Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.
Le Prométhée foudroyé de Gustave Moreau (1869) a été peint un an après le Prométhée exposé au salon de 1868.
Combien pourtant il est différent...
Le Prométhée de 1868, bien qu'enchaîné, est assis comme un roi au sommet du monde. Il est indifférent à la torture et ignore le vautour qui s'est approché par derrière pour arracher des lambeaux de foie. Notons que l'aigle du supplice a été remplacé par un charognard qui ne s'attaque habituellement qu'aux cadavres.
Prométhée, le visage tourné vers l'horizon, ignore le dépeceur qui finira par mourir avant d'être remplacé par un autre charognard, comme le rappelle le cadavre, au pied du Titan condamné, lui, à ne pas mourir.
Prométhée ne regrette pas son vol. Le feu qu'il a voulu donner aux hommes, brille au-dessus de sa tête, comme la flamme de Pentecôte au-dessus des disciples, la flamme de l'Esprit et de la Vie plus forte que la mort.
Gautier a su voir dans ce tableau sa dimension christique : "Mr Gustave Moreau n'a pas donné à son Prométhée les proportions colossales du Prométhée d'Eschyle. Ce n'est pas un Titan. C'est un homme auquel il nous semble que l'artiste ait voulu donner quelque ressemblance avec le Christ dont, selon quelques Pères de l'Eglise, il est la figure et la prédiction païennes. Car lui aussi il voulut racheter les hommes et souffrit pour eux."
Gautier, en vrai poète, savait "voir". Que n'aurait-il écrit devant le Prométhée foudroyé?
L'oeuvre, d'une touche moins léchée, moins académique, l'aurait sans doute inspiré. Prométhée n'est plus impassible, regard tourné vers l'avenir et la chute des dieux de l'Olympe. Son corps de souffrance est attaché au sommet d'un piton rocheux, comme exposé sur une croix.
Pas de clarté, pas de couleurs... des gris, des ocres, des blancs... le rouge presque brun du sang coagulé...
Les jambes sont repliées comme celles du crucifié. La tête penchée sur le côté semble souffler son dernier souffle tandis que les yeux se révulsent.
Le corps n'est plus le corps athlétique du premier Prométhée, il est le corps torturé, le ventre creusé, les côtes saillantes... La dernière force du supplicié se concentre dans sa main repliée sur le flambeau dont la flamme continue de s'élever contre le ciel.
Près de lui, l'aigle-vautour, Jupiter, ressemble à un oiseau mort, un squelette d'oiseau.
...Tandis que la foudre vient achever le condamné.
Moreau invente donc cette mise à mort, comme si le supplice excédait les dieux et qu'il fallait y mettre un terme.
Evidemment, l'aspect christique reconnu par Gautier dans le premier tableau, est ici plus manifeste encore. C'est après le chemin de croix et la montée au calvaire, après le fouet, les épines et les clous, le dernier coup de lance..
Moreau entoure le visage du Christ de l'auréole des icônes.
Une humanité distincte et indistincte se mêle et s'emmêle sous ce Prométhée. Une humanité en devenir, une humanité en voie de recréation. Certains corps sont à peine esquissés, les bras imprécis, les visages sans yeux.
Les Océanides selon le mythe... Une pyramide de femmes, certaines indifférentes, d'autres concernées...
Une humanité blafarde qui participe au mystère et peut recevoir la lumière du flambeau que Prométhée n'a pas lâché et que la foudre n'a pas éteint.
Oeuvre étonnante, oeuvre forte qui touchera le croyant comme l'incroyant, plus que le Prométhée impassible.
"Christ païen" est -il écrit dans les notes de visite du musée!
Bizarre, bizarre... Le chrétien Gustave Moreau n'a pas représenté un Christ païen, n'en déplaise aux rédacteurs de catalogues, mais un Prométhée chrétien...
