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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Le Moulin de la Galette (Camoin)

Le Moulin de la Galette (Camoin)

     Pour sortir de la grisaille des derniers mois, de l'ambiance anxyogène de masques et de gel hydroalcoolique supplantée par les horreurs effroyables de la guerre poutinienne, il est utile, le temps d'une pause de se rendre au musée de Montmartre pour rencontrer Charles Camoin,  un "Fauve en liberté".

                 Exposition "Un fauve en liberté". Musée de Montmartre.

     "En tant que coloriste, j'ai toujours été et suis encore un fauve en liberté".

    Ce peintre flamboyant (1879-1965) vient du sud, Cézanne le qualifie de "vaillant marseillais" mais C'est à Paris qu'il vient vivre en 1897 pour s'inscrire aux Beaux Arts dans l'atelier de Gustave Moreau.

     Il ne bénéficie que pendant quelques mois des conseils du génial peintre symboliste qui a la mauvaise idée de mourir.

                                  Dessin de Camoin corrigé par Gustave Moreau

" Je regrette de l'avoir si peu connu. Il possédait à fond les maîtres du Louvre. Ce que je sais de lui c'est surtout par Matisse et Marquet que je l'ai appris."

    L'atelier de Cormon (peintre académique s'il en est,) qui lui est proposé alors, ne lui convient pas du tout et il préfère quitter l'école des Beaux Arts. Il n'y a pas perdu son temps car il a fait la connaissance des deux autres peintres qui deviennent ses amis et ses coéquipiers dans l'aventure du fauvisme : Matisse et Marquet.

Péniche sur la Seine (1902)

Péniche sur la Seine (1902)

     C'est avec eux qu'il part à l'aventure dans Paris et peint des toiles où déjà s'affirment son goût de la couleur et de la composition.

                          La Seine, le Louvre, le pont des Arts vus du Pont Neuf (1904)

La promenade au Parc (1902)

La promenade au Parc (1902)

    Le goût pour l'art des estampes japonaises se manifeste chez lui, comme chez ses amis, auxquels vient s'ajouter Derain.

   Il représente Amélie Matisse dans un kimono dessiné par son mari.... 

                 Madame Matisse faisant de la tapisserie (Camoin. 1905)

                                         Madame Matisse en kimono (Derain

        Quand il s'intéresse au portrait, Camoin est influencé par Cézanne qui aime le conseiller : "Je vous parle comme un père".

                                             Portrait d'Albert Marquet (1904)

Si cette influence est sensible dans la composition, elle l'est moins dans la recherche de la "vérité" du personnage.

                                  

Camoin exprime une vie intérieure plus rare chez Cézanne accaparé par le cadrage et la composition.

                                                        Lola Camoin (1920

     Une des premières toiles de l'expo est un hommage du peintre à sa mère, elle-même peintre et à l'origine de la passion de son fils.

                                 La mère de l'artiste sur le divan (1897)

La sensualité est exprimée par la pause, le talent par la palette qui est tenue comme un éventail. Remarquable toile, comme un manifeste du fauvisme et une affirmation de la place égale de la femme dans la création. 

Port de Marseille. Notre-Dame-de-la-Garde à travers les mâts. (1905)

Port de Marseille. Notre-Dame-de-la-Garde à travers les mâts. (1905)

     Camoin est du sud, il ne le découvre donc pas (contrairement à Matisse peintre du nord) et c'est naturellement qu'il y séjourne, comme Marquet, à Saint-Tropez tandis que Derain et Matisse choisissent Collioure.

                                 Le port de Toulon à la barrière (1904)

Ses toiles comme celles de des amis ont en commun l'importance de la couleur, le non respect du réalisme, le désir, malgré le long travail, de donner l'impression d'une grande spontanéité, voire d'une improvisation. Bref toutes les caractéristiques du fauvisme.

Maisons à Montmartre (1908)

Maisons à Montmartre (1908)

  Mais c'est à Montmartre, sur la Butte des peintres qu'il s'installe définitivement dès 1907.

                                         

Il aime alors fréquenter la Bohême qui va de Derain à Van Dongen, de Picasso à Dufy. Période créatrice et difficile car comme la plupart de ses amis, il vit dans la pauvreté.

Notre-Dame et pont de l'Archevêché (1908)

Notre-Dame et pont de l'Archevêché (1908)

    L'aspect douloureux de cette période est concrétisé dans ses toiles par le cerne noir qui entoure les sujets et qui le fait tendre vers l'expressionnisme.

Il change de nombreuses fois d'adresse, toujours à la recherche d'un modeste atelier, 27 boulevard de Clichy (1907), 12 rue Cortot (1908), 46 rue Lepic (1910-1925), 2bis avenue Junot (son dernier atelier où il meurt en 1965).

Il rencontre  en 1909 la peintre Emilie Charmy avec qui il a une forte relation qui durera deux années. Cette peintre originale et puissante aurait pu faire partie de l'exposition consacrée aux "pionnières" du Musée du Luxembourg.

                                                   Camoin assis (Emilie Charmy)

Espérons qu'elle fera bientôt l'objet d'une rétrospective qui permettra de  mesurer sa force et son originalité.

                              Femme allongée (Emile Charmy)

 

    Après la fin de sa liaison, Camoin part pour Tanger où il rejoint Matisse. l'intermède sera de courte durée et quand il revient à Paris, rue Lepic, il est en proie à une dépression (qui durera jusqu'en 1914) pendant laquelle, proche du suicide, il s'acharne contre ses toiles qu'il taillade et déchire quand il ne les brûle pas dans son poêle.

Toile restaurée. Le Moulin Rouge.

Toile restaurée. Le Moulin Rouge.

      Nous perdons alors plus de 80 oeuvres dont beaucoup avaient été peintes à Montmartre.

Des morceaux de toile sont récupérées dans les poubelles, revendues aux Puces, restaurées et pour certaines vendues à Drouot par Carco.

                                      Autoportrait. Toile découpée et restaurée

                                      L'Indochinoise (1905). Toile découpée et restaurée

    Camoin intente un procès à l'issue duquel le tribunal lui donne raison par un jugement qui sera à l'origine d'une nouvelle législation sur la propriété intellectuelle qui protège encore aujourd'hui les créateurs.

    Mobilisé en août 1914, il est affecté à la section "camouflage" qui consiste avec d'autres artistes de peindre des toiles qui dissimuleront des armes ou des points stratégiques. Il garde sur lui un carnet sur lequel il saisit des visages de soldats. Jamais il ne représente l'horreur des tranchées qui resteront un cauchemar dont il parlera peu.

 

Dès les premières années de son travail,  avant les années de guerre, Camoin s'est intéressé au nu féminin, exercice obligé de tout peintre qui veut se faire connaitre.

Nu à la chemise mauve (1908)

Nu à la chemise mauve (1908)

      Loin de l'académisme qui perdure et des audaces de la jeune génération, il donne à voir une sensualité sans apprêts mais vivace, une femme qui n'est pas dupe et joue du désir masculin.

"Je suis allé voir deux fois le père Cézanne, je lui ai montré mes études, il a beaucoup aimé le portrait d'une putain, me disant que c'était là ma voie."

La saltimbanque au repos (1905)

La saltimbanque au repos (1905)

     La célèbre "Saltimbanque au repos" a son petit succès de scandala au salon des Inépendants, succès renforcé par l'agression dont elle est victime,. Elle reçoit en effet quelques coups de couteau rageurs.

 

Dès 1920, Camoin se partage entre Montmartre et Saint-Tropez. Il commence à être reconnu et apprécié pour ses couleurs comme pour sa tentative de traduire des sensations. Devant un paysage, tous les sens sont en éveil et la toile idéale traduirait à la fois la lumière, le parfum, la chaleur. Et il est vrai que les toiles des fauves nous happent dans leur ambiance et nous intègrent dans leurs couleurs.

