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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

charente maritime

Publié le par chriswac
Publié dans : #CHARENTE MARITIME, #Peintres
Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

La Mascarade Nuptiale de José Conrado Roza (1788) est la toile la plus surprenante et la plus étrange du Musée du Nouveau Monde. Elle est aussi la plus révélatrice d'une société aux moeurs arrogantes et racistes.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

Du peintre on ne sait pas grand chose, sinon qu'il était fils de peintre et recevait des commandes des souverains portugais et plus particulièrement de Marie 1ère qui fut reine de 1877 à 1816.

Marie 1ère du Portugal. (att. à Giuseppe Troni)

Marie 1ère du Portugal. (att. à Giuseppe Troni)

La reine était connue pour sa grande piété (ce qui nous interpelle sur ses petits arrangements avec la doctrine chrétienne!) à tel point qu'elle fut surnommée "la pieuse".

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.
Tombeau de Marie 1ère.
Tombeau de Marie 1ère.

Elle eut le cerveau quelque peu détraqué à l'approche de la soixantaine. Elle fut paraît-il très choquée par les événements de France, cette Révolution qui coupait les têtes royales et abolissait l'esclavage.

Au Brésil, possession portugaise où elle se réfugia après l'annexion de son pays en 1807 par le libérateur de l'humanité Napoléon Bonaparte, elle fut surnommée "la Folle". C'est dire qu'à sa manière, elle perdit elle aussi la tête!

Elle mourut en 1816 et son corps fut rapatrié à Lisbonne dans un imposant tombeau érigé dans la basilique d'Estrela qu'elle avait fait construire.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

En 1788, elle passa commande à son peintre favori s'une toile mettant en scène ses esclaves préférés, des nains chargés de la divertir. Elle ne faisait que suivre la mode initiée notamment par la cour espagnole et Philippe IV. Velasquez a représenté quelques uns des nains de cette cour.

Le titre de la toile fait penser à une parodie de mariage, une mise en scène ridiculisant les petits personnages sommés de poser avec sérieux.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

Mais ce titre "Mascarade nuptiale" lui a été attribué bien des années après son exécution. La thèse qui prévaut aujourd'hui sans convaincre, plaide pour la représentation d'un vrai mariage.

Quoi qu'il en soit l'oeuvre revêt une poésie étrange et douce, faite de mystère et de silence. On pense à l'atmosphère qui plus tard habitera certaines oeuvres du Douanier Rousseau avec ses personnages qui flottent dans l'air.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.
Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

La petite mariée est Dona Roza, la naine favorite de la reine qui la couvre de cadeaux et ne se déplace qu'avec elle.

Les détails sur l'âge et l'origine des nains sont écrits sur leurs vêtements.

Dona Roza est âgée de 18 ans, originaire d'Angola. Son esprit enjoué, sa bonne humeur et sa spontanéité plaisent à la reine qui l'habille de vêtements somptueux comme elle le ferait de sa poupée préférée.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

L'heureux marié est Don Pedro, originaire du Luanda. Son âge est incertain, entre 30 et 40 ans...

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

Au-dessus des deux mariés qui sont debout sur une calèche, au sommet de la composition pyramidale de la toile, se tient Martino de Mello e Castro venu de Bahia. Il est âgé de 14 ans.

Il est coiffé d'une mitre d'évêque. Les défenseurs de la thèse du vrai mariage auront du mal à expliquer cet accoutrement. Si vrai mariage il y avait eu, un vrai responsable religieux aurait officié.

Ce déguisement est forcément dérisoire. La scène ressemble plus à un carnaval qu'à une cérémonie religieuse à laquelle la reine et la cour auraient assisté!

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

Devant les mariés, on voit à droite, prêt à jouer de la flûte pour accompagner la noce, Sebastiao, originaire du Mozambique, âgé de 31 ans.

A sa droite un garçon de 12 ans, le seul à n'être pas nain. Il est là comme "curiosité" susceptible de surprendre la cour et ajouter au prestige de la collection royale.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.
Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

Il s'appelle Sicario et il est originaire de Cotingiba au nord-est du Brésil. Sa dépigmentation partielle est un albinisme incomplet qui lui confère sa valeur de pièce rare. Imaginons l'existence de cet enfant, exhibé comme un phénomène de foire par la très pieuse reine du Portugal.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.
Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

A la droite de Sicario on trouve encore Dom José âgé de 30 ans, originaire du Brésil et Dona Anna, âgée de 17 ans, originaires du Mozambique.

Le dernier nain représenté est Marcelino, 26 ans, de Mariua en Amazonie. Il est habillé pour satisfaire la curiosité des courtisans de sa tenue d'Indien. Il brandit un arc bandé dont la flèche est dirigée vers une colombe perchée sur une branche.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

Là encore les tenants de la thèse du mariage sérieux auront du mal à justifier cette pesante allégorie. La blanche colombe symbolise la virginité de la jeune Noire Dona Roza, la flèche le membre viril de son nouvel époux!

Au-dessus la toile peinte pour Marie 1ère. Au-dessous la toile peinte par sa soeur cadette Bénedicte.
Au-dessus la toile peinte pour Marie 1ère. Au-dessous la toile peinte par sa soeur cadette Bénedicte.

Au-dessus la toile peinte pour Marie 1ère. Au-dessous la toile peinte par sa soeur cadette Bénedicte.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

Il existe une première version de cette œuvre, répertoriée sous le nom de "Les nains de la reine Marie de Portugal"

On peut remarquer quelques légère différences comme le phylactère que tient la colombe dans le bec et qui porte le nom de la commanditaire : Bénédicte, sœur de la reine. Il y est précisé que ce tableau contient "les vrais portraits des personnes pour lesquelles toutes les mesures furent exactement prises."

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

Que le tableau porte un titre ou un autre ne change rien à notre appréhension de l'œuvre qui attire et repousse...

Elle attire parce qu'elle est belle et poétique, à la fois naïve et maitrisée...

Elle repousse parce qu'elle fait de nous, malgré nous, des voyeurs, curieux des particularités d'êtres humains qui furent traités comme des objets au même titre que les animaux exotiques qui composaient la collection de la reine.

Les nains esclaves de Marie 1ère du Portugal. La mascarade nuptiale. Musée du Nouveau Monde. La Rochelle.

Il existe étude passionnante et complète de cette oeuvre sans laquelle je n'aurais pas pu écrire cet article et dont l'érudition est remarquable (même si je ne partage pas du tout l'interprétation du mariage authentique).

La brochure "Mascarade Nuptiale" est en vente au Musée du Nouveau Monde. Elle a été rédigée par Violetta Giraldos et Evelyne Fazilleau.

Le Musée du Nouveau Monde, rue Fleuriau.