Un Prométhée-Moreau qui au-delà de la mort tend vers nous le flambeau...
Musée Gustave Moreau.
14 rue de La Rochefoucauld. 75009.
(tel : 01 48 74 38 50. fax : 01 48074018 71)
Métro: Trinité. Saint-Georges. Bus : 67-68-74-32-43-49
Ouvert tous les jours sauf mardi et 1er janvier, 1er mai et 25 décembre:
De 10h à 12h45 et de 14h à 17h15.
Liens :
Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.
Gustave Moreau. Le christ et les deux larrons.
Gustave Moreau. Les rois mages.
musée de la vie romantique, rue Chaptal (1)
musée de la vie romantique (2) Ary Scheffer.
Camille Bombois peintre à Montmartre
Aujourd'hui je reviens rue Paul Albert, tout en haut, au 19, petit immeuble de céramique jaune où j'ai vécu, avec pour voisins, au 21, le Centre Israélite et au 17, Monique Morelli et Leonardi. Ceux qui ont entendu Morelli ne peuvent oublier cette voix profonde et intense, une voix à rameuter tous les piafs de Paris, à dresser des barricades, à faire jaillir la mer sous les pavés... A faire honte à la mort, comme dans ce poème de Villon:
J'habitais au premier étage de cet immeuble, tout contre la maison de Morelli. Quand j'emménageais, j'ignorais que j'allais avoir à côté de moi cette artiste que j'admirais et dont je passais sans me lasser les albums. Un soir, les fenêtres de ma chambre étaient ouvertes...J'entendis monter cette voix que je connaissais, accompagnée de l'accordéon.. J'ai cru d'abord qu'un voisin partageait avec moi le même amour de Morelli... Mais la voix s'arrêta puis reprit, monta puis s'arrêta de nouveau... C'était bien elle, Morelli qui répétait avec son fidèle Léonardi ! Je me suis assis sur le lit et j'ai écouté pendant deux heures, sans perdre une miette de ce récital inespéré.
Je n'ai vécu qu'un an rue Paul Albert et je n'ai jamais osé lui parler. J'aurais rencontré Sylvie Vartan ou Sheila, j'aurais trouvé le hasard amusant et je n'aurais eu aucun mal à leur dire quelques mots. Mais Morelli !!! C'était comme si je tombais nez à nez avec Villon, Ronsard, Aragon, Carco, Mac Orlan, Rictus, Couté, Corbière....groupés autour leur interprète drapée de rouge.
J'ai bourlingué ensuite par le monde et ses mirages. Je transportais avec moi des enregistrements de ma voisine et je ne manquais pas de les utiliser lorsque j'étudiais avec mes élèves libanais les poètes français. Un silence profond suivait chaque audition et cette voix sensuelle et tragique semblait être chez elle dans ce pays de rochers et d'eaux vives.
Bien des années plus tard, je suis revenu vivre à Montmartre. Un peu plus bas, rue Müller. De mes fenêtres pourtant, je pouvais voir la rue Paul Albert et la maison de Morelli. Un soir, je remontais la rue et j'ai rencontré Léonardi. J'ai osé lui parler, lui dire à quel point j'admirais sa compagne et comment je l'avais emmenée avec moi au Liban. Il me dit alors qu'elle était très mal et il m'invita à entrer pour la voir, lui parler, lui dire comment des jeunes, si loin d'ici, aimaient l'entendre et entendre grâce à elle des poèmes vivants et vibrants. J'ai dit que j'avais un rendez-vous mais que je viendrais dès que possible.
Deux jours après, elle était morte.
Morelli de Montmartre, Léonardi est mort aujourd'hui, ton fils Patrick est mort... Ta maison a été vendue... Tes tableaux, tes souvenirs ont été dispersés dans des ventes aux enchères...
Mais ta voix, ta voix Morelli, elle est là, dans nos rues de la Butte, avec Carco ou Mac Orlan, elle est là dans nos coeurs, vivante comme une flamme dans notre nuit.

