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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

montmartre. rues et places.

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places., #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...
Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...

     Entre les rues de Maubeuge et des Martyrs, la rue Condorcet court sur près de 600 mètres en offrant une belle unité architecturale.

Rue Condorcet, hauteur rue des Martyrs.

Rue Condorcet, hauteur rue des Martyrs.

     Elle n'est pas née telle qu'elle est aujourd'hui et l'accouchement s'est fait en deux étapes.

En 1860, elle est ouverte entre la rue des Martyrs et la rue Rodier. Elle est alors le prolongement de la rue Laval (celle du Chat Noir, aujourd'hui rue Victor Massé) et elle reçoit le nom, après un gros effort d'imagination de la part de ses concepteurs de rue "Laval prolongée"!

Rue Condorcetsur la rue de Maubeuge. En arrière plan les clochers de St-Vincent de Paul et les superbes immeubles de la rue d'Abbeville.

Rue Condorcetsur la rue de Maubeuge. En arrière plan les clochers de St-Vincent de Paul et les superbes immeubles de la rue d'Abbeville.

     Un an plus tard, une portion est construite, après avoir absorbé la cité Turgot, qui va jusqu'à la rue de Maubeuge. Les deux parties sont réunies en 1865 et patientent encore trois ans avant de recevoir leur nom toujours actuel de Condorcet.

Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...

     Nul ne trouvera à redire sur cet hommage rendu à un homme qui fut l'un des plus éminents esprits des Lumières.

Chacun connaît son œuvre, ses idées, et comment il imagina une réforme du système éducatif ainsi que du droit pénal, dans un sens humaniste et social. Je retiens pour ma part sa révolte contre le viol du principe d'égalité qui excluait les femmes de leurs droits de citoyennes.

Il défendit des idées que reprendront les féministes, les différences entre hommes et femmes seraient moins naturelles que construites socialement et renforcées par des lois injustes.

Condorcet retrouvé mort dans sa cellule

Condorcet retrouvé mort dans sa cellule

     Cet homme qui ne transigeait pas avec la morale, étant opposé à la peine de mort, vota contre la mort de Louis XVI. Quand en 1793 le vent tourna et que Robespierre fit un temps la loi, un mandat d'arrêt fut lancé contre lui. Il se cacha pendant 9 mois avant d'être arrêté, jeté en prison. On l'y retrouva mort. Le mystère reste entier sur les raisons de sa mort. S'est-il empoisonné? A t-il été exécuté? A t-il été victime d'un AVC comme il en avait déjà subi un deux ans plus tôt?

Tombeau vide de Condorcet au panthéon

Tombeau vide de Condorcet au panthéon

     Toujours est-il que l'on ne peut que se réjouir qu'une rue de notre quartier porte le nom d'un tel homme, d'un citoyen comme on aimerait en trouver un plus grand nombre à notre époque!

     Il a été transféré en 1989, pour le bicentenaire de la révolution, au Panthéon. Transfert tout symbolique puisqu'on n'a rien retrouvé de son corps inhumé dans la fosse commune du cimetière de Bourg La Reine. 

Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...
Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...

     La rue commence avec de beaux immeubles qui depuis 2008 sont le siège social de GRDF. En 1824 il y avait à cet emplacement une usine à gaz hydrogène. Après plusieurs avatars y fut construit le siège social de la Compagnie Française du gaz par l'architcte Léon Armand Darru qui lui donna l'allure d'un somptueux hôtel particulier.

Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...
Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...

     De cette époque datent de nombreuses photos des employés du gaz.

Le 3

Le 3

Le 3 en 1902.

Le 3 en 1902.

    Le 3 est un bel immeuble de la fin du 2nd Empire comme la plupart de ceux qui forment la rue. Il est signé AD Mercier. Il y eut à l'origine un commerce de vins et liqueurs. Aujourd'hui la passementerie a eu raison de l'absinthe!

Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...
Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...

     Immeuble original au 16 avec un pan coupé en arrondi et un lion plutôt renfrogné. Il a été construit en 1895 par l'architecte  A Wolfrom. La partie sculptée est due à Rousseau. Il a pour autre particularité d'avoir son jumeau au 18...

Le 18

Le 18

Le 18 en 1904

Le 18 en 1904

    Nous retrouvons le nom de certains architectes sur plusieurs immeubles de la rue. Ainsi en est-il des 13, 17, 19, 33... tous dus à L. Monier en 1882. Cette architecture post haussmannienne de qualité donne à bien des rues de Paris son unité de pierres claires, de fonte et d'ardoises. 

Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...
Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...
Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...

Les 13, 17 et 19.

Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...

     Au 21 est née Cosette Harcourt (1900-1967) qui est l'une des fondatrices du célèbre studio Harcourt dont la plus grande renommée date des années 50.

On ne compte plus les "portraits" d'acteurs, de chanteurs, d'écrivains passés par ce studio!

 

Barthes le mentionne dans ses "Mythologies" : "En France, on n'est pas acteur si l'on  n'a pas été photographié par les studios d'Harcourt".

 

Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...

     Le 21 donne sur la rue Rochechouart et une petite place où trois rues se rencontrent : Condorcet, Rochechouart et Turgot.

Sur le côté pair se dresse un imposant immeuble.

Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...
Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...
Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...

     Il a été construit par Georges Farcy en 1910. Cet architecte qui a élevé dans le quartier de beaux immeubles dans la rue Lentonnet voisine sait allier rigueur et fantaisie. Un buste orne le pan coupé sur la rue de Rochechouart tandis qu'on devine au dernier étage des médaillons de l'architecte et de sa femme.

Le 26

Le 26

    Au 26 dont l'architecte est L. Bernard et qui a été construit en 1869 a vécu le sculpteur Jules Salmson (1823-1902.)

On lui doit entre autres les cariatides du théâtre du Vaudeville (aujourd'hui Gaumont Opéra) et la statue en bronze de la Dévideuse du, musée d'Orsay.

La dévideuse (Jules Salmson. Musée d'Orsay)

La dévideuse (Jules Salmson. Musée d'Orsay)

Le 34

Le 34

La proue du balcon du 34 entre rues Turgot et Condorcet

La proue du balcon du 34 entre rues Turgot et Condorcet

     Au 34 a vécu Lugné-Poe (1869-1940) qui fut acteur, metteur en scène et surtout fondateur du théâtre de l'Œuvre qui défendit le théâtre symboliste en réaction au théâtre réaliste d'Antoine.

L'Annonce faite à Marie de Claudel y est créée en 1914.

 

Le 38, comme le 40 a été primé au concours des plus belles façades parisiennes

                                                              Le 38

Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...

Le 40

 

Les deux immeubles récompensés sont signés de l'architecte M. Fiquet.

Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...

   C'est au 40 que vécut quelques années le dramaturge Henri Bernstein (1879-1953) qui s'illustra dans le théâtre de boulevard et dirigea le Gymnase. Pendant la guerre pour échapper aux rafles antisémites, il s'exila aux Etats-Unis où il écrivit un portrait incendiaire de Pétain "Portrait d'un défaitiste". Alain Resnais a réalisé son film Melo en reprenant sa pièce homonyme.

                             Mélo (Resnais. Azéma  Dussolier)

Quelques citations de Bernstein :

"En amour, comme d'ailleurs en art, l'intelligence toute sèche, toute nue, est une disgrâce."

"Un ménage cesse d'être un ménage quand c'est le chien qui apporte les pantoufles et que c'est la femme qui aboie."  (un peu daté non?)

"L'intuition c'est l'intelligence qui commet un excès de vitesse".

Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...

     Au 43 le jeune Claude Nougaro a passé plusieurs années alors qu'il était lycée avenue Trudaine.

La plaque toute fraîche a été inaugurée en septembre 2019.

     Le poète-chanteur donne du travail aux faiseurs de plaques commémoratives car il a connu à Paris de nombreuses adresses dont une des plus belles est sans doute sur la Butte, 28 avenue Junot. (J'ai reçu une invitation et j'irai avec plaisir assister à l'inauguration de la place Nougaro en bas de l'avenue le 28 Novembre). 

Le 51 bis

Le 51 bis

     Nous restons dans le monde du spectacle avec le 51 bis ou a vécu Jane Sourza (1902-1969) qui eut sa période populaire avec des émissions radio comme "Sur le Banc"  (qui deviendra un film) avec Raymond Souplex son partenaire de théâtre de trente années. Pendant l'occupation elle continua de jouer aux Deux Ânes, participa à Radio Paris et fit même un voyage en Allemagne organisé par la propagande nazie. Tout cela ne lui valut qu'une année d'interdiction de travail à la Libération.

Sur le banc (Souplex Sourza)

Sur le banc (Souplex Sourza)

     Regrettons que cette vraie Montmartroise, née sur la Butte, se soit ainsi compromise. Reste sa filmographie abondante. Pas un seul film cependant à citer parmi tous ses navets!

Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...

     Au 55 vécut pendant 30 ans un "homme de lettres et poète" dont j'avoue que j'ignorais le nom! Un nom pourtant charmant.

 

   J'ai trouvé de lui un recueil de poèmes "Papillons couleurs de lune" et j'ai découvert un poète sans pathos, peut-être injustement oublié.

 

"(…) On cherche en vain dans l'armoire au beau linge,

Sous la pile des draps les frissons mis au frais :

Ni fleur ni temps d'été ne se gardent jamais.

...Alors… Bonjour, mon cœur… Et vous adieu méninges,

Aujourd'hui seul est vrai...

Le 60

Le 60

     Au 60 a vécu un compositeur un peu oublié aujourd'hui, Francis Thomé (1850-1909). Il a été populaire grâce à ses opérettes et à des pièces pour piano.

Il aimait la poésie et a écrit de nombreuses adaptations musicales de poèmes de Gautier, Leconte de Lisle ou Victor Hugo.

 

Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...

Il est enterré au cimetière Montmartre et c'est Landowski (auteur du célèbre Christ de Rio) qui conçut son monument funéraire.

Le 68

Le 68

     Le 68 est digne d'attention. Il est dû à l'un des plus grands architectes et érudits du XIXème siècle : Viollet Le Duc.

Alors que la mode est encore aux décorations sculptées et à la surcharge des façades, on voit ici un dépouillement, une simplicité d'autant plus remarquables que l'immeuble a été construit par et pour son architecte!

