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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

montmartre monuments. cabarets. lieux

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux












    Les touristes égarés de ce côté de la Butte, ne manquent pas d'être étonnés par ce grand immeuble et son fronton sculpté.
   Ils ne peuvent imaginer l'importance et le luxe de ce qui fut le plus grand des grands magasins de Paris : les Galeries Dufayel, Palais de la Nouveauté.

   Dufayel, simple commis à l'esprit entreprenant, reprit le magasin de son patron (créé en 1856) et grâce à ses initiatives audacieuses, en fit le temple de la consommation populaire.
   Heureux temps où l'on pensait le progrès capable de réaliser tous les rêves et où l'on prenait notre planète pour une bonne mère inépuisable dont on pouvait goûlument téter les mamelles pour les siècles des siècles!



    ...Le voilà le Progrès souriant, entraînant au grand galop de son char d'opérette le commerce et l'industrie.
        Il est l'oeuvre de Dalou,  sculpteur utopiste qui a donné à la Place de la Nation la belle allégorie qu'on y peut toujours voir : la Patrie, fière et sûre d'elle, les pieds posés sur le globe terrestre, lui même emporté sur un char tiré par des lions, s'élance, immobile, vers l'avenir radieux...






    Le commerce est symbolisé sur les façades : la tête au casque ailé de Mercure, rue Christiani,  le caducée, les cornes d'abondance et le même casque, rue de Sofia (anciennement rue de la Nation)...



    Du côté de la rue Christiani, s'élève le "petit dôme" et l'immeuble où vécut et mourut le chansonnier de la Butte, Aristide Bruant. Lui qui regrettait les constructions bourgeoises qui supplantaient les simples maisons populaires, lui, l'ami des pauvres et des prostituées, choisit de vivre comme un bon bourgeois dans "une maison d'six étages, ascenseur et chauffage...qui détruit les anciens maquis". Ironie du sort, il pouvait voir de ses fenêtres la grosse tête sculptée de Mercure, dieu du commerce (et des voleurs).




Le petit Dôme à l'angle des rues de Clignancourt et Christiani.



     L'apogée des Galeries coïncide avec les années 19OO. Dufayel joue alors les mécènes. Il fait donner des concerts dans le théâtre dont nous pouvons regretter la disparition ainsi que celle du palmarium à l'ambiance tropicale, du grand salon de lecture, des galeries d'exposition...


Escalier à double volée du théâtre... Une prouesse architecturale de l'Art Nouveau... réduite à l'état de souvenir imprimé sur une carte postale.


La scène du théâtre...



    Le palmarium où les visiteurs pouvaient se reposer dans la douce chaleur, bercés par le chant des oiseaux, plus agréable sans doute que les annonces publicitaires sur fond de mélodies doucereuses qui nous poursuivent dans les allées de nos super marchés.

     Petit détail charmant : la maison Dufayel offrait à chacune de ses visiteuses, au moment où elle quittait le magasin, un bouquet de fleurs de saison!



    Les rayons les mieux garnis étaient ceux de l'ameublement, comme cette galerie des lits. La mode était alors aux lourds meubles marquetés...      


La galerie des sièges.



   Il y avait aussi une piste cycable qui permettait aux amateurs d'essayer leur monture avant de se décider.
   Il y aura un peu plus tard un cinématographe...
   Bref, les clients étaient alors gâtés, même si le sieur Dufayel ne perdait pas de vue qu'ils étaient avant tout des acheteurs.
    
"Moi messieurs, je ne travaille qu'avec les pauvres. Vous ne pouvez pas imaginer ce qu'il y a d'argent chez ces bougres-là".






  Pour mieux aspirer cet argent populaire, Dufayel inaugura les paiements par mensualités. Ses encaisseurs étaient chargés de se rendre chez les clients pour récupérer dans leur profonde sacoche, le précieux argent...


    Notons que parmi les employés aux écritures figura un certain Max Jacob!
    Le poète qui vivait à Montmartre devait se sentir bien "albatros" sur le plancher de ce navire de commerce!




L'entrée rue de Sofia, hier et aujourd'hui, de Dufayel à la BNP.




Angle Barbès-Christiani, aujourd'hui et hier. Que sont devenus ces dômes à l'allure orientale?


Angle Barbès-Sofia. On devine au loin le Sacré Coeur dont la construction a commencé bien après celle des Magasins Dufayel.

   Mais Dufayel s'est laissé griser par son succès. Il a ouvert plus de 400 succursales et après avoir été ruiné par des placements aventureux, a fini par se suicider dans son hôtel particulier des Champs-Elysées.

   Par chance la BNP a sauvé les bâtiments (ce n'est sans doute pas pour des raisons artistiques) et on peut aujourd'hui essayer d'imaginer tout ce petit monde parisien venu à pied ou à cheval, passer la journée dans ce Palais de la Nouveauté, entre palmiers et musique, entre salle de lecture et galeries marchandes...
   Un temps bien révolu...
   Si Dufayel avait été banquier et avait vécu de nos jours, il aurait été renfloué par l'argent public et n'aurait pas fait faillite!

    Autres temps, autres moeurs!


