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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

montmartre monuments. cabarets. lieux

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Je republie cet article qui est devenu "historique" puisque la spéculation a fait disparaître il y a peu le Singe qui lit, dévoré par l'agrandissement de la Mère Catherine aux appétits d'ogresse!

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

   Le Singe qui lit faisait partie des enseignes montmartroises qui avaient survécu à la mutation touristico-immobilière de notre quartier.

Depuis 1908 il y avait à son emplacement, jouxtant le Cadet de Gascogne, une brocante tenue pendant des années par un personnage haut en couleurs comme en suscite souvent la Butte : Emile Boyer.

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
On voit sur cette carte qu'avant la brocante, il y eut une crémerie...

On voit sur cette carte qu'avant la brocante, il y eut une crémerie...

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Emile Boyer (1877-1948) est fils de chiffonnier. Il pratique plusieurs métiers avant de se percher place du Tertre où il gère un bric à brac hétéroclite, à la fois épicerie et brocante! On dit que Gen Paul le chargeait de vendre ses aquarelles qu'il accrochait à l'aide de pinces à linge à un fil suspendu dans la boutique.

On raconte encore qu'Utrillo payait son ardoise de gros rouge avec des toiles que notre brocanteur-épicier collectionnait.

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Rue de Montmartre sous la neige. (Emile Boyer)

Rue de Montmartre sous la neige. (Emile Boyer)

Montmartre; (Emile boyer)

Montmartre; (Emile boyer)

     C'est ainsi que le virus pictural qui circule librement par les rues de Montmartre contamine notre homme qui s'achète un chevalet et bien des années avant l'invasion de la place du Tertre par les barbouilleurs, s'installe sur le trottoir devant son échoppe..

Indifférent aux courants nouveaux et aux précurseurs, il peint à sa manière, réaliste et colorée, sans se soucier des modes. Son oeuvre est restée dans l'ombre malgré une exposition en 1973 au musée de Montmartre. Dans les salles de vente, il est possible d'acquérir une de ses toiles pour un millier d'euros.

Le livre de Martine et Bertrand Willot.

Le livre de Martine et Bertrand Willot.

Un livre lui a été consacré : "Emile Boyer -Années folles-" par Martine et Bertrand Willot.

Voici en quels termes leurs auteurs le présentent :

"Brocanteur, anarchiste, fort en gueule, caractériel, marchand de frites et peintre"!

Bref! un homme complet!

Emile Boyer et sa friteuse!

Emile Boyer et sa friteuse!

...Car... il est le précurseur à Montmartre des "baraques à frites" chères à nos amis nordistes!

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Pourquoi la boutique porte-t-elle ce nom : Le Singe qui lit?

Il y aurait eu à Montmartre à la fin du XIXème siècle une revue d'artistes qui s'appelait ainsi. J'en ai cherché la trace et ne l'ai pas trouvée. Aucun document, aucun témoignage... rien ne permet de confirmer cette source!

Un singe en argot est un patron mais aussi un ouvrier typographe, un typo. Or, parmi ses multiples activités, Emile boyer fut ouvrier typographe! Il est plausible et réjouissant de lui accorder la paternité du nom!

Le singe lecteur. Gabriel von Max (1904)

Le singe lecteur. Gabriel von Max (1904)

Après Emile Boyer, la boutique connaît divers avatars...

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Elle s'appelle pompeusement "Relais des Arts" et se spécialise dans la marionnette.

     Le Relais disparaît à son tour avec ses petits personnages qui laissent le Singe reprendre possession de sa boutique pour ne plus la lâcher.

On voit à droite la brocante de Grémillet

On voit à droite la brocante de Grémillet

     Comme à l'époque d'Emile Boyer un joyeux bric à brac s'y installe, une brocante foutraque encombrée d'objets hétéroclites ou incongrus.

Eau forte de Georges Gremillet

Eau forte de Georges Gremillet

... et c'est un autre artiste qui succède à Emile Boyer : Georges Gremillet.

Il fait sa publicité en vendant ses dessins et ses eaux fortes exposés sur les murs et dans la vitrine...

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Quand il cède son commerce, c'est la fantaisie et la créativité qui s'en vont avec lui.

Les nouveaux propriétaires en font une boutique de souvenirs made in China, semblable aux dizaines de boutiques qui jalonnent le circuit touristique.

Par chance, ils conservent l'enseigne qui faisait encore il y a peu partie du patrimoine montmartrois.

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

    Mais allez comprendre pourquoi en cette année 2018, le restaurant de la Mère Catherine a pu obtenir l'autorisation de tuer le Singe ?      

N'aurait-elle pas pu conserver au moins l'enseigne?.... et conserver ainsi une petite partie de l'histoire de la Butte!

Il faut croire que les responsables chargés de veiller sur la défense de la Butte, s'ils ne sont pas des singes, ne doivent pas lire beaucoup

Hier

Hier

aujourd'hui

aujourd'hui

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Bazar made in China

Bazar made in China

Singe.. (Gabriel von max 1913)

Singe.. (Gabriel von max 1913)

>Plus une trace, plus un poil du Singe qui lisait.

>Plus une trace, plus un poil du Singe qui lisait.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux
Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Jean Baptiste Troppmann, cet assassin qui a fait la une de la presse du Second Empire  a un lien avec Montmartre, en plus de celui de figurer en bonne place sur une toile à la fois naïve et violente exposée au premier étage du musée de la rue Cortot.

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

     En effet, avant que le Lapin agile prît ce nom, le cabaret de la rue des saules s'appelait le cabaret des assassins et ses murs étaient couverts de toiles représentant des crimes célèbres dont celui de Troppmann.

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.
Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Si le peintre est inconnu, le sujet de son tableau ne l'est pas. Il s'agit d'un crime qui passionna la société française tant il parut monstrueux.

Jean Baptiste Troppmann

Jean Baptiste Troppmann

L'histoire est assez compliquée, inutile d'entrer dans les détails.

 Un jeune homme de 20 ans, Troppmann,  empoisonne un père de famille, Jean Kinck, se débarrasse du fils aîné, Gustave Kinck, en le poignardant et en l'ensevelissant dans un champ, près des Quatre Chemins, à Pantin.

La famille Kinck. Jean et Hortense et trois de leurs six enfants.

La famille Kinck. Jean et Hortense et trois de leurs six enfants.

Il élimine ensuite le reste de la famille : Hortense la femme, enceinte de plusieurs mois, sa fillette âgée de deux ans et ses garçons âgés de 8, 10, 13 et 16 ans.

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Il les emmène en voiture de louage à Pantin, leur faisant croire que le père y a loué une maison. Dans le champ où il avait tué Gustave, il se livre à un véritable massacre.

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.
Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Il égorge, tue à coups de pioches, s'acharne sur ses victimes qu'il lacère avant de les enterrer dans une fosse.

D'après les experts, il aurait agi dans une sorte de crise de folie, avec une rage et une force décuplées....

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Le massacre comme tous les faits divers sanguinolents a un retentissement considérable et permet aux journaux de multiplier par dix leur chiffre de vente!

Le jeune criminel fascine et horrifie.

Ses crimes font l'objet de nombreuses études et interprétations. Certains enquêteurs ne veulent pas croire qu'il les  ait commis seul.

On a parlé de complices, de trafic de fausse monnaie...

 

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.
Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

La sauvagerie du massacre, les coups de couteau frénétiques, le démembrement à coups de pioche et de pelle sont détaillés au cours d'un procès suivi par une foule de curieux parmi lesquels des écrivains comme Flaubert, Dumas ou Barbey d'Aurevilly.

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Lautréamont voit en l'assassin un marginal, un révolté absolu se déchaînant contre l'image de la bourgeoisie, contre la famille, contre l'ordre établi...

Il parle dans ses poésies de "la révolte féroce de Troppmann"

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.
Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

S'il est vrai qu'il subsiste des zones d'ombres dans cette sinistre histoire, il est cependant avéré que l'argent en est le mobile.

Les juges ne s'y trompent pas et Troppmann est condamné à la guillotine.

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Il y a foule le 19 janvier 1870 pour assister à l'exécution et pour voir le condamné, soudain habité d'une force terrible, faire sauter les sangles qui le maintiennent sur la planche et mordre la main de son bourreau au point de presque sectionner un de ses doigts!

Parmi les spectateurs se trouve Ivan Tourgueniev qui a pu grâce à Maxime Ducamp rendre visite au condamné dans sa cellule avant d'assister au supplice.

La tête de Troppmann dessinée par Gill....

La tête de Troppmann dessinée par Gill....

Il en a laissé un récit bref et précis : "'L'exécution de Troppmann" 

"A l'apparition de Troppmann, le bruit de la foule se tut comme un monstre qui s'endort.

Enfin retentit un bruit léger de bois qui se heurtent. c'était la chute de la lunette supérieure avec la découpure transversale pour laisser passer le tranchant, la lunette qui prend le cou du criminel et rend sa tête immobile; puis quelque chose gronda sourdement, roula et éructa comme si un grand animal eût craché."
 

 

 

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Quelques mois après la mort de Troppmann, c'est le Second Empire qui est guillotiné à Sedan... bientôt suivi de l'invasion prussienne et de la Commune de Paris.

 Les résistants seront écrasés au cours de massacres sauvages qui ne feront pas le tri sur les barricades entre les hommes, les femmes, enceintes ou non, les gavroches...

Rien à voir me direz-vous avec Troppmann.

Oui vous avez raison mais j'y ai pensé malgré moi à cause de l'auteur du tableau dont le nom est  Douay...

Or c'est le général Douay, commandant des troupes versaillaises qui inaugura le dimanche 21 mai 1871 la Semaine Sanglante!

