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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 14:19

Le trajet pour aller à Sceaux est devenu pour moi comme un chemin de pélerinage vers un lieu sacré.
Pour accéder au Sacré-Coeur, à deux pas de chez moi, il me faut gravir trois cents marches.
Pour m'approcher de mon père, de son coeur de père, il me faut emprunter le RER B avant de débarquer dans la lumière printanière.



Sous le soleil, à la sortie de la gare, me reviennent les paroles d'Aragon: 
Il fait beau à n'y pas croire
Il fait beau comme jamais
Quel temps! Quel temps sans mémoire...

Un temps sans mémoire pour un vieil homme qui a perdu la sienne et pour moi qui essaye d'en grappiller encore quelques miettes dans les mots qu'il me donne.



Je vois son studio, au troisième étage. Le store qu'une bourrasque a détérioré il y a deux mois n'a toujours pas été réparé. Il est inutilisable et pour se protéger de la chaleur et du soleil, mon père doit baisser le rideau métallique qui plonge sa pièce dans l'obscurité. Inutile de se plaindre, de réclamer. Voilà Quatre mois qu'il n'a plus de serrure à sa porte et que n'importe qui peut entrer à n'importe quel moment chez lui, alors le store.... Pensez donc! 



Je vais dans son studio. Il n'y est pas. j'en profite pour y mettre un peu d'ordre et faire le lit. Une rose fanée trempe dans un flacon d'eau de Lourdes. Des papiers sont éparpillés sur le sol. 
Je vais chez son amie. Il est là. Il a mis deux chemises l'une sur l'autre malgré la chaleur et il porte autour du cou un foulard rose surprenant.Il se lève et m'embrasse en me disant qu'il est heureux de me voir enfin parce qu'aucun de ses enfants ne lui rend visite. "Mais Dad, Vincent vient te voir chaque semaine!
- Ah bon!
-Et moi aussi!
-Oui. J'ai de la chance d'avoir des fils comme vous. Tu es un de mes préférés.
-Comme tu as trois fils aujourd'hui, chacun de nous est un de tes préférés!"



Son amie me dit qu'il ne faut pas laisser sa porte sans serrure car il y a des vols fréquents dans la résidence. Il dit qu'il n'y a rien à voler chez lui. Elle s'étonne : Tu n'as rien de précieux?
Il répond que si, il a ses enfants et il l'a, elle.
Nous descendons au restaurant.
Au bras de son amie, il ne s'égare pas dans les interminables couloirs.

 

Pendant le repas, il ne parle presque pas. Une seule fois, il me pose une question : As-tu des nouvelles de notre bonne ville d'Arras?
Ce sont les plus anciens souvenirs, les plus forts qui remontent à la surface quand la maladie balaye les souvenirs récents. Arras, c'est son enfance, ses parents, ses amis. J'essaye de retrouver des noms, de les lui donner. Il sourit quand je lui parle de son père. Avec lui, il retrouve des images, des moments : la maison familiale, les soirées de poésie, les Rosati..
Je souris avec lui.

 

Un chat vient nous regarder à la fenêtre. Un loubard sans doute à en juger à son oreille déchirée! Mon père le regarde. Le chat le regarde.
"Je devrais le prendre pour ta mère!
-Tu as déjà recueilli un chat à Oléron, tu te rappelles? C'est Minouche. Elle fait équipe avec maman.
- Oui, ta mère aime les animaux. "
C'est tout ce qu'il dit pendant les deux heures du repas. Il me paraît presque toujours absent, anesthésié par le flot intarrissable des considérations ésotériques ou philosophiques que déverse son amie qui parfois me pose une question piège pour vérifier que je suis attentif.



 Quand je suis enfin avec lui, seul à seul, je lui donne des nouvelles des uns et des autres. Je ne suis pas sûr qu'il comprenne ce dont je lui parle, mais il réagit aux noms de ses enfants et trouve quelque chose de gentil ou de tendre pour chacun d'eux.

Papa, garde-nous quelque temps encore dans un recoin de ta mémoire. Et quand nous n'y serons plus, ne crains rien, c'est dans ton coeur que tu nous retrouveras. 

Lien:

Visite à mon père. Alzheimer. 9 avril.










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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 14:10

Comme chaque vendredi, je vais voir ma mère. Je fais pas à pas avec elle, les interminables courses puis j'essaye de la gâter avec un bon petit repas préparé à la maison et transporté dans une glacière.
    Je sais bien que nous sommes Vendredi Saint, jour de jeûne!
 Pour  moi c'est le jour idéal pour gâter ceux qu'on aime et partager avec eux le champagne.
Minouche m'attend sur le tapis. Depuis longtemps, elle a compris que j'étais un ami, un complice; elle en profite pour cavaler dans le couloir et tourner, mine de rien la tête, pour vérifier que je la poursuis.