Le dôme principal (rue de Clignancourt,face à la rue André Del Sarte) qui portait un phare électrique dont les rayons balayaient le ciel nocturne.


Détail de la décoration intérieure du grand dôme.


Une des écuries....


Les Galeries Dufayel avaient acquis, au début du vingtième siècle, une telle célébrité que lorsque des "provinciaux" visitaient la capitale, elles faisaient partie du circuit des monuments et curiosités!
Ainsi, le 25 septembre 1904, 1200 Calaisiens, invités par les poissonniers des Halles, vinrent-ils s'y promener. Les femmes avaient mis leur fameux soleil, coiffe traditionnelle du Calaisis, et les hommes en vareuses, arboraient sur leur poitrine leurs médailles de sauveteurs...




(Merci à Ombellule pour les documents qu'elle m'a fait parvenir et qui m'ont permis de compléter cet article. Je vous conseille son blog si vous aimez Montmartre et le 18ème arrondissement : http://ombellule.blogspot.com/)






Lien : rue André Del Sarte Montmartre.


...





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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux


Au 24 de la rue André Del Sarte, à quelques pas des rochers et des arbres du square Louise Michel, s'ouvre devant vous, comme une caverne d'Ali Baba, sans sésame à prononcer, le magasin des surprises...
 
Je vous invite à une visite, incomplète évidemment, sous le regard de Richard, grand voyageur qui a jeté l'ancre dans ce quartier touristique où l'on entend parler le monde entier.

 

C'est en utilisant le fer de barils que les artisans d'Haïti créent ces motifs étonnants. Les matériaux sont pauvres et l'imagination est riche... Elle irrigue le métal, comme une sève.



Les matriochkas (petites mamans) sont alignées dans la vitrine et vous regardent de tous leurs yeux. Elles ont envie de vous poser une colle. Quelle est leur origine? Vous répondrez peut-être comme moi qu'elles sont russes. Vous aurez raison et vous aurez tort!
Elles viennent en effet de Russie où un ambassadeur de retour de Tokyo aurait eu l'idée de les inventer en s'inspirant des tables gigogne et d'en offrir à la tsarine qui attendait un enfant.
Une autre version plus cruelle prétend qu'au Japon où la misère était grande, des femmes qui ne pouvaient nourrir leurs enfants, les tuaient à la naisance. On gardait le souvenir du bébé sacrifié en sculptant une poupée (kokeshi). Des familles japonaises émigrées en Russie, auraient apporté avec elles cette tradition.
Mais plutôt que de voir dans le ventre de la matriochka, tous ses enfants assassinés, qu'il nous soit permis d'y découvrir tous les trésors, toute l'humanité et tous les espoirs qu'abrite le ventre de la femme!

 

Avec les crèches, pas de problème, le bébé est bien né ! Les personnages de celle-là pourraient sans difficulté abriter plusieurs jésus dans leur ventre confortable!


 
Bouddha semble voler ou léviter sous les décors haïtiens.

Et maintenant, un inventaire à la Prévert  : des hamacs du Brésil, des sacs du Bengla Desh, des bijoux de partout, des automates de Chine et d'Allemagne, des lampes d'Indonésie, des miroirs d'Alice au Pays des merveilles, des robes de Thaïlande et .... aucun raton laveur!






 Pour la fin je garde mes petits favoris, mes petits sorciers qui tant de fois m'ont aidé : les mangeurs de chagrin du Guatemala.
Les enfants (et les grands) peuvent leur confier avant de s'endormir leurs soucis et leurs peines. Le matin , croyez-moi, le soleil se lève, les nuages noirs ont disparu. Sous l'oreiller les petits mangeurs ont bien travaillé! 


 
Ah oui! J'allais oublier! Si vous voulez connaître ce Monde en Couleurs, vous oublierez le mercredi et le dimanche mais tous les autres jours, vous y serez accueilli de 10H30 à19H30. 

lien : rue André Del Sarte Montmartre.  

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux


11 rue Yvonne Le Tac, au pied de la Butte, cette plate façade sans inspiration s'élève à l'endroit ou exista jadis une abbaye de grande renommée. Les pélerins s'y rendaient pour vénérer le lieu du martyre de Saint-Denis.
La modeste chapelle bâtie sur les lieux présumés de la décapitation de Denis et de ses compagnons, fut remplacée au XVIIème siècle par un édifice considérable et des annexes capables de recevoir le flot des fidèles venus parfois de très loin. On l'appela "l'abbaye d'en-bas", par opposition à "l'abbaye d'en-haut" qui fut abandonnée et dont ne subsista que l'église.( Visite de l'église Saint Pierre de Montmartre. 1) Des origines à la Renaissance. 


Comme la maladie d'Alzheimer saccage les souvenirs, l'histoire parfois fait passer un tsunami sur les témoins de pierres. La révolution qui avait bien des ra
isons de s'attaquer à l'Eglise, laboura ce lieu (de superstition, selon elle) au point de n'en rien laisser subsister. Enfin! pas tout à fait! Dans la crypte, vous pouvez voir un bas-relief du XIIIème siècle qui représente la décollation de Denis.