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux
La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

 

   Cette croix de pierre, plantée sur le parvis de l'église Saint-Pierre, près de la grille du cimetière du Calvaire, ne manque pas d'intriguer.

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

    Elle semble ne pas être à sa place, à l'écart, comme penaude d'être là et n'assumant pas sa haute taille !

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

    Peut-être n'ignore t-elle pas qu'elle n'a rien à faire en ce lieu où elle a été transportée par les amis de la Société du vieux Montmartre à la fin du XIXème siècle.

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

   Si l'on est curieux et que l'on s'approche, on peut lire, gravée dans la pierre, cette inscription :

"Cette croix a esté faite et plantée par Philippe Cottin ancien marguillier de sa paroisse La Chapelle S.Denis le 25 may 1763.... Est décédé le 29 may 1764 M.O. Un De profundis."

La Chapelle. Eglise Saint-Denis.

La Chapelle. Eglise Saint-Denis.

     Eh oui! Elle n'est pas montmartroise notre croix mais elle vient de la commune qui était voisine : La Chapelle… 

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

   Le sieur Philippe Cottin était marguillier, ce qui sous l'ancien régime désignait les membres d'un conseil paroissial chargés d'en gérer les affaires. 

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

     Le marguillier prévoyant l'heure inéluctable de son décès, fait édifier dans le cimetière paroissial, le 25 mai 1763, cette croix qui un an après son installation l'accueillera et fera de l'ombre sur sa tombe. Il meurt en effet le 29 mai 1764!

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

     La croix s'apprête à voyager car le cimetière paroissial trop petit est désaffecté en 1804 tandis qu'un autre, plus grand, s'ouvre sur des terres agricoles. C'est le cimetière Marcadet (qui occupe à peu près l'emplacement de la rue Pierre Budin actuelle).

 

     Nous retrouvons notre croix dans le nouveau cimetière où elle coule des jours paisibles jusqu'en 1849, année où le nouveau cimetière, à son tour jugé insuffisant, est fermé. Tant pis pour la croix qui ne reçoit plus de visites jusqu'en 1871 et les massacres de la Commune.

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

     En effet, le cimetière ouvre de nouveau ses portes et ses fosses aux centaines de cadavres, hommes, femmes, adolescents dont on ne sait que faire. Ils auront le droit de reposer en paix (!) jusqu'en 1887 où nul ne voit l'intérêt de continuer à entretenir ce lieu de mémoire et où l'on ferme définitivement le cimetière Marcadet.

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

     La croix est menacée de destruction quand les promoteurs s'abattent sur les terrains libérés comme des corbeaux sur un champ de maïs.

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

     Mais les amoureux de Montmartre, membres de la Société du vieux Montmartre, veillent au grain et font transporter la croix menacée au sommet de la Butte, sur le parvis de Saint-Pierre, église qui elle aussi avait été menacée de destruction.

 

… Et notre croix est toujours là, modeste malgré sa haute taille. Les touristes ne la remarquent pas mais les pigeons parfois s'attardent sur sa branche.

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

     Elle a peut-être la nostalgie de son village d'origine. C'est ce que pensent les habitants de La Chapelle qui ont pétitionné en 2002 pour qu'elle redescende et retrouve son lieu de naissance, près de l'église St Denis.

 

     Apparemment ils n'ont pas été entendus.

     La croix s'est donc habituée à sa condition d'exilée.

 

    Philippe Cottin ne doit pas être mécontent!

    Son nom est pour l'éternité (relative) gravé au cœur de Montmartre. Ce qui ajoute à sa notoriété, plus peut-être que le petit passage qui porte le nom de sa famille, un peu plus bas et qu'Utrillo a peint deux ou trois fois.

 

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

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Publié le par chriswac
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Notre-Dame de Lorette et le Sacré-Coeur.

Notre-Dame de Lorette et le Sacré-Coeur.

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Si vous entrez dans l'église par la porte de gauche, vous vous retrouvez devant la loge de l'accueil installée dans la chapelle de la Mort et de la Résurrection. L'endroit est si détérioré, si sinistre que l'on craint un instant que la Mort l'ait emporté!

 

     La résurrection artistique est de l'autre côté, vers la porte de sortie, dans l'or et le bleu de la chapelle des Baptêmes récemment restaurée!

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.
Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Il s'agit d'un ensemble remarquable qui prend place dans l'histoire de la peinture du XIXème siècle à Paris....

     N'en déplaise à ceux qui font la fine bouche devant les fresques religieuses de cette époque!

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Quand il fallut décorer l'église, dans un quartier en pleine expansion, apprécié des artistes et des femmes légères qu'on appellerait bientôt "lorettes", la peinture de trois chapelles, après concours, fut confiée en 1832 à des peintres de renom qui formaient une école picturale appelée Ecole des Nazaréens.

Chapelle de la Vierge (Victor Orsel)

Chapelle de la Vierge (Victor Orsel)

Chapelle de l'Eucharistie (Alphonse Périn)

Chapelle de l'Eucharistie (Alphonse Périn)

     Il s'agit de Victor Orsel (chapelle de la Vierge, aujourd'hui dégradée), Alphonse Périn (chapelle de l'Eucharistie) et Adolphe Roger (chapelle des Baptêmes).

     Seule a été restaurée celle des Baptêmes grâce à un fonds américain : le World Monument Fund, notre pays ne faisant pas toujours de la préservation de son patrimoine une priorité absolue!

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Les trois peintres étaient amis et admiraient les Nazaréens allemands qui, comme eux, avaient fait le voyage en Italie pour étudier les Primitifs qu'ils considéraient comme leurs maîtres. Les sujets religieux étaient pour eux symboliques de la condition même de l'homme et susceptibles de concerner tous les hommes, même incroyants. La Vierge et son enfant pouvait représenter toute maternité humaine et le Christ en croix toute agonie. 

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Adolphe Roger (1800-1880) choisit de représenter les rites du baptême en mettant en valeur les protagonistes, sans que l'œil soit attiré par un paysage d'arrière plan. En cela il est influencé par les icônes byzantines plus que par les peintres primitifs qui, en rupture avec leurs prédécesseurs, introduisirent la nature, montagnes, fleuves, arbres dans leur composition. 

 

Le fond d'or semble fait de plaques du métal précieux...

 

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.
Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     De part et d'autre, Adam et Eve sont représentés. A gauche sous l'arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, après avoir mangé le fruit défendu, et à droite au moment où ils sont chassés du Paradis....

     La composition est symétrique... D'un côté l'arbre et le serpent, la branche s'élevant au-dessus du couple, de l'autre le bras de l'ange. D'un côté Adam et Eve, parallèles, dans une position identique de repli sur eux-mêmes, de l'autre s'en allant, douloureux, vers l'inconnu. 

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

   La tête penchée sur la main droite, ils se ressemblent et pourtant, la bouche d'Eve reste ouverte tandis qu'Adam la recouvre du poing comme s'il voulait effacer ce moment où il a mordu dans le fruit ...

   La bienséance du temps a conduit le peintre à cacher la nudité du couple. Eve est recouverte de ses cheveux et d'une inutile ceinture de feuilles, la même que l'on retrouve sur Adam.

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

  De l'autre côté, les voilà déjà vêtus de peaux de bêtes. Adam se dissimule toujours, tête baissée tandis que sa femme lève la tête. On pense à la fresque de Masaccio où l'homme se cache le visage dans les mains tandis que la femme se tourne, visage nu et comme aveugle vers le ciel...

 

Les deux fresques sont, selon moi,  les réalisations les plus belles de la chapelle...

 

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     La scène du baptême est plus convenue. Au centre le Christ, les bras écartés et qui semblent devoir s'élever jusqu'à leur position sur la croix.

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

A la droite du Christ, Jean Baptiste accomplit le rituel, entouré par des anges un tantinet inexpressifs.

 

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

    Au-dessus de la scène, la Trinité, Père, fils et Esprit couronnent l'âme du nouveau baptisé qu'ils accueillent dans leur lumière. L'ensemble est assez convenu mais c'est la couleur franche et la clarté de la composition qui frappent. Adolphe Roger a retrouvé ici quelque chose de la magie naïve et savante des primitifs.

     Parmi les autres décorations de la chapelle, les plus originales représentent les rites du baptême ( certains aujourd'hui tombés dans les oubliettes).

Le SEL... 

Dans la bouche de l'enfant étaient déposés quelques grains de sel, élément vital qui protège de la corruption. 

L'EAU...

     A l'origine le baptisé était plongé dans l'eau, symbole de la mort de l'homme ancien et naissance de l'homme nouveau. 

 

Le SOUFFLE... ou exorcisme...

    Le prêtre souffle sur la tête du bébé afin de chasser au loin le mal ...

 

    Le peintre a représenté au-dessus  l'ange du Mal, un serpent enroulé autour de lui, poursuivi par le bon ange qui tape dans les mains comme s'il voulait effrayer une vulgaire vipère!

Et comme souvent (j'allais écrire "toujours") le mal a plus d'allure, plus de caractère quant il apparaît sous le pinceau des peintres que le bien, fade et conventionnel!

LA SALIVE...

    Le prêtre mouille son doigt de salive et touche les oreilles et les narines de l'enfant. 

Le rite porte le nom d'Ephpheta, ce qui en araméen signifie "Ouvre-toi".

 

LE SAINT CHRÊME....

    Avec l'huile sainte, le signe de croix est tracé sur le crâne de l'enfant. 