                                               Le square Saint-Pierre

Printemps (1921)

Printemps (1921)

   1920 c'est aussi l'année où il épouse Charlotte Prost (Lola) avec qui il aura une fille, Anne-Marie.

 

 

Lola sur la terrasse (1920)

    En 1925 il déménage pour le 2bis de l'avenue Junot, dans un Montmartre qu'il apprécie, comme ses habitants pour qui Paris est un autre univers :

"C'est maintenant que j'apprécie la Butte. On est au-dessus de la mêlée, loin du bruit et de la rumeur de la ville."

Tartane arrivant dans le port de Saint-Tropez

Tartane arrivant dans le port de Saint-Tropez

    Camoin profitera de la reconnaissance et de la vogue des Fauves. Il sera exposé à Paris comme à New-York.

Il meurt à Montmartre à  86 ans dans son atelier proche du Moulin qu'il a souvent peint de ses fenêtres.

 

     Il est enterré à Marseille, dans la ville lumineuse de sa jeunesse.

                                Le garage à bateaux du peintre Person

    Mais pour nous Montmartrois, il est, comme les peintres et les poètes qui ont vécu sur la Butte, l'un des citoyens de notre village qui aime les chats (noirs ou non) et leurs cousins sauvages, les fauves en liberté!

                                                     La rue d'Orchampt

    L'exposition "Camoin, un fauve en liberté" se tient au musée de Montmartre, 12 rue Cortot, jusqu'au 11 septembre 2022.

 

Liens : les peintres; les artistes, les célébrités de Montmartre

                                                 Le peintre dans son atelier

En annexe, pour les promeneurs de Montmartre, les adresses de Charles Camoin dans notre quartier :

Musée de Montmartre. Charles Camoin. Fauvisme.

1907

27 boulevard de Clichy. Le vieil immeuble a disparu rempacé parc cette façade plate et sans style.

Musée de Montmartre. Charles Camoin. Fauvisme.

1907

6 rue Mansart, pour quelques mois

Musée de Montmartre. Charles Camoin. Fauvisme.

1908

Le fameux 12 rue Cortot, aujourd'hui musée de Montmartre, où vécurent tant de grands peintres et où on peut visiter l'atelier de Valadon et son petit appartement à la fenêtre barrelée afin d'empêcher Utrillo de sauter dans la rue et d'aller au bistro.

Musée de Montmartre. Charles Camoin. Fauvisme.

1910-1925

46 rue Lepic, l'immeuble n'est pas éloigné du 54 où vécut Théo Van Gogh et où il hébergea Vincent.

Musée de Montmartre. Charles Camoin. Fauvisme.

1925-1965

2bis avenue Junot. Quand y aura t-il une plaque? L'atelier de Gen Paul, peintre mineur et antisémite  y a droit!

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Publié le par chriswac
Publié dans : #album
Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

1er mars. Tristes jours où la guerre se déchaîne en Europe. Poutine est un criminel que nous avons laissé prospérer de massacre en massacre (Alep, Grosny, Karabagh...) Les Ukrainiens paient le prix de notre lâcheté. 

En lettres noires, pauvre protestation devant le Sacré-Coeur : Nous devons tous ensemble lutter contre l'agression de Poutine".

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

2 mars. Conversation avec un smartphone. Rue Durantin.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

3 mars. Petite boutique pour petits rêveurs. (rue Burq)

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

4 mars. Ils s'aiment malgré les bombes.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

5 mars. L'artiste aux impressions d'encre. Rue du Calvaire.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

6 mars. Invitation à la danse, square Louise Michel.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

7 mars. Quatre pigeons.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.
Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

8 mars. Les Galeries Dufayel vues de ma rue et le très beau fronton de Dalou, "le progrès entraînant le commerce et l'industrie".

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

9 mars. Nous gardons toujours notre âme d'enfant.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

10 mars. Les pavés de la Butte sont durs aux éboueurs!

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

10 mars. Le gazon (même roussi) repousse!

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

11 mars. Le pied de l'arbre et le pied de l'homme. 

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

12 mars. Petit chien grand amour.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

13 mars. Chapi chapo.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

14 mars. La rue Saint-Rustique, âme de Montmartre.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

15 mars. Coeurs à vendre avant qu'ils ne s'envolent!

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

16 mars. Il faut partager son sandwich. Square Nadar.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

17 mars. Trois semaines de bombardement sur l'Ukraine. Le ciel saigne.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

18 mars. Petit chien dans sac à dos! Square Nadar.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

19 mars. Printemps au Château des Brouillards.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

20 mars; "My cat needs cat food"! Le musicien oublie de préciser que son chat aime Bach!

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

21 mars. Aubade pour Dalida. (Place Dalida).

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

22 mars. printemps en folie devant la basilique.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

23 mars. La Butte versant soleil.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

24 mars. La Butte est faite pour les amoureux!

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

25 mars. Un air de campagne dans la maison où vécurent Renoir, Valadon, Utrillo et quelques autres. Rue Cortot.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

26 mars. Prise de tête amoureuse.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

27 mars. Bon appétit mesdames!

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

28 mars. Rencontre.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

29 mars. Magnolias.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

30 mars. Double sourire.

Mars 2022. Album photos au jour le jour à Montmartre.

31 mars. Dernier jour froid sur la Butte. Depuis le premier jour du mois la guerre n'a pas cessé. Il y a dans le printemps quelque chose d'un hiver qui a pour nom Marioupol.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places.
La rue Saint-Rustique à Montmartre.
La rue Saint-Rustique à Montmartre.

    La plus ancienne rue de Montmartre est aussi la plus haut perchée. Elle est, modeste et villageoise, au sommet de la Butte avec ses 110 mètres de long et ses 2,6 mètres de large.

 

        Par chance elle ne fut pas détruite comme tant de rues du vieux village, écrasées par de lourds immeubles. Il s'en fallut de peu pour qu'elle ne soit rasée. Les plans du baron Haussmann prévoyaient déjà d'élargir la rue Lepic qui aurait rejoint par la rue Norvins la place du Tertre en détruisant les maisons anciennes. La rue Saint Rustique faisait partie des plans et transformée en artère de 12 mètres de large  aurait relié les rues du Mont-Cenis et des Saules. Comment réussit-elle, vers 1920 à se faire oublier quand les promoteurs s'abattirent sur la rue du Mont Cenis et réduisirent en miettes les maisons de Mimi Pinson et de Berlioz?

 

    Au Moyen-Âge, simple chemin de terre entre jardins et vergers, elle ne se couvre de maisons qu'au XVIème siècle. Elle s'appelait alors chemin Notre-Dame, puis rue Notre-Dame avant d'être baptisée Saint-Rustique en 1867.

La rue Saint-Rustique à Montmartre.

     Saint Rustique doit plaire aux adversaires du genre car des sites qui se prétendent sérieux, comme de nombreuses cartes postales font de lui une sainte. Rue Sainte Rustique!

                                 Un exemple parmi d'autres de "Sainte-Rustique".

Saint Rustique est pourtant un homme et sa légende est connue. 

Basilique de St-Denis. Au centre St Denis, à gauche et à droite St Rustique et St Eleuthère.

   Il était avec Eleuthère un compagnon de Saint-Denis avec qui il subit le martyre, c'est à dire qu'il fut décapité sur la Butte. La chapelle du martyrium rue Yvonne le Tac perpétue le souvenir de ce supplice.

Panneau sculpté (XVIème) représentant le martyre dans un Montmartre imaginaire. Le panneau jadis prêté au musée de

Panneau sculpté (XVIème) représentant le martyre dans un Montmartre imaginaire. Le panneau jadis prêté au musée de

   Si Eleuthère et Rustique ont leur rue à Montmartre, St Denis n'en a plus depuis que celle qui portait son nom a été rebaptisée rue du Mont Cenis en 1863.

La rue Saint-Rustique à Montmartre.

   La rue commence 5 rue du Mont Cenis avec un café-restaurant très fréquenté par les touristes  mais assez décrié en réalité pour la qualité de sa cuisine et l'amabilité de l'accueil, le Ceni's (on se met à la mode comme on peut!)

