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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

montmartre monuments. cabarets. lieux

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux, #MONTMARTRE. Rues et places.
La Tour Montmartre.  Rue de l'Empereur. Rue Lepic. Tour Solférino.

 (Je republie cet article en cet été 2024 grâce à des amis de Montmartre qui m'ont envoyé de nouvelles et rares photos de cette mystérieuse Tour)

Avant que le Sacré-Cœur ne dominât la Butte de toute sa blancheur, le plus beau panorama sur Paris s'offrait aux visiteurs depuis une tour de 43 mètres de haut où il était possible d'accéder par un escalier afin de profiter moyennant un modeste droit du "point de vue" exceptionnel.

La Tour Montmartre.  Rue de l'Empereur. Rue Lepic. Tour Solférino.

      Adolphe Joanne évoque l’établissement dans son ouvrage Paris illustré : Nouveau Guide de l’étranger et du Parisien : « Aux coins des rues de l’Empereur et du Vieux-Chemin [actuelle rue Ravignan], en face d’un petit réservoir octogone des eaux de Paris, sur les bâtiments du café de la Tour Montmartre, dont l’enseigne porte cette inscription prétentieuse : Au plus beau point de vue du monde, s’élève une tour-belvédère à deux étages, avec balcons, et du haut de laquelle on découvre absolument la même vue que de la terrasse des Moulins. D’autres belvédères ont été construits, dans ces dernières années, sur différents points du versant méridional de la butte » (

La Tour Montmartre.  Rue de l'Empereur. Rue Lepic. Tour Solférino.

Ce daguerréotype rarissime dévoile la vue que l'on pouvait avoir du haut de cette Tour-Panorama. On reconnaît la rue Lepic (rue de l'Empereur), la courbe et le moulin de la Galette (Radet) et plus bas le Blute-Fin.

La Tour Montmartre.  Rue de l'Empereur. Rue Lepic. Tour Solférino.

     Nous connaissons donc l'emplacement précis de cette guinguette et de sa tour, sur ce triangle qui fait aujourd'hui partie de la place Jean Baptiste Clément, devant le vieux réservoir que l'on aperçoit sur la droite. 

 

    Et que savons-nous d'autre? Rien! ou presque! Sinon qu'elle était située 114 rue de l'Empereur, ce qui nous permet de la dater entre 1852 et 1864. C'est en effet pendant ces années que l'actuelle rue Lepic s'appelait rue de l'Empereur.

La Tour Montmartre.  Rue de l'Empereur. Rue Lepic. Tour Solférino.

     La tour Montmartre pouvait se vanter d'être la seule à offrir un panorama impressionnant sur la ville car sa rivale, La tour Solférino, ne rivalisa avec elle qu'à partir de 1859, date de son érection.

La Tour Montmartre.  Rue de l'Empereur. Rue Lepic. Tour Solférino.

Les deux tours offraient bien  des ressemblances. La tour Solférino élevée à côté d'une guinguette qui portait son nom, reliée à elle par une passerelle, était située à l'emplacement de la crèche israélite actuelle, rue Lamarck, sur le versant est de la Butte. 

La Tour Montmartre.  Rue de l'Empereur. Rue Lepic. Tour Solférino.

Elle sera en partie détruite en 1870 car elle risquait de servir de repère aux tirs prussiens.

                                       1ère décapitation de la tour en 1870

 

           Elle sera entièrement rasée quatre ans plus tard.

 

     Mais si nous avons de nombreuses informations sur la Tour Solférino, il n'est est pas de même pour notre Tour Montmartre dont il ne subsiste pour l'évoquer qu'un bas relief de stuc au-dessus de la porte d'entrée d'un petit immeuble bien plus jeune qu'elle, 10 place Jean Baptiste Clément.

 

La Tour Montmartre.  Rue de l'Empereur. Rue Lepic. Tour Solférino.

Nous nous contenterons donc de ce modeste hommage dont Montmartre a le secret (stucs sur l'horrible immeuble qui écrasa la maison de Mimi Pinson. Stucs sur le non moins hideux immeuble qui fit disparaître la maison de Berlioz).

    Par chance aucun immeuble locatif de briques grises n'est venue prendre la place de notre Tour. Un jardin ouvert sur le ciel et sur le paysage urbain, permet à notre imagination de l'ériger à nouveau et d'entendre les flonflons de la guinguette.

 

La Tour Montmartre.  Rue de l'Empereur. Rue Lepic. Tour Solférino.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places., #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux
Les cinémas  sur le boulevard de Rochechouart (et à proximité). Jadis et aujourd'hui.

Après avoir ranimé le souvenir des cinémas du boulevard de Clichy, de la place et de l'avenue éponymes, complétons le tableau avec le boulevard Marguerite de Rochechouart (et à proximité).

Les cinémas  sur le boulevard de Rochechouart (et à proximité). Jadis et aujourd'hui.

Il y avait là onze salles dont ne subsiste aujourd'hui en tant que cinéma qu'une seule et unique et précieuse. Quelques unes n'ont pas disparu et ont retrouvé leur vocation théâtrale ou musicale.

Les cinémas  sur le boulevard de Rochechouart (et à proximité). Jadis et aujourd'hui.

Commençons par le 15 du boulevard. Une salle qui a son histoire dans l'épopée musicale de Montmartre. La Gaité Rochechouart.

Nous lui avons consacré un article complet, aussi ne nous répéterons nous pas.

En 1923, le café-concert où ont chanté (entre autres) Mistinguett, Fréhel, Maurice chevalier disparaît dans les flammes. Reconstruit il poursuit sa carrière jusqu'en 1933 où il se métamorphose en cinéma.

 

En 1941, ses propriétaires en sont dépossédés par les lois d'aryanisation de Pétain.

Le cinéma ne ferme ses portes qu'une année avant de reprendre son activité lucrative, ayant trouvé repreneur trop heureux de l'acquérir à un prix bradé.

Il ferme en 1987. Il devient un  magasin CELIO. Aujourd'hui Celio a été remplacé par un bazar qui propose objets et ustensiles pour la maison...

 

 

Les cinémas  sur le boulevard de Rochechouart (et à proximité). Jadis et aujourd'hui.

Voisin à un numéro près, se trouvait le Delta Palace, au 17 bis boulevard de Rochechouart sur un espace arrondi que les habitants du quartier appellent encore aujourd'hui, à tort,  place du Delta, du nom d'une rue voisine.

 

Le cinéma a ouvert ses portes en 1925 et les a fermées en 1985 après avoir tenté de survivre en ne projetant que des films indiens, Bollywood surtout. Mais la population indienne n'était pas vraiment proche, plus près de La Chapelle que de Barbès.

Ce qui est intéressant pour les amoureux du passé et les archéologues des détails et des éléments qui survivent sous la "modernité" c'est que le magasin de fripes a gardé la structure et certains décors du vieux cinéma.

 

Modiano l'évoque en passant dans "Pedigree" : "Nous étions entrés à l'abri du soleil, dans l'obscurité d'une petite salle, le Delta."

65 rue de Rochechouart.

65 rue de Rochechouart.

Deux cinémas qui étaient à proximité non pas sur le boulevard mais dans la rue Marguerite de Rochechouart ont été démolis pour laisser place à deux des plus laids immeubles du quartier  construits dans les grandes années vandales de Pompidou premier ministre qui trouveront leur apothéose sous sa présidence ave entre autres la destruction des Halles, chef d'œuvre de Baltard.