 

     On comprend, à voir l'étendue des surfaces peintes qu'il ait fallu plus de quatre ans à Adolphe Roger pour les réaliser. Notons ici qu'il innova dans la technique puisqu'il mit au point avec Orsel un procédé "à la cire froide" qui associait les qualités de la fresque (vivacité, naturel des coloris) à celles de l'encaustique ou cire chaude (vertus hydrofuges). Malgré ces précautions, les deux peintres ne purent éviter "l'irréparable outrage" des années!

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

    D'autres scènes ornent les piliers. Elles rappellent des baptêmes célèbres et des conversions de populations lointaines.

... Tout d'abord le baptême de Clovis et Clotilde par Saint-Rémi... avec intervention volatile de l'Esprit Saint qui bénit le Saint chrême et l'ampoule qui servira à oindre les rois de France!

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

... Le baptême des Péruviens avec l'ange et le saint évangélisateur François Solano qui avait des dons divinatoires puisqu'il sut prédire la date de sa mort et le tremblement de terre qui dévasta le Pérou!

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

... Le baptême de l'empereur Constantin qui selon nombre d'historiens ne lui aurait été administré que sur son lit de mort.

    La légende veut qu'après avoir vu des signes miraculeux apparaître dans le ciel avant une bataille décisive, il eût décidé de se faire chrétien et eût été baptisé par Saint Sylvestre.

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

... Enfin, le baptême des Ethiopiens par Saint Philippe (qui fait allusion à un passage des Actes des Apôtres où Philippe baptise un eunuque éthiopien).

     L'aspect académique de ces scènes peut lasser mais la couleur, le relief des personnages sur le fond bleu, la simplicité des visages peuvent nous toucher.

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Pour terminer la visite de la chapelle, il faut lever les yeux au ciel et découvrir la coupole bleue avec ses étoiles. Les grandes figures qui tournent avec elles bien qu'assises sur leur trône, s'envolent dans un bruissement rose et blanc, couleurs mystiques.

"Un soir fait de rose et de bleu mystique"  (Baudelaire.)

 

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Grâce à cette belle restauration, Adolphe Roger va peut-être retrouver sa place dans l'histoire de la peinture du XIXème siècle.

   Parmi les peintres proches du courant nazaréen, seul Ingres n'est pas tombé dans l'oubli et c'est dommage.

... Il y a dans son œuvre, servie par la science de son art, une naïveté qui le rapproche de ses maîtres Primitifs. Sur le ciel d'or ou sur le ciel bleu, les visages graves ou sereins sont ceux d'hommes et de femmes qui, délaissant un instant leurs soucis quotidiens, entrent de plain pied dans une légende, un conte de fées pour les uns, une vérité religieuse pour les autres!

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux, #MONTMARTRE. Rues et places.
Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

    Une amie m'ayant demandé de jouer les guides chenus pour des étudiantes croates du lycée bilingue de Zagreb, j'ai composé ce parcours que je crois "idéal" pour saisir l'essentiel de notre Butte et peut-être ressentir l'envie de revenir...

Il faut compter deux heures pour le réaliser et pour attraper au vol un peu de cet air montmartrois fait de souvenirs, de fantômes, de réalités...

 

 

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

     Le point de départ est le métro Anvers, la station de Guimard avec son décor floral qui fait penser à des mantes religieuses

    Nous sommes sur le boulevard de Rochechouart où se dressait la fameuses barrière dite "des Fermiers Généraux" qui entourait paris et dont le franchissement par les octrois ne pouvait se faire qu'en payant des taxes sur les marchandises.

     Information qui n'est pas sans importance car elle explique pourquoi, avant la destruction de ces barrières, les Parisiens venaient dans les bistrots de Montmartre où le vin était moins cher, étant donné qu'il n'avait pas eu à payer l'octroi!

     En 1860, Montmartre est rattaché à Paris. bistros et bals, entourés de jardins, battent leur plein!

    Nous avons devant nous l'Elysée Montmartre et un peu plus loin le "Trianon" et "La Cigale", rescapés plus ou moins estropiés de la transformation spéculative à outrance de Montmartre.

     L'Elysée Montmartre était un bal populaire dont les jardins s'étendaient sur un terrain qui irait aujourd'hui jusqu'à la place Saint Pierre. Nous le voyons tel qu'il fut reconstruit en 1897 avec les structures du pavillon de France de l'exposition de 1889 dont Eiffel avait été l'architecte.

 

 

     La danseuse du fronton est une exilée qui vient du bal Mabille. Il s'agit d'une danseuse de quadrille qui deviendra bientôt le cancan. C'est ici que la danse mythique verra le jour et non au Moulin Rouge qui en revendique la paternité! Valentin le Désossé commence ici sa carrière montmartroise. La Goulue fait partie de la troupe. Toulouse Lautrec nous en donne une vision vivante et humoristique .

                                           A l'Elysée Montmartre (Toulouse lautrec) 

     Nous empruntons la rue de Steinkerque, encombrée de joueurs de bonneteau et bordée de boutiques de souvenirs made in China!

 

     Nous entrons dans le square Louise Michel par la porte de gauche, juste avant le funiculaire.

    Nous prenons l'allée qui serpente et passe devant la Fontaine que les Montmartrois appellent des Innocents mais qui n'avait pas de nom. Elle rend hommage à Rabelais dont une citation tirée de Gargantua est gravée dans la pierre : Mieux est de ris que de larmes escrire.

    La suite, comme chacun sait est : Pour ce que rire est le propre de l'homme.

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

     Elle est l'œuvre d'un sculpteur que l'on redécouvre aujourd'hui : Emile Derré (1867-1938). 

 

    Anarchiste, pacifiste, il sculpte l'amour et la joie de vivre. Nous le retrouverons plus haut, après avoir atteint la grande fontaine des Tritons de Gasq .

Nous allons sur la droite et empruntons la deuxième allée en escalier sur la gauche.

 

     Nous découvrons le pont rustique qui donne sur une falaise qui abrite un couple d'amoureux enlacés, de Derré. Jadis une cascade l'abritait derrière un rideau léger mais aujourd'hui elle est tarie et le ruisseau qui cascadait jusqu'à la grotte, en bas du jardin, reste désespérément à sec.

 

     Derré qui avait fait scandale en sculptant un monument aux morts de 14-18 représentant un soldat français et un soldat allemand enlacés, connut à l'approche de la deuxième guerre un tel dégoût et un tel désespoir qu'il se suicida

Réconciliation (Derré) Sculpture disparue aujourd'hui

 

     Nous remontons et grimpons jusqu'au parvis du Sacré-Coeur, là où pendant la Commune étaient entreposés les fameux canons de Montmartre. Nous regardons l'imposante basilique dont les parties sculptées sont dignes d'intérêt, mais nous ne nous attardons pas. L'esprit de Montmartre n'est pas au rendez-vous dans cette église, aussi imposante et orientale qu'elle pût être.

 

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
Le square Nadar sous la neige (7  février 2018)

Le square Nadar sous la neige (7 février 2018)

     Par la gauche, rue Azaïs, nous passons devant le square Nadar et la statue du Chevalier de la Barre. Nous nous arrêtons un instant et enlevons notre béret, ou casquette, ou bonnet, devant ce jeune homme, le chapeau vissé sur le crâne, fièrement tourné vers la basilique.

    Ce n'est pas un Montmartrois, mais un gars du Nord, de Valenciennes qui au XVIIIème ne croyait ni en Dieu ni en diable et qui aimait chanter des refrains libertins. Il n'ôta pas son chapeau devant la procession du Saint Sacrement. Il fut arrêté, torturé, on lui arracha la langue, on lui coupa la main et on le brûla.

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

     Il devint pour Voltaire et les libres penseurs, le martyr de l'obscurantisme religieux. Voilà pourquoi, quand se construisit la basilique, les Montmartrois  qui avaient gardé le souvenir de la Commune, obtinrent que sa statue fût placée devant la basilique érigée pour rendre grâce à Dieu d'avoir protégé Paris pendant ces mois de guerre et de révolte. Le Sacré-Cœur a pour adresse 35 rue du Chevalier de la Barre! 

L'esprit de Montmartre est au rendez-vous!

(Pour information, notons que la statue d'origine, placée face au Sacré-Coeur, a été fondue sous Vichy et que celle que nous voyons aujourd'hui (œuvre d'Emmanuel Ball) a été inaugurée en 2001.)

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

     Nous apercevons contre le square la fontaine Wallace, petit monument parisien s'il en est. La plupart de ces fontaines ont été financées par un philanthrope anglais, Richard Wallace, habitant Paris et ayant été horrifié, pendant la Commune et le siège, de la misère du peuple privé d'eau. Les quatre cariatides dessinées par Lebourg, représentent les 4 saisons.

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
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Nous montons vers la place Jean Marais devant la vieille église.

     Nous jetons un coup d'œil sur la place du Tertre, ancien centre du vieux village, aujourd'hui envahie par des peintres qui vous tirent le portrait pour une centaine d'euros. Puis nous entrons dans l'église, la plus vieille de Paris après Saint-Germain.

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    Elle a été construite au XIIème siècle, Louis le Gros étant roi de France et sa femme Adélaïde de Savoie étant reine! Son tombeau était placé dans le chœur et la pierre tombale réemployée a été récupérée et dressée à côté de la sacristie.

 

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

       Nous ne nous attardons pas dans cette belle église dont nous admirons les vitraux de Max Ingrand...

         La marche sur les eaux (étonnante composition avec les pieds vus par dessous...

... les colonnes des temples romains de part et d'autre du buffet d'orgue et dans le chœur, le seul chapiteau sculpté rescapé des différents avatars subis par l'édifice.