La pierre est usée et s'efface. Les pierres sont comme les hommes. Elles vivent plus longtemps mais retournent, elles aussi à la poussière ou au sable. On voit ici, l'évêque qui baisse humblement la tête et accepte le martyre. La manie de couper des têtes n'est donc pas un phénomène récent et islamiste!



La tête semble être déposée sur un autel. Est-ce là que Saint-Denis, la tête dans les mains, s'est arrêté? C'est à dire, dans la ville qui aujourd'hui porte son nom et où s'élève la Basilique dans laquelle les Rois de France sont inhumés?
La chapelle qui commémorait son martyre avait été édifiée sur "le champ des morts", un cimetière des premiers martyrs chrétiens, situé à proximité du Temple de Mercure qui donna son nom à la Butte, même si la polémique continue à ce sujet. 
Le nom de Montmartre. Origine.




A l'intérieur de la chapelle, très sobre, la pierre d'autel est un vestige de l'ancienne crypte. A gauche, Zygmunt attend que la photo ait été prise pour traverser ce lieu qu'il "habite". Il dirige en effet le Théâtre du Regard qui donne régulièrement des représentations inspirées dans la chapelle. Ce sont le plus souvent des récitals de poésie. J'ai assisté récemment à l'un d'eux. Les poèmes de Milosz étaient vécus par Zygmunt Blazynsky, accompagné d'une chanteuse lithuanienne bouleversante.



L'endroit s'il ne présente que peu d'intérêt archéologique, vous invite à la pause et au recueillement. C'est en ce lieu qu'Ignace de Loyola en août 1534 est venu avec six de ses compagnons (dont François Xavier, apôtre des Indes) prononcer un voeu d'engagement au service de Dieu et des hommes. On considère que c'est l'acte de naissance de la Compagnie de Jésus.


 
Si vous voulez vous recueillir un instant, à l'écart du bruit et du courant de ce quartier touristique, vous devrez vous libérer un vendredi, seul jour d'ouverture de la crypte (de 15h à 18h).
C'est un lieu modeste et clair où, si vous vous asseyez et fermez les yeux, vous pourrez entendre le chant lointain des pélerins du passé...


Saint Pierre de Montmartre (3) Le Guerchin, Ribéra, Parrocel...

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux


La porte centrale est évidemment consacrée au Saint Patron des lieux. Elle doit se lire, comme un vitrail, de gauche à droite et de bas en haut. Pierre est venu sur la Butte avec les religieuses bénédictines de Reims auxquelles le roi Louis VI confie l'abbaye, au XIIème siècle. Il a pris la place de Denis, vénéré en ce lieu depuis qu'il perdit la tête, un peu plus bas...Là où se trouve aujourd'hui le martyrium et où s'élevait l'abbaye royale, dite d'en-bas, reliée par un passage couvert à celle d'en-haut dont l'église faisait partie.


Le premier vantail : la vocation de Pierre.
Au bord du lac de Gennésaret, Jésus voit des barques avec des pêcheurs occupés à laver leurs filets. Il monte dans la barque de Pierre et lui dit d'aller en eau profonde lâcher ses filets. Les poissons sont si nombreux que les barques s'enfoncent dangereusement et qu'il faut revenir au rivage. Pierre, effrayé, tombe à genoux :"Eloigne-toi, Seigneur, car je suis un homme pécheur!" et jésus lui répond: "Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras."
Intéressante homophonie en français que ce pécheur pêcheur...
Petite réflexion écolo: Si Jésus revenait provoquerait-il un tel gaspillage de poissons?


Deuxième vantail : la promesse des clefs.
    C'est ici, le fameux passage tant débattu entre catholiques et protestants. Pierre aurait été choisi par le Christ pour être à la tête de son église ("Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise....Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux"). Quand on voit Benoît XVI, on se dit qu'il y a un petit hic... et qu'il faut écouter Saint Jérôme : "L'Eglise est fondée sur tous les apôtres et chacun d'eux a reçu les clefs du Royaume...."

Troisième vantail : le reniement.
Comme le Christ l'avait annoncé, Pierre, menacé d'être arrêté renie son maître."Avant que le coq n'ait chanté, aujourd'hui, tu me renieras trois fois."Jamais avait-il répondu, jamais je ne pourrai commettre un tel forfait!
 Je l'aime bien ce Pierre. Il est tout feu tout flamme, il s'emporte, affirme, est sûr de lui et se révèle d'une faiblesse et d'une lâcheté que je peux reconnaître parce qu'elle fait partie de notre humanité. Ce qu'il y a de formidable en lui, c'est qu'il est submergé par le remords mais pas au point de se tuer (comme Judas), il sait qu'il y a devant lui et pour lui, un amour sans limites, un amour qui l'accueillera malgré ses manquements et ses traîtrises. Sacrée leçon, non?
Entre nous, mais gardez-le vraiment pour vous, j'ai connu ça dans dans ma vie. Et c'est une femme qui m'a donné cette preuve d'amour. Pas vous?                                                                                                                   Gismondi a perché le coq sur l'épaule de Pierre. Il y pèse et semble l'enfoncer et le courber. 
 