En 1912 fut inaugurée une salle de music-hall qui fut en son temps, paraît-il "le plus beau dancing de Paris". Le Coliseum Cinéma-Music Hall possédait une belle salle de plus de 1000 fauteuils qui pouvait se métamorphoser en dance floor.

 

 en 1961 l'ensemble fut détruit au profit d'un garage Renault (aujourd'hui remplacé par un super marché) et un immeuble d'habitation massif et sans grâce.

Presque en face, il y eut une autre salle au 66 rue de Rochechouart :  le Rochechouart-Pathé qui fut cinéma-brasserie de 1907 à 1956. Il eut le même sort que son voisin de l'autre côté de la rue et il se métamorphosa comme lui en immeuble banal et sans originalité. Je n'ai trouvé aucun document qui permette de transmettre son image évanouie.

Remontons sur le boulevard pour évoquer un des plus vastes cinémas du quartier au 56.

Il s'agit du Palais-Rochechouart.

Il est construit en 1912 dans le style composite des salles de cette époque. Sa riche décoration n'émeut pas les repreneurs qui en 1930 le rénovent façon élégante de dire qu'ils le détruisent pour ériger à sa place un cinéma massif de béton brut dont le seul ornement est une immense verrière.

Sous le nom de Palais Rochechouart Aubert il peut accueillir plus de 1500 spectateurs

En 1969, selon Gainsbourg année érotique, il ne cède pas à la mode des films pornos qui prolonge quelques uns de ses congénères. Non, il cesse son activité de cinéma. Il devient un immense bazar qui bazardera sa camelote pendant plus de trente ans.

 

C'est en 2000 qu'il est anéanti. Il laisse place à un immeuble d'habitation qui abrite une filiale de Darty. Aujourd'hui Boulanger.

Le Trianon

Le Trianon

Le Trianon, 80 boulevard de Rochechouart. Par chance cette belle salle a survécu au grand saccage du boulevard. Un article lui est consacré sur ce blog. Sa carrière cinématographique commence en 1938 sous le nom de Cinéphone Rochechouart. Elle durera jusqu'en 1992. Le Trianon redeviendra un théâtre, Music Hall, une des salles de concert les plus actives de Paris.

Son architecte Cassien Bernard n'est autre que celui du plus beau pont de Paris, le pont Alexandre III.

 

Les cinémas  sur le boulevard de Rochechouart (et à proximité). Jadis et aujourd'hui.

Non loin du Trianon il y eut au 114 un petit cinéma ouvert en 1933 à côté de la Cigale et qui portait évidemment le nom de Studio La Fourmi!

Il subsista jusqu'en 1986 aussi longtemps que sa voisine la Cigale qui, elle avait abandonné le music hall pour l'écran en 1927.

La façade modern style a été ratiboisée comme beaucoup d'autres dans le quartier. L'intérieur de la salle en revanche a gardé  quelque souvenir de son passé de théâtre.

C'est en 1987 qu'elle redevint une salle de concert dont le succès fut immédiat. La Fourmi sa voisine fut intégrée à la salle, faisant mentir la fable. C'est la cigale qui triompha et qui continua de chanter saison après saison après avoir dévoré la fourmi!

 

 

Juste à quelques pas de là, 75 rue des Martyrs un autre lieu mythique de Montmartre nous attend.

Il s'agit du célébrissime Divan Japonais, immortalisé par Lautrec et Yvette Guilbert entre autres gloires des années glorieuses du quartier. Un article est consacré sur le blog à cette salle avant qu'elle ne devienne cinéma.

Lorsque les revues ne firent plus recette, le Divan se transforma en "Comédie Mondaine" qui monta des pièces plus ou moins légères et le plus souvent boulevardières.

C'est en 1930 qu'il céda à la mode du cinéma sous le nom de "Nouvelle Comédie Cinéma". Il changea encore de nom en 1980 "Amsterdam Pigalle" allusion aux rues chaudes de la capitale des Pays-Bas. Evidemment il proposait des comédies érotiques avant d'opter pour le porno pur et dur (!)

Il est redevenu salle de concerts en 1992, reprenant en partie son nom de naissance en l'élargissant à tous les pays : "le Divan du Monde" et consacrant sa programmation aux musiques venues de tous les horizons. Une belle renaissance.

 

Puisque nous sommes rue des Martyrs, continuons à grimper jusqu'à la rue La Vieuville, là où elle s'achève depuis le début de son ascension au chevet de Notre-Dame de Lorette.

Un peu à gauche, au début de la rue rien ne peut nous permettre d'imaginer qu'il y eut là, entre le square Jehan-Rictus et le premier petit immeuble, un cinéma de quartier qui échappait à l'ambiance du Rochechouart nettement érotisée pour accueillir un public familial.

 

 

Le cinéma ouvrit en 1939 et ferma en 1960. Il n'a pas connu de métamorphose mais disparut corps et âme, ne laissant de souvenir que dans la mémoire des vieux Montmartrois.

Avec lui s'achève notre promenade sur le boulevard et à proximité.

Nous n'avons plus qu'à jeter un  œil sur le plus beau, celui dont la résurrection a été une chance pour le quartier de Barbès. Le Louxor, au carrefour Rochechouart, Magenta, La Chapelle dresse ses disques solaires dans le ciel bleu ou gris de Paris.

Son décor de mosaïques et de vitraux est exceptionnel.. Il a connu quelques avatars avant de devenir un centre de culture et d'échange où les réalisateurs aiment présenter leurs films.

Il commence sa carrière en 1921 et il ne cessera ses activités qu'en 1983.

Il est alors cédé à Tati qui l'utilise comme entrepôt. En 1986, il change d'activité pour muer en discothèque, "la Dérobade" puis "Megatown" pour des nuits gay.

Mal géré, il ferme ses portes et il est laissé à l'abandon. Il se dégrade peu à peu dans une déchéance qui semble irréversible. C'était compter sans une association très motivée qui pétitionne, rencontre le maire, Delanoé, et obtient que la ville le rachète (2003) pour en faire après 10 ans de travaux, le lieu exceptionnel qu'il est devenu et qui fait de Barbès un pôle culturel du nord parisien.

Il est agréable pour moi de conclure cet article avec cette résurrection alors que nous avons déploré tant de vandalisme et de destruction irrémédiable dans ce quartier que nous aimons.

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La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.
Simone Valéry à la Gaîté Rochechouart

Simone Valéry à la Gaîté Rochechouart

     Ils sont nombreux les music-halls dont ne subsistent que le nom dans la mémoire de notre quartier… La Gaîté Rochechouart est un de ceux-là.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

     Ce n'était à l'origine, au 15 du boulevard de Rochechouart, qu'un vaste hangar qui servait d'entrepôt. Un dénommé Flécheux l'acquit pour le transformer en music-hall. Disons plutôt pour y installer chaises, tables, estrade rudimentaire. Le lieu était triste et banal, une bonne raison pour l'appeler "La Gaîté"!

Nous sommes en 1867, date de naissance de ce "music-hall" qui l'année suivante compléta son nom et devint "La Gaîté-Rochechouart".

Emilie Bécat

Emilie Bécat

     Il passa ensuite entre les mains de plusieurs propriétaires parmi lesquels, la plus originale fut Emilie Bécat, chanteuse aux nombreux admirateurs fascinés par son talent et son énergie. 

Paulus qui l'aimait beaucoup a parlé d'elle dans ses mémoires : "C'était du vif argent. Elle courait, bondissait, se tordait avec des gestes câlins et canailles". elle inaugura un genre qu'on qualifia d'épileptique!

