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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

montmartre monuments. cabarets. lieux

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places., #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux
Rue de la Bonne

Rue de la Bonne

    Après la fontaine Saint-Denis et la fontaine du But, voici les deux dernières "sources" qui jaillissaient sur la Butte : La fontaine de la Bonne Eau et celle de la Fontenelle.

Les quatre fontaines de Montmartre. III  La fontaine de la bonne eau. IV Fontaine de la Fontenelle.

     La fontaine de la Bonne Eau existait depuis l'antiquité. A l'époque gallo-romaine, elle était vénérée et dotée de pouvoirs magiques comme la plupart des sources. Notre fontaine n'était pas très éloignée du temple de Mars qui était bâti approximativement à l'emplacement du square Nadar. 

Square Bleustein-Blanchet (Turlure) emplacement du temple de Mars.

Square Bleustein-Blanchet (Turlure) emplacement du temple de Mars.

     Elle a eu plusieurs noms : Fontaine de la Belle Etoile, de la Bonne Fée, de la Bonne Fontaine, de la Bonne Eau, de la Bonne…

On aurait aimé qu'elle gardât un de ses premiers noms plus poétiques mais c'est son dernier nom qui s'imposa avec la rue qui en garde mémoire.

Les quatre fontaines de Montmartre. III  La fontaine de la bonne eau. IV Fontaine de la Fontenelle.

     Les eaux qui jaillissaient au flanc de la Butte étaient en partie canalisées par les seigneurs de Clignancourt pour alimenter leur ferme et ses terrains là où aujourd'hui s'élève la mairie du XVIIIème arrondissement.

 

     Les riches seigneurs avaient bon goût puisque ses eaux avaient la réputation d'être les meilleures et les plus saines de Montmartre. Les villageois ne s'y trompaient pas qui y puisaient abondamment.

Les quatre fontaines de Montmartre. III  La fontaine de la bonne eau. IV Fontaine de la Fontenelle.

     Elles alimentaient également l'abbaye voisine. Nous avons trace d'une requête présentée en 1612 par les religieuses de Montmartre, demandant à l'évêque de Paris la permission de teindre en noir leurs robes blanches afin d'éviter de trop souvent les laver, les eaux de la fontaine se faisant de moins en moins abondantes. Ces Dames étaient écologistes avant l'heure!

Grotte des religieuses, un emplacement possible de la source.

Grotte des religieuses, un emplacement possible de la source.

     Son emplacement précis est discuté mais il est permis de penser qu'il était dans l'actuel square Bleustein-Blanchet, dit de la Turlure, dans la partie la plus basse, dans le coude entre la rue de la Bonne et la rue St-Vincent.

 

  La source était, comme on l'a vu, voisine du temple de Mars. Mais si l'on a sauvé quelques chapiteaux du temple, on n'a retrouvé aucune trace de la source. On sait par quelques documents qu'elle s'est tarie au milieu du XIXème siècle. 

Escalier de la rue de la Bonne.

Escalier de la rue de la Bonne.

     La bonne étoile ne brillait plus au-dessus de Montmartre, les fées ne survivaient pas à la domination d'un nouveau Dieu, la bonne eau n'abreuvait plus les villageois… 

Ne reste de nos jours que cette rue  dont le nom la rappelle à notre souvenir.

Les quatre fontaines de Montmartre. III  La fontaine de la bonne eau. IV Fontaine de la Fontenelle.

…. et cette borne où les enfants du square viennent se laver les mains après leurs jeux!

Jardin Bleustein-Blanchet (Turlure)

Jardin Bleustein-Blanchet (Turlure)

    De la Fontenelle nous n'avons également aucune trace.  Plus modeste, elle faisait entendre sa petite musique cristalline à moins de 100 mètres de la Bonne Eau. 

Les quatre fontaines de Montmartre. III  La fontaine de la bonne eau. IV Fontaine de la Fontenelle.

    Elle apparaissait entre les herbes sauvages des terrains où s'éleva plus tard le moulin de la Turlure.

Le Château Rouge (1847)

Le Château Rouge (1847)

    Elle n'était qu'un filet d'eau qui dévalait la pente vers l'est et vers les jardins du Château Rouge (où la légende situe les amours de Gabrielle et du Vert-Galant) dont elle emplissait besogneusement les deux bassins.

Escalier de la Fontenelle (aujourd'hui Chevalier de La Barre).

Escalier de la Fontenelle (aujourd'hui Chevalier de La Barre).

     Elle fut tarie dès la première moitié du XIXème siècle et ne subsista un temps que grâce à la sente qui garda son nom, rue de la Fontenelle, jusqu'au jour où ce nom même disparut au profit du Chevalier de la Barre. 

Les quatre fontaines de Montmartre. III  La fontaine de la bonne eau. IV Fontaine de la Fontenelle.

     Impossible de ne pas penser à elle en gravissant l'escalier qui a remplacé la vieille sente par où elle descendait, aussi humble fût-elle, vers le village de Clignancourt.

Les quatre fontaines de Montmartre. III  La fontaine de la bonne eau. IV Fontaine de la Fontenelle.

     Ce chemin est aujourd'hui, la nuit tombée, un reflet du ciel nocturne du 1er janvier et du 1er juillet grâce à Alekan (chef opérateur d'Ophüls, Cocteau, Carné…) qui y a semé les étoiles.

    On peut entendre ces sources d'antan quand la nuit magique de Montmartre permet aux vieilles légendes de murmurer leurs chansons.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places., #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux
Les fontaines de Montmartre. II La fontaine du But.

   Elle faisait entendre son gazouillis en bas d'une sente raide qui avait pour nom mérité "chemin des fontaines". Ce chemin conduisait à deux sources, celle de Saint-Denis et celle que nous évoquons aujourd'hui.

Les fontaines de Montmartre. II La fontaine du But.

    Le "chemin des fontaines" changea plusieurs fois de nom : "Chemin de la Croix du Buc" puis "Chemin des brouillards".

     C'est maintenant la rue Girardon, en partie défigurée par de gros immeubles cossus où vécurent entre autres Bébert le chat avec son "humain" pas toujours humain, Céline.

Les fontaines de Montmartre. II La fontaine du But.
Document exceptionnel (merci Pierre!) en premier plan les bornes de la fontaine et en face la rue Girardon actuelle et la ruelle Saint-Vincent à droite.

Document exceptionnel (merci Pierre!) en premier plan les bornes de la fontaine et en face la rue Girardon actuelle et la ruelle Saint-Vincent à droite.

     La source retenue par un petit bassin fut promue en fontaine où les villageois venaient puiser de l'eau. Il y a discussion passionnée sur l'origine de son nom!

Certains évoquent l'époque gallo-romaine pour voir dans "bucca" le nom originel. La source formant au flanc d'une paroi de terre une ouverture en forme de bouche. D'autres qui connaissent les plus vieilles cartes de Montmartre où le nom "buc" apparaît, affirment que ce "buc" vient de "bouc".

Colonne du temple de Mercure dans l'église Saint-Pierre.

Colonne du temple de Mercure dans l'église Saint-Pierre.

    N'oublions pas que le premier nom fut "fontaine de Mercure" et qu'il y avait un temple non loin de là (à l'emplacement approximatif du moulin de la Galette) dédié à ce dieu. Il est plausible d'ailleurs que le nom même de Montmartre le rappelle : Montmercure, Montmercre, Montmarcre, Montmartre… Certains préfèrent attribuer à Mars qui avait également son temple non loin de là, ou encore aux martyrs Denis et ses compagnons décapités plus bas, le  nom de Montmartre. C'est cette dernière hypothèse, la moins probable que serinent les guides… 

     Le "buc" est d'autant plus vraisemblable que l'animal est souvent chez les gallo-romains associé à Mercure. 

