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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

La rue Norvins en février.

La rue Norvins en février.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Nous sommes avec la rue Norvins au cœur du cœur de Montmartre et par chance elle a gardé en partie l'image de ce que fut le vieux village. Un article déjà ancien lui a été consacré sur ce blog mais il nous semble intéressant de l'actualiser et de réparer quelques oublis! 

La rue Norvins à partir de la rue des saules vers la place du Tertre

La rue Norvins à partir de la rue des saules vers la place du Tertre

     Cette étroite artère célébrisime figure sur les plus anciens plans de Montmartre sous le nom de rue Traînée ou Trenette dans sa partie entre la place du Tertre et la rue des saules, et rue des moulins dans celle qui va de la rue des saules à la rue Girardon.

La rue Norvins à partir de la rue Girardon (ancienne rue des moulins)

La rue Norvins à partir de la rue Girardon (ancienne rue des moulins)

    C'est un décret de 1868, huit ans après le rattachement de Montmartre à Paris qui lui donne son nom toujours actuel de rue Norvins.

 

                                 Portrait de Jacques Marquet de Montbreton de Norvins par Ingres

    Il y avait à l'époque un vénération pour Napoléon, d'autant plus ardente qu'elle permettait par opposition d'amoindrir et de critiquer Napoléon III, appelé par Hugo "Napoléon le Petit". Il se trouve que Jacques Marquet de Montbreton de Norvins, né la même année que Napoléon (1769), fidèle entre les fidèles, a écrit un livre-somme "Histoire de Napoléon" qui connaît un vif succès. Il prête trois excès à son héros, "l'excès du génie, l'excès de la fortune, l'excès du malheur".

Il en fait ainsi un personnage romantique idéalisé!

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Évidemment le nom de la voie est raccourci afin de n'avoir pas à dérouler l'interminable patronyme : Jacques Marquet de Montbreton de Norvins ! La particule elle même a pris la poudre d'escampette. 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Commençons donc la visite par la première partie de la rue, entre la place du Tertre et la rue des saules. Au début, Seul le côté pair est construit, formant un des côtés de la place du Tertre,  du 2 au 8.

 

    Le 2 est un petit immeuble assez disgracieux qui a pris la place du fameux hôtel du Tertre qui lui même avait été construit sur les culs-de-basse-fosse de la prison de ces dames, Abbesses de Montmartre. C'est un haut lieu du Montmartre artiste et bohême où venaient siroter l'absinthe, au Rez de chaussée, chez Bouscarat, Degas, Toulouse Lautrec, Puvis de Chavannes.

Le  2 (premier immeuble à droite), Hôtel du Tertre.

... Le relais fut pris par Satie qui venait en voisin de la rue Cortot, Modigliani, Couté, Max Jacob, Carco...

                                          Le 2, aujourd'hui

    Plus tard encore on y rencontrera Picasso, Renoir ou Vlaminck....

  L'hôtel fut vendu par Bouscarat pour être détruit et remplacé en 1938 par l'immeuble actuel qui enlaidit la place du Tertre et dont le café restaurant en s'appelant "La Bohême" a couru en vain après la légende montmartroise puisque depuis la pandémie ou à cause d'elle il a fermé ses portes.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Le 4 est le célèbre "Cadet de Gascogne" qui n'est pas si ancien qu'on pourrait le penser. Henri Borde, un gascon qui avait du flair racheta un petit commerce de village pour créer son restaurant en 1928.

Il est cadet de famille et selon la tradition gasconne, les biens revenant à l'aîné, il devait partir à l'aventure, à la recherche de la fortune. La fortune fut au rendez-vous, le gascon avisé acheta, succès aidant, le restaurant "Patachou" et l'énorme maison, de l'autre côté de la place, avec vue sur tout Paris, habitée aujourd'hui par Nagui de la télévision française!

On peut voir clairement sur cette carte que le restaurant n'occupait que les deux tiers du petit immeuble. Il avait pour voisin "Le singe qui lit" qu'il avala en partie pour occuper l'ensemble de l'immeuble.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Il faut dire un mot de ce singe sacrifié dont vous pouvez lire l'article complet sur ce blog. En 1908, il y avait là un bric-à-brac, une brocante foutraque tenue par un personnage hors pair, Emile Boyer, "brocanteur, anarchiste, fort en gueule, caractériel, marchand de frites et de peintures".

Emile Boyer et sa friteuse

Emile Boyer et sa friteuse

    Il était ami d'Utrillo et de Gen Paul dont il vendait dessins et toiles. Après lui il y eut un autre patron, Gremillet, puis une boutique de souvenirs made in China, mais la vieille enseigne et le décor avaient été respectés, jusqu'en 2018 où tout fut détruit pour agrandir la mère Catherine!

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

 Au 6 vit donc cette ogresse de   "mère Catherine" . A l'origine il s'agissait d'une brave citoyenne, Catherine Lamotte (nom parfois orthographié Lamothe) qui en 1793, année connut pour sa douceur et sa tolérance, acquit l'ancien presbytère vendu comme bien national.

 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    En 1814, elle subit le passage des cosaques, grands amateurs d'alcool, qui pour être servis sans attendre criaient "bistro" c'est à dire "vite"! Ainsi le mot bistro serait né chez la mère Catherine. Aujourd'hui une plaque perpétue la légende que serinent les guides.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

       En réalité le mot n'apparaît qu'en 1884 dû à l'abréviation du provençal "bistroquet". Peu importe à Catherine qui aurait fait fi de la controverse si en 1844 elle n'avait rendu son âme à Dieu, renversée par une pièce de vin qu'elle descendait à la cave. On ne dira jamais assez que l'alcool tue!

   

 Après elle d'autres propriétaires se succèdent parmi lesquels le gros Guillaume, auréolé de son passé de garde national pendant la Commune puis le père Lemoine, 2ème maire de Montmartre, connu sous le pseudo de "père La Bille" pour avoir installé dans son restaurant un billard. 

Le 8 rue Norvins

Le 8 rue Norvins

     Au 8 dans une vieille maison du XVIème siècle, le petit comptoir remplace un "estaminet" qui lui-même remplaçait un humble commerce villageois.

Début côté impair de la rue Norvins (1, 1bis, 1ter).

Début côté impair de la rue Norvins (1, 1bis, 1ter).

     Nous pouvons maintenant nous intéresser aux numéros impairs qui commencent là sur une sorte de placette dont le premier immeuble donne sur la place du Tertre. Il faisait corps à l'origine avec le 1bis et le 1ter.

     Ô surprise ineffable, une enseigne temporaire annonce l'ouverture d'une boutique de souvenirs "le singe qui lit"! Ainsi le nom de ce singe sauteur ne quittera t-il pas Montmartre!

Auparavant était installé dans cette maison le syndicat d'initiative de Montmartre qui est descendu de quelques dizaines de mètres jusqu'au 7 rue Drevet.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Une plaque nous rappelle (!) qu'à cet endroit, le 24 décembre 1898, arriva "une voiture à pétrole pilotée par Louis Renault, marquant ainsi le départ de l'industrie automobile française". Soyons fiers Montmartrois, nous abriterions le premier "bistro" de France et serions à l'origine d'une industrie qui fut le fleuron de notre pays! 

 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.
La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Il y avait jusqu'en 1921 une terrasse ouverte entre ce groupe de maisons dont une partie fut détruite. Il resta un terre-plein central racheté par la ville, sans doute pour élargir la rue Norvins et qui aujourd'hui forme cette placette pittoresque sur laquelle donnent ces vieilles maisons villageoises.

Le 10.

Le 10.

    En face côté pair, le 10, malgré les pétitions des Montmartrois a vu s'installer une enseigne américaine qui ouvre la voie aux MacDo et autres joyeusetés mondialisées.

Il subsiste de vieilles cartes qui ressuscite le quartier ancien et le siège de la Commune Libre du temps de Depaquit.

Les 12, 14, 16....

Les 12, 14, 16....

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Pas grand chose à dire des autres numéros pairs sinon que les maisons où ils sont installés sont d'authentiques maisons du vieux village miraculeusement conservées.

