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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 17:39

 

     

                                        

      Les fresques des murs latéraux sont plus endommagées que celles du chevet. Elles représentent les évangélistes au-dessus de scènes presque effacées, sur fond ocre rouge sur lesquels émergent des évêques.

                                              I Mur latéral gauche.

                                                                  

Saint-Jean rédige son évangile. Il tient délicatement une plume d'oie, à moins que ce ne soit une plume de Saint-Esprit.

L'aigle, peut-être pour préserver son plumage, s'est envolé de la fresque.

 

                                                        

Mathieu a gardé son ange qui le conseille et lui désigne le mur de la Nativité.

 

Il ne reste quasiment plus rien de ce qui a dû être un évêque.

Notons que tous les sujets choisis affirment, après les Guerres de Religion qui ont tant marqué la région, l'autorité et le dogme catholiques contestés par les réformés :  la Vierge, les évêques, le pape...

Cet évêque-là n'est plus qu'une idée d'évêque ! Une vague silhouette, la ligne oblique d'une crosse, la silhouette possible d'un cheval... 

 

Celui-là, sous la fresque de saint-Mathieu est plus visible. Il tient fermement sa riche crosse, il est vêtu d'habits brodés de fils d'or...

Et il ressemble bien malgré lui, après les dégradations des siècles, à une allégorie des vanités humaines, proche des danses macabres médiévales.

Il suggère un squelette habillé de précieuses étoffes et porteur des symboles du pouvoir et de la richesse...

 

Sous la voûte, les anges presque nus portent les armes du Christ...

 

                                            II Le mur latéral droit

 

Saint-Sornin.-Dad-053.JPG

                                                                          

Saint-Sornin.-Dad-065.JPG

                                                 Saint-Luc (gauche) et Saint-Marc (droite)

 

                                                                          Saint-Marc

Saint-Marc. Je crois deviner sur la droite, une grosse bête grise au visage renfrogné sensée représenter un lion.

 

Saint-Luc et son taureau. Curieusement, Luc, l'évangélistes qui nous parle le plus de Marie est le seul, sur ces murs à ne pas être tourné vers elle.

 

Au-dessous, très dégradé, le pape s'avance avec sa crosse à trois branches, insigne de sa fonction.

 

Il ne reste rien sur ce panneau,  sinon cette tache rouge, coiffure épiscopale qui a survécu au visage qu'elle coiffait!

Peut-être s'agit-il de Saint-Saturnin, alias Sernin, alias Sornin à qui l'église est dédiée... le rouge étant la couleur du martyre et Saint Saturnin, comme chacun sait ayant été au 3ème siècle, traîné par un taureau sauvage et réduit en bouillie.

 

Et sous la voûte, les anges qui résistent mieux à l'outrage du temps, continuent de sourire et de porter vers le ciel étoilé les armes de Marie...

Saint-Sornin.-Dad-124.JPG

Dans leur écrin de pierres, les fresques aux couleurs chaudes, irradient doucement, comme des braises qui témoigent d'un grand feu qui s'éteint...

Lien : Saint Sornin. Eglise. Fresques XVIIème siècle(1)

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Liens : Charente maritime

Charente Maritime. Classement alphabétique. Liens.

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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 12:46

 

                                                       L'ange de l'Annonciation (l'archange Gabriel)

                                                              L'église

Pourquoi les fresques de l'église de Saint-Sornin sont-elles si peu connues alors qu'elles sont un témoignage remarquable de la peinture religieuse de la fin de la Renaissance?

 

Il faut s'asseoir dans le choeur et les regarder se détacher peu à peu, prendre vie et couleurs...

 

On a l'impression en découvrant ce qui a pu en être sauvé après le retrait de plusieurs couches de badigeon, de sentir la main de l'artiste qui les a créées.

Un artiste inconnu, un spécialiste des anges qu'il devait côtoyer, perché sur son échafaudage. J'ai lu quelque part qu'il s'agirait d'un certain Gaultier. je n'en ai trouvé aucune confirmation. Mais pourquoi pas Gaultier? Un nom de vieux terroir et de poètes médiévaux.

Bien qu'à l'évidence plusieurs peintres aux styles différents aient participé à la réalisation de ces fresques...

Dans la belle église romane, l'ancien choeur détruit par les Anglais a été reconstruit au XVème siècle. Un choeur gothique donc, composé de deux travées voûtées d'ogives, terminées par un chevet plat. C'est sur les murs du choeur qu'ont été peintes les scènes que nous découvrons aujourd'hui.

                                                  L'Adoration des Mages

  Sur le mur du chevet, à droite, c'est la partie la mieux conservée. La comète comme un trait de feu désigne l'enfant qui est déjà un petit homme occupé à bénir ceux qui se prosternent devant lui.

 

Les corps penchés autour de l'enfant( la vierge et Joseph à gauche, les mages à droite) font autour de lui un cercle chaleureux. 

 

Les visages sont doux et graves. Le peintre s'est sans doute inspiré des gens qu'il côtoyait. Ce sont des visages réels, individualisés, sans formalisme. La vierge aux grands yeux baissés fait une moue un peu ridicule, comme celle que l'on voit sur le visage des mamans qui grondent tendrement leurs petits. 

                                                    Les bergers (nativité)

                                                             

Sur le côté gauche, la fresque a été plus endommagée. Elle représente les bergers adorant l'enfant que l'on peut deviner, vague forme blanche dans les bras de sa mère. On peut tenter de voir derrière les mains jointes de l'homme du premier plan la tête du boeuf de la crêche.

 

Comme on peut imaginer l'âne aux oreilles grises  à côté de l'épaule de Marie.

Ainsi devant ces fresques parvenues jusqu'à nous malgré vicissitudes et dégradations, sommes-nous invités à créer, à être peintre, à être poète.

La vierge a les yeux baissés et les mains jointes, tandis que dans les hauteurs l'ange qui a guidé les bergers, chante la gloire de dieu.

 

 

 

                                                                        

                                               L'Annonciation

 

Toujours sur la mur du chevet, au-dessus des deux fresques de la Nativité, est peint l'archange Gabriel aux ailes rouges, descendant au milieu des nuages, fleur de lys à la main pour annoncer à Marie qu'elle va devenir mère de Dieu...

Cette fresque à elle seul assurerait à l'ensemble sa renommée... L'ange est beau, à la fois aérien et solide. Il apparaît entre ses ailes de feu comme l'ange de la Résurrection.

J'interprète sans doute mais j'aime penser que le peintre a voulu que cet ange de Noël fût aussi celui de Pâques.

 

Marie agenouillée reçoit bras ouvert l'apparition. Son visage déjà est tourné vers la terre.

Au-dessus de cette scène, sous la voûte piquée d'étoiles, on peut distinguer un ange un peu dodu qui porte la couronne destinée à la servante du seigneur

De l'autre côté, une assemblée d'anges contemplent et commentent... comme s'ils étaient installés dans un salon de nuages, en train d'échanger les dernières nouvelles!

