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14 novembre 2020 6 14 /11 /novembre /2020 12:30
La houppa. Cimetière de Montmartre. Marcelle Capronnier.

     Qui se souvient encore de la Houppa? Peut-être quelques octogénaires qui l'acclamaient pendant les "Six jours" dont elle fut la reine? Mais qui se souvient des Six jours? Le temps fait passer les couleurs, ronge la mémoire et puis éteint la lumière.

La houppa. Cimetière de Montmartre. Marcelle Capronnier.

     C'est par hasard que je suis tombé sur sa tombe au cimetière de Montmartre,  27ème division. J'étais venu saluer Berlioz installé dans son monument de marbre noir quand mon regard fut attiré par une croix du même marbre. Un nom se dédorait, gravé dans la pierre :

 

La houppa. Cimetière de Montmartre. Marcelle Capronnier.

    Hé bien cette Marcelle  Capronnier (1900-1987) qui choisit de s'appeler "la Houppa" à cause de sa chevelure blonde qui lui faisait une houppe de lumière, fut une des artistes les plus populaires de son temps, dans les années 1930...et après guerre.

 

   Non pas pour sa carrière d'actrice qui fut modeste et la vit participer à quelques films comme "Les Misérables" de Raymond Bernard en 1934 ou aux "Casse-pieds" de Dréville en 1948  (où elle est une prostituée qui chante) mais pour son activité à la radio et pour ses talents de chanteuse fantaisiste.

 

    Elle débuta au music-hall, au Petit Casino boulevard Montmartre et à L'Empire avec des chansons aussi peu intellectuelles que possible, simples et joyeuses, parfois un peu lourdingues dans le sous-entendu comme on les aimait alors.

 

     Un de ses titres de gloire fut sa participation aux Six jours de Paris qui étaient une véritable fête populaire, course créée par Bob Desmarets directeur du Vel d'Hiv.

La houppa. Cimetière de Montmartre. Marcelle Capronnier.

   C'est en 1936 qu'elle obtient sa consécration, les coureurs reprenant en chœur avec elle ses chansons! Evidemment le lieu ignorait quel triste symbole il allait devenir six ans plus tard et qui resterait cousu à son souvenir comme une triste étoile.

La houppa. Cimetière de Montmartre. Marcelle Capronnier.

     Pendant l'occupation, La Houppa se réfugie dans le sud où elle participe à l'animation de Radio Nïmes.

 

La houppa. Cimetière de Montmartre. Marcelle Capronnier.

     Après la guerre elle retrouve son appartement modeste du 55 faubourg Saint-Denis où elle est venue vivre dès 1928 et où elle mourra.

 

    Les cyclistes l'apprécient et il n'est pas étonnant qu'ils lui demandent de devenir Présidente d'honneur des "Roule-Toujours" (surnom donné aux porteurs de journaux) qui organisent une grande course annuelle qui les conduit jusqu'à la place du Tertre après l'ascension héroïque de la rue Lepic.

 

Avec Malcuit vainqueur en 1958

Avec Malcuit vainqueur en 1958

     Les femmes participent aussi à la compétition dans leur catégorie. La plus grande championne fut Andrée Régnier qui remporta la coupe onze années consécutives ( de 1948 à 1958)!

 

La Houppa et Andrée Regnier!

La Houppa et Andrée Regnier!

   Avec le temps, va tout s'en va et peu à peu la Houppa cessa d'être la chanteuse populaire et flamboyante qu'elle avait été. Dans son quartier elle organisa une commune libre, clin d'œil à celle de Montmartre et comme Michou plus tard, elle n'eut de cesse de venir en aide aux déshérités, notamment aux personnes âgées sans ressources.

 

    Elle meurt en 1987, âgée de 87 ans. Une plaque a été apposée sur son immeuble :

"Ici a habité Marcelle Capronnier dite "La Houppa", artiste de music-hall, femme d'action engagée, pionnière de la radiodiffusion"

La houppa. Cimetière de Montmartre. Marcelle Capronnier.

   Des mots d'hommage qui éveillent de moins en moins d'écho dans les mémoires et qui ne disent rien de cette femme sensuelle et généreuse, gouailleuse et optimiste, une des incarnations populaires de la parisienne! 

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2 novembre 2020 1 02 /11 /novembre /2020 12:51
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Le cimetière Saint-Vincent est celui du vieux village...

Il en a gardé les proportions modestes et l'aspect tranquille.

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Et pourtant!

Il raconte bien des histoires.

Il abrite des Montmartrois qui aimèrent leur village et participèrent à sa célébrité.

Cette première visite en annonce de nombreuses autres.

Elle nous mènera devant les tombes les plus célèbres, celles qui font partie du circuit minimal obligatoire!

Le lapin Agile vu du cimetière

Le lapin Agile vu du cimetière

    Le cimetière fut  créé sur un terrain en friche par Jacques Bazin (1762-1833) qui fut maire de Montmartre de 1829 à 1831. Il fut inauguré en 1831 par son adjoint qui lui succéda, Jean-Louis Véron.

Jacques Bazin mourut peu après, en 1833 et y fut enterré. Il n'est pas nommé parmi les personnalités du cimetière alors que sans lui ce lieu n'existerait pas! Sa tombe qui a perdu, depuis presque deux siècles, toute inscription, peut se voir division 12, 1ère ligne...

Il serait temps qu'une plaque rappelle que sans lui il n'y aurait à cet endroit que des immeubles semblables à ceux de la rue Caulaincourt!

      Le cimetière était entouré de murs qui subsistent aujourd'hui mais l'entrée était alors située 40 rue Neuve Saint-Denis, à l'emplacement de la rue Saint-Vincent actuelle et non comme aujourd'hui rue Lucien Gaulard à proximité de la place Constantin Pecqueur ...

Une visite rapide nous mènera devant les tombes des "célébrités" locales

Nous aurons le temps (une éternité) de nous recueillir plus tard devant des personnalités moins connues mais qui ont joué un rôle dans l'histoire montmartroise.

Avenue transversale, le vieux calvaire

Avenue transversale, le vieux calvaire

Voici par ordre alphabétique les "stars" auxquelles nous rendrons visite dans ce premier article :

Marce Aymé (10ème division)

Harry Baur (9ème)

Eugène Boudin (12ème)

Marcel Carné et Roland Lesaffre (4ème division)

Jules Chéret (5ème)

Dorgelès (13ème)

Dumesnil (8ème division)

Arthur Honnegger (8ème division)

Claude Pinoteau (3ème division)

Steinlen (14ème division)

Utrillo (4ème division)

Je rajoute en cette Toussaint 2020 Michou figure emblématique du Montmartre des cabarets (division 12)

Tombe de Marcel Aymé (10ème division)

Tombe de Marcel Aymé (10ème division)

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Marcel Aymé (1902-1967)

Inutile de présenter cet écrivain à part, indépendant, libre de style et d'esprit!

Enfant on a pris plaisir aux Contes du Chat perché, plus tard on a souri avec sa Jument verte et malgré les critiques qui le considéraient comme un petit écrivain douteux, on s'est réjoui de son indépendance et de sa truculence.

N'oublions pas son combat contre la peine de mort (la Tête des autres, mise en scène par Barsaq au théâtre de l'Atelier, de l'autre côté de la Butte)

Place Marcel aymé. Le Passe-Muraille (Jean Marais)

Place Marcel aymé. Le Passe-Muraille (Jean Marais)

Le "terrien" attaché à sa Franche-Comté a choisi de vivre à Montmartre.

Il a d'abord habité 9 ter rue Paul Féval, à quelques mètres du cimetière, puis 26 rue Norvins. La rue a changé de nom au niveau du 26 et s'appelle désormais place Marcel Aymé. Une sculpture de Jean Marais représentant l'auteur en passe-muraille veille sur le lieu...

Il se peut que la nuit Marcel Aymé passe à travers le marbre noir de sa tombe pour se balader dans le quartier qu'il aimait!

Tombe de Marcel Carné et Roland Lesaffre. (4ème division)

Tombe de Marcel Carné et Roland Lesaffre. (4ème division)

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Marcel Carné (1906-1996). 10ème division. (voir plan)

comment l'imaginer étendu sous ce marbre triste, lui le magicien de la lumière.

Avec Prévert il a réalisé quelques uns des plus beaux films du cinéma français : Drôle de drame, Le Quai des brumes, Hôtel du nord, Le jour se lève... et surtout le chef d'oeuvre absolu et indémodable : Les Enfants du paradis!

Les Enfants du paradis! Arletty et J.L. Barrault.

Les Enfants du paradis! Arletty et J.L. Barrault.

Sous le même marbre est enterré Roland Lesaffre (1927-2009) second rôle dans les films de Carné mais premier dans son coeur!

Au point d'être le légataire universel du cinéaste... et de passer la nuit infinie avec lui!

Roland Lesaffre (L'Air de Paris de Marcel Carné)

Roland Lesaffre (L'Air de Paris de Marcel Carné)

Tombe de Harry Baur (9ème division)

Tombe de Harry Baur (9ème division)

Sous un marbre noir sinistre, repose un acteur dont on imagine mal quelle fut la gloire dans la première moitié du XXème siècle.

Harry Baur (1880-1943) a investi de sa nature sensible et puissante des héros légendaires et populaires comme Jean Valjean ou Vidocq.

Il a tourné dans de nombreux films de metteurs en scène de son époque, Dréville ou Tourneur. Il a incarné Beethoven chez Abel Gance et Volpone (avec Jouvet) chez Tourneur.

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

La fin de sa vie fut tragique puisque, après avoir tourné (sans état d'âme) en 1942 à Berlin, il fut accusé par la presse française malodorante d'être Juif.

Il s'en défendit mais ne put éviter d'être arrêté et déporté avec sa femme. Après quatre mois d'enquête, les Nazis, convaincus qu'il n'avait pas commis le crime de naître juif, le libérèrent.

Mais l'épreuve avait atteint l'acteur en profondeur et il mourut 4 mois plus tard.

Tombe d'Eugène Boudin (12ème division)

Tombe d'Eugène Boudin (12ème division)

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Qu'elle est triste la tombe d'Eugène Boudin (1824-1898)!

