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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

montmartre. rues et places.

Rue de l'abreuvoir

Rue de l'abreuvoir

 Le 4 rue de l'abreuvoir (2019)

Le 4 rue de l'abreuvoir (2019)

Le 4 (1930)

Le 4 (1930)

     Au début de la rue de l'abreuvoir, séparée de la maison rose par un seul immeuble, une maison à l'architecture composite attire l'attention des passants. Il s'agit de la maison des aigles.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Sur les photos du début du XXème siècle, elle n'existe pas encore. Elle n'a pas encore remplacé une modeste demeure villageoise dont un mur pignon donnait sur la rue et dont les pierres auraient été réutilisées dans la nouvelle construction.

(On peut voir sur la carte ci-dessus, un peu avant le personnage, la vieille maison et son mur pignon).

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Il faut attendre 1924 pour voir la maison des aigles nidifier sur la Butte.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     De style rustique et composite, elle serait si l'on en croit André Roussard,  grand érudit montmartrois malheureusement décédé, l'œuvre de Joseph de la Nézière. (Dictionnaire des lieux de Montmartre. Editions andré Roussard).

     Je ne sais qu'en penser pour la bonne raison que Joseph de La Nézière (1873-1944) n'était pas architecte mais peintre, intéressé non par Montmartre mais par les pays du Maghreb où il résida souvent et pour lesquels il créa de nombreuses affiches. Peut-être a t-il dessiné cette maison avant qu'un architecte ne la réalise? 

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Mais pour qui a t-elle été construite ? La réponse est plus facile, une plaque apposée sur la façade nous renseigne!

 

Elle fut la demeure du "commandant Henry Lachouque, historien de Napoléon et de la Grande armée (1883-1971)".

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Lachouque? Le touriste restera dubitatif, comme je le fus devant cet illustre commandant. Napoléon éveillera sans doute plus de clignotants dans sa cervelle.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Le commandant fut pourtant un historien passionné par Napoléon.

Il fut formé à Saint-Cyr, promotion Austerlitz (!) et combattit pendant la 1ère guerre avec les gants blancs et le casoar. Il fut blessé en 1914 à la bataille de la Marne et dut quitter l'armée. 

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Les toqués de Napoléon qui comme on sait rendit fous de nombreux de ses fans, le connaissent bien sûr et ont dévoré la quinzaine de livres qu'il consacra au grand homme et à son armée.

   

     Il fonda l'Association des amis de Sainte-Hélène, il fit restaurer la fameuse maison de Longwood où l'empereur déchu passa ses dernières années, il fut enfin conservateur pendant dix ans du musée de la Malmaison. Une vie consacrée à Napoléon!

La Malmaison

La Malmaison

    Cette passion a envahi la maison des aigles. Les pièces abritaient un musée de souvenirs napoléoniens, d'objets divers ayant appartenu à Napoléon, à Joséphine ou aux princes impériaux.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     L'extérieur n'est pas en reste! L'entrée est surveillée par deux aigles prêts à fondre sur leur proie. Ils ont donné son nom à la maison.

 

On retrouve l'aigle impériale sur l'enseigne qui se balance au vent….

 

   Une des curiosités de la maison est le cadran solaire, un des plus photographiés de France et de Navarre.

Ce n'est pas un aigle mais un coq (dessiné par Henry Lachouque lui-même) qui s'exprime...

    Il s'adresse au campanile du Sacré-Cœur voisin et il lui dit qu'au moment où il fera sonner ses cloches pour les Laudes matinales, il l'accompagnera de son chant.

Le campanile du Sacré-Coeur vu de la rue de l'abreuvoir et de la maison des aigles. 

    Et voilà ce qu'on peut dire de cette maison qui suscite l'intérêt des passants!

Notons que Henry lachouque, reconnu comme spécialiste sérieux de l'Empire fut sollicité à plusieurs reprises pour donner des conseils à des cinéastes dont les films se situaient à cette époque.  

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

    J'ai oublié un détail intrigant. La phrase prononcée par le coq comporte une curiosité.

 

    Le "N" de "quand" est écrit à l'envers, comme une lettre de l'alphabet cyrillique.

Est-ce une allusion à la désastreuse campagne de Russie? 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

    La rue de la Tour d'Auvergne tracée sur les anciens terrains de l'abbaye de Montmartre porte comme plusieurs rues du quartier, le nom d'une des abbesses.

 

L'Abbaye de Montmartre (1626)

L'Abbaye de Montmartre (1626)

     II s'agit de Louise Emilie de La Tour d'Auvergne (1667-1737), douzième enfant de Frédéric Maurice de La Tour d'Auvergne. Elle est abbesse de Montmartre entre 1727 et 1735. Après elle, il n'y aura plus que deux abbesses, Catherine  de La Rochefoucauld et Marie-Louise de Montmorency-Laval, sourde et aveugle, guillotinée en 1794 pour avoir conspiré sourdement et aveuglément selon l'accusation du Tribunal Révolutionnaire qui ne manquait pas d'humour (noir)!

 

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

     Avant de prendre ce nom , la partie située entre les rues des Martyrs et Rodier s'appelait rue de la Nouvelle France tandis que celle située  entre les rues Rodier et Rochechouart s'appelait rue de Bellefond (encore une abbesse de Montmartre, Marie-Eléonore de Bellefond).

C'est par cette partie que nous commençons à remonter la rue.

Début de la rue à partir de la rue Rochechouart.

Début de la rue à partir de la rue Rochechouart.

     Evidemment beaucoup d'immeubles anciens ont disparu remplacés par des constructions plus modernes, mais souvent (pas toujours) la numérotation reste la même et permet à notre imagination de s'envoler! Même si c'est derrière la façade, dans de petits hôtels qui ne sont pas visibles que bien des "gloires" de la rue ont vécu.

Le 1 aujourd'hui

Le 1 aujourd'hui

     Il y eut au 1 la demeure d'Henry Murger (1922-1861), l'auteur des "Scènes de la vie de bohême". C'est d'ailleurs rue de la Tour d'Auvergne que vit son héros, Rodolphe, un autre lui-même!

                                         Henry Murger (Nadar)

On sait l'importance qu'eut cette œuvre qui plus que toute autre nous renseigne sur la vie difficile que menaient les artistes dans ce Paris où ils espéraient devenir célèbres.

Murger définit la bohême comme "un état social qui peut déboucher sur la reconnaissance (l'académisme), la maladie (l'Hôtel Dieu) ou la mort (la morgue).

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

Rodolphe (Louis Jourdan) dans "La vie de Bohême" de Marcel L'Herbier.

     Il y eut de nombreuses adaptations de cette œuvre pour le théâtre, l'opéra ("La Bohême de Puccini, "La Bohême" de Leoncavallo) et le cinéma ("La vie de Bohême" de Marcel L'Herbier, "La vie de Bohême" de Kaurismaki).

Murger mourut jeune comme bien des artistes bohêmes de sa génération. Il est enterré au cimetière de Montmartre où la muse Erato fait pleuvoir des fleurs sur sa tombe.

Le 14

Le 14

   Le 14 est un petit immeuble de la première moitié du XIXème que Murger a pu connaître.

Le 15

Le 15

    Au 15 a vécu pendant plus de trente ans le sculpteur Albert Ernest Carrier Belleuse qui forma dans son atelier une génération de sculpteurs dont le plus célèbre fut Rodin. 

 

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

Carrier Belleuse par Rodin

    Il participa à la décoration de nombreux monuments comme le Louvre où il réalisa le stuc de plusieurs plafonds, l'Opéra où son ami charles Garnier lui obtint la commande des deux torchères monumentales qui flanquent le grand escalier...

                       Torchère par Albert Ernest Carrier Belleuse

Le 16

Le 16

       Au 16 a vécu le peintre Léon Barillot (1844-1929) qui choisit de devenir Français après l'annexion de sa région, la Moselle, par les Prussiens. 

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

     Peintre de plein air, il aime les paysages de bord de Seine et les troupeaux qui y paissent.

Le 16

Le 16

     On trouve à la même adresse un autre peintre, Jules Frédéric Ballavoine (1842-1914) qui fut considéré comme un maître du nu féminin.

     Il aima la rue de la Tour d'Auvergne puisqu'à partir de 1872, il  y habita et eut son atelier au 6, puis au 12 et enfin au 16!

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

    Ses toiles sont d'une facture académique et sans inspiration. Leur seule "audace" est de dénuder en partie les belles poseuses qui sont habillées et dénudées à la fois, leur poitrine se montrant rétive au carcan des tissus dont elle s'échappe en douceur...

Le 21

Le 21

   C'est encore un peintre que nous rencontrons au 21 (l'immeuble a été reconstruit en 1861). Et quel peintre! Un des grands du XIXème siècle malgré sa courte vie : Théodore Chassériau (1819-1856)

Esther

Esther

     Son domicile, fenêtres donnant sur l'église Notre-Dame de Lorette, 2 rue Fléchier là où il mourut n'était pas éloigné  de la Tour d'Auvergne où il avait son atelier.

Suzanne au bain

Suzanne au bain

     Nous le retrouverons dans le cimetière Montmartre où il repose et nous lui consacrerons une étude plus attentive. Mais il suffit de regarder ses œuvres auxquelles Théophile Gautier, son  ami, consacra plusieurs critiques élogieuses, pour se persuader de son génie.

                                          Vénus anadyomène

    Ambiances oniriques, chairs vibrantes, femmes magiciennes, orient fantasmé… toute son œuvre, synthèse d'Ingres et de Delacroix, traduit sa sensibilité et sa sensualité.

                                          Alice Ozy (Chassériau)

Pour la petite histoire, Victor Hugo vexé d'avoir été éconduit par la belle actrice Alice Ozy qui lui préféra le peintre, ne le lui pardonna pas! 

Hero et Léandre (Chassériau. Musée du Louvre)

Hero et Léandre (Chassériau. Musée du Louvre)

     Parmi les œuvres les plus importantes de Chassériau, il est possible aujourd'hui d'admirer ses toiles conservées au musée du Louvre où une salle lui est consacrée ou dans l'église Saint-Merri… Mais ce qu'il considérait comme sa plus grande œuvre, les fresques de la Cour des Comptes au palais d'Orsay auxquelles il consacra trois années de sa courte vie, disparurent en fumée sous la Commune. 

        Fragment récupérés après l'incendie de la Cour des Comptes

     Un autre peintre de Montmartre, Gustave Moreau, dont la maison transformée en musée rue de la Rochefoucauld est un des lieux les plus poétiques de Paris, le considérait comme son maître et pour lui rendre hommage peignit "le jeune homme et la mort".

                             Le jeune homme et la mort (Gustave Moreau)

Le 22

Le 22

    On aura du mal à imaginer qu'il y eut au 22 un théâtre, "L'Ecole Lyrique" où débutèrent quelques unes des plus célèbres comédiennes du Second Empire comme Mlle Agar ou Réjane.

                                                      Réjane

La façade plate et triste ne donne aucune idée de cette époque brillante!

Le 24

Le 24

,     Dans cette rue où la musique était chez elle, pas étonnant de trouver au 24 un compositeur : Ernest Reyer (1823-1909)

Il fut ami de Théophile Gautier qui écrivit pour lui le scénario d'un ballet, les paroles d'une ode symphonique et plus prosaïquement celles, parodiques et licencieuses, d'un "De profundis morpionibus" sur une marche funèbre composée pour un maréchal.

Paix à son âme et à celle des petites bêtes!

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

     Reyer connut une célébrité passagère grâce à ses opéras "Sigurd" ou "Salammbô" bien oubliés aujourd'hui. 

                                                    Le 26

     Pas de comparaison avec la célébrité de celui qui est né dans l'immeuble voisin, au 26, et dont l'opéra "Carmen" est le plus joué dans le monde : 

 

     Quand il épousera Geneviève Halévy en 1869, il vivra non loin de là, au cœur de la Nouvelle Athènes dans le somptueux hôtel Halévy de la rue de Douai.

A défaut de photo de Georges enfant, celle de son fils Jacques.

A défaut de photo de Georges enfant, celle de son fils Jacques.

     Mais le jeune Alexandre César Léopold Bizet qui sera rebaptisé Georges en 1840 dans l'église Notre-Dame de Lorette, est né sous de bons auspices puisque son père est professeur de chant et sa mère pianiste. 