Le Musée du Nouveau Monde, rue Fleuriau.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #CHARENTE MARITIME, #Peintres
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

Au musée du Nouveau Monde, une exposition d'Antoine Tzapoff nous propose une galerie de portraits d'hommes et de femmes, de résistants, indiens pour la plupart, victimes d'un génocide qui permit au Canada et aux Etats Unis de s'édifier.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

Ce qui frappe dès la première approche de ces toiles assez classiques dans leur facture c'est la dignité des visages en même temps que leur profonde tristesse, la conscience d'une tragédie inéluctable.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Cavalier des plaines"

Un guerrier Lakota se prépare au combat comme on le voit à son habillement : la chemise de guerre aux bandes perlées.

En 2007, des survivants de ce peuple sioux ont proclamé l'indépendance de leur territoire (essentiellement le Dakota) et rompu les traités que les blancs n'avaient jamais respectés.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Ioway avec parure"

​"L'avant-veille des Illusions perdues"

Malgré son regard décidé, sa coiffure Roach et son collier de griffes d'ours, cet indien qui a donné son nom à la rivière et à l'état de l'Iowa, ne pourra empêcher la disparition de son peuple dont ne subsiste aujourd'hui qu'un millier d'individus.

Le Roach est composé d'une frange extérieure en longs poils de porc épic et en poils plus courts de daim. Elle est maintenue à l'arrière par une tresse de cheveux qu'on appelle "la mèche de scalp" car c'est elle qui est coupée par l'ennemi en cas de victoire.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Kwoxot"

Visage moins tragique pour cet indien Yuma (Colorado) qui est un homme de dialogue et de paix, un Kwoxot, diplomate chargé des relations avec les envahisseurs. S'il est homme de parole, il n'en est pas de même des Européens qui n'ont qu'une idée en tête : s'emparer des terres indiennes et signer des traités bidons!

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"La lune du trépas"

Un chef Tlingit (sud-est de l'Alaska et Colombie Britannique) porte le cimier qui représente la lune entourée de fanons de baleine. Son peuple croit en la réincarnation et au retour des parents décédés. Cette croyance qui lui évite la peur de la mort n'a pas suffi à le réincarner en nombre puisqu'il n'y a plus aujourd'hui que quelques centaines de ses hommes dont la culture et la langue sont près de mourir tout à fait.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Armoiries de la baleine tueuse"

C'est encore un Tlingit qui est paré de symboles totémiques. La "baleine tueuse" est l'autre nom donné à l'orque.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Pharaon"

Tel est le nom donné à une des tribus des Apaches Mescaleros (Nouveau Mexique). On peut comprendre à la noblesse de ces hommes ce nom qui pourtant fut choisi par moquerie. Ils vivent de nos jours dans une réserve où ils sont mitraillés par les touristes, comme des animaux dans un zoo.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Camp d'automne"

C'est une des premières toiles d'antoine Tzapoff qui replace l'indien Cree dans son environnement sévère dont il semble faire partie. Les Crees forment aujourd'hui le plus grand groupe des premiers peuples d'Amérique. Ils sont plus de 200 000. Ils étaient ouverts aux échanges et aux unions intertribales. Ils ont formé un peuple métissé, notamment avec les Français du Canada.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Agnier"

C'est le nom donné par les colons français dès le XVIIIème siècle aux Indiens Iroquois Mohawk (Mohawk signifie "mangeurs d'hommes")

Leur langue a quasiment disparu. Une petite communauté de plus de 1000 indiens la parle encore dans le village de Kahnawake près de Montréal.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"La vallée des mélèzes"

Un guerrier Fox en alerte s'apprête à entrer dans la vallée dangereuse. Le peuple Fox a rencontré les Français au cours de guerres qui furent dévastatrices et à la suite desquelles ne survécurent que 500 des leurs.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Le cauchemar de Cumberland"

Les colons craignaient particulièrement les Shawnees, guerriers farouches dont le nom français était "chaouanons" ou "chavanons".

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"La Feuillée à l'aube dorée"

La feuillée est la toilette matinale des femmes. L'une d'elle, Chippewa est de face, l'autre Winnebago de dos. Les broches d'argent dont elles se parent sont l'œuvre des orfèvres de Montréal qui les fabriquaient pour les échanges commerciaux entre colons et autochtones.

Une fois encore, malgré la douceur du matin, le visage féminin est grave.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Chef Joseph (Nes percé)
Chef Joseph (Nes percé)

"Nez percé" ou 1877.

Les Nez Percés qui sont spoliés de 90% de leur réserve attribuée par décret se défendent en 1877 contre les soldats américains menés par le général Olivier O. Howard. A leur tête se trouve Chef Joseph qui après plusieurs succès est vaincu. La plupart des Nez Percés sont massacrés et une poignée d'entre eux parvient à se réfugier au Canada.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Les Ages de la guerre ou la stratégie et le combat"

Le jeune Indien se détourne de son aîné qui a choisi la diplomatie et les tractations avec l'armée américaine. Il est décidé à se jeter sans attendre dans la bataille même s'il est conscient de la disproportion des forces en présence. L'aîné tente de sauver un peu de sa terre et de sa culture. Il sous évalue l'hypocrisie de ses adversaires.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Le charme de guerre"

Le monde magique des Indiens comportait de nombreuses superstitions. Ainsi pensaient-ils être protégés par une simple bandelette qu'ils portaient en bandoulière.

Une cordelette pour lutter contre l'avidité des envahisseurs!

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Tatouages Osages"

Un dignitaire porte les marques des gardiens des "ballots sacrés" (où étaient conservés les objets rituels). Le fer de sa lance comme les bracelets qu'il porte prouvent qu'il entretenait des rapports amicaux en Louisiane et en Nouvelle France avec les Français qui les fabriquaient.

Le nom des Osages reste lié à un arbre, "l'oranger des Osages" dont ils se servaient pour leurs peintures et leurs arcs. Voilà qui me ramène à Montmartre, au square Louise Michel près duquel je vis et où s'élèvent plusieurs de ces arbres!

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Symboles sacrés"

Cette Osage est une officiante de rites religieux comme l'indiquent les symboles peints sur les rochers : cercle solaire et araignée.

Le cercle est symbole même de la vie. Moitié soleil et moitié lune il unit le jour et la nuit. Il a la forme de la vie, des nids, des tentes, du vent qui tourbillonne...

L'araignée a huit pattes comme les huit points cardinaux indiens. Elle appartient à la nuit mais a un rôle positif dans la mythologie indienne puisque c'est elle qui donne le feu aux hommes. Dans les attrape-rêves, c'est elle encore qui permet au jour et à la lumière de renaître après la nuit.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Chamane Caribou"

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Chamane Toungouse"

Le chamane qui est en relation avec les esprits de l'univers portent les objets rituels dans les "ballots sacrés".

Il est ici revêtu de symboles de la création, les oiseaux de fer et les visages.

(Les Toungouses sont un peuple de Sibérie.)