Lui, l'homme du grand large, des ciels immenses, des météores.... il est enterré sous une pierre grise, à un endroit que caresse rarement le soleil!

Ce précurseur (involontaire et modeste) de l'Impressionnisme, cet amoureux de la mer (il fut mousse) et des plages immenses, lorsqu'il sentit la mort approcher, demanda qu'on l'emmenât à Deauville pour mourir face à la mer.

C'était par un jour lumineux du mois d'août, le 8. Il y avait des voiles blanches sur la mer et des amoureux sur la plage.

L'Impératrice Eugénie sur la plage à Trouville (Eugène Boudin)

L'Impératrice Eugénie sur la plage à Trouville (Eugène Boudin)

Admiré de Baudelaire, de Zola, inspirateur de Monet... il fait partie de la grande histoire de l'art français.

Quel mystère que ce sombre carré où dort sous la terre celui qui a ouvert tant de fenêtres sur l'espace et le rêve!

Eugène Boudin

Eugène Boudin

Dans la 5ème division un monument plus opulent avec des médaillons de bronze qui pleurent sur la pierre signale la tombe de Jules Chéret.

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Jules Chéret (1836-1932) est un peintre connu pour son talent d'affichiste.

Il est un des premiers à avoir transformé un art mineur en art à part entière et il n'est pas étonnant que Toulouse Lautrec l'ait admiré et ait été influencé par lui.

Si on peut voir à Paris ses décors peints pour l'Hôtel de Ville ou pour le théâtre du musée Grévin, ce sont ses affiches qui constituent le meilleur de sa production.

Elles donnent l'image la plus éclatante de le Belle Epoque.

Elles sont "en mouvement" comme celles de Lautrec sans pour autant chercher à aller au-delà de la surface trompeuse des visages.

Lautrec est mouvement et mélancolie.

Chéret est mouvemen et insouciance.

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Revenons à la littérature avec Roland Dorgelès (1885-1973) 5ème division.

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Si un écrivain est à sa place au coeur de Montmartre, c'est bien lui!

On connaît les blagues qu'il aimait faire avec ses amis de la bohême et notamment la présentation au Salon des Indépendants d'une toile de Boronali peinte par l'âne Lolo, alias Aliboron, dont la queue avait été trempée dans des seaux de peinture! C'était juste de l'autre côté du mur du cimetière, au Lapin Agile!>

Il est ami des plus illustres Montmartrois : Carco, Mac Orlan, Utrillo, Max Jacob....

Il a eu plusieurs adresses sur la Butte ou dans le IXème arrondissement : rue Lepic, rue La Bruyère, rue Victor Massé ou rue Camille Tahan, près du cimetière Montmartre.

On lui doit des pages vives et nostalgiques sur notre quartier : "Au beau Temps de la Butte"

"Cet après-midi-là j'étais monté sur la Butte, promenade dont je ne me lasse pas. Parfois, c'est la joie qui m'entraîne, comme si je devais retrouver ma jeunesse là-haut; certains jours, en revanche, ce sont les regrets qui me poussent et je vais à Montmartre comme on se rend au cimetière."

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

"Les Croix de Bois" sont le plus connu de ses romans, oeuvre composite, kaléidoscope de destins où les hommes tiennent debout grâce à la camaraderie et sont spectateurs de l'horreur, symbolisée par ces croix hâtivement plantées sur les cadavres.

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

La tombe la plus spectaculaire se signale par un groupe de bronze remarquable en bordure de l'allée d'entrée du cimetière pompeusement appelée "Avenue Caulaincourt".

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

L'oeuvre du sculpteur Emile Bailly représente un ange qui invite avec tendresse une femme à se laisser prendre par la main et guider vers la lumière. Elle évoque un mouvement de danse.

Elle est à sa place sur la tombe d'un homme, René Dumesnil (1879-1967) qui consacra une partie de sa vie à étudier des oeuvres et des musiciens qu'il aimait.

Il fut aussi un grand spécialiste de Flaubert auquel il consacra plusieurs ouvrages.

Malgré la qualité de son travail, René Dumesnil serait sans doute ignoré de la plupart des visiteurs si le groupe de bronze qui danse sur sa tombe n'attirait leur attention.

Tombe de marbre rose d'Arthur Honegger (8ème division)

Tombe de marbre rose d'Arthur Honegger (8ème division)

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

On n'enterre pas la musique sous le marbre, fût-il rose!

Arthur Honegger (1892-1955) est joué aujourd'hui dans le monde entier. Sa tombe simple et claire est souvent fleurie par des admirateurs.

L'homme est séduisant, généreux, humaniste. Bien que Suisse, il a adopté Paris, alors que des Parisiens fortunés choisissaient déjà le pays des banques sans morale!

Pendant l'occupation, il choisit de rester à Paris et de résister avec ses moyens, ceux de la musique.

Jeanne d'Arc au bûcher. Ingrid Bergman écrit : " Dans les bras de Honegger, la main sur le coeur de Claudel, où pourrais-je me trouver mieux?"

Jeanne d'Arc au bûcher. Ingrid Bergman écrit : " Dans les bras de Honegger, la main sur le coeur de Claudel, où pourrais-je me trouver mieux?"

Parmi ses oeuvres les plus populaires, citons le Roi David (1921), Pacific 231 (1923), Jeanne d'Arc au Bûcher (1938) sur le poème de Claudel.

A Montmartre, il a aimé rencontrer Cocteau, Satie, Picasso...

Le petit cimetière Saint-Vincent se console avec lui de n'avoir pas été choisi par Berlioz qui habitait pourtant à moins de 100 mètres. L'inspiratrice de la Symphonie Fantastique, Harriet Smithson y fut quelque temps inhumée avant que Berlioz ne transférât le corps de celle qui avait été sa femme et la mère de son fils au nouveau cimetière de Montmartre.

Tombe de Pinoteau (3ème division)

Tombe de Pinoteau (3ème division)

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Dans la 3ème division, repose depuis huit ans et demi un cinéaste populaire, Claude Pinoteau (1925-2012).

Peut-être aurait-il été plus à sa place au cimetière de Neuilly, ville où il vécut et mourut. Il est vrai qu'il y a peu de cinéastes à Saint-Vincent, à part le génial Carné et Méliès!

(Attention, il ne s'agit pas de Georges Méliès le magicien mais de son frère Gaston, lui même cinéaste aux Etats-Unis!)

La Gifle.Adjani, Girardot. (1974)

La Gifle.Adjani, Girardot. (1974)

Ses films les plus célèbres restent "La Gifle" et "La Boum". g>

Pas sûr que dans un siècle on en parle encore!

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

L'ordre alphabétique garde pour la fin deux artistes emblématiques de Montmartre: Steinlen et Utrillo.

La tombe de Steinlen (1859-1923) dans un angle du cimetière est constituée de pierres à peine taillées, posées les unes sur les autres et disloquées par les racines d'un arbuste.

Elle convient à celui qui resta marginal et lutta toute sa vie pour les déshérités, les victimes d'un ordre social inique. Il habitait non loin de là, sur ce qui fut le Maquis et devint la rue Caulaincourt. Son Cat's Cottage était accueillant aux crève-la-faim et aux chats. Des dizaines de chats efflanqués y trouvèrent refuge et inspirèrent à leur bienfaiteur des croquis et des dessins qui restent inégalés.

Personne mieux que Steinlen n'a dessiné les chats! Il n'est pas étonnant qu'au premier rayon de soleil, ils viennent se coucher sur sa tombe!

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

A tout Seigneur tout honneur... une des plus belles tombes est celle d'Utrillo.

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

Inutile de présenter notre Montmartrois!

Rappelons qu'il est né rue du Poteau au bas de la Butte et qu'il a vécu longtemps au coeur du vieux village. Il a peint des dizaines de toiles représentant les rues et les places de notre quartier. Selon les périodes, ses oeuvres sont plus ou moins naïves, plus ou moins mélancoliques. Parfois les immeubles forment un décor de théâtre, sans acteurs, d'autres fois de petits personnages passent et disparaissent.

Utrillo n'est pas décoratif, il n'est pas pittoresque et quand il s'inspire des clichés, il donne à voir une ville où la tristesse suinte sur les murs malgré les couleurs. Son oeuvre est comme suspendue entre l'enfance et la mort.

Suzanne Valadon et son fils

Son monument funéraire est adossé au mur qui le sépare de la rue des Saules et du Lapin Agile qu'il a souvent fréquenté et peint.

Rue Saint Vincent, le Lapin Agile et les murs du cimetière.

Rue Saint Vincent, le Lapin Agile et les murs du cimetière.

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.
Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

    Et voilà en ce novembre 2020, le plus jeune des hôtes célèbres du cimetière. Il s'agit de Michou que tous les Montmartrois connaissaient appréciaient et aimaient. 

Ce picard venu à 20 ans à Paris où il pouvait vivre plus aisément son homosexualité dirigera un  cabaret de drag-queens talentueuses aptes à se métamorphoser en Bardot, Dalida, Vartan... 

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

     Il a imposé sa personnalité avec sa veste bleue, ses lunettes démesurées et sa chevelure hyper oxydée. 

Son originalité ne dissimulait pas un cœur plus gros que lui et beaucoup sur la Butte peuvent témoigner de l'attention qu'il portait aux personnes âgées ou isolées.  les invitations qu'il leur adressait pour venir partager champagne et repas dans son cabaret faisaient partie de ces moments de gaité et de partage qui mettent du soleil dans la grisaille.

Cimetière Saint-Vincent. Montmartre. (1). Les "célébrités"- Marcel Aymé-Harry Baur-Eugène Boudin-Marcel Carné et Roland Lesaffre-Jules Chéret-Dorgelès-Dumesnil-Arthur Honegger-Steinlen-Utrillo.

     Il est mort le 26 janvier 2020, un mois et demi avant le grand confinement.

 

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23 juillet 2020 4 23 /07 /juillet /2020 13:11
Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.
Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

    Rien ne nous consolera de la destruction sauvage du cirque Médrano qui fut indépendamment de son architecture remarquable un lieu historique que fréquentèrent quelques uns des plus grands peintres qui vivaient alors à Montmartre...

