.

     Lucien n'aime pas l'école. Il rêve, il fait la classe buissonnière, il chaparde dans les magasins : "Je deviens un petit voleur. Je chaparde des soldats de plomb de grand prix, des petites voitures de course, des pistolets que j'arrachais des panoplies et faisais tomber dans mon cartable."

   

Joseph entouré de Lucien , Liliane et Jacqueline (debout)

      La famille depuis la fin des années 30 passe l'été à Dinard où Josef exerce son art de pianiste dans des établissements comme le Balnéum. L'été 40, la famille envisage de ne pas rentrer à Paris afin d'échapper aux menaces qui se précisent. Lucien ne souffre pas de ce premier exil temporaire à Dinard. Jacqueline parlera de cet été comme un temps de vacances et d'insouciance : "Comme les enfants sont inconscients, la grande attraction c'était d'aller sur la place du Marché regarder l'arrivée des camions et des charrettes de l'exode."

Collège de Saint-Léonard de Noblat

Collège de Saint-Léonard de Noblat

    Mais il faut renoncer au retour à Paris où la chasse aux Juifs est de plus en plus active, avec un peu plus haut à Montmartre, un Céline dont les écrits violemment antisémites sont largement diffusés.

    C'est à Limoges, ville accueillante aux persécutés que se réfugient les Ginsburg. Il est cependant plus prudent de changer de nom et Ginsburg se mue en Guimbard, allusion peut-être à la guimbarde, modeste instrument de musique, appelé aussi "jew's harp" aux Etats-Unis où il accompagne les récits d'humour juif. Pour plus de sécurité, il est interne au collège de Saint Léonard de Noblat.

 

    Par chance le proviseur protège les Juifs et lorsqu'il apprend la visite de la milice, il prévient Lucien.

"Petit Ginsburg, il va y avoir une descente des miliciens pour voir, s'il n'y a pas de sémite ici. Je te donne une hache, tu files dans les bois et si tu croises des SS ou des miliciens, tu dis que tu es fils de bûcheron. J'ai attendu quelques jours et il m'a contacté en disant: tu peux rentrer."

    La guerre finie, Lucien reprend ses études à Condorcet où il s'ennuie. Il provoque la colère de ses parents en refusant d'aller jusqu'au bout de la terminale et de passer le bac (1945).

     Académie de Montmartre (Fernand léger) 104 bd de Clichy

Il continue de fréquenter avec plaisir l'Académie Montmartre devenue Académie Fernand Léger où il apprend le dessin et la peinture.

    C'est là qu'il rencontre en 1947 Elisabeth Levitsky, fille d'immigrés russes et mannequin.

 

      Elle habite près de la place Clichy où il la raccompagne après les cours et où il finit, malgré sa timidité par lui demander s'il peut monter chez elle. C'est Elisabeth qui évoque ce moment : "On se disait vous, il m'expliquait tous les accords de guitare très compliqués. Moi j'étais sur le lit de ma toute petite chambre et je me disais : "Qu'est-ce qu'il attend?" Il était trop tard pour son dernier métro. Alors je me suis poussée et je lui ai dit : "Viens donc!" Il s'est assis à côté de moi, il a posé sa guitare et il a éteint..."

                                            Autoportrait

    C'est le début d'une vie de bohême marquée par "la dèche" et l'amour. Serge continue de peindre sans oser vendre ses toiles. Il dira plus tard que cette période a été malgré la misère une des plus belles de sa vie :

        Enfants au square, tableau offert par Gainsbourg à Greco.

"J'avais trouvé là un art majeur qui m'équilibrait... La chanson et la gloire m'ont déséquilibré. J'ai tellement aimé la peinture..."

Rue Royer Collard

Rue Royer Collard

    Bientôt les amoureux vont quitter Montmartre pour changer de rive et  habiter notamment à l'hôtel Royer Collard (aujourd'hui disparu) près de la Sorbonne,  dans la chambre où avaient vécu un temps Verlaine et Rimbaud et à côté d'un autre couple, Léo Ferré et Madeleine.

L'histoire de Gainsbourg et Montmartre s'arrête là. Ses rêves d'être un grand peintre cesseront un peu plus tard.

        Il a épousé Elisabeth en 1951 et a divorcé six ans plus tard. Elle ne supportait pas les nombreuses conquêtes de son mari qui avouera: "Parce que je suis con... Parce que je suis polygame."

Gainsbourg et Montmartre.

   Nous pouvons encore citer quelques attaches avec Montmartre comme le cabaret "chez Madame Arthur" où il remplace son père au piano, ou les Trois Baudets où il rencontre Canetti qui le pousse à se lancer sur scène.

      C'en est fini du Gainsbourg de la Butte. On prétend que l'homme est l'enfant ce celui qu'il a été avant son adolescence... Serge Gainsbourg est donc l'enfant du montmartrois Lucien Ginsburg de la rue Chaptal et du boulevard de Clichy!

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Un peintre est né. Gabriel Froget. Exposition à la commanderie rue Norvins.
La métaphysique du temps.

La métaphysique du temps.

Vite, il faut se hâter si l'on veut découvrir un tout jeune peintre à la Commanderie du Clos Montmartre rue Norvins.

 

    Il n'a que 18 ans et déjà il crée avec ses pinceaux un univers original, entre enfance et symbolisme.