La tonalité brun rouge de l'ensemble me fait penser sans chercher de cohérence aux murs de Pompéi et à l'effacement des images. Ici aussi il y a eu incendies, morts, destructions... et cette présence obstinée de la trace humaine, de la peinture comme d'un entêtement de la vie et de la beauté.

 

A suivre : les fresques des murs latéraux.  Saint-Sornin. Eglise. Fresques. (2)

 

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Liens : Charente Maritime. tous les articles :

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16 août 2020 7 16 /08 /août /2020 19:37

 

 

L'église de Marennes ne survécut pas aux guerres de religions.

 L' église romane, reconstruite au XIVème siècle dans le style ogival (voir le clocher) fut saccagée de fond en comble en 1570 et les Dames de Saintes dont elle dépendait décidèrent de la raser ...

 

L'abbesse Françoise de la Rochefoucauld la fit reconstruire sur des plans nouveaux. Les travaux se sont étendus sur plus d'un siècle.

 Des compagnons étaient encore occupés à voûter le choeur en 1750!

 

L'église a un aspect sévère, avec ses contreforts puissants.  Elle garde un aspect défensif, comme si elle s'attendait à de nouveaux assauts. 

 

 

 

  L'intérieur donne une impression de clarté grâce à ses larges baies vitrées. Les dimensions sont harmonieuses : 58 mètres de longueur, 28,50 de largeur et 16 mètres de hauteur sous voûte.

 

Il semble convenir au navire ex-voto qui y voyage, immobile, vaisseau de bois à l'intérieur du vaisseau de pierres. 

 

 

 

 

  La tribune du XVIIème siècle ne manque pas de grâce...

 

 

 

  Comme les galeries dont les pierres vivantes accueillent la lumière si claire du pays charentais.

  

Les travées sont voûtées en ogives à huit branches qui semblent ne pas peser mais jeter une toile de navire sur la nef...

 

A l'entrée de l'église, près des anciens fonts baptismaux, un certificat de baptême est exposé...

Une plaque gravée nous rappelle le nom de l'illustre paroissien qui y reçut ce sacrement : François Fresneau, père du caoutchouc, bienfaiteur de l'humanité!

 

J'avoue humblement que j'ignorais l'existence de ce grand homme né et mort dans la bonne ville de Marennes.

Il habitait le château de la Gataudière où il revint après ses séjours dans les colonies, et notamment en Guyane où il découvrit l'hévéa Brasiliensis, l'arbre à caoutchouc.

Il était vraiment, par son esprit et sa curiosité, "un honnête homme" du XVIIIème siècle. De retour en Charente, il s'intéressa à la culture des huîtres, et bien avant Parmentier, à celle de la pomme de terre...

Il faudrait donc compléter sa plaque commémorative : François Fresneau, père du caoutchouc et grand père de la pomme de terre! 

 

  Au-dessus des anciens fonts, une fresque  du baptême du Christ  perd doucement ses couleurs....

 

Dans la première chapelle de gauche, un vitrail est dédié à Saint Vincent de Paul. Il est comme les autres vitraux de l'église, assez conventionnel et bien représentatif de l'art religieux du XIXème siécle lorsqu'il manque d'inspiration...

 

 

Une pierre exposée dans la chapelle attire l'attention.  C'est un décor de voûte qui menaçait de se détacher et qui fut donc  déposé. On y voit le blason des tailleurs de pierres étrangers, ceux-là mêmes qui travaillèrent dans l'église et laissèrent de nombreuses traces de leur passage, comme des symboles et des signatures gravés sur les arc doubleaux.

On peut lire sur la pierrre : "les anfans de Salomon".

Les tailleurs de pierre se regroupaient en trois familles : les enfants de Salomon, de Maître Jacques ou du père Soubise.  Les premiers se référaient à la bible et à la construcion du Temple par  Salomon (Rois,  livre 3, chapitre 5...) 

 Ils se faisaient appeler compagnons étrangers, compagnons libertins ou loups...

 

 

  Dans la chapelle suivante, un tableau nous montre le crucifié se dressant sur un ciel de nuit, tandis que sous la terre des pécheurs émergent des flammes...

 

Jeunes ou vieux, hommes ou femmes, nul n'échappe à ce sauna infernal. Quoi que...

 

 

En priant la vierge de Montligeon, nous pouvons les aider à échapper à la rôtissoire et à monter vers les nuages rafraîchissants... 

 

 

  Les vitraux de la chapelle suivante représentent la mort de Saint Joseph et son mariage mystique. L'ange qui était venu rassurer et conseiller le brave homme, est de nouveau à ses côtés pour le tenir tendrement, alors que son épouse garde les mains jointes. Pour le mariage, les mains des époux s'effleurent à peine et Joseph porte le lys de la virginité qu'on attribue habituellement à Marie.

 

  Un coup d'oeil sur la très belle grille classique de la chaire...

   

 

  Un grand tableau  théâtral représente le Christ remettant à Saint-Pierre les clés symboliques et lui donnant mission d'être le socle de l'Eglise : "Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon église"...

La toile est maniérée. Le christ y est autoritaire et sévère et Pierre à genoux, engoncé dans sa tunique, ne semble pas rayonner de joie!

 

Le grand vitrail du choeur le représente encore. Il empoigne la fameuse clé et prend sa pose pontificale....

 

Il est le patron de l'église de Marennes qui se dressait à l'origine dans un faubourg de la ville dont elle portait le nom : Saint Pierre de Sales.

 

  Une belle surprise vous attend dans la première chapelle qui ressemble à un court transept, côté sud. C'est une toile d'Omer Charlet, gloire oléronaise et peintre de grand talent (voir :Omer Charlet à Oléron. )

 

  La toile représente le martyre de Saint Adrien (au début du IVème siècle à Nicomédie) qui va être découpé comme une pièce de boeuf sur un étal en forme de croix. Sa jeune femme, Natalie (future sainte Nathalie) est à ses côtés et l'encourage.

Saint Adrien, officier de l'empereur Galère, chargé, comme le fut Saint Paul de poursuivre et mettre à mort les Chrétiens, se convertit, impressionné par leur courage et par leur foi. Il est à son tour martyrisé, pieds et jambes tranchés... 

Adrien est représenté ici comme un jeune athlète, taillé pour l'amour.  Troublante sensualité de ce corps viril, jambes ouvertes...

 

  Dans la chapelle du Saint Sacrement, des anges adorateurs s'élèvent dans un ciel d'or au-dessus des nuages...

 

Laissons les voleter en paix et quittons cette belle église pour retrouver le ciel  réel et les battements d'ailes des goélands...

 

 

 

Lien :Oléron. Marennes. Le clocher.

Eglises de l'île d'Oléron :

Oléron. La Brée. L'église.

La Perroche. Oléron. Le prieuré, chapelle et cloître.

Oléron. Eglise de Saint-Georges.

Eglise Saint-André. Dolus. Oléron.

Eglise Notre-Dame Le Château d'Oléron. Le retable.

 

 

 

 

 

 

 

 

...

 

 

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15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 17:25
Roses trémières d'Oléron. Juillet 2020. Photos et poème.
Roses trémières d'Oléron. Juillet 2020. Photos et poème.
Roses trémières d'Oléron. Juillet 2020. Photos et poème.