La rue Saint-Rustique à Montmartre.

    Les maisons dont bon nombre datent du XVIème siècle n'ont rien de remarquable sinon qu'elles participent au charme authentique de la rue. Les rez de chaussée sont souvent humides et peu agréables. Au 2 ont vécu jusque dans les années 2000 deux vrais Montmartrois, gouailleurs, misérables, généreux : Christiane et Pépère. Leur rez de chaussée sans électricité et sans lumière sert aujourd'hui d'annexe (je crois) au Ceni's. Je suis peut-être un des derniers qui pense à eux chaque fois que je passe dans cette rue dont ils gardaient quelque chose de l'âme et la mémoire. 

La rue Saint-Rustique à Montmartre.

    Parfois les numéros impairs de la rue sont l'arrière d'établissements donnant sur la place du Tertre ou sur la rue Norvins. C'est le cas de la façade rouge de La Mère Catherine un des plus célèbres cabarets de Montmartre qui vit sur sa légende avec assez de profit pour avoir dévoré pour s'agrandir la vieille brocante-librairie du Singe qui lit, aujourd'hui disparue.

Chez ma cousine.

Chez ma cousine.

La rue Saint-Rustique à Montmartre.

      Un autre cabaret ouvert en 1928 a lui aussi son arrière sur la rue Saint-Rustique :"chez ma cousine".

La rue Saint-Rustique à Montmartre.
La rue Saint-Rustique à Montmartre.

  Au 7 habitait Georges Roudière, plombier de 28 ans qui après avoir abondamment arrosé le réveillon, alla, sans doute pour éviter une diète trop brutale, dans un café de la rue Lepic. Il se prit de querelle avec un consommateur et "s'affaissa soudain en gémissant. Son adversaire l'avait frappé d'un coup de couteau à l'aine. Il a été transporté à l'hôpital Bichat. L'agresseur a pris la fuite." (journal Le Temps, 26/12/1925)

La rue Saint-Rustique à Montmartre.

    Toujours dans le domaine des faits divers voici le 8 qui se dissimule derrière ses hauts murs. C'est là qu'habitait en 1869 le maréchal ferrant Louis H. Il rendit visite à un voisin qui lui montra  fièrement sa collection de rasoirs. Le maréchal en saisit un et se tourna contre la muraille. Il s'enfonça le rasoir dans la gorge avec une telle force que la lame ne fut arrêtée que par les vertèbres cervicales (...) Le blessé qui perdait tout son sang , ne tarda pas à succomber. La cause de ce suicide accompli de façon si étrange, est restée ignorée. (Le Temps 01/07/1869)

La rue Saint-Rustique à Montmartre.

    Pas grand chose à dire des vieilles maisons qui se succèdent jusqu'à la fin de la rue. En revanche ces derniers numéros font partie du Montmartre mythique. Avant de les rejoindre, mentionnons le 18 où vécut Charles Aznavour dans les années 50.

 

    Il habitait un petit deux pièces sur cour et si la vie était dure pour lui, elle lui a laissé les souvenirs éblouis d'une jeunesse artiste et fauchée dans un Montmartre accueillant où la vie de Bohême était difficile mais joyeuse....

"Montmartre en ce temps-là

Accrochait ses lilas

Jusque sous nos fenêtres...."

De la rue des Saules

De la rue des Saules

Entre Bonne Franquette et Consulat.

Entre Bonne Franquette et Consulat.

      La rue se termine entre La Bonne Franquette et le Consulat auxquels nous avons consacré des articles sur ce blog.

La guinguette (Van Gogh) Les jardins existent toujours. Le restaurant s'appelait alors "les Billards en bois".

     Les deux établissements furent fréquentés et peints par quelques uns des plus grands peintres qui vécurent à Montmartre.

 

Utrillo.

Utrillo.

Nous quittons cette rue qui garde malgré la fréquentation touristique un charme et une simplicité venus du vieux village de Montmartre.

Utrillo et quelques autres l'ont aimée et l'ont peinte....

La rue Saint-Rustique à Montmartre.

    Il existe de nombreuses représentations de la rue par Utrillo. Elles n'ont pas toutes la même valeur et parfois trahissent une répétition, une facilité dues à l'urgence de gagner un peu d'argent. Mais quand elles échappent à cette nécessité, elles prennent une dimension onirique, la rue s'élargit, change de couleurs...

Quelques passants sont happés par elle et disparaissent. L'angle de vue est presque toujours le même, à partir de la rue des Saules vers la basilique dont le dôme se tasse ou s'affine selon l'humeur du jour...

La rue Saint-Rustique à Montmartre.
La rue Saint-Rustique à Montmartre.
La rue Saint-Rustique à Montmartre.
La rue Saint-Rustique à Montmartre.

  De nombreux peintres ont essayé après Utrillo de représenter cette rue si pittoresque, avec plus ou moins de bonheur....

                                                              César Bron (1930)

                                                               Jean-Pierre Sahuc

                                                  André Renoux, le seul à ma connaissance qui ait choisi une autre orientation, depuis la rue du Mont-Cenis.

Monique Langlois

Monique Langlois

Elysée Maclet Utrillo pas loin!)

Elysée Maclet Utrillo pas loin!)

    De grands photographe l'ont eue dans leur collimateur. Parmi eux Atget qui l'a saisie vers l'ouest, déserte comme d'habitude sur ses clichés...

 

 

Je vous conseille de parcourir cette rue le matin quand elle est encore elle-même, simple et calme, surgie du passé presque intacte. Vous y serez un passant d'Utrillo....

La rue Saint-Rustique à Montmartre.

    Ou bien vous retrouverez quelques poulbots comme cet écolier qui n'est autre qu'un ami, un vrai Montmartrois.... Pierre C. qui l'empruntait chaque jour pour aller à l'école.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Rue du Mont-Cenis. (Gazi)

Rue du Mont-Cenis. (Gazi)

Voilà un personnage haut en couleurs tels que Montmartre les aime!

              Son nom lui seul est déjà un poème, Gazi le Tatar! 

 

Le palais des khans à Bakhtchissaraï

Le palais des khans à Bakhtchissaraï

Un poème et une légende bien entretenue par son porteur. 

   La vérité, autant qu'on puisse s'y fier voudrait qu'il fût né en Crimée, en 1900. C'est la date bien ronde qu'il dit être celle de sa naissance. Ceux qui l'ont connu alors qu'il se disait quarantenaire l'estimaient plus vieux d'une dizaine d'années! 

 Il prétend avoir vu le jour dans le château de Hansaray. Ce qui est flatteur mais improbable puisque ce château était la résidence du gouverneur russe de Crimée (déjà!) Il s'appelle alors Igna Ghirei.

 

 

Gazi le Tatar frère d'Utrillo.

    Pourquoi "le Tatar"? C'est que son père affirme descendre des princes tatars de Crimée, eux-mêmes descendant de Gengis Khan. Cette qualification faite pour poser son personnage ne vient orner son nom que lorsqu'il arrive sur la Butte vers 1934.

Auparavant notre homme se contente de Gazi (le victorieux) ajouté à son véritable prénom.

Académie des Beaux Arts, Naples.

Académie des Beaux Arts, Naples.

    Avec la Révolution de 1917 les Bolcheviks envahissent la Crimée et sèment la terreur provoquant la fuite de ceux qui les craignent. La famille de notre Igna Ghirei se réfugie en Italie où le jeune homme commence des études aux Beaux Arts de Naples.

           Naples, encre de Chine et aquarelle (Gazi)

    Pendant cet exil son père aurait été assassiné par les Bolcheviks, ce qui ajoute à la légende familiale. En réalité il semble bien qu'il soit mort de façon très confortable dans son lit.

