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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 08:18

                                                                                                                                                                                                                                            


          

Avant de quitter Montmartre pour l'exil estival, je tiens à faire une déclaration d'amour à ma rue, artère modeste au pied de la butte mais plus authentique que bien des rues touristiques encombrées de boutiques surchargées de souvenirs de Paris en toc, made in China. Son charme tient en partie à sa situation et à sa modestie. C'est une petite rue de moins de trente numéros, avec pour fermer la perspective, d'un côté la façade au porche monumental des anciennes galeries Dufayel et de l'autre les rochers et les jardins de la butte.
 



 
L'exubérante façade a été comme il se doit massacrée pour abriter une banque, la B.N.P. en l'occurence. Plus rien d'inutile ou de fantaisiste donc.... La toiture avec sa coupole surmontée d'un phare électrique a disparu comme les vitraux, l'horloge monumentale, les statues de Falguière... Ce massacre s'est accompagné d'un vandalisme plus radical encore de l'architecture intérieure. Disparus le théâtre, les salons, la serre tropicale.... Par miracle subsiste à l'extérieur la sculpture de Dalou.






       Cet Apollon représente en réalité le Progrès entraînant dans sa course le Commerce et l'Industrie. Lointaine époqe où l'on pouvait croire qu'il en serait ainsi et que les ressources de la planète étaient inépuisables !  Dalou était très engagé dans la défense de la République et de la laïcité. Il a participé activement à la Commune. Ses convictions l'ont écarté de bien des commandes auxquelles il aurait pu prétendre sous le Second Empire. Cet élève de Carpeaux et ami de Rodin nous laisse malgré tout quelques oeuvres remarquables comme le Triomphe de la République, place de la Nation ou le gisant de Victor Noir au Père Lachaise, gisant dont le sexe saillant a été caressé par des milliers et des milliers de mains qui pensaient (et pensent encore aujourd'hui) retrouver par ce geste magique une virilité à toute épreuve !




      Ces atlantes eux aussi ont été épargnés et portent vaillamment la corniche du temple de l'argent. Au fait, j'ai oublié de dire un mot du nom de la rue. C'est un beau nom italien francisé à la mode du XIXème siècle. Il s'agit d'un peintre de la fin de la Renaissance italienne dont le vrai nom demande avant d'être prononcé un grand entraînement et une grande capacité pulmonaire : Andréa d'Agnolo di Francesco di Luca di Paolo del Migliore ! Son père étant tailleur, on a jugé préférable de l'appeler Sarto, ce qui vous le devinez signifie tailleur en italien ! Pourquoi cet artiste italien à Montmartre ?  Peut-être parce qu'il fut comme Léonard apprécié de François Ier qui l'invita en France et tenta de le garder auprès de lui. Ce séjour nous vaut quelques oeuvres réalisées pour le roi et qui coulent des jours heureux au Louvre, devant des hordes d'admirateurs.  Le peintre reçut du roi une somme assez considérable pour aller à Florence acheter des toiles pour la collection royale. Andréa ne revint jamais et se fit édifier une villa somptueuse avec l'argent de France ! Mais ce qui a dû pousser les lotisseurs à choisir son nom un peu frauduleux (remarquez avec des promoteurs, c'est très adapté), c'est sans doute le succès de la pièce de Musset qui romança ses aventures et mit l'accent sur la trahison de sa femme Lucrèce qui apprécia beaucoup les bras (et le reste) de son meilleur ami. Donc un nom d'artiste, de filou, d'amoureux.... Un nom montmartrois en somme ! Mais qu'on trouve le plus souvent orthographié à la mode du Mans : Del Sarthe, ou à la mode existentielle : Del Sartre !






                   
                              

 

         
 De l'autre côté de la rue, fermant la perspective, les rochers du square Louise Michel. Une plaque rappelle que dans le gypse des carrières furent retrouvés des fossiles de mammifères marsupiaux qui permirent à Cuvier d'élaborer ses théories sur l'évolution. Un peu plus tard furent exhumées des empreintes de sauriens. Ainsi la rue André Del Sarte connut-elle il y a quelques années et des poussières un climat tropical avec faune et flore du même tonneau ! Peut-être est-ce parce que nous en éprouvons la nostalgie que Nini et moi nous envolons dès que nous le pouvons vers les tropiques asiatiques !
 