      Chaque début d'été c'est une fête et un plaisir de retrouver les ruelles fleuries de l'île d'Oléron.

Roses trémières d'Oléron. Juillet 2020. Photos et poème.
Roses trémières d'Oléron. Juillet 2020. Photos et poème.
Roses trémières d'Oléron. Juillet 2020. Photos et poème.

     Mais cette année 2020 décidément différente des autres années, les roses trémières toujours belles ont cependant un petit air fatigué, comme si le confinement leur avait porté un coup sur le pétale!

Roses trémières d'Oléron. Juillet 2020. Photos et poème.
Roses trémières d'Oléron. Juillet 2020. Photos et poème.
Roses trémières d'Oléron. Juillet 2020. Photos et poème.

    Cela est dû sans doute à un mois de mai de plein soleil et de chaleur estivale suivi d'un mois de juin pluvieux à l'excès. Les roses en ont gardé un côté chiffonné et las.

Roses trémières d'Oléron. Juillet 2020. Photos et poème.
Roses trémières d'Oléron. Juillet 2020. Photos et poème.

     J'ai photographié quelques unes d'entre elles sur le port de Saint-Trojan où les cabanes de couleurs leur offrent le cadre idéal qui sied à leur beauté fragile.

Roses trémières d'Oléron. Juillet 2020. Photos et poème.

     Sur la tombe de notre chatte Bella morte en septembre dernier, une rose trémière s'est élancée vers le ciel. C'est la seule de notre petit jardin.

 

   j'offre à ces fleurs fidèles le poème que j'ai écrit pour elles. Je le redis chaque année quand je les retrouve, droites contre vents et marées, la tête dans le soleil.

Roses trémières d'Oléron. Juillet 2020. Photos et poème.

                  La rose trémière

 

La rose dans mon île est rose du vertige

Sur sa dernière fleur il pousse une autre fleur

Qui se hausse du col au sommet de sa tige

Et par-dessus le mur jette un oeil en couleur

 

La rose dans mon île est la rose trémière

Elle est née au printemps sur le chemin de pierres

Dans la ruelle étroite au pied des maisons blanches

Ou sur le port autour des cabanes de planches

 

La rose dans mon île est une passagère

Devant les volets bleus devant les volets verts

Elle hésite un moment et part vers la lumière

Plus haut que la maison où s'agrippe le lierre

 

La rose dans mon île accepte de mourir

Après avoir fleuri à côté du soleil

Comme elle après l'amour je voudrais m'endormir

A côté de ton corps dans un même sommeil

Roses trémières d'Oléron. Juillet 2020. Photos et poème.
Roses trémières d'Oléron. Juillet 2020. Photos et poème.
Roses trémières d'Oléron. Juillet 2020. Photos et poème.
Roses trémières d'Oléron. Juillet 2020. Photos et poème.
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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 10:57
Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

Voilà un peintre qui fut accusé d'académisme, moqué par les critiques et les écrivains (Zola, Huysmans), oublié pendant plus d'un siècle...

Le premier deuil. (Adam et Eve découvrent le cadavre de leur fils Abel).

Le premier deuil. (Adam et Eve découvrent le cadavre de leur fils Abel).

     William Bouguereau (1825-1905) est né et mort à La Rochelle dont il a aimé la lumière. Les acheteurs américains qui n'avaient pas de parti pris ont aimé ses œuvres et ont acheté la plus grande partie de ses toiles qui se trouvent aujourd'hui dans les musées américains...

Dante et Virgile

Dante et Virgile

     Certes il fut "académique" c'est à dire dans la grande tradition picturale réaliste, multipliant les portraits d'enfants un peu sucrés, les scènes mythologiques fleuries... mais il ne fut pas que ça. Il y avait parfois dans son inspiration une force noire, un romantisme brutal. C'est ce que rappela le musée d'Orsay qui mit en valeur son "Dante et Virgile" lors de l'exposition "L'Ange du bizarre" en 2013...

Les Saintes Femmes au tombeau

Les Saintes Femmes au tombeau

    Et bien avant, c'est ce qu'affirma Salvador Dali qui avait pour lui la plus grande admiration et qui sans souci des époques, l'opposa à Picasso "qui fabriquait du laid par peur de Bouguereau"!

Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

     Après avoir perdu sa femme et deux de ses enfants en 1877, Bouguereau se consacra à la peinture religieuse. De cette période date la coupole de la chapelle de la Vierge dans la cathédrale St-Louis de La Rochelle. Un ensemble remarquable que je n'avais pas remarqué depuis tant d'années où je vais à La Rochelle!!! Il est vrai qu'il fut longtemps caché par les échafaudages de la restauration...

Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

     Le plafond représente, en bas, la découverte par les apôtres du tombeau vide de la vierge, tandis que dans le ciel les anges l'emportent vers le divin séjour. La représentation est conventionnelle mais la perspective est pertinente qui place les apôtres là où se pose le regard du spectateur qui devient l'un d'eux et n'a plus qu'à lever un peu plus la tête pour découvrir les anges élégants et vigoureux qui propulsent la Vierge vers les hauteurs plus sûrement que les moteurs d'Ariane à Kourou.

Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

     Bouguereau aime les anges.. Il leur donne une beauté botticellienne et il soigne attentivement leurs ailes et leur tunique. Dans l'assomption, ils sont différenciés et leurs robes sont de couleurs différentes. Nous verrons qu'ils évoluent avec les scènes représentées autour de cette apothéose.

Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

La vie de la Vierge est représentée par 6 scènes autour de l'Assomption.

Chronologiquement :  L'Annonciation :

 

     La vierge un peu conventionnelle reçoit de l'ange habillé de parme, la fleur de la pureté à la main, la nouvelle qui semble ne provoquer en elle qu'un mouvement de tendresse..

2ème scène : La visite à Elisabeth. (La Visitation)

 

     C'est peut-être la tenue sombre des deux femmes qui étonne ici comme si elles pressentaient les souffrances à venir. La présence de Joseph est aussi une originalité. Il veille sur sa femme qu'il a accompagnée. 

La 3ème scène est la Nativité :

 

     L'enfant au bas de la composition est le centre d'un rayonnement qui éclaire le visage de Marie et Joseph, et en arrière plan celui des anges vêtus de blanc ou de gris pâle dont la chevelure semble touchée par le vent qui  semble naître du rayonnement...

La 4ème scène est la fuite en Egypte.

 

     Le représentation est conventionnelle. Marie est de face, comme une icône. Elle tient son fils endormi contre elle. Joseph conduit l'âne qui comme on le sait sera plus tard l'animal qui portera l'enfant devenu homme sur son dos, pour entrer à Jérusalem où il vivra sa passion. 

La 5ème scène est l'évanouissement :

 

     A droite le Christ qui est tombé sous le poids de la croix est violemment frappé par un de ses bourreaux.  A gauche, la mère ne supporte plus les souffrances infligées à son enfant, elle perd connaissance et est recueillie dans les bras de Jean, agenouillé qui ressemble aux anges. C'est elle qui a les bras en croix, comme si elle voulait endurer elle-même le supplice de son fils...