 

 

 

     C'est là qu'il vécut pendant les 17 dernières années de sa vie. On parle de nouveau de lui depuis l'incendie traumatisant de Notre-Dame qu'il restaura avec génie, c'est à dire audace et respect. La flèche qui est un de ses plus grands chefs d'œuvre, sera, on l'espère refaite à l'identique. 

Le 69

Le 69

Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...

     Le 69 a abrité au début du XXème siècle une boutique de lingerie devant laquelle Viollet le Duc a dû passer bien qu'elle n'eût rien de gothique!

Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...

     Nous quittons la rue Condorcet, ancienne rue Laval prolongée au moment où elle arrive rue des Martyrs… par où passèrent St Denis et ses compagnons avant d'être décapités un peu plus haut à une époque où hélas Condorcet n'existait pas pour les défendre et s'opposer à leur mise à mort !

Rue Condorcet. Viollet le Duc, Nougaro...

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Publié le par chriswac
Publié dans : #album, #MONTMARTRE. Rues et places.
Album photos de Montmartre en octobre 2020

6 octobre. Retour à Montmartre. Reflets dans un vélux. Rue Muller.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

7 octobre. Smartphoner en couleurs. Rue du Mont-Cenis.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

8 octobre. Mais pourquoi chante t-il toujours Alleluia de Cohen?

Album photos de Montmartre en octobre 2020

9 octobre. Ombre et lumière rue Gabrielle.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

10 octobre. On gravit les marches, on les descend, on s'y marie… rue Utrillo.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

11 octobre. Un avant-goût de la fête des vendanges. Rue saint-Eleuthère.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

12 octobre. Défilé des vendanges. La Marianne aux coquelicots.  Le danseur romantique.

 

Album photos de Montmartre en octobre 2020

13 octobre. Le réverbère de la rue du Calvaire a le blues.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

14 octobre… L'automne a fleuri rouge au flanc de Montmartre.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

15 octobre; Rue Drevet.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

16 octobre. Derrière les barreaux. Place Valadon.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

17 octobre. Rue Gabrielle.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

18 octobre. A la proue du navire.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

19 octobre. Le sérieux du cavalier. Square Louise Michel.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

20 octobre. Paris mon océan.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

21 octobre. Le magicien d'Oz rue du Chevalier de La Barre.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

22octobre. Un rejeton de Charlot… place Suzanne Valadon.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

23 octobre. Bart Simpson en visite à Montmartre.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

24 octobre. Le sourire de la statue.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

25 octobre. L'enfant surpris dans ses aventures. Jardins Renoir rue Cortot.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

26 octobre. Bain de soleil sur le dos des Tritons. Square Louise Michel.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

27 octobre. walking in the rain. Square Louise Michel.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

28 octobre. Les escaliers c'est pas pour les chiens. Rue Utrillo.

Album photos de Montmartre en octobre 2020
Album photos de Montmartre en octobre 2020

29 octobre. Avertissement passage des Abbesses.

Album photos de Montmartre en octobre 2020

30 octobre. Combien pour le p'tit chien dans la vitrine?

Album photos de Montmartre en octobre 2020

31 octobre. La leçon de musique.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
Exposition au musée de Montmartre. Collection Weisman - Michel. Valadon Steinlen Willette...

     Avant même de visiter cette exposition c'est l'affiche qui mérite qu'on la regarde. Il s'agit d'une œuvre de Suzanne Valadon, habituellement visible dans une petite salle du musée et qui éclate comme une fleur qui s'ouvre et dévoile dans sa corolle le pistil d'une jambe féminine.

L'acrobate ou la Roue (1916) Suzanne Valadon.

L'acrobate ou la Roue (1916) Suzanne Valadon.

     Toile remarquable, chef d'œuvre de Suzanne Valadon qui sera peut-être un jour reconnue comme l'égale de  ses grands contemporains et infiniment plus douée que son fiston Maurice Utrillo.

Il y a dans cette peinture, la liberté d'un Toulouse Lautrec, l'art du mouvement d'un Degas… il y a tout simplement le génie de Suzanne Valadon à qui une salle entière de l'exposition est consacrée et qui jouxte son atelier reconstitué et son appartement de la rue Cortot.

Bol de fruits (Valadon 1917)

Bol de fruits (Valadon 1917)

La mère de Suzanne et son fils Maurice (Utrillo) 1890

La mère de Suzanne et son fils Maurice (Utrillo) 1890

Portrait de Louis Moysés fondateur du Boeuf sur le toit. (Valadon 1924)

Portrait de Louis Moysés fondateur du Boeuf sur le toit. (Valadon 1924)

Nu assis sur un canapé (Valadon 1916)

Nu assis sur un canapé (Valadon 1916)

     Les salles d'exposition malgré leur exigüité présentent divers aspects de la peinture des grandes années montmartroises, plus particulièrement autour de 1900.

Une place importante est donnée aux illustrateurs comme Albert Guillaume dont un album de chansons est presque intégralement exposé.

 

     Il fut un des artistes en vogue de la Belle Epoque, affichiste, portraitiste, caricaturiste et illustrateur d'albums comme ce remarquable "Tristes et gaies"

Exposition au musée de Montmartre. Collection Weisman - Michel. Valadon Steinlen Willette...
Exposition au musée de Montmartre. Collection Weisman - Michel. Valadon Steinlen Willette...

…. On trouve également Ibels qui aimait peindre les artistes du cirque Fernando et qui illustra de nombreuses partitions...

 

    L'exposition d'une grande unité et d'une variété qui rend hommage à la diversité et au talent des artistes montmartrois offre à tous l'occasion de connaître la collection de deux Américains Weisman et Michel amoureux de la Butte. Elle est à la fois éclectique et cohérente, fruit d'une passion commune.

 

Jacqueline E. Michel et David E. Weisman

Jacqueline E. Michel et David E. Weisman

     Je retiendrai parmi toutes les œuvres présentées les quelques toiles de Bottini, un peintre au destin douloureux qui aurait eu à n'en pas douter s'il avait pu vivre plus longtemps une plus grande place dans le panthéon pictural.

Femme au renard et à l'éventail (George Bottini  1901)

Exposition au musée de Montmartre. Collection Weisman - Michel. Valadon Steinlen Willette...

   Evidemment Willette, Adolphe de son prénom, créateur du Pierrot de Montmartre trouve sa juste place avec deux tableaux sensuels et poétiques. 

Le tableau "une paire d'amis" représente sur l'épaule de Louison la chatte de Willette, Boulette. Salis, ami du peintre l'a accroché dans son cabaret du Chat Noir.

        Willette crée son personnage de Pierrot, artiste et marginal, mal à l'aise dans une société bourgeoise. Ici Pierrot tente en vain de séduire une femme perchée sur une colonne, autant dire inaccessible, fière de montrer une poitrine réservée à d'autres hommes qu'à un Pierrot sans le sou.

Exposition au musée de Montmartre. Collection Weisman - Michel. Valadon Steinlen Willette...

     Steinlen l'amoureux des chats est à l'honneur avec la quasi totalité de la frise "Chats et lunes" qui orna sans doute quelque temps les murs du cabaret de Salis. Illustrateur, affichiste et peintre, Steinlen était un homme engagé, un homme de cœur. Pas étonnant qu'il eût aimé les chats du maquis, recueillant les éclopés dans sa maison nommée à juste titre le cat's cottage!

Exposition au musée de Montmartre. Collection Weisman - Michel. Valadon Steinlen Willette...

    Quelques toiles encore que j'ai particulièrement aimées….

Exposition au musée de Montmartre. Collection Weisman - Michel. Valadon Steinlen Willette...

Alfred Emile Méry : Chat noir tuant un rat.

Détail d'une toile au format original, étroit et haut… Elle était accrochée aux murs du cabaret. Salis y faisait passer un message très clair : le nouveau cabaret avait supplanté son rival de la place Pigalle le Café du Rat mort

 

Exposition au musée de Montmartre. Collection Weisman - Michel. Valadon Steinlen Willette...

George Luks, Scène de nuit, (1900)

     Ici comme dans les toiles de Lautrec, dans l'ombre des femmes flamboyantes, se devine un homme inquiétant… souteneur, client… en tout cas prédateur.

Exposition au musée de Montmartre. Collection Weisman - Michel. Valadon Steinlen Willette...

Louis Legrand. Elégante à l'éventail (1900)

Exposition au musée de Montmartre. Collection Weisman - Michel. Valadon Steinlen Willette...

Edmond Lempereur. Yvette Guilbert (entre 1895 et 1900)

Exposition au musée de Montmartre. Collection Weisman - Michel. Valadon Steinlen Willette...

Cappiello. "Mieux vaut laver son linge chez soi" (1898)

On reconnaît le talent du grand caricaturiste et affichiste que fut Cappiello. Humour, traits précis et surlignés...

                                            Loïe Fuller (Charles Maurin)    

     Les amoureux de Montmartre ont jusqu'au 19 janvier pour flâner entre les œuvres de la collection Weisman-Michel et pour entendre à l'étage des illustrateurs la grande voix populaire de Monique Morelli chantant les poème de Bruant. 

Nostalgie… 

Liens : artistes, personnalités de Montmartre.

Rues de montmartre

                             Valadon

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Rue Moncey. Maupassant Monet.

    C'est une courte rue bordée de falaises de pierres de taille. Ses 156 mètres entre la rue Blanche et la rue de Clichy ont pourtant quelques histoires à nous raconter. Mais connaît-on une seule rue de Paris qui n'en ait pas?

Rue Moncey. Maupassant Monet.

    Elle est créée en 1841 sous le nom de rue Laperche et attendra 1844 pour devenir rue Moncey.

Rue Moncey. Maupassant Monet.

     Bon-Adrien Jeannot de Moncey (1754-1842) est familier aux Parisiens qui souvent ignorent que c'est lui, en bronze, qui domine sur un socle de pierres la place de Clichy.

Rue Moncey. Maupassant Monet.

     Ce général partisan de la Révolution française fut un fidèle napoléonien. Devenu maréchal, il organisa la garde nationale et résista avec bravoure à l'invasion des troupes coalisées en 1814. Sa rue est donc située non loin de ses exploits, près des Batignolles.

Rue Moncey. Maupassant Monet.

