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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

montmartre peintres.artistes.clebrites

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #Peintres

 

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C'est une des toiles les plus connues de Gustave Moreau, une des plus mystérieuses et des plus accomplies.

Elle attire et fascine. Elle séduit et questionne.

Il en est de cette oeuvre comme de tous les chefs d'oeuvre, il faut l'approcher et se laisser entraîner dans son mystère.

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Moreau s'inspire de l'amour tragique de Sémélé et de Jupiter. Junon, épouse éternellement jalouse, prend les traits de la nourrice de Sémélé pour la persuader de demander à son amant, comme preuve d'amour, de lui apparaître, non plus sous sa forme humaine mais dans sa gloire divine, sachant que nul ne peut supporter cette vue. Sémélé fait promettre à Jupiter de répondre à un voeu qu'elle formulera. Le dieu amoureux accepte sans se méfier et ayant donné sa parole doit s'éxécuter. Il se révèle dans sa puissance qui foudroie l'imprudente amoureuse.

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Au sommet de la toile, Jupiter, le visage grave, le regard fixe, trône, la tête rayonnante de flammes. Il ressemble à une divinité de l'hindouisme, au sommet des tours de pierres sculptées.

Il a les traits d'un jeune homme, d'un prince oriental et non de l'homme mûr et barbu que la tradition lui prête. Il est à la fois Jupiter, Apollon, Orphée et le Christ.   

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Sémélé saisie d'effroi est touchée à mort. Son corps en équilibre sur la jambe puissante du dieu se courbe, sa main droite s'accroche au vide. Elle perd la vie et elle perd l'amour qui lui donnait sens.

Un ange devant elle plane au-dessus du monde en se cachant les yeux.     Il est l'ange de l'amour et le fruit de l'amour.

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Il est l'enfant que Sémélé portait en elle, le fils que le dieu a arraché du flanc de sa mère afin de le sauver et de le protéger dans sa cuisse afin qu'il y termine sa maturation.

C'est Bacchus, fils de l'amour de Jupiter et Sémélé.

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Au pied du trône, devant l'aigle aux ailes dressées, "véhicule" de Jupiter, comme Garuda est "véhicule" de Vishnu, le dieu Pan est assis, avec entre ses jambes une semence de petits êtres blancs qui cherchent à se dégager de leurs liens.

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Pan entre Jupiter qui a la tête dans le ciel et Hécate au bas du tableau, se tient, grave et attentif, entre le monde de la lumière et celui de la nuit. Il est avec ses instincts de vie dans un corps encore animal, le témoin des hommes confrontés au désir et à la souffrance.

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A sa gauche se tient la Douleur, couronnée d'épines comme le Christ, une palme à la main. Elle est l'allégorie de la condition de l'humanité, le passage inéluctable. Son aspect christique donne une indication sur le sens profond du tableau. Ce passage peut être un passage vers une vie supérieure, vers ce ciel où rayonne le visage de la divinité. 

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A la droite de Pan, la mort drapée de violet tient le glaive sanglant. Elle ne triomphe pas, bien au contraire, elle est accablée, comme prise de compassion pour les humains qu'elle est chargée de tuer.

C'est une belle allégorie éloignée de la "Proserpine" antique et du squelette médiéval. C'est la mort telle qu'on la trouve sur les monuments funéraires de la fin du XIXème siècle. 

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De part et d'autre, debout, les ailes montant comme des flammes, la tête penchée vers les êtres souffrants, veillent les anges douloureux...

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Ces anges debout entre l'enfer et le ciel ont pour pendant, au bas du tableau les deux sphinx qui gardent le monde des ténèbres.

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Hécate, couronnée d'un croissant de lune se détache sur un univers indistinct d'ombres et de visages vagues ou inachevés. Son regard halluciné suscite l'effroi. Il s'oppose au regard du Dieu, au sommet de la toile. 

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 Les êtres de l'enfer sont pris dans un grouillement où se mêlent les teintes sombres qui attirent vers le fond et les rayons qui tentent de percer les ténèbres.

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En bas et au centre de la toile, trois créatures monstrueuses forment une trinité coiffée d'un rayonnement qui éclate dans cet univers de nuit...

Ce lourd rayonnement au pied du dieu Pan fait remonter le regard du spectateur vers l'autre rayonnement divin, en haut de la toile.

Et c'est ainsi qu'après avoir été, au premier regard, saisi par le couple Jupiter-Sémélé, après avoir parcouru la toile pour en atteindre le "fond" (comme on parle de fonds sous-marins), on comprend que c'est en remontant vers le ciel  de la toile qu'il faut voyager dans ce tableau.

De la nuit vers l'éternité céleste. 

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Au bas de la toile : le  monde encore informel, incréé, où des créatures incomplètes aspirent à la lumière.

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Au-dessus : le monde de l'humanité où douleur et mort sont présentes mais où la mort n'appartient plus aux enfers.

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En haut : Le couple céleste, le monde spirituel qui échappe au temps et ouvre les yeux sur l'éternité.

C'est alors que l'on se rend compte que le corps pâle de Sémélé qui semblait attiré par la pesanteur de la mort, garde la souplesse de la vie, se redresse peut-être, la mort franchie, pour rejoindre son amant éternel, pour devenir le lys qu'il tient dans sa main droite tandis que sa main gauche caresse la lyre d'Orphée.

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Il faut se laisser happer par ce tableau, en accepter les ombres et les lumières, en accepter le mystère.

Tout l'appareil critique, toutes les explications sont utiles mais réductrices.

Chacun l'interprétera comme il le ressentira.

Ce qui compte c'est la présence, l'évidente présence du peintre et du poète, de celui qui donne forme à la matière.

On est devant ce tableau comme au pied des temples de Maduraï ou des tours des cathédrales.

Croyant ou pas, on est impressionné par sa force et son mystère... 

Par la puissance de l'Art qui comme l'Amour est capable de triompher un moment (ou toujours ?) de la Mort.

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      La toile est visible dans le très beau musée qu'est la maison de Gustave Moreau, 14 rue de la Rochefoucauld, dans le 9ème arrondissement. (Métro Trinité, Saint-Georges, Pigalle)


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Autres articles sur Gustave Moreau : Liens :

 Prométhée foudroyé Gustave Moreau

Les rois mages Gustave Moreau.

Le christ et les deux larrons.Gustave Moreau.

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Tous les articles sur les peintres et les artistes de Montmartre :

Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabétique.

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                                                Delacroix : La Mort de Sardanapale.

      Jacques Brissot aime s'inspirer des chefs d'oeuvre de la peinture. S'il a une prédilection pour Bosch ou Memling, il ne dédaigne pas les Romantiques et c'est Delacroix qu'il prend pour modèle pour son "Sardanapale" que vous pouvez voir au Musée de l'érotisme, boulevard de Clichy, où une exposition lui est consacrée

Le tableau de Delacroix a pour titre : "La mort de Sardanapale" et représente le suicide du roi assyrien avec ses femmes, ses favorites, ses esclaves et ses chevaux, après sa défaîte et l'incendie de Babylone. 