"Aux vignobles de France" Bd du Montparnasse, rue Campagne Première (1924. Utrillo)

"Aux vignobles de France" Bd du Montparnasse, rue Campagne Première (1924. Utrillo)

    En 1920 Igna Ghirei choisit de vivre à Paris, alors capitale culturelle de l'Europe, et c'est à Montparnasse qu'il découvre l'intensité artistique de la capitale.

Montparnasse a, dans ces années, détrôné Montmartre, mais c'est à Montmartre que notre homme va trouver sa voie, devenir Gazi et se tatariser. Gazi le tatar est donc né à Montmartre!

La maison de Mimi Pinson (Gazi)

La maison de Mimi Pinson (Gazi)

    Il est séduit par notre Butte à la fois simple et altière et il comprend à quel point sur cette "montagne" la réalité ne prend son envol que lorsqu'elle est sublimée par la légende. 

                                           Suzanne Valadon et Utrillo

 On ne sait comment , en 1934, il rencontre Suzanne Valadon dont ll admire la peinture et qu'il encourage à peindre de nouveau.

   

                                                 11 avenue Junot

 

       Il ne manque pas de charme et il sait se faire apprécier par celle qu'il va appeler sa "mère adoptive", plus prosaïquement "mémère". En 1935 il trouve refuge chez elle,  là où elle vit depuis sa séparation avec Utter, dans le passage qui relie la rue Lepic à l'avenue Junot (au 11).

Il se lie d'amitié avec Maurice Utrillo, son "frère"qui vit avec sa mère.

Gazi

Gazi

    De ces quelques mois en "famille" Gazi tire profit en accompagnant Utrillo lorsqu'il se déplace pour peindre dans Montmartre, ou en le regardant s'inspirer de cartes postales.

Lorsqu'il peint lui-même, Gazi ne peut cacher l'influence d'Utrillo sur ses représentations d'un Montmartre presque désert, avec parfois quelques passants isolés.

                                                   Le maquis (Gazi)

   Mais sa palette est souvent plus vive que celle de son "frère" et la comparaison des toiles représentant la même rue ou la même place est révélatrice de deux tempéraments. Un utrillo plus introverti et un Gazi plus chaleureux.

Nous pouvons nous en faire une idée avec les tableaux qui suivent et représentent les mêmes paysages urbains.

Gazi

Gazi

Utrillo

Utrillo

    L'angle de vue est le même dans ces deux tableaux. Le chevalet serait posé sur la place du Tertre, vers l'église St Pierre. Le premier est clair et joyeux quand le second fait peser sur la place, comme un couvercle, un ciel gris et lourd.

Le Lapin agile et la rue St-Vincent (Gazi)

Le Lapin agile et la rue St-Vincent (Gazi)

Utrillo

Utrillo

     La neige fait du tableau de la rue St Vincent une illustration de conte de fée chez Gazi alors que la solitude et la tristesse dominent chez Utrillo...

Quoi qu'il en soit, il paraît évident que la meilleure période de Gazi correspond à son séjour chez Suzanne Valadon. Quelques unes de ses toiles font de lui un peintre d'importance, injustement oublié aujourd'hui.

 

                             Autoportrait de Suzanne Valadon peint l'année de sa mort

      L'hébergement de Gazi chez Suzanne Valadon se poursuit après le départ d'Utrillo. Suzanne, inquiète de son propre état physique, de ses dépressions et des alertes cardiaques, pousse son fils à quitter Montmartre pour aller vivre avec Lucie Valore au Vésinet.

                                                    Lucie Valore et Utrillo

      

Ce n'est qu'en 1938, après la mort de sa "mère adoptive" que Gazi quitte l'avenue Junot pour trouver un modeste logement au 5 place du Calvaire où il restera jusqu'à sa mort.

Gazi. 5 place du Calvaire.

Gazi. 5 place du Calvaire.

    La place du Calvaire est proche de l'église Saint-Pierre qui devient le nouveau refuge de Gazi.

                   Place du Calvaire. L'immeuble blanc où vivait Gazi.

                           Appartement de Gazi, aujourd'hui voisin de chez Plumeau

Il avait trouvé une mère adoptive, il va trouver une mère spirituelle, la Vierge Marie!

 

                                                       L'église Saint-Pierre (Gazi)

   Il devient bedeau de l'église, lui un Tatar dont l'islam est indissociable, et il tombe en amour devant une statue de la Vierge, dans la vieille église.

Gazi le Tatar frère d'Utrillo.

     Il retrouve trace du culte qui était voué avant la Révolution à Notre-Dame de Montmartre et il se démène pour que ce culte soit restauré. Il obtient satisfaction en 1942 et, étant artiste, il mobilise le soutien des peintres de la Butte pour que soit ajouté un second vocable à Notre-Dame de Montmartre : Notre Dame de Beauté, reine de la Paix, patronne des artistes.

Gazi le Tatar frère d'Utrillo.

    Jusqu'à sa mort en 1975, il reste le paroissien le plus assidu et l'adorateur le plus ardent de Notre-Dame de Beauté qui chaque année est honorée par les artistes au cours d'une célébration.

Gazi le Tatar frère d'Utrillo.

    Il meurt le 31 octobre, dans un dénuement que sa tenue misérable ne pouvait dissimuler. Sans argent, il est inhumé à Pantin et il faudra attendre la réaction des peintres de la place du Tertre et de quelques paroissiens pour que lui soit offerte une place dans le caveau de Gustave Dispot curé de St-Pierre entre 1945 et 1964, décédé en 1968 et dont il fut bedeau pendant presque vingt ans. 

Il y est transféré, accompagné d'un cortège d'artistes et il passe désormais son éternité de Tatar à quelques mètres de son "frère adoptif" Maurice Utrillo.

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                                           Gazi le Tatar (Landier 1941)

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Publié le par chriswac
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Utrillo

Utrillo

     Il est incontestablement une des stars de Montmartre, le "monument" le plus photographié avec le Sacré-Cœur et le Moulin rouge, celui que le monde entier connaît sous le nom de Moulin de la Galette.

Le moulin de la Galette. Le Radet.

    Beaucoup d'études lui ont été consacrées mais il me semble que la plus précise et la plus claire soit celle que propose "Montmartre en revue" de décembre dernier, signée Jean-Manuel Gabert.

Le moulin de la Galette. Le Radet.

    Sur son origine les spécialistes se disputent mais la plus simple des hypothèses et sans doute la plus vraisemblable est celle qui fait de lui un authentique Montmartrois dont l'existence est mentionnée dès le début du XVIIIème siècle (ce qui n'empêche pas les cartes postales de le faire naître en 1295!)

 

   En effet c'est en 1717 que le meunier François Chapon après s'être constitué un beau domaine qui, pour ceux qui connaissent la Butte, couvrirait toute la Cité des Arts, entre les rues Norvins, Girardon et de l'Abreuvoir, exploite le petit moulin qui existait à cet endroit. 

Le moulin de la Galette. Le Radet.

     

Les Montmartrois lui donnent alors pour nom : "Moulin Chapon".

Le moulin de la Galette. Le Radet.

    Il reste Chapon jusqu'au milieu du XVIIIème siècle quand il est saisi (1744) peu après la mort du meunier en faillite et qu'il change de propriétaire.

Impossible de connaître la date exacte de son nouveau baptême qui le voit passer de Chapon à Radet. 

Années 50

Années 50

          Aucun de ses propriétaires ou de ses meuniers ne porte ce nom qui semble venir de nulle part. Nous avons évoqué dans notre article sur la rue des Moulins (Norvins) plusieurs hypothèses plus ou moins fantaisistes.

Alors que la future rue Lepic est appelée rue de l'Empereur (1852) le moulin aurait pris dans la foulée le nom d'un glorieux général de la Grande Armée, Etienne Radet.

Autre hypothèse, un montmartrois connaisseur des moulins à eaux, appelés moulins à radet aurait pu par comparaison avec un assemblage de planches qui ressemblent à un radeau, l'appeler ainsi.