Arrêtons nous seulement au 18, présent sur toutes les cartes postales, "le Consulat".

 

     Il est peint sur de nombreuses toiles et il est fréquent de voir des peintres (notamment asiatiques) poser leur chevalet devant le restaurant en figure de proue entre les rues Norvins et Saint-Rustique.

                                                                     Utrillo

Utrillo

Utrillo

     Il y eut à son emplacement la "Friterie, liqueurs à emporter" du père Luc avant que l'emplacement idéal n'attirât les artistes qui prirent très vite l'habitude de venir y boire et manger.

     Peintres et poètes s'y rencontrent bien avant que le Consulat d'Auvergne ne devienne Consulat de Savoie dans les années 60 quand son propriétaire monsieur Poppon voulut rendre hommage à la région dont il était originaire.

 

     Une affiche encadrée rue Saint-Rustique et rue Norvins rappelle le nom de quelques artistes qui le fréquentèrent, sans oublier les cinéastes qui apprécièrent son côté si "pittoresque"!

Woody Allen est un des derniers à avoir situé à proximité quelques scènes de  "Tout le monde dit I love you" et de "Midnight in Paris". 

 

      Revenons côté impair que nous avions laissé au 1ter. De petits immeubles se succèdent, témoins eux aussi du vieux village. Chacun d'eux abrite un commerce de restauration ou de souvenirs formatés pour les touristes. 

Le 3 années 60

Le 3 années 60

Les 3 aujourd'hui

Les 3 aujourd'hui

     Entre le 3 et le 5 s'ouvre une courte impasse, anciennement nommée "Cul-de-sac Saint-Vincent" et baptisée "Impasse du Tertre" en 1867.

 

     Une plaque recommande aux automobilistes de ralentir pour ne pas heurter les petits poulbots!

Voilà une alerte bien anachronique pour notre temps où les voitures ne peuvent emprunter la rue et où les enfants habitant le haut Montmartre ont disparu depuis belle lurette! Comme les sauriens découverts dans les carrières de la Butte!

       Le 7 est un restaurant au nom désuet : "la Pétaudière" qui comme chacun sait est un lieu où règne l'anarchie et la confusion.

L'expression viendrait de Rabelais et de sa "cour du roi Pétaud", joyeuse assemblée où chacun avait la même autorité que le roi!

 

     C'était le nom d'un cabaret fameux, 10 rue Tholozé, dirigé par le chansonnier Léon Zanroff auteur du fiacre chanté par yvette Guilbert.

En 1928 le cabaret disparut, remplacé par le studio 28, cinéma célèbre pour ses lustres dessinés par Cocteau.

Impasse Traînée, aujourd'hui rue Poulbot.

Impasse Traînée, aujourd'hui rue Poulbot.

     La Pétaudière donne en partie rue Poulbot, ancienne impasse traînée. Son nom venait de la manière dont on chassait le loup, "à la traînée" en tirant sur le pavé une charogne dont l'odeur ne pouvait manquer d'allécher le pauvre loup qui tombait dans une trappe dissimulée sous des branchages.

Rue Poulbot. La Pétaudière à droite, le Tire-bouchon à gauche.

Rue Poulbot. La Pétaudière à droite, le Tire-bouchon à gauche.

       Ce n'est qu'en 1967 que l'impasse se transforma en rue et prit le nom de Poulbot. 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.
La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     En face de la Pétaudière, au 9 rue Norvins a survécu un vieux cabaret, le Tire-Bouchon. 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Le cabaret ouvert après la 2ème guerre a été une pépinière de talents venus tenter leur chance à Paris. De nombreux jeunes chanteurs y ont débuté et donné pour quelques sous un court récital.

                                                     Brel non loin du Tire-Bouchon, rue Poulbot

     Parmi eux comment ne pas citer Brassens ou Brel qui tous deux passèrent du Tire-Bouchon au cabaret de Patachou un peu plus loin, rue du Mont-Cenis. Bernard Dimey, Francis Lai, Fernand Sardou aimèrent l'ambiance artiste et bon enfant du lieu.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    La rue continue avec ses ennuyeuses boutiques pour s'arrêter, dans sa première partie, avec ce qui fut longtemps la dernière boulangerie du haut Montmartre.

On la voit encore sur les cartes postales des années 60. Elle a survécu aussi longtemps qu'elle a sut résister aux sirènes de la spéculation et des offres de rachat.

 

    C'est fini depuis une quinzaine d'années...

 

     Il n'y a plus de boulangerie dans ce quartier. Une boutique de souvenirs, une de plus, a pris sa place. Elle donne en partie sur la place Jean-Baptiste Clément.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Ici s'arrête la première partie de la rue Norvins, celle qui s'appelait rue Traînée. La prochaine fois nous arpenterons la deuxième partie, l'ancienne rue des moulins.

On se dit que le charme de Montmartre a quelque chose de magique pour subsister malgré l'enlaidissement commercial!

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Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.
Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.

     La halle Saint-Pierre, plus chanceuse que ses consoeurs "Baltard" du ventre de Paris, sauvagement détruites sous Pompidou, abrite un musée vivant ouvert à l'art brut et à la photographie. Quand il fut créé dans les années 1990, il exposait une partie de la collection d'art naïf de Max Fourny dont il porte toujours le nom.

Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.
Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.

     Et puis les naïfs prirent la poudre d'escampette pour être remplacés par des artistes à la mode, représentants de l'art brut. Mais le musée garde du temps de ses débuts les bannières d'un artiste de rue qui était dans le vent urbain, Speedy Graphito.

Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.

     Ce sont elles qui reçoivent pluie, soleil et fientes de pigeons contre la façade. Elles offrent au passant malgré les injures du temps, leurs dessins de vitraux et leurs couleurs vives.

Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.

     Speedy Graphito, de son vrai nom Olivier Rizzo (né en 1961) est considéré comme l'un des pionniers en France du street-art (beaucoup moins branché quand on l'appelle à la française "art des rues").

Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.

    Dans les années 80, il parcourt nuitamment les artères de la ville pour les décorer de ses pochoirs et ses collages qui sont vite remarqués pour leur originalité et leur gaité. Déjà il donne vie à des personnages stylisés et dynamiques qui ne sont pas sans rappeler Keith Haring.

 

        Parmi eux, des chiens bleus, des diables rouges et un lapin robotisé, Lapinture.

 

 

   En 1985, Speedy est couronné du prix de la meilleure affiche du concours lancé par le Ministère de la Culture pour les mois du musée : "La ruée vers l'art".

 

    Avec le temps, Speedy s'inspire de plus en plus de la culture populaire, des icônes du dessin animé, des personnages de jeux vidéo... dans des compositions où l'humour ne manque pas de pointer le bout de son nez.

 Ce qui ne cache pas l'influence chez lui de peintres qu'il admire comme Miro ou Picasso.

Les frontières du temps et des cultures s'abolissent et Riri peut bien faire du trampoline devant la vague d'Hokusaï...

 

    Aujourd'hui Speedy ne fait plus que rarement le mur. On le rencontre dans des musées, des galeries, des salles des ventes...

Raison de plus pour ne pas manquer de lever la tête vers ses bannières de la Halle Saint-Pierre rue Ronsard, sans oublier de passer devant la porte colorée de la rue Nodier.

Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.
Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.
Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #album
Montmartre. Album photos janvier 2022.

1er janvier. Montmartre revêt les couleurs de l'Europe. Grosse polémique ridicule à propos du drapeau européen à l'Arc de Triomphe!

Pas encore de polémique sur le bleu du Sacré-Coeur! 

Montmartre. Album photos janvier 2022.

2 janvier. Le soir avec la foule devant le Sacré-Coeur.

Montmartre. Album photos janvier 2022.

3 janvier. Dans le jardin des chiens, square Nadar. Le petit animal n'a pas besoin de masque.

Montmartre. Album photos janvier 2022.

4 janvier. La nuit le Sacré-Coeur est bleu mais le jour c'est le ciel!

