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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 12:46

 

                                                       L'ange de l'Annonciation (l'archange Gabriel)

                                                              L'église

Pourquoi les fresques de l'église de Saint-Sornin sont-elles si peu connues alors qu'elles sont un témoignage remarquable de la peinture religieuse de la fin de la Renaissance?

 

Il faut s'asseoir dans le choeur et les regarder se détacher peu à peu, prendre vie et couleurs...

 

On a l'impression en découvrant ce qui a pu en être sauvé après le retrait de plusieurs couches de badigeon, de sentir la main de l'artiste qui les a créées.

Un artiste inconnu, un spécialiste des anges qu'il devait côtoyer, perché sur son échafaudage. J'ai lu quelque part qu'il s'agirait d'un certain Gaultier. je n'en ai trouvé aucune confirmation. Mais pourquoi pas Gaultier? Un nom de vieux terroir et de poètes médiévaux.

Bien qu'à l'évidence plusieurs peintres aux styles différents aient participé à la réalisation de ces fresques...

Dans la belle église romane, l'ancien choeur détruit par les Anglais a été reconstruit au XVème siècle. Un choeur gothique donc, composé de deux travées voûtées d'ogives, terminées par un chevet plat. C'est sur les murs du choeur qu'ont été peintes les scènes que nous découvrons aujourd'hui.

                                                  L'Adoration des Mages

  Sur le mur du chevet, à droite, c'est la partie la mieux conservée. La comète comme un trait de feu désigne l'enfant qui est déjà un petit homme occupé à bénir ceux qui se prosternent devant lui.

 

Les corps penchés autour de l'enfant( la vierge et Joseph à gauche, les mages à droite) font autour de lui un cercle chaleureux. 

 

Les visages sont doux et graves. Le peintre s'est sans doute inspiré des gens qu'il côtoyait. Ce sont des visages réels, individualisés, sans formalisme. La vierge aux grands yeux baissés fait une moue un peu ridicule, comme celle que l'on voit sur le visage des mamans qui grondent tendrement leurs petits. 

                                                    Les bergers (nativité)

                                                             

Sur le côté gauche, la fresque a été plus endommagée. Elle représente les bergers adorant l'enfant que l'on peut deviner, vague forme blanche dans les bras de sa mère. On peut tenter de voir derrière les mains jointes de l'homme du premier plan la tête du boeuf de la crêche.

 

Comme on peut imaginer l'âne aux oreilles grises  à côté de l'épaule de Marie.

Ainsi devant ces fresques parvenues jusqu'à nous malgré vicissitudes et dégradations, sommes-nous invités à créer, à être peintre, à être poète.

La vierge a les yeux baissés et les mains jointes, tandis que dans les hauteurs l'ange qui a guidé les bergers, chante la gloire de dieu.

 

 

 

                                                                        

                                               L'Annonciation

 

Toujours sur la mur du chevet, au-dessus des deux fresques de la Nativité, est peint l'archange Gabriel aux ailes rouges, descendant au milieu des nuages, fleur de lys à la main pour annoncer à Marie qu'elle va devenir mère de Dieu...

Cette fresque à elle seul assurerait à l'ensemble sa renommée... L'ange est beau, à la fois aérien et solide. Il apparaît entre ses ailes de feu comme l'ange de la Résurrection.

J'interprète sans doute mais j'aime penser que le peintre a voulu que cet ange de Noël fût aussi celui de Pâques.

 

Marie agenouillée reçoit bras ouvert l'apparition. Son visage déjà est tourné vers la terre.

Au-dessus de cette scène, sous la voûte piquée d'étoiles, on peut distinguer un ange un peu dodu qui porte la couronne destinée à la servante du seigneur

De l'autre côté, une assemblée d'anges contemplent et commentent... comme s'ils étaient installés dans un salon de nuages, en train d'échanger les dernières nouvelles!

La tonalité brun rouge de l'ensemble me fait penser sans chercher de cohérence aux murs de Pompéi et à l'effacement des images. Ici aussi il y a eu incendies, morts, destructions... et cette présence obstinée de la trace humaine, de la peinture comme d'un entêtement de la vie et de la beauté.

 

A suivre : les fresques des murs latéraux.  Saint-Sornin. Eglise. Fresques. (2)

 

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Liens : Charente Maritime. tous les articles :

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17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 09:47
Poème. Le bracelet de ma mère.

