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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

montmartre monuments. cabarets. lieux

La rue Norvins en février.

La rue Norvins en février.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Nous sommes avec la rue Norvins au cœur du cœur de Montmartre et par chance elle a gardé en partie l'image de ce que fut le vieux village. Un article déjà ancien lui a été consacré sur ce blog mais il nous semble intéressant de l'actualiser et de réparer quelques oublis! 

La rue Norvins à partir de la rue des saules vers la place du Tertre

La rue Norvins à partir de la rue des saules vers la place du Tertre

     Cette étroite artère célébrisime figure sur les plus anciens plans de Montmartre sous le nom de rue Traînée ou Trenette dans sa partie entre la place du Tertre et la rue des saules, et rue des moulins dans celle qui va de la rue des saules à la rue Girardon.

La rue Norvins à partir de la rue Girardon (ancienne rue des moulins)

La rue Norvins à partir de la rue Girardon (ancienne rue des moulins)

    C'est un décret de 1868, huit ans après le rattachement de Montmartre à Paris qui lui donne son nom toujours actuel de rue Norvins.

 

                                 Portrait de Jacques Marquet de Montbreton de Norvins par Ingres

    Il y avait à l'époque un vénération pour Napoléon, d'autant plus ardente qu'elle permettait par opposition d'amoindrir et de critiquer Napoléon III, appelé par Hugo "Napoléon le Petit". Il se trouve que Jacques Marquet de Montbreton de Norvins, né la même année que Napoléon (1769), fidèle entre les fidèles, a écrit un livre-somme "Histoire de Napoléon" qui connaît un vif succès. Il prête trois excès à son héros, "l'excès du génie, l'excès de la fortune, l'excès du malheur".

Il en fait ainsi un personnage romantique idéalisé!

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Évidemment le nom de la voie est raccourci afin de n'avoir pas à dérouler l'interminable patronyme : Jacques Marquet de Montbreton de Norvins ! La particule elle même a pris la poudre d'escampette. 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Commençons donc la visite par la première partie de la rue, entre la place du Tertre et la rue des saules. Au début, Seul le côté pair est construit, formant un des côtés de la place du Tertre,  du 2 au 8.

 

    Le 2 est un petit immeuble assez disgracieux qui a pris la place du fameux hôtel du Tertre qui lui même avait été construit sur les culs-de-basse-fosse de la prison de ces dames, Abbesses de Montmartre. C'est un haut lieu du Montmartre artiste et bohême où venaient siroter l'absinthe, au Rez de chaussée, chez Bouscarat, Degas, Toulouse Lautrec, Puvis de Chavannes.

Le  2 (premier immeuble à droite), Hôtel du Tertre.

... Le relais fut pris par Satie qui venait en voisin de la rue Cortot, Modigliani, Couté, Max Jacob, Carco...

                                          Le 2, aujourd'hui

    Plus tard encore on y rencontrera Picasso, Renoir ou Vlaminck....

  L'hôtel fut vendu par Bouscarat pour être détruit et remplacé en 1938 par l'immeuble actuel qui enlaidit la place du Tertre et dont le café restaurant en s'appelant "La Bohême" a couru en vain après la légende montmartroise puisque depuis la pandémie ou à cause d'elle il a fermé ses portes.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Le 4 est le célèbre "Cadet de Gascogne" qui n'est pas si ancien qu'on pourrait le penser. Henri Borde, un gascon qui avait du flair racheta un petit commerce de village pour créer son restaurant en 1928.

Il est cadet de famille et selon la tradition gasconne, les biens revenant à l'aîné, il devait partir à l'aventure, à la recherche de la fortune. La fortune fut au rendez-vous, le gascon avisé acheta, succès aidant, le restaurant "Patachou" et l'énorme maison, de l'autre côté de la place, avec vue sur tout Paris, habitée aujourd'hui par Nagui de la télévision française!

On peut voir clairement sur cette carte que le restaurant n'occupait que les deux tiers du petit immeuble. Il avait pour voisin "Le singe qui lit" qu'il avala en partie pour occuper l'ensemble de l'immeuble.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Il faut dire un mot de ce singe sacrifié dont vous pouvez lire l'article complet sur ce blog. En 1908, il y avait là un bric-à-brac, une brocante foutraque tenue par un personnage hors pair, Emile Boyer, "brocanteur, anarchiste, fort en gueule, caractériel, marchand de frites et de peintures".

Emile Boyer et sa friteuse

Emile Boyer et sa friteuse

    Il était ami d'Utrillo et de Gen Paul dont il vendait dessins et toiles. Après lui il y eut un autre patron, Gremillet, puis une boutique de souvenirs made in China, mais la vieille enseigne et le décor avaient été respectés, jusqu'en 2018 où tout fut détruit pour agrandir la mère Catherine!

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

 Au 6 vit donc cette ogresse de   "mère Catherine" . A l'origine il s'agissait d'une brave citoyenne, Catherine Lamotte (nom parfois orthographié Lamothe) qui en 1793, année connut pour sa douceur et sa tolérance, acquit l'ancien presbytère vendu comme bien national.

 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    En 1814, elle subit le passage des cosaques, grands amateurs d'alcool, qui pour être servis sans attendre criaient "bistro" c'est à dire "vite"! Ainsi le mot bistro serait né chez la mère Catherine. Aujourd'hui une plaque perpétue la légende que serinent les guides.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

       En réalité le mot n'apparaît qu'en 1884 dû à l'abréviation du provençal "bistroquet". Peu importe à Catherine qui aurait fait fi de la controverse si en 1844 elle n'avait rendu son âme à Dieu, renversée par une pièce de vin qu'elle descendait à la cave. On ne dira jamais assez que l'alcool tue!

   

 Après elle d'autres propriétaires se succèdent parmi lesquels le gros Guillaume, auréolé de son passé de garde national pendant la Commune puis le père Lemoine, 2ème maire de Montmartre, connu sous le pseudo de "père La Bille" pour avoir installé dans son restaurant un billard. 

Le 8 rue Norvins

Le 8 rue Norvins

     Au 8 dans une vieille maison du XVIème siècle, le petit comptoir remplace un "estaminet" qui lui-même remplaçait un humble commerce villageois.

Début côté impair de la rue Norvins (1, 1bis, 1ter).

Début côté impair de la rue Norvins (1, 1bis, 1ter).

     Nous pouvons maintenant nous intéresser aux numéros impairs qui commencent là sur une sorte de placette dont le premier immeuble donne sur la place du Tertre. Il faisait corps à l'origine avec le 1bis et le 1ter.

     Ô surprise ineffable, une enseigne temporaire annonce l'ouverture d'une boutique de souvenirs "le singe qui lit"! Ainsi le nom de ce singe sauteur ne quittera t-il pas Montmartre!

Auparavant était installé dans cette maison le syndicat d'initiative de Montmartre qui est descendu de quelques dizaines de mètres jusqu'au 7 rue Drevet.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Une plaque nous rappelle (!) qu'à cet endroit, le 24 décembre 1898, arriva "une voiture à pétrole pilotée par Louis Renault, marquant ainsi le départ de l'industrie automobile française". Soyons fiers Montmartrois, nous abriterions le premier "bistro" de France et serions à l'origine d'une industrie qui fut le fleuron de notre pays! 

 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.
La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Il y avait jusqu'en 1921 une terrasse ouverte entre ce groupe de maisons dont une partie fut détruite. Il resta un terre-plein central racheté par la ville, sans doute pour élargir la rue Norvins et qui aujourd'hui forme cette placette pittoresque sur laquelle donnent ces vieilles maisons villageoises.

Le 10.

Le 10.

    En face côté pair, le 10, malgré les pétitions des Montmartrois a vu s'installer une enseigne américaine qui ouvre la voie aux MacDo et autres joyeusetés mondialisées.

Il subsiste de vieilles cartes qui ressuscite le quartier ancien et le siège de la Commune Libre du temps de Depaquit.

Les 12, 14, 16....

Les 12, 14, 16....

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     Pas grand chose à dire des autres numéros pairs sinon que les maisons où ils sont installés sont d'authentiques maisons du vieux village miraculeusement conservées.

Arrêtons nous seulement au 18, présent sur toutes les cartes postales, "le Consulat".

 

     Il est peint sur de nombreuses toiles et il est fréquent de voir des peintres (notamment asiatiques) poser leur chevalet devant le restaurant en figure de proue entre les rues Norvins et Saint-Rustique.

                                                                     Utrillo

Utrillo

Utrillo

     Il y eut à son emplacement la "Friterie, liqueurs à emporter" du père Luc avant que l'emplacement idéal n'attirât les artistes qui prirent très vite l'habitude de venir y boire et manger.

     Peintres et poètes s'y rencontrent bien avant que le Consulat d'Auvergne ne devienne Consulat de Savoie dans les années 60 quand son propriétaire monsieur Poppon voulut rendre hommage à la région dont il était originaire.

 

     Une affiche encadrée rue Saint-Rustique et rue Norvins rappelle le nom de quelques artistes qui le fréquentèrent, sans oublier les cinéastes qui apprécièrent son côté si "pittoresque"!