Enfin, le plus vraisemblable serait que ce nom n'aurait été autre que celui d'un des meuniers qui s'y sont succédé et dont nous n'avons gardé aucune trace.

Le Blute-Fin aujourd'hui, toujours au même emplacement que lors de son baptême!

Le Blute-Fin aujourd'hui, toujours au même emplacement que lors de son baptême!

    C'est  sous ce nom de Radet qu'il est acquis en 1812 par Nicolas-Charles Debray qui depuis 1809 est déjà propriétaire du majestueux Blute-Fin toujours en place rue Lepic.

Le 1 avenue Junot, avant-dernier emplacement du Radet.

Le 1 avenue Junot, avant-dernier emplacement du Radet.

    Le meunier avisé décide de "rapprocher "ses deux moulins et en 1834 après avoir démonté le Radet l'installe à l'entrée de sa ferme, à peu près au 1 avenue Junot actuel. Les deux moulins se trouvent inclus dans la même propriété Debray et peuvent comme des sémaphores communiquer entre eux!

Le moulin de la Galette. Le Radet.

    L'emplacement du Radet est idéal et il est l'endroit rêvé pour boire le petit vin de la Butte et manger les bons produits de la ferme, sans oublier les galettes bien dorées confectionnées par la meunière avisée. Le Radet est alors appelé avec reconnaissance par les promeneurs du dimanche, "moulin de la galette".

Le moulin de la Galette. Le Radet.

     Moulin de la Galette il est, moulin de la Galette il restera.

                                     Dernier déménagement du Radet

     Pourtant, il lui reste à franchir quelques mètres encore pour s'arrêter définitivement là où nous le voyons aujourd'hui, à l'angle des rues Lepic et Girardon.

Le moulin de la Galette. Le Radet.

   C'est en hommes d'affaires avisés que les Debray engagent un  orchestre pour faire guincher les Parisiens qui se dépaysent à Montmartre. Le Blute-Fin est agrémenté d'une terrasse avec vue sur tout Paris et entre lui et son petit frère sont construites des salles de bal.

Renoir. Bal au Moulin de la Galette;

Renoir. Bal au Moulin de la Galette;

     C'est la grand époque du Radet devenu Moulin de la Galette. Peintres, poètes, écrivains l'immortalisent.

                                 Bal au Moulin de la Galette.(Lautrec).

     Il ne sait pas qu'il est menacé par Auguste Debray, "le petit père Auguste", qui pour agrandir son domaine veut le faire disparaître au profit de salles plus grandes et d'un restaurant.

   

 En 1925, le moulin est démonté et à sa place une laide construction commerciale et fonctionnelle est érigée. Montmartre gronde, les amoureux de la Butte n'acceptent pas ce sacrilège. Debray pour calmer le vent de révolte décide de remonter son moulin au-dessus de ses nouveaux bâtiments. L'effet est franchement désastreux. Le pauvre moulin n'en croit pas ses ailes. Et pourtant il restera là, moulin juché sur son béton, pendant presque un demi siècle.

 

    En 1977,  la restauration du vieux Montmartre est menée tambour battant, le moulin est restauré, le porche d'entrée belle époque est reconstruit après qu'eut été rasée la hideuse construction de Debray.

Le moulin de la Galette. Le Radet.

     Et voilà! Notre moulin de la Galette peut attendre, heureux face au vent et au soleil, le Jugement Dernier. Il reste impassible quand il entend certains guides affirmer qu'il n'est pas le vrai moulin de la Galette et que celui qui mérite ce nom est situé à une centaine de mètres, altier et intact sur sa terrasse.

Il est vrai qu'une entrée au pied du moulin en haut de la rue Tholozé, peut tromper. C'est que la famille Debray avait donné ce nom à tout son domaine, une enseigne commerciale rêvée et qui faisait fi de la susceptibilité du plus grand, du mieux conservé des deux derniers moulins de Montmartre qui était fier d'être le Blute fin!

 

     Et pour terminer notre coup de chapeau par dessus les moulins, voici quelques hommages rendus au Moulin de la galette, alias Radet, par les peintres, le principal, le plus amoureux étant bien sûr Utrillo.

 

Utrillo

Utrillo

Utrillo

Utrillo

Van Gogh

Van Gogh

           Buffet (à l'époque où le moulin était perché sur la vilaine construction de béton

Jacques Ruiz

Jacques Ruiz

Merio Ameglio

Merio Ameglio

Elysée Maclet (un peu copié d'Utrillo)

Elysée Maclet (un peu copié d'Utrillo)

Gen Paul

Gen Paul

                                                 Le Radet par la fenêtre (Camoin)

Le Moulin de la Galette (Yaki)

Le Moulin de la Galette (Yaki)

Utrillo pour finir en beauté!

Utrillo pour finir en beauté!

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Publié le par chriswac
Publié dans : #POEMES...Divers
Ukraine debout

 

 

Peuple du blé mur sous le ciel des moissons

Peuple des couronnes de fleurs sur la tête des filles

Peuple du sel et du pain

Peuple sous les bombes

Peuple des enfants jetés sur les routes

Des vieilles femmes et des vieillards tremblants comme des chevreuils

Des jeunes mariées qui n’auront pas de noces

Des hommes qui n’ont jamais tué et qui portent un fusil

Peuple du courage qui lutte pour ma faiblesse

Peuple effrayé qui lutte pour ma peur

Peuple debout qui lutte pour mon sommeil

Peuple d’Ukraine

Pardon pour notre lâcheté

Pardon pour notre confort complice des assassins

Pour tout ce qui pour nous est si précieux

Que pour le conserver nous n’acceptons ni d’avoir un peu froid

Ni de laisser la voiture au garage

Pardon de vous regarder assis dans nos fauteuils

Entre les jeux télévisés et le film du soir

Appeler au secours devant les chars qui avancent

 

Ukraine debout
Ukraine debout

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Le nain Piéral, un grand Montmartrois

     Eh oui! C'est sur la Butte qu'a vécu cet artiste célèbre et dont le souvenir ne s'effacera pas grâce à Cocteau, Carné, Bunuel et quelques autres.

Portrait de Piéral (boulet)

Portrait de Piéral (boulet)

     Montmartrois il l'est puisqu'il avait pour adresse une des rues les mieux préservées de Montmartre, la rue Berthe. Exactement au 22. 

                                                                  22 rue Berthe

      Il est né en banlieue à Levallois Perret en1923. Son père, quoique de petite taille, mesure 32 centimètres de plus que lui. L'enfant dont le nanisme diagnostiqué à la naissance incommode ses parents est mis en nourrice dans l'Yonne.

     Pour calmer un bébé qui passe ses nuits à hurler, la nourrice verse de la goutte dans ses biberons. "Pendant trois ans, écrira Piéral, j'ai été ivre-mort"!

   

      Il y a mieux comme début dans l'existence! Repris par ses parents, il "grandit" vaille que vaille avec un jeune frère qui très vite le dépasse. L'expérience qu'il a de la vie est alors celle qui est réservée aux enfant différents. Sa mère qui n'accepte pas son anormalité le conduit d'hôpital en hôpital et le présente à de grands spécialistes jusqu'au jour où l'un d'entre eux, excédé par son insistance lui déclare : "Que voulez-vous que je fasse de ça?"

    L'école aussi est un rude apprentissage. Il doit courber le dos sous les quolibets quand ce n'est pas sous les caillasses.

   

     Il a 16 ans au début de l'Occupation et il fait des études de joaillerie. Il va découvrir le plaisir des sens, dans un bordel tout d'abord dont il sort ébloui, puis avec un jeune homme qui le drague dans la rue. Il se rend compte que le nain qu'il est, attise les fantasmes des hommes et des femmes. Ce sera pour lui une sorte de revanche sur les gens "normaux".

                                                                 Piéral jouant Lautrec

     Il a eu à Montmartre un devancier célèbre, Toulouse Lautrec, que les prostituées surnommaient "la théière" à cause de sa petite taille et  de son sexe avantageux!