Rue de l'abreuvoir

Rue de l'abreuvoir

    Dès la fin du XVIIIème siècle, un abreuvoir fut construit pour recevoir l'eau de la fontaine. La rue de l'abreuvoir en garde mémoire.

 

Les fontaines de Montmartre. II La fontaine du But.

    Il était situé en bas du chemin des fontaines (rue Girardon) sous le coude de l'actuelle place Dalida.

 

     Comme sa voisine la fontaine saint-Denis, notre fontaine fut célèbre au Moyen-Âge et on lui prêta à elle aussi des pouvoirs de guérison. C'est ce que rappelle le poète Georges Nicolas qui écrit en 1849 "la Fontaine du Bû".

                   La fontaine et à l'arrière-plan le moulin du Radet en 1834

Un malade atteint du choléra aurait été guéri  après y avoir bu, et d'autres guérisons furent plus ou moins attestées. 

Georges Nicolas ouvre et conclut son poème par les mêmes vers :

"Ceux-là me croiront sans peine,

Brun ou blond, rousse ou châtaine,

Qui dans leur bel âge ont bu

De l'eau de la Fontaine

Du Bû."

Les fontaines de Montmartre. II La fontaine du But.
Cimetière du Calvaire.

Cimetière du Calvaire.

     Après la révolution et le saccage de l'abbaye, une pierre tumulaire fut utilisée dans la maçonnerie d'une citerne qui recueillait l'eau de la fontaine. Elle gardait, gravé, le profil d'une abbesse. La pierre après être descendue jusque là a été remontée sur son ancien site et pieusement disposée entre les tombes du cimetière du Calvaire, contre l'église Saint-Pierre.

Les fontaines de Montmartre. II La fontaine du But.

 L'abreuvoir a trouvé avec Gérard de Nerval un poète qui a succombé à son charme et a su en parler...

     "Ce qui me séduisait (...) c'était le voisinage de l'abreuvoir, qui, le soir s'anime du spectacle de chevaux et de chiens que l'on y baigne, et d'une fontaine construite dans un goût antique où les laveuses causent et chantent comme dans un des premiers chapitres de Werther. Avec un bas relief consacré à Diane et peut-être deux figures de naïades sculptées en demi-bosse, on obtiendrait, à l'ombre des tilleuls qui se penchent sur le monument, un admirable lieu de retraite, silencieux à ses heures, et qui rappelle certains points de la campagne romaine…" 

(Nerval, La Bohême Galante).

Les fontaines de Montmartre. II La fontaine du But.

   A la fin du XIXème siècle, l'eau s'est tarie.

   Il ne restait de l'abreuvoir qu'un bassin dégradé où stagnait l'eau de pluie. L'abreuvoir fut détruit. Il n'en reste rien aujourd'hui.

Les fontaines de Montmartre. II La fontaine du But.
Les fontaines de Montmartre. II La fontaine du But.

     Dalida, la poitrine avantageuse veille sur le lieu.

Parfois la placette s'habille de brume et semble émerger d'un rêve. Les frontières temporelles disparaissent, les moulins fantomatiques font tourner au ralenti leurs ailes, les sources murmurent… tout redevient brouillard...

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux, #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Montmartre. Sacré-Coeur. Saint-Michel terrassant le dragon. Sicart.
Montmartre. Sacré-Coeur. Saint-Michel terrassant le dragon. Sicart.

     N'en déplaise aux écoeurés du Sacré-Cœur, de vrais artistes ont participé à l'œuvre collective, parmi lesquels de nombreux sculpteurs...

Montmartre. Sacré-Coeur. Saint-Michel terrassant le dragon. Sicart.

   Aujourd'hui je vous propose de contourner la basilique, d'emprunter la rue du Chevalier de La Barre et de lever la tête vers le dôme.

Montmartre. Sacré-Coeur. Saint-Michel terrassant le dragon. Sicart.
Montmartre. Sacré-Coeur. Saint-Michel terrassant le dragon. Sicart.

    Vous verrez une statue que l'oxydation habille de vert : Saint-Michel terrassant le dragon.

Montmartre. Sacré-Coeur. Saint-Michel terrassant le dragon. Sicart.

     Il est dû à François Sicard (1862-1934) à qui elle fut commandée en 1908. François Sicard est connu pour avoir été LE sculpteur de Clémenceau, son ami dont il exécuta le buste et dont il fit le masque funéraire.

 

     Les Parisiens peuvent rencontrer Sicard dans les jardins des Tuileries où est installé son groupe du Bon Samaritain...

     Dans les jardins du Luxembourg où songe sous les frondaisons George Sand...

     Ou encore au Panthéon où se déploie son monument à la Convention Nationale….

Montmartre. Sacré-Coeur. Saint-Michel terrassant le dragon. Sicart.

     Son Saint Michel, comme les deux statues équestres d'Hipolyte Lefebvre de la façade n'ont pas la même inspiration que la majorité des autres sculptures de la basilique qui hésitent entre références gothiques ou romanes. Il est de la même famille que les sculptures de Frémiet :

                                                    Jeanne d'Arc (Frémiet)

    On pourrait parler de réalisme et de souci de précision historique. Frémiet est d'ailleurs l'auteur d'un Saint-Michel achevant un minuscule dragon, posé au sommet de l'abbaye du célèbre Mont homonyme. 

Saint-Michel au sommet de l'abbaye. (Frémiet)

Saint-Michel au sommet de l'abbaye. (Frémiet)

Montmartre. Sacré-Coeur. Saint-Michel terrassant le dragon. Sicart.
Montmartre. Sacré-Coeur. Saint-Michel terrassant le dragon. Sicart.

     Il paraît que dans cette représentation de l'archange massacrant un crocodile qui se convulse de douleur, se révèlerait le caractère belliqueux et revanchard de Républicains rêvant de terrasser l'ennemi teuton.

Montmartre. Sacré-Coeur. Saint-Michel terrassant le dragon. Sicart.

    Certains inconditionnels de la Commune (dont je suis pourtant) y voient l'allégorie de l'écrasement de la révolte populaire par les Versaillais. Cette hypothèse me semble aussi hasardeuse que la première me paraît plausible à la veille d'une guerre-boucherie.

Montmartre. Sacré-Coeur. Saint-Michel terrassant le dragon. Sicart.

     Comme toujours quand on parle du Sacré-Coeur, deux clans s'opposent. Celui des adversaires résolus de cette église expiatoire et celui des amoureux d'un Montmartre dominé par une ville byzantine sortie d'un conte oriental.

Montmartre. Sacré-Coeur. Saint-Michel terrassant le dragon. Sicart.

     Il faut enlever ses lunettes idéologiques et regarder naïvement le sacré Sacré-Coeur! Ainsi pourra t-on admirer cette statue de Sicard, ce Saint-Michel viril et précieux à la fois, mâle et féminin...

Montmartre. Sacré-Coeur. Saint-Michel terrassant le dragon. Sicart.

     On acceptera que le pauvre crocodile dont on fait aujourd'hui des sacs à main ne soit là que pour symboliser le démon qui comme on ne l'ignore pas peut prendre toutes les apparences.

Montmartre. Sacré-Coeur. Saint-Michel terrassant le dragon. Sicart.

… Et passée l'admiration esthétique, première et essentielle, chacun pourra faire de ce groupe, selon son humeur,  l'allégorie de ce qui lui plaira!