 

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                                                     Jacques Brissot : Sardanapale.

   Jacques Brissot qui fut lui-même cinéaste, enlève "la mort" de son titre pour représenter Jean-Luc Godard avec autour de lui l'univers qu'il sacrifie, tandis qu'à l'arrière plan ce n'est pas Babylone mais les studios d'Hollywood qui sont en feu !

   S'il est peut-être fait allusion au côté despotique du cinéaste, cet anéantissement programmé de son oeuvre et des femmes et des hommes qui y ont participé, résonne plutôt, du moins est-ce ainsi que je le ressens, comme un adieu à une époque où le cinéma était exigence et audace, où l'artiste était à la fois démiurge et iconoclaste.

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                       Détail de "l'Entrée des Croisés" de Delacroix vus par Godard (Passion). On reconnaît, à droite Myriem Roussel.

        Notons que Godard lui-même dans son film "Passion" met en scène des oeuvres célèbres de la peinture : La ronde de Nuit de Rembrandt, le 3 mai de Goya ou l'Entrée des Croisés à Jérusalem de Delacroix...

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Au sommet de la composition de Brissot, allongé sur le lit, pellicules dans une main, verre levé dans l'autre, Godard-Sardanapale, le coude et le pied appuyés sur les bobines de ses films, assiste à l'anéantissement...

Les têtes d'éléphant aux angles du divan de Sardanapale deviennent ici des têtes de Mickey...

Devant lui, bras ouverts et mourante, une des femmes du roi...

J'hésite sur son identité. Le visage n'est pas vraiment net. Je pencherais sans en être absolument certain pour Marina Vlady qui joua un rôle de femme qui se prostitue par nécessité dans "Deux ou trois choses que je sais d'elle". 

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               Bardot est représentée, au premier plan, dans un groupe qui reproduit avec exactitude celui qui a été peint par Delacroix. Eddie Constantine (Alphaville) s'apprête à sacrifier l'héroïne du Mépris (chef d'oeuvre entre les chefs d'oeuvre, film mythique, apothéose de Bardot).

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Au centre, coiffée à la Louise Brooks de "Vivre sa Vie", Anna Karina, première épouse de Godard.

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A droite, Juliette Binoche (Je vous salue Marie), Maruschka Detmers (Prénom carmen) et sur le côté Anne Wiazemsky (la Chinoise, Week-End, One plus One), deuxième femme de Godard.

    Au fait n'oubliez pas de lire son dernier livre "Une année studieuse"dans lequel elle parle avec tendresse et lucidité de cette période de sa vie et où elle dépeint un Godard passionné et jaloux, insupportable et adolescent...

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A droite d'Eddie Constantine, Johnny Hallyday (Détective) et Michel Piccoli (Le Mépris) près de la tête de ce Mickey si présent dans l'oeuvre de Brissot pour qui notre monde est en passe de devenir un immense Disneyland.

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      Au premier plan à gauche, à la place de l'esclave qui tire les rênes d'un cheval cabré, Belmondo, le visage bleu de "Pierrot le Fou" essaie de manoeuvrer une caméra de travelling.

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Au-dessus, Jacques Dutronc (Sauve qui peut la vie) et Jean Seberg (A Bout de Souffle)..

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Près de Godard, juliet Berto (la Chinoise) et de profil Macha Méryl (Une Femme  Mariée)...

Tout ce monde est en train de sombrer avec les bobines des chefs d'oeuvre fragiles.

Sept  ans après ce tableau de Brissot, un autre naufrage a lieu sur les récifs de l'île de Giglio, celui d'un navire de croisière avec ses salles de jeux, de cinéma, de théâtre...

Le Costa Concordia sur lequel Godard a tourné "Film Socialisme". Son dernier film.

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  Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabétique.

 

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Publié le par chriswac
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Le Baron Pigeard !

Encore un original dont notre quartier a le secret. 

Etait-il baron?

Rien n'est moins sûr !

Mais le titre a un petit air impérial et sied à un artiste fauché qui aime plus que tout les canulars et frétille comme un poisson dans l'eau dans un Montmartre où il s'acoquine avec Jarry, Satie ou Max jacob !

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                                                                    Dans le maquis

Le "Baron" (de son vrai nom Georges Francisco Victor Joseph Pigeard), est peintre à ses heures...

Il produit quelques toiles de facture classique, des paysages campagnards ou urbains qu'il entrepose dans son atelier de l'impasse Girardon..

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                                                Impasse Girardon (le Maquis)

...Toiles qui ont pris le vent pour s'échouer dans je ne sais quel grenier... J'en ai trouvé quelques traces dans des ventes aux enchères, hélas sans reproduction. 

pigeard yole de villefranche

Le Baron passe plus de temps à confectionner méticuleusement des maquettes de yoles de course qui  elles aussi se sont fait la belle...

Il ne reste rien du personnage sinon les récits de ses initiatives dans le goût provocateur et foutraque du Montmartre de la bohême.

Son plus grand exploit est d'avoir fondé avec deux acolytes (Anselin et Fournier) après avoir pris une bonne cure de "verte", l'immortelle U.M.B.M.

Est-il utile de préciser qu'il s'agit de l'Union Maritime de la Butte Montmartre ?

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                                                   Hôtel du Tertre (Bouscarat) par Utrillo

Les membres se réunissent place du Tertre chez Bouscarat, dans le restaurant de l'hôtel aujourd'hui disparu.

Au milieu de la table, un hareng saur dans une cage préside aux réunions, à côté du crâne de Christophe Colomb à 25 ans, pièce rare que les curieux peuvent toucher comme une relique sacrée, moyennant quelque obole. 

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                                                 Place du Tertre. Hôtel du Tertre (Bouscarat) à gauche.

   La sélection pour faire partie de l'Union (inscrite très officiellement dans l'annuaire du yachting) est sévère. Ne peuvent postuler que ceux qui sont allés au bord de la mer, ne serait-ce qu'une fois dans leur existence. Ils sont soumis à un interrogatoire en règle et s'ils s'évèrent crédibles, ils doivent, avant d'être acceptés, avaler un plein verre d'eau de mer.

  La mer étant un peu éloignée de Montmartre, on se contente d'eau salée. 

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                                  Tableau breton de Max Jacob : La procession

L'Union Maritime connaît un vif succès et attire les peintres bretons de la Butte. Y viennent également Modigliani né en Toscane, au bord de la Méditerranée et bien sûr Max Jacob, breton de Quimper et membre à vie, bien que Quimper que je sache ne soit pas situé en bord de mer mais sur les rives de l'Odet!

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                                                              Modigliani et Max Jacob

Chez Bouscarat, les membres de l'Union se réunissent autour d'un repas de poissons et sont priés de chanter des chants de marins à la fin du repas. Ils ne sont autorisés à manger qu'après avoir chiqué et craché dans un crachoir posé à deux bons mètres d'eux. S'ils manquent la cible, ils sont vertement houspillés par un douanier... jeux de gamins qui réjouissent l'assemblée!