 

     C'est en 1876 que grâce à un riche protecteur, elle put réaliser son rêve et acquérir ce music-hall. Elle en prit possession comme un capitaine ignorant des règles de la navigation.

Elle présenta sur scène Jean Richepin qui interprétait ses textes et qui malgré son succès populaire fut poursuivi par la justice à cause de ses "Chansons des gueux". Amende et prison pour avoir décrit une étreinte entre deux clochards!

 

Jean Richepin

Jean Richepin

 La jeune Mistinguett y fit ses débuts en 1876 mais n'y chanta que quelques mois avant de choisir l'Eldorado dont le nom et le renom nom lui promettaient une riche carrière!

    Ni Richepin ni Mistinguett ne suffirent à assurer la rentabilité de la salle qu'Emilie ne savait gérer. Elle perdit l'argent que ses charmes lui avaient rapporté et elle quitta Paris pour Saint-Pétersbourg où elle espérait se refaire une santé!

Jane d'Alma à la Gaîté Rochechouart

Jane d'Alma à la Gaîté Rochechouart

     La salle fut reprise par Auguste Richard qui créa les premiers cafés- concerts jusqu'en 1892 où les Varlet prirent le relais et firent de la Gaîté un des lieux les plus vivants et les plus appréciés des amateurs.

Roussel à la Gaîté Rochechouart

Roussel à la Gaîté Rochechouart

Mauricette d'Arbois à la Gaîté Rochechouart

Mauricette d'Arbois à la Gaîté Rochechouart

    Pendant 24 ans la Gaîté-Rochechouart vécut sa grande période. La plupart de ses vedettes d'une saison sont aujourd'hui oubliées mais il suffit de regarder leurs photos pour que revive la Belle Epoque avec sa fantaisie, son kitsch, ses artifices et ses charmes.

De Vincenzi à la Gaîté Rochechouart

De Vincenzi à la Gaîté Rochechouart

Ces "beautés" fin de siècle nous étonnent parfois tant elles sont, pour la plupart, éloignées des canons actuels. 

De morlaix à la Gaîté Rochechouart

De morlaix à la Gaîté Rochechouart

    Parmi les vedettes les plus appréciées, une certaine Merelli occupa une des premières places si l'on en juge au grand nombre de cartes postales la représentant. 

Léotor à la Gaîté Rochechouart

Léotor à la Gaîté Rochechouart

Verly à la Gaîté Rochechouart

Verly à la Gaîté Rochechouart

Sterly à la Gaîté Rochechouart

Sterly à la Gaîté Rochechouart

     Pendant cet âge d'or, la Gaîté faisait sa publicité sur les murs de Paris et recevait parmi ses spectateurs des poètes et des peintres de Montmartre.

 

                                       

 

     Certes les autres music halls du boulevard, surtout après l'ouverture du Moulin Rouge, avaient-ils plus de succès et plus de "stars" que la Gaîté mais on connaît au moins un dessin de Lautrec y représentant Nicolle en pierreuse (prostituée de la rue)

 

 

     Une autre artiste qui marquera l'histoire de la chanson française passa par la Gaîté en 1910.

Il s'agit de Fréhel. Elle venait de divorcer d'un comédien bellâtre, Roberty qui après avoir fait un enfant qui ne survivra que quelques mois, lui avait préféré Damia, la grande rivale aux accents tragiques, voire mélodramatiques.

 

    Fréhel qui avait abandonné son nom de scène "Pervenche" pour celui du cap breton qui lui rappelait ses origines, impressionne encore aujourd'hui par sa voix forte et populaire, par ses textes réalistes qui avec le temps ont pris une teinte poétique et mélancolique.

Le bas Montmartre où elle a vécu et où elle est morte, misérable, dans une chambre sordide d'un hôtel de Pigalle, reste lié à son histoire. Elle a d'ailleurs chanté le quartier saccagé par la spéculation immobilière:

"Mais Montmartre semble disparaître

Car déjà de saison en saison

Des Abbesses à la place du tertre

On démolit nos vieilles maisons.

Sur les terrains vagues de la Butte

De grandes banques naîtront bientôt,

Où ferez-vous alors vos culbutes,

Vous les pauvres gosses à Poulbot? (…)"

Colette

Colette

     Une autre grande dame se produisit à la Gaîté. Il s'agit de Colette qui y donna ses pantomimes avec un certain succès.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

Elle évoque cette période de sa vie dans son roman "La Vagabonde" où la Gaîté-Rochechouart est appelée "L'Empirée-Clichy". La romancière y a rencontré de nombreuses artistes fauchées et a porté sur elles un regard fraternel (on dirait aujourd'hui sororal) et quelques fois amoureux.

"L'espèce n'est pas rare en ce pays montmartrois de ces filles qui vivent de misère et d'orgueil, belles de leur dénuement éclatant."

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

    En 1923 un incendie détruisit le théâtre qui fut remanié et reconstruit.

Pendant quelques années de nombreuses pièces légères y furent données comme "Quand on a fait ça une fois"... "La mariée en vadrouille"... Certaines y furent créées : "C'est un enfant de l'amour", "Jojo le livreur d'amour", "L'Ecole des courtisanes"...

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

    Mais comme la plupart des théâtres du boulevard, la Gaîté ne faisait plus recette. L'avènement du cinématographe lui porta le coup de grâce. Tout en gardant son nom, la salle se transforma en cinéma en 1932.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

   En attendant que la télévision à son tour ne le détrône et provoque la fermeture des grandes salles aux trois-quarts vides.

Le nom même de  "Gaîté -Rochechouart" disparut définitivement en 1988.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

    Des commerces variés et éphémères se sont installés à sa place. Une enseigne de vêtements masculins tout d'abord pour des hommes qui pour la plupart ignoraient que leurs lointains aînés venaient là, au temps du music hall, non pour acheter des jeans et des joggings mais pour rêver devant des femmes vêtues de plumes, de strass et de lumière.

Aujourd'hui c'est un bazar qui peaufine son installation. Il proposera des objets utiles ou inutiles pour la cuisine, la décoration, le loisir...

Il n'y aura plus que les casseroles pour nous permettre d'organiser un concert!

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Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

J'avais depuis longtemps envie d'entrer dans ce minuscule restaurant idéalement situé en bas de la rue du Calvaire bien nommée pour l'épreuve qu'impose aux touristes l'ascension de son escalier abrupt.

Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

La façade est gaie et parfois un gros nounours repu est assis à côté de l'entrée, laissant entendre par son air satisfait qu'il sort de table, comblé et extatique.

 

 

 

Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.
Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

Il y a quelques années le restaurant s'appelait "Chez Marie", nom qu'il avait reçu dès sa création.

Et qui lui porta chance pendant une trentaine d'années. Une fois Marie à la retraite, c'est l'Artiste qui prit la place.

J'y suis allé malgré ma méfiance et la réputation pour le moins médiocre de la plupart des restaurants de la Butte.. Un jour d'anniversaire, après avoir lu quelques avis proches de la glorification publiés sur des sites connus des consommateurs venus des quatre coins de la planète (qui n'en est pas moins ronde) j'ai franchi le seuil. "Salut l'Artiste!"

Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

L'accueil est souriant, chaleureux, ensoleillé. Le lieu paraît un peu trop resserré, bas de plafond et décoré de reproductions d'affiches et de tableaux qui forment un camaïeu indistinct et luisant. 

Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

Mais dans ce fouillis, émerge une fresque qui a aussitôt attiré mon attention de catophile, que dis-je, de catolâtre absolu. Une fresque venue du temps de "Chez Marie"

Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

Au pays du Chat Noir de Bruant, les matous sont partout chez eux.