                                                                   Picasso

    Aucun amoureux de paris ne se consolera du vandalisme des années Pompidou qui écrasa les Halles de Baltard, le Palais de marbre rose, les quais historiques…

Les promoteurs connurent avec ce président agrégé et amateur d'art leur âge d'or!

Le cirque est l'école de la fraternité.

Le cirque est l'école de la fraternité.

   Sur l'indigent immeuble qui a pris la place du cirque Médrano, une fresque a été peinte, côté rue des Martyrs. Elle rend hommage à ce que fut ce lieu sans prétendre le remplacer.

                           L'enlaidissement irrémédiable de notre ville!

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

    La mairie du IXème a confié la réalisation à deux artistes, sur le thème de la fraternité. Audrey Feuillet et Oscilia Glé sont ces ceux magiciennes qui eurent l'idée pour illustrer ce thème de rendre hommage au cirque disparu en imaginant un monde réconcilié où les hommes et les animaux vivraient en bonne amitié.

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

     Beaucoup d'humour dans la représentation des artistes et des animaux, tous occupés, face au public, à faire leur numéro ou à flemmarder en regardant la piste.

Sur la droite, Monsieur Loyal est un cheval qui annonce l'entrée des artistes...

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

     Tandis qu'à côté de lui trois castors aux yeux brillants sont bien décidés à "buller"...

Les bulles irisées qui réjouissent les enfants sont partout présentes dans la fresque, comme autant d'invitations à la légèreté et au rêve.

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

     L'éléphant spectateur est assis sur les gradins d'un cirque en plein ciel, en plein voyage sur un fond de ciel et de carte du monde avec les océans et les continents...

Les enfants des écoles ont participé par leurs suggestions à la réalisation et c'est sans doute pourquoi l'éléphant tient des pop-corns sur les genoux. Les insupportables pop-corns qui envahissent les salles de cinéma….

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

    L'hippopotame, le zèbre, la girafe et le lion, côte à côte dans un monde où il n'y a ni prédateur ni proie… Le lion n'oublie pas qu'il est le "roi" et roupille sur le dos à l'abri de la girafe!

Il n'est pas intéressé par les deux acrobates-cyclistes qui unissent leur adresse et leur couleur...

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

     Les orangs-outans font leur cinéma et la ramènent en rappelant à tous le secret du bonheur : Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire... 

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

     Au centre de la piste, un lion-dompteur fait passer un homme à travers le cerceau. Inversion de la tradition qui veut que ce soit l'homme qui exploite les animaux et non le contraire. Y aurait-il un message dans ce numéro?

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

    Le clown et le cochon. Et pas n'importe quel clown!

Il s'agit de Boum Boum! Géronimo Médrano. Ici avec un cochon dressé d'après une photo. Clin d'oeil au célèbre clown qui dort pour l'éternité au cimetière de Montmartre et à un animal intelligent, plus que le chien.

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

     Le prestidigitateur ne fait sortir que des bulles de son chapeau tandis qu'il est porté par le lapin blanc qui habituellement prend la place des bulles!

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

     L'ours n'est plus l'animal cruellement dressé par un montreur de foire mais un spectateur attentif à qui un enfant offre des ballons.

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

                    Le crocodile va à la pêche!

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

    Le tigre fait des bulles...

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

Personne ne fera la peau au jeune phoque qui se roule dans les nuages...

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

   Il ne reste plus à nos trapézistes qu'à jouer avec l'espace tandis que le grand rideau rouge s'ouvre pour nous laisser voir un pays où la fraternité concerne toutes les créatures, un monde idéal comme nos rêves!

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.

     ...et où c'est un minuscule oiseau qui aide à écarter les tentures, rappelant à chacun l'histoire du colibri qui lorsque l'incendie dévore la forêt, va et vient porteur d'une simple goutte d'eau dans son bec: "je fais ma part" dit-il.

      Ici il s'agit de promouvoir la fraternité, chacun y a sa part!

Fresque du cirque rue des Martyrs. Médrano.
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27 juin 2020 6 27 /06 /juin /2020 15:08
Levalet. Amour aveugle. 26 juin rue d'Orsel (mur du théâtre de l'Atelier)
Levalet. Amour aveugle. 26 juin rue d'Orsel (mur du théâtre de l'Atelier)
Levalet. Amour aveugle. 26 juin rue d'Orsel (mur du théâtre de l'Atelier)
Levalet. Amour aveugle. 26 juin rue d'Orsel (mur du théâtre de l'Atelier)

     Levalet est un des plus doués et des plus originaux des artistes qui se font connaître en décorant les rues de leur collage. On se rappelle comment il avait transformé la rue Véron en galerie surréaliste.

     Il nous offre aujourd'hui en ce mois de juin déconfiné une fable amoureuse à la fois élégante et pleine d'humour.

Il faut se dépêcher d'aller la voir avant que les tags ne la recouvrent et les nettoyeurs ne la liquident!

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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 19:28
Rue Cauchois.  Montmartre.

C'est une jolie rue de Montmartre, calme et quasi provinciale à deux pas de la nerveuse rue Lepic et de la très branchée rue des Abbesses!

Rue Cauchois.  Montmartre.

Comme bon nombre de ses consoeurs montmartroises, elle doit son nom au propriétaire qui fit lotir ses terrains dans la deuxième moitié du XIXème siècle.

L'ancienne impasse Cauchois qui fait partie aujourd'hui de la rue.

L'ancienne impasse Cauchois qui fait partie aujourd'hui de la rue.

Il existait une impasse qui portait son nom et qui fut absorbée par la rue lorsqu'elle fut prolongée. Cette impasse n'a que des numéros impairs, elle est comme une excroissance de la rue qui après cette hernie, poursuit son chemin jusqu'à la rue Constance et l'Impasse Marie Blanche.

Rue Cauchois.  Montmartre.

Courte rue mais grand passé.... Sur ses 133 mètres de nombreux personnages plus ou moins célèbres ont vécu...

Rue Cauchois.  Montmartre.
Rue Cauchois.  Montmartre.

Au commencement, rue Lepic, se trouve le Café des deux moulins que le film Amélie Poulain a fait connaître au-delà de nos frontières. Il n'est pas rare de voir des Japonais, souriants et émus, y faire de selfies...

Rue Cauchois.  Montmartre.

Au 4, jouxtant les 2 Moulins, il y eut au début du XXème siècle un bar-hôtel dont une photo garde le souvenir, avec le sourire des marchandes de fleurs faisant une pause avant d'escalader la Butte et de proposer aux passants leur bouquets.

Le 3

Le 3

Au 3, petit immeuble sans éclat, le peintre Amédée Buffet (1869-1934) eut son atelier.

Rue Cauchois.  Montmartre.

Oublié aujourd'hui, il connut le succès et reçut des commandes nombreuses. Avec son frère Paul, il fut chargé de remplacer les toiles de Goya qui avaient été détruites dans la Chartreuse espagnole d'Aula Déi. Le fantôme du génial Espagnol ne le paralysa pas tout à fait!

Pour preuve de son renom, on le trouve dans la délégation envoyée officiellement pour représenter les artistes français à l'Exposition Universelle de 1905, aux côtés de Renoir, Sisley et Monet!

Le 7

Le 7

Le 7 se protège derrière de hauts murs qui abrite une villa du XIXème classée. C'est là que vécut pendant 35 ans, le commissaire Bourrel, le fin limier de l'émission télévisée "Les 5 dernières minutes".

"Sur le Banc". Souplex et Sourza.

"Sur le Banc". Souplex et Sourza.

Raymond Souplex (1901-1972) commença comme chansonnier et se produisit souvent au Théâtre des Deux Ânes sur le boulevard voisin.

Peu à peu s'effacera son souvenir tant il est vrai qu'il ne brilla jamais dans des chefs d'œuvre.

On le connaît encore un peu pour avoir été le clochard de "Sur le Banc" avec sa complice, Jane Sourza.

On oubliera peut-être aussi qu'il répondit à l'invitation du Reich et alla à Berlin en 1943, tous frais payés, représenter la chanson française. Ce qui lui valut un blâme à la Libération.

Il ne fut pas le seul dans le convoi dont Piaf et Viviane Romance faisaient partie...

Le 10.

Le 10.

Le 10 est un somptueux immeuble aux larges fenêtres et au décor 1900-bourgeois (par opposition au 1900-artiste de Guimard).

Rue Cauchois.  Montmartre.

Pendant quelques années de sa courte vie, un des écrivains de théâtre les plus audacieux et les plus torturés y vécut.

Il s'agit de Bernard-Marie Koltès (1948-1989) dont Patrice Chéreau mit en scène quelques pièces.

Joué dans le monde entier et toujours actuel, il  a été frappé en pleine créativité, emporté par le SIDA.

Parmi ses pièces les plus représentées, on compte "Combat de nègre et de chiens" ou "Dans la solitude des champs de coton".

La pierre blanche de la tombe de Koltès.

La pierre blanche de la tombe de Koltès.

Rue Cauchois.  Montmartre.

Il est enterré à une centaine de mètres de la rue Cauchois, cimetière Montmartre...

Le 10

Le 10

      Dans ce même immeuble et pendant quelques années communes a vécu Copi le génial dessinateur de la femme assise qui nous a réjouis à chaque parution du Nouvel obs.

 

Rue Cauchois.  Montmartre.

    Copi a accompagné avec son humour et sa poésie toute la période de libération sexuelle cruellement meurtrie par les années Sida. Il a dessiné pour Hara Kiri, Charlie Hebdo puis pour Libération avec son personnage de Libérett', transexuelle qui a choqué nombre de lecteurs pas si libérés que ça!

 

    Ses pièces ont été montées par quelques grands metteurs en scène comme Lavelli (La journée d'une rêveuse avec Emmanuelle Riva).

                  Une visite inopportune. (Duchaussoy, Hiégel)

 

     C'est alors qu'il participe aux répétitions de sa pièce "une visite inopportune" (un homosexuel vit ses derniers jours sur un lit d'hôpital) qu'il meurt, le 14 décembre 1987, deux ans avant Koltés.

A gauche, au fond de l'ancienne impasse, le 11...