Woody Allen est un des derniers à avoir situé à proximité quelques scènes de  "Tout le monde dit I love you" et de "Midnight in Paris". 

 

      Revenons côté impair que nous avions laissé au 1ter. De petits immeubles se succèdent, témoins eux aussi du vieux village. Chacun d'eux abrite un commerce de restauration ou de souvenirs formatés pour les touristes. 

Le 3 années 60

Le 3 années 60

Les 3 aujourd'hui

Les 3 aujourd'hui

     Entre le 3 et le 5 s'ouvre une courte impasse, anciennement nommée "Cul-de-sac Saint-Vincent" et baptisée "Impasse du Tertre" en 1867.

 

     Une plaque recommande aux automobilistes de ralentir pour ne pas heurter les petits poulbots!

Voilà une alerte bien anachronique pour notre temps où les voitures ne peuvent emprunter la rue et où les enfants habitant le haut Montmartre ont disparu depuis belle lurette! Comme les sauriens découverts dans les carrières de la Butte!

       Le 7 est un restaurant au nom désuet : "la Pétaudière" qui comme chacun sait est un lieu où règne l'anarchie et la confusion.

L'expression viendrait de Rabelais et de sa "cour du roi Pétaud", joyeuse assemblée où chacun avait la même autorité que le roi!

 

     C'était le nom d'un cabaret fameux, 10 rue Tholozé, dirigé par le chansonnier Léon Zanroff auteur du fiacre chanté par yvette Guilbert.

En 1928 le cabaret disparut, remplacé par le studio 28, cinéma célèbre pour ses lustres dessinés par Cocteau.

Impasse Traînée, aujourd'hui rue Poulbot.

Impasse Traînée, aujourd'hui rue Poulbot.

     La Pétaudière donne en partie rue Poulbot, ancienne impasse traînée. Son nom venait de la manière dont on chassait le loup, "à la traînée" en tirant sur le pavé une charogne dont l'odeur ne pouvait manquer d'allécher le pauvre loup qui tombait dans une trappe dissimulée sous des branchages.

Rue Poulbot. La Pétaudière à droite, le Tire-bouchon à gauche.

Rue Poulbot. La Pétaudière à droite, le Tire-bouchon à gauche.

       Ce n'est qu'en 1967 que l'impasse se transforma en rue et prit le nom de Poulbot. 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.
La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

     En face de la Pétaudière, au 9 rue Norvins a survécu un vieux cabaret, le Tire-Bouchon. 

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Le cabaret ouvert après la 2ème guerre a été une pépinière de talents venus tenter leur chance à Paris. De nombreux jeunes chanteurs y ont débuté et donné pour quelques sous un court récital.

                                                     Brel non loin du Tire-Bouchon, rue Poulbot

     Parmi eux comment ne pas citer Brassens ou Brel qui tous deux passèrent du Tire-Bouchon au cabaret de Patachou un peu plus loin, rue du Mont-Cenis. Bernard Dimey, Francis Lai, Fernand Sardou aimèrent l'ambiance artiste et bon enfant du lieu.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    La rue continue avec ses ennuyeuses boutiques pour s'arrêter, dans sa première partie, avec ce qui fut longtemps la dernière boulangerie du haut Montmartre.

On la voit encore sur les cartes postales des années 60. Elle a survécu aussi longtemps qu'elle a sut résister aux sirènes de la spéculation et des offres de rachat.

 

    C'est fini depuis une quinzaine d'années...

 

     Il n'y a plus de boulangerie dans ce quartier. Une boutique de souvenirs, une de plus, a pris sa place. Elle donne en partie sur la place Jean-Baptiste Clément.

La rue Norvins à Montmartre. Première partie, ancienne rue Traînée.

    Ici s'arrête la première partie de la rue Norvins, celle qui s'appelait rue Traînée. La prochaine fois nous arpenterons la deuxième partie, l'ancienne rue des moulins.

On se dit que le charme de Montmartre a quelque chose de magique pour subsister malgré l'enlaidissement commercial!

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Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.
Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.

     La halle Saint-Pierre, plus chanceuse que ses consoeurs "Baltard" du ventre de Paris, sauvagement détruites sous Pompidou, abrite un musée vivant ouvert à l'art brut et à la photographie. Quand il fut créé dans les années 1990, il exposait une partie de la collection d'art naïf de Max Fourny dont il porte toujours le nom.

Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.
Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.

     Et puis les naïfs prirent la poudre d'escampette pour être remplacés par des artistes à la mode, représentants de l'art brut. Mais le musée garde du temps de ses débuts les bannières d'un artiste de rue qui était dans le vent urbain, Speedy Graphito.

Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.

     Ce sont elles qui reçoivent pluie, soleil et fientes de pigeons contre la façade. Elles offrent au passant malgré les injures du temps, leurs dessins de vitraux et leurs couleurs vives.

Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.

     Speedy Graphito, de son vrai nom Olivier Rizzo (né en 1961) est considéré comme l'un des pionniers en France du street-art (beaucoup moins branché quand on l'appelle à la française "art des rues").

Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.

    Dans les années 80, il parcourt nuitamment les artères de la ville pour les décorer de ses pochoirs et ses collages qui sont vite remarqués pour leur originalité et leur gaité. Déjà il donne vie à des personnages stylisés et dynamiques qui ne sont pas sans rappeler Keith Haring.

 

        Parmi eux, des chiens bleus, des diables rouges et un lapin robotisé, Lapinture.

 

 

   En 1985, Speedy est couronné du prix de la meilleure affiche du concours lancé par le Ministère de la Culture pour les mois du musée : "La ruée vers l'art".

 

    Avec le temps, Speedy s'inspire de plus en plus de la culture populaire, des icônes du dessin animé, des personnages de jeux vidéo... dans des compositions où l'humour ne manque pas de pointer le bout de son nez.

 Ce qui ne cache pas l'influence chez lui de peintres qu'il admire comme Miro ou Picasso.

Les frontières du temps et des cultures s'abolissent et Riri peut bien faire du trampoline devant la vague d'Hokusaï...

 

    Aujourd'hui Speedy ne fait plus que rarement le mur. On le rencontre dans des musées, des galeries, des salles des ventes...

Raison de plus pour ne pas manquer de lever la tête vers ses bannières de la Halle Saint-Pierre rue Ronsard, sans oublier de passer devant la porte colorée de la rue Nodier.

Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.
Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.
Speedy graphito. Halle Saint-Pierre.

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     Voisin de l'Auberge du Clou vandalisée légalement en 2021 pour laisser place au Seasons Martyrs, il y eut un autre cabaret flamboyant de Montmartre : l'Âne rouge.

Là ou était l'âne rouge, vous trouverez le "paprika"!

Là ou était l'âne rouge, vous trouverez le "paprika"!

      Il a depuis fort longtemps cessé de braire et au 28 avenue Trudaine il a laissé place au "Paprika" du nom d'une épice de couleur rouge elle aussi, mais il est hors de question de ne pas le "ressusciter" le temps d'un article, tant il fait partie de l'histoire de notre quartier.

Cartouche (illustration de Tessier et Sarrou).

Cartouche (illustration de Tessier et Sarrou).

     Remontons au second Empire, en 1870, avec le père Laplace que certains appellent "le père de Montmartre". En effet, marchand de tableaux avisé, il eut l'idée d'organiser des rencontres d'artistes, poètes et peintres autour d'un verre, dans sa boutique.  Devant le succès, il la transforma en café,  "La Grande Pinte", hommage à un célèbre débit de boissons (créé en 1724) situé à la barrière d'Antin, là où trône aujourd'hui l'église de la Trinité et qui eut pour fidèle client le brigand Cartouche qui appréciait le puits de l'établissement donnant accès à des souterrains précieux en cas d'alerte.

    La Grande Pinte de Laplace peut être considérée comme un des premiers cabarets montmartrois où s'exprimaient et étanchaient leur soif poètes et chanteurs!

CABARET de l'âne rouge Montmartre, avenue Trudaine.

     C'est en 1889 que commence l'histoire de notre cabaret quand la Grande Pinte est rachetée  par Gabriel Salis pour devenir l'Âne Rouge.

Le Chat Noir de Rodolphe Salis, d'abord sur le bd de Rochechouart (ensuite rue de Laval, aujourd'hui Victor Massé)

Le Chat Noir de Rodolphe Salis, d'abord sur le bd de Rochechouart (ensuite rue de Laval, aujourd'hui Victor Massé)

    Le nom de Salis est familier aux oreilles des Montmartrois ! Salis! Le Chat Noir! Le cœur même du Montmartre des artistes et de la Bohême! Mais attention, un Salis peut en cacher un autre! Le Chat Noir appartient à Rodolphe Salis tandis que l'Âne rouge est la propriété de Gabriel Salis, son frère cadet.