 

La voyageuse

La voyageuse

    On n'est pas sérieux quand on a 17 ans écrit Rimbaud. Quand on a 18 ans, est-on sérieux de croire en son étoile et de consacrer une partie de son temps à l'atteindre, à la peindre?

La cité perdue

La cité perdue

J'ai rencontré cet artiste qui m'a impressionné par sa simplicité et par l'évidence qui l'habite, comme on respire, que vivre c'est créer, sans se poser de question.

                                        Le pays effondré

Ou plutôt en se posant des questions sur le sens de la vie, sur le temps qui s'enfuit sans les rendre tragiques mais en leur donnant les couleurs du rêve. 

Le renouveau

Le renouveau

Je lui ai demandé quels peintres avaient pu le guider. Il m'a parlé de Gustave Moreau, des surréalistes, de Miyazaki. 

                                            L'oiseau sage

   On voit qu'il va d'une in spiration à l'autre et que bientôt il se découvrira, comme on quitte une mue. Voilà seulement deux ans qu'il peint et déjà il s'affirme. 

                                      Le gardien de nuit

                                        Le pacifiste incompris

    Je vous laisse le découvrir et peut-être comme moi, sortir de cette exposition, rajeuni, ragaillardi de voir notre Butte accueillir comme elle le fit dans le passé un jeune peintre qui a bien raison de choisir le point culminant de Paris pour prendre son envol!

 

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Exposition Héroïnes Romantiques au musée de la vie romantique.
Exposition Héroïnes Romantiques au musée de la vie romantique.

     Depuis le 6 avril et jusqu'au 4 septembre le musée de la vie romantique rue Chaptal présente une exposition dont le titre  ambitieux laisse espérer découvertes et émerveillements.

 

    En réalité, si l'on abandonne cet espoir (peu d'œuvres exceptionnelles ayant fait le voyage et certaines n'ayant accompli un périple que de quelques mètres entre le musée et les salles d'exposition) on se laissera agréablement guider au long d'un parcours pédagogique, modeste et séduisant.

Exposition Héroïnes Romantiques au musée de la vie romantique.

   "La mort d'Antigone" (Victorine Genève-Rumilly 1830). Antigone vient de se donner la mort, son fiancé Hémon s'apprête à se poignarder.

     Dans la première pièce, nous rencontrons des héroïnes mythologiques ou historiques vues par des artistes du début du XIXème siècle. Si l'un des intérêts de l'exposition vient de la place faite également aux femmes peintres pour la plupart méconnues, leur regard sur les héroïnes, amoureuses, appelées à une fin tragique, est conforme à celui des hommes.

                        "Sapho à Leucate" (Gros 1801)

  Sapho tenant sa lyre contre son visage va se jeter dans les flots par amour pour Phaon. Ciel parcouru de nuages, mer houleuse, lune en miroir, voiles blancs, feu du sacrifice allumé sur la tour, tout correspond dans cette toile à l'idée que nous nous faisons du romantisme. L'originalité vient de la posture de Sapho, tête levée, pied appuyant sur le sol dans un élan qui évoque plus l'ascension que la chute. La mort d'amour est une transfiguration.  

Exposition Héroïnes Romantiques au musée de la vie romantique.

       Les héroïnes sont séduisantes, vêtues de voiles qui les dévoilent. 

"Velléda dans la tempête", tableau de Léon Cogniet fidèle à la description de Chateaubriand dans Les Martyrs. La prêtresse germanique apparaît à Eudore l'homme qu'elle aime, blanche, les seins nus, indifférente aux éléments déchaînés.

    Alexandre Evariste Fragonard. "Jeanne au bûcher" (1822)

    Jeanne d'Arc a un statut à part parmi les héroïnes romantiques. Si elle est amoureuse c'est de son Dieu, sinon, elle se dépouille de tous les attributs féminins pour devenir la pucelle guerrière et les peintres romantiques se gardent bien de "l'érotiser". 

Exposition Héroïnes Romantiques au musée de la vie romantique.

    Dans le tableau conventionnel et ennuyeux de Claudius Jacquand "Jeanne d'Arc conduite en prison (1827)", elle est masculine, campée fermement sur ses jambes musclées. Elle regarde vers la lumière, lourde image de sa sainteté tournée vers la divinité.

Un détail échappe à la banalité du tableau, c'est cet homme au premier plan, accompagné de son chien. Eclairé comme un La Tour, le regard tourné vers nous, il tient la flamme vacillante à l'entrée des souterrains.

Esquisse pour "Médée furieuse" (Delacroix avant 1838)

     Une deuxième salle évoque la violence qui pour les hommes de cette époque ne pouvait convenir à la douceur, la fragilité, le dévouement féminins! Le sujet est rare et représente des mères coupables d'infanticide. 

C'est Delacroix et sa "Médée furieuse" sacrifiant ses enfants pour se venger de Jason. L'aile noire de la mort semble flotter derrière elle qui tourne le dos à la lumière, prête à descendre dans l'ombre où elle entraîne ses enfants confiants, blottis contre elle. 

"Marguerite tenant son enfant mort" (Ary Scheffer 1846)

C'est Marguerite tuant l'enfant né de son amour pour Faust par Ary Scheffer qui fut l'habitant de cette maison.

Méphisto la tête contre Faust et l'enveloppant dans ses bras l'entraîne dans un sabbat où il peut voir la femme qu'il aime, blanche comme la mort tenant comme un poids mort le petit cadavre qui s'accroche encore à sa mère.