Montmartre réserve bien des surprises au piéton amoureux de Paris. Ainsi, suffit-il de passer la porte du 43 bis rue Damrémont pour découvrir une merveille : un ensemble
intact de panneaux de faïence de Poulbot !
L'ensemble fut commandé en 1910 par le propriétaire des bains-douches qui étaient alors installés dans l'immeuble.
Les douze panneaux représentent les quatre saisons sur la Butte.
Ils ont pour héros les gosses du maquis montmartrois que l'artiste n'a cessé de peindre avec son talent et surtout son coeur.
Car Poulbot n'avait de cesse de leur venir en aide.
S'il l'avait pu, il aurait accueilli toute la misère de son quartier et peut être du monde!
------------------------------------------------------------------------

Le printemps.
Montmartre frémit avec la nature...
Les enfants ont envie de danser, de sauter à la corde, de faire voler les cerfs volants dans le ciel clair...





Il y a toujours dans les dessins de Poulbot des éléments très précis, des rues, des maisons que les montmartrois peuvent reconnaître, comme sur ce dernier panneau la
maison de Rosimond, devenue depuis sur l'impulsion de Malraux (né à une centaine de mètres de cet immeuble, au 53 rue Damrémont) le musée du vieux Montmartre.
Le peintre nous rappelle que ses oeuvres ne sont pas de pures inventions.
Les enfants qu'il représente sont de chair et d'os.
Nous les trouvons mignons car ils le sont, comme les touristes au Laos ou en Birmanie trouvent les gamins des villages très photogéniques...
Mais attention, il y a souvent chez Poulbot, dans un coin du tableau, un enfant qui pleure ou qui s'enferme dans sa tristesse.

-------------------------------------------------------------------------

L'été.
C'est la saison des vacances pour les enfants. Ils resteront sur leur Butte. Les congé payés n'ont pas encore été inventés...
Le bon élève a fait un accroc à sa culotte. Il est mécontent d'avoir gâché son jour de gloire. Petite déchirure et grand drame !

Quelques-uns défilent, drapeau en tête, pour le 14 Juillet. Ils sont les révoltés de demain, ceux qui peut-être prendront d'autres bastilles...

On reconnaît à l'arrière plan, le"castel d'un philosophe", bricolé par un habitant du maquis, impasse Girardon.


Une petite fille esseulée serre sa poupée et fait de gros yeux à qui oserait la menacer...

--------------------------------------------------------------------------

L'automne.
C'est la saison rousse. Les vendanges de Montmartre n'ont pas encore été inventées pour venir en aide aux gamins du quartier.
Les fontaines permettent tous les jeux.

Trois enfants se promènent bras dessus, bras dessous en chantant...
Ce trio de gosses solidaires, foulant les pavés, se retrouve fréquemment dans les dessins de Poulbot.
Dans leur misère, les petits vivent, loin des adultes, comme une troupe de moineaux insouciants.

Un loupiot de corvée de seau hygiénique, a saisi le balai-chiottes pour en faire un goupillon...

Tandis qu'un peu plus loin, les mères font la queue pour acheter du pain au moulin de la Galette...


...et qu'un apprenti Ben-Hur dans son char, s'élance au pas nonchalant de son cheval-avant et de son cheval-arrière vers un ennemi qui ne semble pas vraiment menaçant.


Parmi les jeux les plus appréciés, la fameuse partie de billes... Attention à la pichenette qui se prépare!
-----------------------------------------------------------------------------

L'hiver.
L'hiver offre d'inépuisables terrains de jeux et de glissades... Malgré les joues rosies et les mains nues...

Un petit bonhomme transi prépare très sérieusement une bonne boule de neige...

...alors que d'autres en ont déjà fait provision!

Bonnets et pèlerines protègent comme ils peuvent les poulbots.

Toute la tendresse du monde dans le geste de cette grande soeur penchée sur son oisillon de frérot qu'elle couve avec un châle taillé dans un vieux rideau.