Enseigne de Willette pour le Chat Noir, rue de Laval (aujourd'hui Victor Massé)

Enseigne de Willette pour le Chat Noir, rue de Laval (aujourd'hui Victor Massé)

    Les deux frères ne s'entendent pas, ou alors comme chien et chat (à cause d'une rivalité féminine)! C'est pour concurrencer Rodolphe que Gabriel ouvre son cabaret à proximité du Chat Noir.

   

Le nom aurait été trouvé par Willette pour se moquer du mauvais caractère un tantinet buté de Rodolphe et de sa crinière rousse.  

                                                                  Caricatures de Willette :

- Il fut un temps où je portais la farine au moulin...

_ Mais j'en avais plein le dos de Pierrot et de sa farine...

- Et il est mort depuis...

- Là ousqu'est mon mouchoir?

- Mes amis tout ça est à vous... pour de l'argent! Buvez et multipliez!

- C'est pour la réparation de la Butte qui s'écroule sous le poids de ma gloire

- De l'audace, de l'audasse et encore de l'audasssse et toujours de l'audasssssse!      (Willette)

     Gabriel Salis surnommé le léopard ou encore le don Quichotte de Montmartre, moins autoritaire que son frère entraîne avec lui une partie des habitués du Chat Noir, à commencer par Willette qui accroche dans la grande salle son tableau peint après la Commune "la fédérée de la place du Tertre".

Tableau inspiré par un poème de Richepin qui sera plus ou moins copié par Bruant :

"Le drapeau rouge autour du corps

Lui allait mieux qu'un linceul d'or

Elle est tombée la gueule ouverte

A Mont-merte".

    Parmi les artistes qui participent au "décor" en accrochant quelques unes de leurs œuvres, nous trouvons Steinlen, celui-là même qui a créé pour Salis l'affiche devenue icône de Montmartre.

Nous trouvons encore Georges De Feure peintre symboliste qui avait son atelier à proximité, rue de l'agent Bailly et qui mérite d'être redécouvert.

                                                  Georges de Feure (femme dans la neige)

     L'Âne rouge connaît un grand succès avec la venue de la bande des Hydropathes de Goudeau et avec quelques personnalités marquantes de la bohême montmartroise.  Il suffit de citer Verlaine, Charles Cros, Xavier Privas, Marcel Legay, Gaston Couté, Paul Delmet, Willette, Steinlen, Bottini.... Toutes ces figures montmartroises habituées de l'Âne rouge n'en fréquentent pas moins d'autres cabarets, d'autres lieux mythiques aujourd'hui qui se réclament de leur célébrité.

Gabriel Salis dans son cabaret (caricature de Lepetit)

Gabriel Salis dans son cabaret (caricature de Lepetit)

     Gabriel Salis contribue à l'ambiance joyeuse et impertinente. Il se réjouit de voir s'anémier le Chat Noir de son frère tandis que son Âne est en pleine forme. 

 

    Rodolphe Salis tente de retrouver le succès en organisant des tournées dans toute la France et en innovant avec le théâtre d'ombres dont certaines silhouettes sont conservées au musée de Montmartre. La dernière séance eut lieu en 1896, après quoi Rodolphe pris d'une folie destructrice s'acharna contre le mobilier et la décoration de son établissement, hâtant sa mort définitive.

 

     Il meurt l'année suivante, en 1897. Gabriel Salis eut-il du remords, retrouva -t'il l'affection perdue pour son frère? Toujours est-il qu'il vendit son Âne rouge peu de temps après, en 1898.

Son acquéreur fut André Lesage, dit Andhré Joyeux, compagnon de la première heure et chansonnier apprécié qui n'eut pas le temps de faire ses preuves à la tête de son cabaret car, atteint d'un cancer à l'estomac, il se suicida en septembre 1899.

CABARET de l'âne rouge Montmartre, avenue Trudaine.

      Il ne reste que quelques années de vie à notre Âne rouge qui est racheté en 1900 par Mauricette Renard puis en 1903 par  Léon de Bercy, chansonnier, parolier, membre du Club des Hydropathes et ami de Bruant avec qui il écrit un dictionnaire de l'argot, mais mauvais gestionnaire qui abandonne le pauvre Âne en 1905.

CABARET de l'âne rouge Montmartre, avenue Trudaine.

C'est la fin du cabaret mais pas de son nom. Un certain monsieur Choulot ouvre un restaurant qui garde pour sa publicité l'enseigne devenue célèbre.

 

CABARET de l'âne rouge Montmartre, avenue Trudaine.

     Quelques années plus tard le nom disparaît à son tour. Les fourneaux du restaurant s'éteignent et c'est une boulangerie qui s'installe à sa place. Fin de l'Âne Rouge!

Le Paprika qui aujourd'hui occupe son emplacement n'a pas détruit la céramique originelle au-dessus de la porte avec notre âne rouge gourmand, tenu en laisse par une femme nue virevoltante! Ultime relique du célèbre cabaret!

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L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

   L'auberge du clou, 30 avenue Trudaine, fait partie de l'histoire montmartroise. Il était difficile d'imaginer qu'elle serait un jour sacrifiée malgré les protestations des riverains et des amoureux de Montmartre. Voilà! C'est chose faite, elle a été saccagée et remplacée il y a quelques mois par un établissement aseptisé et sans âme qui fait partie d'une chaîne : le Season Martyrs, "restaurant healthy au cœur de Pigalle"!

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

"Season" un nom angliche pour être branché et faire comme si le mot ne venait pas du français "Saison" et "Martyrs" pour rappeler la rue voisine plus "bobo" que l'avenue Trudaine qui est la véritable adresse du restaurant.

Martyrs, c'est bien choisi au fond pour un lieu historique saccagé

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

    Il faut rappeler ce qu'était ce lieu et l'importance qu'il a eue dans la vie mouvementée et créatrice du quartier.

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

     Il est créé en 1881 par Jules Mousseau, acteur qui jouit d'un certain renom pour avoir joué avec succès dans l'Assommoir, pièce tirée du roman de Zola. Mousseau  a pour associé Paul Tomaschet dont la femme (la mère Tomas) figure dans l'encadrement de la porte sur le cliché ci-dessus.

                                                   Jules Mousseau (à gauche) dans l'Assommoir).

     Le succès de l'auberge est immédiat. Il est dû en bonne partie à Depaquit. Ce dernier s'est brouillé avec Rodolphe Salis et pour marquer son irritation décide de ne plus fréquenter le Chat Noir. Il quitte ce cabaret avec toute sa bande des hydropathes et trouve refuge à l'auberge du clou!

Depaquit, maire de la Commune libre de Montmartre.

Depaquit, maire de la Commune libre de Montmartre.

    Une précision sur le nom de l'établissement. Il est dû à une habitude que l'on trouve dans d'autres cabarets, celle de planter sur le mur des clous qui permettent aux artistes fauchés d'accrocher un tableau afin de payer leur écot.

 

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

     Les murs sont vite surchargés et il faut entreposer les oeuvres dans la cave! D'autant plus que neuf grandes toiles de Willette occupent une bonne partie des surfaces disponibles! Malheureusement ces toiles ont disparu comme beaucoup d'autres qui ornaient les cabarets de Montmartre.

 

   Un autre artiste de Montmartre, et non des moindres, participe au décor. Il s'agit de Steinlen, le peintre des chats, l'humaniste du Cat's cottage.

 

    Dans la cohorte qui suit Depaquit on trouve Alphonse Allais, Jehan-Rictus, Léon Paul fargue, Alfred Jarrry... Que du beau monde, des artistes marginaux qui mettent de l'ambiance dans les cabarets montmartrois qu'ils fréquentent.

   

 Dans la grande pièce du rez de chaussée trône un vieux piano qui malgré ses notes déficientes permet à Erik Satie d'improviser de courts récitals qui servent à régler ses additions fortement alcoolisées par l'absinthe.

Satie (Valadon)

Satie (Valadon)

         C'est à l'auberge du clou que Satie rencontre Valadon pour qui il éprouve illico une passion dévorante. La liaison durera cinq mois, ce qui n'est pas mal à Montmartre. Il n'est pas sûr que Suzanne ait éprouvé la même attirance pour le musicien mais ce qui est sûr c'est que ce dernier eut l'imprudence de lui présenter un de ses bons amis, Paul Moussis, qui séduira la jeune femme et l'épousera.

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

   Un autre musicien aime se mettre au piano, c'est Achille de Bussy, le futur Claude Debussy! Il vient sans doute mettre en pratique les leçons qu'il a reçues d'Antoinette Mauté, sa prof qui le reçoit non loin de là, rue Nicolet où sa fille Mathilde élève son fils George, fruit de son mariage avec Paul Verlaine qui s'est enfui loin du logis familial avec Rimbaud.

Courteline (Charles Léandre)

Courteline (Charles Léandre)

    Un des habitués les plus fidèles n'est pas musicien mais écrivain. Courteline a sa table située à un endroit stratégique d'où il peut observer et entendre. Il note dans ses carnets les réparties les plus savoureuses susceptibles d'être réutilisées dans ses pièces. Il est au fond l'inventeur des "brèves de comptoir".