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                                                              Max Jacob par Modigliani

Les Unionistes s'engagent également à apprendre la natation aux gamins de la Butte. Faute de piscine, le Baron enseigne les mouvements de la brasse aux poulbots allongés à plat ventre sur des chaises.

Bouscarat impressionné par le succès de l'union Maritime, rebaptise, en commerçant avisé, les trois chambres de l'étage : Hôtel de la Marine

Mais le Baron ne se contente pas de chiquer... Il apprécie d'autres drogues qu'il partage avec quelques amateurs dans son repaire du Maquis où Modigliani vient parfois... et où Picasso ne fait que passer...

Ce qu'est devenu le Baron quand les dernières maisons du Maquis furent détruites, nul ne le sait.

Peut-être prit-il la mer en vieux capitaine un soir d'opium et de rêveries...

 

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      Lien :  Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

 

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                         Chanson de Jules Jouy le p'tit loupiot, contemporaine des Loupiots de Bruant...

La collaboration de Jules Jouy avec Bruant mériterait d'être étudiée dans le détail.

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                                                            La Scala, bd de Strasbourg.

 Le style de Bruant, à l'époque où il chante à la Scala, se modifie manifestement au contact de son ami.

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                                                            Bruant par Nadar

Patrick Biau, auteur d'un ouvrage de référence consacré à Jules Jouy  laisse entendre que certains textes de Bruant seraient en partie influencés sinon écrits par Jules Jouy ! :

" Ils écrivirent ensemble plusieurs chansons à succès et il ne serait pas surprenant d'apprendre que Jouy ait écrit des chansons que seul Bruant a signées."

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Sur les conseils de Jouy, Bruant achète le Lapin Agile menacé de destruction. Jules Jouy avait une tendresse particulière pour cet établissement qu'il avait fréquenté du temps où il était encore le Cabaret des Assassins.  Il y avait créé en 1883 le dîner mensuel "la soupe et le Boeuf"On prétend qu'il aurait été l'amant d'Adèle Decerf, ancienne danseuse de french cancan et propriétaire du Lapin où elle était connue sous le surnom de "la mère Adèle".

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En 1893, Jules Jouy dirige pendant trois ans, 16 bis rue Fontaine, le Concert de Décadents (si vous allez à cete adresse, en amoureux du vieux Paris, vous trouverez un super marché!)

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                                     Le Youtre : Nous sommes fichus, la galère fait eau partout!

Dans le même temps, il publie dans le journal de Drumont des chansons violemment antisémites ("violemment" fait pléonasme!).

Il est trop facile de l'excuser (comme on peut le lire sur les pages de quelques sites et blogs qui parlent de lui) en prétextant qu'à cette époque l'antisémitisme était "culturel" et que bien des anarchistes et des militants socialistes le professaient sans complexe, assimilant banquiers et Juifs.

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Le site le plus complet consacré à Jouy va jusqu'à remplacer le mot "juif" de ses chansons par "riche", en ayant l'honnêteté, il est vrai d'en avertir le lecteur par une minusculissime note en fin d'article!

 

Jules jouy voit sa santé décliner rapidement et ne s'en étonne pas tant il use et abuse du tabac et de l'absinthe. Il perd parfois tout contrôle et entre dans des crises violentes qui épouvantent ses amis.

Il passe de plus en plus de temps à assister aux procès d'assises, ceux où le tribunal est susceptible de prononcer une peine de mort. Il scrute le visage des accusés, fasciné par leur réaction à l'énoncé du verdict.

Il quitte les procès pour se rendre dans les églises, notamment à Saint-Gervais, lui l'anticlérical notoire, et écouter, ravi, les cantiques à l'eau de rose, si éloignés de sa poésie violente.

Il assiste aux exécutions au milieu de la "populace" qu'il dénonce pourtant dans un de ses poèmes les plus violents et les plus forts :  la Veuve:

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La veuve auprès d'une prison                                                                                      Dans un hangar sombre demeure.                                                                          Elle ne sort de sa maison                                                                                            Que lorsqu'il faut qu'un bandit meure.                                                                     Dans sa voiture de gala                                                                                             Qu'accompagne la populace,                                                                                     Elle se rend non loin de là,                                                                                              Et triste, descend sur la place.

 

Avec des airs d'enterrement,                                                                                      Qu'il vente, qu'il gèle ou qu'il pleuve,                                                                             Elle s'habille lentement                                                                                                    La veuve.

 

Les témoins, le prêtre et la loi,                                                                                    Voyez tout est prêt pour la noce ;                                                                             Chaque objet trouve son emploi :                                                                                 Ce fourgon noir c'est le carrosse.                                                                                Tous les accessoires y sont :                                                                                           Les deux chevaux pour le voyage                                                                                 Et le grand panier plein de son :                                                                                     La corbeille de mariage.

 

Alors tendant ses longs bras roux,                                                                             Bichonnée, ayant fait peau neuve,                                                                               Elle attend son nouvel époux,                                                                                       La veuve.

 

Voici venir le prétendu                                                                                                 Sous le porche de la Roquette.                                                                                    Appelant le mâle attendu,                                                                                             La veuve, à lui s'offre, coquette.                                                                                 Tandis que la foule autour d'eux,                                                                                 Regarde, frissonnante et pâle,                                                                                     Dans un accouplement hideux,                                                                                    L'homme cracher son dernier râle.

 

Car les amants, claquant du bec,                                                                                 Tués dès la première épreuve,                                                                                     Ne couchent qu'une fois avec                                                                                         La veuve.

 

Tranquille sous l'oeil badaud,                                                                                      Comme en son boudoir, une fille,                                                                                   La veuve se lave à grande eau,                                                                                     Se dévêt et se démaquille.                                                                                              Impassible, au milieu des cris,                                                                                      Elle retourne dans son bouge.                                                                                      De ses innombrables amis,                                                                                             Elle porte le deuil en rouge.

 

Dans sa voiture se hissant,                                                                                          Goule horrible que l'homme abreuve,                                                                          Elle rentre cuver son sang,                                                                                            La veuve.

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 En 1895, les crises devenant de plus en plus fréquentes, ses amis ont recours à une ruse pour qu'il accepte de se rendre à la clinique du docteur Goujon à Picpus:  Ils lui disent qu'il y est réclamé de toute urgence par  le Président de la République!

Jules Jouy y est interné et y meurt moins de deux ans plus tard, atteint de paralysie générale. Il a 42 ans.

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La valeur de ce poète était reconnue de son vivant. Les chansonniers montmartrois ne s'y sont pas trompés; ils ont suivi son convoi jusqu'à la division 53 du Père Lachaise où se trouve sa tombe.

Aujourd'hui peu de visiteurs s'y rendent et quand par hasard on en voit un, c'est qu'il est intéréssé par le buste de bronze de Dalou qui orne le monument funéraire.