Quatrième vantail : le centurion Corneille. 
Le centurion Corneille est un païen favorable aux juifs. Il reçoit une vision qui l'incite à inviter Pierre chez lui. Dans le même temps, Pierre a la fameuse vision de la nappe qui descend du ciel avec les animaux impurs selon le judaïsme. Une voix lui demande d'en manger. Nous sommes à un moment crucial (!) de la première église. Doit-elle rester entièrement dans la tradition? Doit-elle rester juive ou s'ouvrir à tous les hommes? Pierre qui est un juif pur et dur penche du côté de la tradition. La vision qu'il reçoit vient le faire réfléchir. Il accepte de se rendre chez un païen et de lui parler du Christ.
Il aura maille à partir avec l'église de Jérusalem qui le lui reprochera!
Alors, deux réflexions : pourquoi encore des animaux à bouffer? On ne peut pas les laisser tranquilles? Est-il besoin de les classer en purs et impurs? Qu'est-ce que cette foutaise signifie?
Ensuite, fallait-il opposer le judaïsme à l'église naissante? Que de malheurs, d'injustices, de rejets sont issus de cette distinction! C'est une longue histoire qui n'en finit pas de faire des vagues!
Ce qu'il y a de plus beau dans le motif de Gismondi, c'est le cheval. Il semble voler dans les airs et se moquer de nos élucubrations!
 

Cinquième vantail : le miracle de la "belle porte". 
Il s'agit là du premier miracle attribué à Pierre après la Pentecôte. Il monte au Temple, avec Jean, rencontre un estropié, incapable de se mouvoir, donc interdit à l'intérieur du sanctuaire qui ne tolérait les infirmes qu'à ses portes. Pierre n'a pas d'argent mais il a plus. Au nom de Jésus, il lui dit : "Lève-toi et marche". L'infirme a confiance en cette parole. Il se lève. Il est guéri. La porte du Temple ne lui est plus fermée. Grâce à celui qui a dit qu'il était la porte. La vraie.
Le bronze montre bien le visage du malheureux touné vers Pierre; Son voile se détache... Il va être libéré. On a l'impression que Pierre, le pécheur, remonte ses filets...
 
Sixième vantail : l'arrivée à Rome.
 Pierre, le pas alerte, la tête droite, le bâton bien en main, dit à la ville : "A nous deux"!
Les arcades sont-elles celles du Colisée où mourront tant de martyrs?
Dans une sorte de grotte, on distingue un chien ou plus vraisemblablement la Louve, symbole de la ville.

Septième vantail : Domine, Quo vadis?
A cause des persécutions, Pierre veut fuir la ville. Il a une vision. Il rencontre le Christ portant sa croix. Il lui demande : Maître, où vas-tu? (Domine, Quo vadis?) et Jésus lui répond qu'il va à Rome pour être crucifié une deuxième fois. Pierre comprend qu'il lui faut revenir dans la ville et affronter son propre martyre. Gismondi représente jésus et Pierre en marche. Ils sont comme deux ruisseaux qui vont se rejoindre pour ne plus faire qu'un. Le cours de l'un ne pourra plus différer du cours de l'autre. 
 
Dernier vantail : le martyre de Pierre. 
C'est pendant les persécutions de Néron que Pierre est mis à mort. La tradition prétend qu'il a voulu être crucifié la tête en bas car il se sentait trop indigne pour connaître la même mort que Jésus. C'est bien notre Pierre, jusqu'au bout, avec son caractère, son orgueil.. L'humilité aurait été d'accepter la mort telle qu'on la lui infligeait, sans se faire remarquer par cet excès de zèle!
La tradition doloriste de l'église lui doit une partie de ses déviances.
Salut Pierre! Chapeau l'artiste! Je t'aime bien et je voudrais que tu inspires l'église lors de l'élection du prochain de tes successeurs. Quelqu'un qui te ressemble un peu, issu du peuple, brut de décoffrage, pas trop intello... Un saint homme d'Afrique ou d'Asie avec un coeur assez grand pour accueillir tous les exclus! 

Lien : Eglise Saint-Pierre de Montmartre. Porte Notre-Dame.  

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Publié le par chriswac
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Sur la façade plate et sans grand intérêt de l'église, les trois portes de bronze de Gismondi attirent l'attention. Elles donnent l'impression au premier coup d'oeil d'être anciennes alors qu'elles ne sont venues orner l'édifice qu'en 1980. Tommasso Gismondi dégage dans le bronze des formes qui semblent avoir subi l'érosion du temps. Pas de préciosité chez lui, pas de détail, mais l'épure des formes... Comme si les siècles avaient raviné la surface et laissé apparaître l'essentiel, le plus indestructible et le plus profond.
 

Les portes se lisent comme les vitraux : de gauche à droite et de bas en haut. La première scène représente l'Annonciation. Comme devant la télé ou l'écran de cinéma, Marie voit apparaître l'ange Gabriel au fond d'une grotte qui fait penser à la caverne de Platon. La réalité divine ne nous  est révélée qu'imparfaitement, comme une ombre sur le mur... Il est facile de n'y pas croire, comme de ne pas croire en l'amour...