Montmartre. Album photos janvier 2022.

5 janvier. Place du Calvaire. 

Montmartre. Album photos janvier 2022.

6 janvier. Nouveau décor du restaurant du moulin, influence mexicaine.....

Montmartre. Album photos janvier 2022.

7 janvier. Petite famille au complet, square Nadar.

Montmartre. Album photos janvier 2022.

8 janvier. Le visage de l'amour. Square Louise Michel.

Montmartre. Album photos janvier 2022.

9 janvier. Sourires d'Asie! Escalier du sacré-Coeur.

Montmartre. Album photos janvier 2022.

10 janvier. Comment traumatiser un bébé! Place Saint-Pierre.

Montmartre. Album photos janvier 2022.

11 janvier. Au-dessus de la ville brumeuse.

Montmartre. Album photos janvier 2022.

12 janvier. Se tenir chaud devant la ville glacée.

Montmartre. Album photos janvier 2022.

13 janvier. Le cheval et la lune. Square Louise Michel.

Montmartre. Album photos janvier 2022.

14 janvier. Le roi doré se maquille. Place Saint-Pierre.

Montmartre. Album photos janvier 2022.

15 janvier. Solitude.

 

 

 

 

 

Montmartre. Album photos janvier 2022.

16 janvier. 17h. Le nuage comme un oiseau de Magritte qui se dissout.

Montmartre. Album photos janvier 2022.

17 janvier. On s'aime à Montmartre.

Montmartre. Album photos janvier 2022.

18 janvier. Le parasol bleu. La place du Tertre est débarrassée jusqu'au printemps des structures sinistres qui abritent les terrasses envahissantes des restaurants!

Montmartre. Album photos janvier 2022.

19 janvier. Le chat dans la vitrine avec Bouddha. Haut de la rue Lepic.

Montmartre. Album photos janvier 2022.

20 janvier. Le moulin dans le ciel (rue Lepic)

Montmartre. Album photos janvier 2022.

21 janvier. vivre dans une bulle!

Montmartre. Album photos janvier 2022.

22 janvier. L'arbre coupé. Rue Paul Albert.

Montmartre. Album photos janvier 2022.

23 janvier. "Frères humains qui devant nous passez, n'ayez le coeur contre nous endurci..."

Montmartre. Album photos janvier 2022.

24 janvier. Le petit lapin a perdu son bébé. Grilles de la basilique.

Montmartre. Album photos janvier 2022.

25 janvier. Marches du Sacré-Coeur. Le monde brillerait comme un soleil si nous aimions comme savent aimer les chiens.

Montmartre. Album photos janvier 2022.

26 janvier. Il y a toujours des amoureux qui s'embrassent au sommet de la ville, là où tant de couples ont accroché un cadenas avec leurs noms afin que leur amour dure toujours, ou presque.

Montmartre. Album photos janvier 2022.

27 janvier. Un soir froid et magique où la rue de l'abreuvoir m'appartenait!

Montmartre. Album photos janvier 2022.

28 janvier. Un échappé de Jurassic Park!

Montmartre. Album photos janvier 2022.

29 janvier. Nouveaux amateurs de peinture sur la place du Tertre.

Montmartre. Album photos janvier 2022.

30 janvier. Un petit goût d'été!

Montmartre. Album photos janvier 2022.
Montmartre. Album photos janvier 2022.

31 janvier. Dernier soir du mois. En attendant le printemps!

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     Voisin de l'Auberge du Clou vandalisée légalement en 2021 pour laisser place au Seasons Martyrs, il y eut un autre cabaret flamboyant de Montmartre : l'Âne rouge.

Là ou était l'âne rouge, vous trouverez le "paprika"!

Là ou était l'âne rouge, vous trouverez le "paprika"!

      Il a depuis fort longtemps cessé de braire et au 28 avenue Trudaine il a laissé place au "Paprika" du nom d'une épice de couleur rouge elle aussi, mais il est hors de question de ne pas le "ressusciter" le temps d'un article, tant il fait partie de l'histoire de notre quartier.

Cartouche (illustration de Tessier et Sarrou).

Cartouche (illustration de Tessier et Sarrou).

     Remontons au second Empire, en 1870, avec le père Laplace que certains appellent "le père de Montmartre". En effet, marchand de tableaux avisé, il eut l'idée d'organiser des rencontres d'artistes, poètes et peintres autour d'un verre, dans sa boutique.  Devant le succès, il la transforma en café,  "La Grande Pinte", hommage à un célèbre débit de boissons (créé en 1724) situé à la barrière d'Antin, là où trône aujourd'hui l'église de la Trinité et qui eut pour fidèle client le brigand Cartouche qui appréciait le puits de l'établissement donnant accès à des souterrains précieux en cas d'alerte.

    La Grande Pinte de Laplace peut être considérée comme un des premiers cabarets montmartrois où s'exprimaient et étanchaient leur soif poètes et chanteurs!

CABARET de l'âne rouge Montmartre, avenue Trudaine.

     C'est en 1889 que commence l'histoire de notre cabaret quand la Grande Pinte est rachetée  par Gabriel Salis pour devenir l'Âne Rouge.

Le Chat Noir de Rodolphe Salis, d'abord sur le bd de Rochechouart (ensuite rue de Laval, aujourd'hui Victor Massé)

Le Chat Noir de Rodolphe Salis, d'abord sur le bd de Rochechouart (ensuite rue de Laval, aujourd'hui Victor Massé)

    Le nom de Salis est familier aux oreilles des Montmartrois ! Salis! Le Chat Noir! Le cœur même du Montmartre des artistes et de la Bohême! Mais attention, un Salis peut en cacher un autre! Le Chat Noir appartient à Rodolphe Salis tandis que l'Âne rouge est la propriété de Gabriel Salis, son frère cadet.

Enseigne de Willette pour le Chat Noir, rue de Laval (aujourd'hui Victor Massé)

Enseigne de Willette pour le Chat Noir, rue de Laval (aujourd'hui Victor Massé)

    Les deux frères ne s'entendent pas, ou alors comme chien et chat (à cause d'une rivalité féminine)! C'est pour concurrencer Rodolphe que Gabriel ouvre son cabaret à proximité du Chat Noir.

   

Le nom aurait été trouvé par Willette pour se moquer du mauvais caractère un tantinet buté de Rodolphe et de sa crinière rousse.  

                                                                  Caricatures de Willette :

- Il fut un temps où je portais la farine au moulin...

_ Mais j'en avais plein le dos de Pierrot et de sa farine...

- Et il est mort depuis...

- Là ousqu'est mon mouchoir?

- Mes amis tout ça est à vous... pour de l'argent! Buvez et multipliez!

- C'est pour la réparation de la Butte qui s'écroule sous le poids de ma gloire

- De l'audace, de l'audasse et encore de l'audasssse et toujours de l'audasssssse!      (Willette)

     Gabriel Salis surnommé le léopard ou encore le don Quichotte de Montmartre, moins autoritaire que son frère entraîne avec lui une partie des habitués du Chat Noir, à commencer par Willette qui accroche dans la grande salle son tableau peint après la Commune "la fédérée de la place du Tertre".

Tableau inspiré par un poème de Richepin qui sera plus ou moins copié par Bruant :

"Le drapeau rouge autour du corps

Lui allait mieux qu'un linceul d'or

Elle est tombée la gueule ouverte

A Mont-merte".

    Parmi les artistes qui participent au "décor" en accrochant quelques unes de leurs œuvres, nous trouvons Steinlen, celui-là même qui a créé pour Salis l'affiche devenue icône de Montmartre.

Nous trouvons encore Georges De Feure peintre symboliste qui avait son atelier à proximité, rue de l'agent Bailly et qui mérite d'être redécouvert.

                                                  Georges de Feure (femme dans la neige)

     L'Âne rouge connaît un grand succès avec la venue de la bande des Hydropathes de Goudeau et avec quelques personnalités marquantes de la bohême montmartroise.  Il suffit de citer Verlaine, Charles Cros, Xavier Privas, Marcel Legay, Gaston Couté, Paul Delmet, Willette, Steinlen, Bottini.... Toutes ces figures montmartroises habituées de l'Âne rouge n'en fréquentent pas moins d'autres cabarets, d'autres lieux mythiques aujourd'hui qui se réclament de leur célébrité.