                            



    
    
La rue laisse la place à Charles Nodier et à Ronsard en venant buter contre les rochers. Les escaliers de la butte qui paraît-il sont durs aux miséreux commencent ici avec la rue Paul Albert. Jadis ils s'appelaient escaliers Sainte Marie mais beaucoup de noms religieux ont dû laisser place à des noms laïcs ou même carrément anti religieux comme celui du Chevalier de la Barre dont la rue contourne le Sacré Coeur et dont la statue regarde avec arrogance et superbe la basilique.



          
 Et maintenant je vous propose un coup d'oeil sur quelques commerces de la rue qui vous permettront de faire en quelques centaines de mètres un rapide tour du monde. Au début de la rue, le Monde en couleurs, rideaux baissés en cette heure matinale (j'ai pris les photos ce matin à 8h. Elles sont encore toutes fraîches !)  Cette boutique est une île aux trésors où l'Amérique du sud expose ses bijoux, ses panchos, ses mangeurs de chagrin... Je vous recommande ces derniers car ils ont un rôle bénéfique en ces temps difficiles. Ce sont de minuscules poupées de laines multicolores du Guatemala. Il suffit de leur confier nos peines, nos soucis et de les coucher avant de nous endormir sous notre oreiller. Croyez-moi si vous le voulez mais le matin, très souvent vous vous réveillez tout légers, vos tracas envolés ou plutôt avalés et digérés par les petits sorciers guatémaltèques.
 






 A côté, le Diamahilar, boutique africaine aux multiples trésors : bijoux en pâte de verre, tissus brodés, peintures sur verre et en cadeau le grand sourire chaleureux de l'accueil. De l'autre côté de la rue, des bars et de petits restaurants ainsi que des boutiques de créateurs: No problemo, bar à tapas, Vina Saïgon petit restaurant simplet, Ana Fjord jeune styliste de talent, Ysasu boutique très branchée.....et beaucoup d'autres que vous aurez le plaisir de rencontrer.... 
 


 

     
Un coup d'oeil sur le 14. C'est là que j'ai posé mes valises il y a plus de dix ans...et où je vis avec Nini et les chats. L'immeuble est intéressant car en pleine période 1900, il choisit délibérément d'ignorer la mode florale et souple de Guimard et consorts pour s'orienter vers un style orientaliste aux nombreux symboles francs-maçonniques. A vous de les découvrir après l'évidence des trois pyramides qui surplombent la porte d'entrée.


                                                                                                     


  
    
Et derrière la façade...la belle surprise de jardins enchantés où se promène Lascaux, un chat noir et blanc et où naissent entre les mains d'Hélène d'étranges sculptures tourmentées ou magiques. Avez-vous remarqué que Paris cachait des milliers de jardins derrière ses murailles d'immeubles ?
 







  
  Au 17 bis, une porte cadenassée donne accès à l'un des derniers puits de Montmartre, "le puits des insurgés". Pendant la Commune, la Butte, comme chacun sait, fut un des hauts lieux de la résistance populaire.  De nombreux révoltés trouvaient dans les carrières des cachettes propices. Ce puits leur permettait de puiser l'eau claire qui serait bientôt rougie de leur sang.
    Sacré quartier que celui-là... A deux pas de la rue Del Sarte, rue de Clignancourt (au 41) vivait Théo Ferré, blanquiste, communard et ami de Louise Michel, exécuté à Satory. Un peu plus loin, Eugène Pottier se réfugia, rue Myrrha (au 80) dans une chambre sous les combles. C'est là qu'il composa, en juin 1871, les paroles de l'Internationale.
 



   

  
   
La boulangerie à l'angle de la rue Feutrier. Elle n'a pas beaucoup changé depuis un siècle, mais ce qui a changé c'est le nombre incroyable de débits de vins pour une si rue si courte ! Il y en avait cinq sur 150mètres ! Pourtant à en croire les piquets de fonte qui jouent les tours de Pise sur les trottoirs, les chauffeurs-chauffards parisiens semblent toujours adeptes de la dive bouteille. 
 

   
 


  
    
Il y aurait beaucoup à dire encore de ce bout de rue.... Il faudrait recommander le Mazurka,un des meilleurs restaurant polonais de Paris avec son patron pousseur de mélodies slaves, regretter l'invasion des motos devant la clinique des deux roues pollueuses et pétaradantes, respirer la cuisine du restaurant haïtien...  mais je dois quitter ma rue pour des rivages atlantiques et je demande au crocodile de Cuvier de veiller sur elle pendant l'été comme il veille toute l'année sur les enfants multicolores qui passent en riant sous sa bonne gueule.
Bonnes vacances à tous !