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                      Couverture de Willette pour les chansons de Jules Jouy: "les enfants et les Mères....

Pourtant cet homme-là a selon les critiques et les spécialistes de cette époque, révolutionné la chanson française. Donnay écrit dans son ouvrage "Autour du Chat noir" (1926) :

" Jouy a fait dans la chanson une révolution analogue à celle que les Naturalistes et les Impressionistes ont faite dans le roman et la peinture."

Il est vrai qu'avec près de 4000 textes écrits en moins de 20 ans, Jules Jouy a créé un nouveau style avec ses phrases taillées au couteau, tranchantes, blessantes, ses images sombres et contrastées qui évoquent plus l'expressionisme que l'impressionisme dont parle Donnay.

S'il n'est pas justement reconnu aujourd'hui, je pense que ce n'est pas pour la raison que j'ai lue, ici ou là... Il n'aurait pas eu pour faire sa publicité et concevoir ses affiches un Toulouse Lautrec, comme Bruant! Il n'aurait pas possédé assez longtemps un cabaret bien à lui, comme Bruant !... Non! Je crois que son oeuvre a été mangée par la lèpre qu'il y avait lui même inoculée... par cet antisémistisme qui ne trouve plus d'écho dans notre pays que dans quelques groupuscules d'extrême droite ou parfois d'extrême gauche...

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                                La Marche Lorraine. Paroles de Jules Jouy et Octave pradels.

Quand fut inauguré sur sa tombe le buste de bronze de Dalou, le poète et parolier Octave Pradels (co-auteur avec Jules Jouy d' "Une Marche Lorraine") déclara :      "Il avait à sa lyre toutes les cordes, celle qui rend un son joyeux, celle qui vibre et enflamme les coeurs en chantant la Patrie ou les revendications des déshérités, celle qui siffle comme une lanière, flagellant les ridicules et les imbecillités du jour..."

Si Pradels revenait un siècle plus tard  pour terminer son discours, ajouterait-il, averti par l'histoire, une autre corde :

 "Celle qui méprise et insulte, faisant de son crachat le mortier des briques des chambres à gaz et des fours crématoires...?"

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          1ère partie de l'article :

Jules Jouy. Chansonnier de Montmartre. (1)

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Liens : personnages de Montmartre :

Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

Frédé et l'Âne Lolo.

Steinlen.

Bibi la Purée.

Poulbot.

Jules Dépaquit.

Adolphe Willette.

André Gill. 

Eugénie Buffet.

Marcel Legay.

La Goulue et Toulouse Lautrec.

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La Veuve par Damia :

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                                                         Dessin de Georges Redon

                                              Il est le créateur de chansons le plus prolifique de Montmartre, dans cette deuxième moitié du XIXème siècle pourtant si féconde...

Sa vie , son oeuvre sont totalement liées à notre quartier et il est impossible d'évoquer la vie foisonnante des cabarets, des journaux, des artistes sans lui donner la place qu'il mérite, une des premières avec Bruant...

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Petit de taille (il en éprouve un vrai complexe), la barbiche agressive et le regard que certains trouvent "louche" il transforme en agressivité sa crainte de n'être pas aimé. Certes il ne peut modifier son regard, ayant été éborgné par l'épine d'un fagot qu'enfant il manipulait sans précaution. Sur tous ses portraits, on remarque cet oeil fixe et trop ouvert.

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          Savonnage infructueux : -Juifs, chez nous, en France, le sang, seul, lave une tache comme celle-là !

Ce personnage excessif, fasciné par la mort et son instrument d'alors, la guillotine, à laquelle il consacre plusieurs poèmes dont la célèbre "Veuve" qu'interprétera Damia, était comme Willette son ami, un antisémite notoire dont les textes violents publiés dans La Libre Parole Illustrée de Drumont jettent une ombre noire sur toute l'oeuvre...

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Jules Théodore Louis Jouy est né à Paris (non pas sur la Butte mais du côté de Bercy) en 1855. Il commence sa vie professionnelle comme garçon boucher. Est-ce le spectacle d'animaux égorgés et le dépeçage de cadavres qui l'ont marqué alors qu'il était encore adolescent, au point de hanter ses poèmes et de suspendre au-dessus de sa tête comme une obsession, le couperet tranchant de la guillotine?

Plus tard, il passe du métier de découpeur de cadavre à celui de peintre sur porcelaine. Ces deux professions vont bien avec ses textes, à la fois violents et précis, sanglants et ciselés.

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Il compose ses poèmes avec une facilité qui époustoufle ses amis. Il écrit d'un seul jet, sans ratures. Il produit des chansons "comme un pommier des pommes".

Il commence sa carrière en collaborant à des journaux comme il en fleurit tant à Paris. Il a 21 ans quand il publie dans "Le Tintamarre" des textes anticléricaux sans nuances. Il collabore ensuite au "Sans-Culotte" avant de fréquenter le fameux Cercle des Hydropathes de Goudeau et de devenir rédacteur en chef du Journal des Hydropathes.

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                                                          Sapeck "Roi des Fumistes" 

A 26 ans, il rejoint le groupe des Hirsutes avant de fonder avec Sapeck, chef de file des Fumistes, l'Anti Concierge, journal éphémère de défense des locataires ; ce qui ne l'empêche pas d'écrire : 

Bah! j'm'en fich' d'avoir pas d'foyer                                                                                              Car si j'n'ai pas d'rond dans ma poche,                                                                                   Au moins j'n'ai pas d'terme à payer.

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                                                              L'Anti-Concierge

Parmi les journaux auxquels il collabore ou qu'il fonde, le Journal des Merdeux (vite censuré pour pornographie) est un des plus radicaux puisque tous les textes et tous les dessins y sont consacrés à la merde. Certains journaux actuels, sur papier ou sur la toile, pourraient sans se déjuger porter ce titre !

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                                                                Rodolphe Salis

Jules Jouy rencontre Salis et devient chansonnier au Chat Noir où il connaît quelque succès. Mais son caractère est tel qu'il ne peut s'entendre longtemps avec Salis qu'il surnomme "le pouacre" et qu'il cherche à concurrencer en créant avec quelques autres chansonniers dissidents un nouveau cabaret, place Vendôme : le Chien Noir. Cabaret où Théodore Botrel fait ses débuts en 1893.

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Son premier grand succès date de cette époque. C'est "Derrière l'omnibus" chanté par Paulus.

 

Une rencontre plus forte que les autres marque Jules Jouy. C'est celle de Jules Vallès. il collabore à quelques numéros de son journal "Le cri du Peuple".

C'est son époque la plus prolifique. Il écrit chaque jour une nouvelle chanson! Certaines sont des petits chefs d'oeuvre, comme "la Fille d'Ouvrier", raccourci saisissant de la vie d'une fille du peuple, (à écouter en fin d'article) successivement chair à guignon, chair à pavé, chair à travail, chair à patron, chair à client, chair à trottoir, chair à roussin, chair à prison, chair à savant, chair à scalpel....