Gabriel Salis dans son cabaret (caricature de Lepetit)

Gabriel Salis dans son cabaret (caricature de Lepetit)

     Gabriel Salis contribue à l'ambiance joyeuse et impertinente. Il se réjouit de voir s'anémier le Chat Noir de son frère tandis que son Âne est en pleine forme. 

 

    Rodolphe Salis tente de retrouver le succès en organisant des tournées dans toute la France et en innovant avec le théâtre d'ombres dont certaines silhouettes sont conservées au musée de Montmartre. La dernière séance eut lieu en 1896, après quoi Rodolphe pris d'une folie destructrice s'acharna contre le mobilier et la décoration de son établissement, hâtant sa mort définitive.

 

     Il meurt l'année suivante, en 1897. Gabriel Salis eut-il du remords, retrouva -t'il l'affection perdue pour son frère? Toujours est-il qu'il vendit son Âne rouge peu de temps après, en 1898.

Son acquéreur fut André Lesage, dit Andhré Joyeux, compagnon de la première heure et chansonnier apprécié qui n'eut pas le temps de faire ses preuves à la tête de son cabaret car, atteint d'un cancer à l'estomac, il se suicida en septembre 1899.

CABARET de l'âne rouge Montmartre, avenue Trudaine.

      Il ne reste que quelques années de vie à notre Âne rouge qui est racheté en 1900 par Mauricette Renard puis en 1903 par  Léon de Bercy, chansonnier, parolier, membre du Club des Hydropathes et ami de Bruant avec qui il écrit un dictionnaire de l'argot, mais mauvais gestionnaire qui abandonne le pauvre Âne en 1905.

CABARET de l'âne rouge Montmartre, avenue Trudaine.

C'est la fin du cabaret mais pas de son nom. Un certain monsieur Choulot ouvre un restaurant qui garde pour sa publicité l'enseigne devenue célèbre.

 

CABARET de l'âne rouge Montmartre, avenue Trudaine.

     Quelques années plus tard le nom disparaît à son tour. Les fourneaux du restaurant s'éteignent et c'est une boulangerie qui s'installe à sa place. Fin de l'Âne Rouge!

Le Paprika qui aujourd'hui occupe son emplacement n'a pas détruit la céramique originelle au-dessus de la porte avec notre âne rouge gourmand, tenu en laisse par une femme nue virevoltante! Ultime relique du célèbre cabaret!

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L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

   L'auberge du clou, 30 avenue Trudaine, fait partie de l'histoire montmartroise. Il était difficile d'imaginer qu'elle serait un jour sacrifiée malgré les protestations des riverains et des amoureux de Montmartre. Voilà! C'est chose faite, elle a été saccagée et remplacée il y a quelques mois par un établissement aseptisé et sans âme qui fait partie d'une chaîne : le Season Martyrs, "restaurant healthy au cœur de Pigalle"!

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

"Season" un nom angliche pour être branché et faire comme si le mot ne venait pas du français "Saison" et "Martyrs" pour rappeler la rue voisine plus "bobo" que l'avenue Trudaine qui est la véritable adresse du restaurant.

Martyrs, c'est bien choisi au fond pour un lieu historique saccagé

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

    Il faut rappeler ce qu'était ce lieu et l'importance qu'il a eue dans la vie mouvementée et créatrice du quartier.

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

     Il est créé en 1881 par Jules Mousseau, acteur qui jouit d'un certain renom pour avoir joué avec succès dans l'Assommoir, pièce tirée du roman de Zola. Mousseau  a pour associé Paul Tomaschet dont la femme (la mère Tomas) figure dans l'encadrement de la porte sur le cliché ci-dessus.

                                                   Jules Mousseau (à gauche) dans l'Assommoir).

     Le succès de l'auberge est immédiat. Il est dû en bonne partie à Depaquit. Ce dernier s'est brouillé avec Rodolphe Salis et pour marquer son irritation décide de ne plus fréquenter le Chat Noir. Il quitte ce cabaret avec toute sa bande des hydropathes et trouve refuge à l'auberge du clou!

Depaquit, maire de la Commune libre de Montmartre.

Depaquit, maire de la Commune libre de Montmartre.

    Une précision sur le nom de l'établissement. Il est dû à une habitude que l'on trouve dans d'autres cabarets, celle de planter sur le mur des clous qui permettent aux artistes fauchés d'accrocher un tableau afin de payer leur écot.

 

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

     Les murs sont vite surchargés et il faut entreposer les oeuvres dans la cave! D'autant plus que neuf grandes toiles de Willette occupent une bonne partie des surfaces disponibles! Malheureusement ces toiles ont disparu comme beaucoup d'autres qui ornaient les cabarets de Montmartre.

 

   Un autre artiste de Montmartre, et non des moindres, participe au décor. Il s'agit de Steinlen, le peintre des chats, l'humaniste du Cat's cottage.

 

    Dans la cohorte qui suit Depaquit on trouve Alphonse Allais, Jehan-Rictus, Léon Paul fargue, Alfred Jarrry... Que du beau monde, des artistes marginaux qui mettent de l'ambiance dans les cabarets montmartrois qu'ils fréquentent.

   

 Dans la grande pièce du rez de chaussée trône un vieux piano qui malgré ses notes déficientes permet à Erik Satie d'improviser de courts récitals qui servent à régler ses additions fortement alcoolisées par l'absinthe.

Satie (Valadon)

Satie (Valadon)

         C'est à l'auberge du clou que Satie rencontre Valadon pour qui il éprouve illico une passion dévorante. La liaison durera cinq mois, ce qui n'est pas mal à Montmartre. Il n'est pas sûr que Suzanne ait éprouvé la même attirance pour le musicien mais ce qui est sûr c'est que ce dernier eut l'imprudence de lui présenter un de ses bons amis, Paul Moussis, qui séduira la jeune femme et l'épousera.

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

   Un autre musicien aime se mettre au piano, c'est Achille de Bussy, le futur Claude Debussy! Il vient sans doute mettre en pratique les leçons qu'il a reçues d'Antoinette Mauté, sa prof qui le reçoit non loin de là, rue Nicolet où sa fille Mathilde élève son fils George, fruit de son mariage avec Paul Verlaine qui s'est enfui loin du logis familial avec Rimbaud.

Courteline (Charles Léandre)

Courteline (Charles Léandre)

    Un des habitués les plus fidèles n'est pas musicien mais écrivain. Courteline a sa table située à un endroit stratégique d'où il peut observer et entendre. Il note dans ses carnets les réparties les plus savoureuses susceptibles d'être réutilisées dans ses pièces. Il est au fond l'inventeur des "brèves de comptoir".

"Le chalet" du 5 rue d'Orchampt où habita Courteline.

"Le chalet" du 5 rue d'Orchampt où habita Courteline.

     Il ne fait défection qu'en 1903 lorsqu'il quitte Montmartre, le cœur brisé, pour s'installer dans un quartier en pleine expansion du côté de Picpus. Il a 45 ans et il vit cet exil comme un adieu à sa jeunesse excentrique et bohême. Il cesse d'écrire neuf ans plus tard, loin de son "cabinet de travail" de l'auberge du clou.

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

Pour le plaisir, quelques phrases qu'il a peut-être écrites à l'auberge du clou :

"On change plus facilement de religion que de café".

"L'alcool tue lentement. On s'en fout. On n'est pas pressés."

"Les pianos devraient être frappés de deux impôts. Le premier au profit de l'Etat, le second au profit des voisins." (j'imagine qu'il ne parlait ni pour Debussy ni pour Satie!)

"Je ne vais pas à la messe car c'est à l'heure de l'apéritif."

 

Maurice Chevalier et Mistinguett.

Maurice Chevalier et Mistinguett.

