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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 07:25

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A quoi pense-t-elle devant la mer? Sur cette plage où elle n'était pas revenue depuis plus de dix ans... 

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Au bras de sa fille elle marche.

Elle qui ne pouvait presque plus bouger, elle marche...

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Elle marche vers l'océan qu'elle aime...

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Elle est l'enfant qui courait sur les plages du nord...

Elle est la jeune femme qui se baignait dans les vagues...

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Elle est la mère de famille qui surveillait ses petits...

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Elle est la femme âgée, déjà... 90 ans et 4 mois...

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Et voilà qu'elle touche l'écume...

Voilà qu'une fois encore elle sent sous ses pas la fraîcheur salée de la mer

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Elle sourit. Elle est heureuse. Elle sait.

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Elle sait qu'un jour avec la marée descendante, elle partira...

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Et moi je sais qu'avec la marée montante, elle reviendra...

 

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 Liens maman :

Anniversaire Mère 90 ans.

Poème chat. Mort de Minouche.

Maman et Minouche. Photos.

Maman. Photos d'enfance...

Poème. mère. anniversaire.

Poème. Mère. Quatre-vingt-dix ans.

Anniversaire maman. 89 ans.

Poème. Ma mère. Mots secrets.

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 09:25

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Un dimanche de printemps, quatre générations et un chat sont réunis dans un jardin près de Paris.

C'est pour fêter les 90 ans d'une mère, grand-mère, arrière-grand-mère...

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Sous le regard attentif de Lola qui malgré son petit air modeste apprécie moyennement l'invasion de son domaine.

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C'est le moment d'en griller une et de faire la nique aux anti fumeurs...

Ma mère se promène dans le monde avec une petite fumée au-dessus de la tête. 

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Lola s'installe sur un transat, histoire de rappeler qu'elle est chez elle. 

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Pas de discours, pas de grandes phrases... L'affection se dit dans la banalité comme pour ne pas peser, ne pas en rajouter. 

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Lola fait sa toilette. Elle ne pense pas au temps qui passe. Elle ne sait pas qu'elle a, dans son univers de chat, un âge pas très éloigné de celui de l'héroïne de la fête.  Les chats ne font pas tant d'histoires. 

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On souffle sur les bougies. Peu de spectateurs attentifs en ce moment crucial! De vieux amis de toujours, quelques enfants... Les autres vivent leur vie aux quatre coins du jardin

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90 roses... Nous ne sommes pas loin de la roseraie de l'Haÿe.  A quelques dizaines de mètres!

Donc il y a encore pour toi, ma mère une bonne réserve d'années! 

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Il paraît que Lola a sept vies... Plusieurs roseraies...

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Pas d'anniversaire sans cadeaux. Mais le plus beau cadeau, celui qui manque le plus dans notre monde de tapoteurs d'internet, c'est la tendresse...

La tendresse que tu réclames, maman, et qu'il nous est si difficile de donner. Nous les aînés, sommes des handicapés de la tendresse. Pourquoi?

Ce n'est pas le bon jour pour se poser la question.

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Lola sait ce que c'est... Elle en est tout ensoleillée...

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Le bonheur de ma mère ce sont ses petits enfants. Le lourd passé s'allège grâce à eux. 

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Bon! Certains invités s'en vont... 

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Et voilà... C'est une belle après midi qui s'achève...

Derrière les sourires et les regards de chacun, tant d'images, tant de rêves, de déceptions parfois...

Mais ce n'est pas en famille qu'on les dit. J'ai aperçu mes neveux et mes nièces. Ils sont beaux. J'ai pensé à un recueil de Supervielle: Les Amis Inconnus.

Voilà, c'est ça... Les Neveux Inconnus... 

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Mon petit frère ma petite soeur... un peu moins inconnus

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A l'année prochaine! A dans dix ans! Dans vingt ans (c'est moins sûr)!

A la prochaine occasion de tenter de se dire sans le dire que l'on s'aime!

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Minouche sait le dire... elle attend le retour de sa maîtresse pour ronronner contre son coeur...