C'est avec ces deux-là que nous quittons l'entrée de l'immeuble aux merveilles
Je vous rappelle l'adresse : 43bis rue Damrémont. Vous pourrez y pénétrer les jours ouvrables car, par chance, un laboratoire d'analyses médicales est installé au rez-de-chaussée et
la porte reste ouverte.
Profitez-en et bonne visite!
Liens Poulbot :
Photos récentes des céramiques :
Poulbot. Maturité. Succès. Les Gosses. (2)
Poulbot. Engagement social. Petits Poulbots. (3)
Poulbot. Dessins. La Maternelle de Léon Frapié. (1)
Poulbot. Poil
de carotte. Illustrations. (1)
Nouvel An. Poulbot. Hiver. voeux.
Montmartre.
Impasse Traînée. Rue Poulbot.
Poulbot les loupiots de Bruant
Tous les articles classés : Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.
....................................................................................................;
Dans la maison de Gustave Moreau, il vous faudra des heures et des heures pour découvrir les milliers de dessins, esquisses et tableaux du peintre et voyager de l'orient
fabuleux surchargé de bijoux et d'effluves, au dépouillement quasi abstrait de certaines de ses oeuvres.
Voyager aussi de la sensualité à l'inquiétude et au questionnement.
Le Christ entre les deux larrons fait partie de cette interrogation et de cette recherche.
La grande toile nous donne à voir les trois suppliciés sur un fond de ciel menaçant.
Les ténèbres vont bientôt recouvrir la terre. Les nuées s'accumulent déjà, à droite, du côté du "mauvais larron".
Ce qui frappe tout d'abord, c'est la composition qui décentre le Christ pour le rapprocher du "bon larron" sur la gauche du tableau, et qui isole l'autre supplicié dont le
visage se détourne.
Le Christ, aérien, ne montre aucun signe de souffrance, malgré la plaie ouverte sur son flanc.
Ses bras étendus comme des ailes, le portent comme s'ils n'étaient pas cloués sur le bois qui s'efface.
Il penche la tête et regarde celui qui lui parle et se tend vers lui...

Un dessin préparatoire montre à quel point le peintre voulait projeter en avant l'homme, qui au dernier moment de sa vie, au plus douloureux, se détachait de lui-même pour
avoir compassion devant l'innocent :
"Pour nous c'est justice, mais lui n'a rien fait d'injuste.
Jésus, souviens-toi de moi lorsque tu seras dans ton règne".
L'homme semble en mouvement, comme décollé du bois du supplice. Tout son visage est tendu, le regard intense, la bouche ouverte pour la dernière supplique avant de mourir.
Il va recevoir en réponse, les paroles de la vie :
"Crois-moi, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis."
L'autre supplicié consacre ses dernières forces à se détourner, le corps noueux et douloureux.
Ce n'est pas son refus de croire en la divinité du Christ qui l'isole mais son manque de compassion pour l'innocent, son manque de "fraternité" dans l'épreuve partagée.
Il n'est préoccupé que de lui même et s'il s'adresse au Christ c'est pour le provoquer et l'insulter :
"C'est toi le messie!
Viens à ta rescousse et à la nôtre!"
C'est sur cet homme que les couleurs sont les plus vives. C'est lui dont le corps est le plus sensuel, bassin en avant, sexe à peine caché par un linge qui glisse...
Il ne croit pas à un après. Il se réfugie dans la chaleur vivante de ses bras, comme s'il cherchait une caresse humaine.
Le linge vole autour de lui comme des flammes blanches.
Son visage semble recevoir les derniers feux d'un astre qui disparaît.
Au pied des arbres du supplice dont le tronc est parcouru de filets sanglants, se presse une foule indistincte et confuse. N'en
émergent que les têtes des chevaux blancs.
Les condamnés sont élevés très au-dessus... Ils sont déjà dans le ciel ou contre le ciel, pour celui qui refuse un au-delà mais qui, par l'expérience terrible qu'il est en train de
vivre, s'est dégagé du magma humain.
Cette élévation est encore plus manifeste dans un autre tableau qui projette les croix dans le ciel comme des fusées. Dali s'en souviendra peut-être quand il représentera le
Christ penché, depuis sa croix sur la planète entière...
Lien : Gustave Moreau. Les rois mages.
Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre.
Classement alphabetique.
Musée Gustave Moreau
14 rue de La Rochefoucauld
75009 Paris
Tel : 01 48 74 38 50
Lundi et mercredi de 11 h à 17 h 15
Autres jours de 10 h à 12 h 45 et de 14 h à 17 h 15
...


Pour quelques jours à Paris, j'ai voulu revoir certaines toiles du musée d'art naïf de Montmartre dans la Halle Saint-Pierre. Les toiles étaient parties en vacances sans
doute! Le musée tout entier offrait son espace à deux peintres : Macréau et Boix-Vives. Je me suis laissé aspirer par l'univers de ce dernier.