    Parmi les derniers clients célèbres  on peut citer Raimu qui peut-être venait jouer aux cartes à se fendre le cœur, Maurice Chevalier et Mistinguett...

Le clou peu avant sa "transformation"

Le clou peu avant sa "transformation"

le Seasons Martyrs!

le Seasons Martyrs!

     Et de nos jours, il y a quelques mois, à l'abri du silence covidien, en l'an de grâce 2021, l'auberge du clou a rendu son âme qui faisait partie de la grande âme de Montmartre. Rien ne rappelle son existence 30 avenue Trudaine, pas une plaque, pas une décoration....  

     Un habitant révolté rapporte ce qui lui a dit un ami américain : "C'est comme si on transformait le Lapin agile en Mc Do".

In memoriam!

In memoriam!

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Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

   S'il est un endroit qu'aimait Utrillo c'est bien ce croisement entre les rues Saint-Vincent et du Mont-Cenis. Montmartre y tentait de survivre et résistait tant mal que bien aux assauts de la spéculation immobilière.  

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

   Il fallait se hâter de sauver ne serait-ce qu'en images le vieux village qui sur ce versant nord voyait disparaître une à une ses vieilles maisons. Utrillo qui ne peignait pas toujours en s'inspirant de cartes postales venait de la rue Cortot voisine où il vivait avec sa mère Suzanne Valadon et Utter depuis 1912. Il n'avait à parcourir que deux cents mètres à peine! 

Le triste carrefour aujourd'hui! Sur la droite l'école reconstruite, au 2ème plan l'immeuble qui a écrasé la maison de Berlioz et en face l'autre immeuble qui l'a devancé.

Le triste carrefour aujourd'hui! Sur la droite l'école reconstruite, au 2ème plan l'immeuble qui a écrasé la maison de Berlioz et en face l'autre immeuble qui l'a devancé.

Le même carrefour en 1912...

Le même carrefour en 1912...

Au 1er plan la maison de Berlioz, en face l'autre maison villageoise. Les deux maisons ont été remplacées par les grands immeubles ingrats. et écrasants!

Au 1er plan la maison de Berlioz, en face l'autre maison villageoise. Les deux maisons ont été remplacées par les grands immeubles ingrats. et écrasants!

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Triste spectacle! Le même endroit aujourd'hui

Triste spectacle! Le même endroit aujourd'hui

     Songez qu'il y avait là la grande ombre de Louise Michel qui avait été directrice de l'école 26 rue du Mont-Cenis, celle de Berlioz qui avait vécu trois ans dans la maison d'en face, et un peu plus bas le vieux cimetière du village où quelques Montmartrois devenus célèbres reposaient.

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

     Berlioz avait "choisi" Montmartre pour des raisons financières, les loyers sur la Butte incommode d'accès étant bien inférieurs à ceux pratiqués dans Paris et notamment dans le quartier à la mode de la Nouvelle Athènes pourtant construit sur les terrains de la vieille commune de Montmartre

   

                                             Angle actuel Saint-Vincent, Mont-Cenis.

       La maison avait alors pour adresse 10-12 rue Saint-Denis (aujourd'hui 22-24 rue du Mont-Cenis). La rue ne changera de nom qu'après le rattachement de Montmartre à Paris, par un décret de juillet 1868, un an avant la mort du compositeur.

Harriet Smithson par Dubufe.

Harriet Smithson par Dubufe.

     Berlioz y emménagea en 1834 et y resta jusque fin1836. C'est là que naquit son fils Louis, fruit de l'amour du compositeur et de l'actrice irlandaise Harriet Smithson.

Maison côté jardin

Maison côté jardin

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

    Pendant cette période paisible, le jeune garçon vécut librement : "Nous avons une vue superbe sur la plaine Saint-Denis et un grand jardin où notre garçon court, crie et rit de toutes ses forces".

Le jardin et le puits.

Le jardin et le puits.

   

                                La maison à gauche et la montée de la rue du Mont-Cenis.

                                                  La maison et l'escalier en 1905

      Berlioz composa pendant ces années intenses Harold en Italie, Sara la baigneuse sur un poème de Victor Hugo (1834), la cantate "le cinq mai" (1835), l'opéra Benvenuto Cellini (1836), tout en appréciant la beauté de la campagne montmartroise : "Notre jardin est magnifique, on ne se lasse pas du coup d'oeil de la plaine Saint-Denis..."

 

Maison côté rue Saint-Vincent.

Maison côté rue Saint-Vincent.

Maison angle St-Vincent et Mont-Cenis

Maison angle St-Vincent et Mont-Cenis

     Mais la solitude en couple avec enfant finit par peser et les charmes campagnards par lasser. 

"Il n'y a que les rossignols ici qui, tout le jour et toute la nuit, chantent sous nos fenêtres et commencent à me fatiguer."

Les hivers sont longs loin d'un Paris qu'il est difficile de gagner quand les chemins boueux entravent la circulation des calèches : "Nous sommes seuls ici, dans une maison isolée. Dans l'été nos amis viennent bien nous voir, mais l'hiver les abords sont si rudes qu'ils s'abstiennent volontiers d'encourir embourbage."

      En 1836, après un hiver particulièrement rude, la famille Berlioz revient vivre à paris, rue de Londres.

                      Rue Saint-Vincent. Sur la gauche le mur du vieux cimetière.

     En 1844, c'est la séparation, sans divorce, et Harriet comme si elle voulait se rapprocher de l'endroit où elle avait été heureuse s'installe rue Blanche, puis rue Saint-Vincent. Elle mourra dix ans plus tard et sera enterrée dans le vieux cimetière du village. Berlioz n'aura cessé de prendre soin d'elle, d'assurer tous ses frais, d'être présent pendant sa maladie. 

Cimetière Saint-Vincent. Tombe d'utrillo.

Cimetière Saint-Vincent. Tombe d'utrillo.

   C'est dans le petit cimetière Saint-Vincent  (où sera inhumé Utrillo) qu'elle est enterrée, non loin de la maison qui donnait côté nord sur cette rue Saint-Vincent. En 1864, ses restes seront transférés au cimetière de Montmartre où deux ans plus tôt avait été enterrée Marie Recio, la 2ème femme de Berlioz.

 

 

    Louis Berlioz, l'enfant qui aima Montmartre et y vécut ses années insouciantes, meurt en 1867 de la fièvre jaune à La Havane. Deux ans plus tard, son père meurt à son tour et rejoint dans la même tombes ses deux épouses.

Il reste donc montmartrois et passe avec les femmes qu'il a aimées son éternité temporaire.

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

    Utrillo s'attacha à la maison de Berlioz, comme à un lieu hanté. Les murs se fissuraient et parfois devaient être étayés. De l'autre côté de la rue un massif immeuble de briques grises avait mangé le ciel, mais le jardin subsistait, les ombres du couple romantique se devinaient à travers les fenêtres.

De nombreuses toiles représentent la petite maison proche de l'immeuble qui lui fait face rue du Mont-Cenis.

 

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

    Maurice Utrillo pouvait s'imaginer enfant, jouant près du puits, aimé par sa mère artiste et par un père qui l'aurait reconnu. 

 

     Le peintre connaissait les menaces qui pesaient sur la maison qui se délabrait. Des amis et admirateurs avaient bien tenté de la sauver en créant la Fondation Berlioz. 

 Un pélerinage fut même organisé le 13 décembre (anniversaire de Berlioz) 1908 au cours duquel fut apposée la plaque qu'Utrillo ne manqua de représenter sur la façade de la rue du Mont-Cenis.

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

    Pendant quelques années le pèlerinage fut maintenu. Une souscription fut proposée pour racheter la maison et en faire un musée. Mais ce fut un échec et la dernière propriétaire, Mademoiselle Barbier ne put lutter contre l'expropriation et la destruction. Un gros immeuble gris et disgracieux enlaidit définitivement la Butte...

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

   Sur la façade, bien piètre hommage à la demeure disparue, des moulages grossiers représentent la maison et le puits. Une nouvelle plaque fut aposée en 1984.