 

     Ce rescapé représente la luxure! Un homme à tête de renard chevauche à l'envers un cheval dont il tient la queue.

Rue Saint Rustique

Rue Saint Rustique

     Nous sortons de l'église et prenons sur la droite la rue du Mont-Cenis. Nous passons devant la rue Saint Rustique, une des artères du vieux village qui est restée telle qu'elle était du temps des moulins et des vignes.

Rue Cortot

Rue Cortot

     Nous tournons, à droite, dans la rue Cortot, une des plus intéressantes de Montmartre. Au n° 6 une petite maison a de 1890 à 1898, abrité Erik Satie qui y a composé quelques chefs d'œuvre comme les Gymnopédies. Il habitait au deuxième étage un minuscule appartement avant d'occuper, les deux dernières années, une pièce plus petite encore (9 mètres2) qu'il appelait son "placard".

 

   Il habitait encore rue Cortot quand il  tomba amoureux fou en 1898 de Suzanne Valadon.

   Après la première nuit passée avec elle, il se mit à genoux et proposa de l'épouser. Valadon refusa et après une liaison intermittente de 5 mois, le quitta définitivement, non sans avoir peint le portrait le plus connu de son "amant".

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

    Satie s'enferma dans la souffrance et l'humiliation. Il composa un OVNI musical, intitulé "Vexations", une pièce qui doit être jouée 840 fois. Inutile de dire qu'elle a été peu donnée! John Cage est un des rares à l'avoir jouée, pendant 20 heures...

Musée de montmartre

Musée de montmartre

     Voisin de la maison de Satie, nous trouvons le Musée de Montmartre. Nous n'y entrerons pas puisque nous avons limité notre circuit à deux heures. Mais si vous avez le temps de revenir sur la Butte, je vous le conseille. Vous y verrez l'atelier de Suzanne Valadon et le petit appartement où elle vécut avec Utrillo et Utter  (reconstitués sur les lieux mêmes)

 

Musée de Montmartre, l'atelier de Renoir.

Musée de Montmartre, l'atelier de Renoir.

    Vous y découvrirez le bâtiment où Renoir peignit le fameux bal au Moulin de la Galette.

    Le musée est composé de l'hôtel Demarne du XVIIIème siècle ...

...et de la maison du Bel Air (où vécut Rosimond, acteur de Molière) ....

...des collections permanentes et des expositions font revivre le Montmartre de la grande époque.

Dans les jardins, Renoir peignit la fameuse balançoire, Van Gogh le père Tanguy (marchand de couleurs qui habitait la loge du rez de chaussée)... etc...

 

 

C'est un des hauts lieux de Montmartre.

A l'étage la fenêtre aux forts barreaux était la chambre d'Utrillo qui ne pouvait sauter dans la rue pour aller au bistro.

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

     Descendons la rue Cortot...A l'angle avec la rue des saules une grande maison bourgeoise a remplacé la maison villageoise où vécut Aristide Bruant, le poète emblématique de la Butte. Ses chansons ne cessent de résonner dans les rues...

"Son p'tit fichu sur les épaule

Elle rentrait par la rue des Saules

Rue saint Vincent...."

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
Germaine (Picasso)

Germaine (Picasso)

   Nous voilà, à l'angle entre la rue de l'Abreuvoir et de la rue des Saules devant la célèbre maison rose immortalisée par Utrillo, restaurant bon marché où venaient les peintres fauchés, tenu par Laure Germaine qui fut un des modèles de Picasso pendant sa période bleue et dont il fut amoureux.

 

     En face de la maison rose, dans les jardins préservés, on aperçoit la Folie Sandrin. Ce petit château élevé, comme c'était alors à la mode, dans la nature et sous les arbres, portait le nom de "folie" parce qu'elle était dans les feuilles (une feuillée).

     Le hasard voulut que cette "folie" fut rachetée par un aliéniste, le docteur Prost, puis par le docteur Blanche afin de recevoir des poètes, écrivains, artistes qui auraient risqué d'être internés dans des hôpitaux psychiatriques et privés de toute liberté. Ils avaient pour théorie que pour soigner ceux qui souffraient de troubles mentaux, il fallait leur donner un cadre chaleureux, naturel et surtout ne pas les priver de liberté.

 

 

 

Le plus célèbre des hôtes de la folie est certainement Gérard de Nerval qui y séjourna en 1841 et la décrira comme une "maison fashionable et aristocratique". Il aima Montmartre où il revint pour y séjourner quelques mois au Château des Brouillards.

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

   Descendons sur une centaine de mètres la rue des Saules pour voir un carré de vignes qui rend hommage à celles qui couvraient la Butte jusqu'à la Chapelle et qui appartenaient aux Abbesses. Elles donnaient un vin blanc de bonne réputation "la goutte d'or" dont un quartier  voisin perpétue le souvenir!  Elles ne sont pas d'origine, plantées plein nord mais elles donnent l'occasion chaque année à des festivités, vendanges, défilés, bals qui redonnent à Montmartre un peu de sa vitalité bon enfant.

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

     Plus bas, à l'angle avec la rue Saint Vincent, le Lapin Agile est toujours là, tel qu'il apparaît sur les toiles des peintres et les vieilles cartes postales. 

 

     Ce fut un des hauts lieux de la vie de bohême montmartroise. Ancien cabaret des Assassins, les Montmartrois à l'esprit narquois lui donnent le nom de Lapin à Gill, puis Lapin agile, quand André Gill peint pour sa façade un joyeux lapin sautant d'une casserole.

 

     En 1902, Bruant le rachète et en fait un lieu de rencontres et d'humour, entre chansonniers, poètes et peintres. Picasso, Modigliani, Utrillo le fréquentent. L'âne Lolo fait partie de sa légende.

On lui trempa la queue dans des pots de peinture, on approcha de son postérieur une toile et on vit naître "le coucher de soleil sur l'Adriatique" qui fut exposé avec succès au salon des Indépendants sous le nom de Boronali (anagramme d'Aliboron).

 

     Nous remontons la rue des Saules et prenons la rue de l'Abreuvoir devant la maison rose. Le buste de Dalida sur la placette qui porte son nom nous rappelle que la "Diva" avait choisi Montmartre pour vivre et pour mourir.

 

 

     Des fans n'hésitent pas à caresser la poitrine de bronze qui sous l'effet de cette douceur brille comme de l'or. Les Montmartrois vous diront que cet hommage à la chanteuse porte bonheur en amour. Ce qui est un peu téméraire quand on connaît la solitude et les tragédies de la vie de Dalida!

 

 

 

 

L'allée des Brouillards, un matin d'hiver.

L'allée des Brouillards, un matin d'hiver.

     Donnant sur la placette, l'allée des Brouillards a un air provincial avec ses petites maisons qui ont été construites sur les cabanes du Maquis.

     Il y avait au XVIIème siècle à leur emplacement le parc du Château des Brouillards que nous pouvons admirer de l'autre côté de l'allée.

 

      Ce château est une folie du XVIIème siècle dont le nom vient des brumes qui s'élevaient de la fontaine du But, située en contrebas et qui servait d'abreuvoir aux animaux.

     En 1850 le parc fut sacrifié et plusieurs dépendances détruites. A la fin du siècle une partie de l'ancien château était louée et c'est là que Renoir vint habiter avec sa petite famille après avoir vécu rue Cortot. Son fils Jean, le futur cinéaste de génie y voit le jour.

 

 

Gabrielle et Jean

Gabrielle et Jean

Pour s'occuper de lui, Aline Renoir fait venir de sa province, Gabrielle qui servira de modèle au peintre et que l'on voit sur ce tableau peint au Château des Brouillards.

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     Continuons rue Girardon jusqu'à la place Marcel Aymé où le passe-muraille sculpté par Jean Marais à la ressemblance de l'écrivain, évoque la nouvelle où un personnage falot comme son nom, Dutilleul, découvre son pouvoir de traverser les murs. Ce qui lui permettra de s'enrichir par le vol, de s'évader des prisons et de rendre visite à sa maîtresse rue du Mont-Cenis. C'est là que voulant s'en aller et passant par le mur, il reste prisonnier, son pouvoir l'ayant abandonné!

 

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

Selon le temps dont vous disposez, je vous propose une petite extension sur l'avenue Junot que vous descendez sur une centaine de mètres...

Maison de Poulbot

Maison de Poulbot

     Pour saluer Poulbot, le plus montmartrois des montmartrois. La maison qu'il fit construire au 13, grâce à son succès est là, énorme, opulente. Elle s'est élevée sur les cabanes du Maquis où il avait passé tant de jours à dessiner et à rencontrer les enfants joyeux et misérables. Toute sa vie il s'est occupé d'eux et il ne faut pas l'oublier devant cette grosse maison où il a fait poser des mosaïques de quelques gosses qu'il avait dessinés.

 

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

     Mitoyenne de sa maison, on trouve celle de Tristan Tzara, un des instigateur du mouvement Dada, ami de Breton et d'Aragon.  Son architecte est célèbre, il s'agit d'Adolf Loos qui en pleine époque Art Nouveau, prône le dépouillement et l'utilisation la plus pratique de l'espace. Un de ses ouvrages porte un titre assez clair : "Ornement et Crime"! Il influence Le Corbusier et toute cette école dépouillée et brutale qui a trop marqué hélas l'architecture de la deuxième moitié du XXème siècle. 

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

     En descendant sur une trentaine de mètres l'avenue Junot, nous tomberons sous le charme très british de la Villa Léandre. Elle ne date que de 1926 et elle n'a pas grand chose à nous dire sinon qu'au 8 bis fut arrêtée la célèbre espionne, la Chatte! Quelques acteurs y vécurent. Piccoli y acheta une maison pour Greco qui ne voulut jamais quitter Saint-Germain des prés.