J'ignorais tout de lui, je dois l'avouer, alors que les amateurs d'art brut le connaissent depuis longtemps. J'ai appris qu'un jeune berger catalan avait quitté, à 17
ans, son pays pour chercher en France du travail. Après des années difficiles, il avait ouvert un commerce en Haute-Savoie, à Moutiers. Il fit prospérer son affaire et n'aurait sans doute attiré
l'attention de personne, si en 1962, la mort de sa femme, ne l'avait soudain foudroyé. Il se retira des affaires et commença à peindre... Il peignit pendant 7 ans jusqu'à son rendez-vous, dans un
hôpital de Grenoble avec la mort toujours exacte.
7 ans et plus de 2000 oeuvres!

Pêcheurs dans un lac de montagne
Le feuillet qu'on vous donne à l'entrée de l'expo n'y va pas de main morte! On vous parle de Fra Angelico, de Van Gogh... On évoque l'art roman catalan et le baroque
savoyard!
Serions-nous passés à côté du plus grand peintre de tous les temps?

Religieuse lunaire
Sans doute le jeune berger catalan a-t-il été frappé par la simplicité et la force des fresques romanes. Sans doute a-t-il été sensible, plus tard, à l'exubérance des
chapelles savoyardes...
Mais ce qui est frappant dans ses toiles et ses cartons peints dans l'hiver de sa vie, alors que sa respiration était entravée par un asthme chronique, c'est le remplissage de
l'espace. Un remplissage étonnant que nous avons déjà rencontré chez Séraphine de Senlis.
Fleurs et arbres
Lui qui vit sous le ciel de Savoie, ne montre jamais l'horizon. Ses toiles ne sont pas des fenêtres, mais des peintures sur des murs, sur des falaises. Ses
personnages sont des animaux déguisés, des singes jouant la comédie humaine.
Princesse africaine
Dame noble
Famille respectable

Fumeur d'Albertville
Curieusement, le cousinage auquel on pourrait penser, n'est pas mentionné. Il serait du côté de l'Afrique peut-être ou des aborigènes. Une manière directe et
magique de projeter les formes et les couleurs comme un geste vital, la libération nécessaire d'un trop plein de vie, trop plein d'angoisses, trop plein de peurs.
Esprits inconnus
Projet tapisserie
Cette présence grouillante de la nature, des hommes, des animaux et des esprits est parfois si oppressante que le peintre les écarte pour aller vers
l'abstraction.

Drapeaux

Drapeau au chien
Grand animal noir
Dans les grottes, dans la nuit, à la lueur des torches, les hommes des cavernes jetaient des animaux sur les parois. Des animaux qui s'éveillaient la nuit quand la
terre dormait.
les oiseaux de Boix-Vives chantent sur ses toiles alors que leur créateur dort depuis 40 ans sous la terre.
Ils attendent, immobiles, que se couche le soleil.
Ils attendent, immobiles, que ce monde finisse.
Lien : Camille Bombois peintre à Montmartre
Liste et
liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.







Par un jour très gris, nous sommes allés, Nicole et moi, au musée Maillol voir l'exposition
consacrée à Séraphine de Senlis mise à la mode par Yolande moreau dans le beau film consacré à cette artiste au coeur simple et à l'esprit visité par les anges et les démons. (voir : Séraphine de Senlis )
Nous sommes restés longtemps devant le grouillement inquiétant des fleurs carnivores et des feuilles griffues, le regard emprisonné dans la toile sans horizon, sans sortie sinon vers le haut et
le ciel..
Notre surprise fut grande, en quittant les salles de l'exposition de découvrir un artiste naïf, plein de vie et d'optimisme qui nous a aussitôt ensoleillés.

Camille Bombois dont le nom même fleure la nature et la vie simple est un
solide bourguignon qui après avoir été valet de ferme, lutteur de cirque, marin, ouvrier de tunnel dans le métro parisien et travailleur de nuit dans une imprimerie, parvint enfin à vivre de
sa passion, la peinture vers 1940. Après la première guerre et son retour du front il fut étonné de voir que sa femme, Eugénie Christophe qu'il avait épousée à la mairie
du XVIIIème et qu'il aima au point de ne pouvoir peindre qu'elle, avait réussi à vendre plusieurs de ses toiles. Ce qui l'encouragea à exposer dans les rue de Montmartre comme le
faisaient alors de nombreux peintres de talent (ce qui a hélas a bien changé!) Plus tard il sera remarqué par Mathot, un marchand de la rue des Martyrs qui vendra avec succès de nombreuses
toiles. Ainsi, Camille put-il installer son atelier rue Caulaincourt où il eut tout le loisir de peindre encore et toujours son grand amour.