La 6éme scène est la déposition.

 

     C'est la plus forte des scènes. la composition est remarquable. La vierge est crucifiée, mais ses bras sont libres, emportés dans un mouvement ascendant comme un envol. Elle porte son fils sur ses genoux comme elle portait l'enfant contre son ventre sur l'âne. La mort commence à raidir le cadavre. On pense aux plus grandes représentations de cet épisode comme la Piéta d'Avignon.

Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.

     La seule tache rouge est celle de la tunique de Jean. Le rouge c'est la passion aux deux sens du terme, la souffrance du martyre et le plus grand amour.

     Au pied du Christ, Madeleine embrasse celui dont elle lavait les pieds avec les parfums et les essuyait de sa chevelure.

     Derrière le groupe dévasté, les anges aux ailes couleur de cendres se lamentent, les yeux clos.

 

Remarquable scène qui à elle seule suffirait à Bouguereau pour être considéré comme un des grands peintres du XIXème siècle...

Bouguereau. Cathédrale de La Rochelle. Chapelle de la Vierge.
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29 septembre 2019 7 29 /09 /septembre /2019 12:43
La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.
La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.

     Dans l'église Notre Dame de la Mer qui domine le port et les chalutiers de La Cotinière, une chapelle est consacrée aux gens de mer.

La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.

     Les couleurs égaient  l'église sombre un peu écrasée par une charpente, remarquable certes, mais lourde.

La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.

    Les vitraux sont dus au maître verrier Jean Lesquibe (1910-1995) qui a créé des murs de lumière dans plus de 75 églises, chapelles ou oratoires en France et à l'étranger.

La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.
La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.

     Un premier vitrail rappelle la prière bretonne : "Protège-moi mon Seigneur. Ma barque est si petite et ta mer est si grande"

La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.

     Le deuxième commémore en 1966 le centenaire de la création d'une station de sauvetage (une des premières de France) à La Cotinière.

… ll rend hommage aux Péris en mer et à ceux qui tentent au péril de leur vie de les sauver.

La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.

     Sur les murs des croix sont alignées. C'est la seule église de l'île où le nom des morts sont inscrits sur des croix et non sur des plaques de cuivre.

La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.

    Il y aurait là l'influence des marins bretons venus à La Cotinière au XIXème siècle pour apprendre aux pêcheurs oléronnais l'art de piéger les sardines. Dans les îles de Sein et d'Ouessant ces croix qui sont courantes portent le nom de proellas.

La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.

      Deux maquettes de bateaux naviguent immobiles au-dessus des croix. La première maquette est celle de la Muiron.

La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.

     Elle a été offerte par un marin pêcheur de La Cotinière, Etienne Tétaud. Il a voulu par cette offrande, remercier le Ciel de l'avoir protégé pendant les tempêtes et les épreuves.

La Muiron au Musée de la Marine

La Muiron au Musée de la Marine

     La Muiron est une frégate capturée par Bonaparte pendant la Campagne d'Egypte. Une maquette en a été faite sur demande de l'Empereur pour commémorer l'acte héroïque du colonel Muiron qui lui avait sauvé la vie. Sur le pont d'Arcole il s'était jeté devant lui pour le protéger et recevoir en pleine poitrine la balle qui lui était destinée.

La maquette est exposée au musée de la Marine et c'est elle que copia le marin pêcheur de La Cotinière...

La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.

     La 2ème maquette est celle du Père Emile. Son origine est mystérieuse, son donateur n'a pas voulu qu'on le connaisse quand il a offert l'ex voto au curé de la paroisse qui s'appelait Emile. 

La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.

    Une croix plus grande porte le nom des dix victimes du naufrage de l'Essor lors de la Fête de la Mer, le 11 août 1996.

 

     Comme chaque année, en mémoire des péris en mer et des disparus, une grande fête avait lieu à La Cotinière. Le port et les bateaux étaient pavoisés, l'ambiance était au sourire… Le patron de l'Essor avait embarqué sa famille et des passagers sans doute trop nombreux (son navire n'avait droit selon le certificat de l'Inspection maritime qu'à une vingtaine de personnes.)

La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.

     Quand le curé jeta la gerbe de fleurs à la mer après l'avoir bénie, tout le monde se précipita du même côté, une vague prit le bateau par l'arrière et précipita le naufrage.

Loïc Riou patron du bateau perdit 7 membres de sa famille. 

La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.
La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.

     En quittant l'église j'ai rencontré sur le port celle que j'appelle "la mère des goélands".

Malgré les interdictions et les remontrances, elle est chaque jour sur le quai où elle nourrit les goélands voraces qui l'entourent...

La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.
La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.

J'ai pensé, alors que je venais de lire les noms des péris et des disparus en mer dans l'église, à la chanson écrite par Lucien Boyer pour Damia : 

"Ne tuez pas le goéland

Qui vole sur le flot hurlant

Ou qui l'effleure

Car c'est l'âme d'un matelot

Qui plane au-dessus d'un tombeau

Et pleure... pleure "

La chapelle des marins. La Cotinière. Ex votos.
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21 septembre 2019 6 21 /09 /septembre /2019 11:07
Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.
Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.

     Les cabanes ostréicoles du port du Château d'Oléron sont devenues un atout touristique. Repeintes, retapées, elles ont pour la plupart oublié leur vocation huîtrière...

Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.
Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.
Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.

     Des artistes de toute sorte les occupent et proposent aux touristes leurs créations. Un pont très fréquenté passe au milieu de ce quartier multicolore et vivant en été.

Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.
Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.

     Ce pont s'appelait "le pont vert" jusqu'au jour où un collectif d'artisans et d'artistes a eu l'idée de lui donner un pouvoir magique, celui de réaliser les rêves de ceux qui passant par là, y accrocheraient une coquille d'huître sur laquelle ils auraient écrit leurs désirs.

Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.
Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.

     Il devint alors alors "le pont des rêves".

     Le collectif FOHF (Fournisseur Officiel d'Huîtres à Ficelle) mit à disposition des visiteurs des coquilles lavées, trouées, avec des bouts de ficelle prêts à être noués sur les grilles du pont.

Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.
Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.

    Le Montmartrois que je suis regrette que les commerçants de la Butte n'aient pas eu l'idée de proposer une alternative aux sinistres cadenas accrochés devant le Sacré-Coeur.

Toutes les idées sont bienvenues! Palettes de peintre miniatures, jarretières du Moulin rouge....

Et pourtant… Une huître me contredit avec humour...

 

Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.
Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.

     On trouve, écrits à l'encre végétale des voeux et des rêves dont la plupart du temps la banalité nous lasse. Mais quoi de plus sincère et de plus évident que de demander l'amour et la santé pour soi et pour ceux qu nous sont chers...

Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.

     J'ai photographié quelques unes de ces coquilles. Sans doute n'ai-je pas vu les plus étonnantes, les plus rêveuses. Il y en a plus de mille!

Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.
Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.
Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.
Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.