A gauche, au fond de l'ancienne impasse, le 11...

Le 11 est aujourd'hui une maison au style architectural affirmé, manifeste du "rationalisme" des années vingt, à la fois fonctionnel et original. (seul bâtiment classé de la rue avec le 7)

Mais... ce n'est plus le nid d'amour, détruit, d'un couple hors normes, d'un homme et d'une femme exceptionnels qui s'aimèrent jusqu'à ce jour de 1922 où ils quittèrent ce monde, non pas sur la butte, mais à la montagne... à Chamonix.

Il s'agit de Marcel Sembat et Georgette Agutte.

Il serait prétentieux de vouloir retracer la vie et le destin de ces deux amoureux! Simplement rappeler que Marcel Sembat (1863-1922) que beaucoup ne connaissent que par la station de métro, ligne 9, la rue et le square du XVIIIème, fut un grand humaniste, un socialiste de conviction et de cœur, adepte de la transparence, hostile aux privilèges que s'octroient les puissants.

Il fut un des initiateurs de la Loi de séparation des églises et de l'Etat, que certains beaux esprits remettent en cause aujourd'hui!

Il fut ministre des Travaux Publics en 1914... Il adhéra à la Franc Maçonnerie et créa à Montmartre la Loge de la Raison.

Il fut également un passionné d'art et notamment de peinture, défenseur des Fauves, ami et admirateur de Matisse. Il écrivit sur ce peintre la première monographie connue.

Il meurt d'une hémorragie cérébrale en 1922 à Chamonix

 

Rue Cauchois.  Montmartre.
Rue Cauchois.  Montmartre.

Georgette Agutte est un peintre qui apprit  de Gustave Moreau la liberté et l'audace, se lança de toute sa conviction dans la combat du fauvisme.  Elle était collectionneuse et possédait une collection remarquable, de Matisse notamment.

Après un premier mariage, elle rencontre Marcel Sembat. Ils se ressemblent, partagent le même idéal de justice, de paix, le même goût pour l'art libre et audacieux... Les Cahiers noirs de Marcel Sembat nous livrent sans fard, la force sensuelle et spirituelle de leur union.

Rue Cauchois.  Montmartre.

Tous deux habitent 11 rue Cauchois. Ils vont souvent à Bonnières sur Seine où Sembat possède une maison familiale et à Chamonix où ils ont acquis un chalet, le "Murger".

Le jour où Marcel sembat meurt brutalement, Georgette Agutte après l'avoir veillé, écrit à son neveu :

"Je ne peux pas vivre sans lui. Minuit. Douze heures déjà qu'il est mort. Je suis en retard".

Elle se tire une balle dans la tête.

Rue Cauchois.  Montmartre.
Le 15

Le 15

Au 15, dans l'ancienne impasse, un autre peintre eut son atelier : Charles Bombled (1862-1927).

Charles Bombled. Cheval à l'écurie.

Charles Bombled. Cheval à l'écurie.

Né à Chantilly, il aimait les chevaux. Sa gloire relative lui venait de ses représentations nombreuses de militaires, de scènes de combats napoléoniens....

Rue Cauchois.  Montmartre.

prise de ConstantineMais aussi de sa participation à des journaux comme la caricature ou le Chat Noir.

Enfin, il participa au théâtre d'ombres avec ses tableaux en silhouettes de la conquête de l'Algérie.

Rue Cauchois.  Montmartre.

Un bel immeuble original avec bow-windows fait l'angle avec l'ancienne impasse tandis que se succèdent côté impair de petites maisons avec jardinet qui donnent à la rue son aspect paisible et quasi provincial.

Rue Cauchois.  Montmartre.

Avant de quitter la rue Cauchois et ses fantômes, revenons au 15 où un autre peintre que Bombled vécut et eut son atelier.

Il s'agit de Léon Huber (1858-1928).

Cet homme étonnant, bon vivant, humaniste, poète et soucieux de venir en aide aux pauvres gens de son quartier à qui il offrait chaque matin un repas, avait une passion : les chats!

Rue Cauchois.  Montmartre.

Grün, un de ses fidèles amis, l'a caricaturé, à moitié métamorphosé en chat, en train de peindre une toile à l'aide de sa queue-pinceau!

Rue Cauchois.  Montmartre.

Léon Huber mit en scène les petits animaux "domestiques" dans toutes les situations, les plus tendres ou les plus cocasses. Son style était classique, un tantinet mièvre. Mais il plut.

Aujourd'hui encore les chats de Léon Huber sont recherchés des collectionneurs et adorateurs des petits félins.

On ne peut quitter plus sympathiquement la rue Cauchois.... avec un grand miaou de reconnaissance à cet homme qui fut "artiste, violoniste, fumiste, jem'enfichiste"!

.... et à moitié chat!

 

Rue Cauchois.  Montmartre.
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3 juin 2020 3 03 /06 /juin /2020 09:58
Le square Carpeaux  Montmartre.

    Un square qui avec Vincent Delerm et Modiano est entré dans la poésie et la littérature!

    7500 m2 au pied des falaises d'immeubles construits entre 1909 et 1919 par l'architecte Georges Debrie puis Adolphe Bocage pour abriter des familles modestes. 

Entrée du square rue Joseph de Maistre. En arrière plan les immeubles Weill.
Entrée du square rue Joseph de Maistre. En arrière plan les immeubles Weill.

Entrée du square rue Joseph de Maistre. En arrière plan les immeubles Weill.

Le square Carpeaux  Montmartre.

    Alexandre Weill crée sa fondation en 1905 dans un but philanthropique. Plusieurs immeubles sont érigés grâce à elle notamment boulevard Berthier.

    L'ensemble de la rue Marcadet est remarquable par son souci de luminosité et ses nombreux balcons. On souhaiterait que nos logements sociaux actuels aient toujours un tel souci esthétique et de confort! 

Le square Carpeaux  Montmartre.

    Le porche monumental 205 rue Marcadet porte les trois lettres d'Alexandre et Julie Weil.

Le square Carpeaux  Montmartre.

     Du côté de la rue Carpeaux se développe la splendide façade de la caserne des pompiers, achevée en 1900 par l'architecte Paul Héneux. C'est là que fut organisé en 1937 pour le 14 juillet un bal populaire qui eut tant de succès qu'il fut repris par de nombreuses casernes du pays pour devenir avec les années une fête populaire "traditionnelle".

Le square Carpeaux  Montmartre.

     Le square s'étend sur un terrain qui fit partie jadis du cimetière Montmartre, le cimetière Nord et qui en 1879 fut désaffecté.

Jean-Baptiste Carpeaux (Soumy)

Jean-Baptiste Carpeaux (Soumy)

    Il reçoit le nom de Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) pour honorer ce sculpteur  considéré comme l'un des plus importants du XIXème siècle.

Napoléon III (Carpeaux)

Napoléon III (Carpeaux)

    Homme du nord, de Valenciennes qui recevra selon sa volonté une bonne partie de ses œuvres, il est aussi lié au 2nd Empire, apprécié de Napoléon III et bénéficiaire de commandes officielles.

Le square Carpeaux  Montmartre.

    Ses réalisations sont célèbres et il est difficile de faire un choix. Pour un parisien, le groupe de la danse de l'Opéra reste sans doute son chef d'œuvre, tant il est vivant, vibrant et solaire.

Le square Carpeaux  Montmartre.

    Sa dernière réalisation est la fontaine des 4 parties du Monde dans le jardin de l'Observatoire qu'il termina quelques mois avant sa mort à 48 ans d'un cancer de la vessie.

Le square Carpeaux  Montmartre.

     Dans le square deux sculpteurs ont été sollicités pour deux statues. La première représente Carpeaux avec une austérité qui ne rend pas justice à l'aspect original et quasi baroque de ses œuvres.

 

Le square Carpeaux  Montmartre.

    La statue est de Léon Fagel (1851-1913) sur une stèle de Henri Bans. Elle date de 1929. Fagel est né à Valenciennes comme Carpeaux et comme lui il y est enterré.

Parmi ses réalisations les plus connues figurent le buste de Carpeaux ainsi que les sculptures de la façade du Petit Palais sur les Arts et métiers (avec J. B. Hugues). On lui doit encore la statue de Lamarck dans les jardins du Museum.

 

Sans oublier son groupe le plus célèbre, le monument de Wattignies à Maubeuge.

Monument de la victoire de Wattignies à Maubeuge.

Monument de la victoire de Wattignies à Maubeuge.

Le square Carpeaux  Montmartre.

     Sur la stèle de pierre qui porte la statue du sculpteur sont fixés deux médaillons de bronze. Le premier représente Charles Carpeaux, le fils du sculpteur qui participa aux fouilles d'Angkor et au dégagement du Bayon. 

Le square Carpeaux  Montmartre.

     Le second médaillon représente Louis Carpeaux fils cadet du sculpteur et qui fut capitaine de l'Infanterie coloniale.

Pas de médaillon pour Louise Carpeaux, la fille de la fratrie, artiste et sculptrice. Il faut croire que les femmes n'avaient pas la même valeur que les hommes!

 

     La deuxième statue du square fut appréciée des Parisiens qui aimaient poser devant elle.

Le square Carpeaux  Montmartre.

 

     Il s'agit de "La Montmartroise" parfois appelée "La Parisienne" représentant une grisette, main sur la hanche, portant un tambour.

Le square Carpeaux  Montmartre.

    La statue installée en 1907 est due à Théophile Camel (1863-1911) qui bien que né à toulouse a été un artiste montmartrois, bien oublié aujourd'hui. Elle représente la femme telle que l'idéalisent les peintres à une époque pas vraiment féministe. Elle est couturière, lingère, élégante naturellement et accueillante comme le suggère le petit amour qui l'accompagne.

 

    Montmartre est présent encore par le moulin en voie d'effacement sculpté sur le tambour et la palette qui suggère que la jeune femme posait volontiers pour les peintres de la Butte.

 

Le square Carpeaux  Montmartre.

     La Montmartroise a été vandalisée et il lui manque l'avant-bras droit et une partie de la main. Il serait grand temps de la restaurer et de lui rendre toute sa grâce!

Le square Carpeaux  Montmartre.