     Le n° 1 ouvre la voie à une série d'immeubles cossus et un peu lourds, toujours influencés par l'architecture haussmannienne. Construit au début du XXème siècle, il est dû à l'architecte F.A. Bocage à qui l'on doit d'autres immeubles parisiens chaussée de la Muette et surtout rue de Hanovre où il se montre plus audacieux et plus novateur.

6 rue de Hanovre (décoration de grès de Bigot, le grand artiste céramiste à qui on doit le Céramic Hôtel avenue de Wagram et le décor de St-Jean de Montmartre).

Rue Moncey. Maupassant Monet.

     Le 2, un des plus vieux immeubles de la rue, a abrité un des grands écrivains du XIXème siècle : Guy de Maupassant.

Rue Moncey. Maupassant Monet.

    Il a vécu 4 ans, de 1872 à 1876 dans une petite chambre de 12m2 située au rez de chaussée et donnant au nord sur la courette sans lumière. Cet enfermement a dû être rude pour l'homme jeune (il a 32 ans) habitué aux vastes espaces et aux rivages lumineux de Normandie.

Rue Moncey. Maupassant Monet.

     Pour survivre, il s'échappa chaque samedi sur les bords de Seine, à Argenteuil ou Bezons où il canotait avec sa bande d'amis et quelques filles faciles.

Rue Moncey. Maupassant Monet.

     Il n'empêche que c'est dans cette chambre où il recevait sa bande de joyeux drilles qu'il écrivit sa première nouvelle publiée, "La Main d'écorché" avant d'y recevoir des éloges pour une autre œuvre "Au bord de l'eau". 

Son ami Léon Fontaine écrit : "Sa porte était ouverte à tout venant, et l'on était toujours accueilli par un bon sourire et une main cordialement tendue."

Le 3

Le 3

     Le 3 est un des immeubles les plus originaux de la rue. Il date de 1909 et a été conçu par Paul Perdriel, architecte de renom, humaniste passionné de bibliophilie et d'archéologie, maintes fois primé à des salons internationaux et médaille d'or pour la plus belle façade parisienne en 1904.

L'immeuble fut le siège de la C.G.F.T, Centrale Générale Française de Tramway.

Du 4 au 12

Du 4 au 12

     Du 4 au 12 il y eut une somptueuse demeure particulière, l'Hôtel Pillet-Will. Précisons Frédéric Pillet-Will (1837-1911) fils d'Alexis et banquier comme lui. Notre homme fut directeur de la Caisse d'Epargne et régent de la Banque de France. L'hôtel construit en 1872 fut détruit 31 ans plus tard! Il faut dire que les terrains valaient de l'or et qu'à son emplacement de nombreux immeubles cossus furent édifiés sur ce qu'on appelle aujourd'hui le square Moncey.

Square Moncey

Square Moncey

     Ces immeubles massifs forment des falaises le long des étroites rues en croix du square.

Rue Moncey. Maupassant Monet.

      On peut apercevoir, fermant l'une de ces rues, de grands arbres majestueux, rescapés de l'ancien Tivoli qui connut le même sort que l'hôtel Pillet-Will.

Clotilde Briatte (toile de James Tissot).

Clotilde Briatte (toile de James Tissot).

     Notre Pillet-Will, homme d'argent, brillait en société grâce à sa femme, Clotilde Briatte, qui écrivait des romans sous le nom de Charles d'Orino. Elle était adepte de la doctrine spirite d'Allan Kardec et affirmait qu'elle écrivait sous la dictée des esprits des nouvelles venues d'au-delà de la mort.

Le 7

Le 7

Le 7 a belle allure…. Il est dû au tandem Navarre et Rousselot dont quelques immeubles et hôtels particuliers subsistent à Paris.

Le 9

Le 9

… Suivent quelques beaux immeubles qui antérieurs à la fin du siècle et échappant au pastiche haussmannien présentent plus d'harmonie dans leur simplicité.

Le 11

Le 11

Le 14

Le 14

     Le 14 qui date de 1850 est décoré de mascarons...

Rue Moncey. Maupassant Monet.
Rue Moncey. Maupassant Monet.
Rue Moncey. Maupassant Monet.
Rue Moncey. Maupassant Monet.

     Le 17 est un des deux immeubles de la rue qui a sa petite place dans la grande histoire de l'Art. Le peintre Caillebotte y finança un atelier qu'il mit à la disposition en 1877 de son ami Claude Monet.

Rue Moncey. Maupassant Monet.

    Monet voulait à cette époque peindre une série de toiles ayant pour sujet la gare Saint-Lazare toute proche.

Rue Moncey. Maupassant Monet.

      Il avait alors de graves difficultés financières. Les dettes s'accumulaient et sa femme malade réclamait des soins coûteux. Une lettre envoyée au collectionneur Victor Choquet en témoigne :

"... Je vous demande de prendre une ou deux de mes croûtes… Je serai chez moi demain samedi 17 rue Moncey et j'espère que vous ne refuserez pas d'y venir."

Rue Moncey. Maupassant Monet.
Rue Moncey. Maupassant Monet.

    Les mascarons des linteaux qui ont vu passer le peintre préoccupé et prêt à brader ses "croûtes" continuent de sourire aux passants et aux descendants de ceux qui ont eu le goût d'acquérir les croûtes de Monet et de leur assurer  un beau pactole!

Rue Moncey. Maupassant Monet.

La rue se termine en arrivant rue de Clichy. Un petit personnage me guettait derrière une vitre, de toute l'intensité de son regard de chat. 

C'est donc avec lui et un chat de Monet que je quitte la rue Moncey!

 

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Publié le par chriswac
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Rue Ballu (Villa Ballu)

Rue Ballu (Villa Ballu)

     Encore une rue du bas Montmartre qui a bien des histoires à raconter et qui malgré ses modestes 274 mètres entre les rues Blanche et de Clichy aligne de remarquables immeubles.

Théodore Ballu

Théodore Ballu

     Elle s'appelait rue De Boulogne avant d'être baptisée en 1886 du nom de l'architecte de l'église de la Trinité et (avec un collègue) de la reconstruction de l'Hôtel de Ville incendié pendant la Commune.

Rue Ballu. Histoire, architecture. Blémont, Jarry, Dumas, Zola, Degas, le Père Enfantin, Lily boulanger....

     Si l'on remonte un peu plus haut dans le temps, on trouve en 1760 à l'emplacement de la rue et d'une partie de celles qui l'environnent, une grande propriété qui appartenait à Jean Gaillard de la Bouëxière, opulent fermier général. Il y fit tracer un jardin ornementé de statues et de bosquets autour d'un pavillon qui se voulait inspiré du Petit Trianon.

Hôtel de La Bouexière (XVIIIème)

Hôtel de La Bouexière (XVIIIème)

     On parle alors de la Folie Bouexière. La propriété fut vendue en 1779 et en partie lotie d'hôtels particuliers.

            Fragment de bas-reliefs de Le Jeune pour la Folie-Bouexière

L'autre partie fut louée pour accueillir un parc d'attractions, le Nouveau Tivoli, troisième du nom. Il est connu pour avoir permis à la bonne société de massacrer allègrement plusieurs centaines de milliers de pigeons, tirés pour le plaisir de ces chasseurs d'opérette. Ce "sport" nous venait d'Angleterre où il aurait dû rester! 

La rue Ballu en 1902.

La rue Ballu en 1902.

     Ce n'est qu'en 1840 que la Folie est détruite pour permettre le percement de notre rue Ballu, alors rue de Boulogne.

Début de la rue Ballu (à partir de la rue de Blanche).

Début de la rue Ballu (à partir de la rue de Blanche).

     C'est rue Blanche où habitait Ballu (au 78) que commence notre rue...

                    Hôtel particulier de Théodore Ballu 78 rue Blanche

Le 1 rue Ballu.

Le 1 rue Ballu.

Le 1 en partie à pan coupé sur la rue Blanche est occupé au rez-de-chaussée par un bar-tabac au nom très original : Le Ballu!

Le 5 rue Ballu

Le 5 rue Ballu

    Mais très vite de beaux immeubles apparaissent qui témoignent de l'habitat de la grande bourgeoisie du milieu du XIXème siècle. Le 5 qui appartint à l'ingénieur Narcisse Maugin fut acquis en 1960 par la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) dont le bâtiment principal est au 11bis.

Le 7

Le 7

   Cet élégant hôtel fut comme son voisin du 7 construit par l'architecte J. Brevet. Le 5 est la Maison des Auteurs, lieu de rencontre et de travail des membres de la Société. Le 7 abrite une remarquable bibliothèque de plus de 200 000 documents du XVIIème à nos jours consacrés aux arts du spectacle. 

(J'ai eu beau fouiner sur le net je n'ai rien trouvé d'intéressant sur Narcisse Maugin et J. Brevet!)

Rue Ballu. Histoire, architecture. Blémont, Jarry, Dumas, Zola, Degas, le Père Enfantin, Lily boulanger....

     Le 11 bis est l'épicentre de cet ensemble harmonieux et cossu. Il s'agit de l'hôtel Blémont (1858) construit à l'origine pour le banquier Eugène Bertin dans un style composite devenu avec le temps le style Napoléon III.

Rue Ballu. Histoire, architecture. Blémont, Jarry, Dumas, Zola, Degas, le Père Enfantin, Lily boulanger....

     Il est acheté au début du XXème siècle par Emile Blémont qui l'habite jusqu'à sa mort en 1927. Il prend alors le nom de son propriétaire.

Rue Ballu. Histoire, architecture. Blémont, Jarry, Dumas, Zola, Degas, le Père Enfantin, Lily boulanger....

    Emile Blémont est bien oublié aujourd'hui alors qu'il fut ,en son temps un poète reconnu et apprécié. Sic transit Gloria mundi!

Proche des Parnassiens et des symbolistes il fut un ami de Victor Hugo et si l'on parle encore de lui c'est grâce à Rimbaud qui lui offrit le précieux autographe de "Voyelles" un de ses plus mystérieux poèmes.

Manuscrit de "Voyelles" offert par Rimbaud à Blémont.

Manuscrit de "Voyelles" offert par Rimbaud à Blémont.

    Notons encore à son crédit qu'il est un des fondateurs de la Société des Poètes Français et qu'il dirigea une revue importante pour la vie littéraire : La Renaissance Littéraire et Artistique. 

Verlaine peint par Bazille.