     Certaines inscriptions sont illisibles, délavées… D'autres ont complétement disparu… 

Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.
Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.

     C'est selon les initiateurs du site, leur destinée positive. En effet, les mots emportés par les embruns tombent dans le chenal et sont emportés à la mer.. C'est là dans l'écume et la houle qu'ils se réalisent… 

Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.
Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.
Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.

     Alors je souhaite à mon tour que l'enfant qui rêvait d'avoir un chien ait rencontré son compagnon à quatre pattes, que celui qui voulait un cheval  galope dans ses rêves réalisés...

Un souhait direct et matériel !

Un souhait direct et matériel !

Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.

     Mes deux préférés, je les garde pour la fin! Le premier plein d'humour rêve que Léonardo DiCaprio survive au naufrage du Titanic

 

Le dernier est le plus beau…

 

Espérons qu'il se réalisera pour le poète qui l'a écrit.

A défaut il aura toujours pour enchanter ses balades  les couleurs des cabanes du port, le ciel et les nuages, les merveilleux nuages...

Le pont des rêves. Le Château d'Oléron. septembre 2019.
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7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 08:01
Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

     Les ex voto de la cathédrale de la Rochelle sont regroupés dans une chapelle latérale, la chapelle des marins, protégés par une lourde grille depuis que l'un d'entre eux a été volé. Il est donc difficile de les regarder face à face!

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

Un vitrail les éclaire… Il représente un navire voiles déployées, surmonté d'un médaillon rappelant l'épisode évangélique du Christ apaisant la tempête.

    La prière des disciples effrayés est écrite sous le médaillon : "Salva nos perimus" (Sauvez-nous, nous allons mourir).

 

On ne peut voir correctement que les tableaux qui sont face à nous sous ce vitrail. Ils sont au nombre de 5.

La Fée

La Fée

 

     Le 1er en partant de la droite représente la navire "La Fée" commandé par Mr Thomas Bertrand. 1748.

Le bâtiment est en mauvaise posture; il enfourne dans une mer démontée. Un homme s'adresse à la Vierge, son dernier recours, tandis qu'un autre s'active. 

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

     Le 2ème est exceptionnel dans cette chapelle consacrée aux gens de mer. Rappelons que beaucoup de ces ex votos ont été offerts par des marins qui ont échappé aux tempêtes et représentent donc leur navire. Ici, pas de mer démontée mais un puits d'où sort une jeune fille qui a échappé à la mort.

"Une Demoiselle Etant Tombée Dans un Puis en Est Sortie miraclusement Sans Le Secours de Personne Mais Par l'intersession De La Ste Vierge. 1741."

    Si l'orthographe n'est pas toujours correcte, la profusion des majuscules est à la hauteur du miracle et de l'Immense Reconnaissance dont veut témoigner la famille de la jeune rescapée.

Le Stella Maris

Le Stella Maris

    Vient ensuite le "Stella Maris"... Le navire est démâté et il est chahuté par la tempête. Certains hommes sont à la mer et attendent d'être secourus tandis que d'autres sur le pont s'activent avec des haches pour séparer les mâts du bâtiment. Un autre homme sur la droite implore le ciel. 

 

Le Bel Amy

Le Bel Amy

    Le "Bel Amy" commandé par M. Rullier 1749. Les voiles hautes sont affalées et sur le pont, une fois de plus les hommes n'ont plus de recours que de se tourner vers la miséricorde divine. En général ils s'adressent à la Vierge que l'on voit sur la grande majorité des ex votos, avec, le plus souvent son fils dans les bras.

 

 

     Le dernier tableau sur ce mur représente une barque de Trouville qui navigue paisiblement.

Il date de 1866 et ne présente pas beaucoup d'intérêt. On peut lire au-dessus du dessin : Alexandre, patron Hailey.

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

Sur le mur latéral droit, "La Fortune" 1729.

Le navire file par bon vent sur une mer calme. Un des marins est sur le pont, peut-être pressent-il ou redoute t-il un danger imminent ou bien plus simplement fait-il sa prière, en chrétien consciencieux, pour que le voyage se poursuive sans encombres.

 

Le Saphir

Le Saphir

"Le Saphir", capitaine H.D. Rossal. 1741.

Après 4 mois et demi de traversée, le navire se trouve pris dans un calme plat. On voit ici un des navires négriers qui fit la fortune de son propriétaire. Ce "commerce" qui paraissait "normal" en son temps jette une ombre sur la fortune de La Rochelle qui a participé à ce crime contre l'humanité.

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

Ici, ce n'est pas la Vierge qui est implorée mais le Christ . Comble d'humour "noir", certains esclaves supplient en même temps que les marins un dieu que pour la plupart ils ignorent, d'autres sont tournés vers le capitaine et attendent de lui un salut temporaire.

La Louise de Canada.

La Louise de Canada.

     "La Louise de Canada", commandée par Mr de Bonaventure. Ce navire spécialisé dans le transport des fourrures en provenance du Canada est menacé par la tempête. Il en est sorti indemne avec sa cargaison de peaux. Les animaux du Canada ont eu moins de chance que lui. 

L'Orphée

L'Orphée

"L'Orphée" commandé par Pierre DO...T (lettres illisibles) est pris dans la tempête. Dans les mâts, au péril de leur vie, les marins replient les voiles.

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

    Une grande toile, au-milieu du mur représente la Vierge et son fils au-dessus de La Rochelle. Elle ne possède pas le même caractère naïf des ex-voto qui l'entourent. Les photos prises à travers les grilles déforment un peu la toile qui est assez conventionnelle.

 

La Vierge entourée d'angelots veille sur la ville de La Rochelle. Ici la métaphore du refuge, le Port de Salut, convient à La Vierge dont c'est un des noms comme à la ville qui accueille les navires menacés entre ses tours.

Le Bon Pèreon

Le Bon Pèreon

Sous la grande toile du Port de Salut, se trouvent quatre ex-voto: 

"Le Bon Père" Capitaine Knell jeune, 1799. Le navire est pris dans la tempête et les hommes supplient le Ciel, bras levés.

La facture naïve du tableau est cette fois plus expressive, plus stylisée, pour tout dire plus originale et plus proche du Douanier Rousseau.

                                                     Douanier Rousseau

Notre Dame de grase (grâce)

Notre Dame de grase (grâce)

     "Notre Dame de grase" commandée par F. (un capitaine modeste qui n'a pas voulu que son nom soit inscrit!).  1755. Une fois encore le navire est pris dans la tempête et "miraculeusement" sauvé. Son nom le prédisposait à cette protection divine!

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

La "Louise Ester" commandée par M. Vaullemarin, 1738. Le navire est menacé par les vagues immenses qui le malmènent.

Le tableau porte le nom de son auteur, ce qui est rare sur les ex-voto. Il s'agit d'un dénommé Frizie. ("Frizie le fit").

La Suzanne Marguerite

La Suzanne Marguerite

     La "Suzanne Marguerite" a pour commandant M. Hardy en 1768. Ce tableau est un des trois avec l'"Orphée" et l'"Aimable Louise" (plus bas) à avoir été réalisé par le même peintre. Dans les trois on retrouve le sens du contraste et la grande liberté dans la manière expressive de peintre les vagues.