 

Le semainier

 

 

 

Elle avait voulu pour la fête des mères un semainier

Sept anneaux d'argent 

Un pour chacun de ses enfants

Trois filles quatre garçons

Elle le portait chaque jour et ne s'en défaisait que la nuit

Elle le posait sur la table à côté de son lit

Près d'un réveil qui ne disait plus l'heure

 

Elle aime ce bracelet c'est son préféré

Celui dont le bruit scintille au moindre mouvement

Avec des ricochets de soleil sur les anneaux d'argent

Un pour chacun de ses enfants

Trois filles quatre garçons

Pour ceux qui sont vivants

Pour les deux qui sont morts et ne le sauront pas

 

Jeudi matin elle était allongée dans la chambre

Les yeux fermés comme des poings 

La bouche close elle appelait à l'aide 

Avec la voix sans voix des cauchemars 

J'ai répondu à son appel

J'ai posé sur sa joue un baiser

J'ai glissé sa main dans les anneaux d'argent

Trois filles quatre garçons

 

Les deux hommes en noir ont fermé le cercueil

 

...

 

Poème. Le bracelet de ma mère.
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27 novembre 2018 2 27 /11 /novembre /2018 19:26
Maman bientôt 98 ans. EHPAD des Lilas.

    Il a fallu s'y résigner… Maman ne pouvait plus rester chez elle.

    Nous avons espéré ardemment qu'elle ne quitterait son appartement que la nuit où elle s'y endormirait, en douceur, s'éloignant dans un tunnel ouvert sur la lumière, avec là-bas, lui tendant les bras, son père tant aimé, sa mère, son fils et sa fille enfin retrouvés….

Maman bientôt 98 ans. EHPAD des Lilas.

     Mais non! Son corps robuste de fille du nord, a tenu bon dans les tempêtes, comme un marin à la barre.  Un marin qui peu a peu a perdu le pied marin et s'est mis à chavirer, à tomber sur les tapis et ne pouvoir se relever, avec son chat inquiet à ses côtés.

Avec Bruno

Avec Bruno

     Il a fallu s'y résigner, tout laisser, tout abandonner, 60 ans de souvenirs qui avaient poussé dru dans cet appartement où vivait la tribu, 7 enfants!

avec Jean-Loup

avec Jean-Loup

      Il a fallu, après les urgences et l'hôpital, s'exiler dans un EHPAD, bâtiment où l'on concentre les vieux qui vivent trop longtemps.

Avec moi gros poussah!

Avec moi gros poussah!

     Nous l'entourons, nous passons des heures avec elle, nous répondons sans dire la vérité à ses questions pour savoir quand elle rentrera chez elle avec son chat.

Avec Marianne

Avec Marianne

    Mais maintenant je sais quelque chose que je ne savais pas.

    J'ai eu tant de mal ces dernières années à l'aimer sans penser à moi, en oubliant mes plaies...

Je ne comprenais pas qu'à son âge on pût ressembler au nourrisson que son instinct protège et dont la survie ne dépend que des autres.

Avec Jean-Loup

Avec Jean-Loup

Maman bientôt 98 ans. EHPAD des Lilas.

Je ne savais pas qu'un jour

dépouillée de tout 

étrangère à toute souillure

dans une banlieue au nom de fleurs

elle serait reine.

Maman bientôt 98 ans. EHPAD des Lilas.

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11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 08:46


         (...)  Côte à côte serrés, sans plainte, sans murmure,
           Nos soldats grelottants écoutent l'âpre cri
           D'un rapace de nuit, là-haut dans la ramure.
           L'eau monte, envahit tout. Et l'implacable ciel
           Semble pleurer sans fin de la glace et du fiel.


                                                                     Bois des Caures, devant Flabas, le 13 novembre 1914

                 L'homme qui écrit ces vers dans les tranchées parmi les plus abominables de la Grande Guerre survit sans doute grâce à la poésie qui lui permet de s'élever au-dessus de la boue et de la peur. Il est alors au Bois des Caures, un endroit qui fut jadis idyllique et qui au début de l'offensive allemande est transformé en enfer de sang et de terre mêlés. En février, la violence de l'assaut sera telle que 90% des chasseurs français seront décimés après avoir vu tomber plus de 80 000 obus... 