 

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Coeur tremblant

 

Dans un jardin de la banlieue

Où dort un chat sur l'herbe bleue

Combien de gens sont réunis

combien d'oiseaux pour un seul nid

 

Dans son fauteuil au beau milieu

Une femme a le coeur tremblant

Devant les bougies redoublant

Leur feu dans le tain de ses yeux

 

Une femme avec ses enfants

Et les enfants de ses enfants

Se dit qu'il n'est pas déplaisant

De fêter quatre-vingt-dix ans

 

C'est ainsi que la vie est faite

Après les deuils et les défaites

Pour une heure ou deux on s'arrête

On descend de notre charrette

 

C'est un moment d'éternité

C'est un caillou jeté en l'air

Un caillou qui semble hésiter

Suspendu entre ciel et terre

 

Je t'aime au fond et c'est assez

Pour ne plus penser au passé

Pour oublier l'enfant cassé

Qui tant rêvait d'être embrassé

 

Je t'aime au fond et c'est pourquoi

Je n'espère plus rien de toi

Vis cent dix ans et des poussières

Ne va jamais au cimetière

 

Je t'aime au fond et je te dois

D'être vivant et amoureux

De tracer avec un seul doigt

Un coeur sur le sol poussiéreux

 

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   Liens : Mère

  Poème: Celle qui n'a jamais pleuré.

  Poème. Mère. Quatre-vingt-dix ans.

Anniversaire maman. 89 ans.

Poème. Ma mère (2)

Poème. Ma mère. Mots secrets.

poème. A ma mère.

Maman et Minouche. Photos.

Maman. Photos d'enfance...

 

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24 décembre 2010 5 24 /12 /décembre /2010 17:25

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Lycée d'Arras. un jour de février glacé. Tout est gris : les pierres, la cour, les arbres, les blouses des pensionnaires rangés devant la porte de la cantine. 

Je suis prisonnier dans cette ancienne caserne, à deux cents kilomètres de ma famille. Le pion me fait signe de me hâter. Il regarde sa montre. Je suis le dernier, comme d'habitude. 

Alors que j'arrive en traînant les pieds, les garçons se tournent vers moi et chantent à tue-tête : "Mari... Mari... Marianne  -  Prends garde à toi Marianne -  Plus l'homme est poli, jolie Marianne -  Moins il se conduit comme un gentleman"...

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Le pion qui sera chassé deux mois plus tard pour pédophilie, s'approche de moi et me serre la main : "Ton père a téléphoné ce matin. Tu as une nouvelle petite soeur. elle s'appelle Marianne..."

...Tous mes condisciples avaient décidé comme un seul homme de beugler, à la manière des adolescents, le refrain des Compagnons de la Chanson, très en vogue alors.

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Une petite soeur! Un cadeau plus grand que ma vie triste, plus grand que le dortoir de soixante lits! Une petite soeur, en plein hiver! 

Me manquaient cruellement mes deux soeurs auxquelles je pensais pendant les cours en griffonnant pour elles des dessins maladroits... Et maintenant, une troisième petite soeur déboulait dans ma vie!

J'étais heureux et souriais comme un benêt, tout en sentant bouger en moi une révolte... J'étais loin de ce bébé dont je ne verrais pas les premiers sourires...

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Quand je suis revenu vivre à la maison, le bébé avait deux ans. Il était mal tombé dans cette famille-là, mais tombe-t-on jamais bien?

Pourtant, Marianne n'était que douceur et sourire. Elle aimait chacun, admirait chacun, croyait chacun. Des années de présence douce...

Parfois, apeurée devant une colère qu'elle ne comprenait pas ou une phrase coupante, elle se réfugiait dans sa cachette comme un animal dans son terrier

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Je me rappelle comme si c'était hier, le moment où il fallait dormir. Elle devait gagner son lit avant nous. Elle nous appelait alors, l'un ou l'autre, l'un et l'autre, les uns et les autres... à tour de rôle... et elle nous réclamait dix baisers sur les joues. A droite, à gauche, à droite...

Et quand les dix baisers avaient été donnés, elle en réclamait dix autres... On commençait à perdre patience quand on arrivait à quarante!

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Et pourtant... j'ai le souvenir précis de son parfum de petite fille, de la douceur de ses joues, de sa chaleur... j'ai tout gardé, comme un soleil de poche, que je ressors les jours sinistres et que je promène sur mes joues, à droite, à gauche, à droite...

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Le premier disque que mon père m'ait offert était un album des Compagnons de la chanson : "Elle va mourir la mamma"...

Je n'ai jamais compris comment Marianne qui savait juste parler, avait retenu toutes les paroles de la chanson qu'elle débitait avec d'autant plus de plaisir que nous en étions amusés et réjouis...

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 j'ai quitté la maison, je suis allé le plus loin possible, comme un rescapé s'enfuit du lieu de la catastrophe. J'ai perdu de vue cette petite soeur qui était alors au lycée. Je n'ai rien deviné de ce qu'elle vivait et des coups en plein coeur.