"Le chalet" du 5 rue d'Orchampt où habita Courteline.

"Le chalet" du 5 rue d'Orchampt où habita Courteline.

     Il ne fait défection qu'en 1903 lorsqu'il quitte Montmartre, le cœur brisé, pour s'installer dans un quartier en pleine expansion du côté de Picpus. Il a 45 ans et il vit cet exil comme un adieu à sa jeunesse excentrique et bohême. Il cesse d'écrire neuf ans plus tard, loin de son "cabinet de travail" de l'auberge du clou.

L'auberge du clou avenue Trudaine. Un vandalisme de plus.

Pour le plaisir, quelques phrases qu'il a peut-être écrites à l'auberge du clou :

"On change plus facilement de religion que de café".

"L'alcool tue lentement. On s'en fout. On n'est pas pressés."

"Les pianos devraient être frappés de deux impôts. Le premier au profit de l'Etat, le second au profit des voisins." (j'imagine qu'il ne parlait ni pour Debussy ni pour Satie!)

"Je ne vais pas à la messe car c'est à l'heure de l'apéritif."

 

Maurice Chevalier et Mistinguett.

Maurice Chevalier et Mistinguett.

    Parmi les derniers clients célèbres  on peut citer Raimu qui peut-être venait jouer aux cartes à se fendre le cœur, Maurice Chevalier et Mistinguett...

Le clou peu avant sa "transformation"

Le clou peu avant sa "transformation"

le Seasons Martyrs!

le Seasons Martyrs!

     Et de nos jours, il y a quelques mois, à l'abri du silence covidien, en l'an de grâce 2021, l'auberge du clou a rendu son âme qui faisait partie de la grande âme de Montmartre. Rien ne rappelle son existence 30 avenue Trudaine, pas une plaque, pas une décoration....  

     Un habitant révolté rapporte ce qui lui a dit un ami américain : "C'est comme si on transformait le Lapin agile en Mc Do".

In memoriam!

In memoriam!

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Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

   S'il est un endroit qu'aimait Utrillo c'est bien ce croisement entre les rues Saint-Vincent et du Mont-Cenis. Montmartre y tentait de survivre et résistait tant mal que bien aux assauts de la spéculation immobilière.  

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

   Il fallait se hâter de sauver ne serait-ce qu'en images le vieux village qui sur ce versant nord voyait disparaître une à une ses vieilles maisons. Utrillo qui ne peignait pas toujours en s'inspirant de cartes postales venait de la rue Cortot voisine où il vivait avec sa mère Suzanne Valadon et Utter depuis 1912. Il n'avait à parcourir que deux cents mètres à peine! 

Le triste carrefour aujourd'hui! Sur la droite l'école reconstruite, au 2ème plan l'immeuble qui a écrasé la maison de Berlioz et en face l'autre immeuble qui l'a devancé.

Le triste carrefour aujourd'hui! Sur la droite l'école reconstruite, au 2ème plan l'immeuble qui a écrasé la maison de Berlioz et en face l'autre immeuble qui l'a devancé.

Le même carrefour en 1912...

Le même carrefour en 1912...

Au 1er plan la maison de Berlioz, en face l'autre maison villageoise. Les deux maisons ont été remplacées par les grands immeubles ingrats. et écrasants!

Au 1er plan la maison de Berlioz, en face l'autre maison villageoise. Les deux maisons ont été remplacées par les grands immeubles ingrats. et écrasants!

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Triste spectacle! Le même endroit aujourd'hui

Triste spectacle! Le même endroit aujourd'hui

     Songez qu'il y avait là la grande ombre de Louise Michel qui avait été directrice de l'école 26 rue du Mont-Cenis, celle de Berlioz qui avait vécu trois ans dans la maison d'en face, et un peu plus bas le vieux cimetière du village où quelques Montmartrois devenus célèbres reposaient.

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

     Berlioz avait "choisi" Montmartre pour des raisons financières, les loyers sur la Butte incommode d'accès étant bien inférieurs à ceux pratiqués dans Paris et notamment dans le quartier à la mode de la Nouvelle Athènes pourtant construit sur les terrains de la vieille commune de Montmartre

   

                                             Angle actuel Saint-Vincent, Mont-Cenis.

       La maison avait alors pour adresse 10-12 rue Saint-Denis (aujourd'hui 22-24 rue du Mont-Cenis). La rue ne changera de nom qu'après le rattachement de Montmartre à Paris, par un décret de juillet 1868, un an avant la mort du compositeur.

Harriet Smithson par Dubufe.

Harriet Smithson par Dubufe.

     Berlioz y emménagea en 1834 et y resta jusque fin1836. C'est là que naquit son fils Louis, fruit de l'amour du compositeur et de l'actrice irlandaise Harriet Smithson.

Maison côté jardin

Maison côté jardin

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

    Pendant cette période paisible, le jeune garçon vécut librement : "Nous avons une vue superbe sur la plaine Saint-Denis et un grand jardin où notre garçon court, crie et rit de toutes ses forces".

Le jardin et le puits.

Le jardin et le puits.

   

                                La maison à gauche et la montée de la rue du Mont-Cenis.

                                                  La maison et l'escalier en 1905

      Berlioz composa pendant ces années intenses Harold en Italie, Sara la baigneuse sur un poème de Victor Hugo (1834), la cantate "le cinq mai" (1835), l'opéra Benvenuto Cellini (1836), tout en appréciant la beauté de la campagne montmartroise : "Notre jardin est magnifique, on ne se lasse pas du coup d'oeil de la plaine Saint-Denis..."

 

Maison côté rue Saint-Vincent.

Maison côté rue Saint-Vincent.

Maison angle St-Vincent et Mont-Cenis

Maison angle St-Vincent et Mont-Cenis

     Mais la solitude en couple avec enfant finit par peser et les charmes campagnards par lasser. 

"Il n'y a que les rossignols ici qui, tout le jour et toute la nuit, chantent sous nos fenêtres et commencent à me fatiguer."

Les hivers sont longs loin d'un Paris qu'il est difficile de gagner quand les chemins boueux entravent la circulation des calèches : "Nous sommes seuls ici, dans une maison isolée. Dans l'été nos amis viennent bien nous voir, mais l'hiver les abords sont si rudes qu'ils s'abstiennent volontiers d'encourir embourbage."

      En 1836, après un hiver particulièrement rude, la famille Berlioz revient vivre à paris, rue de Londres.

                      Rue Saint-Vincent. Sur la gauche le mur du vieux cimetière.

     En 1844, c'est la séparation, sans divorce, et Harriet comme si elle voulait se rapprocher de l'endroit où elle avait été heureuse s'installe rue Blanche, puis rue Saint-Vincent. Elle mourra dix ans plus tard et sera enterrée dans le vieux cimetière du village. Berlioz n'aura cessé de prendre soin d'elle, d'assurer tous ses frais, d'être présent pendant sa maladie. 

Cimetière Saint-Vincent. Tombe d'utrillo.

Cimetière Saint-Vincent. Tombe d'utrillo.

   C'est dans le petit cimetière Saint-Vincent  (où sera inhumé Utrillo) qu'elle est enterrée, non loin de la maison qui donnait côté nord sur cette rue Saint-Vincent. En 1864, ses restes seront transférés au cimetière de Montmartre où deux ans plus tôt avait été enterrée Marie Recio, la 2ème femme de Berlioz.

 

 

    Louis Berlioz, l'enfant qui aima Montmartre et y vécut ses années insouciantes, meurt en 1867 de la fièvre jaune à La Havane. Deux ans plus tard, son père meurt à son tour et rejoint dans la même tombes ses deux épouses.

Il reste donc montmartrois et passe avec les femmes qu'il a aimées son éternité temporaire.

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

    Utrillo s'attacha à la maison de Berlioz, comme à un lieu hanté. Les murs se fissuraient et parfois devaient être étayés. De l'autre côté de la rue un massif immeuble de briques grises avait mangé le ciel, mais le jardin subsistait, les ombres du couple romantique se devinaient à travers les fenêtres.

De nombreuses toiles représentent la petite maison proche de l'immeuble qui lui fait face rue du Mont-Cenis.

 

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

    Maurice Utrillo pouvait s'imaginer enfant, jouant près du puits, aimé par sa mère artiste et par un père qui l'aurait reconnu. 

 

     Le peintre connaissait les menaces qui pesaient sur la maison qui se délabrait. Des amis et admirateurs avaient bien tenté de la sauver en créant la Fondation Berlioz. 

 Un pélerinage fut même organisé le 13 décembre (anniversaire de Berlioz) 1908 au cours duquel fut apposée la plaque qu'Utrillo ne manqua de représenter sur la façade de la rue du Mont-Cenis.

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

    Pendant quelques années le pèlerinage fut maintenu. Une souscription fut proposée pour racheter la maison et en faire un musée. Mais ce fut un échec et la dernière propriétaire, Mademoiselle Barbier ne put lutter contre l'expropriation et la destruction. Un gros immeuble gris et disgracieux enlaidit définitivement la Butte...