     Il parle avec beaucoup de liberté de sa bisexualité dans le livre de ses mémoires "Vu d'en-bas".  Le titre est expliqué par lui : il lui faut "renverser la tête en arrière pour découvrir un visage plutôt que des fesses."

 

     Une part non négligeable du livre est consacrée, sans fard, à cette vie sexuelle. Si l'homosexualité semble dominer quand il décrit les partouzes où il est invité d'honneur, quand il parle de son amant acrobate du cirque Bouglione ou d'autres encore, c'est pourtant une figure féminine qui domine. Une femme de vingt ans son aînée, Angela, dont il a été amoureux pendant des années. 

"J'ai été l'amant le plus ardent et le plus comblé par une maîtresse qu'on m'enviait"

 

     Nul doute qu'il entrait une part de satisfaction de se voir préféré aux hommes "normaux" par une femme sensuelle qui attirait tous les regards dans les cabarets montmartrois.

Lucrèce Borgia

Lucrèce Borgia

     Ses succès sexuels n'auraient pas suffi à le combler s'il n'avait rencontré par hasard Henri Lartigue qui l'embauche pour faire du théâtre et jouer le rôle d'un bouffon.

Le bouffon va coller à sa peau et il devient le bouffon attitré du cinéma français. Le bouffon est celui dont on se moque certes mais il est aussi celui qui se moque des autres.

   

                                                         La Princesse de Clèves

      Il n'empêche qu'encore une fois c'est pour son physique si dur à assumer qu'il est choisi et qu'il rencontre le succès. Les propositions vont se succéder au théâtre comme au cinéma. Il est le nain monstrueux dans  Les Visiteurs du soir de Marcel Carné, il est le bouffon dans Lucrèce Borgia de Christian-Jaque, le bouffon encore dans La Princesse de Clèves de Delannoy. 

   

                                                    Piéral (Madeleine Sologne, Cocteau, Jean Marais

 

     Sa participation aux Visiteurs du soir (1942) va lui permettre de rencontrer un homme qu'il admire et avec qui il noue une véritable amitié, Jean Cocteau. "Sans lui, je serais resté un lémurien condamné à vivre et mourir dans les ténèbres."

                                                                      Le Capitan

Il aime jouer avec jean Marais qu'il retrouve dans Le Capitan (1960) de Hunebelle et qui comme Cocteau est toujours resté un ami.

   

                                                 Cet obscur objet du désir

      Il a joué dans une trentaine de films parmi lesquels Cet obscur objet du désir (1977) de Bunuel où il est psychanaliste ou Lola Montès (1955) de Max Ophuls où il redevient nain de cirque, le nain Eddie aux côtés de Mr Loyal interprété par Peter Ustinov.

                                                                     Lola Montès

     Evidemment il n'est pas oublié par l'industrie du cinéma porno et il apparaît dans les onze mille verges (1975, d'après Apollinaire) de Lipman où il se mue en cantatrice. 

Piéral ne refuse pas de se travestir en femme comme il le fit, plus jeune, dans un cabaret où il devenait Mae West, ou comme en 1947 dans le film de Pierre Prévert, Voyage surprise où il s'amuse à incarner la grande duchesse Marika de Stromboli :

 

       Enfin un des plus mélancoliques et hypersensibles réalisateurs du cinéma français, Guy Gilles, le fait jouer dans deux de ses films.                                                         

                                                         Le crime d'amour (Guy Gilles)

         Le Crime d'Amour (1981) et Nuit docile (1987) où il est lui-même, habillé comme il l'était en se promenant dans les rues de Montmartre, costume noir, foulard blanc et chapeau à la Bruant.

                                                                  Nuit docile (Guy Gilles)

      Revanche sur ses débuts difficiles dans la vie, il est populaire. Il a été et reste le nain le plus célèbre du cinéma français. La télévision a fait appel à lui pour plusieurs téléfilms, réalisés notamment par Claude Santelli ou Georges Folgoas. Dans un des téléfilms il est de nouveau le nain de service (le nain Barnabé dans Les ferrailleurs des Lilas).

Il tourne son dernier téléfilm avec Paul Planchon, Le Roi Mystère en 1991, mini série écrite d'après Gaston Leroux.

     En écrivant ses mémoires, il tente de raconter la lutte qu'il lui avait fallu mener pour faire de son handicap une force.

S'il a le regard aigu sur ses contemporains et n'hésite pas à les épingler, tels Raimu et Fernandel, tous deux "d'une avarice maladive", ce qui domine, bien plus que ses coups de griffe, c'est la souffrance d'un enfant mal aimé qui garde de ses blessures les plaies jamais cicatrisées.

      Il aura réussi malgré cette souffrance à se réaliser comme acteur de talent et surtout comme être humain dont les qualités ont séduit Cocteau, Jean Marais, Angela.... et beaucoup d'autres anonymes qui ont su le voir sans l'enfermer dans son handicap. 

Le nain Piéral, un grand Montmartrois

    Il meurt en 2003, après des années de souffrance dues à son cancer.

Il ne meurt pas puisqu'il est  vivant, pour l'éternité passagère de notre civilisation, sur les écrans de lumière qui nous promettent un éternel retour.

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                                              La rue Berthe où vivait Piéral

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7 mars. Anniversaire de Nini. Un poème.

 

 

7 mars 2022. Photos pour un anniversaire

 

 

 

Tu vois nous sommes là tous les deux sur un dragon de bois rouge quelque part en Thaïlande

Ou peut-être à Singapour je ne sais plus très bien

Mon bras entoure tes épaules et te serre contre moi

Nos sourires se cognent dans l'air comme des silex

Nos mains sur nos genoux pèsent comme des chats 

 

Tu vois nous sommes là tous les deux à l’arrière d’un bateau sur le ciel

Quelque part entre Silhouette et Praslin

Mon bras entoure tes épaules et te serre contre moi

Nos regards se rencontrent comme font les ruisseaux

Nos mains s’offrent les coupes où le vin frissonne

 

Tu vois nous sommes là tous les deux sur un quai de la Giudecca à Venise

 L'église de la Salute de l'autre côté du canal tourne avec ses chevaux blancs

Mon bras entoure tes épaules et te serre contre moi

Nos regards se poursuivent à saute-mouton sur les toits

Nos mains sont mieux scellées que les pierres du Rialto

 

Tu vois nous sommes là tous les deux le 7 mars 2022 sur les fauteuils rouges que nos chats ont griffés

Dans cet appartement que tu as choisi dans le ciel

Mon bras entoure tes épaules et te serre contre moi

Nos visages sont les miroirs où ils se dévisagent

Nos mains déchirent le papier doré du présent que chaque jour elles se tendent

 

 

7 mars. Anniversaire de Nini. Un poème.
7 mars. Anniversaire de Nini. Un poème.

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Publié dans : #album
Album photos de Montmartre février 2022

1er février. Illusion de printemps et de bonheur! Mais vite! Remettre son manteau après la photo!

Album photos de Montmartre février 2022

2 février. Un rayon de soleil pour les amoureux. Square louise Michel;

Album photos de Montmartre février 2022

3 février. Perchée dans le ciel!

Album photos de Montmartre février 2022

4 février. La statue s'anime.

Album photos de Montmartre février 2022

5 février. Oui mais il parle aux oiseaux...

Album photos de Montmartre février 2022

6 février. Toit brillant sous ciel en tourment.

Album photos de Montmartre février 2022

7 février. "Le temps s'en va, le temps s'en va madame... Las le temps non, mais nous nous en allons...." (petit salut à Ronsard sur la place Dalida).

Album photos de Montmartre février 2022

8 février. L'optimisme du chat!

Album photos de Montmartre février 2022

9 février. Un baiser, un rayon de soleil. La liberté d'aimer.

Album photos de Montmartre février 2022

10 février. Filmer les merveilleux nuages et Paris des merveilles.