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"Chasseur ou le concept de la transformation"

Cet Inuk porte un masque de carcajou (glouton) dont il acquiert ainsi les qualités supposées : la ruse, l'agressivité...

Musée Fleuriau. La chambre à coucher de Mme Fleuriau. La toile de Tzapoff acquise par le Musée.

Musée Fleuriau. La chambre à coucher de Mme Fleuriau. La toile de Tzapoff acquise par le Musée.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"La chute de l'Amérique française"

La statue jetée à terre symbolise la défaite française et la fin de la Nouvelle France.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

Un indien Ottawa (Outaouais pour les Français) reste debout, prêt à combattre encore. Sa tribu a choisi de lutter aux côtés des Français et elle leur reste fidèle. Nous sommes en 1760, date de la chute de la dernière place forte française : Montréal.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

Le guerrier regarde au loin, espérant le retour des Français. Il a mal choisi. Entre les deux rapaces anglais et français, il valait mieux choisir le plus cynique et le plus rusé, celui dont l'Empire était si étendu que jamais le soleil ne s'y couchait!

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.
Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

"La Nouvelle France"

Le Canada français tel qu'il est idéalisé par le peintre!

L'indienne au visage grave se drape dans un tissu bleu. Elle porte entre les seins un poignard.

Une remarque s'impose au cours de cette exposition sur la façon qu'a le peintre de représenter les femmes. S'il leur donne comme aux hommes ce visage tendu et inquiet, il refuse de le marquer de rides. Ce respect qu'il a de la femme forcément jeune et belle confère à ses tableaux féminins quelque chose de plus stéréotypé.

Il y a dans les codes utilisés par l'artiste quelque chose qui me fait penser aux icônes : le sens du sacré, la dignité des visages, l'espoir d'un renouveau malgré l'apparente victoire de la violence et de la mort...

Ngati Maru. Maori de Nouvelle Zélande armé de son casse-tête.

Ngati Maru. Maori de Nouvelle Zélande armé de son casse-tête.

Maria Felix. Mécène d'Antoine Tzapoff.

Maria Felix. Mécène d'Antoine Tzapoff.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

Quelques mots sur Antoine Tzapoff, l'auteur de ces portraits à la fois réalistes et spirituels.

Il est né en 1945 à Paris. Sa mère est française et son père russe (est-ce de ce dernier que lui vient cette proximité avec l'art sacré des icônes?)

Il a longtemps collaboré avec Vasarely avant de trouver sa voie qui allait de pair avec sa fascination pour les peuples premiers. En 1981 il rencontre Maria Felix, la sublime star mexicaine qui, séduite par son œuvre aidera à sa promotion dans tout le Mexique.

Tzapoff poursuit son euvre et cette exposition de La Rochelle rend justice à son grand talent et à sa sensibilité douloureuse et respectueuse pour ces peuples spoliés de leur terre et dont la culture et la spiritualités sont aujourd'hui menacées de complète disparition, ce qui parachèverait le génocide dont ils furent victimes.

Portraits indiens. Antoine Tzapoff. La Rochelle. Musée du Nouveau Monde.

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Publié le par chriswac
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Toussaint Louverture par Ousmane Sow. La Rochelle. Hôtel Fleuriau.
Toussaint Louverture par Ousmane Sow. La Rochelle. Hôtel Fleuriau.

Une surprise nous attend à La Rochelle en entrant dans la cour de l'Hôtel Fleuriau qui abrite le Musée du Nouveau Monde.

Toussaint Louverture par Ousmane Sow. La Rochelle. Hôtel Fleuriau.

Une haute statue, puissante et méditative, se dresse au milieu de la cour, géant trop grand pour les portes et les fenêtres de l'élégant édifice.

Toussaint Louverture par Ousmane Sow. La Rochelle. Hôtel Fleuriau.

Il s'agit de Toussaint Louverture, figure héroïque de la lutte des Noirs pour l'abolition de l'esclavage et pour l'indépendance.

Port de La Rochelle en 1762. (D'après J. Vernet. Musée du Nouveau Monde).

Port de La Rochelle en 1762. (D'après J. Vernet. Musée du Nouveau Monde).

En installant cette statue, la ville fait face à son passé, aux heures sombres de son histoire, quand de nombreux armateurs rochelais s'enrichissaient avec la traite négrière.

Rébellion d'un esclave sur un navire négrier. (Edouard Antoine Renard 1839. Musée du Nouveau Monde)

Rébellion d'un esclave sur un navire négrier. (Edouard Antoine Renard 1839. Musée du Nouveau Monde)

La Rochelle est après Nantes (et à égalité avec Bordeaux) le 2ème port de France pour le commerce triangulaire et l'on estime à 150 000 le nombre d'hommes et de femmes déportés aux Antilles sur les navires de la ville, dans les conditions abominables que l'on sait.

Toussaint Louverture par Ousmane Sow. La Rochelle. Hôtel Fleuriau.

La beauté de la ville visitée par des touristes du monde entier est due en partie à la richesse générée par cette activité criminelle.

Mise en place de la statue. Photo Sud-Ouest.

Mise en place de la statue. Photo Sud-Ouest.

Ousmane Sow. Inauguration de la statue, 20 mai 2015. Photo FR3 Poitou charentes.

Ousmane Sow. Inauguration de la statue, 20 mai 2015. Photo FR3 Poitou charentes.

Chapeau donc à la ville qui a voulu rendre hommage aux victimes en commandant au sculpteur sénégalais Ousmane Sow une statue de celui qui lutta contre les esclavagistes dans l'île de St Domingue.

Toussaint Louverture par Ousmane Sow. La Rochelle. Hôtel Fleuriau.

On connaît l'histoire de ce combattant hors pair, affranchi en 1776, chef de la rébellion en 1791, admirateur de la Révolution Française, à laquelle il se rallie quand il apprend qu'elle a aboli l'esclavage.

Décret de l'abolition de l'esclavage. 16 pluviôse an II (4 février 1794)

Décret de l'abolition de l'esclavage. 16 pluviôse an II (4 février 1794)

Comme beaucoup il a cru qu'elle ouvrait une ère nouvelle de fraternité, de liberté et d'égalité. C'était sans compter sans Napoléon Bonaparte, devenu Consul à vie, qui envoie en 1802 un corps expéditionnaire pour arrêter le combattant qui a eu l'audace de proclamer l'autonomie dans le cadre d'une République Française qu'il croyait protectrice.

Cachot de Toussaint Louverture au fort de Joux (Photo blog d'Alain Jacquot-Boileau)

Cachot de Toussaint Louverture au fort de Joux (Photo blog d'Alain Jacquot-Boileau)

Toussaint Louverture est donc arrêté, emmené en France, au Fort de Joux dans le Jura où il meurt quelques mois après son incarcération.