(...) A quinze ans ça entre à l'usine                                                                                   Sans éventail                                                                                                                          Du matin au soir ça turbine                                                                                              Chair à travail                                                                                                                 Fleur des fortifs, ça s'étiole,                                                                                         Quand c'est girond                                                                                                           Dans un guet-apens ça se viole                                                                                               Chair à patron.

 

(...)D'un mal lent souffrant le supplice                                                                             Vieux et tremblant,                                                                                                             ça va geindre dans un hospice                                                                                       Chair à savant.                                                                                                                  Enfin ayant vidé la coupe                                                                                                   Bu tout le fiel,                                                                                                                      Quand c'est crevé ça se découpe                                                                                               Chair à scalpel                              

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                                                                    La guillotine (Willette)                                            

Il écrit "La Veuve", un texte violent sur cette putain sanglante qu'est  la guillotine : "Damia le chantera plus tard après en avoir demandé la mise en musique à Pierre Larrieu.

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                                 Couverture du recueil "Les Chansons de l'année". Illustration de willette.

En 1888, il quitte le Cri du peuple pour un autre journal : Le parti Ouvrier. C'est cette même année qu'il publie son premier recueil : Les Chansons de l'Année. Trois autres suivront : Les Chansons de Bataille (1889), La chanson des Joujoux (1890), La Muse à bébé (1891).

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Pendant ces années d'intense production, il rencontre un succès qui ne se dément pas. Il est interprété par les plus grandes vedettes de son temps : Yvette Guilbert, Thérésa, Fragson, Paulus, Bruant...

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                                                         Boulanger par Gabriel Roques 

C'est aussi pendant ces années qu'il écrit un nombre considérable d'articles contre Boulanger qu'il surnomme "l'Infâme à barbe"...

 ...et qu'il écrit hélas sa chanson "les Accaparés" véritable appel au meurtre des "nuisibles" que sont les Juifs en général et le baron Rothschild en particulier...

(...)Sachez-le gros barons, nous vous rattraperons,                                                          Mauvaise teigne,                                                                                                            Nous serrerons à mort :                                                                                                 Quand le Juif saigne,                                                                                                        C'est notre argent qui sort !

                                                               

      Ces tristes paroles, ces sinistres appels au meurtre justifient le relatif oubli dans lequel est tombé Jules Jouy.

Pourtant, il n'a pas à se plaindre, il a sa rue à Montmartre, contrairement à Willette qu'on a chassé, à juste titre, du square du Sacré Coeur pour le remplacer par Louise Michel et contrairement à Céline, Montmartrois de la rue Lepic et de la rue Girardon qu'aucune plaque ne rappelle au passant qui ignore ainsi que c'est là sur notre butte sanctifiée par la Commune, qu'il a produit quelques uns de ses pamphlets les plus ignobles...

Suite :

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" Fille d'ouvriers" interprété par Michèle Bernard :

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Lien: classement alphabétique des artistes et personnalités de Montmartre dans ce blog :


 

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                                                       Il n'est pas étonnant que Steinlen, l'homme épris de liberté et d'indépendance ait aimé à ce point les chats.

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                                                        Dans sa maison de Montmartre sur le maquis voué à disparaître, il accueille et nourrit une tribu de félins qui font de sa maison, le "Cat's Cottage" leur quartier général...

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                               Toute sa vie, Steinlen les a observés, admirés et dessinés sur d'innombrables carnets.

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                                                    Et comme chacun sait que les chats aimés portent bonheur, qu'ils soient tigrés, tricolores, noirs ou gris... Ils n'ont eu de cesse que de lui apporter la gloire et la fortune.

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                                               L'enseigne peinte pour le cabaret de Bruant est l'équivalent chatesque, en célébrité et en fascination de la Joconde ! Elle a fait connaître Steinlen dans le monde entier...

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                                             "Je dors mais mon coeur veille"...

L'artiste aime regarder le sommeil du chat. C'est une grande leçon de vie...

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                                                    Le chat est tout entier concentré dans le plaisir de dormir au chaud dans son pelage et il est dans le même temps tout entier attentif à ce qui l'entoure.

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                                                 Le moindre bruit le fait jaillir de la somnolence comme un dauphin hors de l'eau !

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                                                  Nul ne jouit mieux de l'abandon du sommeil que lui et nul ne se retrouve plus soudainement dans l'attention aiguisée de l'instant...

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                                                    Animal sensuel, il a cependant des amours sans manières, des amours sauvages et brutales. Comme si tout dans la vie était sensualité et caresses, sauf l'acte sexuel tyrannique et utilitaire...

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                            Mais à la différence avec l'homme qui passe si peu de temps à jouir de son corps, le chat n'est qu'exaltation des sens... chaque seconde...

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                                              Le chat marche sur un fil tendu au-dessus de l'abime. Il pose sa patte exactement au bon endroit, au bon équilibre au-dessus du gouffre...

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                                            Il marche comme un roi et tous les regards le suivent comme les constellations sur les plumes du paon...

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                                                     Il ne se déplace pas, il danse. Il a fait un pacte avec le silence. 

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                                                 Aucun danseur étoile, aucun Nijinsky, aucune Pavlova ne s'envolera comme eux... Comme le moindre chat des rues, le moindre clochard de gouttière... 

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                                                 Dans la nuit il se glisse. Il voit ce que nous ne pouvons deviner. Il joue avec les revenants et les fantômes.

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                                                   Les hommes ont inventé la calligraphie pour l'imiter... Sur les murs de mosaïques orientales les mots courent comme des chats.

C'est la seule manière qu'ils ont trouvé, les hommes pour s'adresser à Dieu. pour donner à leur main épaisse la légéreté du poème amoureux... 

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                                                     Mais le chat se moque de nos paradis et de nos enfers. Le chat ne croit ni en Dieu ni en Diable. 

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                                                    Il ne croit qu'en lui.  Il sait que le monde a été créé pour lui. Tout ce qui entre dans son champ de vision lui appartient. Tout ce qui bouge l'intéresse, l'inquiète, le fascine...

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                                                   Il y a tant de mystères dans ce monde... 

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                                                        Il y a tant d'objets idiots et sans vie qu'il faut animer et poursuivre...

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                                           Il y a tant d'enfants dont il faut se méfier parce qu'ils lui ressemblent et ne pensent qu'à eux...

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                                         Mais non... Le chat ne pense pas qu'à lui... Il y a sous son crâne, dans sa petite tête serpentine la voix, l'odeur, l'image des humains qu'il a choisi d'aimer...

 ... de Steinlen qui dort dans le cimetière Saint-Vincent, sous une pierre où, les jours de soleil, le chat se pose et sommeille, abandonné et attentif... 

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Liens : Steinlen :

Steinlen. (1) Les affiches et les chats.

Steinlen. (2) Les affiches (journal, théâtre, roman)

Steinlen. (3) Les affiches. La Guerre.

Steinlen. (4) Les affiches. La publicité.