A peine suis-je arrivé que maman me montre une photo qu'elle ne se lasse pas de regarder. Elle est avec son arrière-petite-fille, Mila, en Normandie, pendant les dernières vacances d'hiver. Elle se rappelle ce moment où elles s'amusaient toutes deux et ne pouvaient cesser de rire. Au point que les parents durent intervenir pour calmer les délurées!
Elle dit que c'est la photo qu'elle préfère. Elle dit qu'elle adore Mila.

Pendant le repas (asperges, Kebbé, champignons, profiterolles, garriguettes...) nous parlons beaucoup. Je lui demande, comme je l'avais demandé à mon père de me dire quels sont ses trois pires souvenirs et ses trois meilleurs. En excluant la mort ou la naissance des enfants qui sont des malheurs ou des bonheurs qui échappent à toute classification. Pour les pires, elle me dit qu'elle n'a que l'embarras du choix. Il n'y a pour ainsi dire que ça!
-Maman, quels sont ceux qui te viennent tout de suite à l'esprit?             -  Je peux commencer par mon mariage. Ce jour-là j'aurais dû comprendre. Je suis arrivée en taxi avec ton père, devant la mairie. Il en est sorti et s'est précipité dans le bâtiment, sans même s'occuper de moi. J'ai dû descendre seule, monter seule les marches, entrer seule dans la salle des mariages. J'avais le coeur gros. J'aurais dû imaginer alors ce que serait ma vie avec cet homme-là!
    
Le souvenir ne m'étonne pas. Ce qu'ils ont vécu, chacun de leur côté ce jour-là, ce n'est pas précisément l'euphorie! Je sais que mon père n'a pas dormi de la nuit qui précédait la cérémonie et qu'il a hésité jusqu'au dernier moment, au point d'envisager la fuite... 



Un autre souvenir. C'était le bal du Rotary dans un grand hôtel d'Arras. Je suis arrivée avec ton père pour le dîner. On nous a demandé de nous asseoir là où était le carton avec notre nom. Ton père était à la table d'honneur avec le Président. Il n'y avait pas mon nom. Il m'a dit d'aller chercher où je pouvais être. J'ai fait le tour de toutes les tables et me suis fait rembarrer. J'étais morte de honte. finalement, je suis revenue à la table principale. C'est le président qui m'a remarquée; Il s'est étonné. Ton père n'avait pas prévenu qu'il venait avec sa femme. Il a fallu rajouter un couvert. J'aurais dû partir. je n'ai pas eu ce courage.

Un troisième souvenir, c'est l'avortement qu'il m'a imposé. Je n'ai jamais supporté par la suite ses bondieuseries et son puritanisme. Il condamnait sans réserve l'avortement alors que...

Là, je lui coupe la parole... Je connais cette histoire douloureuse...


Et les bons souvenirs maman?
-J'ai beau chercher, je n'en trouve pas!
-Allons maman, fais un effort!
-Mais pourquoi tu me demandes ça?
-Si je ne te le demande pas maman, je ne le saurai jamais. Je veux t'imaginer heureuse quelques fois!
-Bon! Alors, je dirai que je me suis sentie heureuse la première fois où nous avons eu une maison à nous. Je pensais tellement qu'avec ton père nous n'aurions jamais un endroit à nous! Après la signature pour la maison de Réveillon, nous sommes allés dans un très bon restaurant, nous avons bu le champagne. Je me rappelle. J'étais bien.

Un deuxième souvenir, c'est la Libération. Je n'oublierai jamais, malgré les choses moches que nous avons vues. Il y avait une ambiance de fête, de vacances. On était jeunes. Tout Paris était dehors. On dansait à chaque coin de rue!

-Un troisième souvenir maman et tu auras fini tes devoirs!
-Un troisième? Non je ne vois pas. Vraiment.
-Tu aimais tes parents?
-Oui, j'adorais mon père! C'est vrai! quand j'étais seule avec lui, j'étais aux anges.


Nous avons parlé encore longtemps. C'était comme un voyage, dans un passé que je connaissais sans le connaître vraiment, comme on croit connaître Venise sans y être jamais allé.

 Je voudrais acheter des années et des années pour avoir l'occasion de voyager longtemps sur les eaux noires ou sur les eaux bleues avec toi, maman.

un dernier regard sur un tableau que j'aime : une plage de ce nord où tu es née. Un ciel de tempête, une foule accourue pour un naufrage ou un retour de pêche.
Naufrage?
Retour de pêche?

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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 15:45
9 avril, 9 heures. Je file à la Gare du Nord. Je vais à Sceaux, sans prévenir mon père. Je veux arriver tôt, passer deux heures avec lui et rentrer avant l'interminable repas dans la salle sinistre de la Résidence.