Alors que les événements révolutionnaires sont encore présents dans bien des mémoires, les femmes remarquables, les vraies héroïnes de ces temps terribles n'inspirent pas les peintres. Ni olympe de Gouges, ni Théroigne de Méricourt ne sont représentées...

Henry Scheffer esquisse de "l'Arrestation de Charlotte Corday" 1830

Henry Scheffer esquisse de "l'Arrestation de Charlotte Corday" 1830

Une exception pour Charlotte Corday qui ne trouvera cependant aucun peintre capable de lui donner la stature de courage et d'effroi que nous trouvons chez David.

Dans l'esquisse d'Henry Scheffer, elle se tient droite parmi les hommes furieux qui s'excitent contre elle. Celle que Lamartine qualifia d'"ange de l'assassinat" ne cesse de brouiller le regard de ceux qui la jugent. 

Pierre-Jérôme lordon "La communion d'Atala" 1808.

Pierre-Jérôme lordon "La communion d'Atala" 1808.

La dernière salle, la plus riche nous présente quelques héroïnes imaginées par les écrivains. Il a bien fallu faire un choix tant elles sont nombreuses. Chateaubriand bien sûr avec Atala.

    Le peintre Pierre-Jérôme Lordon nous montre le moment où avant de mourir Atala, jeune indienne convertie au christianisme qui a préféré s'empoisonner plutôt que de succomber à sa passion pour Chactas, reçoit la communion. Le tableau est romantique par sa lumière lunaire et par l'intensité de la scène. Une fois encore l'héroïne romantique ne peut vivre librement son amour, ici contrarié par la religion.

Eugénie Henry. Quasimodo sauvant Esmeralda des mains du bourreau. 1832.

Eugénie Henry. Quasimodo sauvant Esmeralda des mains du bourreau. 1832.

    Esmeralda a sa place dans cette galerie. Femme libre qui refuse d'aimer sans amour, elle est typiquement tout ce que depuis des siècles les hommes reprochent aux femmes : elle les attire par sa sensualité, les fascine par ses pouvoirs. Elle est accusée de sorcellerie bien sûr. Mais cette sorcière au bûcher, nouvelle Jeanne d'Arc, guerrière non pas de Dieu mais de l'amour, est une des plus belles figures de femme que la littérature ait donnée.

 

                                     Lélia (Delacroix)

   Georges Sand si présente dans ce musée a inspiré Delacroix dans cette scène où le moine Magnus découvre Lélia devant le corps du jeune Sténio qui par amour pour elle qui le refusait s'est suicidé. 

Parmi les grandes figures romantiques une place importante est donnée aux héroïnes shakespeariennes. C'est en effet en pleine période romantique qu'est redécouvert et aimé le dramaturge élisabéthain. 

"Desdémone maudite par son père" (Delacroix 1852)

"Desdémone maudite par son père" (Delacroix 1852)

      Les scènes les plus tragiques sont choisies par les peintres comme celle où Desdémone est maudite par son père.

C'est une des belles oeuvres de l'exposition par sa composition et son intensité. Le père debout, puissant, rejette sa fille. Sa posture est l'exact contraire de celle du père prodigue de Rembrandt accueillant son enfant. Desdémone, vêtue de noir, éplorée, à genoux tend la main vers le coeur de son père.

 

                         "Lady Macbeth" (Charles Muller)

  Le peintre prête à Lady Macbeth les traits de Rachel, la tragédienne la plus célèbre de l'époque romantique. Elle est représentée au moment où elle sombre dans la folie et se tord les mains qu'elle ne parvient pas à laver du sang du roi assassiné. 

 "Rachel dans le rôle de Phèdre" (Frédérique O'Connell. 1850)

 

 

"Roméo et Juliette au tombeau des Capulet." (Delacroix 1850)

"Roméo et Juliette au tombeau des Capulet." (Delacroix 1850)

Petite toile originale de Delacroix qui montre Roméo serrant sans pouvoir le retenir le corps de Juliette qu'il croit morte et qui est à moitié vêtue de son linceul. Roméo habillé de noir regarde dans le vide, avant de se donner la mort, et Juliette dont la tête est tournée vers le tombeau semble, de la jambe gauche esquisser un pas. Ce tableau noir et blanc oppose la vie et la mort et le peintre donne plus de vie à celle qui n'a que l'apparence de la mort qu'à celui qui n'a plus que l'apparence de la vie.  

Ophélia (Leopold Burthe 1852)

Ophélia (Leopold Burthe 1852)

Ophélie, héroïne inventée par Shakespeare a inspiré poètes et peintres du romantisme. Dans cette représentation, celle qui est devenue folle se couche dans un ruisseau, la main saisissant une branche légère qui représente la vie. Son visage est paisible. Sujet romantique s'il en est que celui de la mort et de la beauté. Ici la beauté semble l'emporter l'espace d'un instant. 

Exposition Héroïnes Romantiques au musée de la vie romantique.

En sortant dans le jardin, nous restons de plain pied dans le romantisme, dans le jardin de la maison où Ary Scheffer reçut nombre d'artistes parmi les plus grands, Chopin, Delacroix, Rossini, Tourgueniev...

 Dans la rue Chaptal, nous rencontrerons les ombres d'autres artistes qui après le romantisme ont aimé ce quartier de la Nouvelle Athènes : Xenakis, Frehel, Gainsbourg...