La deuxième scène est la nativité du Christ. Toujours une grotte, toujours un univers de rocs. On a l'impression que Marie est une bonne ménagère qui saisit un panier; Joseph à ses côtés la laisse faire. Une femme seule connaît le prix d'un nouveau né dérisoire, jeté dans le monde, sans autre protection que les bras d'une mère. Gismondi a été fidèle en ne représentant ni âne ni boeuf. Les Evangiles ne les mentionnent pas. Dommage. Ils font partie de la création et participent au même mystère de la naissance et de la souffrance.

Troisième scène: Les noces de Cana. Un repas de fête, le vin vient à manquer... Marie demande à son fils de venir en aide au maître du repas. On connaît l'histoire: Jésus fait remplir d'eau les jarres destinées aux purifications des juifs et demande d'y puiser... L'eau changée en vin digne du plus grand millésime de nos terroirs réjouit les invités... Il faut reconnaître qu'en dehors de son symbolisme, ce miracle est très sympathique!

Quatrième scène : Jésus rencontre sa mère (4ème station du chemin de croix). En montant vers la mort, l'homme voudrait se réfugier dans les bras, dans le ventre de celle qui lui a donné la vie. Et la femme voudrait le saisir, l'arracher à ses bourreaux. Lorsqu'un homme entre en agonie, très souvent, c'est sa mère qu'il appelle. Elle est la seule à pouvoir s'affranchir du temps et des lois matérielles pour recueillir en elle et emporter avec elle son enfant.

Cinquième scène : la Crucifixion. 
Marie nous représente. Elle est chacun de nous devant la souffrance et la mort des êtres aimés. Elle est anéantie. Une des plus belles scènes de cinéma la montre, bras en croix, soutenue par ses compagnes. C'est dans l'Evangile selon Saint-Mathieu de Pasolini. Et Pasolini qui allait mourir quelques années plus tard, violenté et torturé, a choisi pour être Marie, sa propre mère...
Gismondi préfère la montrer debout devant son fils cloué. Dernier regard avant l'effondrement.

Sixième scène : la Déposition.
Gismondi ne montre le fils mort et la mère déchirée que debout. C'est un parti pris de foi et d'espérance. Sur le magma des roches, Marie et Jésus sont soutenus par une force qui vient les habiter...Le fils plie les genoux, sa mère le soutient et l'empêche de tomber. J'aime cette représentation même si je l'avoue mon coeur bat plus fort devant la Piéta d'Avignon et son Christ raidi par la mort. Le plus beau tableau que je connaisse.

Septième scène : la Pentecôte.
Apparition de Jésus après sa mort. Apparition devant les disciples et sa mère. Triomphe de la vie ; la scène est confuse, presque effacée. A chacun de la lire comme il voudra. Si vous croyez que ceux que vous avez perdus ne sont pas réduits à néant, mais bien présents dans votre vie, pas de problème....


La dernière scène représente l'Assomption de Marie.
Marie est enlevée au ciel. Elle a connu la mort comme chacun de nous la connaîtra et elle nous précède dans la vie. Aucun texte évangélique ne parle de cette Assomption qui est un dogme récent. Son sens est cependant profond et lumineux. Moi, je suis sûr que ceux que j'aime et qui ne sont plus ont connu le même chemin. C'est ce que me dit Manguite, chaque fois que je pense à elle!!!
Lors d'une prochaine visite, nous étudierons la porte centrale, celle du Saint Patron des lieux, Pierre. 

Lien : Saint Pierre de Montmartre (3) Le Guerchin, Ribéra, Parrocel...  

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux


lIl y avait jadis un musée du vieux montmartre, kitch et poussiéreux, avec décors en carton et mannequins de cire... Il a cédé la place à quelques créatures étranges imaginées par Dali qui fut un peu montmartrois puisqu'il habita quelque temps rue Becquerel dans l'appartement qu'Eluard avait déniché pour Gala. Dali en bon prédateur s'empara aussi de la femme...



Il faut croire que son érection permanente n'était pas qu'intellectuelle!

 

      Dans un espace sombre les bronzes sont disposés un peu n'importe comment. Il est vrai que l'espace réduit empêche une vraie mise en valeur. Lorsqu'on veut prendre un peu de recul pour apprécier une oeuvre, on se heurte inévitablement à une autre... Ici Saint-Georges se défend en terrassant de sa lance le dragon. Groupe assez classique, peut-être un des plus beaux parce que le moins chargé de théories. Ou alors, vieille métaphore du combat du bien et du mal... 



      La femme en feu se consume avec tous ses tiroirs entrouverts. La fameuse béquille l'empêche de se renverser. La mémoire, l'inconscient, tous ces tiroirs que nous n'ouvrons que la nuit, lorsque l'obscurité nous protège des découvertes trop cruelles et lorsque les flammes sont femmes...