Avant de quitter ce square, comment ne pas évoquer la chanson de Vincent Delerm "le baiser Modiano."

 

"C'est le soir où près du métro

Nous avons croisé Modiano (…)

(…) Et le baiser qui a suivi

Sous les réverbères sous la pluie

Devant  la grille du square Carpeaux

Je l'appelle Patrick Modiano."

 

 

      Et comme Paris est une ville enchantée... Modiano qui n'avait jamais parlé de ce square fut surpris au point de croire que Delerm avait fait une enquête et découvert que lorsqu'il avait 20 ans et habitait près du boulevard de Clichy, il aimait s'y promener et s'asseoir sur un banc près de la Montmartroise...

P.S : Un commentaire reçu après l'écriture de cet article me signale que le film de Michel Gondry "La Science des rêves" a été en partie tourné dans le square Carpeaux.

              Le square serait donc propice aux rêves et aux apparitions!

 

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23 mai 2020 6 23 /05 /mai /2020 16:32
Louise Michel. Oppozit.fr

Louise Michel. Oppozit.fr

Louise Michel, la Vierge Rouge, la révoltée au cœur immense...

Il faudrait des volumes et des volumes pour lui rendre justice...

 

Je suis allé au cimetière de Levallois déposer des œillets rouges sur sa tombe.

Mais Louise Michel n'y était pas!

Elle n'aime pas les cimetières où elle a vu porter en terre tant et tant de ses compagnons et compagnes de lutte.

 

Louise Michel à Montmartre.

 

Elle est toujours présente sur la Butte où ses admirateurs et ses amoureux vont à sa recherche.

J'ai essayé d'aller à sa rencontre là où elle a vécu, lutté, écrit... dans ce Montmartre qu'elle a aimé et qui a été en partie détruit...

Louise Michel à Montmartre.

 

Ce n'est qu'un survol (incomplet à coup sûr) de sa grande vie, limitée à notre quartier ... aux lieux qu'elle y a fréquentés...

D'autant plus incomplet que bien des maisons et des immeubles où elle est passée ont disparu....

Louise Michel à Montmartre.

C'est en 1856 qu'elle arrive à Paris laissant avec peine sa mère tant aimée, Marianne (déjà la République!) Michel

Elle a 26 ans et est habitée par la passion d'écrire. Elle admire le grand homme de la littérature, Victor Hugo avec qui elle échangera quelques lettres et qu'elle rencontrera plusieurs fois après son retour d'exil.

La Commune vue par Tardi

La Commune vue par Tardi

Victor Hugo lui dédia des vers incandescents quand au cours de son procès, après la Commune, désespérée d'avoir vu mourir tant de ses compagnons, elle réclama la mort aux juges en s'accusant à tort d'être criminelle :

.

Ayant vu le massacre immense, le combat,

Le peuple sur sa croix, Paris sur son grabat

La pitié formidable était dans tes paroles.

Tu faisais ce que font les grandes âmes folles

Et, lasse de lutter, de rêver de souffrir,

Tu disais : "J'ai tué!" car tu voulais mourir.

 

 

Louise Michel à Montmartre.

Les "grandes âmes folles"

La plus belle description de ce qu'était Louise Michel!

Elle ne croyait pas en Dieu, elle revendiquait la liberté de penser et de ne pas croire... et pourtant Hugo emploie ce mot "âme" car il sait qu'il y a une âme là où il y a le sens du sacré. Le sacré pour Louise Michel, c'est la vie, la plus infime, la plus misérable, la plus menacée...

La vie des rejetés, des exploités, la vie des femmes réduites à un rôle subalterne...

La vie des bêtes aussi...

Louise Michel à Montmartre.

Des mots d'une troublante actualité pour notre temps où les images volées dans les abattoirs font honte à notre humanité qui pour le profit est capable d'une cruauté inouïe.

"Plus l'homme est féroce avec les bêtes, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent"

Boulevard des Batignolles

Boulevard des Batignolles

Rue du Château d'eau...

Rue du Château d'eau...

Sa première adresse n'est pas montmartroise mais proche de la Butte ... boulevard des Batignolles, au 88.

Son premier poste d'institutrice (on dit alors sous-maîtresse) est dans la pension de Madame Vollier, en 1857, 14 rue du Château d'eau...

Rue des Cloÿs, à droite.

Rue des Cloÿs, à droite.

 

Sa mère vend quelques champs qui lui restent pour acheter à sa fille en 1865 un externat rue des Cloÿs, au 5.

Ici commence la vie vraiment montmartroise de Louise Michel!

5 rue des Cloÿs...

5 rue des Cloÿs...

Il ne reste rien du petit immeuble crayeux où elle enseigna... Un complexe de bureaux d'expertise comptable et une association créée par des avocats pour des avocats... qui n'auraient pas défendu les communards vite jugés, car ce sont des fiscalistes!

Rue Championnet

Rue Championnet

Au 24 rue Championnet, (anciennement rue Oudot) elle ouvre ensuite un cours pour 60 élèves. Elle est une passionnée de l'enseignement, de la transmission du savoir... elle croit, comme Victor Hugo qu'ouvrir une école c'est fermer une prison...

Emplacement du 24 rue Championnet

Emplacement du 24 rue Championnet

L'immeuble lui aussi a disparu, remplacé par un centre médical réservé aux agents de la RATP!

Louise Michel à Montmartre.

Elle sait qu'il est urgent de changer la condition des femmes. Aux jeunes filles qu'elle éduque, elle donne les armes de la révolte pour l'égalité...

"Les Anglais font des races d'animaux pour la boucherie; les gens civilisés préparent les jeunes filles pour être trompées, ensuite ils leur en font un crime et un presque honneur au séducteur."

Statue de Derré.

Statue de Derré.

"Partout l'homme souffre dans la société maudite; mais nulle douleur n'est comparable à celle de la femme. Dans la rue elle est une marchandise. Dans les couvents elle se cache comme dans une tombe. (...) Dans son ménage le fardeau l'écrase; l'homme tient à ce qu'elle reste ainsi pour être sûr qu'elle n'empiètera pas sur ses fonctions, ni sur ses titres.

(...) Ce que nous voulons c'est la science et la liberté."

Immeuble à l'emplacement du 24 où aurait été l'école de Louise Michel

Immeuble à l'emplacement du 24 où aurait été l'école de Louise Michel

Pendant les interrogatoires que subira Louise Michel en 1871,  une erreur typographique entraînera la confusion entre le 24 rue Oudot et le 24 rue Houdon.

Bien des biographies ont retransmis cette erreur. Des lecteurs attentifs m'ont averti et j'ai pu corriger cette erreur que j'avais moi-même commise. Il n'y eut pas d'école dirigée par Louise Michel rue Houdon. (voir les commentaires )

 

Louise Michel à Montmartre.

Quand survient la chute du Second Empire, l'espoir d'en finir avec un gouvernement honni habite corps et âme Louise Michel. C'est pendant ces années 1870-1871 qu'on peut le mieux suivre ses pas sur la Butte!

Louise Michel à Montmartre.

Au 82-90 boulevard de Clichy, à l'emplacement de l'actuel Moulin Rouge, au Bal de la Reine Blanche, on la voit au Club du même nom, avec Clémenceau tenir une réunion publique. Le "club rouge de la Reine Blanche" était un des plus actifs des clubs révolutionnaires. On s'y réunissait tous les soirs à 20 heures.

 

 

41 rue de Clignancourt

41 rue de Clignancourt

Quand elle fait partie du Comité de Vigilance du 18ème, elle se rend  41 rue de Clignancourt. C'est là qu'habite Théo Ferré, un compagnon de lutte et d'idéal.

"Les comités de vigilance de Montmartre ne laissaient personne sans asile, personne sans pain"

42-54 rue de Clignancourt. Emplacement du Château Rouge.

42-54 rue de Clignancourt. Emplacement du Château Rouge.

En 1871, le Comité de vigilance se réunit un peu plus haut, au Château Rouge, célèbre bal depuis 1847. Le parc et le château ont disparu, avalés par les promoteurs. Des immeubles uniformes et sans grâce les ont remplacés.

 

Les canons de Montmartre.

Les canons de Montmartre.

Quand survient l'épisode fameux des canons de Montmartre, elle est aux avant-postes. Nous sommes le 18 mars 1871. Jour historique du début de la Commune. Thiers qui craint une insurrection du peuple a donné ordre à la troupe de récupérer les canons, payés par souscription populaire pendant le siège.

Louise Michel à Montmartre.
Louise Michel à Montmartre.

Les 171 canons de Montmartre sont disposés, prêts à faire face à l'ennemi prussien sur le flanc de la Butte à l'emplacement actuel de la rue St Eleuthère, du square Nadar, d'une partie des aménagements pour l'accès au Sacré Coeur. Ils sont à peine gardés mais quand les soldats dirigés par le général Lecomte arrivent sur la Butte, le peuple de Montmartre fait face et bientôt de nombreux soldats fraternisent avec lui. Le général Lecomte qui donne l'ordre de tirer sur la foule est arrêté par ses soldats.

 

Exécution des généraux.... (reconstitution)

Exécution des généraux.... (reconstitution)

Emplacement des exécutions.

Emplacement des exécutions.

Dans la soirée, après un jugement sommaire, il sera conduit au 36 rue du Chevalier de la Barre (alors rue des Rosiers, aux 6- 8) et fusillé par ses hommes malgré l'opposition de Clémenceau, avec le général Thomas responsable d'une sauvage répression sanglante en juin 1848.

 L'espoir ce jour-là, malgré l'injuste exécution des généraux, montra le bout de son nez. La troupe et le peuple avaient fraternisé, tenant tête à ceux qui avaient accepté la défaite. Thiers et les Versaillais se montreront d'autant plus cruels qu'ils auront senti ce jour-là que le peuple en révolte pouvait les vaincre...

Le matin du 18 mars Louise Michel est présente et c'est elle qui soigne Turpin, rue des Rosiers, blessé après avoir défendu les canons. L'institutrice se transforme en infirmière...