Croisement avec la rue Rodier

Croisement avec la rue Rodier

    Nous traversons la rue Rodier et arrivons côté impair devant le 27, bistro et hôtel dont une photo nous donne à voir son avatar du début du XXème siècle.

 

    De l'autre côté, au 30 une horreur d'architecture lourde et sans esprit…

Il s'agit de la poste qui écrasa à cet endroit l'entreprise Chaboche qui elle-même avait pris la place d'un hôtel particulier du XVIIIème siècle, propriété d'une danseuse de l'Opéra, Marguerite Vadé de Lisle. Béranger y habita ainsi que Reyer après avoir quitté le 24.

 

 L'entreprise Chaboche occupa les lieux en respectant dans un premier temps l'hôtel particulier puis en le sacrifiant pour s'étendre et élever ses hauts murs de briques...

 

    Dans l'usine qui tournait à plein s'assemblaient les célèbres salamandres, poêles qui connaissaient un grand succès et remplaçaient les cheminées dans les appartements parisiens.

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

    Il ne reste plus rien de l'hôtel particulier et de Chaboche, sinon quelques photos. On passera vite devant l'immeuble qui l'a remplacé!

Le 31

Le 31

     Un peu plus loin côté impair, après la rue Milton, nous trouvons une école (aujourd'hui collège Paul Gauguin) qui décline en céramique les lettres de l'alphabet. Elle a été construite à la fin du XIXème siècle sur des maisons dont l'une au 31 fut l'adresse d'Alphonse karr avant qu'il n'habite rue Vivienne.

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

     Il fut ami de Victor Hugo et comme lui s'exila après le coup d'état de Napoléon III. Il choisit alors de vivre à Nice qui était à l'étranger, dans le royaume de Piémont-Sardaigne.

 

  Il a encore en commun avec Hugo de s'être engagé pour la défense des animaux . Il présida la Ligue Populaire contre la Vivisection (dont Hugo fut président d'honneur.)

 

Il écrivit de nombreux romans où se développait son  esprit satirique et primesautier. Il fut d'ailleurs l'unique rédacteur des Guêpes, une revue qui s'amusait à démolir les gloires de son temps.

Alphone Karr et les guêpes. Caricature de Nadar.

Alphone Karr et les guêpes. Caricature de Nadar.

     Bien des mots d'esprit écrits ou prononcés par lui couraient tout Paris! Le plus souvent ils ne manquaient pas de profondeur comme le montre ces quelques exemples :

-La politique, plus ça change, plus c'est la même chose.

-N'ayez pas de voisins si vous voulez vivre en paix avec eux.

-L'âge auquel on partage tout est généralement l'âge où on n'a rien.

-Si on veut gagner sa vie, il suffit de travailler. Si l'on veut devenir riche, il faut trouver autre chose.

-La vérité est le nom que donnent les plus forts à leur opinion.

-Entre deux amis, il n'y en a qu'un qui soit l'ami de l'autre.

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.

     Au 36 s'ouvre une impasse constituée de beaux immeubles post-haussmanniens élevés en 1896 sur les plans de l'architecte Henri Tassu à qui l'on doit 25 immeubles parisiens.

Rue de la Tour d'Auvergne. Paris.
Le 34 ter

Le 34 ter

     Au 34 ter a vécu pendant presque deux ans Louis Armstrong.

Il y habitait un studio où Stéphane Grappelli et Django Reinhardt venaient improviser avec lui.

Pour une fois l'immeuble n'a pas changé et nous le voyons tel que ce trompettiste unique l'a connu.

Le 37

Le 37

   Une façade quelconque au 37 dissimule comme souvent dans les rues du quartier de petits hôtels particuliers que nous ne pouvons que deviner quand le porche est ouvert. 

Une erreur de numérotation y loge Victor Hugo qui y aurait habité de 1848 à 1851 après avoir quitté son domicile de la Place des Vosges à la suite des journées révolutionnaires de 1848.

Le 41

Le 41

          Il s'agit d'une erreur répercutée par de nombreux sites (Wikipédia, Paris Révolutionnaire) car le 37 de 1848 est en réalité le 41 d'aujourd'hui. Ce 41 assez moche dissimule un bel hôtel particulier qui donne sur l'arrière, Cité Charles Godon.

   C'est là qu'Adèle Hugo et son mari  furent invités en 1848 par Madame Hamelin femme d'esprit au charme frondeur, surnommée "le plus grand polisson de Paris" à vivre au 1er étage dans un grand appartement aux larges fenêtres.

 

Pendant trois ans, cet appartement accueillit, chez le poète, des soirées poétiques et musicales où se rencontraient  nombre d'écrivains et de musiciens qui comptaient à l'époque.

                                                Hugo en 1848

Ce salon brillant cessa avec le coup d'état de Napoléon III et l'exil de Hugo qui ne reviendra qu'après la chute de l'Empire pour habiter, non loin de là, 66 rue de La Rochefoucauld.

Le 44

Le 44

    Pas possible de visiter une rue de ces quartiers sans retrouver la Commune. Au 44 a vécu Charles Mayer, colonel de la Commune qui fut condamné à mort avant que sa peine ne fût commuée en déportation en Nouvelle Calédonie.

                                  Charles Mayer place Vendôme

     Amnistié en 1880, il publia ses souvenirs et raconta notamment  la destruction de la colonne de la place Vendôme dont la responsabilité fut attribuée à Courbet qui se ruina à payer sa restauration.

 

 

 

Le 43

Le 43

     Au 43, ancien 45 il faut imaginer un hôtel particulier qui irait jusqu'à la rue des Martyrs. Il s'agit de l'ancien hôtel de Lesdiguières qui abrita un cabaret ouvrant sur des jardins : le Carillon.

     Un  des évènements qui marqua ce lieu fut la première donnée par Chopin, en 1839, de sa célèbre marche funèbre!

 

     C'est pour les soirées dans les jardins du Carillon que Courteline écrivit quelques unes de ses pièces en un acte et c'est là qu'Henry Dreyfus (qui deviendra Fursy) galvanisait son public avec ses "chansons rosses"

48 rue de la Tour d'Auvergne et en face l'ancien  hôtel du Carillon.

48 rue de la Tour d'Auvergne et en face l'ancien hôtel du Carillon.

     Le 48 a servi de cachette à Raymond Callemin, dit Raymond la Science, de la Bande à Bonnot. Il y fut arrêté en avril 1912 et guillotiné un an plus tard, en avril 1913.

 

     Lors de son arrestation, il aurait dit aux policiers : "Vous faites une bonne affaire! Ma tête vaut 100 000 francs, chacune des vôtres sept centimes et demi. Oui c'est le prix exact d'une balle de Browning."

 

Le 50

Le 50

     Au 50 une photo d'un ancien commerce "immortalise" la jolie propriétaire qui vendait des objets d'occasion et se spécialisait dans le "rachat de garde-robes"!  Aujourd'hui, la boutique a des couleurs de ciel et personne ne nous sourit sur son seuil! 

 

     C'est là que nous quittons la rue de la Tour d'Auvergne...

... Une rue de Paris qui cache derrière ses façades parfois monotones tout un monde d'esprit, de culture, de couleurs, de rencontres, de luttes et de misères qui donne à notre ville son incroyable profondeur et son enracinement dans un passé qui ne cesse d'irriguer le présent.

 

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Publié le par chriswac
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Décembre 2018

Décembre 2018

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     C'est la place du vieux village, là où l'on se retrouvait le dimanche, près de l'église qui paraît aujourd'hui si modeste à l'ombre blanche de l'imposante basilique.

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.
Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     Un Montmartrois évite cet épicentre touristique avec ses terrasses et ses restaurants qui dès le printemps envahissent le terre-plein pour ne laisser qu'un petit espace aux peintres, portraitistes, caricaturistes obligés de s'installer tant bien que mal tout autour de la place.

Le plus sympathique; le peintre ami des pigeons sur la place du Tertre 

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.
Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     J'ai donc préféré la photographier en hiver, sans la foule, sans les tentes des restaurants! Parfois, au petit matin ou dans le soir mouillé, elle redevient par magie une place sans esbrouffe, avec ses pigeons et ses rares passants.

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     Il faut remonter très loin dans le temps, à l'époque de l'Abbaye qui régnait sur la Butte et à laquelle presque tout, terrains, maisons, vignes, appartenait...

Le choeur des Dames. Partie de l'église réservée à l'abbaye.

Le choeur des Dames. Partie de l'église réservée à l'abbaye.

     Nous sommes au Moyen-Âge. Disons sans chercher trop de précision, au XIIème siècle… Quelques maisons se sont construites, surtout un peu plus bas, vers l'actuelle place Jean-Baptiste Clément qui était alors le centre du village, sa place principale (alors appelée place du Palais).

Fragments de la pierre tombale de l'Abbesse Catherine de La Rochefoucauld.

Fragments de la pierre tombale de l'Abbesse Catherine de La Rochefoucauld.

     Plus tard, sans doute au XIVème siècle, le terrain (qui n'est pas encore une place) est bordé côté est par un mur épais qui fait partie de l'enceinte de l'Abbaye. Au centre de l'espace qui s'étend à ses pieds, les abbesses qui possédaient le droit de justice avaient fait installer fourches patibulaires et gibet.

    Le seul chapiteau historié de l'abbaye qui subsiste. Son interprétation n'est pas évidente. Il représenterait la luxure, un des sept péchés capitaux! Un homme à tête de sanglier (?) chevauche à l'envers un cheval dont il tient la queue. 

     Sans doute quelques malheureux y furent exposés mais l'exécution, la seule dont nous ayons trace au XVIIIème siècle concerne un certain Pierre Lavallée qui fut pendu en juin 1775. Il était accusé du viol de deux fillettes. 

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     La place n'avait pas son aspect actuel et trois maisons étaient édifiées en son centre. Elles furent détruites au milieu du XIXème siècle et ce n'est qu'en 1921 que la ville racheta la partie privée de l'espace central.

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     Le nom de "place du Tertre" qui fait évidemment allusion à son emplacement au sommet de la colline n'apparaît que tardivement, au XIXème siècle.

Elle faillit disparaître quand un décret de 1867, un an après le rattachement de Montmartre à Paris, avait prévu sa suppression afin d'élargir la rue Norvins. Par chance le projet imbécile fut abandonné!

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

    Nous allons la visiter, comme de bons touristes, curieux mais pas trop, car chaque numéro ou presque ayant son histoire, il faudrait un blog complet pour en venir à bout! Chaque maison remarquable a fait ou fera l'objet d'un article à part sur ce blog.

 

Le 3... (enfin le début du 3!)

Le 3... (enfin le début du 3!)

     Nous commençons par un premier mystère! le numéro 3 qui apparemment ouvre sur la place Jean Marais (jadis place de l'église) pour se prolonger à angle droit et former le côté est de la place du Tertre.  Il porte à deux endroits fort différents la même plaque indiquant que la première mairie de Montmartre y aurait été établie en 1790.

                                                 La 1ère plaque

     Mais où s'installa t-elle cette fameuse mairie?  Dans le petit immeuble qui donne sur la place Jean Marais ou dans celui qui est vraiment sur la place?

Le 1 sur la rue Saint Eleuthère!

Le 1 sur la rue Saint Eleuthère!

     Et où est passé  le n°1?

     Faut-il le chercher rue Saint Eleuthère, de l'autre côté de la place?

     Faut-il considérer que tout le pâté de maison appartient à cette fameuse place? Mystère qui n'intéressera peut-être que les Montmartrois purs et durs comme moi qui ne devraient pas trop être surpris car la Butte est prodigue en incohérences, en légendes, en infox…

Admettons que le 1 et le 3 avec son prolongement, faisant partie d'un  même pâté de maisons partagent la même adresse historique malgré les évidences!

Toujours le 3

Toujours le 3

     Il y a donc, après la boutique de souvenirs "A Saint-Pierre", toujours au 3, un restaurant, "Au clairon des Chasseurs"dont une partie donne vraiment sur la place et dont la cuisine ne lui vaudra jamais ni 3 étoile, ni deux, pas même une minuscule.

Il s'élève à l'emplacement d'une maison qui appartenait aux abbesses et servait  d'hôtel aux visiteurs de marque qui bien évidemment n'étaient pas autorisés à passer la nuit dans l'abbaye.

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     Il reçoit des musiciens qui animent des soirées de jazz, notamment manouche.