                        Je suis celui qui vient du monstrueux carnage,
                     L'anonyme blessé que la mort a frôlé,
                     Celui dont les yeux clairs ont vu l'ardent mirage
                     Flamber dans la mitraille et le souffle et l'orage...

                  



     (Illustration d'Arthur Mayeur pour le recueil de Paul Wacrenier : Par les Sentiers de la Guerre.) 


      Il a raconté comment, grièvement blessé, il s'est retrouvé cloué au sol, empêtré dans un réseau de barbelés. On ne pouvait le secourir tant était nourri le feu ennemi qui abattait comme au casse-pipe tout ce qui se dressait au-dessus du sol. Il eut recours à la prière et il vit soudain tomber la nuit. Il crut que la mort déjà l'enveloppait et il ferma les yeux. Ce n'est que quelques jours après qu'on lui raconta comment le ciel soudain s'était obscurci et comment une pluie serrée s'était mise à tomber sur les tranchées, enlevant toute visibilité aux tireurs allemands qui ne virent pas s'approcher les brancardiers.


      

 




                 Les poèmes de Verdun et des champs de bataille de Flandres et de Belgique évoquent la beauté des campagnes et des villes et par opposition le gâchis sanglant des destructions :

                                   Il était des sentiers d'ombre et de rêverie,
                                   Des sentiers parfumés, troublants, mystérieux,
                                   Et d'autres, lumineux, faits pour la griserie,
                                                Bordés d'herbe tendre et fleurie
                                                Où l'on marchait silencieux...

                                   (...)  Qu'êtes-vous devenus, là-haut, dans la fournaise?
                                           Quels informes débris gisent sous vos rameaux,
                                           Quel cauchemar rougit votre terre française,
                                                            sentiers où l'on cueillait la fraise
                                                            A l'ombre auguste des hameaux? 


              Parfois cet homme bon écrit des mots de haine qu'on ne peut comprendre si l'on n'a vécu comme lui et ses compagnons la boucherie de Verdun. Par ailleurs la haine du "boche" était bien ancrée au coeur des gens du nord qui avaient vécu massacres et destructions sans répit. La maison des Wacrenier avait été détruite pendant la guerre de 1870; la nouvelle demeure fut  anéantie en 1914  et le dernier refuge brûla sous les bombardements qui martyrisèrent Arras en 1940. Certains vers violents ne sont pas sans rappeler La Marseillaise si contestée aujourd'hui....
 

                                           Colère et pitié

                         Ces massacreurs d'enfants sont des hommes; des pères,
                         Ils ont une femelle et des jeunes là-bas.
                         Mais si le ciel est juste ils ne reverront pas
                         La vermine qu'ils ont laissée en leurs repaires
.

    Ou cet autre extrait d'un long poème écrit à la gloire des combattants sacrifiés et qui apostrophe l'Allemagne :


                   (...) Et toi, savante Germanie,
                         Dont les scandaleux attentats
                         Auréolent la félonie,
                         Toi qui déchires par manie
                         Les traités et les concordats,
                         Toi que le monde excommunie,
                         Toi dont la lourde tyrannie
                         A préparé notre agonie,
                         Que ta puissante ignominie
                         enfin se heurte à nos soldats.(...)


   Parfois la poésie est visionnaire et semble décrire celui qui moins de trente ans plus tard imposera au monde sa folie sanguinaire. Hitler a alors 25 ans, tout comme celui qui écrit ces vers :
                                    
                       Pourquoi?
                       Pour qu'un gredin maboul et sanguinaire
                       Puisse offrir à sa bande  un monstrueux butin.
                       Pourquoi?
                       Pour qu'un sinistre et vaniteux crétin
                       Puisse tenir en laisse un peuple mercenaire.
                       Pourquoi?
                       Pour qu'un rapace emporte dans son aire
                       En insultant le Ciel, la Vie et le Destin,
                       Les informes débris d'un rêve millénaire....


  Le blessé est emmené loin du front dans une école d'Alès transformée en hôpital militaire. Il subira plusieurs opérations et sa convalescence sera longue. Avant de subir sa première intervention, il voit s'approcher une belle infirmière portant sur un plateau un verre de rhum. Il n'y avait à ce moment là rien d'autre à proposer à ceux qui allaient être opérés. L'infirmière était pâle et le verre tremblait sur le plateau de métal. Le blessé s'adressa à elle et la pria d'avaler un alcool dont visiblement elle avait un besoin plus urgent que lui-même. Je ne sais si l'infirmière s'exécuta mais ce qui est sûr, c'est que quelques mois plus tard elle épousera ce poète un tantinet fanfaron. Il lui dédie un poème, prélude à bien d'autres : Fiançailles :



                            Un jour, je fus guéri ; je vous parlai tout bas,
                            J'entendis votre voix qui me disait : Peut-être...
                            Et tout à coup je vis où me portaient mes pas.