Verlaine peint par Bazille.

     Enfin, il fut un de ceux qui reconnurent le génie de Verlaine alors qu'il était de bon ton de se moquer de ce poète. Verlaine ne l'oubliera jamais et il lui adressa un poème.

"La vindicte bourgeoise assassinait mon nom (…)

Mais vous, du premier jour vous fûtes simple, brave,

Fidèle; et dans un cœur bien fait cela se grave."

Rue Ballu. Histoire, architecture. Blémont, Jarry, Dumas, Zola, Degas, le Père Enfantin, Lily boulanger....

   Sur le célèbre tableau de Fantin Latour "Coin de table" maintes fois reproduit pour Verlaine et Rimbaud qui y figurent, on peut voir au centre de la composition Emile Blémont.

 

Pour donner une idée de son talent citons quelques uns de ses vers, assez verlainiens, qui terminent son poème Brumaire dans lequel la nature agonise...

"On n'entend plus le cri de l'hirondelle!

La sève a peur sous le froid qui la mord;

Tout fait silence; et, seul, l'amour fidèle

Chante et fleurit au souffle de la mort."

La serre de l'hôtel Blémont

La serre de l'hôtel Blémont

    Le 11 bis est comme nous l'avons vu le siège de la SACD (Société des auteurs compositeurs dramatiques) qui avant de choisir en 1829 ce sigle s'appelait depuis 1777, année de sa création par Beaumarchais, Bureau de législation dramatique.  

Le 6

Le 6

     Comme nous ne pouvions dissocier les numéros impairs du 5 au 11 bis qui font partie de la SACD, nous avons délaissé les numéros pairs. Réparons illico cet injuste traitement et traversons la rue pour tomber sur le 6, gros immeuble post art-déco qui a écrasé le petit hôtel incapable de se défendre devant l'appétit carnassier des promoteurs.

Rue Ballu. Histoire, architecture. Blémont, Jarry, Dumas, Zola, Degas, le Père Enfantin, Lily boulanger....

Son géniteur a signé son œuvre réalisée en 1932. Il s'agit de Jacques Bonnier (1884-1964) qui est aussi le responsable du massif immeuble du carrefour Duroc à Paris et qui conçut le pavillon de la Marine Marchande de l'expo de 1937.

Square Montsouris

Square Montsouris

    Il avait plus d'imagination quand, plus jeune, il créa pour le "square Montsouris" une soixantaine de villas qui sont aujourd'hui, comme la villa Léandre de Montmartre, une enclave calme et poétique dans la grande ville.

Rue Ballu. Histoire, architecture. Blémont, Jarry, Dumas, Zola, Degas, le Père Enfantin, Lily boulanger....

     Dans l'hôtel qui existait au 6, était installé le "Théâtre des Pantins". Le lieu était décoré par Bonnard et Vuillard (Bonnier qu'as-tu donc fait!)

 

Il est célèbre pour avoir représenté en 1897 avec des marionnettes, "Ubu Roi" de Jarry, donné sur scène au Nouveau Théâtre l'année précédente

Alexandre Dumas fils au cimetière Montmartre.

Alexandre Dumas fils au cimetière Montmartre.

     Au 10 bis rue Ballu s'élève un immeuble récent sans intérêt architectural. Il a pris la place de celui où a vécu Alexandre Dumas quelques années. S'il ne reste aucun souvenir de lui dans la rue, il suffit de marcher quelques centaines de mètres pour le rencontrer au cimetière Montmartre, là où il passe son éternité, les doigts de pied en éventail, non loin de son héroïne, Marie Duplessis (Alphonsine de son vrai prénom), devenue sous sa plume Marguerite Gautier, "la Dame aux camélias".

Tombe d'Alphonsine Duplessis. (Marie Duplessis)

Tombe d'Alphonsine Duplessis. (Marie Duplessis)

Le 13

Le 13

     Le 13 est un immeuble intéressant construit en 1868 par l'architecte Jules Amoudru dont on connaît le bel hôtel du 17 cité Malesherbes.

C'est aujourd'hui le siège  de la fédération des syndicats pharmaceutiques de France. On remarquera les rares cariatides engaînées de la façade.

Rue Ballu. Histoire, architecture. Blémont, Jarry, Dumas, Zola, Degas, le Père Enfantin, Lily boulanger....

     Un imposant et hideux immeuble moderne a fait disparaître entre les 16 et 18 l'ancienne impasse Tivoli. 

En 1836, au cours des terrassements qui suivirent la destruction de l'impasse, fut découverte une nécropole gallo-romaine d'une cinquantaine de squelettes. Avec les ossements furent exhumés des objets de bronze, des poteries de terre vernissée et des monnaies datant du règne de Constantin.

Le cimetière de Montmartre voisin a donc eu un antique prédécesseur!

Le 19

Le 19

Le 19 est un élégant petit hôtel...

Le 23. Accès à la Villa Ballu

Le 23. Accès à la Villa Ballu

     Avec le 23 s'ouvre la Villa Ballu, un des endroits les plus romantiques de Paris, resté indemne, on ne sait grâce à quelle bonne fée!

Détails du 23
Détails du 23

Détails du 23

     Après le succès de l'Assommoir, Zola y vécut au 2ème puis au 1er étage, avant de déménager pour la rue de Bruxelles toute proche, où il trouva la mort en 1902, dans les conditions que l'on connaît. Il ne fut jamais prouvé malgré de fortes probabilités que le feu de cheminée à l'origine de son décès avait été criminel.

Il resta voisin de son quartier tant qu'il occupa sa tombe du cimetière Montmartre, avant de la quitter pour changer de rive et gagner le Panthéon.

Degas. Autoportrait 1857.

Degas. Autoportrait 1857.

     C'est encore au 23 que l'on trouve en 1890 Edgar Degas qui comme l'on sait fut un enfant du 9ème arrondissement où il eut plusieurs adresses jusqu'à la dernière, avenue de Clichy.

Villa Ballu

Villa Ballu

    Dans l'impasse de la Villa (ancienne Cité Ballu) subsistent plusieurs belles demeures qui furent achetées par de riches propriétaires comme le marquis de Custine, le comte de Feydeau, le banquier Grenouillet. Notons que l'établissement de ce dernier deviendra la banque Hervet puis HSBC!  

Le 6 Villa Ballu

Le 6 Villa Ballu

Le 24

Le 24

Le 24

Le 24

     Bel hôtel particulier au 24 qui respecte la tradition banquière de la rue puisqu'il sert de siège à la Société Financière d'Investissement!

Rue Ballu. Histoire, architecture. Blémont, Jarry, Dumas, Zola, Degas, le Père Enfantin, Lily boulanger....

   Le 27 est un opulent immeuble construit en 1904 par les architectes H. Azière et L.Vuldy, deux compères sur lesquels je n'ai rien trouvé d'intéressant mais qui n'hésitaient pas à signer leurs réalisations, ce qu'on aimerait voir aujourd'hui!

Le 28

Le 28

     Le 28 étonne par son style flamand qui rappelle les maisons de Bruxelles ou de la grande place d'Arras.

Rue Ballu. Histoire, architecture. Blémont, Jarry, Dumas, Zola, Degas, le Père Enfantin, Lily boulanger....

    Il a été construit en 1891 par l'architecte Gaston Dézermeaux qui pour moi a une certaine importance car il est l'auteur de l'Hôpital Maritime de Berck, la ville de mon enfance!

Mais loin de la côte d'opale, c'est pour Charles Wislin (dont le W est sculpté sur la façade), un peintre qui n'avait rien de flamand, qu'il dessina les plans de cet hôtel particulier somptueux.

Charles Wislin

Charles Wislin

    Le peintre bien oublié aujourd'hui connut un grand succès qui assura sa fortune. Maupassant l'admirait pour ses paysages normands

Le 31. Belle façade.

Le 31. Belle façade.

      le carrefour avec la rue de Vintimille a été baptisé "place Lili  Boulanger". Parmi les 4 immeubles à pan coupé qui la composent, le 36 retiendra notre attention...

Rue Ballu. Histoire, architecture. Blémont, Jarry, Dumas, Zola, Degas, le Père Enfantin, Lily boulanger....

    Il est aujourd'hui le 3 de la place qui curieusement rend hommage à Lili et non à sa sœur aînée Nadia qui pourtant naquit et vécut dans le même appartement familial.

Lili Boulanger

Lili Boulanger

    Est-ce  parce que Lili, compositrice de talent qu'admira Fauré ami de la famille mourut en 1918 à 24 ans après avoir été la première femme à recevoir le 1er grand prix de Rome (pour sa cantate "Faust et Hélène")?

Rue Ballu. Histoire, architecture. Blémont, Jarry, Dumas, Zola, Degas, le Père Enfantin, Lily boulanger....

    Sa sœur Nadia eut une longue vie puisqu'elle mourut en 1979 après avoir eu une belle carrière de compositrice et surtout de pédagogue renommée dont l'enseignement fut suivi par Gershwin, Michel Legrand, Quincy Jones et beaucoup d'autres!

Croisement rues Vintimille et Ballu. Actuellement place Lili Boulanger.

Croisement rues Vintimille et Ballu. Actuellement place Lili Boulanger.

    L'explication de cette "préférence" quant au nom de la place est la date, 1970, de cet hommage. Nadia avait alors 83 ans et, comme l'on sait, il n'était pas d'usage de donner des noms de rues ou de places à des vivants.

Les deux sœurs reposent au cimetière de Montmartre et peut-être serait-il juste de rebaptiser la place de leurs deux noms inséparables.  

La poste 31 rue Ballu (1904)

La poste 31 rue Ballu (1904)

Le 2 place Lili boulanger ancien 31 rue Ballu

Le 2 place Lili boulanger ancien 31 rue Ballu

     Sur la place actuelle, à l'emplacement du 2 qui était le 31 rue Ballu, il y avait la poste de la rue Ballu aujourd'hui supplantée par "les Domaines qui montent" un marchand de vins.

A droite, le 2ème immeuble est le 35

A droite, le 2ème immeuble est le 35

     Avant d'atteindre le rue de Clichy, une dernière adresse retiendra notre attention. Il s'agit du 35 où un sacré personnage, Prosper Enfantin, dont le nom est tout un poème, est mort de congestion cérébrale en août 1864. Sa vie, ses idées sont un roman. Pour simplifier rappelons qu'adepte de Saint-Simon il fut un des chefs du mouvement saint-simonien.