 

Lien tous les articles sur les personnalités de Montmartre

Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.


 

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Voilà encore un personnage de la Butte qui a marqué le quartier et enrichi la légende de Montmartre : Frédé... inséparable de son âne Lolo.

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                                                      Frédé et Lolo rue des Saules

De son vrai nom Frédéric Gérard (né à Athis-Mons en 1860), il arrive à Montmartre dans les dernières années du XIXème siècle. 

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                                                Frédé dans le jardinet du Lapin agile.

En 1901, pour exercer ses talents de chanteur et guitariste, il reprend à bas prix un cabaret fondé en 1900 par l'anarchiste Gilbert Lenoir, Le Zut, au 28 rue de Ravignan, nommé ainsi en hommages aux zutistes de Charles Cros.

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                               Frédé et Lolo rue des Saules, devant le lapin agile.

Frédé veut diversifier la clientèle constituée presque exclusivement d'anarchistes prompts à la bagarre. Il y parvient et le cabaret s'ouvre à, de nouveaux habitués comme Léon Paul fargue,  Max jacob ou Mac-Orlan.

Picasso n'a que quelques pas à faire, depuis le Bateau-Lavoir voisin. Il apprécie le lieu et il décore deux murs. L'un d'eux représente la Tentation de Saint-Antoine.

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Frédé, inspire le personnage de Frédéric du "Quai des Brumes" de Mac-Orlan porté au cinéma par Carné. Une bagarre mémorable se retrouve également dans le film, celle qui éclate un soir de 1902, dure toute la nuit et se termine par un véritable siège à la suite duquel  le cabaret est fermé par la police.

Une partie du film a été tournée au Lapin Agile, mais c'est bien de la bagarre du "Zut" qu'il s'agit...

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Quant au Lapin, c'est là que Frédé se retrouve avec sa compagne Berthe Sebource qui a repris le cabaret.  

La famille recomposée y vit avec la fille de Berthe, Marguerite dite Margot, Victor et Paulo, deux des six enfants que Frédé a eus avec sa femme Pauline Gacogne. 

Frédé y abrite aussi son arche de Noé : son singe, son corbeau, ses souris blanches, son chien et son âne connu de tout Montmartre, avec lequel, pour arrondir les fins de mois difficiles, il parcourt les rues, les hottes chargées de poissons.

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Frédé apprécie son nouveau domicile où il se métamorphose en potier le jour et  en animateur la nuit.

Il aime prendre sa guitare et chanter des chansons réalistes, qu'écoutent avec amitié à défaut d'admiration les habitués... tandis que Lolo, dans le jardinet de la rue des Saules, ponctue de ses braiements le tour de chant de son maître... 

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                                                            Frédé et Mac orlan.

Frédé essaye comme il l'avait presque réussi au Zut de diversifier la clientèle et de privilégier les artistes. Il accueille ceux qui n'ont pas de quoi payer et leur offre tartines de pâté et verres de vin.

Mais rien à faire, les habitudes ont la vie dure et les voyous de la Goutte d'or viennent certains soirs, tirer à travers les vitres et provoquer de nouvelles bagarres.

 L'une d'elles en 1910 cause la mort de Totor, le fils de Frédé, tandis que Lolotte qui n'est pas la copine de Lolo mais la servante du cabaret est grièvement blessée.

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Il faut croire que bien des témoins avaient intérêt à ce que l'on ne retrouvât jamais les responsables car l'affaire ne fut jamais élucidée... L'omerta n'est pas une exclusivité corse !

..Et Frédé avec son improbable tenue de bandit calabrais ou de Robinson parigot a continué de tirer sur sa bouffarde, sans desserrer les mâchoires. 

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Marguerite Luc, la fille de Berthe devient l'épouse de Mac-orlan qui est un des familiers des lieux. Picasso qui aime s'installer à la terrasse, la représente avec le corbeau de Frédé.

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C'est encore au Lapin qu'il peint son "Arlequin au verre".

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En 1910, Lolo inspire aux joyeux buveurs du cabaret une farce restée célèbre. Il est initié à la peinture au cours d'une séance mémorable par Dorgelès et Warnod, encouragés par les applaudissements des clients. Ils fixent une brosse à la queue de Lolo, la trempent dans la peinture, approchent une toile que les battement de queue de Lolo couvre en rythme de couleurs...pendant que Frédé lui offre des gâteries pour accélérer le mouvement caudal....

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La toile est signée Boronali (anagramme de l'âne de Buridan, Aliboron). Elle est envoyée au Salon des Indépendants, avec pour titre "Et le soleil se coucha sur l'Adriatique". Elle connaît un certain succès et est saluée par la critique.

Voilà comment à Montmartre, avec le concours de Lolo, on choisit de se moquer des critiques d'art, si souvent aveugles...

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En 1913, les affaires vont mal. Le Lapin risque d'être saisi et démoli. Bruant qui sympathise avec Frédé le rachète et laisse la gérance à son ami. Mais la guerre arrive, beaucoup d'artistes sont mobilisés, certains ne reviendront pas.

La vie montmartroise est en veilleuse et après guerre sera concurrencée par Montparnasse...

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Frédé voit peu à peu disparaître le vieux Montmartre et pousser les immeubles sur les cabanes du Maquis.

Sa santé se dégrade et Lolo gravit plus difficilement les rues en pente. Le fils de Frédé va prendre la relève en 1922 quand Bruant qui a fait de lui son élève et lui a appris à chanter ses poèmes, lui cède le Lapin. 

Mais c'est une autre histoire...

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Frédé s'exile dans un petit hameau, les Armenats, non loin du village de Mac Orlan, Saint-Cyr sur Morin, aujourd'hui jumelé avec Montmartre.

Lolo est trop habitué à Montmartre, aux hommages que lui rendaient chaque jour les fêtards pour se plaire dans la campagne ennuyeuse et humide. Il déprime et un jour, on le retrouve noyé dans le petit ruisseau qui court en bas du champ. 

Frédé meurt peu de temps après, en 1938. 

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En cette fin d'année, un manège est venu s'installer devant la basilique que Frédé et Lolo avaient vu, sans enthousiasme s'élever au sommet de leur colline...

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... et c'est peut-être Lolo qui est venu retrouver son Montmartre...

C'est peut-être lui qui tourne à la recherche de son Frédé !

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  Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

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      Barbara a chanté la chanson de Michel Vaucaire écrite pour Frédé...

 

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Steinlen était bien contraint de gagner un peu d'argent pour nourrir sa famille et assurer la survie des chats qui s'étaient donné le mot et se rassemblaient à l'heure du repas dans le jardinet du "Cat's Cottage" où habitait le dessinateur...

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Il accepta donc des commandes "alimentaires" et il dessina, parfois sans grand enthousiasme des affiches publicitaires ...

Il laissa malgré tout quelques chefs d'oeuvre (notamment lorsqu'il fit entrer des chats dans ses compositions, voir :  Steinlen Les affiches et les chats.)