                            J'admirai la Bonté tendre du Divin Maître
                            Et je m'agenouillai, plein de trouble et d'émoi.
                            Un radieux bonheur envahit tout mon être :

                            Votre main se tendit, tremblante... Et ce fut Toi ! 



   Le mariage eut donc lieu à Alès et deux garçons naquirent dans cette même ville : Charles et Louis. Tout à fait guéri et ayant terminé ses études de droit (ce qui lui valut l'animosité temporaire de son père, chemisier dans le Nord et qui tenait à ce que son fils reprît l'entreprise familiale. Mais Paul avait été très jeune choqué par les injustices et par la condition difficile des paysans et des mineurs et avait décidé de consacrer sa vie à essayer de les aider). De retour dans sa région, il aura deux autres enfants : Jean et Aline.





      Il eut le temps avant de mourir en 1940 de se consacrer à ceux qu'il voulait assister de ses conseils. Il fut surnommé à Arras, l'avocat des pauvres et il fut plus souvent payé avec des pommes de terre et des poules qu'avec des espèces sonnantes et trébuchantes ! Il ne cessa d'écrire des vers qu'il dédia souvent à ses compagnons de combat. Comme tous ceux qui avaient vécu le temps des tranchées, toute sa vie en fut comme obsédée. Il présida cependant les Rosati,cercle de poètes artésiens où un certain Robespierre lui même natif d'Arras taquina la muse avant de se lancer dans la tourmente révolutionnaire. 

    Je vous propose, avant de quitter Paul Wacrenier, un poème différent où apparaissent sa sensibilité et son inquiétude :


                                           Sonnet


                                                             A mon père, à ma mère, à ma soeur.


                        Viens mon âme, c'est là que tu rêvais naguère...
                        Ne reconnais-tu pas la mousse et le gazon
                        Du chemin préféré que hantait ta chimère
                        A l'heure où les oiseaux chantent leur oraison ?

                        Le crépuscule monte avec un long frisson....
                        Voici le vieux lilas où m'attendait mon père,
                        Et l'on vient d'allumer l'antique reverbère
                        Dont la clarté blanchit le mur de la maison....

                        La fenêtre vers nous glisse un rais de lumière.
                        Rien n'est changé; le pont léger, sur la rivière,
                        S'offre à nos pas tremblants pour guider notre émoi...

                        Entrons par le jardin... On nous attend peut-être...
                        Et nous allons pleurer, et nous allons renaître...
                        Oh! Grâce! Assez d'horreur... ô mon âme... tais-toi!







 

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15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 10:24
Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".

.

Il y a un an, en juillet, tu es revenue dans l'île que tu aimais

.

Après des mois de solitude et de nuit

Tu as dit : "Je suis ressuscitée"

.

Tu as retrouvé le goût de vivre et d'écrire des poèmes.

Tu as retrouvé tes amis

Tu as retrouvé la forêt

La rumeur de la mer

La lumière du premier matin

Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".
Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".

.

Ton petit chien revivait avec toi

.

Les animaux ne sont pas compliqués

Ils partagent notre joie et notre peine

Ils respirent l'air que nous respirons

Ils ont peur de notre peur

Ils ont vie de notre vie

Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".
Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".
Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".
Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".

.

Le 31 octobre, je t'ai vue pour la dernière fois

.

Tu as dit :

Je n'arrive pas à réaliser que je suis vieille

Dans ma tête dans mon coeur

Je suis jeune

J'ai envie de rire

J'ai envie d'aimer

Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".
Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".
Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".
Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".
Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".

.

Une semaine plus tard tu es morte à l'hôpital de Rochefort

Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".
Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".
Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".
Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".

.

Aujourd'hui je suis passé devant ta maison où vivent des étrangers

Il n'y a qu'un chemin à traverser entre ton jardin et le cimetière

.

Tu entends le vent dans les arbres que tu as plantés

Tu veilles à ce que personne ne dérange les animaux

Que tu as enterrés sous le mimosa

Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".
Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".
Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".