Toussaint Louverture par Ousmane Sow. La Rochelle. Hôtel Fleuriau.

La statue d'Ousmane Sow le représente au moment où il lit la Constitution qu'il vient de rédiger.

Toussaint Louverture par Ousmane Sow. La Rochelle. Hôtel Fleuriau.

Nulle joie sur son visage sérieux et grave. Il sait qu'il a en face de lui les puissants, ceux dont la fortune est sacrée et se moquent des conditions dans lesquelles elle a été édifiée.

Toussaint Louverture par Ousmane Sow. La Rochelle. Hôtel Fleuriau.

Comme un soldat de la République il croit encore à cette France qui renverse le vieux monde. C'est ce moment que nous voyons. L'homme est droit et puissant, il est à la fois immobile et en marche.

Toussaint Louverture par Ousmane Sow. La Rochelle. Hôtel Fleuriau.

Il est beau et digne dans ce décor harmonieux construit sur le malheur des hommes.

Toussaint Louverture par Ousmane Sow. La Rochelle. Hôtel Fleuriau.
Toussaint Louverture par Ousmane Sow. La Rochelle. Hôtel Fleuriau.

Quand la statue fut inaugurée (20 mai 2015) il y eut une polémique. Une association dédiée à la mémoire de la traite et de l'esclavage estima que l'endroit où elle était placée n'était pas assez visible.

Elle désirait qu'elle prît place près du port d'où partirent les navires négriers, sur la promenade fréquentée par la foule des visiteurs.

On peut comprendre cette demande mais je trouve pour ma part que le géant qui rend petite la riche demeure d'anciens négriers, exprime où il se tient toute la force à la fois déterminée et tragique d'un homme libre devant les tyrannies.

Toussaint Louverture et la vieille esclave noire. Ousmane Sow. Museum of African Art, Washington.

Toussaint Louverture et la vieille esclave noire. Ousmane Sow. Museum of African Art, Washington.

Alors qu'il avait foi dans la Révolution Française, il commença une lettre à Napoléon par ces mots : "Du premier des Noirs au premier des Blancs".

S'il était bien alors le premier des Noirs, il n'est pas sûr que Napoléon eût été le premier des blancs!

Toussaint Louverture par Ousmane Sow. La Rochelle. Hôtel Fleuriau.
Toussaint Louverture par Ousmane Sow. La Rochelle. Hôtel Fleuriau.

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Publié le par chriswac
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Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.
Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.

Paysage où rien n'est stable...

Contrée argileuse sillonnée de chenaux capricieux...

Monde menacé et hostile où les oiseaux sont seigneurs...

Photo Michel Le Collen

Photo Michel Le Collen

Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.
Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.
Brouage  envasé dans les marais. La nostalgie du large et des grands voiliers...

Brouage envasé dans les marais. La nostalgie du large et des grands voiliers...

Jadis l'océan était maître chez lui.

Il baignait les remparts de Brouage d'où partaient les grands navires pour le Nouveau Monde

Il s'enfonçait dans les terres

Il écartelait les estuaires....

Aujourd'hui il gronde au loin

Il ressasse vague après vague sa nostalgie des terres perdues

Il attend le jour de la reconquête, ce jour programmé par le réchauffement climatique et la folie des hommes.

Le clocher de Marennes

Le clocher de Marennes

Au-dessus de ce plat pays, le clocher de Marennes se dresse comme une montagne, comme un refuge de pierres dans un univers sans ossature.

Il restera debout le jour où les eaux auront reconquis l'espace et submergé les maisons basses.

Il sera témoin de l'époque révolue où l'homme domestiquait les marais de la Seudre et se croyait propriétaire du monde.

Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.

Une longue bâtisse de pierres s'élève au détour d'un chemin, étrange et rassurante à la fois.

Elle est là depuis le XIIème siècle, depuis le temps où la mer était proche.

Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.

De ce temps reculé, il ne reste pas grand chose, moins qu'à l'Abbaye aux Dames de Saintes qui était propriétaire du lieu.

Un moulin rapporte gros et les Dames empochaient une partie des grains que les paysans apportaient au meunier.

Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.

Le meunier était lui-même un personnage opulent qui gardait comme salaire une part de la farine si précieuse alors.

Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.
Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.

Du vieux moulin à marée ne subsiste que le corps central.

Toutes les dépendances, écuries et greniers ont été détruits.

Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.

On entre dans une pièce ornée d'une cheminée qui n'est pas ancienne.

Avec ses poutres et ses roues de bois le moulin était trop vulnérable pour qu'on laissât entrer le feu dans la place!

Côté retenue d'eau

Côté retenue d'eau

Le bassin de retenue (le "monard") à moitié plein!

Le bassin de retenue (le "monard") à moitié plein!

La marée haute pulse l'eau dans le chenal du Lindron qui passe sous l'arche de pierres et emplit après avoir franchi une vanne à clapet "la paresseuse" une retenue de plus de 8000m3, "le monard".

La marée descendante vide le chenal et il ne reste plus qu'à lever la trappe et laisser libre passage aux eaux prisonnières qui font tourner la roue et entraînent le mécanisme complexe qui permettra de moudre le grain.

La trappe d'arrivée d'eau

La trappe d'arrivée d'eau

La roue entraînée par le flux

La roue entraînée par le flux

L'axe et la roue dentée

L'axe et la roue dentée

La meule vue en dessous...

La meule vue en dessous...

Si vous visitez le moulin, une guide dynamique et pleine d'humour vous expliquera ce mécanisme reconstitué tel qu'il était au XVIIIème siècle avec ses pièces de chêne et ses roues dentées d'acacia.

Le seul problème est que vous courez le risque de ne pas le voir en mouvement car il faut de fortes marées pour l'entraîner. Quand le monard n'est pas assez plein, la force du courant n'est pas capable de faire tourner la roue.

Quelques visiteurs de bonne volonté sont invités à tourner la manivelle! Bon exercice avant d'aller déguster à Marennes les huîtres et le pineau!

Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.
L'entonnoir à grains qui tombent pour être broyés par les meules....

L'entonnoir à grains qui tombent pour être broyés par les meules....

Vous verrez alors comment les meules sont actionnées après la mise en branle de roues et d'axes et écrasent le grain versé par une trémie.

Une farine douce comme le talc naît de cette mécanique... Une farine qu'il vous est interdit de porter à la bouche sous peine d'infection bactériologique!

Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.

C'est qu'une tribu d'hirondelles a envahi le moulin! Elles sont heureusement protégées (vive la LPO, la ligue de protection des oiseaux de Rochefort)!

Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.
Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.

On ne peut les empêcher de se lester l'estomac et de décorer les deux étages, poutres et mécanismes compris d'étoiles blanches.

Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.
Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.

On devrait appeler le Moulin des Loges, le Moulin des Hirondelles!