On ne perd jamais son temps à arpenter les rues de ce quartier romantique. Ici ou là le charme intact des lieux contredit un instant la fameuse phrase de Baudelaire :

"La forme d'une ville  change plus vite hélas que le cœur des mortels". 

 

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Montmartre liste des monuments et lieux d'intérêt

Montmartre peintres, personnages, célébrités.

                       Atala (Girodet 1808)

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l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

    La mairie du village de Montmartre située sur la place des Abbesses a été construite en 1836-37, en un temps où Montmartre n'imaginait pas qu'un jour il serait annexé à la capitale.

Elle donnait sur la rue de la Cure, ancien nom de la rue des Abbesses et sur la rue de la mairie, devenue rue de la Vieuville.

    L'impasse qui s'ouvre dans le coude de cette rue rappelle par son nom la présence de la mairie disparue : "Cité de la Mairie".

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

     Son architecte, Paul-Emile Lequeux est en vogue dans la première moitié du XIXème siècle.  Classique et sobre, il ne dérange personne par d'éventuelles audaces!

 

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

     La liste de ses réalisations est éloquente : des mairies, des églises et un asile d'aliénés. Parmi les mairies, deux au moins ont été détruites, celle des Abbesses et celle des Batignolles. Parmi les églises, la plus connue des Montmartrois est Notre-Dame de Clignancourt, maigre et sans grâce (ce qui est le comble pour une église) face à la nouvelle mairie luxueuse et ostentatoire construite à partir de 1888 par Marcelin Varcollier.

 

La mairie eut pour premier maire Véron qui a aujourd'hui sa rue, parallèle à celle des Abbesses.

Seveste, du Théâtre de Montmartre aurait  donné, le jour de l'inauguration une représentation gratuite si l'on en croit André Roussard et sa bible montmartroise. Le hic c'est que l'année de l'inauguration, 1837, Seveste était mort depuis 12 ans! Donc oublions!

 

Le bâtiment comportait un rez de chaussée avec porte centrale et trois fenêtres de chaque côté, un premier étage et un attique de 7 fenêtres surmonté d'un lanternon. Il s'étendait sur 32 mètres rue de la Cure (Abbesses) et 35 sur la rue de la Mairie (Vieuville). 

La seule salle décorée de peintures était celle des mariages qui comme l'on sait est toujours la plus ornée et la plus somptueuse dans les mairies. 

 

     La vieille mairie avant de disparaître a connu quelques heures de gloire.

 

     Inaugurée par le préfet de la Seine le comte de Rambuteau, elle a vu passer quelques personnages illustres parmi lesquels Georges Clémenceau n'est pas le moindre.

     Il est nommé maire du XVIIIème par Etienne Arago lui-même nommé maire de Paris en 1870 par Gambetta.

Mairie de Montmartre mars 1871

Mairie de Montmartre mars 1871

      C'est à la mairie qu'il rencontre Louise Michel et retrouve Blanqui. Homme de justice il tente en vain de s'opposer à la foule qui livre les généraux Thomas et Lecomte au peloton, d'exécution, rue des rosiers (Chevalier de la Barre aujourd'hui)  comme il protège les gendarmes poursuivis par les fédérés et cachés dans les caves de la mairie.

                                       La vieille mairie peinte par Maclet

    Le 23 mars il est expulsé de la mairie par le Comité de vigilance qui n'a pas apprécié ses tentatives de conciliation. Ici s'arrête son court passage place des Abbesses. Il continuera de travailler pour les habitants de Montmartre en dirigeant non loin de la place son dispensaire de la rue des Trois Frères.

     23 rue des 3 frères, le dispensaire de Clémenceau

    Homme de dialogues et de paix, il aura tenté en vain de concilier les inconciliables. La Semaine Sanglante lui prouvera qu'il avait sous estimé l'intransigeance et la cruauté du camp adverse. 

                          Exécution sommaire des Communards

    Homme intègre et juste, il est contre la colonisation comme il sera un peu plus tard dreyfusard.

Il est à notre époque où les politiques jouent avec le feu identitaire, un exemple de rigueur et d'honnêteté. Farouche défenseur de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, Laïc sans concession et sans "oui mais", adversaire de la peine de mort... un grand homme assurément qui a préféré pour sa dernière demeure un humble cimetière de sa Vendée natale à la gloire glacée du Panthéon. 

 

 

  La mairie a connu un autre personnage célèbre qui est présenté sur les plaques de rue comme maire du XVIIIème à partir du 19 mars  1871 (lendemain du départ de Clémenceau) jusqu'au 20 mai.

C'est une erreur historique puisque la Commune ne voulut pas élire de maire. Jean Baptiste Clément, ardent communard, occupa à la mairie le poste de délégué à la commission aux subsistances puis aux ateliers de fabrication des munitions mais ne fut jamais maire quoi qu'en dise la plaque qui n'est pas à une erreur près!

    La 2ème erreur est dans le trait d'union entre Jean et Baptiste. En effet le père du poète, s'appelant Jean-Baptiste lui aussi mais avec trait d'union, déclara son fils sans ce trait d'union, afin qu'il n'y eût pas d'erreur administrative.

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

   Jean Baptiste Clément est l'immortel auteur du Temps des cerises dont il remania le texte écrit avant la Commune afin de lui donner le sens qu'il a aujourd'hui pour nous, un hymne au courage et au sacrifice des insurgés.