Il n'y a pas de pierre sur ta tombe

Il n'y a que le sable et les plantes sauvages

.

Toi qui croyais au mystère

Tu es libre d'aller où bon te semble

Tu es libre de confier aux vagues

Tes poèmes

Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".
Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".

.

Je suis resté près de toi

Dans le soleil du soir

Il faisait si doux que la tristesse

A glissé sur ma peau comme une caresse

.

Je suis rentré à la maison

J'ai cherché dans un vieux carton tes photos

Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".
Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".

.

Tu es jeune

Tu es belle

Tu ris à la vie

.

Tu es ressuscitée

Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".
Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".
Aline Wacrenier. "Je suis ressuscitée".
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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 09:20

2013_0615enfance0001.JPG

Photo retrouvée au hasard de rangements... Photo un peu troublée... 

Deux garçons devant une tente, deux louveteaux qui sourient à l'objectif, deux frères dont les genoux se touchent et qui semblent proches.

Il ne faut pas croire ce que racontent les images. Les frères ne s'entendent pas. Il y a le premier, le brun, le loup, celui qui a reçu tous les dons des bonnes fées. Il y a le cadet le blond, celui qui rêve d'être ailleurs, dans une autre famille, dans un autre temps.

C'est moi. Je me rappelle. J'ai tout haï de cette époque. Les tentes et la promiscuité, les fourmis qu'il fallait balayer sur le tapis de sol, les jeux de piste interminables et idiots, les tinettes à creuser dans la terre, les ordres et les prières. Déjà je ne savais pas nouer mon foulard, déjà je savais que je ne serais jamais soldat. Combien d'années après j'ai la même haine intacte de tout ce qui ressemble à un enrégimentement.

Image de solitude et de tristesse. Je me regarde et je sais qu'à ce moment précis, j'aurais aimé quiconque m'aurait pris dans ses bras.

2013_0615enfance0006.JPG

Autre image quelques années plus tôt.

Raphaël Mischkind, photographe déjà connu et ami de mon père est invité à la maison. Il offre de photographier un des quatre enfants en guise de remerciement. C'est Loup qui est proposé par mon père mais c'est moi que choisit le photographe. Il a eu tort, l'aîné a plus de caractère et par l'intensité de son regard exalte le talent du photographe ou du peintre.

Photo posée, photo artificielle d'un gosse pour catalogue. On m'habille d'une chemise blanche, on me coiffe comme un angelot de guimauve. 

2013_0615enfance0008.JPG

Bien des années plus tard... à Berck, place de l'Entonnoir. Les trois frères accompagnent leur grand-mère au retour de la plage.

Nous avons les même sandales bizarres.

Je revois le grand sac de cuir vert. Ma grand-mère, Manguite, en sortait les fruits et les biscuits qu'elle nous donnait après le bain. Il y avait quand elle l'ouvrait une odeur de prune chaude. Je revois son collier de perles oblongues et nacrées. Son amour était rude mais rassurant. Je l'ai aimée plus que ma mère.

2013_0615enfance0010.JPG

Loup porte le cerf volant. C'est le privilège de l'aîné. 

2013_0615enfance0013.JPG

La communion solennelle.

J'ai le souvenir d'un jour de peur.

J'avais peur d'être ridicule, étant le seul garçon à ne pas porter de pantalon.

J'avais peur d'être foudroyé au moment de recevoir l'hostie tant je me sentais indigne. Je cachais tous mes désirs et toutes mes révoltes. Je croyais alors que Dieu les voyait et les condamnait.

Sur cette photo, ne restent vivants que ma mère et moi. Ces adultes vêtus de noir qui marchent d'un pas décidé semblent porter les couleurs du deuil et accompagner un convoi funéraire.

2013_0615enfance0019.JPG

 

Dans le jardin du boulevard Vauban, chez les grands-parents. Loup et moi sommes deux gros poupons.

Nous entendions-nous alors? Sentions-nous couler dans nos veines le même sang? 

Loup a réussi son suicide et j'ai loupé le mien. Nous n'avons jamais parlé, nous ne sommes jamais connus. Restent les photos illusoires.

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Liens: 

Maman. Photos de jeunesse.

Maman. Photos d'enfance...

Jean Loup Wacrenier. Le crucifié.

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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 16:25

 

27-mai-annif-006.JPG

C'est un gâteau d'anniversaire improvisé...

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91 ans...