Moulin de la Galette n°1 angle rue Girardon

Moulin de la Galette n°1 angle rue Girardon

    Retour au début de l'avenue devant le cinéma 13 de Lelouch. Nous voyons le Moulin de la Galette avec son jumeau un peu plus bas rue Lepic.

Ce sont les seuls rescapés des dizaines de moulins qui faisaient tourner leurs ailes sur la Butte.

Moulin de la Galette n°2 rue Lepic

Celui qui a porté le premier ce nom est celui qui est à l'angle de la rue Girardon et qui à l'origine était situé plus haut et s'appelait le Radet. Il date de 1717 et a été racheté par le meunier Debray qui plus tard acquit le deuxième moulin, plus bas, qui s'appelait le Blute-Fin et qui datait de 1622.

Moulin de la Galette rue Lepic, ancien Blute-fin.

     Le bal se déplaça vers ce deuxième moulin qui possédait une terrasse sur tout Paris. Debray en fit un lieu de fêtes où peintres et rupins aimaient se délasser. Parmi les peintres qui aimèrent et peignirent ce moulin, on peut citer Renoir, Van Gogh, Signac, Picasso....

Moulin de la Galette par Van Gogh.

   Notre balade est bientôt terminée. Il nous reste à prendre la rue d'Orchampt, face au 1er moulin et passer entre les trottoirs les plus étroits de Paris!

Nous jetons un œil sur l'imposante maison de Dalida, là où elle vécut plus de vingt ans et choisit de se donner la mort en mai 1987.

Maison de Dalida rue d'Orchampt.

     Nous suivons la rue jusqu'à la rue Girardon et prenons à droite, place Emile Goudeau. C'est la place, célèbre entre toutes, ancienne place Ravignan où l'on trouve le Bateau-Lavoir.

Ateliers (ancien Bateau-Lavoir) côté rue d'Orchampt

 

Place Emile Goudeau. Le Bateau-Lavoir

Place Emile Goudeau. Le Bateau-Lavoir

     Une partie des bâtiments fragiles sont partis en fumée mais la façade modeste reste la même. L'ancienne fabrique de pianos avait été aménagée en ateliers peu couteux appréciés des peintres fauchés.

     Ils furent nombreux à y vivre et y peindre mais le plus célèbre est Picasso qui arrive à Montmartre alors qu'il n'a que 19 ans.

     L'homme à femme plutôt macho sera aidé par Fernande Olivier qu'il peint à de nombreuses reprises.

     C'est au Bateau-Lavoir qu'il finit sa période bleue, peint l'essentiel de sa période rose et surtout qu'il réalise ce qui sera le manifeste du cubisme : "Les Demoiselles d'Avignon".

 

 

     Nous descendons la rue Ravignan et prenons à gauche la rue des Abbesses, la rue la plus vivante et la plus commerçante de Montmartre, pour arriver sur la place des Abbesses, devant l'église Saint-Jean.

 

 

     Eglise remarquable qui choqua par sa modernité et que les Montmartrois surnommèrent Saint-Jean des briques. Elle a été construite par Anatole de Baudot, architecte audacieux qui éleva ce premier bâtiment en ciment armé.

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

    Le décor de grés émaillé reste dans l'esprit Art Nouveau orientaliste.

Ce contraste et cet accord entre structure révolutionnaire et décor 1900 est une grande réussite.

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

     Sur la place, nous entrons dans le square Jehan-Rictus pour découvrir le mur des "Je t'aime", devenu une curiosité incontournable.

La phrase magique y est écrite en  311 langues ou dialectes, tandis que les éclats rouges d'un cœur attendent d'être enfin réunis dans cette Babel qu'est le monde!

 

     C'est devant ce mur de l'Amour, opposé à tous les murs de haine et de frontière que nous terminons notre balade dans Montmartre.

     Une balade qui s'est voulue légère, sans la prétention de tout dire! 

     Si elle vous a donné envie de revenir pour connaître d'autres rues secrètes, d'autres légendes, pour visiter le musée, pour descendre jusqu'au Moulin Rouge et pour entendre au détour d'une placette ou dans un escalier, résonner les vieilles complaintes de la Butte, alors le guide d'une demi-journée que j'aurais été, se réjouira et vous dira "A Bientôt!"

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

.... Et n'oubliez pas... Le vrai Montmartre, c'est l'esprit de poésie et de jeu, c'est le goût de l'anarchie et du plaisir... Alors....

                                            "Volim te"  ... "Je t'aime" en croate

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

     La fameuse maison Neumont est une des plus singulières de Montmartre.

    Nous l'avons déjà visitée en rendant hommage à son premier propriétaire, Maurice Neumont, mais n'avions dit que quelques mots de celui qui lui succéda et y mourut, Louis Icart.

1 place du Calvaire. Entrée de la maison Neumont

1 place du Calvaire. Entrée de la maison Neumont

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

    Réparons cette injustice, d'autant plus criante que j'avais à l'époque émis un jugement assez négatif sur ce peintre connu surtout pour ses illustrations et pour ses dessins érotiques....

                                    Illustration de Louis Icart pour Le Sopha de Crébillon

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

     Il est vrai que son surnom, donné par les Américains de "Peintre de la Parisienne" ne lui a pas été favorable et l'a enfermé dans sa production pour catalogues et magazines féminins.

 

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

     Il ne prit possession de la maison du 1 rue du Calvaire, une des plus haut perchées de Montmartre, sur un jardin abrupt, qu'en 1943. Le succès qu'il avait rencontré à New-York avec ses parisiennes sophistiquées lui avait permis de récolter une somme suffisante pour une telle dépense.

    Son grand amour, Fanny, sa femme qui lui servit souvent de modèle, avait eu le coup de foudre pour cette maison "I900", construite par Louis Brachet, plein sud, fenêtres et baies ouvertes sur Paris étendu à ses pieds!

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

     Quand il entre dans cette demeure entre ciel et terre, il a déjà accompli l'essentiel de son œuvre. Né en 1888, il a 55 ans et se sent libre de dessiner ce qui lui plaît.

Quand , jeune homme, il était arrivé à Paris, sa tante qui possèdait la maison de couture Valmont, l'engagea. C'est ce qui déclencha sa "vocation" pour le milieu du luxe et de la haute couture.

 

Maison Neumont. La poulie modern-style sur la place du Calvaire.

Maison Neumont. La poulie modern-style sur la place du Calvaire.

La glycine

La glycine

     La 1ère guerre le conduisit sur d'autres chemins. Il y participa comme pilote d'avion et comme dessinateur. Sa série l'Exode montre s'il en était besoin quel peintre engagé  il aurait pu devenir.

                                                          La voix du canon

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

     Après la guerre, il adhéra à l'esthétique Art-Déco. Ses meilleurs dessins en sont de belles illustrations. 

 

     Il représente une femme de son temps, libre, indépendante. Une femme sensuelle et épanouie dans un monde où l'homme n'apparaît que rarement.

     Si une partie des dessins paraît stéréotypée, il n'en est pas moins vrai qu'on y trouve, dans les plus réussis, un sens évident de la composition et de l'utilisation du décor, souvent en noir et blanc, résille végétale ou dentelle....

 

     Il y a parfois chez Icart, cette présence d'un univers en gestation, des formes qui s'organisent peu à peu et d'où la femme semble sortir comme d'une vague. Comme dans cette composition du "paon blanc", une des plus étranges...

 

 

     Le feuillage, la lumière, le plumage sont une écume qui dépose sur le rivage la femme émergeant du tourbillon noir de sa robe...

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

     Dans ce dessin,"Diva", la femme est prise dans sa robe comme le sont les amoureux de Klimt dans leur mosaïque d'étoffes. Un filet rouge tombe de sa main, semblable à une tache de sang.

     Il est rare de trouver chez Icart cette image de la femme dangereuse, telle que Gustave Moreau (peintre qu'il admire) la représentait.

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

     Ici, c'est de l'ombre et de la mantille que sort le corps lumineux de la femme, comme un fruit de son écorce.

 

 

     Icart aime associer la femme à la nature. Parfois ce sont les animaux qui l'accompagnent...

     ...Les souples lévriers, une extension de leur corps et de leur sensualité...

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

   Le chat évidemment...

Plutôt que de concourir à qui sera le plus beau, la femme et le chat sont alliés. Difficile de savoir qui des deux est le plus chat, qui des deux est le plus femme!

 

     Quelques animaux encore, comme ce troupeau de moutons et cet agneau, sous un ciel de tempête, fuyant une menace. Un loup? Un boucher? 

 

       Un petit tour dans l'enfance avec ce regard jumeau du Chow-chow et de la femme dans les feuillages!

 

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

    Louis Icart a vécu jusqu'à sa mort, en 1950, dans cette maison de rêve, donnant d'un côté sur un jardin sauvage, avec vue sur tout Paris, et de l'autre sur la petite place du Calvaire, un endroit de Montmartre qui a par miracle échappé à la destruction!

 

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

   C'est de cette maison près du ciel qu'il s'envole comme un Icare dont les ailes ne se seraient pas détachées.

   Son œuvre légère et élégante témoigne aujourd'hui d'une époque qui, entre deux catastrophes, aima se réfugier dans un rêve de luxe et de charme.

  Une futilité apparente qui s'assume, non sans humour parfois et qui a la modestie de ne pas se prendre au sérieux.

 

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

Pour les curieux, voici quelques cartes postales de la maison Neumont qui datent du début du XXème siècle, alors qu'elle était habitée par celui qui l'avait fait construire. Elles sont prises dans le jardin, devant la façade qui aujourd'hui est en partie cachée par les arbres.

Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.
Louis Icart. Maison Neumont. Dessins de la Parisienne. Place du Calvaire.

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L'Abbaye de Thélème. Place Pigalle.
L'Abbaye de Thélème. Place Pigalle.

         Au n°1 de la place Pigalle, là où aujourd'hui un ennuyeux immeuble, flanqué en rez de chaussée d'un Monop', fait l'angle avec le boulevard de Clichy, fut inauguré en 1886 un des cabarets réputés de Pigalle : l'Abbaye de Thélème.

L'Abbaye de Thélème. Place Pigalle.

      Le bâtiment avait été avant sa transformation, un hôtel particulier qui d'après André Roussard fut construit pour le peintre Narcisse Diaz de la Pena, ami de Millet et faisant partie du groupe de l'Ecole de Barbizon. 

                                                   Mare après l'orage (Diaz de la Pena)  

     Ce qui est sûr, c'est qu'un autre peintre y vécut pendant une dizaine d'années. Il s'agit de Ferdinand Roybet qui connut le succès avec ses figures de soudards, de mousquetaires, de mendiants, de ripailles dans les auberges (il annonçait sans le savoir le futur cabaret!)

                              Page avec deux dogues (Ferdinand Roybet)

     Le nom choisi pour le nouvel établissement est celui que Rabelais donne dans son Gargantua à l'abbaye idéale qui prend le contrepied de celles de son temps. La devise gravée sur le portail est inspirée de Saint Augustin, "Fay ce que voudras". Magnifique devise, un tantinet optimiste, qui fait confiance en l'homme pour n'utiliser cette liberté que pour le bien... et qui se comprend mieux lorsque l'on donne sa version originale : Aime et fais ce que tu voudras.

                                              Illustration de Gustave Doré

    Le jour de l'inauguration une grande fête est donnée où sont conviés artistes et journalistes. L'invitation paraît dans le Courrier Français :

"Les Thélémites ont l'honneur de vous inviter à fêter François Rabelais en inaugurant son Abbaye de Thélème, 1 place Pigalle, sous la présidence de leur vénérable prieur Alexis Bouvier."

                                                        Alexis Bouvier (André Gill)

     L'Abbaye n'a rien d'austère et la décoration s'inspire de Pompéi et d'un Moyen-Âge fantasmé, flamboyant et annonciateur de la Renaissance. Pompéi pour l'érotisme, le gothique pour les ripailles et les scènes historiques.

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    Il ne subsiste rien des panneaux peints qui couvraient les murs dont Henri Pille fut un des principaux artisans. 

 

     Il est alors à la mode et il est impossible de ne pas s'attarder un instant sur ce peintre montmartrois qui vécut de 1844 à 1897 et qui fut une figure de la vie nocturne de notre Butte.

 

     Il fut l'un des créateurs les plus doués du théâtre d'ombres du Chat Noir et il connut le succès avec ses scènes historiques ou de genre mâtinées d'humour.

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     Il choisit des scènes rabelaisiennes  tirées des guerres pichrocholines pour couvrir les murs de l'Abbaye. Il est également l'auteur des trois vitraux (l'Amour, François 1er, le repas de Pantagruel) qui éclairaient la salle réservée aux expositions des peintres de Montmartre.

 

     Un autre peintre participe à la décoration. Il s'agit de Léon Tanzi (1846-1913) tombé dans l'oubli, qui fut un élève de Bouguereau et se spécialisa dans les scènes de genre et les paysages. Il fit le portrait d'Alexis Bouvier, exposé dans le premier vestibule et il créa des panneaux représentant Gargantua ripaillant ou à cheval sur les tours de Notre-Dame.

                                         Léon Tanzi. Portrait de Mlle Dubois.

    Au dernier étage les amateurs peuvent réserver un des cabinets particuliers qui leur assurent tranquillité et anonymat avec de belles dames qui ne sont pas d'antan.

     Le mobilier est d'inspiration gothique flamboyant. Les serveurs et les serveuses sont déguisés en moines et en moniales avec robes de bure et ceintures de cordelettes. Ils n'ont rien d'austère malgré leur tenue et ils nous font penser à ce que disait Rabelais des monastères à l'ombre desquels une femme ne pouvait passer sans tomber enceinte!

 

L'Abbaye est vite à la mode et elle est fréquentée notamment par les journalistes du Courrier Français. 

 

     Elle n'a pas auprès des peintres et des écrivains le même succès que la Nouvelle Athènes ou le Rat Mort mais on peut y voir, clients fidèles, Raoul Ponchon, Etienne Goudeau ou Emile Carjat.

Raoul Ponchon en bonne compagnie (Willette)

Raoul Ponchon en bonne compagnie (Willette)

     Raoul Ponchon (1848-1937) est chroniqueur au Courrier Français où il écrit en vers. Il est, comme il le dit lui-même, un simple rimailleur. Il a peu publié (seul recueil, "La Muse au Cabaret") et s'il est encore connu aujourd'hui, c'est pour son célèbre quatrain :

Quand mon verre est vide

Je le plains

Quand mon verre est plein

Je le vide

Emile Goudeau

Emile Goudeau

     Inutile de présenter Emile Goudeau dont la place du Bateau-Lavoir perpétue la mémoire. Buveur passionné, poète irrévérencieux, il est le fondateur du Cercle des Hydropathes et un des représentants les plus brillants de l'esprit railleur et mystificateur du Montmartre légendaire aujourd'hui disparu.

 

     Emile Goudeau aurait pu s'appeler Goudevin ou Goudabsinthe! Ce mal nommé s'amusa en dédiant aux hydropathes ("qui se guérissent en buvant de l'eau") son fameux Cercle, lui qui écrivit une ode au vin qui commence ainsi :

Ah si la Seine était de ce bon vin de Beaune

Et que mon ventre fût large de plusieurs aunes,

Je m'en irais dessous un pont

M'y coucherais tout de mon long

Et je ferais descendre

La Seine dans mon ventre...

(Ode au vin. Poèmes Parisiens)

Etienne Carjat par lui-même

Etienne Carjat par lui-même

   Le moins connu des habitués de l'Abbaye y venait en voisin. Il s'agit d'Etienne Carjat.

   Ce caricaturiste, fervent de la Commune, fut aussi photographe. Il faisait partie du Club des Vilains Bonshommes, artistes qui se réunissaient pour ripailler et rimailler. Verlaine en faisait partie et c'est là qu'il amena un jeune poète frais débarqué de province, Arthur Rimbaud qui fit sensation en lisant son Bateau Îvre.

"Ô que ma quille éclate! Ô que j'aille à la mer!"

L'Abbaye de Thélème. Place Pigalle.L'Abbaye de Thélème. Place Pigalle.
L'Abbaye de Thélème. Place Pigalle.L'Abbaye de Thélème. Place Pigalle.

     Nous avons vu que Rimbaud avait blessé Verlaine au Rat Mort. Il fit de même, à l'Abbaye de Thélème, avec Carjat qu'il blessa d'un coup de canne-épée après une discussion avinée et violente. Le résultat fut une grande perte pour nous car Etienne Carjat avait pris de nombreuses photos du jeune poète. En rentrant chez lui, il détruisit tous les négatifs. Ne subsistèrent que 8 épreuves aujourd'hui mondialement connues!

Jules Chéret pour le Courrier Français.

Jules Chéret pour le Courrier Français.

    Parmi les habitués, les journalistes et dessinateurs du Courrier Français avaient chaque vendredi, une salle qui leur était réservée. Rappelons que le journal s'était investi dans le lancement et le succès de l'Abbaye.

Jules Berry. Les Visiteurs du Soir.

Jules Berry. Les Visiteurs du Soir.

     L'Abbaye traverse les années, toujours appréciée des noceurs qui pouvaient trouver un restaurant ouvert toute la nuit. Dans les années 1930, elle reçoit fréquemment la visite de Jules Berry qui, après le théâtre et les salles de jeux où il flambait tous ses cachets, venait se restaurer.

L'Abbaye de Thélème. Place Pigalle.

     Avant de disparaître, elle se métamorphose à plusieurs reprises, en cabaret de chansonniers "Le coup de patte" sous la direction de Martini, "La Fête Foraine" avec Bordas, "Les Naturistes" avec O'Dett....

     Mais la grande histoire de Montmartre est terminée. Les cabarets ferment les uns après les autres et le bâtiment qui avait connu tant de nuits agitées, brillantes et bruyantes est détruit pour laisser place à l'indigent immeuble, triste et sans caractère.

 Les lettres rouges du Monop sont les seules couleurs sur la façade ingrate. Le Rat Mort est une banque, la Nouvelle Athènes un supermarché bio.... seule la fontaine de Davioud au centre de la place est restée là, témoin muet du passé....

L'Abbaye de Thélème. Place Pigalle.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux
Le Rat Mort. Place Pigalle.
Le Rat Mort. Place Pigalle.

     Voilà un "café" dont le nom provocateur est resté dans la mémoire montmartroise! Le rat mort! 

Le Rat Mort. Place Pigalle.

     Au 7 place Pigalle, il y avait en 1835 un limonadier. Son établissement s'appelait banalement "Café Pigalle". 

Le Rat Mort. Place Pigalle.
Le Rat Mort. Place Pigalle.

     Afin d'attirer plus de clients, le Café Pigalle se refit une beauté. Du sol au plafond, il se mit à neuf sans changer de nom.

C'est ici qu'intervient la légende ou la réalité. Chacun choisira ce qui lui convient!