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.
Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

   Sur la façade, bien piètre hommage à la demeure disparue, des moulages grossiers représentent la maison et le puits. Une nouvelle plaque fut aposée en 1984.

 

   Si la maison disparue de Berlioz reste vivante malgré le vandalisme immobilier, ce n'est pas grâce à cette plaque mais à Utrillo qui fut aussi, à sa façon, un romantique, c'est à dire un homme de tourments habité par des forces contraires et qui avec des couleurs comme Berlioz avec des notes de musique contribua à embellir le monde.

 

Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.Utrillo et la maison de Berlioz à Montmartre.

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Le théâtre de l'Œuvre, Lugné Poe.

    Il est bien caché dans son impasse pompeusement appelée "Cité Monthiers".

Qui passe rue de Clichy ne peut imaginer qu'il est caché là, de l'autre côté de l'arcade! 

Le théâtre de l'Œuvre, Lugné Poe.

Le théâtre de l'Œuvre!

Il n'est pas tout jeune mais porte beau ses presque 130 ans! Son histoire est quelque peu mouvementée.

C'est un comédien, Lugné-Poe qui en est à l'origine en créant une nouvelle troupe venue du Théâtre libre d'Antoine, soucieuse de se dégager du réalisme pour défendre les jeunes auteurs du Symbolisme.

Le théâtre de l'Œuvre, Lugné Poe.

    Une petite salle est disponible 55 rue de Clichy, Cité Monthiers, la salle Berlioz où la troupe s'installe en 1893. La salle est alors appelée "maison de l'œuvre", puis "théâtre de l'œuvre".

 

    Les auteurs nordiques (Ibsen, Strindberg) sont mis à l'honneur ainsi que de jeunes auteurs français comme Bataille ou Jarry, jusqu'en 1899 où la salle ferme une première fois.

                                                  Autoportrait (Vuillard 1890)

   Pendant ces années fécondes Lugné Poe s'assure la collaboration de Vuillard qui est engagé comme lui dans la défense des Nabis. C'est d'ailleurs Vuillard qui suggère à Lugné Poe le nom donné au théâtre en ouvrant au hasard un dictionnaire et tombant sur le mot œuvre.

Théâtre de l'Œuvre (Vuillard)

Théâtre de l'Œuvre (Vuillard)

     Le peintre qui partage avec Bonnard, Maurice Denis et Lugné Poe l'atelier du 28 rue Pigalle crée de nombreux programmes et décors, malheureusement perdus pour la plupart. Entre autres "Rosmersholm" d'Ibsen en 1893, "Solness le constructeur" d'Ibsen en 1894, "Salomé" de Wilde en 1896, "Ubu roi" de Jarry en 1898.

 

    En 1912, Lugné Poe redonne vie au théâtre qu'il dirige jusqu'à sa deuxième fermeture pour cause de guerre en 1914.

                                                          Claudel et Lugné Poe

Cette renaissance éphémère est marquée par une création qui fera date, celle de "l'Annonce faite à Marie" de Claudel, mise en scène par Lugné Poe avec le concours de Claudel lui-même.

                                                Décor de Jean Variot

C'est Jean Variot qui, sans le talent de Vuillard assume le décor trop "signifiant" de cette création. 

    Pendant les années de guerre, le théâtre reste muet. Il ne retrouvera la parole qu'en 1919, toujours avec Lugné Poe.

                                                Autoportrait 1920. Artaud

C'est cette année qu'Antonin Artaud rencontre Lugné Poe qui ne manque pas d'être frappé par l'intensité et la présence de son regard. Il lui confie quelques petits rôles, essentiellement pour l'aider financièrement mais c'est grâce à Dullin qui l'intègre dans sa troupe en 1921 qu'Artaud se révèle vraiment comme acteur. 

   

 En 1929, Lugné Poe qui est âgé de 60 ans quitte le théâtre. Lucien Beer et Paulette Pax prennent alors la relève.  

     Paulette Pax est actrice en même temps que metteuse en scène.

Dans l'Hermine de Jean Anouilh (dont elle assure la mise en scène), elle a pour partenaire Pierre Fresnay.

Les acteurs de grand talent ne manquent pas sur la scène du théâtre de l'Œuvre : Jules Berry, Odette Joyeux, Jean Dasté, Edwige Feuillère, Jean Servais, Tania Balachova...

                                                   Paulette Pax par Van Dongen

Seule sa mort en 1942 interrompra la belle carrière de Pauline Pax.

      Citons pendant ces années créatrices, parmi les représentations remarquables : "Les chevaliers de la Table ronde" de Cocteau avec Jean Marais ou  "Rois de France" de Rostand avec Harry Baur... 

 

     Lucien Beer se voit interdit de direction à cause de la loi de Vichy sur le statut des Juifs . Jacques Hébertot assure la relève pendant les années d'occupation. A la Libération Lucien Beer, assisté de Raymond Rouleau retrouve son théâtre.

     

      Plusieurs directeurs se succéderont jusqu'à nos jours, notamment Georges Wilson, directeur artistique de 1978 à 1995. Il signera pendant ces années les principales mises en scène comme Eurydice de Jean Anouilh ou Sarah et le cri de la langouste de John Murrell avec Delphine Seyrig.

 

    Dans les années 2000, Michel Bluwal signera plusieurs mises en scène et dans les années 2010 Alain Françon et Michel Fau... Du beau monde!

Michel Aumont et Michel Duchaussoy dans David et Edward mis en scène par Bluwal.

      Aujourd'hui le théâtre va son petit bonhomme de chemin et ne fait plus parler de lui. Des humoristes (Alex Vizorek, Félix Demaison) s'y produisent.

                                              Lugné Poe par Vuillard

 L'innovation et l'audace ont quitté la cité Monthiers. Elles reviendront peut-être un jour, nostalgiques de Lugné Poe, curieuses de mises en scène nouvelles et de décorateurs audacieux. La Belle au bois ronflant sera-t-elle réveillée par le baiser d'un Lugné Poe contemporain?

Le théâtre de l'Œuvre, Lugné Poe.

Liens:

Les rues de Montmartre

Les lieux et curiosités de Montmartre

Les artistes et célébrités de Montmartre.

                                                Vuillard. Ubu roi.

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2017

2017

Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.

     Je suis repassé place St-Georges et j'ai découvert que le monument ravalé depuis peu était entouré de jets d'eau qui s'étaient colorés de rouge. Nous étions le 28 mai, dernier jour de la Semaine sanglante de 1871. J'ai cru qu'il s'agissait d'une commémoration qui rappelait les 30 000 morts de la résistance héroïque du peuple de Paris. Nous verrons qu'il n'en était rien! 

Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.

   Le monument est le principal ornement de cette place où opère le charme indéfinissable de Paris. Il est l'épicentre des immeubles qui l'entourent.... L'hôtel de Thiers, le théâtre où fut tourné "le dernier métro", l'hôtel où vécut en ses débuts parisiens la Païva.....

 

L'hôtel de Thiers.

L'hôtel de Thiers.

   Ni Thiers, Adolphe de son prénom, ni la Païva ne le connurent puisqu'il ne fut édifié qu'en 1911 à la place d'une fontaine qui servait d'abreuvoir aux chevaux.

 

     L'ancienne fontaine semblable à plusieurs autres installées pendant la Restauration datait de 1821. C'est lorsque fut construite la ligne de métro Nord-Sud et la station Saint-Georges qu'elle fut démontée.

 

    Une pétition accompagnée d'une souscription demanda qu'on érigeât à sa place un monument à la gloire de Gavarni qui avait habité le quartier et illustré la vie parisienne d'alors.

Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.

Autoportrait. Gavarni.

    Nous avons rencontré Gavarni dans ce blog! Il est plus que beaucoup d'artistes qui se réclament de Montmartre, un véritable amoureux de nos quartiers (et de ses belles passantes)!

Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.

La rue des Rosiers (Chevalier de la Barre) où habita Gavarni, aujourd'hui chevet du Sacré-coeur.

     Rappelons qu'il est venu à 25 ans habiter au sommet de la Butte, rue des Rosiers, future rue du Chevalier de la Barre avant de choisir la rue Ravignan

Il aime alors croquer le petit peuple parisien avec une prédilection marquée pour les jolies grisettes du genre Mimi Pinson.

 

1 rue Fontaine.

1 rue Fontaine.

     Il descend ensuite de la Butte pour s'installer 1 rue fontaine, non loin du monument qui lui rend hommage, puis rue Saint-Georges.

Malgré l'élégance de ses dessins de mode, il est un critique acerbe de la comédie humaine et s'il fréquente les salons, c'est pour mieux en dénoncer les hypocrisies. Il n'est pas surprenant qu'il soit ami des Goncourt qui lui consacreront une biographie.

 

Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.

    Comme eux, il est un observateur de la société et consacre des recueils à ses acteurs.  Les lorettes ont sa préférence et c'est avec une certaine tendresse qu'il les dessine.

Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.
Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.

   Son monument rappelle aussi qu'il fut le "reporter" du Carnaval de Paris, une coutume ancienne et vivace qui ne disparut qu'en 1950.