 

Prise de la dernière barricade, rue de la fontaine au roi.

Prise de la dernière barricade, rue de la fontaine au roi.

Il est dédié à Louise, ambulancière héroïque rencontrée sur la dernière barricade, rue de la Fontaine au roi.

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

 

  Un autre homme célèbre serait, selon certaines hypothèses hasardeuses, passé par la mairie. Il s'agit de Paul Verlaine pour son mariage avec Mathilde de Mauté. Les de Mauté habitaient dans le 18ème, rue Nicolet et abritaient dans leur hôtel le jeune couple. le mariage eut bien lieu en août 1871 en l'église Notre-Dame de Clignancourt mais il n'y a aucune trace de son passage dans la vieille mairie. En revanche la mairie de Clichy a enregistré ce mariage le 24 juin 1871. 

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

     La mairie a mal vieilli. Non seulement elle est trop petite pour un arrondissement dont la population ne cesse de croître mais encore elle subit comme beaucoup d'immeubles montmartrois, des dégâts provoqués par la proximité des carrières. Elle se lézarde, menace de s'écrouler malgré de lourds étais. Elle est finalement détruite en 1890 et remplacée par la nouvelle mairie rue Ordener.

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

    Malgré la rapacité des promoteurs elle ne cède pas la place à de nouveaux immeubles de rapport. Le terrain qu'elle laisse libre deviendra un jardin aménagé en 1936 et restructuré en 1994, le square Jehan Rictus dans lequel a été édifié en 2000 le fameux mur des "je t'aime' qui écrit ces mots en 311 langues ou dialectes.  Les couples du monde entier se font photographier devant les carreaux émaillés

l'ancienne mairie de Montmartre et du XVIIIème place des Abbesses.

En hommage à Clémenceau qui avait de l'humour et un sens aigu de la répartie, quelques citations qui montrent à quel point il avait l'esprit montmartrois....

"La guerre! C'est une chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires."

"La vie m'a appris qu'il y a deux choses dont on peut très bien se passer : la présidence de la République et la prostate."

Clémenceau par Manet

Clémenceau par Manet

"La France est un pays extrêmement fertile, on y plante des fonctionnaires et il y pousse des impôts".

"Un escalier de ministère est un endroit où des gens qui arrivent en retard croisent des gens qui partent en avance."

"Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, surtout quand elles sont veuves." 

        Clémenceau maire de Montmartre (Carjat)

"L'anglais n'est jamais que du français mal prononcé".

"Pour mes obsèques je ne veux que le strict nécessaire, c'est à dire moi."

Sur Lyautey : "Voilà un militaire qui a des couilles au cul. L'ennui c'est que ce ne sont pas toujours les siennes."

"Je connais un tas de types à qui je ne pardonnerai jamais les injures que je leur ai faites."

                     Clemenceau par Eugène Carrière

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Le Moulin de la Galette (Camoin)

Le Moulin de la Galette (Camoin)

     Pour sortir de la grisaille des derniers mois, de l'ambiance anxyogène de masques et de gel hydroalcoolique supplantée par les horreurs effroyables de la guerre poutinienne, il est utile, le temps d'une pause de se rendre au musée de Montmartre pour rencontrer Charles Camoin,  un "Fauve en liberté".

                 Exposition "Un fauve en liberté". Musée de Montmartre.

     "En tant que coloriste, j'ai toujours été et suis encore un fauve en liberté".

    Ce peintre flamboyant (1879-1965) vient du sud, Cézanne le qualifie de "vaillant marseillais" mais C'est à Paris qu'il vient vivre en 1897 pour s'inscrire aux Beaux Arts dans l'atelier de Gustave Moreau.

     Il ne bénéficie que pendant quelques mois des conseils du génial peintre symboliste qui a la mauvaise idée de mourir.

                                  Dessin de Camoin corrigé par Gustave Moreau

" Je regrette de l'avoir si peu connu. Il possédait à fond les maîtres du Louvre. Ce que je sais de lui c'est surtout par Matisse et Marquet que je l'ai appris."

    L'atelier de Cormon (peintre académique s'il en est,) qui lui est proposé alors, ne lui convient pas du tout et il préfère quitter l'école des Beaux Arts. Il n'y a pas perdu son temps car il a fait la connaissance des deux autres peintres qui deviennent ses amis et ses coéquipiers dans l'aventure du fauvisme : Matisse et Marquet.

Péniche sur la Seine (1902)

Péniche sur la Seine (1902)

     C'est avec eux qu'il part à l'aventure dans Paris et peint des toiles où déjà s'affirment son goût de la couleur et de la composition.

                          La Seine, le Louvre, le pont des Arts vus du Pont Neuf (1904)

La promenade au Parc (1902)

La promenade au Parc (1902)

    Le goût pour l'art des estampes japonaises se manifeste chez lui, comme chez ses amis, auxquels vient s'ajouter Derain.

   Il représente Amélie Matisse dans un kimono dessiné par son mari.... 

                 Madame Matisse faisant de la tapisserie (Camoin. 1905)

                                         Madame Matisse en kimono (Derain

        Quand il s'intéresse au portrait, Camoin est influencé par Cézanne qui aime le conseiller : "Je vous parle comme un père".