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Celle qu'elle est devenue plus tard, l'amoureuse, la mère attentive et fière, la femme de coeur à l'écoute des autres... il ne m'appartient pas d'en parler. Je ne l'ai pas assez connue. Je sais que son bonheur, comme tous les vrais bonheurs était parfois secoué par les orages...

Je sais que je rêvais de me rapprocher d'elle, comme un imbécile qui remet toujours à demain l'essentiel, le nez dans son agenda aux pages noircies de rendez-vous inutiles. 

J'ai gardé le grand livre des oiseaux qu'elle m'a offert après avoir passé quelques jours, pour son voyage de noces, dans mon appartement berckois.

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Depuis cette nuit de Noël où elle est morte, je ne peux plus entendre chanter un oiseau sans penser à elle.

 

                                                                    Liens :
                                                      Poème. Ma petite soeur de Noël.
                                                    Poème: Petite soeur au cimetière.
                                                      Poème. Mort de ma petite soeur.
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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 09:30

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Il y a un an commençait la passion de mon père. Elle allait durer trois mois. Disparition dans la nuit...déménagement...chute et fracture...agonie.

J'ai reçu hier cette lettre de ma petite soeur Sylvie. C'est une lettre en croix. Une croix d'ébène incrustée de nacre, comme celle qui veilla sur les dernières années de mon père.

Avec l"agrément de Sylvie, je la publie aujourd'hui, en ce temps de Toussaint où le soleil tente vainement de passer les nuages.

 

Lettre de Sylvie

 

Instant volé

 

Je cherche à débusquer en moi l'endroit où j'ai si mal. Le mal à vivre, le mal à dire, le mal d'écrire de ce point-là, enfoui en moi et qui use mes os. Tenir debout, avancer, marcher pas à pas, sanglot après sanglot, depuis ce mois de janvier où tu as décidé de t'en aller pour de vrai.

Pour moi, le départ se passe le samedi 30 janvier et mon corps tout entier se souvient de chaque instant. J'ai cru mourir et je n'avais pas peur, mais la douleur a pénétré si fort dans mon coeur que les battements se sont emballés et que la tension qui monte ne s'arrête plus de déglinguer ma respiration. J'étouffe des silences que tu m'as imposés. J'ai perdu mes mots, l'envie de partager et de rire. Pas un jour, pas une heure sans que ma marche ne titube.

C'était ce jour-là de ce mois de janvier où le téléphone a sonné. Un frère, loin de la ville où je tente d'habiter, dit simplement : "Papa est à l'hôpital. Ils ne feront rien pour le réanimer. C'est la fin."

J'ai couru, j'ai sauté dans un train, seule, si seule et si proche de toi. Je me suis assise comme une somnambule en retenant mes larmes. J'arrive Papa, j'arrive. Attends-moi, s'il-te-plaît, encore un instant.

Je regarde ma montre. Je n'avais jamais remarqué combien les aiguilles tournaient lentement. A 15 heures, j'appelle ma petite Emilie, la fille de ma soeur mal chérie et partie avant même que je ne lui aie murmuré à l'oreille tous les mots de l'enfance (...)

Emilie! Je suis dans le train pour Paris! Papa est à l'hôpital. Il va mal!

-Sylvie... Il est mort...

Je ne sais comment s'est passé le reste du voyage mais si Dieu existe, il m'a envoyé un signe. Jamais je n'ai vu un ciel aussi beau, des nuages blancs comme la neige au soleil et soudain un nuage noir, profond, obscurcissant le monde. Je n'ai rien perdu de ces toutes petites secondes... 

Gare de Lyon. Le monde. Le bruit. Mes pas titubants jusqu'au RER emprunté si souvent pour venir jusqu'à toi. Et ces aiguilles du temps qui ne tournent pas rond... Pourtant je suis calme, étrangement calme. Est-ce la douleur qui paralyse?

Les stations défilent. Les gens me regardent bizarrement. Je m'aperçois que les larmes mouillent mon visage.

Arrivée Massy. Arrivée?

Je suis arrivée trop tard. même si je le savais, je le mesure à cet instant précis. J'entre dans ta chambre. Je ne vois rien ni personne. Je ne vois que toi, toujours aussi beau. je pose les mains sur drap. j'ai peur papa.