Je passe rue Houdan pour acheter une bouteille de champagne puis je me dirige vers l'église et la rue qui mène à la Faïencerie. Je vois mon père qui avance à petits pas et remonte vers le centre-ville. Je m'arrête. Il passe à côté de moi sans me remarquer.
Je l'appelle; il se retourne, surpris. Il me dévisage. Je n'attends pas, je l'embrasse,"C'est moi, Christian, mon petit Dad"!  Il s'étonne : "ça alors! mais c'est un jour extraordinaire! Un jour dont je me souviendrai ! J'allais voir une dame de la paroisse et cest toi que je  trouve!
-Dad, allons voir cette dame qui t'attend peut-être!
-Non, tant pis pour elle! elle a laissé passer sa chance! Allons à l'église!
-Mais Dad, regarde, il y a un enterrement!
-Ah bon! alors il faut que je fasse les lectures!
-Non, je ne crois pas Dad.Regarde la foule! c'est un enterrement de riche! Viens, on va se promener dans le parc!

Et nous passons tous les deux la grille; je le tiens par le bras. Nous allons vers le bassin du petit château et la statue sans mémoire. Il me redit que ce jour est exceptionnel. Il a raison. Chaque jour est exceptionnel quand nous rencontrons ceux que nous aimons. Et peu importe si ce jour disparaît ensuite dans la nuit. Il a existé. Grain de sable et de douceur dans la terre où nous dormirons.

Je lui rappelle que nous sommes dans la Semaine Sainte. Il paraît étonné. Pourtant Dad, rappelle-toi que tu as toujours dit que c'est le vendredi saint que tu aimerais mourir!
-Mourir pour mourir..
-Tu sais ce que dit Sylvie. En fait ça ne serait pas un cadeau car tu risquerais de ressusciter le 3ème jour!
-Ah! Mais on ne sait pas quand il est ressuscité, lui.
-En théorie, c'est dimanche, le jour de Pâques. Tu sais que Vincent vient te chercher.
Il s'étonne. Il trouve que c'est gentil. Il me demande si Vincent a des enfants. Oui Dad, il a deux garçons. Tu peux retrouver leur prénom. Pense à un grand poète, un de ceux que tu préfères.
-Il est mort?
-Oui Dad, au XIXème siècle;
-Alors s'il est mort comment veux-tu que je sache son nom?
-Mais tu l'aimes Dad. La Légende des Siècles! "Lorsqu'avec ses enfants, vêtu de peau de bêtes..
Il poursuit aussitôt sans se tromper :"Echevelé, livide au milieu des tempêtes, Caïn se fut enfui de devant Jéhova..."
C'est étrange, cette mémoire des textes appris dans l'enfance et l'adolescence. Il ne sait plus s'il a des petis enfants mais il sait encore par coeur des poèmes entiers.
Bon, Dad, tu vois que tu le connais ce poète. Les Misérables, ça ne te rappelle rien?
-C'est triste !
-Victor, Dad!
-Victor?
-Victor hugo! Tes petits-fils s'appellent Victor et hugo!
- Ah Bon! Si tu le dis!


Après un silence, il m'interroge:
-Comment va ta mère?
C'est la première fois que spontanément, il s'inquiéte devant moi de sa femme.
-Elle n'est pas en forme, elle marche très difficilement.
-C'est son pied?
-Non Dad, c'est la hanche. Tu vas la voir dimanche chez Vincent.
-Ah bon, je vais chez Vincent?


Après la balade, nous allons au café où il me redit que ce jour, il ne l'oubliera jamais.

Je le raccompagne dans son studio.
Je regarde sur un des murs le Christ peint par son ami Vasquez del Rio. Un christ décharné sur le bois du Vendredi Saint. Mon père est aussi maigre, aussi innocent... et c'est pourquoi si l'on y croit, le jour venu, lui aussi, il ressuscitera...



Mon père. Visite. Alzheimer à l'ouvrage.

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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 14:08

29 mars. Arrivé Gare du Nord, je découvre que le RER pour Robinson est supprimé et qu'il me faut attendre 40 minutes... Je préfère prendre celui de Massy et descendre Parc de Sceaux pour marcher une demi-heure jusqu'à la Faïencerie, de l'autre côté des jardins. Un coup d'oeil sur le château. Ne reste rien de la demeure de la Duchesse du Maine. Certains bâtiments sont aussi fragiles que les hommes. La lourde bâtisse du XIX ème écrase de sa bourgeoise assurance les ombres de ceux qui vécurent ici au temps du Roi-Soleil et au temps des Lumières. Sans elle, les ombres légères pourraient frôler, sans doute, les promeneurs solitaires.Lui, il a senti la trace d'un bichon femelle qui aimait taquiner Marlamin, le chat de la Duchesse.
Les arbres qui n'oublient rien bruissent de confidences. Mais pour entendre leur langage, il faut être un enfant, un animal ou un vieillard.
Il les comprend peut-être, lui qui s'étonne de me voir aujourd'hui. Il me dit que sa journée sera mémorable parce que je lui ai rendu visite. Je réponds qu'il en sera de même pour moi. Mais je suis triste et j'ai du mal à sourire et à chercher des sujets de conversation. Il me paraît si fatigué, si découragé...Il me dit qu'il est très vieux, qu'il a 59 ans. Il me dit que la vie est étrange et qu'il désire écrire tout ce qu'il a connu, les bons et les mauvais souvenirs. Je lui demande de me raconter un bon souvenir. Il sourit faiblement. Il ne dit rien. Je lui demande un mauvais. Il me regarde. "Il ne faut pas raconter les mauvais souvenirs". Il ne dit rien de plus. Le repas qui s'éternise invite le silence. Il ne me gêne pas. il ne le gêne pas. Il mange avec application. 