Eglise Saint-Bernard

Eglise Saint-Bernard

La résistance s'organise et Louise Michel est de toutes les luttes. Elle participe avec Théo Ferré au club de la Révolution, club blanquiste de 3000 membres, église St-Bernard, rue Affre. Cette même église qui plus d'un siècle plus tard  (1996) ouvrira ses portes aux familles de réfugiés.

 

Louise Michel à Montmartre.

Elle fréquente un autre club, celui de la Boule Noire, 120 bd Rochechouart. Elle y milite pour la création d'écoles professionnelles pour les filles.

L'endroit a bien changé; c'est le music-hall "La Cigale" qui l'occupe aujourd'hui. Une petite salle en sous-sol garde la mémoire du vieux bal de la Boule Noire .

 

Parmi les décisions du Conseil de la Commune, on peut citer entre autres : les repas populaires, les pensions accordées aux blessés, aux veuves, aux orphelins, les expériences d'autogestion dans les entreprises, l'union libre, la séparation bien avant 1905 de l'Eglise et de l'Etat!

Louise Michel était partie prenante de toutes ces avancées ...

 

Elle est alors directrice de l'école communale, 26 rue du Mont-Cenis...

Encore un bâtiment disparu... remplacé par l'école actuelle bâtie plusieurs années après la Commune...

Louise Michel à Montmartre.
Tardi

Tardi

Si le 18 mars est le jour de naissance de la Commune, le 23 mai est celui de sa fin.

Le mois de mai, le temps des cerises...

L'armée de Thiers est forte de 130 000 hommes et progresse grâce à l'aide prussienne. Les barricades s'élèvent dans le Paris populaire et Louise Michel est présente sur plusieurs d'entre elles.

Louise Michel à Montmartre.
La place Blanche

La place Blanche

La barricade de la place Blanche

La barricade de la place Blanche

Une des plus héroïques est celle de la place Blanche, connue pour avoir été défendue par les femmes.

"Si la réaction eût autant d'ennemis parmi les femmes qu'elle en avait parmi les hommes, Versailles eût éprouvé plus de peine. La femme, cette prétendue faible de cœur, sait plus que l'homme  dire : Il le faut! Elle se sent déchirée jusqu'aux entrailles, mais elle reste impassible. Sans haine, sans colère, sans pitié pour elle même ni pour les autres, il le faut, que le cœur saigne ou non.

Ainsi furent les femmes de la Commune..."

 

Début de la rue de Clignancourt

Début de la rue de Clignancourt

Non loin de là, Louise Michel apporte son aide aux blessés de la barricade de la Chaussée de Clignancourt ( 1-2 rue de Clignancourt). Elle y est blessée et laissée pour morte.

Louise Michel à Montmartre.

En réalité elle n'est qu'évanouie après avoir été blessée. Alors que les Versaillais pourchassent les résistants, elle se réfugie dans le cimetière Montmartre, avenue Rachel. Elle se cache près de la tombe d'Henri Murger, l'auteur de la Vie de Bohême.

Rien ne reste du village où eurent lieu les événements tragiques

Rien ne reste du village où eurent lieu les événements tragiques

Plus tard, elle retourne sur la Butte, là où se trouve un poste de la Garde Nationale, au 36 rue du Chevalier de la Barre, là où les généraux avaient été fusillés et où seront exécutés de nombreux communards.

 C'est un des endroits où le sang de la Commune ne sèchera jamais, un lieu de fusillades et de massacres.

Aujourd'hui, il ne reste rien du cadre d'alors, des jardins, des petites maisons villageoises. la rue est sans grâce et comme hantée par les souvenirs qu'elle a effacés avec acharnement. Les hauts murs du Carmel, le chevet de la Basilique écrasent ce lieu de mémoire et en font un des endroits sinistres de la Butte.

 

Louise se livre aux Versaillais qui ont arrêté sa mère afin de la contraindre à la reddition. 

Prison des femmes à Versailles (Louise Michel y "séjourne" en août 1871 avant la déportation

Prison des femmes à Versailles (Louise Michel y "séjourne" en août 1871 avant la déportation

Malgré la mauvaise qualité du document, il est possible de reconnaître Louise Michel, dans la prison des Chantiers à Versailles. Elle est debout, bras croisés, sur la droite.

Après un procès où elle impressionnera les juges par sa détermination et son désir de mourir, elle est condamnée à la déportation en Nouvelle Calédonie.

Elle y sera fidèle à elle-même, elle y enseignera, s'intéressera au peuple Kanak dont elle prendra la défense contre les spoliations coloniales. Elle  apprendra leur langue, recueillera les légendes et les poèmes épiques qu'elle publiera plus tard...

Elle hébergera également des chats errants... Elle est de celles qui sentent que toutes les créatures sont unies dans le même mystère de la vie et de la souffrance...

45 boulevard d'Ornano

45 boulevard d'Ornano

Nous la retrouverons en 1880, de retour d'exil.

Elle habite 45 boulevard d'Ornano.

Elle est alors réclamée pour de nombreuses conférences. Elle prend le temps de publier son roman "La Misère" et de prononcer un vibrant plaidoyer contre la peine de mort.

Henri Rochefort caricaturé en Don Quichotte par Gill

Henri Rochefort caricaturé en Don Quichotte par Gill

Nobody is perfect et on regrettera son peu d'engagement dans l'affaire Dreyfus. Il est vrai que son ami Rochefort est violemment antisémite. C'est une ombre jetée sur la grande figure de la Vierge Rouge qui fut pourtant comparée par Victor Hugo à l'héroïne qui tua le monstrueux Holopherne, "Judith, la sombre Juive".

Louise Michel à Montmartre.

Après des années à Londres où elle dirige une école libertaire (elle a fait choix du  drapeau noir, celui du deuil de ses amis et des innocents massacrés) elle revient en 1895 quelques mois avant la mort de sa mère.

"Pauvre mère! Elle eut avec moi bien peu de jours paisibles. Quand elle vint à Montmartre, toute brisée de la mort de ma grand-mère, la Révolution arrivait, je la laissais seule de longues soirées; après ce furent des jours, puis des mois, puis des années. Pauvre mère! Pourtant je l'aimais tant que je ne serai heureuse qu'en allant la retrouver dans la terre où l'on dort."

15 rue d'Orsel.

15 rue d'Orsel.

En 1895 toujours, elle participe au Libertaire, journal fondé par Sébastien Faure, dont le siège est 15 rue d'Orsel.  Le siège est un grand mot pour une cabane de bois dans le cour du petit immeuble...

Les dernières années de sa vie sont consacrées aux conférences et à l'écriture... 

La Commune a été sa vie et sa mort... Elle survit à ces mois d'espoir et de souffrances, avec les fantômes de ses compagnons...

Louise Michel à Montmartre.
Obsèques de Louise Michel

Obsèques de Louise Michel

Ce n'est pas à Montmartre mais à Marseille qu'elle meurt en janvier 1905. Lors de son enterrement  des milliers de Parisiens suivront son convoi de la gare de Lyon au cimetière de Levallois.

Le square Louise Michel

Le square Louise Michel

Aujourd'hui le square qui couvre la Butte au sud, devant le Sacré Cœur de la revanche versaillaise, porte son nom. Des chats y vivent en liberté, nourris par de belles personnes, de vieilles dames que certains traitent de folles...

 

... et que Louise Michel aurait aimées...

Louise Michel..."Grande âme folle" comme l'appela Victor Hugo

"Folle'...... il fallait l'être pour engager la lutte avec les armes du savoir et du rêve contre les forces aveugles du pouvoir et de l'argent...

Louise Michel à Montmartre.

Elle fait partie désormais de notre éternité temporaire, celle des hommes et des femmes qui restent debout, celle de "ceux qui vivent", comme l'écrit Victor Hugo :

"Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent; ce sont

Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front.

Ceux qui d'un grand destin gravissent l'âpre cime.

Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime."

 

 

Photo montage de Féline Harfang

Photo montage de Féline Harfang

"Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange

Un jour de palme un jour de feuillages au front

Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche"

 

 

(Aragon)

Louise Michel à Montmartre.
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20 mai 2020 3 20 /05 /mai /2020 08:26
Rue Ziem. Rue Armand Gauthier. Un ensemble architectural du début du XXème siècle.

     Il y a des rues de Paris qui présentent une telle unité architecturale qu'elles sont comme un musée à ciel ouvert. La rue Ziem et la rue Armand Gauthier sont de celles-là!

Rue Ziem. Rue Armand Gauthier. Un ensemble architectural du début du XXème siècle.

     Nous sommes dans le quartier des Grandes Carrières, dans cette partie de Montmartre livrée à la spéculation immobilière au début du XXème siècle. Les programmes immobiliers s'adressent à une bourgeoisie aisée, comparable à celle qui investit dans les quartiers chics de  l'ouest parisien.

Les carrièree en 1804 (Lefranc)

Les carrièree en 1804 (Lefranc)

    À l'emplacement des carrières de gypse exploitées depuis le Moyen-Âge, subsistaient de petites maisons populaires faciles à exproprier. Un architecte se voit confier le lotissement de ces deux rues. Il s'agit d'Armand Gauthier.

Rue Ziem. Rue Armand Gauthier. Un ensemble architectural du début du XXème siècle.

     Son nom a été donné à la courte rue, terminée en escalier (nous sommes à Montmartre) où il vécut, satisfait sans doute d'ouvrir ses fenêtres sur ses réalisations! Il est le seul personnage un peu connu qui ait habité cette voie qui aujourd'hui s'apparente à un musée qui lui rend hommage.

Rue Ziem. Rue Armand Gauthier. Un ensemble architectural du début du XXème siècle.

    Nous sommes dans la première décennie du XXème siècle. Chaque immeuble porte la signature de Gauthier ainsi que sa date de construction, 1906 ou 1907.

Rue Ziem. Rue Armand Gauthier. Un ensemble architectural du début du XXème siècle.

    La rue Gauthier va de la rue Ziem à la rue Eugène Carrière. Elle suit une courbe harmonieuse et se termine par un escalier.

Rue Ziem. Rue Armand Gauthier. Un ensemble architectural du début du XXème siècle.