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1921 à Calais. J'imagine qu'on entendait les mouettes et les goélands...

On entendait la mer...

Les villes de la côte d'opale ont la tête dans les nuages et les pieds dans le sable. Calais bouge avec les marées. Le beffroi de briques essaye en vain de la clouer sur le sol. 

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On lui a raconté quand elle a eu l'âge de comprendre les adultes que le 27 mai, le jour de sa naissance, son père, son dieu, avait dit en la voyant :

"Encore une fille! Et en plus elle brait comme un âne".

27-mai-annif-011.JPG

Est-ce une de ces blessures qui l'ont empêchée de grandir, de ne pas rester l'enfant qui quête un regard d'amour, un geste de tendresse?

maman-oleron-021-copie-1.JPG

Elle ne grandit pas, elle ne vieillit pas. C'est son corps qui vieillit, tout seul.

Elle voudrait être l'enfant de ses enfants. 

Elle est l'enfant de ses enfants

Une enfant de 91 ans

Je te prends dans mes bras. Tu es légère

Si légère que l'âne de la crèche dira un jour en te voyant :

"La jolie petite fille, je vais l'emporter au paradis!".


2009 1222maman0006

 

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27 mai annif 025

                                                               Titou le 27 mai

Maman :

Liens :

Maman à la plage. Eté 2011.

Anniversaire Mère 90 ans.

Poème. mère. anniversaire.

Poème. Mère. Quatre-vingt-dix ans.

Maman Titou Nicole et moi. 20 novembre

Maman et Minouche. Photos.

Maman. Photos d'enfance...

Anniversaire maman. 89 ans.

Maman. Photos de jeunesse.

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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 08:00

2011_1205maman-jeune0005.JPG

C'est une des photos que je préfère.

Celle de l'âge des possibles, de tous les rêves, de tous les amours...

Et pourtant un de ces amours, présent sur la photo, va bientôt disparaître.

2011_1205maman-jeune0009.JPG

Hiris, la petite chienne.

Mon grand-père l'avait choisie pour l'accompagner à la chasse. Malgré tous les dressages, elle a toujours refusé de se prêter au jeu. Au moindre coup de fusil, elle détalait et s'aplatissait sous les buissons.

Hiris aimait ma mère. Elle avait choisi son camp. Quand ma mère a commencé à fréquenter mon père, elle est devenue triste.

Quelques jours avant le mariage, elle a profité d'une porte ouverte pour s'enfuir.

Un char allemand l'a écrasée.

2011_1205maman-jeune0007.JPG

il y avait aussi un chat, Frimousset.

Il avait une spécialité... Il se perchait sur une armoire, sous un fauteuil, derrière les rideaux, à l'heure où l'on fermait portes et fenêtres pour la nuit.

On l'appelait, on le recherchait dans le jardin, on insistait, on s'inquiétait.

Frimousset, heureux d'être le centre du monde, ronronnait d'aise.

C'est ce ronron qui a fini par le trahir.

2011_1205maman-jeune0013.JPG

Dans le jardin de la maison d'Arras...

La grande maison du boulevard Vauban. Pendant la guerre la famille en a été chassée et les Allemands y ont installé leurs officiers.

2011 1205maman-jeune0001

Dans l'exode vers le sud, ma mère n'a eu le droit d'emporter qu'une seule valise. Une valise si lourde que chacun s'en est étonné.

Arrivés à Marseille, on l'a ouverte et on n'y a trouvé que des lettres !

Le garçon que ma mère fréquentait alors était poète et un peu baratineur.

Il avait la plume prolixe!

Je devrais me méfier, c'était mon père.

 

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Chez ses grands parents... Elle ignore alors que plus tard, elle vivra à Paris.

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Le goût des plages immenses et de la mer...

 Bien que fille d'un Marseillais, elle est née à Calais, elle a passé tous ses étés d'enfant et de jeune fille sur la Côte d'Opale... et elle nous a transmis cette attirance pour les mers sans limites et pour les marées... 

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La photo est trouble, ce n'est pas Doisneau qui l'a faite... Heureusement d'ailleurs, car comme chacun sait, le fameux "baiser de l'Hôtel de Ville" est un faux. Un baiser de comédiens.

Les années sont passées sur ce baiser-là.

Lourdement.

Avec leurs souliers ferrés.