Quand j'essaye de lui parler d'Oléron, il me confie qu'il regrette de n'avoir pas acheté la maison où il vivait. Je ne le contredis pas. Je lui redis, ce qui est la vérité, que bien des gens se le rappellent et parlent encore de lui. Une petite lueur passe dans ses yeux. "Oui, tout le monde me connaissait. Quand j'allais au marché, les commerçants ne voulaient pas me faire payer." Etrange confidence. Lui qui a toujours été la générosité même et qui payait plutôt deux fois qu'une...

Je l'ai raccompagné à son studio. Dans l'ascenseur, une dame élégamment âgée le salue : "Bonjour monsieur! vous me reconnaissez? Dites-moi comment je m'appelle?
- Oh oui! je vous reconnais!
- Bien! Comment je m'appelle?
- Mais tout le monde sait comment vous vous appelez! Vous êtes très connue!
Nous arrivons au troisième étage. Comme d'habitude, il se trompe de direction; Il faut dire que les couloirs sont tous semblables, murs jaunâtres et portes bleu marine, pour ne pas dire noires.

Mon père, ton visage est celui de la nudité. Je voudrais le couvrir de mon amour. Mais ce que je vois, c'est le plus profond, le plus souffrant de toi. Comme l'érosion ne laisse debout que les plus dures pierres, l'âge ne laisse voir que l'irréductible, la charpente la plus secrète, celle avec laquelle on meurt un jour. Cet irréductible, c'est la souffrance et la bonté.



Lien : Visite à mon père. Alzheimer.

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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 13:57


26 mars. Improvisation donnée par les élèves de Bruno au Conservatoire de la rue de Pontoise : les deux derniers actes de la Cerisaie. Je suis assis au premier rang pour prendre quelques photos. J'entends Bruno présenter le travail de ses élèves, sa conception du théâtre. Je suis ignare en la matière;  les mots glissent sur mes plumes de canard. Mais ce que je perçois immédiatement, c'est l'atmosphère, la nervosité dans l'air et l'amitié inquiète qui semblent unir les jeunes acteurs. J'ai toujours été frappé dans les spectacles de mon frère, ce grand angoissé, cet insatisfait, par cette présence forte, comme palpable d'une fraternité, d'une communauté serrée pour un moment autour d'un feu dans la nuit. Pour rafraîchir la mémoire des spectateurs, un résumé des premiers actes est présenté avec accompagnement pianistique. La séquence est virtuose et drôle. Mine de rien, avec légèreté, elle nous introduit dans l'univers tchékhovien : le temps inexorable qui bouffe toute jeunesse et tout espoir, le deuil impossible... mais elle le fait avec humour, avec clownerie même. Elle nous prépare à recevoir le spectacle comme une comédie où l'on rit et l'on sourit, une comédie tragique qui ressemble à la vie.
Le 3ème acte fait de nous des voyeurs qui essayent de participer à la fête en jetant un oeil entre les panneaux des paravents. Les panneaux s'entrouvrent et l'on surprend soudain une conversation, une confidence. On s'attache aussitôt à Andreevna revenue de Paris ruinée par son amant et contrainte de vendre la Cerisaie de son enfance. Nul doute que la jeune actrice qui l'incarne fera son chemin si elle le désire. Elle est forte et fragile, rêveuse et réaliste enfin...Elle incarne une Andreevna que je n'oublierai pas.
Il me paraît injuste de mentionner tel ou telle des acteurs et actrices du spectacle, tant chacun d'eux, complétement engagé y apporte sa fougue et sa foi. Tant pis si la transformation de l'acte suivant et les rôles échangés brouillent un peu le spectateur. Je retiens de cette soirée la générosité et le talent.



J'ai aimé ces jeunes acteurs et je les ai trouvés beaux. J'aime Bruno mon frère qui vit dans le théâtre comme dans un monastère où il entraînerait tous les novices dans la même prière et la même joie. A la fin du spectacle, c'est le public qui aurait dû se lever et applaudir la jeune troupe et son professeur pour le pain et le vin qu'ils avaient partagés.
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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 19:08


Je ne veux pas tenir un journal de ce voyage vers la nuit. Je veux dire seulement les choses et les partager peut-être avec un ami, une amie qui vit de tels moments...