 

   Si la maison disparue de Berlioz reste vivante malgré le vandalisme immobilier, ce n'est pas grâce à cette plaque mais à Utrillo qui fut aussi, à sa façon, un romantique, c'est à dire un homme de tourments habité par des forces contraires et qui avec des couleurs comme Berlioz avec des notes de musique contribua à embellir le monde.

 

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

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Publié le par chriswac
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Fin de la rue d'Athènes (rue d'Amsterdam)

Fin de la rue d'Athènes (rue d'Amsterdam)

    Il serait logique que la rue d'Athènes fût rattachée au quartier de l'Europe, or il n'en est rien puisqu'elle fait partie du quartier Saint-Georges, un quartier dont une partie a été édifiée sur les terrains communaux de Montmartre.

Rue d'Athènes vers la rue de Clichy

Rue d'Athènes vers la rue de Clichy

    Mais.. en réalité il n'est pas si étonnant que cette rue fît partie d'un quartier qu'on appelait, par sa richesse créatrice et le nombre d'artistes qui l'habitaient "la Nouvelle Athènes"!

Jardins de Tivoli

Jardins de Tivoli

     En 1826, à sa création, la rue s'appelle rue de Tivoli, ce qui est naturel puisque comme plusieurs rues du quartier elle est édifiée sur l'ancien parc de Tivoli.

Elle ne devient rue d'Athènes qu'en 1881.

Début de la rue d'Athènes à partir de la rue de Clichy

Début de la rue d'Athènes à partir de la rue de Clichy

     Longue de 211mètres et large de 12, elle commence rue de Clichy (19) et se termine aux 38 rue de Londres et d'Amsterdam.

Début de la rue côté impair

Début de la rue côté impair

Premier numéro

Premier numéro

Le 1, abrite un café "le Hollywood" qui était déjà là au début du XXème siècle.

                                            Intérieur du Hollywood

Le 1 bis (1840) est classé et mérite de l'être.

Non seulement il est digne d'intérêt architecturalement parlant, de style  Louis-Philippe avec son décor composite.

 il fut l'adresse quelques années de celle qui allait devenir la plus grande star de son temps, Sarah Bernhardt.

Rue d'Athènes. Paris.

     Immeuble modeste comparé aux hôtels particuliers qu'elle habitera et notamment à celui de la rue Fortuny qu'elle se fera construire et qui a pour propriétaire actuel un certain Dominique de Villepin!

Le 3

Le 3

   Les 2 et 3 n'ont pas grand chose à nous raconter sinon qu'ils ont été touchés en janvier 1918 par les bombardements allemands. Le 3, immeuble de rapport, date de 1830 et présente une décoration plus riche que celle que l'on trouve habituellement sous la Restauration.

Le 3bis

Le 3bis

     Le 3 bis est classé. Il date de 1857 et a pour architectes "Roze Henri et fils". Malgré mes recherches je n'ai trouvé  que peu de renseignements  sur ces architectes sinon, conservé aux Archives un "Nouveau projet de Halles" pour Paris accompagné du plan d'un nouveau quartier d'habitation "les Innocents".  On sait que la commission chargée d'étudier les projets préféra celui de Baltard (en 1845).  Un ensemble remarquable détruit pendant les années vandales de Pompidou. 

Rue d'Athènes. Paris.

     4 et 6 sont un même immeuble élégant du début du XXème siècle. Il y eut à  l'emplacement du 6 un hôtel particulier qui appartint à Jules Jaluzot, fondateur des magasins "Au Printemps".

De son époque subsiste au Printemps Haussmann les belles façades fin de siècle et les rotondes (façades enlaidies par la surélévation commise dans les années 60)

Le 5.

Le 5.

Le 7.

Le 7.

Le 8

Le 8

    Le 8  d'une indigence architecturale consternante a détruit pour créer des bureaux et salles de réunion un bel immeuble appartenant à la famille Montblanc, acquis en 1892 par la Société des Agriculteurs de France.

 

Rue d'Athènes. Paris.

    Une salle de théâtre à l'italienne y fut alors construite, remarquable par son architecture et sa décoration. Pendant des années elle accueillit, outre les réunions des agriculteurs, des concerts et récitals (de 1894 à 1925).

                                             Congrès de la Société en 1913

       Il n'en reste rien aujourd'hui sinon le souvenir photographique! Les agriculteurs sans utiliser de pesticides ou autres produits calamiteux ont fait disparaître ce bel ensemble pour nous offrir une de ces constructions qui enlaidissent la ville.

10-12-14-16

10-12-14-16

    Les quatre immeubles pairs suivants quasi identiques sont représentatifs des immeubles de rapport de la période de la Restauration.

Le 21

Le 21

    Le 21 est un hôtel qui a changé de nom et qui d'hôtel d'Athènes est devenu hôtel ATN!

Il est connu pour avoir été celui où pendant des années, de 1921 à 1932, Maurice Ravel occupait une chambre chaque fois qu'il rendait visite à ses amis qui habitaient en face, au 22.

Le 22

Le 22

    Ses amis étaient les Godebski.

                                                La famille Godebski par Bonnard

Cipa Godebski et sa femme Ida recevaient dans leur salon leurs amis les peintres Vuillard et Bonnard, le poète Valéry et Maurice Ravel. Pour Ida, Ravel écrivit sa sonatine et pour les deux enfants du couple, Jean et Mimi, "Ma mère l'oye".

Réunion musicale  chez Cipa Godebski (assis à gauche) avec son fils jean... Accoudé au piano Maurice Ravel. (D'Espagnat).

Le 23

Le 23

     Encore un hôtel, le Villathéna, au 23. Il compte trois étoiles dans son ciel de lit mais sa principale étoile est son architecte, Edmond Navarre (1828-1937) qui venait superviser les travaux en voisin car il était un véritable enfant du IXème arrondissement où il naquit et mourut!

                                                        Villa Louis

Il a conçu plusieurs immeubles et hôtels particuliers dans Paris mais s'est rendu célèbre surtout pour la villa Louis de Lion sur mer dont les céramiques Art-nouveau sont dues à Alexandre Bigot (celui de l'église Saint-Jean aux Abbesses, du Castel Béranger de Guimard, du Céramic Hôtel avenue Rapp et  de tant d'autres chefs d'oeuvre dont l'immeuble fantastique de la rue d'Abbeville.... 

                                           Rue d'Abbeville, grès de Bigot

                              Edmond Navarre 53 rue Nollet (grès de Bigot)

Notons qu'il collabora avec Edmond Navarre pour l'hôtel particulier de la rue Nollet dans le XVIIème.

Rue d'Athènes. Paris.

   Le 26, dernier numéro de la rue est une belle maison d'angle construite en 1830, la première sur les terrains de la Folie Tivoli.

Notre Dame de Bonne Nouvelle

Notre Dame de Bonne Nouvelle

     Elle est due à l'architecte Hippolyte Godde (1781-1869) très en vogue dans la première moitié du XIXème siècle, représentatif de l'architecture néo classique. À Paris, il a participé à la reconstruction de l'Hôtel de Ville incendié sous la Commune, il a construit plusieurs églises (Notre Dame de Bonne-Nouvelle, Saint-Pierre du Gros Caillou, Saint-Denys du Saint-Sacrement....)

Rue d'Athènes. Paris.

    Nous sommes maintenant au coeur du quartier de l'Europe et sortons des limites de l'ancien Montmartre. Nous remontons donc vers la Butte sans imiter le pas de ma mère l'oye qui rappellerait une trop sinistre époque!