Liens :

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Quelques photos anciennes de Saint-Just Luzac, le village du Moulin des Loges

Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.
Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.
Moulin à marée des loges. Saint-Just Luzac. Marennes.

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Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Pas possible de passer l'été dans l'île d'Oléron sans visiter à quelques encablures le lumineux musée Hèbre de Saint-Clément à Rochefort.

Le musée ressemble à la ville ordonnée et rêveuse, la ville des Demoiselles et de l'Hermione.

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.
Pierre Loti par le douanier Rousseau
Pierre Loti par le douanier Rousseau

Une exposition propose d'y "voir" en 3D la maison de Pierre Loti, ce palais d'un poète extravagant obsédé par le passage du temps.

Elle tente de faire patienter les curieux qui ne pourront la visiter qu'après sa restauration qui devrait s'achever à la fin de l'année.

La maison de Pierre Loti en restauration. Une façade austère cache un palais des rêves entre Chine et Turquie!

La maison de Pierre Loti en restauration. Une façade austère cache un palais des rêves entre Chine et Turquie!

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

C'est un petit portrait qui aujourd'hui retient mon attention.

La douceur inquiète, le sourire tendre et triste d'un petit garçon assis devant un panier de cerises...

Il a été peint en 1778 par Brossard de Beaulieu (1727-1810) un peintre et sculpteur qui vécut à La Rochelle avant de s'installer à Paris. Il reste mystérieux et l'on ne connaît de lui qu'une petite trentaine de portraits ou tableaux de genre.

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Comme cette toile moralisante qui fait penser à Greuze (dont Brossard de Beaulieu fit le portrait).

Un prêtre "directeur de conscience" sermonne un jeune garçon.

L'enfant baisse la tête.

Il reçoit la remontrance (c'est le titre du tableau) sans tenter de plaider sa cause. Nous sommes dans un monde où les adultes ont raison et où les enfants n'ont pas d'autre choix que de se soumettre.

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Le garçon n'est pas sans rappeler celui du portrait aux cerises, en plus grave.

On lui a appris ce qu'était une "faute" et il se courbe sous la culpabilité.

Le prêtre est à la fois sévère et avenant. Il est persuadé d'agir pour le bien de l'enfant et en bon pédagogue, il mêle douceur et rigueur à sa leçon

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Notre petit bonhomme, comme son aîné, est un enfant poli, habitué à bien se tenir...

Nulle négligence dans sa tenue qui ressemble à celle des adultes, veste près du corps et col en dentelles...

Il ne regarde pas le peintre, cet homme étrange qui le fixe pour capturer au vol son image et la déposer sur la toile avec des gestes délicats comme ceux d'un chasseur de papillons qui épingle sa proie sur un bouchon..

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Il regarde sur le côté, peut-être vers sa mère assise non loin de lui pour assister à la séance...

Il n'ose prendre à pleines mains les fruits rouges et brillants.

Il sait que c'est interdit et s'il approche la main en regardant ailleurs, c'est pour toucher du bout des doigts deux cerises, de celles que dans la campagne, les cueilleuses accrochent à leur oreilles.

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Il sourit mais une interrogation soulève ses sourcils

Pourquoi l'oblige t-on à rester immobile devant le panier de cerises?

Aura t-il en récompense le droit de les manger?

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Devant son regard humble et doux, on rêve de lui parler, de lui offrir le panier de cerises et de le libérer de cette toile où il est condamné à rester, sage et immobile avec à l'intérieur de lui même le plaisir et le jeu refoulés qui colorent ses joues...

Portrait. L'enfant aux cerises. Musée de Rochefort. Brossard de Beaulieu.

Liens : Peintres et oeuvres étudiées dans le blog :

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Liens :articles sur Rochefort et sur la Charente Maritime

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Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

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William Bouguereau (1825-1905, né et mort à La Rochelle) fait partie de ces grands peintres du XIXème siècle trop vite classés "académiques" et méprisés pendant longtemps par les critiques.

Les Américains qui ont acheté dès le début la plupart de ses oeuvres, ne l'entendent pas de cette oreille et c'est grâce à eux que des expositions ont pu faire connaître le talent et la puissance créatrice du peintre.

Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

Une des plus belles toiles de l'exposition d'Orsay sur l'Ange du Bizarre était de lui.

Dante et Virgile aux Enfers. Une vision de cauchemar carnivore, un combat infernal et tellurique.

Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

D'autres toiles impressionnent et stimulent l'imagination comme cette Égalité devant la mort, vision funèbre et onirique...

Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

Bouguereau a souvent choisi de peindre des sujets mythologiques, source inépuisable d'inspiration.

Après la terrible année 1876 où il perd son épouse et deux de ses enfants, il se tourne vers des sujets religieux.

Certains de ses tableaux méritent alors d'être taxés d'académisme mais d'autres traduisent une étrangeté et un sens du mystère qui les apparentent à de grandes oeuvres romantiques.

C'est le cas de cette Âme emportée au ciel peinte moins de deux ans après la perte des êtres aimés. Les anges portent délicatement la défunte, avec une légéreté et une délicatesse qui sont celles avec lesquelles l'artiste pense à ses morts. Ils l'emmènent vers la lumière.

Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

Hélas, ce n'est pas une toile de cette force que l'on découvre au Musée des Beaux-Arts de La Rochelle. Cette ville qui devrait s'enorgueillir de compter un tel artiste parmi les siens, ne possède presque rien de lui.

Peut-être même n'aurait-elle rien si Madame Vincens-Bouguereau (Henriette, fille du peintre) n'avait fait don à la ville de l'Océanide un an après la mort de son père.

Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

Les nus féminins de Bouguereau connaissaient un grand succès et le peintre céda à la facilité en les multipliant et en reprenant son modèle de Vénus qui avait tant plu (La Naissance de Vénus)

Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

On trouve la même femme aux formes parfaites, peinte avec une précision ingresque dans de nombreuses toiles comme la Vague ou la Perle!

La Perle

La Perle

Oeuvres qui si elles étaient la seule production de Bouguereau donneraient raison à ses détracteurs et à leur accusation d'académisme.

Et pourtant...

Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle
Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

Deux points retiennent l'attention. Tout d'abord la date de cette oeuvre : 1904.

C'est un an avant sa mort que le peintre l'exécute.

Il n'a plus rien à attendre de la gloire ou des honneurs.

Il choisit en ces derniers mois de sa vie de peindre non pas une résurrection, non pas une vision divine, mais une femme dans la splendeur de sa jeunesse, allongée sur le rivage et léchée par l'écume.

Afin de donner à sa toile un alibi culturel, il l'appelle l'Océanide.

Une océanide est une nymphe des eaux, fille de l'Océan et de Téthys. Elle est en réalité liée aux eaux dormantes et aux fleuves, les nymphes maritimes étant les Néréides.

Peu importe cette approximation!

Notre Océanide est tout entière offerte aux éléments, la douceur du ciel, le mouvement des eaux.