Aujourd'hui il faisait beau sur le parc de Sceaux, sur le petit Château et sur les bassins. J'ai voulu passer par là pour respirer la nature, les fleurs que mon père aimait. J'ai regardé le Petit Château où la Duchesse du Maine (une sacrée bonne femme, je vous jure) élevait ses enfants et ses animaux favoris. J'ai découvert cette statue sur le bassin.


Drôle de petit personnage dont la tête est à moitié mangée par le ciel. serait-ce une allégorie du Mal d'Alzheimer, de cette destruction de la mémoire et de ce voyage à rebours vers l'innocence?



De l'autre côté de la rue, subsiste le bâtiment de la Manufacture que créa la fameuse Duchesse. C'est aujourd'hui un immeuble résidentiel à l'image BCBG de la ville. Mais à quelques pas de là, c'est la maison de retraite qui en a pris le nom : La Faïencerie. Est-ce parce qu'avec le temps on devient fragile et menacé comme ces objets du passé et que l'on perd peu à peu son décor et ses couleurs?

Le studio de mon père est grand ouvert. Chacun peut y entrer et fouiller dans ses tiroirs. Je trouve mon père à côté, dans le studio de sa vieille amie, ou plutôt de son amie vieille. Vieille comme lui à quelques mois près...


Je n'ai pas le courage de raconter en détail cette rencontre et le repas que nous avons partagé. J'en retiens deux interventions. Celle du Directeur d'abord, un homme toujours pressé et peu disponible qui pendant deux mois ne répondit jamais à mes questions répétées de savoir pourquoi il n'y avait plus de serrure à la porte de mon père. Aujourd'hui, il a le temps de venir à notre table. C'est à moi qu'il s'adresse comme si les vieux pensionnaires n'existaient pas. "Il faut que vous enleviez l'halogène qui est dans la chambre de votre père. C'est dangereux. Il le laisse allumé et ça peut mettre le feu à la maison. Il y a un magasin pas loin d'ici. Vous pouvez y aller pour acheter un lampadaire avec une ampoule normale ou même à basse consommation. Je compte sur vous." Voilà ! Il veut faire de mon père un écolo malgré lui. Mais ce n'est plus à lui qu'il parle, ce n'est plus lui qu'il regarde dans les yeux.


Pendant le repas, Mauricette me dit que les gens de la Résidence sont méchants. Ils racontent qu'ils ont vu mon père se promener nu dans les couloirs. Elle me dit qu'en fait, la veille, comme il faisait beau, ils avaient voulu s'installer tous les deux dans le jardin et que mon père avait enfilé un short.

Après le repas alors que nous attendions l'ascenseur, une petite femme énergique est venue vers nous. "Ce Monsieur prend le courrier qui ne lui est pas destiné. Quelqu'un l'a vu. Je monte avec vous pour vérifier. Elle s'impose dans l'ascenseur et se dirige droit vers le studio de mon père. Je la rattrape et lui dis qu'il n'est pas question qu'elle y entre.   Je vérifierai moi-même. Mauricette de son côté va dans son studio ramasser les enveloppes que mon père y aurait déposées le matin. Effectivement plusieurs sont adressées à d'autres résidents. La petite femme énergique triomphe. "Vous voyez? J'avais bien raison!" Je suis décontenancé et maladroit. Je lui demande d'être compréhensive et surtout de traiter mon père avec gentillesse. "Mais je suis gentille, demandez-lui, vous verrez"; Mon père est là, souriant. Il confirme. elle est gentille et même très gentille. elle s'éloigne satisfaite dans le couloir, comme remontée par une clef mécanique.


Moi je trouve que mon père est comme un enfant. Un enfant qui n'aurait rien d'agressif, rien de méchant en lui. Il ne joue plus le jeu de la représentation. Il est perdu, étonné et son regard quête l'amour. Il est vulnérable car il ne réplique plus aux attaques et aux calomnies. Quand il parle, c'est pour dire des choses douces, qu'il nous aime, qu'il a de la chance d'avoir de tels enfants, qu'il désire nous inviter à la Tour d'Argent!...

Quelle tendresse, quel dévouement, quelle patience sont aujourd'hui capables d'élever un rempart d'amour autour de lui et de le protéger des regards méprisants?

Lien : Mon père, la visite hebdomadaire  
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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 16:21

Un beau jour d'hiver au soleil clair, la gare de Sceaux... Je vais voir mon père, avec joie, avec tristesse. La petite gare est familière. "Voyageur déjà de tant de voyages sans valise..." Les gares fussent-elles de banlieue génèrent une mélancolie douce. Dans quelques jours je serai au Laos. Je ne verrai pas mon père pendant trois semaines. Bien que je sache qu'il oublie ma visite une minute après mon départ, je ne me débarrasse pas d'une inquiétude diffuse. Il paraît que Mishima, avant de se faire hara-kiri a écrit quelques mots sur une feuille : "une vague inquiétude..."