Album photos de Montmartre février 2022

Le 11 février. Il est revenu avec le soleil le danseur au ballon dans le ciel de Montmartre.

Album photos de Montmartre février 2022

12 février. Deux mondes.

Album photos de Montmartre février 2022

13 février. Le saxophoniste place Valadon. Il ne doit pas ignorer que le saxophone a été inventé à quelques rues de  là, dans son atelier de la rue Pigalle par Adolphe Sax qui passe son éternité dans le cimetière de Montmartre.

Album photos de Montmartre février 2022

14 février. Salon et lampadaire boulevard Marguerite de Rochechouart.

Album photos de Montmartre février 2022

15 février. Entre soleil et pluie devant Paris tout entier...

Album photos de Montmartre février 2022

16 février. Rue du cardinal Guibert. Le garçon à l'étoile.

Album photos de Montmartre février 2022

17 février. Square Nadar. Un peu lourd le bébé!

Album photos de Montmartre février 2022

17 février. Le sourire que font naître les animaux qui nous approchent.

Album photos de Montmartre février 2022

18 février. Frémissement du printemps. Square louise Michel.

Album photos de Montmartre février 2022

19 février. Un rayon de soleil le soir rue Utrillo.

Album photos de Montmartre février 2022

20 février. Méditation taoïste devant le parking à vélos.

Album photos de Montmartre février 2022

21 février. L'amour en équilibre.

Album photos de Montmartre février 2022

22 février. Saut à la corde escalier Foyatier.

Album photos de Montmartre février 2022

23 février. Les arbres-neiges messagers du printemps, rue Ronsard.

Album photos de Montmartre février 2022

24 février. Farniente pas très confortable.

Album photos de Montmartre février 2022

25 février. La tour Eiffel à travers les arbres en fleurs du square Nadar.

Album photos de Montmartre février 2022

26 février. L'acrobate.

Album photos de Montmartre février 2022

27 février. A la poursuite de son ombres.

Album photos de Montmartre février 2022

28 février. Le dernier tour, le dernier jour de février. Un mois assez triste au fond, marqué par les assauts de l'omicron et par l'invasion de l'Ukraine.

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Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

      La seconde partie de la rue Norvins (ancienne rue des Moulins) commence côté pair rue des Saules et côté impair place Jean-Baptiste Clément. Moins photographiée que la première partie (rue Traînée), elle est cependant riche par ses monuments et par son histoire.

La ligne des moulins, photo prise en 1845 par Hyppolite Bayard.

La ligne des moulins, photo prise en 1845 par Hyppolite Bayard.

    Elle devait son nom aux nombreux moulins situés sur la ligne de crête qu'elle longeait. Curieusement il subsiste à Paris une rue des Moulins qui évoque les ailes que l'on voyait sur la Butte depuis le quartier du Palais Royal. 

Le salon du 6 rue des moulins

Le salon du 6 rue des moulins

     Cette rue des Moulins, proche de l'avenue de l'Opéra n'est pas sans rapport avec Montmartre puisque le peintre emblématique de notre quartier, Toulouse Lautrec, y fréquenta la maison close située au 6 où il peignit le salon.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Passée la rue des Saules qui évoque Bruant  ("Son p'tit fichu sur les épaules, ell' rentrait par la rue des Saules, rue Saint-Vincent") nous trouvons au 20, ô surprise, une boutique de cartes et reproductions, une "galerie" qui vend quelques toiles.

 Elle a pris la place d'une épicerie plus qui se spécialisait dans les grains de café à moudre ....

 

     Les 22 et 22 bis sont une des plus belles adresses de Montmartre. Il s'agit de la Folie Sandrin.

La Folie Sandrin

La Folie Sandrin

     Il y eut tout d'abord à son emplacement, au début du XVIIIème siècle, une riche demeure, nommée à juste titre "Palais Bellevue". Son histoire commence vraiment en 1774 lorsqu'il est racheté par Antoine Gabriel Sandrin, homme des Lumières s'il en fut car il était maître chandelier, c'est à dire fabricant et marchand de bougies et chandelles. Il crée un parc à l'anglaise avec petit temple et rocailles. Il construit une extension et arrive à compter 24 pièces en sa demeure.

 

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Le Palais Bellevue devient "la Folie Sandrin". Etrange prémonition que ce nom qui comme chacun sait signifiait "feuillée", maison de campagne mais qui déjà avait le sens qu'on lui connaît aujourd'hui. En effet c'est un aliéniste, le docteur Prost, qui l'acquiert en 1805 pour en faire un lieu d'accueil et de thérapie pour ceux que l'on nomme fous. Loin des méthodes traditionnelles violentes, il obtient de remarquables résultats en respectant ses patient, en vivant avec eux et partageant leurs repas.

     En 1820, l'établissement est cédé au célèbre docteur Esprit Blanche qui poursuit l'œuvre de Prost.

Son patient le plus célèbre est Gérard de Nerval qui décrit la maison où il séjourna "fashionable et même aristocratique". Incapable de payer une pension fort élevée, il fut reçu aux frais du docteur Blanche qui le prit en charge comme il le fit pour d'autres artistes.

 

    Après la clinique, la folie connut divers avatars, institution pour jeunes filles de bonne famille (jusqu'en 1875), école normale pour jeunes filles (années 1950-1960), école religieuse...

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Elle se délabrait et peu à peu devenait ruine quand les promoteurs avisés s'en emparèrent en 1970, la restaurèrent et la débitèrent en appartements de grand luxe.

Quelques célébrités y vécurent plus ou moins longtemps comme Jean Marais qui faisait des allers-retours entre Vallauris et Montmartre,  Gérard Oury, Michèle Morgan (qui n'y séjourna que brièvement).

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.
Entrée du réservoir rue Norvins.

Entrée du réservoir rue Norvins.

     En face de la Folie Sandrin au 9 subsiste un monument original qui n'est autre que l'ancien château d'eau du village, construit en 1835 dans un style néo Renaissance élégant. L'édifice octogonal donne rue Lepic et il est agrémentée d'une fontaine, une urne de bronze ornée de naïades et de tritons.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

    Une pompe hydraulique installée à Saint-Ouen et relayée par une autre pompe passage Cottin alimentait le réservoir de 125 000 litres.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     La population montmartroise augmentant au XIXème siècle avec le lotissement du maquis et la constructions de "maisons d'six étages, ascenseur et chauffage", il fallut en 1860 rehausser le réservoir pour lui permettre de recevoir plus de 260 000 litres.

 

Utrillo

Utrillo

     L'ajout disgracieux disparut en 1969, le réservoir ayant été désaffecté une vingtaine d'années plus tôt. Aujourd'hui il abrite des expos temporaires et sert surtout de siège à la Compagnie du Clos de Montmartre chargée de défendre et promouvoir la piquette réalisée grâce aux vignes voisines, exposées plein nord! 

                                  La rue Norvins (Utrillo) avec à gauche la folie Sandrin et à droite le réservoir.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Le 11 est une reconstruction des années 1920. Il a en effet reçu le 7 août 1918 un obus attribué à tort à la Grosse Bertha (en réalité tiré par les canons allemands à longue portée, les "Pariser Kanonen").  L'obus le fit voler en éclats, en même temps que plus au sud d'autres obus frappaient l'église Saint-Gervais et la façade de Notre-Dame. 

Les 15-17

Les 15-17

     À l'emplacement des 15-17, était situé le moulin de la vieille tour (1623-1840). Il occupait le terrain situé entre les rues Norvins et Lepic actuelles.

(Sur cette gravure, on voit en premier plan le chemin qui deviendra la rue Lepic. A droite le moulin de la Vieille Tour (15-17 rue Norvins) et le moulin de la Petite tour (21 rue Norvins). Le chemin qui s'ouvre à gauche sera la future rue Girardon.)

 

Le moulin de la Petite Tour (1647-1854) devient en 1824 "la Tour à Rollin" du nom de son nouvel acquéreur, Joseph Rollin. Quand il est détruit ses pierres servent de soubassement au pavillon sur la rue Norvins.

