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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 16:00



Sur la façade plate et sans grand intérêt de l'église, les trois portes de bronze de Gismondi attirent l'attention. Elles donnent l'impression au premier coup d'oeil d'être anciennes alors qu'elles ne sont venues orner l'édifice qu'en 1980. Tommasso Gismondi dégage dans le bronze des formes qui semblent avoir subi l'érosion du temps. Pas de préciosité chez lui, pas de détail, mais l'épure des formes... Comme si les siècles avaient raviné la surface et laissé apparaître l'essentiel, le plus indestructible et le plus profond.
 

Les portes se lisent comme les vitraux : de gauche à droite et de bas en haut. La première scène représente l'Annonciation. Comme devant la télé ou l'écran de cinéma, Marie voit apparaître l'ange Gabriel au fond d'une grotte qui fait penser à la caverne de Platon. La réalité divine ne nous  est révélée qu'imparfaitement, comme une ombre sur le mur... Il est facile de n'y pas croire, comme de ne pas croire en l'amour...



La deuxième scène est la nativité du Christ. Toujours une grotte, toujours un univers de rocs. On a l'impression que Marie est une bonne ménagère qui saisit un panier; Joseph à ses côtés la laisse faire. Une femme seule connaît le prix d'un nouveau né dérisoire, jeté dans le monde, sans autre protection que les bras d'une mère. Gismondi a été fidèle en ne représentant ni âne ni boeuf. Les Evangiles ne les mentionnent pas. Dommage. Ils font partie de la création et participent au même mystère de la naissance et de la souffrance.

Troisième scène: Les noces de Cana. Un repas de fête, le vin vient à manquer... Marie demande à son fils de venir en aide au maître du repas. On connaît l'histoire: Jésus fait remplir d'eau les jarres destinées aux purifications des juifs et demande d'y puiser... L'eau changée en vin digne du plus grand millésime de nos terroirs réjouit les invités... Il faut reconnaître qu'en dehors de son symbolisme, ce miracle est très sympathique!

Quatrième scène : Jésus rencontre sa mère (4ème station du chemin de croix). En montant vers la mort, l'homme voudrait se réfugier dans les bras, dans le ventre de celle qui lui a donné la vie. Et la femme voudrait le saisir, l'arracher à ses bourreaux. Lorsqu'un homme entre en agonie, très souvent, c'est sa mère qu'il appelle. Elle est la seule à pouvoir s'affranchir du temps et des lois matérielles pour recueillir en elle et emporter avec elle son enfant.

Cinquième scène : la Crucifixion. 
Marie nous représente. Elle est chacun de nous devant la souffrance et la mort des êtres aimés. Elle est anéantie. Une des plus belles scènes de cinéma la montre, bras en croix, soutenue par ses compagnes. C'est dans l'Evangile selon Saint-Mathieu de Pasolini. Et Pasolini qui allait mourir quelques années plus tard, violenté et torturé, a choisi pour être Marie, sa propre mère...
Gismondi préfère la montrer debout devant son fils cloué. Dernier regard avant l'effondrement.

Sixième scène : la Déposition.
Gismondi ne montre le fils mort et la mère déchirée que debout. C'est un parti pris de foi et d'espérance. Sur le magma des roches, Marie et Jésus sont soutenus par une force qui vient les habiter...Le fils plie les genoux, sa mère le soutient et l'empêche de tomber. J'aime cette représentation même si je l'avoue mon coeur bat plus fort devant la Piéta d'Avignon et son Christ raidi par la mort. Le plus beau tableau que je connaisse.

Septième scène : la Pentecôte.
Apparition de Jésus après sa mort. Apparition devant les disciples et sa mère. Triomphe de la vie ; la scène est confuse, presque effacée. A chacun de la lire comme il voudra. Si vous croyez que ceux que vous avez perdus ne sont pas réduits à néant, mais bien présents dans votre vie, pas de problème....


La dernière scène représente l'Assomption de Marie.
Marie est enlevée au ciel. Elle a connu la mort comme chacun de nous la connaîtra et elle nous précède dans la vie. Aucun texte évangélique ne parle de cette Assomption qui est un dogme récent. Son sens est cependant profond et lumineux. Moi, je suis sûr que ceux que j'aime et qui ne sont plus ont connu le même chemin. C'est ce que me dit Manguite, chaque fois que je pense à elle!!!
Lors d'une prochaine visite, nous étudierons la porte centrale, celle du Saint Patron des lieux, Pierre. 

Lien : Saint Pierre de Montmartre (3) Le Guerchin, Ribéra, Parrocel...  

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commentaires

Curieux..Curieuses..c'est..ICI 25/05/2009 18:36

Ton blog est trés interessant....je reviendrais...Bonne semaineLorentet ses 2900 TRésors lesTAILLE CRAYON

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