On ne comprendrait pas l'origine de son nom car par chance notre butte n'abrite pas de hordes de chasseurs viandards, avec ou sans clairon, si l'on ignorait le nom complet du restaurant "Le clairon des chasseurs à pied"! Hommage aux chasseurs de la Garde Impériale! 

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.
Encore et toujours le 3!

Encore et toujours le 3!

     Le 3, toujours lui, accueille un peu plus loin l'Œuvre des Poulbots dont Francisque Poulbot bien qu'ayant perdu son autonomie physique, fut le président d'honneur.

La fameuse deuxième plaque y situe notre mairie voyageuse ! 

 

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     Nous savons que, quel qu'ait été son emplacement véritable, elle occupait le premier étage qui lui même jouxtait le domicile de Félix Desportes, premier maire du village dans les années troublées de 1790-1792.

Ce caméléon politique, fut par la suite appelé à une belle carrière comme tous ceux qui savent changer de couleur avec les circonstances! 

L'homme est enterré à deux pas, dans le cimetière du Calvaire qui est celui de la vieille église du village, et qui n'est ouvert qu'une fois par an, à la Toussaint. 

Le 5

Le 5

Le 7

Le 7

     Le 5 se cache derrière sa porte secrète avant que le 7 avec le 9 ne forment le côté sud de la place.

 

Une plaque due au sculpteur Robert Mathieu, inaugurée en 1929, est apposée sur la façade  du 7 : "Maurice Drouard, sculpteur dessinateur né à Montmartre, habita cette maison qu'il quitta le 3 avril 1914 pour aller défendre avec le 236ème régiment d'infanterie la Butte, sa vieille église, ses moulins. Il fut tué à Tahure en pansant des blessés. 1886-1915."

Maurice Drouard (Modigliani 1909)

Maurice Drouard (Modigliani 1909)

    Maurice Drouard qui a illustré Mac Orlan est surtout connu aujourd'hui pour avoir été proche de Modigliani qui a peint de lui des portraits saisissants d'intensité.  

On le voit, à gauche sur cette photo, sa maîtresse Raymonde tout à fait à droite à côté de Paul Alexandre (coiffé d'un fez) l'ami et le protecteur de Modigliani.on voit sur le mur du fond deux tableaux de Modigliani dont le portrait de Drouard.

Du 7 au 9

Du 7 au 9

Le 9

Le 9

     Si au 7 nous pouvons réjouir nos papilles avec les gaufres et les pâtisserie de Carette, au 9 ce sont nos mirettes que nous mettrons à la fête avec les œuvres d'art vendues dans cette galerie gardée par un gorille(sans sexe)  qui ne semble pas plaisanter!

 

 

 

    Le 9 est aussi l'adresse d'un peintre qui est presque l'homophone de celui que Modigliani a peint et qui habitait au 7. Le premier s'appelait Maurice Drouard, le second s'appelle Maurice Douard (né en 1951). 

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

    Il travaille sur la lumière, le mouvement, la perception mouvante et les effets d'optique. Il y a souvent chez lui un cadre géométrique et simple dans lequel bougent et vivent des gens en mouvement et statiques à la fois, pris dans les vibrations de la vie.

 

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.
Le 11

Le 11

     Le 11 fait l'angle avec la rue du Calvaire que nous traversons pour tomber sur le 11 bis, maison construite dans les années 50 avec une terrasse où jamais personne ne se prélasse, préférant ne pas se donner en spectacle à la foule des touristes!

 

 

 

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.
Le 13

Le 13

    Le 13 est un des restaurants de la place qui ne désemplit pas pendant les beaux jours. Il s'est appelé "La Potinière" à l'époque où les Montmartrois préféraient dire qu'ils allaient "chez Georges", le patron chaleureux et disert.

              Marcel Aymé en passe-muraille (par Jean Marais)

    Marcel Aymé qui appréciait l'animation de la place y venait, quand il n'allait pas au Clairon, pour y faire des parties de dominos, un jeu qui ne requérait pas trop de concentration et lui permettait d'observer et d'écouter ce qui se disait autour de lui.

Morelli

Morelli

     Le nom "Les sabots rouges" rappellerait un meurtre qui fit du bruit dans l'ancien village, l'assassin ayant été trahi par des traces de sang sur ses sabots de bois.

Rappelons que la grande, l'inégalée Monique Morelli y chantait le soir, peu avant minuit quand ne restaient autour des tables que des noctambules et des amateurs de bon vin et de bonne chanson (de Carco par exemple).

Le 15

Le 15

     Le 15 est, quelle surprise, un  restaurant : "La Crémaillère". Il y eut au début du siècle une crémerie et c'est en 1926 que le lieu devint ce qu'il est. Son principal atout est un beau jardin impossible à deviner depuis la place. Le décor 1900 n'a rien d'authentique hélas et fait penser aux manèges en plastique qui copient le véritable art forain et le dénaturent.

    

Le lieu a reçu, comme la plupart des établissements de la Butte, des peintres, des artistes, des poètes. Celui-là choisit de mettre en avant l'Américain Michel Polnareff (n'est-on pas du pays où l'on paye ses impôts?) qui y fit ses débuts.

Le 17-19

Le 17-19

     Le 17 est…. comment est-ce possible?.... un restaurant!

     Il s'agit de "Chez Eugène". Si des artistes s'y sont produits, on ne voit pas à quoi fait allusion le site officiel quand il nous dit qu'il a inspiré "le célèbre refrain de Jacques Brel"! Il y a bien un restaurant chez Eugène dans la chanson "Madeleine" de Brel, mais il faut prendre le tram 33 pour y aller car c'est à Bruxelles!

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

    Avant de continuer à tourner autour de la place, arrêtons-nous un instant sur cette carte qui nous montre ce qu'était le village au début du siècle et notamment ce côté où nous avons vu "le Sabot Rouge", "La Crémaillère" et "Chez Eugène"!  On y voit de petits commerces, de simples habitants…. "la forme d'une ville change plus vite hélas que le cœur d'un mortel"!

Le 21

Le 21

Le 21, lui, n'a pas trop changé et c'est un... Non! … Est-ce  possible?... Le 21 n'est pas un restaurant!

Il est resté tel qu'il était au début du XXème siècle, une modeste maison qui sert de repaire au syndicat d'initiative.

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

    Une plaque rappelle un événement d'importance mondiale! Enfin! Disons nationale! Le 24 décembre 1898, une voiturette à pétrole pilotée par Louis Renault atteignit la place du Tertre! Heureuse époque où l'on n'imaginait pas quelle catastrophe écologique allait provoquer la bagnole!

 

 

 

     Nous traversons la rue pour visiter la dernière partie de la place (côté nord) qui en réalité a pour adresse la rue Norvins.

 

    A côté d'un Starbuck qui s'est implanté sans mal et sans scandale au cœur de Montmartre,  "Au petit comptoir" (au 8) à défaut d'être un restaurant traditionnel vous sert toutes les crêpes, tous les burgers, toutes les pâtes que  vous voudrez avaler si vous n'êtes pas trop exigent !

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

   Au 6 nous trouvons la célébrissime "Mère Catherine" contre laquelle j'ai une dent, vous comprendrez pourquoi.

Il y avait là avant la Révolution le presbytère où vivait le curé de la paroisse (on sait que l'église était divisée en deux parties, l'une "St Denis" réservée aux religieuses, l'autre "St Pierre" aux villageois.

La nef de l'église (St-Pierre) réservée aux villageois. Elle était séparée par une grille du chœur réservé aux Dames.

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

    Avec la Révolution et la confiscation des biens religieux, la maison est vendue et achetée par Catherine Lamotte qui en fait un café-restaurant. Un des clients d'alors n'est autre que Danton!

Le billard en bois de la Mère Catherine

Le billard en bois de la Mère Catherine

     Il y aura après la mort de la mère Catherine d'autres propriétaires dont le deuxième maire de Montmartre M. Lemoine qui fat installer un  billard en bois qui connut un grand succès et lui valut d'être surnommé "le Père la bille".

La plaque sur le façade rappelle le sixième centenaire de la place : 1366-1966

La plaque sur le façade rappelle le sixième centenaire de la place : 1366-1966

   Depuis bien des années le lieu a perdu son âme et est devenu un attrape-touristes. Les pauvres victimes s'imaginent en y entrant qu'ils consommeront une succulente cuisine traditionnelle dans un lieu authentique!

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     Le restaurant prétend que le mot "bistro" serait né ici lorsqu'après la défaite de Napoléon, les cosaques venus occuper Paris s'y faisaient servir à boire et pour hâter le service criaient "bistro bistro" ce qui phonétiquement et approximativement signifie en russe "vite vite".

La chose est contestée et contestable mais elle fait partie de la légende montmartroise faite de galéjades et d'infox mêlées à la vérité!

Le défunt "Singe qui lit"

Le défunt "Singe qui lit"

     Et maintenant, voilà pourquoi j'ai une dent contre cette Mère Catherine. Il y avait jusqu'à la mi-2018, jouxtant le restaurant, une boutique  qui faisait et fait toujours partie de l'histoire montmartroise, "le Singe qui lit". Elle inaugura les friteries parisiennes, elle abrita un personnage hors du commun, Emile Boyer, brocanteur artiste qui y exposait des toiles et des dessins de ses amis et qui lui même se risqua à l'art de peindre.

 

     La Mère Catherine devenue ogresse dévora en 2018 le pauvre Singe pour en faire une extension de son commerce.

Elle n'en garda rien, pas même la vieille enseigne qui avait survécu. Tout se fit sans qu'il y eut protestations, manifestations, réactions des associations de défense de Montmartre. Le Singe qui lit n'est plus! La Mère Catherine l'a avalé tout cru dans le silence assourdissant des défenseurs de la Butte!

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     Le 4 est une fois de plus un restaurant! "Au Cadet de Gascogne"! L'établissement appartenait à Henri Borde, une grande figure de Montmartre. Le nom lui vient d'une vieille coutume gasconne qui donnait tout l'héritage familial à l'aîné et poussait ainsi le cadet à aller chercher fortune à Paris. C'était il y a fort longtemps et nous ne savons rien de ce cadet entreprenant.

 

     Henri Borde (1928-2002), fils d'Henri Borde (!) est né dans cette maison. Nous l'avons déjà rencontré sur la place car il ouvrit un autre restaurant "Chez Patachou" qui n'avait aucun rapport avec la chanteuse, là où nous avons visité la galerie d'art et son gorille, à l'angle avec la rue du Calvaire.

Le 2

Le 2

Le 2

Le 2

     Il ne nous reste pour terminer le tour complet de la place que le 2. Bien sûr un restaurant !  "La Bohême".

C'est un petit immeuble mal intégré, construit à l'emplacement de "l'hôtel du Tertre" qui fait partie de l'histoire montmartroise.

 

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

    Au-dessus du café Bouscarat, l'hôtel du tertre, bon marché accueillit de nombreux artistes ou écrivains qui devinrent célèbres par la suite. Jugez du peu : Satie, Mac Orlan, Modigliani, Max Jacob….

 

     L'un d'entre eux qui fut un habitué plus constant a droit à sa plaque côté rue du Mont-Cenis. Il s'agit de Gaston Couté que chanta Morelli.

 

Place du Tertre. Coeur de Montmartre.

     Nous pouvons quitter la place en beauté, en faisant travailler notre imagination pour oublier les foules occupées à se selfier, oublier les commerces au pittoresque laborieux.

   Malgré son aspect vénal la place du Tertre n'est pas près de mourir ou de geler sur site puisque, comme on le sait, seuls "les pays privés de légendes sont condamnés à mourir de froid!

Et Dieu sait, aussi bien que le Diable que légendes et Montmartre ne font qu'un!

 

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Publié le par chriswac
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Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.
Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

.Le versant est de la Butte était composé en bonne partie de terrains vagues où poussaient les herbes folles et où aimaient jouer les gamins du maquis.

Bien avant le début des travaux titanesques du Sacré-Cœur qui allaient à jamais transformer la campagne en site touristique mondialement connu, un homme avisé, savoyard d'origine, comme la future cloche de la basilique, eut l'idée d'acheter pour quelques sous un terrain….

Rue Sainte-Marie. Aujourd'hui Paul Albert.

Rue Sainte-Marie. Aujourd'hui Paul Albert.

    Un espace idéalement situé entre trois rues : Lamarck, Sainte-Marie et des rosiers.