D'autant plus que leur plus grand admirateur, Steinlen qui habitait sur l'autre versant, leur a consacré la majeure partie de son  œuvre, hymne à leur beauté, leur sauvagerie, leur noblesse, leur nonchalance.

Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

Le peintre qui a créé la fresque s'appelle J. Meyali. Il a daté son travail de 1995. Point final. Je ne peux en dire plus sur cet artiste après avoir cherché en vain  sur la toile quelques renseignements, quelques bribes de sa vie. Rien, rien de rien.

 

Je lance un appel à mes amis Montmartrois (et autres) au cas où ils auraient quelque information qui me permettrait de rendre hommage à ce peintre méconnu qui peut-être paya son écot grâce à sa joyeuse assemblée de chats.

Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

C'est évidemment à Steinlen qu'il fait penser, surtout avec ses chats au premier plan, moins avec ceux qui singent des attitudes humaines à l'arrière plan. Steinlen n'aurait jamais abaissé les félins jusqu'à leur donner des allures humaines!

Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

Les stars de cette assemblée qui trinque et fait la fête, ce sont le  blanc et le noir aux yeux d'or.

Restaurant l'Artiste 27 rue Gabrielle. Fresque de chats. Meyali.

On les retrouve presque identiques, passant la tête au-dessus du comptoir pour jeter un œil dans la salle sur les consommateurs qui envahissent leur espace. Ils n'ont pas l'air d'apprécier cette intrusion, pas plus qu'ils ne participent à la fiesta alcoolisée de leurs congénères.

Ce sont donc de vrais chats qui n'aspirent qu'au calme, à l'harmonie, éventuellement à la caresse d'un humain capable de les comprendre et de s'abaisser à leur hauteur!

 

         Si vous voulez les rencontrer, entrez avant ou après les heures d'affluence, vous serez bien accueillis et pourrez, si vous en avez envie, boire un petit verre.

Mais, je vous donne un conseil d'ami, n'y mangez pas.

Je ne veux pas être méchant, je ne dis que ça.

Croyez-en le regard mécontent de ces matous. 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places., #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux
La Bohème rue du Mont Cenis. Les métamorphoses. Le moulin joyeux. Les coulisses.

    Du 2 au 5 du Mont Cenis, voilà un début de rue qui a connu bien des métamorphoses. Aujourd'hui il est entièrement occupé par "La Bohème", de la place du Tertre à la rue Saint-Rustique!

La Bohème rue du Mont Cenis. Les métamorphoses. Le moulin joyeux. Les coulisses.

   Cette gravure nous permet de voir le lieu déjà occupé par "la Bohème" à l'exception du dernier numéro où résiste encore, pour peu d'années, le restaurant du  "Moulin Joyeux". Le nom du propriétaire sur la façade de l'Hôtel nous permet de dater la gravure entre 1930, année de son rachat par Beynat et 1938 année de sa destruction et de l'édification de l'immeuble actuel, trop lourd, trop haut, qui rompt l'harmonie des vieilles maisons et enlaidit ce lieu historique.

             L'immeuble de 1938 comme une verrue sur un beau visage!

    De vieilles photos et cartes postales nous permettent de garder souvenir de ce qu'était ce début de rue avant que Beynat n'en fasse son domaine et ne dévore un à un ses voisins.

Nous voyons sur ce cliché l'Hôtel du Tertre qui porte encore le nom de Bouscarat, "Le Rendez-vous des cochers" (maison Poncier) et avant la rue Saint-Rustique "Le Rendez-vous des Amis".

 

Nous avons déjà rencontré le "Rendez-vous des Cochers" en écrivant l'histoire de l'Hôtel du Tertre.  Nous savons qu'il appartenait au Père Poncier et qu'il abrita au rez-de-chaussée une mercerie-librairie-papeterie qui délaissa les livres pour devenir débit de boissons.

 

 

La Bohème rue du Mont Cenis. Les métamorphoses. Le moulin joyeux. Les coulisses.

Nous pouvons constater que "le Rendez-vous des cochers" a fini par abandonner les cochers pour attirer le chaland en se targuant d'être "le Sommet de la Capitale".

 

Les deux immeubles mitoyens "Sommet de la capitale" et voisin, ne faisaient qu'un seul numéro, le 3, malgré leurs différences (fenêtres, toiture).

Aujourd'hui ils  forment un seul bloc dont les volets ont disparu et dont le pittoresque a été malmené.

 

Le 5 enfin est rentré dans l'alignement bohémien. Il faut de très bons yeux pour dénicher la plaque qui nous rappelle qu'il fut honoré de la visite régulière pendant une quinzaine d'années de Valadon et Utrillo venus en voisins de la rue Cortot.

 

              Les dates paraissent un peu fantaisistes, à la mode montmartroise,

Ce qui est avéré, c'est que le restaurant faisait également office  (comme de nombreux restaurants montmartrois) de débit de boissons.

Le Rendez-vous des amis devint "Le Moulin Joyeux" puis "Les Coulisses" jusqu'au jour de 1968 où il ne sut résister à la boulimie de La Bohème qui l'engloba tout entier!

                                                               Le Moulin Joyeux

                                                             Les Coulisses

 

Maintenant, tout le début de rue est uniformisé par La Bohème.

Pour nous consoler, réjouissons-nous que les petits immeubles des 3 et 5 n'aient pas été rasés pour s'aligner sur le vilain 2!

La Bohème rue du Mont Cenis. Les métamorphoses. Le moulin joyeux. Les coulisses.

La mode moche (et paraît-il efficace pour attirer le chaland) n'épargne pas la Bohême. Actuellement, elle croule sous des fleurs en plastique et des nounours.

 

La Bohème rue du Mont Cenis. Les métamorphoses. Le moulin joyeux. Les coulisses.

Et pour parachever le vandalisme, des fresques écrasantes assombrissent de leurs couleurs sinistres, prétendu hommage à Lautrec, tout le début de la rue St Rustique sur les murs latéraux de la Bohême. Elles consternent les habitants qui n'ont pas été consultés et font du cœur de Montmartre un disneyland prétentieux et épais. 

La Bohème rue du Mont Cenis. Les métamorphoses. Le moulin joyeux. Les coulisses.

La Bohême!

Destin hégémonique  que celui de cet établissement dont le nom évocateur de pauvreté et d'artistes fauchés ferait sourire Aznavour qui vécut rue St Rustique....

                                                              Aznavour rue Cortot

Laissons lui dernier mot  : 

"La Bohême, ça ne veut plus rien dire du tout"! 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux
Sacré Cœur. Les gargouilles. Montmartre.

Je réactualise cet article avec des photos prises aujourd'hui sous un ciel gris et glacé.

Sacré Cœur. Les gargouilles. Montmartre.

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Les gargouilles du Sacré-Coeur offrent un large éventail d'un bestaire fantastique ou familier qui au début du XXème siècle réinterprétait la tradition. 

 

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La basilique comme chacun sait s'inspire librement de Saint-Front de Périgueux. 

 

Elle en donne une version audacieuse qui profite des progrès architecturaux pour repousser les limites du possible.

Elle est quoi qu'en disent les gens de "goût", un monument à la fois audacieux et original posé sur le ciel comme un décor de conte oriental...  

        ...Mais les gargouilles du Sacré-Coeur ne sont pas des transfuges de Saint-Front où elles sont rares...

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L'essentiel du décor sculpté fut exécuté entre 1893 et 1905.