                                                       Dans l'église de Saint-Martin de Ré

Un tableau représentant le même navire est conservé dans l'église de Saint-Martin dans l'île de Ré. Il est exposé derrière une maquette ex-voto dont les mâts se confondent avec ceux du tableau!

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

Il reste encore 4 tableaux, à droite de Notre Dame du Port de Salut. Ce sont les plus difficiles à photographier. 

La Gloire

La Gloire

     "La Gloire" commandée par Mr de La Place. 1745. Le navire échappe à la tempête. On le voit ici bien assuré, comme apaisé après les épreuves. 

L'Aimable Louise

L'Aimable Louise

     Il n'en est pas de même de l'Aimable Louise, commandée par le Capitaine François en 1784.  Elle est en fâcheuse posture, couchée par babord, un mât brisé. Les barriques sont emportées par les vagues et un canot de sauvetage a été mis à la mer. Les hommes ont survécu mais l'Aimable Louise a sans doute sombré. Comme pour le Père Félix, le peintre montre un talent plus original, sans souci du réalisme.( Il est l'auteur de l'Orphée et de la Suzanne Marguerite.)

Le "Marquise de Surgère"

Le "Marquise de Surgère"

     Le "Marquise de Surgère" est un bâtiment commandé par le capitaine Beauregards, 1751. L'originalité du tableau tient en la triple représentation d'une traversée périlleuse. En-haut, le navire passe entre de terribles écueils. En-bas à gauche un homme tombe à la mer, à droite le navire affronte la tempête.

                                             Un homme tombe à la mer

Une traversée mémorable! Pas étonnant que cette fois, les hommes aient demandé l'intervention du Christ en personne, croix à la main!

Le Saint-Pierre

Le Saint-Pierre

Le dernier en haut, le plus difficile à photographier est le "Saint-Pierre". Le navire se démène dans la tempête. On devine dans les mats le scintillement des feux de Saint-Elme, annonciateurs d'orage. Les marins y voyaient la protection du saint.

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

     Espérons qu'un jour il sera possible de mieux voir ces tableaux qui ne cessent de nous toucher parce qu'ils racontent des drames surmontés, des tempêtes et des périls avec une foi et une naïveté qui en font des poèmes en peinture!

Les ex-votos de La Rochelle (cathédrale Saint-Louis)

Liens

Charente Maritime

 


 

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20 août 2019 2 20 /08 /août /2019 08:52
La maison des aïeules en 1910

La maison des aïeules en 1910

Aujourd'hui

Aujourd'hui

     La maison des aïeules à Saint-Pierre d'Oléron où Pierre Loti est enterré sous une simple pierre, ne vous ouvrira pas ses portes.

La maison des aïeules. Pierre Loti. Saint-Pierre d'Oléron.

     L'écrivain qui a exprimé ses dernières volontés dans son testament, après avoir décrit l'emplacement de sa sépulture a dressé la liste de la dizaine de personnes qui seraient autorisées à lui rendre visite, au maximum deux fois par an.

La maison des aïeules. Pierre Loti. Saint-Pierre d'Oléron.

     Cette précaution qui pourrait passer pour de la modestie renforce le mystère et l'attrait du lieu interdit aux "profanes". Toutes proportions gardées (et lesquelles!) il en est de la maison comme de la pyramide où le pharaon repose au plus secret du monument devenu sanctuaire.

Arrivée du convoi funéraire dans le jardin de la maison des aïeules.

Arrivée du convoi funéraire dans le jardin de la maison des aïeules.

     Autant Pierre Loti s'expose dans la maison de Rochefort devenue musée (livrée à une interminable restauration) autant il veut garder privé cet endroit à la fois précieux et douloureux où il a voulu reposer après avoir été emporté par la mort, "la reine des épouvantements".

La maison des aïeules. Pierre Loti. Saint-Pierre d'Oléron.
Le petit bois où repose Pierre Loti

Le petit bois où repose Pierre Loti

     Pierre Loti est dès l'enfance obsédé par le temps qui passe et par la mort qui triomphe toujours. Il collectionne les insectes, les coquillages, les menus objets comme pour les soustraire à la menace. Les chères aïeules font partie de ce monde menacé et précieux.

La maison des aïeules. Pierre Loti. Saint-Pierre d'Oléron.
La maison des aïeules. Pierre Loti. Saint-Pierre d'Oléron.

    La maison des aïeules, comme il la nomme, a appartenu à la famille de sa mère, les Renaudin, dès 1677. Ce n'est qu'en 1834 qu'elle est vendue. Sa grand-mère, sa tante Claire et sa cousine Corinne viennent alors vivre à Rochefort où elles parlent souvent de la maison perdue.

Maison de Loti à Rochefort. La mosquée...

Maison de Loti à Rochefort. La mosquée...

     Le petit Julien les entend raconter les vieilles histoires oléronaises et peu à peu l'île prend place dans son imagination d'enfant. Malgré ses vacances à la Brée à quelques kms de la maison de Saint-Pierre, il la connaît peu. 

La maison des aïeules. Pierre Loti. Saint-Pierre d'Oléron.
La maison des aïeules. Pierre Loti. Saint-Pierre d'Oléron.

     Avant de quitter la France pour son "premier départ de marin" il se rend dans l'île pour dire adieu à ses tantes qui vivent non loin de l'ancien domicile familial.

tableau peint par Marie soeur de Pierre Loti. Au centre le petit Julien Viaud (Pierre Loti)

tableau peint par Marie soeur de Pierre Loti. Au centre le petit Julien Viaud (Pierre Loti)

"Ma grand-tante Clarisse, quatre-vingts ans, soeur de ma grand-mère et ruinée définitivement comme elle, m'attendait dans l'un de ses toujours mêmes fauteuils Louis XIV en tapisserie, les plus luxueux débris qu'elle possédât encore de l'aisance ancienne(…) Près d'elle se tenaient ses deux filles, mes tantes à la mode de Bretagne, déjà d'une soixantaine d'années et les cheveux très gris, mais qui cependant se coiffaient d'une manière moins archaïque".

La maison des aïeules. Pierre Loti. Saint-Pierre d'Oléron.

     A cette occasion, il se rend dans la vieille maison habitée alors par le pasteur : "On me laissa errer seul dans le grand jardin enclos de murs, où des buis centenaires bordaient les allées, et, tout au fond, dans le bois où dorment  nos aïeux huguenots qui furent exclus des cimetières catholiques  (...)

La maison des aïeules. Pierre Loti. Saint-Pierre d'Oléron.
La maison des aïeules. Pierre Loti. Saint-Pierre d'Oléron.

   Plus tard, en 1899, après la mort des aïeules, le succès littéraire lui permet de racheter la maison. C'est pour lui l'aboutissement, la dernière escale définitive après tant d'autres. C'est là qu'il retournera dans l'enfance heureuse, dans l'amour de sa mère. C'est là qu'il se mêlera à la vieille terre des ancêtres. Il demandera que son cercueil soit défoncé "après sa descente dans la fosse, pour être mieux et plus vite mélangé à la terre". 