 

                                              Le 21 rue Norvins (aussi 4 rue Girardon)

    Remplaçant le moulin dont les ailes légères tournaient dans le ciel montmartrois, un gros immeuble cossu typique des constructions qui détruisent le vieux Montmartre au début du XXème siècle, s'est installé sans état d'âme.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Malgré sa lourdeur l'immeuble est connu de tous les admirateurs de Céline. L'écrivain raciste après avoir vécu 13 ans rue Lepic y emménagea en 1941 avec Lucette Almanzor et le chat Bébert récupéré chez Le Vigan.

 

     Il appréciait l'endroit d'où il avait une vue imprenable :" Moi j'avais, c'est vrai mon 7ème (en réalité il habitait au 5ème)! L'air! La vue! Lointaine! Cent bornes! Toutes les collines jusqu'à Mantes! Mais quelle haine cet air m'a valu! Cette vue!... personne me les pardonne encore!..."

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Comme si cette haine prétendue était due à la jalousie et non aux ignobles pamphlets qu'il continua d'écrire alors qu'il habitait Montmartre! "Les Beaux Draps" datent de 1941.

Je ne sais à quoi pensait Céline lorsqu'en 1942 il voyait de son appartement si bien placé les bus de la  rafle qui stationnaient en haut de l'avenue Junot.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

    En 1944, il assiste de sa fenêtre au bombardement de Paris qu'il décrit dans "Féérie pour une autre fois" : "Le miroitement des tuiles! bijoux! diamants!...les bombes éclatent là-dedans en fleurs! rouges! rouges! en œillets!..."

     Et peu après, il prend courageusement la fuite avec les collabos, sachant qu'il risquait d'être jugé et condamné à mort.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Ironie de l'histoire, dans ce même immeuble avaient lieu des réunions secrètes de la Résistance comme le rappelle une plaque récemment apposée sur la façade.

23 oct 2021. Cérémonie pour la pose de la plaque commémorative. Je passais par là! Sur la droite, de dos, Pierre-Yves Bournazel député du 18ème.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

Revenons maintenant où nous étions restés côté pair, après la Folie Sandrin. 

Le 24 est à la fois un petit square qui porte le nom de "jardin Frédéric Dard" et une cité d'artistes. Il faisait partie à l'origine de la Cité Norvins et s'appelait "square de la Cité-Norvins" à son inauguration en 1958.

                          Le jardin en février 2022, fermé pour réaménagement. Une interminable fermeture!

    Ce petit espace de 620 m2 actuellement fermé pour cause de réaménagement est une concession que fit la ville aux riverains irrités de voir tout l'espace occupé par la cité (6000 m2 avec ses arbres, sa nature originelle) fermé aux riverains et aux promeneurs depuis 1999.

Et même cette "concession" minimale fut-elle contestée par certains résidents de la Cité, inquiets de perdre leur tranquillité!

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     De vieilles photos du début du siècle nous montre l'endroit tel qu'il était, ouvert à tous, véritable havre de verdure et de calme au cœur du vieux village, miraculeusement épargné des appétits voraces de la spéculation immobilière.

 

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

    La Cité-Norvins fut rachetée par la ville afin d'interdire son lotissement, pour devenir "la Cité des Arts". Elle est composée de vieux immeubles et maisons du XIXème siècle ainsi que d'immeubles d'ateliers du début du XXème siècle. Elle est utilisée comme résidences pour les artistes et gérée par la Cité Internationale des Arts qui possède un autre site dans le Marais.

 

     Le 24 avant d'être loti porta la star des moulins montmartrois, le moulin de la Galette (aujourd'hui à l'angle des rues Lepic et Girardon).

 

    Sa présence est attestée au début du XVIIIème siècle quand sur le vaste terrain acquis par François Chapon, il prend fièrement le vent qui à cet endroit ne ménage pas sa peine. Il a pour nom, comme il se doit, Moulin Chapon.

Le Radet et plus loin le Blute-Fin.

Le Radet et plus loin le Blute-Fin.

     Son histoire est mouvementée mais pour la résumer, disons que passant de propriétaire en propriétaire il finit par devenir le moulin Radet. Nom mystérieux puisqu'aucun propriétaire ne le porta. J'émets une hypothèse hasardeuse. Les Montmartrois entichés de Napoléon (la rue Lepic actuelle est nommée rue de l'Empereur) auraient pu avoir envie d'honorer un général de la Grande Armée, Etienne Radet, qui de plus dirigea l'enlèvement du pape Pie VII.

     Sans doute est-il plus sage de penser que le "Radet" du moulin aurait été un des meuniers locataires du lieu.

   Une dernière hypothèse vient de m'être suggérée par un ami lecteur qui relève que dans un ouvrage sur la meunerie il est question de moulin à radet. Il s'agit il est vrai de moulins à eaux avec une plateforme flottante. La terrasse des moulins faite de planches ressemblant à un radet (radeau) a pu conduire les villageois à lui donner ce nom. Why not? 

      C'est en tout cas le plus célèbre meunier de Montmartre, de la dynastie des Debray, Nicolas-Charles qui en fit l'acquisition en 1812 après avoir enrichi son patrimoine trois ans plus tôt  d'un autre moulin, plus grand, le Blute-Fin, celui que l'on découvre, splendide et altier depuis la rue Tholozé. 

 

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Debray a la lumineuse idée, pour raison commerciale de faire déménager  en 1834 son Radet qui franchit une centaine de mètres pour se fixer près de son emplacement actuel (photo).

Il lui reste encore à franchir, un peu plus tard, une petite distance jusqu'à l'angle de la rue Lepic (rue de l'empereur à l'époque).

 

 

   

 C'est là qu'il est photographié par des hordes de touristes qui ignorent qu'il fut de 1924 à 1977 perché sur un socle de béton lourd et laid. Il sera restauré en 1977 ainsi que son entrée belle époque. 

 

 

Fin de la rue avec à gauche les jardins transformés en immeuble et place Marcel aymé

Fin de la rue avec à gauche les jardins transformés en immeuble et place Marcel aymé

Nous arrivons maintenant au dernier numéro de la rue Norvins, le 26.

    les terrains libres sur lesquels était installé le Radet, ont été dans leur partie ouest sacrifiés au profit d'un imposant immeuble et d'une place.

Marcel Aymé rue du Mont-Cenis.

Marcel Aymé rue du Mont-Cenis.

     Il s'agit de la place Marcel Aymé (1902-1967) du nom de l'écrivain qui vécut dans cet immeuble pendant les trois dernières années de sa vie, et y mourut.

Il était Montmartrois d'élection, ayant eu pour adresses successives le 9 rue du square Carpeaux,  le 9 ter rue Paul Féval (pendant 30 ans) et enfin le 26 rue Norvins. 

   

Après sa mort, Jean Marais réalisa en son hommage une sculpture qui illustre une de ses nouvelles les plus connues, "Le passe-muraille". La sculpture fut inaugurée en 1989 et elle attire les touristes qui aiment se faire photographier devant elle.

Rue Norvins à Montmartre. Ancienne rue des moulins.

     Jean Marais qui à l'occasion se découvrait sculpteur donna à son passe-muraille la tête de Marcel Aymé et les mains de Jean Cocteau.

 

     Marcel Aymé eut pour voisin dans cet immeuble un musicien qui fut célèbre en son temps :

 

    Je retiens, outre ses créations que je connais peu, qu'il a été pendant presque 20 ans l'époux de Colette Steinlen, fille de notre Alexandre, le peintre humaniste engagé pour les humains et pour les chats! 

                                                               Colette et un chat (Steinlen)

    Il ne se contenta pas de la belle puisqu'il eut deux autres épouses. Après ses trois mariages, il fallut bien conclure par un enterrement qui eut lieu en 1965 dans le vieux cimetière Saint-Vincent où il a pour colocataires Alexandre Steinlen et Marcel Aymé!

 

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