Liens :
La rue au 19ème siècle :

La rue Andre Del Sarte (rue Saint-André) au 19ème siècle.

Rue Andre Del Sarte. Cartes postales anciennes.

Rues de Montmartre. Classement alphabétique.  






... 

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commentaires

Renault Philippe 24/08/2016 16:34

Je suis le neveu de André et Valentine Delattre, j'ai habité chez Grand-Père / Grand-Mère Delattre en 1946... Et je tente maintenant de ramasser tous ces souvenirs !

chriswac 30/08/2016 21:54

Bonsoir à vous qui avez habité dans ma rue qui est celle de vos grands parents. C'est émouvant de sentir que les souvenirs restent attachés aux lieux où nous avons vécu et aimé.

Renault Philippe 24/08/2016 16:25

Je suis le petit

Noëlle 04/06/2016 18:56

Bonjour,
Je ne suis pas sûre que votre blog soit toujours actif vu que les derniers commentaires datent de 2011 mais je ne pouvais pas faire autrement que de réagir.
Tout d'abord merci pour cet dommage rendu à cette rue qui est le berceau de trois générations de ma famille.
Ma grand mère faisait partie de ces Auvergnats qui conquirent Paris au début du 20ème siècle, elle s'est installée au 16 de la rue. Le café s'appelait au Petit Bougnat. Ma mère a pris le relai et moi je suis allée à l'école maternelle de la rue.
J'ai quitté la rue en 1982. Aujourd'hui le café a disparu et lorsque je reviens dans cette rue la nostalgie m'étreint comme après avoir parcouru votre blog.
Merci encore.
Noëlle

christian 04/06/2016 20:07

Bonjour Noëlle
Oui mon blog est toujours actif et reçoit plus de 1000 visites par jour. J'ai été touché par votre commentaire. Votre famille fait partie de cette mémoire si précieuse de Montmartre. J'habite au 14, à côté de l'immeuble où vous avez habité. Aujourd'hui il appartient tout entier au même propriétaire et les petites maisons qui se trouvaient dans l'impasse ont été détruites pour faire place à une extension d'acier et de verre. Il y a longtemps que le vieux café n'existe plus. Mais les lieux ont la mémoire dure et sont toujours "habités" par le souvenir de ceux qui y ont vécu.
Très cordialement
Christian

Claire Jacquelin 27/07/2011 14:22



Il s'agit de votre article sur les Galeries Dufayel : mon grand père maternel était sellier-bourrelier chargé du maintien en état des harnachements des chevaux avec lesquels Dufayel faisait ses
livraisons.
En 1929 sa fille (ma mère) se marie et il lui offre un gros fauteuil Dufayel que je suis en train de remettre en état. C' est pourquoi j' ai cherché sur Google si Dufayel figurait. Votre article
m' a comblée... 



chriswac 28/07/2011 17:30



Merci pour votre message. Je trouve passionant de retrouver des traces d'un passé pas si lontain!


Ce serait formidable que vous ayez des documents au sujet de votre grand-père. C'est une mémoire vivante de ce quartier...


Cordialement



Flora Reymond 06/11/2010 12:57



bonjour,


Nous sommes étudiants en master à l'école d'architecture de La Villette et nous travaillons actuellement sur le quartier de la goutte d'Or et de Montmartre. Nous avons découvert un site
merveilleux qui dévoile chaque jour ses nouveaux secrets, c'est le "puits des insurgés", comme vous et tous les commerçants de la rue l'appelle. Nous aimerions en savoir plus sur le lien de ce
puit avec l'histoire de la commune, et de nombreuses personnes habitants la rue nous ont conseillé de prendre contact avec vous. Nous avons rencontré M. Roussard, président de l'association des
amis du puit mais qui ne semblait pas connaitre ce lien avec la Commune. Serait-il possible de vous rencontrer ou de vous joindre par téléphone? Nous vous remercions d'avance en esperant avoir de
vos nouvelles.


ps: nous ne cherchons pas de preuves réelles historique, le seul fait que la légende existe suffit à notre argumentation en ce qui concerne notre travail, nous voudrions juste pouvoir en discuter
avec vous.



chriswac 07/11/2010 19:35



Bonjour


Je ne peux vous donner des renseignements très précis. je sais que ce nom est donné au puits par les vieux habitants. La mémoire de la Commune est restée vivante. Plusieurs communards se sont
cachés dans le quartier (rue Müller, clignancourt, Myrrha, Poulet...) et l'un des plus flamboyants, Lisbonne, est revenu vivre rue andré Del Sarte après son exil. Certains galetas n'avaient pas
l'eau courante et il est vraisemblable que le puits ait pu recevoir la visite des insurgés...