Rue Sainte Marie

Rue Sainte Marie

Aujourd'hui Paul Albert

Aujourd'hui Paul Albert

     Deux de ces rues ont changé de nom : la rue des rosiers est devenue, pied de nez à la France catholique, Chevalier de La Barre, et la rue Sainte-Marie est devenue rue Paul Albert. 

Le Rocher Suisse au début du XXème siècle

Le Rocher Suisse au début du XXème siècle

     C'est aujourd'hui, malgré les destructions, un coin de Montmartre qui a gardé son charme et si l'on est indulgent, son aspect villageois!

 

     Notre savoyard, monsieur Daudens, aimait la Suisse où il avait passé quelques années et apprécié la cuisine dont il avait appris les recettes roboratives et les secrets.

Rue Feutrier

Rue Feutrier

     C'est à un gros propriétaire qu'il acheta son terrain. Ce propriétaire qui possédait une partie du flanc est de la Butte a laissé son nom dans le quartier où une rue porte son nom : Feutrier.

Le Rocher Suisse

Le Rocher Suisse

     On dit et répète sur les sites consacrés à Montmartre que Daudens paya son terrain 7 francs le m2. Ce qui ne nous dira rien à moins de convertir cette monnaie en euros. 7 francs en 1857 sont l'équivalent de 21 euros en 2018. Il y a eu, comme on le voit une petite évolution depuis le 2nd Empire puisque le moindre mètre carré d'un appartement dans le quartier vaut au bas mot 12 000 euros et non 21!

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

    Mr Daudens fit construire un bâtiment rustique auquel il s'acharna à donner des allures alpestres avec cloches de vaches et mangeoire. La plus belle réalisation était le jardin dans lequel furent aménagées des grottes, construites par les rocailleurs dont l'art était alors à la mode et qui plus tard oeuvreraient dans le square Saint-Pierre où il subsiste aujourd'hui la grotte des amoureux avec le couple sculpté par Emile Derré.

 

Le Rocher Suisse connut un succès qui ne se démentit pas après le rattachement de Montmartre à Paris (1860) et il attira les parisiens avides d'air pur et de bonne cuisine jusqu'en 1880.

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     C'est alors que l'établissement fut repris par Mr Dorlancourt, gendre du premier propriétaire. Les cartes postales nous donnent une idée de l'aspect que prit alors la maison. Adieu chalet, adieu cloches de vaches, adieu mangeoire. On se mit à la mode montmartroise avec petit orchestre et bal en plein air. Mais il était difficile de lutter avec les cabarets du boulevard Rochechouart. Le bal ne fit pas recette et remisa ses flonflons. 

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Le restaurant se spécialisa dans les noces et banquets dans la grande salle où se retrouvèrent un jour de juin 1886 une petite bande d'amoureux de la Butte soucieux de la protéger et de lutter contre la spéculation outrancière et les saccages qui l'accompagnaient.

 

     Ils fondèrent la Société d'Histoire et d'Archéologie du Vieux Montmartre aujourd'hui connue sous le nom d'"Amis du Vieux Montmartre".

Qui étaient ces passionnés?

La mort d'Orphée (Emile Bin)

La mort d'Orphée (Emile Bin)

    Avant de les présenter individuellement, citons leurs noms :  (sans ignorer que tous les spécialistes de la spécialité ne sont pas d'accord et présentent des listes où deux ou trois noms diffèrent!)

Emile Bin, Wiggishoff, Léon Lamquet, Jean Noro, Charles Sellier, Jules Mauzin, Morel, Rab, Vautier.

Emile bin. Photo de Mulnier.

Emile bin. Photo de Mulnier.

     Emile Bin, nous le connaissons car il jouissait d'une célébrité certaine,  réalisait la décoration de nombreux hôtels particuliers et avait des commandes des églises parmi lesquelles Saint-Sulpice et Saint-Nicolas du Chardonnet. Il avait le cœur à gauche (plutôt centre) et bien que sympathisant de la Commune, il disparut opportunément pendant les jours sombres pour ne réapparaître que plusieurs mois plus tard.

Persée délivrant Andromaque (Emile Bin)

Persée délivrant Andromaque (Emile Bin)

    Nous pouvons le classer parmi les peintres académiques auxquels s'opposèrent les grands mouvements qui révolutionnaient et régénéraient la peinture.

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Il fut maire du XVIIIème arrondissement, révoqué, dit-on (bien que ce soit contesté) pour avoir peint un portrait du général Boulanger. C'est son adjoint et ami Wiggishoff qui prit sa place.

Flacon "héliotrope blanc" de Wiggishoff.

Flacon "héliotrope blanc" de Wiggishoff.

Jacques Charles Wiggishoff (1842-1912) était industriel en parfumerie et grand collectionneur d'ex-libris!

On peut reconnaître sur cet ex-libris à son nom, la vieille église Saint-Pierre.

     Il fut maire du XVIIIème de 1889 à 1899. Ses seuls essais sont consacrés aux parfums et aux ex-libris! Il n'écrivit rien sur ce Montmartre qu'il aima pourtant, étant né au cœur du vieux village, rue Traînée (aujourd'hui rue Poulbot). 

La mairie du XVIIIème place des Abbesses. Elle sera détruite et remplacée par la mairie actuelle en 1905.

La mairie du XVIIIème place des Abbesses. Elle sera détruite et remplacée par la mairie actuelle en 1905.

     Léon Lamquet (1836-1886) fut aussi adjoint au maire du XVIIIème! A croire que toutes la bande avait la passion municipale! Mais ce qui caractérise cet homme-là et le rend éminemment sympathique c'est son engagement pour la défense des animaux. En cela il ressemble à Louise Michel, attentive aux souffrances infligées aux bêtes.

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Il fit partie de la SPA dont il fut directeur et où il lutta notamment contre la vivisection. Son engagement pour les animaux ne l'empêchait pas de se dévouer aux causes humanitaires (que de gens encore aujourd'hui opposent ces deux engagements, comme si tous les êtres vivants n'étaient pas liés dans le même mystère de l'existence et de la souffrance).

La statue de Fourier par Derré, boulevard de Clichy, fondue par le régime de Vichy .

La statue de Fourier par Derré, boulevard de Clichy, fondue par le régime de Vichy .

     Il consacra une partie de sa vie à l'éducation populaire en faveur des adultes. Enfin il défendit Emile Derré dans son projet pour la statue de Fourier boulevard de Clichy. Il était en effet fouriériste convaincu.

Il y a toutes les raisons de ne pas oublier Léon Lamquet.

     Le 4ème homme fut Jean Noro, un authentique amoureux de Montmartre qui s'engagea pendant le Commune. Il fut commandant du 22ème bataillon des Gardes Nationaux et nous avons de lui un rapport d'un des nombreux massacres commis par les Versaillais.

Harem (Jean Noro)

Harem (Jean Noro)

     Il dut s'exiler après la Semaine Sanglante. Il revint après l'amnistie à Montmartre, rue Ravignan où son atelier de peintre devint le siège d'un petit club littéraire "La Butte" ouvert aux poètes et aux écrivains. Paul Alexis qui en faisait partie le décrit  dans une lettre à Zola : "Bon type et joliment sympathique. D'origine italienne, très brun, maigre comme Don Quichotte".

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

    Un autre signataire présent au Rocher Suisse lors de la création de la Société montmartroise est Charles Sellier, à ne pas confondre avec son homonyme, peintre nancéen.

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Ce Charles Sellier (1897-1912) est un ingénieur des Ponts et Chaussées, intéressé par l'histoire et l'art puisqu'il sera adjoint au musée Carnavalet et inspecteur des fouilles de la ville de Paris. Il est un de ceux qui s'opposera bec et ongles à la destruction de la vieille église Saint-Pierre.

Maison de Rosimond (musée de Montmartre)

Maison de Rosimond (musée de Montmartre)

     Je n'ai rien trouvé sur Jules Mauzin sinon qu'il a écrit plusieurs articles dans le bulletin de la société du vieux Montmartre, notamment sur Rosimond, l'auteur et acteur de théâtre du XVIIème siècle qui avait acquis sur la Butte une grande maison entourée de vignes. Cette maison accueille aujourd'hui le musée de Montmartre.

Peut-être n'était-il comme les deux derniers, Morel et Rab qu'un "simple amoureux de Montmartre".

 

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Peu de temps après la création de la Société du Vieux Montmartre, un banquet réunit cinquante trois chansonniers et poètes qui immortalisèrent leur réunion en posant sur les marches de l'escalier de la Fontenelle (aujourd'hui rue du Chevalier de la Barre).

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Nous ignorons les raisons de ce banquet mais c'est un plaisir de reconnaître dans la bande : Aristide Bruant(un peu trouble) reconnaissable à son chapeau aux larges bords, Gaston Couté le poète anarchiste et écorché qui savait si bien parler la langue populaire, Marcel Legay, le fils de mineur, ami de Bruant, Eugénie Buffet, Alphonse Allais et qui écrivit la chanson qui fait pleurer tous les Artésiens (dont je suis!) "Ecoute ô mon cœur".

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     Je signale ici qu'André Roussard, spécialiste connu de Montmartre qu'il aimait et où il vivait, situe à tort dans son dictionnaire des lieux de Montmartre, la photo en 1912, alors que Couté qui y figure est mort en 1911 et que visiblement la rue des Rosiers n'est pas encore détruite et les travaux du Sacré-Coeur ne sont pas entamés.

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

    Passées ses heures de gloire, le Rocher Suisse n'a plus grand chose à nous raconter. Il est acheté en 1892 par un hôtelier dévot qui aurait été choisi par les oblats du Sacré Cœur soucieux d'éloigner de leur périmètre sacré un établissement profane dont la porte était surmontée de trois grâces affriolantes et nues.

 

    Les grâces furent congédiées et le bal supprimé.

    Le Rocher vécut un ultime avatar en 1909 quand il passa entre les mains d'un dénommé Chipault.

Le Rocher Suisse. Société du Vieux Montmartre. Rue Lamarck et rue Paul Albert.

     En 1921, fin de l'histoire. Il sombra définitivement. Il fut vendu à la Société Asile de jour Israélite qui créa le Centre d'hébergement toujours en activité et la Crèche de la rue Lamarck. 

La plaque commémorative rappelle les 71 enfants juifs de la crèche assassinés à Auschwitz.

La plaque commémorative rappelle les 71 enfants juifs de la crèche assassinés à Auschwitz.

     Alors commença une autre histoire… qui s'écrirait pendant la guerre non plus dans les flonflons du bal ni les rires des banquets mais dans les rafles, les bombardements et la mort.

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Publié le par chriswac
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Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     La rue de Douai court entre la rue Jean-Baptiste Pigalle et le boulevard de Clichy. Elle s'est formée en plusieurs fois, reliant entre eux trois tronçons distincts.

Rue de Douai (à droite rue Fontaine)

Rue de Douai (à droite rue Fontaine)

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

    En janvier 1841 elle est ouverte sur 124 mètres entre les rues Fontaine et Blanche et s'appelle rue de l'Aqueduc (allusion aux canalisations qui couraient sous le sol et acheminaient les eaux venues du canal de l'Ourcq vers l'est et le centre de Paris).

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     La 2ème partie est ouverte en juin 1841 entre la rue Blanche et le boulevard de Clichy sur une partie des jardins du Nouveau Tivoli, détruits sans état d'âme au profit des spéculateurs. Rappelons que ce nouveau Tivoli s'étendait sur les terrains d'une folie du XVIIIème siècle qui s'était spécialisée dans un sport (!) venu d'Angleterre, le tir aux pigeons vivants. cette activité ravissait le bourgeois qui après avoir tué quelques volatiles, se sentait d'autant plus viril pour se livrer au libertinage dans le parc où les jolies dames attendaient leur pigeon à plumer.

 

En 1846 les deux tronçons sont baptisés d'un nom commun : rue de Douai.

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....
Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     Mais là ne s'arrête pas l'histoire de cette rue qui ne choisit pas la facilité! En effet, dix ans plus tard, elle est prolongée entre la rue Pigalle et la rue de la Fontaine St-Georges (ancien nom de la rue Fontaine). Mais elle s'appelle alors dans cette partie rue Pierre Lebrun.