                                               Tombe de Pierre Loti

    C'est au cours de ce voyage d'avril 1899 qu'il retourne dans la maison dont il est devenu propriétaire.

"Elle est là, devant moi, l'antique maison familiale (…) Elle semble être l'âme de ce vieux petit quartier mort qui l'entoure et qui, en plus de sa tristesse d'abandon, exhale aussi l'inexprimable tristesse des îles"...

La maison des aïeules. Pierre Loti. Saint-Pierre d'Oléron.

Il franchit le porche et entre dans la cour :

"Oh! Comment dire l'émotion de voir réapparaître, sous ces nuages de deuil, cette cour silencieuse des ancêtres!... (…) Et voici que j'ai le sentiment de pénétrer chez les morts, chez les aïeules mortes. Nulle part autant qu'ici et à cette heure le passé ne m'avait enveloppé de son linceul."

 

    Il gravit avec respect les marches du perron "où, vers la fin du XVIIème siècle, à ce que l'on m'a souvent conté, de joyeuses petites filles (qui furent mes grand-tantes, mon aïeule, et moururent octogénaires) avaient pour jeu favori de monter et de descendre en courant, sur des échasses."

 

    De l'autre côté de la cour s'élèvent les bâtiments des chais, des pressoirs ainsi que la demeure des domestiques. Il y a là une pièce où comme on le lui a raconté, les enfants se réfugiaient les jours de pluie. Sa mère, avec une bague a gravé son nom sur une vitre.

"Je n'espérais point retrouver cela; mais le carreau a miraculeusement résisté à soixante années de possession étrangère, et la précieuse inscription y est encore! (…) NADINE!...Alors je ferme les yeux et me recueille plus profondément pour me représenter, dans sa petite toilette surannée, l'enfant qui écrivit cela, vers 1820, un soir d'ennui sans doute, en regardant tristement cette même rue de village toujours pareille, un soir où la pluie devait tomber comme aujourd'hui."

Pierre Loti et son fils Samuel

Pierre Loti et son fils Samuel

     C'est ensuite dans le jardin et le petit bois que Loti marche, habité par les vieilles histoires racontées au cours de veillées familiales. Son fils Samuel qui a fait le voyage avec lui est enthousiasmé par cette nature et fait promettre à son père qu'ils reviendront habiter la maison.

Pierre Loti (Lévy Dhurmer)

Pierre Loti (Lévy Dhurmer)

"Résider ici, fût-ce même en passant (…) voir chaque matin à mon réveil ce jardin-cimetière, non je ne pourrais plus!... A moins que ce ne soit plus tard dans la suite des années, si, quelque part en Orient, je ne tombe pas au bord d'un chemin… Oui plus tard, qui sait, rentrer pour le déclin de ma vie, puis dormir dans ce vieux sol où gisent des ossements d'ancêtres…"

Départ du cercueil à Rochefort

Départ du cercueil à Rochefort

Samuel à qui il promet cependant de revenir avec lui ne peut savoir que son père dit vrai. Ils y reviendront tous deux et c'est Samuel qui se chargera de défoncer le cercueil dans la fosse où il aura été descendu, afin de respecter les dernières volontés de son père.

La maison des aïeules. Pierre Loti. Saint-Pierre d'Oléron.

On comprend devant l'intensité des sentiments de Pierre Loti confronté à l'irréparable saccage que la disparition des êtres chers provoque en nos vies, qu'il ait voulu s'entourer de silence et que soit refermée la porte "comme on scellerait une entrée de sépulcre".

Le petit bois et la Lanterne des morts.

Le petit bois et la Lanterne des morts.

     En quittant ce lieu simple et hanté, j'ai remarqué qu'au-dessus des arbres du petit bois, on apercevait là-bas, la lanterne des morts, tour romane qui veillait sur le cimetière de Saint-Pierre. On sait qu'une flamme y était allumée chaque nuit pour guider les défunts.

J'aime penser que chaque nuit, elle éclaire Pierre Loti et ses chers fantômes.

La maison des aïeules. Pierre Loti. Saint-Pierre d'Oléron.

Liens :

Oléron

 

Pierre Loti (Douanier Rousseau)

Pierre Loti (Douanier Rousseau)

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21 août 2018 2 21 /08 /août /2018 12:35
Gustave Guillaumet photographié en bédouin.

Gustave Guillaumet photographié en bédouin.

     Le montmartrois que je suis ne peut ignorer ce peintre orientaliste (1840-1887) qui est enterré au cimetière de Montmartre et dont la tombe s'orne d'une belle statue de Louis Barrias qui s'inspire de ses tableaux de fileuses.

 

     Guillaumet découvre l'Algérie par hasard et non par désir de connaître cette terre colonisée brutalement. Il est aussitôt séduit par la beauté du pays et surtout par la simplicité et l'authenticité de ses habitants.

               Campement dans la forêt de cèdres de Teniet el Had dans le massif de l'Ouarsenis

    On peut dire qu'il lui consacre toute sa vie de peintre. S'il a un atelier à Sèvres (puis Cité Pigalle) et un appartement dans le quartier de la Nouvelle Athènes au pied de la Butte, c'est à l'Algérie qu'il pense en terminant les tableaux esquissés pendant ses voyages. Pas moins de dix longs séjours pendant sa courte vie d'artiste!

                                                          Portrait d'homme

    Les villes de la colonisation ne l'intéressent pas et s'il a besoin d'être protégé lors de ses périples, c'est avec regret. La seule fois où il assiste à une razzia, expédition punitive, il est bouleversé. 

                                                           Aveugle mendiant

     Il s'attache d'abord à l'Oranie avant de descendre vers le sud, le désert, les oasis. A la fin de sa courte carrière, il ne peindra que le sud où il trouve une réponse à ses questions existentielles.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

La veillée (1866).

    Il ne représente pas les troupes françaises qui l'escortent. Il préfère montrer les Algériens faisant partie des unités supplétives. Le paysage nocturne est quasi onirique et empreint d'une atmosphère quasi mystique.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

  Campement d'un goum à la frontière du Maroc (1869)

     Même atmosphère avec ce bivouac dans ce paysage qu'affectionne Guillaumet sous un ciel gris où semble planer une sourde menace.

(Le Goum est une unité de combattants marocains faisant partie des troupes supplétives.)

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Le Labour (1869)

    Toile qui montre la pauvreté des paysans, la femme conduisant l'attelage, un bébé sur le dos. Ce n'est pas une représentation pittoresque mais au contraire une "rencontre" en sympathie avec de simples gens du peuple qui peinent pour survivre.

Une fois encore la dimension contrastée avec cette ligne de fuite et ce ciel tourmenté participent au romantisme (réalité tragique de la destinée humaine) de l'œuvre. 

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Le Labour (1882)

    Il est intéressant de retrouver une scène de labour peinte plusieurs années plus tard. L'aspect tragique, à la Delacroix, a disparu. Le ciel s'est apaisé et le soleil couchant éclaire d'une lumière dorée l'homme au travail.