Je serai de retour à Paris dans une huitaine. N'hésitez pas à me contacter si vous le jugez utile.


Ch.



Cindy de Seriousguide 05/10/2009 15:24



Bonjour,


 


Je me présente Cindy, responsable de la documentation chez Seriousguide, une nouvelle collection de guides de voyage.


Le principe : Seriousguide s’appuie sur des récits de voyage publiés sur notre plateforme www.seriousguide.fr comme première source d’information pour la sélection des contenus des guides
de voyage imprimés.


Nous avons publié cette année nos premiers guides qui sont l’Andalousie, le Maroc Sud, Barcelone et la Corse. Notre prochaine destination est Paris et c’est pourquoi je vous contacte.


Nous avons un site internet ouvert au public. Les voyages qui y sont publiés par les internautes représentent une source essentielle pour nos guides papiers. Toutefois nous repérons également les
contenus intéressants provenant d’autres blogs.


C’est ainsi que nous avons présélectionné le restaurant Mazurka rue André del Sarte dont vous parliez avec enthousiasme dans votre blog et que nous avons envoyé un de nos correspondants sur place
pour vérifier cette information. Si nous décidons de conserver cette activité pour notre guide Paris, nous aimerions pouvoir vous citer comme étant notre source d’information.


Je tiens à vous préciser qu’en aucun cas nous n’allons reprendre votre récit, nous souhaitons uniquement vous citer comme une de nos sources.


Pouvez-vous me donner votre accord par mail à l’adresse suivante : documentation[at]seriousguide.fr ?


Vous pouvez également créer un profil sur notre site www.seriousguide.fr afin de raconter vos voyages et suivre les évolutions de nos publications.


 


Amicalement,


Cindy



Hélène Bignon 23/09/2008 12:44

Cher Christian
Un de mes hôtes m'a fait parvenir un article sur la rue André del Sarte paru le 21 septembre 2008 dans le "New York Times Magazine".
Si l'on en croit Madame Christine Muhlke, auteur de cet article, notre rue est devenue "trendy", 'très tendance" (mais laquelle?)..
Des créateurs de mode s'y sont installés, le plus récent étant Jean Touitou, fondateur de la marque A.P.C.
Le restaurant "La Famille" a pondu un Chéri Bibi et voilà notre petite rue qui a le vent en poupe.
En tapant les trois mots sur l'écran sésame, je tombe sur un article et me dis: "Voilà un homme qui écrit gracieusement, savamment et spirituellement ; j'aimerais bien le connaître et qu’il m'apprenne Paris."
Puis, au dernier paragraphe, j'ai enfin démasqué le plus altier de mes voisins.
Je suis touchée que mes statues vous parlent et je vais, de ce pas, apporter mon petit pavé à votre édifice:
Il y a bien longtemps, en 1974, j'habitais le N°15 de cette même rue.
Au fond de la cour de l’immeuble, se dressait une maison vieillotte qui accueillait, le jour comme la nuit, toutes sortes d'animaux.
Cette clinique vétérinaire était la seule dans Paris à être classée « commodo et incommodo ».
Il n'était pas rare de croiser un tigre (de Bouglione) sur le palier et ces rencontres surréalistes me réjouissaient.
J’y apportai un jour un pigeon blessé.
Dans la salle d’attente, un écriteau solennel indiquait que Monsieur Louis Pasteur y avait expérimenté pour la première fois son vaccin contre la rage.
C’était en 1885.
Voilà, c’est une rue toute simple peuplée de charmants fantômes, des savants, des poètes.
Sous la dictée des pas, l'histoire d'une rue s'écrit.
Les nôtres se feront prochainement, dans le vestibule, une courbette amicale.
A bientôt
Hélène

Eric Ménard 11/07/2008 23:49

C'est bien de n'avoir pas commenté l'entrée de l'école. C'est, bien entendu, une couveuse d'oeufs de sauriens ?

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