Il aimait ses formes généreuses et la douceur de son visage. Il regardait
Emilie accomplir les gestes du quotidien avec infiniment de reconnaissance et de désir.
Son regard écarte les cuisses, fait remonter la robe, caresse la chaleur et le mystère de la femme.

Pour lui, le sexe est bien l'origine du monde comme le nomme Courbet, mais c'est aussi sa
vérité, sa permanence, le lieu où l'homme devient homme. Il s'y réfugie sans cesse, lui le bourguignon massif et nul doute qu'il se laisse féconder, qu'il laisse son esprit accueillir les
délicatesses et les teintes qui sont femmes.

De nombreuses toiles montrent des femmes qui soulèvent leur tablier ou
leur robe, très simplement, pour recueillir des cerises par exemple, ou des fleurs.

Sur celle-ci, nous voyons à droite une de ces femmes jambes entrouvertes. Au centre, sur le pavé une
autre se penche vers un minuscule chaton noir devant un petit garçon. On peut rêver longtemps devant cette peinture. La rue comme un chemin entre deux rangées de maisons qui sont comme des
jambes, avec en ligne de fuite ce trou d'ombre qui attire et ce chat au beau milieu qui quête les caresses. tout cela sous le regard d'un petit mâle
impressionné.

Un jeune mâle qui guettera plus tard entre les joncs ces baigneuses allongées dans la douceur de l'eau, les jeunes seins durcis, les jambes qui s'écartent...

Nous rentrons à Montmartre avec le sentiment d'avoir rendu visite à deux artistes étonnants et étrangement opposés : Séraphine qui ne peut retenir l'éclatement des cellules, des
cancers, des obsessions dévoreuses de lumière et Camille qui ramasse le monde et ses questions à l'intérieur des forme les plus douces et les plus voluptueuses.
...
Liens : Liste et liens: Peintres et personnages de
Montmartre. Classement alphabetique.
Montmartre abrite derrière ses façades bien des jardins et des royaumes. C'est un de ces royaumes que j'ai visité aujourd'hui et d'où je reviens avec des images de terre et de turquoise.
Certains reconnaîtront ce masque conçu par Hélène pour un spectacle de son frère Claude Nougaro, plus précisément pour l'une de ses chansons : L'Amour Sorcier :
"Venez à moi par milliers
La terre et le ciel on va les marier"...
C'est encore pour Claude qu'Hélène donna naissance à cette statue..
La terre enceinte d'elle-même plonge ses racines au plus profond du mystère et fait remonter la sève jusqu'aux étoiles. Le squelette des côtes s'ouvre sur le souffle qui donnera vie aux cuivres du Jazz.
La femme est coiffée d'une corne qui griffe le ciel, comme "la trompette de Miles, épine de la lune".
"Avec un J de joie dans un D de détresse
Un A comme Amérique et l'Afrique au milieu
Et deux Z pour que les cuivres glissent mieux
Ouvrez les gaz, voici l'Altesse
Laissez passer Sa Majesté le Jazz"
Après la mort de Liette sa mère, Hélène sculpta cette femme en prière en pensant à Marie que sa mère aimait; Le visage aux yeux clos évoque les longs masques africains en même temps que la sérénité de Bouddha endormi. Il dit la gravité de vivre. Il dit la douceur et la fragilité.
Encore la terre et le ciel avec cette femme Dinka dont le corps de liane s'élève à n'en plus finir mais dont le visage se penche vers le sol. Regard inquiet et inquiétant avec en lui le rayonnement de forces magiques.
Adolescente, Hélène aimait modeler des personnages. Elle retrouva ce goût bien plus tard. Il était resté ancré au plus secret d'elle-même et quand elle
réalisa sa première oeuvre il s'exprima avec force et désir. Il fit naître cette femme libérée qui danse et s'ouvre aux vents qui girouettent sur son corps.
Le tourbillon qui jette le pied vers le ciel et pointe les seins vers le monde comme des obus de vie ne peut dissimuler la gravité du visage qui interroge. Les yeux noirs un jour seront creux, les os se débarrasseront de la peau tendue sur le crâne et les mâchoires. Il y a dans cette femme qui tourne et danse en portant ses offrandes comme un flambeau de liberté, la volonté impuissante de tenir la mort à distance.
Non loin de là, est assis un poète égaré parmi nous. C'est le berger qui compte et recompte ses nuages pour n'en perdre aucun. Ils lui appartiennent et sont ses brebis à féconder....
Voici la Nouba au regard de chasseresse, prête à tuer ou à atteindre au coeur un passant inattentif.
Il ne faudrait pas s'attarder trop longtemps. Je sens que la magie opère et que je risque d'être happé par cet univers magique. Une étrange créature se détache des murs et me met en garde...
Je m'en vais sur la pointe des pieds, très ému d'avoir fait connaissance de ce peuple sorcier qui vit à deux pas de chez moi. Je jette un dernier coup d'oeil à ma préférée, celle qui veille en silence comme une flamme.
Liens : Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.
.....