Je suis seule. Je soulève le drap pour tenir entre mes mains tes si belles mains, si chaudes encore. Je te parle. Je prie parce que rien d'autre que la prière ne vient jusqu'à mes lèvres: Je vous salue Marie, accueillez aujourd'hui Louis, mon papa qui a toujours été si près de vous, protégez-le du vent et du froid, serrez-le dans vos bras, emportez-le jusqu'à Dieu le père tout puissant, pour qu'il se repose enfin, en paix. Il a payé si cher, si fort, sa venue sur la Terre. bercez-le tendrement, Marie, amenez-le là où la douceur, les couleurs vont lui permettre de dormir et de veiller sur ceux qui l'ont accompagné. Je vous salue Marie, je vous confie mon papa, pardonnez-lui Marie tout ce qu'il n'a pas dit, pas fait, emportez-le au chaud, près de votre Seigneur.

Je l'ai embrassé doucement.

J'ai quitté la chambre où il n'était plus...

Le temps a passé!

Comme les aiguilles continuent de tourner lentement!

Un matin je me suis réveillée, épuisée, cassée par l'arthrose, par la tension qui continuait de monter dangereusement. Et j'ai pensé au poète Edgar Poe, à la Lettre Volée. j'ai pensé à Lacan, à Derrida qui avaient repris cette nouvelle. J'ai compris! 

Ce n'est pas une lettre qu'on m'a volée! C'est ta mort! c'est cet instant précis dont je me suis sentie dépossédée.

J'ai beaucoup réfléchi depuis, je me suis souvenue des nuages, et comme la lettre volée bien en évidence pour qui sait regarder, j'ai vécu cet instant avec toi papa, et avec mon grand frère!

J'en ai pour preuve un texte écrit quelques jours après ton départ. Il s'appelle "chanson pour Sylvie" et il me disait: la lettre n'a pas été volée, cet instant ne t'a pas été volé, petite, tu l'avais devant toi mais tu ne le voyais pas.!

Alors pourquoi cet endroit que je ne trouve pas? Cette douleur que je n'identifie pas? Ce silence entré en moi qui ne désarme pas? Que me faut-il parcourir encore pour le trouver, cet endroit?

Je sais que jamais je n'y arriverai. Car cet endroit s'appelle LE MANQUE, L'ABSENCE. 

Le chemin, aujourd'hui, c'est de laisser ce manque en moi naviguer, danser, chanter, parce que j'ai eu cette chance de te rencontrer, de t'aimer, d'être aimée, et maintenant je vais l'apprivoiser cet endroit-là qui est en moi.

Même si c'est long, très long, trop long, quelle chance d'avoir connu cet endroit-là!

 

 

Sylvie.

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Lien.  Poème. Chanson de Sylvie.

 

 

 

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 14:15

 

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22 octobre. Sourire de ma mère. Sourire après une année de gros temps. Au fond sur l'étagère, son profil de jeune-fille... 

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A ses côtés une petite vigile de tendresse... Minouche... 

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89 ans et cinq mois... 

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12 ans...

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Les yeux qui pleurent trop facilement, sans qu'on le veuille.

Etranges les yeux... Secs, absolument secs au moment des plus grandes blessures... les pires blessures pour une mère, celles auxquelles on ne survit jamais tout à fait... 

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      Comme les yeux des chats qui ne pleurent pas malgré des siècles de persécution...

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Et aujourd'hui, si facilement mouillés de larmes. Même avec un sourire.

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      Minouche à sa toilette...

Minouche qui a les couleurs de la vie, le noir et le blanc, le blanc et le noir...

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Noir de la mort de ceux qu'on aime. Blanc de la naissance de ceux qu'on aime et qui font reculer l'horizon...

Douze petits enfants à qui elle pense chaque jour. Douze soleils.  

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Douze raisons de vieillir encore.

Plus deux... deux soleils tout neufs, deux arrière petits enfants...

Plus une ... Un petit Loup qui attend bien au chaud le bon moment pour poser ses pattes sur la terre! 

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Aujourd'hui, Minouche est un peu inquiète. Elle n'aime pas ce qui trouble son quotidien.

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Je suis venu pour accompagner ma mère chez le cardiologue. Après l'alerte fin septembre d'un AIT, sorte d'AVC miniature, il faut contrôler son coeur, lui poser un appareil qui va mesurer son rythme cardiaque pendant 24 heures.

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Le cardiologue, sorte de prof Nimbus, la mèche en l'air, s'est escrimé pendant une heure avec un appareil qu'il n'a pas su faire marcher. Il a fallu fouiller dans les placards pour dénicher un ancien modèle, lourd et inconfortable qui meurtrit l'épaule.

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Minouche est venue le renifler et puis elle a frotté son museau contre le nez de ma mère

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"T'en fais pas, je suis là!"