                                             Portrait d'Albert Marquet (1904)

Si cette influence est sensible dans la composition, elle l'est moins dans la recherche de la "vérité" du personnage.

                                  

Camoin exprime une vie intérieure plus rare chez Cézanne accaparé par le cadrage et la composition.

                                                        Lola Camoin (1920

     Une des premières toiles de l'expo est un hommage du peintre à sa mère, elle-même peintre et à l'origine de la passion de son fils.

                                 La mère de l'artiste sur le divan (1897)

La sensualité est exprimée par la pause, le talent par la palette qui est tenue comme un éventail. Remarquable toile, comme un manifeste du fauvisme et une affirmation de la place égale de la femme dans la création. 

Port de Marseille. Notre-Dame-de-la-Garde à travers les mâts. (1905)

Port de Marseille. Notre-Dame-de-la-Garde à travers les mâts. (1905)

     Camoin est du sud, il ne le découvre donc pas (contrairement à Matisse peintre du nord) et c'est naturellement qu'il y séjourne, comme Marquet, à Saint-Tropez tandis que Derain et Matisse choisissent Collioure.

                                 Le port de Toulon à la barrière (1904)

Ses toiles comme celles de des amis ont en commun l'importance de la couleur, le non respect du réalisme, le désir, malgré le long travail, de donner l'impression d'une grande spontanéité, voire d'une improvisation. Bref toutes les caractéristiques du fauvisme.

Maisons à Montmartre (1908)

Maisons à Montmartre (1908)

  Mais c'est à Montmartre, sur la Butte des peintres qu'il s'installe définitivement dès 1907.

                                         

Il aime alors fréquenter la Bohême qui va de Derain à Van Dongen, de Picasso à Dufy. Période créatrice et difficile car comme la plupart de ses amis, il vit dans la pauvreté.

Notre-Dame et pont de l'Archevêché (1908)

Notre-Dame et pont de l'Archevêché (1908)

    L'aspect douloureux de cette période est concrétisé dans ses toiles par le cerne noir qui entoure les sujets et qui le fait tendre vers l'expressionnisme.

Il change de nombreuses fois d'adresse, toujours à la recherche d'un modeste atelier, 27 boulevard de Clichy (1907), 12 rue Cortot (1908), 46 rue Lepic (1910-1925), 2bis avenue Junot (son dernier atelier où il meurt en 1965).

Il rencontre  en 1909 la peintre Emilie Charmy avec qui il a une forte relation qui durera deux années. Cette peintre originale et puissante aurait pu faire partie de l'exposition consacrée aux "pionnières" du Musée du Luxembourg.

                                                   Camoin assis (Emilie Charmy)

Espérons qu'elle fera bientôt l'objet d'une rétrospective qui permettra de  mesurer sa force et son originalité.

                              Femme allongée (Emile Charmy)

 

    Après la fin de sa liaison, Camoin part pour Tanger où il rejoint Matisse. l'intermède sera de courte durée et quand il revient à Paris, rue Lepic, il est en proie à une dépression (qui durera jusqu'en 1914) pendant laquelle, proche du suicide, il s'acharne contre ses toiles qu'il taillade et déchire quand il ne les brûle pas dans son poêle.

Toile restaurée. Le Moulin Rouge.

Toile restaurée. Le Moulin Rouge.

      Nous perdons alors plus de 80 oeuvres dont beaucoup avaient été peintes à Montmartre.

Des morceaux de toile sont récupérées dans les poubelles, revendues aux Puces, restaurées et pour certaines vendues à Drouot par Carco.

                                      Autoportrait. Toile découpée et restaurée

                                      L'Indochinoise (1905). Toile découpée et restaurée

    Camoin intente un procès à l'issue duquel le tribunal lui donne raison par un jugement qui sera à l'origine d'une nouvelle législation sur la propriété intellectuelle qui protège encore aujourd'hui les créateurs.

    Mobilisé en août 1914, il est affecté à la section "camouflage" qui consiste avec d'autres artistes de peindre des toiles qui dissimuleront des armes ou des points stratégiques. Il garde sur lui un carnet sur lequel il saisit des visages de soldats. Jamais il ne représente l'horreur des tranchées qui resteront un cauchemar dont il parlera peu.

 

Dès les premières années de son travail,  avant les années de guerre, Camoin s'est intéressé au nu féminin, exercice obligé de tout peintre qui veut se faire connaitre.

Nu à la chemise mauve (1908)

Nu à la chemise mauve (1908)

      Loin de l'académisme qui perdure et des audaces de la jeune génération, il donne à voir une sensualité sans apprêts mais vivace, une femme qui n'est pas dupe et joue du désir masculin.

"Je suis allé voir deux fois le père Cézanne, je lui ai montré mes études, il a beaucoup aimé le portrait d'une putain, me disant que c'était là ma voie."

La saltimbanque au repos (1905)

La saltimbanque au repos (1905)

     La célèbre "Saltimbanque au repos" a son petit succès de scandala au salon des Inépendants, succès renforcé par l'agression dont elle est victime,. Elle reçoit en effet quelques coups de couteau rageurs.

 

Dès 1920, Camoin se partage entre Montmartre et Saint-Tropez. Il commence à être reconnu et apprécié pour ses couleurs comme pour sa tentative de traduire des sensations. Devant un paysage, tous les sens sont en éveil et la toile idéale traduirait à la fois la lumière, le parfum, la chaleur. Et il est vrai que les toiles des fauves nous happent dans leur ambiance et nous intègrent dans leurs couleurs.