    Ces falaises de pierre claire seraient semblables à beaucoup d'autres sans le rythme et l'ornementation de leurs façades. Gauthier n'est pas un génie de l'Art Nouveau mais il concilie habilement la tradition haussmannienne et les tendances nouvelles.

il  sait que ses "clients" soucieux de leur image n'ont pas envie d'investir dans des immeubles de style "nouille" comme ils appellent l'art nouveau trop audacieux pour eux. 

Rue Ziem. Rue Armand Gauthier. Un ensemble architectural du début du XXème siècle.

     Mais il a le sens de l'harmonie, il sait épouser la courbure du terrain et il sait aussi varier le décor de ses immeubles même s'il fait appel à des sculpteurs sans audace.

Le 2

Le 2

Le 4

Le 4

Le 6

Le 6

Côté pair les 2, 4 et 6.

Le 2 donne d'un côté rue Gauthier, de l'autre rue Ziem.

Rue Ziem. Rue Armand Gauthier. Un ensemble architectural du début du XXème siècle.

     Côté impair, le 1 est le seul immeuble qui ne soit pas de Gauthier. Il est le seul également qui combine la souplesse de l'Art Nouveau avec des décors floraux typiques de cet art. Il est dû à Paul Marteroy et a été édifié en 1907. Cet architecte avait un plus grand renom que Gauthier. Il était architecte en chef de la ville de Paris et on lui doit plusieurs réalisations dans divers arrondissements.

Rue Ziem. Rue Armand Gauthier. Un ensemble architectural du début du XXème siècle.
Rue Ziem. Rue Armand Gauthier. Un ensemble architectural du début du XXème siècle.

Les 3, 5 et 7. Une belle unité et un sens de l'harmonie… cette rue Gauthier aussi calme qu'une impasse est un havre paisible à deux pas de l'animation du boulevard de Clichy….

L'artère débouche sur la rue Ziem dont tous les immeubles sont l'œuvre d'Armand Gauthier.

Rue Ziem. Rue Armand Gauthier. Un ensemble architectural du début du XXème siècle.

    La rue porte le nom de Félix Ziem (1821-1911) un peintre qui fit partie de l'école de Barbizon avant de consacrer l'essentiel de son  œuvre à Venise dont il fut amoureux. Il y a dans ses toiles une lumière onirique et on comprend en voyant certaines e ses toiles qu'il ait pu être considéré comme un des précurseurs de l'Impressionnisme.

 

Entre le 2 (à droite) et le 1

Entre le 2 (à droite) et le 1

Le début de la rue entre le 1 et le 2 a fière allure avec ses immeubles comme des proues de navire!

2 bis

2 bis

Le 4

Le 4

Le 6

Le 6

Rue Ziem. Rue Armand Gauthier. Un ensemble architectural du début du XXème siècle.
Le 8

Le 8

Le 8 est un des plus beaux avec  ses sculptures plus originales, ses consoles florales et animales à la fois.

Le 12

Le 12

Le 12 est le dernier immeuble côté pair. Il est théâtral et termine en beauté ce côté.

     On voit que tous ses immeubles au décor varié sont assez sages par rapport au délire poétique du modern style. Mais ils sont aujourd'hui un témoignage du goût d'une époque qui considérait que la beauté des façades était une obligation, un hommage à la ville, à tous les passants occasionnels.

Rue Ziem. Rue Armand Gauthier. Un ensemble architectural du début du XXème siècle.
Rue Ziem. Rue Armand Gauthier. Un ensemble architectural du début du XXème siècle.
Rue Ziem. Rue Armand Gauthier. Un ensemble architectural du début du XXème siècle.
Rue Ziem. Rue Armand Gauthier. Un ensemble architectural du début du XXème siècle.

Coté impair, les 3, 5, 7 et 9.

Rue Ziem. Rue Armand Gauthier. Un ensemble architectural du début du XXème siècle.

La rue avant de se jeter dans la rue Eugène Carrière, se termine par la place Nattier (Jean-Marc Nattier, portraitiste du XVIIIème siècle).

 

Nous arrivons ensuite dans le rue Eugène Carrière, peintre lui aussi, spécialiste de la mère et de l'enfant, dans une palette ocre et trouble. Il a sa statue sur la place qui s'appelle depuis un an place Nougaro.

 

Mais c'est un étrange personnage qui nous dit aurevoir au moment où nous nous éloignons de ces rues harmonieuses et cossues. 

 

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13 mai 2020 3 13 /05 /mai /2020 07:05
Pierre Jacob. Un chansonnier de la rue Lepic. Montmartre.

     Pierre Jacob! Peu de gens hors de Montmartre connaissent son nom.

    Quand un visiteur passe rue Lepic et qu'il lève la tête sur la façade du 53, il découvre une plaque commémorative…..

Pierre Jacob. Un chansonnier de la rue Lepic. Montmartre.

    Il apprend que cet homme fut chansonnier et qu'il écrivit la "célèbre chanson rue Lepic".

Pierre Jacob. Un chansonnier de la rue Lepic. Montmartre.

    J'avoue que je ne connaissais pas cette célèbre chanson! je l'ai écoutée et l'ai trouvée charmante et conventionnelle. Sans doute pas au point de mériter un tel excès d'honneur… (Bruant au secours!)

Pierre Jacob. Un chansonnier de la rue Lepic. Montmartre.

     Elle a été chantée par Yves Montand et par Patachou. Les paroles de Pierre Jacob ont été mises en musique par Michel Emer.  Que dit cette romance qui a assuré à son auteur la célébrité (relative)?

Voici le début de ce chef d'oeuvre :

 

 

Dans l'marché qui s"éveill'

Dès le premier soleil,

Sur les fruits et les fleurs

Vienn'nt danser les couleurs

Rue Lepic

Voitur's de quatr' saisons

Offrent tout à foison

Tomat's roug's raisins verts

Melons d'or z'et prim'ver's

Au public,

Et les cris des marchands

s'entremêl'nt en un chant

Et le murmur' des commèr's

Fait comme le bruit d'la mer

Rue Lepic

 

 

Pierre Jacob. Un chansonnier de la rue Lepic. Montmartre.

      N'est pas Rimbaud qui veut! Plus modestement n'est pas Bruant qui veut! Il y a fort à parier que sans la gouaille charmeuse de Montand, la chansonnette serait tombée dans l'oubli!

 

     Pierre jacob, heureusement, ne s'est pas contenté de nous donner cette seule chanson. Il avait d'ailleurs en arrivant à Montmartre le désir d'y devenir Peintre. Il dessina au fusain de nombreuses vues du vieux Paris mais il se rendit compte très vite que là n'était pas sa vocation.  Son frère Jean Germain assuma pour la famille cette carrière de peintre!

Il illustra lui aussi la rue Lepic avant de lui préférer les lumières de Venise.

 

 

     Pierre Jacob fait ses débuts en 1925 au cabaret de La Vache enragée dont l'enseigne, une vache folle, reprend le totem des célèbres défilés carnavalesques de Montmartre, les vachalcades.

La Lune Rousse en 1904

La Lune Rousse en 1904

En 1921 le cabaret qui était situé rue Lepic avait changé d'adresse et s'était installé place Constantin Pecqueur où il laissa carte blanche à Pierre Dac, Raymond Souplex...

Mais l'essentiel de la carrière de Pierre Jacob se passe au cabaret de la Lune Rousse...

   

  C'est un haut-lieu de l'impertinence montmartroise. Quand Pierre Jacob rejoint l'équipe des chansonniers-poètes, le cabaret "historique"  surnommé "la Comédie Française de la Chanson" a quitté le boulevard de Clichy pour le 58 rue Pigalle.

     C'est là que Pierre Jacob acquiert une honorable renommée de chansonnier un peu Pierrot, pas vraiment méchant, auteur de chansons sympathiques qui ont oublié le mordant et l'insolence de ses prédécesseurs. 

Pierre Jacob. Un chansonnier de la rue Lepic. Montmartre.

 

     Il a du charme, il plaît aux dames et notamment à l'une d'elles, artiste un peu connue, Josia Saint Clair.

 

Il l'épouse et vit avec elle rue Lepic. Catherine Lara à qui on demandait ce qu'elle remarquait en premier chez un homme répondait "sa femme"!

On serait tenté de faire de même. Josia Saint-Clair est une femme sensuelle et roucoulante. Elle chante avec talent et enchante le Vieux Logis  33 rue Lepic, non loin de son appartement 53 rue Lepic.

 

Le Vieux Logis aujourd'hui

Le Vieux Logis aujourd'hui

Elle chante des chansons de son mari ou de quelques autres comme Jean Lumière...

 

Elle survit à son chansonnier de mari pendant plus de 30  ans et elle arrosa  en 2010 son centenaire en même temps que celui de la Pomponnette où elle fut fêtée par le tout Montmartre:

 

     Ce qui a contribué au renom de Pierre Jacob et de sa "célèbre" chanson, c'est le moyen métrage que le réalisateur anglais Christopher Miles tourna en 1968 sur la rue Lepic en filmant la "Course au ralenti" créée par Pierre Labric (maire de Montmartre en 1929 et le premier à avoir descendu à bicyclette les 220 marches de la rue Foyatier).

Pierre Jacob, à bord d'une Torpille Renault de 1911 gravissait la Butte accompagné de sa passagère Vanessa Miles à laquelle il racontait ses souvenirs montmartrois, sur fond musical de sa chanson! (voir le livre de Roussard "Les Montmartrois".

   

La course au ralenti primait le véhicule qui arrivait le dernier au sommet de la Butte après avoir franchi la distance considérable de 580 mètres!

Nous donnerons à Pierre Jacob le dernier mot, ou plus exactement le dernier couplet de sa célèbre chanson malgré ses clichés et les inévitables moulins !

 

"La fill' avec amour

À sa rue dit bonjour

Et la rue extasiée

La regarde passer

Et la rue

Monte, monte toujours

Vers Montmartre, là-haut

Vers ses moulins si beaux

Ses moulins tout là-haut

Rue lepic."

Pierre Jacob. Un chansonnier de la rue Lepic. Montmartre.
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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 15:43
Louise Abbéma autoportrait

Louise Abbéma autoportrait

    

    Voilà une artiste qui fut pendant sa vie une créatrice de premier plan.

    Elle fut reconnue, décorée, admirée...