L'intelligence terrassant la Bêtise

la Culture terrassant l'Ignorance

la Générosité terrassant l'Egoïsme

la Beauté terrassant la Vulgarité

Greta Thunberg terrassant les climato-sceptiques…… etc... etc... etc...

Montmartre. Sacré-Coeur. Saint-Michel terrassant le dragon. Sicart.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux, #MONTMARTRE. Rues et places.
Les 4 fontaines de Montmartre : 1. La fontaine Saint-Denis.

     Elle fut pendant des siècles la plus célèbre des fontaines de Montmartre.

Il n'en reste rien aujourd'hui malgré la  statue de Saint Denis qui semble attendre patiemment, la tête entre les mains, qu'elle jaillisse à nouveau...

Choeur de l'église St-Pierre, ancienne église St-Denis de l'abbatiale.

Choeur de l'église St-Pierre, ancienne église St-Denis de l'abbatiale.

Le martyre de Saint-Denis. Pierre sculptée de 1253 provenant de l'Abbaye de Montmartre.

Le martyre de Saint-Denis. Pierre sculptée de 1253 provenant de l'Abbaye de Montmartre.

   Denis fut un des saints les plus vénérés au Moyen-Âge et l'église de l'abbaye de Montmartre porta son nom dans sa partie réservée aux religieuses (la partie réservée aux villageois, séparée par une grille, étant dédiée à Saint-Pierre.)

Les 4 fontaines de Montmartre : 1. La fontaine Saint-Denis.

    Premier évêque de Paris, Denis, après avoir eu la tête tranchée vers 250 sur ordre du gouverneur romain, se serait, selon la légende, relevé après sa décapitation et aurait marché vers le nord jusqu'à l'endroit où il se serait arrêté pour être inhumé. Plus tard s'élevera à cet endroit la basilique qui porte son nom.

Les 4 fontaines de Montmartre : 1. La fontaine Saint-Denis.

     Après avoir escaladé, la tête entre les mains, le flanc sud de la Butte, il aurait fait halte auprès de la source claire qui jaillissait à l'abri des arbres, afin de laver son chef ensanglanté.

Les 4 fontaines de Montmartre : 1. La fontaine Saint-Denis.

     Les Montmartrois gardèrent mémoire de cette source sacrée (qui l'était déjà au temps du paganisme). C'est autour d'elle que trois des moulins de la Butte firent tourner leurs ailes et c'est là que des anges continuèrent de murmurer et de chanter après le passage du saint.

Les riverains la nommèrent alors source des bourdonnements. 

Les 4 fontaines de Montmartre : 1. La fontaine Saint-Denis.

     Quand vous aviez des maux de tête, il suffisait de puiser de l'eau à cette fontaine et de vous en asperger le crâne et le visage pour que vos céphalées soient emportées, comme détachées de vous et diluées dans les bourdonnements angéliques.  La croyance populaire lui attribua d'autres vertus : la jeune fille qui s'y rendait dès potron-minet et y faisait une toilette de chat était assurée de trouver dans l'année un beau matou. Non pour la bagatelle toujours facile à l'ombre des moulins mais pour le mariage… On prétend aussi que sanctifiée par l'eau bénie, elle ne tromperait jamais son homme! 

"Fille qui a bu l'eau de Saint-Denis,

Toujours sera fidèle à son mari."

Les 4 fontaines de Montmartre : 1. La fontaine Saint-Denis.

     Mais l'esprit et le goût de vivre montmartrois  étant ce qu'ils sont, les abords de la fontaine fournissant herbe tendre et bosquets en abondance, c'est là que de jeunes amoureux d'un soir venaient abriter leurs ébats!

    Dans la journée, le lieu retrouvait sa sage apparence et les pèlerins qui se dirigeaient vers le martyrium, en bas de la Butte, là où Denis, Eleuthère et Rustique avaient été suppliciés, s'y arrêtaient pour prier. On dit qu'Ignace de Loyola et ses compagnons s'y rendirent le 15 août 1534 après avoir prononcé leurs vœux de pauvreté et chasteté.

Les 4 fontaines de Montmartre : 1. La fontaine Saint-Denis.

    Il y avait une pierre sculptée à proximité de la fontaine. Elle a disparu et a été remplacée par la statue qui veille de nos jours sur les boulistes du square Suzanne Buisson.

 

Les 4 fontaines de Montmartre : 1. La fontaine Saint-Denis.

Elle est due au sculpteur Fernand Guignier (1902-1972) qui fut élève d'un artiste qui nous est cher sur la Butte, Emile Derré.

 

On doit à ce dernier, grand humaniste et pacifiste la Fontaine des Innocents ou du Gai savoir dans le square Louise Michel et la grotte des Amoureux.

 

     Fernand Guignier aimait Montmartre dont il fit de nombreux pastels...

 

Les 4 fontaines de Montmartre : 1. La fontaine Saint-Denis.

     Sa statue de Saint Denis prend place en 1941 à l'emplacement présumé de l'antique source.

 

    Qu'est-elle devenue cette source sacrée?

Elle a connu un sort comparable à certains moulins et maisons de la Butte. Un creusement de carrière fut autorisé aux alentours.

Bientôt le sol s'affaissa puis un trou de plusieurs coudées avala (en 1810) source et ruisseau qui continuèrent leur petit chemin bourdonnant dans les entrailles de Montmartre avant de se diluer peu à peu dans les profondeurs et disparaître à jamais.

Impasse Girardon

Impasse Girardon

     Revient-elle parfois en automne quand les brouillards montent de l'ancien abreuvoir et quand les derniers feuillages bruissent comme une résurgence discrète et cristalline? L'eau retrouve-t-elle la sente qu'elle suivait alors et qui est devenue  l'impasse Girardon?

    Nerval qui était poète l'a entendue... pourquoi pas vous?

Les 4 fontaines de Montmartre : 1. La fontaine Saint-Denis.

    En annexe, un panneau de bois  sculpté du XVIème siècle jadis exposé au musée de Montmartre et aujourd'hui récupéré par le musée Carnavalet. On y voit le martyre de Denis et ses compagnons sur une butte difficile à reconnaître….

 

 

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Rue de Clichy vers la place homonyme et le monument de la Défense.

Rue de Clichy vers la place homonyme et le monument de la Défense.

Rue de Clichy. Trinité. Casino de Paris.  Nadar. Ravachol. Enesco...

     Cette rue qui va de la place d'Estienne d'Orves à la place de Clichy est une artère vivante et la plupart du temps encombrée de véhicules de tout genre. 

Rue de Clichy dernière partie, arrivée sur la place.

Rue de Clichy dernière partie, arrivée sur la place.

Rue de Clichy. Trinité. Casino de Paris.  Nadar. Ravachol. Enesco...

     Elle doit son nom qui lui est donné en 1843, à la ville de Clichy vers laquelle elle mène. Mais son tracé date de bien avant. Dès l'époque gallo-romaine, une voie nommée "voie de la mer" allait de Paris jusqu'à Harfleur. Au 17ème, on la reconnait sur d'anciens plans. Elle est alors "le chemin de Clichy". Mais là ne s'arrêtent pas ses avatars! Au 18ème, elle devient "rue du Coq". Elle passait en effet devant l'hôtel du Coq (une "avenue du Coq" existe toujours, en réalité large impasse qui donne sur la rue St-Lazare).

La 1ère rue à gauche est la rue de Clichy. On voit le square devant l'église. Il a détruit une partie de la rue.

La 1ère rue à gauche est la rue de Clichy. On voit le square devant l'église. Il a détruit une partie de la rue.