                                               Le square Saint-Pierre

Printemps (1921)

Printemps (1921)

   1920 c'est aussi l'année où il épouse Charlotte Prost (Lola) avec qui il aura une fille, Anne-Marie.

 

 

Lola sur la terrasse (1920)

    En 1925 il déménage pour le 2bis de l'avenue Junot, dans un Montmartre qu'il apprécie, comme ses habitants pour qui Paris est un autre univers :

"C'est maintenant que j'apprécie la Butte. On est au-dessus de la mêlée, loin du bruit et de la rumeur de la ville."

Tartane arrivant dans le port de Saint-Tropez

Tartane arrivant dans le port de Saint-Tropez

    Camoin profitera de la reconnaissance et de la vogue des Fauves. Il sera exposé à Paris comme à New-York.

Il meurt à Montmartre à  86 ans dans son atelier proche du Moulin qu'il a souvent peint de ses fenêtres.

 

     Il est enterré à Marseille, dans la ville lumineuse de sa jeunesse.

                                Le garage à bateaux du peintre Person

    Mais pour nous Montmartrois, il est, comme les peintres et les poètes qui ont vécu sur la Butte, l'un des citoyens de notre village qui aime les chats (noirs ou non) et leurs cousins sauvages, les fauves en liberté!

                                                     La rue d'Orchampt

    L'exposition "Camoin, un fauve en liberté" se tient au musée de Montmartre, 12 rue Cortot, jusqu'au 11 septembre 2022.

 

Liens : les peintres; les artistes, les célébrités de Montmartre

                                                 Le peintre dans son atelier

En annexe, pour les promeneurs de Montmartre, les adresses de Charles Camoin dans notre quartier :

Musée de Montmartre. Charles Camoin. Fauvisme.

1907

27 boulevard de Clichy. Le vieil immeuble a disparu rempacé parc cette façade plate et sans style.

Musée de Montmartre. Charles Camoin. Fauvisme.

1907

6 rue Mansart, pour quelques mois

Musée de Montmartre. Charles Camoin. Fauvisme.

1908

Le fameux 12 rue Cortot, aujourd'hui musée de Montmartre, où vécurent tant de grands peintres et où on peut visiter l'atelier de Valadon et son petit appartement à la fenêtre barrelée afin d'empêcher Utrillo de sauter dans la rue et d'aller au bistro.

Musée de Montmartre. Charles Camoin. Fauvisme.

1910-1925

46 rue Lepic, l'immeuble n'est pas éloigné du 54 où vécut Théo Van Gogh et où il hébergea Vincent.

Musée de Montmartre. Charles Camoin. Fauvisme.

1925-1965

2bis avenue Junot. Quand y aura t-il une plaque? L'atelier de Gen Paul, peintre mineur et antisémite  y a droit!

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Rue du Mont-Cenis. (Gazi)

Rue du Mont-Cenis. (Gazi)

Voilà un personnage haut en couleurs tels que Montmartre les aime!

              Son nom lui seul est déjà un poème, Gazi le Tatar! 

 

Le palais des khans à Bakhtchissaraï

Le palais des khans à Bakhtchissaraï

Un poème et une légende bien entretenue par son porteur. 

   La vérité, autant qu'on puisse s'y fier voudrait qu'il fût né en Crimée, en 1900. C'est la date bien ronde qu'il dit être celle de sa naissance. Ceux qui l'ont connu alors qu'il se disait quarantenaire l'estimaient plus vieux d'une dizaine d'années! 

 Il prétend avoir vu le jour dans le château de Hansaray. Ce qui est flatteur mais improbable puisque ce château était la résidence du gouverneur russe de Crimée (déjà!) Il s'appelle alors Igna Ghirei.

 

 

Gazi le Tatar frère d'Utrillo.

    Pourquoi "le Tatar"? C'est que son père affirme descendre des princes tatars de Crimée, eux-mêmes descendant de Gengis Khan. Cette qualification faite pour poser son personnage ne vient orner son nom que lorsqu'il arrive sur la Butte vers 1934.

Auparavant notre homme se contente de Gazi (le victorieux) ajouté à son véritable prénom.

Académie des Beaux Arts, Naples.

Académie des Beaux Arts, Naples.

    Avec la Révolution de 1917 les Bolcheviks envahissent la Crimée et sèment la terreur provoquant la fuite de ceux qui les craignent. La famille de notre Igna Ghirei se réfugie en Italie où le jeune homme commence des études aux Beaux Arts de Naples.

           Naples, encre de Chine et aquarelle (Gazi)

    Pendant cet exil son père aurait été assassiné par les Bolcheviks, ce qui ajoute à la légende familiale. En réalité il semble bien qu'il soit mort de façon très confortable dans son lit.

"Aux vignobles de France" Bd du Montparnasse, rue Campagne Première (1924. Utrillo)

"Aux vignobles de France" Bd du Montparnasse, rue Campagne Première (1924. Utrillo)

    En 1920 Igna Ghirei choisit de vivre à Paris, alors capitale culturelle de l'Europe, et c'est à Montparnasse qu'il découvre l'intensité artistique de la capitale.

Montparnasse a, dans ces années, détrôné Montmartre, mais c'est à Montmartre que notre homme va trouver sa voie, devenir Gazi et se tatariser. Gazi le tatar est donc né à Montmartre!