Pierrot en 2017

Pierrot en 2017

en 2021

en 2021

Le décor sculpté représente des personnages de la fête : Pierrot, un débardeur, la mort avec sa faucille....

Le Débardeur (en 2017)

Le Débardeur (en 2017)

Quelques mots sur le Débardeur....

Il s'agit d'une femme qui pour l'occasion avait le droit de porter un pantalon masculin, ou débardeur (rien à voir avec le marcel actuel!). Il y avait une forte charge érotique dans ce travestissement exceptionnel.

(photos de 2021 et 2017)

photo 2017

photo 2017

photo 2021

photo 2021

    On rencontre encore, détériorée par les vents d'ouest, la figure massive d'un personnage en haillons, le regard insistant, semblant apostropher le passant. Il est la face noire du carnaval, le vieillard habillé de haillons, à la fois bonhomme et menaçant. Il tient dans la main droite un bâton et au bout du bras gauche une faucille. Il évoque "la grande faucheuse" la mort grimaçante, toujours présente dans les carnavals.

 

On peut discerner encore la jeune modiste qui passe avec sa boîte dans un arrière plan qui disparaît peu à peu, grain à grain, avec l'usure de la pierre. Derrière elle se profile l'artiste, un peintre assurément, qui ressemble à Gavarni...

 

    Au sommet de la colonne Gavarni lui-même est représenté, occupé à dessiner et à saisir au vol ses contemporains.

                                          (photo 2017)

photo 2021

photo 2021

photos 2017 et 2021
photos 2017 et 2021

photos 2017 et 2021

Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.

    Quatre mascarons de bronze laissent couler de leur bouche entrouverte un mince filet d'eau claire les jours trop rares où la fontaine joue son rôle de fontaine.

La lorette y est à l'honneur, tournée vers la rue Notre-Dame de Lorette!

2017-2021
2017-2021

2017-2021

L'artiste bohême avec son chapeau de feutre...

2017-2021
2017-2021

2017-2021

Le mendiant quémandeur et menaçant

Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.
photos 2017-2021
photos 2017-2021

photos 2017-2021

La mégère, hommasse et ronchonneuse... à la fois entremetteuse et espionne!

Monument à Leconte de Lisle. Jardin du Luxembourg. (Denys Puech)

Monument à Leconte de Lisle. Jardin du Luxembourg. (Denys Puech)

     Les sculptures sont l'œuvre de Denys Puech (1854-1942) qui venu de son Aveyron natal où il gardait les moutons, se forma à son art avec tant de talent qu'il obtint prix et commandes officielles. Parmi ses nombreuses réalisations, retenons son monument à Leconte de Lisle dans le jardin du Luxembourg...

 

    Oublions qu'en 1925 il sculpta sans que son ciseau ne fondît de réprobation Benito Mussolini!

Le buste inexpressif et verdâtre lui valut l'inimitié de ses contemporains!

 

     Combien est plus poétique et sympathique le buste de Gavarni, cheveux au vent, belle gueule d'artiste libre, regard à la pointe sèche sur la société de son temps, ses injustices et ses hypocrisies.... 

 

 

Laissons-lui le dernier mot :

"Pourquoi mépriser les prostituées? Ce sont des femmes qui gagnent à être connues."

 

    Mais non, je ne le lui laisse pas le dernier mot! J'ai commencé l'article en parlant des jets de sang qui jaillissaient le 28 mai autour de la colonne....

 

     Nous savons que Montmartre avait été un épicentre de la résistance populaire... On dit que le puits des insurgés dans la rue où j'habite (rue André del Sarte) était rouge du sang des communards...

 

         Je m'apprétais à publier des photos de cette "commémoration" quand j'ai remarqué une affichette qui informait qu'il s'agissait bien de sang mais de celui des règles menstruelles et que le 28 mai était la journée internationale de l'hygiène féminine! Quelle idée! Choisir le dernier jour de la Semaine sanglante et l'écrasement dans le sang de la Commune pour cette journée!   

Place Saint-Georges. Le monument à Gavarni. Denis Puech.

    Qu'importe!  Gavarni en haut de sa colonne continue de griffonner....

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux
Mosaïques du chœur. Olivier Merson. Sacré-cœur de Montmartre.

     C'est ce qu'il y a de plus spectaculaire dans la décoration de la basilique, c'est aussi par sa composition, ses couleurs, sa précision une grande réussite. L'immense mosaïque du chœur attire le regard dès que l'on a franchi la porte de bronze.

Mosaïques du chœur. Olivier Merson. Sacré-cœur de Montmartre.

     Le bleu et l'or dominent et créent une voute poétique où l'on s'attend à voir filer les étoiles.

Basilique Saint-Marc.

Basilique Saint-Marc.

     Il y eut d'âpres discussions pour savoir quel type de décor serait choisi. La fresque ou la mosaïque. La seconde fut choisie pour répondre à la cohérence du monument romano-byzantin voulu par Abadie.

Ravenne

Ravenne

     Le projet initial était plus modeste. Abadie aurait souhaité un Christ surmonté d'anges et à ses pieds une procession de pauvres et de riches représentant l'humanité conduite vers la vie éternelle. Sorte d'inversion de la danse macabre où riches, hommes d'église, paysans sont entraînés vers la mort. 

   

Dès 1911 le programme se fait plus ambitieux lorsqu'il est décidé de faire appel à un des peintres les plus en cour auprès des responsables religieux : Luc Olivier Merson (1846-1920) qui est présenté en cette première moitié du XXème siècle comme "le grand artiste chrétien"!

Mosaïques du chœur. Olivier Merson. Sacré-cœur de Montmartre.

La source (Luc Olivier Merson) étude pour les fresques de l'Opéra Comique.

    Il a pourtant commencé sa carrière comme peintre proche du symbolisme. Et peu à peu il s'est spécialisé dans les sujets historiques et religieux. Mais il est aussi auteur de fresques dans le goût fin de siècle, à l'Opéra comique de Paris :

                            Plafond de l'escalier d'honneur. (Merson)

 

Parmi ses réalisations marquantes, citons, proche de son travail pour le Sacré-Cœur, la chapelle byzantine de l'Institut Pasteur destinée à recevoir le tombeau de Pasteur et de sa femme.

Mosaïques du chœur. Olivier Merson. Sacré-cœur de Montmartre.

  Il reçoit pour adjoints les Magne père et fils (Lucien architecte de la basilique et Henri-Marcel peintre (1877-1944). Ce dernier est chargé de la maquette et des cartons grandeur nature réalisés à partir des peintures de Merson. Les ateliers du mosaïste René Martin reçoivent les premiers cartons en 1918.

Mosaïques du chœur. Olivier Merson. Sacré-cœur de Montmartre.

Une des premières études de Merson pour le Christ de la mosaïque.

    En 1920 Merson meurt et il est remplacé par son élève Marcel Imbs (1882-1935). On verra que l'élève est fortement influencé par son maître quand il conçoit une mosaïque pour l'arc triomphal de l'église Saint-Jean Baptiste de la Salle!

     Les travaux de préparation de la voûte prennent beaucoup de temps car elle doit supporter le poids des tesselles en pâte de verre, plus de 68 tonnes!

   Merson qui avait réalisé les dessins de la partie centrale (Christ, Esprit, Dieu) n'a fait qu'ébaucher les parties latérales. Le relais est donc pris par Magne et Imbs. La mosaïque sera terminée en 1923.

Mosaïques du chœur. Olivier Merson. Sacré-cœur de Montmartre.

     Elle couvre une superficie de 474 m2 d'un seul tenant. La seule tête du Christ fait deux mètres de haut!

 

     Le Christ est debout, les bras ouverts, dévoilant son cœur .... Il apparaît dans la mandorle qui rayonne derrière lui et qui a pour épicentre le cœur couronné d'épines. Les bras ouverts évoquent la croix.

Mosaïques du chœur. Olivier Merson. Sacré-cœur de Montmartre.
Mosaïques du chœur. Olivier Merson. Sacré-cœur de Montmartre.

     Au-dessus du Christ l'Esprit rayonne lui aussi, les ailes ouvertes. Il fait le lien avec la dernière mandorle dont on ne voit qu'une partie et dans laquelle apparaît Dieu, couronné d'or et de gloire.

Mosaïques du chœur. Olivier Merson. Sacré-cœur de Montmartre.

Autour du Christ, sa mère est debout à  sa droite tandis qu'à gauche c'est Saint Michel.

    Tous deux sont de même échelle, ils sont les plus grands personnages après le Christ, tandis que plus petits, on voit devant la Vierge le pape Léon XIII et devant Saint-Michel, Jeanne d'Arc et la France portant la couronne.

                                           Léon XIII, Jeanne d'Arc, la France....

Les autres parties de la mosaïque ne sont plus l'oeuvre de Merson bien que s'inspirant pour certaines d'esquisses qu'il avait eu le temps de dessiner. Dans la partie basse, le monde terrestre, dans la partie haute le divin...