Rue Ballu. Histoire, architecture. Blémont, Jarry, Dumas, Zola, Degas, le Père Enfantin, Lily boulanger....

     Il le fit dériver vers une formation sectaire, se donnant le titre de "père" et partant en Egypte à la recherche de "la mère", femme-messie qui formerait avec lui le couple nouveau.   La liberté sexuelle qu'il prônait le met en avance sur son temps.  On ne peut ignorer par ailleurs qu'il avait compris l'importance des échanges entre les peuples et avait tenté de convaincre le souverain d'Egypte de l'intérêt d'un canal… Le projet lui sera volé par Lesseps!

Il militait également pour la création d'un état juif.

Canal de Suez.

Canal de Suez.

      Nous quitterons la très opulente rue Ballu avec quelques citations  du "Père Enfantin" qui rêva d'un monde plus juste et considéra qu'il fallait interdire l'héritage qui privilégie injustement certains dès leur naissance...

...Certains qui sans ce privilège n'auraient jamais pu faire construire leur hôtel rue Ballu!

Rue Ballu. Histoire, architecture. Blémont, Jarry, Dumas, Zola, Degas, le Père Enfantin, Lily boulanger....

"Qui n'aime pas en frappant est un bourreau"

"L'homme et la femme, voilà l'individu social; mais la femme est encore esclave, nous devons l'affranchir."

"Le produit des successions provenant du Trésor viendrait en dégrèvement des impôts les plus lourds pour le peuple."

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Le 14 rue de l'abreuvoir. Maison Georges.

Le 14 rue de l'abreuvoir. Maison Georges.

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

     La rue de l'abreuvoir, une des plus pittoresques de Montmartre, n'a pas échappé aux destructions du XXème siècle et aux transformations du vieux village en quartier résidentiel et touristique.

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

     Une adresse a résisté un peu plus longtemps que les autres (si l'on excepte la Maison Rose, sauvée par les peintres qui l'ont souvent représentée), c'est le 14, la Maison Georges.

 

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

     Ce fut jusqu'au début du XXème siècle, une épicerie de village, spécialisée comme de nombreuses épiceries d'alors dans la vente de vin. L'enseigne et le panneau peint sur le mur pignon ont subsisté après la vente de son commerce par monsieur Georges.

 

Vente qui eut lieu en 1924 lorsque les époux Baillot s'en firent acquéreurs. Henri Baillot, ancien combattant de la première guerre, le transforma en bar-restaurant : "l'Abreuvoir".

Un nom bien choisi! L'abreuvoir qui a donné son nom à la rue était utilisé par les paysans pour y faire boire leurs bêtes, le bar dut étancher d'autres soifs!

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

     Pendant l'occupation, les Baillot qui ont vu les bars du bas-Montmartre spoliés de leur comptoir de zinc par l'occupant nazi, s'empressent de dissimuler le leur en le murant derrière une paroi de plâtre.

Le comptoir échappe à la fonte et réapparaît à la Libération, nimbé de son aura de résistant.

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

     C'est lui que nous voyons aujourd'hui au musée de Montmartre!

 

    Le couple Baillot accueillait dans son restaurant le 2ème mardi de chaque mois le dîner du Dernier Carré de Montmartre, des amoureux de la Butte qui essayaient de lutter contre le vandalisme architectural des années d'après-guerre. 

La belle cabaretière (Marcel-François Leprin. 1924)

La belle cabaretière (Marcel-François Leprin. 1924)

     En 1957 le restaurant ferma ses portes et fut transformé en maison d'habitation. Louis Baillot, le fils des restaurateurs qui y avait vu le jour en 1924 y habita et c'est lui qui offrit le fameux comptoir au musée de Montmartre.

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

     Louis Baillot faisait partie de la Société du Vieux Montmartre et se sentait Montmartrois d'âme et de cœur. 

L'essentiel de son engagement, résistance, lutte contre la politique coloniale, députation… l'inscrit dans la tradition humaniste et généreuse de la Butte.

 

   Le 14 rue de l'Abreuvoir est bien différent aujourd'hui mais son vieux comptoir de zinc, nostalgique, nous parle encore, à deux cents mètres de là,  d'un temps "que les moins de 80 ans ne peuvent pas connaître!"

 

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.
Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

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Parc de la Turlure

Parc de la Turlure

Allez savoir pourquoi cet endroit de la Butte porte le nom de Turlure?

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

   Ce qui est avéré c'est qu'au XVIIIème siècle y fut construit le treizième et dernier moulin montmartrois, à proximité du moulin de la Lancette qui serait aujourd'hui à l'emplacement des bâtiments annexes du Sacré-Coeur et du moulin Paradis qui serait en léger contrebas.

                                              Moulin de la Lancette

Emplacement du moulin de la Lancette

Emplacement du moulin de la Lancette

    Le meunier Pierre Debray et sa femme Catherine Blanchard achetèrent ce terrain en 1769 pour y édifier un moulin qui prit le nom de son lieu de naissance. 

Tombe des meuniers Debray au cimetière paroissial du Calvaire.

Tombe des meuniers Debray au cimetière paroissial du Calvaire.

    Ce nom désignait au Moyen-Âge une tirelire. Il était également porté par une sorte de cornemuse  ("Ture" étant un instrument de musique et "Loure" une grande musette).

    Nous passerons sous silence ou presque "la turlute" québécoise qui est une façon de chanter par onomatopées sur un air de violon et "la turlute" française qui est comme chacun sait une fantaisie dont la haute tenue morale de mon blog m'interdit de dire plus!

Parc de la Turelure.

Parc de la Turelure.

      Pourtant...vous connaissez les Montmartrois! Ils ont souvent la langue qui fourche et il leur arrive de parler du "parc de la turlute" avant de se reprendre, l'air penaud  : Euh ! Pardon! De la Turlure! 

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

    Ce moulin de la Turlure ne fut pas une tirelire pour les Debray car après  une soixantaine d'années il fut vendu par la veuve Debray et disparut corps et ailes comme avait disparu quelques années plus tôt, en 1817, le moulin Paradis englouti par les carrières de plâtre.

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

Tel fut le sort de nombreux moulins, fragilisés par les carrières quand ils n'étaient pas avalés par elles.

Le moulin de la Lancette connut le même sort et fut détruit avant de risquer d'être aspiré comme Jonas par la baleine mais sans espoir de résurrection!

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

     Toujours est-il que le seul des trois disparus dont on se rappelle le nom c'est notre moulin !

   Le parc actuel étant toujours appelé "parc de la Turlure" par les Montmartrois malgré sa métamorphose en 1988 en "square Marcel Bleustein- Blanchet". 

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

    Malgré ce que prétend le panneau informatif, le moulin ne fut pas élevé "sur les terrains appartenant aux sœurs du Cénacle" pour la bonne raison que les susnommées ne s'installèrent en ces lieux qu'à la fin du XIXème siècle.

                               Le Cénacle, rue Lamarck

 

Elles en restèrent propriétaires jusqu'à ce la mairie les incite à en vendre une partie, aussitôt transformée en logements sociaux et en résidence pour personnes âgées.

La grotte du parc.

La grotte du parc.

    De leur sainte occupation ne subsiste qu'une grotte, ancienne réplique miniature de celle de Lourdes. Les statues sulpiciennes en ont été enlevées et l'accès a été protégé par des grilles qui en interdisent l'accès aux enfants pour lesquels une aire de jeux a été installée.

 

Le parc s'étend côté sud rue du Chevalier de la Barre :

 

Entrée rue du Chevalier de La Barre
Entrée rue du Chevalier de La Barre

Entrée rue du Chevalier de La Barre

    L'entrée principale est ornée d'un éphémère pochoir de Louise Michel. La Vierge Rouge est pour toujours présente, à proximité des fameux canons et non loin de l'école qu'elle dirigea. 

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.
Rue de la Bonne

Rue de la Bonne

Le côté ouest du parc longe la rue de la Bonne dont le nom rappelle la fontaine de la bonne eau située dans sa partie basse.

Côté nord vers la rue Lamarck.

Côté nord vers la rue Lamarck.

    Le côté nord donne sur l'escalier de la rue de la Bonne et la résidence pour personnes âgées.

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

    Faisons un petit tour dans le parc apprécié des enfants et des amoureux…

Plusieurs espaces sont bien délimités : 

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

La partie haute est "le grand salon" qui jouxte l'allée sous les tonnelles de glycines.

Le jardin a été conçu par l'architecte Antoine Grumbach, celui-là même qui a restructuré le centre de Shangaï! Il a sur, sur un terrain relativement réduit, donner l'impression de variété et d'espace. 

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

...L'allée verte qui relie le "grand salon" au "salon vert".

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

    "Le salon vert" abrite un  amphithéâtre trop peu utilisé.

Il y avait jadis en fond de scène un mur d'eau qui est malheureusement tari aujourd'hui et qui n'est plus qu'un mur...

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

La partie basse est occupée par l'aire de jeux...

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

Par une pente quasi sauvage...

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

Et par le boulodrome sur lequel donnent les fenêtres de la résidence pour les seniors...

Marcel Bleustein-Blanchet

Marcel Bleustein-Blanchet

     Pourquoi la Turlure a t-elle reçu le nom de Bleustein-Blanchet?

    C'est que l'homme est lié à Montmartre où il a passé son enfance. C'est aussi sur le Barbès qu'il commença à vendre des meubles avant d'être attiré par la publicité (la réclame!)

Edouard Vaillant

Edouard Vaillant

   Notons que sa femme est la petite fille d'Edouard Vaillant, élu de la Commune dont on sait à quel point elle est liée à l'histoire de Montmartre.

Pas étonnant de retrouver le jeune Marcel dans la Résistance, en première ligne pendant l'occupation (pendant laquelle il prend le nom de Blanchet).

Rue du Chevalier de La Barre. A gauche la crèche Marcel Bleustein-Blanchet

Rue du Chevalier de La Barre. A gauche la crèche Marcel Bleustein-Blanchet

… Une crèche porte son nom rue du Chevalier de la Barre à 200 mètres du square. Elle doit son existence, pour l'essentiel à une donation considérable qu'il lui a faite.