Elle est tournée vers le spectateur qui sur le rivage la contemple, comme une Vénus née de la mer...

Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

Elle n'est que sensualité, la poitrine offerte, les jambes prêtes à s'ouvrir.

Bouguereau. L'Océanide. Musée des Beaux Arts. La Rochelle

Le deuxième point qui retient l'attention est la présence de la vague qui laisse en transparence passer la lumière. C'est la vague que maintes fois Bouguereau a vue sur les plages charentaises, celle qui passe du bleu au vert, celle qui est douceur et puissance.

C'est la vague que je retrouve sur le rivage oléronais.

Ainsi, Bouguereau dans une de ses dernières oeuvres dit à la fois son amour de la vie, de la femme à la fois réelle et divine, son amour aussi de l'océan près duquel il est né, près duquel il mourra.

Son Océanide cesse alors d'être un simple nu académique. Elle est un ultime message, une ultime déclaration d'amour à la femme et à l'océan.

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Mornac.St-Sulpice.Oiseaux 046

C'est un monument émouvant...

l'église de Saint-Sulpice de Royan,  une église blessée, qui porte tous les stigmates des guerres et des saccages, mais reste miraculeusement vivante, avec son clocher resté debout et sa belle façade claire...

 

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 L'église du XIIème siècle qui dépendait de l'abbaye de Vaux a subi comme presque tous les édifices religieux de la région des destructions irrémédiables pendant les guerres de religion. On se demande pourquoi le clocher et la nef gothique ont été épargnés...

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                                                Traces du bras du transept sud.

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                                              Traces du bras du transept nord;

Le choeur a disparu comme les deux bras du transept dont on peut voir à l'extérieur l'emplacement originel.

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                         Nef gothique, croisée romane, choeur XIXème...

L'abside romane dont il ne reste pas une pierre a été remplacée dans la deuxième moitié du XIXème siècle par un choeur banal dû à Etienne-Firmin Arnauld dont le nom ne brillera pas au zénith des grands architectes.

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Un vitrail représente la nativité.

Comme souvent dans les églises qui ont survécu aux guerres fratricides, on tient à affimer haut et fort le culte voué à la Vierge que la Réforme voulait supprimer...

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On voit dans la nef le départ d'une arcade romane de l'ancien édifice.

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                                                      Croisée d'ogives très pure dans la nef

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                                                                   Chapiteaux de la nef

La nef actuelle date du XVème siècle avec ses croisées d'ogives et ses chapiteaux. 

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On remarque sur les murs élevés entre l'église et les bras du transpet disparu des fresques du XVIIème siècle censées représenter des tentures, des cordons et des croix.

 

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Elles se sont estompées et disparaissent peu à peu. Il n'est pas sûr qu'on doive les regretter...

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On peut voir à la croisée du transept quelques chapiteaux romans à coquilles qui font penser à des soutiens-gorges agressifs!

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La coupole romane sur trompes subsiste sous le clocher qui lui aussi a traversé le temps.

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Le clocher est typique du roman saintongeais, de forme carrée assez massive et cependant élégante grâce aux belles arcatures en plein cintre, à sa corniche à modillons et à ses hautes baies.

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A côté du clocher, une tour abrite l'escalier qui permettait d'y accéder.

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Enfin la façade claire et harmonieuse nous permet d'imaginer ce que pouvait être l'église romane. Elle est simple, sans ostentation avec son beau portail à 5 voussures encadré de deux portes feintes à tores, cordons et palmettes très détériorées et que les vents marins continuent d'éroder...

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     Une tête apparaît vaguement avant de redevenir poussière commes les autres visages de la façade

L'église de Saint-Sulpice, témoin d'un passé tumultueux auquel elle a survécu, invite à s'interroger... comment peut-on quand on porte un message d'amour et d'accueil, semer massacre et désolation dans des guerres sans vainqueur.

Comment au nom du même Christ, Protestants et Catholiques ont-ils pu s'entretuer et semer la désolation?

 

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La modeste église de Saint-Sulpice invite à rêver, à l'ombre des grands arbres, à un monde où les croyants de toutes les religions n'auraient plus dans la coeur que tolérance et fraternité!

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On peut toujours rêver non?

 

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Liens Charente Maritime, églises :

 

Saint Sornin. Eglise. Fresques XVIIème siècle(1)

Mornac. Eglise Saint-Pierre. (1). Extérieur. Charente Maritime.

Saintes. Abbaye aux Dames. Le portail. Sculptures.

Saintes. Favre. Tapisserie de la Genèse (1). Abbaye aux Dames.

Trizay. Abbaye Saint Jean l'Evangéliste. 17.

Saintes. Eglise Saint-Eutrope. La crypte.

 

Charente Maritime. Classement alphabétique. Liens.

 

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                                                          Théodore Gudin (Marine)

C'est un des beaux tableaux du musée Hèbre de Rochefort. Il est perdu dans l'immense salle des peintures mais il attire le regard et nous invite à entrer dans la contemplation avec les goélands du coucher de soleil sur l'océan.

Les nuages s'assombrissent et le soleil n''illumine plus qu'un couloir sur les flots. On entend à peine le clapotis des vagues sur le rivage, la nature s'immobilise avant d'entrer dans l'obscurité. Tableau de paix et de silence... avant l'entrée dans la nuit.

gudin voiliers dans la tempête

                                                          Voiliers dans la tempête

Ce n'est pas le sujet de prédilection de Théodore Gudin (1802-1882) peintre officiel de la Marine qui représentait de préférence des naufrages et des batailles.

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                                         Retour de pêche au clair de lune

Louis Philippe lui passa commande de plusieurs toiles destinées au musée de Versailles... 

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                                       Attaque d'Alger par la mer 1830

Napoléon III l'emmena avec lui en Algérie....

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Le peintre avait alors du succès et recevait de nombreuses commandes. 

Gudin est un excellent peintre qui pâtit d'être contemporain de quelques météores comme Delacroix ou Courbet...

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Et pourtant, ce tableau simplement intitulé "Marine" prouve qu'il aurait pu s'inscrire dans la famille des Romantiques, de ceux pour qui la nature était personnage à part entière de l'oeuvre.

La précision donne à ce paysage une atmosphère étrange et quasi onirique.

Un goéland attentif est tourné vers la fin du jour, comme une sentinelle.

L'allée de lumière sur l'océan est une invitation au voyage. Les vikings y lançaient le drakkar où était étendu le cadavre de leur chef. C'était un départ sur "l'allée des cygnes"... un départ vers l'éternité.

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La composition de la toile avec ses grandes horizontales barrées par la verticale du soleil oppose la fluidité de la mer et la métamorphose du ciel à la masse du rocher, refuge temporaire des oiseaux. 

Moment de beauté éphémère avant la nuit et les tempêtes ...

Moment d'illusoire sécurité sur un rocher que les marées ont creusé... 