Les premiers artistes avaient été choisis par Charles Garnier puis par Henri Rauline qui lui succéda comme responsable du chantier.

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  La variété des gargouilles nous permet de reconnaître plusieurs inspirations et plusieurs styles qui vont du simple pastiche au réalisme et à la géométrisation art-déco...

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                      Atelier des tailleurs de pierre (au pied du Sacré-Coeur)

   Il y avait dans les ateliers de sculpture au pied du chantier une escouade de sculpteurs qui avec les années se renouvelaient.            

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       Aussi ne connaît-on pas la plupart des noms de ceux qui sculptèrent les gargouilles, ces éléments décoratifs n'étant pas considérés comme prestigieux, contrairement aux grandes statues de la façade ou aux bas- reliefs. 

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                          Essai de placement sur maquette d'une gargouille

    Le bestiaire traditionnel venu de l'art roman puis gothique prédomine avec ses animaux monstrueux, griffons, dragons, chimères...

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      Mais on découvre aussi des animaux familiers qui ont inspiré des sculpteurs plus pacifiques!

Des chiens, des chèvres, des bœufs, des cochons!

 

                                             

                              

                                                                                                                            

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                 Un rat! (on aurait préféré un raton-laveur!)

 

Les autres animaux plus belliqueux sont un composite de créatures fantastiques...

 

 

Ils symbolident les forces cruelles et agressives qui n'ont pas leur place à l'intérieur de la basilique.... 

          Ils protègent cependant le lieu saint comme le rideau de flammes protègeait Brünnhilde!

Ils sont les innombrabes dragons vaincus par les saints de la légende dorée...

 

      ... et figés dans la pierre blanche, ils passent leur éternité à évacuer les eaux de pluie et à regarder tourner la ville autour de la Butte Sacrée!

 

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Liens Sacré-Coeur

 

Sacré Coeur. Montmartre. Porte centrale. Hippolyte Lefebvre. Léon Fagel.

Crypte du Sacré-Coeur. Montmartre. (2). Chapelle funéraire...

Crypte du Sacré-Coeur. Montmartre. (1)

Sacré Coeur. Statues Saint Louis et Jeanne d'arc. Justice, Sainteté.

Montmartre. Le Sacré Coeur. Le Dôme.

Sacré Coeur de Montmartre. Clichés.

 

Liens : Montmartre

 

Listes des liens des monuments et lieux typiques de Montmartre historique et moderne.

Rues de Montmartre. Classement alphabétique.

Cimetière Montmartre. Classement alphabétique. Calvaire et Saint-Vincent.

Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

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Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.
Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.

Lieu magique, l'atelier-appartement de Valadon, bien que reconstitué, semble avoir traversé le temps et s'ouvrir tel qu'il était quand Suzanne, son fils et son mari y vivaient.

Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.
Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.
valadon, Utter et Utrillo  autour du poêle...dans l'atelier

valadon, Utter et Utrillo autour du poêle...dans l'atelier

Le poêle fidèle au poste...

Le poêle fidèle au poste...

C'est que les humains laissent des traces de leur passage. Leur parfum, leurs rêves, leurs gestes, leurs angoisses ou leurs joies ont la vie dure et continuent d'imprégner l'atmosphère...

Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.

Chacun de nous a fait cette expérience d'être saisi d'émotion devant un paysage ou un lieu sans comprendre pourquoi.

Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.
Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.

Combien d'années Suzanne Valadon a t-elle vécu ici?

En cet endroit de Montmartre qu'elle aimait et qu'elle peignit maintes fois dans la clarté du printemps...

Erik Satie (Suzanne Valadon)

Erik Satie (Suzanne Valadon)

Satie

Satie

Sa liaison de trois mois avec Erik Satie, fou amoureux d'elle lui permit de rencontrer un ami du compositeur, Paul Moussis, un agent de change qu'elle épousa en 1896...

Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.
Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.

Le couple choisit de vivre rue Cortot sans s'encombrer du garçon que Suzanne avait mis au monde en 1883 (elle avait 18 ans).

Ce fils (Maurice Utrillo) fera quelques séjours chez sa mère mais sera élevé par sa grand-mère Madeleine.

Auto portrait allégorie du siècle (Emile Bernard)

Auto portrait allégorie du siècle (Emile Bernard)

En 1905, Suzanne et son mari changent d'adresse. Quelques années plus tard, ils divorcent (1911) et après quelques mois passés impasse de Guelma (aujourd'hui villa de Guelma) Suzanne revient vivre rue Cortot où l'atelier et le petit appartement sont libres, Emile Bernard qui les occupait, ayant déménagé.

André Utter, Suzanne Valadon (détail) (Suzanne Valadon)

André Utter, Suzanne Valadon (détail) (Suzanne Valadon)

Elle n'est pas seule. Elle est tombée amoureuse d'André Utter, plus jeune qu'elle d'une vingtaine d'années et qui est l'ami de son fils.

Utrillo, Valadon le chat Raminou et André Utter dans l'atelier

Utrillo, Valadon le chat Raminou et André Utter dans l'atelier

Valadon, utrillo, Utter....

Valadon, utrillo, Utter....

Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.
Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.

De 1912 à 1926, elle vit ses années heureuses et tourmentées à la fois avec celui qu'elle épouse en 1914 et son fils qui habite avec eux rue Cortot.

Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.
Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.
Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.

L'appartement et l'atelier que nous voyons aujourd'hui sont tels que nous les montrent les photos prises quand "le trio diabolique" y vivait.

Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.

Les pièces d'habitation étroites et assombries par un papier peint à fleurs contrastent avec la luminosité de l'atelier. Une petite chambre a été reconstituée sur la rue. c'est celle qu'occupait Utrillo.

Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.
Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.

La fenêtre a gardé les barreaux qui empêchaient le peintre de jeter dans la rue de trop gros objets et lui évitait la tentation, lors de ses crises, de se jeter lui-même!

Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.

Sur le lit un nounours rappelle l'enfance difficile d'Utrillo qui avait souffert de l'absence d'une mère qu'il vénérait.

Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.
Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.

Une toile sur le mur date de sa "période blanche" la plus créatrice et sans doute la plus belle...​

En 1926 Suzanne Valadon se sépare d'Utter et quitte la rue Cortot pour habiter avenue Junot dans la maison achetée par son fils.

Elle a encore douze années à vivre pendant lesquelles elle passera souvent devant son ancien atelier et pensera avec nostalgie aux années passées...

Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.

Quelques cadres avec des photos sur les murs ou la cheminée de l'appartement donnent l'illusion qu'il est toujours habité.

Ce sont des photos de Suzanne dans sa jeunesse, de la mère et de son fils...

Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.

Photos du passé, images qui ne veulent pas mourir...

Les souvenirs sont les battements de cœur du présent...

Et Dieu sait qu'il bat fort le cœur de Montmartre!

Suzanne Valadon et Maurice Utrillo

Suzanne Valadon et Maurice Utrillo

Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.
Suzanne Valadon. Musée de Montmartre rue Cortot. Atelier et appartement.

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Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.
Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.
Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.

     Je republie cet article qui est devenu "historique" puisque la spéculation a fait disparaître en 2018 le Singe qui lit, dévoré par l'agrandissement de la Mère Catherine aux appétits d'ogresse et parce que en l'an de grâce 2023, il a refait son apparition là où se tint quelques années le syndicat d'initiative, au 11 place du Tertre.

 

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.

   Le Singe qui lit faisait partie des enseignes montmartroises qui avaient survécu à la mutation touristico-immobilière de notre quartier.