Rue d'Athènes. Paris.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #album
album photos Montmartre décembre 2021

1er décembre. Travail de force. Les escaliers de la Butte sont durs aux éboueurs. (rue Utrillo)

album photos Montmartre décembre 2021

2 décembre. Tendresse.

album photos Montmartre décembre 2021

3 décembre. Le photographe surpris. (square Louise Michel)

album photos Montmartre décembre 2021

4 décembre. La robe rouge. 'rue du cardinal Dubois)

album photos Montmartre décembre 2021
album photos Montmartre décembre 2021

5 décembre. Apparition des pères Noël avec quelques semaines d'avance!

album photos Montmartre décembre 2021

Le 6 décembre. Le peintre et son reflet sous la pluie, place du Tertre.

album photos Montmartre décembre 2021

Le 7 décembre. Le ginkgo met des couleurs dans la brume. (de la rue Ronsard)

album photos Montmartre décembre 2021

8 décembre. La Tour Eiffel vue depuis Montmartre, le soir. (square Nadar)

album photos Montmartre décembre 2021

9 décembre. Une photo pour que le petit chien n'oublie pas sa visite à Montmartre.

album photos Montmartre décembre 2021

10 décembre. Photo de famille. (escaliers du Sacré-Coeur)

album photos Montmartre décembre 2021

11 décembre . Le Cadet de Gascogne en tenue de Noël. (place du Tertre)

album photos Montmartre décembre 2021

12 décembre.  Rue Chappe. 

L'autrice de ce collage est Marianne Mazel. Je me suis dépêché de photographier une autre de ses œuvres, très montmartroise, place Emile Goudeau :

 

album photos Montmartre décembre 2021

13 décembre. Tenue assortie pour la Maison rose. (rue de l'abreuvoir)

album photos Montmartre décembre 2021

14 décembre. Entraînement à la lutte (rue Foyatier).

album photos Montmartre décembre 2021

15 décembre. Un sourire d'Asie qui nous manquait sur la Butte. (square louise Michel)

album photos Montmartre décembre 2021

16 décembre. La tête engazonnée! (square Louise Michel)

album photos Montmartre décembre 2021

17 décembre.  Le penseur. (fontaine de Gasq)

album photos Montmartre décembre 2021

18 décembre... "Je cherche fortune tout autour du Chat Noir, et au clair de la lune à Montmartre le soir."

album photos Montmartre décembre 2021

19 décembre. La musicienne à la cithare chinoise (guzheng) ressemble à la mère Noël!

album photos Montmartre décembre 2021

20 décembre. Les escaliers avec le ciel de Paris le 1er décembre et le 1er juillet par Henri Alekan, directeur de la photo chez Cocteau, Carné, Wenders...

album photos Montmartre décembre 2021

21 décembre. Les sœurs guitaristes....

album photos Montmartre décembre 2021

22 décembre. La statue rentre chez elle. (rue St Eleuthère)

album photos Montmartre décembre 2021

23 décembre. Le moulin de la Galette dans le ciel et les nuages.

album photos Montmartre décembre 2021

24 décembre. Distribution de colis alimentaires.

album photos Montmartre décembre 2021

25 décembre. Coiffure-pompons dans le ciel de Noël. 

album photos Montmartre décembre 2021

26 décembre. Rue du Calvaire, lendemain de fête.

album photos Montmartre décembre 2021

27 décembre. Un éveil? Une danse? Un envol?

album photos Montmartre décembre 2021

28 décembre. Comme sur un balcon pour regarder les lumières du dernier mardi de l'année sur Paris.

album photos Montmartre décembre 2021

29 décembre. Le petit prince a des oreilles.

album photos Montmartre décembre 2021

29 décembre. Moment de tendresse volé, square Nadar.

album photos Montmartre décembre 2021

30 décembre. Couple en couleurs, l'avant-dernier jour de l'année sqare Nadar

album photos Montmartre décembre 2021

31 décembre. Dernier jour de l'année. Des mariés dans la foule. Le soleil au rendez-vous!

Belle année à tous!

 

Lien pour les albums photos de Montmartre mois après mois, année après année.

C'est la dernière photo que j'aie prise en 2021. C'était hier sur le bassin de la Villette. Des mouettes autour d'un éclat de soleil.

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Publié le par chriswac
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                                                  Affiche de Lucien Métivet (1896)

      Elle est une des figures les plus étonnantes et les plus originales de la Butte où malgré le succès qu'elle rencontra dans les plus grands cabarets, elle continua de chanter dans les rues pour rester au contact des gens simples et pour donner ce qu'elle récoltait aux pauvres et aux malades. Elle est unique parmi les artistes montmartrois, on pourrait la qualifier de sainte laïque!

     Enfin! On aurait pu si ses engagements politiques n'avaient été, hélas, pour le moins contestables : la Ligue des Patriotes où elle soutint Boulanger (elle fut d'ailleurs emprisonnée pour avoir crié "Vive Boulanger au passage de Carnot) et les Croix de Feu où elle obtint le grade de sergent! Plus tard, elle acquerra une autre image, patriotique et engagée en chantant pour les poilus de la première guerre. Elle sera nommé "caporale des poilus"  et deviendra pour les soldat la caporale Nini!

                                                    Eugénie Buffet (Steinlen)

     Elle est née à Tlemcen, en Algérie en 1866

     Elle évoque son enfance dans un livre de souvenirs : "Ma vie, mes amours, mes aventures".

                                           Couverture illustrée par Steinlen pour les mémoires d'Eugénie Buffet (recueillis par Maurice Hamel)

      Après avoir été violée par son cousin, elle est contrainte par sa mère d'aller à Oran, où elle est employée comme femme de ménage.

 Sa patronne l'envoie régulièrement porter des pâtisseries à un homme qui vit seul, plongé dans l'étude du Coran et de la Bible, Charles de Foucauld.

      Eugénie n'oublia jamais cette rencontre.

                                                                                     Charles de Foucauld

 "Ah les bons regards de Charles de Foucauld !   Regards d'amour sincère, de tendresse vraie. Comme ils me soutinrent aux heures de défaillance."

legay-eugenie-buffet4.jpg

 Lorsqu'elle a 20 ans, Eugénie quitte l'Algérie. Après être passée par Marseille, elle arrive à Paris où elle prend pour chanter et se faire connaître, la dégaine et la toilette des "pierreuses", nom que l'on donnait alors aux femmes qui racolaient dans les rues. 

                                                       Dessin de Toulouse Lautrec

                                                       Elle est très vite remarquée et invitée à chanter dans les cabarets, notamment à la Cigale sur le boulevard de Rochechouart.

                                                         Affiche de Luc Métivet

    Elle habite alors non loin de là, 3 avenue Frochot, au rez de chaussée, et vit une liaison qui durera 18 ans avec Léopold Stévens.

                                                                                            Entrée de l'avenue Frochot

                                                                     Léopold Stevens: affiche pour Eugénie Buffet "la chanteuse populaire".

     Elle connait un grand succès et très vite, Botrel et Bruant composent pour elle.

Son plus grand succès, son "drapeau", c'est "la sérénade du pavé", sérénade reprise en choeur par les montmartrois qui s'arrêtent sur le boulevard ou sur les petites place pour l'écouter... 

 "Sois bonne ô ma chère inconnue                                                                                                       Pour qui j'ai si souvent chanté!                                                                                                           Ton offrande est la bienvenue,                                                                                                          Fais-moi la charité!"  

      Elle plaît aux poètes et aux compositeurs montmartrois pour qui elle est le type même de la chanteuse des rues. Richepin écrit à son sujet :

                                                          Richepin (Ensor)

"Pour ma gloire de poète, je ne souhaiterais qu'une chose, c'est d'écrire beaucoup de chansons naïves et profondes dont elle pût répandre la belle aumône, sans en dire l'auteur, dans cette affreuse et étrange forêt parisienne où les bêtes de proie et les bêtes immondes ont besoin de pleurer parfois, en écoutant pleurer leur âme avec celle du rossignol". 

eugenie-buffet-piaf2.jpg

                                      Piaf-Eugénie Buffet dans "French Cancan"

         Jean Renoir choisira pour incarner Eugénie Buffet dans son film "French Cancan", celle qui lui ressemble le plus et qui comme elle se fit connaître en chantant dans les rues : Edith Piaf.                                