     La rue de Clichy est longue de 700 mètres, sa première partie ayant été amputée lors de l'extension du square D'Estienne d'Orves devant la Trinité.

                                                 A droite le square d'Estienne d'Orves, à gauche ancienne partie de la rue de Clichy, aujourd'hui place d'Estienne d'Orvbes)

Le 10.

Le 10.

    Au 10 s'élève l'hôtel de Wendel, riche demeure que la fortune des Maîtres de Forges leur permit de s'offrir.

Rue de Clichy. Trinité. Casino de Paris.  Nadar. Ravachol. Enesco...
Rue de Clichy. Trinité. Casino de Paris.  Nadar. Ravachol. Enesco...

    C'est Charles Wendel qui le fait édifier de 1862 à 1867 en faisant appel à l'architecte Sidoine Maurice Storez qui dans cette période ostentatoire conçoit un bâtiment simple et épuré dans le style Louis XVI.

 

     La façade dépouillée cache en réalité un somptueux logis de 36 pièces! Par chance certaines ont conservé leur décor, ce qui est plutôt rare quand les immeubles sont rachetés par la Ville (ce qui est le cas) pour être transformés en écoles.

                                 Le "W" des Wendel sur la façade

Le 12

Le 12

     Au 12 actuel (primitivement 26) s'élevait la première église de la Trinité ouverte en 1852. Elle remplaçait la 1ère église de la rue de Calais et elle ne fut détruite qu'après la consécration de la troisième église édifiée sur la place  en 1867.

Rue de Clichy. Trinité. Casino de Paris.  Nadar. Ravachol. Enesco...

     C'était une construction de bois, longue d'une quarantaine de mètres et qui malgré son existence éphémère était ornée de vitraux. Une cloche appelait les fidèles mais elle dut se taire après quelques mois car les voisins se plaignaient d'être réveillés par les Laudes! Les ronchons qui se plaignent aujourd'hui des cloches et des coqs font donc partie d'une longue tradition!

Rue de Clichy. Trinité. Casino de Paris.  Nadar. Ravachol. Enesco...

     Il ne reste rien de cette Trinité passagère sinon une peinture sur lave de Devers, inspirée d'Ary Scheffer qui ornait le tympan et qui est aujourd'hui conservée dans la sacristie  de l'église actuelle.

Le 16 Casino de Paris en 1904

Le 16 Casino de Paris en 1904

Le 16 aujourd'hui

Le 16 aujourd'hui

Le 16 années 50

Le 16 années 50

     Le 16 est l'adresse la plus célèbre de la rue! Celle du Casino de Paris! Il y aurait un roman à écrire sur ce lieu mythique. Pâtinoire puis théâtre à la fin du XIXème siècle, c'est avec Léon Volterra en 1914 que la salle révolutionne l'art du spectacle avec la création des revues qui allaient connaître un succès inépuisable.

Rue de Clichy. Trinité. Casino de Paris.  Nadar. Ravachol. Enesco...

     C'est Volterra qui invite Mistinguett après la guerre, avec son "protégé" Maurice Chevalier. Jusqu''en 1925, elle restera la reine du Casino de Paris. Il faudra attendre le nouveau directeur Henri Varna pour assister à un triomphe comparable avec Joséphine Baker et ses 2 amours.

 

     Citons encore Tino Rossi qui fait se pâmer son public en le caressant de sa voix de zéphyr et plus tard Line Renaud qui ménera plusieurs revues. La dernière grande meneuse sera Zizi Jeanmaire en 1970 avant que la salle n'accueille des artistes comme Gainsbourg, Souchon, Dutronc, Higelin.... etc...

                              

     Réjouissons nous que malgré les inévitables mutilations pour se mettre à la mode architecturale des années sans fantaisie, la salle ait gardé une partie de son décor 1925.

Rue de Clichy. Trinité. Casino de Paris.  Nadar. Ravachol. Enesco...
Rue de Clichy. Trinité. Casino de Paris.  Nadar. Ravachol. Enesco...

On ne peut pas en dire autant des 20 et 22!

Le 20...

Le 20...

     Le 20 consternant de banalité morose était l'adresse d'un music-hall ouvert au début du XXème siècle à la grande époque des paillettes et des divertissements : l'Apollo.

 

     Son titre de gloire est d'avoir créé l'opérette de Franz Lehar "La veuve joyeuse" avec un succès qui ne se démentit pas avec les années.

 

      Ce fut aussi dans cette salle que Carlos Gardel fit ses débuts parisiens. Les amoureux du tango se recueillent en passant devant le fantôme de l'Apollo.

                                                       Affiche de Paul Colin

Le 21...

Le 21...

    Le 21 a abrité notre Victor Hugo national, si proche encore, si audacieux toujours… de 1874 à 1878. C'est dans cet immeuble, au 4ème étage qu'il écrivit son roman "Quatrevingt-treize" (c'est ainsi que l'auteur a voulu qu'on écrivît son titre).

 

Le 28

Le 28

     Sur la façade du 28, bel immeuble début du XXème siècle, une plaque rappelle que Georges Enesco, "illustre musicien roumain y vécut de 1908 jusqu'à sa mort en 1955."

Rue de Clichy. Trinité. Casino de Paris.  Nadar. Ravachol. Enesco...

     Musicien considérable qui fut élève de Massenet et Fauré, il fut lié aux principaux compositeurs et interprètes de son temps, de Ravel à Dukas… Il écrivit une de ses oeuvres les plus célèbres, son opéra "Œdipe" dans cette maison.

Belle porte cochère aux 34-36

Belle porte cochère aux 34-36

Le 37.

Le 37.

     Au 37 a vécu pendant 30 ans le peintre Maurice Eliot qui fut le grand ami de Charles Léandre avec qui il loua un atelier à deux pas de Pigalle, 3 rue Houdon.

Rue de Clichy. Trinité. Casino de Paris.  Nadar. Ravachol. Enesco...

     Il excella dans l'art du pastel et connut quelque succès avant la catastrophique année 1937 où il perdit sa mère, son ami Léandre et où sa sœur atteinte de maladie mentale fut internée. Il dut alors quitter, la rue de Clichy et le quartier qu'il aimait

39

39

     C'est au 2ème étage du 39 que Ravachol déposa une bombe le 27 mars 1892 destinée à tuer le substitut Bulot. Il y eut quelques blessés et l'immeuble fut dévasté. 

Ravachol (un petit air de Brad Pitt)

Ravachol (un petit air de Brad Pitt)

    Trois mois et demi plus tard l'anarchiste qui avait à son "actif" quelques crimes crapuleux et quelques autres plus "politiques" sera guillotiné.

Le 40

Le 40

     Un coup d'œil au 40 où s'ouvrent les portes de la Grande Comédie, théâtre créé en 2005 et qui accueille des humoristes ou des comédies boulevardières. Omar et Fred, Max Boublil s'y sont produits. Qu'on aime ou pas, il faut se réjouir chaque fois qu'un nouveau théâtre naît dans ce quartier où bon  nombre de salles de spectacle ont disparu.

Rue de Clichy. Trinité. Casino de Paris.  Nadar. Ravachol. Enesco...

     La maison du protestantisme a ses vitrines au 47, avec sa librairie spécialisée "Jean Calvin".

Rue de Clichy. Trinité. Casino de Paris.  Nadar. Ravachol. Enesco...

     Les immeubles du 54 au 68 ont été construits à l'emplacement de la prison de Clichy dont Balzac fut à plusierurs reprises menacé. En effet elle incarcérait les "dettiers" ceux qui étaient incapables de payer leurs dettes!

