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Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.
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Le 27 mai. 95 ans de ma mère.
LE MIRACLE
Elle avance avec précaution comme un funambule sans son balancier
Le gouffre en-dessous d'elle ouvre ses mâchoires
Je sens ses ongles sur mon bras comme les griffes d'un chaton
Je sens peser sur moi son squelette cassé
Et j'avance avec elle sur le trottoir mouillé
Attentif au miracle qui fait marcher sur les eaux ceux qui s'aiment.
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Liens
Une grand-mère
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Veine après veine il descend dans les profondeurs de son âme
C'est ainsi qu'il appelle la géologie de sa mémoire
Il n'a pas d'autre mot que ce mot trompeur
Il cherche des éclats dans les galeries qu'il parcourt
Parfois sa lampe frontale éclaire un recoin de l'enfance
Une ammonite couchée en rond comme un ourson dans son hiver
Une femme rassurante et sévère lui tient la main
Sur une plage du nord où les vipères du sable ondoient
Et lui mordent les jambes sans y croire
C'est fou l'importance que prend une grand-mère
Dans la nuit d'un enfant sans amour
Comment sur son visage s'attarde la lumière
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La maison dans la dune referme ses volets
Il s'endort dans l'odeur âpre des argousiers
Avec à ses côtés la morte
Qui a conservé le pouvoir de reprendre l'histoire
Là où elle était heureuse
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Les mains rouges
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Avec les couchers de soleil
Avec les étoiles
Avec la mer et les îles
Il écrivait des poèmes
Il croisait ses fuseaux
Comme une dentellière aux doigts d'illusionniste
Souviens-toi comme c'était beau
Et sans problème
Le moulin tournait rond
La meule transformait les mots en farine blanche
Où Pierrot se roulait au clair de la lune
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Avec la peur
Avec les mauvaises nouvelles
Avec les salles d'attente et les sursis
Il écrit des poèmes
Il se sent frère des animaux
Qui n'ont pour vivre que l'instant
Et la terreur de ce qui est devant
Il voudrait n'avoir que leurs cris
Et l'empreinte de leur marche
Dans la boue
Mais il est né du côté des hommes
Et c'est pour toi qu'il écrit des poèmes en posant ses mains rouges
Sur les parois de papier
Place de la République
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Aux terrasses des cafés on se retrouvait
Pour jouer aux mots croisés de l'amitié
Au Bataclan dans le soleil des projecteurs
On dansait avec les aigles
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On croyait révolu le temps des fanatiques
Quand la Seine avait couleur de sang
Quand on enfermait les étoiles
Dans des wagons à bestiaux
On n'a pas arrêté les meurtriers sans visage
Aux bras appareillés de prothèses de mort
Au cœur baril de poudre empli d'écrous
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Le silence résonne de ses tambours voilés
Les vivants sont debout épaule contre épaule
Tu te tiens parmi eux place de la République
Tu as les doigts en flamme et au creux de la paume
La cire chaude comme une blessure
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Tu dis menton levé que tu n'as pas peur
Alors qu'est revenu le temps des assassins
Et que dans ce matin
Fraternel et fragile
Tu as peur
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Liens:
7 mars
Tu les attends à chaque anniversaire
Les mots d'amour
Les mots de sang dans les artères
Comme un tambour
Je les ai recherchés pour toi
Dans notre histoire
Je me suis égaré parfois
Dans ma mémoire
Les saisons de pluie ont lavé
Les murs de mai
Les soleils ont bu l'encre noire
De mes grimoires
C'est en te regardant sourire
Que j'ai compris
Où étaient les mots du désir
Et de la vie
Dans tes yeux
Je les ai trouvés
Les mots rêvés
Les mots pour écrire un poème
Qui dit je t'aime
Mon amour
Je viens te l'offrir
Ce soir
Comme à la source on vient offrir
La soif
Naissance
Il avait neigé sur les arbres noirs
Le gel claquait ses dents d'acier
Sur les chats qui tentaient de vivre
Si on avait ouvert la fenêtre
L'hiver aurait bondi comme un loup
J'aurais senti sur moi son haleine rouge
Dans ma poitrine l'éclat de sa morsure
Il avait neigé sur les arbres noirs
Les flocons entraînaient les comètes
Qui s'éteignaient sur les pavés
Si on avait ouvert la fenêtre
La nuit les aurait jetées dans la maison
Je les aurais avalées dans mes cris
J'aurais connu le goût du ciel
Il avait neigé sur les arbres noirs
C'était le six janvier dans un album
Où les photos perdent mémoire
On a tranché le lien qui me tenait à elle
On m'a posé humide entre les draps
J'ai remué les bras pour nager vers son ventre
Il faisait si chaud ce jour-là dans la chambre
Qu'un coup de vent soudain
A ouvert la fenêtre
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