Depuis 1908 il y avait à son emplacement, jouxtant le Cadet de Gascogne, une brocante tenue pendant des années par un personnage haut en couleurs comme en suscite souvent la Butte : Emile Boyer.

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.
Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.
On voit sur cette carte qu'avant la brocante, il y eut une crémerie...

On voit sur cette carte qu'avant la brocante, il y eut une crémerie...

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.

     Emile Boyer (1877-1948) est fils de chiffonnier. Il pratique plusieurs métiers avant de se percher place du Tertre où il gère un bric à brac hétéroclite, à la fois épicerie et brocante! On dit que Gen Paul le chargeait de vendre ses aquarelles qu'il accrochait à l'aide de pinces à linge à un fil suspendu dans la boutique.

On raconte encore qu'Utrillo payait son ardoise de gros rouge avec des toiles que notre brocanteur-épicier collectionnait.

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.
Rue de Montmartre sous la neige. (Emile Boyer)

Rue de Montmartre sous la neige. (Emile Boyer)

Montmartre; (Emile boyer)

Montmartre; (Emile boyer)

     C'est ainsi que le virus pictural qui circule librement par les rues de Montmartre contamine notre homme qui s'achète un chevalet et bien des années avant l'invasion de la place du Tertre par les barbouilleurs, s'installe sur le trottoir devant son échoppe..

Indifférent aux courants nouveaux et aux précurseurs, il peint à sa manière, réaliste et colorée, sans se soucier des modes. Son oeuvre est restée dans l'ombre malgré une exposition en 1973 au musée de Montmartre. Dans les salles de vente, il est possible d'acquérir une de ses toiles pour un millier d'euros.

Le livre de Martine et Bertrand Willot.

Le livre de Martine et Bertrand Willot.

Un livre lui a été consacré : "Emile Boyer -Années folles-" par Martine et Bertrand Willot.

Voici en quels termes leurs auteurs le présentent :

"Brocanteur, anarchiste, fort en gueule, caractériel, marchand de frites et peintre"!

Bref! un homme complet!

Emile Boyer et sa friteuse!

Emile Boyer et sa friteuse!

...Car... il est le précurseur à Montmartre des "baraques à frites" chères à nos amis nordistes!

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.
Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.

     Pourquoi la boutique porte-t-elle ce nom : Le Singe qui lit?

Il y aurait eu à Montmartre à la fin du XIXème siècle une revue d'artistes qui s'appelait ainsi. J'en ai cherché la trace et ne l'ai pas trouvée. Aucun document, aucun témoignage... rien ne permet de confirmer cette source!

Un singe en argot est un patron mais aussi un ouvrier typographe, un typo. Or, parmi ses multiples activités, Emile boyer fut ouvrier typographe! Il est plausible et réjouissant de lui accorder la paternité du nom!

Le singe lecteur. Gabriel von Max (1904)

Le singe lecteur. Gabriel von Max (1904)

Après Emile Boyer, la boutique connaît divers avatars...

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.
Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.

     Elle s'appelle pompeusement "Relais des Arts" et se spécialise dans la marionnette.

     Le Relais disparaît à son tour avec ses petits personnages qui laissent le Singe reprendre possession de sa boutique pour ne plus la lâcher.

On voit à droite la brocante de Grémillet

On voit à droite la brocante de Grémillet

     Comme à l'époque d'Emile Boyer un joyeux bric à brac s'y installe, une brocante foutraque encombrée d'objets hétéroclites ou incongrus.

Eau forte de Georges Gremillet

Eau forte de Georges Gremillet

... et c'est un autre artiste qui succède à Emile Boyer : Georges Gremillet.

Il fait sa publicité en vendant ses dessins et ses eaux fortes exposés sur les murs et dans la vitrine...

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.
Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.

     Quand il cède son commerce, c'est la fantaisie et la créativité qui s'en vont avec lui.

Les nouveaux propriétaires en font une boutique de souvenirs made in China, semblable aux dizaines de boutiques qui jalonnent le circuit touristique.

Par chance, ils conservent l'enseigne qui faisait encore il y a peu partie du patrimoine montmartrois.

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.

    Mais allez comprendre pourquoi en l'année 2018, le restaurant de la Mère Catherine a pu obtenir l'autorisation de tuer le Singe ?      

N'aurait-elle pas pu conserver au moins l'enseigne?.... et conserver ainsi une petite partie de l'histoire de la Butte!

Il faut croire que les responsables chargés de veiller sur la défense de la Butte, s'ils ne sont pas des singes, ne doivent pas lire beaucoup

Hier

Hier

aujourd'hui

aujourd'hui

Le singe qui lit. Montmartre. Place du Tertre. Emile Boyer.
Bazar made in China

Bazar made in China

Singe.. (Gabriel von max 1913)

Singe.. (Gabriel von max 1913)

>Plus une trace, plus un poil du Singe qui lisait.

>Plus une trace, plus un poil du Singe qui lisait.

La vieille enseigne de bois a disparu à jamais si la boutique est revenue place du Tertre, bazar made in China. Mais réjouissons-nous malgré tout de voir notre singe en bonne place!

 

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Ellen Andrée fut une actrice d'un certain renom, interprète de Courteline, de Guitry, et choisie par André Antoine pour jouer dans Poil de Carotte de Jules Renard ou La Terre de Zola.

Pourtant, si son nom reste connu aujourd'hui c'est parce qu'elle a servi de modèle à quelques uns des plus grands peintres de son temps.

Ellen Andrée par Nadar

Ellen Andrée par Nadar

Ellen Andrée (1857-1925) commence tôt sa carrière d'actrice. Elle a 17 ans quand elle débute au théâtre du Palais Royal.

Elle jouera par la suite aux Variétés, à la Renaissance, aux Folies Bergères...ng>

Elle est vite remarquée par les artistes qui sont attirés par sa "présence", sa sensualité et sa bonne humeur.

Parmi les premiers à lui demander de poser, Manet n'est pas le moindre !

Manet. La parisienne (Ellen Andrée) 1874

Manet. La parisienne (Ellen Andrée) 1874

Dans la Parisienne (1874) elle est une femme élégante et digne, vêtue de noir. Etonnant tableau qui prend le contrepied de ce que son titre peut suggérer. La Parisienne n'est pas la coquette, piquante et accueillante qui fait fantasmer l'Europe mais une femme endeuillée, figure austère et hiératique, un portrait qui évoque Goya (la Marquise de la Solana).g>

Elle semble sortir du poème "A une passante" de Baudelaire:

(...) Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d'une main fastueuse

Soulevant, balançant le feston et l'ourlet.

(...)

Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais.

Manet. La Prune. (Ellen Andrée) 1878

Manet. La Prune. (Ellen Andrée) 1878

Peint quatre ans plus tard, le tableau "La Prune" donne une autre image de la femme. Ellen Andrée en bonne comédienne, peut jouer tous les rôles!

Elle est attablée dans un café, le verre avec le fruit et l'eau de vie devant elle. Le décor est celui de la Nouvelle Athènes que fréquentait Manet, place Pigalle. Les lignes du cadre à l'arrière-plan mettent en valeur le visage de la femme, une femme du peuple, soeur de celles que décrit Zola. Fatiguée, dans une attitude de laisser-aller, elle s'abandonne un moment, la cigarette éteinte, au plaisir d'un moment de solitude et de rêverie.

Manet. Chez le père Lathuille (1879)

Manet. Chez le père Lathuille (1879)

Dans le célèbre tableau peint chez Lathuille en 1879, on la retrouve avec à ses côtés Louis Gauthier-Lathuille, le fils du cabaretier.