La prison en 1859

La prison en 1859

     Si Balzac réussit à l'éviter en se cachant, il n'en fut pas de même pour Nadar qui y passa un mois en 1850 ou pour Poulet-Malassis l'éditeur et l'ami de Baudelaire ( qui aimait l'appeler  "Coco Mal-Perché").

Rue de Clichy. Trinité. Casino de Paris.  Nadar. Ravachol. Enesco...

   Elle fut fermée en 1867 et elle ne subsiste aujourd'hui que dans les romans du XIXème siècle, comme dans "la Cousine Bette" de Balzac...

Rue de Clichy. Trinité. Casino de Paris.  Nadar. Ravachol. Enesco...
Rue de Clichy. Trinité. Casino de Paris.  Nadar. Ravachol. Enesco...

   Au 55, un passage très parisien conduit au théâtre de l'Œuvre créé en 1893 par Lugné-Poe qui le dirigea pendant 37 ans

Rue de Clichy. Trinité. Casino de Paris.  Nadar. Ravachol. Enesco...

     Il s'installa dans une salle de concert à l'italienne, la salle Berlioz.

 

    De grands artistes y furent engagés comme Isadora Duncan, Pierre Fresnay, Pierre Dux ou Maria Casarès...

... Les auteurs scandinaves Strindberg et Ibsen y furent révélés au public parisien.

D'autres créations marquèrent l'histoire théâtrale : "Ubu roi" de Jarry qui provoqua un scandale mémorable (1896) ou dans un autre style, "L'Annonce faite à Marie" de Claudel (1912).

LE 62

LE 62

     Au 62  le jeune Félix Tournachon (Nadar) fut pensionnaire chez Mr Augeron. C'est là qu'il rencontra celui qui allait être l'ami de toute une vie, Charles Asselineau, futur écrivain et admirateur comme lui de Baudelaire.

                                             Asselineau par Nadar

 

Nadar ne pouvait pas imaginer qu'une vingtaine d'années plus tard il reviendrait rue de Clichy, non plus à la pension Augeron mais à la prison !

81

81

     Là où s'élève l'indigent immeuble du 81, il y avait un café où se réunissaient les poètes symbolistes autour de Mallarmé pour théoriser leur opposition aux Parnassiens.

Cependant ce sont surtout les peintres divisionnistes, "les pointillistes" comme Seurat ou Signac qui en firent leur lieu privilégié de rencontre.

Le 84

Le 84

Rue de Clichy. Trinité. Casino de Paris.  Nadar. Ravachol. Enesco...

     Il y avait au 84 un "bouillon"Duval, restaurant populaire et bon marché comme il s'en ouvrait de nombreux à Paris. Il a été remplacé par une académie de billard tout en gardant son cadre art nouveau. 

 

     Il a servi de décor à la fin du film "Le Marginal" avec Belmondo.

     Christophe Honoré y a tourné une scène avec Ludivine Sagnier dans "Les bien aimées" pendant laquelle l'actrice chante avec Rasha Bukvic "les chiens ne font pas des chats".

Depuis l'été 2019 il est devenu le Club Montmartre bien connu des fous de poker.

    

       Ne nous attardons pas, de peur de sortir essoré de ce lieu dangereux et cap sur l'avenue de Clichy qui prolonge notre rue de l'autre côté de la place où nous attend un des meilleurs cinémas de Paris, le cinéma des cinéastes... Un bon film, rien de mieux après avoir arpenté Paris!

La fresque-hommage au cinéma dans l'escalier du cinéma.

La fresque-hommage au cinéma dans l'escalier du cinéma.

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Le 14 rue de l'abreuvoir. Maison Georges.

Le 14 rue de l'abreuvoir. Maison Georges.

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

     La rue de l'abreuvoir, une des plus pittoresques de Montmartre, n'a pas échappé aux destructions du XXème siècle et aux transformations du vieux village en quartier résidentiel et touristique.

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

     Une adresse a résisté un peu plus longtemps que les autres (si l'on excepte la Maison Rose, sauvée par les peintres qui l'ont souvent représentée), c'est le 14, la Maison Georges.

 

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

     Ce fut jusqu'au début du XXème siècle, une épicerie de village, spécialisée comme de nombreuses épiceries d'alors dans la vente de vin. L'enseigne et le panneau peint sur le mur pignon ont subsisté après la vente de son commerce par monsieur Georges.

 

Vente qui eut lieu en 1924 lorsque les époux Baillot s'en firent acquéreurs. Henri Baillot, ancien combattant de la première guerre, le transforma en bar-restaurant : "l'Abreuvoir".

Un nom bien choisi! L'abreuvoir qui a donné son nom à la rue était utilisé par les paysans pour y faire boire leurs bêtes, le bar dut étancher d'autres soifs!

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

     Pendant l'occupation, les Baillot qui ont vu les bars du bas-Montmartre spoliés de leur comptoir de zinc par l'occupant nazi, s'empressent de dissimuler le leur en le murant derrière une paroi de plâtre.

Le comptoir échappe à la fonte et réapparaît à la Libération, nimbé de son aura de résistant.

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

     C'est lui que nous voyons aujourd'hui au musée de Montmartre!

 

    Le couple Baillot accueillait dans son restaurant le 2ème mardi de chaque mois le dîner du Dernier Carré de Montmartre, des amoureux de la Butte qui essayaient de lutter contre le vandalisme architectural des années d'après-guerre. 

La belle cabaretière (Marcel-François Leprin. 1924)

La belle cabaretière (Marcel-François Leprin. 1924)

     En 1957 le restaurant ferma ses portes et fut transformé en maison d'habitation. Louis Baillot, le fils des restaurateurs qui y avait vu le jour en 1924 y habita et c'est lui qui offrit le fameux comptoir au musée de Montmartre.

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

     Louis Baillot faisait partie de la Société du Vieux Montmartre et se sentait Montmartrois d'âme et de cœur. 

L'essentiel de son engagement, résistance, lutte contre la politique coloniale, députation… l'inscrit dans la tradition humaniste et généreuse de la Butte.

 

   Le 14 rue de l'Abreuvoir est bien différent aujourd'hui mais son vieux comptoir de zinc, nostalgique, nous parle encore, à deux cents mètres de là,  d'un temps "que les moins de 80 ans ne peuvent pas connaître!"

 

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.
Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

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Ninette Aubart (Fannie Brett, "Titanic" de James Cameron)

Ninette Aubart (Fannie Brett, "Titanic" de James Cameron)

Dans le cimetière Saint-Vincent (division 13) à quelques mètres du mur qui la sépare de la rue des Saules et du Lapin Agile, une tombe banale laisserait le passant indifférent si n'étaient gravés sur la pierre quelques mots qui intriguent....

Ninette Aubart 1887-1964 - Rescapée du TITANIC

Ninette Aubart 1887-1964 - Rescapée du TITANIC

Le Lapin Agile vu du cimetière Saint-Vincent

Impossible de ne pas chercher à en savoir plus! Qui est cette Ninette Aubart qui après avoir échappé à la catastrophe est venue s'échouer sur la Butte?

C'est à Montmartre, au Lapin Agile, de l'autre côté du mur, qu'elle s'est fait connaître grâce à un physique très parisien, fait de sensualité et de gouaille et une voix spirituelle.

Malgré ses qualités et son talent, elle n'aurait sans doute laissé aucune trace dans la vie montmartroise si elle n'avait embarqué à Cherbourg, le 10 avril 1912 sur le navire dont le nom est resté dans l'histoire.