                                          Eglise et léproserie St Lazare

     Les travaux de creusement tombent sur un os. En effet ils mettent au jour des centaines de squelettes, ceux du cimetière d'une ancienne léproserie établie en ces lieux. Les ossements sont emportés, comme ceux de nombreux cimetières parisiens dans les catacombes où ils sont artistiquement disposés pour le plus grand bonheur à venir des touristes et des amateurs de têtes de mort.

 

     La rue Pierre Lebrun nettoyée de ses osseux habitants, étant dans le prolongement de la rue de Douai, prit le même nom et donna à cette artère les 605 mètres qu'elle a toujours aujourd'hui.

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     Nous remontons donc la rue en commençant par cette ancienne rue Pierre Lebrun où se trouvent les premiers numéros de la rue de Douai. Inutile de rappeler que le nom lui vient de la ville du Nord de la France célèbre, entre autres, pour ses géants : Gayant, Marie Cagenon et leurs enfants Jacquot, Fillon et Binbin.

                                         Gayant et sa femme.

   

     Côté pair la brasserie "Le sans Souci" fait l'angle avec la rue Jean-Baptiste Pigalle. C'est là que Kessel situe l'action de son roman "La passante du sans Souci". On ne sait pourquoi le réalisateur Jacques Rouffio lui préféra pour cadre de son film, une brasserie du XVème arrondissement!

 

Le 3

Le 3

     Si le 3 est aujourd'hui à l'enseigne de Vénus, il n'en fut pas toujours ainsi. Pendant la Commune, les Versaillais afin de tenter de corrompre les révolutionnaire avaient confié à un triste personnage le soin d'organiser tout un réseau. L'homme s'appelait Georges Vaysset et il s'acquitta de son délicat boulot en louant 7 appartements dans le quartier (rue Frochot, rue Pigalle…) pour y loger ses barbouzes.

                                    Le Général Dombrowski

    Il échoua dans sa noble tache car le Général Dombrowski qu'il devait corrompre, resta fidèle à ses idéaux et finit par mourir sur la barricade de la rue Myrrha.

Dans les derniers jours de la Commune, Vaysset fut arrêté et fusillé sur le Pont Neuf. Son cadavre fut jeté à la Seine.

Le 6

Le 6

   Sur la façade du 6, une plaque rappelle le nom de deux gloires françaises. L'écrivain Edmond About (1828-1885) tout d'abord :

Grand voyageur, il se nourrit de son amour de la Grèce pour écrire "Le Roi de la Montagne", un de ses grands succès.

                   Illustration pour "L'homme à l'oreille cassée".

"L'homme à l'oreille cassée" en fut un autre, porté au cinéma.

Edmond About fut encore journaliste, critique d'art (assez peu clairvoyant pour dénigrer Courbet) et finit académicien, ou presque, puisqu'il mourut à 56 ans quelques jours avant de prononcer son discours devant la docte assemblée!

                  Marthe Gautier (à son côté le professeur Debré)

     L'autre habitant célèbre fut une habitante : Marthe Gautier, principale découvreuse du chromosome de la trisomie 21. Comme souvent, c'est un homme qui faisait partie de l'équipe, Jérôme Lejeune, qui prétendit en être l'inventeur! Mais justice est aujourd'hui rendue à la scientifique….

Le 9

Le 9

   Le 9 garde peut-être le souvenir du peintre le plus emblématique de Montmartre : Toulouse Lautrec. Il est alors, à 33 ans, usé par ses abus d'absinthe mélangée au cognac, cocktail mortifère. Il l'est aussi par la syphilis. Sa mère accourt à Paris où elle loue un appartement dans cet immeuble afin de s'occuper de lui en 1898-1899. Nous sommes alors à deux ans de sa mort. 

Le 15

Le 15

     Le 15 est un immeuble classé. Il a en effet été construit par Violet le Duc en personne!

Le grand architecte, restaurateur un peu vigoureux de Notre-Dame de Paris (entre autres) donne ici un aperçu de son art à la fois simple et soucieux de rendre hommage au passé par des détails ornementaux. 

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     Le 16 est un petit hôtel harmonieux. qui a séduit Julien Duvivier puisqu'il y fait habiter la vedette féminine de son film de mâles : "La Belle Equipe" avec Jean Gabin et Charles Vanel. Un film très Front Populaire malgré sa fin remaniée pour éviter trop de pessimisme dans une époque où on ne voulait pas voir monter l'orage.

Jeannot et Gina (Jean Gabin et Viviane Romance) La Belle Equipe de Julien Duvivier.

Le 19 en 1905
Le 19 en 1905

Le 19 en 1905

     La grande teinturerie du 19 a cédé la place aux guitares (la rue de Douai est connue de tous les amateurs de cet instrument).

Le 22

Le 22

     22 v'là le 22! Le plus bel hôtel de la rue, riche de souvenirs et de fantômes vivants.

     Nous l'avons présenté en arpentant la rue Fontaine et donné l'essentiel de son histoire. Rappelons que c'est dans cet hôtel Halévy que Bizet vint, à trente ans, vivre avec son épouse Geneviève Halévy. C'est là, au 2ème étage qu'il composa l'essentiel de Carmen. Il y vécut six ans avant de mourir épuisé et déprimé par l'échec de son œuvre. qui est aujourd'hui l'opéra le plus joué au monde.

 

40 bis

40 bis

42-44

42-44

     Au 40 bis (aujourd'hui 42) ouvrit en 1896 un cabaret qu'apprécièrent Jehan Rictuss, Emile Goudeau et Marcel Legay. Il s'agit de La Roulotte.

 

     Il tiendra la route, bien que, si l'on en croit le carton d'invitation dessiné par Willette, il eût été traîné par un cheval éthique, jusqu'en 1900. Il s'appellera alors Cabaret de la Trique!

                 Carton d'invitation dessiné par Willette. (1896)

     Si le nom de ce cabaret est resté célèbre, ce n'est pas à la rue de Douai mais à la rue Jean-Baptiste Pigalle qu'il le doit, car c'est là au 62 qu'il déménagea pour devenir un bar à prostituées où se produisit un illustre guitariste entre les deux guerres et qui le racheta à Lulu de Montmartre. Il s'agit de Django Reinhardt!

 

Le 45
Le 45

Le 45

     Au 45, le tapissier a disparu au profit d'un commerce mystérieux puisque son rideau baissé m'a empêché de le qualifier! Mais vérification faite, il a plié bagages et c'est dommage car il s'agissait d'un institut de beauté!

50 (bis)

50 (bis)

     Au 50 bis vécut pendant douze ans un des plus grands écrivains russes, Ivan Tourgueniev.

 

 

     Il y était hébergé par ses amis, Louis Viardot et sa femme Pauline.

La passion qu'il eut pour la mezzo soprano Pauline Viardot, sœur de la Malibran, est une des plus grandes passions qui se puisse imaginer. Maupassant n'hésite pas à écrire que ce fut "la plus belle histoire d'amour du XIXème siècle".

 

     Peut-on imaginer qu'il la suivit pendant quarante ans?

     Après le coup de foudre de sa découverte en 1843 à Saint Petersbourg, il n'eut de cesse de vivre aussi près que possible d'elle. A Paris, à Baden Baden où elle vécut en exil après le coup d'état, et enfin rue de Douai dans l'hôtel particulier des Viardot.

 

     Il occupait le 2ème étage et avait fait aménager un passage qui le conduisait au salon de musique de Pauline.

Il s'y rendait et ne se lassait pas de l'entendre répéter.

Cette femme remarquable avait de multiples dons et composait elle-même. Si elle n'avait pas la beauté de sa sœur aînée, la Malibran, morte en 1836, elle ne manquait pas de charme et Saint-Saëns prétend qu'elle était "une irrésistible laide".

Croquis de Georges Sand

Croquis de Georges Sand

Elle plut à Musset et Georges Sand qui fit d'elle un croquis sut mettre fin à cette attirance. 

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     Tourgueniev se fit construire également une "datcha" sur le terrain de Bougival où ses amis possédaient une résidence. C'est dans cette datcha qu'il passa les derniers mois de sa vie, avec pour confidente Pauline à qui il dicta sa dernière œuvre prophétique "Un incendie sur la mer".

                                            Pauline Viardot

     On s'étonne presque de ne pas voir le nom d'Ivan Tourgueniev sur le menhir de la tombe de Pauline Viardot au cimetière de Montmartre

 

Le 57

Le 57

     Au 57, dans un hôtel remplacé aujourd'hui par un petit immeuble ingrat, a vécu une partie de sa vie, le peintre Hippolyte Bellangé (1800-1866).

 

     Il fut formé à bonne école, celle de Gros, et il fut fervent admirateur de Géricault, peintre majeur dont il aurait dû s'inspirer! Il se spécialisa dans les scènes militaires et illustra de nombreuses batailles du 2nd Empire avant de se consacrer dans les dernières années à l'épopée napoléonienne.

 

Sa dernière œuvre "La garde meurt" (1866) connut un grand succès. Elle fut prémonitoire car il l'acheva quelques jours avant de mourir.

Fin de la rue vers le boulevard de Clichy.

Fin de la rue vers le boulevard de Clichy.

Le 65

Le 65

     Le 65 a été l'adresse de Pierre Bonnard en 1899. Il avait alors son atelier aux Batignolles.

 

67-69

67-69

     A cette adresse se trouvait le studio Wacker qui fut pendant des années, si l'on en croit Dirk Sanders "la Mecque des danseurs".

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     C'est après la révolution russe de 1917 que de nombreux danseurs russes en exil éprouvent le besoin d'avoir un lieu à eux pour se former. L'école ouvre en 1923 au-dessus du magasin de vente de Pianos de Mr Wacker. Elle ne fermera qu'en 1974.

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

     Dans les premières années c'est une des plus célèbres danseuses russes qui y enseigne. Il s'agit d'Olga Preobrajenska, prima ballerina au théâtre Marinsky en 1900.

Elle marque par sa science et sa pédagogie de nombreux élèves comme Margot Fonteyn ou Nina Vyroubova qui sera danseuse étoile à l'opéra de Paris.

 

                                                 Nina Vyroubova

     Une autre grande danseuse y enseignera, Nora Kiss. Beaucoup ne l'ont jamais oubliée comme Roland Petit, Jean Babilée, Maurice Béjart, Ludmila Tchérina!

                       Nora Kiss et Béjart au studio Wacker

     Après la fermeture de l'école, le conservatoire du 9ème arrondissement occupe les locaux avant d'être délogé par une école de commerce-gestion et une supérette où ce sont les prix qui valsent...

Lycée Jules Ferry

Lycée Jules Ferry

     Bien qu'il ait son adresse principale sur le boulevard, il faut dire quelques mots du lycée Jules Ferry construit en 1914 avec des préoccupations hygiénistes qui privilégiaient les larges baies vitrées, les terrasses et les cours.

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

    Il fut élevé sur un terrain vague où subsistaient quelques vestiges d'un vieux couvent. En 1934 les derniers murs et salles qui subsistaient furent rasés.

                                                   Paul Birault

C'est ainsi que disparut le local, rue de Douai, qui servait d'imprimerie à un éditeur avant-gardiste passionné de poésie et de peinture: Paul Birault, connu également pour un célèbre canular très montmartrois qui trompa bon nombre de membres de l'Assemblée. (Nous lui consacrerons un article)

Apollinaire (Metzinger)

Apollinaire (Metzinger)

     Apollinaire qui était son ami lui confia l'impression de sa première œuvre "l'Enchanteur pourrissant" et plus tard ses Calligrammes.

 

Paul Birault mourut pendant la guerre en 1918, quelques mois avant le poète, rescapé mais victime de la grippe espagnole.

 

La rue de Douai s'arrête là et se jette dans le boulevard de Clichy comme rivière dans un fleuve. Apollinaire aura le dernier mot, lui qui aima cette ville plus que tout autre.

Lui qui, dans son plus beau poème écrivit :

"Juin ton soleil ardente lyre

Brûle mes doigts endoloris

Triste et mélodieux délire

J'erre à travers mon beau Paris

Sans avoir le cœur d'y mourir"

Rue de Douai. Artistes et personnages. Tourgueniev, About, Apollinaire, Duvivier, Django Reinhardt.....

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Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Je republie cet article qui est devenu "historique" puisque la spéculation a fait disparaître il y a peu le Singe qui lit, dévoré par l'agrandissement de la Mère Catherine aux appétits d'ogresse!

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

   Le Singe qui lit faisait partie des enseignes montmartroises qui avaient survécu à la mutation touristico-immobilière de notre quartier.