Le Rat Mort. Place Pigalle.
Le Rat Mort. Place Pigalle.

     Trois hypothèses.

     La plus communément admise est que l'on trouva, le jour de l'inauguration, un rat crevé dans la pompe à bière. Les consommateurs étonnés avouèrent qu'ils avaient trouvé à la boisson un petit goût original, pas désagréable du tout !

                                                       Rat îvre carte KMCoriginals

Le Rat Mort. Place Pigalle.

     La deuxième hypothèse veut que les premiers clients incommodés par l'odeur humide des plâtres récents, se bouchèrent le nez en s'exclamant qu'il flottait dans l'air une odeur de rat crevé!

     La dernière hypothèse évoque l'odeur pestilentielle qui flottait sur la place Pigalle, autour de la fontaine de Davioud où les poissonnières jetaient les vidures de leur marchandise et où les chiens du quartier se donnaient rendez-vous! Le café n'en était séparé que de quelques mètres!

"Cette vasque est le réceptacle de toutes les ordures du boulevard (...). Les cantonniers y lavent leurs balais, les marchandes s'y débarrassent de leurs rebuts de poissons, le soir c'est là que l'on vient baigner et nettoyer tous les chiens du quartier."  (Lettre de 1868 de la direction des Eaux et Egouts de Paris)

Le Rat Mort. Place Pigalle.

     En Montmartrois fidèle et discipliné, j'opterai pour la première hypothèse, plus "savoureuse" et plus fantaisiste tout en laissant mon esprit cartésien préférer la dernière!

Après tout, il y eut un vrai chat noir au Chat Noir, pourquoi pas un vrai rat crevé au Rat Mort?

Le Rat Mort. Place Pigalle.

     Le décor du café, de la fin du XIXème retraçait l'existence d'un rat bourgeois. Les dessins étaient de Joseph Faverot (1862-1915).

Quelques gravures nous permettent d'imaginer les panneaux qui couvraient les murs :

                                            Le baptême du rat (Faverot)

                                                         La noce

La noce

                                                       L'orgie

L'orgie

                                                La mort!

La mort!

     Vers le milieu du XIXème, s'ouvrit de l'autre côté de la rue, un autre café, "La Nouvelle Athènes" qui attira de nombreux artistes. Par chance pour notre café, le patron ombrageux se brouilla avec les plus turbulents de ses clients qui derechef franchirent le Rubicon (la rue Frochot) et s'installèrent au Rat Mort lui assurant un succès inespéré.

Le Rat Mort. Place Pigalle.

     Parmi les nouveaux habitués figurent des "personnages" familiers du Montmartre de la Bohême, à commencer par celui qui immortalisa cette bohême, Henri Murger.

 

    Baudelaire bien sûr qui vient en voisin de la rue Frochot où habite celle qui y tient salon et qu'il idéalise, Apollonie Sabatier, connue sous le nom de " Présidente Sabatier", femme d'une grande beauté et d'une grande culture qui réunit autour d'elle, avec l'auteur des Fleurs du Mal  Flaubert et Gautier,

 

     Alors qu'elle suscite des passions amoureuses chez Gautier, elle provoque chez Baudelaire un élan mystique. Elle l'entraîne vers les hauteurs et lui permet d'échapper aux tentations de la chair qu'il vit comme une malédiction. Elle est pour lui le versant lumineux de la femme quand Jeanne Duval en est le versant d'ombre:

 

'(...) Je suis belle et j'ordonne                                                                                                            Que pour l'amour de moi vous n'aimiez que le Beau;                                                                        Je suis l'Ange gardien, la Muse et la Madone."                                                                                                       (Baudelaire. Que diras-tu ce soir pauvre âme solitaire)

     La liste de ceux qui ont fréquenté le Rat mort est impressionnante. On trouve parmi eux quelques artistes typiquement montmartrois comme Willette ou Steinlen et d'autres qui font partie des artistes majeurs du XIXème siècle : Forain, Lautrec, Courbet...

                                      Le Rat Mort 1879. "La sœur du pâle voyou" (Forain)

       La clientèle habituée prend des couleurs différentes avec les années. Pendant la Commune, ce sont des Communards gradés qui s'y donnent rendez-vous. Dans les années 80, les politiques se mêlent aux artistes.

    On s'étonne que peu de peintures aient immortalisé le lieu. On ne connaît que le tableau de Lautrec et plus tard celui de Vlaminck.

 

    Lautrec a représenté, dans un des petits salons privés de l'établissement où les cocottes dînent au champagne avec leur amant du jour,  Lucie Jourdan et son "bienfaiteur" qui semble se détourner pour ne pas apparaître sur la toile!

Le Rat Mort. Place Pigalle.

     Parmi les clients célèbres, comment ne pas évoquer Verlaine et Rimbaud? Un incident annonciateur d'autres drames eut lieu en 1872 dans cet établissement. Les deux amants étaient attablés et Rimbaud imposa un jeu qu'il aimait et qui consistait à planter la lame d'un couteau entre les doigts écartés de la main de son vis à vis. Il blessa Verlaine au poignet et tout se termina par une rixe qui valut au poète des Poèmes Saturniens une longue estafilade à la cuisse.

 

Le Rat Mort. Place Pigalle.
Le Rat Mort. Place Pigalle.

     Le Rat Mort connaîtra d'autres avatars. Il deviendra à la fin du XIXème siècle un des lieux montmartrois fréquentés par les lesbiennes. La plus combative d'entre elles est surnommée Albertine Wolf. Si l'on en croit Willette, c'est sa laideur qui lui valut l'honneur d'être ridiculisée par la féminisation du nom d'Albert Wolf, célèbre critique du Figaro.

 

 

     Willette l'évoque dans son livre de souvenirs "Feu Pierrot" en des termes qui nous font mesurer le gouffre qui nous sépare de la misogynie de cette époque. 

"La plus effrénée de ces pauvres femmes prétendant à la dignité masculine, n'avait pu arriver qu'à la parfaite ressemblance de l'horrible critique d'art du Figaro. Aussi l'appelait-on Albertine Wolf."

 

 

Albert Wolf (Nadar). (Manet)
Albert Wolf (Nadar). (Manet)

Albert Wolf (Nadar). (Manet)

Le Rat Mort. Place Pigalle.
Danseuse au Rat Mort. (Vlaminck 1906)

Danseuse au Rat Mort. (Vlaminck 1906)

     Le Rat Mort fut encore en 1934 le théâtre d'un fait divers lié à la mafia corse de Pigalle qui se livrait une guerre fratricide sur fond de racket sur la cocaïne. Jean Paul Stefani veut éliminer son rival Ange Foata. Alors que l'Ange en question sirote un verre au Rat Mort, Stefani tire sur lui, et le rate (apparemment c'est lui qui avait un verre dans le nez!) Par malheur, le fils d'Ange, âgé de 5 ans est tué. Ce sera le début d'une série de meurtres dans une vendetta qui durera plus de deux ans.

                                     (Procés de Jean Paul Stefani en novembre 1936)

Le Rat Mort. Place Pigalle.

     Mais déjà le Rat Mort n'était plus que l'ombre de lui-même. Il se dégrada peu à peu et fut racheté pour être transformé en boîte de nuit "Eve"...

 

     Il faut croire que la pomme ne fut pas assez succulente car Eve quitta les lieux et laissa la place à Cupidon.

 

      Mais il n'eut pas plus de succès et il quitta, penaud, la place Pigalle. Signe des temps, c'est une banque qui lui succéda.

Le Rat Mort. Place Pigalle.

     Une enseigne qui a défrayé la chronique ces dernières années.

     Gageons que le Rat Mort se trouve à l'aise  dans la bonne odeur des coffres forts et qu'aujourd'hui, sur la Place Pigalle, il est ressuscité!

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Place Charles Dullin. Montmartre.
Place Charles Dullin. Montmartre.

Au cœur de Montmartre, entre le quartier des Abbesses, festif et branché, et le quartier du marché Saint-Pierre, animé et coloré, la place Charles Dullin qui fut Place du Théâtre puis Place Dancourt avant de prendre son nom en 1957, nous offre une pause dans le temps et le bruit, un espace au charme désuet où de petits chiens traînent leur maîtresse au bout de la laisse et lèvent la patte sur les réverbères.... 

Utrillo

Utrillo

1903

1903

Sans trop d'effort d'imagination, on se transporte au XIXème siècle, devant le théâtre qui, extérieurement, n'a pas changé depuis 1822 et qui, classé Monument Historique, joue la fausse modestie alors qu'il est un des plus anciens théâtres de Paris restés intacts et  en activité.....

Utrillo

Utrillo

A sa construction due à Seveste, il n'était pas parisien mais montmartrois. Il ne se haussait pas du col, ne s'enveloppait guère dans le luxe des candélabres de bronze, des lustres de cristal, des statues marmoréennes....

 

Place Charles Dullin. Montmartre.

Il était un simple édifice de bois qui servait à Seveste pour son enseignement et s'appelait "Théâtre des Jeunes Elèves".

Et puis, il se mit au goût du jour, celui du romantisme et se choisit une architecture simple et harmonieuse. Il  devint alors le "Théâtre de Montmartre". Sa façade romantique et sans ostentation veille depuis sur la place avec ses mascarons souriants.

 

En 1848, pendant la révolution, n'oubliant pas ses modestes origines, il devint le "Théâtre du Peuple". Mais il ne le resta que le temps des Illusions qui furent vite perdues.

Après l'annexion de Montmartre à la capitale, il poursuivit sa carrière quasi provinciale.

Place Charles Dullin. Montmartre.

La salle fut remaniée en 1907 par l'architecte Gilbert Duron.