 

 

Liens : Anniversaire maman. 89 ans.

Poème. Ma mère. Mots secrets.

Poème pour la chatte Minouche.

Poème. Ma mère (3) Anniversaire.

Poème. Ma mère (2)

poème. A ma mère.

 

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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 08:00

dad 003


Ce poème de mon père, ma soeur Sylvie l'a lu, au moment où le cercueil allait descendre dans le caveau.
Le poète ne se laisse pas enterrer, il s'encielle...
Son cercueil est un bateau qui repart en voyage.

A condition d'aimer, on peut le suivre des yeux...


Scarbo

Scarbo, le petit nain
Qui crachait des étoiles
Est mort sur le chemin
Où l'entraînait son rêve ailé comme une voile

Il n'était pas méchant
Et parfois s'il croquait la lune
C'était pour parfumer ses dents
D'une fraîche haleine de brume

Il ne pensait jamais au mal
La mer était sa grande amie
Il avait un brillant cheval
De soleil et de pierreries

Scarbo, le petit nain
Qui crachait des étoiles
Est mort sur le chemin
Où l'entraînait son rêve ailé comme une voile

On l'a mis dans une cassette
Clouée avec grand soin d'opalines planètes
Et ce matin
Le petit nain
Fut enterré dans un nuage
Qui a poursuivi son voyage
Vers le beau pays des images
Où finit la Réalité. 



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Note : Scarbo est un personnage que l'on rencontre dans 4 poèmes d'Aloysius Bertrand (Gaspard de la Nuit). C'est un gnome diabolique dont mon père a fait un petit être rêveur, un poète.
...

Lien : Louis wacrenier. Derniers poèmes d'amour (1)









... 
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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 07:50

   

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 Matin clair, matin de lumière sur la petite église de Sceaux. Nous sommes réunis, enfants et petits enfants autour du cercueil, comme autour d'une barque qui va s'éloigner du quai et partir en pleine mer, dans le scintillement du soleil.

Pour ceux qui ont connu mon père et qui l'ont aimé, voici les textes de cet au-revoir.
 
Accueil :

Vincent, mon petit frère lit les mots que papa a écrits, dix ans plus tôt, en prévision de ce jour.

   J'aurais aimé vous accueillir moi-même pour vous remercier d'être venus ici autour de mon épouse et de notre famille, mais pour des raisons que vous comprendrez, je suis sans micro, et contraint d'emprunter le système vocal de celui de mes fils qui sera volontaire!

  Je voudrais vous associer à ma joie d'être retourné dans la demeure éternelle de Dieu. Je voudrais vous demander de chasser la tristesse. Ne me cherchez pas parmi les morts mais dans vos souvenirs des moments partagés, dans la communion de la vie.

 J'ai retrouvé au moment où je vous parle, tous ceux qui sont partis avant moi. J'ai retrouvé mon fils Jean-Loup et ma fille Marianne avec lesquels je n'ai cessé de vivre.

  Vous qui êtes présents aujourd'hui, je continuerai de vous protéger plus intensément parce que la mort n'est qu'un passage et que mes prières pour vous seront désormais des intercessions directes.

  Avec ceux que j'ai rejoints, avec vous tous, réunis dans cette église, dans la sérénité, avec le sourire de l'Espérance, que la messe commence!

 Que mes petits enfants allument les cierges dont la flamme prise au Cierge pascal, symbolise la continuité de la Vie et la Résurrection du Christ qui préfigure la mienne et la vôtre. 


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 Première lecture :  Première épître  de saint-Paul aux Corinthiens.

  Quand je parlerais la langue des hommes et des anges, si je n'ai pas l'amour, je ne suis qu'airain qui sonne ou cymbale qui retentit.
  Quand j'aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j'aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter les montagnes, si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien.
  Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas l'amour, cela ne me sert de rien.
  L'amour est indulgent; l'amour est serviable; il n'est pas envieux; il ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas; il ne fait rien d'inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s'irrite pas, ne tient pas compte du mal; il ne se réjouit pas de l'injustice, mais il met sa joie dans la vérité. Il excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout.
  L'amour ne passe jamais.
  Les prophéties? Elles disparaîtront; Les langues? Elles se tairont. La science? elle disparaîtra. Car partielle est notre science, partielle aussi notre prophétie. Mais quand viendra ce qui est parfait, ce qui est partiel disparaîtra.
  Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Une fois devenu homme, j'ai fait disparaître ce qui était de l'enfant.
 Car nous voyons à présent à travers un miroir obscur, mais alors ce sera face à face.
 A présent, je connais d'une manière partielle, mais alors je connaîtrai comme je suis connu.
 Maintenant donc trois choses demeurent : la foi, l'espérance et l'amour. Mais la plus grande des trois, c'est l'amour.