A la droite du Christ est représenté le cortège des saints et des bienheureux de l'Eglise universelle :

Mosaïques du chœur. Olivier Merson. Sacré-cœur de Montmartre.

Les auréoles portent le nom des élus : Pierre, Jean, Paul, Ignace d'Antioche, Agnès, Augustin, Dominique, François d'Assise, Ignace de Loyola, Gertrude, Catherine de Sienne, Rose de Lima, Thérèse d'Avila

Mosaïques du chœur. Olivier Merson. Sacré-cœur de Montmartre.

A la gauche du Christ ce sont les saints de l'église de France qui cheminent dans le ciel :

Lazare de Marseille, Marie-Madeleine, Marthe, Denis dont l'auréole reste accrochée sur la tête coupée), Martin, Geneviève, Bernard, Louis, François de Sales, Vincent-de-Paul, Marguerite-Marie, Jean-Eudes, Madeleine-Sophie Barrat. Ces trois derniers liés au culte du Sacré-cœur.

Madeleine, Marthe, Denis, Martin, Geneviève, Bernard, Louis...

Madeleine, Marthe, Denis, Martin, Geneviève, Bernard, Louis...

    Dans la partie inférieure, entre des arcades qui font penser à des décors de Ravenne, on peut voir, sous le cortège des saints de l'église universelle trois scènes qui rappellent ,avec des personnages plus petits, l'institution du culte du Sacré-      cœur :

Mosaïques du chœur. Olivier Merson. Sacré-cœur de Montmartre.

     C'est sans doute la partie la plus faible de la mosaïque, réaliste, peu inspirée: Clément VII institue la fête du Sacré-Coeur. Pie IX étend cette fête à toute l'église. Léon XIII consacre le genre humain au Sacré-Coeur.

Mosaïques du chœur. Olivier Merson. Sacré-cœur de Montmartre.

    Sous le cortège des saints de France, les scènes historiques représentent (de droite à gauche) la grande peste de Marseille qui en 1720 poussa les autorités politiques et religieuses à prononcer le voeu qui plaçait la ville sous la protection deu Sacré - cœur.

 

Mosaïques du chœur. Olivier Merson. Sacré-cœur de Montmartre.

    Louis XVI et la famille royale au Temple. Le roi confie son sort et celui du pays au Sacré-cœur.

 

    Le voeu national par lequel les autorités religieuses, morales, politiques veulent consacrer la France au Sacré-coeur...

 

     Un souci de réalisme habite la composition assez plate : les généraux Soris et de Charrette tiennent la bannière, devant eux se tiennent les initiateurs de la basilique, Legentil et Rohault de Fleury, enfin on reconnaît les trois cardinaux qui ont présidé à la construction : Guibert, Richard et Amette.

Mosaïques du chœur. Olivier Merson. Sacré-cœur de Montmartre.

     Malgré l'évidente influence des mosaiques byzantines, il est vain de comparer cette oeuvre à celles qui ne cessent de nous émerveiller et de nous émouvoir à Ravenne comme à Venise. Cependant il est juste de reconnaître la réussite de cette immense mosaïque qui projette en avant le Christ vêtu de blanc, avec la même efficacité que se projette dans le ciel de Paris la basilique blanche. Le ciel bleu, les vibrations de l'or donnent à l'ensemble une dimension poétique et quasi onirique.

Mosaïques du chœur. Olivier Merson. Sacré-cœur de Montmartre.

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La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

     Peu à peu s'atténuent les jugements péremptoires sur cette basilique que certains exècrent pour des raisons de "bon goût" ou plus souvent pour des raisons historiques, pensant, à tort, qu'elle a été élevée pour rendre grâce après la défaite de la Commune.

Les canons de Montmartre, champ des Polonais au sommet de la Butte.

Les canons de Montmartre, champ des Polonais au sommet de la Butte.

     Il est vrai que l'emplacement qu'elle occupe est celui où étaient alignés les canons de Montmartre, prêts à riposter aux Prussiens. C'est là que commença la Commune quand les troupes versaillaises voulurent confisquer les canons "populaires".

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

Mais la basilique fut édifiée pour demander la protection divine sur la France après la victoire des Prussiens en 1870 et non pour "fêter" l'écrasement de la Commune.

Question esthétique, elle est le dernier grand monument de Paris avec Beaubourg à exciter encore les gens de goût qui comme on le sait n'ont de bon goût que le leur.

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

     Pour le Montmartrois indécrottable que je suis, elle est une ville orientale avec ses coupoles et ses tours, un décor onirique qui accroche le soleil au point de faire cligner les yeux et qui la nuit apprivoise les ombres qui se couchent contre ses formes blanches.

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

    La façade est à n'en pas douter une réussite architecturale. Précédée d'un porche qui l'anime, elle n'essaie pas de voler la vedette aux coupoles et à l'élévation du monument qu'elle laisse se développer de part et d'autre. Elle est édifiée dans le prolongement du seul chœur et non de toute la largeur de la basilique comme d'autres projets retenus le prévoyaient.

Narthex bras nord. Saint-Front de Périguerux.

Narthex bras nord. Saint-Front de Périguerux.

    Paul Abadie a été vertement critiqué pour son parti pris inspiré par le roman de Saintonge.  Pour le porche, il n'a pas oublié la restauration qu'il assura du narthex nord de Saint-Front de Périgueux.

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

    Sur les murs latéraux du  narthex de Saint-Front Abadie voulait que deux cavaliers soient installés. Ce projet resta à l'état de projet alors qu'à Montmartre il se réalisa avec bonheur. Les deux statues équestres faisant oublier la lourdeur des contreforts. 

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

     Ces deux statues font partie des œuvres remarquables du monument. Elles sont dues à Hippolyte Lefèvre (1863-1935). Prix de Rome et médaille d'or à l'exposition universelle de 1900. Ce sculpteur, malgré un certain académisme, sait animer la pierre ou le bronze d'un vigueur charnelle. 

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

     La statue côté ouest représente Saint-Louis, épée dirigée vers le sol. Il symbolise la justice.

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

Côté est, Jeanne d'Arc, épée levée prête à bouter l'Anglais hors de France, symbolise la Sainteté!

Abadie s'est inspiré des édifices byzantins comme Sainte-Sophie dont les célèbres chevaux volés par les Vénitiens pour Saint-Marc, volés par les Français pour l'arc de triomphe du Carrousel du Louvre, restitués à Venise... font l'admiration de tous!

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

La tempérance

   Le porche est percé de trois baie en plein cintre. On voit sur le bandeau supérieur des bas-reliefs représentant les 4 vertus cardinales, inspirées de l'Antiquité grecque : la Prudence, le courage, la tempérance et la justice.

                                                          Le courage

Le courage qui au lieu de maîtriser le lion de Némée comme dans les représentations antiques, tue le serpent qui cherche à occuper l'église.

La prudence

La prudence

   La prudence qui tient un miroir symbole de réflexion! Dans l'Antiquité ces vertus platoniciennes étaient représentées par des femmes, ici Sacré-Cœur oblige, ce sont des anges... (mais au fait, quel est le sexe des anges?)

La justice.

La justice.

Le porche

Le porche

les coupoles du porche

les coupoles du porche

     Une fois sous le porche d'où on jouit d'une vue époustouflante sur Paris, on pourra admirer les lourdes portes de bronze et leurs six panneaux historiés dus à Hippolyte Lefèvre.

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

Portail central : La Cène 

 

Portail central : La multiplication des pains.

 

Portails latéraux : La guérison du paralytique

 

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

Marie Madeleine aux pieds de Jésus.

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

Jésus au milieu des enfants

 

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

La guérison du fils de la veuve de Naïm.

 

Tous ces panneaux sont chargés d'illustrer l'amour  du Christ.

  On remarquera encore, au-dessus des portes, les tympans sculptés, à mon avis académiques et sans étincelle d'originalité. De plus, étant à l'abri des pluies qui nettoient la pierre blanche, elles subissent la pollution qui monte depuis les boulevards encombrés jusqu'au sommet de la Butte.

Deux des trois tympans sont sculptés par Léon Fagel (1851-1913) :

 

La transfixion (le soldat romain perce le flan du crucifié)

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

Moïse faisant jaillir l'eau du rocher.

     Léon Fagel est un sculpteur bien oublié qui fut très apprécié en son temps. Il reçut des commandes pour le Muséum, la Sorbonne et le Théâtre français. La Bible l'a beaucoup inspiré, beaucoup plus que son époque!

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

Le tympan du portail occidental est dû à Hippolyte Lefèvre et illustre l'incrédulité de Saint-Thomas qui touche les plaies du Christ.

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

La façade au dessus du porche reprend le rythme de trois baies en plein cintre abritant des vitraux et dont les tympans ouest et est sont sculptés

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

    Sur le tympan ouest on peut voir Marie-Madeleine aux pieds du Christ, sculpture de Louis Noël. Un sculpteur artésien (je ne peux donc que l'aimer!) dont de nombreuses oeuvres se trouvent dans sa région d'origine et notamment à Saint-Omer.