Elle est de nouveau vêtue en bourgeoise, un peu raide, à la fois intéressée et sur la réserve devant un jeune homme sensuel et dragueur. A l'arrière plan, un garçon de café observe la scène. Il est l'image même du peintre ou de l'écrivain naturaliste (Zola, Manet) qui observent la société!

Ellen Andrée. Modèle à Montmartre. (Manet, Degas, Renoir...)

Quittons Manet et revenons en arrière, en 1874, quand Gervex (un authentique Montmartrois, né en 1852 dans le village que Paris n'avait pas encore annexé) peint Rolla en s'inspirant du poème de Musset. C'est Ellen Andrée qui pose pour lui mais exige que son visage ne soit pas reconnaissable!

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"Henri Gervex répandit mon anatomie sur le lit de son "Rolla". Je ne tenais pas à être reconnue en cette Manon d'une tenue si abandonnée. Je recommandai à Gervex : surtout ne lui donnez pas ma figure!

Bref, pour le visage, c'est une brune qui posa...." ng>Ellen Andrée.

Ellen Andrée. Modèle à Montmartre. (Manet, Degas, Renoir...)

Elle n'a que 21 ans quand elle pose pour ce tableau et elle ne tient pas à compromettre sa jeune carrière.

De plus, elle subit encore l'influence du milieu familial et d'un père officier qui ne badine pas avec la morale!

Ellen Andrée. Modèle à Montmartre. (Manet, Degas, Renoir...)

Le tableau fait scandale et il est exclu du salon, ce qui assure sa célébrité! Les curieux émoustillés défilent en rangs serrés dans l'atelier de Gervex pour l'y voir!

Le poème de Musset nous présente un jeune débauché qui, écoeuré par sa vie sans idéal, décide de se suicider alors que Marie, la prostituée avec qui il a une liaison est étendue, abandonnée sur le lit.

J.K. Huysmans remarque surtout la figure masculine dans le tableau de Gervex. Il écrit :

"Le jeune homme regarde, regrettant et dégoûté, la fille inerte, avachie dans un long somme. Cette figure ravagée et sombre, détachée dans un flux de lumière blanche est vraiment belle. Dans ce dépoitraillé de costume, dans cette chemise au plastron et aux manches froissées, cet homme a grande allure et je vois dans cette fille éboulée, après des intimités haletantes, sur un lit, un coin de parisianisme et de modernité qui évoque en moi des souvenirs du grand et divin poète Charles Baudelaire."

Gervex. Avant l'opération. 1887.

Gervex. Avant l'opération. 1887.

Ellen Andrée pose pour un autre tableau de Gervex quelques années plus tard. Le tableau "Avant l'opération" s'intitulait en réalité "Le docteur Péan enseignant à ses élèves à l'hôpital Saint-Louis, sa découverte du pincement des vaisseaux"!g>

C'est un hommage à Rembrandt et à sa Leçon d'anatomie.

La fin du déjeuner; Renoir.

La fin du déjeuner; Renoir.

Renoir ne manque pas de la remarquer chez ses amis et il la fait poser pour plusieurs de ses toiles comme "la fin du déjeuner"....ong>

Ellen andrée. Renoir

Ellen andrée. Renoir

Le déjeuner des canotiers. Renoir.(1881)

Le déjeuner des canotiers. Renoir.(1881)

Dans le célèbre déjeuner des canotiers, elle est présente parmi les 4 personnages du groupe principal, autour de la table. A droite, assis à califourchon sur sa chaise, le peintre Caillebotte semble plus intéressé par la femme en face de lui que par sa voisine (Ellen Andrée) vers laquelle se penche le journaliste italien, Maggiolo.

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Renoir privilégie sa sensualité et sa grâce. Ell sera satisfaite du résultat et considérera que c'est lui qui aura été le plus fidèle à sa nature de femme libre et vivante.

L'Absinthe. Degas. 1873

L'Absinthe. Degas. 1873

Elle ne pense pas la même chose de Degas qui la fait poser pour son tableau "l'Absinthe".

Elle est assise à côté de Marcellin Desboutin dans le café de la Nouvelle Athènes, place Pigalle, où Manet avait déjà peint "la Prune".>

Degas donne à voir l'isolement des buveurs enfermés dans leur monde. Zola apprécie l'oeuvre et il dira à Degas, à propos de "l'Assommoir" : "J'ai tout bonnement décrit quelques uns de vos tableaux."

Ellen Andrée s'inquiète d'être assimilée à la femme alcoolique que le peintre a représentée. Elle insiste pour qu'il précise qu'elle était une femme tout à fait sobre et qu'il lui avait fait jouer un rôle de composition!

Ellen Andrée. Modèle à Montmartre. (Manet, Degas, Renoir...)

A force de fréquenter les peintres, Ellen Andrée finit par en épouser un!

En 1887, elle devient la femme de Henri Drumont, un vrai Montmartrois puisqu'il est né en 1859 dans la commune libre (comme Gervex), un an avant qu'elle ne soit rattachée à la capitale!

Près de la barque; Henri Drumont.

Près de la barque; Henri Drumont.

Laissons les derniers mots à Ellen Andrée qui évoque son existence d'artiste et de modèle :

"J'ai toujours été fourrée dans les peintres : Degas, Renoir, Manet... Ils m'ont tous fait mon portrait plus ou moins, souvent plutôt deux fois qu'une, mais j'ai perdu tout cela en des ventes, je partais pour l'Amérique, j'étais amoureuse..."

(Ellen Andrée par Jean d'Arc. Le Courrier Français 1891

Un coin d'atelier (1887) Edouard Joseph Dantan (Ellen Andrée)

Un coin d'atelier (1887) Edouard Joseph Dantan (Ellen Andrée)

Ellen Andrée. Degas (1876)

Ellen Andrée. Degas (1876)

Femme dans la rue. Degas. 1879. (Ellen Andrée)M

Femme dans la rue. Degas. 1879. (Ellen Andrée)M

Au café. Manet (1878) (Ellen Andrée)

Au café. Manet (1878) (Ellen Andrée)

Liens: articles sur Montmartre.

Peintres et artistes à Montmartre

Monuments et lieux célèbres de Montmartre

Les rues de Montmartre

Cimetière de Montmartre

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Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.
Sur la droite l'Hôtel du Tertre. (Utrillo)

Sur la droite l'Hôtel du Tertre. (Utrillo)

Nous sommes au cœur de Montmartre, à l'entrée de la place du Tertre devenue mythique, au premier numéro, avec cet Hôtel qui abrita quelques poètes, artistes, peintres les plus emblématiques de la Butte

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

L'Hôtel a été détruit comme tant de vieilles maisons du village et aujourd'hui s'élève à sa place un petit immeuble dont l'architecture n'est pas nulle mais s'intègre mal avec les immeubles voisins qui, eux, par chance, ont été sauvegardés.

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

Nous pouvons grâce aux cartes postales et aux photos revoir l'Hôtel, tel qu'il fut dans les grandes années montmartroises.

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

Ce petit immeuble modeste date de 1835 et il abrita des commerces qui convenaient aux villageois.

Si j'en crois André Roussard et ses "Montmartrois", il y aurait eu dans les dernières années du XIXème siècle, au rez de chaussée, une épicerie-bazar, appartenant au père Poncier. 

Des documents (photos, cartes postales) semblent attester que ce père Poncier était en fait un restaurateur dont le nom apparaît sur la façade et dont le restaurant "le Rendez-vous des cochers" a précédé Bouscarat.

Ce document montre également qu'il y eut une librairie- papeterie-mercerie qui jouxtait le restaurant. 