Mais aujourd'hui, ce baiser tremblant, je veux penser que c'est de lui que nous sommes nés, mes trois soeurs, mes trois frères et moi...

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Liens :

Anniversaire Mère 90 ans.

Maman. Photos d'enfance...

Poème. mère. anniversaire.

Poème. Mère. Quatre-vingt-dix ans.

Anniversaire maman. 89 ans.

Poème. Ma mère (3) Anniversaire.

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 10:00

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Pour le calendrier 2012, il me faut des photos de Nini ! Allons-y pour une séance de pose....

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Nini et sa copine Betty. 

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Les cadeaux de l'avent sont déjà exposés...

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Sous le regard du prince Qadjar, Nini s'apprête à gravir l'escalier. Ce qu'elle fait à peu près 365 fois par jour, du salon au gynécée et du gynécée au salon...

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Il y a toujours un bijou à changer, un parfum à vaporiser, un petit contrôle de routine...

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Une pause dans la salle de bains privée où il m'est interdit ou presque de pénétrer... 

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Devant le petit peuple de nos marionnettes, immigrées sans papiers des pays où nous les avons trouvées...

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La menorah, Betty Boop, la lumière et Nini

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Petit assoupissement dans mon bureau que Nini refuse d'appeler ainsi. Ce n'est pas ton bureau, c'est chez moi! (elle dit souvent, c'est chez Bentafat, l'ancien occupant des lieux, un voisin adorable qui nous offrait des oranges).

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C'est encore dans mon bureau...

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Et encore...  Mes deux femmes... Titiche en haut, peinte d'après une photo prise dans le laurier d'Oléron...

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Ce n'est qu'un petit échantillon.... Qu'importe l'ivresse pourvu qu'on ait les flacons !

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Dialogue amoureux et intéressé (de la part de Titiche)

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Voilà deux petits museaux faits pour les bisous !

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Liens : Poème d'amour. Anniversaire de Nicole. Amour Brûlant.

Poème: Petite Juive.

poème amour. Anniversaire de Nini

Nicole Wacrenier en peinture!

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 16:10

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Dimanche 20 novembre

C'est un beau dimanche d'automne comme Paris sait en créer parfois. Ciel bleu à peine voilé, feuillages roux, Parisiens décontractés et souriants.

Eh oui ! Il faut croire qu'ils ont tous vu le film de Guédiguian "Les Neiges du Kilimandjaro" et que ça leur a donné le moral pour toute la semaine !

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Titou ne va pas au cinéma mais il a toujours le moral.

Il a décidé que tous les humains étaient bons et il porte à chacun d'eux une attention bienveillante et curieuse. Et puis il commence à vivre une histoire d'amour avec cette Dame qui l'a recueilli et dont tous les gestes sont doux et tendres.

Parfois il ne comprend pas pourquoi elle l'appelle Minouche et parle de lui au féminin.

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Rassure-toi Titou, ce n'est pas grave ! Moi j'ai parfois été appelé "Black" par ma mère, quand ce n'était pas "Flash" ou "Bassoum".

Black et Bassoum des chiens jamais oubliés, Flash et Minouche, des chats inoubliables...

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Après le repas, maman a voulu sortir.

Nous sommes allés dans le petit square des Haies, à côté de chez elle.

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Un peu de soleil, un peu d'amour... et voilà...

Elle marche d'un bon pas, sans hésiter et sans trembler, elle est prête à gravir l'Annapurna!

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Elle qui a si peur de marcher seule, voilà qu'elle lâche nos bras et part à vive allure...

Elle est fière, elle est heureuse, c'est elle l'enfant qui joue sous le regard de ses parents!

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Dans l'enclos réservé aux petits des écoles, elle s'asseoit sur un banc et s'exclame !

Le banc est encore trempé de rosée ! 

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Vite ! Un autre banc au soleil !

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Quelques minutes rares qui tiennent pour un instant  toutes les douleurs et tous les deuils à distance. 

Petite balade avec ma mère de 90 ans et ma femme qui ne connaît plus son âge depuis qu'elle a eu 20 ans...

Banalité d'un dimanche de novembre, unique et précieux et fragile comme la vie.

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"Les feuilles

Qu'on foule

Un train

Qui roule

La vie

S'écoule"

 

...et je t'aime.

 

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Liens: maman:

Maman à la plage. Eté 2011.

Anniversaire Mère 90 ans.

Maman. Photos d'enfance...

etc...

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