Le studio est inondé de soleil. Mon père est là, dans son fauteuil. Il semble heureux. Heureux et inquiet. Depuis des mois, cette frayeur légère, une ombre, un éclat me frappe quand je le regarde dans les yeux. Sylvie ma soeur dit qu'il est beau. Elle prend sa main tachée de rouille et elle dit qu'elle est belle. Aujourd'hui je sais qu'elle dit vrai.

Bientôt 90 ans! Les années ont emporté en passant sur ce visage, la vivacité, la fierté, la certitude. Elles ont fait apparaître le plus profond, le plus indestructible : la douceur. La vulnérable douceur. Le dernier rempart des plus faibles contre l'agressivité et la hâte du monde.

Sur les murs, les quelques tableaux qu'il a gardés avec lui après tant de déménagements et de dons. Ce dessin d'un moine canadien que Jean-Loup son fils aîné avait connu et apprécié. Il le lui avait offert, lui qui avait si peu pour vivre. Mon père suit mon regard et me demande ce que ça représente. Mais papa, c'est l'ange de la résurrection qui vient réveiller les morts!
Ah! bon! c'est une bonne idée!
Papa c'est Jean-Loup qui te l'a offert.
Ah! Il faudra que je lui écrive pour le remercier!
Comme il aurait aimé en recevoir des lettres de son père, Jean-Loup qui fit appel à son amour et à son aide jusqu'à son dernier jour. Il ne le sentit pas cet amour pourtant bien réel.

Une croix marquetée de nacre. Il ne sait plus d'où elle vient. Elle a pourtant sa place dans notre famille. Elle a appartenu à un arrière grand-oncle, missionnaire en Chine et torturé à mort avec Chapdeleine et ses compagnons, tous béatifiés par Jean-Paul II. Sa mort fut horrible. c'est celle qu'on inflige aujourd'hui aux chiens dans ce beau pays de Chine; La strangulation lente : Dans une cage, le condamné est suspendu, la tête passée dans une planche, le corps pendant dans le vide, jambes lestées de plomb. Le malheureux essaye de respirer, de prendre appui sur sa nuque mais il étouffe peu à peu, une dizaine d'heures en général. Les chiens, eux sont écorchés vifs alors qu'ils luttent contre l'étouffement. Je préfère que tout cela soit sorti de la mémoire de mon père!
Un peu de douceur avec cette icône que je lui ai rapportée du Liban, du monastère de Mar Yacoub, à côté de Tripoli. La religieuse qui l'a peinte a écrit son nom derrière le panneau de bois. Elle lui souhaite longue vie. Elle a été exaucée.
Pendant le repas, mon père est comme un enfant. Il écoute, parle à peine. Mauricette me dit comme s'il n'était pas présent que la veille, vers 21 heures, il avait voulu sortir en pantoufles dans la neige et le froid glaçant, qu'il avait fallu le retenir de force et l'emmener dans son studio qui n'a toujours pas de clé. Elle me dit qu'elle s'inquiète de plus en plus. Soudain, elle change de conversation; Elle a perdu une de ses boucles d'oreille. Mon père plonge sous la table, il ramasse des miettes qu'il pose sur la nappe. Il finit par émerger, piteusement et il lui promet de lui en acheter une autre.
Dans le couloir, alors que je le reconduis à son studio, nous croisons une femme de ménage dont le grand sourire me paraît exagéré. Nous lui disons bonjour. Elle se met alors à rire, d'un rire éclatant, infini. Elle parvient à prononcer entre deux rafales : "Bonjour monsieur Wacrenier". Son rire nous poursuit dans le couloir.
Est-il devenu la risée de tous ?

Quand je l'embrasse, il me répète que nous sommes, nous ses enfants, ce qu'il a de plus précieux au monde. Il me dit qu'il priera pour moi quand je serai au Laos. Je l'embrasse. Je sais que dans cinq minutes, il ne saura plus que je suis venu le voir.

J'éprouve le besoin de marcher, de passer par le jardin de la Ménagerie. Je regarde l'urne sous laquelle la Duchesse du Maine enterra son chat adoré. Sur la pierre on peut lire : "Ici repose Marlamin, le roi des animaux".
Et je trouve ça très gai et très réconfortant!


Alzheimer. Un poème. (2)





Lien : Visite à mon père. alzheimer. 2juin.


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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 09:41

Une des premières oeuvres de Jean Loup Wacrenier fut cet homme crucifié dont la bouche a cherché jusqu'à l'ultime seconde un peu d'air et de vie. La croix ne se limite pas à deux poutres ajustées mais divise la toile et l'espace sans permettre au regard d'errer au-delà, d'échapper à ce cloisonnement. Elle se soulève sur la droite, du côté de ce bras qui fait signe peut-être et qui bien que cloué appelle à l'aide. "Frères humains". En vain
 L'ocre rouge de la terre atteint avec l'ombre du bois noir une partie du ciel alors que le blanc du ciel descend vers la terre, vers ceux qui regardent et lisent le nom en lettres noires, la signature qui semble être celle-là même de l'homme supplicié.