A propos de ce texte, une chose extraordinaire s'est produite... Mon père l'avait prévu, il y a dix ans. Or, c'est le texte que la liturgie avait choisi cette année 2010 pour la messe anticipée du samedi 30 janvier, le jour de sa mort. Il a donc été lu dans toutes les églises, deux heures après sa mort.


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Psaume 22

Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien.
Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre;
Il me conduit par le juste chemin pour l'honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal,
Car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis:
Tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie;
J'habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.


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Dessin offert par jean-Loup à son père. L'ange de la Résurrection vient ouvrir les tombeaux.


Evangile (Luc 24)

Le premier jour de la semaine, à la pointe de l'aurore, elles allèrent à la tombe, portant les aromates qu'elles avaient préparés. Elles trouvèrent la pierre roulée devant le tombeau, mais étant entrées, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. Et il advint, comme elles demeuraient perplexes, que deux hommes se tinrent devant elles, en habit éblouissant; Et tandis que, saisies d'effroi, elles tenaient leur visage incliné vers le sol, ils leur dirent : "Pourquoi cherchez-vous parmi les morts, Celui qui est vivant?"

C'est 
ce même évangile que mon père avait choisi après la mort de son fils aîné. C'est lui qui demanda qu'on arrêtât la lecture sur cette interrogation. La réponse vient après. "il est ressuscité". Mais papa ne voulait pas donner la réponse à la question, sachant que ses enfants et petits enfant n'étaient pas chrétiens pour la plupart. Il voulait que chacun réponde à la question avec son coeur.


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Prière universelle . Lue par ses deux filles, Rosine et Sylvie et par son plus jeune fils Vincent.

"Ne cherchez pas parmi les morts celui qui est vivant."

  Nous te bénissons Seigneur pour les parents que tu nous as donnés et qui se sont unis devant toi, un jour de février, dans la cathédrale d'Arras.
  Pour notre père qui nous réunit aujourd'hui aujourd'hui et qui reste vivant.
 Vivant dans ses enfants, ses petits enfants, ses arrière petits enfants Mila et Nino.
 Vivant dans les ombres et les lumières qui nous habitent. Les étés de l'île d'Oléron, les repas qu'il aimait servir, les poèmes dont il nous fit cadeau, l'humour qui animait son regard.
 Vivant dans les mots qu'il nous laisse et cette phrase, sans cesse répétée ces dernières années : "Mes enfants, vous êtes mon bonheur, vous êtes ce qu'il y a de plus beau dans ma vie."

"Maintenant, trois choses demeurent, la foi, l'espérance et l'amour. Mais la plus grande des trois, c'est l'amour."

 Nous te bénissons Seigneur
 Pour celui qui prend son père dans ses bras et le lave comme on lave un enfant.
 Pour celui qui choisit de devenir infirmier, de mettre sa jeunesse, sa force et son sourire au service des malades.
 Pour ceux qui s'engagent dans le service des autres, des malheureux, des isolés, des réfugiés, des personnes âgées.

"Là ou deux ou trois sont réunis pour prier, je suis au milieu d'eux."

 Nous te bénissons Seigneur
 Pour notre assemblée de ce jour, pour ceux qui sont venus te dire ce que peut-être ils n'ont jamais dit et que tu entends aujourd'hui.
 Pour toutes ces vies réunies autour de toi, avec leurs pensées, leurs rêves, leurs projets, leurs secrets, comme autant de flammes autour d'un départ.
 Permets que chacun de nous, alors que se taisent un instant les bruits du monde, entende résonner dans son coeur les mots que papa veut lui dire : "Je t'aime".

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Témoignages :

Mon frère Bruno lit la dédicace que papa a écrite sur un livre qu'il lui a offert pour un Noël du passé. Ce livre, c'est l'Almanach du jardinier.

"Pour que tu plantes parmi tes graines, celles des fleurs qui disent :
 "Je t'aime"
 "J'espère"
 "Ne m'oublie pas..."

Ton vieux papa, en ce Noël 94.

Bruno ajoute ces mots :
 
 J'ai regardé ce qui était écrit dans cet almanach à la date du 30 janvier, jour de la mort de papa :

"Commandez maintenant les graines à semer au printemps."