La maison de Mimi Pinson (Gazi)

La maison de Mimi Pinson (Gazi)

    Il est séduit par notre Butte à la fois simple et altière et il comprend à quel point sur cette "montagne" la réalité ne prend son envol que lorsqu'elle est sublimée par la légende. 

                                           Suzanne Valadon et Utrillo

 On ne sait comment , en 1934, il rencontre Suzanne Valadon dont ll admire la peinture et qu'il encourage à peindre de nouveau.

   

                                                 11 avenue Junot

 

       Il ne manque pas de charme et il sait se faire apprécier par celle qu'il va appeler sa "mère adoptive", plus prosaïquement "mémère". En 1935 il trouve refuge chez elle,  là où elle vit depuis sa séparation avec Utter, dans le passage qui relie la rue Lepic à l'avenue Junot (au 11).

Il se lie d'amitié avec Maurice Utrillo, son "frère"qui vit avec sa mère.

Gazi

Gazi

    De ces quelques mois en "famille" Gazi tire profit en accompagnant Utrillo lorsqu'il se déplace pour peindre dans Montmartre, ou en le regardant s'inspirer de cartes postales.

Lorsqu'il peint lui-même, Gazi ne peut cacher l'influence d'Utrillo sur ses représentations d'un Montmartre presque désert, avec parfois quelques passants isolés.

                                                   Le maquis (Gazi)

   Mais sa palette est souvent plus vive que celle de son "frère" et la comparaison des toiles représentant la même rue ou la même place est révélatrice de deux tempéraments. Un utrillo plus introverti et un Gazi plus chaleureux.

Nous pouvons nous en faire une idée avec les tableaux qui suivent et représentent les mêmes paysages urbains.

Gazi

Gazi

Utrillo

Utrillo

    L'angle de vue est le même dans ces deux tableaux. Le chevalet serait posé sur la place du Tertre, vers l'église St Pierre. Le premier est clair et joyeux quand le second fait peser sur la place, comme un couvercle, un ciel gris et lourd.

Le Lapin agile et la rue St-Vincent (Gazi)

Le Lapin agile et la rue St-Vincent (Gazi)

Utrillo

Utrillo

     La neige fait du tableau de la rue St Vincent une illustration de conte de fée chez Gazi alors que la solitude et la tristesse dominent chez Utrillo...

Quoi qu'il en soit, il paraît évident que la meilleure période de Gazi correspond à son séjour chez Suzanne Valadon. Quelques unes de ses toiles font de lui un peintre d'importance, injustement oublié aujourd'hui.

 

                             Autoportrait de Suzanne Valadon peint l'année de sa mort

      L'hébergement de Gazi chez Suzanne Valadon se poursuit après le départ d'Utrillo. Suzanne, inquiète de son propre état physique, de ses dépressions et des alertes cardiaques, pousse son fils à quitter Montmartre pour aller vivre avec Lucie Valore au Vésinet.

                                                    Lucie Valore et Utrillo

      

Ce n'est qu'en 1938, après la mort de sa "mère adoptive" que Gazi quitte l'avenue Junot pour trouver un modeste logement au 5 place du Calvaire où il restera jusqu'à sa mort.

Gazi. 5 place du Calvaire.

Gazi. 5 place du Calvaire.

    La place du Calvaire est proche de l'église Saint-Pierre qui devient le nouveau refuge de Gazi.

                   Place du Calvaire. L'immeuble blanc où vivait Gazi.

                           Appartement de Gazi, aujourd'hui voisin de chez Plumeau

Il avait trouvé une mère adoptive, il va trouver une mère spirituelle, la Vierge Marie!

 

                                                       L'église Saint-Pierre (Gazi)

   Il devient bedeau de l'église, lui un Tatar dont l'islam est indissociable, et il tombe en amour devant une statue de la Vierge, dans la vieille église.

Gazi le Tatar frère d'Utrillo.

     Il retrouve trace du culte qui était voué avant la Révolution à Notre-Dame de Montmartre et il se démène pour que ce culte soit restauré. Il obtient satisfaction en 1942 et, étant artiste, il mobilise le soutien des peintres de la Butte pour que soit ajouté un second vocable à Notre-Dame de Montmartre : Notre Dame de Beauté, reine de la Paix, patronne des artistes.

Gazi le Tatar frère d'Utrillo.

    Jusqu'à sa mort en 1975, il reste le paroissien le plus assidu et l'adorateur le plus ardent de Notre-Dame de Beauté qui chaque année est honorée par les artistes au cours d'une célébration.

Gazi le Tatar frère d'Utrillo.

    Il meurt le 31 octobre, dans un dénuement que sa tenue misérable ne pouvait dissimuler. Sans argent, il est inhumé à Pantin et il faudra attendre la réaction des peintres de la place du Tertre et de quelques paroissiens pour que lui soit offerte une place dans le caveau de Gustave Dispot curé de St-Pierre entre 1945 et 1964, décédé en 1968 et dont il fut bedeau pendant presque vingt ans. 

Il y est transféré, accompagné d'un cortège d'artistes et il passe désormais son éternité de Tatar à quelques mètres de son "frère adoptif" Maurice Utrillo.

Liens

Peintres artiste célébrités de Montmartre

Rues de Montmartre

                                           Gazi le Tatar (Landier 1941)

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