Steinlen, grand amoureux des chats, a su leur rendre hommage par ses peintures,
ses affiches et ses dessins connus de tous. Son Chat Noir est devenu aujourd'hui la Joconde de Montmartre!
Il a été aussi un homme généreux, sensible à la condition misérable du prolétariat. Proche des communistes et des anarchistes, il a participé activement à deux
publications : Le Flambard Socialiste et L'Assiette au Beurre.
Je signale aux bonnes
consciences qui méprisent l'attachement viscéral de certains à la cause animale en les accusant d'indifférence à la misère humaine que Steinlen comme des milliers d'autres vient les contredire et
leur montrer que souvent l'amour des humains et l'amour des animaux sont liés. Notre amie Louise Michel en est un autre exemple.
Pendant la boucherie de la guerre,
Steinlen publiera de nombreuses affiches (entre 1913 et 1919) dénonçant l'horreur des tranchées et l'inanité de la guerre.
Il a illustré des chansons de Bruant qu'il a rencontré dans son cabaret. En voici une, tirée du recueil : Dans la Rue.
Malgré que j' soye un roturier
Le dernier des fils d'un Poirier
D' la rue Berthe,
Depuis les temps les plus anciens
Nous habitons moi-z-et les miens
A Montmerte.
L'an mil-hui-cent-soixante et dix
Mon papa qu'adorait l' trois-six
Et la verte
Est mort à quarante et sept ans
C' qui fait qu' i r'pose d'puis longtemps,
A Montmerte.
Deux ou trois ans après je fis
C' qui peut s'app'ler pour un bon fils
Eun' rud' perte :
Un soir, su' l' boul'vard Rochechouart
Ma pauv' maman se laissait choir,
A Montmerte.
Je n' fus pas très heureux depuis,
J'ai ben souvent passé mes nuits
Sans couverte,
Et ben souvent, quand j'avais faim,
J'ai pas toujours mangé du pain,
A Montmerte.
Mais on était chouette, en c' temps-là,
On n' sacrécoeurait pas sur la
Butt' déserte,
Et j' faisais la cour à Nini,
Nini qui voulait fair' son nid,
A Montmerte.

Un soir d'automne, à c' qu'i' paraît
Pendant qu' la vieill' butte retirait
Sa rob' verte
Nous nous épousions dans les foins
Sans mair' , sans noce et sans témoins,
A Montmerte.
depuis nous avons des marmots :
Des p'tit's jumell's, des p'tits jumeaux
Qui f'ront, certes,
Des p'tits Poirier qui grandiront,
Qui produiront et qui mourront
A Montmerte.

(Le trois six est une eau de vie normande dont le nom vient du dosage : trois mesures d'alcool et trois mesures d'eau. La verte est évidemment l'herbe sainte,
c'est-à-dire l'absinthe.)
Liens : Liste
et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.