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Ma soeur Sylvie lit la dédicace que papa a écrite sur un de ses recueils de poésie, " Sur fond de Gueule" avec l'acrostiche de son prénom :   

Sous l'ombrage de mes années
Y veille un hibou qui hulule...
Le temps où tu n'étais pas née
Voyait fleurir des campanules
Il en reste ces brins fanés
Et l'amour que l'on s'est donné.

A celle qui  est et restera la petite princesse blonde de son papa.

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Enfin, je lis un petit texte que j'ai écrit la veille.

  Il s'est dépouillé de tout ce qu'il avait.
  Il a tout donné.
  Et quand il n'avait plus rien, la maladie est venue se servir et se repaître de sa mémoire.
 Un matin, il s'est réveillé comme un enfant apeuré qui ne reconnaît rien autour de lui.
  Il y avait dans sa résidence de la Faïencerie, une amie, une artiste qui peignait chaque jour pour lui une aquarelle nouvelle.
  Il y avait un de ses fils qui en retenant ses larmes, prenait soin de lui avec des gestes de tendresse dont on imagine seules les mères capables.
  Il y avait une de ses filles qui s'étendait près de lui, lui prenait la main et lui parlait.
  Et puis il y eut ce soir de novembre.
  La disparition dans la nuit.
  Il y eut ce départ de Sceaux. 
  Il y eut cette chute et cette ultime opération.
  Trois mois terribles.
  Trois mois de nudité et d'exil.
  Trois mois pendant lesquels les seuls mots qui venaient à ses lèvres étaient des remerciements pour ceux qui le soignaient et des "je t'aime" pour ceux dont le nom émergeait de l'oubli.
 Il ne jouait plus de jeu.
 Il ne portait plus de masque.
 Il était loin de notre comédie et de nos mensonges.
 Il avait le visage de la pauvreté et de l'humilité.

Et c'est alors que sur lui se refléta un autre visage.
Un visage de pauvre.
Un visage d'humilié.
Le visage du Christ.
 
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                         Un des premiers tableaux de Jean-Loup Wacrenier, offert à son père. 

 

Pendant la communion, j'ai demandé au prêtre de passer le Laudate Dominum de Mozart que mon père aimait particulièrement. Nous n'avons eu droit qu'à une vague musique en sourdine... à peine audible. Voici donc ce que nous aurions dû entendre :






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Petite famille, mon père et les quatre premiers enfants. Jean-Loup, Christian, Bruno et Rosine.


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Grande famille: mon père, ma mère, ma grand-mère paternelle et les sept enfants. Sylvie derrière ma grand-mère, Marianne sur la chaise et Vincent au premier plan.


Lien : Poème. Mon père est mort.


...

 
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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 08:40
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      Un vieil album de cuir rouge dont la couverture gondole un peu...
      Des centaines de photos étonnamment petites...
      Des centaines de minuscules ouvertures sur la porte blindée du temps...

      Ma mère, ma presque nonagénaire est une enfant...

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    Elle joue les poupées qu'on admire et adore.
    Elle a toujours eu ce besoin d'être complimentée et aimée. Sans doute dans sa fratrie de trois, se sentait-elle le vilain canard.

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       Est-ce une réalité ou bien une sensibilité exacerbée et jalouse qui lui donna cette certitude d'être la moins aimée?

     Sur les photos, la soeur aînée, grande et svelte, la soeur admirée, me paraît moins jolie que ma mère aux yeux vifs sous sa crinière.

    Le petit frère,  garçon longtemps espéré, est le petit dieu, porteur de toutes les espérances de postérité pour son géniteur, marseillais d'origine, et un tantinet macho.

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    C'était une époque où à chaque mardi-gras, les enfants se déguisaient et participaient à de joyeuses fêtes.
 
    Il y avait dans la cave un immense coffre de bois où étaient pliés les costumes de carnaval, costumes de paysannes, de fées ou de marquises...

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    Elle a gardé longtemps ce goût des costumes et des fêtes.
    Je me souviens, enfant, avoir été ébloui par sa longue robe de tulle pailleté. J'étais sûr, alors, qu'elle pouvait réaliser tous mes voeux et qu'elle n'avait nul besoin de baguette... Un seul baiser, trop rare, suffisait... 


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      Un vent estival semble souffler sur ces trois vacanciers qui penchent sur leur droite :
     
  Edmonde aux cheveux blonds et aux yeux clairs
  Edmonde qui sera dans quelques années élue reine de beauté...

  Pierre le garçon tant aimé
  le brillant garçon
  fierté de la famille et....