Mais comme pour de nombreux théâtres et music-halls, un ogre dévoreur apparut, sorti de la lampe magique des frères Lumière, le "cinématographe".

Montmartre vit disparaître dans sa gueule quelques unes de ses salles les plus emblématiques. 

Place Charles Dullin. Montmartre.

Pendant une dizaine d'années, le théâtre transformé en Montmartre-Ciné, attira des spectateurs avides de nouveautés et de frissons.

Il faut attendre 1922 pour que Charles Dullin qui avait créé sa propre école "l'atelier" fût nommé à la tête du théâtre et assurât sa renaissance.

 

 

Place Charles Dullin. Montmartre.

Nous nous intéresserons dans un autre article au destin de "l'Atelier", pépinière de talents et découvreurs de nouveaux auteurs.

Quand Dullin quitta la place pour le Sarah Bernhardt (dont l'intérieur 2nd Empire, sauvagement détruit en 1966,  fut remplacé par la salle triste et incommode du Théâtre de la Ville, elle-même en voie de rénovation) il eut pour successeur André Barsacq.

Commença alors la grande période des Michel Bouquet, Laurent terzieff, Beckett, Pirandello, Ionesco...

Place Charles Dullin. Montmartre.

Laissons là notre théâtre qui aujourd'hui poursuit sa route tant bien que mal, loin des audaces et des coups de poker de ses grandes années... et revenons sur la place...

La place côté rue d'Orsel

La place côté rue d'Orsel

La place côté rue Dancourt et Villa Dancourt

La place côté rue Dancourt et Villa Dancourt

Elle a, comme beaucoup de places 4 côtés!

L'un d'eux, à l'est, est occupé par le théâtre. Un autre, au nord, par la rue d'Orsel, un autre encore, à l'ouest, par la rue Dancourt et sa Villa.

Le dernier, au sud, est le seul à faire partie, par le nom, de la Place Charles Dullin...

La place côté sud. Le seul à porter son nom.

La place côté sud. Le seul à porter son nom.

 

Il s'agit d'une impasse que nous aurons vite parcourue...

Immeuble à l'angle de la rue Dancourt et de la place Dullin;
Immeuble à l'angle de la rue Dancourt et de la place Dullin;

Immeuble à l'angle de la rue Dancourt et de la place Dullin;

Le premier immeuble a son adresse rue Dancourt. Il abrite le restaurant  "Bijou" qui il y a quelques années s'appelait  "La Villa du Poulbot".

J'ai le souvenir du repas de mariage que nous y avons fait, un des plus indigestes de ma vie!

Le 2

Le 2

Place Charles Dullin. Montmartre.

Le 2 est le plus bel immeuble de l'impasse avec sa façade ondulante qui rend hommage au Modern Style.. Il est dû à un architecte dont le nom est gravé, avec la date de construction sur la pierre de taille : A. H. Mullhaupt 1907. 

Le 4

Le 4

Ler 4

Ler 4

Le 4, simple et élégant, édifié en 1840, a été habité pendant les vingt dernières années de sa vie par l'écrivain-philosophe roumain Mircea Eliade.

De gauche à droite : Cioran, Ionesco et Eliade, les trois "gloires" roumaines de Paris!

De gauche à droite : Cioran, Ionesco et Eliade, les trois "gloires" roumaines de Paris!

L'homme est connu pour ses ouvrages sur les religions et leurs mythes. Il l'est aussi pour avoir été un nationaliste pur et dur, une sorte de "nazi roumain".

Il vient en France occupée en 1943 où il rejoint son compatriote Emil Cioran. Il refuse de rentrer en Roumanie après-guerre à cause du communisme. Il fera carrière aux Etats-Unis avant de revenir en France et vivre à Montmartre. Son passé qu'il avait réussi à faire oublier fut révélé et transforma ses dernières années en épreuve.

 

Bref, ce penseur, ce philosophe, cet écrivain passionné de religions, malgré son passé nauséabond, a eu droit à une plaque sur son immeuble, ce que n'eut pas, à juste titre, un plus grand écrivain que lui, qui vécut quelques années à Montmartre: Louis Ferdinand Céline.

Les plaques ont des raisons que la raison ignore!

Place Charles Dullin. Montmartre.
Place Charles Dullin. Montmartre.
Le 6

Le 6

Le 6 est un petit immeuble modeste de la première moitié du XIXème siècle, avec au rez de chaussée une boutique où officie la fée des chapeaux : Mira Belle.

Le 8

Le 8

Le 8 est le plus imposant immeuble de l'impasse. Il remplace de petites maisons de plâtre contemporaines du théâtre. Il a été construit en 1926 et tente d'imiter l'art haussmannien en plus sec.

Le CICLOP  au 8

Le CICLOP au 8

L'imagination, la créativité se sont réfugiées au rez de chaussée dans la grotte du CICLOP, atelier d'écriture et de liberté!

vitrine du CICLOP

vitrine du CICLOP

Voici ce qu'en dit un de ses participants :

"Au CICLOP, on rigole, on picole, on parle de la mort et on rigole comme des bossus".

Le 10

Le 10

Le 10 qui ferme l'impasse, est un immeuble banal, à la limite du consternant qui abrite un hôtel Adagio (aparthôtel).

10 Place Charles Dullin.

10 Place Charles Dullin.

Enfin, côté théâtre, s'est arrimée l'Atalante, un mini théâtre d'une soixantaine de places et qui se définit comme "un laboratoire de recherches et de rencontres".

Il est dirigé par Alain alexis Barsacq qui offre cet espace à des metteurs en scène peu connus (dont certains ne le sont plus). 

 

C'est avec cette femme, la tête dans les étoiles, que nous quittons la place Charles Dullin....

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux, #MONTMARTRE. Rues et places.
Paris en chocolat. Larnicol rue de Steinkerque. Montmartre.

Paris à croquer :

Notre-Dame, l'Arc de Triomphe, la tour Eiffel en chocolat... Tout est possible à Montmartre!

 

Paris en chocolat. Larnicol rue de Steinkerque. Montmartre.

Rue de Steinkerque, sur le chemin qui draine des milliers de touristes, Une boutique-musée invite à la visite...

Paris en chocolat. Larnicol rue de Steinkerque. Montmartre.

Larnicol, spécialiste des kouignettes, version miniature du célèbre kouign aman, propose aussi ses chocolats en même temps qu'il expose sous vitrine ses créations artisanales...

La Saint-Valentin chez les grenouilles!

La Saint-Valentin chez les grenouilles!

Il a été nommé meilleur ouvrier de France et, fort de ce titre prestigieux, s'est lancé dans l'aventure commerciale en installant dans les lieux touristiques des boutiques alléchantes avec ses chocolats en libre service (attirants d'aspect et  quelconques de goût!)

Le grand chocolatier du quartier : Christophe Roussel.

Le grand chocolatier du quartier : Christophe Roussel.

Avant de visiter le musée Larnicol, je vous conseillerai si vous voulez manger de bons chocolats, délicats, inventifs, symphoniques d'aller une centaine de mètres plus loin, face au funiculaire et d'entrer chez Christophe Roussel. Une merveille! De quoi damner un saint, de quoi rendre inévitable et voluptueux le péché de gourmandise!

Paris en chocolat. Larnicol rue de Steinkerque. Montmartre.

Revenons chez Larnicol où une chimère, descendue des tours de la cathédrale, monte la garde. Il y a fort à parier qu'elle ne saurait cracher de l'huile bouillante sur d'éventuels assaillants.

Paris en chocolat. Larnicol rue de Steinkerque. Montmartre.

Notre-Dame protégée des curieux et des gourmands par une vitrine, est orientée vers la rue et les touristes...

Paris en chocolat. Larnicol rue de Steinkerque. Montmartre.

Elle est l'œuvre de Jérémy Mazé qui y a consacré 210 heures de travail (un peu moins que les bâtisseurs de la vraie cathédrale!) La maquette est haute de 110cm, longue de140 et large de 51... 

Paris en chocolat. Larnicol rue de Steinkerque. Montmartre.

A  quelques mètres de là, exilé dans un coin, l'Arc de Triomphe fait grise mine (le chocolat en vieillissant change de couleur).

Paris en chocolat. Larnicol rue de Steinkerque. Montmartre.

La Marseillaise de Rude...

Paris en chocolat. Larnicol rue de Steinkerque. Montmartre.

Un dernier monument, celui qui symbolise Paris et qui faillit être détruit après l'exposition de 1900 tant il faisait hurler les gens de goût (comme plus tard le Musée Pompidou) se dresse comme il peut sur ses pieds friables...

Paris en chocolat. Larnicol rue de Steinkerque. Montmartre.

Larnicol n'oublie pas qu'il est breton et donc marin! Il expose des voiliers et un bâtiment célèbre, le Bellérophon.

Paris en chocolat. Larnicol rue de Steinkerque. Montmartre.

Peut-être le navire a t-il été choisi pour plaire aux touristes de la perfide Albion puisqu'il infligea de grosses pertes à la flotte française et c'est à son bord que dut aller Napoléon vaincu pour se rendre...

Paris en chocolat. Larnicol rue de Steinkerque. Montmartre.

N'oublions pas la Vénus de Milo dont les bras ont déjà été grignotés et qui tente en vain de ressembler à son original de marbre...

Paris en chocolat. Larnicol rue de Steinkerque. Montmartre.
Paris en chocolat. Larnicol rue de Steinkerque. Montmartre.

Mais... mais... il manque un sacré monument dans ce musée!

Il faut sortir de la boutique et regarder en haut de la rue...

Il est bien là...

Tout en chocolat blanc!

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