On s'amusa en remarquant que ses initiales étaient prémonitoires  M.B.B. "Aime bébés"!

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

Et voilà comment nous sommes passés de la Turlure à la tututte! 

    Retenons encore que sur ce haut-lieu de Montmartre où l'on fusilla sans procès pendant la Commune, le parc porte le nom d'un homme dont la fille Elisabeth Badinter soutint sans relâche son mari qui obtint grâce à son courage et sa volonté l'abolition de la peine de mort.

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

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La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.
Simone Valéry à la Gaîté Rochechouart

Simone Valéry à la Gaîté Rochechouart

     Ils sont nombreux les music-halls dont ne subsistent que le nom dans la mémoire de notre quartier… La Gaîté Rochechouart est un de ceux-là.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

     Ce n'était à l'origine, au 15 du boulevard de Rochechouart, qu'un vaste hangar qui servait d'entrepôt. Un dénommé Flécheux l'acquit pour le transformer en music-hall. Disons plutôt pour y installer chaises, tables, estrade rudimentaire. Le lieu était triste et banal, une bonne raison pour l'appeler "La Gaîté"!

Nous sommes en 1867, date de naissance de ce "music-hall" qui l'année suivante compléta son nom et devint "La Gaîté-Rochechouart".

Emilie Bécat

Emilie Bécat

     Il passa ensuite entre les mains de plusieurs propriétaires parmi lesquels, la plus originale fut Emilie Bécat, chanteuse aux nombreux admirateurs fascinés par son talent et son énergie. 

Paulus qui l'aimait beaucoup a parlé d'elle dans ses mémoires : "C'était du vif argent. Elle courait, bondissait, se tordait avec des gestes câlins et canailles". elle inaugura un genre qu'on qualifia d'épileptique!

 

     C'est en 1876 que grâce à un riche protecteur, elle put réaliser son rêve et acquérir ce music-hall. Elle en prit possession comme un capitaine ignorant des règles de la navigation.

Elle présenta sur scène Jean Richepin qui interprétait ses textes et qui malgré son succès populaire fut poursuivi par la justice à cause de ses "Chansons des gueux". Amende et prison pour avoir décrit une étreinte entre deux clochards!

 

Jean Richepin

Jean Richepin

 La jeune Mistinguett y fit ses débuts en 1876 mais n'y chanta que quelques mois avant de choisir l'Eldorado dont le nom et le renom nom lui promettaient une riche carrière!

    Ni Richepin ni Mistinguett ne suffirent à assurer la rentabilité de la salle qu'Emilie ne savait gérer. Elle perdit l'argent que ses charmes lui avaient rapporté et elle quitta Paris pour Saint-Pétersbourg où elle espérait se refaire une santé!

Jane d'Alma à la Gaîté Rochechouart

Jane d'Alma à la Gaîté Rochechouart

     La salle fut reprise par Auguste Richard qui créa les premiers cafés- concerts jusqu'en 1892 où les Varlet prirent le relais et firent de la Gaîté un des lieux les plus vivants et les plus appréciés des amateurs.

Roussel à la Gaîté Rochechouart

Roussel à la Gaîté Rochechouart

Mauricette d'Arbois à la Gaîté Rochechouart

Mauricette d'Arbois à la Gaîté Rochechouart

    Pendant 24 ans la Gaîté-Rochechouart vécut sa grande période. La plupart de ses vedettes d'une saison sont aujourd'hui oubliées mais il suffit de regarder leurs photos pour que revive la Belle Epoque avec sa fantaisie, son kitsch, ses artifices et ses charmes.

De Vincenzi à la Gaîté Rochechouart

De Vincenzi à la Gaîté Rochechouart

Ces "beautés" fin de siècle nous étonnent parfois tant elles sont, pour la plupart, éloignées des canons actuels. 

De morlaix à la Gaîté Rochechouart

De morlaix à la Gaîté Rochechouart

    Parmi les vedettes les plus appréciées, une certaine Merelli occupa une des premières places si l'on en juge au grand nombre de cartes postales la représentant. 

Léotor à la Gaîté Rochechouart

Léotor à la Gaîté Rochechouart

Verly à la Gaîté Rochechouart

Verly à la Gaîté Rochechouart

Sterly à la Gaîté Rochechouart

Sterly à la Gaîté Rochechouart

     Pendant cet âge d'or, la Gaîté faisait sa publicité sur les murs de Paris et recevait parmi ses spectateurs des poètes et des peintres de Montmartre.

 

                                       

 

     Certes les autres music halls du boulevard, surtout après l'ouverture du Moulin Rouge, avaient-ils plus de succès et plus de "stars" que la Gaîté mais on connaît au moins un dessin de Lautrec y représentant Nicolle en pierreuse (prostituée de la rue)

 

 

     Une autre artiste qui marquera l'histoire de la chanson française passa par la Gaîté en 1910.

Il s'agit de Fréhel. Elle venait de divorcer d'un comédien bellâtre, Roberty qui après avoir fait un enfant qui ne survivra que quelques mois, lui avait préféré Damia, la grande rivale aux accents tragiques, voire mélodramatiques.

 

    Fréhel qui avait abandonné son nom de scène "Pervenche" pour celui du cap breton qui lui rappelait ses origines, impressionne encore aujourd'hui par sa voix forte et populaire, par ses textes réalistes qui avec le temps ont pris une teinte poétique et mélancolique.

Le bas Montmartre où elle a vécu et où elle est morte, misérable, dans une chambre sordide d'un hôtel de Pigalle, reste lié à son histoire. Elle a d'ailleurs chanté le quartier saccagé par la spéculation immobilière:

"Mais Montmartre semble disparaître

Car déjà de saison en saison

Des Abbesses à la place du tertre

On démolit nos vieilles maisons.

Sur les terrains vagues de la Butte

De grandes banques naîtront bientôt,

Où ferez-vous alors vos culbutes,

Vous les pauvres gosses à Poulbot? (…)"

Colette

Colette

     Une autre grande dame se produisit à la Gaîté. Il s'agit de Colette qui y donna ses pantomimes avec un certain succès.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

Elle évoque cette période de sa vie dans son roman "La Vagabonde" où la Gaîté-Rochechouart est appelée "L'Empirée-Clichy". La romancière y a rencontré de nombreuses artistes fauchées et a porté sur elles un regard fraternel (on dirait aujourd'hui sororal) et quelques fois amoureux.

"L'espèce n'est pas rare en ce pays montmartrois de ces filles qui vivent de misère et d'orgueil, belles de leur dénuement éclatant."

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

    En 1923 un incendie détruisit le théâtre qui fut remanié et reconstruit.

Pendant quelques années de nombreuses pièces légères y furent données comme "Quand on a fait ça une fois"... "La mariée en vadrouille"... Certaines y furent créées : "C'est un enfant de l'amour", "Jojo le livreur d'amour", "L'Ecole des courtisanes"...

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

    Mais comme la plupart des théâtres du boulevard, la Gaîté ne faisait plus recette. L'avènement du cinématographe lui porta le coup de grâce. Tout en gardant son nom, la salle se transforma en cinéma en 1932.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

   En attendant que la télévision à son tour ne le détrône et provoque la fermeture des grandes salles aux trois-quarts vides.

Le nom même de  "Gaîté -Rochechouart" disparut définitivement en 1988.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

    Des commerces variés et éphémères se sont installés à sa place. Aujourd'hui, c'est une enseigne de vêtements masculins, sans fantaisie ni originalité qui ouvre ses portes à des hommes qui ignorent que leurs aînés venaient là, au temps du music hall, non pour acheter des jeans et des joggings mais pour rêver devant des femmes vêtues de plumes, de strass et de lumière.

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Publié le par chriswac
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Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

Gabrielle d'Estrées et sa sœur. 

     Elle est passée par ici, elle est revenue par là... Comme le furet, la Belle Gabrielle a été aperçue à différents endroits de Montmartre!

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

    Les Montmartrois qui, comme chacun sait, aiment se parer des plumes du paon n'ont pas manqué de la "montmartriser" et d'embellir avec elle la légende de la Butte.

Pardonnons leur ce péché mignon (bien que nous soyons au temps d'Henri IV et non d'Henri III)! 

Rue Cortot.

Rue Cortot.

     Les lieux qui ont reçu son nom sont pour la plupart situés au cœur de la Butte, à quelques pas de l'ancienne abbaye. Ils s'étendent rue Cortot (côté pair) du début à la fin de la rue, englobant la maison où Satie a vécu, le musée et ses jardins jusqu'à la dernière maison à l'angle de la rue des Saules, emplacement de celle où vécut Aristide Bruant.

Rue Cortot. La 1ère maison à gauche a été bâtie sur les ruines de celle qu'habita Aristide Bruant.

 

On trouve dans ce pâté de maisons : le parc de la Belle Gabrielle :

                                 Entrée du parc de la Belle Gabrielle

                            Une partie du parc de la Belle Gabrielle et la "maison"

Dans le même parc, la maison de Henri IV :

 

La maison de la Belle Gabrielle (parfois appelée "manoir") :

 

 

     Cette photo nous montre la maison qui est en fait celle du Bel Air  (XVIIème siècle) et qui fait partie aujourd'hui du musée.

Le parc est devenu la vigne de Montmartre.

La vigne au printemps

La vigne au printemps

Le Puits de la Belle Gabrielle :

 La vérité sort-elle toute nue de ce puits? Apparemment non!

 

   N'oublions pas, en bas de la rue du Mont-Cenis, un autre  Manoir de Gabrielle d'Estrées!

 

Qui était parfois appelé bergerie!

 

Le "manoir" peint par Utrillo.

Le "manoir" peint par Utrillo.

Un dernier endroit porta le nom de la Belle Gabrielle...

 

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     Il s'agit du cabaret au rez-de chaussée d'un immeuble toujours debout à l'angle des rues St Vincent et du Mont-Cenis. Il a été peint et repeint par Utrillo qui aimait y boire quelques verres d'absinthe et qui avait pour payer son ardoise recouvert de fresques les murs des toilettes. Elles furent lessivées par la propriétaire qui ne supportait pas l'odeur de la peinture.

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

  Cette présence si importante de la Belle Gabrielle à Montmartre dans ce périmètre bien délimité entre les rues Cortot, Saint-Vincent et du Mont-Cenis peut nous intriguer. 