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                                      Scène à Belle Ile (Gudin)

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                                             Le Phare (Gudin)

 

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Liens : Rochefort musée Hèbre de Saint-Clément...


Laemlein.Vision de Zacharie. Rochefort. Musée Hèbre de saint Clément. Les 4 chars.

Omer Charlet. Orphelines de la mer. Rochefort. Musée Hèbre de saint clément.

 

Omer Charlet :


Omer Charlet. Eglise de Marennes. Le martyre de Saint Adrien.

Omer Charlet. La Rochelle. Chrétiens au bûcher. Cathédrale.

Omer Charlet. La Rochelle. Saint Barthélémy.

 

Charente Maritime. Classement alphabétique. Liens.

 

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Si vous visitez le musée Hèbre de saint Clément, à Rochefort, vous ne pourrez pas passer à côté de cette toile sans la voir! Elle occupe un mur entier de la grande salle d'exposition des peintures. Je ne l'ai pas mesurée mais à vue de nez elle a la superficie d'un deux pièces parisien!

Il s'agit de la "Vision de Zacharie" d'Alexandre Laemlein, exposée au salon de 1850 en réponse à une commande qui lui avait été faite d'un "tableau de sainteté". 

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Sur la droite, à l'écart de l'agitation, perché sur les rochers, le prophète Zacharie montre du doigt le spectale hallucinant qui surgit devant lui. Il se tourne vers l'ange pour lui en demander la signification.

Nous sommes comme lui, bien embarrassés devant l'ampleur et la complexité de la chevauchée qui occupe sur écran cinémascope les trois quarts de la toile. L'ange paraît fluet, le visage inexpressif, les bras levés comme des ailes, afin d'expliquer avec des gestes ce que la parole semble impuissante à éclairer!

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Zacharie est beau comme un acteur de peplum, la barbichette impeccable. Il présente son meilleur profil et le bras sur la hanche, la jambe droite en avant, il prend la pause la plus avantageuse, conscient de l'effet très chic du plissé de sa tunique et du glamour de sa toque en forme de gland.

Il attend sans impatience une réponse de l'ange pâlichon et mal fringué.

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Nous oublions vite notre Zacharie pour recevoir en plein dans les yeux cette "vision" d'attelages lancés à grande vitesse. La scène ne manque ni de force ni de mystère. Le tumulte des chevaus aux muscles contractés, l'ange blond aux mains cripées sur les rênes, l'aurige noir aux cheveux électriques et au corps sensuellement déhanché, les deux autres conducteurs de char, à gauche, qui conversent en gesticulant... tout cela nous intrigue et nous dépayse, mélange d'art forain et de film de Cecil B. DeMille.

Le peintre, fidèle à la vision de Zacharie met au premier plan les chevaux qui occupent la quasi moitié de l'espace et galopent dans les nuages. Ils forment une ligne puissante et musculeuse lancée en avant, propulsée d'entre les montagnes...

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                                          Les chevaux roux, les chevaux noirs.

Si l'on se réfère au texte biblique bien obscur (il s'agit d'une vision apocalyptique faite pour intriguer et pour ouvrir la voie aux interprétations) ce sont d'abord les chevaux qui frappent le regard et l'esprit du prophète :

"Quatre chars sortaient d'entre deux montagnes et les montagnes étaient des montagnes d'airain. Au premier char, il y avait des chevaux roux, au second char des chevaux noirs...

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                                                                  Les chevaux blancs

...au troisième char des chevaux blancs...

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                                                      Les chevaux tachetés de rouge

...et au quatrième char des chevaux tachetés de rouge."

La masse de ces chevaux est sans conteste ce qu'il y a de plus impressionnant. Ils paraissent à la fois distincts et mêlés. Ils sont "une force qui va". Ce ne sont pas les chevaux individualisés de Géricault. Ils galopent avec les nuées dont ils font partie.

Un critique, Louis de Geofroy, écrit en 1851 dans la Revue des Deux Mondes :

"Monsieur Laemlein ayant à figurer une vision apocalyptique où quatre génies conduisent chacun un attelage sur les abîmes de l'air, s'est appliqué à donner à chacun de ses chevaux l'aspect floconneux des nuages au milieu desquels ils galopent. Le tout semble peint en détrempe et n'est pas mieux arrêté qu'un décor de théâtre." 

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Monsieur Louis de Geofroy qui dans la même page dit des sottises sur Courbet, ne réalise pas que c'est précisément cet aspect de décor de théâtre et cette émulsion de nuages et de chevaux qui sont la plus grande qualité de cette oeuvre. C'est par cette manière de montrer le rêve en mouvement qu'elle peut nous toucher.

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      Les quatre conducteurs de char nous plongent dans des abîmes de perpléxité.  Ils ne sont pas décrits dans la vision. Ils sont les les 4 vents des cieux. Ils sont le souffle divin qui emplit la terre.

Je laisse l'interprétation s'il y en a une aux spécialistes de la Bible! Notons simplement la ressemblance avec les quatre Vivants de la vision d'Ezechiel (Ezechiel 1 1-14) et avec les quatre Cavaliers de l'Apocalypse de Jean.

Selon certaines analyses ils symbolisent la Justice divine. Vers le Nord où est Babylone, les chevaux noirs portent la destruction, vers le Nord encore, là où vivent des Juifs exilés galopent les chevaux blancs. Les chevaux roux vont sur toute la terre (Dieu veut se faire connaître au monde entier) et les chevaux tachetés vont vers le sud où vivent les ennemis d'Israël.

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Ce que veut signifier Laemlein avec son "interprétation" n'est pas clair. Le premier char est guidé par une femme représentant la paix et brandissant un rameau d'olivier. La paix et la Justice divines sont destinées au monde entier. Nous sommes loin ici de l'Apocalypse de Jean où le premier cavalier monté sur un cheval roux brandissait le glaive et apportait la guerre.

Le deuxième aurige ressemble à Mercure. Il va vers le nord, vers Babylone. Dans l'Apocalypse, monté lui aussi sur un cheval noir, il tient une balance à la main et s'apprête à répandre la famine sur toute la terre. Ici il se désolidarise du premier char pour prendre la même direction que les chevaux blancs. Si l'on en croit ce que dit l'ange à Zacharie, il précède les chevaux blancs et se dirige ver le pays du septentrion (Babylone).

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Le troisième char aux chevaux blancs est le seul qui soit guidé par un ange qui ressemble à ceux de Gustave Doré :

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                                                  Gustave Doré. Vision de  Zacharie

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Il n'a pas l'air commode et ses poings crispés sur les rênes n'augurent rien de bon. Dans la vision de Zacharie, il se dirige lui aussi vers Babylone où vivent des Juifs exilés. Selon les exégètes chrétiens du texte juif, il annoncerait le Christ. Le voile bleu sur la blancheur de l'aile peut évoquer la Vierge. On pense aux paroles du Christ : "je suis venu apporter un feu sur la terre."