Comme elle est rude la matière de ce bois, ce dernier contact du mourant avec la réalité du monde !
Le visage ne se penche pas vers le sol, il se disloque et cherche l'épaule où se reposer. Le regard blanc a perdu son iris. Il est le ciel sans couleur, il est l'interrogation douloureuse. Il est l'espoir peut-être comme dans nos nuits, la lueur familière qui passe sous la porte.

Il est l'invitation muette à la fraternité et le silence de notre refus.

Lien Jean-Loup Wacrenier poème et dessins de Masques





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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 11:59
                  J'ai rêvé une église débarrassée de tous ses vieux démons, une église soucieuse de vivre l'Evangile et non de multiplier décrets, dogmes et interdits, une église ouverte aux femmes, une église qui n'inventerait pas une obligation de célibat à ses prêtres, pas plus que Jésus ne l'avait exigé de ses disciples, une église définitivement purgée de ses tentations antisémites... le fameux peuple déïcide! Comme si ce n'était pas nous, les Chrétiens qui chaque jour mettions à mort notre Dieu!
Je me réveille sonné, avec une gueule de bois qui me pousse à gueuler. Arrête ton char Benoît! Ne laisse pas remonter en toi les souvenirs de l'enfance et les défilés nazis, n'ouvre pas les bras à des hommes qui nient jusqu'à l'existence de la Shoah! C'est comme si toi-même niais l'existence du Christ! tu aurais bonne mine!
Quand je refais l'histoire, je donne à Pie XII le rôle du grand héros de la résistance et du courage. Je lui enlève ses mitaines de velours rouge, sa tiare trop raide et ses phrases contournées et diplomatiques. Il parle. Il s'adresse aux Chrétiens. Refusez. N'obéissez pas au diktat nazi. C'est votre âme qui serait en péril. Vivez l'Evangile : "Ce que vous ferez au plus petit, au plus faible, au plus persécuté, c'est à moi que vous le ferez". Faites barrière de vos corps pour empêcher que l'on arrête vos frères juifs. Refusez les lois iniques. Accrochez tous une étoile jaune à vos vêtements.
Pie XII, si tu avais parlé ainsi tu aurais changé la face du monde et tu aurais fait comprendre à tous ce que signifiait être chrétien. Peut-être aurais-tu comme l'a fait Salièges permis que nous retrouvions enfin nos frères juifs. Mais ton ami Benoït trouve que tu as été impeccable puisqu'aujourd'hui, il envisage de te canoniser!
Et toi André, mon évêque, qui n'as de vint-trois que le nom, il paraît que la décision du pape te met une arête dans la gorge, mais, t'empresses-tu de préciser, cette arête ne t'empêche pas de respirer! Respire donc André! Quelle taille devra avoir l'arête pour provoquer quelque gêne à ta respiration tranquille?
Dernier point. Puisque ceux qui ont refusé les décisions de Vatican II et Jean Paul II sont absous de cette désobéissance et qu'ils peuvent librement s'en moquer, on ne pourra rien reprocher aux chrétiens qui comme moi refusent le décret de Benoît XVI.

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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 15:03
Mardi 20 janvier. Je vais voir mon père comme chaque semaine. Il n'est pas dans son studio dont la porte est ouverte. j'entre. Personne. Le store pend lamentablement sur la terrasse. Je vais chez son amie, à côté. Il est là, installé dans un fauteuil. je l'embrasse et lui dis mon nom. Il est heureux de me voir car je ne viens jamais me dit-il.
-Mais papa je viens chaque semaine.

Je n'insiste pas. Je ne suis pas là pour moi. Son amie Mauricette est ressuscitée. Il y a 15 jours, il l'avait envoyée contre un mur en s'accrochant à elle pour éviter de s'étaler. Elle s'était alitée après que sa tête avait rebondi violemment sur la paroi. Plusieurs jours elle n'avait plus bougé, se faisant monter dans sa chambre les plateaux repas. Elle n'avait retrouvé un peu de force que lorsque j'avais proposé à mon père de boire du champagne à sa santé en regrettant qu'elle ne puisse  partager avec nous. Elle avait alors trouvé la force de se redresser, de saisir une coupe et de la vider. Aujourd'hui elle est bien sur ses pattes, parfumée et maquillée. Elle enfourne dans la bouche de mon père une cuiller de sirop.
-Il tousse, il a pris froid et je dois le soigner... Savez-vous ce qu'il a fait hier? Alors qu'il y avait un vent de tempête, il est sorti pieds nus sur sa terrasse et a voulu baisser le store. Le vent a arraché la toile et le châssis de fer a failli retomber sur lui.