  Janine aux cheveux presque crépus
  Janine qu'on ne complimente pas
  Janine dont les brillants résultats scolaires sont considérés comme ordinaires...


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   Janine qui collectionne les poupées et qui les dorlote.
   Janine qui ne peut s'empêcher de parler aux animaux de rencontre et qui plus tard aura sept poupées (euh! pardon! sept enfants) et des chiens et des chats...

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   Janine qui restera toujours une quêteuse d'amour
   qui restera toujours une enfant....  
   Une enfant de 88 ans fragile et capricieuse, insupportable et exigeante...
   et quelques fois
   quelques rares fois
   tendre et émouvante...


       Ma mère
       Mon enfant



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lien : Poème. Ma mère (2)



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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 08:00





Absence (Marée basse)


Tu n'es plus là mais il faut bien
Que la mer se retire au loin
Laissant des rides sur le sable
Parmi les épaves minables.

tu n'es plus là, je reste seul
Dans les plis du drap chiffonné
Qui sans toi devient un linceul
triste et froid d'être abandonné.

Mais dans une vague du lit,
fil de la vierge, cheveu d'ange,
Un cheveu d'or est là qui luit
Comme un brin de soie dans la fange

Et je l'enferme dans ma main
Avant de m'endormir enfin
Avec ce talisman en gage
de ton tendre amour en partage. 

 





Lien : Louis wacrenier. Derniers poèmes d'amour (1)  



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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 07:45
 



     Je me suis absenté de Paris pendant une semaine. Je suis allé à Massy aujourd'hui pour voir mon père. Nicole était avec moi.

    Je l'ai revu.

    C'est fait.

    Les portes se sont refermées. Il est là. Seul. Il est à table. Une grande table ronde. Très loin de lui, trois femmes finissent de manger. Sans lever les yeux. Ont-elles des yeux? Y-a-t'il de la lumière derrière ces paupières baissées?
   Mon père est là. Les yeux ouverts. Il ne regarde rien. Il ne voit rien. Nous nous approchons. Il ne réagit pas. Je pose la main sur son épaule. Je l'embrasse. Nicole l'embrasse.

Les murs les murs sans fenêtre ni créneau
Les murs sont montés si haut si haut
Tu es au fond d'un puits sans eau
Et le soleil ne descend pas si bas si bas
Tu ne te lèves pas pourquoi
pourquoi aller d'un bord à l'autre
d'une paroi semblable à la paroi semblable

     Que s'est-il passé en si peu de jours? A t-il décidé d'arrêter de jouer?A-t-il compris inconsciemment qu'il était arrivé?

  Nous avons marché pas à pas vers sa chambre. Il s'est appuyé sur moi. Il est courbé, lui qui était si droit. Il tremble, lui qui ne tremblait pas.

  Il ne reconnaît pas sa chambre. Il ne reconnaît pas le grand fauteuil dans lequel il aimait somnoler.

  Nicole lui parle. Elle lui demande comment il me trouve. Il ne répond pas. Je lui dis que je viendrai souvent le voir. Il s'éveille un instant : "C'est bien, tu pourras discuter avec les autres, avec tous ces.... ces.... ces....trésors...."

  Il repart en arrière.

  J'ai les larmes aux yeux. Je mets un CD qu'il aimait. un chant religieux. Un texte mystique.

Aimer ou mourir, mon coeur c'est ton coeur
Sans toi je ne puis vivre, ton corps c'est ton coeur

Ô Jésus mon Amour, Jésus ma blessure

ÔJésus Roi d'Amour, Jésus ma brûlure

Ô Jésus mon enfant qui dors sur la croix

ÔJésus innocent, ta Croix c'est ma croix.

     Je me suis levé. Je ne pouvais essuyer mes larmes. Je suis allé dans le couloir. J'entendais les paroles. Je ne les ai pas changées, mais ce que j'ai entendu, je l'ai entendu :

Aimer ou mourir, mon coeur c'est ton coeur
Sans toi je ne puis vivre, ton corps c'est ton coeur


Mon père, mon Amour, mon père ma blessure

Mon père roi d'Amour, mon père ma brûlure

Mon père mon enfant qui dors sur la Croix

Mon père innocent, ta croix c'est ma croix.

     Si l'Amour existe, il est là. Si Dieu existe, il est là. Il a ce visage de souffrance. Il est cet homme sans pouvoir ni richesse. Il est cette nudité absolue que seuls notre regard et notre amour peuvent habiller. 





lien : Alzheimer. Poème. Père.


...

 

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