Depuis 1908 il y avait à son emplacement, jouxtant le Cadet de Gascogne, une brocante tenue pendant des années par un personnage haut en couleurs comme en suscite souvent la Butte : Emile Boyer.

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
On voit sur cette carte qu'avant la brocante, il y eut une crémerie...

On voit sur cette carte qu'avant la brocante, il y eut une crémerie...

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Emile Boyer (1877-1948) est fils de chiffonnier. Il pratique plusieurs métiers avant de se percher place du Tertre où il gère un bric à brac hétéroclite, à la fois épicerie et brocante! On dit que Gen Paul le chargeait de vendre ses aquarelles qu'il accrochait à l'aide de pinces à linge à un fil suspendu dans la boutique.

On raconte encore qu'Utrillo payait son ardoise de gros rouge avec des toiles que notre brocanteur-épicier collectionnait.

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Rue de Montmartre sous la neige. (Emile Boyer)

Rue de Montmartre sous la neige. (Emile Boyer)

Montmartre; (Emile boyer)

Montmartre; (Emile boyer)

     C'est ainsi que le virus pictural qui circule librement par les rues de Montmartre contamine notre homme qui s'achète un chevalet et bien des années avant l'invasion de la place du Tertre par les barbouilleurs, s'installe sur le trottoir devant son échoppe..

Indifférent aux courants nouveaux et aux précurseurs, il peint à sa manière, réaliste et colorée, sans se soucier des modes. Son oeuvre est restée dans l'ombre malgré une exposition en 1973 au musée de Montmartre. Dans les salles de vente, il est possible d'acquérir une de ses toiles pour un millier d'euros.

Le livre de Martine et Bertrand Willot.

Le livre de Martine et Bertrand Willot.

Un livre lui a été consacré : "Emile Boyer -Années folles-" par Martine et Bertrand Willot.

Voici en quels termes leurs auteurs le présentent :

"Brocanteur, anarchiste, fort en gueule, caractériel, marchand de frites et peintre"!

Bref! un homme complet!

Emile Boyer et sa friteuse!

Emile Boyer et sa friteuse!

...Car... il est le précurseur à Montmartre des "baraques à frites" chères à nos amis nordistes!

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Pourquoi la boutique porte-t-elle ce nom : Le Singe qui lit?

Il y aurait eu à Montmartre à la fin du XIXème siècle une revue d'artistes qui s'appelait ainsi. J'en ai cherché la trace et ne l'ai pas trouvée. Aucun document, aucun témoignage... rien ne permet de confirmer cette source!

Un singe en argot est un patron mais aussi un ouvrier typographe, un typo. Or, parmi ses multiples activités, Emile boyer fut ouvrier typographe! Il est plausible et réjouissant de lui accorder la paternité du nom!

Le singe lecteur. Gabriel von Max (1904)

Le singe lecteur. Gabriel von Max (1904)

Après Emile Boyer, la boutique connaît divers avatars...

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Elle s'appelle pompeusement "Relais des Arts" et se spécialise dans la marionnette.

     Le Relais disparaît à son tour avec ses petits personnages qui laissent le Singe reprendre possession de sa boutique pour ne plus la lâcher.

On voit à droite la brocante de Grémillet

On voit à droite la brocante de Grémillet

     Comme à l'époque d'Emile Boyer un joyeux bric à brac s'y installe, une brocante foutraque encombrée d'objets hétéroclites ou incongrus.

Eau forte de Georges Gremillet

Eau forte de Georges Gremillet

... et c'est un autre artiste qui succède à Emile Boyer : Georges Gremillet.

Il fait sa publicité en vendant ses dessins et ses eaux fortes exposés sur les murs et dans la vitrine...

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Quand il cède son commerce, c'est la fantaisie et la créativité qui s'en vont avec lui.

Les nouveaux propriétaires en font une boutique de souvenirs made in China, semblable aux dizaines de boutiques qui jalonnent le circuit touristique.

Par chance, ils conservent l'enseigne qui faisait encore il y a peu partie du patrimoine montmartrois.

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

    Mais allez comprendre pourquoi en cette année 2018, le restaurant de la Mère Catherine a pu obtenir l'autorisation de tuer le Singe ?      

N'aurait-elle pas pu conserver au moins l'enseigne?.... et conserver ainsi une petite partie de l'histoire de la Butte!

Il faut croire que les responsables chargés de veiller sur la défense de la Butte, s'ils ne sont pas des singes, ne doivent pas lire beaucoup

Hier

Hier

aujourd'hui

aujourd'hui

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Bazar made in China

Bazar made in China

Singe.. (Gabriel von max 1913)

Singe.. (Gabriel von max 1913)

>Plus une trace, plus un poil du Singe qui lisait.

>Plus une trace, plus un poil du Singe qui lisait.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
Autoportrait (Carjat)

Autoportrait (Carjat)

Victor Hugo (Carjat)

Victor Hugo (Carjat)

     Etienne Carjat est avec Nadar le plus connu des photographes de la deuxième moitié du XIXème siècle…

                                                    Etienne Carjat (autoportrait)

     Indépendamment de son talent ce sont les hommes et les femmes qu'il a photographiés qui assurent sa célébrité!

                                                              Baudelaire (Carjat)

     Certains des plus grands écrivains, peintres, acteurs, politiciens de ses contemporains figurent sur ses clichés et illustrent nombre de livres, recueils, études…

                                                         Verdi (Carjat)

     Et que dire du plus célèbre et peut-être du plus beau, Arthur Rimbaud dont le visage d'ange et de démon est devenu une icône, à l'égal de Che Guevara de Korda. 

                                                        Rimbaud (Carjat)

Etienne Carjat n'est pas seulement photographe et son arc possède plusieurs cordes, celle de caricaturiste, de journaliste et de poète.

                                                   Berlioz. Caricature de Carjat

Victor Hugo, caricature de Carjat.

Victor Hugo, caricature de Carjat.

     L'homme est né dans l'Ain en 1828, dans un milieu des plus modestes, il "monte" à Paris avec ses parents. Sa mère y est concierge.

Daudet (Carjat)

Daudet (Carjat)

     Il travaille dès l'âge de 13 ans comme dessinateur sur soie et il prend le goût qu'il ne perdra jamais de tout ce qui touche à la production artistique.

Monet (Carjat)

Monet (Carjat)

Ce n'est qu'à 30 ans qu'il découvre la photographie, art alors à la mode et en plein essor. Il apprend le métier dans l'atelier de Pierre Petit.

                                                     Pierre Petit (autoportrait)

     Pierre Petit est un photographe bien en cour qui s'est fait une clientèle en or, celle des prélats catholiques, modestement soucieux d'immortaliser leur dignité. Il est surnommé "le photographe de l'épiscopat"!

                                       Monseigneur Freppel évêque d'Angers (Pierre Petit)

     Il est surtout LE photographe officiel de l'exposition universelle de 1867 dont il tire plus de 12 000 clichés et de celle de 1889.

                                             Nain tartare expo 1867 (Pierre Petit)

 

     Enfin il a pu photographier le chantier de la statue de la Liberté alors que les plaques de cuivre de Bartholdi étaient assemblées sur la structure de Eiffel, dans le XVIIème arrondissement.

Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.

    Très vite Etienne Carjat égale son maître dont il retient la leçon, notamment pour l'éclairage et la mise en valeur du modèle qu'il fait poser le plus naturellement possible sur un fond neutre et sans décor qui éparpillerait l'attention.

                                                   Sarah Bernhardt (Carjat) 

 

     Il installe son atelier rue Lafitte (56) où il rencontre le succès. Il est lié au monde des arts et ses convictions politiques le rapprochent d'écrivains et de peintres soucieux de justice sociale.

   Le 56 rue Lafitte aujourd'hui. L'immeuble d'assurances construit en 1914 a supprimé l'immeuble où Carjat avait ouvert son atelier.

 

Emile Zola (Carjat)

Emile Zola (Carjat)

     Son amitié avec Courbet  traversera les années. Il partage avec lui le même enthousiasme pendant la Commune et le soutient dans les poursuites injustes qu'il subit après l'écrasement.

Courbet (Carjat)

 

     Il prend plus de dix photos de son ami et dessine plusieurs caricatures qui laissent percevoir son affection admirative

 

                  Courbet (Carjat)

Courbet (Carjat)

En 1866, Etienne Carjat déménage et installe son atelier rue Pigalle (62). 

62 rue Pigalle aujourd'hui. Là encore l'immeuble où Carjat avait ouvert son atelier a disparu au profit de ce vilain bâtiment.

     Il y restera quelques années avant de déménager une dernière fois, toujours dans le quartier de la Nouvelle Athènes, rue Notre-Dame de Lorette (10)

10 rue Notre-Dame de Lorette. Le seul immeuble qui soit toujours tel que Carjat l'a connu.

 

     Parmi les écrivains qu'il fréquente et considère comme des amis figure évidemment Victor Hugo.

                                                            Hugo (Carjat)

Il lui dédie le premier poème de son recueil "Artiste et citoyen".

 

A Victor Hugo

 

Des champs de la pensée, auguste moissonneur,

Quand ta faucille d'or a nivelé les plaines,

A peine reste-t-il pour le pauvre glaneur

Quelques uns des épis dont tes granges sont pleines;

 

Il faut chercher longtemps dans le creux du sillon,

Pour trouver quelque grain oublié sur la terre,

Mais si petit qu'il soit, ce grain est l'embryon

D'où peut jaillir demain le froment salutaire.

Baudelaire (Carjat)

Baudelaire (Carjat)

    Baudelaire fait aussi partie des admirations de Carjat qui le fréquente en voisin de la rue Pigalle où le poète vit avec Jeanne Duval.

Grâce à cette amitié, nous possédons quelques unes des plus belles photos de Baudelaire. 

Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.

     Mais il est inévitable d'en arriver au plus célèbre des portraits, celui qui a donné de Rimbaud l'image d'un ange inquiétant et fascinant...

 

Rimbaud (Carjat)

Rimbaud (Carjat)

     Etienne Carjat connaît bien Rimbaud car il fait partie avec lui et Verlaine du Club des Vilains bonshommes.

verlaine (Carjat)

verlaine (Carjat)

     Ce club d'inspiration parnassienne compte dans ses rangs Verlaine, Fantin Latour, André Gill, Banville, Mallarmé… et bien d'autres .

"Un coin de table" (Fantin Latour). Une réunion des Vilains Bonshommes. A gauche Verlaine et Rimbaud.

     C'est Verlaine qui y convie  en 1871 Rimbaud qui lit son fameux  Bateau Ivre.

 

     Carjat fait partie de l'assemblée et participe au repas mensuel des bonshommes qui aiment la poésie, le bon vin et l'absinthe!

Place Pigalle. Le Rat Mort (droite) et l'Abbaye de Thélème.

Place Pigalle. Le Rat Mort (droite) et l'Abbaye de Thélème.

     Les repas se terminent souvent sur le trottoir en de mémorables bagarres. C'est au cours de l'une d'elles, devant l'Abbaye de Thélème, place Pigalle, que le jeune Rimbaud blesse à la jambe Etienne Carjat avec une canne-épée.

Pochoir sur une palissade de Raspail (Pedro)

Pochoir sur une palissade de Raspail (Pedro)

     Rimbaud ne reviendra plus dans le club, mais ce qui est regrettable, c'est que Carjat qui avait pris de nombreuses photos du jeune poète, de retour dans son atelier, les eût détruites une à une. Il ne reste par miracle que celle que nous connaissons et qui suffit à la gloire de son auteur.

Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.

     Nous ne sommes pas certains de l'origine d'une autre photo qui représente Rimbaud plus jeune, bien que des exemplaires aient été publiés sur des cartons signés de Carjat.

Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.
Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.

     Les rimbaldiens ont plusieurs hypothèses à ce sujet. La plus vraisemblable serait que Verlaine aurait confié une photo de Rimbaud adolescent à Carjat afin qu'il la restaure.

Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.

     Il nous reste l'extraordinaire regard de Rimbaud sur la photo dont Carjat est assurément l'auteur. Cette photo est sa Joconde, son chef d'œuvre, dû en grande partie au charisme de son modèle.

 

Caricature de Gounod (Carjat)

Caricature de Gounod (Carjat)

     Quatre ans après cette photo, Carjat privilégiera la caricature en fondant la revue "Boulevard"

                                                    Daumier (Carjat)

     Il est marié et a deux enfants mais ce qui compte le plus pour lui c'est la fréquentation des artiste qu'il admire.