                                        Willette, caricature d'Eugénie Buffet et son cabaret

    Mais elle n'a pas l'étoffe d'une femme d'affaires... Elle ne sait pas en fondant, au 75 boulevard de Clichy, le Cabaret de la Purée, que ce nom sera prémonitoire! Toutes ses économies et celles de Stevens y sont englouties et les restrictions que lui impose le préfet de police Louis Lépine inquiet de l'influence de la chanteuse sur les électeurs de 1902 précipitent la fermeture de l'établissement.

      Eugénie chante alors au cabaret de la Nouvelle Athènes, place Pigalle. Mais les soucis ont eu raison de son couple. Elle quitte Stevens et va habiter seule rue Fontaine.

   Elle tente de se refaire une santé financière aux dépens de sa santé physique en s'embarquant dans d'épuisantes tournées en Amérique, aux Antilles...

    Lorsqu'éclate la guerre, elle se consacre corps et âme aux blessés. Elle chante pour les poilus et donne tout l'argent qu'elle récolte aux malheureux et aux veuves. Elle sera décorée plus tard, en reconnaissance de son dévouement, la Légion d'Honneur.

En 1915, les Poilus la nomment caporale! Elle écrit dans ses mémoires :

" L'un d'entre eux détacha le galon rouge de sa veste et vint l'accrocher sur ma manche. Ce jour-là j'ai failli mourir de bonheur".

C'est ainsi qu'Eugénie Buffet devient la Caporale Nini!

     Après la guerre, elle continue de chanter pour les pauvres, pour les grévistes dont elle soutient le combat. Elle s'épuise, sa santé se dégrade et lorsqu'elle a besoin d'être soignée, à une époque où la Sécurité Sociale n'existe pas, une véritable mobilisation des artistes (Gaby Morlay, Maurice Chevalier...) et du public permet de récolter des fonds au cours d'un gala mémorable organisé "pour donner un peu de pain à la cigale qui toute sa vie, n'avait songé qu'à empêcher les malheureux de mourir de faim".

                                                                           Eugénie Buffet, quelques mois avant sa mort.

Elle y apparaît sous un tonnerre d'applaudissements et chante "Ma chanson" :

J'ai chanté comme une cigale

Soeur pauvre des déshérités,

Laissant aux fourmis la fringale

De l'argent et des vanités.

j'ai chanté de toute mon âme

A l'âge de Mimi Pinson

J'avais donné mon cœur de femme

À la chanson

                         eugenie-buffet-flickr.jpg

                                              Photo-montage de Navema. "Eugénie Buffet in Mexico". (flickr)

      Eugénie Buffet meurt en 1934. Elle est enterrée loin de la Butte, dans le cimetière de Montrouge, 51ème division. Sur sa stèle, deux mots sont gravés après son nom : Cigale nationale... Les lettres s'effacent peu à peu...

 

                          Eugenie-buffet-montrouge.jpg

                                                    Cimetière de Montrouge. 

Mais si la cigale a rendu l'âme, elle ne cesse de chanter et d'émouvoir ceux qui ont la curiosité de se promener dans le passé

 

Liens : chanteurs et cabarets de Montmartre:

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #Peintres

 

    Sans Toulouse Lautrec, on aurait sans doute oublié ce personnage hors-normes des nuits montmartroises, à la fois danseuse, contorsionniste et clownesse : Cha-U-Kao.

 

Son nom pourrait faire penser qu'elle est Japonaise en un temps où le pays du Soleil levant inspirait les peintres et les artistes  (à commencer par Lautrec lui-même).

Mais il n'en est rien! Son nom vient d'une danse dérivée du cancan, très en vogue au Moulin Rouge : le chahut, mis à la mode par la Goulue et Valentin le désossé. Quant au chaos, il s'agit de l'agitation et des cris qui s'élevaient de la salle quand les artistes faisaient leur entrée.

 

                                                                           Au Moulin Rouge. Entrée de Cha U Kao. (1896)

Parce qu'elle était spectaculaire l'entrée de la dame!

 Perchée sur une mule, encadrée de gardes, elle déboulait dans le hall du Moulin Rouge et gagnait la salle, sous les ovations! 

Sans Lautrec il n'y aurait presque plus de traces (quelques rares photos) de cette femme à laquelle il a offert une "éternité" dans quelques-uns des plus grands musées...

 

... Mais que savons-nous d'elle? Si peu de choses!

Quel était son véritable nom? D'où venait-elle? Pourquoi n'a t-elle suscité aucune recherche d'un quelconque plumitif soucieux de faire revivre le passé glorieux du Moulin Rouge?

     Elle s'est produite au Nouveau Cirque de la rue Saint-Honoré, établissement très à la mode grâce à son éclairage électrique et à sa piste escamotable et transformable en piscine..

Le Nouveau Cirque qui aimait exhiber nains et lilliputiens, avait aussi l'habitude de ponctuer ses spectacles par des apparitions de clowns, parmi lesquels les célèbres Footit et Chocolat. 

                                     cha-u-kao-006.JPG

Une photo nous montre la danseuse nue au temps de sa splendeur. Elle a sur ce cliché une petite allure de Cambodgienne!

     Quand elle se produit au Moulin Rouge, elle n'est plus la jeune et svelte danseuse de ses débuts. Les années ont empâté son visage et alourdi son corps.

C'est alors que ne pouvant plus séduire par sa nudité, elle se déguise, se campe sur ses jambes, prend une allure canaille et apostrophe les spectateurs... Elle devient pour la postérité :  la clownesse Cha U Kao...

       Sur cette toile de 1895, on la voit arriver, avec son costume de scène, au bras de Gabrielle qui ressemble à une concierge mais qui est en réalité une prostituée et modèle que Lautrec a représentée maintes fois comme sur cette huile sur carton: le sofa...

                                     Le Sofa (1894). Au premier plan, Gabrielle.

 

Sur "l'entrée au Moulin Rouge",Cha U Kao est légèrement tournée vers l'arrière comme si elle retardait le moment de son exhibition alors que Gabrielle avance sans hésitation comme une paroissienne allant à la messe!

La clownesse a le regard triste malgré le maquillage et les rubans jaunes de sa coiffure grotesque.

Lautrec n'essaye pas de l'embellir ni de tricher sur son âge. Pourtant ce portrait loin d'être une caricature comme sait les réaliser brillamment le peintre est empreint d'une douceur et d'une mélancolie qui émeuvent. 

                                                                                     La clownesse assise. British Museum. Londres

Là encore, elle sourit, comme surprise par le regard d'un client, alors qu'elle se repose un instant sur la banquette rouge, lasse peut-être d'avoir une fois de plus fait son numéro d'amuseuse. Il y a dans ce sourire de coin quelque chose de désabusé et d'ironique à la fois, l'air de dire que le véritable clown n'est pas celui qu'on pense!

 

            Et cette toile... Une des plus belles, par sa composition, ses couleurs...

La clownesse qui a contraint son corps à entrer dans son déguisement, semble ici sortir de son carcan, la poitrine libérée, le soleil de tulle jaune glissant sur ses hanches.

Elle représente pour Lautrec tout ce qui remet en cause un ordre et des conventions qui font souffrir ceux qui ne correspondent pas aux normes (ce qu'était le peintre).

Cha U Kao est une femme qui joue le rôle réservé aux hommes, celui de clown...

                   Cha U kao est aussi une femme qui aime les femmes.

                                                                              Les deux valseuses. Prague.

Lautrec la peint en train de valser avec une compagne :                                        

Moment de paix, intervalle de tendresse. Le monde des plaisirs et des fêtes frelatées s'efface un instant. Aucune caricature dans cet instant volé, dans cette chaude complicité.

Cha U Kao, sobrement habillée, son déguisement au vestiaire, guide son amie dont la main est posée sur son épaule.

                                                              Le baiser. (1892)

                                                                                              Les deux amies. Albi. (1894)

 

Pour nous, Cha U kao garde son mystère et pour toujours émerge de sa collerette de soleil...

Liens: 

Montmartre: Jane Avril, Toulouse Lautrec.

Montmartre. La Goulue et Toulouse Lautrec.

 

Tous les articles sur les peintres et les personnages montmartrois :

Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

 

 

 

 

 

 

 

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