L'escargot en pleine vitesse, ailes déployées, porte l'ange en équilibre, béquille brandie... Fascinant animal, dur à l'extérieur et mou à l'intérieur. Créature privilégiée puisque mâle et femelle à la fois. Plus de problème d'identité sexuelle! L'ange le choisit comme véhicule, comme s'il était un dieu indien qui avait besoin d'un animal pour voyager sur terre. Et cette béquille que l'artiste ne quittait jamais... elle est tenue par le messager du ciel, elle est la réalité, le vecteur entre deux mondes.




Le rhinocéros monté sur des pattes fragiles articulées par plusieurs rotules. Lui aussi porte une carapace qui ne le protège pas des braconniers et ne lui évitera pas une disparition programmée. Il porte sur le dos une pyramide d'oursins, carapace à l'extérieur et chair tendre et fragile au-dedans. L'oursin n'était pas qu'un symbole pour Dali qui en dévorait une bonne douzaine par repas! Nicole va être jalouse!



L'éléphant porteur de pyramide. Ses pattes sont frêles et menacées comme celles du rhinocéros. Si vous lisez toute l'explication qui accompagne la sculpture, vous risquez d'être perdu. On vous parlera de la tentation de Saint-Antoine, de la pyramide qui est le pouvoir (Pharaon) et la maîtrise et patati et patata... Arrête ton char Dali, il risque d'être englouti avec celui de Pharaon dans la Mer Rouge.



Notre amie Alice de Lewis, saute à la corde, les mains et le visage métamorphosés en fleurs. Elle a les seins de Lolita et la coiffure de Marie-Antoinette. A ses côtés, prête à lui servir d'appui, une béquille fichée en terre.



      Terpsichore, muse de la danse est à la fois mâle et femelle. La femelle, sensuelle et brillante, le mâle maladroit et en formation. Il prend forme et vie en essayant d'imiter la belle. C'est le mythe de la création, mais cette fois, c'est l'homme qui naît de la femme. Ce qui est bien plus vraisemblable et bien plus réconfortant!



Attention symboles à gogo : la femme coupée, l'oeuf devant le sexe, la montre molle sur le cou, les fourmis dévoreuses... Amusez-vous avec tout ça, ou plus simplement, lorsque le gardien détourne les yeux, caressez l'oeuf, caressez les seins. Frissons garantis!



Dans une vitrine, cette femme au collier de maïs, coiffée d'une baguette couronnée par un encrier figurant le fameux Angelus. Labeur des paysans pour gagner leur pain; labeur de l'écrivain ou de l'artiste. Indifférence de la belle qui semble participer au carnaval de Venise. Le pain est paraît-il chez Dali un symbole phallique.
Mais enfin, ce n'est pas en cet endroit, madame que le pain doit être placé!

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L'esclave Michelin... Dali a représenté avec quelques années d'avance la dure condition des ouvriers exploités et jetés. Il suffit de remplacer Michelin par Continental pour être dans l'actualité.



La belle Amanda Lear qui était déjà jeune et portait comme Sainte-Lucie ses yeux (ses oeufs) sur un plat.



Et pour terminer la visite, cette crucifixion. Saint-Jean le bien-aimé devant la souffrance jaillissante, devant la nuit qui encre le jour chaque fois que meurt un homme.

Nous avons quitté les salles sombres pour déboucher rue Poulbot.  Un pigeon sortait d'une poubelle; un chat dormait entre deux géraniums; un enfant s'envolait dans le ciel...Sans béquille, le réel et le surréel se promenaient sur la butte...

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Monuments. Cabarets. Lieux


Au premier étage de la maison, de nombreuses oeuvres du peintre sont exposées. Elles y sont à leur place puisque pour la plupart, elles ont été peintes dans l'atelier, à côté du pavillon.
Inspirée de la ballade de Bürger, traduite par nerval, la toile : Lénore, les morts vont vite, est tourmentée et ténébreuse à souhait. La touche nerveuse permet de regretter l'évolution ultérieure du peintre vers un classicisme plus froid. Lénore attend son bien-aimé parti à la guerre. Persuadée qu'il est mort, elle implore le ciel de lui permettre de le rejoindre. Un cavalier apparaît alors, la saisit et l'emporte au grand galop vers le lit nuptial, le lit de la mort. Etrange toile où ne brille que la chair blanche de la seule vivante, courbée et résignée, tenue par son amant revêtu d'acier, tandis que commencent à se rassembler les spectres de tous les amoureux défunts.

                                                                                                                                                                                                                     Autre figure romantique, Faust dans son cabinet. Dans une posture un peu théâtrale, le bon docteur songe avec tristesse à sa vie passée, au temps perdu.


Dans la vitrine, une petite toile, étude pour l'oeuvre exposée au salon de 1846, montre Marguerite tenant dans ses bras son enfant mort qui semble s'accrocher à elle et rechercher la chaleur du corps maternel à travers un drap aussi lourd qu'un linceul.


Romantique encore, le Giaour, inspiré de Byron... Les Turcs appellent ainsi avec mépris le non-musulman, le plus souvent chrétien. Le Giaour de Byron, désespéré d'avoir perdu Leïla, décide de se réfugier dans un monastère avant d'y mourir d'amour. Beau portrait sombre et vigoureux. L'homme nerveux semble entamer une danse de mort...
Les autre oeuvres exposées me paraissent plus froides, plus conventionnelles. parmi elles le portrait de la princesse de Joinville


Elle ressemble à une poupée de porcelaine, un peu boudeuse, un peu triste, avec pour seuls bijoux ces méchantres décorations, insectes de métal sur son sein et son épaule.