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      Le dernier aurige figurerait si on le rapproche du quatrième Cavalier de l'Apocalypse (monté sur des chevaux tachetés de rouge) la mort... Dans la vision de Zacharie, il se dirige vers le pays du midi. Est-ce pour cette raison qu'il a la couleur des peuples d'Afrique?

Sans doute Laemlein a t-il "lu" la vision de Zacharie à la lumière du christianisme en la confrontant à l'Apocalypse de Jean. Sans doute encore y a t-il apporté son interprétation personnelle. Je pense qu'il a voulu donner aux cavaliers chargés de ravager la terre un rôle différent de celui qui leur est assigné dans les textes. Dieu intervient, sévère (cheval blanc) pour se révéler à son peuple et annoncer son messie. Il est rigoureux mais ne peut être qu'un Dieu d'amour. Ce n'est pas la guerre qu'il introduit dans le monde mais la paix (cheval roux); ce n'est pas la famine mais le commerce équitable (cheval noir) et si la mort est de la partie, elle est nonchalante et peu désireuse d'intervenir (cheval tacheté).

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                                                  Fouqueray. Les Cavaliers de l'Apocalypse. 

Rien à voir avec l'iconographie traditionnelle comme celle de Fouqueray, marquée par la boucherie de la première guerre.

Il faut donc se laisser aller au spectacle, regarder l'immense tableau de Laemlein sans prétendre le réduire à une explication rationnelle, recevoir cette oeuvre étonnante comme un tumulte de couleurs et de mouvements... 

Théophile Gautier admira cette oeuvre qu'il défendit contre ses détracteurs. J'avoue qu'elle m'impressionne même si je suis comme Zacharie sur son rocher, tourné vers un ange improbable qui accepterait de confirmer ou d'infirmer mon interprétation.

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Texte de la Bible. La 8ème vision de Zacharie.

"Je levai de nouveau les yeux et je regardai, et voici, quatre chars sortaient d'entre deux montagnes; et les montagnes étaient des montagnes d'airain. Au premier char il y avait des chevaux roux, au second char des chevaux noirs, au troisième char des chevaux blancs, et au quatrième char des chevaux tachetés de rouge. Je pris la parole et je dis à l'ange qui parlait avec moi : Qu'est-ce mon Seigneur? L'ange me répondit : Ce sont les quatre vents des cieux, qui sortent du lieu où ils se tenaient devant le Seigneur de toute le terre. Les chevaux noirs attelés à l'un des chars se dirigent vers le pays du septentrion, et les blancs vont après eux; les tachetés se dirigent vers le pays du midi. Les rouges sortent et demandent à aller parcourir la terre. L'ange leur dit : Allez, parcourez la terre! Et ils parcoururent la terre. Il m'appela et il me dit :  Vois ceux qui se dirigent vers le pays du septentrion font reposer ma colère sur le pays du septentrion. (...)"

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                    Dessin de Chagall. La vision de Zacharie.

Une interprétation apaisée de l'intervention divine, guidée par un ange aussi souriant que Zacharie et le cheval blanc...

 

 Musée Hèbre de saint clément. Omer Charlet. Les Orphelines de la mer.

 

Gudin Théodore. Rochefort. Musée Hèbre de Saint Clément. Goélands.  

 

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Liens : Rochefort. Charente Maritime.

Fontaine de Rochefort. Place Colbert.

Charente Maritime. Classement alphabétique. Liens.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #CHARENTE MARITIME

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Le musée Hèbre de saint Clément à Rochefort possède de nombreux tableaux intéressants malheureusement exposés à l'ancienne, sur plusieurs rangs qui vont jusqu'au plafond...

Il vaut mieux se munir de jumelles si l'on est intéressé par ceux qui sont au plus haut!

Par chance "Les deux Orphelines de la Mer" sont à hauteur des yeux.

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Le tableau a été peint en 1875 par Omer Charlet, le grand peintre oléronais qui a sa rue au Château d'Oléron mais dont l'oeuvre mériterait une plus grande reconnaissance et pourquoi pas une exposition qui remettrait ce peintre à sa place parmi les talentueux "réalistes" du XIXème.

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La toile représente deux jeune filles endeuillées. Elles sont sur la plage où la mer a rejeté les débris d'un bateau naufragé. Leur père comme de nombreux pêcheurs de l'île a disparu dans la catastrophe. Il fait partie des "péris en mer" dont les noms sont inscrits dans les églises.

Elles n'ont pas de tombe où se recueillir sinon la mer indifférente qui roule ses vagues et ramène au rivage ce qu'elle n'a pas digéré dans ses profondeurs.

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Les visages sont doux et résignés. le malheur fait partie de la vie des pauvres gens. Aucune révolte n'anime les regards des orphelines, ni contre le destin ni contre Dieu. Elles portent au cou une médaille et elle iront dimanche prier à la messe dans l'église du village. 

La plus jeune se blottit contre son aînée, à la recherche d'un peu de douceur et de sécurité.

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Les mains des deux soeurs se rejoignent et se serrent. L'aînée désigne de la main le bois et les cordages rejetés par la marée.

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Nous trouvons un écho inversé dans une autre toile d'Omer Charlet, Notre Dame des Tempêtes de l'église de Saint-Trojan.

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La Vierge montre de la main un navire qui s'approche et va bientôt porter secours au naufragé dont la prière n'a pas été vaine.

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La main de l'orpheline n'a pas le même pouvoir, elle ne peut que désigner les débris pathétiques et pourtant l'écume de la mer semble entourer la main de l'enfant comme la lumière divine éclairait celle de la Vierge.     

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Les pieds nus des orphelines sur le sable froid sont prêts à reprendre leur marche. On voit sur la plage d'autres traces de pas. Celles des enfants sans doute, fragiles, éphémères, bientôt effacées par la marée...

 

Les lignes de fuite du tableau vers l'arrière, la lumière qui touche les enfants, la douceur des visages... tout concourt dans la composition de l'oeuvre à dire en même temps que la résignation, la force de la vie qui continue... marée après marée... naufrage après naufrage...

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Liens Musée hèbre de Saint-Clément :


Gudin Théodore. Goélands.

Laemlein.Vision de Zacharie. Les 4 chars.

 

Omer Charlet :


 

Saint-Trojan. Notre Dame des Tempêtes.

Omer Charlet à Oléron.

La Rochelle. Chrétiens au bûcher. Cathédrale.

La Rochelle. Saint Barthélémy.

Eglise Saint-André. Dolus. Oléron.

Eglise de Saint-Trojan. Oléron.

Omer Charlet. Eglise de Marennes. Le martyre de Saint Adrien.

 

Charente Maritime. Classement alphabétique. Liens.

 

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