Je regarde mon père. Il confirme. Il s'est battu avec la toile qui le fouettait. Il a réussi à la faire remonter mais il pense avoir tout cassé. Il a peur de ce qu'on va lui dire.Je vais vérifier. C'est vrai. La toile automatique descend bien mais elle bat, dégagée de son châssis. Je parviens à la réajuster. Ce n'est pas grand chose mais j'imagine la panique de mon père dans les bourrasques avec cette toile épaisse qui lui battait le visage.

Je lui demande pourquoi il n'y a plus de serrure à sa porte. Il ne comprend pas. Il y a une serrure. Depuis qu'il a changé de studio, il a des problèmes avec sa clé. Il m'avait dit qu'on l'avait enfermé la nuit et qu'il ne pouvait plus sortir. Une autre fois il m'a affirmé que quelqu'un avait changé sa porte car il ne pouvait plus entrer. Je me suis renseigné. Effectivement, pendant la nuit, le veilleur s'est rendu compte que mon père ne pouvait plus sortir (pourquoi désirait-il sortir à 2 heures du matin?) Il a vérifié la serrure qui était défectueuse et il a demandé qu'on l'enlève au plus vite pour raison de sécurité. On allait lui en installer une autre.Mais je suis énervé par cette histoire; Il a déjà tant de mal à retrouver ses repères et voilà qu'on l'angoisse inutilement. Personne ne l'écoutait quand il prétendait ne pas pouvoir entrer chez lui ou rester prisonnier sans réussir à ouvrir sa porte. Tout ce qu'il disait était mis sur le compte de sa maladie. Alors que sur ce point, c'est lui qui avait raison. Je m'interroge sur la manière que nous avons de respecter les malades atteints de ces troubles de la mémoire. Trop souvent nous mettons sur le compte de leur pathologie ce que nous jugeons incohérent ou dérangeant. En agissant ainsi nous ne faisons qu'aggraver leur angoisse et leur panique.

-Papa tu as vu Sylvie et Vincent dimanche?
-Non j'ai vu personne.
-Mais si Papa, Vincent vient te voir chaque dimanche et il prend ton linge.
-Oui on prend mon linge.
Je me tourne vers Mauricette : -N'est-ce pas que Vincent vient le voir chaque dimanche? Elle me regarde de ses yeux presque morts : -Je ne m'avancerai pas sur ce sujet.
Allons bon!Autre chose! Même Mauricette perd la mémoire! Je pense au tableau de Brueghel : des aveugles accrochés les uns aux autres  suivent leur chef de file qui les mène tout droit à l'abîme.

Après avoir bu le champagne, nous descendons dans la salle de restaurant. interminable repas. Mon père qui avait ces derniers temps tendance à manger gloutonnement sans même regarder ce qu'il portait à la bouche, picore désormais miette à miette. Il mâche interminablement d'infimes morceaux. Il me dit qu'il n'a pas faim. J'en profite égoïstement pour lui conseiller de ne pas terminer, que ce plat de blettes est insipide... Par contre, il boit bien. Après le champagne, du Moulin à Vent. La tarte au citron arrive enfin... Il prend un peu de ce gateau et l'étale sur du pain. Il semble apprécier la pâtisserie qu'il termine comme il l'aurait fait d'une tranche de pâté. Il ne parle presque pas. Mauricette occupe l'espace et la parole. Elle me dit en riant qu'il lui a proposé de l'épouser mais que c'était une idée absurde car elle lui aurait fait perdre la pension de son mari. Elle est très étonnée quand je lui dis que mon père ne saurait être bigame...qu'il est séparé mais non divorcé de ma mère. -Ah! Il ne me l'a jamais dit! Il a toujours prétendu qu'il pouvait m'épouser!

Mon père écoute sans entendre. Ses yeux semblent errer vers le jardin, la pelouse jaunie et les buissons roussis.
-Je te trouve beau!
C'est à moi qu'il a parlé soudain. Je suis surpris et un peu décontenancé.
-C'est toi qui en es responsable mon dad!
C'est drôle comme nous sommes sevrés pendant l'enfance et l'adolescence de ces compliments qui rassurent, comme il faut essayer de se construire seuls sans regard valorisant et puis tardivement, si tardivement, alors que la vieillesse déjà chiffonne votre visage et rouille vos os, vous recevez ces phrases inutiles désormais, celles qui vous auraient aidé à grandir.

Quand nous sommes remontés, mon père s'est encore trompé de chemin. Il veut aller à son ancien studio. Je lui rappelle qu'il a déménagé (comme si le déménagement de son cerveau n'avait pas été suffisant). -Non toutes mes affaires sont chez moi.
-Viens Papa, je vais te conduire.
Il entre dans son studio. Il paraît étonné. Comme la dernière fois, il dit en regardant sur la droite la salle de bains : -Oh! Il y a une salle de bains!
Il est fatigué, il veut se reposer. Je l'embrasse. Il me serre dans ses bras.
 Je garde mes larmes pour tout à l'heure.


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