La reine Marie-Amélie en deuil me paraît moins convenue. Ary Scheffer est allée en Angleterre où la famille royale s'était exilée après la révolution de 1848. La reine tient dans ses mains le portrait du roi. Son visage est à la fois légèrement baissé vers lui et tourné vers une autre lumière.

 
Cornélia Scheffer, fille du peintre et admiratrice de ce père dont elle aime copier les oeuvres. C'est elle qui léguera la plus grande partie des toiles d'Ary Scheffer à Dordrecht (Pays-Bas) ville de sa naissance.


Cornélie Scheffer (décidément, l'imagination manque un peu pour les prénoms!), nièce du peintre.Elle épousera Ernest Renan. Noémie, la fille du couple habitera la maison qui restera dans la famille jusqu'au don qui en sera fait  à la ville de Paris.


Avant de quitter le musée, un petit coup d'oeil à Sophie Marin, future épouse du peintre.
Si l'envie vous prend d'aller rendre visite à toutes ces belles dames qui vous attendent patiemment, n'hésitez pas à vous rendre 16 rue Chaptal. Vous descendrez à Blanche ou à Pigalle et vous serez reçu gratuitement tous les jours de la semaine sauf le lundi, de 10h à 18H.....

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Publié le par chriswac
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A quelques pas de Pigalle, dans le quartier romantique de la Nouvelle Athènes, se dissimule derrière les arbres une jolie demeure à l'italienne. C'est la maison du peintre Ary Scheffer, artiste qui fut à la mode mais qui aujourd'hui pâlit à côté des Delacroix et des Géricault qui furent ses contemporains.


Etrangement, George Sand qui ne vécut jamais en ces lieux, semble les habiter. Il est vrai cependant qu'elle fréquenta l'atelier du peintre (à gauche de la maison) où, sous la Monarchie de Juillet, de nombreux artistes et intellectuels aimaient se retrouver. Parmi eux, Chopin, Delacroix, Rossini, Guizot, Dickens, Liszt ou Berlioz ne sont pas les moindres !... En pénétrant dans la maison vivante, on a l'impression qu'elle va apparaître et accueillir le visiteur.


C'est que La petite fille de la bonne dame de Nohant a légué à la ville de Paris, meubles, bijoux, objets qui se trouvaient dans la propriété du Berry...


Le salon à la lumière dorée semble prêt à vous recevoir. les objets trop nombreux ont un histoire qu'ils chuchotent à qui veut l'entendre.


Dans les vitrines, à côté des bijoux et des mèches de cheveux dans des médaillons, ces deux moulages parallèles des mains de Sand et de Chopin ... Les doigts du pianiste jouent sur un clavier imaginaire une
valse qui fait danser la poussière devant les vitraux


La main de Sand attend de reprendre la plume. On aimerait la voir se poser sur celle de son amant.   La nuit peut-être, quand l'heure est venue de composer un nocturne et quand les visiteurs partis,  s'abolissent les frontières du temps.


Un pastel de Delacroix illustre Lélia, roman sombre et romantissime de Sand. Le dessin vigoureux et dépouillé fait pâlir les toiles académiques de Scheffer, suspendues dans la même pièce.


Tout à l'heure, nous monterons au premier étage où sont exposées des oeuvres du véritable propriétaire des lieux, Ary Scheffer.
(à suivre...)

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Publié le par chriswac
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Vus de l'impasse Marie-Blanche  un mur de briques et une tour nous rappellent qu'il y eut ici une grande demeure construite à l'époque romantique par le Comte Charles de L'escalopier.

A l'époque de sa construction, en 1835, en pleine vogue du style troubadour, la demeure attire de nombreux curieux. Elle est alors au milieu des champs, à quelques pas du cimetière du Nord, dit de montmartre.

Ce qui attire les badauds, ce sont des serres extraordinaires. Elles sont ornées de roches, de bassins et chauffées à la vapeur. Elles abritent les plantes les plus rares. A côté des bananiers, on trouve des bambous, des papayers, des arbres à pain, des cocotiers en pleine terre. Une des serres, la plus visitée, offre aux regards émerveillés des parisiens, les plus belles orchidées, les muscadiers, les copayers, les mancenilliers, les bois de santal....

Les serres sont hélas détruites par le Comte lui-même (c'est pour cette raison que Nicole, amoureuse de la végétation luxuriante, m'entraîne chaque année sous les tropiques).
 Le Comte, grand érudit, nommé conservateur de la bibliothèque de l'Arsenal, dont Nodier, qui a sa rue de l'autre côté de la Butte, est le responsable en chef, les remplace par une immense bibliothèque, en grande partie consacrée aux ouvrages d'archéologie chrétienne.
Passionné par le Moyen-Âge, comme beaucoup de ses contemporains, et comme le plus grand d'entre eux, notre Victor national, il décore sa maison en gothique flamboyant et installe un musée médiéval de pièces d'orfèvrerie, d'ivoire, de bronze. Il acquiert des émaux très rares et des reliques pour la plupart douteuses mais dont le reliquaire, lui est authentique!
Notre Escalopier écrit un ouvrage qui lui apporte une petite célébrité et lui vaut le hochet suprême, la croix de la légion d'honneur. Il s'agit de la traduction d'un traité du moine Théophile (XIIème siècle) sur les arts de son temps.
La porte étant entrouverte; je me permets d'entrer sur la pointe des pieds. Le grand escalier semble accueillir quelques fantômes de lumière.