Tentons, en historien que nous ne sommes pas de démêler le vrai du faux (car nous le verrons, il y a plus qu'un nuage de vrai).

Je remercie mon ami Pierre qui sans qu'il eût été besoin d'un clair de lune m'a prêté non pas sa plume mais son érudition! 

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

    Gabrielle est passée dans le ciel de l'histoire, comme une météorite, éblouissante et fugace. Neuf années de sa courte vie lui ont permis, grâce à l'amour que lui portait le roi, d'éclairer le ciel souvent ténébreux de son époque.

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     En 1590, Henri de Navarre assiège Paris et pour avoir une vue stratégique sur la ville établit son camp sur la Butte. Il choisit de loger dans l'abbaye où vit la jeune et belle abbesse Claude de Beauvilliers.

 

    Les adversaires, nombreux, du Navarrais, prétendent qu'il aurait eu avec elle une liaison passionnée (on ne prête qu'aux riches) tandis que ses capitaines, pour suivre comme il se doit l'exemple de leur chef, auraient à leur tour butiné les jeunes nonnes. L'abbaye aurait été appelée "le magasin à putes de l'armée"!

     Rabelais n'est pas mort depuis longtemps qui en avait autant pour les monastères d'hommes et écrivait qu'il suffisait qu'une femme passât à l'ombre de leurs murs pour tomber enceinte! Pas forcément du Saint-Esprit!

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     Claude de Beauvilliers qui sera récompensée de ses bons et loyaux services en recevant du roi la juteuse abbaye de Couilly Pont-aux-Dames avait pour cousine la belle Gabrielle d'Estrées qu'elle eut l'imprudence de présenter à son royal amant.

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     Entre les deux, arriva ce que l'on sait et Gabrielle mena pendant neuf ans une vie de reine (le roi étant séparé de la reine en titre, la fantasque Marguerite de Valois)

Maison de Gabrielle d'Estrées (Utrillo)

Maison de Gabrielle d'Estrées (Utrillo)

     Voilà donc la légende montmartroise qui dans son désir de servir de décor à une amour historique attribua à Gabrielle un manoir, une maison, un parc, un puits...

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     La réalité historique est tout autre.

     Oublions la grande confusion sur des sites divers entre Marie-Catherine et Claude de Beauvilliers, toutes deux sœurs et abbesses de Montmartre.

Le choeur des Dames dans l'église de l'abbaye.

Le choeur des Dames dans l'église de l'abbaye.

     Admettons qu'une relation biblique ait uni le roi et Claude de Beauvilliers, acceptons de reconnaître la réputation sulfureuse de l'abbaye… mais ce qui est certain c'est que jamais Claude de Beauvilliers ne provoqua la rencontre de  sa cousine et du Vert Galant.

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     On sait que c'est au château de Coeuvres que Roger de Bellegarde, grand Ecuyer de France, présenta sa maîtresse, Gabrielle, au roi qui avait entendu parler de sa beauté.

                                             Roger de Bellegarde

     Il y eut un coup de foudre, du moins pour le roi qui lui fit la cour pendant des mois avant de faire craquer celle qui le trouvait laid et odorant, sentant puissamment "de l'aile et du gousset". Sans doute les riches perspectives qu'offrait cette liaison vinrent-elles à bout de ses réticences et transformèrent-elles le "fumet" en parfum!

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     On sait que l'amour du roi ne se démentit pas pendant neuf années et que seule la mort sépara les amants. Gabrielle mit au monde trois enfants et c'est pendant la quatrième grossesse qu'elle rendit l'âme. Quelque temps avant, le roi avait en public déclaré que contre vents et marées et malgré l'opposition du pape, il épouserait Gabrielle. Il lui avait offert à l'occasion son anneau d'or du sacre, celui là même qu'elle tient entre les doigts sur le fameux tableau où sa sœur lui saisit le téton pour vérifier qu'elle est bien enceinte. 

 

     Elle mourut dans d'atroces souffrances, présentant tous les symptômes d'un  empoisonnement (les adversaires à son mariage étaient légions (Parisiens catholiques partisans de Guise, aristocrates scandalisés par l'argent dépensé pour la dame…)

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

     Vraisemblablement l'empoisonnement fait lui aussi partie de la légende et selon toute probabilité, elle mourut d'éclampsie.

Rue Gabrielle. (photo Montmartre-secret)

Rue Gabrielle. (photo Montmartre-secret)

     Il y a à Montmartre une rue Gabrielle qui n'a rien à voir avec celle qui fut aimée par Henri IV (il s'agit de la fille d'un propriétaire lotisseur) et tous ces lieux que nous avons énumérés....

    Pourquoi cette présence si forte de la Belle? Pourquoi les Montmartrois l'ont-ils vue à tant d'endroits? 

     

     A quelques mètres de l'ancien cabaret, à l'angle des rue St-Vincent et du Mont-Cenis une école a été construite à l'emplacement d'une autre école, communale, où Louise Michel fut directrice .

Cette école était elle-même à l'emplacement d'un hôtel particulier qui figure sur les anciens plans de Montmartre sous le nom de "Pavillon de Gabrielle d'Estrées". C'est lui qui va nous donner la résolution de l'énigme...

 

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

    En effet, mon cher Whatson, la Belle a effectivement vécu à Montmartre, dans un hôtel loué par sa cousine Claude de Beauvilliers qui ne voulait pas abriter dans les murs de l'abbaye la maîtresse du roi qui était marié!

L'école à l'emplacement de la maison de Gabrielle.

L'école à l'emplacement de la maison de Gabrielle.

    En 1593, avant sa conversion, Henri IV évitait de se montrer avec sa maîtresse et c'est la raison pour laquelle il l'exila hors de Paris, sur cette Butte champêtre qu'il pouvait apercevoir depuis les fenêtres du Louvre. De nombreux historiens corroborent ce fait...

Le Louvre d'Henri IV

Le Louvre d'Henri IV

    Gabrielle y demeura pendant plus d'une année avant de redescendre dans ce Paris où son amant s'ennuyait d'elle et trouvait harassantes ses chevauchées pour la rejoindre. 

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

    L'hôtel montmartrois que l'on voit sur le vieux plan de Montmartre sous le nom de "pavillon de Gabrielle d'Estrées" était bâti le long de la rue Saint-Denis (Mont-Cenis) et Saint-Vincent. Ses jardins s'étendaient  jusqu'à la rue de la Bonne.

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

   Voici la seule photo connue de ce qui restait de cette "maison" au milieu du XIXème siècle avant sa destruction et l'édification de l'école communale. 

 

     Gabrielle profita plus d'une année du bon air de la Butte, de sa verdure et des chants d'oiseaux avant de regagner Paris, rappelée par le roi qui lui trouva un hôtel près du Louvre.

Hôtel Du Bouchage. Détruit comme tant d'autres au XIXème siècle.

Hôtel Du Bouchage. Détruit comme tant d'autres au XIXème siècle.

.....Il s'agit de l'hôtel Du Bouchage situé entre la rue du Coq (aujourd'hui rue Marengo) et la rue de l'autruche (aujourd'hui rue de l'Oratoire).

Gabrielle d'Estrées à Montmartre. Légende et réalité.

Mais c'est une autre histoire… et notre enquête est  terminée!

     Tout n'était donc pas faux dans la légende de la Belle Gabrielle et Montmartre peut s'enorgueillir d'avoir abrité la maîtresse du roi Henri IV! 

      Pas de doute Montmartre sera toujours Montmartre! Une colline où légende et vérité sont indissociables comme le vent et les ailes des moulins!  

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Publié le par chriswac
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Rue La Bruyère. Première partie. Du 1 au 11. Osiris. Lévy Dhurmer. Desbordes Valmore...

    La rue La Bruyère prend naissance place Saint-Georges au cœur d'un quartier qui a gardé l'empreinte de son riche passé culturel et historique.

   C'est en 1824, dans le Paris romantique que son tracé fut dessiné en même temps que celui de la rue Fontaine….

Les 1 et 3 rue La Bruyère

Les 1 et 3 rue La Bruyère

   La rue Pierre Fontaine rendant hommage à l'architecte-décorateur de l'Empire, il fut proposé de donner à la rue voisine le nom de son ami et complice Charles Percier, à ce point lié à lui dans le travail qu'il est difficile sinon impossible d'attribuer à l'un ou à l'autre ce qui lui revient dans leurs multiples collaborations. 

                         L'arc de Triomphe du Carrousel (Percier Fontaine)

Mais l'homme, insensible aux honneurs, contrairement à Pierre Fontaine, le refusa et ce fut le moraliste du Grand Siècle, célèbre pour ses Caractères, La Bruyère qui fut choisi! 

                                      La Bruyère (Largillière)

     La rue a été habitée par tant d'artistes, hommes célèbres etc... que nous lui consacrons deux articles.

 

     Commençons par le 1, siège aujourd'hui de la Fondation Taylor qui depuis 1844 œuvre à la défense des artistes qu'elle aide et promeut. C'est dans cet immeuble que vécut Albert Maignan (1845-1908) qui fut président de la Fondation à laquelle il légua son immeuble. Il est connu surtout pour ses talents de décorateur. Il reçut de nombreuses commandes, pour l'hôtel de ville, pour le Palais du Luxembourg, pour l'Opéra Comique…

              Les notes. (Plafond du foyer de l'Opéra Comique)

… et pour l'extraordinaire "Train Bleu" de la gare de Lyon. Certains pourront s'amuser à reconnaître dans son "Théâtre d'Orange", Sarah Bernhardt, Réjane et Edmond Rostand :

                         Théâtre d'Orange (Albert Maignan)

     La chronologie et les règles de préséance auraient dû présenter le beau père avant le gendre!

Il s'agit de Charles Philippe Larivière (1798-1876) dont la fille Etiennette épousa Albert Maignan. Il fut un peintre reconnu, grand prix de Rome en 1824.

                   La mort d'Alcibiade (Charles Philippe Larivière)

A la fois néo-classique et romantique, il finit par se spécialiser dans les scènes historiques qui, il faut bien l'avouer, nous lassent aujourd'hui. Il peignit trois des grandes toiles de la Galerie des Batailles de Versailles et il décora une des chapelles de Saint-Eustache.

La Petite Loge 2 rue La Bruyère.