    Il est fidèle à ses idées généreuses et utopistes et garde au cœur "le temps des cerises".

Etienne Carjat. Artiste et photographe de Montmartre. Rimbaud.

     Il meurt le 9 mars 1906, dans la maison Dubois, (Xème arrondissement) l'ancien établissement fondé par Vincent de Paul et qui en 1953 prendra le nom d'hôpital Fernand Widal.

 

    Sans doute ne connaîtrons-nous jamais l'étendue de son génie de photographe, car la plus grande partie de son œuvre a disparu après avoir été vendue à un certain Mr Roth.

Le mime Debureau (Carjat)

Le mime Debureau (Carjat)

     Peut-être un jour réapparaîtra-t-elle, découverte dans un grenier ou dans une cave…

    Peut-être alors découvrirons nous d'autres clichés uniques et connaîtrons-nous d'autres illuminations!

Whistler (Carjat)

Whistler (Carjat)

Le mime Debureau

Le mime Debureau

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Publié le par chriswac
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Rue Bochart de Saron. Montmartre.

     C'est une rue modeste qui sans se faire remarquer relie la rue Condorcet au boulevard Rochechouart...

Rue Bochart de Saron. Montmartre.

   Elle étonne par son nom que l'on a du mal à mémoriser : Bochart de Saron.

Mais de qui s'agit-il donc?

Guillotine. Robespierre.

Guillotine. Robespierre.

    Un homme né en 1730 dont la tête était bien faite puisqu'il fut un grand mathématicien mais pas assez solide pour résister au couperet de la guillotine qui l'envoya dans la sciure d'un panier d'osier le 20 avril 1794.

Hôtel Bochart de Saron rue de l'Université (aujourd'hui sège des éditions Gallimard)

Hôtel Bochart de Saron rue de l'Université (aujourd'hui sège des éditions Gallimard)

     Il avait le tort d'être riche, de posséder deux châteaux (dont celui de Saron) et surtout d'être le Premier Président du Parlement de Paris, une des plus hautes fonctions sous l'Ancien Régime!

Entre l'avenue Trudaine et le boulevard de Rochechouart

Entre l'avenue Trudaine et le boulevard de Rochechouart

     C'est en 1821, après la tourmente révolutionnaire et l'Empire que la rue fut ouverte entre l'avenue Trudaine et le boulevard de Rochechouart. 

Entre la rue Condorcet et l'avenue Trudaine

Entre la rue Condorcet et l'avenue Trudaine

     Et ce n'est qu'en 1860 que la partie entre la rue Condorcet et l'avenue Trudaine le fut. 

Premiers immeubles sur la rue Condorcet.

Premiers immeubles sur la rue Condorcet.

Rue Bochart de Saron. Montmartre.

     Nous commençons la remontée de la rue à partir de la rue Condorcet. Le côté impair est entièrement occupé par les bâtiments sans grand intérêt d'une école dont  l'adresse est avenue Trudaine .

Rue Bochart de Saron. Montmartre.

     Il s'agit d'une extension construite à la fin du XIXème siécle. Seule la façade mérite d'être mentionnée. Elle est due à l'architecte Juste Lisch qui s'est illustré par ses travaux de restauration de bâtiments célèbres comme le Palais de l'Elysée ou la cathédrale d'Amiens.

L'école côté Bochart de Saron et façade avenue Trudaine.

L'école côté Bochart de Saron et façade avenue Trudaine.

     L'école a été construite à l'emplacement de la première usine à gaz parisienne, "la fabrique pour le gaz hydrogène" créée en 1819.

Rue Bochart de Saron. Montmartre.

     Côté pair, des immeubles  harmonieux se succèdent. Hormis le 12, ils n'ont pas grand chose à nous raconter.

                                                                  Le 2

Le 4

Le 4

Le 6

Le 6

Le 8

Le 8

Le 10

Le 10

Le 12

Le 12

     Le 12 a en effet abrité dans sa cave en 1891 les réunions de l'équipe de rédaction du journal libertaire l'Endehors.

 

     Zo d'Axa (1860-1930) anarchiste, en était l'initiateur et le chef d'orchestre. 

     Cet homme intègre, passionné de justice, s'appelait en réalité Alphonse Gaillaud de la Pérouse. Il avait pour ancêtre le célèbre navigateur. Mais il navigua sur les vagues de la révolte et combattit pour l'abolition des bagnes d'enfants. Il fut dreyfusard par exigence de justice mais devait faire un effort considérable pour défendre un homme qui faisait partie d'une armée qu'il abhorrait comme tout ce qui touchait de près ou de loin au pouvoir militaire. 

 

     Aux élections de 1899, il présenta pour candidat un âne blanc.

     Il était en avance sur les provocations salutaires de Coluche mais il était bien dans l'esprit des canulars montmartrois.

 

     Parmi les collaborateurs de l'Endehors on trouve Octave Mirbeau,Sébastien Faure, Emile Henry, Louise Michel...

Rue Bochart de Saron. Montmartre.

     Le journal continuera plus tard sous la direction d'E. Armand.

     Il existe toujours et il est diffusé en ligne, attaché à ses thèmes de prédilection : l'altermondialisme, l'amour libre et l'anarchie...

Rue Bochart de Saron. Montmartre.

     Il est loin le temps de la cave du 12! Assez confortable si l'on en juge par cette gravure qui nous montre debout Zo d'Axa, Jean Grave, Octave Mirbeau et Bernard Lazare...

Le 14

Le 14

Rue Bochart de Saron. Montmartre.

     Nous traversons l'avenue Trudaine pour rejoindre l'autre partie de la rue. Côté pair les bâtiments austères, du type caserne du 2nd Empire, sont ceux qui ferment à l'ouest le lycée Jacques Decour, ancien collège Rollin.

 

     Ils marquent la limite des abattoirs, sans doute moins effroyables que ceux que nous ont révélés les vidéos pirates mais tout aussi cruels. Ils furent en leur temps (1818) conçus pour remplacer les "tueries" nombreuses dans la ville.

                          Abattoirs de Montmartre peu avant leur destruction

    Ils sont détruits après la création des abattoirs de la Villette. 

    Leur emplacement entre la place d'Anvers et la rue Bochart voient s'élever le collège Rollin.

 

      Il est édifié entre 1867 et 1876 sur les plans de l'architecte Napoléon Alexandre Roger (quels prénoms conquérants!)  dont c'est là la principale réalisation!

L'intérieur soigné et les cours lumineuses atténuent quelque peu l'aspect austère de ce bâtiment typique de la seconde moitié du XIXème siècle.

     En 1944 il change de nom pour rendre hommage à Jacques Decour, le professeur d'allemand qui y enseigna et fut un résistant qui lutta jusqu'à la mort, en 1942, contre le mur des fusillés du Mont-Valérien.

 

    Côté pair, la rue est occupée tout d'abord par un hôtel particulier dont l'adresse est sur l'avenue Trudaine au 14.

 

Rue Bochart de Saron. Montmartre.

     De belle apparence, il fut construit pour lui-même par l'architecte Léon Ohnet (1813-1874). L'homme est connu pour avoir participé avec Violet le Duc à la restauration de monuments en péril et plus encore peut-être pour avoir épousé Claire Blanche (quel joli nom!), fille du psychiatre Esprit Blanche dont les théories et les pratiques rendirent barbares les anciens traitements des "aliénés". Il eut pour patient Gérard de Nerval.

 

     Georges Ohnet (1848-1918) fils de Léon et de Claire, occupa quelques années l'hôtel familial. Cet écrivain à succès est peu lu aujourd'hui bien que son roman le plus célèbre  "le Maître de Forges" ait été adapté au cinéma dans un film dont Gaby Morlay fut l'interprète principale.

 

     Le 3 n'a aucune entrée sur la rue! Ou peut-être faut-il passer par la fenêtre, comme Fantomas dont le créateur vivait à deux cents mètres de là!

 

Rue Bochart de Saron. Montmartre.

    Le 5 est plus traditionnel puisqu'il ouvre sur la rue et fait l'angle avec la rue Cretet.

 

Rue Bochart de Saron. Montmartre.
Rue Bochart de Saron. Montmartre.

     Le dernier immeuble côté impair est le 9. Sa façade principale avec ses ateliers d'artistes donne sur le boulevard de Rochechouart (47)

 

Eugène Lavieille

Eugène Lavieille

     Un numéro qui donne à la rue son âme artistique montmartroise!  C'est ici, en effet que le peintre Eugène Lavieille (1820-1889) eut son atelier.

                                                 Eugène Lavieille. Photo de Carjat.

 

Paysage aux vaches (Eugène Lavieille)

Paysage aux vaches (Eugène Lavieille)

   Oublié aujourd'hui, il fut reconnu en son temps comme virtuose des paysages, surtout hivernaux. Elève de Corot, il était amoureux de la nature et plantait son chevalet dans la campagne ou sur les chemins de douanier le long des côtes.

                                    Dans les champs (Eugène Lavieille)

     Il n'est pas étonnant de le retrouver à Barbizon où il vécut pendant quatre ans. Mais il aimait Montmartre sans éprouver le désir de le peindre et c'est là qu'il vint se fixer. Dans la même quartier vécurent Gautier et Baudelaire qui s'intéressèrent à lui et apprécièrent ses paysages hivernaux qui lui valurent d'être qualifié de "peintre des cieux tristes et de la neige."

                                Barbizon sous la neige (Eugène Lavieille)

     Grâce à ses amis photographes Nadar et Carjat (le photographe de Rimbaud) nous avons gardé son image.

                                                  Eugène Lavieille (Nadar)

Adrien Lavieille

Adrien Lavieille

    Il communiqua sa passion à ses enfants puisque son fils Adrien fut peintre ainsi que sa fille Marie qui occupa le même atelier de la rue Bochart…

              Porte sur jardin (Marie Lavieille). Je n'ai pas trouvé d'autres œuvres d'elle!

     Et comme les chats ne font pas de chiens (et vice versa) sa petite fille Andrée reprit le flambeau, ou plus exactement le pinceau.

Le port de Doelan par Andrée Lavieille

Le port de Doelan par Andrée Lavieille

     Nous quittons la rue en beauté avec ces artistes de talent qui ne demandent qu'à être redécouverts!

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places., #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Place Gustave Toudouze. Ancienne place Bréda. Montmartre.
Place Gustave Toudouze. Ancienne place Bréda. Montmartre.

     C'est un des endroits de Paris qui a retrouvé son charme depuis que la place a été agrandie avec la disparition d'une voie le long des immeubles qui ne laissait aux piétons qu'un terre-plein triangulaire, une île entre les voitures!

    Partout où l'on rend la ville aux piétons, la vie revient avec l'envie de flâner ….

Place Gustave Toudouze. Ancienne place Bréda. Montmartre.

     Comme la rue de Navarin, la rue Henry Monnier et la rue Clauzel qui l'encadrent, la place date de l'époque romantique, 1830, quand le "Sieur Bréda" obtint la permission de lotir les terrains qu'il possédait. La place s'appela alors Place Bréda.

Place Gustave Toudouze. Ancienne place Bréda. Montmartre.

    En 1905, elle "disparut" pour faire partie de la rue Henry Monnier. Ce n'est qu'en 1954 qu'elle redevint "place" et qu'elle prit le nom de Gustave Toudouze.

Gustave Toudouze

Gustave Toudouze

Place Gustave Toudouze. Ancienne place Bréda. Montmartre.

     Le prénom "Gustave" a été précisé afin d'éviter la confusion avec un autre Toudouze, Georges, fils du premier, écrivain lui aussi qui a mis de la Bretagne dans de nombreux romans et qui était atteint de bretonite aigue, au point de militer dans le "Framm Ketiek Breizh" mouvement indépendantiste soutenu pendant la guerre par les nazis.

Maison des Goncourt à Auteuil.

Maison des Goncourt à Auteuil.

      Gustave, lui, était très parisien; il avait pour amis Zola et Alexandre Dumas fils et il était assidu aux "dimanches" de Flaubert comme il aimait participer au "grenier" des frères Goncourt après qu'ils eurent quitté la rue Saint-Georges voisine pour s'installer à Auteuil. On sait que dans ce "grenier" aménagé pour recevoir les amis écrivains, est née la future Académie qui porte leur nom.