Une femme insatisfaite  et mélancolique attend sur le mur que s'ouvrent à nouveau les portes sur les forêts tropicales et les perroquets multicolores.


Au fait, ce nom de L'Escalopier, que signifie-t-il ?  Notre homme débitait-il des escalopes à la Cour de France?  Ou bien portait-il sur la tête un chapeau qui en avait la forme?  
Que nenni ! 

Le nom est italien. Et ancien. Et prestigieux. La famille Della Scala régna sur Vérone jusqu'au jour où elle en fut chassée par les Vénitiens (au XIVème siècle). Réfugié à Paris, Pietro Della Scalla voulut franciser son nom :
       
"Renversé de fortune, il renversa son nom
  L'Escalopier lui fut nom pour Piero L'Escale"



Aujourd'hui, il faut tourner dans les petites rues de Montmartre aux noms de femme, pour découvrir ce qui subsiste de ce monde créé par cet érudit qui, passionné d'archéologie se rendit en orient, y découvrit les restes d'une martyre, Théodosie, originaire d'Amiens (!!!) dont il obtint du Saint-Siège la translation dans sa ville natale.


Au coin de l'impasse Marie-Blanche et de la rue Constance, dans une vitrine, un tigre se souvient peut-être d'avoir planté ses crocs dans la chair tendre de Théodosie. Mais il est trop débonnaire pour avoir de tels souvenirs... Il rêve avec ses compagnons de carton sur les fantômes, végétaux et humains, de la demeure du Comte marie-Joseph Charles de L'Escalopier.

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Publié le par chriswac
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65 boulevard de Clichy, au rez-de-chaussée d'un immeuble banal, une croix et une inscription sur la pierre indiquent la présence de la chapelle Sainte Rita. La sainte étant la patronne des cas désespérés reçoit d'innombrables visites dont le flot n'est pas près de se tarir.





Le vitrail, pile et face. Côté rue, il reflète la ville, les fenêtres, les voitures, les passants, les amateurs de sexe facile et de spectacles érotiques. Côté chapelle, Rita serre des roses contre son coeur. On ne sait pas grand chose de cette Margarita italienne contemporaine de jeanne d'Arc sinon qu'elle connut bien des malheurs sur lesquels elle flotta dans sa petite barque de douceur et de prières.... Elle transforma son mari violent et macho en type sympa. Ce qui n'empêcha pas le brave homme d'être assassiné, comme le seront ses deux garçons.  Elle eut ensuite beaucoup de mal à se faire accepter dans un couvent où elle fut gratifiée d'une plaie sur le front alors qu'elle priait devant un Christ couronné d'épines. Sa plaie saigna pendant des années et indisposa ses consoeurs.

Elle mourut en odeur de sainteté, au propre comme au figuré car il paraît que lorsqu'elle ferma les yeux, un parfum céleste, infiniment plus suave que Kenzo ou autre Guerlain, se répandit dans sa cellule et sur tout le couvent. un parfum de roses.


De vieilles femmes dont le mari est à l'hôpital, entre vie et mort, de jeunes femmes dont l'enfant est malade, des désespérés de l'amour, des rêveurs d'avenir viennent allumer une petite flamme devant la lourde statue. J'ai envie de citer Villon : "Ici n'est point de moquerie"...et j'abandonne mon esprit critique et rigolard devant la douleur et les rêves de notre humanité.


Je m'asseois devant la verrière turquoise, couleur Maldives et jeprie avec mes pauvres mots pour ceux que j'aime et qui souffrent. 



Rita

Je viens te prier pour te demander de l'aide
Je viens te prier dans le malheur
Donne-moi de savoir avec mon âme avec mon coeur
Que Dieu est aux côtés de ceux que j'aime
De ceux qui souffrent                                                                                       De ceux qui doutent                                                                                          
Il tient la main de mon père qui n'a plus de mémoire
Il soutient ma mère qui ne peut plus marcher 
Il veille sur mon amie qui meurt de son cancer
 
Que Dieu m'aide à les accompagner
A leur donner à boire 
A leur tenir chaud
A leur sourire
A les soutenir
Non pas avec mes pauvres forces 
mais avec celles que de Lui je reçois
Lui qui désaltère celui qui a soif
Lui qui réchauffe celui a froid
Lui qui aime celui que nul ne regarde
Lui qui relève celui qui tombe.

Aide-moi, Sainte Rita
A dire comme un enfant
Mon père
Que ta volonté soit faite
Mon Père
Que ta volonté d'AMOUR soit faite. 


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