Il faut bien reconnaître que beaucoup de ses affiches n'ont pas la même originalité ni la même poésie. Elles nous paraissent banales, alors que Lautrec avait déjà révolutionné cet art.

Dans cette pub pour une boulangerie, apparaît, bien avant l'icône du Cabaret de Salis, un chat noir, victime du mitron qui accroche à sa queue une casserole.

Garnement qui mériterait qu'on agisse de même avec lui !

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Une affiche assez conventionnelle pour Vernet-les-Bains. Seules les silhouettes du premier plan échappent à la banalité... Le casino, maladroitement dessiné (il n'est pas, paraît-il, de la main de Steinlen) apparaît dans le lointain comme un Palais de Contes de Fées.

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Une scène légère pour vanter le mérite des tablettes adoucissantes pour les gosiers irrités.

Le garde-champêtre grivois s'approche de la jolie cueilleuse et grâce aux tablettes Brunet, il ne risque pas d'être dénoncé par une toux intempestive!

J'entends tousser des féministes!

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                                                            Affiche de Chéret.

On peut reconnaître dans certaines affiches de la jeunesse de Steinlen l'influence de Chéret qu'il admirait beaucoup.

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Une représentation conventionnelle de petits bourgeois bien éloignés des gosses de Montmartre tels que les peindra Poulbot.

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Pour cette pub, Steinlen ne peut s'empêcher de montrer à côté de la bande gourmande des rats qui mangent la mort, un pauvre esseulé qui a sorti son mouchoir et se lamente.

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Steinlen n'ignorait pas que son ami Courteline avait un rat familier qui l'attendait quand il revenait du théâtre.... et qui un soir, inquiet du retard de son maître, sauta avec un tel élan lorsqu'il l'entendit rentrer qu'il se brisa la colonne vertébrale.  Courteline en eut un immense chagrin....

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On dirait une illustration pour Jules Verne! 

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Sur une route bretonne, le motocycle pétarade avec sa cavalière...

Belle composition, avec le rouge "Steinlen" que l'on retrouve sur ses plus belles affiches (Clinique Chéron, Lait de la Vingeanne, le Petit Sou).

La jeune femme est comme emportée par des coursiers caquetants, un attelage d'oies effrayées qui devance la mobylette comme les chevaux précédaient le char d'Apollon!

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Une mère à l'enfant pour vanter le Racahout des Arabes.

Voilà une bouillie bien oubliée et qui fut un temps à la mode!

Il s'agit d'un mélange de farine de glands, de fécules, de cacao et de sucre. ...

Si le coeur ou l'estomac vous en dit !

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Liens Steinlen :

Steinlen. (1) Les affiches et les chats.

Steinlen. (2) Les affiches (journal, théâtre, roman)

Steinlen. (3) Les affiches. La Guerre.

Steinlen. Dessins de chats. (5)

 

Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

 

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                                             III Les affiches de la Guerre


Voici ce qu'écrit le critique d'art Camille Mauclair :

"Steinlen c'est bien simple. Il a vu ce que les autres ont vu. Seulement, avant de dessiner, c'est dans son coeur qu'il a regardé."

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                                                 Familles dispersées (1915)

Cette affiche donne à tous ceux qui recherchent des membres de leur famille l'adresse de l'Office créé pour les aider. Le dessin de Steinlen montre un grand-père protégeant ses petits enfants dont les parents ont disparu. 

Comment un homme profondément pacifiste, ami d'Anatole France et adepte d'un socialisme universel et pacifiste, pouvait-il réagir lors de la grande boucherie?

La réponse est dans ses affiches comme dans ses dessins publiés pendant la guerre. La censure était sévère et les sujets abordés très contrôlés. Steinlen fit comme l'a si bien dit Mauclair : il représenta la souffrance des hommes, avec une profonde fraternité, une compassion qui n'a rien à voir avec la pitié. Il n'y a pas de haine en lui. Plus fort que tout subsiste un espoir ou une espérance d'humanité réconciliée et généreuse.

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                                                   Les Belges ont faim (1915)

Affiche et carte postale pour une tombola destinée à secourir les Belges. Nos voisins sont représentés dans le malheur, visages émaciés, voile noir de la veuve, mais fiers et debout...

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                                               Soldat garde tes forces. (1915)

"Soldat, la Patrie compte sur toi ; garde-lui toutes tes forces... Résiste aux séductions de la rue où te guette la maladie aussi dangereuse que la guerre...  Elle conduit ses victimes à la déchéance et à la mort sans utilité, sans honneur..."

Aujourd'hui une telle affiche nous révolte car elle demande au malheureux de rester sain pour défendre la Patrie alors que  l'on sait ce qu'étaient les tranchées et le carnage "inutile" provoqué par des chefs imbéciles...

Travail de commande pour Steinlen.

On ne peut s'empêcher de penser que la tête du soldat entourée de palmes et la tête de mort dans les branches sont une allégorie de la guerre, dessinée par un pacifiste...

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                                                                La Triennale (1916)

Affiche pour une exposition d'art au profit de la "Fraternité des Artistes". On pouvait y acheter des oeuvres de : Forain, Lalique,Maurice Denis, Renoir, Rodin, Vuillard, Willette, Steinlen....

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                                                      La Triennale (détail)

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                                                        Journée Serbe (1916)

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                                  Prêt d'honneur aux Aveugles de Guerre (1917)

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                                         Concert pour l'hôpital de Saint-Ay (1917)

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Marianne n'a plus la poitrine à l'air et le poing tendu. Elle est tendre et sensuelle.

C'est sans doute une allégorie contestable... mais la tendresse de Steinlen, elle, ne fait pas de doute !

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                                                    Les Prisonniers Russes (1917)

Un appel à l'aide pour les Prisonniers Russes dans les camps. Le froid, la faim, le regard halluciné...

La composition n'est pas des plus réussies. On a l'impression que l'homme a la main posée sur les fesses de sa femme ou compagne, alors qu'il enserre son genou...

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                                                       L'Aisne dévastée (1918)

Une infirmière recueille des orphelins dans une campagne hérissée de ruines.

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                                         Journée des Régions libérées (1918)

Terre dévastée, croix de bois, monde d'après l'apocalypse où poussent cependant quelques fleurs sauvages...

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... Et où l'oiseau fragile chante à l'aurore.

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L'affiche reprend l'estampe de 1903. Epoque bénie où on pouvait encore croire en cette Utopie...

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L'affiche d'après la guerre. L'horreur a eu lieu.

Le pacifiste en mesure l'incroyable bilan.

Plus question de la laisser revenir...

Steinlen y croit-il?

Pourquoi ces couleurs tristes et ces regards graves?

N'a t-il pas donné ici une image visionnaire?

Les enfants, le couple, la vie menacés par ce squelette noir et sa faux avec laquelle seront forgées toutes les croix gammées des conflits à venir...

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Le squelette couronné des lauriers du vainqueur...

 

à suivre...

 

(Principal ouvrage de référence : Steinlen Affichiste de Réjane Bargiel et Christophe Zagrodski. Editions Grand-Pont.)