    Le temps passant, l'histoire de l'art ne retenant que les peintres novateurs et le sommet brillant de l'iceberg, toute la partie immergée tombe dans l'oubli.

     Ainsi en serait-il de Louise Abbéma, femme originale et peintre de talent, si elle n'avait rencontré Sarah Bernhard..

 

Louise Abbéma. Une artiste oubliée. Montmartre. Sarah Bernhardt.

      Elle est liée à notre quartier puisqu'elle a 14 ans quand sa famille après quelques années italiennes vient s'installer à Paris, 47 rue Laffitte.

      C'est là que plus tard, de 1883 à 1907 elle aura son atelier.

                                  Louise Abbéma dans son atelier.

Femmes turques se parant de bijoux (Louis Devédeux  1820-1874)

Femmes turques se parant de bijoux (Louis Devédeux 1820-1874)

   Elle est attirée par la peinture et elle prend des cours de dessin avec Louis Devédeux , ami de ses parents. Elle ne reste que quelques mois élève de ce peintre orientaliste qui est réquisitionné pour combattre les Prussiens en 1870.

Carolus duran (Louise Abbéma)

Carolus duran (Louise Abbéma)

    Elle aime alors aller au Louvre où elle reproduit les toiles qu'elle aime. C'est là qu'elle fait la connaissance de Carolus Duran. Elle est invitée à fréquenter  l'atelier pour femmes qu'il dirige avec Henner.

    

           La femme au gant (Carolus Duran). Le peintre a pris sa femme pour modèle

       Elle reçoit une formation qui explique peut-être pourquoi elle est restée en dehors des grands courants artistiques de la deuxième moitié du XIXème siècle. Carolus Duran qu'on range (parfois à tort) parmi les peintres académiques lui apprend la spontanéité, l'inutilité des dessins préparatoires, l'importance du trait spontané et du travail sur la lumière. Le portrait de sa femme qui l'a rendu célèbre résume bien son art influencé par Manet qu'il admire.

Carolus Duran (Louise Abbéma)

Carolus Duran (Louise Abbéma)

      Louise apprécie ce peintre dont elle fait des croquis, des portraits et qui restera un ami.

Son deuxième maître est Henner, lui aussi classé parmi les "académiques" alors qu'il est un des grands peintres de nus représentés dans des lumières oniriques.

  Il aura son atelier place Pigalle.

 

    Carolus Duran et Henner sont également des portraitistes et c'est dans cet art du portrait que Louise va exceller.

Elle peint plusieurs toiles qu'elle envoie année après année au salon, sans se lasser. elle n'est pas du genre à se décourager et elle choisit une devise qui lui ressemble : Je veux.

Jeanne Samary (Louise Abbéma)

Jeanne Samary (Louise Abbéma)

    Son fort caractère lui donne confiance en son talent et la persuade qu'elle n'a plus besoin de leçons lorsqu'elle envoie au Salon, en 1876 un tableau qui va changer sa destinée picturale!

                                           Esquisse du portrait de 1876 disparu

Louise Abbéma. Une artiste oubliée. Montmartre. Sarah Bernhardt.

     Il s'agit d'un portrait de Sarah Bernhardt, aujourd'hui disparu, qui fait sensation et lui attire toutes les louanges

   

  On peut parler d'une rencontre providentielle comme on en fait parfois  et qui vous ouvre de nouvelles voies. Les deux femmes ont un fort caractère, un goût prononcé pour l'indépendance. Leur talent leur permet de n'avoir aucun complexe. Sarah apprécie cette nouvelle amie au point de faire d'elle, avec Clairin, son peintre officiel.

Sarah Bernhardt (Clairin)

Sarah Bernhardt (Clairin)

     Sarah Bernhardt est la diva absolue! Elle va ouvrir les portes du succès à Louise et attirer vers elle la haute société soucieuse d'être "dans l'air du temps" et d'exposer dans ses salons un portrait du peintre de Sarah Bernhardt!

      La grande amitié entre les deux femmes s'avère solide au point que Sarah aime séjourner chez Louise, 11 boulevard de Clichy.

On pourrait les croire à l'opposé l'une de l'autre à en juger à l'exubérance vestimentaire, aux audaces de l'une et à l'aspect corseté et austère de l'autre.

    Pourtant tous les témoignages montrent Louise comme une femme joyeuse, pleine d'humour et de goût de vivre, fort différente de son aspect extérieur.

Séverine la décrit comme "un abbé janséniste affublé en cotillons". Il y a des portraits plus sympathiques! Il s'explique peut-être par les convictions libertaires et féministes de Séverine. Louise Abbéma n'étant ni l'une ni l'autre! 

"En art, la femme n'est nullement opprimée. Toutes celles qui ont quelque chose à dire l'ont dit."

"Je ne crois pas que la réussite ait été plus difficile à la femme qu'à l'homme."

Sarah Bernhardt (Louise Abbéma)

Sarah Bernhardt (Louise Abbéma)

     Sarah et Louise s'apprécient et se respectent. Sarah aime écouter Louise parler de peinture (d'autant plus qu'elle peint et sculpte elle-même) et Louise ne se lasse pas d'entendre Sarah raconter avec humour ses rencontres et ses succès.

                                          Sarah Bernhardt (Alfred Stevens)

Elles fréquentent toutes deux, avenue Frochot, l'atelier d'Alfred Stevens, grand ami de Sarah dont les portraits d'élégantes connaissent un immense succès.

 

                                 Le printemps. Panneau de Louise Abbéma.

   Louise est sensible aux mouvements artistiques même si elle n'y adhère pas vraiment. On peut cependant lui accorder sa place dans l'Art Nouveau, avec ses panneaux décoratifs à entrelacs floraux… ses éventails peints…  ses décors muraux.

             Eventail de Louise Abbéma. Sarah Bernhardt dans un jardin japonais

   Elle conçoit des affiches et des publicités qui sont plus proches de Mucha que de Toulouse Lautrec. 

     Peut-être son succès dans la haute société la rend-elle prudente devant les extraordinaires mutations que connaît l'avant-garde artistique. Elle a eu l'occasion de voir et d'admirer les Impressionnistes et de connaître Monet mais elle était trop bien intégrée dans sa réputation et son aisance pour se lancer avec eux dans une aventure où à l'évidence elle aurait eu sa place.

   Quelques oeuvres d'elle nous permettent d'imaginer les chemins qu'elle aurait pu suivre.

     Les mairies parisiennes dont les fresques murales sont un témoignage de cette époque où Paris était capitale artistique de l'Europe, ont fait appel à Louise Abbéma pour décorer quelques panneaux.

Il en est ainsi pour l'Hôtel de Ville,  les mairies des 7ème, 10ème et 20ème arrondissements.

  Elle décora également le théâtre Sarah Bernhardt, aujourd'hui Théâtre de la Ville, dont l'intérieur a été sauvagement détruit en 1966, vidé de ses ors et de ses pourpres pour devenir le Théâtre de la Ville, si mal conçu, si inconfortable qu'il a fallu entreprendre de le remanier  en 2016 et fermer ses portes. On attend toujours sa réouverture! 

La foire aux chevaux (Rosa bonheur)

La foire aux chevaux (Rosa bonheur)

    Louise a été à la fin du XIXème et au début du XXème reconnue comme un grand homme! C'est à dire qu'on lui a décerné le titre de Chevalier de la Légion d'honneur en 1906! 

Elle était alors la 2ème femme peintre (après Rosa Bonheur) à le recevoir.

     

                                    Jeanne Samary (Louise Abbéma)

 

Aujourd'hui Louise Abbéma est un peu connue dans le milieu des spécialistes de l'histoire de l'art qui lui reconnaissent un grand talent.

     Elle est capturée par des mouvements féministes et lesbiens qui en font une femme libre, volontaire, dégagée du patriarcat. En fait, elle était à l'aise dans la société et ne remettait pas en cause la domination masculine.

Son goût pour les femmes est assez courant dans son milieu. Il est possible que Sarah et elle aient été amantes avant de devenir les meilleures amies. Louise menait en ce domaine une vie discrète et ne cherchait pas un rôle de libératrice des mœurs. Je ne sais cependant s'il faut la croire lorsqu'elle écrit que sans sa passion pour la peinture elle se serait mariée et aurait eu des enfants.

(En annexe je cite le poème de Montesquiou qui lui est dédié et qui ne laisse aucun doute sur ses goûts).

                                                   Renée Delmas (Louise Abbéma)

      

     

     Elle fut artiste, femme de caractère, indépendante et libre, peintre de grand talent, éclairée par la lumière de Sarah Bernhardt...

     Le musée d'Etampes (ville de sa naissance) permet de la rencontrer, de la connaître et de ne pas oublier son nom....

                                           La dame avec les fleurs (1883)

Louise Abbéma... 

Un nom  qui ne s'effacera pas tant que celui de Sarah fascinera. Louise lui doit sa survie artistique alors qu'elle est un témoin de son époque, de la classe privilégiée qu'elle peint sans audace mais avec sensibilité . C'est peut-être là sa signature la plus secrète : une tristesse, une solitude, une lassitude dans le regard de ses modèles, comme une blessure, une accusation qui n'osent s'exprimer avec plus de véhémence.

 

Annexe

Poème de Montesquiou dédié à Louise Abbéma, ici nommée Abîme.

 

Abîme

 

Non rien n'est absolu, disait un jour Catulle;

Le vice qui ,chez nous, saphique s'intitule

Et consiste à mettre Elle à la place de Lui,

A des soirs de relâche et des matins d'ennui

Qui souhaitent parfois de connaître autre chose

Que l'effort sans effet et que l'effet sans cause.

Sapho fut infidèle et Phaon le passeur,

Dont l'étreinte n'était pas celle d'une soeur,

La reprit à la douce Attys, à ses compagnes,

Qui s'en allaient à deux errer dans les campagnes.

Abîme qui depuis des ans a le renom

D'avoir une compagne au lieu d'un compagnon,

Abîme, je vous jure, amis, m'a pris la... main,

Et ce geste m'a fait, j'avoue, une peur bleue.

 

(On comprend cette peur chez un homme qui n'aimait que les hommes!)

 

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