Benjamin guggenheim

Elle n'a pas un goût particulier pour la Butte qui à la fin du XIXème siècle est un vaste chantier, entre avenues nouvelles et maquis. Elle préfère habiter dans les beaux quartiers, là où vivent les familles respectables!

C'est à Montmartre pourtant que la chance lui sourit. Elle séduit un Américain fortuné, amoureux de Paris au point d'y avoir acheté un grand appartement et d'y séjourner parfois sous divers prétextes. Il s'agit de Benjamin Guggenheim, homme marié et père de trois filles dont la dernière, Peggy illustrera son nom en devenant une des plus avisées et des plus audacieuses collectionneuses d'art, en même temps qu'un généreux mécène.

Benjamin est à ce point mordu qu'il propose à Ninette de rentrer avec lui aux Etats-Unis. Il a déjà réservé sa cabine sur le Lusitania qui doit quitter Cherbourg au début du mois d'avril 1912

Ninette n'hésite pas un instant et accepte de suivre son amant qui pour lui prouver sa reconnaissance la comble de présents achetés dans les joailleries et les magasins de haute couture.

Dans ses malles, Ninette fait ranger soigneusement par sa femme de chambre, Emma Sägesser, 24 paires de chaussures, 24 robes, plusieurs "jeux" de culottes, des dizaines de pièces de lingerie fine...

Elle n'oublie pas de serrer dans ses coffrets les bijoux offerts par son amant dont les plus beaux sont d'or serti d'émeraudes.

Ninette aime à la folie ces pierres couleur d'eau profonde.

Le Titanic

Le Titanic

Les bagages sont prêts, la date se rapproche quand par malheur le départ est différé. Le Lusitania connaît des avaries et doit être inspecté et réparé. Le Carminie est prévu pour le remplacer, mais Benjamin Guggenheim préfère réserver sa cabine de 1ère classe et celle de Ninette sur un autre navire dont tout le monde parle et qui s'apprête à faire sa croisière inaugurale, le TITANIC.

Emma Sägesser, 44 ans après le naufrage

Ninette se réjouit de voyager sur le plus beau bateau du monde, en compagnie de la meilleure société.

Elle y embarque avec Emma Sägesser et s'installe dans la luxueuse cabine B-35.

Le Titanic.Ninette Aubart. Montmartre. Cimetière Saint-Vincent.

Pas de suspense! On connaît la suite!

Deux jours plus tard, dans la nuit du 14 avril le TITANIC heurte un iceberg. Ninette qui a ressenti la première secousse l'a jugée sans gravité et est retournée se coucher.

Benjamin la réveille et la conduit ainsi que sa femme de chambre jusqu'aux canots de sauvetage, réservés par priorité aux passagers de 1ère. Il assiste à la mise à l'eau du canot n°9 dans lequel elles ont été hissées.

Il revêt ensuite son plus beau costume et participe à l'organisation des secours. Il trouve le temps d'écrire une lettre à sa femme et de la confier à un steward.

Le Titanic.Ninette Aubart. Montmartre. Cimetière Saint-Vincent.

Il ne lui raconte pas d'histoire en lui parlant d'amour éternel, il lui dit simplement qu'il espère avoir fait de son mieux en remplissant son devoir.

Ninette Aubart

Ninette qui a tout perdu et qui plus tard dressera la liste de ses bijoux et de ses vêtements en espérant être indemnisée, assiste à la disparition du TITANIC et de l'homme qui devait changer sa vie.

Une fois débarquée aux Etats-Unis, elle n'a plus rien pour survivre. C'est la femme de Benjamin Guggenheim qui lui paye le billet de retour. Sans doute désire-t-elle l'éloigner au plus vite afin d'empêcher que s'ébruite une liaison qui, dans l'Amérique prude de ce temps, aurait porté préjudice à la réputation morale de son mari.

Ninette Aubart, sans ce naufrage, serait restée une illustre inconnue, une maîtresse parmi d'autres dans la liste d'un amateur de femmes.

Ninette Aubart (Fannie Brett) et Benjamin Gugenheim (Michael Ensign) Titanic de Cameron.

Ninette Aubart (Fannie Brett) et Benjamin Gugenheim (Michael Ensign) Titanic de Cameron.

Rescapée du naufrage, elle a vécu en France une vie banale.

Quelques rares photos nous montrent une femme apparemment sans histoire!

45 ans après le naufrage. Ninette joue au bridge.

45 ans après le naufrage. Ninette joue au bridge.

Ninette Aubart préfère sa Versailles au Titanic!

Ninette Aubart préfère sa Versailles au Titanic!

Elle repose aujourd'hui à quelques mètres du cabaret où elle a été chanteuse, très loin de la fosse marine où a été englouti son célèbre amant dans une eau de la couleur des émeraudes qu'il lui avait offertes.

tombe de Ninette Aubart (division 13)

tombe de Ninette Aubart (division 13)

Le Titanic.Ninette Aubart. Montmartre. Cimetière Saint-Vincent.
Le Titanic.Ninette Aubart. Montmartre. Cimetière Saint-Vincent.

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Parc de la Turlure

Parc de la Turlure

Allez savoir pourquoi cet endroit de la Butte porte le nom de Turlure?

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

   Ce qui est avéré c'est qu'au XVIIIème siècle y fut construit le treizième et dernier moulin montmartrois, à proximité du moulin de la Lancette qui serait aujourd'hui à l'emplacement des bâtiments annexes du Sacré-Coeur et du moulin Paradis qui serait en léger contrebas.

                                              Moulin de la Lancette

Emplacement du moulin de la Lancette

Emplacement du moulin de la Lancette

    Le meunier Pierre Debray et sa femme Catherine Blanchard achetèrent ce terrain en 1769 pour y édifier un moulin qui prit le nom de son lieu de naissance. 

Tombe des meuniers Debray au cimetière paroissial du Calvaire.

Tombe des meuniers Debray au cimetière paroissial du Calvaire.

    Ce nom désignait au Moyen-Âge une tirelire. Il était également porté par une sorte de cornemuse  ("Ture" étant un instrument de musique et "Loure" une grande musette).

    Nous passerons sous silence ou presque "la turlute" québécoise qui est une façon de chanter par onomatopées sur un air de violon et "la turlute" française qui est comme chacun sait une fantaisie dont la haute tenue morale de mon blog m'interdit de dire plus!

Parc de la Turelure.

Parc de la Turelure.

      Pourtant...vous connaissez les Montmartrois! Ils ont souvent la langue qui fourche et il leur arrive de parler du "parc de la turlute" avant de se reprendre, l'air penaud  : Euh ! Pardon! De la Turlure! 

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

    Ce moulin de la Turlure ne fut pas une tirelire pour les Debray car après  une soixantaine d'années il fut vendu par la veuve Debray et disparut corps et ailes comme avait disparu quelques années plus tôt, en 1817, le moulin Paradis englouti par les carrières de plâtre.

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

Tel fut le sort de nombreux moulins, fragilisés par les carrières quand ils n'étaient pas avalés par elles.

Le moulin de la Lancette connut le même sort et fut détruit avant de risquer d'être aspiré comme Jonas par la baleine mais sans espoir de résurrection!

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

     Toujours est-il que le seul des trois disparus dont on se rappelle le nom c'est notre moulin !

   Le parc actuel étant toujours appelé "parc de la Turlure" par les Montmartrois malgré sa métamorphose en 1988 en "square Marcel Bleustein- Blanchet". 

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

    Malgré ce que prétend le panneau informatif, le moulin ne fut pas élevé "sur les terrains appartenant aux sœurs du Cénacle" pour la bonne raison que les susnommées ne s'installèrent en ces lieux qu'à la fin du XIXème siècle.