    Sur une photo plus tardive, on peut voir que le "Rendez-vous des cochers" a pris la place de la librairie et jouxte désormais l'hôtel du Tertre et le restaurant Bouscarat.

Bon ce débat sur les emplacements exacts des établissements n'intéressera peut-être que les Montmartrolâtres dont je suis!

     Sur cette autre photo, nous voyons que "le rendez-vous des cochers" a disparu pour laisser place "Au Sommet de la Capitale".

L'Hôtel du Tertre, lui, est bien là. Notons l'apparition d'une vespasienne à quelques mètres de l'église.

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

      C'est en 1897 qu'Henri Bouscarat rachète l'immeuble du début de la rue.

        Il est fils de paysans de l'Aubrac, "monté" à Paris, comme tant d'autres pour devenir bougnat. Il voit tout de suite quels atouts possède ce petit immeuble, situé idéalement au centre du village et non loin du chantier de la Basilique qui emploie des centaines d'ouvriers et il y ouvre un restaurant et un hôtel.

Utrillo

Utrillo

     Le restaurant "chez Bouscarat" avec ses tables sorties sur la chaussée dès le début du printemps, attire les affamés pas trop fortunés et les jolies filles disposées moyennant quelques sous à poser pour les peintres qui ont choisi Montmartre pour y travailler dans des ateliers au loyer modeste.

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

L'Hôtel devient un des épicentres de la vie artistique montmartroise. Les peintres du Bateau-Lavoir s'y retrouvent. Parmi eux les Espagnols autour de Picasso bien sûr mais plutôt que de citer tous ceux qui ont apprécié l'endroit et les demoiselles disponibles qui s'y affichaient, retenons plutôt le nom de ceux qui ont été les plus assidus clients de l'hôtel.

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

Gaston Couté tout d'abord, le poète anarchiste au grand cœur qui vécut dans une chambre du premier étage quand il ne dormait pas dans la rue. Cet homme sensible et doux est le seul qui a l'honneur d'une plaque sur la façade de briques du bâtiment actuel.

Nous lui avons consacré un article et la meilleure façon de le saluer, c'est encore de citer quelques uns de ses vers écrits alors qu'il entendait sous ses fenêtres, le clocher de Saint-Pierre sonner le glas pour ceux qui avaient de quoi se payer un bel enterrement : 

Quand s'éteignent comme des cierges,
Les grands-pères et les grand'mères
Et que gisent, emmi les serges
Des linceuls, leurs corps éphémères.
Digue digue dig, digue digue don !
Chante aux trépassés le grand carillon
Digue digue dig, digue digue don !
Pour qu'on vous enterre
Casquez, casquez donc !

 

 

Le poète de la fraternité et de la révolte eut pour principale adresse cet hôtel où il écrivit certains de ses poèmes les plus connus, ceux que chanta notamment Monique Morelli, la grande voix du Montmartre de la poésie et de la révolte.

Pierre Hodé

Pierre Hodé

     

 

Parmi les autres locataires d'une chambre de l'Hôtel, nous trouvons Jules Depaquit, un des plus éminents Montmartrois! Dessinateur et caricaturiste de talent ("le Rire" "Le Canard Enchaîné"), il fut maire de la Commune libre de Montmartre. On lui doit la fête des vendanges, les vachalcades et un programme politique idéal interdisant, sous peine de mort, de mourir sur le territoire de la Commune ou supprimant l'eau des fontaines qui devront "éjaculer" du vin, rouge, rosé ou blanc selon le goût des habitants.... 

 

 

Il a vécu quelques années dans une chambre voisine de celle de Mac Orlan ou de Satie. Quand ses revenus se sont améliorés, il a loué une autre chambre dans la maison qui appartenait à Aristide Bruant, rue Saint-Vincent.

Il meurt en 1924 et ne verra donc pas la destruction de l'Hôtel du Tertre. La plus belle épitaphe prononcée lors de son enterrement est prononcée par Mac Orlan : "Son activité se bornait à régler la circulation entre la place du Tertre et la lune".

Mac Orlan est l'un des habitants de l'hôtel qui en garda le plus de souvenirs et qui écrivit le plus sur ce lieu unique, cette terrasse où l'on pouvait voir tant d'artistes sans le sou devenus par la suite illustres. 

                                                                   Foujita                          

Mais l'esprit libertaire et potache de Montmartre trouve une de ses plus savoureuses réalisations dans cet Hôtel avec le baron Pigeard auquel j'ai consacré un article alors qu'il mériterait un roman!

 

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

      Cet homme, baron comme je suis évêque, commettait quelques croûtes qui furent exposées à la foire aux croûtes de la place Constantin Pecqueur mais il préférait confectionner des maquettes de voiliers qui trouvaient plus facilement acquéreurs. Il eut l'idée de créer avec deux acolytes, Anselin et Fournier, la célébrissime UMBM, l'Union Maritime de la Butte Montmartre.

 

N'y étaient admis que  ceux qui avaient un rapport avec la mer. Modigliani venu de Toscane, Max Jacob du Finistère, en firent partie et assistèrent aux réunions, dans la salle du restaurant Bouscarat.

                                                             Max Jacob

Un hareng saur dans une cage était posé sur la table et présidait les séances, à côté du crâne de Christophe Colomb à 25 ans que l'on avait le droit de toucher moyennant quelques sous ou une tournée d'absinthe.

   

 Les membres de l'Union s'engageaient à apprendre la natation aux poulbots couchés à plat ventre sur un tabouret et répétant les gestes de la brasse qui leur étaient montrés. Les réunions de l'USBM connurent un franc succès et elles encouragèrent Bouscarat à re-nommer son premier étage : Hôtel de la Marine! 

 

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

     La suite de l'histoire est moins joyeuse. Tout commence avec le flair et l'appétit d'un chauffeur de taxi, Léonard Beynat qui achète la modeste boutique d'un cordonnier qui jouxte l'hôtel. Il y installe ce qu'on appellerait aujourd'hui un bar à vins mais sous une forme plus rustique puisqu'on y tire directement la dive boisson au tonneau.

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

    Le succès est tel que Beynat peut, racheter l'hôtel du Tertre et ouvrir le cabaret "La Bohème". 

On peut voir également, jouxtant le cabaret, "le Moulin Joyeux", restaurant qui plus tard, en 1968, sera avalé par la Bohème lorsqu'il sera racheté par les successeurs de Beynat, longtemps après la démolition de l'Hôtel du Tertre.

Léonard Beynat après bien des démarches, obtint en effet l'autorisation de le détruire malgré les manifestations pacifiques organisées par les riverains, découragés de voir détruire une à une les maisons qui avaient résisté à la spéculation.

C'est ainsi que les pelleteuses vinrent abattre le vieil hôtel, en 1938, pour le remplacer par l'immeuble actuel, trop haut, sans harmonie avec les maisons environnantes.

 

 

Le nom de l'hôtel disparut au profit de "La Bohème".

Faut-il y voir un hommage à ce que fut ce lieu?  

Ou bien, comme Aznavour chanter que "ça ne veut plus rien dire du tout"?

Bouscarat. Hotel du Tertre. La Bohème.

Quand au hasard des jours
Je m'en vais faire un tour
À mon ancienne adresse
Je ne reconnais plus,
Ni les murs, ni les rues qui ont vu ma jeunesse
En haut d'un escalier
Je cherche l'atelier
Dont plus rien ne subsiste
Dans son nouveau décor, Montmartre semble triste et les Lilas sont morts

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