      

Camaret. Quai Gustave Toudouze.

Camaret. Quai Gustave Toudouze.

… Gustave quittait parfois Paris pour passer des vacances à Camaret, charmant port de pêche dont le curé est resté fort célèbre .

Place Gustave Toudouze. Ancienne place Bréda. Montmartre.

     La numérotation de la place comptait 4 numéros, du 2 au 8. On constate qu'elle s'est inversée, le 8 faisant aujourd'hui partie du 2 comme on peut le voir sur cette photo de bougnat. Le commerce faisait transition sur un pan coupé, entre la rue Clauzel et la place.

 

     Aujourd'hui, le no stress l'a remplacé et a effacé le petit Africain de ses panneaux qui n'est pas sans rappeler le "Y'a bon Banania" de la publicité de l'époque.

 

Le 2.

Le 2.

     Le 4, seul immeuble classé, représentatif de la belle architecture de la première moitié du XIXème siècle (1839) est aussi le seul à nous raconter une histoire.

 

     Celle  des 400 coups, le film de Truffaut où le jeune Antoine vit chez sa mère et son beau père dans cet immeuble.

 

     Les liens de Truffaut avec le quartier sont étroits. Il passa une partie de sa jeunesse, à 50 mètres de la place, 33 rue de Navarin.

                                                      33 rue de Navarin  

         Ses grands- parents Jean et Geneviève de Montferrand habitaient rue Henry Monnier… au 21

                                                 21 rue Henry Monnier

Le jeune Antoine (Léaud) et sa mère (Claire Maurier). Les 400 coups.

Le jeune Antoine (Léaud) et sa mère (Claire Maurier). Les 400 coups.

     Le dernier immeuble qui a pour adresse la place Toudouze est le 6.

 

     Il n'y a, du 2 au 6 que des restaurants adaptés à ce quartier recherché pour son image culturelle et branchée…

Place Gustave Toudouze. Ancienne place Bréda. Montmartre.

      Il convient de mentionner la fontaine Wallace et son filet d'eau fraîche qui coule entre les cariatides de bronze. On sait que ces fontaines sont un don de Richard Wallace, Anglais amoureux de Paris, horrifié par la condition des habitants de Montmartre privés d'eau pendant le siège de Paris et la Commune.

                                       Richard Wallace en fontaine. Caricature de Lafosse.

Place Gustave Toudouze. Ancienne place Bréda. Montmartre.

     D'autres enfants jouent sur la place comme le fit sans doute le jeune François Truffaut. Souhaitons qu'il y ait parmi eux un futur cinéaste de son acabit!

Liens

La rue Henry Monnier

La rue de Navarin

La rue Clauzel

Liste des rues de Montmartre

                                                       

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #CHARENTE MARITIME, #MONTMARTRE. Rues et places.
Gustave Guillaumet photographié en bédouin.

Gustave Guillaumet photographié en bédouin.

     Le montmartrois que je suis ne peut ignorer ce peintre orientaliste (1840-1887) qui est enterré au cimetière de Montmartre et dont la tombe s'orne d'une belle statue de Louis Barrias qui s'inspire de ses tableaux de fileuses.

 

     Guillaumet découvre l'Algérie par hasard et non par désir de connaître cette terre colonisée brutalement. Il est aussitôt séduit par la beauté du pays et surtout par la simplicité et l'authenticité de ses habitants.

               Campement dans la forêt de cèdres de Teniet el Had dans le massif de l'Ouarsenis

    On peut dire qu'il lui consacre toute sa vie de peintre. S'il a un atelier à Sèvres (puis Cité Pigalle) et un appartement dans le quartier de la Nouvelle Athènes au pied de la Butte, c'est à l'Algérie qu'il pense en terminant les tableaux esquissés pendant ses voyages. Pas moins de dix longs séjours pendant sa courte vie d'artiste!

                                                          Portrait d'homme

    Les villes de la colonisation ne l'intéressent pas et s'il a besoin d'être protégé lors de ses périples, c'est avec regret. La seule fois où il assiste à une razzia, expédition punitive, il est bouleversé. 

                                                           Aveugle mendiant

     Il s'attache d'abord à l'Oranie avant de descendre vers le sud, le désert, les oasis. A la fin de sa courte carrière, il ne peindra que le sud où il trouve une réponse à ses questions existentielles.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

La veillée (1866).

    Il ne représente pas les troupes françaises qui l'escortent. Il préfère montrer les Algériens faisant partie des unités supplétives. Le paysage nocturne est quasi onirique et empreint d'une atmosphère quasi mystique.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

  Campement d'un goum à la frontière du Maroc (1869)

     Même atmosphère avec ce bivouac dans ce paysage qu'affectionne Guillaumet sous un ciel gris où semble planer une sourde menace.

(Le Goum est une unité de combattants marocains faisant partie des troupes supplétives.)

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Le Labour (1869)

    Toile qui montre la pauvreté des paysans, la femme conduisant l'attelage, un bébé sur le dos. Ce n'est pas une représentation pittoresque mais au contraire une "rencontre" en sympathie avec de simples gens du peuple qui peinent pour survivre.

Une fois encore la dimension contrastée avec cette ligne de fuite et ce ciel tourmenté participent au romantisme (réalité tragique de la destinée humaine) de l'œuvre. 

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Le Labour (1882)

    Il est intéressant de retrouver une scène de labour peinte plusieurs années plus tard. L'aspect tragique, à la Delacroix, a disparu. Le ciel s'est apaisé et le soleil couchant éclaire d'une lumière dorée l'homme au travail.

La brochure de l'exposition compare cette métamorphose à celle que l'on retrouve chez Millet dont les paysans sont sublimés. 

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

La Famine (1869)

     C'est un des rares tableaux historiques de Guillaumet. La famine régnait en Algérie, aggravée par des épidémies peut-être liées à l'arrivée des occidentaux et par le manque de réserves de céréales. Entre 1866 et 1869, elle va faire des ravages et on estime qu'un tiers de la population fut décimée.

     Le tableau est une violente critique envoyée à la face de ceux qui affirmaient que la conquête était une œuvre émancipatrice et ne voulaient voir que "l'Algérie heureuse". Elle déplut au public et fut critiquée sans mesure.  Guillaumet abandonnera dès lors les représentations historiques comme il se libérera de l'influence trop manifeste de Delacroix (on pense ici aux Massacres de Scio).

                                        Détails de Guillaumet et de Delacroix (en-dessous)

     D'autres tableaux évoquent la rudesse de l'existence et la  misère d'une façon plus symbolique.

Comme ce désert avec une charogne au premier plan, peint en 1868 pendant la famine. Au loin apparaît comme un mirage une oasis ou une caravane, perdue dans l'immensité incandescente. 

 

    Peint quinze ans plus tard, avec pour décor les falaises des grottes d'El Kantara, le cheval blanc dévoré par les chiens, est comme une allégorie du pays. Le cheval fier a tenté de lutter et puis il est tombé, épuisé. Guillaumet raconte cette agonie dans son texte "Une razzia dans le djebel Nador".

 

     Le peintre ayant besoin pour voyager d'une protection militaire aura l'occasion de visiter des lieux habités par les supplétifs, c'est à dire les populations qui se sont ralliées à la France.

Il visite des villages de spahis et a l'occasion d'y peindre des femmes.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

La source du figuier à Aïn Kerma, smala de Tiaret.

    Scène paisible qui évoque un paysage biblique. L'ombre y protège les villageois de la chaleur qui règne dans l'azur du ciel et la blancheur aveuglante des murs. Les femmes se penchent vers la source dont on imagine la fraîcheur...

 

 

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Marché arabe dans la plaine de Tocria (1865)

     Ici Guillaumet joue avec les couleurs ocres et les blancs pour donner cette impression de vie dans un décor immuable. Il aime peindre les populations nomades qui continuent de vivre comme elles l'ont toujours fait.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Guerriers arabes au repos (1886)

Etude pour un grand tableau représentant une noce arabe qui ne sera jamais peint, interrompu par la mort de Guillaumet.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

     Bivouac des chameliers (1875)

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

L'inspecteur des moissons (non daté)

 

Tisseuses à Bou Saâda

Tisseuses à Bou Saâda

     Dans les villages, le peintre peut entrer dans les maisons, occasion pour lui de montrer la pauvreté certes, mais surtout la dignité des femmes qui travaillent. Les femmes qu'il peint n'ont rien à voir avec celles de Delacroix qui sont telles que les imaginent les occidentaux, plus proches de courtisanes que de paysannes.

                                     Scène de gourbi à Biskra (1882)

     C'est au cours des derniers voyages qu'il entre ainsi dans l'intimité de ces maisons de terre. 

 

 

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Fileuse (1874)

     Il s'agit d'une étude pour un tableau plus important représentant une famille arabe nomade sous une tente. Les fileuses de Guillaumet auront l'heur de plaire et c'est à l'une d'elles que Louis Barrias confiera de jeter des fleurs sur la tombe du peintre au cimetière Montmartre.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

La nativité de Bou Saâda.

     Une des plus étonnantes scènes d'intérieur nous donne à voir une nativité. Nous sommes ici devant le mystère de l'interprétation que nous nous faisons des autres cultures.  "On se figure parfois entrer dans une étable" écrit Guillaumet.

  Le chrétien qu'il est voit  dans la pauvreté et la simplicité une image qui le renvoie à sa foi.  De nos jours, il s'expose à la critique de ceux qui considéreraient cette "interprétation" comme non respectueuse de la foi des indigènes. L'interprétation des œuvres peut ainsi changer avec le temps alors que dans ce cas précis on ne peut soupçonner Guillaumet de quelque sentiment de supériorité… Au contraire.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Laghouat (1879)

     C'est peut-être la plus belle œuvre de l'exposition. Elle est l'aboutissement des tentatives du peintre pour rendre la lumière du sud, si difficile à saisir. Ici hommes et paysages sont liés comme embarqués sur le pont d'un immense navire qui naviguerait sur les sables. A la proue apparaît un minaret. Les habitants sont paisibles dans le soir qui tombe et apporte un peu de fraîcheur. Ils semblent être là depuis des siècles. 

On voit ici tout ce qu'une grande œuvre peut suggérer. Elle s'inscrit dans une lignée de peintres qui saisissent la magie surréelle de l'univers. On pense à certains Dali et surtout à Chirico. Mais chez Chirico, c'est l'architecture qui semble l'emporter et éliminer les vivants. Ici tout le monde est embarqué dans le même mystère

La toile eut un grand succès et fut tout de suite considérée comme un chef d'œuvre..

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Autre chef d'œuvre: La Séguia, près de Biskra (1885)

     Le tableau est peint deux ans avant la mort de Guillaumet. Il est l'image même qu'emporte avec lui le peintre de ce pays. La paix, la beauté des habitants et particulièrement des femmes. L'eau, les murs de terre, le ciel se partagent sans se heurter l'espace. Vision idéale d'un monde antique et pourtant actuel.  

D'autres œuvres nous montrent ces paysages du sud  avec des laveuses.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

L'oued à Bou Saâda. Trois laveuses.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Laveuses dans l'oued de Bou Saâda. 1882

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Jeunes filles dans l'oued de Bou Saâda. 1882

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

L'oued Mzi, Laghouat.

Mais je termine aves deux de mes tableaux préférés : l'oued de Mzi avec ce paysage épuré, en lignes de fuite vers un horizon vers lequel se tournent les deux silhouettes… Le symbolisme est présent dans cette œuvre du silence ainsi que l'épure et la simplification quasi abstraite.  La touche picturale y est déjà impressionniste.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Femmes dans une oasis.

     Comme dans ce dernier tableau des femmes dans une oasis. L'eau est miroir où se reflète l'argent du ciel gris. Le silence, la paix du soir envahissent le paysage. Tous les détails ont disparu. Ces femmes sont là, immuables et fragiles dans un monde sans brutalité.

Elles sont ce pays qu'aime Guillaumet et dont il emporte l'image dans son dernier voyage lorsqu'il meurt en 1887.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

     Cette belle exposition est présentée au musée des Beaux Arts de La Rochelle jusqu'au 17 septembre 2018. Elle le sera ensuite au musée des Beaux Arts de Limoges du 19 octobre au 4 février 2019, puis à la Piscine-musée d'Art et d'industrie André Diligent de Roubaix du 8 mars au 2 juin 2019.

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