 

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Liens :

Steinlen. Les affiches et les chats.

Steinlen. Les affiches (journal, théâtre, roman)

Steinlen. (4) Les affiches. La publicité.

Steinlen. Dessins de chats. (5)

Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

 

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Steinlen le "Père des Chats" qui habitait le cat's cottage rue Caulaincourt n'a pas peint que des chats! ( Steinlen. Les affiches et les chats.)

Voici quelques unes de ses affiches pour des spectacles, des romans ou des journaux...


                       II Les affiches de Steinlen


                                                1 Spectacles


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                                                                 Le Rêve (1890)

Affiche un peu confuse qui annonce un ballet japonisant dans lequel triompha la ballerine représentée au premier plan, Mlle Maury dans le rôle de Daïta. Une oeuvre parfaitement oubliée.    

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                                                             Mothu et Doria (1893)

Un traitement tout différent pour cette affiche remarquable et qui semble avoir été conçue par un autre artiste tant elle est moderne par rapport à la précédente!

Mothu et Doria étaient des chanteurs qui avaient pour répertoire les chansons d'Albert Pajol. La découpe des silhouettes, la vigueur du trait font penser évidemment à Lautrec que Steinlen admirait.

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                                                      Yvette Guilbert (1894)

On pense encore à Lautrec à qui Yvette Guilbert avait commandé une affiche qui n'eut pas l'heur de lui plaire. Voilà pourquoi, elle s'adressa à Steinlen qui donna une image plus flatteuse de la Dame aux gants noirs. 

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                                                                   Hellé (1896)

Encore une oeuvre tombée dans l'oubli comme en produisit tant cette fin de siècle féconde. Au premier plan est représentée Rose Caron, célèbre soprano qui s'illustra notamment en chantant Wagner. Elle fut la compagne de Clémenceau (elle mourut la même année que lui, en 1930).

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                                       Conférence sue La Cage de Lucien Descaves (1898)

Auteur au franc-parler et aux opinions tranchées, Descaves est connu aujourd'hui pour avoir été scandalisé par ses colllègues de l'Académie Goncourt (dont il était un des co-fondateurs)  qui choisirent pour lauréat en 1932, Mazeline plutôt que Céline!

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                                                             L'assommoir (1900)

Un drame en 5 actes fut tiré du roman de Zola. L'affiche représente la première scène: Coupeau (Lucien Guitry) fait la cour à Gervaise (Suzanne Desprès). A noter comment Steinlen intègre dans son décor l'affiche du spectacle !

 

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                                                    Exposition d'artistes français à Krefeld (1907)

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                                                              La Maternelle (1920)

Léon Frapié a donné une version théâtrale de son roman qui était déjà très dialogué.

Les illustrations de Poulbot pour "La Maternelle" font partie du meilleur de l'oeuvre du "Père des Gosses". Le dessin de Steinlen montre ce qu'il pouvait y avoir de commun entre les deux artistes : précision du trait, intérêt pour les déshérités... Poulbot avait une admiration sans bornes pour Steinlen qu'il considérait comme son maître.

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                                         Iberia (1920) Jenny Hasselqvist. Jean Börlin.

Publicité pour le ballet "Iberia" (musique d'Albeniz, orchestrée par Inghelbrecht, gendre de Steinlen).

Steinlen a conçu les décors et les costumes.

 

                                          2  les romans 

 

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                                                              Le Coupable (1896)

Ce ne sont pas des affiches mais des "unes" de journaux entièrement occupées par  le dessin de Steinlen.

Le sujet du livre de Coppée : un enfant enfermé dans un bagne, sollicite toute l'attention et le talent de l'artiste. 

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                                                              Paris (Emile Zola) 1897. détail.

Le sujet du livre : les attentats anarchistes des années 1892-94.

Comme Victor Hugo, Zola est persuadé que seuls le progrès, l'éducation et la justice peuvent venir à bout de la misère et de toute la violence qu'elle génère.

Une masse houleuse glisse vers la ville, guidée par la révolte. On aperçoit le Sacré-Coeur en construction, symbole de l'opulence bourgeoise... Il apparaît comme une forteresse contre laquelle va se cogner la foule en colère.

Pour Steinlen comme pour beaucoup de Montmartrois, la basilique fut considérée comme une écrasante manifestation du triomphe des Versaillais sur le peuple de la Commune.

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                          La Traite des Blanches (1899) 1ère version censurée et deuxième version "rhabillée"

"La Traite des Blanches" roman à scandale qui dénonce les proxénètes.

Steinlen sensible au sort réservé aux prostituées conçoit une affiche qui fait scandale, elle aussi. Il est obligé de la modifier et de couvrir la poitrine nue de la femme au deuxième plan.

Le proxénète vulgaire, ventre en avant contraste avec la femme en noir qui se cache le visage.

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                                                     Les mystères de la Tour Pointue. (1899)

Affiche plus banale, faite pour aguicher le lecteur. Steinlen illustre le premier récit du roman : une femme est accusée d'avoir tué son vieux mari.

On voit ici le véritable assassin : le souteneur de la maîtresse au chapeau emplumé du vieux bourgeois qui refusait de répondre à son chantage!

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                                                                           Le Tunnel (1920)

Il s'agit d'un roman allemand qui eut un grand succès.

Un ingénieur mégalo construit un tunnel entre l'Europe et les Etats-Unis. La casse humaine est considérable : des morts, des blessés...

Steinlen représente ici, dans l'enfer souterrain, un enfant et un cheval, compagnons de misère. Comme dans les mines de charbon, les chevaux restent dans les galeries et ne revoient le jour que pour mourir.

 

                                                                            3   les journaux


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                                                                 Cocorico (1899)

"Une" de Cocorico, journal auquel collaborent Willette, Mucha, Léandre, Steinlen.... (excusez du peu!)

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                                                                   Le Petit Sou (1900)

Comme sur l'affiche du "PARIS" de Zola, une femme, poitrine offerte (référence à "la Liberté guidant le peuple" de Delacroix) entraîne la foule et mène la révolte.

Elle brandit les chaînes qu'elle a brisées.

Une nouvelle fois, le Sacré-Coeur, que Steinlen ne portait décidément pas dans son coeur, apparaît à l'horizon. Il abrite le veau d'or, symbole du lucre et de l'intérêt, symbole aussi du catholicisme qui selon Steinlen (et quelques autres) cherche à maintenir le peuple dans la servitude et l'abêtissement.

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                                            Remarquable esquisse intitulée "La Libératrice"

 

(Livre de référence : Steinlen affichiste. Catalogue raisonné de Réjane Bargiel et Christophe Zagrodski. Ed Grand Pont.)

 

à suivre...

 

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      Liens : Steinlen.(1) Les affiches et les chats.

Steinlen. (3) Les affiches. La Guerre.

Steinlen. (4) Les affiches. La publicité.

Steinlen. Dessins de chats. (5)

Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.


 

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