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

Le tympan oriental représente Jésus et la Samaritaine. La sculpture est due à André d'Houdain (1859-1904) lui aussi homme du nord dont on peut voir quelques réalisations au musée d'Orsay, au musée des Beaux Arts de Lille ou à Carnavalet. 

L'ensemble des sculptures est une bonne représentation des tendances de la fin du XIXème siècle et des influences des arts byzantin-roman-gothique et renaissance, excusez du peu, entre lesquelles hésitent les sculpteurs quand ils n'ont pas le génie d'un Rodin ou d'un Carpeaux.

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

    La partie supérieure de la façade, entre les tourelles, abrite une niche chargée d'accueillir la statue la plus emblématique, celle du Christ découvrant son cœur. Elle est mise en valeur plus que dans plusieurs des projets initiaux. C'est Abadie qui a tenu à ce qu'elle soit là, en vedette, et non perchée au sommet.

                                      Christ perché du projet de Raulin et Dillon

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

La statue a connu plusieurs avatars...

La première statue de Georges Thomas, a été détruite accidentellement lors de la Fête du Sacré-Cœur en 1900. Elle était plus originale que celles qui lui succédèrent mais déplaisait aux membres du Comité. 

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

La deuxième statue commandée à Gustave Michel fut à son tour reléguée au profit d'une troisième, définitive, due à Seguin qui s'inspirait de la statue du "Beau Dieu" de la cathédrale d'Amiens.

Elle est une copie affadie de l'original et il faut reconnaître que malgré sa place d'honneur, elle n'a que peu de ressemblance avec la grande sculpture gothique amiénoise. 

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

De part et d'autre de la niche, poule et pélican rappellent métaphoriquement l'amour divin :

La poule qui couve ses petits.

"Jérusalem! Combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes?"

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

Et le pélican prêt à se sacrifier pour nourrir ses petits en leur donnant son cœur. Pélican qu'on retrouve à l'intérieur sur les mosaïques :

 Il nous rappelle, version laïque, le poème de Musset :

(...) "Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte;

En vain il a des mers fouillé la profondeur;

L'océan était vide et la plage déserte;

Pour toute nourriture il apporte son cœur."

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

C'est donc toute une histoire chrétienne et symbolique qui se déploie sur la façade. Mais ce qui frappe avant tout c'est l'harmonie et la simplicité de cette proue qui semble s'avancer dans le ciel pour voguer sur la mer des toits argentés de Paris!

La façade et le porche du Sacré-Cœur.  Architecture, sculptures.

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La Savoyarde. Le bourdon de Montmartre. Les cloches.

     On entend rarement la voix grave et profonde s'échapper du campanile pour faire voler au-dessus des toits un essaim de bronze. 

 

La Savoyarde. Le bourdon de Montmartre. Les cloches.

     C'est que la Savoyarde, de son vrai nom Françoise Marguerite, n'a pas le sens de la mesure. Trop grande, trop lourde… elle n'a pas trouvé de tour assez puissante pour la recevoir. On lui a donné pour refuge un campanile élégant, trop délicat pour résister sans fissure à un balancement trop fréquent de la dame qui elle même, nostalgique d'Annecy, a laissé une petite fêlure serpenter sur sa peau de métal.

La Savoyarde. Le bourdon de Montmartre. Les cloches.

     Pensez! 26 tonnes ça n'est pas rien! Le double d'Emmanuel, le bourdon de Notre-Dame!

La Savoyarde. Le bourdon de Montmartre. Les cloches.

La Savoyarde! 

    Son histoire commence, comme il se doit, en Savoie quand l'archevêque de Chambéry lance une souscription, en 1889, pour offrir au Sacré-Coeur en construction une voix d'exception, une voix unique, capable de se faire entendre à des kilomètres.

Fonderie Paccard. Lieu de naissance de la Savoyarde.

Fonderie Paccard. Lieu de naissance de la Savoyarde.

     Les donateurs ne manquent pas dans cette Savoie généreuse et bientôt le bourdon peut être coulé. C'est en 1891, bien que la date inscrite sur le bronze soit 1890. Pour faire une date ronde peut-être. ou plus simplement parce qu'il s'agit de la date de clôture des souscriptions.

Fonderie Paccard

Fonderie Paccard

     Il faut attendre octobre 1895 pour prendre le chemin de Paris, quitter l'air pur et vivifiant d'Annecy. Quel voyage! Quelle aventure!

La Savoyarde. Le bourdon de Montmartre. Les cloches.

   Tout commence par le pas balancé des bœufs qui suivent trois chevaux attelés de front. 12 paires de bœufs comme les 12 tribus d'Israël, comme les 12 cantons savoyards.

La Savoyarde. Le bourdon de Montmartre. Les cloches.

     Arrivée à la gare d'Annecy, la cloche est déposée sur un wagon plat à charpente consolidée. Le train peut rouler à basse vitesse jusqu'à sa destination, la gare de la Chapelle dans le nord de Paris.

La Savoyarde. Le bourdon de Montmartre. Les cloches.

     C'est le 15 octobre 1895 qu'elle y arrive, en pleine nuit. Un pont roulant à vapeur la soulève et la dépose sur le fardier géant de l'entreprise Magnin. 28 chevaux vont assurer la dernière partie du voyage, dans une ambiance onirique. Il fait nuit noire, les hommes portent des torches, les curieux s'assemblent et murmurent...

La Savoyarde. Le bourdon de Montmartre. Les cloches.

     Le trajet semble interminable tant on craint l'accident sur les pavés trempés de pluie. On atteint la rue Lamarck, la plus pentue, celle où l'on frôle la catastrophe mais où les chevaux s'arrachent de toutes leurs forces et sauvent la situation.

La Savoyarde. Le bourdon de Montmartre. Les cloches.
La Savoyarde. Le bourdon de Montmartre. Les cloches.

     Le Sacré-Coeur est en chantier. Le campanile est loin d'être achevé. Un échafaudage de bois a été dressé pour recevoir la cloche qui va devenir montmartroise.

 

La Savoyarde. Le bourdon de Montmartre. Les cloches.

       Elle est baptisée le 21 novembre 1895 par Monseigneur Richard.

      Elle reçoit la visite des pélerins, des curieux, des promeneurs du dimanche. Elle est une attraction pour les parisiens qui ont oublié (en 25 ans tout s'oublie!) qu'elle est posée, bien malgré elle, là où eurent lieu quelques uns des plus sanglants événements de la Commune.

    Peut-être est-ce à cause de cela qu'elle fut agressée et sabotée en 1905, sans grand dégât.

La Savoyarde. Le bourdon de Montmartre. Les cloches.

    Il faut attendre 1907 pour qu'elle soit enfin hissée dans son campanile, bien qu'inachevé.

La Savoyarde. Le bourdon de Montmartre. Les cloches.

    Il faut huit hommes pour appuyer sur les pédales et pour se pendre aux cordages afin de la mettre en mouvement.

Elle devient la plus grosse cloche non statique au monde avec ses 26 tonnes...

Sous les jupes de la Savoyarde.

Sous les jupes de la Savoyarde.

    Dans son poids il faut compter le marteau qui a lui seul pèse 850 kgs!

En 1908 sera ajouté un marteau de tintement pour faciliter l'utilisation quotidienne de la cloche (aujourd'hui c'est un marteau électrique qui fait le boulot à chaque élévation. Un sacré boulot étant donnée la fréquence des offices!)

La Savoyarde. Le bourdon de Montmartre. Les cloches.

    Notre savoyarde n'est pas restée seule dans son campanile blanc. De petites compagnes lui ont été données, droit venues de l'église Saint-Roch où elles n'avaient plus le droit de s'exprimer. Les quatre exilées ont pour nom : Félicité, Louise, Nicole et Elisabeth. Bien que petites elles sont beaucoup plus vieilles que leur imposante voisine. Elles ont l'âge de la Restauration.

La Savoyarde. Le bourdon de Montmartre. Les cloches.

… Et voilà! Notre Savoyarde ne bougera plus de Montmartre où elle attend sans hâte la fin du monde! 

Elle a un petit pincement au cœur en pensant à Annecy. C'est ce qui a dû provoquer cette minuscule fissure qui lui interdit de trop se balancer.

Elle chante de son contre-ut inimitable aux grandes fêtes. Une exception a été faite en 2010 quand elle célébra les 150 ans du rattachement de la Savoie à la France.

La Savoyarde. Le bourdon de Montmartre. Les cloches.

    Si vous voulez l'entendre, ne manquez pas de venir à Montmartre, à Pâques par exemple (mais en 2021, espérons-le)). Toute la Butte, peu assurée sur ses carrières de plâtre, tremble et vibre et chante avec elle pour saluer les cloches venues de Rome qui ne font que passer!

Restaurant La Savoyarde aujourd'hui disparu. (angle Lamarck Utrillo, jadis Muller)

Restaurant La Savoyarde aujourd'hui disparu. (angle Lamarck Utrillo, jadis Muller)

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