                               Le Cénacle, rue Lamarck

 

Elles en restèrent propriétaires jusqu'à ce la mairie les incite à en vendre une partie, aussitôt transformée en logements sociaux et en résidence pour personnes âgées.

La grotte du parc.

La grotte du parc.

    De leur sainte occupation ne subsiste qu'une grotte, ancienne réplique miniature de celle de Lourdes. Les statues sulpiciennes en ont été enlevées et l'accès a été protégé par des grilles qui en interdisent l'accès aux enfants pour lesquels une aire de jeux a été installée.

 

Le parc s'étend côté sud rue du Chevalier de la Barre :

 

Entrée rue du Chevalier de La Barre
Entrée rue du Chevalier de La Barre

Entrée rue du Chevalier de La Barre

    L'entrée principale est ornée d'un éphémère pochoir de Louise Michel. La Vierge Rouge est pour toujours présente, à proximité des fameux canons et non loin de l'école qu'elle dirigea. 

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.
Rue de la Bonne

Rue de la Bonne

Le côté ouest du parc longe la rue de la Bonne dont le nom rappelle la fontaine de la bonne eau située dans sa partie basse.

Côté nord vers la rue Lamarck.

Côté nord vers la rue Lamarck.

    Le côté nord donne sur l'escalier de la rue de la Bonne et la résidence pour personnes âgées.

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

    Faisons un petit tour dans le parc apprécié des enfants et des amoureux…

Plusieurs espaces sont bien délimités : 

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

La partie haute est "le grand salon" qui jouxte l'allée sous les tonnelles de glycines.

Le jardin a été conçu par l'architecte Antoine Grumbach, celui-là même qui a restructuré le centre de Shangaï! Il a sur, sur un terrain relativement réduit, donner l'impression de variété et d'espace. 

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

...L'allée verte qui relie le "grand salon" au "salon vert".

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

    "Le salon vert" abrite un  amphithéâtre trop peu utilisé.

Il y avait jadis en fond de scène un mur d'eau qui est malheureusement tari aujourd'hui et qui n'est plus qu'un mur...

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

La partie basse est occupée par l'aire de jeux...

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

Par une pente quasi sauvage...

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

Et par le boulodrome sur lequel donnent les fenêtres de la résidence pour les seniors...

Marcel Bleustein-Blanchet

Marcel Bleustein-Blanchet

     Pourquoi la Turlure a t-elle reçu le nom de Bleustein-Blanchet?

    C'est que l'homme est lié à Montmartre où il a passé son enfance. C'est aussi sur le Barbès qu'il commença à vendre des meubles avant d'être attiré par la publicité (la réclame!)

Edouard Vaillant

Edouard Vaillant

   Notons que sa femme est la petite fille d'Edouard Vaillant, élu de la Commune dont on sait à quel point elle est liée à l'histoire de Montmartre.

Pas étonnant de retrouver le jeune Marcel dans la Résistance, en première ligne pendant l'occupation (pendant laquelle il prend le nom de Blanchet).

Rue du Chevalier de La Barre. A gauche la crèche Marcel Bleustein-Blanchet

Rue du Chevalier de La Barre. A gauche la crèche Marcel Bleustein-Blanchet

… Une crèche porte son nom rue du Chevalier de la Barre à 200 mètres du square. Elle doit son existence, pour l'essentiel à une donation considérable qu'il lui a faite.

On s'amusa en remarquant que ses initiales étaient prémonitoires  M.B.B. "Aime bébés"!

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

Et voilà comment nous sommes passés de la Turlure à la tututte! 

    Retenons encore que sur ce haut-lieu de Montmartre où l'on fusilla sans procès pendant la Commune, le parc porte le nom d'un homme dont la fille Elisabeth Badinter soutint sans relâche son mari qui obtint grâce à son courage et sa volonté l'abolition de la peine de mort.

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

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La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.
Simone Valéry à la Gaîté Rochechouart

Simone Valéry à la Gaîté Rochechouart

     Ils sont nombreux les music-halls dont ne subsistent que le nom dans la mémoire de notre quartier… La Gaîté Rochechouart est un de ceux-là.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

     Ce n'était à l'origine, au 15 du boulevard de Rochechouart, qu'un vaste hangar qui servait d'entrepôt. Un dénommé Flécheux l'acquit pour le transformer en music-hall. Disons plutôt pour y installer chaises, tables, estrade rudimentaire. Le lieu était triste et banal, une bonne raison pour l'appeler "La Gaîté"!

Nous sommes en 1867, date de naissance de ce "music-hall" qui l'année suivante compléta son nom et devint "La Gaîté-Rochechouart".

Emilie Bécat

Emilie Bécat

     Il passa ensuite entre les mains de plusieurs propriétaires parmi lesquels, la plus originale fut Emilie Bécat, chanteuse aux nombreux admirateurs fascinés par son talent et son énergie. 

Paulus qui l'aimait beaucoup a parlé d'elle dans ses mémoires : "C'était du vif argent. Elle courait, bondissait, se tordait avec des gestes câlins et canailles". elle inaugura un genre qu'on qualifia d'épileptique!

 

     C'est en 1876 que grâce à un riche protecteur, elle put réaliser son rêve et acquérir ce music-hall. Elle en prit possession comme un capitaine ignorant des règles de la navigation.

Elle présenta sur scène Jean Richepin qui interprétait ses textes et qui malgré son succès populaire fut poursuivi par la justice à cause de ses "Chansons des gueux". Amende et prison pour avoir décrit une étreinte entre deux clochards!

 

Jean Richepin

Jean Richepin

 La jeune Mistinguett y fit ses débuts en 1876 mais n'y chanta que quelques mois avant de choisir l'Eldorado dont le nom et le renom nom lui promettaient une riche carrière!

    Ni Richepin ni Mistinguett ne suffirent à assurer la rentabilité de la salle qu'Emilie ne savait gérer. Elle perdit l'argent que ses charmes lui avaient rapporté et elle quitta Paris pour Saint-Pétersbourg où elle espérait se refaire une santé!

Jane d'Alma à la Gaîté Rochechouart

Jane d'Alma à la Gaîté Rochechouart

     La salle fut reprise par Auguste Richard qui créa les premiers cafés- concerts jusqu'en 1892 où les Varlet prirent le relais et firent de la Gaîté un des lieux les plus vivants et les plus appréciés des amateurs.

Roussel à la Gaîté Rochechouart

Roussel à la Gaîté Rochechouart

Mauricette d'Arbois à la Gaîté Rochechouart

Mauricette d'Arbois à la Gaîté Rochechouart

    Pendant 24 ans la Gaîté-Rochechouart vécut sa grande période. La plupart de ses vedettes d'une saison sont aujourd'hui oubliées mais il suffit de regarder leurs photos pour que revive la Belle Epoque avec sa fantaisie, son kitsch, ses artifices et ses charmes.

De Vincenzi à la Gaîté Rochechouart

De Vincenzi à la Gaîté Rochechouart

Ces "beautés" fin de siècle nous étonnent parfois tant elles sont, pour la plupart, éloignées des canons actuels. 

De morlaix à la Gaîté Rochechouart

De morlaix à la Gaîté Rochechouart

    Parmi les vedettes les plus appréciées, une certaine Merelli occupa une des premières places si l'on en juge au grand nombre de cartes postales la représentant. 

Léotor à la Gaîté Rochechouart

Léotor à la Gaîté Rochechouart

Verly à la Gaîté Rochechouart

Verly à la Gaîté Rochechouart

Sterly à la Gaîté Rochechouart

Sterly à la Gaîté Rochechouart

     Pendant cet âge d'or, la Gaîté faisait sa publicité sur les murs de Paris et recevait parmi ses spectateurs des poètes et des peintres de Montmartre.