La brochure de l'exposition compare cette métamorphose à celle que l'on retrouve chez Millet dont les paysans sont sublimés. 

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

La Famine (1869)

     C'est un des rares tableaux historiques de Guillaumet. La famine régnait en Algérie, aggravée par des épidémies peut-être liées à l'arrivée des occidentaux et par le manque de réserves de céréales. Entre 1866 et 1869, elle va faire des ravages et on estime qu'un tiers de la population fut décimée.

     Le tableau est une violente critique envoyée à la face de ceux qui affirmaient que la conquête était une œuvre émancipatrice et ne voulaient voir que "l'Algérie heureuse". Elle déplut au public et fut critiquée sans mesure.  Guillaumet abandonnera dès lors les représentations historiques comme il se libérera de l'influence trop manifeste de Delacroix (on pense ici aux Massacres de Scio).

                                        Détails de Guillaumet et de Delacroix (en-dessous)

     D'autres tableaux évoquent la rudesse de l'existence et la  misère d'une façon plus symbolique.

Comme ce désert avec une charogne au premier plan, peint en 1868 pendant la famine. Au loin apparaît comme un mirage une oasis ou une caravane, perdue dans l'immensité incandescente. 

 

    Peint quinze ans plus tard, avec pour décor les falaises des grottes d'El Kantara, le cheval blanc dévoré par les chiens, est comme une allégorie du pays. Le cheval fier a tenté de lutter et puis il est tombé, épuisé. Guillaumet raconte cette agonie dans son texte "Une razzia dans le djebel Nador".

 

     Le peintre ayant besoin pour voyager d'une protection militaire aura l'occasion de visiter des lieux habités par les supplétifs, c'est à dire les populations qui se sont ralliées à la France.

Il visite des villages de spahis et a l'occasion d'y peindre des femmes.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

La source du figuier à Aïn Kerma, smala de Tiaret.

    Scène paisible qui évoque un paysage biblique. L'ombre y protège les villageois de la chaleur qui règne dans l'azur du ciel et la blancheur aveuglante des murs. Les femmes se penchent vers la source dont on imagine la fraîcheur...

 

 

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Marché arabe dans la plaine de Tocria (1865)

     Ici Guillaumet joue avec les couleurs ocres et les blancs pour donner cette impression de vie dans un décor immuable. Il aime peindre les populations nomades qui continuent de vivre comme elles l'ont toujours fait.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Guerriers arabes au repos (1886)

Etude pour un grand tableau représentant une noce arabe qui ne sera jamais peint, interrompu par la mort de Guillaumet.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

     Bivouac des chameliers (1875)

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

L'inspecteur des moissons (non daté)

 

Tisseuses à Bou Saâda

Tisseuses à Bou Saâda

     Dans les villages, le peintre peut entrer dans les maisons, occasion pour lui de montrer la pauvreté certes, mais surtout la dignité des femmes qui travaillent. Les femmes qu'il peint n'ont rien à voir avec celles de Delacroix qui sont telles que les imaginent les occidentaux, plus proches de courtisanes que de paysannes.

                                     Scène de gourbi à Biskra (1882)

     C'est au cours des derniers voyages qu'il entre ainsi dans l'intimité de ces maisons de terre. 

 

 

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Fileuse (1874)

     Il s'agit d'une étude pour un tableau plus important représentant une famille arabe nomade sous une tente. Les fileuses de Guillaumet auront l'heur de plaire et c'est à l'une d'elles que Louis Barrias confiera de jeter des fleurs sur la tombe du peintre au cimetière Montmartre.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

La nativité de Bou Saâda.

     Une des plus étonnantes scènes d'intérieur nous donne à voir une nativité. Nous sommes ici devant le mystère de l'interprétation que nous nous faisons des autres cultures.  "On se figure parfois entrer dans une étable" écrit Guillaumet.

  Le chrétien qu'il est voit  dans la pauvreté et la simplicité une image qui le renvoie à sa foi.  De nos jours, il s'expose à la critique de ceux qui considéreraient cette "interprétation" comme non respectueuse de la foi des indigènes. L'interprétation des œuvres peut ainsi changer avec le temps alors que dans ce cas précis on ne peut soupçonner Guillaumet de quelque sentiment de supériorité… Au contraire.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Laghouat (1879)

     C'est peut-être la plus belle œuvre de l'exposition. Elle est l'aboutissement des tentatives du peintre pour rendre la lumière du sud, si difficile à saisir. Ici hommes et paysages sont liés comme embarqués sur le pont d'un immense navire qui naviguerait sur les sables. A la proue apparaît un minaret. Les habitants sont paisibles dans le soir qui tombe et apporte un peu de fraîcheur. Ils semblent être là depuis des siècles. 

On voit ici tout ce qu'une grande œuvre peut suggérer. Elle s'inscrit dans une lignée de peintres qui saisissent la magie surréelle de l'univers. On pense à certains Dali et surtout à Chirico. Mais chez Chirico, c'est l'architecture qui semble l'emporter et éliminer les vivants. Ici tout le monde est embarqué dans le même mystère

La toile eut un grand succès et fut tout de suite considérée comme un chef d'œuvre..

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Autre chef d'œuvre: La Séguia, près de Biskra (1885)

     Le tableau est peint deux ans avant la mort de Guillaumet. Il est l'image même qu'emporte avec lui le peintre de ce pays. La paix, la beauté des habitants et particulièrement des femmes. L'eau, les murs de terre, le ciel se partagent sans se heurter l'espace. Vision idéale d'un monde antique et pourtant actuel.  

D'autres œuvres nous montrent ces paysages du sud  avec des laveuses.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

L'oued à Bou Saâda. Trois laveuses.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Laveuses dans l'oued de Bou Saâda. 1882

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Jeunes filles dans l'oued de Bou Saâda. 1882

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

L'oued Mzi, Laghouat.

Mais je termine aves deux de mes tableaux préférés : l'oued de Mzi avec ce paysage épuré, en lignes de fuite vers un horizon vers lequel se tournent les deux silhouettes… Le symbolisme est présent dans cette œuvre du silence ainsi que l'épure et la simplification quasi abstraite.  La touche picturale y est déjà impressionniste.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

Femmes dans une oasis.

     Comme dans ce dernier tableau des femmes dans une oasis. L'eau est miroir où se reflète l'argent du ciel gris. Le silence, la paix du soir envahissent le paysage. Tous les détails ont disparu. Ces femmes sont là, immuables et fragiles dans un monde sans brutalité.

Elles sont ce pays qu'aime Guillaumet et dont il emporte l'image dans son dernier voyage lorsqu'il meurt en 1887.

L'Algérie de Gustave Guillaumet. Musée des Beaux Arts de La Rochelle. Exposition.

     Cette belle exposition est présentée au musée des Beaux Arts de La Rochelle jusqu'au 17 septembre 2018. Elle le sera ensuite au musée des Beaux Arts de Limoges du 19 octobre au 4 février 2019, puis à la Piscine-musée d'Art et d'industrie André Diligent de Roubaix du 8 mars au 2 juin 2019.

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