La Petite Loge 2 rue La Bruyère.

     Au n°2 La Petite Loge s'enorgueillit d'être "le plus petit théâtre de Paris". Comme quoi on peut être riquiqui et avoir la folie des grandeurs! Surtout quand on se pare des plumes du paon car il y a plus petit à Paris, à Montmartre...

Il s'agit du Petit théâtre du Bonheur qui n'a que 20 places alors que la Petite Loge en compte 25! Mais soyons plus sérieux, c'est un lieu sympathique, ouvert aux jeunes spectateurs et spécialisé dans les "Seul en scène" (ça vaut mieux).

Le 3bis

Le 3bis

     Le 3bis abrita plusieurs hôtes illustres. Le plus proche de nous est Albert Brasseur (1862-1932) non pas le père de Pierre Brasseur comme l'affirment certains sites dont celui des rues de Paris. Il est vrai qu'il fut lui aussi comédien et chanteur d'opérette. De son vrai nom Albert Jules Dumont il fut apprécié pour son humour et sa décontraction.

                   Albert Brasseur, Ménélas dans "La Belle Hélène".

 

 

     Un autre habitant célèbre de l'immeuble fut le journaliste et écrivain Aurélien Scholl (1833-1902). Un homme plein d'esprit et de mordant qui aimait dans ses chroniques souligner les travers de ses contemporains. On l'appelait "le chroniqueur étincelant"!

Il créa des journaux, participa à "la Justice" de Clémenceau avec qui il avait alors en commun des idées et une maîtresse, l'actrice Léonide Leblanc qui n'en était pas à un amant près puisqu'elle avait accroché à son tableau de chasse le Prince Napoléon et surtout le Duc d'Aumale qui lui offrit une fortune et lui resta fidèle dans la vieillesse. 

 

Scholl changea de bord avec la Commune dont il fut un adversaire haineux, capable de dénoncer Lavalette, mari de la sœur de sa femme. Il est tombé dans les oubliettes malgré son humour vachard et parfois absurde….

Pour Sarah Bernhardt qu'il n'aimait pas, il écrivit :

-Un fiacre vide s'arrête devant le théâtre; Sarah Bernhardt en descend.

Rue La Bruyère. Première partie. Du 1 au 11. Osiris. Lévy Dhurmer. Desbordes Valmore...

Autres citations :

-Il fut un temps où les bêtes parlaient; maintenant elles écrivent.

-Non je ne crains pas la mort. Seulement je trouve que la Providence a mal arrangé les choses. Ainsi je préférerais de beaucoup qu'on enterre mon âme et que ce soit mon corps qui soit immortel"

-Voyons si Dieu n'existait pas comment aurait-il eu un fils?

Medusa (Lévy-Dhurmer) Musée d'Orsay

Medusa (Lévy-Dhurmer) Musée d'Orsay

     Le 3ème homme du 3bis fut un peintre de grand talent : Lévy-Dhurmer (1865-1953). En artiste curieux de différentes formes de création il se consacra pendant des années à la céramique. Quand il privilégia la peinture, c'est vers le symbolisme qu'il se tourna.

                              Rodenbach (Lévy-Dhurmer)

Il a été proche de Rodenbach dont il peignit le portrait le plus connu et de Pierre Loti qui le complimenta en affirmant que c'était la seule image de lui qui resterait.

                              Pierre Loti (Lévy-Dhurmer)

     Le 5 est l'adresse du théâtre La Bruyère qui était à l'origine une salle de conférence reprise en 1943 par de jeunes comédiens pour être transformée en théâtre.

Le succès de Robert Dhéry et de ses "Branquignols" en fit une salle branchée qui programma Audiberti puis les dramaturges anglo-saxons. Le théâtre collectionne depuis les Molière! 

Le 8

Le 8

     Au 8 a vécu avec sa famille, pendant deux ans une des grandes poétesses françaises : Marceline Desbordes Valmore (1786-1859).

 

     C'est alors qu'ils revenaient ruinés d'Italie que les Valmore choisirent cet appartement relativement modeste. Ils y restèrent jusqu'en 1840  avec leurs enfants dont Ondine qui est sans doute la fille de l'amant de Marceline, Henri Latouche,  présent comme une ombre discrète et blessée dans son oeuvre.

Cet acteur et écrivain fut sa grande passion. Il resta en relation (au moins épistolaire) avec elle pendant une trentaine d'années.

Médaillon de Latouche par David d'Angers, daté de l'année de sa mort, 1851.

Marceline Desbordes Valmore publia pendant les années de la rue La Bruyère un roman "Violette" et un recueil de poésies "Pauvres Fleurs".

    Verlaine la tient pour une poétesse novatrice et sensible, Baudelaire écrit qu'elle est "une âme d'élite qui est et sera toujours un grand poète", enfin Sainte Beuve écrit le plus beau compliment, hommage à son naturel et sa sensibilité : "Elle a chanté comme l'oiseau chante"

Marceline Desbordes Valmore par Antoine Carrière (1823)

Marceline Desbordes Valmore par Antoine Carrière (1823)

Qu'en avez-vous fait?  (Pauvres Fleurs)

 

 

Vous aviez mon cœur,

Moi j'avais le vôtre :

Un cœur pour un cœur ;

Bonheur pour bonheur!

 

Le vôtre est rendu,

Je n'en ai plus d'autre,

Le vôtre est rendu,

Le mien est perdu!

(…)

Savez-vous qu'un jour

L'homme est seul au monde?

Savez-vous qu'un jour

Il revoit l'amour?

 

Vous appellerez,

Sans qu'on vous réponde;

Vous appellerez,

Et vous songerez!...

 

Vous viendrez rêvant

Sonner à ma porte;

Ami comme avant,

Vous viendrez rêvant.

 

Et l'on vous dira :

"Personne! … elle est morte."

On vous le dira ;

Mais qui vous plaindra?

Le 9

Le 9

     Le 9 est un bel hôtel particulier néo-Renaissance. C'est celui où vivait Daniel Iffla, connu sous le nom d'Osiris.

Cinq hôtels de la rue La Bruyère lui appartenaient.

                               Etages supérieurs de l'hôtel Osiris, avec dans les sculptures du balcon supérieur le  "I" d'Iffla et le "O" d'Osiris.

 

      La vie de cet humaniste et mécène est faite de générosité et de dévouement. Jeté dans la vie active alors qu'il était encore adolescent, il réussit grâce à son intelligence des affaires. Il faudrait un volume pour détailler toutes ses donations. Notons qu'il fut le premier qui créa des "restos du cœur" ouverts aux hommes et femmes sans moyens… Il mit à la disposition du maire du IXème arrondissement ses cinq hôtels pour que soient accueillis les réfugiés pendant le siège de 1870… il légua sa fortune à l'Institut Pasteur qui put créer grâce à cette donation l'institut du radium où travaillera Marie Curie… Il légua à l'Etat son domaine viticole du bordelais afin que soit créée une école d'œnologie et de viticulture, l'école de la Tour blanche.. il légua toujours à l'Etat le château de la Malmaison… Bref! Quelle différence avec les richissimes privilégiés qui aujourd'hui n'ont de cesse de dénicher des paradis fiscaux et de se réfugier à l'étranger pour échapper à l'impôt de leur pays!

Cet homme-là était exceptionnel en tout. Amoureux fou de sa femme qu'il perdit alors qu'il n'avait qu'une trentaine d'années, il conserva intact le décor où elle avait vécu et il ne voulut jamais se remarier.

 

Sa tombe est une des plus spectaculaires du cimetière de Montmartre, surmontée d'un immense Moïse, réplique de celui de Michel Ange. Mais ce qui nous interpelle aujourd'hui c'est qu'Osiris dut se battre pendant plus de trente ans pour obtenir l'emplacement où il a été érigé. Juif assigné à la partie du cimetière réservée aux juifs, il tenait à reposer à la limite extrême, à côté de la partie chrétienne, afin d'être le plus près possible de sa femme comme il le lui avait promis.. Triste époque où les préjugés étaient si forts qu'ils empêchaient deux êtres qui s'étaient aimés de partager la même tombe! Et quelle ingratitude envers un homme qui avait tant donné à son pays! Il est vrai que nous sommes encore dans les miasmes de l'affaire Dreyfus qui empoisonna l'atmosphère pendant plus de 12 ans! 

Rue La Bruyère. Première partie. Du 1 au 11. Osiris. Lévy Dhurmer. Desbordes Valmore...

Heureusement, avant sa mort le mur fut détruit et les règles radicales des religions purent être contournées.

Aujourd'hui le couple et ses enfants morts nés vit  dans la même terre son éternité temporaire.

Rue La Bruyère. Première partie. Du 1 au 11. Osiris. Lévy Dhurmer. Desbordes Valmore...

"J'ai lutté avec mon cœur de mari. Je suis arrivé après 33 ans de luttes de toute sorte à occuper définitivement et perpétuellement le terrain qu'elle avait désigné. Je viens de reconnaître ma place. C'est à ses pieds que je dormirai de mon dernier sommeil"

Le 11.

Le 11.

    Au 11 a vécu plusieurs années Adolphe Tavernier, journaliste (au Gil Blas, à l'Evènement) et… escrimeur! Il a écrit un livre préfacé par Aurélien Scholl : "L'art du duel".

Rue La Bruyère. Première partie. Du 1 au 11. Osiris. Lévy Dhurmer. Desbordes Valmore...

     Mais ce qui le caractérise mieux que le fleuret c'est son goût très sûr pour la peinture de son temps et pour son amitié indéfectible avec Sisley dont il collectionna les toiles.

Première neige à Veneux-Nadon (Sisley). Toile ayant appartenu à Adolphe Tavernier.

Première neige à Veneux-Nadon (Sisley). Toile ayant appartenu à Adolphe Tavernier.

     Il ne s'en sépara qu'à contre cœur quand il quitta Montmartre pour acheter un vaste appartement dans le XVIème arrondissement!

Meule de paille en octobre (Sisley)

Meule de paille en octobre (Sisley)

    Nous faisons halte à ce niveau de la rue dont nous reprendrons la visite après avoir admiré quelques Sisley qui appartenaient à Tavernier!

(à suivre…)

                                 L'inondation (Sisley)

Maisons au bord du Loing (Sisley)

Maisons au bord du Loing (Sisley)

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