 

                                       

 

     Certes les autres music halls du boulevard, surtout après l'ouverture du Moulin Rouge, avaient-ils plus de succès et plus de "stars" que la Gaîté mais on connaît au moins un dessin de Lautrec y représentant Nicolle en pierreuse (prostituée de la rue)

 

 

     Une autre artiste qui marquera l'histoire de la chanson française passa par la Gaîté en 1910.

Il s'agit de Fréhel. Elle venait de divorcer d'un comédien bellâtre, Roberty qui après avoir fait un enfant qui ne survivra que quelques mois, lui avait préféré Damia, la grande rivale aux accents tragiques, voire mélodramatiques.

 

    Fréhel qui avait abandonné son nom de scène "Pervenche" pour celui du cap breton qui lui rappelait ses origines, impressionne encore aujourd'hui par sa voix forte et populaire, par ses textes réalistes qui avec le temps ont pris une teinte poétique et mélancolique.

Le bas Montmartre où elle a vécu et où elle est morte, misérable, dans une chambre sordide d'un hôtel de Pigalle, reste lié à son histoire. Elle a d'ailleurs chanté le quartier saccagé par la spéculation immobilière:

"Mais Montmartre semble disparaître

Car déjà de saison en saison

Des Abbesses à la place du tertre

On démolit nos vieilles maisons.

Sur les terrains vagues de la Butte

De grandes banques naîtront bientôt,

Où ferez-vous alors vos culbutes,

Vous les pauvres gosses à Poulbot? (…)"

Colette

Colette

     Une autre grande dame se produisit à la Gaîté. Il s'agit de Colette qui y donna ses pantomimes avec un certain succès.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

Elle évoque cette période de sa vie dans son roman "La Vagabonde" où la Gaîté-Rochechouart est appelée "L'Empirée-Clichy". La romancière y a rencontré de nombreuses artistes fauchées et a porté sur elles un regard fraternel (on dirait aujourd'hui sororal) et quelques fois amoureux.

"L'espèce n'est pas rare en ce pays montmartrois de ces filles qui vivent de misère et d'orgueil, belles de leur dénuement éclatant."

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

    En 1923 un incendie détruisit le théâtre qui fut remanié et reconstruit.

Pendant quelques années de nombreuses pièces légères y furent données comme "Quand on a fait ça une fois"... "La mariée en vadrouille"... Certaines y furent créées : "C'est un enfant de l'amour", "Jojo le livreur d'amour", "L'Ecole des courtisanes"...

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

    Mais comme la plupart des théâtres du boulevard, la Gaîté ne faisait plus recette. L'avènement du cinématographe lui porta le coup de grâce. Tout en gardant son nom, la salle se transforma en cinéma en 1932.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

   En attendant que la télévision à son tour ne le détrône et provoque la fermeture des grandes salles aux trois-quarts vides.

Le nom même de  "Gaîté -Rochechouart" disparut définitivement en 1988.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

    Des commerces variés et éphémères se sont installés à sa place. Aujourd'hui, c'est une enseigne de vêtements masculins, sans fantaisie ni originalité qui ouvre ses portes à des hommes qui ignorent que leurs aînés venaient là, au temps du music hall, non pour acheter des jeans et des joggings mais pour rêver devant des femmes vêtues de plumes, de strass et de lumière.

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Rue de l'abreuvoir

Rue de l'abreuvoir

 Le 4 rue de l'abreuvoir (2019)

Le 4 rue de l'abreuvoir (2019)

Le 4 (1930)

Le 4 (1930)

     Au début de la rue de l'abreuvoir, séparée de la maison rose par un seul immeuble, une maison à l'architecture composite attire l'attention des passants. Il s'agit de la maison des aigles.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Sur les photos du début du XXème siècle, elle n'existe pas encore. Elle n'a pas encore remplacé une modeste demeure villageoise dont un mur pignon donnait sur la rue et dont les pierres auraient été réutilisées dans la nouvelle construction.

(On peut voir sur la carte ci-dessus, un peu avant le personnage, la vieille maison et son mur pignon).

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Il faut attendre 1924 pour voir la maison des aigles nidifier sur la Butte.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     De style rustique et composite, elle serait si l'on en croit André Roussard,  grand érudit montmartrois malheureusement décédé, l'œuvre de Joseph de la Nézière. (Dictionnaire des lieux de Montmartre. Editions andré Roussard).

     Je ne sais qu'en penser pour la bonne raison que Joseph de La Nézière (1873-1944) n'était pas architecte mais peintre, intéressé non par Montmartre mais par les pays du Maghreb où il résida souvent et pour lesquels il créa de nombreuses affiches. Peut-être a t-il dessiné cette maison avant qu'un architecte ne la réalise? 

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Mais pour qui a t-elle été construite ? La réponse est plus facile, une plaque apposée sur la façade nous renseigne!

 

Elle fut la demeure du "commandant Henry Lachouque, historien de Napoléon et de la Grande armée (1883-1971)".

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Lachouque? Le touriste restera dubitatif, comme je le fus devant cet illustre commandant. Napoléon éveillera sans doute plus de clignotants dans sa cervelle.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Le commandant fut pourtant un historien passionné par Napoléon.

Il fut formé à Saint-Cyr, promotion Austerlitz (!) et combattit pendant la 1ère guerre avec les gants blancs et le casoar. Il fut blessé en 1914 à la bataille de la Marne et dut quitter l'armée. 

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Les toqués de Napoléon qui comme on sait rendit fous de nombreux de ses fans, le connaissent bien sûr et ont dévoré la quinzaine de livres qu'il consacra au grand homme et à son armée.

   

     Il fonda l'Association des amis de Sainte-Hélène, il fit restaurer la fameuse maison de Longwood où l'empereur déchu passa ses dernières années, il fut enfin conservateur pendant dix ans du musée de la Malmaison. Une vie consacrée à Napoléon!

La Malmaison

La Malmaison

    Cette passion a envahi la maison des aigles. Les pièces abritaient un musée de souvenirs napoléoniens, d'objets divers ayant appartenu à Napoléon, à Joséphine ou aux princes impériaux.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     L'extérieur n'est pas en reste! L'entrée est surveillée par deux aigles prêts à fondre sur leur proie. Ils ont donné son nom à la maison.

 

On retrouve l'aigle impériale sur l'enseigne qui se balance au vent….

 

   Une des curiosités de la maison est le cadran solaire, un des plus photographiés de France et de Navarre.

Ce n'est pas un aigle mais un coq (dessiné par Henry Lachouque lui-même) qui s'exprime...

    Il s'adresse au campanile du Sacré-Cœur voisin et il lui dit qu'au moment où il fera sonner ses cloches pour les Laudes matinales, il l'accompagnera de son chant.

Le campanile du Sacré-Coeur vu de la rue de l'abreuvoir et de la maison des aigles. 

    Et voilà ce qu'on peut dire de cette maison qui suscite l'intérêt des passants!

Notons que Henry lachouque, reconnu comme spécialiste sérieux de l'Empire fut sollicité à plusieurs reprises pour donner des conseils à des cinéastes dont les films se situaient à cette époque.  

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

    J'ai oublié un détail intrigant. La phrase prononcée par le coq comporte une curiosité.

 

    Le "N" de "quand" est écrit à l'envers, comme une lettre de l'alphabet cyrillique.

Est-ce une allusion à la désastreuse campagne de Russie? 

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